En Sol Majeur joue la partition du métissage de façon ludique et musicale. Des personnalités (politique, culture, sport, sciences) de « double culture » nous font partager leur histoire jalonnée d’espérances, de combats, d’humiliations parfois, de rêves souvent. Le tout sous la houlette d’un programme musical signé par l'invité. Une émission de Yasmine Chouaki avec la collaboration de Caroline Filliette (programmation). *** Diffusions vers toutes cibles le samedi et le dimanche à 14h10 TU, et le dimanche à 23h10 TU. *** À partir du 31 mars 2024, diffusions vers toutes cibles, le samedi à 14h10TU et 23h10 TU (plus le dimanche).

Il écrit pour les silhouettes bousillées dans les bocaux de la science truquée. Il écrit et il danse pour recoudre la mer de sa salive. Ces mots du poète Mackenzy Bergile, sont autant de coups de poignard dans le corps du danseur Mackenzy Bergile, qu'il est aussi. Oui, ce chorégraphe, pianiste, poète et chercheur franco-haïtien a une pensée très ESM, il dit What I am is never just me/Ce que je suis n'est jamais juste moi. Danser comme il danse, poétiser comme il poétise, c'est assister à une mémoire traumatique en mouvement. Cette jeune pousse de 29 ans formée à la danse traditionnelle haïtienne, afro-américaine et contemporaine, à la musique classique et aux arts visuels développe une œuvre rare, entre performance, recherche théorique et critique postcoloniale. Sur les planches de cet ESM, le murmure de ses ancêtres qui lui soufflent à l'oreille Continue ce qu'on a commencé, avec un seul mot d'ordre : composer avec le chaos. Programmation de l'invité : • Emma Achille Dans le silence • Jessye Norman Ave Maria • Tupac Changes.

ESM n'en fait qu'à sa tête cette semaine. Mais est-ce une tête complètement rasée ou couronnée d'une crête aplatie ? Ça, c'est la question. Est-ce pour déclarer la guerre ou pour faire une déclaration publique ? Encore une question. Du Nigeria au Sénégal en passant par la Namibie ou le Cameroun, la chevelure reste une signature, une page d'écriture sociale et culturelle. Voilà pourquoi en recevant Yann Turchi, ESM n'en fait qu'à sa tête. Double casquette pour ce coiffeur-photographe, bientôt photographe-coiffeur, lui qui a la main et l'oeil publie un livre intitulé Bonda Ndzié, du nom d'une ancêtre camerounaise, un beau livre fait de portraits de têtes africaines savamment tressées et finement analysées par l'historienne Dududza Mchunu. Pour une fois, on sera à un cheveu de nos racines. Programmation de l'invité : • Erykah Badu Out my mind just in time • Mos Def Life time.

La pelouse de la dernière CAN pique encore, elle se remet à peine du sacre Sénégalais. Alors que vous continuez à bougonner autour de la terrible finale Maroc-Sénégal et des sanctions de la CAF, alors que vous pourriez mourir pour un penalty peut-être injuste, chers supporters, est-ce que vous connaissez vraiment l'histoire du football africain ? Oui, je sais qu'on ne peut rien vous apprendre, pourtant je vous présente l'auteur Saïd El Abadi qui, depuis toujours, a deux amours : le sport et l'Afrique. Franco-Marocain et journaliste sportif pour le groupe Canal + en France, Saïd intervient en toute impartialité sur plusieurs médias en Afrique. Son livre L'histoire du football africain fait œuvre de mémoire sur ce sport qui n'est pas que du sport. On va jouer les prolongations des prolongations puisque El Abadi s'offre les gradins ESM. Programmation de l'invité : • Fonky Family Art de rue • Lenny Kravitz Fly away.

Il est Clitandre sur scène, Gaël dans la vie. Ennemi de Trissotin à l'acte IV des Femmes savantes, porteur d'une mémoire meurtrie dans sa chair d'homme. Vraiment, ce Jean-Baptiste Poquelin, ce Molière est un passeur. C'est en allant voir sa pièce féministe avant l'heure avec la troupe de la Comédie-Française au Théâtre du Rond-Point des Champs Élysées, qu'ESM a fait des yeux tout ronds devant ce Clitandre perruqué et costumé de bleu, un rien bouffant. Sous le vêtement et sous le maquillage, se pose là Gaël Kamilindi, 40 ans, qui vient tout juste d'être nommé 547è sociétaire de la Comédie-Française. Fils de l'exil, orphelin d'un destin rwandais, dans son documentaire « Didy » du nom de sa mère disparue, il engage une recherche du temps perdu qui lui permet, certains soirs, de se projeter dans l'avenir et dans les mots des autres. Programmation de l'invité : • Cécile Kayirebwa Rubyiruko • Mighty Popo Nibarize.

Faire son miel d'une histoire à trous, c'est l'objet de cet Esprit de famille qui tend son micro ESM à un tête-à-tête père-fils. Le fils Amine Chaïb, 38 ans, comédien né en France, qui en sait trop peu sur la colonisation française en Algérie telle que l'aura vécue son père, et le père Ali Chaïb, né dans cette Algérie française de 1946 et dont le marquage politique à gauche, le contraindra à l'exil. Trop peu de mots, trop peu de récits, mais de multiples polémiques sur la table des médias français, n'ayant pas (pour la plupart) remis en cause la version officielle d'une grande France impériale mais humaniste, aïe. Oui, une France impériale partie en mission civilisatrice conquérir des terres barbares, mais forcément humaniste, puisque créatrice en 1789 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Un père et un fils, tentant dans ce millénaire et dans ce parc Georges Brassens à Massy, au sud de Paris, de trouver le petit chemin sinueux d'une vérité, la leur, démarrée comme indigène de la République pour l'un, Français plus ou moins suspect pour l'autre. Programmation musicale des invités : • Houria Aïchi Chants de l'Aurès • Saint Levant From Gaza, with love.

Poésie et géopolitique, deux frères ennemis réunis dans notre chaudron ESM. Alors que 37 ONG ont perdu début janvier 2026 leur accréditation, menacées par Israël d'une interdiction totale de leurs opérations humanitaires en Palestine, au même moment me reviennent les mots du poète Mahmoud Darwich. Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement. Pour l'instant, le Palestinien tente de survivre, la Terre sainte saigne toujours et pas seulement parce qu'elle est sainte. Une voix sur les réseaux sociaux saigne elle aussi, une voix aimant à tisser des mots dans le cœur de Paname : celle de Muzna Shihabi, ex-conseillère de l'OLP entre 2007 & 2011, et qui a plusieurs noms de villes dans sa musette d'enfant de réfugiés palestiniens. Programmation de l'invitée : • Fairuz Zahret El mada'en • Cairokee Tilka Qadiya.

Petite question de rentrée: quel est le point commun entre la pensée de Césaire, la poésie de Mallarmé et le moonwalk de Michaël Jackson ? Réponse : le regard Malela. Le regard, le verbe, la pensée. Mais aussi le corps, la vibration, la musique. Y a tout ça chez Buata Malela, professeur des universités en Littératures française et francophone du XXè et XXIè siècles à l'université de Limoges, ayant enseigné (signe particulier) à Mayotte. Mais un professeur qui ne déteste pas taquiner la culture pop, se rêvant, peut-être, en MC de la pensée académique. Depuis son Kinshasa natal jusqu'à sa Bruxelles d'adoption, Buata Malela cultive une forme de créolité en publiant chez Hermann Éditeurs Sensibilités intellectuelles africaines, du discours occidental aux voix africaines (1988-2022) ou comment sortir de la grande nuit pour se glisser dans le talon d'Achille…Mbembe. Programmation de l'invité: • Fally Ipupa - Posa • Michaël Jackson - Liberian girl

Un sac à parole vient de faire son entrée ESM. Autrement dit un Kouyaté. Un sac à paroles, c'est-à-dire un griot, un diplomate, qui plus est fils de l'immense Sory Kandia Kouyaté, la voix d'or, celle de la Guinée indépendante. (Rediffusion) Le temps et les révolutions ont beau passé, Kandia (on l'appelle Kandia au village) est toujours là, son épopée mandingue toujours puissante, prête à distiller un message à nos conflits contemporains. L'héritier, le fils, Kaabi Kouyaté passe de case en case, de métropole en lieu-dit pour porter la bonne parole griotique. Il est armé pour ça : auteur, compositeur, joueur de ngoni, naviguant entre théâtre, musique traditionnelle et jazz mandingue, il vient déposer à vos pieds deux présents, Tribute to Kandia, son album hommage & le documentaire de Laurent Chevallier intitulé «La trace de Kandia». Une possibilité pour vous de suivre en son et lumière la trace du griot de Manta. Programmation de notre invité : • Sory Kandia Kouyaté - Keme Bourema • Kelitigui & ses tambourinis - Maderi • Enrico Macias - Enfant de tous pays • Puccini, Pavarotti - Nessim Dorma • Kaabi Kouyate - Dari.

Un peu de jazz, de néo jazz. Un peu de féminin fait main. Un peu, beaucoup, passionnément de voix. Dominique Fils-Aimé… êtes-vous là ? Je pose la question à cet esprit si singulier, venu de la scène montréalaise qui a émergé en 2015 d'une pochette surprise appelé télé-crochet au Canada. (Rediffusion) Autrice, compositrice, interprète et peintre de la voix auréolée de nombreuses distinctions, Dominique Fils- Aimé a du sang militant, du bleu et du rouge sur les cordes vocales. Bleu océan, rouge vivant, jaune fraternel à l'image de sa trilogie Nameless, Stay Tuned! Three Little Words qui a installé sa partition dans le temple de l'âme musicale. Et voici que nous arrive son 4ème album Our Roots Run Deep toujours percussif, habité, vocale, végétal et en tournée internationale, récemment au Café de la Danse à Paris, elle s'envolera pour New-York, Montréal, etc.Les musiques de l'émissionBeethoven Moonlight sonataDominique Fils- Aimé Our roots run deepDominique Fils-Aimé Three little wordsDominique Fils-Aimé BirdsBillie Holiday Strange fruit Dominique Fils-Aimé Strange fruitElisapie ArnaqSandra N'kake I miss my land/Camilleta douleur/Bobby Mc FerrinCircle song oneDominique Fils Aimé Home

Nous devions nous croiser au moment de la Saison lituanienne en France. Mais comme y a plus de saison ma p'tite dame, Mūza Rubackytė et ESM, c'est maintenant et en tournée en France, en Lituanie, à Porto Rico… 2025 sera lyrique. Pour cette artiste totale, Née sous un piano (c'est le titre de son autobiographie), le mouvement est son mantra. (Rediffusion) Mouvement d'une enfant surdouée, auréolée à 13 ans d'une grande victoire au concours All union récompensant les meilleurs pianistes d'Union soviétique, mouvement irrésistible pour la musique (de Franz Liszt, Godowsky, Chostakovitch) mouvement d'engagement pour la révolution lituanienne. Mouvement d'une soliste internationale en mission vers un au-delà musical qui n'empêche nullement les pieds sur terre : présidente de la société LISZTuania, marraine de la maison Debussy en France, Mūza Rubackytė exulte, transmet, voyage. Le regard vert entouré de taches de rousseur dit à peine la force de ce petit soldat mystique qui, entre Vilnius, Genève et Paris, nourrit un grand rêve européen pour sa Lituanie éternelle.

Crâne rasé et la mentale d'un mousquetaire. Le crâne rasé, c'est lui sur la photo, la mentale d'un mousquetaire c'est lui qui le dit. Dans la besace de cet ex-taulard du 9.4 qui a jamais été en taule, même dans sa piaule, y a du gros son, des posters et des noms qui ont laissé des traces dans le frigo de la vie : Malcolm X, Robespierre, Ice Cube, Magic Johnson, Kery James et toute la célèbre clique de Mafia K'1 Fry. (Rediffusion) L'âme de ce collectif hip-hop c'est lui, Samir Salah, plus connu sous le nom de O.G.B. 20 ans de carrière, 1 600 concerts entre la France et le Maghreb et 38 tonnes de doutes pour ce métis des banlieues. Grâce à un lit d'hôpital où il est passé à un cheveu de la grande faucheuse, O.G.B auteur interprète-producteur-régisseur se livre en tant qu'homme, fils, père, poto sur 300 pages au titre évocateur Je suis venu me dire, aux éditions Mindset. Une lecture qui m'a donné envie de cette conversation ESM pour remonter aux origines de l'artiste, même si dans la vie, on ne peut pas pull up comme dans la musique. À écouter aussiL'artiste Samir Salah, dit OGB, présente son autobiographie «Je suis venu me dire ...»

On le sait, La vie n'est pas un long fleuve tranquille. Preuve en est le parcours de Hatem Nafti, 42 ans, qui fait trempette dans de multiples fleuves court-circuités par le vent mauvais de l'Histoire. Dans son cœur, il y a du lys et du jasmin : il y a son pays de naissance (la Tunisie) et il y a son quartier (l'Est parisien). Essayiste qui apparaît régulièrement sur vos tablettes, c'est-à-dire sur France 24, TV5 Monde ou RFI pour décoder la situation tunisien-ne depuis 2011, Hatem Nafti est un journaliste engagé, presque enragé car journaliste d'opinion qui lance ses flèches en direction de la dictature constitutionnelle en Tunisie, mais aussi à l'attention de l'impensé colonial persistant en France. Collaborateur de plusieurs think tanks (Noria Research ou Fondation Jean Jaurès par exemple) sa plume fait des siennes aux Éditions Riveneuve avec le petit dernier Notre ami Kaïs Saïd, Essai sur la démocrature tunisienne. Programmation de l'invité : • Fayrouz Kifak enta • Yasser Jradi Dima dima.

Voilà une enfant d'Internet et de la diaspora africaine installée dans la chambre d'En Sol Majeur et dans les abysses de ses multiples inspirations. Étoile montante de la scène contemporaine, Josèfa Ntjam se dit habitée par une généalogie schizophrénique. (Rediffusion) Après son passage à la Biennale de Venise, avec la Fondation LAS où elle présentait Swell of spaecies (houle d'espèces), ESM ose pousser la porte de son monde connecté à l'afrofuturisme, la mythologie afrodescendante, la science et les cultures du web. Exposée dans le monde entier, cette plasticienne explore la profondeur des océans et l'étendue du cosmos avec, autour du cou, un pendentif philosophique, qui dit Je suis plusieurs. Êtes-vous prêts à décoller avec cette rediffusion ?… Car Josèfa est une météorite, qui se mérite. Les choix musicaux de Josèfa Ntjam Radiohead Reckoner Alice Coltrane Journey in Satchidananda Casey Créature ratée Sun Ra The lady with the golden stocking ESG My Love for You.

Une inclassable, une iconoclaste, forcément invisibilisée. Trois adjectifs pour qualifier une philosophe qui répond au doux nom de Seloua Luste Boulbina, spécialiste des études post-coloniales et de la pensée buissonnière, ai-je envie de rajouter. Fruit d'une histoire coloniale toujours en cours entre la France et l'Algérie, Seloua pense la colonialité de notre monde autrement. Le terreau de sa pensée est à l'image de l'igname qui procède par rhizomes, en étant à la fois une et multiple. La Boulbina elle aussi se déplace, de la psychanalyse à la littérature, de l'anthropologie à l'histoire. N'étant pas du genre philosophe en chambre, cette pratique de la transversalité est peut-être en lien avec ses multiples ancrages entre l'Afrique, l'Europe, l'Océanie et les Caraïbes. En témoignent ces deux derniers essais Sortir de terre, une philosophie du végétal chez Zumba et Malaise dans la décolonisation, Terres éparses et îles noires, aux éditions Les Presses du Réel. Programmation de notre invitée • Algiers Blood • Eugène Mona Maitre chacha.

À force d'officier sous les radars, la journaliste Nora Hamadi s'est fait flasher, repérer, elle est aujourd'hui en quasi première ligne de l'information… Évidemment, cette entrée en matière ne se comprend que si on a l'oreille greffée sur nos amis de France Culture et France Inter. Bienvenue sur RFI, Nora Hamadi… ce nom familier du paysage audiovisuel hexagonal, aurait pu ne pas l'être : familier. France Culture et France Inter. Pourtant, faire famille a longtemps été le credo de notre invitée. Née dans une cité de Longjumeau, en région parisienne, entre des parents joyeusement militants, le kabyle savoureux d'une grand-mère, des rêves de cantatrice et La maison des rêves (titre de son récit), la colonne vertébrale idéologique de Nora a fait le reste : une amoureuse des quartiers, mais pas forcément du téléphone arabe. Programmation de Nora Hamadi • Clara Nunes Juízo final • Burna Boy Love, damini.

On la lit beaucoup, mes enfants la dévorent, mes amis la citent, les médias l'invitent, et à l'approche des fêtes de fin d'année, l'idée de s'offrir ses livres risque d'atterrir au pied du sapin. Réinventer l'amour (comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles), Résister à la culpabilisation ou encore Sorcières, la puissance invaincue des femmes : c'est la signature de Mona Chollet. Journaliste, essayiste, ni sociologue ni historienne, elle se définit elle-même comme une bricoleuse de théorie. À regarder les chiffres de vente (Sorcières s'est vendu à 500.000 exemplaires), il semblerait que le bricolage ait ses vertus féministes : mais entendons-nous, nous sommes en présence d'un féminisme doux, pas forcément rebelle et qui cache peut-être une poule mouillée, en tout cas une casanière franco-suisse, qui a l'art de capter l'air du temps avec ses questions patriarcales, mais aussi ses questions coloniales. Programmation de l'invitée : • HK & les Saltimbanks Mon printemps en hiver • Lina Sleibi Helwa ya baladi. À consulter le blog de Mona Chollet La méridienne.

Elle lit Lacan, mais pas seulement. Elle a fait Sciences Po et moult paniers de basket. Aby Gaye, c'est son nom. Belle, grande, basketteuse professionnelle : double-championne d'Europe jeune et vice-championne du monde avec l'équipe de France. Les médailles d'or, d'argent et de bronze, ça la connaît. Hey, Aby Gaye, ça va les chevilles ? Ben justement… les chevilles, c'est le point faible de celle qui ne fait pas que lire, qui ne fait pas que des podcasts («Être et athlète», c'est le titre) non. Aby Gaye est non seulement un corps, mais c'est aussi une conscience tournée vers la terre mère : heureuse fondatrice de l'association Terang'Aby, l'estime de soi des jeunes Africaines en général & Sénégalaises en particulier (qui forcent un peu sur la dépigmentation) ça l'intéresse. Bref, Mademoiselle Gaye, c'est une tête bien faite, sur un corps d'athlète. À consulter Terang'Aby. Programmation de l'invitée : • 113 - Les princes de la ville • Kokoroko - Ewa inu.

Un sac à parole vient de faire son entrée ESM. Autrement dit un Kouyaté. Un sac à paroles, c'est-à-dire un griot, un diplomate, qui plus est fils de l'immense Sory Kandia Kouyaté, la voix d'or, celle de la Guinée indépendante. Le temps et les révolutions ont beau passé, Kandia (on l'appelle Kandia au village) est toujours là, son épopée mandingue toujours puissante, prête à distiller un message à nos conflits contemporains. L'héritier, le fils, Kaabi Kouyaté passe de case en case, de métropole en lieu-dit pour porter la bonne parole griotique. Il est armé pour ça : auteur, compositeur, joueur de ngoni, naviguant entre théâtre, musique traditionnelle et jazz mandingue, il vient déposer à vos pieds deux présents, Tribute to Kandia, son album hommage & le documentaire de Laurent Chevallier intitulé «La trace de Kandia». Une possibilité pour vous de suivre en son et lumière la trace du griot de Manta.

Quelle chance d'avoir pu rencontrer le premier poète de l'Afrique équatoriale Française, grand Prix de l'AEF en 56... Un dissident de la négritude à qui j'ai donné du Monsieur Martial Sinda. Il est rentré dans le studio comme une légende de poète-historien congolais, protégé de Léopold Sedar Senghor, il était de cette génération qui a vu le Blanc sur le dos du Noir, puis le Noir devenir Négritude, puis la Négritude l'accueillir en son sein littéraire. (Rediffusion) Martial Sinda, né en Afrique, le pays des commentaires est l'auteur d'un recueil de poèmes devenu collector Premier chant du départ & du non moins fameux. Le Messianisme congolais et ses incidences politiques depuis son apparition jusqu'à l'époque de l'indépendance, 1921-1961. ESM rend hommage à ce grand Quelqu'un disparu, l'été dernier, en rediffusant cet entretien qu'il nous accordait en 2014 où j'osais lui demander «Quand on vous demande d'où êtes-vous, que répondez-vous ?» Les choix musicaux de Martial Sinda - Moune de Rivel Amédée - Franklin Boukaka Les Immortels - Sidney Bechet Petite fleur.

Il y a d'abord le clair obscur, puis des formes géométriques, puis des fragments de moulages d'où surgit le buste d'Alexandre Le Grand. La scène ne se passe pas loin de Shanghai, en Chine fin des années 80, au bout des doigts de Xie Lei. Diplômé de l'Académie centrale des Beaux-Arts de Pékin et de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, cet artiste peintre, en lice pour le prix Marcel Duchamp 2025, tutoie les anges de la peinture italienne et espagnole. Mieux, avec ses camaïeux, ses têtes décapitées et ses corps en chute libre, il explore une poétique de l'étrange. Ces toiles, qui attendent le verdict du Prix, sont exposées au Musée d'art moderne de Paris (le MAM), cependant que son auteur nous rend visite. Programmation de l'invité : • Hu Ge He mei li • Joan Manuel Serrat Nanas de la Cebolla. Les toiles de Xie Lie sont exposées au Musée d'Art Moderne de Paris.

La musique c'est du bruit qui pense, signé Victor Hugo… ben, j'vous tire pas mon chapeau, M'sieur Hugo. Dans un autre genre on a Cioran qui proclame que La musique c'est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur, c'est bien du Cioran. Qu'en dira notre invité Sango Ndedi Ndolo, auteur compositeur interprète guitariste tourné vers l'élégance et la douceur en douala. C'est l'histoire d'un musicien basé à Paris, avec une mémoire transversale des gammes et un attachement au patrimoine camerounais. Sur votre pick up d'esthète (oui, ça se passe entre esthètes), en attendant la prochaine cuvée, ESM vous recommande son album Eyala, une pop entre funk et folk dont le swing doit une fière chandelle à sa langue maternelle.

Est-ce que Séphora Pondi croit aux fantômes ? Pas impossible. Elle qui semble habitée autant par le théâtre que par l'écriture, se laisse hanter corps et âme, par des personnages qu'elle interprète ou qu'elle crée de toutes pièces. Pensionnaire à la Comédie Française depuis 2021 (on se souvient de son rôle titre dans Médée), Séphora Pondi s'avance en littérature avec «Avale», un premier roman anthropophage qui fait la part belle à la fiction, n'en déplaise à l'autofiction. Mais alors, pourrons-nous signer ESM un autoportrait émaillé d'un ou deux polaroïds familiaux, peut-être d'identité bassa, et très certainement de sororité échevelée.

Qu'est-ce que le beau ? Voilà une question qui pourrait nous entraîner loin sur les rives du subjectif et de l'esthétique. Restons sur l'esthétique avec une décoratrice d'intérieur voyageuse, notre invitée Aline Matsika qui transforme les intérieurs de Paris, New-York, Majorque ou Zurich depuis plus de 25 ans. Matsika, un nom venu de Pointe-Noire (ESM salue la République du Congo) associé désormais à Timuntu, mot bantou (porteur de philosophie), devenu le nom d'un concept qui met à l'honneur un design chic entre Afrique et Occident, entre culture et modernité. Bonne nouvelle, l'époque a enfin dépassé le clivage entre tradition et modernité. À quoi peut ressembler un siège senoufo ou ashanti dans votre intérieur bourgeois ? Je poserai la question à notre amoureuse du beau, qui a osé un escarpin dans la capitale, à l'occasion de l'édition 2025 de Paris Design Week-end. Programmation de l'invitée : • Franco Mabele • Roberto Torres Caballo Viejo.

L'histoire qu'on vous raconte aujourd'hui commence au bord du Nil en Égypte, elle se poursuit pas loin du lac Saint-Laurent au Québec, mais elle va atterrir dans les gravats de la Palestine. Grâce à Rachad Antonius - professeur titulaire de Sociologie à l'Université du Québec à Montréal jusqu'en 2020. Allez savoir pourquoi, lui qui se destinait aux Mathématiques, s'est retrouvé de fil en aiguille sociologique à étudier la question des minorités arabes au Québec, les sociétés arabes contemporaines et les conflits du Proche-Orient. À l'heure où la Palestine, quasiment rayée de la carte est reconnue par les Occidentaux, ESM recommande La conquête de la Palestine, de Balfour à Gaza, une guerre de cent ans de notre invité, aux Éd. Écosociété.

Lorsque l'opéra ouvre grand ses fenêtres, c'est qu'Aldo Brizzi regarde le monde. Aldo Brizzi, une brise musicale, né dans une Alessandria italienne, le lyrisme commence là peut-être. Compositeur et chef d'orchestre rompu aux partitions classiques, Brizzi s'est un jour envolé loin de l'Europe mozartienne et wagnérienne pour les paysages d'Ipanema, au Brésil. Parcours fascinant que celui de ce chef, directeur musical du Núcleo de Opéra da Bahia, qui n'hésite pas à métisser un Roméo et Juliette en l'inscrivant à l'époque de l'esclavage. Qui s'aventure sur les terres du tropicaliste Gilberto Gil, jusqu'à signer ensemble l'album Amor Azul. Qui fraye avec l'ambassadeur de la culture indienne Raghunath Manet, jusqu'à peaufiner ensemble l'album Holos. Préparez vos oreilles à autre chose que la pensée ou la partition unique. Un ESM qui est aussi comme un coup de rein ou un clin d'œil à la saison France-Brésil 2025. Programmation de l'invité : • Gilberto Gil, Aldo Brizzi Amor azul • Joâo Gilberto Desafinado.

Qu'est-ce qu'un secret de famille ? Au bout de combien de générations devient-il irrespirable ? Que peut finalement apporter une enquête familiale et que faire de la honte généalogique lorsqu'on est descendant de bourreau ? Toutes ces questions, on se les pose en lisant la passionnante Enquête familiale à la lisière du Troisième Reich, Les zones grises, d'Alexandra Saemmer qui paraît chez Bayard. Cette chercheuse en Sciences sociales, descendante de Sudètes (ce peuple expulsé de la Tchécoslovaquie à la fin de la Seconde Guerre mondiale) soulève plusieurs voiles pour confondre le gris de son histoire, autour des origines floues de sa mère, d'un oncle mystérieusement disparu et d'un grand-père peut-être adhérent au national-socialisme. Lorsque les fantômes d'une Europe en guerre toquent à la porte de la mémoire, peut-être que les vivants reprennent leur respiration. Programmation de l'invitée : • Rammstein, Donaukinder • Kate Bush, Weithering Heights.

« Quelle fille bizarre ! Ce n'est ni un homme ni une femme. » Cette terrible phrase parlant de notre invitée, la cinéaste Heiny Srour, on la doit à un poète égyptien marxiste. Trois mots (poète, égyptien, donc arabe, et marxiste) qui ont créé un désenchantement chez celle qui reste la première femme du tiers monde (ouh, le vieux mot) à avoir été sélectionnée à Cannes en 1974. Rendre visible les femmes dans l'histoire des luttes, c'est le pacte, l'indiscutable engagement pris par cette passionaria de 80 ans, juive libanaise, qui pose sur la table de nos urgences deux films pionniers du cinéma arabe Leïla et les loups (fresque poétique sur la grande Histoire vue pour une fois par les femmes libanaises et palestiniennes) et L'heure de la libération a sonné tourné en 1971 en pleine guerre du Dhofar, opposé à la présence des troupes britanniques à Oman, et qui nous apporte un éclairage édifiant sur ce Moyen-Orient post 7 octobre. À écouter aussiHeiny Srour, pionnière du cinéma féministe et décolonial ► Programme de notre invité Arié Ovadia « Anenu Avinu » Bill Haley « Rock Around The Clock » ► Leïla et les loups, prochaines dates du film : À Paris : Cinéma Espace Saint Michel, 75005 Paris 10/09 : Genève (CH) CinéLux, 18h30 première en Suisse 28/09 : Lyon (69) Théâtre l'Élysée, 20h00, Festival Pour la suite du monde 30/09 : Hérouville-Saint-Clair (14), Café des Images, 20h30 09/10 : Toulouse (31), Utopia Borderouge Du 2 au 12/10 : Fameck (57), Victor Hugo, Festival du film arabe Novembre : Bordeaux (33), Utopia 23/11 Montreuil (93) le Méliès - Cycle Maestra 29/11: Genève, Rencontres cinématographiques Palestine Filmer c'est exister Du 23/01 au 3/02: Vesoul (70), Majestic, 32e Festival International des Cinémas d'Asie

Jésus l'a dit bien avant que Dorcy Rugamba ne l'écrive : Je ne suis pas venu vous apporter la paix, mais le glaive. Je suis venu séparer le fils de son père. Difficile de retourner sur le lieu du crime, là où père, mère, frères et sœurs ont disparu en trois quarts d'heure un certain 7 avril. (Rediffusion) À l'occasion de la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, ESM vient de lire Hewa Rwanda, Lettres aux absents que publie Dorcy Rugamba, l'intrus de la famille, puisque rescapé du génocide. Que nous est-il arrivé ? La question, il la pose en metteur en scène de lui-même, les tiroirs de la mémoire, il les ouvre en dramaturge avisé. Les choix musicaux de Dorcy Rugamba : - Ali and the Hodi Boys This world - Cyprien Rugamba Urukundo/L'Amour - Putumayo & Nina Ogo Ningojee (playlist RFI).

L'une range dans la cuisine la papaye verte, les tomates cerises, le piment rouge thaï, le nuoc-mâm, l'autre arrange ses cartons de dessins sur les genoux. L'une coupe l'extrémité de la papaye et le piment en dés, pendant que l'autre dessine le saladier qui accueille papaye, piment et petites tomates. L'une - Liliane - est la mère de l'autre - Christelle. Ensemble, Liliane et Christelle Téa (qui ont peut-être d'autres prénoms planqués dans les tiroirs) publient Au bonheur, 70 recettes qui font voyager les papilles entre le Cambodge, la Thaïlande, la Chine et le Vietnam. (Rediffusion) Encore une histoire d'exil parfumée aux saveurs d'autrefois, entre pousses de bambou et champignons shiitakés. Encore une histoire d'arrachement (à Phnom Penh) et d'accommodement (à la France), encore une jolie petite famille où il fallait pleurer pour aller au musée, mais où la musique n'a jamais été oubliée… conversation ESM entre une table bien dressée, et une préparation de crevettes à l'ail derrière les fourneaux. Avant le 1er choix musical de Liliane (que du bonheur), petite arrivée sur le perron d'une maison de banlieue, souriante et accueillante.

On n'épouse jamais son fantasme, disait le cinéaste italien Federico Fellini. Il se pourrait bien que la peinture épouse tous les fantasmes d'une peintre diplômée de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, née en Iran. Silhouettes de femmes apprêtées sur un champ de ruines, visage de femme poignard sous le menton, beauté de femme blanche enlaçant beauté de femme africaine, scènes de guerre, allusion biblique ou mythologique, les toiles de Nazanin Pouyandeh font place à l'humanité. (Rediffusion) Mais, foin de blabla droit-de-l'hommiste, non, Nazanin n'a d'yeux que pour une humanité féminine, transgressive, désobéissante à l'image de son exposition éponyme à voir en ce moment à Montpellier, en France. Bien sûr, nos yeux d'amoureux, de journaliste, de critique, vont chercher des indices de sa vie passée en Iran. Ils vont chercher des tapis persans, des tapis volants, des préjugés coiffés de turban, chers vous tous, passez votre chemin... La Pouyandeh n'est pas l'Iranienne de service attendue, c'est une guerrière, peut-être bien une amazone.

Avec toutes ces histoires de chinoiseries, Jean-Baptiste Phou aimerait bien qu'on lui lâche les baskets. Et puisqu'on en parle de ses baskets, disons quand même qu'elles lui ont fait faire un sacré chemin depuis notre premier En sol majeur il y a 11 ans. (Rediffusion) Passé de la case asiatique au sens flou, avec dans le salon familial un Cambodge kitsch, karaoké et impossibilité à parler le khmer, aujourd'hui Jean-Baptiste Phou écrit, joue, met en scène et navigue de Paname à Phnom Penh, d'une identité à l'autre. Né à Paris de parents sino-cambodgiens, il aura accompli plusieurs révolutions entre le pays des râleurs et le pays du sourire. Car pendant longtemps, pour lui, être français en France compliqué, être cambodgien au Cambodge difficile, être homosexuel dans un monde hétéronormé épuisant, être gay d'origine asiatique un combat. À 40 ans, voilà qu'il s'installe dans ses multiples appartenances avec zénitude, et plusieurs actualités dont le documentaire La langue de ma mère, La peau hors du placard (aux éditions Seuil) et 80 mots du Cambodge (aux éditions de L'Asiathèque).

Crinière blanche, sourire taquin, homme de parole, nous sommes heureux que le professeur Salikoko S Mufwene ait pu faire un crochet En sol majeur. Je dis homme de parole, car toute sa vie ressemble à une longue citation, puisque sa vie n'est que langage. (Rediffusion) Détenteur de la chaire Edward Carson Waller Distinguished Service Professor of Linguistics à l'Université de Chicago, où il est aussi professeur au département Race, Diaspora, and Indigeneity, ses recherches portent sur l'évolution linguistique dans une perspective écologique, et pour En sol majeur, il s'arrêtera sur l'émergence des parlers créoles et d'autres formes d'indigénisation des langues coloniales européennes. J'espère qu'aujourd'hui vous avez de très grandes oreilles… Pourquoi ce chercheur né en République démocratique du Congo, habitant à Chicago, peut-il faire un crochet parisien ? Pour la belle raison qu'il est invité à occuper la chaire annuelle Mondes francophones du Collège de France pour l'année 2023-2024. À écouter aussiLe linguiste Salikoko Mufwene au Collège de France : langues et créoles dans l'espace francophone

Il est né dans l'Égypte de Gamal Abdel Nasser, donc la dictature, ça le connaît. Il s'est opposé à l'autoritarisme d'Hosni Mobarak, est devenu une figure dérangeante et emblématique de la révolution égyptienne. Puis interdit de publication, en 2016, il claque la porte du pays pour se réfugier aux États-Unis. Né au Caire et dans les livres de papa, né pour raconter notre condition humaine, Alaa El Aswany (c'est bien lui) est traduit en 37 langues. (Rediffusion) Depuis J'ai couru vers le Nil, jusqu'au Soir d'Alexandrie qui vient de sortir en passant par L'immeuble Yacoubian, c'est un empêcheur d'oppresser en rond, que nous recevons. L'histoire d'un amoureux de la littérature, fâché avec la pensée unique, qui ne sort jamais sa plume sans se faire accompagner de deux divas, Oum Kalthoum sur le guéridon, Edith Piaf sur la véranda. Lui et sa double culture n'aiment rien tant que la liberté, bref, c'est un tendre, mais qui a la dent dure.

Bienvenus dans cet ESM spécial avec les mots d'un des fils ainés du XXè siècle, Amadou Hampaté Ba. Où que vous soyez, RFI l'entend, RFI le sent : la boussole du monde s'affole, donc pourquoi ne pas rouvrir Kaïdara, ce merveilleux conte philosophique, peul et universel, à l'image de son auteur qui aura traversé le lointain et le proche, l'humanisme œcuménique et l'Islam éclairé. (Rediffusion) Pourquoi ne pas nomadiser, comme bon nombre de nos ancêtres cheminant derrière leur bétail (ou pas), nomadiser ensemble dans ce trésor de langue et de visions symboliques… il était une fois Omar Ba, peintre sénégalais du XXIè siècle, dont les pinceaux rivalisent avec la flûte qui accompagne le récit. Des pinceaux griots offrant une version picturale de ce conte peul, 40 œuvres réalisées spécialement pour les éditions Diane de Selliers, dont les grands formats sont exposés en ce moment à la galerie Templon à Paris.

Sur l'état civil, c'est Camille mais, sur scène, c'est Gildaa. Voilà ce que je lis sur le dossier de presse très très paillettes de Gildaa, une tragi-comédie musicale à voir en courant, du 21 au 30 janvier 2025, au Théâtre du Rond-Point à Paris. D'accord, mais alors si l'une c'est aussi l'autre, sur scène qui est Gildaa ? C'est une meneuse de revue dans un cabaret brésilien qui, un soir, avant d'entrer en scène, essaye de se suicider. Sauf que l'esprit d'un ancêtre passe une tête… (Rediffusion) Ou comment se libérer du poids de l'héritage avec les outils de l'héritage lui-même. D'accord, d'accord, ça c'est Gildaa. Mais alors dans la vie, qui est Camille Constantin Da Silva ? On dira que c'est une artiste multiple (comédienne, musicienne, danseuse) passée par le Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paname, née à Paname, mais dont le corps est diablement traversé par un frisson ancestral brésilien.

Une demoiselle de 93 ans venue sur la pointe des pieds jusqu'à RFI, est-ce possible ? C'est tellement possible que ce monument de la danse classique aurait pu en quelques entrechats nous rejoindre jusqu'au studio 43 d'ESM, pas peu fier d'accueillir Ethéry Pagava. Un nom mythique venu de Géorgie avec, dans sa généalogie, un grand-père qui aura marqué Ô combien l'histoire de ce pays. Pagava : un nom en forme de diadème, avec au bout de ses chaussons d'ancienne danseuse étoile l'empreinte de toute une époque : celle de Serge Lifar, Jean Cocteau, Roland Petit, Maurice Béjart, Salvador Dali, bref : celle du surréalisme, des ballets russes et même des feuilles mortes… se ramassent à la pelle… n'est-ce pas Ethéry Pagava ? On décodera tout ça ESM, non sans préciser que votre longévité n'a d'égal que votre amour de la danse. Dire qu'il y a peu, vous, directrice de la Compagnie des Ballets Ethéry Pagava, vous fêtiez votre jubilé pour vos 90 ans, et puis dire qu'hier, à 13 ans vous étiez la plus jeune danseuse étoile aux côtés de Roland Petit. Programmation de notre invitée : • Ishkhenelebi Sisters Souliko • Jacques Douai Les feuilles mortes • Tchaikovsky Le lac des cygnes opus 20 Acte 1 Valse.

Attention, risque de passion ESM. Risque assumé, puisqu'il a les traits et les fondations intérieures de Meriem Chabani, le nouveau visage d'une architecture humaniste. Qu'est-ce qui fait qu'un logement, avec ou sans son p'tit balcon t'ouvre les bras ? Qu'est-ce qui fait qu'un bâtiment reflète la feuille de route d'une Nation ? Des questions d'urbanisme qui batifolent passionnément dans la tête de cette scientifique passée par l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-Malaquais. Née dans une ville qui s'appelle Alger et qu'il faudra quitter au moment de la guerre civile, ayant grandi dans le 9.4 en région parisienne, elle a eu tout le loisir de se taper la tête contre le béton de nos HLM ou manquent cruellement le vert, la vie, le lien. Créatrice de l'agence New South, la Chabani (couverte de prix) souhaite réparer aussi ces villes du Sud abîmées par la présence coloniale. Donc pour suivre le GPS de sa main, je vous donne le Google map de son cœur : Birmanie, Togo, Éthiopie. Algérie, un jour peut-être. Programmation musicale de notre invitée : • Aya Nakamura Doudou • Gnawa Diffusion Ombre-elle.

Aucun journaliste ne sait plus ce qu'est une bonne nouvelle. Dixit le Dalaï Lama qui a raison à 90%, mais qu'on va néanmoins contredire ESM en accueillant Kalidou Sy, un confrère de France 24. Évidemment si vous avez suivi ses enquêtes au Burkina Faso ou au Niger dans les années 2020, les nouvelles (liées à l'insécurité) n'étaient pas reluisantes, il en a d'ailleurs tiré le podcast Échos du Sahel. Mais peut être que Kalidou Sy se rapproche d'une autre définition Le journaliste s'occupe de choses qui disparaissent. L'écrivain est un journaliste de l'éternel (merci Jean-François Somain). En signant le documentaire Yambo Ouologuem, la Blessure - l'histoire de cet écrivain malien prix Renaudot 1968, encensé puis disgracié par la France littéraire - notre journaliste remet sur le dessus de la pile le nom d'un écrivain africain qui ne peut pas complètement disparaître.

Sur RFI, il n'y a pas que de l'actualité chaude et tragique, non… y a aussi de la musique. Pop, funk, afro. Soyons En Sol Majeur de façon classique aujourd'hui en recevant une exception culturelle : madame Simone Menezes, brune profonde, venue avec sa baguette de chef d'orchestre très recherchée dans le monde. (Rediffusion) Une exception en tant que 2ème femme chef d'orchestre au Brésil, sa terre natale. Une exception aussi dans sa manière de réenvisager les partitions de Fauré, Villa Lobos ou Arvö Part. Il se peut que Simone Menezes - face à la musique - ne vive plus le piédestal de la même manière que les chefs d'orchestre d'autrefois. Formée à la Royal Academy de Londres et à l'École normale de musique de Paris, au fil de l'eau, au fil des mots, elle a mitonné sa petite cuisine à elle auprès des plus grands chefs, de Daniel Barenboim à Paavo Jäarvi, en recherchant l'au-delà de la musique. Les choix musicaux de Simone Menezes - Tom Jobim & Vinicius Wave - Tom Jobim Samba de uma nota so.

1,81m, yeux marrons, cheveux noirs. Langues : bilingue, français-anglais (avec accent français), espagnol (notions), bassa (lu, parlé). Profession : auteur, acteur, metteur en scène, chanteur baryton (très bon niveau). Origine : Cameroun. Voilà pour ESM ce que dit la fiche artistique de Raymond Dikoumé. Mais ce que le CV ne dit pas c'est combien il reste difficile pour cet enfant de la République de se faire une place dans la grande famille du théâtre et du cinéma. Seule solution : remonter aux origines en montant une pièce de théâtre. C'est ainsi que lui et Lamine Diagne signent et interprètent Francé, l'histoire de deux Afro-descendants qui s'emparent de la grande Histoire coloniale pour croiser leur parcours et leur métissage, avec en point de suspension la question noire en France. À voir cet été au Festival d'Avignon.

Qu'est-ce qu'un Bédouin pour un Occidental ? Aux yeux du Britannique Lawrence d'Arabie qui a contribué à façonner notre orientalisme, c'est clair : dans sa vie, le Bédouin a de l'air et du vent, des espaces illimités et de grands vides. C'est un peuple dont les intelligences inertes sont incurieuses et en friche. Mais le grand sociologue arabe Ibn Khaldoun n'y a pas été de main morte, lui non plus : « Qui bédouinise détruit », disait-il. Dans cet En sol majeur, c'est l'histoire exceptionnelle d'un Bédouin né très pauvre en Syrie, devenu le fondateur du groupe Altrad spécialisé dans les services à l'industrie, présent sur cinq continents, avec 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024 et environ 60 000 salariés. Cette histoire – qui n'a rien du conte de fées – n'est que le fruit du talent et du dépassement de soi. Surgi d'un horizon ensablé qui aurait pu l'ensevelir, Mohed Altrad est un bâtisseur, peut-être amoureux des chiffres, mais aussi des lettres. Grâce à son tout dernier récit paru c/o Actes Sud Le désert en partage, bienvenus dans un monde de baklavas aux pistaches, de maamoul aux dattes et de halawet El jeben…

Celui qui vient en marchant n'est jamais un étranger, c'est ce que dit le dicton. Notre invité Zied Bakir est un marcheur inspiré qui aime bien aussi vous faire marcher. J'en ai la preuve dans le studio tamisé d'ESM, son nouveau récit paru chez Grasset intitulé «La naturalisation, aux immigrés la patrie reconnaissante». L'humour à mort, c'est ce que pratique cet enfant du Maghreb, né bédouin dans un coin de Tunisie, rattrapé un jour par le virus de la francophilie. Et c'est là que le stylo entre en scène, convaincu qu'il est de devoir forcer le mektoub littéraire. Forcer l'écriture, ça veut dire provoquer la vie et ce chemin de vie qui le mènera de Saint-Jacques-de-Compostelle à la prison libyenne pour atterrir un jour au guichet d'une demande de naturalisation. C'est l'histoire d'un Zied Bakir qui ne s'est jamais senti nulle part à sa place, sauf clandestinement, sauf en cheminant. Ne serait-ce pas la définition du philosophe.