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De vive(s) voix
Festival d'Avignon: Salim Djaferi et David Murgia, deux spectacles sur l'exclusion sociale

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jul 20, 2026 28:59


Politique de logement et ségrégation, immigration et urbanisme, constructions et représentations : dans « Bâtir », Salim Djaferi interroge l'influence du colonialisme sur la façon de concevoir les villes en France. Dans « Rumba », David Murgia conclut une trilogie sur la précarité et l'exclusion sociale, après Laïka et Pueblo. Deux spectacles sont à l'honneur aujourd'hui ! Leur point commun ? Mettre en récit l'exclusion sociale. Côté « IN » Bâtir de Samir Djaferi Le metteur en scène retrace l'histoire de la politique urbaine en France, celle qui a vu surgir les grands ensembles de banlieue. Il nous entraîne dans les archives du département de la Seine-Saint-Denis autant que dans la mémoire familiale, pour mettre en lumière la dimension raciale des politiques de logement social depuis les années 1950. Côté « OFF », Rumba de David Murgia David Murgia nous plonge dans l'histoire d'un spectacle joué sur les parkings de la périphérie. Un acteur et un musicien y répètent une pièce sur Saint-François d'Assise. Au fil de leurs rencontres, ils donnent voix à des hommes et des femmes relégués aux marges, écartés de la société et rendus invisibles. C'est le troisième volet de la « Trilogie des pauvres diables », que David Murgia et l'auteur italien Ascanio Celestini, au regard presque anthropologique, consacrent à l'exclusion sociale après Laïka (2017) et Pueblo (2020). Ils ont à cœur de raconter les invisibles : « Ils n'ont pas d'auteurs à proximité, pas de réalisateur pour raconter leurs histoires, ne savent pas forcément les écrire, mais des histoires, ils en ont un tas. » Rumba suit deux personnages qui observent les gens, inventent leurs vies, puis se rendent sur un parking pour y jouer un spectacle autour de Saint-François d'Assise. Saint François d'Assise (1181/1182–1226), fondateur de l'ordre des Franciscains et grande figure de la spiritualité chrétienne, issu d'une famille aisée, renonce à toutes ses richesses pour vivre dans la pauvreté, la simplicité et au service des plus démunis, à l'imitation du Christ. Je me sens chanteur de récit.  Le spectacle fait surgir une galerie de pauvres, de figures marginalisées : ceux qui affirment qu'il faut se souvenir du nom des morts en Méditerranée pour les enterrer dans le cœur des vivants, mais aussi les racistes, comme Giovanni, personnage qui tient des propos ouvertement haineux contre les gitans. Dans Bâtir, Salim Djaferi mène l'enquête. À partir de l'histoire de sa propre famille, il déploie un récit plus large. Sur un ton doux, toujours souriant, il raconte pourtant l'implacable : les assignations, les orientations forcées, qu'il rejoue inlassablement par des gestes – à droite, à gauche, les deux bras tendus pour indiquer la direction – comme les stewards et hôtesses de l'air dans un avion. Il choisit de ne montrer aucune image des cités ni des immeubles : tout passe par le corps.   "Je raconte la périphérie mais aussi le centre, s'il y a une périphérie, il y a forcément un centre" Il raconte la politique raciale mise en place pour loger les immigrés à partir des Trente Glorieuses, cette période de prospérité qui suit la Seconde Guerre mondiale en France. Il raconte la manière dont les bidonvilles ont été « résorbés » dans les années 1950, et sa découverte, aux archives départementales, de notes administratives où l'on classe les demandeurs de logement social selon « leur distance culturelle vis-à-vis de la France ». Un spectacle très politique, qui n'accuse pas un gouvernement plutôt qu'un autre, mais met en lumière un cadre racial, une sorte de pensée collective structurante. Invités:  Salim Djaferi, metteur en scène de Bâtir, et David Murgia, co-auteur et comédien. Rumba est à voir au théâtre des Doms. Programmation musicale :  L'artiste Lisette Lombe et Marc Namour sur RFI avec le titre « Ma langue » : un extrait de leur spectacle Ce que le ventre dit qui se joue au théâtre des Doms et que l'on verra la saison prochaine à Paris au 104.

Les Nuits de France Culture
La guerre d'Espagne, héritage et héritiers 5/7 : Une guerre perdue et oubliée 5/5 : Impact de la guerre civile sur la littérature

Les Nuits de France Culture

Play Episode Listen Later Jul 19, 2026 60:08


durée : 01:00:08 - Les Nuits de France Culture - par : Albane Penaranda - De Malraux à Orwell, de Bernanos à Koestler, la guerre d'Espagne a ébranlé les écrivains du monde entier. Dernier volet d'une série diffusée en 1986, cette émission retrace ce bouleversement idéologique et littéraire, entre engagement au front, désillusion face au stalinisme et exil des vaincus. - équipe : Rafik Zénine, Hassane M'Béchour, INA - invités : Fernando Arrabal Dramaturge, romancier et cinéaste franco-espagnol, Jorge Semprun Ecrivain, scénariste et homme politique espagnol Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France

Invité Culture
«Les femmes de ma génération ont moins de droits au Sénégal que celles des générations précédentes», confie la romancière Sokhna Ndao

Invité Culture

Play Episode Listen Later Jul 19, 2026 15:34


L'Invitée culture est la romancière sénégalaise Sokhna Ndao. Son quatrième roman Catharsis est paru aux éditions Obangame. À travers le destin d'une couturière de génie, Sokhna Ndao revient sur les violences subies par les femmes dans un pays foncièrement patriarcal. RFI : Vous signez, aux éditions Obangame, un quatrième roman dans lequel vous poursuivez votre exploration des maux et des combats de la société moderne sénégalaise. Catharsis raconte la vie d'une épouse qui va se retrouver confrontée à la violence de sa belle-famille. Les violences faites aux femmes sont une problématique qui vous tient à cœur. Est-ce que vous diriez que votre héroïne, Tabara, est représentative de la condition féminine au Sénégal ?  Sokhna Ndao : Elle est représentative de la condition féminine au Sénégal parce que ce roman a été écrit durant la pandémie de Covid-19, et je me suis rendu compte que six ans plus tard, la situation n'avait pas changé. On a de plus en plus des femmes qui sont victimes de violences au quotidien. Violences psychologiques et physiques. Et ça me tenait à cœur de leur donner un espace pour s'exprimer.  Les violences faites aux femmes dans les familles, c'est quelque chose de très commun donc, mais dont on parle peu.  On en parle de plus en plus. C'est le retentissement qui n'a pas la force que j'aimerais qu'il ait. Mais si vous allez sur les réseaux sociaux, il y a énormément de mots-dièse qui se sont multipliés pour dénoncer le code de la famille, qui n'a pas été révisé. On parle encore de « puissance paternelle » au Sénégal. Votre mari peut vous battre et vous n'avez pas le droit de rentrer chez vous parce que vos parents vous disent que « c'est un déshonneur, que vous devez rester dans votre couple, dans votre mariage ». Et ces femmes enfermées meurent de plus en plus.  On s'aperçoit effectivement que votre héroïne, Tabara, est dépossédée de tout par son époux ; de sa liberté d'abord, de sa marge de manœuvre, de son identité même, et de son enfant. Et elle n'a aucun recours... C'est-à-dire que personne ne l'écoute parce qu'elle méconnaît la loi. Ce roman, il a mis du temps à sortir parce que je devais d'abord me renseigner au niveau de la loi, la loi islamique et le code de la famille au Sénégal. En fait, Tabara ne sait absolument pas qu'elle a des droits. Son mari l'enferme dans ce tunnel de doutes, ce qui lui permet de l'exploiter davantage. Et si elle avait été au courant que son mari n'a pas le droit de faire tout cela, elle se serait révoltée plus tôt. Donc dans le texte, je glisse quelques petits indices par-ci par-là pour dire « renseignez-vous ». Parce que vous êtes peut-être dans des situations qui ne sont absolument pas tolérables, ni aux yeux des hommes, ni aux yeux de Dieu.  Tabara est quand même une situation particulière parce qu'elle n'a pas une grande famille. Son père a disparu après sa naissance et sa mère est assez défaillante. Cela renforce l'emprise que la belle-famille exerce sur elle. Est-ce qu'une femme ayant une famille normale au Sénégal peut davantage compter sur une forme de protection ?  Oui et non, dans le sens où effectivement, si on prend l'exemple de la famille de Tabara, il y a une problématique, un traumatisme d'abandon dès le départ. Sa mère ne la défend pas. Elle est même absolument complice de ses bourreaux. Et ça, c'est une réalité, une mère qui projette sur son enfant ses propres traumatismes. D'ailleurs, elle le dit dans le roman à un moment donné. « Peut-être que si j'avais eu un fils, ton père serait resté avec moi », ce qui est extrêmement violent. Donc, quand Tabara part dans la belle-famille, sa mère se débarrasse d'elle – c'est le deuxième choc d'abandon – et sa belle-mère trouve en Tabara une victime parfaite. Cette femme, issue elle-même d'un milieu polygame qui a traversé énormément de traumatismes grâce à la situation financière de ses enfants, peut imposer une dictature dans cette maisonnée. Et imposer des violences psychologiques envers ces belles-filles qu'elle maltraite aux yeux de tous. Et personne ne dit rien. Personne ne fait rien.  Comment vous l'expliquez, cette apathie ?  Souvent, quand vous êtes harcelée, quand vous êtes victime d'une perversion narcissique, il y a tout un écosystème qui se fait complice. Puisqu'elle est là, elle est devenue riche, elle impose sa loi et les autres se disent : « Ah, si je prends parti, si je défends, elle va devenir violente envers moi, donc je vais devenir complice pour ne pas aussi subir les foudres de l'harceleur. »  Il y a aussi une question que vous abordez, c'est justement la transmission de l'éducation. Vous écrivez à un moment une très jolie phrase : « Mes rêves n'étaient que des inepties implantées depuis l'enfance, formatées pour me faire écraser par le monde ». C'est ce que pense Tabara dans ce roman. L'éducation est très importante, on n'apprend pas aux jeunes filles à résister, on leur apprend à se soumettre... Il y a une asymétrie. En fait, les hommes ont le droit d'être respectés, d'être obéis, de n'être jamais contredits. Et la femme, c'est « l'agneau sacrificiel », en fait. Elle doit avoir des valeurs confucéennes, faire preuve de probité, faire preuve d'humilité. En fait, on n'apprend pas aux hommes à aimer. La femme se retrouve muselée. Et si je reviens sur la mère de Tabara, elle ne l'a jamais défendue. Elle lui demande d'être humble, soumise, patiente. Pour Tabara et pour ces femmes, oui, les hommes ont plus de droits au Sénégal. Et actuellement, les femmes perdent du terrain. En tant que femme, chaque année, je rentre et je vois que la génération de ma mère a eu plus de droits que moi, et d'une certaine manière, cela m'exaspère. Dans Catharsis, vous abordez d'autres problèmes sociaux. Vous déconstruisez un certain nombre de mythes, comme celui de la justice, celui de l'expatriation, puisque Farah, l'époux de Tabara, se retrouve en France dans une situation difficile. À chaque fois, on a le sentiment que le rapport de force sociale dans ce roman est très cruel. Le monde est impitoyable...  C'est un monde impitoyable et j'aime beaucoup explorer les dynamiques, les déséquilibres qui « créent des distorsions ». Sinon, ce serait plat, ennuyeux. C'est parce qu'il y a des rapports de force, des problématiques d'argent, de liberté, que forcément, on en vient à certains comportements. Je ne suis pas en train de dire que Farah est victime, mais pour produire un monstre, il me fallait un schéma, un chaînon. On ne naît pas monstre, on le devient. La belle-mère de Tabara, pour moi, c'est ce que la société sénégalaise fabrique de pire comme monstre. Ces monstres du quotidien qui normalisent les violences psychologiques. Je voulais un peu apporter un regard différent par rapport au lecteur.  Tabara va quand même connaître un destin incroyable puisqu'elle va réussir finalement à s'émanciper. Comment y parvient-elle ? Sans divulguer pour autant la fin du roman.  Le talent. C'est son talent. Dépossédée de tout, elle se dit : « Je vais travailler, je vais devenir indépendante financièrement. » Dès le début du roman, sa mère lui dit : « Tu n'es même pas – excusez-moi le terme – foutue d'être avocate, ou médecin, tu es qu'une saltimbanque, je n'ai pas élevé une saltimbanque. » Et ce sont sa créativité, son imagination, son talent qui vont lui ouvrir les portes. Et au Sénégal, vous avez énormément de femmes couturières, artistes, chanteuses qui s'émancipent grâce à leur talent.  C'est une littérature sociale et engagée qui « porte le couteau dans la plaie », pour reprendre les mots d'un journaliste célèbre, mais c'est aussi un roman habité par une écriture très particulière et très belle. Je veux vous citer vous. À un moment, Tabara dit à son amant : « Tôt ou tard, toi aussi tu vas graver tes initiales dans l'une de mes cicatrices. » Le style est quelque chose que vous avez beaucoup travaillé ?   J'aime beaucoup la poésie. Petite, mes premiers chocs esthétiques ont été poétiques. C'était Baudelaire. Je m'en rappelle encore. Le mort joyeux m'a interloquée. Et les mots ont pour moi un poids pour parler des maux. « Un roi cruel m'a rendu cynique », dit encore Tabara. Rassurez-nous ; finalement, elle n'est pas si cynique que ça, votre héroïne ?  Son cœur continue de battre, même si pour faire cette catharsis, elle y croit encore. Même si, jusqu'à la fin, elle se pose la question du « est-ce que j'y vais, est-ce que je n'y vais pas ? » Mais pour elle, elle pensait que l'amour arrive trop tard. C'est un roman, mais il y a de la musique dedans. Tous les chapitres commencent par une citation, souvent en anglais, d'un chanteur de pop ou de rock. On a du David Bowie, on a du Coldplay, on a du Phil Collins, on en a plein d'autres comme ça. Pour quelles raisons ? C'est mon père qui m'a fait découvrir les Beatles, donc pour moi, la musique n'a pas de frontières. Je sais que ça peut choquer, mais si je cite Ismaël Lo, il dit s'être inspiré d'Ottis Redding, de Jimi Hendrix. Youssou N'Dour a chanté du Bob Dylan, donc la présence de la musique dans ce livre est un choix personnel. C'est un peu aussi pour rendre hommage à cet héritage culturel que j'ai reçu. C'est comme la bande son du roman en fait. C'est d'ailleurs ce que j'écoutais quand je l'écrivais.

Invité culture
«Les femmes de ma génération ont moins de droits au Sénégal que celles des générations précédentes», confie la romancière Sokhna Ndao

Invité culture

Play Episode Listen Later Jul 19, 2026 15:34


L'Invitée culture est la romancière sénégalaise Sokhna Ndao. Son quatrième roman Catharsis est paru aux éditions Obangame. À travers le destin d'une couturière de génie, Sokhna Ndao revient sur les violences subies par les femmes dans un pays foncièrement patriarcal. RFI : Vous signez, aux éditions Obangame, un quatrième roman dans lequel vous poursuivez votre exploration des maux et des combats de la société moderne sénégalaise. Catharsis raconte la vie d'une épouse qui va se retrouver confrontée à la violence de sa belle-famille. Les violences faites aux femmes sont une problématique qui vous tient à cœur. Est-ce que vous diriez que votre héroïne, Tabara, est représentative de la condition féminine au Sénégal ?  Sokhna Ndao : Elle est représentative de la condition féminine au Sénégal parce que ce roman a été écrit durant la pandémie de Covid-19, et je me suis rendu compte que six ans plus tard, la situation n'avait pas changé. On a de plus en plus des femmes qui sont victimes de violences au quotidien. Violences psychologiques et physiques. Et ça me tenait à cœur de leur donner un espace pour s'exprimer.  Les violences faites aux femmes dans les familles, c'est quelque chose de très commun donc, mais dont on parle peu.  On en parle de plus en plus. C'est le retentissement qui n'a pas la force que j'aimerais qu'il ait. Mais si vous allez sur les réseaux sociaux, il y a énormément de mots-dièse qui se sont multipliés pour dénoncer le code de la famille, qui n'a pas été révisé. On parle encore de « puissance paternelle » au Sénégal. Votre mari peut vous battre et vous n'avez pas le droit de rentrer chez vous parce que vos parents vous disent que « c'est un déshonneur, que vous devez rester dans votre couple, dans votre mariage ». Et ces femmes enfermées meurent de plus en plus.  On s'aperçoit effectivement que votre héroïne, Tabara, est dépossédée de tout par son époux ; de sa liberté d'abord, de sa marge de manœuvre, de son identité même, et de son enfant. Et elle n'a aucun recours... C'est-à-dire que personne ne l'écoute parce qu'elle méconnaît la loi. Ce roman, il a mis du temps à sortir parce que je devais d'abord me renseigner au niveau de la loi, la loi islamique et le code de la famille au Sénégal. En fait, Tabara ne sait absolument pas qu'elle a des droits. Son mari l'enferme dans ce tunnel de doutes, ce qui lui permet de l'exploiter davantage. Et si elle avait été au courant que son mari n'a pas le droit de faire tout cela, elle se serait révoltée plus tôt. Donc dans le texte, je glisse quelques petits indices par-ci par-là pour dire « renseignez-vous ». Parce que vous êtes peut-être dans des situations qui ne sont absolument pas tolérables, ni aux yeux des hommes, ni aux yeux de Dieu.  Tabara est quand même une situation particulière parce qu'elle n'a pas une grande famille. Son père a disparu après sa naissance et sa mère est assez défaillante. Cela renforce l'emprise que la belle-famille exerce sur elle. Est-ce qu'une femme ayant une famille normale au Sénégal peut davantage compter sur une forme de protection ?  Oui et non, dans le sens où effectivement, si on prend l'exemple de la famille de Tabara, il y a une problématique, un traumatisme d'abandon dès le départ. Sa mère ne la défend pas. Elle est même absolument complice de ses bourreaux. Et ça, c'est une réalité, une mère qui projette sur son enfant ses propres traumatismes. D'ailleurs, elle le dit dans le roman à un moment donné. « Peut-être que si j'avais eu un fils, ton père serait resté avec moi », ce qui est extrêmement violent. Donc, quand Tabara part dans la belle-famille, sa mère se débarrasse d'elle – c'est le deuxième choc d'abandon – et sa belle-mère trouve en Tabara une victime parfaite. Cette femme, issue elle-même d'un milieu polygame qui a traversé énormément de traumatismes grâce à la situation financière de ses enfants, peut imposer une dictature dans cette maisonnée. Et imposer des violences psychologiques envers ces belles-filles qu'elle maltraite aux yeux de tous. Et personne ne dit rien. Personne ne fait rien.  Comment vous l'expliquez, cette apathie ?  Souvent, quand vous êtes harcelée, quand vous êtes victime d'une perversion narcissique, il y a tout un écosystème qui se fait complice. Puisqu'elle est là, elle est devenue riche, elle impose sa loi et les autres se disent : « Ah, si je prends parti, si je défends, elle va devenir violente envers moi, donc je vais devenir complice pour ne pas aussi subir les foudres de l'harceleur. »  Il y a aussi une question que vous abordez, c'est justement la transmission de l'éducation. Vous écrivez à un moment une très jolie phrase : « Mes rêves n'étaient que des inepties implantées depuis l'enfance, formatées pour me faire écraser par le monde ». C'est ce que pense Tabara dans ce roman. L'éducation est très importante, on n'apprend pas aux jeunes filles à résister, on leur apprend à se soumettre... Il y a une asymétrie. En fait, les hommes ont le droit d'être respectés, d'être obéis, de n'être jamais contredits. Et la femme, c'est « l'agneau sacrificiel », en fait. Elle doit avoir des valeurs confucéennes, faire preuve de probité, faire preuve d'humilité. En fait, on n'apprend pas aux hommes à aimer. La femme se retrouve muselée. Et si je reviens sur la mère de Tabara, elle ne l'a jamais défendue. Elle lui demande d'être humble, soumise, patiente. Pour Tabara et pour ces femmes, oui, les hommes ont plus de droits au Sénégal. Et actuellement, les femmes perdent du terrain. En tant que femme, chaque année, je rentre et je vois que la génération de ma mère a eu plus de droits que moi, et d'une certaine manière, cela m'exaspère. Dans Catharsis, vous abordez d'autres problèmes sociaux. Vous déconstruisez un certain nombre de mythes, comme celui de la justice, celui de l'expatriation, puisque Farah, l'époux de Tabara, se retrouve en France dans une situation difficile. À chaque fois, on a le sentiment que le rapport de force sociale dans ce roman est très cruel. Le monde est impitoyable...  C'est un monde impitoyable et j'aime beaucoup explorer les dynamiques, les déséquilibres qui « créent des distorsions ». Sinon, ce serait plat, ennuyeux. C'est parce qu'il y a des rapports de force, des problématiques d'argent, de liberté, que forcément, on en vient à certains comportements. Je ne suis pas en train de dire que Farah est victime, mais pour produire un monstre, il me fallait un schéma, un chaînon. On ne naît pas monstre, on le devient. La belle-mère de Tabara, pour moi, c'est ce que la société sénégalaise fabrique de pire comme monstre. Ces monstres du quotidien qui normalisent les violences psychologiques. Je voulais un peu apporter un regard différent par rapport au lecteur.  Tabara va quand même connaître un destin incroyable puisqu'elle va réussir finalement à s'émanciper. Comment y parvient-elle ? Sans divulguer pour autant la fin du roman.  Le talent. C'est son talent. Dépossédée de tout, elle se dit : « Je vais travailler, je vais devenir indépendante financièrement. » Dès le début du roman, sa mère lui dit : « Tu n'es même pas – excusez-moi le terme – foutue d'être avocate, ou médecin, tu es qu'une saltimbanque, je n'ai pas élevé une saltimbanque. » Et ce sont sa créativité, son imagination, son talent qui vont lui ouvrir les portes. Et au Sénégal, vous avez énormément de femmes couturières, artistes, chanteuses qui s'émancipent grâce à leur talent.  C'est une littérature sociale et engagée qui « porte le couteau dans la plaie », pour reprendre les mots d'un journaliste célèbre, mais c'est aussi un roman habité par une écriture très particulière et très belle. Je veux vous citer vous. À un moment, Tabara dit à son amant : « Tôt ou tard, toi aussi tu vas graver tes initiales dans l'une de mes cicatrices. » Le style est quelque chose que vous avez beaucoup travaillé ?   J'aime beaucoup la poésie. Petite, mes premiers chocs esthétiques ont été poétiques. C'était Baudelaire. Je m'en rappelle encore. Le mort joyeux m'a interloquée. Et les mots ont pour moi un poids pour parler des maux. « Un roi cruel m'a rendu cynique », dit encore Tabara. Rassurez-nous ; finalement, elle n'est pas si cynique que ça, votre héroïne ?  Son cœur continue de battre, même si pour faire cette catharsis, elle y croit encore. Même si, jusqu'à la fin, elle se pose la question du « est-ce que j'y vais, est-ce que je n'y vais pas ? » Mais pour elle, elle pensait que l'amour arrive trop tard. C'est un roman, mais il y a de la musique dedans. Tous les chapitres commencent par une citation, souvent en anglais, d'un chanteur de pop ou de rock. On a du David Bowie, on a du Coldplay, on a du Phil Collins, on en a plein d'autres comme ça. Pour quelles raisons ? C'est mon père qui m'a fait découvrir les Beatles, donc pour moi, la musique n'a pas de frontières. Je sais que ça peut choquer, mais si je cite Ismaël Lo, il dit s'être inspiré d'Ottis Redding, de Jimi Hendrix. Youssou N'Dour a chanté du Bob Dylan, donc la présence de la musique dans ce livre est un choix personnel. C'est un peu aussi pour rendre hommage à cet héritage culturel que j'ai reçu. C'est comme la bande son du roman en fait. C'est d'ailleurs ce que j'écoutais quand je l'écrivais.

Une heure avec...
Bénédicte Vergez-Chaignon (ép.03)

Une heure avec...

Play Episode Listen Later Jul 18, 2026 59:34


Troisième épisode : Bénédicte Vergez-Chaignon trace le portrait de Colette et Joséphine Baker, deux femmes au grand courage qui, chacune en son genre, incarnèrent un aspect de l'esprit Français.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

De vive(s) voix
Festival d'Avignon : Julie Deliquet met en lecture «Impossibles adieux - Oiseau» de Han Kang

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jul 16, 2026 29:00


Dans Oiseau tiré du roman Impossibles adieux, Julie Deliquet propose une lecture-performance du premier chapitre du roman de l'autrice et prix Nobel de littérature Han Kang. Après l'anglais, l'espagnol et l'arabe, c'est le coréen qui était la langue invitée pour cette 80è édition du Festival d'Avignon. À cette occasion et sur commande de Tiago Rodrigues, Julie Deliquet a mis en lecture en français et en coréen, le premier chapitre Oiseau, tiré du roman Impossibles adieux de la Coréenne Han Kang et pour lequel elle a remporté en 2021 le Prix Nobel de Littérature.  Dans ce roman, elle tente d'approcher par la fiction, la tragédie du soulèvement de Jeju en République de Corée...  Un matin, Gyeongha reçoit un message de son amie Inseon, qui vit sur l'île de Jeju. Elle s'est sectionné les doigts et elle est hospitalisée sur le continent. Elle demande de se rendre à Jeju afin de nourrir son petit perroquet blanc laissé à son domicile. Gyeongha prend l'avion. Elle arrive sur l'île dont la végétation luxuriante a été envahie par une tempête de neige.  Gyeongha découvre à son arrivée comment l'histoire familiale d'Inseon s'entremêle à l'un des pires massacres de l'histoire coréenne - le massacre de Jeju, une île coréenne - et dont le nombre de victimes est estimé à 30 000.    Le massacre de Jeju désigne une répression sanglante menée en Corée du Sud sur l'île de Jeju après la Seconde Guerre mondiale après que la Corée s'est libérée du joug japonais. À l'origine, des habitants et des groupes de gauche protestent contre la division de la Corée et contre les élections séparées au Sud. Le soulèvement est alors écrasé par l'armée et les forces de sécurité sud-coréennes. De très nombreux civils sont arrêtés, torturés et exécutés, des villages sont détruits. Les historiens précisent que des dizaines de milliers de personnes ont été tuées sans qu'un chiffre exact puisse être donné. Longtemps censuré et tabou, cet épisode n'a été officiellement reconnu que tardivement, et fait aujourd'hui l'objet de commémorations et de travaux de mémoire. L'actrice française Isabelle Huppert et l'actrice coréenne Hyeyoung Lee mettent en voix en français et en coréen ce texte mémoriel, révélant les motifs récurrents qui traversent l'œuvre de Han Kang : traumatismes de l'histoire, fragilité de l'être, croyance absolue en la vie...  Han Kang ou Han Gang (en coréen : 한강), née le 27 novembre 1970 à Gwangju, est une romancière sud-coréenne. Elle reçoit le prix Nobel de littérature en 2024. Invitée : Julie Deliquet, metteuse en scène française, fondatrice du collectif In Vitro, Julie Deliquet crée des pièces à l'inspiration cinématographique : Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman à la Comédie-Française en 2019, Un conte de Noël d'après le film d'Arnaud Desplechin. Elle crée en 2025 La guerre n'a pas un visage de femme de l'autrice prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch. Elle a dirigé le Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis en 2020, avant de prendre la direction du Théâtre national de la Colline en mars 2026.   Et Fanny Imbert nous emmène voir le spectacle Neige, neige, neige, de Lee Jaram d'après Maître et serviteur de Léon Tolstoï. Un spectacle qui suit l histoire d'un marchand cupide et de son serviteur pris dans la tempête... Programmation musicale :  L'artiste Claire Diterzi avec le titre Ma bouche, ton écluse.

Reportage Afrique
Créer en langues africaines: la littérature en kiswahili [4/4]

Reportage Afrique

Play Episode Listen Later Jul 15, 2026 2:20


Au Kenya, le kiswahili est désigné par la Constitution comme langue nationale. Il unifie les plus de 40 communautés du pays et il est enseigné à l'école. C'est donc naturellement qu'une littérature en kiswahili s'est constituée et enrichie dans le pays ces dernières décennies, même si les difficultés du secteur de l'édition limitent encore son développement.  De notre correspondante à Nairobi,  Chez Nuria, librairie du centre-ville de Nairobi, une section est dédiée à la littérature en kiswahili. Viviane Taura, libraire, présente quelques auteurs kényans : « Le premier est Kithaka wa Mberia. Il a écrit plusieurs ouvrages qui sont vraiment très captivants, comme Kifo Kisimani ou encore Doa… On trouve aussi Ken Walibora et son roman Kufa Kuzikana. Nous avons plein de livres ici ! » Malgré la compétition très forte avec les ouvrages en anglais, cette littérature trouve preneur. « Nous voyons principalement des parents qui viennent en acheter pour leurs enfants, poursuit la libraire, parce qu'ils veulent qu'ils se familiarisent avec des nouvelles en kiswahili. » Le genre connaît un essor marqué au Kenya depuis plusieurs décennies. « Il fut un temps, au début des années 1990, où les écrivains tanzaniens dominaient la scène, y compris au Kenya, explique Mwenda Mbatiah, professeur de littérature en kiswahili à l'université de Nairobi. Mais cela a changé. Les Kényans s'imposent désormais sur la scène littéraire kiswahili au Kenya. Cela s'explique en partie par la demande croissante de littérature en kiswahili dans notre système éducatif. » À lire aussiCréer en langues africaines: Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa [1/5]   Des publications qui ciblent le marché scolaire Mais ce succès a son revers. « Nous avons des maisons d'édition prêtes à publier des ouvrages en kiswahili. Le seul problème, c'est qu'elles ciblent principalement le marché scolaire, regrette Mwenda Mbatiah. Mon inquiétude est que la lecture en swahili reste confinée au système éducatif. Il serait plus utile que le kiswahili puisse attirer des lecteurs au-delà. C'est ainsi que nous pourrons encourager les écrivains à être créatifs et innovants. » Selon lui, cette dépendance tend à orienter les thèmes abordés afin de répondre aux exigences des programmes scolaires. Pour autant, le professeur, lui-même auteur, ne s'inquiète pas pour l'avenir. « Il n'y a pas de pénurie d'écrivains en kiswahili, rassure-t-il. Des livres en kiswahili continueront à être écrits. D'ailleurs, la tradition orale de la littérature kiswahili est toujours vivante : des récits sont racontés, des poèmes sont déclamés à la radio et à la télévision. Et cela est très important pour le développement de la littérature. » La production en kiswahili se retrouve aussi parfois au théâtre : Kifo Kisimani de Kithaka wa Mberia a ainsi été rejouée en août 2025. Publiée en 2001, à la fin du régime autoritaire de Daniel arap Moi, la pièce met en scène, dans un royaume fictif, un jeune homme arrêté et torturé pour avoir défié un pouvoir oppressif. À lire aussiKenya: la pièce de théâtre «Kifo Kisimani», sur l'autoritarisme, résonne avec l'actualité

De vive(s) voix
Festival d'Avignon: Israël Nzila et Etienne Minoungou font dialoguer morts et vivants

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jul 15, 2026 29:00


Dans cette émission, Etienne Minoungou et Israël Nzila parlent de leurs pièces respectives.  Ils ne se seraient jamais rencontrés mais grâce à Etienne Minoungou, ils dialoguent grâce au théâtre dans «L'intraitable beauté du monde», un titre inspiré d'une lettre écrite par Glissant et Chamoiseau à Barack Obama après son élection en 2008. Etienne Minoungou s'est rendu sur la tombe d'Edouard Glissant en Martinique pour lui demander l'autorisation d'emprunt de cette formule ! Avec cette pièce, il fait dialoguer deux grands auteurs Edouard Glissant et Sony Labou Tansi. Il définit son spectacle comme un « théâtre de conversation »: « une dramaturgie traditionnelle où les vivants se retrouvent sans distinction, célèbrent le quotidien et l'invisible. L'acteur principal c'est la parole de l'imagination ». Deux auteurs dont il a apprivoisé les textes : « Glissant, c'est touffu, complexe mais c'est comme une forêt, on s'y habitude, on reconnait les chemins, les lianes et cette forêt devient une clairière. »    Edouard Glissant, écrivain martiniquais disparu en 2011, était romancier mais aussi philosophe et poète. C'était l'homme du « tout monde », de la relation et du concept de « créolisation »  Sony Labou Tansi, né en 1947, écrivain congolais décédé en 1995, était un auteur de théâtre prolifique et d'un roman essentiel La vie et demie. L'auteur et dramaturge congolais Israël Nzila a ouvert la saison du cycle « Ça va, ça va le monde ». Lauréat du prix RFI théâtre 2025, sa pièce  « Clipping » raconte l'histoire de Do, une femme qui cherche son enfant, dans un marché de Lubumbashi, elle a connu la guerre, les viols, les violences et tout cela est dans sa tête, dans sa psyché.  A-t-elle vraiment perdu son enfant ou revit-elle son propre abandon, comme un cauchemar ? Un texte où il est question de folie et dont la fin reste ouverte. Le son y occupe une place centrale. Le titre lui-même, Clipping, désigne en technique audio la saturation du signal : dans la pièce, les voix se bousculent et se chevauchent — celle de Do, de sa mère, de l'enfant, du père, mais aussi le brouhaha du marché, qui devient personnage à part entière. Le metteur en scène, Jean-Paul Delore a choisi de faire dire le texte par une seule comédienne :  Lindiwe Martchykiza. « toute cette pièce, je l'ai écrite en voyant Do dans son cachot », explique le dramaturge.  Invités : - Etienne Minoungou, acteur, conteur, fondateur du festival « Les Récréâtrales »  à Ouagadougou. Sa pièce « L'intraitable beauté du monde » est à voir à Avignon jusqu'au 19 juillet.   - Israël Nzila, auteur et dramaturge congolais né en 1995 à Kinshasa. Il est lauréat du prix RFI Théâtre en 2025 pour son texte « Clipping ». La pièce sera prochainement disponible en replay et en podcast sur le site de RFI.    Programmation musicale :  L'artiste GYSLAIN N avec le titre Tout à l'amour. Il sera en concert ce jour dans le cadre du « off » au théâtre de l'Arrache-Coeur.     .

Dans la presse
Défaite des Bleus en demi-finale du Mondial : "Étoile filante"

Dans la presse

Play Episode Listen Later Jul 15, 2026 5:46


À la Une de la presse, ce mercredi 25 juillet, la défaite de l'équipe de France, battue par l'Espagne 2 à 0 en demi-finale du Mondial. La prolongation de la garde à vue du journaliste franco-marocain Ali Lmrabet, après son arrestation, dimanche, à l'aéroport de Tanger. Le vote, aujourd'hui, des députés français, appelés à adopter définitivement le texte sur "le droit à mourir", une promesse phare d'Emmanuel Macron. Et le débat sur les vacances, un droit hérité du Front populaire.

De vive(s) voix
Avignon: Valérie Dréville et Guy Cassiers adaptent «Thésée, sa nouvelle vie»  de Camille de Toledo

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jul 14, 2026 28:59


Valérie Dréville et Guy Cassiers adaptent le roman de Camille de Toledo, Thésée, sa nouvelle vie.  Qui commet le meurtre d'un homme qui se tue ? C'est la question qui ouvre le spectacle de Valérie Dréville et Guy Cassiers qui mettent en scène Thésée, sa nouvelle vie de Camille de Toledo, paru en 2020, aux éditions Verdier.  Après le suicide de son frère Jérôme en 2005 et la mort de ses parents, Camille de Toledo devient « Thésée » et s'installe en Allemagne avec trois cartons d'archives, qu'il explore en espérant comprendre ce qui a poussé son frère à se tuer. Il s'interroge : le suicide est-il un problème sociétal ? Un acte libre ? Aucune réponse ne lui convient.  Il entame une enquête, à la fois documentaire et fictionnelle, qui circule entre les trajectoires de ses ancêtres et les transformations sociales et politiques de l'Europe.  Ce n'est pas la première fois que Valérie Dréville et Guy Cassiers travaillent ensemble. La tragédienne est à l'origine de ce projet. « Quand j'ai lu le roman de Camille de Toledo, j'ai immédiatement pensé au théâtre. » Elle se souvient avoir été frappée par cette phrase de l'écrivain : « Quand j'écris, je pense pas à la littérature, mais j'entends des voix. » Avec Guy Cassiers, formé aux Beaux-Arts d'Anvers et habitué à inventer un langage très visuel, ils construisent un dispositif où les photos et les images se figent sur l'écran et se mêlent à sa présence… Seule, filmée en permanence, dans une sorte de kaléidoscope visuel, elle pense être une intermédiaire entre le texte scénique et le public : « Je passe à travers les personnages et les différents points de vue sur leur histoire. »  La dramaturgie se déploie autant dans les images que dans le jeu Guy Cassiers, lui, entend « la polyphonie des voix. Valérie était la seule à pouvoir nous guider dans ces voix et nous faire entrer dans chaque pensée de chaque personnage », explique-t-il.  Ainsi, en 1h40, le spectacle traverse l'histoire personnelle de Camille de Toledo mais aussi celle de l'Europe, comme un voyage dans le labyrinthe du XXè siècle. Le texte remonte la généalogie de l'auteur, qui fait des découvertes et trouve des réponses. La fin se veut optimiste : la pièce se définit comme une tragédie, mais qui s'ouvre vers la lumière. Elle invente la notion de « revivance » et se clôt sur un mot : avenir.   Invitée : Valérie Dréville, metteuse en scène et comédienne, et Guy Cassiers. Valérie Dréville est une actrice et metteuse en scène française née en 1962. Elle a été formée au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris. Elle entre au théâtre au début des années 1980 et collabore régulièrement avec quelques figures importantes du théâtre public, comme Antoine Vitez, Claude Régy, Alain Françon ou Stanislas Nordey. Elle traverse aussi bien des textes classiques que contemporains.  Guy Cassiers est un metteur en scène belge, principalement actif en Flandre, connu pour un travail qui mêle textes, arts visuels et technologies numériques. Camille de Toledo est un écrivain français né en 1975. Il est également plasticien et vidéaste. Il vit aujourd'hui à Berlin.    Thésée, sa vie nouvelle vie d'après le roman de Camille de Toledo à voir à Avignon jusqu'au 24 juillet.  Et Fanny Imbert a assisté au spectacle Le projet Barthes qu'on peut voir du 4 au 24 juillet au Train Bleu.  Programmation musicale :  La reprise de la chanson de Barbara « Du bout des lèvres », une chanson de 1968 et tirée du spectacle Barbara (par Barbara) joué à Avignon. Une mise en scène d'Emmanuel Noblet qu'on peut voir à la Scala Provence.

Reportage Afrique
Créer en langues africaines: Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa [1/4]

Reportage Afrique

Play Episode Listen Later Jul 12, 2026 2:07


50 millions de personnes parlent yoruba à travers les pays d'Afrique de l'Ouest et leurs diasporas. C'est une langue essentiellement orale mais qui possède tout de même des œuvres littéraires. Daniel Olorunfemi Fagunwa publie le premier roman en langue autochtone en 1938, à une époque où seule la Bible était disponible en langue locale. Aujourd'hui, des acteurs de la culture œuvrent pour entretenir et encourager une production littéraire. De notre correspondante à Lagos,  Dans La Forêt aux mille démons, Daniel Olorunfẹmi Fagunwa conte en Yoruba l'épopée d'un héros confronté à des épreuves surnaturelles, entre le monde des vivants et celui des esprits. Un premier roman publié en 1938, dans le but de contribuer à l'alphabétisation de son peuple dans un Nigeria encore sous domination britannique, mais aussi de préserver et partager un patrimoine culturel.  Ce n'est que trente ans plus tard que ce roman pionnier sera traduit en anglais par Wole Soyinka, dramaturge et prix Nobel de littérature, considéré comme l'un des héritiers de Fagunwa. Dans sa note de traduction de l'ouvrage, il admet que : « Le plaisir que procure son talent verbal est sans aucun doute largement perdu dans la traduction, mais cela ne justifie pas pour autant de réserver la lecture de Fagunwa aux seuls locuteurs du yoruba ».  Cette réflexion résume le paradoxe des auteurs yorubas, tiraillés entre le désir de préserver la pureté de leur langue et la nécessité de traduire pour exister auprès d'autres publics. À lire aussiShoneyin rêve de ramener la littérature en pays yorouba Mettre en avant la littérature yoruba Rasaq Malik Gbolahan, poète et écrivain, a choisi et il a lancé Atelewo, un magazine en ligne en langue autochtone qui décerne chaque année un prix aux œuvres en yoruba : « L'un des principaux projets que nous avons réalisés lorsque nous avons lancé Atelewo, nous avons lancé un appel à soumission d'œuvres littéraires : poèmes, nouvelles, essais écrits en langue yoruba. Nous voulions nous concentrer uniquement sur la langue yoruba. » Au centre J. Randle pour la culture Yoruba, à Lagos, entre tenues et objets traditionnels sont également exposés les auteurs populaires de la littérature yoruba comme Amos Tutuola, Wole Soyinka ou plus récemment Lola Shoneyin. Le directeur du centre, Qudus Onikeku, prépare l'ouverture d'une bibliothèque entièrement dédiée à ce patrimoine : « Ce serait une énorme collection de livres sur la culture yoruba et nigériane principalement, mais aussi sur l'Histoire. » « Je veux redonner vie à la tradition orale, poursuit-il, parce que je pense que la littérature pour nous était surtout puissante lorsqu'elle était lue à haute voix. » Afin d'assurer de nouvelles générations de lecteurs, le centre culturel propose tout au long de l'année des cours de yoruba. À (ré)écouter, notre podcast :Littérature classique africaine

Fréquence 9 3/4
Le Département des mystères (Harry Potter 5, chapitre 34)

Fréquence 9 3/4

Play Episode Listen Later Jul 11, 2026 96:16


Nous explorons le chapitre 34 d'Harry Potter et l'Ordre du Phénix : Le Département des mystères»...Invitée de cet épisode : Astrid, auditrice de l'émission.0:00 Introduction13:32 Chapitre53:38 Meilleur personnage & renommage1:03:33 La volièrePour prolonger l'aventure Harry Potter avec nous :Facebook : https://www.facebook.com/frequence934Instagram : https://www.instagram.com/frequence934Discord : https://discord.com/invite/ps7FgM2bfGTwitch : https://www.twitch.tv/stream9troisquartsNotre volière : frequence934@gmail.comou à : Fréquence 9 3/4, Espace Conquérant, 3 Place Jean Nouzille 14000 Caen FRANCEAccédez à des contenus exclusifs sur Patreon : https://www.patreon.com/frequence934Soutenez-nous sur Tipeee : https://fr.tipeee.com/frequence934Thème musical :Moonlight Hall, de Kevin MacLeod (Licence CC BY 3.0)Jérémy & Marina ⚡Soutenez-nous sur Patreon et Tipeee !

Une heure avec...
Bénédicte Vergez-Chaignon (ép.02)

Une heure avec...

Play Episode Listen Later Jul 11, 2026 58:45


Bénédicte Vergez-Chaignon, historienne aussi rigoureuse que chaleureuse, ouverte au monde actuelle, nous invite à passer l'été en sa compagnie. Spécialiste de la Résistance et de la Collaboration, elle a publié de nombreux livres passionnants : non seulement la biographie de personnages de premier plan –«Jean Moulin » (Flammarion) « Pétain » (Tempus) –mais aussi des figures marquantes de l'époque – « Fernand Bonnier de la Chapelle, une juvénile fureur » (Perrin) ou « L'affaire Touvier » (Flammarion) –mais encore des ouvrages qu'elle qualifie elle-même de « pas de côté »: «Colette en guerre » (Flammarion), « Joséphine Baker, une femme de légende » (Larousse), « Harcourt, les années noires et grises » ( avec Nicolas Ragonneau, chez Denoël ). Rencontre avec une femme de science éclectique et fraternelle. Deuxième épisode : Bénédicte Vergez-Chaignon rend hommage à Jean Moulin, dont elle a écrit la biographie. Héros national, le représentant du général de Gaulle en France occupée fut aussi un passionné de peinture et même, avant la guerre, un dessinateur de presse. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Littérature sans frontières
Une terre, un auteur : en Martinique avec Viktor Lazlo

Littérature sans frontières

Play Episode Listen Later Jul 10, 2026 28:59


Nouvel épisode de cette série qui propose un grand entretien avec un.e auteur.e sur la terre de ses origines. Direction la Martinique aujourd'hui avec l'interprète et romancière Viktor Lazlo. Européenne de formation mais profondément caraïbéenne, l'artiste revient sur ses racines, ses débuts comme chanteuse et son lien vital à l'écriture comme en témoignent tous ses livres. Rencontre sur place face à l'océan. Après des études d'histoire de l'art et d'archéologie, Viktor Lazlo enregistre un premier album de chansons. Cinq disques d'or, de nombreux films et quelques pièces de théâtre plus tard, elle publie trois romans chez Albin Michel : La femme qui pleure (2010, prix Charles Brisset), My name is Billie Holiday (2012), et Les tremblements essentiels (2015), et chez Grasset : Les passagers du siècle (2018), une grande saga dont Trafiquants de colère constitue le deuxième volet. en 2025, elle a publié un récit intitulé Mon cœur bruyant.  « C'est à s'aimer que le temps passe » chantait Juliette Gréco. Comme elle, Viktor Lazlo aura passé sa vie à chanter. Et autant à aimer. Du moins à essayer. Car comment faire avec ce cœur bruyant qui veut celui qui fuit et quitte celui qui reste ? Comment faire quand on a pour parents le modèle d'un couple apparemment si parfait ? Et quand, sous les robes Thierry Mugler et le sourire de magazine, on tremble encore devant un homme qu'on croit pouvoir aimer ? Dans ce récit bruyant d'esprit et de sincérité seulement, Viktor Lazlo revient sur son passé pour retrouver les figures des hommes qu'elle a aimés, parfois jusqu'au danger, et peindre avec eux son autoportrait amoureux. Les chapitres suivent la flèche du temps mais s'organisent en fonction de ses amours : de son premier béguin, un jeune Italien rencontré dans la Belgique de son enfance, si loin de la Martinique et Grenade de ses parents, à celui qu'elle nomme « l'homme de sa vie  » et qui le sera quatorze ans durant, elle dresse les portraits successifs des hommes et relations qui l'ont marquée à jamais : son premier mari ; le père de son fils ; un célèbre chanteur auquel la passion l'attachera ; un acteur beau à crever soufflant le chaud et froid ; une femme dont elle aurait dû se méfier ; un mystérieux acteur américain… Et ce dernier amant dont le portrait traverse le texte, avec lequel elle rejoue sans pouvoir l'empêcher la scène trop familière de la femme qui espère et de l'homme qui s'enfuit. Allant d'homme en homme, Viktor Lazlo traverse les années et nous livre également la face A de sa vie : sa carrière lancée par ses premiers concerts, ses tubes planétaires, le succès, les voyages, de Paris à New York et jusqu'au cercle princier, les fêtes. Mais aussi les doutes, la solitude, les fragilités. Une existence guidée par ce cœur bruyant qui ne cesse pas d'aimer. (Présentation des éditions Grasset) ILLUSTRATION MUSICALE : Viktor Laslo - Ébène.

Les Nuits de France Culture
L'exotisme dans la littérature, la musique, les arts vers 1900

Les Nuits de France Culture

Play Episode Listen Later Jul 9, 2026 119:57


durée : 01:59:57 - Les Nuits de France Culture - par : Albane Penaranda - En quoi le voyage et la confrontation avec d'autres cultures ont-ils nourri la création artistique à l'aube du XXe siècle ? En 1967, Pierre Sipriot proposait un état des lieux des influences orientales et africaines dans les œuvres de Pierre Loti, Kipling, Picasso ou du compositeur Albert Roussel. - équipe : Mathias Le Gargasson, Antoine Dhulster, Rafik Zénine, Vincent Abouchar, Emily Vallat, Hassane M'Béchour, INA Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France

De vive(s) voix
Hervé Le Tellier : parrain de l'opération «Lire c'est voyager, voyager c'est lire»

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jul 8, 2026 28:59


Du 3 juillet au 8 août 2026, La 8è édition de l'opération « Lire, c'est voyager ; voyager, c'est lire », organisée par la Fondation VINCI Autoroutes, s'installe sur 12 aires du réseau VINCI Autoroutes du 3 juillet au 8 août 2026 ! Le but ? Inciter les vacanciers à faire une pause en leur proposant de proposer de repartir avec un livre... Cette 8è édition de l'opération « Lire, c'est voyager ; voyager, c'est lire » qui reprend un aphorisme de Victor Hugo, est menée en partenariat avec Folio (Gallimard), le Centre national du livre (CNL) avec son opération « Partir en Livre », le ministère de l'Éducation nationale avec son opération « Cet été, je lis » et l'association « Lire et faire lire ». Elle est parrainée par l'auteur Hervé Le Tellier très attaché à ces « livres de vacances ».  « Je trouve que c'est un très joli projet de faire lire des livres à des gens qui ne vont pas être forcément ceux qui entrent dans les librairies ».  Parmi cette sélection de quatorze livres en format poche et dont les thèmes gravitent autour du thème du voyage:  des récits, reportages, romans ou poésie « pour faire voyager le lecteur ! ». Est proposé l'un des premiers romans de Hervé Le Tellier, Le Voleur de nostalgie qui est un hommage à Italo Calvino, un des auteurs préférés de Hervé Le Tellier. A retrouver également : Alors c'est bien de l'autrice Clémentine Mélois sur les derniers jours de la vie son père mais également pas mal de classiques : Les Voyages de Gulliver, de Jonathan Swift, Les neiges du Kilimandjaro de Joseph Kessel, La tour de la prison de Marguerite Yourcenar, Miss Dalloway de Virginia Wolf... Mais on tpeut aussi découvrir la poésie persane, avec le recueil J'irai jusqu'au rivage du soleil de Forough Farrokhzâd, une poétesse iranienne, icône de l'émancipation féminine, disparue prématurément à l'âge de 32 ans dans un accident de voiture.Selon Hervé Le Tellier, cette diversité permet de faire dénicher des livres qu'on n'aurait jamais eu l'idée ou - l'envie ! - d'ouvrir « On voyage dans la langue de l'autre ! ».  Invité : Hervé Le Tellier, écrivain français né en 1957 et membre de l'Oulipo. Il a publié une trentaine d'ouvrages, dont le roman L'Anomalie qui a obtenu le prix Goncourt en 2020. Il est le parrain de cette huitième opération  « Lire, c'est voyager ; voyager, c'est lire ».  Il vient également de publier Jardin sauvage et autres parcs parisiens, une promenade dans quinze jardins et parcs de Paris. Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup revient sur les origines et la signification d'une expression française bien connue (ou pas !) en complicité avec la lexicographe Géraldine Moinard des éditions Le Robert et les CM1 A de l'École Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris. Et si jamais, vous vous sentez « dans vos petits souliers » quand vous entendez une expression, alors cette chronique est vraiment faite pour vous !    Programmation musicale : L'artiste Pomme avec le titre Le village.

De vive(s) voix
Thomas Schlesser nous invite à la beauté de la poésie dans «Le chat du jardinier»

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jul 7, 2026 28:59


Après avoir décortiqué les grandes œuvres de la peinture dans Les yeux de Mona, l'auteur Thomas Schlesser nous transmet l'amour de la nature et de la poésie dans Le chat du jardinier.  Louis est jardinier en Provence. Solitaire, sa vie s'effondre quand il découvre que son chat a une tumeur. Sa nouvelle voisine, Thalie, professeure de lettres à la retraite, la soixantaine passée lui redonne le goût de vivre en lui faisant déclamer devant ses arbres les textes des grands poètes d'hier et d'aujourd'hui. Elle va alors transmettre le goût des mots.  Ce n'est pas la première fois que cet auteur raconte l'art au travers d'une histoire: en 2024, son roman Les Yeux de Mona connait un grand succès. Il a été traduit environ quarante fois. Dans ce roman, l'apprentissage de la vie passe par la découverte de l'art. À travers la description d'œuvres, l'auteur propose une initiation accessible à l'histoire de l'art. Il y narre l'histoire d'une fillette menacée de cécité, que son grand-père accompagne pendant un an dans les musées parisiens. Avec ce nouveau roman d'initiation, Thomas Schlesser nous initie à la poésie: « Moi je crois beaucoup aux vertus existentielles des grands productions humaines. Elles infusent notre être ». La poésie, il l'a découverte au lycée grâce à Guillaume Apollinaire. Dès lors, elle ne l'a jamais abandonnée. Avec Le chat du jardinier, l'auteur entend rendre ce langage accessible. « La poésie qui semble élitiste est un adjudant merveilleux pour se faciliter la parole. C'est le langage qui unit tout le monde. » Invité : Thomas Schlesser est historien de l'art, directeur de la Fondation Hartung-Bergman, professeur à l'École polytechnique et auteur de nombreux essais. Le chat du jardinier est publié aux éditions Albin Michel.   Programmation musicale : L'artiste Grand Corps Malade en duo avec Styleto avec le titre Le prochain rêve. 

De vive(s) voix
La revue d'anthropologie Terrain consacre son numéro à la voix et à l'illusion vocale

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jul 6, 2026 28:59


Jamais l'émission n'aura autant mérité son titre qu'aujourd'hui ! La revue d'anthropologie et de sciences sociales Terrain consacre son dernier numéro à l'illusion vocale.    Invités : Vincent Hirtzel, chargé de recherche au Cnrs, directeur du centre d'Enseignement et de recherches en Études amérindiennes et Aïssatou Mbodj-Pouye, anthropologue, directrice de recherche au CNRS et membre de l'Institut des mondes africains. Et la chronique Ailleurs nous emmène à Lomé au Togo avec Frédérick Mawupenkor TSATSU, délégué général des 11èmes Joutes Verbales Francophones qui va désigner le meilleur orateur ou la meilleure oratrice du pays ! Et la finale aura lieu ce 11 juillet 2026 à l'Institut français du Togo.  Programmation musicale : L'artiste Vicky R feat. Ebokolo  avec le titre Djolo.

Si loin si proche
L'Iran à cœur

Si loin si proche

Play Episode Listen Later Jul 5, 2026 48:30


Dans son dernier récit, Lucie Azéma raconte avec délicatesse comment ses voyages, sa vie là-bas l'ont traversé et fondé. Une manière de dire la beauté, la force de tout un peuple et de ne jamais renoncer à l'espoir malgré la fureur des temps récents.  Après avoir vécu au Liban et en Inde, Lucie Azéma arrive vers l'âge de 25 ans en Iran, pour un mois. Elle y passera finalement trois ans. Sa rencontre avec l'Iran et son peuple fut alors une « collision » : inattendue, puissante, déterminante. Á tel point que cette culture persane qui n'est pourtant pas la sienne, ce pays « qui n'appartient pas à [ses] racines » devient progressivement « un point de gravité, un lieu qui a bouleversé [son] existence et redéfini [sa] trajectoire ».   Autrice de Les femmes aussi sont du voyage, L'usage du thé ou Nous avons besoin d'un ailleurs qui n'existe pas, la Française Lucie Azéma est une habituée de nos studios. On aime ses essais documentés, sensibles, mêlant impressions de voyage, analyse distanciée et grande histoire, écrits avec pudeur mais conviction par une écrivaine, voyageuse au long cours, éprise de liberté, profondément humaniste, donc féministe.    Son dernier livre Une saison à Téhéran est sans doute le plus personnel, le plus intime. Car il s'agit bien ici de raconter une histoire d'amour, qui s'est tissée avec le temps, avec ce pays et ses habitants. Au gré de lectures et de flâneries émerveillées; de son apprentissage de la langue et de l'histoire plurimillénaire de la Perse, émaillée d'empires puissants, de dynasties influentes; de temps passé autour d'un thé fumant aux fleurs, au sein de familles iraniennes pour qui Lucie Azéma a une infinie tendresse.  Par les temps qui courent, écrire et publier un récit d'impressions et de joies simples en Iran, c'est audacieux mais salutaire. Car, selon l'autrice, les clichés persistent sur l'Iran qui « ne serait qu'une ruine triste, dangereuse, un repoussoir, un pays qu'il vaut mieux oublier pour le moment, un pays en pause, un pays sans espoir, un pays perdu ». Par contre, dans son récit empreint de poésie et d'histoire(s), parmi des rossignols chantants et des jardins persans, miroirs du Paradis, Lucie Azéma ne fait jamais l'impasse sur la réalité du régime des Mollahs et sa politique qu'elle a elle-même éprouvée. Mais elle s'émeut de voir à quel point le peuple iranien est « déshumanisé depuis presque cinquante ans. Cette déshumanisation est une part essentielle de la guerre, son moyen de survie et de perpétuation ». Un livre sur l'Iran où le cœur parle et qui nous va droit au cœur.    À lire :  - Une saison à Téhéran. Lucie Azéma. Éditions les corps conducteurs. 2026 - Nous avons besoin d'un ailleurs qui n'existe pas. Lucie Azéma. Éditions Allary. 2024 - L'usage du thé, une histoire sensible du bout du monde. Lucie Azéma. Éditions Flammarion. 2022 - Les femmes aussi sont du voyage, l'émancipation par le départ. Lucie Azéma. Éditions Flammarion. 2021 - Histoire de l'Iran contemporain. Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner. Éditions La Découverte. 2024 - La conférence des oiseaux. Farid al-Din Attar. Éditions Seuil. 2002 - Le livre des Rois. Ferdowsi. Actes Sud. 1996 - Robâiyât. Omar Khayyâm. Actes Sud. 2008.

Franck Ferrand raconte...
Joseph Conrad au Congo : un voyage qui a façonné un chef-d'œuvre

Franck Ferrand raconte...

Play Episode Listen Later Jul 4, 2026 23:33


Alors qu'il se rend au Congo en tant que marin, Joseph Conrad va se révéler écrivain au travers des notes qu'il prend au cours de son périple.Dans cet épisode captivant, Franck Ferrand nous emmène sur les traces de l'écrivain Joseph Conrad, l'un des plus grands romanciers britanniques de tous les temps. Nous suivons son voyage au Congo en 1889, une expérience marquante qui a profondément influencé son œuvre, notamment son chef-d'œuvre "Au cœur des ténèbres".Originaire de Pologne, Conrad a mené une vie aventureuse avant de se consacrer à l'écriture. Marin dans la marine marchande, il a navigué dans le monde entier, de l'Inde à l'Australie, accumulant une riche expérience qui transparaîtra dans ses récits. Mais c'est son séjour au Congo, alors colonie belge dirigée d'une main de fer par le roi Léopold II, qui va marquer un tournant décisif dans sa carrière d'écrivain.À son arrivée dans cette région encore mystérieuse et sauvage, Conrad est confronté à l'omniprésente violence du système colonial. Il rencontre notamment Roger Casement, un Irlandais révolté par les exactions commises sur les populations locales. Ces événements tragiques vont nourrir l'écriture d'"Au cœur des ténèbres", un roman sombre et puissant qui dénonce avec lucidité les dérives de l'impérialisme européen en Afrique.Franck Ferrand retrace avec brio ce périple congolais qui a façonné l'un des plus grands chefs-d'œuvre de la littérature mondiale. Au fil de son récit, il met en lumière l'influence déterminante de cette expérience sur l'œuvre de Conrad, qui a su sublimer la réalité dans une langue d'une richesse et d'une beauté saisissantes.

Invité Afrique
Emmanuel Dongala: «Quand l'imaginaire rencontre la réalité, ça fait vraiment plaisir pour un écrivain»

Invité Afrique

Play Episode Listen Later Jul 4, 2026 22:01


Ce mois de juillet 2026, l'une des grandes plumes de la littérature francophone aura 85 ans : l'écrivain congolais Emmanuel Dongala, né en 1941. Son parcours l'a fait traverser toute l'histoire du Congo-Brazzaville, de l'indépendance aux déchirements de la guerre civile, en passant par l'âge d'or de la littérature et du théâtre dans les années 70 à 90. C'est cette histoire qu'il a racontée à RFI, à la première personne. RFI : Vous êtes né en juillet 1941, il y a 85 ans. Est-ce que pendant votre enfance se mettent déjà en place des choses importantes pour votre vie d'écrivain ? Emmanuel Dongala : D'abord, quand j'étais petit, à l'époque, il n'y avait pas de télévision et le soir, en saison sèche, il faisait froid. On était dehors, autour du feu, sous le clair de lune, et notre mère, ma mère, nous racontait des histoires, des contes. Et ça me fascinait. Je me disais : « Il faut qu'un jour moi aussi je me mette à inventer mes propres contes. » Et c'est incroyable comme cette femme analphabète m'a poussé à devenir écrivain. Et mieux encore, mon père était instituteur et il avait des livres à la maison que je feuilletais. Je ne comprenais pas la moitié de ce qu'il y avait dans ces livres-là. Mais l'objet était là et fascinant… … Fascinant. Je lisais, je passais de la littérature aux sciences, vous savez, ces grosses encyclopédies de l'époque, Larousse. Je me souviens très bien. Et être fils d'instituteur a été très important pour moi. C'est ce qui a fait ce que je suis aujourd'hui. … Et être bercé par les contes de votre mère. Oui aussi. Il y a un conte qui vous a marqué ? Oui, plusieurs. Et quelquefois la grand-mère, qui était encore vivante, nous racontait ces contes-là sur les animaux de la brousse, les hommes et les sorciers. C'était vraiment fascinant. À lire aussiL'écrivain congolais Emmanuel Dongala Dans les années 70, vous devenez enseignant-chercheur en chimie à l'université de Brazzaville. Le pays est alors en pleine République populaire, pétri de principes marxistes-léninistes, sous la direction de Marien Ngouabi. Quel souvenir personnel est-ce que vous gardez de cette période révolutionnaire ? Ouh là là ! D'abord tout était caporalisé. Parti unique. « Le pouvoir est au bout du fusil » : c'est le slogan qu'on voyait partout dans les rues. « Le parti dirige l'État ». Même à l'université, au Conseil de l'université, il y avait un représentant du parti qui faisait face au recteur. Il y avait quand même une ferveur révolutionnaire. On croyait vraiment qu'on allait changer le monde. Mais à la fin, c'était beaucoup plus des slogans et de la répression qu'autre chose. Est-ce qu'il y a des anecdotes qui vous ont marqué sur ce quotidien pendant la période révolutionnaire ? Oui. Par exemple, une fois, il y avait un grand meeting du parti et le représentant du parti, habillé en col mao, se lève, crie : « À bas l'impérialisme ! » La foule répond : « À bas ! » « À bas le colonialisme ! » La foule crie : « À bas ! » « À bas le néocolonialisme ! » « À bas ! » « C'est bien, nous sommes maintenant libres », a répondu à la suite le représentant du parti. Voilà, c'était fini pour lui. La parole était performative. C'était marrant ! Et puis il y avait beaucoup de ces slogans-là qui nous font rire aujourd'hui. Par exemple : « Il faut se serrer la ceinture aujourd'hui pour mieux vivre demain. » Parce qu'il y avait la pénurie, il n'y avait rien, il y avait des retards de salaires. Donc pour amadouer la population ou pour expliquer, on disait : « Il faut se serrer la ceinture aujourd'hui pour mieux vivre demain. » À lire aussiRetour au Congo, avec Emmanuel Dongala Et quel était justement votre quotidien d'enseignant-chercheur dans ces années 70 à Brazzaville ? Moi, j'étais assez indépendant parce que j'étais en chimie. Mais mes collègues de philosophie, par exemple, disent que la philosophie marxiste primait sur tout. Les autres philosophes, les Kant, les Sartre, c'était des « philosophes bourgeois », ça ne comptait pas. Et c'était terrible cet encadrement de la pensée à l'époque pour des universitaires. Tout le monde devait être marxiste. Ils parlaient du socialisme scientifique et ils parlaient des lois du mouvement social, je ne sais pas quoi. Moi qui suis chimiste et physicien, je ne connais que les trois lois de Newton. Mais eux, ils avaient une loi du socialisme, etc. Il y avait une contrainte intellectuelle. L'espace intellectuel était assez restreint. Est-ce que c'est le moment où vous entrez en écriture ou est-ce que vous êtes entré en écriture plus tôt ? Ah non, j'ai commencé tout simplement, tout bêtement au lycée, en écrivant des poèmes – des mauvais poèmes. Parce qu'à l'époque on envoyait des poèmes aux filles, vous voyez ? J'ai commencé par ça : imiter les Baudelaire, Rimbaud, etc. Et je lisais beaucoup, énormément. C'est ça qui m'a donné vraiment le goût d'écrire. En 1973, vous publiez Un fusil dans la main, un poème dans la poche qui raconte le parcours d'un jeune révolutionnaire africain, de la lutte anticoloniale à l'exercice du pouvoir. Et vous montrez dans ce livre comment l'idéal de libération se déforme jusqu'à produire de nouvelles formes d'oppression. Comment ce texte a-t-il été accueilli à l'époque par vos lecteurs congolais et par le pouvoir ? Les lecteurs congolais, c'était extraordinaire. Une réception incroyable, parce que le livre a été publié par Albin Michel et après on ne le trouvait plus. J'ai vu des gens qui le faisaient circuler par photocopie. Et autre anecdote que je trouve très intéressante : le livre avait été traduit en portugais et des années plus tard, j'ai retrouvé des combattants du MPLA, le parti angolais, et il y en a un qui m'a dit : « J'ai lu votre livre dans le maquis. C'était vraiment très bien. C'était exactement ce qui se passait. Mais vous, vous étiez dans quel maquis ? » Moi j'ai dit : « Non, je n'ai jamais combattu. Je ne sais même pas par quel bout on tient un fusil ! » Il était étonné que j'aie si bien décrit la réalité du maquis. Quand l'imaginaire rencontre la réalité, ça fait vraiment plaisir pour un écrivain. Au Congo, le livre a été censuré, banni parce qu'il y avait une liste de livres interdits. Je ne sais pas pourquoi, je n'ai jamais compris. Autant je comprenais la censure pour Jazz et vin de palme, mais pour Un fusil dans la main, un poème dans la poche, je n'ai pas compris pourquoi c'était censuré. À lire aussi«Un fusil dans la main, un poème dans la poche», par Emmanuel Dongala De quand date votre engagement dans le théâtre, sur la scène brazzavilloise, et pourquoi le théâtre ? Et bien parce que ça fait partie de la littérature, de tout ce que j'aimais et de toute la vie qui était autour de moi. Parce que c'est très théâtral, la vie congolaise, la vie au Congo. Et c'était vraiment une période bénie, cette époque-là des années 70-90 où le théâtre congolais était vraiment florissant. Je ne prétends pas que c'est nous qui avons créé le théâtre congolais. Non, ça existait bien avant nous. Il y avait beaucoup de petites troupes. Il y avait le théâtre national. Mais vraiment, à cette époque-là, parmi les groupes qui existaient, beaucoup montaient plus des scénettes que du théâtre. Et il y a trois groupes qui ont émergé : la troupe de Sony [Sony Labou Tansi, NdlR]. Sony a fait un travail remarquable pour mettre le théâtre congolais sur la scène internationale. La troupe qui s'appelait Ngunga, de mon ami Matondo aussi, qui était très bien, et la mienne s'appelait l'Éclair. Et ça avait tellement d'impact sur les autres que les jeunes, les autres troupes, nous taquinaient ou se moquaient de nous – ils nous jalousaient un peu d'ailleurs – en nous qualifiant de « So-ma-do », acronyme de Sony, Matondo et Dongala. Et chacun de nos groupes travaillait de façon différente. Matondo était spontané, dur, pour confronter la réalité. Sony jouait ses très beaux textes. Il venait à Limoges tout le temps. Et moi je m'intéressais beaucoup plus au théâtre international. Mais j'ai joué des pièces congolaises de Sylvain Bemba et d'autres. Mais tout de suite, j'ai monté « Sartre ». Et quand un de mes livres, Le Feu des origines, a été traduit au Japon, j'ai été invité au Japon. Je me suis mis à lire la littérature japonaise et j'ai découvert une pièce de Yukio Mishima qui s'appelle « Sotoba Komachi », qui m'a plu. Je l'ai montée à Brazzaville. Donc voilà la différence un peu entre nous trois, mais c'était vraiment vibrant. C'était une rivalité fraternelle. Vous diriez qu'il y a eu un âge d'or du théâtre congolais dans ces années 70, peut-être 80 ? Jusqu'en 90, oui. Le théâtre continue aujourd'hui, je ne vais pas dire que ça n'existe plus, mais cette époque particulière a quand même marqué et a été une période importante parce qu'il n'y avait pas que nous. Je parlais du parti unique, il avait aussi des pièces révolutionnaires, et puis ça passait à la radio, c'était très populaire, très suivi. Il n'y avait pas qu'à Brazzaville, il y avait aussi à Pointe-Noire, à Dolisie et puis il y avait des scènes dans les lycées, il y avait des troupes. Jusqu'à aujourd'hui, le théâtre est très aimé au Congo. Est-ce que vous pouvez nous raconter l'histoire du théâtre de l'Éclair dont vous êtes le principal animateur dans les années 80 ? Comment est-ce qu'il est né ? Il y avait un embryon, une petite troupe qui était là, qui végétait un peu, et on est venu me voir. On m'a demandé de prendre la direction de cette troupe. On a commencé à travailler d'abord sur la gestuelle, parce qu'on a eu la chance d'avoir le mime Marceau qui est passé à Brazzaville et on a fait un petit stage avec lui. Ensuite, on a eu d'autres comédiens, d'autres metteurs en scène français qui sont passés à Brazzaville. Donc le théâtre de L'Éclair, ce qui le caractérisait aussi, c'était beaucoup la gestuelle, surtout quand j'ai monté « Sotoba Komachi » de Yukio Mishima, il y avait beaucoup de ces pas glissés. Je tenais beaucoup à ça. J'ai monté « Sartre », comme je l'ai dit tout à l'heure, ce n'était pas rien : « Les mains sales ». S'il y avait cette scène théâtrale aussi riche, ça veut dire aussi qu'il y avait un vivier d'acteurs importants dans le Brazzaville de l'époque ? Oui, oui. Le grand théâtre, à l'époque, c'était le théâtre national. Il était subventionné par l'État et les acteurs étaient payés, professionnels. Donc c'est pour vous dire que l'État donnait une importance à ça. Nous, on était des théâtres indépendants, des groupes indépendants. Moi, comme j'étais professeur à l'université, j'avais un peu d'argent, je finançais ça moi-même et les prix des billets étaient vraiment modiques, évidemment. À lire aussi2. Emmanuel Dongala Est-ce qu'il y a des anecdotes qui vous ont marqué sur cette période théâtrale ? Oui, absolument, parce qu'à cette époque-là, je vous ai dit, on vivait sous une dictature de parti unique et il y avait des flics partout. Ils venaient écouter ce qu'on disait, etc. Évidemment, ils ont mis quelqu'un pour suivre Sony. « Ce qu'il fait dans son théâtre, c'est suspect », disaient-ils. Et Sony les a repérés tout de suite. Ces gens-là, ils n'étaient pas malins et on les repérait tout de suite. C'est lui qui me raconte : il me dit qu'il a conçu une scène avec un comédien. Il allait parcourir trois mètres sur le plateau, s'arrêter, bailler, puis retourner et un autre refaisait la même chose, et la même chose… et la même chose. Et là, au bout d'une demi-heure, le gars commençait à s'ennuyer. Il a dit : « Mais si c'est ça le théâtre, pourquoi on nous demande d'espionner ? » Puis il n'est plus jamais revenu. Mais moi, mon plus grand coup, ce n'était pas dans le théâtre. C'était quand j'étais professeur de chimie à l'université de Brazzaville, directeur des affaires académiques. J'organisais des conférences académiques. Et à l'époque, il y avait un grand débat dans le parti pour savoir qui était de droite, qui était de gauche. Il y avait un combat idéologique dans le parti. Il se trouve que je suis professeur de chimie et en chimie, il y a des molécules qu'on appelle énantiomères. Ça veut dire tout simplement que les molécules sont exactement les mêmes. La seule chose qui les distingue, c'est que, quand vous faites passer la lumière, l'une dévie la lumière à droite, l'autre dévie la lumière à gauche. Donc ce sont des molécules droites et gauches. Donc je me suis dit : « Ah ah ah ! Je vais faire une conférence académique de chimie organique avec le titre "De la notion de droite et de gauche". » Voilà le titre de ma conférence. Oh là là… alors qu'il y a un débat qui était de droite, de gauche dans le parti, les gens se sont dit : « Ça y est, qu'est-ce qu'il va dire celui-là ? » Je n'ai jamais vu un tel engouement parmi les services de sécurité de Brazzaville, il y avait trois ou quatre agents dans la salle pour voir ce que j'allais dire, sur la notion de droite et de gauche. Je me suis bien amusé. Ils se sont ennuyés à mort. D'ailleurs, ils n'ont rien compris. Est-ce que vous pourriez nous parler de vos relations avec Sony Labou Tansi et Matondo Kubu Turé, qui étaient donc les deux autres grands animateurs de la scène théâtrale de l'époque ? Oui, ce sont des frères. Dans le théâtre, on a combattu ensemble, on a fait des choses ensemble. Et ce qui est remarquable, c'est que nous avions des divergences politiques profondes. Par exemple, Sony était dans un parti politique et moi je ne l'étais pas, etc. Mais ça, ça ne nous divisait absolument pas. On se retrouvait, on discutait quelquefois, on copiait un peu les uns sur les autres… parce que j'ai vu quelquefois que Sony piquait quelque chose chez Matondo par exemple. Donc c'est pour ça que ces trois groupes sont restés si emblématiques pour les jeunes Congolais. Il y avait une forme d'émulation aussi entre vous ? Absolument. Rivalité, jalousie fraternelle. Sony avait un peu plus de succès que nous parce qu'il était connu à l'étranger. Il avait des pièces qui étaient jouées à Paris et chaque année il venait à Limoges. Mais c'est bien, parce que ce succès nous a entraînés aussi, nous a fait travailler plus fort encore. Donc voilà ce que c'était le « So-ma-do ». Qu'est-ce que vous retenez de la scène littéraire de cette époque à Brazzaville ? C'est aussi la grande époque de la littérature congolaise. Il y avait des écrivains avant, je vais citer les Letembet Ambily, les Jean Malonga, etc. Mais là, notre génération, ce groupe d'écrivains, je cite quelques noms : Tati Loutard, Henri Lopez, Sony Labou Tansi, Sylvain Bemba, Tchicaya U Tam'si – Bon, il était un peu plus âgé que nous, il n'était pas tout à fait dans notre groupe – et j'en passe… C'est vraiment à ce moment-là qu'il y a eu un véritable corpus de la littérature congolaise, connu à l'étranger, parce qu'on commençait à gagner des prix à l'étranger, à être traduit. Je suis traduit dans une douzaine de langues, par exemple. Et ce qui est encore une fois très intéressant, c'est qu'on était sous la dictature et on arrivait quand même à produire ces œuvres… qui étaient censurées. Comme je vous ai dit, Jazz et vin de palme a été censuré. Sony Labou Tansi a eu des livres censurés, mais on produisait quand même. Il y avait une forme de tolérance, finalement, du pouvoir. Oui, c'est ça qui est paradoxal. En fait, le pouvoir ne savait pas trop. Comme on disait à l'époque : « Il censurait les livres, mais ne censurait pas les écrivains. » C'était ça la formule qu'on avait trouvée. Il y avait une sorte de tolérance et puis je dois dire, quelqu'un qui était très bien, qui était ministre, membre du parti, mais qui nous protégeait, c'est le poète Jean-Baptiste Tati Loutard. Il nous protégeait vraiment. Il a protégé Sony pendant longtemps. Sony était fonctionnaire. Quelquefois, il partait à Limoges pour le théâtre, il abandonnait son boulot… Mais il nous a protégé, Tati Loutard, et je lui suis très reconnaissant pour ça. Est-ce que vous vous rencontriez entre auteurs ? Est-ce que vous formiez un cercle de gens qui se retrouvaient régulièrement ? Oui, on se retrouvait quand un livre des nôtres paraissait et on en discutait. C'est pour ça que Sylvain Bemba a créé ce mot qu'il appelle « la phratrie », la fraternité des lettres entre nous. Et ça a tenu, malgré les guerres civiles, les répressions politiques. C'est le seul endroit où la politique ne nous a pas divisés. Jusqu'à la guerre civile de 98 où nous sommes partis. Sony était mort. Et puis nous sommes partis, dispersés. Quelles sont les anecdotes dont vous vous souvenez sur cette « phratrie » des lettres ? On faisait lire nos manuscrits, les uns aux autres. On se passait les manuscrits. Il y a un point central autour duquel nous tournions, c'était Sylvain Bemba. C'était lui, vraiment le patriarche, c'est lui qu'on allait voir pour passer nos manuscrits. Et j'avais créé aussi une revue, Les Cahiers de théâtre de L'Éclair, qui n'a produit que trois numéros, malheureusement. Dedans, il y avait les contributions de Sony et des autres intellectuels de la place qui s'intéressaient au théâtre. Voilà encore un lieu d'échanges. C'était ça l'époque. Mais bon, on rencontrait des difficultés quand même pour imprimer. Il fallait taper, dactylographier à la machine. Je ne sais pas si vous savez ce que c'est de taper à la machine avec le papier carbone. Et puis quand on voulait faire des tracts, il fallait ronéotyper avec de l'encre sale. Donc c'était difficile, mais on réussissait quand même à faire circuler nos manuscrits, nos idées, les discussions sur la place. Le parti unique avait ce qu'il appelait l'Union nationale des écrivains et artistes du Congo. Tout le monde devait y être, tous les artistes, les écrivains, etc. Et nous, on ne voulait pas faire partie de cette UNEAC caporalisée par le parti. Nous avons créé à part, de façon tout à fait indépendante, ce que nous appelions l'ANEC, Association nationale des écrivains du Congo. Et tous les bons écrivains y étaient… j'exagère, parce que Tati Loutard est resté à l'UNEAC. Mais tous les autres, les Sony, les Matondo, tous les autres écrivains étaient avec nous dans cette association pour laquelle je dis fièrement que j'étais le président et le cocréateur. Et le pouvoir a laissé faire ? Oui, je pense que c'est arrivé au moment où déjà le parti unique était en fin de course. Les années 90 voient une explosion de violence politique au Congo au travers des milices que vous décrivez dans l'une de vos œuvres majeures, Johnny chien méchant. Quelle expérience personnelle, intime, est-ce que vous avez eue de ces milices, vous, Emmanuel Dongala ? Je les ai vécues… Un beau jour, vous voyez dans la rue des gamins avec des fusils plus hauts qu'eux, qui intimident les adultes, qui les font s'agenouiller dans la rue, dans les barrages. Mais vous vous dites : « Dans quel monde nous vivons ? » C'était terrible. Donc, avec ma famille, nous avons fui pour aller vers Pointe-Noire à pied, à travers la forêt. C'est terrible. C'est ça qui m'a donné l'idée d'écrire Johnny, chien méchant. Des gamins comme ça qui ont terrorisé des adultes, leur première expérience amoureuse est un viol. Mais qu'est-ce qu'on peut faire des gamins comme ça ? Comment les récupérer ? C'était vraiment terrible à vivre. Et c'est là où j'ai vraiment vu la souffrance humaine, la cruauté humaine. En ce sens que, par exemple, j'ai vu à un barrage où, pour passer, il fallait donner une pièce de 100 francs. 100 francs CFA, ce n'est rien. Et il y a un pauvre vieil homme, à l'époque, qui n'avait pas d'argent du tout. Et je vois quelqu'un à côté de lui qui dit : « Il n'a pas d'argent, je vais payer, je paie à sa place. » Et le petit milicien, là, avec son fusil, dit : « Non, ce n'est pas ton argent qu'on veut, c'est SON argent à lui. » Vous vous rendez compte… Ils se sont mis à battre le vieil homme. C'était cruel. C'est quelque chose qui a complètement échappé aux politiciens. En plus de ça, ce qui m'a touché personnellement, c'est qu'il y a eu des pillages partout. Ma bibliothèque a été pillée. J'avais des livres signés d'Aimé Césaire, de Jorge Sabato, le Portugais. Et en plus de ça, j'avais de la correspondance parce que j'ai fait des études aux États-Unis à une époque où il y avait les Civil Rights, donc j'ai eu une correspondance avec Malcolm X. Tout ça, ça a été détruit. Mais dans tous ces trucs-là, il y a toujours des moments cocasses. Un jour, en me promenant dans un grand marché de Brazzaville qu'on appelle le marché Total, je vois par terre mes livres pillés. Je dis : « Ce n'est pas possible, il faut que j'aille appeler la police pour récupérer mes bouquins. » Je vais voir la police. Je dis : « Voilà, j'ai vu à Total par terre mes livres. Je veux que vous veniez avec moi en tant que policier pour récupérer mes livres », l'agent de police appelle son chef. Son chef vient, je répète. Il me dit : « Ah, attendez, précisons : vos livres, ils ont été pillés ou volés ? » Je dis : « Pardon ? ». « Ah oui, parce que si ça a été volé, d'accord. Nous faisons une enquête. Mais si ça a été pillé, c'est la guerre, on ne peut rien faire. » [Il rit] Donc, c'est ça la guerre civile… À lire aussiEmmanuel Dongala, une sonate des Lumières

Les matins
Littérature : le pouvoir des mots face à l'actualité

Les matins

Play Episode Listen Later Jul 3, 2026 3:03


durée : 00:03:03 - Les Matins de France Culture - par : Guillaume Erner - Après plus de dix ans de chroniques quotidiennes, l'heure est au bilan. Lorsque l'actualité devient difficile à nommer, la littérature peut-elle nous aider à mieux comprendre notre époque ? - équipe : Félicie Faugère Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France

Les Nuits de France Culture
L'interprétation des rêves en littérature et en art

Les Nuits de France Culture

Play Episode Listen Later Jul 3, 2026 240:58


durée : 04:00:58 - Les Nuits de France Culture - par : Albane Penaranda - En 1972 sur France Culture, les producteurs Roger Pillaudin et Jean-Louis Cavalier consacrent une émission à la représentation du rêve dans l'art, le cinéma et la littérature. Pour en discuter, ils ont recueilli les paroles de psychanalystes, écrivains, philosophes et metteurs en scène. - équipe : Mathias Le Gargasson, Antoine Dhulster, Rafik Zénine, Vincent Abouchar, Emily Vallat, Hassane M'Béchour, INA - invités : Bernard Pingaud , André Green , Catherine Clément Philosophe et écrivaine, Jean-Claude Carrière Écrivain, dramaturge, scénariste, traducteur, parolier, metteur en scène, acteur, Roger Dadoun , Robert Benayoun Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France

Littérature sans frontières
Une terre, un auteur : au Maroc, à Marrakech, avec Mahi Binebine

Littérature sans frontières

Play Episode Listen Later Jul 3, 2026 29:00


Nouvel épisode de cette série qui propose un grand entretien avec un.e auteur.e dans son pays natal. Aujourd'hui, l'artiste et écrivain Mahi Binebine chez lui à Marrakech. Une voix, un rire uniques et une histoire hors du commun racontée par bribes dans chacun de ses livres et qu'il retrace pour nous aujourd'hui chez lui. Rencontre. Mahi Binebine est né en 1959 à Marrakech. Il s'installe à Paris en 1980 pour y poursuivre des études de mathématiques, discipline qu'il enseignera pendant plusieurs années avant de se consacrer pleinement à l'écriture et à la peinture. Dans les années 1990, il s'installe à New York, période déterminante durant laquelle son travail s'affirme et s'inscrit dans une scène artistique internationale. Ses œuvres rejoignent notamment la collection du Solomon R. Guggenheim Museum. De retour à Marrakech au début des années 2000, il développe une œuvre singulière, à la fois picturale et sculpturale, où la matière — cire, pigments, goudron — devient un langage. Ses figures, souvent fragmentées, portent la mémoire des corps, de l'exil, de l'enfermement et de la résilience. Parallèlement à son travail plastique, Mahi Binebine est l'auteur de plusieurs romans traduits à l'international. Son écriture explore les failles humaines, les histoires intimes et les zones d'ombre de l'histoire contemporaine. Son roman Les étoiles de Sidi Moumen, adapté au cinéma sous le titre Les Chevaux de Dieu, est à l'origine de la création des centres culturels de la Fondation Ali Zaoua, cofondée avec Nabil Ayouch, et dédiée à la jeunesse des quartiers défavorisés. Engagé dans la transmission, il est également cofondateur et président du Festival du Livre Africain de Marrakech, un événement qui œuvre à faire rayonner les littératures africaines et leurs voix contemporaines. Son parcours est profondément marqué par son histoire familiale, notamment par les années de détention de son frère au bagne de Tazmamart, une mémoire qui traverse son travail sans jamais le figer. Aujourd'hui, son œuvre est exposée dans de nombreuses institutions et galeries à travers le monde, et s'inscrit dans une démarche où création artistique et engagement humain sont indissociables. (Site officiel de Mahi Binebine) Son nouveau livre intitulé Nokta, un recueil de nouvelles, vient de paraître chez Orients éditions. Dans ses romans, la voix de Mahi Binebine est lourde et douce, mais ici, dans ces nouvelles, le ton devient joyeux, absurde, grotesque pour faire sourire. Un nouvel homme, ou un homme qui rit pour ne pas pleurer. De « Bilal, fils d'Omar » au « Serment de Jilali », on croise Sarkozy et le roi, le triste bourricot et le zèbre blanc, pour finir par une promenade qui mène jusqu'au Sénégal, à la porte de Gorée... De Marrakech à Paris en passant par New York, ses 22 historiettes nous le racontent sous un nouveau jour. En Orient, l'ironie est une survie : la nokta. (Présentation de l'éditeur)    ILLUSTRATION MUSICALE : Dis quand reviendras-tu ?  BARBARA.

Folie Douce
En faire toute une histoire : deuil et militantisme, avec Louisa Yousfi

Folie Douce

Play Episode Listen Later Jul 2, 2026 69:30


Je n'en étais pas à la page 50 de La Grande Méthode de Louisa Yousfi que je savais qu'il fallait que je la reçoive dans Folie Douce. J'ai été cueillie telle une cerise mûre à chaque lecture de ce texte qui relève autant du journal de bord que du livre sacré, oscillant entre la spiritualité la plus élevée et l'odeur de café brûlé d'un local militant la veille d'une manif.Louisa Yousfi est journaliste de formation, militante décoloniale et écrivaine. Depuis l'enfance, elle passe sa vie à “chercher le bon mot” et semble presque subir “une sophistication de la pensée qui est une incapacité à juste vivre”. Elle dédie son livre à sa mère, “qui n'en ferait pas toute une histoire”.Elle qui a secoué le monde des essais politiques avec son premier livre, Rester barbare (2022), embrasse ici le deuil d'un père, et un voyage funéraire vers l'Algérie qui convoque à la fois l'histoire familiale et coloniale.Avec Louisa Yousfi, nous parlons de la catastrophe imminente, du fascisme, de la guerre, de ce que ça fait d'élever deux garçons arabes dans un monde dans lequel “elle n'a aucune confiance” et de la transmission des luttes, comme son père lui a transmis le mot “Palestine”, avec sa force et sa magie.Elle dit qu'elle a l'impression de “comparaître” quand elle doit expliquer son geste créatif aux médias. Mais elle parle si bien de son geste d'écriture en "spirale autour d'un lieu" qui est "un grand secret, un silence, un trou", autour duquel il faut danser. Elle préfère rendre politique ce que d'autres décriraient comme psychique et propose d'affronter la noirceur de l'avenir "comme une grande épreuve qu'on traverse en retenant son souffle", plutôt que de l'aborder en "petites monades fragiles et vulnérables". C'est peut-être ça, sa Grande Méthode. Bonne écoute et partagez en masse sur les réseaux, commentez et likez pour aider Folie Douce à essaimer !Photo : Anthony Francin/La fabrique éditions

De vive(s) voix
Julien Perez pirate nos rêves avec son roman NyxX

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jul 2, 2026 28:59


Dans son roman, NyxX, l'auteur Julien Perez raconte la rencontre d'un journaliste vieillissant et d'une jeune femme de 25 ans qui a fait fortune en imaginant une plateforme numérique pour échanger nos rêves.     Dans la mythologie grecque, Nyx est une déesse grecque de la Nuit. Dans le seconde roman de Julien Perez, il s'agit d'un réseau social en 2029 qui permet de capter ses rêves durant la nuit, puis de les transformer en vidéo comme si ont regardait un film, avant de pouvoir les partager sur les réseaux sociaux. Pauline Grandgeorges, la créatrice de cette application technologique embauche Karol Malik, un ancien journaliste et auteur de trois romans passés inaperçus pour écrire sa biographie... Le roman va osciller sans cesse entre réalité et souvenirs. La thématique du rêve est très importante pour l'auteur « J'avais un rapport très compliqué au sommeil lorsque j'étais enfant. Je rêvais beaucoup des rêves effrayants, j'appréhendais beaucoup les moments d'endormissement. »   Invité : Julien Perez, auteur français né en 1986. Il est également musicien, auteur et compositeur, il signe de nombreux albums sous le nom de PEREZ (Rex, Vert Vert, Un album de collection, Surex, Cavernes, L'Hôte, Saltos). Il travaille avec les arts plastiques, le cinéma et le théâtre. En compagnie de l'artiste Dominique Gonzalez-Foerster, il forme le duo Exotourisme.  En 2025, il publie Hommages, son premier roman. NyxX, son second roman est paru aux éditions POL.  Programmation musicale : L'artiste Julien Perez avec son titre « 7 lav » extrait de son album Rev. 

De vive(s) voix
François Le Lionnais par Marcel Benabou : comment l'Oulipo libère l'écriture par la contrainte

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 30, 2026 28:59


Marcel Benabou publie un essai hommage consacré à François Le Lionnais, créateur de l'OULIPO, l'ouvroir de littérature potentielle.  François Le Lionnais, « FLL » était un ingénieur, mathématicien et écrivain est né en 1901 et disparu en 1984. Il est surtout connu pour avoir été le « fraisident-pondateur » de l'Oulipo (l'Ouvroir de Littérature Potentielle) en 1960 avec l'écrivain Raymond Queneau. Ce mouvement réunit des écrivains, des traducteurs, des universitaires, dont Marcel Benabou fut longtemps le « secrétaire définitivement provisoire » avant de cumuler cette fonction avec celle de « secrétaire provisoirement définitif ». Dans cet essai, Marcel Benabou commente en quelque 400 pages les poèmes de François Le Lionnais, qui visaient à être le plus court possible puisque telle était son ambition.  François Le Lionnais était un passionné par les liens entre sciences, mathématiques et littérature, il a joué un rôle-clé dans la promotion d'une approche ludique et contrainte de la création littéraire, où les auteurs utilisent des règles formelles (comme les lipogrammes ou les palindromes) pour stimuler leur imagination. Il a peu écrit : des poèmes avec le minimum de mots, le minimum de lettres, et même, sommet de la réduction, un poème sans lettres.  Il disait de lui-même qu'il avait une certaine « constipation de plume »  « Symétriquement, j'ai voulu commenter de manière la plus longue possible ces très courts poèmes », nous explique Marcel Benabou. Ainsi, il nous raconte les dessous du poème composé du seul mot « Fenouil » ou de la réduction d'un poème à une seule lettre « T. » : une lettre qui a finalement tant de choses à dire et qui ouvre un très grand champ d'interprétations...  FLL est notamment l'auteur de La Littérature potentielle (1973), un ouvrage fondateur coécrit avec Raymond Queneau, qui explore les contraintes formelles comme outil de création littéraire. On lui doit aussi Les Nombres remarquables (1983), un livre dédié aux propriétés mathématiques singulières, ou encore Le Second Manifeste de l'Oulipo (1973), où il théorise les principes de ce mouvement. Par ailleurs, il a rédigé des essais sur les échecs, comme L'Ouverture française (1935), et des textes plus personnels, tels que Le Temps (1963), mêlant réflexions scientifiques et philosophiques. L'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle) est un groupe littéraire fondé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l'écrivain Raymond Queneau. Ce dernier a déjà beaucoup publié dont le fameux Zazie dans le métro, ce ne sont donc pas des jeunes gens en mal de reconnaissance et d'aventures ! Leur objectif est d'explorer les possibilités de la création littéraire à travers des contraintes formelles, souvent inspirées des mathématiques ou des jeux de langage. Ces contraintes, comme l'écriture sans la lettre e (lipogramme) dans La disparition de Georges Perec ou la structure en s+7 (remplacer chaque substantif d'un texte par le septième suivant dans un dictionnaire), stimulent l'imagination et donnent naissance à des œuvres originales.    Invité : Marcel Benabou, né en 1939 au Maroc, est un écrivain et historien français, membre de l'Oulipo depuis 1970. Il en était le « secrétaire définitivement provisoire » avant de cumuler cette fonction avec celle de « secrétaire provisoirement définitif ». Ses travaux littéraires s'inscrivent dans la tradition oulipienne, utilisant des contraintes formelles pour explorer des thèmes comme le langage, la mémoire et la création. Parallèlement à son activité d'auteur, il a mené une carrière d'historien, spécialisé dans l'Antiquité romaine. Ses ouvrages, tels que Pourquoi je n'ai écrit aucun de mes livres (1986) ou Jette ce livre avant qu'il ne soit trop tard (1992), illustrent son approche à la fois structurée et réflexive de l'écriture. Aux franges du silence, glose pour FLL est publié aux éditions du Seuil.  Programmation musicale : L'artiste Dali avec le titre Parler fort. 

De vive(s) voix
Qu'est-ce que le capital linguistique?

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 29, 2026 29:00


Sommes-nous égaux devant le langage ? Dans Le capital Linguistique, Frédéric Lebaron interroge le concept de capital linguistique. Mais qu'est-ce qu'un capital linguistique ? Pour le sociologue du langage, « chacun a des compétences linguistiques : ce qui m'intéresse, c'est comprendre la manière dont ces ressources intériorisées fonctionnent et sont dotées d'une valeur sociale. Les ressources linguistiques sont immédiatement évaluées : la valeur du langage va déterminer la valeur d'une personne. » L'auteur fait la différence entre sociolinguistique et sociologie du langage. Pour faire simple, la sociologie du langage étudie le rôle du langage dans la structuration de la société et les enjeux sociaux liés aux langues quand la sociolinguistique étudie les relations entre la langue et la société, en se concentrant sur l'usage concret des langues dans les interactions sociales. La sociologie du langage existait avant la sociolinguistique : l'un des pionniers était Marcel Cohen qui a écrit Pour une sociologie du langage en 1956.  Dans son essai, Frédéric Lebaron évoque également la question de la hiérarchie des langues, de la place et de la dominance de l'anglais dans l'espace francophone : la présence des anglicismes par exemples.  Invité : Frédéric Lebaron, sociologue, professeur à l'École Normale Supérieure Paris Saclay, il a notamment travaillé sur les discours économiques. Auteur de Le Capital Linguistique: une sociologie du langage, publié aux éditions CNRS.   Et la chronique Ailleurs nous emmène à Abidjan, en Côte d'Ivoire, Adam Mots présentera son spectacle «La calebasse n'a pas de couvercle» entre théâtre, slam, poésie et « griotisme » à l'Institut français d'Abidjan, le 4 juillet.  Programmation musicale : L'artiste Zaho avec Alonzo & Magic System - pour le titre « Mauvais caractère ». 

Si loin si proche
Dans les pas du loup avec Adam Weymouth

Si loin si proche

Play Episode Listen Later Jun 28, 2026 48:30


L'écrivain voyageur anglais s'est lancé dans un vaste périple en Europe, sur les traces de ce prédateur qui à lui seul incarne la liberté et le sauvage, insaisissable et redouté…  Du loup, on ne voit souvent que le passage, avec ces empreintes reconnaissables entre mille. C'est d'ailleurs avec un tampon qui reprend ces empreintes de loup dans son sac à dos, qu'Adam Weymouth est récemment passé en France, pour partager son dernier récit « Dans les pas du loup » paru récemment en France, le dédicacer de cette empreinte de loup, et recevoir le Prix Nicolas Bouvier qui lui a été décerné au Festival « Étonnants Voyageurs » de Saint-Malo.  Déjà remarqué par la presse internationale pour « Les Rois du Yukon », récit d'un long périple sur plus de 3 000 km en canoë en Alaska pour suivre la migration des saumons, Adam Weymouth s'inscrit dans la grande tradition des « travels writers » anglais, livrant sensations et questionnements en chemin. Et pour ce nouveau récit, il a décidé de refaire à 10 ans d'écart le voyage d'un jeune loup slovène, Slavc, qui après plus d'un millier de kilomètres d'errance ou de quête à travers les Alpes, s'est établi en Italie, en Lessinie.  D'une plume alerte et sensible, Adam Weymouth se rapproche de la réalité de l'animal, de sa vie en meute tout en convoquant avec finesse et érudition l'histoire contrariée des hommes et de cette bête, qui peuple les imaginaires depuis toujours. Jadis, le loup, le canis lupus, était le mammifère terrestre le plus répandu sur notre planète… Après quoi, il sera quasiment réduit à l'extinction au XIXè siècle. Aujourd'hui, sa population est estimée à 23 000 individus dans les pays de l'Union européenne, dont un millier en France.    À lire et à voir : - Dans les pas du loup, d'Adam Weymouth. Éditions Albin Michel 2026. Prix Nicolas Bouvier 2026 - Les rois du Yukon, d'Adam Weymouth. Éditions Albin Michel 2021.  - Le loup, une histoire culturelle, de Michel Pastoureau. Éditions du Seuil. 2018 - Les diplomates – Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant, de Baptiste Morizot, Éditions Wildproject. 2016 - Vivre avec les loups – Livre + Film – Jean-Michel Bertrand, Éditions La Salamandre. 2023 - La peur du loup, de Geneviève Carbone, Éditions Gallimard. 1991 - Le site du « Festival Étonnants Voyageurs » qui s'est tenu du 23 au 25 mai 2026 à Saint-Malo.

Fréquence 9 3/4
Lutte et fugue (Harry Potter 5, chapitre 33)

Fréquence 9 3/4

Play Episode Listen Later Jun 27, 2026 100:23


Nous explorons le chapitre 33 d'Harry Potter et l'Ordre du Phénix : «Lutte et fugue»...Invitée de cet épisode : Virginie, auditrice de l'émission.0:00 Introduction11:48 Chapitre1:01:12 Meilleur personnage & renommage1:10:36 La volièrePour prolonger l'aventure Harry Potter avec nous :Facebook : https://www.facebook.com/frequence934Instagram : https://www.instagram.com/frequence934Discord : https://discord.com/invite/ps7FgM2bfGTwitch : https://www.twitch.tv/stream9troisquartsNotre volière : frequence934@gmail.comou à : Fréquence 9 3/4, Espace Conquérant, 3 Place Jean Nouzille 14000 Caen FRANCEAccédez à des contenus exclusifs sur Patreon : https://www.patreon.com/frequence934Soutenez-nous sur Tipeee : https://fr.tipeee.com/frequence934Thème musical :Moonlight Hall, de Kevin MacLeod (Licence CC BY 3.0)Jérémy & Marina ⚡Soutenez-nous sur Patreon et Tipeee !

Livre international
«Le Vietnam ne veut plus être l'otage de rivalités internationales», selon Benoît de Tréglodé

Livre international

Play Episode Listen Later Jun 27, 2026 8:08


En 40 ans d'ouverture économique, le Vietnam est devenu un autre pays : celui de la croissance économique galopante conduite par un capitalisme d'État aux mains d'un Parti communiste vietnamien qui a su maintenir son emprise sur le pays, sachant s'ouvrir sur l'économie pour éviter un effondrement à la manière de l'Union soviétique. Surtout le Vietnam est désormais tourné pleinement vers l'Asie, avide d'échapper à l'avilissement de la colonisation française aux fractures de la colonisation. Se pose aujourd'hui la question de la relation à la Chine, voisin incontournable. C'est ce que montre Le Viêt Nam en 100 questions. Au carrefour d'une nouvelle Asie, un ouvrage de Benoît de Tréglodé, directeur de recherche à l'Irsem, l'Institut de recherche de l'école militaire à Paris. Il répond aux questions de Joris Zylberman. Le Viêt Nam en 100 questions. Au carrefour d'une nouvelle Asie est paru aux éditions Tallandier. 

Journal de l'Afrique
Washington sanctionne le Rwanda accusé de faire de la contrebande d'or

Journal de l'Afrique

Play Episode Listen Later Jun 26, 2026 14:39


L'administration Trump emboîte le pas à l'Europe en sanctionnant Gasabo Gold, unique raffinerie d'or du Rwanda, accusée de faire transiter des minerais de conflit depuis l'est du Congo pour financer le M23. Selon Washington, les rebelles - qui occupent depuis plus d'un an les deux plus grandes villes de la région - achemineraient l'or vers Kigali avec le concours direct de l'armée rwandaise…

Les Nuits de France Culture
Maurice G. Dantec, écrivain du chaos 3 : Cyber-Dantec et la littérature

Les Nuits de France Culture

Play Episode Listen Later Jun 26, 2026 76:03


durée : 01:16:03 - Les Nuits de France Culture - À l'occasion de la sortie de "Babylon Babies" en 1999, Maurice G. Dantec livre les clés de son œuvre dans l'émission "Panorama". Entre science-fiction et anticipation, l'auteur partage son regard sur la littérature et les enjeux du monde moderne. - équipe : Antoine Dhulster, Vincent Abouchar, Hassane M'Béchour, INA - invités : Maurice G. Dantec , Pascale Casanova Chercheuse française en littérature et productrice de radio, Etienne de Montety Écrivain et directeur du Figaro littéraire, Céline du Chéné Productrice à France Culture, Catherine Fruchon-Toussaint Journaliste littéraire et culturelle, spécialiste de littérature étrangère., Odile FILLION Journaliste, réalisatrice, Sean James Rose Écrivain et journaliste, Guy Konopnicki Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France

Littérature sans frontières
Une terre, une auteure : au Cameroun avec Hemley Boum

Littérature sans frontières

Play Episode Listen Later Jun 26, 2026 28:59


Nouvel épisode de cette série qui propose un grand entretien avec un.e auteur.e dans son pays natal. Aujourd'hui rencontre exceptionnelle avec Hemley Boum à Douala au Cameroun. Une terre qui irrigue toute l'œuvre de l'écrivaine. Un retour aux sources pour mieux comprendre ses romans.  Hemley Boum est née au Cameroun où elle entreprend des études d'anthropologie avant de poursuivre à Lille des études de commerce international. Elle bascule des pluies tropicales de Douala au froid du nord de la France. Après un premier poste à Paris, elle rentre au Cameroun en tant que responsable grands comptes de la filiale camerounaise d'une société française.  Exploratrice de son propre pays, la découverte des firmes agroalimentaires, cotonnières et forestières enrichissent singulièrement sa vision de la société camerounaise et de l'exploitation internationale des ressources locales. Elle a ensuite vécu dans plusieurs pays africains avant de s'installer à Paris et de trouver la forme qui lui convient pour entrer en écriture.  Elle a déjà publié cinq romans, traduits en six langues. Les jours viennent et passent (Prix Amadou Kourouma 2020) Les Maquisards (Grand prix littéraire de l'Afrique Noire 2016 et Prix du livre engagé de la Cène Littéraire 2016), Si D'Aimer (Prix Ivoire du livre francophone 2013), Le rêve du pêcheur (Prix des cinq continents de la francophonie, 2024). Son prochain roman va paraitre en aout 2026 sous le titre Nos vies sauvages chez Gallimard. « J'avais offert à Dorothée mon corps en bouclier, mon silence complice, le souffle attentif de mes nuits d'enfant. Je pensais ne jamais la quitter mais lorsque les événements m'y contraignirent, j'hésitai à peine. C'était elle ou moi. » Zack a fui Douala à dix-huit ans, abandonnant sa mère, Dorothée, à son sort et à ses secrets. Devenu psychologue clinicien à Paris, marié et père de famille, Zack voit brutalement son passé ressurgir. Quelques décennies plus tôt, son grand-père Zacharias, pêcheur dans un petit village côtier camerounais, veut offrir un meilleur avenir aux siens. Pour réaliser son rêve, il renonce à son mode de vie traditionnel et prend un pari périlleux… (Présentation de l'éditeur)

Ah ouais ?
Pourquoi le Chat Botté a joué un rôle dans la vie de Napoléon et de Mozart ?

Ah ouais ?

Play Episode Listen Later Jun 25, 2026 1:54


"Le Chat Botté" est un conte popularisé par Charles Perrault en 1695. Même s'il n'en est pas l'auteur original mais l'adaptateur puisque c'est un Italien Giovanni Francesco Straparola qui l'a imaginé un siècle et demi plus tôt dans son recueil Les Nuits Facétieuses allègrement pompé par mal d'autres fameux conteurs comme les frères Grimm. Cette histoire de chat rusé, elle a compté à la fois pour deux contemporains, Napoléon Bonaparte et Wolfgang Amadeus Mozart. Napoléon, car quand il était enfant mais déjà avec l'ambition de devenir un grand général, il mit un uniforme et enfila des bottes bien trop grandes pour lui. Comme il avait un l'air un peu ridicule avec ses jambes maigrelettes dans ses grandes chausses, une petite fille lui donna le surnom de Chat Botté. Dans "Ah Ouais ?", Florian Gazan répond en une minute chrono à toutes les questions essentielles, existentielles, parfois complètement absurdes, qui vous traversent la tête.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

De vive(s) voix
Chez Samy : cinquante comédiens, une histoire inventée et l'âme d'un quartier de Bobigny

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 25, 2026 28:59


Claire Lasne Darcueil et Feroz Sahoulamide mettent en scène « Chez Samy », un spectacle collectif gratuit  pour et avec les habitants qui raconte l'histoire d'une famille élargie, d'un café et d'un quartier de Bobigny, ville très métissée de la Seine-Saint-Denis.   Le spectacle, une commande d'Hortense Archambault, directrice de la MC 93 a pour but de faire une vraie création avec les habitants.  Ils sont une cinquantaine sur scène à raconter l'histoire d'un café disparu à Bobigny, c'est une histoire inventée mais basée sur de faits réels : la MC 93 a été construite sur un ancien quartier.  La pièce raconte l'histoire fictive d'un couple, tout aussi fictif, Samir et Samy, qui a eu dix enfants ! Aucun ne se ressemble, aucun ne parle la même langue... viennent s'ajouter les oncles, les tantes et puis... les amis ! On retrouve des amateurs, mais aussi des professionnelles comme ces trois chanteuses lyriques qui chantent aussi bien « La Traviata » que les chansons des Demoiselles de Rochefort. « Le principe est de sortir des stéréotypes et de plaider la diversité », plaide Claire Lasne.  Les cinquante comédiens couvrent tous les âges, cultures, choix de vie, couleur de peau... !  La pièce raconte également par les « petites histoires », l'histoire des immigrés de la première génération.  Dans le spectacle, sont parlées une quantité de langues, les langues des locuteurs/acteurs sur scène.  Le spectacle, fait avec peu de moyens : quelques tables, quelques chaises, un vidéaste qui filme quelques scènes projetées sur grand écran.  À voir jusqu'au 28 juin 2026 à la MC 93.  Invitée : Claire Lasne Darcueil, ancienne directrice du Conservatoire national supérieur d'art dramatique. Autrice et metteuse en scène de la pièce Chez Samy à la MC 93.    Programmation musicale : L'artiste Sarahmée avec le titre « Ratata ». 

Le focus Éco
Redonner une seconde vie aux livres oubliés, avec Julie Rovero, cofondatrice de MyFairBook

Le focus Éco

Play Episode Listen Later Jun 24, 2026 6:47


Dans cet épisode du podcast "Comment j'ai réussi ?", Stéphane Pedrazzi reçoit Julie Rovero-Carrez, cofondatrice de MyFairBook, une librairie en ligne qui redonne une chance aux livres ayant connu un faible succès lors de leur sortie en librairie. Avec un sens aigu de l'entrepreneuriat et de la bibliodiversité, l'invitée nous explique comment elle a bâti ce projet innovant, en travaillant main dans la main avec de petits éditeurs indépendants. Plutôt que de voir ces ouvrages être purement et simplement détruits, elle a eu l'idée de leur offrir une seconde chance de trouver leur lectorat, grâce à la vente en ligne.L'un des moments forts de l'entretien est lorsqu'elle décrit le fonctionnement de MyFairBook. Elle nous révèle comment son équipe lit attentivement chaque livre proposé par les éditeurs, pour ensuite les mettre en avant sur le site web. Ainsi, ces ouvrages, qui n'avaient pas réussi à percer lors de leur lancement initial, peuvent désormais toucher un public plus large et fidéliser de nouveaux lecteurs.Un autre aspect passionnant de cette initiative est la collaboration avec de grandes entreprises, comme Air France ou L'Oréal. Julie nous explique comment MyFairBook crée des bibliothèques d'entreprise sur-mesure, en fonction des thématiques chères à ces groupes. Ces partenariats permettent non seulement d'écouler les stocks de livres, mais aussi de favoriser les échanges et la cohésion au sein des équipes.Tout au long de l'entretien, on sent la passion de Julie pour la lecture et son engagement à promouvoir la bibliodiversité. Son parcours, de l'édition à l'entrepreneuriat, est une véritable source d'inspiration pour tous ceux qui souhaitent donner une nouvelle vie à des livres trop souvent oubliés.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

De vive(s) voix
«L'insulte» d'Anthony Vincent ou transformer la cicatrice des injures en force collective

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 24, 2026 29:00


Pour son premier essai en solo, le journaliste et désormais écrivain Anthony Vincent s'attelle à décortiquer l'insulte et surtout à analyser comment les communautés dénigrées par les structures masculinistes, blanches et hétéronormées se réapproprient aujourd'hui, et ce depuis longtemps, les injures pour les transformer en symboles de regroupement et d'émancipation. Chaque insulte n'est pas qu'un simple mot. Même si, à la base, l'insulte est « un acte de langage bref, à visée offensive », cet acte prend quasiment toujours sa base sur un stigmate que l'auteur français définit comme le renvoi à « un statut social négatif, attribué et perpétué ». En effet, chaque insulte a une histoire. Et c'est cette histoire qu'il faut absolument connaître pour passer de l'injure à un élan de solidarité communautaire quasiment naturel, en se réappropriant le stigmate. Ce « retournement du stigmate », d'abord défini sociologiquement par Louis Gruel, l'un des disciples de Bourdieu, apparaît donc comme nécessaire et inévitable, puisque « les insultes que nous utilisons et/ou subissons nous situent socialement », explique Vincent dans son livre. En effet, parce que ces insultes marquent à vie ceux qui les reçoivent, elles leur permettent également de s'identifier, de se reconnaître, de se rallier et de se renforcer contre « l'ordre cishétéroblantriarcal et validiste », comme le constate le journaliste français. L'insulte : de l'injure à la solidarité se présente aujourd'hui comme un ouvrage transversal essentiel à la sociologie linguistique actuelle et questionne, malgré tout, la réappropriation du stigmate. « En retournant un mot stigmatisant, ne sommes-nous pas en train de réactiver la domination qu'il cristallise ? » Une question légitime qui se doit d'être posée, selon Anthony Vincent, puisque, premièrement, toute thèse sociologique se doit de faire face à sa propre réfutabilité, mais surtout parce que le risque de la réappropriation serait de figer les identités des communautés insultées et peut-être même de perpétuer un socle de domination. Néanmoins, pour Vincent, la réappropriation est inévitable, car la récupération d'une insulte vaut tout de même bien mieux que sa dépolitisation, « afin de transformer la cicatrice des injures en force collective », comme nous l'a dédicacé notre invité du jour. Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup revient sur les origines et la signification d'une expression française bien connue, en complicité avec la lexicographe Sarah Decottignies des éditions Le Robert et les CM1 A de l'école Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris. Et, je peux vous assurer que, malgré la chaleur, Lucie « se porte comme un charme » aujourd'hui ! Invité : Anthony Vincent, journaliste, écrivain, animateur de podcasts et spécialiste mode. Son premier ouvrage en solo L'insulte : de l'injure à la solidarité est d'ores et déjà disponible aux éditions Les Liens qui Libèrent. Programmation musicale : Angèle avec son nouveau titre Dis-le.

La Revue de Presse
Jean-Marie Gustave Le Clézio, l'écrivain entré de son vivant au Panthéon de la littérature

La Revue de Presse

Play Episode Listen Later Jun 24, 2026 6:59


Au sommaire : La canicule frappe la France. Cette chaleur pose des dilemmes, dans un pays qui tente de s'adapter sans pour autant renoncer à la transition écologique. Certains écologistes admettent désormais la nécessité de la climatisation dans les écoles et les hôpitaux, un revirement par rapport à leurs positions habituelles. Quels sont les messages politiques cachés derrière la panthéonisation de l'historien Marc Bloch ?Le deuxième volet du biopic consacré à Charles de Gaulle sort ce vendredi et les premières critiques sont élogieuses. Entretien avec l'écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

De vive(s) voix
Les voix oubliées de l'esclavage : 27 témoignages inédits en français

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 23, 2026 29:00


Le recueil Sous le règne du fouet rassemble les témoignages de 27 parcours de vie, anciens esclaves : 14 femmes et 13 hommes.  Au cœur de la crise économique qui ravage les États-Unis au début des années 1930, le Federal Writers' Project, une agence fédérale du New Deal, lance une entreprise de collecte de la voix des sans-voix dont l'ampleur n'a jamais été égalée : près de 2 300 témoignages d'anciens esclaves sont recueillis, transcrits et édités. Cette source inestimable et sans équivalent dans le monde restait jusqu'à ce jour largement inédite en français.    Invitée : Elsa Queré, traductrice du recueil Sous le règne du fouet, une histoire orale de l'esclavage aux éditions Ici-Bas. Avec la préface de Françoise Vergès.  Programmation musicale : L'artiste Fatoumata Diwara avec le titre "Fala" qui veut dire "orphelin" en bambara. 

De vive(s) voix
Littérature : Dimitri Delmas raconte le palais du facteur Cheval

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 22, 2026 28:59


Depuis plus d'un siècle, à Hauterives, dans la Drôme, dans le sud-est de la France, se visite le palais idéal du Facteur Cheval. Dimitri Delmas, illustrateur, designer et écrivain vient de publier J'avais bâti dans un rêve un palais, un roman consacré au facteur Ferdinand Cheval.  Ferdinand Cheval est né en 1836 dans une famille modeste de la Drôme, à Charmes sur l'Herbasse, dans un petit village très rural. Après avoir quitté l'école à 13 ans, il devient boulanger, puis facteur en 1867 à Hauterives. C'est un homme ordinaire, discret, qui effectue chaque jour sa tournée à pied dans les campagnes autour de Hauterives. Il ne quittera jamais son département. En 1879, alors qu'il trébuche sur une pierre de forme étrange, il a une révélation : il décide de construire un palais, seul, avec ses mains et les pierres qu'il ramasse pendant ses tournées.  Chaque soir, après ses longues journées de travail, Cheval se consacre à la construction de son Palais idéal. Est-ce un rêve ou une façon de fuir la dureté du monde ? Car il aura eu une vie douloureuse... marquée par des deuils. Armé d'une brouette, d'une pelle et d'une lampe à pétrole, il transporte des centaines de kilos de pierres qu'il façonne avec des outils rudimentaires. Il mélange ciment, chaux et fil de fer pour donner vie à un monument inspiré par les cartes postales, les magazines illustrés et ses propres rêves. Et tout cela dans une période marquée par la naissance du capitalisme, par l'industrialisation et le colonialisme. Son palais, mélange de grottes, de tours, de sculptures d'animaux et de motifs exotiques, devient une œuvre démesurée : 26 mètres de long, 12 mètres de haut et 10 mètres de large. Malgré les moqueries de ses voisins et les difficultés techniques, il achève son œuvre en 1912. Il décède en 1924.  Le Palais idéal du Facteur Cheval se visite à Hauterives, dans la Drôme.  Invité : Dimitri Delmas, auteur et illustrateur français. Son roman J'avais bâti dans un rêve un palais est publié aux éditions Actes Sud.   Et la chronique Ailleurs nous emmène en Australie ou Jacques Bernard, créateur du Van du Livre, une librairie ambulante francophone qui parcourt l'Australie depuis 12 ans pour transmettre le goût des livres.  Le livre La GRANDE histoire du Van du Livre est disponible à la commande sur son site.    Programmation musicale : La Grande Sophie avec Philippe Katerine pour le titre Un duo avec moi.

De vive(s) voix
Littérature : Dimitri Delmas raconte le palais du facteur Cheval

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 22, 2026 28:59


Depuis plus d'un siècle, à Hauterives, dans la Drôme, dans le sud-est de la France, se visite le palais idéal du Facteur Cheval. Dimitri Delmas, illustrateur, designer et écrivain vient de publier J'avais bâti dans un rêve un palais, un roman consacré au facteur Ferdinand Cheval.  Ferdinand Cheval est né en 1836 dans une famille modeste de la Drôme, à Charmes sur l'Herbasse, dans un petit village très rural. Après avoir quitté l'école à 13 ans, il devient boulanger, puis facteur en 1867 à Hauterives. C'est un homme ordinaire, discret, qui effectue chaque jour sa tournée à pied dans les campagnes autour de Hauterives. Il ne quittera jamais son département. En 1879, alors qu'il trébuche sur une pierre de forme étrange, il a une révélation : il décide de construire un palais, seul, avec ses mains et les pierres qu'il ramasse pendant ses tournées.  Chaque soir, après ses longues journées de travail, Cheval se consacre à la construction de son Palais idéal. Est-ce un rêve ou une façon de fuir la dureté du monde ? Car il aura eu une vie douloureuse... marquée par des deuils. Armé d'une brouette, d'une pelle et d'une lampe à pétrole, il transporte des centaines de kilos de pierres qu'il façonne avec des outils rudimentaires. Il mélange ciment, chaux et fil de fer pour donner vie à un monument inspiré par les cartes postales, les magazines illustrés et ses propres rêves. Et tout cela dans une période marquée par la naissance du capitalisme, par l'industrialisation et le colonialisme. Son palais, mélange de grottes, de tours, de sculptures d'animaux et de motifs exotiques, devient une œuvre démesurée : 26 mètres de long, 12 mètres de haut et 10 mètres de large. Malgré les moqueries de ses voisins et les difficultés techniques, il achève son œuvre en 1912. Il décède en 1924.  Le Palais idéal du Facteur Cheval se visite à Hauterives, dans la Drôme.  Invité : Dimitri Delmas, auteur et illustrateur français. Son roman J'avais bâti dans un rêve un palais est publié aux éditions Actes Sud.   Et la chronique Ailleurs nous emmène en Australie ou Jacques Bernard, créateur du Van du Livre, une librairie ambulante francophone qui parcourt l'Australie depuis 12 ans pour transmettre le goût des livres.  Le livre La GRANDE histoire du Van du Livre est disponible à la commande sur son site.    Programmation musicale : La Grande Sophie avec Philippe Katerine pour le titre Un duo avec moi.

Franck Ferrand raconte...
Saint-Exupéry à New York

Franck Ferrand raconte...

Play Episode Listen Later Jun 21, 2026 25:18


C'est pendant son exil new-yorkais, au début des années 1940, qu'Antoine de Saint Exupéry donne naissance au personnage qui fera sa gloire : Le Petit Prince. Plongez dans l'histoire des grands personnages et des évènements marquants qui ont façonné notre monde ! Avec enthousiasme et talent, Franck Ferrand vous révèle les coulisses de l'histoire avec un grand H, entre mystères, secrets et épisodes méconnus : un cadeau pour les amoureux du passé, de la préhistoire à l'histoire contemporaine.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Livre international
«Le Royaume-Uni, une société libérale en péril» d'Aurélien Antoine

Livre international

Play Episode Listen Later Jun 20, 2026 4:38


Mardi 23 juin marquera les 10 ans du Brexit, alors que le pays traverse une période de profond désenchantement politique. Entre répression des libertés publiques, défiance envers les institutions, montée de l'extrême droite, le Royaume-Uni serait-il devenu une société libérale en péril ? C'est la question que pose Aurélien Antoine, professeur des universités et spécialiste du droit des institutions britanniques, dans son nouveau livre Le Royaume-Uni, une société libérale en péril (éditions Odile Jacob), paru le 27 mai. RFI : Dans votre livre, vous parlez d'une société libérale « en péril ». Qu'est-ce qui vous semble aujourd'hui le plus menacé au Royaume-Uni : l'État de droit, les contre-pouvoirs, les libertés publiques ? Aurélien Antoine : Je commencerais plutôt par les libertés fondamentales. Certaines d'entre elles sont aujourd'hui particulièrement menacées au Royaume-Uni. Elles le sont d'abord par des mouvements d'extrême droite assez puissants, mais aussi par les partis de gouvernement. Les conservateurs ont porté des atteintes importantes aux libertés collectives, notamment à la liberté de manifestation, mais les travaillistes aussi, dans certains domaines. L'exemple le plus frappant, c'est la profonde défiance à l'égard de l'Europe des droits humains, c'est-à-dire la Convention européenne des droits de l'homme. Elle semble aujourd'hui faire presque l'unanimité contre elle, quelle que soit l'appartenance politique. Pourquoi cette défiance à l'égard de la Convention européenne des droits de l'homme ? Elle a des racines anciennes. Le Parti conservateur, avant même de s'en prendre à l'Union européenne, était déjà assez hostile au système européen de protection des droits humains. Le Brexit a un peu occulté cet aspect. Une fois le Brexit réalisé, les conservateurs, encore au pouvoir, se sont de nouveau attaqués très fortement à la Convention européenne des droits de l'homme et à la Cour européenne des droits de l'homme, accusée d'avoir une jurisprudence trop favorable aux migrants illégaux ou aux délinquants. C'est une caricature : l'analyse des décisions de la Cour ne va pas dans ce sens. Mais avec la progression de l'extrême droite, dont le parti Reform UK autour de Nigel Farage, ces thématiques sont devenues centrales dans le débat public. Les travaillistes se lancent eux aussi dans une forme de « course à l'échalote » sur cette question, en remettant en cause l'influence prêtée à la Cour européenne des droits de l'homme. Le 23 juin marquera les 10 ans du vote du Brexit. Quel bilan dressez-vous de ce séisme politique et sociétal ? Le bilan est incontestablement mauvais. Il est mauvais d'un point de vue économique : les chiffres des différents organismes et institutions britanniques le montrent. D'un point de vue sociétal, le Brexit n'a fait qu'approfondir des fractures profondes, sociales et territoriales : entre le sud et le nord de l'Angleterre, mais aussi avec l'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande du Nord. Ces fractures existaient avant, mais elles se sont accélérées avec le Brexit. Celui-ci marque aussi une vraie rupture politique, avec une radicalisation des camps. On l'a vu du côté du Parti conservateur, qui n'en sort pas vainqueur aujourd'hui : il est morcelé et poursuit l'agenda de Reform UK, au point que certains parlent d'une substitution de Reform UK au Parti conservateur. Le Parti travailliste n'est pas forcément en meilleure posture. Il connaît aussi de fortes contestations internes et a très mal négocié la période du Brexit. Il faut se souvenir de l'époque de Jeremy Corbyn (ancien chef des travaillistes, NDLR), qui ne suscitait pas l'adhésion de l'ensemble du parti. Aujourd'hui, les partis classiques sont fragmentés, tandis que d'autres formations prétendent changer la vie politique en apportant des solutions simples, souvent simplistes, à des problèmes anciens, mais accélérés par le Brexit. Le Brexit a-t-il révélé des fragilités anciennes du système britannique, ou en a-t-il créé de nouvelles ? Il a confirmé des fragilités anciennes, notamment les inégalités. Il a accéléré la pauvreté dans certaines zones géographiques et chez certaines catégories sociales. Mais le Brexit n'est pas le seul responsable. Il y a eu la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient, et les effets délétères de la politique internationale des États-Unis de Donald Trump. Le Brexit est un élément parmi d'autres, sans doute le premier, qui opère ce changement majeur et accélère les divisions. Ce qui est nouveau, c'est une forme de radicalisation de la vie politique britannique. Lors des élections générales de 2024, cinq députés d'extrême droite sont entrés à Westminster. Cela peut paraître peu, mais c'est inédit. Reform UK est aussi entré au Parlement d'Édimbourg après les élections locales, ce qui est inédit, et il devient une force incontournable au sein du Parlement gallois. Vous insistez sur le fait que ce n'est pas le régime politique qui est contesté par la population, mais plutôt l'élite gouvernante. Qu'est-ce qui a le plus abîmé la confiance des Britanniques envers leurs dirigeants ? Ce manque de confiance est assez ancien. Pour une échéance proche, il faut revenir aux années 2000. Le Premier ministre Tony Blair, au moment de sa démission (en juin 2007, NDLR), a beaucoup pâti d'affaires qui le concernaient, mais aussi des mensonges liés à la guerre en Irak. Ce fut une grande rupture. Ensuite, les crises se sont succédées. Dans des économies et des politiques mondialisées, les États subissent de plein fouet les crises mondiales. La crise des subprimes en 2008, dont on ne parle plus assez, a été déterminante dans l'aggravation de la situation économique, sociale et politique britannique. Elle a conduit à un tournant de rigueur très fort avec l'arrivée de David Cameron au pouvoir. Les conséquences de cette politique ont été telles que les inégalités se sont considérablement accélérées. Pour tenter de sauver la mise, David Cameron a promis un référendum sur le Brexit afin d'attirer les voix du parti de Nigel Farage, qui s'appelait alors Ukip. Il y est parvenu, mais au prix d'une sortie de l'Union européenne à laquelle il était lui-même hostile. Ce que l'on constate, c'est que les institutions, pour l'instant, tiennent. C'est donc d'abord un problème de classe politique. Mais le Brexit est à la fois une rupture et une forme de solde des insuffisances passées. Vous soulignez aussi le rôle de la Chambre des lords et de la monarchie, deux institutions souvent perçues comme archaïques. En quoi ont-elles contribué à préserver l'équilibre démocratique ? Cela peut paraître paradoxal. Pour la monarchie, je donnerais un exemple très récent : le discours de Charles III au Congrès américain fin avril. C'est une vraie leçon institutionnelle et démocratique. La garantie de la survie de la monarchie au Royaume-Uni, c'est de préserver la démocratie. Cela peut sembler paradoxal, mais c'est la réalité. En période de crise, la distance et les discours apaisants viennent souvent davantage du monarque que de la classe politique. Cela a été particulièrement vrai pendant la pandémie de Covid-19, avec le discours d'Elizabeth II.  Quant à la Chambre des Lords, il faut comprendre qu'elle est aujourd'hui une assemblée d'experts. La démocratie peut dériver vers la démagogie, et il faut des gardiens contre cette démagogie. Les Lords qui travaillent réellement – les « working peers » – sont souvent au-dessus des partis. Ils produisent des analyses d'une grande qualité sur le système constitutionnel et sur les menaces que peut représenter telle ou telle volonté politique démagogique. Cette institution dispose d'une forme de distance vis-à-vis de la démagogie électoraliste. Vous terminez votre livre sur une note plus optimiste, en évoquant la possibilité d'un Royaume-Uni de l'après « révolution conservatrice ». Quelles conditions faudrait-il réunir pour permettre un renouveau politique, démocratique ou sociétal ? Il faut d'abord être convaincu que la démocratie fonctionne dans le respect des règles. Sinon, c'est la jungle. La démocratie, c'est le pluralisme, la liberté d'expression et le principe d'égalité. Le pluralisme suppose une concurrence des idées, mais ce n'est pas la loi du plus fort. Pour éviter cela, il faut des règles. La liberté d'expression, c'est la même chose : toutes les positions peuvent être exprimées, mais elles ne doivent pas conduire à la haine de l'autre ou à la volonté de l'annihiler. Quant à l'égalité, elle suppose que toutes les citoyennes et tous les citoyens soient en capacité de se forger une opinion, quelle que soit leur origine sociale ou leurs difficultés. L'État social est donc absolument indispensable à la réalisation d'une démocratie satisfaisante. La démocratie, ce n'est pas seulement le vote et la loi de la majorité. Une démocratie évoluée va bien au-delà : elle nécessite le respect des règles, l'État de droit, mais aussi un État social fort, pour garantir aux citoyens le temps et les capacités nécessaires pour se consacrer à l'intérêt collectif. On en est loin, et pas seulement au Royaume-Uni. Mon ouvrage utilise le prisme britannique, qui est l'objet de mes recherches, pour permettre au lecteur ou à la lectrice d'une société occidentale d'y voir aussi une image de sa propre société. La crise britannique est-elle comparable à celle que traversent d'autres démocraties européennes, ou y a-t-il une spécificité britannique liée à son histoire et à son système parlementaire ? Le régime britannique bénéficie d'un certain nombre de protections liées à son histoire, que d'autres démocraties n'ont pas forcément, ou ont de façon plus récente, donc moins « chevillée au corps » des citoyennes et des citoyens. Cela ne veut pas dire que le Royaume-Uni est à l'abri de forces qui voudraient instaurer un régime autoritaire. Mais on peut identifier un certain nombre de facteurs de résistance liés à sa grande tradition parlementaire et démocratique. Pour le reste, il y a évidemment beaucoup de points communs avec d'autres démocraties. Nous vivons encore dans des systèmes mondialisés. Le Royaume-Uni est à l'origine d'un système politique, le parlementarisme, qui est majoritaire en Europe. Les États-Unis se sont construits en opposition à la mère patrie britannique, mais avec un lien très fort avec elle. Le Royaume-Uni reste l'une des premières grandes démocraties européennes. Quand le Royaume-Uni va mal, cela signifie que les autres démocraties ne vont pas bien non plus. Je pense naturellement aux États-Unis, à la France, mais aussi à l'Allemagne. Ces États entretiennent des liens historiques très étroits avec le Royaume-Uni. Ils restent de très grandes démocraties où est censé régner l'État de droit, et il est donc très important d'étudier leur évolution aujourd'hui.

De vive(s) voix
«Les Habitantes» de Pauline Peyrade : un roman sur la nature et le vivant

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 18, 2026 29:00


Emily est une jeune femme qui vit seule avec sa chienne Loyse dans la maison héritée de sa grand-mère. C'est là qu'elle a grandi, quand son père est parti fonder une nouvelle famille. Un jour, une lettre arrive : elle doit vendre la maison, en indivision.  Pauline Peyrade nous offre avec Les Habitantes l'histoire d'Émilie, une femme qui vit depuis toujours dans la maison de sa grand-mère, Moon. C'est là qu'elle a grandi, là qu'elle reste, comme si ce lieu faisait partie d'elle. Pas par nostalgie, mais parce que cette maison est un refuge, un monde à part où chaque détail compte : le bruissement des feuilles, le vol des insectes, la lumière sur l'étang. Pourtant, un jour, des lettres arrivent. On lui demande de vendre. Émilie se retrouve menacée de perdre, ce qui la rattache à la vie. L'autrice aura mis trois ans pour écrire Les habitantes. Pauline Peyrade n'aime pas les romans explicatifs : avec ce roman, elle n'avait pas en tête d'écrire de grands affrontements mais plutôt de raconter la vie d'une femme qui fait face à une violence systémique. Je ne voulais pas que l'écologie soit le sujet central du roman, mais plutôt une manière de l'écrire. Elle ne concentre pas l'intrigue sur le combat intrafamilial mais cherche à raconter un autre rapport au monde en lutte contre le patriarcat et le capitalisme. Elle reconstitue le lieu qui habite le roman : insectes, végétaux : par la lecture, on le ressent, on les rencontre, elle créé des présences dans le livre et raconter des histoires par les sensations.    Invitée : Pauline Peyrade, écrivaine et dramaturge. Formée à l'écriture théâtrale, elle se consacre à des récits où les émotions et les relations humaines occupent une place centrale. Son premier roman, L'Âge de détruire publié aux éditions de Minuit remporte le prix Goncourt du premier roman en 2023.  « Les habitantes » également publié aux éditions de Minuit, vient de remporter le Prix du Livre Inter 2026.  Programmation musicale : l'artiste Étienne Daho en duo avec l'artiste Alan Stivell avec le titre « An hanv » (qui veut dire « L'été ») une chanson en hommage à Frank Darcel du groupe Marquis de Sade disparu en 2024. 

De vive(s) voix
Partir en livre ! Opération lecture avec Emmanuel Guibert, papa d'Ariol

De vive(s) voix

Play Episode Listen Later Jun 17, 2026 29:00


Avec plus de 3 millions d'exemplaires vendus, Ariol le petit ânon le plus célèbre de la bande dessinée confirme son statut de héros des enfants et des familles. Emmanuel Guibert, auteur et dessinateur a été désigné comme parrain de la 12è édition de Partir en Livre.  Ce n'est pas par hasard si Emmanuel Guibert a été choisi comme parrain de cette douzième édition de Partir en Livre qui aura lieu du 17 juin au 19 juillet 2026. Depuis tout petit, l'auteur et dessinateur est passionné de lecture. La lecture finit toujours par engendrer la lecture ! C'est une adresse du bonheur donc on y retourne.  À l'initiative du CNL (Centre national du Livre), et sous l'impulsion du ministère de la Culture, le grand festival du livre pour la jeunesse a pour thème « Nos petits et grands héros » avec un clin d'oeil particulier au petit ânon Ariol dont le recueil Les vacances chez papy et mamie est paru le 10 juin 2026.  Avec beaucoup d'humour et de subtilité, Emmanuel Guibert a fait de cet ânon, un véritable héros pour la jeunesse. On suit, depuis 26 ans, maintenant les aventures du petit âne bigleux, éternel élève de CM1 avec ses copains Ramono le cochon, Pétula, Batégaille ou Tiburge ! Un personnage que son auteur a voulu pour toutes les tranches d'âge.  Emmanuel Guibert s'amuse également beaucoup avec les manières de parler et les accents et parsème ses scénarios de jeux de mots : « internet » devient par exemple « interbête ».    Invité : Emmanuel Guibert, auteur et dessinateur français, né en 1964. Il s'est fait remarquer avec des œuvres comme La Guerre d'Alan qui relate les souvenirs d'un soldat durant la Seconde Guerre mondiale, Le Photographe (avec Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier) ou des ouvrages jeunesse tels que les Sardines de l'Espace ou Ariol (avec Marc Boutavant), où il mêle une grande sensibilité humaine à une narration très maîtrisée.  Merci à Lucie et Emile pour leur lecture. Et comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup décrypte une expression bien connue de la langue française dans sa chronique « La puce à l'oreille ». Cette semaine encore, on découvre les dessous de l'expression « Être coiffé au poteau » avec Sarah Decottignies, lexicographe aux éditions Le Robert et toujours avec la complicité des élèves de CM1 A de l'École Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris !  Programmation musicale : L'artiste Minou avec le titre « Différent ».  

Journal de l'Afrique
RD Congo : Martin Fayulu blessé dans des affrontements au sit-in contre la réforme constitutionnelle

Journal de l'Afrique

Play Episode Listen Later Jun 12, 2026 16:51


En RD Congo, l'opposition poursuit sa mobilisation contre le projet de changement de la Constitution porté par la majorité au pouvoir. Elle accuse le président Félix Tshisekedi de vouloir se maintenir au pouvoir au-delà de son second mandat qui expire en 2028. L'opposition a appelé ses militants a tenir un sit-in dans la capitale, Kinshasa... une mobilisation dispersée par les forces de l'ordre.

Idées
Caroline Fourgeaud-Laville : retrouver un peu d'humanité grâce aux humanités

Idées

Play Episode Listen Later Jun 7, 2026 40:14


Dans son dernier ouvrage en date, Humanités, peut-on vivre sans elles ? publié aux Éditions de l'Observatoire, Caroline Fourgeaud‑Laville entreprend de réhabiliter les humanités, et notamment l'apprentissage du grec ancien et du latin. Elle s'en explique au micro de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro du magazine Idées. L'argumentaire du livre est clair. On y lit ceci : « Contrairement aux idées reçues, les humanités - le grec et le latin, mais aussi la philosophie, la philologie, ou encore l'histoire antique - ne sont pas élitistes : elles démocratisent l'accès au sens des mots, déjouent les pièges de la novlangue, aiguisent l'esprit critique. Des neurosciences à l'IA, des start-ups aux champs de bataille, du grec biblique aux cryptomonnaies, de la défense à l'économie, l'auteure démontre leur actualité brûlante. Elle nous fait parcourir le monde, d'une école d'Irlande du Nord où Sénèque apaise les enfants traumatisés, aux vétérans américains qui se reconstruisent en lisant Sophocle, des campus de Princeton aux laboratoires qui percent les secrets des papyrus carbonisés d'Herculanum ». Or, il faut le constater, entre les discours utilitaristes, les injonctions à la rentabilité et la fascination pour les technologies, les disciplines littéraires, historiques et philosophiques sont peu à peu reléguées au rang de survivances d'un monde ancien. Caroline Fourgeaud-Laville, passionnée par son sujet, fondatrice d'une association d'apprentissage du grec ancien dans les écoles, refuse cette résignation. Sa fougue au micro donne, s'il en était besoin, un surcroît de force à son propos. Sa défense des apports des humanités dans la vie individuelle et collective est pour le moins convaincante. Elle montre comment la littérature apprend à nourrir la complexité de la vie plutôt qu'à la réduire ; la philosophie donne à penser contre soi, à défaire ses propres évidences ; l'histoire enseigne la distance critique et la conscience des temporalités, les langues anciennes ouvrent un espace où l'on découvre que d'autres mondes sont possibles. Les humanités ne sont donc pas un luxe, mais une école de liberté intérieure, un apprentissage de la nuance, de la pluralité et du discernement — des compétences d'autant plus cruciales dans un environnement saturé d'informations rapides, d'infox et de clashs. Dans un monde où les repères vacillent, où les discours simplificateurs prospèrent, où l'accélération technologique menace d'écraser la réflexion, les humanités offrent un contrepoint décisif. Voici l'adresse du site de notre invitée ce dimanche.   Programmation musicale : To Tragoudi Tou Andrea Pause à Samos Elisa Vellia ; Franck René ; Christophe Gauvert. (2 morceaux différents interprétés par les mêmes musiciens).

Invité Afrique
Esclavage: «Nous restons encore à la surface de ces 350 années», selon le chercheur Siddharth Kara

Invité Afrique

Play Episode Listen Later Jun 6, 2026 6:21


Comment se rendre réellement compte de ce qu'ont vécu pendant la traite négrière les personnes transformées en esclaves et transportées à travers l'Atlantique pour être vendues à des planteurs ? Un livre d'histoire qui vient d'être traduit en français nous plonge dans la brutalité du quotidien des esclaves. Cet ouvrage est intitulé Le Zorg, du nom d'un navire négrier à bord duquel s'est déroulé un épisode d'une rare cruauté à la fin du 18e siècle. Une tragédie qui, une fois connue, a joué un rôle déterminant dans le combat des abolitionnistes. Pour en parler, nous recevons l'auteur du livre Siddharth Kara, universitaire à Harvard et à Nottingham. RFI : Que s'est-il passé à bord du Zorg à la fin de l'année 1781 ? Siddharth Kara : Le navire s'est égaré. Il a été détourné par des tempêtes et, au cours de son voyage vers la Jamaïque, il a semblé manquer d'eau. L'équipage a dû prendre une décision… et pour réduire la consommation d'eau, cette décision a été de jeter par-dessus bord plus de 130 esclaves africains. Ils ont commencé, par les femmes et les enfants qu'ils ont jetés directement à la mer, il y avait un bébé. Ensuite, ils ont sélectionné les hommes les plus malades, un par un, deux par deux, enchaînés, entravés. Après de longs mois passés dans l'enfer de la cale de ce navire négrier, ils ont été jetés à la mer. L'équipage a agi ainsi parce qu'il craignait de manquer d'eau et de ne pas atteindre la Jamaïque à temps. Cette histoire a été révélée au public parce que les armateurs ont demandé une indemnisation pour ce qu'ils ont décrit, dans un déni total d'humanité, comme une « cargaison perdue ». Pouvez-vous nous expliquer ce qui s'est passé ensuite ? Le marchand d'esclaves, le propriétaire du navire, était cupide, il était attaché à son argent. Plus de la moitié des esclaves du Zorg étaient morts, alors que le taux de mortalité habituel sur un navire négrier britannique était d'environ 15%... Il n'a pas pu accepter cette perte. Or, à l'époque, les navires et leur cargaison étaient assurés pour la traversée de l'Atlantique. Il a donc déposé une demande d'indemnisation, en réclamant une compensation pour la perte de plus de 130 esclaves. L'assureur a refusé, parce qu'il était surpris par ce taux de mortalité aussi élevé. Le marchand aurait pu en rester là, mais la cupidité l'a poussé à engager un procès. Il a gagné : il a été décidé que l'assurance devait indemniser la perte des esclaves assassinés. Mais quelqu'un assistait à l'audience ce jour-là et s'est demandé pourquoi on parlait d'assurance plutôt que de meurtre. Il a écrit une lettre anonyme posant cette question, publiée le lendemain dans les journaux londoniens. Cette lettre a été remarquée par un groupe naissant d'abolitionnistes en Angleterre, qui y ont vu la preuve des horreurs de la traite. Ils se sont réunis, sous la direction de Granville Sharp, une figure fondatrice de l'abolitionnisme anglais, et ont convaincu les assureurs de demander un nouveau procès. Lors de ce second procès, une question fondamentale a été débattue : ces Africains étaient-ils des biens ou des personnes ? Des animaux ou des êtres humains ? Ce débat, porté devant le Lord Chief Justice de l'Empire britannique, a contribué à lancer le premier mouvement abolitionniste. L'une des forces de votre travail réside dans la précision avec laquelle vous décrivez l'expérience vécue par les personnes capturées et vendues comme esclaves. L'horreur de l'esclavage est démultipliée par des violences constantes : les coups de fouet, les viols, la vie dans la puanteur des excréments, l'enfermement dans les cales. Pouvez-vous donner quelques exemples tirés de votre livre ? Nous savons ce qu'est l'esclavage, nous en connaissons l'existence, mais nous ne plongeons jamais dans l'horreur brute de la traversée forcée des Africains à travers l'Atlantique. À bord des navires, de nombreux instruments de torture étaient utilisés pour maintenir le contrôle. Les violences sexuelles contre les femmes et les enfants étaient constantes. Un ancien capitaine négrier devenu abolitionniste, John Newton, racontait qu'il voyait ses marins assouvir leurs pulsions sur des fillettes de neuf ou dix ans. Dans les cales, les captifs étaient enchaînés, contraints de vivre dans leurs excréments et leur urine, avec à peine quelques seaux inaccessibles. Tous contractaient la dysenterie. Imaginez le mal de mer, les vomissements continus, sans même pouvoir s'asseoir. Ils étaient entassés comme des livres sur une étagère, dans la chaleur, la putréfaction et les immondices. Voilà pourquoi les taux de mortalité étaient si élevés. La puissance des intérêts financiers liés à la traite apparaît clairement dans votre livre. On a l'impression que la traite occupait une place majeure dans l'économie britannique à la fin du 18e siècle. Absolument. Prenons un indicateur : en 1775, juste avant la guerre d'indépendance américaine, les exportations de sucre de la Jamaïque vers l'Angleterre étaient cinq fois supérieures à l'ensemble des exportations des treize colonies américaines réunies. Le sucre était la ressource stratégique de l'époque, produite grâce au travail forcé des esclaves. Comment évaluez-vous la manière dont le monde traite aujourd'hui la mémoire de l'esclavage ? Existe-t-il une conscience globale de ce que cela a représenté, ou observe-t-on encore des formes de déni ? Nous restons encore à la surface de notre reconnaissance de ce qui s'est passé durant ces 350 années, cette tâche sur la conscience humaine. Il existe encore un certain déni quant à l'ampleur et à la gravité des faits. J'espère que l'histoire du Zorg contribuera à une compréhension plus complète, car on ne peut envisager de réparer cette période sans en mesurer pleinement la violence et l'ampleur. Et nous n'y sommes pas encore. Le 25 mars dernier, le Ghana a conduit l'Assemblée générale de l'ONU à qualifier la traite négrière de crime le plus grave contre l'humanité. Cette qualification vous paraît-elle justifiée et utile ? Absolument. Elle est justifiée. Césaire a déclaré que l'Europe se tient devant la communauté mondiale, responsable du plus grand amas de cadavres de l'histoire humaine. Et il parlait de la traite négrière. Des millions de personnes ont été torturées, violentées et tuées, et des millions d'autres condamnées à une vie de travail forcé. La culture du sucre était l'une des formes de travail les plus dures et violentes. C'est l'un des crimes les plus graves en raison de son ampleur, de sa durée — plus de trois siècles et demi — et de ses conséquences encore visibles aujourd'hui en Afrique. Il doit y avoir une forme de réparation entre les pays du Nord et les pays africains. Le Zorg, de Siddharth Kara, un ouvrage publié aux éditions Paulsen, 304 pages, 2026. À écouter aussiDes rives de la Méditerranée au Sahara : vérités et tabous des esclavages dans le monde musulman À lire aussiL'odyssée des Tinchant, de l'esclavage à la résistance: une histoire-monde

Idées
Pierre Haski : la vigie du monde qui vient

Idées

Play Episode Listen Later May 31, 2026 52:28


Cette semaine, dans ce numéro d'Idées, Pierre-Édouard Deldique reçoit le journaliste Pierre Haski. Avec lui, cinquante ans de reportages au long cours nous contemplent. Il est aujourd'hui un des plus fins analystes du monde qui vient. Dans son livre qui s'intitule La fin d'un monde (Stock),  il revient sur son parcours, les lieux, les visages, les événements qui ont façonné sa compréhension du monde. Il analyse les soubresauts du monde hérité de l'après-guerre. « Je suis né en un lieu et à une époque qui ont sans doute décidé du reste de ma vie : Tunis, en 1953… » écrit-il. Sa vie est un roman. On le constate en l'écoutant, Pierre Haski écrit depuis une position enviable : celle d'un journaliste qui a traversé la fin de l'apartheid, la transition post‑maoïste en Chine, les guerres du Moyen‑Orient, l'effondrement des régimes communistes, la mondialisation triomphante puis sa remise en question aujourd'hui. Ses souvenirs ne sont pas des anecdotes : ils constituent des points d'observation privilégiés pour saisir les lignes de force du présent et du passé. Ainsi, raconte-t-il, par exemple, son arrivée à Zanzibar dans les années 1970, jeune reporter découvrant un pays marqué par les séquelles du colonialisme et les tensions de la guerre froide. Son expérience sud‑africaine est l'un des fils rouges du livre. Il y observe la chute de l'apartheid, la transition démocratique, puis les désillusions. Ces souvenirs nourrissent une réflexion plus large. Les transitions sont longues, fragiles, souvent décevantes. D'ailleurs le continent africain est fort présent dans son livre et dans ses propos tenus au micro où il nous parle par exemple de Thomas Sankara, l'ancien président du Burkina-Faso. Correspondant à Pékin dans les années 2000, Haski voit la Chine passer du statut « d'usine du monde » à celui de puissance technologique et stratégique. Il raconte les illusions occidentales, les erreurs d'analyse, la fascination mêlée d'aveuglement. Ses souvenirs personnels — conversations, scènes de rue, rencontres avec des dissidents — donnent chair à une idée force. La Chine donne le ton dans le monde d'aujourd'hui. « Pour guetter l'avenir, regarder vers la Chine ». De la Roumanie à la Russie, Haski décrit les espoirs de 1989, puis les dérives autoritaires, les nationalismes, les frustrations économiques. Ses souvenirs montrent comment les promesses non tenues ont nourri les populismes actuels. Fervent européen, il précise que l'Europe n'est pas réductible à l'UE : « On ne tombe pas amoureux d'une structure politique », lance-t-il. Son constat est d'une implacable lucidité : l'ordre international né en 1945 — multilatéralisme, droit international, leadership occidental — est remis en question. Au fil de ce numéro du magazine Idées et des pages du livre, Pierre Haski se livre aussi à une méditation sur le journalisme : la transformation des médias par le numérique, la difficulté croissante de « voir » le monde derrière les propagandes, les réseaux sociaux, les récits nationaux. Il cite Hannah Arendt qui soulignait qu'avec les mensonges, un peuple ne croit plus en rien, ne peut se faire une opinion, et se trouve placé sous la menace de quiconque veut le manipuler. Malgré le titre, le journaliste - qui tient à préciser que son livre ne s'intitule pas La fin du monde mais La fin d'un monde - ne cède ni au catastrophisme ni à la nostalgie, il croit encore à la possibilité d'un monde commun — à condition de repenser nos institutions, nos alliances et notre façon de voir les peuples. Pierre Haski a créé sa chaîne sur YouTube : « Le Monde de Pierre Haski ».   Programmation musicale :  Amakhamandela - BCUC Sankara  - Gabin Dabiré Karma Code - Skai Isyourgod Mopti - Ray Lema ; Ensemble Partage.