Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

Raconter la folle épopée de l'université de Vincennes, dans le Paris bouillonnant post-1968, c'est le pari tenu par Benjamin Charbit et Dominique Baumard dans Camarades ! Dans la série, Françoise, étudiante et apprentie révolutionnaire, crée un groupuscule maoïste – sans savoir qu'une prostituée du bois, Claudine, s'apprête à infiltrer son cercle pour le compte des renseignements généraux. Retour sur une série qui renoue avec panache avec l'esprit de mai 68, avec ses deux créateurs, Benjamin Charbit et Dominique Baumard. Camarades !, une série en 8 épisodes, est disponible depuis le 16 septembre sur la plateforme arte.tv.

C'est l'un des livres phares de cette rentrée littéraire. JE, publié aux éditions Gallimard, quatrième roman de l'autrice Lilia Hassaine, figure sur la première sélection en vue du prix Goncourt. Dans cette fiction, la romancière reprend l'histoire du Jane Eyre de Charlotte Brontë, mais du point de vue de Bertha Antoinette Rochester, la première épouse de Mr Rochester, enfermée durant dix ans dans un grenier en raison de sa folie supposée. Sous la plume de Lilia Hassaine, Bertha Antoinette Rochester n'est plus le bourreau mais la victime d'un homme violent et manipulateur ; ce n'est plus une femme aliénée et dangereuse mais une victime sous emprise et abandonnée par ses pairs. Un roman d'époque tout ce qu'il y a de plus contemporain. RFI : Dans JE, vous reprenez l'histoire du Jane Eyre de Charlotte Brontë, mais à travers les yeux de Bertha Antoinette Rochester, la première épouse de Mr Rochester, enfermée pendant 10 ans dans un grenier en raison de sa folie supposée. D'où vous est venue l'envie de raconter l'histoire, du point de vue de ce personnage omniprésent dans Jane Eyre et qu'on ne rencontre pourtant jamais vraiment ? Lilia Hassaine : Le point de départ de cette histoire, c'est vraiment une histoire plutôt personnelle qui m'a conduite à m'interroger sur cette femme, ce personnage féminin dans lequel je me suis reconnue en relisant Jane Eyre à l'âge adulte. Et surtout, je me suis posé la question suivante : que fait-on d'une histoire personnelle ? Faut-il aller vers le témoignage, ou faut-il que je raconte cette histoire au présent ? Je trouvais plus intéressant de montrer ce qu'il y avait d'invariant, d'intemporel dans cette question des violences, et comment, aujourd'hui, je peux me reconnaître dans un personnage du XIXe siècle, dans cette femme enfermée. À partir de mon imagination, des trous laissés par le roman de Charlotte Brontë, il y a un autre récit possible qui est effectivement plus contemporain. En donnant une histoire et une parole à Antoinette, vous donnez aussi plus de profondeur au personnage de Rochester. Vous le décrivez avec tous les atours de ce qu'on appellerait aujourd'hui un « pervers narcissique » : froid, calculateur, manipulateur. D'où vous est venue cette intuition-là, vis-à-vis de ce personnage ? Finalement, tout est déjà dans le roman de Charlotte Brontë. Ce n'est pas un personnage sympathique, c'est un personnage qui est assez menteur. C'est un homme qui séquestre son épouse à domicile. Et je trouvais intéressant de voir ce qui, dans ce personnage, avait pu tant me plaire à l'adolescence, et à quel point ces comportements ont participé à la construction d'un imaginaire romantique chez les jeunes femmes que nous avons été. Ceci dit, sans le travail de Charlotte Brontë, je ne me serais jamais autorisée à détruire un personnage, ou à me dire que j'allais sauver Antoinette. Simplement, il y avait déjà tout en germe, et assez d'espace pour un imaginaire plus contemporain. Une autre thématique qui est très présente dans votre réinterprétation, c'est la dimension de l'esclavage, des rapports de domination coloniaux, du racisme en fait. Pourquoi est-ce que vous avez souhaité intégrer cet aspect-là à votre relecture ? Parce que c'est déjà présent dans le roman de Charlotte Brontë. Rochester a un regard de propriétaire ; et ce qui rend possible la violence de cet homme à l'égard de sa femme, ce qui l'amplifie, c'est le contexte raciste. Lorsqu'Antoinette arrive en Angleterre [de Jamaïque, NDLR], elle a beau être blanche, elle subit une forme de racisme car elle est créole. Elle est née sur une terre noire, on la soupçonne donc de l'être un peu ; elle vient d'une île où il fait chaud, or on imagine à l'époque que la chaleur peut rendre fou. Ces imaginaires se rencontrent, viennent légitimer les violences, et les rendent plus facilement acceptables. Existe-t-il, selon vous, d'autres personnages féminins de la littérature à qui il faudrait redonner une histoire ou une voix ? Parfois, c'est vraiment le contexte culturel qui a provoqué des lectures qui n'étaient pas forcément liées aux intentions de l'auteur. Je n'ai pas l'impression qu'il faille apporter un regard moderne. Mais notre société évolue, ce qui nous amène à revisiter des œuvres du passé et à nous rendre compte que l'intention première de l'auteur était parfois très en avance. En tant que lecteur, on comprend ce que l'on a envie de comprendre, ce que l'époque nous pousse à comprendre. Je trouve qu'il est plus intéressant d'aborder les œuvres littéraires sous cet angle-là ; de voir ce qu'elles ont déjà en elles, de réflexions, de troubles, de jeux avec les préjugés, etc., plutôt que d'essayer de déconstruire a posteriori. À lire aussiDans le laboratoire de la transparence, avec Lilia Hassaine

Quand une fête d'anniversaire vire au cauchemar, c'est le sujet d'Histoires de la nuit, un roman de Laurent Mauvignier adapté au cinéma par Léa Mysius. Pour son troisième long métrage, la réalisatrice dirige Hafsia Herzi, Monica Bellucci, Benoît Magimel et Bastien Bouillon dans un film noir : l'histoire de trois hommes qui débarquent un soir dans une ferme isolée où une famille célèbre un anniversaire, et où un lourd secret sera révélé. À lire aussiLaurent Mauvignier, maître des silences, remporte le prix Goncourt 2025 avec «La Maison vide»

Il était présenté hors compétition au festival de Cannes cette année, dans la section Cannes Premières. Le film Si tu penses bien, quatrième long-métrage de Géraldine Nakache, sort en salles ce 16 septembre. Connue pour ses comédies, la réalisatrice s'aventure pour la première fois vers le registre du drame. Le scénario aborde le thème des violences conjugales à travers la relation d'emprise psychologique entre Jacques et Gil, interprétés par Niels Schneider et Monia Chokri.

Le collectif français La Horde présente sa dernière création au Théâtre de la ville à Paris. Après moi le déluge, créé avec le Ballet national de Marseille - que le collectif dirige - a pour regard extérieur Alain Damasio, l'écrivain de science fiction. Et c'est un monde chaotique futur qui se déploie sur scène. Sur le plateau, se déroule une sorte d'apocalypse dans une débauche de moyens. Les danseurs transformés en monstres tentent d'exister entre un décor omniprésent et un écran géant.

Avec son sixième roman, Nos vies sauvages, l'autrice franco-camerounaise Hemley Boum signe un réquisitoire sur la déliquescence politique et la faillite morale du Cameroun. Roman politique autant que thriller psychologique, Nos vies sauvages est un texte magistral et puissant publié aux éditions Gallimard. RFI : Nos vies sauvages, c'est le titre de votre sixième roman, et avec ce roman, vous signez un texte qui interroge le désenchantement des peuples. Une radioscopie de la façon dont un pouvoir néfaste peut contaminer une société. Vous parlez du Cameroun, mais la démonstration est universelle. Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. Est-ce que cette citation résume votre propos ? Hemley Boum : Évidemment, le pouvoir corrompt les êtres. Mais ce que le pouvoir fait aussi, notamment quand il met les gens dos au mur, c'est que, bien malgré lui, il suscite des solidarités complètement inattendues. Il suscite des actes de courage inattendus aussi. Des actes de courage, c'est le fait du personnage principal de ce roman, Maître Ndolo Elimbi, jeune avocate brillante et charismatique. Elle s'aperçoit au fil du roman que la corruption née du pouvoir entraîne une corruption morale jusqu'au cœur de sa famille. Est-ce que la faillite morale collective du pays dont vous parlez, le Cameroun, entraîne des faillites individuelles ? Obligatoirement. Ce pays n'est pas désincarné. Le Cameroun est composé de personnes, d'hommes et de femmes, et la corruption dont on parle concerne ces personnes-là. Bien sûr, la famille est touchée, la façon dont on fait famille, y compris la façon dont on prie, y compris la façon dont on se projette envers les autres, comment on élève ses enfants, comment se pose la question de la morale... Toutes ces questions concernent les gens. Ce n'est pas une histoire désincarnée, ce n'est pas un pays qui s'effondre, ce ne sont pas des frontières qui s'effondrent, ce sont des femmes, des hommes, des histoires individuelles. Le personnage principal, Maître Ndolo Elimbi, est finalement le seul dans le roman qui n'a pas une part de lâcheté ou une part de noirceur. C'est une sorte de personnage pur et charismatique qui finalement redonne de l'espoir. Oui, elle a une force qui est aussi une forme d'arrogance et une forme d'aveuglement. Une personne comme Ndolo, parce qu'elle va au bout de cet espoir, parce qu'elle va au bout de cet engagement et parce qu'elle se sent capable de porter cette ambition, va venir faire bouger à l'intérieur du Cameroun des sphères que l'on croyait totalement putréfiées. Elle va venir tout d'un coup faire surgir un espoir que l'on n'attendait plus. Mais pourquoi elle ? Parce qu'il y a d'autres personnages dans ce roman qui ont tenté finalement de faire bouger les choses, tenté de changer le système. Ils n'y sont pas parvenus, ils ont pris le chemin de l'exil pour certains, ils sont en prison pour d'autres. Pourquoi Ndolo parvient-elle à réussir ? Elle ne réussit pas forcément. Le roman s'ouvre avec l'emprisonnement de Ndolo Elimbi et se ferme avec encore l'emprisonnement de Ndolo Elimbi. Donc, c'est juste un temps long qui est développé, et durant lequel il se produit beaucoup de choses. Ndolo se jette dans la bataille corps et âme, et parce qu'elle se jette dans la bataille corps et âme, des personnes qui ne s'étaient jamais battues ou qui n'avaient jamais envisagé éventuellement d'y aller décident de le faire. Mais avant Ndolo, des générations de personnes se sont battues pour faire tomber ce pouvoir. J'appelle le Cameroun aussi le pays des révolutions avortées. Ça vient de là. On pourrait désespérer aujourd'hui en voyant le Cameroun et en se disant que toutes ces révolutions ont avorté. Votre personnage redonne finalement de l'espoir à ceux qui n'en ont plus. Oui. Ce qui provoque la révolte et ce qui provoque la rébellion, la colère ou le désir de faire changer les choses est toujours là. Et tant que ce sera là, l'énergie de faire bouger les choses existera toujours. Il y aura toujours des hommes ou des femmes qui résisteront. Bien sûr, il y aura toujours des femmes et des hommes qui tenteront une perspective que l'on n'a pas explorée. Il y aura toujours un espoir qui se lèvera. On ne sait pas d'où viendra l'étincelle, mais la possibilité de l'étincelle existe totalement. Le Cameroun, c'est un pays où, de toutes façons, il est beaucoup trop tard pour être pessimiste. Justement, ce pays que vous décrivez, le Cameroun, vous le faites d'une façon très intéressante dans l'ouvrage, vous le faites de façon chorale. C'est-à-dire qu'on entend les personnages parler les uns après les autres, ce qui donne un effet démultiplicateur, un effet kaléidoscopique. On voit la société sous toutes ses facettes. Ça vous est venu tout de suite ce style de roman choral ? C'est ce qu'il fallait pour décrire cette situation ? J'aime beaucoup écrire comme ça. Ce n'est pas le premier roman choral que j'écris. J'aime écrire sous diverses perspectives parce que je pense que, comme une palette, petit à petit, en mettant en résonance et en conversation les différentes perspectives, on arrive à avoir une vision, si ce n'est juste, en tout cas la plus juste possible. Et je pense que c'est aussi une complicité entre le lecteur et moi en tant qu'écrivain. Finalement, je lui donne suffisamment d'éléments pour qu'il soit toujours un tantinet en avance par rapport aux personnages. On a presque l'impression, en lisant ce roman, que c'est un travail journalistique. Est-ce qu'il vous a fallu beaucoup de recherches, beaucoup de temps de travail sur la matière pour comprendre et pour saisir l'ampleur de ce Cameroun en putréfaction ? Il y a des moments historiques vrais – quand je parle de 1990, de 2008, 2002, 2018, quand je parle de périodes d'élections ou de périodes de révolte, c'est totalement vrai, historique et traçable. Donc, dans ces moments-là, ce que j'en dis est vrai. Après, c'est un roman. Certes, j'ai besoin d'énormément d'informations pour être le plus juste encore une fois dans ce que j'écris, mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est la liberté absolue qu'offre la fiction. Les personnages que j'invente, les situations que je mets en scène et la façon dont je vais raconter une histoire. Car ce n'est pas le réel, ce n'est pas du journalisme, ce n'est pas de l'histoire, c'est du roman. Purement du roman. Mais un roman ancré dans le réel. Totalement ancré dans le réel. Est-ce que vous pensez que votre livre pourra être lu et distribué au Cameroun ? Je l'espère bien, oui. Je sais aussi que les Camerounais trouveront le chemin vers ce livre. Il y a quand même des phrases saisissantes et qui pourraient faire frémir ceux qui vous imaginent demain rentrer au Cameroun. « La corruption était pire que la torture ou le bannissement, elle vous atteignait à l'endroit de votre espace intime. Biya ne tuait que rarement ses opposants, il se contentait d'en faire des êtres avides, petits et purs. » Oui, ça me semble le cœur même de la façon dont ce pouvoir agit sur les gens. C'est aussi un roman féministe, puisque dans ce roman, les hommes sont soit lâches, soit défaillants, soit mauvais. Les femmes le sont aussi, mais elles se ressaisissent. Est-ce que vous avez la conviction que les femmes ont la capacité de remettre les choses sur de bons rails ou du moins que les hommes pourraient peut-être les écouter davantage ? Ce n'est pas très juste de décrire les hommes comme vous les décrivez, je pense qu'ils ont quand même leur place. Ils ne sont pas tous à jeter. Mais il n'empêche que quand même, le pouvoir est extrêmement patriarcal. Le pouvoir appartient aux hommes et si je parle du pouvoir, c'est de cela dont je parle. Et je pense aussi que la place que je donne aux femmes dans ce roman, c'est vraiment une place en tant que « sujet », en tant que personnes capables d'intervenir dans la société pour le meilleur et pour le pire. Pas forcément parce qu'elles sont connectées, pas forcément en tant que mère, en tant que sœur ou en tant qu'épouse, mais en tant que citoyennes. Et ce sont des femmes comme ça que j'ai décrites. Et ce sont surtout des femmes comme ça que j'ai dans mon entourage, des femmes qui sont profondément investies pour le meilleur et pour le pire, ce qui m'exempte d'en faire des femmes parfaites. Il y a un enseignement dans ce livre, c'est l'enseignement selon lequel il faut accepter son héritage, en porter le poids qu'il soit positif ou négatif. Les sociétés en général, dites-vous, doivent accepter de vivre avec le legs du passé. Qu'est-ce qu'on peut faire d'autre ? À un moment, il faut accepter ce qui a été, en prendre acte pour avoir l'élan d'autre chose, parce que sinon, on ressasse le passé, on le rejette, on le critique, on n'avance pas. Et ensuite, à partir de là, construire ce qu'il y a à construire. Il y a un présent à vivre. Il y a un présent à vivre, un avenir à construire… et vous êtes profondément optimiste. En fait, j'espère que cela s'entend dans le livre, l'Afrique est la partie du monde pour laquelle je suis le plus optimiste. À écouter dans En sol majeurLe Cameroun en noir et blanc d'Hemley Boum

« Soyez réalistes, demandez l'impossible. » La formule est attribuée à Ernesto Guevara, dit le Che, exécuté le 9 octobre 1967 en Bolivie alors qu'il tentait d'exporter la révolution cubaine en Amérique latine. L'impossible, c'est ce qu'ont accompli six de ses compagnons d'armes qui, pendant plusieurs mois, ont parcouru plus de 2 400 kilomètres à travers la Bolivie, poursuivis par 4 000 soldats. Un documentaire intitulé Les survivants du Che raconte leur histoire. C'est l'histoire de ceux qui font les révolutions, mais dont les noms n'apparaissent jamais. En 1967, le Che est capturé et exécuté en Bolivie… RFI : Dans votre premier long métrage documentaire, Les Survivants du Che, vous racontez l'épopée incroyable de six guérilleros qui étaient avec Che Guevara en Bolivie et qui ont pris la fuite lorsque le Che a été capturé, puis exécuté. Ils se sont enfuis sur plus de 2 400 kilomètres à travers la Bolivie. Ils ont échappé à des milliers de soldats. Pourquoi raconter cette histoire maintenant ? Christophe Dimitri Réveille : Pourquoi maintenant ? Je ne sais. Cela fait 22 ans que je veux la raconter, mais effectivement, j'ai l'impression que c'est maintenant qu'elle trouve son écho. Le contexte géopolitique actuel aide à ce qu'on ait envie de montrer ce film. En tout cas, je pense que ce n'est pas anodin que ce soit maintenant qu'il sorte et qu'il y ait de l'intérêt autour de ce film. L'histoire de ces survivants, est-elle peu connue ? Chaque fois que je rencontre des gens, ils ne savent pas, même des gens qui connaissent bien le sujet. Tout le monde avait l'attention focalisée sur Che Guevara. Un des survivants, le guide du Parti communiste, m'a dit souvent que tout le monde a pensé que l'histoire s'arrêtait ici. Mais, en fait, l'histoire des survivants commence à la mort du Che, parce qu'ils sont sans leur guide, sans leur chef, et ils doivent sortir vivants de cet enfer. Nous sommes en octobre 1967, dans les montagnes de Bolivie. Ernesto Guevara est capturé par l'armée bolivienne qui est appuyée par la CIA. Il est exécuté et six de ces guérilleros arrivent à s'échapper. Cela semble complètement impossible de survivre dans cet environnement, traqué par les soldats. Je crois qu'ils sont sortis vivants parce qu'ils se sont mis en marche. Le film commence quand le Che les envoie vers les hauteurs. Parc que le Che leur dit : Mettez-vous sur les hauteurs, ils ne sont pas tués ou arrêtés. Et à partir de ce moment-là, très vite, ils ont fait ce qu'ils appellent « le serment de la Quebrada del Toro » : il faut qu'on sorte, qu'on raconte tout à Fidel Castro et qu'on relance la lutte. Vous avez mis vingt ans à faire ce film. Vous avez retrouvé les survivants qui ont accepté de vous parler. Vous avez retrouvé aussi leurs antagonistes. Puis il y a des images d'animation pour raconter ce que vous ne pouvez pas montrer. Et ce film fait écho à notre époque. Il y a le fait que l'autre fou furieux, Donald Trump, veut envahir Cuba. D'ailleurs, au Festival de Cannes, c'était hyper bizarre, parce qu'on se disait : C'est fou, il y a un peuple qui est en train de souffrir et nous on est là à porter leur histoire. C'était très ambigu à vivre. En ce moment, avec les élections en France qui arrivent, on sent arriver le Rassemblement national. Il y a des dangers un peu partout qui pointent, et j'ai l'impression qu'on a besoin de s'évader, d'une résistance par la culture. Votre film, Les survivants du Che, montre aussi cette flamme de la révolution qui n'a jamais quitté ces guerriers. Je pense que ce film est profondément politique, mais une politique qui passe par l'humain. Le dogme ne m'intéresse pas. Je crois que c'est par l'humain qu'on arrivera à changer les choses. Je crois beaucoup plus à des gens qui travaillent dans les associations, des gens de l'ombre dont personne ne parle, plutôt qu'à des gens qui pérorent sur de grands changements. Je crois plutôt au petit travail des petites mains de l'ombre. À lire aussi« Les survivants du Che » : l'incroyable périple de guerilleros de l'ombre

Peut-on être une femme de 50 ans, accomplie dans sa vie personnelle, professionnelle et sensuelle, sans passer par la maternité ? Avec La Vie d'une femme, la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet répond résolument : « oui ». Dans son deuxième long-métrage, sélectionné en compétition au Festival de Cannes et sorti ce 9 septembre 2026 en salles, la cinéaste explore la vie de Gabrielle Conti, chirurgienne émérite, épouse amoureuse et tutrice de sa mère, dont le quotidien est bouleversé par la rencontre avec une jeune écrivaine. Le récit d'une femme qui refuse de renoncer, résolument maîtresse de ses choix. RFI : Charline Bourgeois-Taquet, vous signez La vie d'une femme, où vous explorez la vie d'une chirurgienne accomplie d'une cinquantaine d'années, Gabrielle Conti [incarnée par Léa Drucker, NDLR], dont le quotidien est bouleversé par la rencontre avec une jeune écrivaine [Mélanie Thierry]. D'où vous est venue l'envie de prendre à bras le corps un tel récit, loin de votre précédent film où vous suiviez une jeune trentenaire ? C'est vrai que dans le film précédent, le personnage était plus proche de moi. En tout cas, c'est un personnage qui avait mon âge. Cette fois - et pardon pour cette réponse un peu personnelle -, j'ai écrit le film en réaction au décès de ma mère. Elle est morte à 57 ans, d'une maladie assez longue. Et - peut-être car je jugeais, et c'est très subjectif, sa vie insatisfaisante - j'ai eu envie d'écrire un personnage de femme entre 55 et 60 ans qui se serait accomplie dans autre chose que la maternité, dans autre chose que l'amour. Je crois que j'avais besoin de ça, de représenter une femme qui aurait mis le travail au centre, qui se serait accomplie par elle-même, qui serait libre et qui, à 55 ans, n'aurait pas renoncé non plus à sa vie amoureuse, sensuelle, érotique. Une femme qui puisse tout faire de front, finalement ? Oui, une femme forte, mais pas seulement forte, qui se consacre aux autres, mais qui est aussi égoïste par certains aspects. Enfin, un personnage complexe, j'espère. Ce que je voulais, c'est que ce personnage puisse faire envie aussi aux spectatrices, aux spectateurs, et qu'il puisse peut-être ouvrir des perspectives. Dans le film, la plupart des proches de Gabrielle lui disent qu'il y a un problème. Elle travaille trop, elle fait trop de choses, elle est trop parfaite. Et elle n'a pas l'air de voir du tout le problème dans tout ça. La question finalement que pose votre film, c'est est-ce que c'est si grave de mettre le travail au centre du jeu ? Je trouvais intéressant que le personnage soit vu par son entourage d'une manière très différente de la façon dont elle-même se perçoit. On nous a énormément proposé de personnages d'hommes, dans les fictions, qui se consacrent à leur métier. Et on trouve ça normal. Des personnages de femmes, dans ce cas-là, il y en a moins - et je pense que c'est pareil dans la vie. Pour raconter cette bascule dans autre chose qui arrive à ce personnage de Gabrielle, vous avez choisi de lui faire vivre un amour lesbien, là où le bouleversement aurait pu venir, pourquoi pas, d'un autre homme. Pourquoi ce choix-là ? C'était vraiment pour lui faire découvrir quelque chose de nouveau, qu'il y ait une nouvelle proposition amoureuse, un désir inattendu, quelque chose qui la bouscule peut-être plus que si ça avait été un homme, qui la déplace aussi. C'est un personnage qui est dans la maîtrise de tout : j'avais vraiment envie de voir comment elle allait réagir à quelque chose de très inconnu. Et de la mettre dans une situation de maladresse et de fragilité dans laquelle on ne l'a pas vue jusque-là. Il y a donc évidemment beaucoup de femmes à l'écran, comme dans votre film précédent. Qu'est-ce qui vous donne envie de travailler, essentiellement, des récits de femmes ? Précisément, c'est une question d'envie, c'est une pure question de désir, un appétit que j'ai pour les histoires dont les femmes sont les héroïnes, mais aussi bien d'ailleurs en tant que lectrice et spectatrice. Depuis toujours, il n'y a que ça qui m'intéresse. Et donc quand j'écris des films, très naturellement, j'ai envie de m'intéresser à des personnages de femmes. Il n'y a pas d'autre réponse que le désir.

Aurus est un drôle d'ovni. Bastien Picot, son vrai nom, ne choisit jamais entre les effluves du maloya, la pop orchestrale, les acrobaties polyphoniques et les architectures synthétiques. Il assemble et superpose. Une manière de faire de son identité réunionnaise non pas une frontière, mais un terrain d'expérimentation. Aurus, avait déjà goûté au décloisonnement des genres avec les 3SomeSisters, quatuor transgenre découvert notamment aux Trans Musicales en 2015, où glam, pop tribale et esthétique queer se mêlaient dans un spectacle aussi musical que théâtral. Avec son nouvel album Prism, paru le 5 juin 2026, le chanteur proféiforme, pousse plus loin cette logique kaléidoscopique. Le disque part d'une idée simple : le monde change selon notre regard , et sa richesse tient à la multiplicité des identités qui le composent. Chez lui, chaque morceau devient une pièce d'un puzzle, révélant sa cohérence qu'une fois assemblé. Le voyage va des traditions réunionnaises aux musiques actuelles, de la pop urbaine au rock tribal, jusqu'aux polyphonies réunionnaises. Créole et anglais, voix organiques et matières électroniques se répondent. Aurus préfère le mélange au folklore, la collision à la carte postale de l'ile de l'océan indien. Sur scène, le chanteur, performeur aux airs de chaman, transforme cette profusion en expérience physique. Perché sur son « caillou volcanique », il fait de La Réunion un laboratoire, plutôt qu'un décor hédoniste. Prism ne brouille pas les pistes, il les multiplie. Aurus signe un album foisonnant, libre et résolument singulier. En concert aux Francofolies de La Réunion, au Téat Plein Air de Saint-Gilles le 4 septembre 2026 .

À Perpignan, dans le sud de la France, le festival Visa pour l'image se déroule du 29 août au 13 septembre. Il met à l'honneur les photojournalistes du monde entier. Parmi les reportages de guerres, de crises humanitaires et de bouleversements géopolitiques qui sont exposés, il y a le travail d'Abdulmonam Eassa. Ce photojournaliste franco-syrien a réalisé une série de photos intitulée « Guerre au Soudan, une nation prise au piège » pour Le Monde, en octobre 2024 et décembre 2025. Des photos qui racontent l'atrocité de cette guerre, mais aussi l'humanité des Soudanais entre eux. À lire aussiAbdulmonam Eassa : de la Syrie au Soudan, le photojournalisme comme rempart contre l'oubli

Comment se construire quand, enfant, on a été agressé sexuellement par un père ? C'est le sujet fort d'un premier long métrage qui sort en salles ce mercredi 2 septembre. Dans La Frappe, Enzo et sa sœur Carla, deux jeunes de 20 ans, voient leur père sortir de prison et réapparaître dans leur vie. Le réalisateur Julien Gaspar-Oliveri montre leur trajectoire et les conséquences du trauma de l'inceste.

Depuis plus de 50 ans, sa voix porte inlassablement les valeurs du reggae : le chanteur jamaïcain Winston McAnuff et ses enfants, Nadia et Kush, forment tous ensemble la McAnuff Family. Accompagnés du groupe français de reggae les Ligerians, ils sillonnent les scènes de France depuis cet été. Une façon de faire le pont entre les différentes générations et les différentes écoles du reggae… une façon, aussi, de montrer que 45 ans après la mort de Bob Marley, ce style musical né en Jamaïque n'a pas dit son dernier mot. Léa Boutin-Rivière a pu rencontrer la McAnuff Family lors du festival No Logo BZH, cet été. RFI : Bonjour Winston, bonjour Nadia. Vous vous apprêtez à jouer avec les Ligerians ce soir sur scène. Comment ce projet de jouer à la fois en famille et avec les Ligerians s'est-il concrétisé ? Nadia McAnuff : En réalité, nous avons toujours joué en famille. Déjà plus jeune, j'ai participé à certains titres avec le collectif Inna de Yard, après avoir été invitée par mon père Winston et mon frère Koush. Et puis, plus tard, j'ai commencé à jouer avec les Ligerians. Dès le début, l'objectif était que toute la famille joue. Mon frère et mon père ont pris du temps pour le projet, et je tiens à les remercier de leur présence. Vous avez dévoilé votre album Africa My Destiny il y a quelques semaines. D'où ce titre vous est-il venu ? Nadia McAnuff : C'est venu assez naturellement. Quand on est en tournée, on travaille toujours sur de nouveaux titres, on crée en même temps que l'on tourne. C'est en suivant ce processus que l'album est né. Winston McAnuff : Pour parler plus précisément de la chanson « Africa My Destiny », un grand écrivain jamaïcain, Claude McKay, a écrit un poème que la plupart des Jamaïcains connaissent, If We Must Die. Et ce que j'ai fait avec « Africa My Destiny », c'est réadapter le poème et le mettre en musique. C'est une manière de rendre hommage à Claude McKay. Pour rester sur cette idée d'hommage, dans cet album vous participez tous les trois à la chanson « Be Careful ». Il me semble que c'est un hommage à votre fils et votre frère, Matthew, qui est mort en 2012… WMA : Ah oui, « Be Careful »… C'était à l'époque où mon fils était au lycée. J'ai eu l'opportunité d'enregistrer des titres avec Inna De Yard, et j'ai proposé à Matthew de venir enregistrer lui aussi. Ça a donné ce titre. Et le fait qu'on le chante aujourd'hui tous les trois… disons que c'est notre façon de multiplier Matthew. Vous avez aussi des chansons politiques, notamment « Story Comes to Bump ». Est-ce important pour vous d'écrire des textes engagés ? WMA : En tant qu'artistes, nous chantons toujours sur ce que nous voyons autour de nous. Ce n'est pas nouveau. Même pendant l'apartheid, le reggae était à l'avant-garde de l'engagement. La politique fait partie de la vie ! Certaines personnes ne votent pas, mais parfois, les mots peuvent avoir une influence, surtout si vous disposez d'une grosse plateforme. Donc c'est important de s'exprimer sur toutes les choses que l'on voit et qui vont mal. D'être une voix pour ceux qui n'en ont pas. Winston, vous faites partie du paysage musical depuis plusieurs décennies… Vous avez vu le reggae évoluer, être très populaire, puis devenir plus confidentiel. Comment voyez-vous le reggae aujourd'hui et sa place sur la scène musicale ? Vous savez, le reggae est une force positive. Or, dans la vie, il suffit d'un peu de positif pour neutraliser une grande quantité de négatif. C'est comme une tasse de thé ! Vous n'avez besoin que d'un seul carré de sucre pour que toute la tasse soit plus douce. La lumière, c'est quelque chose de très puissant. C'est la raison pour laquelle nous n'avons qu'un seul soleil, pour le monde entier. Eh bien le reggae, c'est pareil. L'obscurité n'a pas tant de pouvoir que cela. À lire aussiSession live Winston McAnuff, Fixi et Minino Garay

Passer du rire aux larmes en parlant de dépression et de suicide, c'est l'étonnant pari réussi d'Every Brilliant Thing, du Britannique Duncan Macmillan. Cette pièce jouée dans le monde entier raconte comment une enfant tente de remonter le moral de sa mère en listant toutes les choses merveilleuses de la vie. L'œuvre n'avait jamais été traduite en arabe. Le metteur en scène égyptien Ahmed El Attar y a remédié. Depuis 4 ans, la pièce voyage désormais dans le monde arabe et elle a été présentée pour la première fois en France, à Aurillac, entre le 18 et le 22 août derniers. À lire aussiEntre TikTok et Gaza, «Salma, mon amour» d'Ahmed El Attar au Festival d'Avignon

Vivre sans maître, ni chaîne, c'est ce que recherchent les cinq personnages inventés par Ananda Devi dans Chronique d'un royaume perdu. Dans ce roman, publié chez Grasset, l'autrice réinvente l'histoire de son île natale, l'île Maurice, à travers le destin de ces personnages qui, à l'abolition de l'esclavage, partent créer un nouveau monde au cœur de la forêt. Ananda Devi est l'autrice d'une œuvre récompensée par de nombreux prix et traduite en une douzaine de langues. Parmi ses livres les plus marquants, Ève de ses décombres (2006, prix des Cinq continents de la francophonie, prix RFO), Le sari vert (2009, prix Louis-Guilloux), Le rire des déesses (2021, prix Femina des lycéens) et Le jour des caméléons (2023, prix de la Langue française). Elle a reçu le prix Neustadt 2024 des États-Unis pour l'ensemble de son œuvre. À lire aussiAnanda Devi, au cœur des ténèbres, dans le ventre d'une prison

David, un photographe trentenaire et solitaire, est attiré dans une soirée par une femme blonde, une inconnue. Après une nuit d'amour, il se réveille dans son corps à elle et va se lancer dans une quête pour la retrouver. Voilà l'intrigue d'un thriller étranger qui sort ce mercredi sur les écrans français après avoir été projeté en compétition au dernier festival de Cannes. Intitulé L'Inconnue, il s'agit du troisième long métrage d'Arthur Harari. L'Inconnue d'Arthur Harari, avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Lilith Grasmug, au cinéma le 26 août 2026. À lire aussiArthur Harari questionne l'identité et le genre avec «L'Inconnue»

Propulsé sur le devant de la scène à la fin des années 1990, Pierpoljak a tout connu : les hauts de la célébrité et du succès, les bas de la prison et des problèmes de santé. A un peu plus de soixante ans, le chanteur conserve un profond amour du reggae et revient sur scène pour défendre son quinzième album, Skabadeng. Rencontre à l'occasion du festival No Logo BZH, en Bretagne. RFI : Vous défendez en ce moment en tournée votre album Skabadeng. Sur votre disque précédent, La Roue tourne Igo, vous expérimentiez plutôt du côté électro-reggae ; cette fois au contraire, vous revenez à un reggae plus proche des racines. D'où est venue cette envie ? Pierpoljak : Sur ce disque, j'ai travaillé avec Clive Hunt, un producteur avec lequel j'ai déjà fait beaucoup d'albums dans le passé. Il m'a appelé à un moment où je préparais des maquettes, sans trop savoir ce que je faisais. Je lui ai envoyé mes titres et c'était parti. Donc cet album est très roots car je suis parti là-bas, à Kingston, pour l'enregistrer avec lui. C'est pour ça que c'est très différent du disque précédent, que j'avais enregistré en France et qui était plus disparate artistiquement. Celui-ci parle plutôt de chansons d'amour finalement. C'est tout bête, mais cela correspond à ce que je vis au moment où j'écris – avec toujours un ou deux ans de décalage, le temps que l'on fasse l'album. Vous avez toujours évoqué votre quotidien dans vos chansons, mais, avec ce disque, vous basculez aussi sur un terrain plus politique avec un titre comme En tenue camouflée qui parle d'environnement. Pourquoi ? Moi, je ne fais pas de politique. La seule politique que je fais, c'est avec les chansons que j'écris depuis le début – mon tout premier titre, c'était Sauver la nature. Donc c'est vraiment un de mes thèmes de prédilection. J'ai plus de chansons sur ce sujet que sur l'herbe, alors que je n'arrête pas de fumer ! (rires) Je n'en parle pas parce que je me dis que c'est nécessaire aujourd'hui pour être intéressant : c'est vraiment ce que je pense, ce qui me tient à cœur, et j'ai toujours été comme ça ! Je ne suis pas donneur de leçons – d'ailleurs je le dis dans En tenue camouflée. Mais, quand on prend un Bob Marley, il a su faire des chansons qui ont dépassé la chanson, qui ont pu agir sur l'esprit des gens. Donc, sans me comparer à lui, je me dis que si quelqu'un peut piocher quelque chose dans mes titres, c'est déjà cela de gagné. Que représentent, pour vous, l'écriture et la musique ? J'imagine que c'est un exutoire – je dis j'imagine, parce que j'en ai fait vraiment beaucoup, donc je n'ai plus vraiment une idée précise. En tout cas, j'ai toujours aimé faire ça, et j'aime toujours faire ça. Même si je vieillis, je vais avoir 62 ans le mois prochain [en septembre 2026, ndlr]. Donc à ce stade, je n'ai pas tout dit, mais cela me prend plus de temps d'écrire, j'imagine. On fête cette année les 50 ans du punk – or, vous avez vous-même fondé un groupe de punk quand vous étiez très jeune, avant de devenir un artiste de reggae. Y a-t-il selon vous des points communs entre ces deux courants ? Bien sûr ! Pour commencer, le fait d'être un peu à part, de ne pas s'inscrire dans le sillon tracé. Et il y a aussi une histoire géographique : le punk vient d'Angleterre. Or là-bas, il y avait aussi les émigrés caribéens, des îles anglophones. Nous, les Français, on est arrivés là-bas et on a suivi le truc. Aujourd'hui d'ailleurs, j'adore toujours le punk rock ! Pierpoljak Skabadeng (Pekah Machine/Universal) 2025 Facebook / Instagram / YouTube À lire aussiPierpoljak, retour reggae avec «Skabadeng»

Iman Ahmed découvre un jour le passé de son père. Ce Djiboutien exilé en France et menant une vie tranquille fut en fait l'un des promoteurs de la scène musicale djiboutienne dans les années quatre-vingt-dix. S'ensuit une électrisante quête des origines qui débouche sur le récit romanesque truculent Abdallah superstar publié aux éditions Actes Sud. RFI : Imane Ahmed, vous êtes autrice et vous publiez en cette rentrée littéraire un premier roman, un roman autobiographique intitulé Abdallah Superstar. On découvre rapidement dans ce texte que ce n'est pas seulement Abdallah la star, mais c'est aussi votre père. C'est votre pays d'origine, Djibouti. Vous partez en quête de votre histoire familiale entre Poitiers et Djibouti. Une quête des origines, donc. Cette quête fut-elle pour vous un long processus de maturation ? Iman Ahmed : Oui, complètement. La période de l'enquête m'a pris à peu près deux-trois ans, et il a fallu à peu près trois ans supplémentaires pour écrire, trouver la voix de ce livre. Donc je l'ai commencé à 25 ans. J'ai 31 ans. Voilà. Cela prend un peu de temps pour arriver à un livre qui me semble vrai et qui raconte bien cette histoire. RFI : Cette histoire justement, c'est l'histoire de votre père. Vous avez découvert après son décès qu'il avait créé une chaîne YouTube, et sur cette chaîne YouTube, vous avez découvert plein de choses extraordinaires. Racontez-nous. Quelques années après son décès, je découvre cette chaîne YouTube sur laquelle il y a des clips, des enregistrements de concerts, des enregistrements en studio, donc de l'image et du son. Le tout est visiblement daté des années 1990 à Djibouti. Très vite, je réalise que j'ai devant moi un matériau assez magique. C'est de la pop-musique djiboutienne, musique que je découvre, bien que j'aie grandi à Djibouti. Les artistes que je vois me fascinent. Il y a Abdallah Lee, dont le roman porte le prénom. Je découvre sa voix, sa manière de faire le show, je découvre l'ambiance des concerts à Djibouti dans ces années-là. À la fois, la musique me touche parce que c'est une musique électronique avec des synthétiseurs, des boîtes à rythmes qui, même si elle est basée sur des rythmes traditionnels et toute une culture musicale de la région, possède une modernité qui devient obsédante à mes oreilles. Sur les images, je découvre une ambiance qui tout de suite enclenche le début d'une quête pour comprendre qui sont ces gens, ce qui se passe à ce moment-là dans ce pays, Djibouti, quelques années après l'indépendance [acquise en 1977, NDLR]. Aussi, pourquoi mon père possède ces vidéos sur son compte YouTube ? Vous découvrez que votre père a joué un rôle dans l'émergence de cette scène musicale djiboutienne. C'est quelque chose que vous étiez loin d'imaginer. Exactement. En appelant des gens, en me déplaçant, en allant voir soit des spécialistes de la musique, soit des anciens amis, soit des personnes dont je vois le nom apparaître sur les vidéos, je comprends que durant cet âge d'or musical à Djibouti, mon père a eu un studio de musique, studio dans lequel j'ai même habité d'ailleurs quand j'étais petite. Je comprends donc qu'il a fait partie des ingénieurs, des producteurs de musique, qu'il y a cru, qu'il l'a faite rayonner, qu'il l'a enregistrée et qu'il a été au cœur de cette histoire, de ce moment musical djiboutien. Votre père s'appelait Galal, et pour bien comprendre le fait que cette histoire musicale paternelle est demeurée secrète, il faut expliquer qu'il a été victime d'un AVC. Il est venu en France se faire soigner et il était quasi mutique, donc il n'avait pas partagé avec vous cette histoire. Il n'était pas tout à fait mutique, mais il était, disons, entré dans une nouvelle vie à Poitiers. Une vie bien différente de celle que l'on menait à Djibouti. En effet, toute une part de son passé a été placée sous silence. Je pense que c'est à cause de la douleur d'une vie. Vous savez, on a 34 ans, on vit un âge d'or, on est au cœur d'une émergence musicale qui est hyper riche et on doit ensuite, parce que l'on a eu un accident, venir en France. C'est aussi cet accident-là que j'essaie d'approcher avec ce roman. Il y a en moi l'envie de m'approprier cette histoire. C'est vrai qu'il ne m'avait pas transmis ce bagage-là. Je n'avais pas cru non plus que mon pays de naissance pouvait avoir une musique électronique de ce type. Et donc il y a aussi tout un exercice de déconstruction de ma part sur la question de savoir pourquoi est-ce que l'on n'imagine pas que Djibouti puisse avoir des synthétiseurs et des boîtes à rythme et produire des sons qui nous touchent pendant des dizaines d'années. À un moment, vous découvrez un caméscope, c'est le caméscope de votre père. Vous retrouvez ce caméscope et vous faites comme lui, c'est-à-dire que vous filmez tout ce que vous pouvez filmer. Un peu comme si vous aviez besoin de retrouver les traces de votre père en imitant ses gestes. C'est exactement ça. Reprendre son caméscope, le remettre en service et puis aussi filmer des choses, que ce soient des lieux, Marseille ou Paris. Je demande aussi à des gens de jouer devant la caméra. En fait, je crois qu'il a fallu mettre un peu de jeu et de fiction pour que ce soit un exercice que je puisse m'approprier. Et ce jeu dont vous parlez, vous le mettez aussi dans votre narration et dans votre plume. Ce qui est très beau dans le texte, c'est que parfois, quand vous parlez de l'absurdité de la mort, on retrouve un style, des phrases qui sont parfois dénuées de sens, qui sont elles-mêmes un peu absurdes. Ou alors, au contraire, quand vous découvrez Djibouti, votre style devient un kaléidoscope d'impressions couchées sur le papier. Et je me suis demandé si vous aviez longuement retravaillé vos phrases ? En fait, dans les six ans de travail sur ce texte, j'ai écrit des phrases. J'ai eu besoin à un moment de poser des choses, des images que j'avais notées dans des carnets, des phrases. Et ensuite, j'ai eu besoin de plusieurs années pour comprendre pourquoi j'avais écrit ça, comment elles s'imbriquaient. Et en effet, je pense que c'est un livre assez kaléidoscopique parce que c'est un livre assez visuel. Je pense qu'il y a plein de choses que j'ai vues, il y a eu des évidences. Et j'ai laissé aux phrases le temps de trouver leur place dans le récit. Un kaléidoscope, mais aussi un conte. Dans la fin du texte, vous avez cette expression qui revient plusieurs fois, « on s'en fout, c'est un conte ». Le passé est un conte, mais pour vous, c'est un conte fondamental, si ce n'est fondateur. J'ai cette formule pour rappeler aussi que la fiction et que les histoires qu'on se raconte sont tout aussi importantes qu'une vérité. Je trouve qu'il y a plein de romans de retour au pays traversés par une sorte de nécessité à raconter la vérité des choses, l'exactitude de ce qu'on voit. Et moi, je me suis plutôt dit que Djibouti a aussi droit à la fiction. Il y a certes les personnages historiques évidemment, il y a une histoire qui est réelle, des vidéos réelles, elles-aussi. Il y a Abdallah, mon père etc. Mais j'ai le droit de mettre de la fiction dans ça. Et c'est vrai que c'est un conte fondateur. Parce que, comme plein de contes, il nous guide avec ses préceptes, ses vérités que j'ai essayé d'approcher, sur le fait de retrouver une histoire qui n'est pas la nôtre, ou sur ce que signifie de trouver un ami qui raconte l'histoire de votre père. Et je pense que c'est un livre qui va m'accompagner et qui, je pense, peut accompagner aussi énormément de lecteurs, parce qu'on y parle du deuil, on y parle du retour, on y parle d'obsession. Abdallah Superstar d'Iman Ahmed, éditions Actes Sud, 150 pages, 2026. À lire aussiAvec «Un corps indocile», Osvalde Lewat ausculte la vulnérabilité masculine

Né en 2011 de la rencontre entre cinq copains de lycée, le groupe Feu! Chatterton fait aujourd'hui figure de tête de pont de la musique francophone, avec leur rock aux multiples influences, porté par des textes tout autant poétiques que mordants. À l'occasion de leur quatrième album, Labyrinthe, les cinq larrons parcourent les scènes de la France entière. L'occasion de revenir sur leur parcours, leurs engagements, et leur évolution musicale. RFI : Sébastien Wolf, Arthur Teboul, vous fêtez cette année le 15ᵉ anniversaire de Feu ! Chatterton. 15 ans, à quoi cela correspond-il pour vous ? L'âge d'or ? Sébastien Wolf (SW) : J'aime bien l'idée que ce soit l'âge de raison. On a commencé en 2014, sans vraiment savoir ce que l'on allait faire. Jamais on n'imaginait qu'on deviendrait des professionnels de la musique, on faisait ça dans notre chambre, dans notre coin, et maintenant on joue sur énormément de scènes. Et je pense qu'au fil des albums, on a aussi appris beaucoup de choses sur ce qu'était le métier de musicien, de compositeur, d'auteur. On a appris à accepter une forme d'inconnu, d'inutilité de notre métier aussi. On a maintenant atteint, peut-être, une forme de sagesse là-dessus : accepter de ne pas tout comprendre, de ne pas tout savoir, de ne pas avoir trouvé de recette. Aujourd'hui, c'est un peu en contradiction avec les valeurs que porte notre société, qui cherche du sens partout : utilité, efficacité, accélération. Notre métier, c'est tout l'inverse. Et cela, on a mis tout ce quatrième album, toute sa création à le comprendre, et ça nous a fait du bien. Vous parlez d'inutilité de ce que vous faites, pourtant, vous avez des textes assez engagés. Est-ce important pour vous, dans le contexte politique tel qu'il est aujourd'hui en France et plus largement dans le monde ? Arthur Teboul (AT) : C'est important, mais ce n'est pas programmatique. Quand on fait des chansons, c'est notre manière à nous de consigner nos interrogations sur le monde. On ressent cette nécessité et cette urgence de parler de notre monde, de parler de notre environnement. De fait, ça devient politique. On se pose des questions, comme beaucoup en fait. Aujourd'hui, plus que jamais, parce qu'on sent qu'on arrive à la fin d'un monde. Sauf que vivre la fin d'un monde, c'est désagréable, c'est angoissant, c'est inquiétant. On a la chance d'être cinq, donc on se pose ces questions en tant qu'hommes. Simplement, on est des amis, et on discute. Après, ça rejaillit dans nos chansons. On ressent une nécessité de faire des chansons. C'est notre manière d'évacuer nos peines, nos doutes ; de transformer nos colères et nos interrogations en mains tendues, en appels, pour essayer de faire corps avec l'autre. De fait, ça devient un engagement. SW : La question, c'est beaucoup : qu'est-ce qui est à l'origine de cet engagement ? Parce qu'au début, on ne faisait pas de chansons sociétales. C'est l'état du monde qui nous pousse à créer cette forme de bouclier. J'ai le sentiment que nous sommes toute une génération d'artistes qui posons des questions sur l'écologie, le genre, des questions d'antiracisme. On ne s'est pas dit, d'un coup, qu'on allait faire des chansons engagées. Mais on a commencé à se poser des questions, et je pense que, comme le dit Arthur, tout un chacun, s'il regarde vraiment le monde autour de lui, dans une société à problèmes, il est obligé de trouver des solutions en lui-même. Nous, on en fait des chansons, il y en a d'autres qui font des mouvements politiques. AT : J'ai l'espoir que les chansons dépassent les clivages. J'ai l'impression qu'une chanson, ça peut être quelque chose qui rassemble. C'est la manière que nous on a trouvée de construire quelque chose. SW : Je pense qu'il y a aussi peut-être une forme d'optimisme. Quand on s'engage, quand même, on croit qu'on peut changer des choses. Nos chansons, comme Allons voir, mais aussi plusieurs autres de l'album, sont en fait profondément optimistes. Elles portent l'idée qu'on peut faire évoluer le monde dans une bonne direction et en partant d'une idée déjà simple. Essayons de nous rassembler, de discuter. Ce message d'espoir qu'on essaie de porter dans le dernier album, au fond, il est déjà une forme de petit mouvement vers la joie. Effectivement, le disque est plus optimiste et peut-être plus sincère, ou plus naïf, que les précédents. Il y a moins ce côté ironique, mordant. D'où est venu ce changement-là, que l'on ressent aussi bien dans l'écriture que dans les instrumentations ? AT : C'est un mélange à la fois de désir et de confiance, d'avoir moins peur d'être vulnérable et le désir d'être plus direct. On s'est rencontrés dans un lycée prestigieux, etc. Il y a une part de nous qui vient de la tête, qui vient de l'intellect. Mais plus on a fait notre métier, plus on est descendu dans notre corps et dans notre cœur, et ça nous a fait du bien. On a senti une urgence à parler du cœur au cœur. Ce n'est pas facile ! Cela fragilise beaucoup plus que d'essayer d'être intelligent. On arrive aussi à un âge où on a beaucoup plus confiance en qui on est. On a grandi, on s'occupe moins du regard des autres, certains d'entre nous sont devenus parents, ce qui décentre. Et de l'autre côté, il y a ce désir d'aller plus droit, plus direct. L'époque a changé et cette ironie, ce mordant qu'on pouvait se permettre il y a quelques années, est devenu un luxe que l'on peut moins s'autoriser. On s'est débarrassés de toute forme de cynisme. SW : Pour parler aussi de musique, c'était un vrai désir. Depuis toujours, on est fascinés par la pop, qui est à la fois d'une simplicité extrême et très sophistiquée. Essayer de trouver une épure dans la composition, dans les mélodies et dans le texte, c'était un vrai chemin, qu'on essaye de suivre depuis longtemps. Ça fait trois albums qu'on essaye de faire ça, et je pense que là on y est peut-être plus arrivés. Et encore ! Je pense que pour faire passer des messages, être capable d'aller à l'os, c'est fondamental. Moi, c'était un vrai défi sur ce disque. Vous avez beaucoup dit que le processus de création de Labyrinthe avait été un moment difficile pour vous en tant que groupe. Le fait de voir cet album sortir et maintenant de le défendre, est-ce aussi un moyen d'achever le processus de guérison et de réconciliation ? AT : Si tu attends la récompense pour régler ton problème, ce n'est pas bon signe. On a réglé ça avant que l'album ne sorte. En revanche, c'est un cadeau. Qu'est-ce qui crée des tensions dans un groupe, ou dans un couple, ou dans une famille ? C'est les doutes et ce qu'on projette sur l'autre. Quand on est en pleine création, alors là c'est explosif ! C'est le moment où chacun doute de soi et de l'autre. Donc ça crispe tout. Ce qui nous arrive maintenant, c'est pure joie. C'est plus facile, on est dans un moment de grande certitude finalement. Mais avec cette joie particulière de savoir savourer, parce qu'on sait que c'est fragile, qu'on sait qu'on est passé par des moments difficiles. À écouter dans De vive(s) voixMusique : le groupe Feu ! Chatterton pour son nouvel album «Labyrinthe»

Quand le doute s'insinue entre les cuisses. Tel pourrait être le résumé, très succinct, du deuxième roman d'Osvalde Lewat, cinéaste, photographe et depuis quelques années autrice multi-récompensée pour son roman Les Aquatiques, paru en 2022. Avec ce deuxième roman, Un corps indocile, la Franco-Camerounaise nous plonge dans les doutes existentiels de Deffo, grand couturier africain vivant à Paris et victime d'un coup du sort qui va bouleverser ses certitudes. Un roman épique et intimiste à la fois qui questionne la quête de sens. RFI : Vous sortez en cette rentrée littéraire votre deuxième roman, Un corps indocile, aux éditions Philippe Rey et conjointement aux éditions Jimsaan du Sénégal. Et vous m'avez dit en préparant l'interview : « C'est un roman de désapprentissage. » Qu'est-ce que vous entendez par là ? Osvalde Lewat : Un roman de désapprentissage, c'est un roman qui prend le contrepied du roman initiatique, puisque dans le roman initiatique, le héros est dans une quête qui lui permet d'acquérir des savoirs. Dans Un corps indocile, le personnage central de Deffo, personnage de couturier, est quelqu'un qui a une très belle réussite, dont la vie est épanouie, il est inséré socialement. Et sa vie va basculer parce qu'il a une maladie, une douleur s'installe au niveau de l'aine. Et partant de là, son monde se disloque, et il finit par tuer quelqu'un, par commettre un crime. Et Deffo va entreprendre une quête. Cette quête-là, ce sera une quête pour retrouver son intégrité physique et rendre à nouveau le monde intelligible pour lui. Il est donc malade et il essaie de guérir, d'abord à travers la médecine traditionnelle française, qui présente ses limites, et au fur et à mesure qu'il va avancer, il sera confronté à plusieurs systèmes de sens qui, à chaque fois, vont montrer leurs limites. Et Deffo, qui était bardé de certitudes, va les perdre au fur et à mesure, et il va devoir se débarrasser de couches entières d'illusions. Et tout au long du roman, Deffo ne trouve pas la solution à ce problème existentiel. Il reste divisé. Il dit d'ailleurs de lui-même : « Je suis parfaitement imparfait »… Deffo est un homme qui s'est construit sur une idée de la virilité, de la force, de la puissance, et de la performance sexuelle. C'est quelqu'un qui coche toutes les cases. Et quand son système de sens s'effondre, quand sa vie se disloque et qu'il se rend compte que les certitudes qu'il avait sont finalement très fragiles, à ce moment-là, il s'interroge sur sa masculinité. Et au fur et à mesure, il se rend compte que l'on peut être un homme, que l'on peut être un homme vulnérable, un homme qui n'a pas de puissance au sens où socialement on l'admet en parlant de la virilité, mais on peut néanmoins rester un homme. Et c'est ça qui m'intéressait. En fait, le parcours de Deffo montre que l'on peut se débarrasser d'une idée finalement très construite socialement de ce que c'est qu'un homme tout en restant un homme malgré tout. Et c'est un personnage très intéressant dans le sens où il a une très haute idée de lui-même, il refuse de jouer le jeu social qu'on lui présente en permanence. Il refuse d'être un grand couturier parisien dans le système. Il refuse d'être un Zambouenais (le roman se déroule dans un pays imaginaire baptisé Zambouena, NDLR) de la haute bourgeoisie. C'est un personnage orgueilleux en fait. Oui et non. Je pense que Deffo est surtout quelqu'un qui pense qu'on peut être heureux dans sa vie sans forcément jouer le jeu social, sans jouer le jeu mondain. C'est plutôt quelqu'un qui veut être authentique. En fait, il ne comprend pas ce qui lui arrive parce qu'il se dit : « Je ne me suis pas pavané, je n'ai pas eu d'ambition, je n'ai même pas eu d'ambition, je n'ai pas de prétention, l'univers n'a pas de raison de me punir. Pourquoi Dieu me punit alors que j'étais un mec finalement assez cool et qui ne voulait pas tuer père et mère pour réussir ? » En vous lisant, il y a deux références qui me sont venues. Votre personnage est dostoïevskien et camusien à la fois. Est-ce que ces références font partie de votre univers ? Est-ce que vous avez pensé à Camus et à Fiodor Dostoïevski en écrivant ? Au départ, je ne les avais pas en tête quand j'ai commencé à écrire, et quand j'ai fini, ce sont mes éditeurs qui m'ont dit : « C'est très camusien ce que tu as écrit. » C'est vrai et en même temps, ça ne l'est pas parce que Camus, dans l'absurde, montre les limites de la quête de sens et le silence du monde. Alors que moi, ce que je fais dans Un corps indocile, c'est de montrer un personnage qui n'arrive pas à trouver de réponse satisfaisante aux questions existentielles qu'il se pose, ni à son rapport à la vie, mais qui en même temps accède à une forme de lucidité nue qui ne l'empêche pas de croire qu'il y a autre chose. Donc là, c'est là où je prends un peu de distance avec Camus. C'est un roman très intéressant dans le sens où il ne verse pas du tout dans les clichés ou dans les habitudes de la « littérature du retour ». On glisse d'un pays à un autre et, à chaque fois, le personnage glisse un peu plus loin. Finalement, il ne trouve pas la voie du salut par un retour au pays natal. C'est d'abord un retour sur lui-même qui lui permet de guérir. Je voulais éviter le schéma classique du personnage africain qui vit à Paris et puis qui, vingt ans après, retourne au pays, écarquille de grands yeux, etc. Dans le roman, Deffo est attaché à son pays, le Zambouena, il y va souvent, donc quand il arrive, il est dans un univers familier même s'il est confronté à une réalité assez brutale qui est celle de la présence de la Chine en Afrique et des élites prévaricatrices. Je me rappelle d'une psychologue qui disait un jour : « Quel que soit le lieu où l'on va, on est toujours avec soi-même. » Et Deffo, quand il se déporte d'un lieu à un autre, finalement, il ne se détache pas de ce qu'il est. Il se rend compte que tout ce qu'il porte en lui, toutes les contradictions qu'il porte en lui, tout le drame qu'il est en train de vivre, ne le quitte pas et l'accompagne. Un mot sur la densité et la richesse de ce livre. On est à la fois dans un roman psychologique, on l'a compris, un roman de mœurs, un roman policier. Et même un roman politique. Il fallait tout ça pour rendre compte de la complexité de votre personnage et de la complexité de la vie ? J'ai pensé le roman comme une pièce de couture. Et ce que j'ai fait, c'est que j'ai suivi le personnage. En fait, je partais de sa faille, et avec cette faille intime, j'ai ouvert le roman sur le monde. Donc en réalité, c'est le monde qui vient rejoindre le personnage. Quand j'ai commencé à écrire, je ne me suis pas dit : « Ah ben voilà, je vais aborder tel thème et tel thème et tel thème. » Ce n'est pas un catalogue de thèmes. Non, c'est vraiment quelque chose de très organique qui part du parcours du personnage et puis qui finalement le confronte aux réalités du monde. Et il traverse ces univers, et nous tous nous vivons cela. C'est-à-dire qu'au quotidien, on est à la fois un mari, parfois un enfant, on est un collègue et on est différentes personnes. Et donc tous ces univers-là viennent rencontrer Deffo pour former un tout assez organique. Vous avez mis trois ans à écrire ce roman. Quand vous avez mis le point final, qu'est-ce que vous avez ressenti, mis à part une forme de soulagement, bien sûr ? Est-ce que je suis soulagée quand je finis mes romans ? Non. Et quand je les finis, est-ce qu'ils sont même finis d'ailleurs ? Est-ce que j'ai fini d'écrire ? J'ai l'impression que mes éditeurs m'arrachent les livres de la main en disant : « Ça suffit maintenant, tu mets un point final ! » En réalité, j'ai ressenti un manque. Un grand manque. Le manque de Deffo et des personnages aussi, parce qu'il y en a plusieurs dans le roman, sa compagne, ses parents, ses amis, les Chinois. Donc j'ai ressenti un grand manque et un sentiment d'incomplétude. Et est-ce que vous rêvez encore de votre personnage, Deffo ? Parfois la nuit… En réalité, je vis avec Deffo. Donc, je ne rêve pas de lui, je vis avec lui, il habite ma vie, je l'entends, je le vois, je pense à lui sans cesse. Il me hante complètement. À écouter dans Littérature sans frontièresOsvalde Lewat, révélation et métamorphoses d'une femme en Afrique centrale

Le film Fjord, Palme d'or 2026, sort en salles ce mercredi 19 août. Réalisé par le cinéaste roumain Cristian Mungiu et inspiré de plusieurs faits divers réels qui ont marqué la Roumanie, Fjord raconte l'arrivée en Norvège d'un couple d'évangéliques roumains et de leurs cinq enfants. Tout bascule lorsque les parents se voient soupçonnés de maltraitance et se heurtent à la justice norvégienne. Un drame social tout en nuances, qui ne prend jamais parti. RFI : Votre film Fjord raconte l'histoire d'un couple d'évangéliques qui s'installe dans un village en Norvège. Le père est roumain, la mère norvégienne. Et tout bascule quand les différents adultes de l'école découvrent des bleus sur le corps de l'aîné des enfants. Comment est née l'idée de ce film ? Cristian Mungiu : J'ai lu dans la presse un article sur ce cas. Après ça, c'est devenu vraiment très important chez nous. On avait beaucoup, beaucoup d'articles sur ces cas et j'ai commencé par essayer de les documenter un peu et j'ai vu que ce n'était pas un cas particulier, ça faisait partie d'une sorte de système, une sorte de faits divers qui se répétaient avec des familles qui venaient de pays avec une éducation très, très différente. Je crois que ce cas s'est passé il y a une dizaine d'années. Peu à peu, pendant ces dix ans, je crois que la société s'est radicalisée dans ce sens où il est devenu vraiment très compliqué de partager la société avec les autres, parce que nous n'avons pas du tout les mêmes idées sur l'avenir, sur l'éducation des enfants. Alors je me suis dit à la fin que pour cette histoire, je peux parler de ce qui se passe aujourd'hui, de cette intolérance que nous avons pour les autres qui ne partagent pas les mêmes valeurs avec nous. Et même si le film est basé surtout sur un de ces cas, j'ai pris des détails de plusieurs cas et j'ai fictionnalisé à la fin pour avoir un discours qui parle plutôt de l'état du monde d'aujourd'hui et de la société contemporaine globalisée, et divisée, dans laquelle on vit aujourd'hui. Vous l'avez dit, Fjord raconte la polarisation grandissante des sociétés occidentales, tiraillée entre les idées conservatrices d'un côté, progressistes de l'autre. Pourtant, tout est toujours très nuancé dans votre film, surtout dans la deuxième partie du film. Comment avez-vous construit le récit pour éviter de désigner un coupable trop rapidement et maintenir cette ambiguïté ? Pour moi, c'est important que les jugements ne m'appartiennent pas, que je responsabilise le spectateur, parce qu'à la fin, ce qui est important, ce n'est pas de trouver des coupables pour le cas qui existe dans le film, mais de comprendre quel est ton point de vue dans ta vie réelle, comme spectateur. Je ne veux pas faire un film idéologique qui défend une idéologie particulière. J'essaye de comprendre et c'est pour ça que dans le film, j'essaye toujours de respecter la volonté de chaque personnage, d'exprimer ses opinions, ses arguments. Ce que je cite dans le film, ce ne sont pas mes idées à moi. J'essaie de comprendre quels sont les arguments de ce personnage que je représente ici, et j'ai une sorte de responsabilité. Qu'est-ce qui vous a intéressé dans l'opposition entre les deux familles ? Ils se découvrent d'une façon très humaine. Quand tu entres en contact de façon très proche avec une autre personne, tu commences à comprendre que tu n'es pas si différent. À la fin, tu as les mêmes problèmes, même si les solutions ne sont pas toujours les mêmes. Tu peux vraiment avoir une sorte de communication. La communication commence quand tu donnes à l'autre l'espace et le temps d'avoir des idées qui ne correspondent pas à ce que tu crois toi-même. Sinon, si on n'écoute pas l'autre, ce n'est pas un dialogue, ce n'est pas une conversation. On n'arrive nulle part. Quand on juge les autres à partir d'une sorte de stéréotype et d'une idéologie, on perd ce côté humain. On applique des jugements qui ne correspondent pas du tout à chaque situation, on simplifie les choses et ce n'est pas vraiment du tout une bonne façon de rouvrir ce chemin qui devait nous mettre ensemble dans une société qui aujourd'hui est vraiment très, très, très partagée et très radicalisée. Il y a plusieurs scènes où des jeunes filles semblent marcher sur l'eau, quelle est la symbolique derrière ces images ? Quelle est la symbolique que vous trouvez dans ces scènes ? Une référence biblique ? C'est possible, oui. La question pour moi est : est-ce que nous sommes assez convaincus de toutes nos idées, qu'on peut dire que le monde est toujours tout à fait rationnel ? Est-ce que nous, nous sommes des personnes tout à fait rationnelles, toujours ? Je ne sais pas. Je ne suis pas si sûr de ça, même si je suis une personne très rationnelle. Mais même comme ça, je trouve qu'on doit laisser la liberté aux autres. Et c'est pour ça que le film inclut plusieurs moments où la tolérance va jusqu'à ce niveau, où on doit comprendre qu'il y a des choses qui ne s'expriment pas mais qui existent et que nous, on doit être aussi tolérants avec ça. C'est difficile. Nous n'avons pas d'explications, mais à la fin, quand on parle de l'amour, de l'affection, est-ce que ça, c'est tout à fait rationnel ? Je ne crois pas. C'est un mélange d'intuition. Ce n'est pas toujours un signe de supériorité de considérer que toutes les choses ont une explication rationnelle. Les deux rôles principaux sont incarnés par Renate Reinsve et Sebastian Stan. Pourquoi eux ? Pourquoi ce duo ? Pour Sebastian, c'est très simple, il n'y a pas un autre comédien américain qui peut parler roumain, alors je n'avais pas trop le choix. Et après ça, parce que même si les faits divers se passent dans plusieurs pays du Nord, la plupart d'entre eux se passaient en Norvège. Je me suis décidé à tourner en Norvège. Et si tu arrives en Norvège, dans le cinéma norvégien, quelqu'un comme moi qui a vu surtout les films de Joachim Trier, tu veux rencontrer Renate. C'est la première comédienne que j'ai rencontrée. Nous avons lu ensemble plusieurs scènes pour plusieurs personnages dans le film, et elle a une sensibilité assez particulière, j'ai trouvé qu'elle correspondait beaucoup à l'esprit un peu religieux de ce personnage qu'elle devait interpréter. Est-ce que le fait de placer l'action dans un décor norvégien, dans un fjord, était aussi une manière de mettre l'isolement, l'étouffement de cette communauté en images ? C'est aussi une sorte de calme apparent qui existe dans un fjord, avec cette eau plate. Mais en dessous de ça, il y a beaucoup de choses. Nous avons beaucoup de conflits, beaucoup d'opinions qui s'expriment, et nous avons des avalanches comme ça, avec beaucoup de sentiments, parce que même si tu vis dans une société où la politesse est une valeur extraordinaire, le respect pour l'autre, ça ne veut pas dire que tu n'as pas d'opinions sur les autres, c'est seulement ta manière de rester poli. Moi, je ne suis pas poli. Moi, j'utilise le cinéma pour dire qu'on doit lutter contre ces politesses, contre ce politiquement correct qui nous empêche d'exprimer ce qu'on pense. Aujourd'hui, je ne suis pas du tout pour ces sortes de films qui se répètent et qui te confirment que tu partages de bonnes valeurs avec les autres. Oui, ça j'ai compris, c'est très bien, mais c'est trop simple de faire ça. À lire aussiCannes 2026: Cristian Mungiu remporte la Palme d'or avec «Fjord» sur la question sensible de la religion

Aux Rencontres de la photographie d'Arles, place à une nouvelle génération de photographes africains. Parmi les sept finalistes du prix Découverte de la Fondation Louis Roederer, le Sénégalais Souleymane Bachir Diaw présente Sutura, une série qui interroge la masculinité à travers boubous, tissus et gestes hérités de l'enfance. Il y met en scène ce que la tradition impose de taire aux hommes. L'exposition du photographe sénégalais Souleymane Bachir Diaw est à voir aux Rencontres de la photographie d'Arles jusqu'au 4 octobre 2026. À lire aussiAux Rencontres photographiques d'Arles: Thato Toeba, ou l'archive comme champ de bataille

Fondé en 1957 dans les Alpes suisses par le légendaire violoniste, pédagogue et chef d'orchestre Yehudi Menuhin, le Menuhin Festival Gstaad bat actuellement son plein. Pour sa 70e édition, Daniel Hope, l'un des élèves et héritiers spirituels du célèbre musicien, en prend les rênes avec la volonté de faire vivre l'héritage de celui qui fut non seulement un immense artiste, mais aussi l'une des grandes consciences humanistes du XXe siècle. Né en Afrique du Sud, citoyen du monde et quadrilingue, Daniel Hope ne se contente pas de diriger le festival : il y anime des masterclasses, participe à des rencontres et monte également sur scène.

Qu'est-on prêt à faire pour conserver une position sociale durement acquise ? Le héros du film Une affaire turque, qui sort sur les écrans français ce mercredi 13 août, est prêt à se compromettre pour devenir associé dans son cabinet d'avocats d'affaires. Il s'agit du premier long métrage de Hüseyin Aydin Gürsoy qui signe un thriller tendu sur une communauté peu représentée en France. Lionel Erdogan incarne cet avocat peu scrupuleux. À lire aussiTurquie: «Yellow Letters», un film choc sur la répression après la tentative de coup d'État de 2016

Aux Rencontres photographiques d'Arles, Thato Toeba, originaire du Lesotho, revient sur un drame récent : la mort de dizaines de mineurs clandestins originaires (notamment) de son pays, dans une mine sud-africaine. L'artiste en tire une installation intitulée « Tout le monde peut être Lucifer ». Thato Toeba est au micro d'Elisabeth Lequeret. « Tout le monde peut être Lucifer » de Thato Toeba, jusqu'au 4 octobre aux Rencontres d'Arles. À lire aussiAux rencontres d'Arles, revisiter l'histoire de l'Algérie avec Katia Kameli

Depuis plusieurs années, la Revue dessinée, dont Baptiste Bouthier est rédacteur en chef, publie des reportages en bandes dessinées. Sous le titre La France Empire, coédité par Casterman, elle a regroupé dans un album graphique huit enquêtes qui font la lumière sur les blessures de territoires colonisés. À lire aussiLa BD est-elle l'avenir du journalisme?

Depuis 2016, la plasticienne et photographe Katia Kameli enquête sur la manière dont les images fabriquent, et parfois déforment, l'histoire de l'Algérie. Aux Rencontres d'Arles, l'artiste franco-algérienne présente Le Roman algérien (Un nouveau chapitre), une exposition où cartes postales, archives coloniales et voix de femmes se croisent pour raconter une mémoire plurielle. À lire aussiLes indépendances africaines à l'honneur aux Rencontres d'Arles

Were Were Liking, la grande dame du théâtre et de l'art visuel en Côte d'Ivoire, est l'une des 111 artistes de l'exposition principale de la Biennale d'art de Venise. Celle qui a fondé un village d'art, le Ki-Yi Mbock à Abidjan, expose ses peintures et sculptures dans la cité des Doges jusqu'au 22 novembre 2026.

L'invité culture est le DJ franco-marocain Aziz Konkrite, qui publie cet été le deuxième volume de ses pérégrinations musicales au Maroc, Siba Sawt Système, Vol 2, autrement dit, le son du pays profond. Aziz Konkrite sillonne le Maroc profond à la recherche de vieux vinyles, et il mixe le tout avec ses sonorités électro pour produire une transe musicale unique en son genre. À lire aussiBongeziwe Mabandla: «Je voulais expérimenter la vie d'un artiste hors de ma terre»

À Arles, dans le sud de la France, les Rencontres photographiques consacrent cette année une exposition, la première en France, à Paul Kodjo, photographe ivoirien mort en 2021. « Paul Kodjo : Photoromance » permet de (re)découvrir l'œuvre plurielle du photographe, dont les images racontent l'ébullition culturelle de la Côte d'Ivoire des années 1970. Amandine Nana, la commissaire de l'exposition, est au micro. L'exposition « Paul Kodjo : Photoromance » s'installe jusqu'au 4 octobre dans le cycle « Indépendances » des Rencontres photographiques d'Arles. À lire aussiGhana, Côte d'Ivoire, RDC et Algérie: l'Afrique des indépendances aux Rencontres de la photo à Arles

La 61ᵉ Biennale de Venise se tient cet été dans l'ancienne cité des Doges. Direction l'Arsenal où prend place le Pavillon du Liban. Cette année, place à la peinture avec l'artiste Nabil Nahas. L'arbre est au cœur de son travail : le cèdre bien sûr, mais aussi l'olivier et le palmier. La nature croise des représentations plus abstraites et géométriques dans un voyage entre terre et cosmos. Muriel Maalouf a rencontré l'artiste. La Biennale de Venise se poursuit jusqu'au 22 novembre. À lire aussiBiennale de Venise: une 61e édition marquée par les tensions géopolitiques

Ils étaient sur scène jeudi 30 juillet au Théâtre de la mer pour la 29ᵉ édition du festival Fiest'A Sète… Le collectif Nana Benz du Togo, composé de trois voix féminines et d'un duo de percussions recyclées à base de tuyaux en PVC, de vieilles valises et de marmites de grands-mères. Le quintet venu de Lomé et repéré en France en 2022, après son passage aux Trans Musicales de Rennes, continue son ascension musicale vers des sonorités électro qu'il nomme « digital vaudou ». À lire aussiLes Nana Benz du Togo réinventent la musique vaudou sur «Sé Nam»

Comment vit-on le fait d'être une femme noire en France aujourd'hui ? Cette question, si simple puisse-t-elle paraître, est au cœur du nouveau livre de Sarah Fila-Bakabadio. Historienne spécialiste des diasporas noires, elle mêle enquête, récits de vie et réflexion personnelle pour explorer ce que la couleur de peau et le genre produisent dans les existences les plus ordinaires. Être une femme noire en France – Trajectoires, corps et résistances paraît aux Éditions du Seuil, 176 pages. À lire aussi«Nuit blanche» d'Alain Denizet, la traversée de Paris d'un jeune clandestin burkinabè

Pour gagner sa vie avant de rejoindre l'armée, Laura, une jeune fille de 20 ans, accepte un emploi au service de Souria. Cette dernière est la maîtresse d'un prince saoudien et vit recluse, dans l'attente des visites de son amant. Dans cet univers de luxe démesuré, un lien fragile va se tisser entre les deux jeunes femmes. Voilà pour l'intrigue du film Le triangle d'or qui sort en salles mercredi 29 juillet en France, après avoir été projeté hors compétition au festival de Cannes. À lire aussiJean-Christophe Folly et la mauvaise conscience néocoloniale dans le film «Gavagai»

Exposer ceux que l'on ne voit pas, c'est le projet du plasticien français d'origine sénégalaise Lassana Sarre. Les toiles figuratives de ce trentenaire sont exposées en ce moment à la galerie Polaris à Paris, ainsi qu'au Palais de Tokyo. À lire aussiPalais de Tokyo: «Octogone» de Chalisée Naamani ou l'art des «vêtements-images»

L'enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. Ainsi on peut vouloir dénoncer le racisme et reproduire de manière insidieuse et inconsciente des procédés néocoloniaux. C'est le sujet du film Gavagai, d'Ulrich Köhler, sorti ce mercredi 22 juillet sur les écrans français. Dans ce film, le réalisateur Ulrich Köhler montre le tournage au Sénégal d'un film se voulant progressiste. Lors de la première mondiale au Festival de Berlin, l'un des personnages principaux, incarné par Jean-Christophe Folly, est victime de préjugés racistes. À lire aussiLe comédien Jean-Christophe Folly pour son premier roman « Benoit Blues »

Elle est la digne héritière de sa mère, la grande chanteuse de jazz Thandi Klaasen. L'artiste sud-africaine Lorraine Klaasen est actuellement en tournée. À bientôt 70 ans, elle aura dédié toute sa vie au chant et se fait aujourd'hui la porte-parole de l'histoire de son pays depuis le Canada qui l'a adoptée. Après une enfance bercée par le jazz de sa mère, elle s'est ensuite dirigée vers une fusion de marabi, blues et soul. Elle sera en concert le 29 juillet à Pointe-Claire, au Québec. À lire aussiAux origines de Nuits d'Afrique: le Club Balattou, lieu culturel mythique à Montréal

La troupe de la maison de Molière est à l'honneur d'une comédie qui sort ce mercredi 22 juillet sur les écrans français. Auréolée de quatre prix au Festival de comédie de l'Alpe d'Huez, cette satire intitulée De la Comédie-Française compte à l'affiche quelque 22 pensionnaires et sociétaires qui vivent une série de catastrophes à quelques heures d'une représentation. À lire aussiL'histoire de la Comédie-Française

Le Grand Ensemble Filos célèbre les musiques grecques, kurdes et turques, avec un collectif de sept musiciens partagés entre trio de cordes, polyphonies féminines et polyrythmies de percussions persanes. Un véritable voyage sonore entre Orient et Occident, pour remettre à l'honneur les traditions populaires et faire vivre la voix de ces peuples opprimés en résistance. Passionné de musiques d'Anatolie, le musicien et directeur artistique du projet Paul Oliver est au micro de RFI. Le Grand Ensemble Filos sera en concert ce mardi 21 juillet 2026 au festival Fiest'à Sète, dans le sud de la France. À lire aussi«La Flûte enchantée» selon Clément Cogitore, entre ruines et renaissance

Complots, intrigues, romance et magie : ces éléments sont constitutifs du genre littéraire de l'épopée fantastique, appelée en anglais « heroic fantasy ». Des éléments que l'on retrouve, par exemple, dans les sagas Le Seigneur des anneaux ou Game of Thrones. Et maintenant dans une nouvelle saga de bande dessinée : La Cité des Dames. Le premier volume a paru au printemps dernier chez Dargaud. Mais l'originalité de La Cité des Dames, comme son titre l'indique, est que cette série métisse le genre avec des préoccupations féministes.

L'Invitée culture est la romancière sénégalaise Sokhna Ndao. Son quatrième roman Catharsis est paru aux éditions Obangame. À travers le destin d'une couturière de génie, Sokhna Ndao revient sur les violences subies par les femmes dans un pays foncièrement patriarcal. RFI : Vous signez, aux éditions Obangame, un quatrième roman dans lequel vous poursuivez votre exploration des maux et des combats de la société moderne sénégalaise. Catharsis raconte la vie d'une épouse qui va se retrouver confrontée à la violence de sa belle-famille. Les violences faites aux femmes sont une problématique qui vous tient à cœur. Est-ce que vous diriez que votre héroïne, Tabara, est représentative de la condition féminine au Sénégal ? Sokhna Ndao : Elle est représentative de la condition féminine au Sénégal parce que ce roman a été écrit durant la pandémie de Covid-19, et je me suis rendu compte que six ans plus tard, la situation n'avait pas changé. On a de plus en plus des femmes qui sont victimes de violences au quotidien. Violences psychologiques et physiques. Et ça me tenait à cœur de leur donner un espace pour s'exprimer. Les violences faites aux femmes dans les familles, c'est quelque chose de très commun donc, mais dont on parle peu. On en parle de plus en plus. C'est le retentissement qui n'a pas la force que j'aimerais qu'il ait. Mais si vous allez sur les réseaux sociaux, il y a énormément de mots-dièse qui se sont multipliés pour dénoncer le code de la famille, qui n'a pas été révisé. On parle encore de « puissance paternelle » au Sénégal. Votre mari peut vous battre et vous n'avez pas le droit de rentrer chez vous parce que vos parents vous disent que « c'est un déshonneur, que vous devez rester dans votre couple, dans votre mariage ». Et ces femmes enfermées meurent de plus en plus. On s'aperçoit effectivement que votre héroïne, Tabara, est dépossédée de tout par son époux ; de sa liberté d'abord, de sa marge de manœuvre, de son identité même, et de son enfant. Et elle n'a aucun recours... C'est-à-dire que personne ne l'écoute parce qu'elle méconnaît la loi. Ce roman, il a mis du temps à sortir parce que je devais d'abord me renseigner au niveau de la loi, la loi islamique et le code de la famille au Sénégal. En fait, Tabara ne sait absolument pas qu'elle a des droits. Son mari l'enferme dans ce tunnel de doutes, ce qui lui permet de l'exploiter davantage. Et si elle avait été au courant que son mari n'a pas le droit de faire tout cela, elle se serait révoltée plus tôt. Donc dans le texte, je glisse quelques petits indices par-ci par-là pour dire « renseignez-vous ». Parce que vous êtes peut-être dans des situations qui ne sont absolument pas tolérables, ni aux yeux des hommes, ni aux yeux de Dieu. Tabara est quand même une situation particulière parce qu'elle n'a pas une grande famille. Son père a disparu après sa naissance et sa mère est assez défaillante. Cela renforce l'emprise que la belle-famille exerce sur elle. Est-ce qu'une femme ayant une famille normale au Sénégal peut davantage compter sur une forme de protection ? Oui et non, dans le sens où effectivement, si on prend l'exemple de la famille de Tabara, il y a une problématique, un traumatisme d'abandon dès le départ. Sa mère ne la défend pas. Elle est même absolument complice de ses bourreaux. Et ça, c'est une réalité, une mère qui projette sur son enfant ses propres traumatismes. D'ailleurs, elle le dit dans le roman à un moment donné. « Peut-être que si j'avais eu un fils, ton père serait resté avec moi », ce qui est extrêmement violent. Donc, quand Tabara part dans la belle-famille, sa mère se débarrasse d'elle – c'est le deuxième choc d'abandon – et sa belle-mère trouve en Tabara une victime parfaite. Cette femme, issue elle-même d'un milieu polygame qui a traversé énormément de traumatismes grâce à la situation financière de ses enfants, peut imposer une dictature dans cette maisonnée. Et imposer des violences psychologiques envers ces belles-filles qu'elle maltraite aux yeux de tous. Et personne ne dit rien. Personne ne fait rien. Comment vous l'expliquez, cette apathie ? Souvent, quand vous êtes harcelée, quand vous êtes victime d'une perversion narcissique, il y a tout un écosystème qui se fait complice. Puisqu'elle est là, elle est devenue riche, elle impose sa loi et les autres se disent : « Ah, si je prends parti, si je défends, elle va devenir violente envers moi, donc je vais devenir complice pour ne pas aussi subir les foudres de l'harceleur. » Il y a aussi une question que vous abordez, c'est justement la transmission de l'éducation. Vous écrivez à un moment une très jolie phrase : « Mes rêves n'étaient que des inepties implantées depuis l'enfance, formatées pour me faire écraser par le monde ». C'est ce que pense Tabara dans ce roman. L'éducation est très importante, on n'apprend pas aux jeunes filles à résister, on leur apprend à se soumettre... Il y a une asymétrie. En fait, les hommes ont le droit d'être respectés, d'être obéis, de n'être jamais contredits. Et la femme, c'est « l'agneau sacrificiel », en fait. Elle doit avoir des valeurs confucéennes, faire preuve de probité, faire preuve d'humilité. En fait, on n'apprend pas aux hommes à aimer. La femme se retrouve muselée. Et si je reviens sur la mère de Tabara, elle ne l'a jamais défendue. Elle lui demande d'être humble, soumise, patiente. Pour Tabara et pour ces femmes, oui, les hommes ont plus de droits au Sénégal. Et actuellement, les femmes perdent du terrain. En tant que femme, chaque année, je rentre et je vois que la génération de ma mère a eu plus de droits que moi, et d'une certaine manière, cela m'exaspère. Dans Catharsis, vous abordez d'autres problèmes sociaux. Vous déconstruisez un certain nombre de mythes, comme celui de la justice, celui de l'expatriation, puisque Farah, l'époux de Tabara, se retrouve en France dans une situation difficile. À chaque fois, on a le sentiment que le rapport de force sociale dans ce roman est très cruel. Le monde est impitoyable... C'est un monde impitoyable et j'aime beaucoup explorer les dynamiques, les déséquilibres qui « créent des distorsions ». Sinon, ce serait plat, ennuyeux. C'est parce qu'il y a des rapports de force, des problématiques d'argent, de liberté, que forcément, on en vient à certains comportements. Je ne suis pas en train de dire que Farah est victime, mais pour produire un monstre, il me fallait un schéma, un chaînon. On ne naît pas monstre, on le devient. La belle-mère de Tabara, pour moi, c'est ce que la société sénégalaise fabrique de pire comme monstre. Ces monstres du quotidien qui normalisent les violences psychologiques. Je voulais un peu apporter un regard différent par rapport au lecteur. Tabara va quand même connaître un destin incroyable puisqu'elle va réussir finalement à s'émanciper. Comment y parvient-elle ? Sans divulguer pour autant la fin du roman. Le talent. C'est son talent. Dépossédée de tout, elle se dit : « Je vais travailler, je vais devenir indépendante financièrement. » Dès le début du roman, sa mère lui dit : « Tu n'es même pas – excusez-moi le terme – foutue d'être avocate, ou médecin, tu es qu'une saltimbanque, je n'ai pas élevé une saltimbanque. » Et ce sont sa créativité, son imagination, son talent qui vont lui ouvrir les portes. Et au Sénégal, vous avez énormément de femmes couturières, artistes, chanteuses qui s'émancipent grâce à leur talent. C'est une littérature sociale et engagée qui « porte le couteau dans la plaie », pour reprendre les mots d'un journaliste célèbre, mais c'est aussi un roman habité par une écriture très particulière et très belle. Je veux vous citer vous. À un moment, Tabara dit à son amant : « Tôt ou tard, toi aussi tu vas graver tes initiales dans l'une de mes cicatrices. » Le style est quelque chose que vous avez beaucoup travaillé ? J'aime beaucoup la poésie. Petite, mes premiers chocs esthétiques ont été poétiques. C'était Baudelaire. Je m'en rappelle encore. Le mort joyeux m'a interloquée. Et les mots ont pour moi un poids pour parler des maux. « Un roi cruel m'a rendu cynique », dit encore Tabara. Rassurez-nous ; finalement, elle n'est pas si cynique que ça, votre héroïne ? Son cœur continue de battre, même si pour faire cette catharsis, elle y croit encore. Même si, jusqu'à la fin, elle se pose la question du « est-ce que j'y vais, est-ce que je n'y vais pas ? » Mais pour elle, elle pensait que l'amour arrive trop tard. C'est un roman, mais il y a de la musique dedans. Tous les chapitres commencent par une citation, souvent en anglais, d'un chanteur de pop ou de rock. On a du David Bowie, on a du Coldplay, on a du Phil Collins, on en a plein d'autres comme ça. Pour quelles raisons ? C'est mon père qui m'a fait découvrir les Beatles, donc pour moi, la musique n'a pas de frontières. Je sais que ça peut choquer, mais si je cite Ismaël Lo, il dit s'être inspiré d'Ottis Redding, de Jimi Hendrix. Youssou N'Dour a chanté du Bob Dylan, donc la présence de la musique dans ce livre est un choix personnel. C'est un peu aussi pour rendre hommage à cet héritage culturel que j'ai reçu. C'est comme la bande son du roman en fait. C'est d'ailleurs ce que j'écoutais quand je l'écrivais.

Leurs héritages musicaux viennent d'Haïti, du Brésil, d'Argentine et de Tunisie... Le groupe Zalam Kao était en concert au festival Nuits d'Afrique. L'occasion pour ce tout jeune collectif de présenter au public leurs sonorités inclassables, fusion de jazz, reggae, musiques latines, rap et afropop. Un métissage caractéristique de la ville de Montréal, où les diasporas s'entremêlent et où ils se sont rencontrés. À lire aussiCouleur Café, un festival belge pour les nouvelles scènes africaines et caribéennes

Johann Le Guillerm fait partie de ces artistes inventeurs, c'est un sorcier, un magicien. Il donne vie aux objets sur scène, les construit sous les yeux des spectateurs et semble leur donner une âme. Dans son cirque singulier, il convie le public à une sorte de rituel et le fait entrer dans un monde digne de l'univers de Jules Verne. Son dernier spectacle, Terces, est programmé au Festival d'Avignon, à Villeneuve en Scène, juste en face de la Cité des Papes. Dans un grand parc, il y a planté son chapiteau. Retrouvez toutes les informations sur Terces, au Festival d'Avignon, ici. À lire aussiAvignon: Valérie Dréville et Guy Cassiers adaptent «Thésée, sa nouvelle vie» de Camille de Toledo

C'est sans doute l'un des films les plus attendus de l'année : L'Odyssée débarque ce mercredi 15 juillet sur les écrans français. Porté par une pléiade de stars américaines, Matt Damon en tête dans le rôle d'Ulysse (mais aussi Zendaya, Tom Holland ou encore Charlize Theron), cette adaptation de grande ampleur est signée du Britannique Christopher Nolan. Le réalisateur oscarisé d'Oppenheimer et de la trilogie Batman The Dark Knight revisite cette épopée mythologique avec les codes du blockbuster. RFI : L'Odyssée est un poème grec d'Homère écrit il y a plus de 2 700 ans. Qu'est-ce qui vous fascine autant dans ce récit et en quoi est-ce qu'il nous parle encore au XXIe siècle ? Christopher Nolan : Je pense que lorsque l'on étudie L'Odyssée d'Homère, on y trouve des vérités universelles et intemporelles. Cette œuvre fondamentale de la littérature est à l'origine de toute la culture occidentale. Ce poème a fasciné génération après génération pendant près de 3 000 ans parce qu'il est simple et possède ces qualités accessibles et intemporelles de la nature humaine. Nos préoccupations humaines n'ont pas tellement changé. En l'adaptant, je me suis rendu compte qu'il y avait des thèmes et des modèles de narration qui faisaient écho à mes précédents films. Ainsi, le récit du retour au foyer est quelque chose que j'avais abordé dans Inception et Interstellar, par exemple. Dans la trilogie sur « Batman, The Dark Knight », on retrouve aussi le thème du voyage du héros. C'est sa simplicité et son approche de la nature humaine qui permettent à chaque génération de l'interpréter d'une manière pertinente pour notre époque. C'est un grand récit d'aventures, avec des éléments fantastiques, des monstres, mais que vous rendez très réaliste. Le réalisme est un terme chargé au cinéma. Je voulais que le film ait néanmoins une texture réaliste pour que les spectateurs croient à l'histoire. Mais c'était un défi : comment aborder les éléments fantastiques ? Pour le cheval de Troie, j'ai réfléchi à la manière dont cela aurait pu fonctionner dans la vraie vie. Mon public et moi savons que le cheval est rempli de Grecs, donc il faut le « vendre » d'une certaine manière. Ma solution a été de me dire : s'il ressemble à un monument déchu, à moitié enterré dans le sable et sur le point d'être détruit par la mer, il ne ressemble pas à quelque chose conçu pour être transporté dans la ville. De même pour le Cyclope, en filmant dans une vraie grotte et en cherchant des solutions concrètes. Comme mon ami Guillermo del Toro l'a bien montré, un monstre n'est jamais juste un monstre. Mais si vous arrivez à exprimer ses émotions, vous commencez à y croire, il y a du poids et de la gravité, et c'est alors menaçant et effrayant parce que cela semble réel. Vous avez réalisé un film de science-fiction, Interstellar, des films de superhéros avec Batman, un film de guerre avec Dunkerque. Là vous vouliez investir un autre genre : le peplum ? J'avais pour référence de grands films épiques comme Lawrence d'Arabie, Gladiator ou Barry Lyndon. Mais il n'y avait pas eu de récit moderne de la mythologie grecque. Des réalisateurs comme Ray Harryhausen s'y sont attaqués, mais avec des budgets et des ressources de séries B. Avoir l'opportunité de faire cela pour la première fois avec une grande échelle, un budget et un casting importants, c'est une occasion unique pour un réalisateur. Pourquoi avoir choisi de tourner en pellicule IMAX ? Je veux tourner un film entièrement en pellicule IMAX depuis que j'ai environ 16 ans et que j'ai vu pour la première fois des documentaires dans des musées filmés en IMAX. La clarté de l'image, la couleur incroyable, l'absence de grain, l'écran large qui vous immerge d'une manière vraiment fondamentale, m'ont semblé immédiatement pertinents pour des superproductions hollywoodiennes. Mais ce sont des caméras massives et bruyantes. Pour ce projet, je suis allé chez IMAX et j'ai dit : « Pouvez-vous trouver un moyen de rendre les caméras silencieuses parce que je veux vraiment faire le film entier de cette façon ? » Ils ont conçu un boîtier high-tech dans lequel je pouvais mettre la caméra, un très grand boîtier, mais qui la rendait silencieuse. Mais il faut changer les bobines au bout de trois minutes. Donc, on a dit aux acteurs : « D'accord, vous allez avoir cette machine massive devant le visage et vous allez devoir vous arrêter au milieu d'une scène et suspendre votre émotion pendant que nous rechargeons la caméra aussi vite que possible, aussi discrètement que possible. » Si les acteurs n'avaient pas voulu le faire ou n'avaient pas trouvé que cela fonctionnait pour eux, nous l'aurions abordé différemment. Mais en fait, je pense qu'ils ont trouvé cela très excitant. Le niveau de concentration sur la performance avec ces restrictions était très intense. Si vous filmez sur un format numérique où vous pouvez filmer pendant des heures, vous pouvez obtenir du bon travail de tout le monde sur le plateau, mais ce sera à des moments différents. Tandis que lorsque vous faites tourner cette caméra et que tout le monde est concentré, sachant que vous avez ce temps limité et que tout doit se rejoindre à ce moment-là, chaque technicien donne le meilleur de lui-même et arrive à ce point de concentration intense. Chaque format que vous choisissez a des avantages et des inconvénients ; la clé est d'essayer de construire le scénario autour des avantages. Et qu'est-ce qui était le plus compliqué sur le tournage ? D'un point de vue physique, être sur des bateaux est toujours extrêmement difficile au cinéma, surtout sur un vaisseau antique reconstitué dans des eaux agitées. Mais certaines scènes calmes, des scènes dramatiques plus intenses, ont été pour moi de loin les plus difficiles à filmer. Il fallait faire en sorte que l'équipe de prise de vue comprenne comment déplacer la caméra comme n'importe quelle autre, alors qu'elle est 50 fois plus grande. Et puis que les acteurs puissent continuer à se concentrer en dépit des interruptions. Ça a été l'un des plus grands défis du film.

Les Rencontres d'Arles ouvrent leur 57ᵉ édition avec un mot d'ordre : « Des mondes à relire ». Plus de quarante expositions, des artistes venus de tous les continents, un bicentenaire de la photographie, mais surtout une volonté affichée de regarder autrement notre époque, ses mémoires et ses fractures. Cette année, l'une des expositions-phares des Rencontres nous projette dans l'Afrique des indépendances. En 1957, le Ghana devient le premier pays d'Afrique subsaharienne à conquérir son indépendance. Mais une nation ne se construit pas seulement avec une Constitution ou un gouvernement : elle se construit aussi avec des images. L'exposition Ghana ! Rêver l'indépendance 1957-1976 montre comment photographes, écrivains, éditeurs et artistes ont participé à inventer le visage d'un pays nouveau, tout en confrontant aujourd'hui cet héritage au regard d'artistes contemporains. Sa commissaire, Damarice Amao, au micro d'Elisabeth Lequeret.

Au Festival d'Avignon, les pièces se donnent en plusieurs langues. Dans la pièce Mon frère cependant, on n'entend pas une langue, on la voit : il s'agit de la langue des signes. Sur scène, Christian Gremaud raconte son histoire et sur le côté, François Gremaud, qui a fait la mise en scène, traduit les propos de Christian en français. Une pièce émouvante sur l'inclusion. Retrouvez toutes les informations sur la pièce Mon frère ici. À lire aussiFestival d'Avignon: «Nos assemblées», la pièce d'Élise Chatauret qui interroge le système démocratique

Pour questionner la démocratie, Élise Chatauret fait voter le public sur le choix de la garniture d'une pizza dans sa pièce Nos assemblées à voir en ce moment au théâtre du Train bleu, dans le cadre de la programmation Off du Festival d'Avignon. Une fois de plus partie du terrain et d'un travail documentaire, la metteuse en scène propose un spectacle ludique et didactique sans être pesant. À lire aussiFestival d'Avignon: «Maldoror», la pièce de trop de Julien Gosselin?

Le metteur en scène égyptien Ahmed El-Attar est un fidèle du Festival d'Avignon. Il y a présenté The Last Supper (« La dernière Cène ») en 2015 où il revenait sur la Révolution égyptienne, quatre ans après. Cette fois avec Salma mon amour, il part de l'attaque terroriste du 7 octobre 2023. Plus de deux ans plus tard, il sonde les répercussions de cet évènement majeur, et notamment la guerre à Gaza qui en a découlé, à travers une fiction. Un théâtre naturaliste qui interroge l'histoire et nos sociétés. Rencontre. À lire aussiEntre TikTok et Gaza, «Salma, mon amour» d'Ahmed El-Attar au Festival d'Avignon

Rébecca Chaillon, l'artiste d'origine martiniquaise, révélée au Festival d'Avignon en 2023 avec sa pièce choc Carte noire nommée désir sur la condition des corps noirs en France, revient avec une nouvelle création. La Parabole du Seum est une pièce performance où l'artiste fustige la société capitaliste et revendique une place sociale aux corps hors normes, gros et queer. ► La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon au Festival d'Avignon se donne au Cloître des Célestins, l'un des plus beaux lieux du festival, jusqu'au 12 juillet 2026. À lire aussiÀ Avignon, Rébecca Chaillon présente «La Parabole du Seum», manifeste afro-féministe

Ce 4 juillet s'ouvre le 80ᵉ Festival d'Avignon, avec plus de 1 400 spectacles dans le Off, près d'une cinquantaine dans le In et le coréen comme langue invitée. L'ouverture, comme il se doit, se fera dans la Cour d'honneur du palais des Papes, avec la pièce Maldoror, signée Julien Gosselin, directeur du Théâtre de l'Odéon et un habitué du festival. Le plus grand rassemblement de théâtre accueillera les festivaliers durant trois semaines en ce mois de juillet. À voir aussi À lire aussiLe 80e Festival d'Avignon affronte le Mal, invite la langue coréenne et défend la culture Avignon 2025: Tiago Rodrigues en un mot, un geste et un silence

Née en Arménie, la chanteuse Victoria Alexanyan a compris la richesse de cette culture en déménageant en France, il y a huit ans. Après une enfance, une adolescence et un début de vie adulte dans son pays natal, c'est en quittant ses terres que l'or qu'elle avait entre les mains lui est apparu comme une évidence. Aujourd'hui, elle met ses origines en avant en musique, notamment avec son premier album intitulé Vishap, qu'elle a présenté en live cette semaine au festival Jazz à Vienne. RFI : Quelle est la place des musiques arméniennes dans votre vie ? Dans votre enfance peut-être, votre adolescence, et quelle place elle a chez vous aujourd'hui ? Victoria Alexanyan : C'est très intéressant, parce que quand j'étais petite, ma grand-mère écoutait beaucoup de musique arménienne et moi, je ne comprenais pas, je disais « mais qu'est-ce que t'écoutes, mamie ? ». C'était un peu la musique des vieux pour moi. Et depuis que je suis arrivée en France, maintenant je l'appelle, je lui demande de me rappeler tel ou tel morceau, ça a vraiment fait un déclic en fait. Maintenant je me mets à chercher vraiment de vieilles musiques, des chants qu'on connaît très peu finalement. Il y a un site qui s'appelle « Treasure of Armenian Music », il donne accès à des enregistrements de vieilles musiques arméniennes. Je passe tout mon temps dessus pour chercher des mélodies ou des choses que je ne connais pas encore. Votre musique évoque notamment l'histoire de l'Arménie. Que racontent vos paroles, vos textes sur ce sujet ? Dans Vishap, qui est à la fois le nom de l'album, mais aussi le titre du premier morceau d'introduction, c'est dédié aux femmes qui vivent encore dans les sociétés très patriarcales, comme l'Arménie entre autres, qui portent ce fardeau comme un gros caillou sur le dos. J'ai l'espoir qu'elles vont se libérer de ça. Parce que j'ai grandi en Arménie, et que pour moi notamment le milieu du jazz et de la musique sont très masculins. C'est un vrai sujet dont on peut discuter des heures et des heures. Votre morceau intitulé « L'eau coule du haut de la montagne » évoque la philosophie du peuple arménien. Quelles sont les différentes valeurs enracinées dans cette culture, dans votre culture ? Il y a une forte connexion déjà avec la nature, et ce morceau l'évoque bien. C'est l'un des seuls, l'un des rares morceaux d'ailleurs qui n'est pas une composition du groupe, c'est un morceau traditionnel qu'on a réarrangé. Dans la deuxième partie, il parle de jeûne pendant le carême, par exemple. Il y a aussi tout le côté croyant du peuple arménien, ce côté spirituel. Quant au morceau « Yerangi » est un arrangement d'une pièce pour piano de Komitas, qui était cette figure de la musique arménienne ? Effectivement c'est l'une des figures les plus importantes de la musique arménienne parce que c'est grâce à lui notamment qu'on a pu collecter la majorité des musiques arméniennes. Il est allé de village en village, il a écouté ce que chantaient les gens et l'a retranscrit en partition. Vous voyez les encoches comme les notes de musique mais codées ? Il a ouvert ces codes. C'est magnifique, j'ai même un tatouage de l'hymne national qu'il a écrit, qui n'est jamais devenu l'hymne mais qui est un morceau magnifique. Il a beaucoup écrit d'arrangements chantés aujourd'hui dans les messes. Bref, c'est l'un des plus grands musiciens arméniens qui a aussi beaucoup composé, et « Yerangi » est l'une de ses pièces pour piano. Nous, on l'a complètement arrangé à notre façon, mais on retrouve quand même la mélodie de Komitas. À lire aussiVoyage dans le temps et les souvenirs arméniens, Corinne Zarzavtdjian dans «La roseraie de Garabed»

Le film d'animation In Waves sort mercredi 1er juillet sur les écrans français, après avoir été projeté cette année au festival de Cannes à la Semaine de la critique, ainsi qu'au festival international d'Annecy. Adaptation d'un roman graphique à succès du surfeur et illustrateur AJ Dungo, ce premier long métrage de Phuong Mai Nguyen raconte une histoire d'amour entre un adolescent et une jeune fille atteinte d'un cancer, tous deux passionnés de surf. À lire aussi«Carmen l'oiseau rebelle» et «In Waves» en compétition au festival international du film d'animation