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Fin mai, l'ONG Nothing2Hide organise un festival dédié à la sécurité numérique et à la protection de l'information. Dans cet épisode de « L'atelier des médias », Grégoire Pouget, directeur de l'association, nous explique pourquoi l'hégémonie de Google, Apple, Facebook, Amazon ou encore Microsoft menace nos libertés et comment entamer concrètement une transition vers des outils libres et décentralisés. Plutôt que de se réunir dans un lieu unique, le festival de Nothing2Hide, du 27 au 30 mai 2026, sera décentralisé et à la fois hors ligne et en ligne. Au total, plus d'une vingtaine d'ateliers seront organisés pour mieux utiliser la technologie comme un « outil de protection de l'information pour renforcer les démocraties », pour reprendre le mantra de Nothing2Hide. Pour Grégoire Pouget, ces moments d'échange sont essentiels dans un monde où le réel et le numérique sont de plus en plus interliés. Le festival propose ainsi des formations à la cybersécurité, à l'OSINT (recherche d'information en sources ouvertes) ou encore des « install parties » pour donner une seconde vie à de vieux ordinateurs. Pourquoi sortir des GAFAM ? Au cœur de cet événement, un atelier sera intitulé « Comment sortir des Gafam ». Pour Grégoire Pouget, qui l'animera, l'urgence est d'abord politique et stratégique. La centralisation extrême des services entre les mains de quelques géants américains représente une fragilité systémique. L'invité cite notamment l'exemple du procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, dont Microsoft a coupé l'accès aux mails sous la pression de l'administration Trump. « On est extrêmement fragilisé par cette mainmise des entreprises américaines sur les services numériques », prévient-il. À cela s'ajoute le problème de la surveillance et de la marchandisation de l'intimité, illustré par des cas de transmission de données privées aux autorités dans des contextes politiques sensibles. Les alternatives : reprendre le contrôle de ses données Sortir de cet écosystème n'est pas une question de fainéantise, mais d'abord d'absence de visibilité des aternatives. Grégoire Pouget évoque l'« effet frigidaire » : nous utilisons les noms des marques (« googler », « instagrammable ») pour désigner des actions, ce qui invisibilise les alternatives existantes. Pourtant, des solutions fiables existent pour chaque usage : Messagerie instantanée : Préférer Signal (géré par une fondation) ou Element à WhatsApp. Courriels : Remplacer Gmail ou Outlook par Proton ou Tuta, qui proposent un chiffrement de bout en bout. Bureautique et Cloud : Utiliser Nextcloud pour l'hébergement de fichiers et le travail collaboratif, ou les suites de Proton et Infomaniak (kSuite). Cartographie : Adopter OpenStreetMap ou l'application mobile OsmAnd à la place de Google Maps. Systèmes mobiles : Explorer des versions dé-googlisées d'Android comme e/OS ou GrapheneOS. Un investissement pour l'avenir Si la gratuité apparente des GAFAM est séduisante, elle a un prix caché : chaque utilisateur rapporterait environ 160 dollars par an à Google via ses données, rappelle Grégoire Pouget. Il invite donc à investir dans des services payants ou à soutenir des démarches plus saines : « Investir dans des solutions libres et décentralisées, c'est comme planter un arbre. Ça prend du temps, mais ça porte ses fruits sur le long terme. » La gendarmerie française, passée sous Linux il y a 20 ans, aurait ainsi économisé 500 millions d'euros. Reprendre sa souveraineté numérique est donc un choix éthique, mais aussi un pari économique qui peut s'avérer gagnant pour la société.