Courts propos improvisés et quotidiens, A propos de tout et de rien.

C'est dans notre acceptation de la vibration du temps, ou plutôt de notre propre vibration, à la façon du chat de Schrödinger, entre passé, présent et futur ; c'est dans ce flottement continu que notre conscience, et peut-être notre humanité, prennent racine.

Ce qui est en cause, quoi qu'on prétende, ça n'est pas le principe du réemploi, car la création a, depuis toujours, fonctionné par réemploi du déjà créé ; ce qui est en cause, c'est la quantité et la diversité phénoménales des œuvres que les LLM ont analysées au cours de cette sorte de Grand tour total qu'est leur entraînement, et la rapidité avec laquelle elles peuvent, avec cela, créer du neuf.

Je suis de ceux que l'horizon, que le recul constant de l'horizon, son caractère intrinsèquement inaccessible, le flux intarissable de nouvelles terra incognita qui me seront à jamais inconnues et que je mourrai sans avoir foulées ; je suis de ceux que la dimension radicalement inépuisable du monde, l'inconnu qui gît en chaque chose, en chaque lieu, en chaque personne et qui fait du monde un infini des infinis ; je suis de ceux que cette certitude de mes incertitudes, ce savoir absolu du non-savoir, émerveille et rend joyeux.

Sous ce déluge de mots contradictoires, de mots dont on ne sait plus le lien qu'ils entretiennent avec la réalité, la vérité se dissout. Il ne reste plus que des mots vides, des "Paroles, paroles, paroles !" à la Dalida, un langage perverti et nié.

Le Père Ubu, racketteur des détroits Moi, Père Ubu, En vertu des pouvoirs divers, universels et irréversibles que, sous ma propre autorité et avec mon assentiment plein et entier, je me suis conférés, Ai décidé, en ce jour, douzième du mois d'avril 2026, d'établir, à mon profit et à celui de celles et ceux qu'il me plaira de désigner, un droit de racket sur le trafic des navires empruntant les détroits d'Ormuz, de Malacca, de Java, de Béring, de Gibraltar, des Dardanelles, de Singapour et de Zanzibar, ainsi que sur la Manche, les canaux de Panama, de Suez, de Corinthe, Rhin-Rhône, du Midi et de l'Ourcq (Ca apprendra à Emmanuel "For Sure" à moins faire le malin !) et enfin (car pourquoi m'en priverais-je, après tout ?) le Grand canal de Venise, ses gondoles et ses vaporettos. Ce droit, qui entre en vigueur immédiatement, sera mis en œuvre grâce à l'assistance de la marine des États-Unis (LA PLUS PUISSANTE DE LA GALAXIE !!!), que je remercie pour son aide amicale. Les bâtiments de cette grande marine ont reçu l'ordre d'arraisonner, et le cas échéant de couler, tous les navires qui essaieraient de forcer ce blocus ou de ne pas payer, par don volontaire à l'Association internationale pour la liberté du Commerce, que j'ai fondée hier et qui m'a SPONTANEMENT élu président, un droit de passage fixé à 5 % du montant de la cargaison. Ce droit est juste car tel est mon bon plaisir. et que je suis le plus fort. De plus, Le Danemark n'a pas voulu me céder le Groenland que je lui avais pourtant demandé gentiment. La Norvège (ou la Suède, quelle importance ? c'est dans tous les cas un de ces petits pays AFFREUX ET FRIGORIFIQUES plongés dans le noir la moitié de l'année et où l'on parle une langue que personne ne comprend) n'a pas voulu me décerner le prix Nobel de la Paix que je méritais pour avoir établi essayé d'établir la paix en Ukraine. Les pays européens n'ont pas voulu me laisser utiliser leurs bases aériennes pour mener des actions dont je les avais pourtant pré-venus après coup, Eh bien, voilà ma réponse. Et je vous le dis : RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER. Je signale enfin, à ceux qu'un léger retard dans leur approvisionnement pourrait gêner qu'il existe en Amérique d'immenses gisements d'hydrocarbures ; que LE PETROLE ET LE GAZ AMERICAINS SONT LES MEILLEURS DU MONDE, et que ce pétrole et ce gaz peuvent être expédiés partout. D'ailleurs, les producteurs américains et vénézuéliens ont décidé hier de contribuer à hauteur de 3 % de leurs revenus au financement de l'Association internationale pour la liberté du commerce - QUEL BEAU GESTE ! Signé Le Père Ubu. En illustration musicale, derrière ma lecture, La cérémonie des Turcs, de Jean-Baptiste Lully, tirée de l'opéra-ballet composée sur le livret du Bourgeois gentilhomme de Molière. Le commandement américain a infirmé, le 13 avril, les déclarations faites le 12 avril par le Père Ubu, précisant qu'il ne s'agissait pas de bloquer le détroit d'Ormuz et d'arraisonner les navires y circulant mais d'établir un blocus des ports iraniens.

Plutôt que de "culture managériale", expression un peu désuète qui traîne avec elle son parfum de vieille dame, je préfère parler de culture du leadership. Ça n'est en effet pas de management, et encore moins de ménagement que nous avons besoin mais de leadership, de leaders et de chefs.

Voilà que le roi de Carnaval garde sa couronne sur la tête, que le père Ubu demeure sur son trône, vociférant comme Charlie Chaplin dans Le dictateur, et comme lui jouant avec la planète.

Les LLM font ainsi le travail qui était hier dévolu aux écrivains publics : retranscrire ou résumer un propos mais "en mieux", comme l'écrivain public transformait quelques mots maladroits en somptueuse déclaration d'amour

C'est parce qu'elle pourrait choisir de me mordre et de me déchirer que le sourire de cette personne, et plus encore son baiser, me plaît.

Il n'y a que des beautés connotées, des beautés emplies de sens, des incarnations de vertus, d'émotions, de sentiments ou parfois même de vices, et là, là précisément et uniquement, est ce qui en elles nous touche et parfois nous bouleverse.

"Toute personne, écrit Etty Hillesum, qui entreprend un travail d'importance doit s'oublier elle-même". Il en va de même, je pense, de toute personne qui veut vivre, qui veut vivre sa vie et qui, pour cela, doit accueillir, à chaque instant, ce qui vient comme il vient, accueillir la vie dans sa nudité, son identité, son irréductible singularité.

Des schémas, des logigrammes, des camemberts à n'en plus finir, des plannings pleins de jolies couleurs et de flèches de diverses formes allant dans tous les sens, avec des réunions de suivi, de coordination, de pilotage organisées trois fois par semaine histoire de maintenir la flamme (et la pression sur les malheureux chargés de mettre ça en musique), et un mécanisme de reporting à plusieurs strates qui ressemble à une armée mexicaine, ou peut-être à un canard sans tête.

Et finalement, je trouve cela assez sain, et même assez plaisant, de construire, dans le temps, pas à pas ; de façonner ce qui sera dans le mouvement même de cette danse tangueuse et alambiquée ; de se laisser aller au rythme et au tempo qui naîtront d'eux-mêmes, qui émergeront peu à peu ; de laisser place, espace et liberté à cette chose inconnue qui émerge plutôt que de cueillir une fleur déjà éclose.

« Avant d'être Lean, Six Sigma ou “performance”, un Responsable ExOp est avant tout un animateur de la transformation, quelqu'un qui apporte du soutien opérationnel aux équipes. »

Il y a, dans la perception même de la goutte de pluie, serait-elle une larme, coulant lentement sur ma joue quelque chose de prodigieux, d'extraordinaire, de jouissif, quelque chose d'infiniment supérieur et meilleur que le rien.

Les choses belles ne survivent pas seules à la marée du temps. Comme des enfants, qu'elles sont car c'est de leur jeunesse qu'elles tiennent leur pouvoir, elles ont besoin d'être toujours encouragées, aidées, accompagnées pour ne pas rester en arrière, pour ne pas rester prisonnières du passé, pour demeurer vivantes ici et maintenant.

Il y a un charme singulier à saisir, puis découvrir, puis explorer chaque jour davantage, la richesse, l'inépuisable richesse de celles et ceux que l'on côtoie et dont chacune et chacun constitue un labyrinthe, un monde infini dont on sait seulement qu'on n'aura jamais le temps de le connaître, de le connaître jusqu'au bout pour autant qu'on ait la force, la force, la patience et le courage d'aimer.

La grande nouveauté des grands modèles de langage (LLM), ce n'est pas seulement leur troublante capacité à reproduire le raisonnement et la créativité humaines, mais leur propension à se tromper, à bugger, glitcher, halluciner, comme si l'intelligence, qu'ils simulent de façon si convaincante, allait de pair avec la possibilité, la capacité de commettre des erreurs,

Le rouge à lèvres, ce maquillage dont la couleur et l'utilisation sur la bouche rappellent fortement (quoique métonymiquement) les manifestations de l'œstrus chez certains des autres grands singes

L'intelligence des choses est tellement structurée comme un langage qu'on peut même se demander si elle n'est pas un effet de langage.

Coupés en deux ou en quatre puis longuement rissolés dans une poêle avec de l'huile d'olive, les choux de Bruxelles n'ont rien, mais alors strictement rien à voir avec la chose fétide qu'on nous forçait à manger à l'école.

On se rend compte, dans l'improvisation théâtrale, de l'abime insondable qui s'ouvre sous chacun de nos pas, de l'immense page blanche à remplir en quoi consiste, en chaque instant, la vie, la merveilleuse vie.

Alceste est lourd, sérieux ; il prend tout à coeur : les choses qui n'ont, au fond, aucune importance, comme les plus essentielles, ses affaires de cœur, justement, qui devraient alimenter sa joie mais qu'il assombrit et mine assidûment de sa lourdeur, de son sérieux, de son incapacité à "prendre une distance suffisante"

J'aime cet homme, cet idiot qui sait que ce sont des rêves que naît la beauté du monde.

La vue, comme la dextérité peut-être, est rationnelle et méthodique : elle classe, organise, analyse et compare ; les autres sens, brouillons et brumeux, vibrent en nous par resonance, par harmonie, comme le ferait une diapason planté dans notre cœur.

On parle de la même chose mais on ne dit probablement pas la même chose ; on ne dit certainement pas la même chose. C'est qu'il y a un abîme entre la parole qui s'est préparée, qui s'est apprêtée, qui s'est faite belle, et celle qui est livrée, extirpée, arrachée pat la violence, qu'elle soit celle des tenailles ou celle du sermon : l'une est libre, l'autre serve et soumise.

La joie est un élan, un mouvement, un saut de l'ange dans l'inconnu de la vie. Elle est cette pulsion créatrice dont le bonheur est comme la dérivée mathématique : un état calme et tranquille, une plénitude dont on jouit mais où tout s'apaise, rien ne venant y déplacer les lignes.

Grâce au logigramme, à ses jolies flèches, à ses cases mélangeant les choux et les carottes et à ses choix biaisés, le manager de 2025 peut avoir le sentiment de n'être pas vraiment responsable de ses actes puisqu'il ne fait qu'appliquer des processus scientifiquement élaborés, des processus qui conduisent à une punition rationnelle et logiquement fondée sur laquelle il n'a pas vraiment la main.

Ce qui doit guider l'action du manager, dans le châtiment comme dans le reste de son activité, c'est le souci de l'efficacité, de la proportionnalité, du devoir : ce n'est ni lui, ni son bras, ni sa main qui punit, c'est l'entreprise et la nécessité ; ce ne sont pas ses intérêts propres qu'il défend mais la pérennité, la réputation, les revenus et le cash-flow.

Voilà une question qui, pendant la longue parenthèse, la longue déliquescence ouverte par le Covid et le développement du télétravail, avait été un peu mise de côté. Mais cette triste page ayant maintenant été tournée, et le retour à des pratiques plus rigoureuses et, osons le mot, plus viriles, ayant été franchement amorcé, elle revient enfin (il en était temps !) au cœur des préoccupations managériale.

C'est ce tempérament de prédateur, cette avidité destructrice parce qu'incapable de s'autoréguler, que le test du marshmallow valorise : pourquoi se contenter du nécessaire quand on peut avoir le superflu ?

On n'aspire pas seulement à vivre, on aspire à être heureux. C'est normal et sain mais il arrive que, sous l'effet de pensées perverses et manipulatrices, d'idéologies morbides et dominatrices, on l'oublie. Et cet oubli est une défaite de la joie, de l'esprit et de la vie.

Nos œuvres les plus originales et les plus créatives sont des réinterprétations, des revisitations, des remakes d'œuvres déjà créées et qui renaissent indéfiniment dans ce processus continu de reprise et d'imitation, de régénération.

Quand je me rase, je me prends toujours un peu pour le Charlton Heston des Dix commandements coupant sa barbe après avoir vu Dieu.

"Il part quand, le bateau pour le Soudan ?", demandent ceux qui, sous couvert d'équité et d'universalisme, travaillent à ce que jamais il ne parte, à qu'il reste toujours à quai.

On peut ne pas chercher et ce faisant ne pas vouloir ; et on peut ne pas chercher et cependant bien vouloir.

C'est précisément dans la prise de conscience de cette indifférence mutuelle que réside la source profonde du plaisir, du plaisir un peu surpris que j'éprouve : plaisir pas du tout de l'individu mais plaisir de l'animal humain, de l'animal grégaire, de l'animal heureux de voir prospérer les siens, de les voir nombreux, divers, vaquant à leurs occupations variées et faisant cependant, incontestablement, société.

Je suis simultanément contemporain de tous les âges du monde, des âges qui ne se succèdent pas mais s'entremêlent en fonction de la position relative des uns et des autres.

La vie, pourtant, n'est pas un verre de vin ; on ne la déguste pas, appréciant sa rondeur, son goût boisé ou le parfum de la banane ; on la vit ; on la vit au rythme de la vie, avec ses joies, ses ennuis, ses bonheurs, ses envies de dormir et ses instants de grâce.

Nous pensons vouloir nous remplir ; et pourtant nous n'aspirons vraiment qu'à nous vider.

Hosanna, hosanna ! Vive le cadre de référence et puissent ses bienfaits se répandre sur nos vies et nos activités comme miel et ambroisie !

Même s'il est quasiment miraculeux que le 5 sorte mille fois de suite, la probabilité locale et immédiate des événements demeure inchangée, et le 5 n'a pas moins de chance de sortir que n'importe lequel des autres nombres portés par les six faces du dé.

Il faut inverser Adorno : comment peut-on, après Auschwitz et Hiroshima, comment peut-on oser faire encore autre chose que de la poésie et du théâtre ?

Je découvre, stupéfait, qu'il serait dans l'intention du Premier ministre de supprimer le 8 mai. Quelle étrange idée ! En a-t-il pesé tous les effets ? À ma connaissance, la dernière fois qu'une telle chose a été faite, c'était du temps du pape Grégoire.

Imaginons donc que, comme pour l'intelligence, la simple imitation de l'amour par prédiction probabiliste des mots et tokens susceptibles de poursuivre une suite de mots amoureux puisse, presque miraculeusement, créer un discours amoureux, un discours amoureux indiscernable de celui de l'amante ou de l'amant.

Il serait utile de mettre au point, à côté du test de Turing que chacun connaît, un test plus particulier, appelons le test de Pygmalion, conçu pour évaluer la capacité des IA à simuler l'amour et ce qui va avec.

Amantes et amantes IA : ces compagnes et compagnons devant le regard desquel.le.s nous ne tremblons pas, qui ne réveillent pas chaque jour en nous la terreur d'être un jour abandonné.e.s.

Au fond, et depuis Pygmalion au moins, la seule chose qui nous intéresse vraiment, là dedans, c'est le sexe : le sexe et la sexualité des IA génératives : les IA peuvent elles aimer, les IA peuvent-elles faire crac crac ?

Là est le lien entre hypnocratie et IA génératives : d'un côté, une réalité politique et stratégique sort de propos et d'actes erratiques ; de l'autre, du sens surgit de la juxtaposition statistique de mots incompris.

Un ami et moi avons trouvé ensemble un trésor. Pour des raisons pratiques, c'est moi qui ai dû l'emporter. Puis vient le moment du partage : que vais-je proposer à mon partenaire ?

Rien ne ressemble plus à notre intelligence, rien n'est à certains égards plus proche de notre intelligence, que son imitation, y compris dans les applications, notamment médicales et scientifiques, qui ne se contentent pas de singer, mais qui cherchent et découvrent.