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Complots, intrigues, romance et magie : ces éléments sont constitutifs du genre littéraire de l'épopée fantastique, appelée en anglais « heroic fantasy ». Des éléments que l'on retrouve, par exemple, dans les sagas Le Seigneur des anneaux ou Game of Thrones. Et maintenant dans une nouvelle saga de bande dessinée : La Cité des Dames. Le premier volume a paru au printemps dernier chez Dargaud. Mais l'originalité de La Cité des Dames, comme son titre l'indique, est que cette série métisse le genre avec des préoccupations féministes.
Complots, intrigues, romance et magie : ces éléments sont constitutifs du genre littéraire de l'épopée fantastique, appelée en anglais « heroic fantasy ». Des éléments que l'on retrouve, par exemple, dans les sagas Le Seigneur des anneaux ou Game of Thrones. Et maintenant dans une nouvelle saga de bande dessinée : La Cité des Dames. Le premier volume a paru au printemps dernier chez Dargaud. Mais l'originalité de La Cité des Dames, comme son titre l'indique, est que cette série métisse le genre avec des préoccupations féministes.
L'Invitée culture est la romancière sénégalaise Sokhna Ndao. Son quatrième roman Catharsis est paru aux éditions Obangame. À travers le destin d'une couturière de génie, Sokhna Ndao revient sur les violences subies par les femmes dans un pays foncièrement patriarcal. RFI : Vous signez, aux éditions Obangame, un quatrième roman dans lequel vous poursuivez votre exploration des maux et des combats de la société moderne sénégalaise. Catharsis raconte la vie d'une épouse qui va se retrouver confrontée à la violence de sa belle-famille. Les violences faites aux femmes sont une problématique qui vous tient à cœur. Est-ce que vous diriez que votre héroïne, Tabara, est représentative de la condition féminine au Sénégal ? Sokhna Ndao : Elle est représentative de la condition féminine au Sénégal parce que ce roman a été écrit durant la pandémie de Covid-19, et je me suis rendu compte que six ans plus tard, la situation n'avait pas changé. On a de plus en plus des femmes qui sont victimes de violences au quotidien. Violences psychologiques et physiques. Et ça me tenait à cœur de leur donner un espace pour s'exprimer. Les violences faites aux femmes dans les familles, c'est quelque chose de très commun donc, mais dont on parle peu. On en parle de plus en plus. C'est le retentissement qui n'a pas la force que j'aimerais qu'il ait. Mais si vous allez sur les réseaux sociaux, il y a énormément de mots-dièse qui se sont multipliés pour dénoncer le code de la famille, qui n'a pas été révisé. On parle encore de « puissance paternelle » au Sénégal. Votre mari peut vous battre et vous n'avez pas le droit de rentrer chez vous parce que vos parents vous disent que « c'est un déshonneur, que vous devez rester dans votre couple, dans votre mariage ». Et ces femmes enfermées meurent de plus en plus. On s'aperçoit effectivement que votre héroïne, Tabara, est dépossédée de tout par son époux ; de sa liberté d'abord, de sa marge de manœuvre, de son identité même, et de son enfant. Et elle n'a aucun recours... C'est-à-dire que personne ne l'écoute parce qu'elle méconnaît la loi. Ce roman, il a mis du temps à sortir parce que je devais d'abord me renseigner au niveau de la loi, la loi islamique et le code de la famille au Sénégal. En fait, Tabara ne sait absolument pas qu'elle a des droits. Son mari l'enferme dans ce tunnel de doutes, ce qui lui permet de l'exploiter davantage. Et si elle avait été au courant que son mari n'a pas le droit de faire tout cela, elle se serait révoltée plus tôt. Donc dans le texte, je glisse quelques petits indices par-ci par-là pour dire « renseignez-vous ». Parce que vous êtes peut-être dans des situations qui ne sont absolument pas tolérables, ni aux yeux des hommes, ni aux yeux de Dieu. Tabara est quand même une situation particulière parce qu'elle n'a pas une grande famille. Son père a disparu après sa naissance et sa mère est assez défaillante. Cela renforce l'emprise que la belle-famille exerce sur elle. Est-ce qu'une femme ayant une famille normale au Sénégal peut davantage compter sur une forme de protection ? Oui et non, dans le sens où effectivement, si on prend l'exemple de la famille de Tabara, il y a une problématique, un traumatisme d'abandon dès le départ. Sa mère ne la défend pas. Elle est même absolument complice de ses bourreaux. Et ça, c'est une réalité, une mère qui projette sur son enfant ses propres traumatismes. D'ailleurs, elle le dit dans le roman à un moment donné. « Peut-être que si j'avais eu un fils, ton père serait resté avec moi », ce qui est extrêmement violent. Donc, quand Tabara part dans la belle-famille, sa mère se débarrasse d'elle – c'est le deuxième choc d'abandon – et sa belle-mère trouve en Tabara une victime parfaite. Cette femme, issue elle-même d'un milieu polygame qui a traversé énormément de traumatismes grâce à la situation financière de ses enfants, peut imposer une dictature dans cette maisonnée. Et imposer des violences psychologiques envers ces belles-filles qu'elle maltraite aux yeux de tous. Et personne ne dit rien. Personne ne fait rien. Comment vous l'expliquez, cette apathie ? Souvent, quand vous êtes harcelée, quand vous êtes victime d'une perversion narcissique, il y a tout un écosystème qui se fait complice. Puisqu'elle est là, elle est devenue riche, elle impose sa loi et les autres se disent : « Ah, si je prends parti, si je défends, elle va devenir violente envers moi, donc je vais devenir complice pour ne pas aussi subir les foudres de l'harceleur. » Il y a aussi une question que vous abordez, c'est justement la transmission de l'éducation. Vous écrivez à un moment une très jolie phrase : « Mes rêves n'étaient que des inepties implantées depuis l'enfance, formatées pour me faire écraser par le monde ». C'est ce que pense Tabara dans ce roman. L'éducation est très importante, on n'apprend pas aux jeunes filles à résister, on leur apprend à se soumettre... Il y a une asymétrie. En fait, les hommes ont le droit d'être respectés, d'être obéis, de n'être jamais contredits. Et la femme, c'est « l'agneau sacrificiel », en fait. Elle doit avoir des valeurs confucéennes, faire preuve de probité, faire preuve d'humilité. En fait, on n'apprend pas aux hommes à aimer. La femme se retrouve muselée. Et si je reviens sur la mère de Tabara, elle ne l'a jamais défendue. Elle lui demande d'être humble, soumise, patiente. Pour Tabara et pour ces femmes, oui, les hommes ont plus de droits au Sénégal. Et actuellement, les femmes perdent du terrain. En tant que femme, chaque année, je rentre et je vois que la génération de ma mère a eu plus de droits que moi, et d'une certaine manière, cela m'exaspère. Dans Catharsis, vous abordez d'autres problèmes sociaux. Vous déconstruisez un certain nombre de mythes, comme celui de la justice, celui de l'expatriation, puisque Farah, l'époux de Tabara, se retrouve en France dans une situation difficile. À chaque fois, on a le sentiment que le rapport de force sociale dans ce roman est très cruel. Le monde est impitoyable... C'est un monde impitoyable et j'aime beaucoup explorer les dynamiques, les déséquilibres qui « créent des distorsions ». Sinon, ce serait plat, ennuyeux. C'est parce qu'il y a des rapports de force, des problématiques d'argent, de liberté, que forcément, on en vient à certains comportements. Je ne suis pas en train de dire que Farah est victime, mais pour produire un monstre, il me fallait un schéma, un chaînon. On ne naît pas monstre, on le devient. La belle-mère de Tabara, pour moi, c'est ce que la société sénégalaise fabrique de pire comme monstre. Ces monstres du quotidien qui normalisent les violences psychologiques. Je voulais un peu apporter un regard différent par rapport au lecteur. Tabara va quand même connaître un destin incroyable puisqu'elle va réussir finalement à s'émanciper. Comment y parvient-elle ? Sans divulguer pour autant la fin du roman. Le talent. C'est son talent. Dépossédée de tout, elle se dit : « Je vais travailler, je vais devenir indépendante financièrement. » Dès le début du roman, sa mère lui dit : « Tu n'es même pas – excusez-moi le terme – foutue d'être avocate, ou médecin, tu es qu'une saltimbanque, je n'ai pas élevé une saltimbanque. » Et ce sont sa créativité, son imagination, son talent qui vont lui ouvrir les portes. Et au Sénégal, vous avez énormément de femmes couturières, artistes, chanteuses qui s'émancipent grâce à leur talent. C'est une littérature sociale et engagée qui « porte le couteau dans la plaie », pour reprendre les mots d'un journaliste célèbre, mais c'est aussi un roman habité par une écriture très particulière et très belle. Je veux vous citer vous. À un moment, Tabara dit à son amant : « Tôt ou tard, toi aussi tu vas graver tes initiales dans l'une de mes cicatrices. » Le style est quelque chose que vous avez beaucoup travaillé ? J'aime beaucoup la poésie. Petite, mes premiers chocs esthétiques ont été poétiques. C'était Baudelaire. Je m'en rappelle encore. Le mort joyeux m'a interloquée. Et les mots ont pour moi un poids pour parler des maux. « Un roi cruel m'a rendu cynique », dit encore Tabara. Rassurez-nous ; finalement, elle n'est pas si cynique que ça, votre héroïne ? Son cœur continue de battre, même si pour faire cette catharsis, elle y croit encore. Même si, jusqu'à la fin, elle se pose la question du « est-ce que j'y vais, est-ce que je n'y vais pas ? » Mais pour elle, elle pensait que l'amour arrive trop tard. C'est un roman, mais il y a de la musique dedans. Tous les chapitres commencent par une citation, souvent en anglais, d'un chanteur de pop ou de rock. On a du David Bowie, on a du Coldplay, on a du Phil Collins, on en a plein d'autres comme ça. Pour quelles raisons ? C'est mon père qui m'a fait découvrir les Beatles, donc pour moi, la musique n'a pas de frontières. Je sais que ça peut choquer, mais si je cite Ismaël Lo, il dit s'être inspiré d'Ottis Redding, de Jimi Hendrix. Youssou N'Dour a chanté du Bob Dylan, donc la présence de la musique dans ce livre est un choix personnel. C'est un peu aussi pour rendre hommage à cet héritage culturel que j'ai reçu. C'est comme la bande son du roman en fait. C'est d'ailleurs ce que j'écoutais quand je l'écrivais.
L'Invitée culture est la romancière sénégalaise Sokhna Ndao. Son quatrième roman Catharsis est paru aux éditions Obangame. À travers le destin d'une couturière de génie, Sokhna Ndao revient sur les violences subies par les femmes dans un pays foncièrement patriarcal. RFI : Vous signez, aux éditions Obangame, un quatrième roman dans lequel vous poursuivez votre exploration des maux et des combats de la société moderne sénégalaise. Catharsis raconte la vie d'une épouse qui va se retrouver confrontée à la violence de sa belle-famille. Les violences faites aux femmes sont une problématique qui vous tient à cœur. Est-ce que vous diriez que votre héroïne, Tabara, est représentative de la condition féminine au Sénégal ? Sokhna Ndao : Elle est représentative de la condition féminine au Sénégal parce que ce roman a été écrit durant la pandémie de Covid-19, et je me suis rendu compte que six ans plus tard, la situation n'avait pas changé. On a de plus en plus des femmes qui sont victimes de violences au quotidien. Violences psychologiques et physiques. Et ça me tenait à cœur de leur donner un espace pour s'exprimer. Les violences faites aux femmes dans les familles, c'est quelque chose de très commun donc, mais dont on parle peu. On en parle de plus en plus. C'est le retentissement qui n'a pas la force que j'aimerais qu'il ait. Mais si vous allez sur les réseaux sociaux, il y a énormément de mots-dièse qui se sont multipliés pour dénoncer le code de la famille, qui n'a pas été révisé. On parle encore de « puissance paternelle » au Sénégal. Votre mari peut vous battre et vous n'avez pas le droit de rentrer chez vous parce que vos parents vous disent que « c'est un déshonneur, que vous devez rester dans votre couple, dans votre mariage ». Et ces femmes enfermées meurent de plus en plus. On s'aperçoit effectivement que votre héroïne, Tabara, est dépossédée de tout par son époux ; de sa liberté d'abord, de sa marge de manœuvre, de son identité même, et de son enfant. Et elle n'a aucun recours... C'est-à-dire que personne ne l'écoute parce qu'elle méconnaît la loi. Ce roman, il a mis du temps à sortir parce que je devais d'abord me renseigner au niveau de la loi, la loi islamique et le code de la famille au Sénégal. En fait, Tabara ne sait absolument pas qu'elle a des droits. Son mari l'enferme dans ce tunnel de doutes, ce qui lui permet de l'exploiter davantage. Et si elle avait été au courant que son mari n'a pas le droit de faire tout cela, elle se serait révoltée plus tôt. Donc dans le texte, je glisse quelques petits indices par-ci par-là pour dire « renseignez-vous ». Parce que vous êtes peut-être dans des situations qui ne sont absolument pas tolérables, ni aux yeux des hommes, ni aux yeux de Dieu. Tabara est quand même une situation particulière parce qu'elle n'a pas une grande famille. Son père a disparu après sa naissance et sa mère est assez défaillante. Cela renforce l'emprise que la belle-famille exerce sur elle. Est-ce qu'une femme ayant une famille normale au Sénégal peut davantage compter sur une forme de protection ? Oui et non, dans le sens où effectivement, si on prend l'exemple de la famille de Tabara, il y a une problématique, un traumatisme d'abandon dès le départ. Sa mère ne la défend pas. Elle est même absolument complice de ses bourreaux. Et ça, c'est une réalité, une mère qui projette sur son enfant ses propres traumatismes. D'ailleurs, elle le dit dans le roman à un moment donné. « Peut-être que si j'avais eu un fils, ton père serait resté avec moi », ce qui est extrêmement violent. Donc, quand Tabara part dans la belle-famille, sa mère se débarrasse d'elle – c'est le deuxième choc d'abandon – et sa belle-mère trouve en Tabara une victime parfaite. Cette femme, issue elle-même d'un milieu polygame qui a traversé énormément de traumatismes grâce à la situation financière de ses enfants, peut imposer une dictature dans cette maisonnée. Et imposer des violences psychologiques envers ces belles-filles qu'elle maltraite aux yeux de tous. Et personne ne dit rien. Personne ne fait rien. Comment vous l'expliquez, cette apathie ? Souvent, quand vous êtes harcelée, quand vous êtes victime d'une perversion narcissique, il y a tout un écosystème qui se fait complice. Puisqu'elle est là, elle est devenue riche, elle impose sa loi et les autres se disent : « Ah, si je prends parti, si je défends, elle va devenir violente envers moi, donc je vais devenir complice pour ne pas aussi subir les foudres de l'harceleur. » Il y a aussi une question que vous abordez, c'est justement la transmission de l'éducation. Vous écrivez à un moment une très jolie phrase : « Mes rêves n'étaient que des inepties implantées depuis l'enfance, formatées pour me faire écraser par le monde ». C'est ce que pense Tabara dans ce roman. L'éducation est très importante, on n'apprend pas aux jeunes filles à résister, on leur apprend à se soumettre... Il y a une asymétrie. En fait, les hommes ont le droit d'être respectés, d'être obéis, de n'être jamais contredits. Et la femme, c'est « l'agneau sacrificiel », en fait. Elle doit avoir des valeurs confucéennes, faire preuve de probité, faire preuve d'humilité. En fait, on n'apprend pas aux hommes à aimer. La femme se retrouve muselée. Et si je reviens sur la mère de Tabara, elle ne l'a jamais défendue. Elle lui demande d'être humble, soumise, patiente. Pour Tabara et pour ces femmes, oui, les hommes ont plus de droits au Sénégal. Et actuellement, les femmes perdent du terrain. En tant que femme, chaque année, je rentre et je vois que la génération de ma mère a eu plus de droits que moi, et d'une certaine manière, cela m'exaspère. Dans Catharsis, vous abordez d'autres problèmes sociaux. Vous déconstruisez un certain nombre de mythes, comme celui de la justice, celui de l'expatriation, puisque Farah, l'époux de Tabara, se retrouve en France dans une situation difficile. À chaque fois, on a le sentiment que le rapport de force sociale dans ce roman est très cruel. Le monde est impitoyable... C'est un monde impitoyable et j'aime beaucoup explorer les dynamiques, les déséquilibres qui « créent des distorsions ». Sinon, ce serait plat, ennuyeux. C'est parce qu'il y a des rapports de force, des problématiques d'argent, de liberté, que forcément, on en vient à certains comportements. Je ne suis pas en train de dire que Farah est victime, mais pour produire un monstre, il me fallait un schéma, un chaînon. On ne naît pas monstre, on le devient. La belle-mère de Tabara, pour moi, c'est ce que la société sénégalaise fabrique de pire comme monstre. Ces monstres du quotidien qui normalisent les violences psychologiques. Je voulais un peu apporter un regard différent par rapport au lecteur. Tabara va quand même connaître un destin incroyable puisqu'elle va réussir finalement à s'émanciper. Comment y parvient-elle ? Sans divulguer pour autant la fin du roman. Le talent. C'est son talent. Dépossédée de tout, elle se dit : « Je vais travailler, je vais devenir indépendante financièrement. » Dès le début du roman, sa mère lui dit : « Tu n'es même pas – excusez-moi le terme – foutue d'être avocate, ou médecin, tu es qu'une saltimbanque, je n'ai pas élevé une saltimbanque. » Et ce sont sa créativité, son imagination, son talent qui vont lui ouvrir les portes. Et au Sénégal, vous avez énormément de femmes couturières, artistes, chanteuses qui s'émancipent grâce à leur talent. C'est une littérature sociale et engagée qui « porte le couteau dans la plaie », pour reprendre les mots d'un journaliste célèbre, mais c'est aussi un roman habité par une écriture très particulière et très belle. Je veux vous citer vous. À un moment, Tabara dit à son amant : « Tôt ou tard, toi aussi tu vas graver tes initiales dans l'une de mes cicatrices. » Le style est quelque chose que vous avez beaucoup travaillé ? J'aime beaucoup la poésie. Petite, mes premiers chocs esthétiques ont été poétiques. C'était Baudelaire. Je m'en rappelle encore. Le mort joyeux m'a interloquée. Et les mots ont pour moi un poids pour parler des maux. « Un roi cruel m'a rendu cynique », dit encore Tabara. Rassurez-nous ; finalement, elle n'est pas si cynique que ça, votre héroïne ? Son cœur continue de battre, même si pour faire cette catharsis, elle y croit encore. Même si, jusqu'à la fin, elle se pose la question du « est-ce que j'y vais, est-ce que je n'y vais pas ? » Mais pour elle, elle pensait que l'amour arrive trop tard. C'est un roman, mais il y a de la musique dedans. Tous les chapitres commencent par une citation, souvent en anglais, d'un chanteur de pop ou de rock. On a du David Bowie, on a du Coldplay, on a du Phil Collins, on en a plein d'autres comme ça. Pour quelles raisons ? C'est mon père qui m'a fait découvrir les Beatles, donc pour moi, la musique n'a pas de frontières. Je sais que ça peut choquer, mais si je cite Ismaël Lo, il dit s'être inspiré d'Ottis Redding, de Jimi Hendrix. Youssou N'Dour a chanté du Bob Dylan, donc la présence de la musique dans ce livre est un choix personnel. C'est un peu aussi pour rendre hommage à cet héritage culturel que j'ai reçu. C'est comme la bande son du roman en fait. C'est d'ailleurs ce que j'écoutais quand je l'écrivais.
Le football – en particulier au moment de compétitions comme la Coupe du monde –, est un moment de communion. Mais pour beaucoup de femmes, chaque match est un risque. Que l'équipe favorite remporte la victoire ou soit défaite par son adversaire, les coups vont s'abattre sur elles et leurs enfants. Selon des études menées en Angleterre pour les Coupes du monde 2002, 2006 et 2010, les violences conjugales ont augmenté de 26 % en cas de victoire ou de match nul de l'équipe nationale et jusqu'à 38 % en cas de défaite. Un phénomène qui concerne tous les sports et tous les pays.
Les violences sexistes et sexuelles pendant les compétitions de football n'arrivent pas que dans les bars. Durant ces périodes de compétitions sportives, les violences conjugales grimpent aussi en flèche. Une étude publiée en 2014 par l'université de Lancaster, qui s'était penchée sur les signalements collectés dans le nord-ouest de l'Angleterre lors des Coupes du monde de 2002, 2006 et 2010, montrait une hausse des violences conjugales les soirs de match de la sélection anglaise : de 38% en cas de défaite et de 26 % en cas de victoire ou de match nul. Plusieurs campagnes de prévention ont été mises en place cette année pour sensibiliser à ce phénomène. À lire aussiCoupe du monde: dans les bars, des dispositifs pour protéger les supportrices [1/2]
Dans "Actuelles", nous revenons sur une incroyable histoire : celle de l'exfiltration de l'équipe féminine de cyclisme afghane en septembre 2021, un peu plus d'un mois après la prise de contrôle de Kaboul par les Taliban. Parmi la quarantaine de femmes cyclistes évacuées, Wahida et Nazanin. Elles reviennent sur leur parcours, cinq ans après avoir fui leur pays.
En Europe, une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Mais combien n'ont jamais porté plainte ? De la France à la Turquie, notre dossier du jour s'intéresse à la prise en charge concrète des victimes. Dans le Pas-de-Calais, une unité mobile contre les violences conjugales Des plaintes qui s'accumulent, des victimes qui attendent, des dossiers parfois bloqués depuis des mois, voire des années… Dans le Pas-de-Calais, département le plus touché de France par les violences conjugales, les commissariats sont débordés. Pour tenter de désengorger les procédures, une unité unique en France a été créée en 2024 : l'UMIV, l'unité mobile d'investigation sur les violences conjugales. Son principe : des policiers spécialisés qui se déplacent de ville en ville, au plus près des commissariats, pour accélérer le traitement des dossiers. Immersion à Lens avec Lise Verbeke. En Turquie, une carte pour aider les femmes kurdes Quand les femmes parlent pour dénoncer les violences qu'elles subissent, encore faut-il qu'elles puissent être comprises par ceux qui pourraient les aider. En Turquie, une partie des femmes kurdes sont privées de cette possibilité. À Istanbul, une association féministe a lancé JinMap, une carte interactive qui recense les centres municipaux où les femmes victimes de violences peuvent trouver un soutien psychologique, social, juridique ou économique. L'outil permet aussi d'identifier les rares lieux capables d'accueillir les femmes en kurde. Correspondance Anne Andlauer. Feux de forêt : l'Europe face à des incendies plus précoces et plus intenses À peine sortie d'un épisode de canicule qui a touché une grande partie du continent, l'Europe se prépare déjà à de nouvelles vagues de chaleur. Et avec elles, au retour des feux de forêt. Chaque été, les incendies font des ravages. Ils sont de plus en plus nombreux, plus intenses, et parfois plus précoces. Face à cette menace, que peut faire l'Union européenne pour aider les États membres à mieux prévenir et combattre les feux ? Florian Chaaban, du site Toute l'Europe, s'est penché sur la question. → Et pour tout savoir sur ce que fait l'UE près de chez vous - et ailleurs dans le monde - rendez-vous sur touteleurope.eu À lire aussiMoins de feux de forêt, mais plus de victimes: aujourd'hui, «l'incendie brûle là où nous sommes» Voyager en train à travers l'Europe : un casse-tête Paris-Rome, Lille-Prague, Marseille-Séville : sur le papier, ces trajets sont réalisables en train, souvent avec une seule correspondance. Mais au moment d'acheter son billet, le voyageur se heurte encore à de nombreux obstacles. Sur certaines plateformes nationales de réservation, comme SNCF Connect, ces itinéraires transfrontaliers peuvent disparaître dès qu'ils impliquent une autre compagnie ferroviaire européenne. Résultat : les voyageurs renoncent parfois au train et se tournent vers l'avion. Bruxelles veut changer les règles du jeu. La Commission européenne a présenté à la mi-mai plusieurs pistes… Reportage dans les gares parisiennes de Clémentine Moreau. À écouter aussiTrain à grande vitesse: l'Europe met 500 milliards sur la table pour relier toutes ses capitales d'ici 2040
En Europe, une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Mais combien n'ont jamais porté plainte ? De la France à la Turquie, notre dossier du jour s'intéresse à la prise en charge concrète des victimes. Dans le Pas-de-Calais, une unité mobile contre les violences conjugales Des plaintes qui s'accumulent, des victimes qui attendent, des dossiers parfois bloqués depuis des mois, voire des années… Dans le Pas-de-Calais, département le plus touché de France par les violences conjugales, les commissariats sont débordés. Pour tenter de désengorger les procédures, une unité unique en France a été créée en 2024 : l'UMIV, l'unité mobile d'investigation sur les violences conjugales. Son principe : des policiers spécialisés qui se déplacent de ville en ville, au plus près des commissariats, pour accélérer le traitement des dossiers. Immersion à Lens avec Lise Verbeke. En Turquie, une carte pour aider les femmes kurdes Quand les femmes parlent pour dénoncer les violences qu'elles subissent, encore faut-il qu'elles puissent être comprises par ceux qui pourraient les aider. En Turquie, une partie des femmes kurdes sont privées de cette possibilité. À Istanbul, une association féministe a lancé JinMap, une carte interactive qui recense les centres municipaux où les femmes victimes de violences peuvent trouver un soutien psychologique, social, juridique ou économique. L'outil permet aussi d'identifier les rares lieux capables d'accueillir les femmes en kurde. Correspondance Anne Andlauer. Feux de forêt : l'Europe face à des incendies plus précoces et plus intenses À peine sortie d'un épisode de canicule qui a touché une grande partie du continent, l'Europe se prépare déjà à de nouvelles vagues de chaleur. Et avec elles, au retour des feux de forêt. Chaque été, les incendies font des ravages. Ils sont de plus en plus nombreux, plus intenses, et parfois plus précoces. Face à cette menace, que peut faire l'Union européenne pour aider les États membres à mieux prévenir et combattre les feux ? Florian Chaaban, du site Toute l'Europe, s'est penché sur la question. → Et pour tout savoir sur ce que fait l'UE près de chez vous - et ailleurs dans le monde - rendez-vous sur touteleurope.eu À lire aussiMoins de feux de forêt, mais plus de victimes: aujourd'hui, «l'incendie brûle là où nous sommes» Voyager en train à travers l'Europe : un casse-tête Paris-Rome, Lille-Prague, Marseille-Séville : sur le papier, ces trajets sont réalisables en train, souvent avec une seule correspondance. Mais au moment d'acheter son billet, le voyageur se heurte encore à de nombreux obstacles. Sur certaines plateformes nationales de réservation, comme SNCF Connect, ces itinéraires transfrontaliers peuvent disparaître dès qu'ils impliquent une autre compagnie ferroviaire européenne. Résultat : les voyageurs renoncent parfois au train et se tournent vers l'avion. Bruxelles veut changer les règles du jeu. La Commission européenne a présenté à la mi-mai plusieurs pistes… Reportage dans les gares parisiennes de Clémentine Moreau. À écouter aussiTrain à grande vitesse: l'Europe met 500 milliards sur la table pour relier toutes ses capitales d'ici 2040
Le congé de naissance d'une durée de deux mois maximum par parent entre en vigueur mercredi 1er juillet en France, offrant le prolongement du congé maternité, paternité ou adoption. Sont éligibles les parents dont l'enfant est né à partir du 1er janvier 2026. Mais cette avancée est encore très loin du niveau d'autres pays européens : ce nouveau droit est rémunéré à hauteur de 70 % du salaire net le premier mois et 60 % le second. Les associations féministes dénoncent une réforme minimaliste. Les associations féministes contestent le faible montant de l'indemnisation prévu par ce nouveau droit : dans un couple, cela reviendra sans doute à la personne au plus faible revenu de prendre le congé, soit la femme, dans la plupart des cas. Malgré tout, certains attendaient cette avancée, beaucoup la prévoient surtout pour pallier le manque de mode de garde ou pour pallier le stress de l'organisation à l'arrivée d'un nouveau-né. À lire aussiAllongement du congé paternité: ce qu'en disent les familles « Est-ce que ça devrait s'appeler congé ? » Héloïse, maman d'une première fille, Cléa, qui a trois ans, vient de lui donner un frère. Nino est né le 20 mars dernier. « C'est mon deuxième enfant. Pour ma part, la crèche prend l'enfant à partir de ses cinq mois au moins. Donc je n'ai vraiment pas le choix. Et il n'y avait qu'une place qu'en septembre et, je vais pouvoir prendre ce congé de naissance de début juillet à début septembre. Ce qui me permet même de pouvoir faire la première semaine d'adaptation à la crèche. Donc pour moi, ce congé de naissance est parfait. » Cependant, cette maman devra faire des sacrifices pour jouir de ce droit. « Ce qui est un peu dur, mais en fait, j'ai déjà l'expérience de l'aîné où j'ai compris qu'avoir un enfant, de toute façon, c'était renoncer à une bonne partie de son salaire et avoir une perte de revenus. Donc ça, je l'ai compris et c'est ce qui va se passer encore. Parce que ce congé de naissance, avec le deuxième mois, surtout à 60 %, je pense que ça va nous permettre de rentrer dans les charges. Donc, je me suis préparée, j'ai fait des économies, nous confie-t-elle. C'est ça qui me permet de pouvoir le prendre sereinement. Mais c'est compliqué », reconnaît Héloïse. Son conjoint va peut-être prendre un mois de congé de naissance aussi au mois d'août. « Cela va permettre qu'on soit tous les deux en garde et cela va m'alléger un petit peu le quotidien. Je pense que c'est vraiment important que les hommes aient vraiment un temps, si possible même seuls, à garder l'enfant. C'est vraiment là qu'on comprend tout le travail que c'est et toute la charge que c'est. Et ça permet d'être vraiment plus équilibré après. Moi j'en ai fait l'expérience avec mon aîné, quand mon compagnon l'a gardée un petit peu seule. La répartition des tâches était bien mieux après. Est-ce que ça devrait s'appeler congé ? Je sais même pas parce que c'est vraiment du travail parfois entre juste le changement de couches, donner le biberon et les pleurs, on n'a vraiment aucun temps pour soi dans une journée. » À lire aussiCongé de paternité de 28 jours: «un investissement pour des progrès de développement de l'enfant et pour la stabilité du couple » « 60 % du salaire sur des salaires de niveau intermédiaire, ça reste difficile à gérer » À 39 ans, Étienne va devenir père de famille en septembre prochain. « Sur l'idée de prendre un congé de manière générale, il n'y avait pas trop trop de débat à avoir. Moi, je pense que c'était important de prendre ma part du travail, de participer à tout ce changement de vie, ce changement de rythme qui accompagne une naissance inévitablement. Alors si on parle du nouveau congé qui rentre en place en juillet, la réponse est plutôt non. Pour une raison assez simple : 60 % du salaire sur des salaires de niveau intermédiaire, ça reste quand même difficile à gérer. Il faut anticiper un certain nombre de dépenses aussi. Quand on devient parent, c'est vraiment difficile. Et les gens hésitent parce que financièrement, en termes d'organisation, c'est pas l'idéal », analyse-t-il. À lire aussi«Deux semaines, c'est ridicule»: au Royaume-Uni, les hommes demandent un congé paternité plus long
En France, les violences sexuelles sont au cœur de l'actualité, notamment judiciaire, avec l'affaire Bruel, Lyhanna et autres, les voix réclamant un changement de système. Des grandes marches citoyennes sont régulièrement organisées pour promouvoir la proposition de loi intégrale pour protéger les victimes et les enfants de violences sexuelles. Le texte ne prévoit pas de supprimer la prescription en matière de crimes et délits sexuels : pourtant de nombreuses victimes, ainsi que le collectif La voix des survivant(e)s, réclame la levée de cette limite temporelle. « Ni prescription, ni exception », tel est le slogan du jeune collectif La Voix des survivant(e)s. Sophie Tissier en fait partie. Elle n'a que 16 ans lorsqu'elle subit son premier viol. Premier, car il y en aura quatre autres ensuite. « Je me suis retrouvée en perdition. En fait, je me suis perdue moi-même. Je ne me suis jamais retrouvée moi-même telle que j'étais avant d'être victime. » Un état qui l'empêche encore aujourd'hui de porter plainte. Elle n'est pas sûre d'y parvenir à temps. En France, la prescription pour une victime mineure est de 30 ans après sa majorité. « Logiquement, j'ai encore quelques six mois pour porter plainte puisque quand j'aurai 48 ans, les faits seront prescrits », rappelle-t-elle. À lire aussiViolences sexuelles: manifestations à Paris et devant plusieurs tribunaux pour une «loi intégrale» « Je n'étais absolument pas en état psychique de pouvoir porter plainte à l'époque » Au sein du collectif, qui regroupe des victimes d'hommes influents, Sophie Tissier vient dénoncer Eric Coquerel, président de la commission des finances à l'Assemblée nationale, qu'elle accuse d'agression sexuelle lors d'une soirée de 2014. Un délit prescrit au bout de six ans. « Je n'étais absolument pas en état psychique de pouvoir porter plainte à l'époque des faits et dans les délais des six ans », explique-t-elle. Lui nie les faits mais Sophie Tissier veut un procès. « Et tant que la justice ne sera pas rendue, je ne pourrai pas tourner la page, je ne pourrai pas me reconstruire ». Elle partage ce sentiment avec Thysia Huisman. La Néerlandaise est une des premières victimes à avoir déposé plainte dans le volet français de la tentaculaire affaire Epstein. Elle accuse Jean-Luc Brunel, ami du milliardaire, de l'avoir droguée et violée en 1991. La mannequin était majeure au moment des faits, elle n'avait que 20 ans pour déposer plainte. « J'ai déposé plainte contre Jean-Luc Brunel en 2019. C'était 28 ans après les faits. J'avais 18 ans quand j'ai été violée, donc c'était trop tard. La difficulté avec les violences sexuelles, c'est que pendant des années, j'ai essayé de laisser ça derrière moi. J'ai fait des dépressions, eu beaucoup d'addictions. » Ce déni total ou partiel a un nom : l'amnésie traumatique. Cela concerne 40 % des victimes, selon plusieurs études scientifiques. C'est un mécanisme d'autodéfense du cerveau qui occulte tout ou partie d'un traumatisme. « Il m'a fallu du temps pour être assez forte pour porter plainte. Et là on m'a dit "désolé, c'est trop tard". C'est très frustrant, ça doit changer », insiste Thysia Huisman. À lire aussiFrance: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles? Face à l'accord au sein de l'UE, la loi française devra s'adapter « Comment on peut sérieusement laisser un délai de prescription alors même que la victime n'a plus conscience de ce qu'elle a subi ? » Me Lejeune est avocate et accompagne des victimes de violences sexuelles. Elle milite elle aussi pour la fin de la prescription. « Quand vous voyez que dans votre cabinet, vous recevez presque autant de victimes prescrites que non prescrites, c'est qu'il y a une difficulté, c'est que notre législation aujourd'hui ne correspond plus à la réalité sociétale », soulève-t-elle. Une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles doit être déposée à la rentrée. Elle prévoit notamment de créer des unités de police et des tribunaux spécialisés. Mais l'avocate regrette que l'imprescriptibilité ait été écartée du texte : « Je pense que la victime, à tout moment, a le droit aussi à réparation, a droit aussi d'être entendue quand elle décide de verbaliser les faits subis. » La loi française devra de toute façon s'adapter. Les États membres de l'Union européenne ont trouvé un accord le 22 juin dernier imposant aux 27 un délai de prescription de 32 ans après la majorité pour les crimes sexuels sur mineurs, qui pourrait également être étendu jusqu'à 15 ans pour les autres infractions sexuelles. À lire aussiLa justice face aux violences sexuelles: «826 procédures à traiter en trois semaines, c'est très court»
Il y a cinq ans, en France, l'Assemblée nationale adoptait définitivement une loi relative à la bioéthique. Un texte qui a consacré plusieurs avancées sociétales majeures, dont l'ouverture à la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes. Il a permis par la même occasion la reconnaissance de la deuxième mère comme parent à part entière dès la naissance. Depuis 2021, la demande de PMA en France a été multipliée par huit et plus de 12 000 femmes seules ou en couple lesbien en ont déjà bénéficié. Un grand pas pour les femmes concernées, même si les délais d'accès à ce dispositif restent conséquents. Assise sur les genoux de sa maman, Romane, six mois, gazouille, ravie. Aurore est gaga, ça fait longtemps qu'elle attendait d'avoir ce bébé : « Je ne croyais pas trop à l'arrivée du Prince charmant pour fonder une famille. Du coup je me suis dit que si j'avais envie d'un enfant, je pouvais très bien lancer la démarche toute seule », raconte Aurore. Pour avoir sa fille, Aurore a eu recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Cinq ans plus tôt, elle n'aurait pas pu entamer cette procédure sans conjoint. Elle est considérée comme « mère isolée » ou « maman solo », un très mauvais surnom pour la trentenaire qui se sent plus qu'entourée. Aurore considère qu'elle n'éduque pas seule sa fille : « Pour moi, l'idée, ce n'est pas d'élever ma fille seule, c'est d'élever ma fille en communauté avec mes amis, avec ma famille. Je prends plein de conseils de mes amis et c'est hyper précieux parce qu'on a l'avis de plein de personnes différentes. Avec une amie très proche, on parle beaucoup d'éducation positive, de comment on élève nos enfants et je me rends compte qu'elle me parle d'exemples concrets qui se passent avec sa fille et on en discute en mode "Bah, comment tu as réagi ?" Je demanderai bien sûr aussi conseil à ma mère, à d'autres amis qui ont des enfants pour aussi gérer la situation ». La loi bioéthique de 2021 ne portait pas que sur la PMA. Elle comportait aussi une clause qui ne sert pas à Aurore mais a bien aidé Jeanne, sa compagne, lorsqu'elles ont eu leur enfant. « La loi bioéthique était très symbolique, mais elle était aussi pratique. On a pu faire une reconnaissance anticipée de parentalité chez le notaire, explique Jeanne. Donc, éviter les un an de délai de vide où le parent n'est pas parent officiellement puisqu'il faut adopter au bout d'un an l'enfant, et moi j'étais maman dès que mon enfant est né, j'étais maman de cette petite fille. » Leur petite fille a quatre ans, c'est un des premiers bébés français à avoir officiellement eu deux mères dès sa naissance. Jeanne décrit comment s'est passée la reconnaissance : « À l'hôpital, les dossiers étaient prêts, on a été les premières mamans dans la maternité à qui on a dit : "On est prêts, vous êtes nos premières, on va vous déclarer mamans toutes les deux. Comment s'appelle la petite fille ?" On a rempli nos cases, elles étaient prêtes ces cases. À la mairie, c'était pareil, on nous a clairement dit : "Bougez pas, je vais quand même vérifier avec la direction, mais on est prêts pour ce genre de couples." J'ai reconnu ma fille à la mairie et c'est comme si on était accueillies enfin administrativement et légalement. » Des délais allant jusqu'à cinq ans d'attente Le docteur Cohen est gynécologue depuis 2019, il était prêt lui aussi en 2021 : « On a enfin pu s'occuper des couples de femmes et des femmes seules. Moi, dans ma pratique en tout cas, j'ai eu plus de femmes seules qui ont bénéficié du don de sperme en France que de couples de femmes. J'ai eu des couples de femmes bien sûr, mais elles avaient toutes choisi, malgré la loi française, de faire leur suivi à l'étranger, au Danemark, en Espagne, en Belgique, pour des questions de rapidité. » Quand en France les délais d'attente peuvent aller de quelques mois à cinq ans, à l'étranger il ne suffit parfois que de 4 à 8 semaines. Surtout qu'en France les dons de gamètes se font par région et certaines sont moins bien loties que d'autres. Arya et sa compagne sont passées par un parcours illégal, elles habitent à côté de Marseille en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) : « Nous, on habite en Paca, c'est une région où il y a beaucoup de demandes et beaucoup, beaucoup d'attente. En général, il y a un an et demi d'attente, voire deux, jusqu'au premier essai. Et on te dit que t'en as pour deux ou trois essais pour que ça marche. Ce n'était pas possible pour nous. » Mais partir dans d'autres pays ou recourir à des parcours illégaux coûte cher. La PMA française est, elle, complètement remboursée par la sécurité sociale.
A la Une de la presse, ce jeudi 15 juin, la canicule en Europe, où les records de température tombent les uns après les autres. Et deux documents préoccupants: un rapport sénatorial, publié hier, qui alerte sur la menace masculiniste en France. Et un autre, publié aujourd'hui par Amnesty International, sur l'homophobie, en France et dans le monde.
Le G7 s'est achevé sans que les droits des femmes n'aient été abordés. La raison ? Trop "confrontationnel" selon Emmanuel Macron, qui voulait éviter une crise diplomatique avec l'allié américain Donald Trump. Pourtant le backlash sur les droits des femmes n'a jamais été aussi important. En Hongrie, en Pologne, aux Etats-Unis, c'est d'abord à l'IVG que s'en sont pris les gouvernements. Aux États-Unis, il est désormais plus difficile pour les personnes qui ont changé de nom au cours de leur vie, comme les femmes mariées, de voter. Et la Heritage Foundation, organisation très conservatrice, a un long programme pour remettre les femmes dans les foyers plus que n'importe où ailleurs dans la société. Pourtant, les droits des femmes sont comme le canari de la mine : annonciateur de ce qui va advenir. Chaque fois que ces droits-là sont attaqués, ceux des autres minorités le sont également dans la foulée. Un détricotage des acquis de l'égalité qui sont, in fine, un affaiblissement grave de la démocratie, expliquent les organisations féministes du Women 7, une coalition de 260 associations issues de 62 pays. Lucie Daniel de l'association Equipop, et Jeanne Lacou de CARE France font l'état des lieux et en expliquent les risques.
C'est quoi le paradoxe patriarcal de la reproduction ? Le système a besoin que les femmes fassent des enfants. Mais il détruit systématiquement les conditions qui le rendraient possible. Et ensuite, il accuse les femmes de ne pas s'y mettre assez.Dans cet épisode, Marine-Pétroline décortique ce paradoxe en cinq étapes. D'abord la dépendance : toute société a besoin du travail reproductif -grossesses, naissances, éducation, soin - qui repose encore majoritairement sur les femmes. Ensuite l'essentialisation : on présente ce travail comme naturel, instinctif, féminin par essence. L'instinct maternel ? Une construction, pas une réalité biologique. Puis la dévalorisation : si c'est naturel, ça ne demande pas vraiment de compétences - donc pas de rémunération, pas de reconnaissance, même pas de comptabilité dans le PIB. Quand ce travail est externalisé, il est confié à des femmes pauvres et racisées dans des conditions précaires. Vient ensuite le sabotage : le système détruit lui-même les conditions nécessaires à la reproduction - maternités qui ferment, garde d'enfants inaccessible, congé parental inégal. Résultat : les femmes lucides font moins d'enfants, c'est la grève des ventres. Et pour finir, la culpabilisation : on transforme ce dysfonctionnement systémique en faute individuelle, on restreint l'accès à la contraception et à l'IVG, et dans le pire des scénarios - celui de la Servante écarlate, dont on n'est peut-être pas si loin - on les force à enfanter.C'est le troisième et dernier épisode d'une mini-série sur la panique démographique, réalisée à partir du livre "La Panique démographique" d'Anne-Cécile Mailfert.Les Chroniques du sexisme ordinaire sont un podcast de Marine-Pétroline Soichot qui débusque le sexisme avec pédagogie, humour et zéro culpabilité.Pour aller plus loin :Retrouve les Chroniques du Sexisme Ordinaire sur Instagram et abonne-toi à la newsletter.Toutes les infos sur le podcast, le spectacle et le livre : https://chroniquesdusexismeordinaire.com/Lis "La Panique démographique" d'Anne-Cécile Mailfert, aux éditions du Petit Matin.Crédits :Écriture, voix : Marine-Pétroline SoichotProduction : Marine-Pétroline Soichot, Olympe&SimoneMontage, mixage : Alice Krief, Les belles fréquencesPublication et communication : Agence Alan Mots-clés : paradoxe patriarcal, reproduction, travail reproductif, maternité, instinct maternel, droits des femmes, féminisme, patriarcat, panique démographique, inégalités de genre Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
Depuis plus de 15 ans, Elena Le Gal accompagne les femmes et les familles sur le chemin de la naissance, mais aussi toutes les femmes au cours de leurs passages de vies.Dans cet épisode, elle revient sur son parcours de sage-femme, son engagement auprès des familles, son regard sur la naissance aujourd'hui et les convictions qui l'animent depuis le début de sa pratique sur l'accouchement accompagné à domicile.Nous parlons de naissance à domicile, de liberté de choix, de confiance, de santé périnatale et de la place accordée à la parole des femmes.Elena revient également sur la suspension, sans précédent, de son activité depuis le 09 octobre 2025 et sur les questions que cette épreuve soulève autour de l'accompagnement, de l'autonomie des femmes et de l'exercice de sa profession.Une conversation profonde sur la naissance, les droits des femmes et ce que signifie rester fidèle à ses convictions.Belle écoute les MaMaS !Pour soutenir Elena LE GAL et découvrir ses ouvrages : @sagefemmelenaad / Collectif de soutien et de défense d'Elena le gal | HelloAsso
L'Afghanistan est largement passé sous les radars médiatiques depuis que le monde a les yeux rivés sur le bras de fer entre l'Iran, Israël et les États-Unis. Dans deux mois, cela fera cinq ans que les fondamentalistes ont repris le pouvoir et instauré petit à petit l'un des régimes les plus rigoristes au monde. Des Taliban qui, de façon quasi obsessionnelle n'ont de cesse de s'en prendre aux femmes, à leurs libertés et à leurs droits réduits à peau chagrin.
Cette semaine dans "Actuelles", direction le Nigeria, où Hidaa Ahmad Ghaddar, une passionnée du ballon rond, a monté une académie de football, la Breakthrough Academy Kano. La jeune femme de 27 ans a longtemps espéré devenir joueuse professionnelle mais des blessures ont brisé ce rêve. Alors, elle a décidé de transcender ce destin contraire en devenant entraîneuse de football pour de jeunes garçons, et de leur transmettre ce que le football lui avait donné : un objectif, une passion, une envie de faire mieux. Dans un pays musulman et pratiquant, elle ne savait pas si une femme serait acceptée au poste de coach. Non seulement ça marche, mais elle réussit son autre objectif, celui qui l'avait inspirée avec son tout premier apprenti, Kabir, à garder ces garçons éloignés de la criminalité des gangs. Certains espèrent pouvoir aller plus loin encore et faire de leur passion leur métier. Pour Hidaa Ahmad Ghaddar, c'est en tout cas un succès sportif, personnel et social.
Des dizaines de milliers d'Argentins et d'Argentines sont descendus dans les rues pour manifester contre les violences faites aux femmes, ce mercredi 3 juin 2026. La marche annuelle du collectif Ni Una Menos, « Pas une de moins » a connu un regain de mobilisation provoqué par le récent féminicide d'une adolescente. « Je suis venue pour toutes les filles qui souffrent, et pour celles qui ne sont plus là », assure une militante dans le cortège de Buenos Aires, interrogée par Théo Conscience. Sur les pancartes de la manifestation, le visage d'Agostina Vega, une adolescente argentine assassinée. Tous et toutes réclament que justice soit rendue à la jeune femme. L'État veut supprimer la notion de féminicide du Code pénal, et depuis son élection, le président argentin Javier Milei démantèle les programmes d'aide aux victimes, et de sensibilisation aux violences de genre. La date des élections en Haïti toujours floue Le gouvernement opère un coup de force, selon Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste en nommant un directeur général du Conseil électoral provisoire (CEP), qui avait déjà été élevé au rang de directeur exécutif par arrêté. Une décision perçue comme une tentative d'accroître l'influence gouvernementale au sein de l'appareil électoral. Le gouvernement a, par ailleurs, publié un décret électoral dont le Conseil électoral provisoire dit n'avoir pas eu connaissance en amont. Le journal questionne aussi la saisie d'armes dans le pays, alors que la douane haïtienne a collecté 12,3 milliards de gourdes au mois de mai, en hausse de plus de 15%, « une très bonne chose, très peu de choses pour les finances haïtiennes » même s'il reconnaît que la frontière avec la République haïtienne est une passoire, et que les façades maritimes haïtiennes sont très peu contrôlées. Le Nouvelliste revient enfin sur le grand écrivain haïtien René Depestre, qui est à l'honneur de la 32è édition de Livres en Folie. Le plus grand salon littéraire du pays a lieu ce jeudi à Pétion-Ville et où des centaines de lecteurs sont attendus chaque année. Cuba de plus en plus isolée La pression de Washington contre Cuba accélère le désengagement d'entreprises étrangères, à la veille de l'entrée en vigueur du décret américain qui menace de sanctions financières les entreprises étrangères qui commercent avec le régime. Hier, (3 juin 2026) la Banque centrale de Cuba a annoncé la suspension des paiements par cartes Visa et Mastercard à partir de samedi, après la rupture des relations entre une banque étrangère et une institution financière de l'île, en raison des sanctions américaines. Une décision qui isole encore un peu plus Cuba du reste du monde, explique Elias Amor, un économiste cubain installé en Espagne : « Ce sont les touristes qui utilisent ces cartes de paiement. Les Cubains n'en ont pas, ils paient en espèces tout ce qu'ils achètent. Ils vivent dans un contexte économique très rudimentaire, très retardé, où le troc et le commerce de rue sont encore très répandus. C'est une situation de misère absolue, avec un ralentissement très important de l'activité économique au cours de ce premier trimestre. » La cigarette électronique menace la santé publique aux États-Unis La cigarette électronique est en passe de devenir un problème de santé publique. Elle provoque de plus en plus d'addictions notamment chez les jeunes. Le taux de nicotine autorisé dans le liquide est, par exemple, trois fois plus élevé qu'en France. Dans un pays qui a pourtant fait une grande campagne contre le tabagisme, il y a des années, les vapes semblent tomber dans l'angle mort des politiques publiques de prévention, raconte Edward Maille. Le journal de la 1ère L'Assemblée nationale a voté une loi qui reconnait la part de responsabilité de l'État français dans le scandale du chlordécone. Un texte qui n'a aucune charge juridique, vidé de sa substance, explique Benoît Ferrand, d'Outre-mer La 1ère.
Dans Holopherne doit mourir, l'avocate Chirinne Ardakani met en scène le procès fictif du Patricarcat. Un procès pour féminicide, un procès de masse historique au nom de toutes les femmes et pour toutes les victimes pour juger du patriarcat qui gouverne nos sociétés depuis des décennies voire des siècles. Une œuvre pensée pour créer du débat. "J'ai imaginé ce procès du patriarcat car c'est une nécessité de savoir ce que des siècles nous ont laissé en héritage : le quotidien nous le montre, des femmes continuent à mourir car elles sont des femmes" explique Chirinne Ardakani. Mêlant droit, théâtre et histoire de l'art, le Théâtre de la Concorde propose avec ce spectacle de rendre justice aux vies. Dans cette audience hors norme, des figures multiples– anonymes, historiques ou symboliques – sont appelées à comparaître. Toutes sont suspectées d'avoir participé, à des degrés divers, à une organisation criminelle tentaculaire : le Patriarcat incarné par Holopherne. Holopherne est un personnage du livre de Judith, dans la Bible. C'est un général sanguinaire chargé de piller les cités puis des violer les femmes. Il va tomber amoureux de Judith, une veuve magnifique qui va le séduire, le faire boire, puis le tuer en le décapitant. Au cœur du procès, il y a Holopherne mais aussi un tableau célèbre, Judith décapitant Holopherne signé par l'artiste italienne Artemisia Gentileschi du début du 17eme siècle. Très tôt dans le spectacle, il y a un montage vidéo ou sont incriminés tous les puissants de ce monde et de tous les pays, de l'Afghanistan au Soudan : "De tout temps, les lois, les états estiment que e corps des femmes est un sujet de législation. Qu'on peut disposer comme on veut de leurs corps." L'avocate rappelle que le Code civil a longtemps été très misogyne en France avec de grandes inégalités qui perdurent encore dans de nombreux pays. Dans la vraie vie, Chirinne Ardanaki est avocate pénaliste à la Défense : je défends des hommes accusés de crimes sexuels mais dans la vie de tous les jours, elle est engagée pour la défense des femmes "Je défends l'homme mais je combat le mâle, le théâtre est un moyen pour cela." Invitée : Chirinne Ardakani, avocate en droit pénal et en droit des étrangers, autrice et militante pour les droits humains. Elle est l'avocate du Prix Nobel de la paix Narges Mohammadi. Et le reportage de Fanny Imbert avec des spectateurs. Programmation musicale : L'artiste Yamé avec le titre Ne reviens pas.
Dans Holopherne doit mourir, l'avocate Chirinne Ardakani met en scène le procès fictif du Patricarcat. Un procès pour féminicide, un procès de masse historique au nom de toutes les femmes et pour toutes les victimes pour juger du patriarcat qui gouverne nos sociétés depuis des décennies voire des siècles. Une œuvre pensée pour créer du débat. "J'ai imaginé ce procès du patriarcat car c'est une nécessité de savoir ce que des siècles nous ont laissé en héritage : le quotidien nous le montre, des femmes continuent à mourir car elles sont des femmes" explique Chirinne Ardakani. Mêlant droit, théâtre et histoire de l'art, le Théâtre de la Concorde propose avec ce spectacle de rendre justice aux vies. Dans cette audience hors norme, des figures multiples– anonymes, historiques ou symboliques – sont appelées à comparaître. Toutes sont suspectées d'avoir participé, à des degrés divers, à une organisation criminelle tentaculaire : le Patriarcat incarné par Holopherne. Holopherne est un personnage du livre de Judith, dans la Bible. C'est un général sanguinaire chargé de piller les cités puis des violer les femmes. Il va tomber amoureux de Judith, une veuve magnifique qui va le séduire, le faire boire, puis le tuer en le décapitant. Au cœur du procès, il y a Holopherne mais aussi un tableau célèbre, Judith décapitant Holopherne signé par l'artiste italienne Artemisia Gentileschi du début du 17eme siècle. Très tôt dans le spectacle, il y a un montage vidéo ou sont incriminés tous les puissants de ce monde et de tous les pays, de l'Afghanistan au Soudan : "De tout temps, les lois, les états estiment que e corps des femmes est un sujet de législation. Qu'on peut disposer comme on veut de leurs corps." L'avocate rappelle que le Code civil a longtemps été très misogyne en France avec de grandes inégalités qui perdurent encore dans de nombreux pays. Dans la vraie vie, Chirinne Ardanaki est avocate pénaliste à la Défense : je défends des hommes accusés de crimes sexuels mais dans la vie de tous les jours, elle est engagée pour la défense des femmes "Je défends l'homme mais je combat le mâle, le théâtre est un moyen pour cela." Invitée : Chirinne Ardakani, avocate en droit pénal et en droit des étrangers, autrice et militante pour les droits humains. Elle est l'avocate du Prix Nobel de la paix Narges Mohammadi. Et le reportage de Fanny Imbert avec des spectateurs. Programmation musicale : L'artiste Yamé avec le titre Ne reviens pas.
Au cours de leur vie, les femmes passent par plusieurs phases de bouleversements hormonaux : à la puberté, au moment des grossesses puis lors de la périménopause. À chaque fois, leur biologie interne est chahutée et ces réorganisations chimiques de leurs corps et de leurs cerveaux peuvent se traduire par de la dépression. Avant la puberté et après la ménopause, les taux de dépression sont les mêmes pour les deux sexes, mais dans toute la phase où les femmes sont fertiles, elles sont deux fois plus nombreuses à souffrir de cette maladie, explique la psychiatre Lucie Joly, autrice de La dépression au féminin : démystifier, comprendre, guérir. Egalement au programme de cette édition : le verdict choquant d'un juge britannique qui n'a pas voulu "criminaliser" des adolescents auteurs de viols sur mineures. Bien que leur culpabilité ne fasse aucun doute, ils ont évité la case prison et seulement été condamnés à des mesures de réinsertion pour mineurs. Au Népal, l'alpiniste Lhakpa Sherpa a réussi sa 11e ascension de l'Everest, devenant la détentrice du record mondial chez les femmes. Mais pour réussir cet exploit, elle a dû se battre contre sa culture et les préjugés, autant que contre les sommets de l'Himalaya.
Mardi 26 mai 2026, s'est ouvert en France le premier procès public depuis l'éclatement du scandale des violences sexuelles dans le périscolaire à Paris. Un animateur d'une école est jugé pour des agressions sexuelles sur neuf enfants. Parallèlement à la présomption d'innocence qui doit perdurer, des voix s'élèvent pour appeler à l'instauration d'une « présomption de victimité » qui permettrait de changer le regard sur les affaires d'agressions. Qu'est-ce qu'une « présomption de victimité » ? Comment la mettre en place ? Simple rustine ou nouvelle étape dans la lutte contre les violences ? Pour en débattre : - Carine Durrieu Diebolt, avocate spécialisée dans les droits des victimes de violences sexuelles, ex-membre de la Ciivise (Commission indépendante, inceste et violences sexuelles sur les enfants), autrice du livre « Violences sexuelles, quand la justice maltraite » - Mathilde Jouanneau, avocate au cabinet 95 boulevard Raspail, spécialiste en droit de la famille, ancienne présidente de l'association Femmes et droit - Anne-Blandine Caire, professeur de droit privé et de sciences criminelles à l'université Clermont-Auvergne, autrice du livre Criminologie, éditions Ellipses et de la tribune publiée dans Le monde, où elle se prononce en faveur de la reconnaissance d'une « présomption de victimité », définie comme le « miroir de la présomption d'innocence ». A
Mardi 26 mai 2026, s'est ouvert en France le premier procès public depuis l'éclatement du scandale des violences sexuelles dans le périscolaire à Paris. Un animateur d'une école est jugé pour des agressions sexuelles sur neuf enfants. Parallèlement à la présomption d'innocence qui doit perdurer, des voix s'élèvent pour appeler à l'instauration d'une « présomption de victimité » qui permettrait de changer le regard sur les affaires d'agressions. Qu'est-ce qu'une « présomption de victimité » ? Comment la mettre en place ? Simple rustine ou nouvelle étape dans la lutte contre les violences ? Pour en débattre : - Carine Durrieu Diebolt, avocate spécialisée dans les droits des victimes de violences sexuelles, ex-membre de la Ciivise (Commission indépendante, inceste et violences sexuelles sur les enfants), autrice du livre « Violences sexuelles, quand la justice maltraite » - Mathilde Jouanneau, avocate au cabinet 95 boulevard Raspail, spécialiste en droit de la famille, ancienne présidente de l'association Femmes et droit - Anne-Blandine Caire, professeur de droit privé et de sciences criminelles à l'université Clermont-Auvergne, autrice du livre Criminologie, éditions Ellipses et de la tribune publiée dans Le monde, où elle se prononce en faveur de la reconnaissance d'une « présomption de victimité », définie comme le « miroir de la présomption d'innocence ». A
Retour sur la condamnation de l'État belge pour crime contre l'humanité pour sa politique systématique d'enlèvement d'enfants métis pendant la colonisation. Une condamnation historique prononcée fin 2024 et définitive depuis vendredi 22 mai 2026 puisque la cour de cassation de Bruxelles a rejeté le pourvoi de l'État belge. Une victoire pour les cinq femmes qui avaient assigné la Belgique en justice. Toutes, nées au Congo d'une mère noire et d'un père blanc, ont été arrachées à leurs familles pendant la colonisation belge, alors qu'elles n'avaient que deux à cinq ans, au nom d'une politique de ségrégation raciale. Le documentaire Métisses, cinq femmes contre un crime d'État retrace leur combat, et revient sur leur parcours mêlant animation et prises de vues réelles. RFI reçoit Quentin Noirfalisse, co-réalisateur du film avec Jean-Charles Mbotti Malolo. RFI : Les cinq femmes que vous filmez ont attendu des décennies avant d'assigner l'État belge en justice pour des faits qui sont aujourd'hui qualifiés de crime contre l'humanité. Comment expliquez-vous un tel silence pendant si longtemps ? Quentin Noirfalisse : Je pense qu'il y a eu une chape de plomb dès l'indépendance du Congo en 1960, côté belge, sur ce qui s'était passé pendant la colonisation, l'ensemble des crimes en général. La « question métisse », comme on l'appelait à l'époque coloniale, était d'abord un rapport raciste aux enfants métis et en même temps une manière de gérer l'inévitable puisque les colons, dès le début, ont fait des enfants, très souvent de façon non consentie, avec de très jeunes femmes, puisque les mères de ces cinq dames ont quinze, seize ans parfois. C'est évidemment un épisode pas très glorieux dont les Belges n'ont pas beaucoup parlé. Mais comme le reste de l'histoire, puisque, aujourd'hui encore, on peine à enseigner l'histoire de la colonisation dans les écoles primaires et secondaires en Belgique. Connaissiez-vous déjà cette page de l'histoire coloniale belge avant ce film ? Non, pas du tout. C'est un film qu'on m'a proposé de reprendre. C'est un épisode que je ne connaissais pas, alors que je pensais quand même connaître un peu les basiques de l'histoire. J'ai appris énormément de choses. Beaucoup de choses qui m'ont révolté aussi. Je pense que la chose qui m'a le plus surpris, c'est à quel point l'État belge est allé loin dans la démarche de vouloir séparer et retirer les métis à leur milieu, à leur village, à leur mère. Cela a été un voyage assez fascinant, à la fois dans leur témoignage personnel, mais aussi dans la grande Histoire qu'elles incarnent. Elles ont en commun d'avoir été placées dans des institutions religieuses, notamment à Katende, dans l'actuelle province du Kasaï central où, après l'indépendance, ont eu lieu d'énormes troubles. C'est là qu'elles sont abandonnées ? Voilà. On dit souvent que l'indépendance au Congo s'est passée de façon relativement apaisée, peut-être par rapport à d'autres pays. Des pillages, beaucoup de Belges sont partis, etc. Mais la réalité, c'est qu'il y a eu cinq ans de guerre civile jusqu'à l'avènement de la dictature. Tout cela est une histoire que l'on ne raconte pas dans le film. Mais elles se retrouvent au milieu de cela, avec l'abandon par l'État belge qui est un tuteur. D'ailleurs elles le disent encore aujourd'hui : « On nous a dit que l'État belge était notre tuteur. » Elles se rappellent avoir eu des dons du couple royal, des lits offerts par la reine Fabiola, etc. Et après, le « tuteur », quand il s'agit de faire son rôle de tuteur et de protéger, n'est plus là. Il s'en va parce que finalement, ce n'était pas vraiment l'objectif, protéger ces enfants. C'était avant tout pour protéger une forme d'ordre établi – l'ordre établi catholique –, le fait de ne pas vouloir parler du fait que dans toute colonisation il y a cette « création » entre guillemets d'enfants métisses. Chaque État colonisateur peut offrir une réponse par rapport à cela, une réponse parfois très dure. On a des cas en Indochine, en Côte d'Ivoire aussi de placement d'enfants dans des orphelinats. Aux Pays-Bas, on fait la même chose. Mais au Congo belge, l'État est allé particulièrement loin dans l'aspect systématique de cette discrimination. On voit que cette question de l'eugénisme, du racisme et en même temps de la peur, entre guillemets, des rébellions… – puisqu'il y a des exemples de rébellions de métisses, qui terrorisent certaines personnes –, ce mélange de racisme et de crainte des métis de la société est très présent et l'État belge lui donne une réponse terrible. Dans quelles conditions vivaient ces femmes dans ces instituts religieux ? Quel impact cela a-t-il eu sur leur vie ? Les recherches des historiens et historiennes qui travaillent sur cette question montrent que, selon les orphelinats et les pensionnats, les lieux de placement, les conditions étaient parfois différentes. Pour les cinq femmes du film, elles sont à Katende dans un endroit relativement perdu au milieu du pays, même s'il y a beaucoup de plantations de coton, il y a du commerce, il y a quand même du monde. Mais à Katende, la situation n'est pas bonne. D'ailleurs, les sœurs elles-mêmes s'en plaignent dans des courriers qu'on a pu lire, où elles disent qu'elles ne reçoivent pas assez d'argent de la part de l'État belge. Elles racontent également les sévices qu'elles ont subi. Elles racontent deux types de sévices. Il y a d'abord des sévices par la faim, l'absence de nourriture correcte. Et il y a aussi des sévices plutôt, je dirais, moraux, mentaux. Il y a un abandon. Il y en a une qui a cette phrase très forte qui dit : « Les sœurs ont voulu remplacer nos mères, mais une mère, une maman, cela ne se remplace pas. Une maman, c'est une maman. » Il y en a une effectivement qui dit avoir subi un ou deux sévices physiques. Il y en a qui étaient mises de côté. C'était compliqué pour elle, comme on les appelait « les enfants du péché ». Un enfant du péché, quand on grandit dans un milieu catholique, c'est très dur parce qu'on leur parle de péché toute la journée. Moi, j'ai retenu l'abandon, la malnutrition qui ont fait du mal à certaines. Mais avant tout, c'est cette espèce de déracinement d'un milieu familial dont elles se rappellent par bribes. Mais elles en ont des souvenirs assez heureux. C'est cela qu'on leur a enlevé. Sur le plan juridique, pourquoi parle-t-on de crime contre l'humanité s'agissant de ce qu'elles ont vécu ? Sur le plan juridique, l'idée des avocats, c'était de dire que, à la même époque, la Belgique, une des parties prenantes du procès de Nuremberg, a poussé pour la condamnation de l'État allemand dans le cadre de crimes similaires qui étaient des enlèvements d'enfants germano-polonais à l'époque du Reich, pour les placer dans des maisons d'« éducation » entre guillemets, et donc dans une institution allemande. Des personnes membres de cette institution ont été condamnées pour crime contre l'humanité dans les procès de Nuremberg en 1948. Évidemment, la Belgique a reconnu ce jugement. Et donc les avocats s'appuient là-dessus pour dire : « Oui, mais au même moment, la Belgique faisait la même chose au Congo. » Puisque ces actes d'enlèvements ont continué quasiment jusqu'à l'indépendance. Parmi les femmes qui sont dans le film, certaines sont nées en 1950-1951. Il y avait une concomitance de temps. Les avocats disaient que l'État belge ne peut pas dire qu'il n'était pas au courant que ce qu'il faisait à ce moment-là n'était pas problématique. C'est pour cela qu'il y a cette recherche de la condamnation au titre de crime contre l'humanité. Après ce film, qu'aimeriez-vous que le public retienne en priorité ? Je pense que le premier but est de mettre au courant. C'est un premier prisme, sans doute parce qu'il est vu du point de vue des enfants. Pour les jeunes, pouvoir se rendre compte que tout cela a existé. Ce n'est pas si loin, 1950-1960. Et de rendre hommage à ces femmes. J'espère que, grâce à cela, leur témoignage se retrouvera dans les livres d'histoire. À lire aussiLes mères dépossédées de leurs enfants métis dans le Congo colonial
Dans le «procès d'une vie», Barbara Lamballais et Karina Testa reviennent sur le combat de Gisèle Halimi lors du procès de Bobigny en 1972... Le spectacle vient d'être récompensé à trois reprises, lors de la dernière cérémonie des Molières. Automne 1972 : au cours d'un procès retentissant, l'avocate Gisèle Halimi obtient la relaxe pour Marie-Claire Chevallier accusée d'avoir avorté, ce qui en ces années-là était interdit par la loi, mais aussi pour sa mère et la femme qui avait pratiqué de manière clandestine cette interruption de grossesse. Ce fut un tournant pour l'histoire des femmes et l'histoire du droit. C'est à partir de cet évènement que Barbara Lamballais et Karina Testa ont écrit Le procès d'une vie. Un texte écrit à quatre mains dont l'écriture a été initiée en 2018 alors que Gisèle Halimi était encore en vie. Un spectacle très documenté sur les faits : elles ont fait appel à des professionnels de la justice pour bien comprendre tous les tenants et aboutissants de l'affaire. En août 1971 : Marie-Claire Chevalier, jeune est âgée de 16 ans. Jeune fille isssue d'un milieu populaire, elle est violée par un élève de son lycée âgé de 18 ans. Elle se retrouve alors enceinte et elle demande à sa mère de l'aider à avorter : l'avortement est alors illégal et passible de cinq ans de prison. De son côté, son violeur est arêté pour une affaire de vol de voiture ; il dénonce Marie‑Claire Chevalier pour avortement clandestin, espérant ainsi obtenir un traitement plus favorable de la justice. Elle est alors poursuivie ainsi que sa mère et les femmes qui l'ont aidée. L'avocate Gisèle Halimi décide de faire de ce procès un acte politique en dénonçant publiquement l'injustice de la loi anti-avortement et en montrant que ce sont surtout les femmes les plus modestes qui en souffrent. Ce procès devient un événement médiatique majeur et suscite un large mouvement de soutien : intellectuels, médecins, militants et une partie de l'opinion se mobilisent. Marie‑Claire est finalement relaxée, et les autres prévenues reçoivent des peines symboliques. L'affaire de Bobigny joue un rôle décisif dans l'évolution des mentalités et prépare le terrain à la loi Veil de 1975, qui dépénalise l'IVG en France. Le spectacle raconte donc un procès, mais aussi un pan de l'histoire de la société française.... Invitées : Barbara Lamballais, autrice et metteuse en scène de la pièce Le procès d'une vie Karina Testa, autrice et comédienne de Le procès d'une vie. À voir au Théâtre du Splendid jusqu'en janvier 2027. Et cet été, à Avignon au Théâtre des Gémeaux du 4 au 25 juillet 2026. Programmation musicale : L'artiste La Ciguë avec le titre la Ache des chiens.
Dans le «procès d'une vie», Barbara Lamballais et Karina Testa reviennent sur le combat de Gisèle Halimi lors du procès de Bobigny en 1972... Le spectacle vient d'être récompensé à trois reprises, lors de la dernière cérémonie des Molières. Automne 1972 : au cours d'un procès retentissant, l'avocate Gisèle Halimi obtient la relaxe pour Marie-Claire Chevallier accusée d'avoir avorté, ce qui en ces années-là était interdit par la loi, mais aussi pour sa mère et la femme qui avait pratiqué de manière clandestine cette interruption de grossesse. Ce fut un tournant pour l'histoire des femmes et l'histoire du droit. C'est à partir de cet évènement que Barbara Lamballais et Karina Testa ont écrit Le procès d'une vie. Un texte écrit à quatre mains dont l'écriture a été initiée en 2018 alors que Gisèle Halimi était encore en vie. Un spectacle très documenté sur les faits : elles ont fait appel à des professionnels de la justice pour bien comprendre tous les tenants et aboutissants de l'affaire. En août 1971 : Marie-Claire Chevalier, jeune est âgée de 16 ans. Jeune fille isssue d'un milieu populaire, elle est violée par un élève de son lycée âgé de 18 ans. Elle se retrouve alors enceinte et elle demande à sa mère de l'aider à avorter : l'avortement est alors illégal et passible de cinq ans de prison. De son côté, son violeur est arêté pour une affaire de vol de voiture ; il dénonce Marie‑Claire Chevalier pour avortement clandestin, espérant ainsi obtenir un traitement plus favorable de la justice. Elle est alors poursuivie ainsi que sa mère et les femmes qui l'ont aidée. L'avocate Gisèle Halimi décide de faire de ce procès un acte politique en dénonçant publiquement l'injustice de la loi anti-avortement et en montrant que ce sont surtout les femmes les plus modestes qui en souffrent. Ce procès devient un événement médiatique majeur et suscite un large mouvement de soutien : intellectuels, médecins, militants et une partie de l'opinion se mobilisent. Marie‑Claire est finalement relaxée, et les autres prévenues reçoivent des peines symboliques. L'affaire de Bobigny joue un rôle décisif dans l'évolution des mentalités et prépare le terrain à la loi Veil de 1975, qui dépénalise l'IVG en France. Le spectacle raconte donc un procès, mais aussi un pan de l'histoire de la société française.... Invitées : Barbara Lamballais, autrice et metteuse en scène de la pièce Le procès d'une vie Karina Testa, autrice et comédienne de Le procès d'une vie. À voir au Théâtre du Splendid jusqu'en janvier 2027. Et cet été, à Avignon au Théâtre des Gémeaux du 4 au 25 juillet 2026. Programmation musicale : L'artiste La Ciguë avec le titre la Ache des chiens.
Albina du Boisrouvray est philanthrope, productrice de cinéma et autrice de Naviguer l'existence. Venue d'une bonne famille, elle a donné la quasi-totalité de sa fortune à sa fondation FXB pour sortir 100 000 personnes de l'extrême pauvreté.Je connais peu de trajectoires aussi denses que celle d'Albina. Militante écologiste dans les années 70 quand personne n'écoutait, productrice de cinéma dans un milieu misogyne, candidate aux législatives en 78, et puis surtout : mère d'un fils de 24 ans mort dans un accident d'hélicoptère, celui dans lequel se trouvait aussi Daniel Balavoine. Ce que j'aime chez Albina, c'est qu'elle n'est pas dans la posture. Elle dit qu'elle ne sait pas toujours comment elle a tenu. Elle dit qu'elle a parfois tort. Elle dit que son manque d'études l'a probablement rendue plus libre que si elle avait fait l'ENA.Dans cet épisode, nous parlons de deuil, de sens, de résilience et de cette méthode qu'elle a inventée contre l'avis de tout le monde, "la graduation approach", qui transgresse la doxa du micro-crédit. J'ai questionné Albina sur les bouées qu'elles considèrent comme la colonne vertébrale de toute son existence : ne jamais se pourrir le présent pour un futur qu'on ne peut pas imaginer.Citations marquantes"La mort aura toujours le dernier mot. Mais qu'elle n'ait pas le dernier mot plus vite qu'elle devrait l'avoir.""La résilience, c'est apprendre à vivre avec. Pas s'en débarrasser. Vivre avec.""Quand j'ai vu que les gens à qui on apportait tout ça, leurs yeux s'illuminaient — ça réallumait ma propre capacité à ressentir du bonheur.""Quand on est convaincu d'avoir raison, il faut aussi questionner ça. Il faut tout questionner.""Ne jamais se pourrir le présent pour un avenir qu'on ne peut absolument pas imaginer, parce qu'il ne se passe jamais comme on l'a imaginé."Idées centrales 1. La résilience n'efface pas la douleur — elle l'intègre Titre : "Apprendre à vivre avec, pas à guérir" Albina ne dit pas qu'elle a "surmonté" la mort de son fils. Elle dit qu'elle a appris à vivre avec l'amputation. Ce décalage — entre guérir et intégrer — change tout dans la manière dont on traverse les épreuves. Cyrulnik lui a donné les mots. La vie lui a donné la méthode. Pourquoi c'est important : On vend trop souvent la résilience comme une victoire sur la douleur. Albina dit l'inverse : c'est une coexistence. Timestamp : ~07:00–10:052. Donner aux autres peut rallumer ce qu'on croyait éteint en soi Titre : "Le bonheur des autres comme carburant personnel" Ce n'est pas de la générosité romantique. C'est une mécanique très précise : quand tu vois les yeux de quelqu'un s'illuminer parce que tu lui as apporté quelque chose, ça rouvre ta propre capacité à ressentir. Albina l'a découvert au Liban en 1987, un an après la mort de François. Pourquoi c'est important : Ça retourne la question du sens — on ne trouve pas le sens en cherchant, on le trouve en faisant. Timestamp : ~20:44–21:463. La transgression comme méthode : donner plutôt que prêter Titre : "La graduation approach contre la doxa du micro-crédit" La grande transgression d'Albina : donner des entreprises aux familles au lieu de leur prêter de l'argent, et accompagner ça avec l'accès simultané à tous les droits de base. Les Nations Unies disaient que ça ne se faisait pas. Elle l'a fait quand même. Résultat : 86% de réussite, 100 000 personnes sorties de l'extrême pauvreté. Pourquoi c'est important : Quand le consensus est fort, c'est souvent le moment de questionner, pas d'obéir. Timestamp : ~13:20–18:044. Penser par soi-même contre les doxas de son époque Titre : "Quitter une réunion d'extrême gauche en 1970 parce qu'on y préparait des attentats" Elle a été militante gauchiste jusqu'au jour où elle a compris que ça menait au terrorisme. Elle a refusé le micro-crédit quand tout le monde le défendait. Elle a soutenu le maintien du nucléaire quand sa famille politique voulait le démanteler. Sa boussole : ses propres valeurs, pas les étiquettes. Pourquoi c'est important : La liberté de pensée n'est pas un droit qu'on reçoit — c'est une discipline qu'on exerce contre soi-même d'abord. Timestamp : ~45:24–48:325. Le capitalisme n'est pas le problème. Le capitalisme débridé, si. Titre : "L'offre et la demande ça fonctionne — le problème c'est quand ça sert les actionnaires plutôt que les humains" Elle fait une distinction que peu de militant.e.s de sa génération acceptent : la nature humaine n'est pas totalement oblative, il faut un intérêt pour que ça marche. Ce qui ne fonctionne pas, c'est l'article de Friedman de 1970 qui a scellé l'idée que le seul but d'une entreprise est de redistribuer des dividendes. Pourquoi c'est important : On ne changera pas le système en le refusant en bloc. On le change en redéfinissant ce qu'il sert. Timestamp : ~36:28–39:16Questions posées dans l'interviewTu dis que l'avenir a perdu ses promesses — mais pour ta génération, les 30 glorieuses, c'était le contraire. Qu'est-ce qui a changé, selon toi?Comment on traverse la mort d'un enfant sans se laisser détruire?Est-ce que c'est la douleur qui t'a poussée vers l'humanitaire, ou tu l'aurais fait de toute façon?La graduation approach était une transgression totale à l'époque. Comment tu as eu le courage de contredire le consensus des Nations Unies?Comment on fait pour ne pas laisser sa famille imposer notre destin — surtout quand on l'aime?Tu parles de "ne pas accepter les doxas de son époque" — mais comment tu sais que tu n'es pas juste en train de remplacer une doxa par une autre?La place des femmes — tu dis que rien n'est acquis. Qu'est-ce que tu dirais à une femme jeune aujourd'hui face au retour des religions et du patriarcat?Comment tu pratiques l'instant présent concrètement? C'est une philosophie ou une discipline quotidienne?Avec le recul de tes 80 ans, qu'est-ce que tu changerais dans ta manière de vivre?A quoi tu veux claquer la porte — et où est-ce que tu veux ouvrir?Références citées dans l'épisodeLivresNaviguer l'existence — Albina du Boisrouvray (fil rouge de tout l'épisode) ~00:29Indignez-vous! — Stéphane Hessel (résonance sur la capacité d'indignation d'Albina) ~25:04Livre de Boris Cyrulnik sur la résilience (titre non précisé, mais "ça a totalement résonné") ~07:38Articles / textesArticle de Thomas Friedman (journaliste) sur "l'ère du polysène" — le monde comme système complexe et non binaire ~34:03Article de Milton Friedman (économiste, NYT, 1970) — le seul but d'une entreprise est de redistribuer des dividendes aux actionnaires ~35:44Documentaire Arte sur la violence de l'extrême droite en France et en Allemagne ~54:21PersonnesDaniel Balavoine — mort dans l'accident d'hélicoptère du Paris-Dakar 1986 ~01:03François, son fils — pilote de l'hélicoptère, 24 ans ~06:55Bernard Kouchner — mission au Liban en 1987 ~20:44Professeur Jonathan Mann (Harvard/OMS) — paradigme santé publique, alerte sur les orphelins du SIDA ~11:37Mohamed Yunus — micro-crédit (admiré, mais insuffisant pour l'extrême pauvreté) ~14:15Brice Lalonde, René Dumont — militants écologistes des années 70 ~05:04André Gorz — cité rapidement comme proche des mouvements écolos ~05:03André Delvaux — réalisateur belge représenté par Albina à Cannes ~48:59Kim Chapiron — réalisateur français, propos sur la représentation des musulmans au cinéma post-2001 ~53:32Anne Chirac — avait posé des pots de fleurs sur les Champs-Élysées en réponse aux plaidoyers écologistes ~04:04OrganisationsFXB (Fondation François-Xavier Bagnoud) — fondée par Albina ~12:24Médecins sans Frontières / Médecins du Monde — Albina a été bénévole ~22:59Banque mondiale, BRAC, Ford Foundation — ont repris la graduation approach à grande échelle ~18:31ConceptsRésilience (Cyrulnik) ~07:38Graduation approach (méthode FXB) ~15:48Polysène — ère où tout est imbriqué, plus rien n'est binaire ~34:03Famille étendue africaine ~13:32Bouddhisme : "ici et maintenant" ~59:50Talmud / pil-poul : questionnement constant ~47:07Timestamps clés (optimisés YouTube)00:00 — Introduction VLAN Greg ouvre sur la question centrale du podcast : "Et si on pouvait à nouveau se réjouir du futur?" Présentation d'Albina, de son livre Naviguer l'existence et de ses 12 bouées de sauvetage.01:55 — Les 12 bouées : pourquoi des bouées et pas des clés "Les clés ouvrent des portes. Les bouées, elles te sauvent dans une tempête." Une distinction qui dit tout sur l'état dans lequel elle perçoit le monde aujourd'hui.02:05 — L'avenir a perdu ses promesses Retour sur les 40 glorieuses, l'espoir de l'après-guerre, et le moment où tout a basculé. Albina raconte comment elle portait l'alerte climatique il y a 50 ans — et comment personne ne l'écoutait, même dans les réunions politiques enfumées.06:38 — Bouée #1 : ne pas se laisser détruire par le malheur La mort de son fils François à 24 ans. Comment on tient. Ce que la résilience veut vraiment dire. Cyrulnik lui a donné les mots, la vie lui a donné la méthode.10:50 — Comment la douleur l'a conduite à l'humanitaire Un an après la mort de François, elle part avec Kouchner au Liban porter des médicaments des deux côtés de la ligne de front. Elle retrouve là, pour la première fois, sa capacité à ressentir du bonheur.13:20 — La transgression de la graduation approach En Afrique, elle comprend que son modèle occidental ne fonctionne pas. Elle invente une méthode qui transgresse la doxa du micro-crédit et choque les Nations Unies. Elle a raison.18:04 — 100 000 personnes sorties de l'extrême pauvreté 86% de réussite. La méthode FXB reprise par la Banque mondiale et BRAC. Elle a tout dépensé. Et elle continue avec des donations.24:05 — Bouée #2 : la famille et la liberté Son enfance entre Amérique du Sud et Afrique du Nord. Sa mère Quechua, son père résistant gaulliste. Comment l'absence de famille l'a paradoxalement rendue libre. Et comment elle a fait la paix avec sa mère après sa mort.33:41 — Bouée #3 : défendre la justice Néolibéralisme, Friedman, l'article qui a tout scellé en 1970. Sa distinction entre capitalisme utile et capitalisme destructeur. Et l'ère du polysène : on ne vit plus dans un monde binaire.42:09 — Bouée #5 : la place des femmes Rien n'est acquis — les États-Unis, l'Afghanistan, l'Iran. Son expérience au Festival de Cannes où deux hommes parlent d'elle comme d'un objet en direct. Et comment elle a géré un ministre qui avait fermé la porte à clé.45:24 — Bouée #9 : ne pas accepter les doxas de son époque La réunion en 1970 où elle quitte les mouvements gauchistes. Le Talmud comme modèle de questionnement permanent. Et pourquoi être convaincu d'avoir raison, c'est souvent le premier signe qu'on a un peu tort.52:56 — Bouée #8 : s'autoriser à penser par soi-même Les imaginaires des films américains post-2001, l'islamophobie ordinaire, les extrêmes qui identifient de vrais problèmes mais proposent de mauvaises solutions.58:36 — Bouée #10 : ne jamais se pourrir le présent La bouée centrale. Comment elle pratique l'instant présent concrètement — son chat le matin, la gentillesse des jeunes dans la rue. Les petits cadeaux de la vie qu'on rate quand on est dans la projection.01:00:57 — Ce qu'elle dirait aux jeunes en pleine course à la réussite 80 ans résumés en quelques phrases : ne pas mettre la réussite économique comme seule priorité. Rester ouvert aux autres. Saisir les moments de bonheur.01:06:49 — VLAN : claquer la porte sur la haine Elle veut claquer la porte sur toutes les formes de haine — islamophobie, antisémitisme, haine du voisin. Et elle termine sur une surprise : la gentillesse des jeunes qu'elle croise dans la rue, à Clichy et ailleurs. Suggestion d'autres épisodes à écouter : #346 Retrouver du pouvoir dans le chaos avec Matthieu Dardaillon (https://audmns.com/yOgbycm) Vlan #73 La vieillesse ne ressemble à rien de ce que vous pensez avec Perla Servan Schreiber (https://audmns.com/JrdGWwO) #377 Pourquoi l'avenir appartient aux sociétés solidaires? Avec Pablo Servigne (partie 1) (https://audmns.com/WMxgIMf)Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
En Ukraine, suite au vote d'une loi de réforme du Code civil, des rassemblements de la société civile ont lieu à travers tout le pays. Si le gouvernement et Ruslan Stefanchuk, le président de la Rada, le Parlement ukrainien, présentent ce projet comme nécessaire, une partie de la population y voit plutôt un retour en arrière et la menace de discriminations, entre autres. De notre envoyée spéciale à Kharkiv, Ils sont quelques centaines à s'être réunis à Kharkiv et scandent : « Le pouvoir en Ukraine, c'est le peuple ». Ces civils protestent contre la loi 15150. Elle a été adoptée en première lecture le 28 avril dernier, avec 254 voix « pour ». Pour entrer en vigueur, elle doit encore passer en deuxième lecture puis par une procédure finale. Cette loi doit réformer le Code civil, sauf que plusieurs de ses articles font débat : ils touchent aux libertés individuelles et aux droits de chacun. « Il s'agit d'une tentative de donner l'illusion de l'action alors qu'en réalité, nous n'avançons pas, fustige Yulia, une étudiante en droit. Certaines restrictions entérinent les anciens concepts et normes juridiques absolus, discriminatoires et rétrogrades, ou, au contraire, aggravent la situation. » Catalyseur des inquiétudes, l'insertion dans la loi du concept de « bonne moralité », un terme vague qui permettrait aux juges de légiférer sur des questions familiales ou personnelles selon leur propre définition de ce qui est moral et de ce qui ne l'est pas, ainsi que le concept de réconciliation, préconisé avant de prononcer un divorce. « Qui sait, si, par exemple, il y a eu des violences conjugales et qu'ils sont forcés de se réconcilier, est-ce que ce sera normal ?, interroge Anastasia, une étudiante préoccupée par cette mesure. D'un point de vue psychologique, est-ce normal ? En général, je ne le pense pas. » Dans ce concept de « bonne moralité », se glisse celui que le couple ne peut qu'être composé d'un homme et d'une femme, entérinant la discrimination pour toute la communauté LGBTQ+. « Je ne comprends tout simplement pas pourquoi mes amis, deux hommes, qui sont ensemble depuis huit ans, ne peuvent pas se marier, dénonce Nadya, une artiste. Ou bien mes deux copines, en couple, qui n'ont pas le droit de se rendre visite si l'une d'elles est hospitalisée… » À lire aussiUkraine: la société civile se soulève contre la criminalisation des soldats Un texte qui détériore les droits humains Si la loi a été adoptée en première lecture par 254 députés, deux s'y sont opposés, dont Inna Sovsun, du parti d'opposition Holos. Pour elle, ce vote tient à une méconnaissance du texte proposé et il menace l'avenir européen de l'Ukraine : « C'est devenu un scandale pour la population ainsi que pour nos partenaires, en particulier l'Union européenne, parce que, de manière générale, ce texte n'améliore pas la situation des droits humains et, dans certains cas, l'aggrave même, souligne la députée. Et, évidemment, ce texte va à l'encontre des engagements pris par l'Ukraine dans le cadre du processus d'intégration à l'Union européenne. L'Ukraine doit respecter ces engagements, et ce projet s'en écarte clairement. C'est donc inacceptable. » Face au mécontentement populaire, les parlementaires ne peuvent que déposer des amendements à la loi 15150. De son côté, malgré la guerre et les bombardements, la société civile ukrainienne continuera de se mobiliser pour ces droits ces prochains jours – signe d'une démocratie en pleine action. À lire aussiUkraine: le gouvernement alerte sur la situation humanitaire désastreuse à Kherson
Combien de temps, combien d'épreuves faut-il pour devenir femme ? Combien de frustrations, d'injonctions, de rébellions, doit-on endurer pour être soi-même et s'accepter telle quelle ? Autant de questions qui traversent ici le premier roman de Sevin Sahin, mon invitée, qui publie La fille de la Colline, aux éditions Philippe Rey, où elle mêle trois voix à trois époques différentes qui définissent une seule et même personne : Sibel, que l'on suit d'Ankara à Paris. Grand entretien. Sibel, qui s'était pourtant juré de ne jamais avoir de fils, est mère d'un jeune garçon de deux ans. Depuis qu'il est dans le coma, elle est à son chevet, se relayant furtivement avec son mari, qu'elle ne fait plus que croiser depuis quelques années. Angoissée par la possibilité de perdre cet enfant, elle est épaulée par Elsa, infirmière à l'accent ensoleillé, et par le docteur Beausert, qui ne la laisse pas indifférente… Tandis que Sibel veille, ressurgissent les souvenirs de deux périodes fondatrices : son enfance en Turquie, sur la colline Pomme près d'Ankara, dans la communauté alévie marquée par les traditions qui ne laissaient aucun avenir aux femmes en dehors du mariage ; et l'époque où, après son arrivée en France, elle a passé ses nuits dans des clubs, dealeuse occasionnelle, accro à l'ecstasy, à la musique électro et aux hommes. Si elle a désormais mis un terme à cette vie d'excès, Sibel cherche un sens à son identité fragmentée pour sauver son fils… Sevin Sahin entremêle avec brio et une énergie contagieuse les trois époques de la vie de cette femme. À ses côtés, on ressent la colère adolescente face au carcan familial, on éprouve les pulsations et la sensualité des nuits parisiennes, on partage les doutes et les angoisses d'une femme incertaine de son propre instinct maternel. Tout entier tendu vers la question de la survie de l'enfant, ce texte est animé de bout en bout par l'incroyable élan vital de Sibel, déterminée à aller de l'avant envers et contre tout, sans jamais renoncer à la moindre parcelle de sa liberté et de son bonheur de vivre. (Presentation des éditions Philippe Rey) Illustration musicale : Sezen Aksu – Ünzile.
Franck Ferrand nous plonge dans l'épopée de la conquête du droit de vote par les femmes en France. Depuis les premiers balbutiements du mouvement féministe au XIXe siècle jusqu'à l'ordonnance de 1944 qui consacre enfin l'égalité civique, le récit de cette bataille acharnée est ponctué de figures emblématiques - Olympe de Gouges, Flora Tristan, Hubertine Auclert - et de moments décisifs qui ont façonné notre démocratie. Bien que tardive, l'avancée des droits des femmes en France a finalement suivi un mouvement international, comme en témoigne la frise chronologique détaillée par l'historien Bruno Fuligni. Un épisode riche en enseignements sur la lente marche vers l'égalité, à ne manquer sous aucun prétexte !Plongez dans l'histoire des grands personnages et des évènements marquants qui ont façonné notre monde ! Avec enthousiasme et talent, Franck Ferrand vous révèle les coulisses de l'histoire avec un grand H, entre mystères, secrets et épisodes méconnus : un cadeau pour les amoureux du passé, de la préhistoire à l'histoire contemporaine.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
En Centrafrique, les femmes prennent de plus en plus conscience de leur situation et se mettent en ordre de bataille pour leur émancipation. Partout, des initiatives émergent, portées par une volonté commune : conquérir une autonomie économique durable et affirmer leur place dans la société. Longtemps considérées comme le sexe faible, elles ont décidé de reprendre leur destin en main. Activités génératrices de revenus, petits commerces, agriculture, artisanat : une dynamique collective qui redessine peu à peu le paysage économique local, malgré de nombreux défis à relever. De notre correspondant à Bangui, Au milieu des rangées de bananiers et d'avocatiers, Yvette Denzou s'active. Machette à la main, elle avance d'un pas sûr, observant chaque parcelle avec attention. En face, des tomates mûrissent lentement dans un petit jardin bien clôturé, offrant des touches de rouge vif, promesses de récoltes à venir. Pour Yvette Denzou, l'agriculture est bien plus qu'un simple moyen de subsistance : « La terre, c'est notre richesse. Tout ce que vous voyez ici est le fruit de notre travail. Nous cultivons pour nourrir nos familles, mais également pour vendre et vivre dignement. Mon combat, c'est de montrer que nos produits locaux ont de la valeur. Quand je vois mes cultures grandir, je sais que mes efforts ne sont pas vains. » Au quartier Kassaï, dans le septième arrondissement de Bangui, un atelier artisanal est installé au bord de la route. À l'intérieur, Rebecca Mambelo façonne patiemment ses créations : bois, fibres naturelles et tissus. Ici, chaque objet raconte une histoire : « L'artisanat, c'est ma passion, mais c'est aussi ma vision : créer quelque chose qui nous ressemble et qui peut nous faire vivre dignement. Je fabrique des sacs, des paniers, des vêtements et des perles artisanales. À travers mon savoir-faire, je défends la valeur des femmes. » « Il faut un lieu vraiment dédié à la femme » Aujourd'hui, de nombreuses femmes centrafricaines s'inspirent de modèles venus du continent pour aller de l'avant. Parmi ces figures, Sefora Kodjo, présidente de la Fondation Sephis. Lors de son séjour à Bangui, cette Ivoirienne a partagé son expérience avec des femmes qui rêvent de réussir : « J'ai vu que la Centrafrique est riche de son sol. Il y a énormément de richesses locales et un savoir-faire qu'il faut développer, amplifier. On a des questions d'infrastructure, on a des questions de la technologie, du digital, de la connexion internet. Ce sont sur beaucoup de défis de ce genre qu'il faut encore travailler. » Pour que cet élan se consolide, la structuration est essentielle, selon Portia Deya Abazene, présidente de la Fédération des associations des femmes entrepreneures de Centrafrique (Fafeca) : « Parce que si tu restes dans l'informel, tu ne pourras pas gagner les parts de marché. Donc, il faut d'abord que l'on surmonte ce défi de se structurer et de se former. Il faut un incubateur, il faut un lieu dédié à la femme. » Dans un contexte encore fragile, ces femmes tracent leur chemin avec détermination. Entre initiatives individuelles et actions collectives, elles doivent aussi lutter contre les pesanteurs sociales qui cherchent encore à les reléguer au second plan dans la société. À lire aussi«Chaque jour, on voit sa tombe»: à Bangui, des familles enterrent leurs morts à domicile, faute de cimetières À lire aussi«Il n'est jamais revenu»: en Centrafrique, terreur au lycée de Boali après la mort de plusieurs élèves [2/3]
« Quelle fille bizarre ! Ce n'est ni un homme ni une femme. » Cette terrible phrase parlant de notre invitée, la cinéaste Heiny Srour, on la doit à un poète égyptien marxiste. Trois mots (poète, égyptien, donc arabe, et marxiste) qui ont créé un désenchantement chez celle qui reste la première femme du tiers monde (ouh, le vieux mot) à avoir été sélectionnée à Cannes en 1974. (Rediffusion) Rendre visible les femmes dans l'histoire des luttes, c'est le pacte, l'indiscutable engagement pris par cette passionaria de 80 ans, juive libanaise, qui pose sur la table de nos urgences deux films pionniers du cinéma arabe Leïla et les loups (fresque poétique sur la grande Histoire vue pour une fois par les femmes libanaises et palestiniennes) et L'heure de la libération a sonné tourné en 1971 en pleine guerre du Dhofar, opposé à la présence des troupes britanniques à Oman, et qui nous apporte un éclairage édifiant sur ce Moyen-Orient post 7 octobre. À écouter aussiHeiny Srour, pionnière du cinéma féministe et décolonial ► Programmation musicale de notre invitée Arié Ovadia « Anenu Avinu » Bill Haley « Rock Around The Clock » ► Leïla et les loups, prochaines dates du film : À Paris : Cinéma Espace Saint Michel, 75005 Paris 10/09 : Genève (CH) CinéLux, 18h30 première en Suisse 28/09 : Lyon (69) Théâtre l'Élysée, 20h00, Festival Pour la suite du monde 30/09 : Hérouville-Saint-Clair (14), Café des Images, 20h30 09/10 : Toulouse (31), Utopia Borderouge Du 2 au 12/10 : Fameck (57), Victor Hugo, Festival du film arabe Novembre : Bordeaux (33), Utopia 23/11 Montreuil (93) le Méliès - Cycle Maestra 29/11: Genève, Rencontres cinématographiques Palestine Filmer c'est exister Du 23/01 au 3/02: Vesoul (70), Majestic, 32e Festival International des Cinémas d'Asie.
Aujourd'hui, Flora Ghebali, entrepreneure dans la transition écologique, Zohra Bitan, cadre de la fonction publique, et Charles Consigny, avocat, débattent de l'actualité autour d'Alain Marschall et Olivier Truchot.
Elle aime la psychologie autant que la pop et a décidé de ne pas choisir entre ses deux passions : Louisadonna est à la fois musicienne et psychologue. Le lien, c'est son engagement, trait d'union harmonique et harmonieux qu'on retrouve dans son album "Parasite". Le patriarcat, la misogynie, les violences sur les réseaux sociaux... tous ces thèmes sont au cœur de sa musique. Elle est l'invitée de Laure Manent.
Dans un monde régi par la dictature de l'image, le corps de la femme est particulièrement une cible. Assujettie aux injonctions de minceur, soi-disant synonyme de beauté et de sensualité, l'apparence est constamment jugée, évaluée, critiquée, violentée et objet du commerce industriel des régimes. Un constat tragique qui a inspiré à l'écrivaine américaine Sarai Walker un roman mordant intitulé « Bienvenue à Dietland » aux éditions Gallmeister qui appelle à la révolte. Sarai Walker est l'autrice du roman Dietland, publié dans une douzaine de pays, dont en France, sous le titre (In)visible, et adapté en série télé. Elle a publié dans le New York Times, le Washington Post, le Guardian notamment. Diplômée en creative writing et en anglais, elle donne des conférences sur le féminisme et l'image du corps. Traduit de l'américain par Alexandre Guégan. "Prune vit dans l'ombre, prisonnière d'un corps que la société refuse d'accepter. Rédactrice anonyme pour un magazine destiné aux adolescentes, elle répond aux lettres désespérées de jeunes filles brisées. Mais l'apparition mystérieuse d'une jeune femme aux collants colorés et le mot énigmatique «Dietland» tracé sur sa paume vont tout bouleverser. Prune découvre un monde où les femmes refusent les diktats de la beauté et de la minceur. Tandis qu'un mouvement féministe radical et violent du nom de «Jennifer» secoue le pays, elle doit choisir : continuer à fuir son reflet ou enfin affronter la vérité sur elle-même. Entre rage contenue et quête d'identité, Sarai Walker signe un roman féministe coup de poing, aussi féroce que libérateur, qui interroge avec audace les normes étouffant les femmes." (Présentation des éditions Gallmeister) Illustration musicale : Creep de Radiohead
Entre le démantèlement de l'USAID, principal bailleur mondial, dont 83 % des programmes ont été supprimés par Donald Trump, et la baisse drastique des budgets dédiés en Europe, la solidarité internationale est en net recul. Les conséquences sont déjà concrètes pour les principaux bénéficiaires, notamment pour les femmes. Ce sont des programmes arrêtés, des associations qui stoppent leur activité et des millions de femmes qui ne bénéficieront plus de leurs services. De manière générale, les droits des femmes sont peu financés. En 2025, à peine 1,5 % des fonds humanitaires mondiaux étaient consacrés à la lutte contre les violences basées sur le genre. Pourtant, selon les Nations Unies, pour chaque dollar investi dans des programmes humanitaires incluant la dimension du genre, le retour sur investissement est de 8 dollars. Cette baisse des financements s'inscrit aussi dans un contexte global de montée des mouvements anti-droits et anti-genre. Les restrictions du droit à l'avortement aux États-Unis en sont un exemple criant, mais le backlash, le fameux retour de bâton, est planétaire. Pour la première fois, le texte final de la commission de la condition des femmes – le forum annuel mondial organisé dans le cadre des Nations Unies, consacré aux droits des femmes – n'a pas été adopté à l'unanimité et a été soumis au vote. Un symbole qui en dit long sur les tensions au sein de la communauté internationale. Des arcanes de l'ONU au terrain, comment s'organise la défense des droits des femmes ? Vers quels acteurs se tourner compte tenu de la baisse d'implication financière des États ? Avec : • Julie Gonnet, responsable du genre, de l'égalité et de l'inclusion à la division lien social de l'Agence française de développement • Lucie Daniel, responsable de plaidoyer et d'études pour l'association féministe et de soldarité internationale Equipop • Corine Moussa Vanié, présidente du conseil d'administration de l'association Akwaba Mousso, un centre intégré de prise en charge des femmes et des enfants victimes de violences, basé à Abidjan en Côte d'Ivoire. En fin d'émission, Charlie Dupiot nous emmène sur les campus français avec Décalages culturels, une chronique produite par RFI avec le soutien de l'université Paris-Cité. Dans ce 4ᵉ épisode, nous donnons la parole à Isabelle, professeur de FLE (français langue étrangère) sur la confusion des prénoms et des noms, et à Cécile Lazartigues-Chartier, consultante en interculturel. Programmation musicale : ► Baai - Emmanuel Jal & Abdel Gadir Salim ► One Track Mind - Naïka
Entre le démantèlement de l'USAID, principal bailleur mondial, dont 83 % des programmes ont été supprimés par Donald Trump, et la baisse drastique des budgets dédiés en Europe, la solidarité internationale est en net recul. Les conséquences sont déjà concrètes pour les principaux bénéficiaires, notamment pour les femmes. Ce sont des programmes arrêtés, des associations qui stoppent leur activité et des millions de femmes qui ne bénéficieront plus de leurs services. De manière générale, les droits des femmes sont peu financés. En 2025, à peine 1,5 % des fonds humanitaires mondiaux étaient consacrés à la lutte contre les violences basées sur le genre. Pourtant, selon les Nations Unies, pour chaque dollar investi dans des programmes humanitaires incluant la dimension du genre, le retour sur investissement est de 8 dollars. Cette baisse des financements s'inscrit aussi dans un contexte global de montée des mouvements anti-droits et anti-genre. Les restrictions du droit à l'avortement aux États-Unis en sont un exemple criant, mais le backlash, le fameux retour de bâton, est planétaire. Pour la première fois, le texte final de la commission de la condition des femmes – le forum annuel mondial organisé dans le cadre des Nations Unies, consacré aux droits des femmes – n'a pas été adopté à l'unanimité et a été soumis au vote. Un symbole qui en dit long sur les tensions au sein de la communauté internationale. Des arcanes de l'ONU au terrain, comment s'organise la défense des droits des femmes ? Vers quels acteurs se tourner compte tenu de la baisse d'implication financière des États ? Avec : • Julie Gonnet, responsable du genre, de l'égalité et de l'inclusion à la division lien social de l'Agence française de développement • Lucie Daniel, responsable de plaidoyer et d'études pour l'association féministe et de soldarité internationale Equipop • Corine Moussa Vanié, présidente du conseil d'administration de l'association Akwaba Mousso, un centre intégré de prise en charge des femmes et des enfants victimes de violences, basé à Abidjan en Côte d'Ivoire. En fin d'émission, Charlie Dupiot nous emmène sur les campus français avec Décalages culturels, une chronique produite par RFI avec le soutien de l'université Paris-Cité. Dans ce 4ᵉ épisode, nous donnons la parole à Isabelle, professeur de FLE (français langue étrangère) sur la confusion des prénoms et des noms, et à Cécile Lazartigues-Chartier, consultante en interculturel. Programmation musicale : ► Baai - Emmanuel Jal & Abdel Gadir Salim ► One Track Mind - Naïka
Elles occupent un rôle souvent discret et pourtant prépondérant dans le monde chrétien. Les femmes représentent une moitié de fidèles peu entendue et bloquée par les hommes dans leur accès à des fonctions élevées au sein de l'Église, en tout cas de l'Église catholique où elles ne peuvent devenir ni prêtre, ni évêque, ni cardinal et encore moins pape. Mais certaines branches du christianisme évoluent plus rapidement. Le 25 mars dernier, Sarah Mullally est devenue la nouvelle archevêque de Canterbury, cheffe spirituelle des Anglicans dans le monde. Alors quelle place pour les femmes dans les Églises de demain ? Pour en débattre Valentine Zuber, historienne spécialiste de la laïcité, directrice d'études à l'École pratique des hautes études. Elle a dirigé l'ouvrage collectif Femmes et religions en Méditerranée, publié aux éditions Hermann. Céline Béraud, sociologue spécialiste des religions. Directrice d'études à l'EHESS au Centre d'études en sciences sociales du religieux. Depuis 2024, présidente de la commission d'étude sur les violences commises par l'abbé Pierre. Jack McDonald, chanoine de l'Église d'Angleterre, chef du culte anglican en Belgique et professeur d'histoire moderne à la faculté protestante de Bruxelles ainsi qu'à l'Université catholique de Leuven, il travaille sur l'Afrique subsaharienne.
Elles occupent un rôle souvent discret et pourtant prépondérant dans le monde chrétien. Les femmes représentent une moitié de fidèles peu entendue et bloquée par les hommes dans leur accès à des fonctions élevées au sein de l'Église, en tout cas de l'Église catholique où elles ne peuvent devenir ni prêtre, ni évêque, ni cardinal et encore moins pape. Mais certaines branches du christianisme évoluent plus rapidement. Le 25 mars dernier, Sarah Mullally est devenue la nouvelle archevêque de Canterbury, cheffe spirituelle des Anglicans dans le monde. Alors quelle place pour les femmes dans les Églises de demain ? Pour en débattre Valentine Zuber, historienne spécialiste de la laïcité, directrice d'études à l'École pratique des hautes études. Elle a dirigé l'ouvrage collectif Femmes et religions en Méditerranée, publié aux éditions Hermann. Céline Béraud, sociologue spécialiste des religions. Directrice d'études à l'EHESS au Centre d'études en sciences sociales du religieux. Depuis 2024, présidente de la commission d'étude sur les violences commises par l'abbé Pierre. Jack McDonald, chanoine de l'Église d'Angleterre, chef du culte anglican en Belgique et professeur d'histoire moderne à la faculté protestante de Bruxelles ainsi qu'à l'Université catholique de Leuven, il travaille sur l'Afrique subsaharienne.
Un tiers des Françaises, soit 11 millions de femmes, vivent en milieu rural. Elles assurent la gestion des familles, des associations, et des petits emplois de soin et de services. Cependant, selon une étude récente*, la vie à la campagne amplifie les inégalités entre hommes et femmes. On parle de « malus rural du genre » pour décrire ce phénomène. Près d'une femme rurale sur deux déclare disposer de moins de 5 heures de temps pour elle par semaine et beaucoup occupent des emplois précaires à temps partiel. L'éloignement des services publics, de l'emploi, des transports, affecte directement leur autonomie économique, leur santé, leur accès aux droits. Que signifie être une femme en milieu rural ? Comment le simple fait d'habiter à la campagne vient-il durcir les inégalités ? Que nous apprend « ce malus rural du genre » sur la manière dont on perçoit ou néglige ces femmes qui maintiennent la cohésion des campagnes ? Avec : • Salomé Berlioux, directrice générale et fondatrice de Rura, ONG qui lutte contre la fracture territoriale en pariant sur la jeunesse de la ruralité et des petites villes. Co-publication avec l'institut Terram de l'étude Ce que vivent (vraiment) les femmes rurales. • Victor Delage, fondateur et directeur général de l'institut Terram, groupe de réflexion collégial et multidisciplinaire dédié à l'étude des territoires. Co-publication avec l'ONG Rura de l'étude Ce que vivent (vraiment) les femmes rurales. Les rêves d'avenir de collégiennes en milieu rural et leur regard sur leur mère, un reportage de Charlie Dupiot. En fin d'émission, la chronique Écoutez le monde, de Monica Fantini. Programmation musicale : ► Pinterest - A COLORS SHOW - Anitta ► Itessé - Ami Yerewolo
Certains se comportent comme s'ils avaient peur des femmes, même si toutes les statistiques montrent que la violence est largement masculine à travers le monde. Alors pourquoi ce sentiment chez le sexe dit "fort" ? Pourquoi les hommes d'aujourd'hui ont-ils l'impression, pour 52 % d'entre eux, que la société "s'acharne" contre eux et, pour 47 %, qu'ils ne sont plus "assez respectés" ? Pour la journaliste et essayiste Chloé Thibaud, une part importante de cette méfiance, voire du dégoût ou même de la haine que certains hommes ressentent à l'égard des femmes est liée à une culture millénaire étroitement tissée de misogynie, voire de gynophobie, terme plus générique désignant la peur morbide et irrationnelle des hommes envers les femmes et l'hostilité ou la violence qu'ils leur font subir.
C'est un lieu très rare dans le monde musulman. Alors que les mosquées sont essentiellement fréquentées par les hommes et que les espaces pour les femmes y sont souvent réduits en surface, le Qatar a décidé de bousculer la donne. À Doha, la capitale, une mosquée pour femmes a été ouverte il y a deux ans. Au-delà du lieu de prières, cette mosquée souhaite aussi questionner les mentalités et rappeler que la moitié des fidèles sont des femmes. RFI a obtenu l'autorisation de visiter cette mosquée pas comme les autres. De notre envoyée spéciale à Doha, Assise à même le sol, Lamia El Kamel semble absorbée par sa psalmodie des versets du Coran. Cette Soudanaise avoue qu'elle n'était pas habituée à fréquenter les mosquées avant de découvrir ce lieu réservé aux femmes. « Dans une mosquée pour femmes, tu te sens à l'aise. Tu t'assois comme tu veux. Tu n'es pas dans le contrôle. Quand tu es dans une mosquée pour femmes, tu as l'impression qu'il n'y a que toi et Dieu. La société est loin », confie-t-elle. Ce lieu de culte, d'une superficie de 4 600m², se distingue par son design contemporain. Conçue par un duo d'architectes new-yorkais très en vue, la mosquée Al Mujadilah a été voulue par Cheikha Moza, la mère de l'actuel émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani. Elle en a confié la direction à l'islamologue Sohaira Siddiqui, qui guide les visiteurs à travers ses espaces. « L'architecture de la mosquée est très féminine, non ? », lui demande-t-on. « Oui. Quand on conçoit une mosquée pour femmes, il y a des critères subtils à prendre en compte, vous savez. Les courbes, l'élégance, l'élévation, et je trouve que ce lieu incarne tous ces éléments », répond-elle. Nous sommes ici dans la salle de prière, qui peut accueillir jusqu'à 800 personnes. « On a aussi une bibliothèque. On y trouve par exemple ce livre : Les femmes, la famille et le divorce dans l'histoire de l'Islam. Autre livre ici : Introduction à la banque et à la finance islamiques. Ou encore : Les femmes, la science et la technologie. Certains ouvrages parlent de religion et d'autres sont juste centrés sur la femme », précise Sohaira Siddiqui. Le lieu comprend également des jardins, des terrasses et un café au design épuré, où l'on entend le bruit apaisant d'une machine à café. Le concept séduit Hajer Naïli, une Française travaillant dans l'humanitaire et de passage à Doha. Mug à la main, elle explique qu'entre deux sessions de travail, elle prend le temps de prier. « C'est juste agréable en tant que femme d'avoir un vis-à-vis sur l'imam, de pouvoir entendre le sermon sans avoir à être derrière une barrière, un rideau ou cachées », témoigne-t-elle. Avec ce lieu de culte, Sohaira Siddiqui espère secouer les mentalités. Pour amplifier son message, la mosquée a lancé son propre podcast. « Le premier épisode commence avec une phrase que les femmes musulmanes entendent fréquemment : "Il vaut mieux qu'elles prient à la maison." La question qu'on veut soulever, c'est : qu'est-ce que nos mosquées deviennent quand on part du principe que les femmes feraient mieux de prier chez elles ? On a oublié qu'il y a un milliard de femmes musulmanes dans le monde. Ce qui est énorme quand on y pense », souligne-t-elle. Tout sourire, Sohaira Siddiqui révèle avoir été approchée par plusieurs pays souhaitant s'inspirer de ce modèle. Une initiative qui pourrait bien essaimer au-delà des frontières du Qatar. À lire aussiMade in Qatar: comment Doha a privilégié la production locale agricole en prévision d'une guerre
Notre invitée, Nathalie Weinber, autrice s'est engagée dans un combat de justice après la mort tragique de sa sœur Barbara en Belgique il y a 25 ans. Après l'acquittement du présumé coupable à l'issue d'un procès en assises à Bruxelles, et avant que l'affaire ne soit classée erreur judiciaire ; elle a porté une mobilisation citoyenne et politique pour faire évoluer la loi belge, sur la désignation et la formation des jurés populaires. De cette expérience est né son livre, à la fois intime et collectif, dans lequel elle interroge la justice, la mémoire et la résilience au nom de de toutes les victimes de féminicides. Chaque mois, Voix de femmes met en avant des femmes aux parcours singuliers, inspirants ou méconnus. Chaque épisode rassemble plusieurs portraits, racontés dans le but de révéler la force, la créativité et la résilience de celles qui façonnent notre monde. Qu'elles soient entrepreneures, militantes, scientifiques ou anonymes du quotidien, leurs histoires se répondent, se complètent et éclairent la diversité des expériences féminines. À travers leurs voix, leurs combats et leurs rêves, l'émission invite à découvrir des trajectoires authentiques, parfois fragiles, toujours puissantes. Un rendez‑vous pour écouter, comprendre et célébrer celles qui avancent, transforment et inspirent. Avec : • Nathalie WEINBER, autrice de Ma sœur Barbara, tuée deux fois (Les presses de la Cité, 2026) et un portrait de Grace Wembolua, survivante d'un incendie criminel, réalisé par Latifa Mouaoued, journaliste à RFI. Il y a 25 ans, le 2 février 2001, Grace Wembolua, alors âgée de 5 ans, survit à un incendie criminel. Gravement brûlée, amputée des deux jambes, elle perd sa mère et son petit frère. Elle trouvera un courage et une force incroyable pour se reconstruire. Athlète paralympique en basket fauteuil, mannequin, Grace parle avec une grande sincérité du rapport au corps, des cicatrices, des prothèses, de la féminité, mais aussi de la force mentale nécessaire pour se relever quand tout semble perdu. En fin d'émission, la chronique Écoutez le monde, de Monica Fantini Programmation musicale : ► Stay - Zion Marley ► F.I.S.H - Naïka
De Sousse à Bizerte, de Sfax à Tunis, ce numéro d'« Éco d'ici, Éco d'ailleurs » vous emmène en Tunisie à la rencontre de celles et ceux qui transforment l'économie réelle : entrepreneures rurales, start-upers de la tech et de la « green tech », chercheurs et accompagnateurs de projets. Une immersion au plus près des initiatives qui misent sur l'agriculture durable, la transition écologique et l'innovation numérique pour créer des emplois et ouvrir de nouveaux marchés.
Au Sénégal, elle est l'une des voix qui bousculent le patriarcat depuis 50 ans : Awa Fall-Diop est honorée ce mardi 24 mars à Dakar par la fondation allemande Heinrich-Böll qui lui a remis son prix Anne Klein 2026. Une récompense pour son engagement dans la défense des droits des femmes. Militante féministe, enseignante, syndicaliste, Awa Fall-Diop a aussi été ministre et dirigeante d'association. Pour elle, le combat n'est pas terminé. Elle est l'invitée de Charlotte Idrac. RFI : « Luy Jot Jotna », ça veut dire « Il est temps » en wolof, et c'est le nom de la campagne lancée il y a quelques mois pour appeler à un sursaut face aux féminicides et aux violences faites aux femmes au Sénégal. Pour vous, qui militez depuis plusieurs décennies maintenant, est-ce que ça veut dire que le combat continue ? Awa Fall-Diop : Absolument, et il continuera tant qu'il y aura une seule femme sur cette planète qui subit l'oppression patriarcale. Les droits des femmes, c'est globalement le droit à la vie sous plusieurs aspects. La problématique du féminicide en fait partie. Mais il y a également aujourd'hui une tentative de contrôler le corps des femmes, soit par le biais de l'habillement, soit par le contrôle de leur fertilité. Et en parlant de ça, je voudrais évoquer une autre campagne que nous sommes en train de mener en faveur de l'avortement médicalisé et sécurisé en cas de viol et d'inceste. Les femmes qui sont pauvres, les femmes qui ne sont pas nanties et qui sont face à cette situation n'ont d'autres solutions que de procéder à des actions risquées. Lesquelles actions risquées les amènent soit à la mort, soit à l'infertilité, soit en prison. Parce qu'aujourd'hui au Sénégal, plus de 90% des femmes qui sont incarcérées le sont pour raison d'infanticide ou pour raison d'avortement. Un autre défi également, c'est la loi qui a été votée à l'Assemblée, le 11 mars, qui durcit les peines en cas de ce qu'ils appellent « actes contre nature ». Donc relations entre personnes de même sexe. C'est l'intensification de la répression contre l'homosexualité. Alors les femmes sénégalaises qui sont des lesbiennes, beaucoup d'entre elles ont quitté le pays. C'est extraordinaire quand on ne se sent pas en sécurité dans son propre pays. Aujourd'hui, même au niveau du mouvement féministe, parler de cette question devient problématique parce que quand tu en parles, on dit que tu fais l'apologie, on dit que tu en fais la promotion. Cela crée une atmosphère délétère. Pour la première fois, le président Bassirou Diomaye Faye avait prononcé le mot féminicide dans ses vœux du 31 décembre dernier. Qu'est-ce que vous attendez maintenant comme actes ? Comme on dit : « Paroles et paroles et paroles… » Voilà. C'est vrai que c'est important que le mot féminicide ait été prononcé. Cela veut dire que dorénavant, ce concept, cette problématique, fait partie du langage institutionnel au plus haut niveau de l'État. Mais jusqu'à présent, encore rien de concret. De quelle action concrète, vous, en faveur des femmes, vous êtes la plus fière ? C'est le travail que j'ai accompli au niveau de l'éducation nationale. À ce moment-là, dans les manuels scolaires, nous avons décompté qu'il n'y avait que 20% de personnages de femmes. Toutes les femmes qui étaient représentées s'adonnaient à des activités domestiques. Donc la cuisine, les enfants, la maison… Voilà exactement. J'ai dit à Monsieur le ministre que cela ne correspondait pas à la réalité. Et donc les manuels ont été révisés : On montre une fille en train de faire une expérimentation scientifique, qui est dans une fusée qui va à la Lune, et cetera, et cetera. Et ça, j'en suis absolument fière. Est-ce que, selon vous, c'est plus difficile d'être féministe au Sénégal aujourd'hui qu'il y a 30 ou 40 ans ? C'est différent. Nous sommes toutes dans une même trame, sur un même fil historique, mais il y a également un décalage. Parce qu'aujourd'hui, la vitesse à laquelle les jeunes féministes mènent une campagne, se connectent avec les sœurs féministes du Bénin, du Togo, de France, d'Allemagne, des États-Unis, d'Ouzbékistan... Aujourd'hui, en tant que féministe aînée, je peux dire que c'est plus facile, mais que ça présente plus de risques : le cyberharcèlement, les dénonciations... Maintenant, il y a une vague d'intolérance qui couvre le monde d'une chape de plomb, d'un voile obscur, que ce soit aux États-Unis, que ce soit en Europe également, avec les ramifications dans les pays africains. Il y a une internationalisation du mouvement anti-genre, du mouvement anti-droit, du mouvement anti-progrès qui veulent nous faire reculer dans les temps obscurs. C'est inacceptable. Vous êtes honorée aujourd'hui pour le prix Anne Klein de la Fondation Heinrich-Böhl. Qu'est-ce que ça représente pour vous ce prix ? C'est un signe que ce que nous avons fait, c'est bon, mais qu'il y a mieux encore à faire. « Bon, c'est bon, mais quand mieux arrive, bon s'enfuit. ». Nous sommes à « bon », nous devons aller à « mieux ». À écouter aussiFéminicides au Sénégal : « Il faut une réponse institutionnelle », alerte l'écrivaine Ndèye Fatou Kane
Warren Buffett, Bill Gates… les noms de ces hommes sont synonymes de réussite, de richesse et de générosité. Aux États-Unis, quand on est milliardaire, il est de bon ton de donner une partie de sa fortune pour de bonnes causes, et on ne s'en cache pas. Mais quand on pense aux philanthropes du monde, on pense plus rarement aux femmes, et pourtant elles sont de plus en plus nombreuses à constituer des fortunes leur permettant de rivaliser avec leur homologues masculins dans le domaine du don.
À Natitingou, dans l'extrême nord du Bénin, le Lycée militaire des jeunes filles est l'un des établissements les plus sélectifs du pays. Chaque année, seules les meilleures élèves y sont admises après un concours exigeant. Elles y reçoivent une formation d'excellence qui les prépare à des carrières civiles de haut niveau. Depuis septembre, l'école est dirigée pour la première fois par une femme : Silifatou Amanké Bouari, devenue un modèle pour ces jeunes élites.
Elles nettoient, soignent, assemblent, livrent sans que leurs gestes soient vraiment reconnus. Ces travailleuses de l'ombre font pourtant tourner l'économie mondiale. On les voit peu. Elles sont souvent mal payées, avec des horaires difficiles et des contrats précaires. Mais sans elles, beaucoup d'activités s'arrêteraient. Leur travail, indispensable au quotidien, reste pourtant rarement mis en avant. Comment ces femmes, longtemps tenues à l'écart des lieux de pouvoir, peuvent-elles être à ce point indispensables au fonctionnement du capitalisme ? Que nous dit leur invisibilité de la façon dont notre société décide de ce qui a de la valeur et de ce qui n'en a pas ? Avec : Fanny Gallot, historienne, Université Paris Est Créteil, co-autrice de l'ouvrage Le cœur du capital – Ces travailleuses de l'ombre qui font tourner le monde (Université Paris Cité Éditions, 2026) Hugo Harari-Kermadec, professeur en sociologie à l'Université d'Orléans, co-auteur de l'ouvrage Le cœur du capital – Ces travailleuses de l'ombre qui font tourner le monde (Université Paris Cité Éditions, 2026). À retrouver dans l'émission également : À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars 2026, focus sur le Planning Familial, qui fête ses 70 ans cette année, avec Nadine Marchand, directrice du Planning Familial d'Ille-et-Vilaine. Cette antenne du Planning Familial a publié en octobre 2025 une enquête sur les conditions d'accès à l'IVG sur son territoire. Deux ans après l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution, quels vécus et parcours dans la réalité ? En fin d'émission, la chronique Écoutez le monde, de Monica Fantini. Programmation musicale : ► Gorgeous - Doja Cat ► Tufulin - Karyna Gomes, Alana Sinkey.
À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars, l'équipe de Maintenant Vous Savez a sélectionné des épisodes qui questionnent les inégalités. Pourquoi considère-t-on les femmes comme une minorité, alors qu'elles sont plus nombreuses sur Terre ? Pourquoi les objets du quotidien ne sont-ils pas pensés pour elles ? Comment internet creuse-t-il les inégalités entre hommes et femmes ? Tout au long de la semaine, découvrez des épisodes pour comprendre les inégalités qui touchent encore aujourd'hui les femmes et les actions misent en place pour les contrer. Learn more about your ad choices. Visit megaphone.fm/adchoices