Redécouverte d'un fait marquant de l'histoire contemporaine. Une façon de revivre sous forme d'archives sonores ou de textes les grands moments de notre histoire... Une émission de Jean Leclerc Fichiers audio disponibles durant 30 jour(s) après diffusion.
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Au XVIème siècle, au Château d'Yverdon, résidence des baillis bernois, les prévenus de sorcellerie sont conduits à la sinistre " Tour de la Question " pour y subir le supplice de l'estrapade. Aujourd'hui, à l'heure où plusieurs initiatives sont menées en Europe pour réhabiliter les victimes accusées de sorcellerie, un réaménagement de cette " Tour de la Question " est prévu. Laurent Huguenin-Elie s'entretient avec Vincent Fontana muséologue, Docteur en histoire moderne et directeur du Musée d'Yverdon et région. Avec la participation de Tania Verge Mestre, conseillère à l'Égalité et au Féminisme du gouvernement catalan, en Espagne.

Les contes et légendes ont participé à la transmission de la figure des sorciers et des sorcières jusqu'à nos jours et la fascination pour la magie et la sorcellerie semble aujourd'hui intacte. Quels messages a-t-on voulu faire passer à travers les contes ? Laurent Huguenin-Elie s'entretient avec Aurélie Reusser-Elzingre, docteure en linguistique, chargée de cours à l'Université de Neuchâtel, spécialiste de la langue française et des dialectes romands. Aurélie Reusser-Elzingre a notamment publié : " Contes et légendes du Jura ", ainsi que " Vouivres, sorcières, grimoires et loups-garous " (Editions Alphil).

La chasse aux sorcières est un phénomène européen, même si quelques régions seront particulièrement concernées, comme l'arc alpin, avec notamment le Valais. Une chasse qui est issue d'une peur. Mais quelle est au juste son origine ? Laurent Huguenin-Elie s'entretient avec Michel Porret, professeur honoraire d'histoire moderne à l'Université de Genève, auteur notamment de " l'Ombre du Diable " (Editions Georg) et Chantal Ammann-Doubliez, historienne, archiviste du chapitre de la cathédrale de Sion. A noter également : " Sorcellerie et superstitions à Genève ", de Christian Broye (Editions du Concept Moderne).

Au printemps 1467, la rumeur raconte qu'il existe à Chermignon, au cœur du Valais épiscopal, une secte dont les adeptes se déplacent sur des tabourets volants, auraient dévoré un enfant et seraient capables de provoquer des crues dévastatrices et des chutes de neige en été. Lors de leurs supplices, trois de ses adeptes ont pointé du doigt la veuve Françoise Bonvin. Sur l'ordre du châtelain de Sierre, des officiers viennent l'arrêter. Va-t-on la conduire au bûcher ? Au micro de Laurent Huguenin-Elie, nous rencontrons : Chantal Ammann-Doubliez, historienne, archiviste du chapitre de la cathédrale de Sion, qui a notamment publié : " Procès de sorcellerie dans la Vallée de Conches et chasses aux sorciers et aux sorcières en Valais au XVe siècle ", paru dans la série des Cahiers de Vallesia. L'archiviste Denis Reynard et Sandrine Strobino, qui a consacré son mémoire de licence à l'étude de ce cas : " Françoise sauvée des flammes ? ".

On associe souvent le phénomène des grandes chasses aux sorcières au Moyen Âge, pourtant ce n'est véritablement qu'à partir du XVe siècle qu'on les voit apparaître. Ce mouvement, qui s'inspire notamment des méthodes de l'inquisition pour éradiquer les hérésies, s'étend dans certaines régions d'Europe et l'arc alpin est tout particulièrement concerné. On traque, on persécute, on condamne, on pend, on brûle. Histoire Vivante explore les traces de ce passé dans les cantons du Valais, Vaud, Genève et Jura. Le 6 avril 1652, sur la plaine de Plainpalais à Genève, la foule se presse devant la potence que l'on vient d'ériger. Michée Chauderon, pourtant simple lavandière à l'existence bien misérable, va être pendue puis brûlée pour " maléfice ". Comment a-t-elle pu en arriver là ? Laurent Huguenin-Elie reçoit Michel Porret, historien, professeur honoraire à l'Université de Genève et rencontre Pierre Flückiger, archiviste d'Etat du canton de Genève.

L'arrivée de Joseph Kabila au pouvoir en 2001 après l'assassinat de son père Laurent-Désiré et les accords de paix de Sun City entre 2002 et 2003 paraissent ouvrir une nouvelle ère en RDC. La page de la guerre ouverte avec le génocide au Rwanda se tourne et un gouvernement transitoire fondé sur le partage du pouvoir entre anciens belligérants se met en place avec Joseph Kabila à sa tête. Mais en réalité des zones d'influence restent, notamment à l'est dans la province du Kivu. Le pays est exsangue. Redresser l'économie de la RDC est une des priorités de Joseph Kabila en s'appuyant sur les ressources minières. Dans un premier temps, il se tourne vers les Européens sans succès. Élu premier président de la RDC en 2006, Joseph Kabila annonce un accord avec la Chine. Filipe Calvão est anthropologue et historien, spécialiste de l'Afrique post-coloniale, il nous explique en quoi consiste ce " contrat du siècle " entre la RDC et la Chine. Avec : Colette Braeckman, journaliste pendant des années pour le quotidien belge Le Soir, a passé l'essentiel de sa carrière en RDC Filipe Calvão est anthropologue et historien, spécialiste de l'Afrique post-coloniale et des économies extractives à l'Institut supérieur d'études internationales et de développement à Genève.

Deux ans après le génocide au Rwanda, une offensive est lancée depuis ce petit pays collé sur l'est du grand Congo. Elle vise dans un premier temps le Nord-Kivu, une des provinces congolaises où des milliers de réfugiés Hutus ont fui. Soutenue par de nombreux pays africains et par certains pays occidentaux, elle ne s'arrête pas là. Les troupes de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo descendent jusqu'à Kinshasa…. A l'époque Colette Braeckman est grand reporter au Rwanda et au Congo pour le quotidien belge Le Soir. Elle est présente lors de cette offensive qui marque le début de la " guerre mondiale africaine ". Avec : Colette Braeckman, journaliste pendant des années pour le quotidien belge Le Soir, a passé l'essentiel de sa carrière en RDC. Filipe Calvão est anthropologue et historien, spécialiste de l'Afrique post-coloniale et des économies extractives à l'Institut supérieur d'études internationales et de développement à Genève.

En 1965 le général Mobutu prend le pouvoir au Congo. Il ne le quittera plus durant plus de trente ans. Colette Braeckman a fait presque toute sa carrière comme grand reporter pour le quotidien belge " Le Soir ". Spécialiste du Congo, elle a publié plusieurs ouvrages sur le Rwanda et la République démocratique du Congo. Elle a rencontré Mobutu à plusieurs occasions. Filipe Calvão, anthropologue et historien, spécialiste de l'Afrique post coloniale et des économies extractives à l'Institut supérieur d'études internationales et de développement à Genève.

Les révélations sur les sévices endurés par les populations congolaises pour la collecte de l'ivoire et du caoutchouc dans l'État indépendant du Congo ont mis la Belgique et son roi sous pression. Léopold II, ruiné et mis en accusation dans l'affaire " des mains coupées ", finit par céder au gouvernement belge ce territoire devenu sa propriété personnelle en 1885. Le 15 novembre 1908, "l'État indépendant du Congo" change de nom et de statut. Il devient "le Congo belge", un nom qu'il gardera jusqu'à son indépendance en 1960. Désormais responsable de cette immense colonie en tant qu'État, la Belgique veut montrer au reste du monde une gestion exemplaire. Avec : Bob Kabamba, politiste et spécialiste du Congo, professeur de sciences politiques à l'université de Liège.

La République Démocratique du Congo - l'ancien Congo belge, puis Zaïre - est un des pays les plus pauvres au monde. Près de trois Congolais sur quatre vivent avec moins de 2,15 dollars par jour. La captation de ses richesses depuis la colonisation par des puissances étrangères mais aussi par ses dirigeants et la persistance de la guerre à l'est - 6 millions de morts depuis 30 ans - font de cet immense territoire au cœur du continent africain un colosse aux pieds d'argile. Le premier à découvrir l'embouchure du fleuve Congo, c'est le navigateur portugais Diogo Cão en 1482. Il n'ira pas beaucoup plus loin : les membres de l'équipage meurent les uns après les autres de la malaria. Au 19e siècle, ce vaste territoire au centre de l'Afrique est donc un des derniers à ne pas avoir été exploré. Jusqu'à l'expédition de l'Américain Henry Stanley en 1871 pour sauver le Docteur Livingstone, disparu depuis des années. En 1874, une grande expédition est lancée par le Daily Telegraph et le New York Herald avec Stanley à sa tête pour découvrir les zones encore inexplorées du continent. Stanley, encore, part de Zanzibar à l'est et atteint la côte atlantique trois ans plus tard. A court d'argent, il rentre, pour trouver de nouveaux financements et cette fois il se tourne vers la reine Victoria. Avec : Bob Kabamba, politiste et spécialiste du Congo, professeur de sciences politiques à l'université de Liège.

Après la grande peur de 1910, la comète de Halley repasse par chez nous en 1986 et entre temps on a fait de sacrés progrès pour calculer sa trajectoire. Cette fois on sait qu'elle s'est approchée au plus près de la Terre à une distance 63 millions de kilomètres, à la vitesse de 54,55 kilomètres par seconde. Depuis 1910 aussi on a marché sur la Lune et on a fait voler des satellites à commencer par le petit Spoutnik soviétique en 1957. Le saut technologique est énorme depuis 1910 alors dans quel état cette visite de la comète en 1986 nous trouve- t-elle ? La comète de Halley on l'a beaucoup attendu, observée, représentée, redoutée, on l'a confondue avec d'autres comètes. Et après tout ce temps-là, on sait la reconnaitre mais on a encore pas mal de choses à en apprendre. Avec Sylvain Chaty, astrophysicien, auteur de l'article La folle histoire des remèdes anti-comètes, paru dans la revue en ligne The Conversation en 2020. Arnaud Saint Martin, sociologue des sciences, spécialiste de l'aérospatial, auteur de Les astrocapitalistes: toujours plus loin, conquérir, coloniser, exploiter, Payot, 2025.

En 1910, la comète de Halley traverse l'atmosphère terrestre dans une ambiance de panique folle alimentée par des prédictions apocalyptiques mais aussi par les prévisions scientifiques inquiétantes. Avec Sylvain Chaty, astrophysicien, auteur de l'article La folle histoire des remèdes anti-comètes, paru dans la revue en ligne The Conversation en 2020.

Les comètes peuvent devenir un enjeu très politique quand on insiste pour leur donner des pouvoirs de prédiction ou de présage, mais la science avance et Edmund Halley au tout début du 18e siècle parvient à prévoir la fréquence de ses passages ou à peu près, si Jupiter ne s'en était pas mêlé. Avec Sylvain Chaty, astrophysicien, auteur de l'article La folle histoire des remèdes anti-comètes, paru dans la revue en ligne The Conversation en 2020. Jean Sanchez auteur du mémoire de doctorat : Lois des astres, lois des hommes, lois de Dieu - Théologiens, magistrats et philosophes face à la question de l'astrologie en France (1560-1628), soutenue en 2022.

Entre science, imaginaire débordant et croyances en guerre, le spectacle des comètes c'est toujours un étonnement et à chaque passage on a envie d'en savoir davantage. On décrit ces comètes, notamment la comète de Halley, bien avant qu'on lui donne ce nom et une date de rendez-vous tous les 76 ans. Avec Sylvain Chaty, astrophysicien, auteur de l'article La folle histoire des remèdes anti-comètes, paru dans la revue en ligne The Conversation en 2020. Isabelle Pantin, spécialiste de la littérature de la Renaissance.

C'était en 1986, il y a 40 ans, la dernière fois qu'on a pu voir la comète de Halley. Comme souvent elle a soulevé un enthousiasme électrique. Parce que cette comète qu'on ne peut voir qu'une fois au cours d'une vie, à chaque fois traverse l'histoire de l'humanité et nous en laisse une image, un instantané de notre état à ce moment-là et depuis 2023 elle a commencé son retour vers la Terre pour un prochain passage prévu vers 2061. La comète est l'invitée d'Histoire Vivante dans cette série et elle nous raconte notre histoire depuis près de 3000 ans. Le dernier passage de la comète de Halley a laissé un souvenir à la fois extatique et tout à fait tragique. Nous sommes en 1986, l'humanité a déjà foulé le sol de la Lune, on a lancé pas mal de satellites et de vols habités et cette fois on a même des sondes et une navette, la navette Challenger, la technologie la plus avancée pour explorer l'espace. Avec Arnaud Saint Martin, sociologue des sciences, spécialiste de l'aérospatial, auteur de Les astrocapitalistes: toujours plus loin, conquérir, coloniser, exploiter, Payot, 2025.

Depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, la Suisse soigne ses relations avec les États-Unis. Pendant plus de quarante ans, c'est la guerre froide qui organise la planète, mais une fois le mur de Berlin et l'Union soviétique effondrés, que se passe-t-il ? Fonds juifs en déshérence, secret bancaire, taxes douanières, à vue de nez on a l'impression que les crises entre les deux États amis sont plus fréquentes et gagnent à chaque fois en intensité. On retrouve Janick Schaufelbuehl, historienne, spécialiste de l'histoire des relations internationales de la Suisse à l'Université de Lausanne, pour vérifier cette hypothèse. La Suisse a échappé aux sanctions en 1946 grâce aux accords de Washington et à un gros chèque de 250 millions de francs mais, en 1995, les fantômes de la Deuxième guerre mondiale reviennent hanter la Suisse.

Si l'administration états-unienne actuelle semble prendre un malin plaisir à se faire les dents sur la Suisse, ça n'est pas la première fois. En 1945, les États-Unis et l'Union soviétique reprochent à la Suisse sa neutralité mais surtout ses échanges commerciaux intenses avec l'Allemagne au cours de la Deuxième guerre mondiale. Pour sortir des listes noires des vainqueurs de la guerre, il va falloir négocier. Un accord qui s'annonçait impossible est trouvé à Washington en 1946. Janick Schafelbuehl, historienne, spécialiste de l'histoire des relations internationales de la Suisse à l'Université de Lausanne.

Entre la France, l'Allemagne et l'Italie, la Suisse devait déjà composer avec son voisinage remuant mais une autre entité politique se forme par petites touches après la Deuxième guerre mondiale : L'Union européenne. Alors que faire avec ce nouveau modèle politique, en être ou pas ? Un débat toujours en cours qu'on explore avec René Schwok, professeur honoraire au Département de science politique et relations internationales à l'UNIGE et au Global Studies Institute. René Schwok, politiste, auteur de Suisse-UE, l'adhésion impossible ? (Savoir suisse, mai 2021)

Entre la France et l'Allemagne, le cœur de la Suisse a-t-il balancé si fort que ça au cours de l'histoire ? La question ne se pose pas vraiment jusqu'à l'avènement d'États centraux puissants en Italie et en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Jusqu'ici, c'est la France qui domine et même vassalise souvent les cantons suisses. Après 1848, la nouvelle confédération helvétique a choisi le franc comme monnaie de référence mais ce regard tourné vers l'ouest se détourne progressivement au profit de relations plus étroites avec l'Allemagne. Les amitiés de la Suisse avec ses grands voisins, un récit avec Sacha Zala, qui a de nombreuses casquettes : professeur à l'université de Berne, il est aussi président de la Société suisse d'histoire et surtout, ce qui nous intéresse particulièrement dans cet épisode, il est directeur du Dodis, le centre de recherche Documents diplomatiques suisses. Sacha Zala, historien et directeur du Dodis, le centre de recherche Documents diplomatiques suisses.

24 août 1572, des milliers de protestants sont massacrés à Paris, puis dans plusieurs villes de France. Peu d'images en gardent la trace, mais un tableau de François Dubois, exposé au MCBA à Lausanne, met en scène plusieurs moments du massacre dans un même cadre. Peint par un protestant exilé, ce tableau raconte aussi les suites de la Saint-Barthélemy : les conversions forcées, les fuites, et l'arrivée de réfugiés protestants jusqu'en Suisse. Avec Nicolas Le Roux, historien, spécialiste des guerres de religion. Patrick Cabanel, historien du protestantisme en France. Naïma Ghermani, historienne, spécialiste de l'exil et notamment du Refuge huguenot en Suisse.

Un escargot géant défile à Berne en 1928. Il mesure deux mètres de haut et avance lentement, comme les droits politiques des femmes en Suisse. Derrière cette image spectaculaire, des divisions entre féministes et des décennies de combats. Le droit de vote ne sera accordé qu'en 1971, bien après les pays voisins. Avec Pauline Milani, historienne à l'Université de Fribourg, spécialiste de l'histoire des femmes et du genre en Suisse.

Un hélicoptère sur un toit, une file de personnes qui attendent de monter. À Saïgon, en avril 1975, cette image raconte la fin d'une guerre de vingt ans. La chute du Vietnam du Sud pour les uns, la libération pour les autres. Mais ce cliché dit aussi l'abandon, la panique contenue, et les lendemains d'un conflit qui marque durablement les corps et les mémoires. Avec Laurence Monnais, historienne, professeure à l'Université de Lausanne et à l'Institut des Humanités en Médecine du CHUV, spécialiste de l'histoire de la médecine en Asie du Sud-Est. Note : L'image célèbre de l'évacuation par hélicoptère sur le toit d'un immeuble à Saïgon, prise par le photographe Hubert van Es en avril 1975, est soumise à des droits d'auteur. Elle ne peut être reproduite ici, mais peut être consultée sur le site de J. Paul Getty Museum : https://www.getty.edu/art/collection/object/1096F7?utm_source

On tourne la page de l'album et apparaît, en 1972, la première photo de la Terre entière, capturée par la mission Apollo 17. Un cercle bleu marbré de blanc sur fond noir. Cette image devenue célèbre raconte un tournant : un regard nouveau sur notre planète, entre conquête spatiale, rivalité Est-Ouest et prise de conscience écologique. Avec Alexandre Chollier, géographe et chercheur spécialisé dans les représentations de l'espace, auteur du livre November?November?: En route pour la Lune, la Terre en tête (Éditions La Baconnière).

La conférence de Yalta, Blue Marble, la chute de Saïgon, l'escargot des femmes à Berne ou encore la Saint-Barthélemy : certaines images disent bien plus que ce qu'elles montrent. Cette série explore cinq instantanés d'histoire, commentés par des historien·nes, pour en éclairer le contexte, le poids symbolique ou politique. Un album sonore à parcourir comme on feuillette une mémoire collective, image après image. Trois hommes emmitouflés posent devant une rangée de militaires. Cette photo très officielle, prise en février 1945 à Yalta, symbolise bien plus qu'une rencontre : elle met en scène les Alliés en train de préparer la paix des vainqueurs et de dessiner le partage du monde. Un cliché emblématique d'une diplomatie en manteaux d'hiver, mais aussi de tensions à venir. Avec Jenny Raflik, professeure d'histoire contemporaine à l'Université de Nantes, spécialiste des relations internationales et de la guerre froide.

Quoi de plus naturel en apparence que l'allaitement d'un bébé par sa mère ? Mais si naturel qu'il nous apparaisse, l'allaitement, c'est aussi un acte culturel et politique, soumis à un contrôle social très étroit. Retour sur l'histoire longue de l'allaitement avec Yasmina Foehr-Janssens, professeure au Département de langues et littératures médiévales de l'Université de Genève et Daniela Solfaroli Camillocci, professeure associée à l'Institut d'histoire de la Réformation de l'Université de Genève, au micro de Pierre Jenny pour Histoire Vivante.

A l'heure des alertes sanitaires qui frappent les marques de lait maternisé, retour sur l'histoire du lait en poudre. En pleine ruée vers l'or, des scientifiques américains mettent au point des procédés pour réduire des aliments en poudre, plus pratiques à conserver pour les colons en plein Far West. En Suisse, un industriel s'intéresse de près à ces procédés : Henri Nestlé crée sa farine de lait à Vevey en 1867 et le succès qu'il rencontre en incite bien d'autres à emprunter cette nouvelle voie lactée. Au début du XXe siècle, le Valaisan Maurice Guigoz se lance dans l'aventure, lui aussi. Ses produits de diététique infantile font bientôt le tour du monde. L'historienne Maryline Maillard revient sur l'histoire de cette entreprise et de son produit-phare au micro de Pierre Jenny pour Histoire Vivante. Maryline Maillard, Guigoz, Les débuts d'une entreprise innovatrice dans l'industrie laitière (1908-1937), (Aux sources du temps présent, 2002, Université de Fribourg).

Il y a 150 ans, Daniel Peter inventait le chocolat au lait. Véritable révolution dans une industrie encore balbutiante, il faudra plus de vingt ans à cet enfant de Moudon pour mettre en place la recette idéale. Le succès est immédiat, les touristes en raffolent et les vertus vivifiantes qu'on leur vante ne gâchent rien. À grand renfort de publicités, c'est toute une image de l'Helvétie qui se vend à l'étranger. Un pays où se mêlent l'air pur des Alpes et le bon lait de ses vaches, une industrialisation maîtrisée et un savoir-faire de très haute qualité. Le chocolat au lait s'installe durablement au panthéon des produits made in Switzerland puisqu'aujourd'hui encore, il figure en troisième réponse lorsqu'on demande aux touristes ce qui représente le mieux la Suisse. Sans Daniel Peter, pas de success story chocolatière, comme l'expliquent l'historienne, Anne Philipona, et le médiateur culturel de Moudon, Mathieu Gremaud, au micro de Pierre Jenny.

L'image bucolique d'une Suisse, pays d'alpages, de vaches et de lait est inventée au 18e siècle. En plein Romantisme, les touristes affluent vers les Alpes à la recherche d'une nature préservée, de son air pur, peuplée d'habitants que l'on résume parfois, allez souvent, à de primitifs bergers. L'Etat fédéral qui naît en 1848 est en quête d'une identité nationale et de symboles communs, encore une fois dans la montagne, le paysan et les vaches lui fournissent cet imaginaire élémentaire. Mais la Suisse a des liens plus anciens avec le lait qui a forgé l'identité de certains cantons au travers des siècles. C'est le cas de Fribourg où la fabrication de fromages est une source importante de revenus comme l'explique l'historienne fribourgeoise, Anne Philipona, à Pierre Jenny pour Histoire Vivante. Anne Philipona : Le bien commun des paysans. Enfance et développement des sociétés de fromagerie dans le canton de Fribourg, 1850-1914 (Société d'histoire du canton de Fribourg, 2021).

Le lait est partout, particulièrement en Suisse, qui soigne son image de pays d'élevage et de fromages. Aujourd'hui, on s'en méfie pourtant un peu du lait : indigeste, pas végan, surindustrialisé, l'image du breuvage nourricier élémentaire a pris un coup dans l'aile mais il a toujours de beaux jours devant lui. Dans cette série, Pierre Jenny a enquêté pour Histoire Vivante sur l'invention de la société du lait, ses symboles, ses usages et son économie monumentale. Le lait a connu plusieurs révolutions. La première, c'est à la Renaissance, où l'abondance du lait de vache permet la production de fromages et la mise en place d'une économie laitière qui prend son envol avec la révolution industrielle, c'est le deuxième âge du lait. Mais c'est surtout après la Deuxième guerre mondiale que l'Occident est submergé par une vague blanche. En plein baby-boom et pour écouler une production massive, des gouvernements font la promotion du lait à coups de publicité et de journées nationales. Didier Nourrisson, historien et professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université de Lyon 1, explique à Pierre Jenny les liens intimes que nous avons tissés avec le lait. Didier Nourrisson : Du lait et des hommes. Histoire d'un breuvage nourricier de la Renaissance à nos jours. (Éditions Vendémiaire, 2021).

On aimerait pouvoir dire que la vengeance a déserté les relations politiques mais elle est toujours bien là, peut-être même d'autant plus présente dans les conflits ces derniers temps. Si Vladimir Poutine veut arracher sa revanche sur l'histoire, du côté de l'Ukraine c'est la défense de son droit à l'autodétermination qui nourrit le sentiment de vengeance. Avec Marie Robin, politiste à l'Université de Leiden, autrice de La vengeance et la paix.

Vladimir Poutine convoque l'histoire pour justifier son invasion. Côté ukrainien on répond par une résistance armée et bientôt aussi par un regard sur le passé capable de soutenir un front de défense qui dure depuis 4 années. Sur le fonctionnement de l'Union soviétique, les débats furent féroces entre Lénine et Staline. Quand le premier meurt c'est la seconde option qui l'emporte. Avec Eric Aunoble, chargé de cours à l'université de Genève, co-auteur de Russie, Ukraine, Pologne: Histoire partagée, mémoires divisées.

La guerre que la Russie mène en Ukraine se fait avec des armes mais aussi avec de l'histoire. Un drôle de cocktail entre tsarisme et communisme où Vladimir Poutine prélève des morceaux d'histoire de la Russie des tsars qu'il articule avec l'histoire soviétique. Une opération très sélective qui remet en gloire Staline, mais qui n'a rien à voir avec la réhabilitation du communisme. Avec Korine Amacher, professeure d'histoire russe et soviétique à l'université de Genève et co-autrice de l'ouvrage : Histoire partagée, mémoires divisées. Ukraine, Russie, Pologne (Editions Antipodes, 2021, Lausanne).

Démontage, peinture rouge, destruction ou décapitation: les statues de Pouchkine sont éliminées de l'espace public ukrainien une à une depuis 2022. Les grands auteurs russes deviennent la cible de cette chasse à l'influence conquérante de la Russie. Une condamnation peut-être pas si méritée que ça mais la littérature, elle aussi, est en guerre. Avec Victoire Feuillebois, spécialiste de l'histoire littéraire et professeure à l'université de Strasbourg.

En Ukraine la guerre se mène avec des armes et avec des mots. Au cœur des discours, l'histoire, celle qui rassemble et celle qui sépare. Vladimir Poutine justifie son agression par un récit mêlant gloire tsariste et victoires soviétiques, tandis que l'Ukraine répond par une dérussification massive. De la guerre de Crimée du XIXe siècle aux théories de la vengeance, cette série explore comment l'histoire devient une arme de guerre. L'affrontement entre l'Ukraine et la Russie ne date pas du 24 février 2022 et de l'"opération spéciale" de Vladimir Poutine, mais de 2014 avec l'annexion de la Crimée. Ce point chaud du conflit s'inscrit dans une histoire longue de l'expansion russe depuis le XIXe siècle. Avec Marie-Pierre Rey, spécialiste de l'histoire russe, on remonte le temps pour explorer l'histoire de cette péninsule de la mer Noire avec ses guerres féroces où s'est déjà joué la paix du continent tout entier.

Les ligues antialcooliques féminines suisses s'inspirent des mouvements américains et britanniques, tout en s'adaptant à leur contexte. Ces organisations permettent aux femmes de s'engager dans la sphère publique et politique, créent des réseaux internationaux et imposent le débat, malgré l'idéal traditionnel du rôle féminin toujours si bien ancré dans la société au cours du XXe siècle. Ces femmes militantes, sont l'objet des recherches d'Audrey Bonvin, chercheuse FNS à l'université de Fribourg.

La prohibition s'est imposée aux États-Unis de 1920 à 1933, pour éloigner les ravages de l'alcoolisme. Mais elle a aussi créé ses monstres avec une explosion de la criminalité organisée et de la corruption. La contrebande invente ses intermédiaires, toute une hiérarchie et chacun a son rôle dans la chaîne d'approvisionnement. La vertueuse prohibition avait pour ambition de faire baisser les seuils de violence présents dans la société au quotidien mais elle en crée ailleurs, comme on le découvre avec massacre de la Saint-Valentin, le 14 février 1929. Avec Annick Foucrier, historienne, spécialiste des États-Unis et autrice de La Prohibition - Interdire pour une Amérique meilleure ? (Armand Colin, 2025).

La Prohibition est instaurée en 1920. Et pourtant, on boit encore aux États-Unis. La légende dorée de la clandestinité nous a laissé des images où l'excitation de la trangression l'emporte sur tout. Avec Annick Foucrier, historienne, spécialiste des États-Unis et autrice de La Prohibition - Interdire pour une Amérique meilleure ? (Armand Colin, 2025).

Les ravages de la boisson sont devenus un enjeu de société brûlant au cours du XIXe siècle aux États-Unis. Et la prohibition fait son chemin. Au seuil de la première guerre mondiale, les débats sont féroces et celles et ceux qui militent pour l'interdiction de l'alcool ciblent la faiblesse des politiques publiques et le système économique toujours en quête d'un marché lucratif. Avec Annick Foucrier, historienne, spécialiste des États-Unis et autrice de La Prohibition - Interdire pour une Amérique meilleure ? (Armand Colin, 2025).

Histoire Vivante s'intéresse à l'histoire de la prohibition. Une histoire festive et flamboyante, des années 1920 et 1930, où les images de nuits folles et clandestines, de gangsters et de garçonnes sur le dance floor, de Gatsby le Magnifique et d'Al Capone dominent largement dans les mémoires. Mais la prohibition est aussi la trajectoire d'une réflexion sur l'alcoolisme, une recherche à tâtons pour comprendre quelle place laisser à l'alcool parmi nous. Au moment où la consommation d'alcool interroge, les États-Unis sont indépendants depuis quelques décennies seulement. Cette nouvelle nation se cherche et s'invente un peu plus chaque jour. Avec Annick Foucrier, historienne, spécialiste des États-Unis et autrice de La Prohibition - Interdire pour une Amérique meilleure ? (Armand Colin, 2025).

Après l'affaire Dreyfus, la France apparaît comme l'Etat qui défend ses citoyens juifs. L'image d'exemplarité de la France après l'affaire Dreyfus s'accompagne aussi de profondes divisions au sein de la société française qui laissent leur empreinte et pour longtemps. Le 4 juin 1936, Léon Blum prend la tête du gouvernement. Il est socialiste, juif et les antisémites n'ont pas attendu son élection pour faire la démonstration de leur hostilité. Alors que les élections se préparent, il avait été victime d'une agression violente et spontanée dès le mois de février. Tal Brutman est historien, il est l'auteur de La France antijuive de 1936 (Éditions des Equateurs). Avec lui, on explore la centralité de la France dans le renouvellement de l'antisémitisme dans les années 1930.

Si l'antisémitisme est un amalgame de rumeurs malveillantes et de rivalité religieuse, il se politise au XIXème siècle. L'apparition de théories sur la hiérarchie des races en lien avec la construction des nationalismes se cumulent avec l'hostilité multiséculaire chrétienne. Si l'antisémitisme ne semble jamais disparaitre, c'est qu'il recycle les fantasmes et croyances populaires désormais traditionnels. L'hostilité contre les Juifs réapparaît lors des crises pour en désigner le bouc émissaire, une acrobatie bien pratique pour expliquer l'échec d'une politique. Le XIXème siècle avait pourtant bien commencé : La France de la Révolution avait reconnu l'égalité des Juifs au sein de son corps politique et serait progressivement suivie par ses voisins. Mais ce XIXème siècle est aussi celui qui réinvente la haine des Juifs, il lui donne de nouveaux atours pseudo-scientifiques et la rebaptise " antisémitisme ". Avec Jacques Ehrenfreund, professeur à l'Université de Lausanne, titulaire de la Chaire d'histoire des Juifs et du judaïsme à la Faculté de théologie et de sciences des religions.

A l'époque médiévale, les Juifs ont un statut spécifique qui ne les protège pas d'une dégradation de leurs conditions de vie et bientôt de leur expulsion. Une politique largement suivie en Europe occidentale chrétienne. Le Moyen Age est aussi le moment où l'on invente les premiers signes distinctifs destinés aux Juifs, comme la rouelle, la double bande blanche, la ceinture jaune ou encore le chapeau pointu. D'inspiration très variés ces signes extérieurs sont tous destinés à rendre visible les Juifs parmi les populations, de l'Empire ottoman à l'Occident chrétien. La papauté désigne les ennemis de la chrétienté et au XIème siècle, lorsque commencent les Croisades, tout ce qui n'est pas chrétien devient un ennemi sur la route des Croisés. Pierre Savy, Maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l'université Paris-Est, raconte une affaire au cours de laquelle déjà le regard porté sur les Juifs semble avoir changé.