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L'Italie est une des portes d'entrée des migrants en Europe. Le gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni tente de freiner l'immigration clandestine, venue d'Afrique notamment. Mais dans le même temps, les autorités font venir des centaines de milliers de personnes pour occuper des emplois dont l'Italie a besoin, une immigration choisie qui a ses limites. Les migrants vivent dans des conditions précaires, et peuvent être victimes d'exploitation, sans compter le racisme. Nous nous sommes rendus dans la région agricole des Pouilles, dans le sud du pays. « Italie : la laborieuse intégration des migrants africains », un Grand reportage de Murielle Paradon.
Le salon de l'industrie agroalimentaire africain International Food show for Africa a fermé ses portes mercredi 10 juin en Tunisie. Un grand rendez-vous qui est l'occasion pour les professionnels de l'agroalimentaire – fabricants, détaillants, professionnels de la restauration, importateurs et distributeurs – de réfléchir à des solutions susceptibles d'améliorer leurs échanges. À l'heure où le contexte géopolitique force beaucoup de pays vulnérables à revoir leurs importations et la logistique autour de la sécurité alimentaire, de nombreux acteurs africains plaident pour l'accélération des échanges intra-africains. De notre correspondante à Tunis, Dans le hall des expositions à la foire du Kram à Tunis, les échanges vont bon train pour l'Union des chambres de commerce sénégalaise, venue représenter les 14 chambres que compte le pays. Aliou Ndiaye en est le secrétaire général. Il évoque les nombreux défis au développement du commerce intra-africain : « Le principal défi aujourd'hui est le défi logistique, parce qu'il faut des routes pour que l'on puisse commercer entre les pays africains. » Autre défi de poids, souligne-t-il : celui de la formalisation. « Plus de 80% des entreprises sont informelles, et pour faire du commerce intra-africain, il faut du commerce formel », précise-t-il. Lors d'un panel sur les opportunités avec la Zone de libre-échange intercontinentale (Zlecaf), Aliou Ndiaye a insisté sur la nécessité pour le marché africain d'être plus compétitif. D'autant que les dynamiques d'import-export se redessinent avec la guerre russo-ukrainienne et au Moyen-Orient. « Même si on ouvre le marché de la Zlecaf, si le riz asiatique est moins cher et de meilleure qualité, les pays africains vont continuer d'acheter du riz asiatique », pointe Aliou Ndiaye. À lire aussiZLECAf : où en est le pari de l'intégration économique africaine ? 15 pays dans l'initiative du commerce guidé Tarek Boulmerka est le président de l'Association nationale des exportateurs algériens. Lui aussi insiste sur l'importance de construire de meilleures infrastructures : « La Mauritanie ou bien le Sénégal, la porte est juste à côté de l'Algérie. On est en train de faire une route, il ne nous reste que 600 kilomètres de voie terrestre [à construire]. Vous pouvez atteindre Nouakchott en un délai de 20 jours. » La priorité de la Tunisie est de booster les échanges avec son voisin algérien, son premier partenaire commercial africain. Ce dernier est très remarqué sur le salon avec ses 25 exposants. Mais la Tunisie souhaite également étendre ses échanges à plus de pays sur le continent. Elle est l'un des premiers pays à avoir adhéré à l'initiative du commerce guidé. Une initiative qui simplifie les procédures douanières, qui regroupe désormais 15 pays. « La nouvelle, c'est l'intégration la semaine dernière du Maroc et de l'Afrique du Sud à l'initiative du commerce guidé. C'est un ajout pour la Tunisie et notre économie », estime Oussama Ben Khalifa, de la chambre du commerce et de l'industrie tunisienne. Aujourd'hui, les échanges entre pays du continent ne représentent encore que 16% de l'ensemble de leurs flux commerciaux. À lire aussiL'inflation s'invite dans les préparatifs de l'Aïd en Tunisie
Comment se rendre réellement compte de ce qu'ont vécu pendant la traite négrière les personnes transformées en esclaves et transportées à travers l'Atlantique pour être vendues à des planteurs ? Un livre d'histoire qui vient d'être traduit en français nous plonge dans la brutalité du quotidien des esclaves. Cet ouvrage est intitulé Le Zorg, du nom d'un navire négrier à bord duquel s'est déroulé un épisode d'une rare cruauté à la fin du 18e siècle. Une tragédie qui, une fois connue, a joué un rôle déterminant dans le combat des abolitionnistes. Pour en parler, nous recevons l'auteur du livre Siddharth Kara, universitaire à Harvard et à Nottingham. RFI : Que s'est-il passé à bord du Zorg à la fin de l'année 1781 ? Siddharth Kara : Le navire s'est égaré. Il a été détourné par des tempêtes et, au cours de son voyage vers la Jamaïque, il a semblé manquer d'eau. L'équipage a dû prendre une décision… et pour réduire la consommation d'eau, cette décision a été de jeter par-dessus bord plus de 130 esclaves africains. Ils ont commencé, par les femmes et les enfants qu'ils ont jetés directement à la mer, il y avait un bébé. Ensuite, ils ont sélectionné les hommes les plus malades, un par un, deux par deux, enchaînés, entravés. Après de longs mois passés dans l'enfer de la cale de ce navire négrier, ils ont été jetés à la mer. L'équipage a agi ainsi parce qu'il craignait de manquer d'eau et de ne pas atteindre la Jamaïque à temps. Cette histoire a été révélée au public parce que les armateurs ont demandé une indemnisation pour ce qu'ils ont décrit, dans un déni total d'humanité, comme une « cargaison perdue ». Pouvez-vous nous expliquer ce qui s'est passé ensuite ? Le marchand d'esclaves, le propriétaire du navire, était cupide, il était attaché à son argent. Plus de la moitié des esclaves du Zorg étaient morts, alors que le taux de mortalité habituel sur un navire négrier britannique était d'environ 15%... Il n'a pas pu accepter cette perte. Or, à l'époque, les navires et leur cargaison étaient assurés pour la traversée de l'Atlantique. Il a donc déposé une demande d'indemnisation, en réclamant une compensation pour la perte de plus de 130 esclaves. L'assureur a refusé, parce qu'il était surpris par ce taux de mortalité aussi élevé. Le marchand aurait pu en rester là, mais la cupidité l'a poussé à engager un procès. Il a gagné : il a été décidé que l'assurance devait indemniser la perte des esclaves assassinés. Mais quelqu'un assistait à l'audience ce jour-là et s'est demandé pourquoi on parlait d'assurance plutôt que de meurtre. Il a écrit une lettre anonyme posant cette question, publiée le lendemain dans les journaux londoniens. Cette lettre a été remarquée par un groupe naissant d'abolitionnistes en Angleterre, qui y ont vu la preuve des horreurs de la traite. Ils se sont réunis, sous la direction de Granville Sharp, une figure fondatrice de l'abolitionnisme anglais, et ont convaincu les assureurs de demander un nouveau procès. Lors de ce second procès, une question fondamentale a été débattue : ces Africains étaient-ils des biens ou des personnes ? Des animaux ou des êtres humains ? Ce débat, porté devant le Lord Chief Justice de l'Empire britannique, a contribué à lancer le premier mouvement abolitionniste. L'une des forces de votre travail réside dans la précision avec laquelle vous décrivez l'expérience vécue par les personnes capturées et vendues comme esclaves. L'horreur de l'esclavage est démultipliée par des violences constantes : les coups de fouet, les viols, la vie dans la puanteur des excréments, l'enfermement dans les cales. Pouvez-vous donner quelques exemples tirés de votre livre ? Nous savons ce qu'est l'esclavage, nous en connaissons l'existence, mais nous ne plongeons jamais dans l'horreur brute de la traversée forcée des Africains à travers l'Atlantique. À bord des navires, de nombreux instruments de torture étaient utilisés pour maintenir le contrôle. Les violences sexuelles contre les femmes et les enfants étaient constantes. Un ancien capitaine négrier devenu abolitionniste, John Newton, racontait qu'il voyait ses marins assouvir leurs pulsions sur des fillettes de neuf ou dix ans. Dans les cales, les captifs étaient enchaînés, contraints de vivre dans leurs excréments et leur urine, avec à peine quelques seaux inaccessibles. Tous contractaient la dysenterie. Imaginez le mal de mer, les vomissements continus, sans même pouvoir s'asseoir. Ils étaient entassés comme des livres sur une étagère, dans la chaleur, la putréfaction et les immondices. Voilà pourquoi les taux de mortalité étaient si élevés. La puissance des intérêts financiers liés à la traite apparaît clairement dans votre livre. On a l'impression que la traite occupait une place majeure dans l'économie britannique à la fin du 18e siècle. Absolument. Prenons un indicateur : en 1775, juste avant la guerre d'indépendance américaine, les exportations de sucre de la Jamaïque vers l'Angleterre étaient cinq fois supérieures à l'ensemble des exportations des treize colonies américaines réunies. Le sucre était la ressource stratégique de l'époque, produite grâce au travail forcé des esclaves. Comment évaluez-vous la manière dont le monde traite aujourd'hui la mémoire de l'esclavage ? Existe-t-il une conscience globale de ce que cela a représenté, ou observe-t-on encore des formes de déni ? Nous restons encore à la surface de notre reconnaissance de ce qui s'est passé durant ces 350 années, cette tâche sur la conscience humaine. Il existe encore un certain déni quant à l'ampleur et à la gravité des faits. J'espère que l'histoire du Zorg contribuera à une compréhension plus complète, car on ne peut envisager de réparer cette période sans en mesurer pleinement la violence et l'ampleur. Et nous n'y sommes pas encore. Le 25 mars dernier, le Ghana a conduit l'Assemblée générale de l'ONU à qualifier la traite négrière de crime le plus grave contre l'humanité. Cette qualification vous paraît-elle justifiée et utile ? Absolument. Elle est justifiée. Césaire a déclaré que l'Europe se tient devant la communauté mondiale, responsable du plus grand amas de cadavres de l'histoire humaine. Et il parlait de la traite négrière. Des millions de personnes ont été torturées, violentées et tuées, et des millions d'autres condamnées à une vie de travail forcé. La culture du sucre était l'une des formes de travail les plus dures et violentes. C'est l'un des crimes les plus graves en raison de son ampleur, de sa durée — plus de trois siècles et demi — et de ses conséquences encore visibles aujourd'hui en Afrique. Il doit y avoir une forme de réparation entre les pays du Nord et les pays africains. Le Zorg, de Siddharth Kara, un ouvrage publié aux éditions Paulsen, 304 pages, 2026. À écouter aussiDes rives de la Méditerranée au Sahara : vérités et tabous des esclavages dans le monde musulman À lire aussiL'odyssée des Tinchant, de l'esclavage à la résistance: une histoire-monde
« Une cinquantaine de personnes trouvent la mort dans la traversée du désert », titre l'Agence nigérienne de presse (ANP), qui publie les photos de corps en partie recouverts par le sable. Les victimes sont « des voyageurs nigériens en provenance du Mali », rentrant dans leur pays, afin « de célébrer l'Aïd auprès de leurs familles respectives ». Le camion qui les transportait, « parti de la localité malienne de Tel-handek, située à environ 300 kilomètres de la frontière nigérienne, se serait perdu avant de tomber en panne après plusieurs jours de route dans le désert ». L'ANP poursuit : « Privés d'eau et incapables de réparer le véhicule, malgré les efforts du chauffeur, de ses apprentis et des passagers, les voyageurs se sont retrouvés piégés au cœur d'un environnement hostile où les températures extrêmes et l'absence de point d'approvisionnement rendent toute survie extrêmement difficile ». L'ANP précise également que les 49 victimes ont été « inhumées sur place, dans des fosses communes ». ActuNiger, de son côté, explique que deux survivants ont été retrouvés : « Après avoir marché plusieurs dizaines de kilomètres, ils ont atteint une zone d'eau avant de rejoindre Assamaka, où ils ont donné l'alerte. » Conclusion du site d'information nigérien : « Ce drame met une nouvelle fois en lumière la vulnérabilité des voyageurs dans le désert sahélo-saharien, où l'isolement, les distances et les conditions climatiques extrêmes transforment chaque déplacement en risque vital. » À lire aussiAlgérie: lancement du projet de gazoduc transsaharien sur fond d'interrogations financières Moins d'ambassades et de consulats Afrik.com consacre un article à l'accès aux visas pour les Africains souhaitant se rendre aux États-Unis. « L'administration de Donald Trump, explique Afrik.com, poursuit le renforcement de sa politique migratoire avec de nouvelles mesures visant les ressortissants africains. Réduction des services consulaires, exigences financières accrues et restrictions de voyage élargies, marquent une évolution significative des conditions d'accès au territoire américain. » C'est une note interne de l'administration américaine, qui explique notamment que « d'ici fin juin, les demandes ne pourront plus être effectuées que dans une vingtaine d'ambassades et de consulats, contre près de 50 actuellement ». « Pour des ressortissants de pays, comme Madagascar, le Bénin ou le Gabon, poursuit le site panafricain, cette mesure implique de se rendre dans un État voisin pour effectuer les démarches, ce qui impose des trajets transfrontaliers ou des vols internationaux ». Ces nouvelles mesures s'ajoutent à celles déjà mises en place le 1er janvier dernier, et prévoient que « les voyageurs issus de certains pays africains doivent fournir une garantie financière pour obtenir un visa ». Une caution qui varie « de 5 000 à 15 000 dollars ». « L'ensemble de ces mesures modifient les conditions d'accès aux États-Unis pour les ressortissants de plusieurs pays africains. Elles affectent notamment les déplacements liés aux études, aux affaires et aux échanges culturels », conclut Afrik.com. À lire aussiGreen Card aux États-Unis: la nouvelle règle choc qui inquiète la diaspora africaine « Historique » En football, la Côte d'Ivoire a battu la France 2 buts à 1, jeudi soir, lors d'un match amical avant le début du Mondial. Une victoire qui réjouit la presse ivoirienne. Fratmat parle « d'un exploit retentissant » et « d'une victoire historique », « une première dans l'histoire des confrontations entre les deux sélections, qui confirme la montée en puissance de la génération conduite par le sélectionneur Emerse Faé ». « À Nantes, ajoute Fraternité Matin, les Éléphants ont rugi plus fort que jamais ». De bon augure pour la suite. « À quelques jours du début de la Coupe du Monde 2026, la Côte d'Ivoire confirme ses ambitions, remarque le journal ivoirien, elle démontre qu'elle possède désormais les armes pour rivaliser avec les meilleures nations du globe. Quant aux Bleus, cette défaite inattendue laisse apparaître plusieurs interrogations avant leur ultime match de préparation contre l'Irlande ». À lire aussiLa Côte d'Ivoire s'offre une victoire de prestige contre la France à une semaine du Mondial
« Une cinquantaine de personnes trouvent la mort dans la traversée du désert », titre l'Agence nigérienne de presse (ANP), qui publie les photos de corps en partie recouverts par le sable. Les victimes sont « des voyageurs nigériens en provenance du Mali », rentrant dans leur pays, afin « de célébrer l'Aïd auprès de leurs familles respectives ». Le camion qui les transportait, « parti de la localité malienne de Tel-handek, située à environ 300 kilomètres de la frontière nigérienne, se serait perdu avant de tomber en panne après plusieurs jours de route dans le désert ». L'ANP poursuit : « Privés d'eau et incapables de réparer le véhicule, malgré les efforts du chauffeur, de ses apprentis et des passagers, les voyageurs se sont retrouvés piégés au cœur d'un environnement hostile où les températures extrêmes et l'absence de point d'approvisionnement rendent toute survie extrêmement difficile ». L'ANP précise également que les 49 victimes ont été « inhumées sur place, dans des fosses communes ». ActuNiger, de son côté, explique que deux survivants ont été retrouvés : « Après avoir marché plusieurs dizaines de kilomètres, ils ont atteint une zone d'eau avant de rejoindre Assamaka, où ils ont donné l'alerte. » Conclusion du site d'information nigérien : « Ce drame met une nouvelle fois en lumière la vulnérabilité des voyageurs dans le désert sahélo-saharien, où l'isolement, les distances et les conditions climatiques extrêmes transforment chaque déplacement en risque vital. » À lire aussiAlgérie: lancement du projet de gazoduc transsaharien sur fond d'interrogations financières Moins d'ambassades et de consulats Afrik.com consacre un article à l'accès aux visas pour les Africains souhaitant se rendre aux États-Unis. « L'administration de Donald Trump, explique Afrik.com, poursuit le renforcement de sa politique migratoire avec de nouvelles mesures visant les ressortissants africains. Réduction des services consulaires, exigences financières accrues et restrictions de voyage élargies, marquent une évolution significative des conditions d'accès au territoire américain. » C'est une note interne de l'administration américaine, qui explique notamment que « d'ici fin juin, les demandes ne pourront plus être effectuées que dans une vingtaine d'ambassades et de consulats, contre près de 50 actuellement ». « Pour des ressortissants de pays, comme Madagascar, le Bénin ou le Gabon, poursuit le site panafricain, cette mesure implique de se rendre dans un État voisin pour effectuer les démarches, ce qui impose des trajets transfrontaliers ou des vols internationaux ». Ces nouvelles mesures s'ajoutent à celles déjà mises en place le 1er janvier dernier, et prévoient que « les voyageurs issus de certains pays africains doivent fournir une garantie financière pour obtenir un visa ». Une caution qui varie « de 5 000 à 15 000 dollars ». « L'ensemble de ces mesures modifient les conditions d'accès aux États-Unis pour les ressortissants de plusieurs pays africains. Elles affectent notamment les déplacements liés aux études, aux affaires et aux échanges culturels », conclut Afrik.com. À lire aussiGreen Card aux États-Unis: la nouvelle règle choc qui inquiète la diaspora africaine « Historique » En football, la Côte d'Ivoire a battu la France 2 buts à 1, jeudi soir, lors d'un match amical avant le début du Mondial. Une victoire qui réjouit la presse ivoirienne. Fratmat parle « d'un exploit retentissant » et « d'une victoire historique », « une première dans l'histoire des confrontations entre les deux sélections, qui confirme la montée en puissance de la génération conduite par le sélectionneur Emerse Faé ». « À Nantes, ajoute Fraternité Matin, les Éléphants ont rugi plus fort que jamais ». De bon augure pour la suite. « À quelques jours du début de la Coupe du Monde 2026, la Côte d'Ivoire confirme ses ambitions, remarque le journal ivoirien, elle démontre qu'elle possède désormais les armes pour rivaliser avec les meilleures nations du globe. Quant aux Bleus, cette défaite inattendue laisse apparaître plusieurs interrogations avant leur ultime match de préparation contre l'Irlande ». À lire aussiLa Côte d'Ivoire s'offre une victoire de prestige contre la France à une semaine du Mondial
Les journalistes et experts de RFI répondent également à vos questions sur la nouvelle loi européenne des centres de retour de migrants, la visite de Romuald Wadagni au Burkina Faso et au Niger et l'opération "journée ville morte" en RDC. Corée du Sud : pourquoi 50 ministres africains étaient-ils à Séoul ? En début de semaine, Séoul a accueilli les ministres des Affaires étrangères de cinquante pays africains. Invités par leur homologue sud-coréen, Chu Hyun, ils ont échangé sur le renforcement des relations économiques, politiques et technologiques. Pourquoi la Corée du Sud s'intéresse-t-elle autant à l'Afrique ? Qu'est-il ressorti concrètement de cette réunion ? Avec Celio Fioretti, correspondant de RFI à Séoul. UE : quel est ce projet de centres pour migrants bientôt créés hors d'Europe ? Les eurodéputés et les États membres de l'Union européenne sont parvenus à un accord pour durcir la politique migratoire européenne. Parmi les mesures phares : la possibilité de créer, hors de l'Union européenne, des centres destinés à accueillir des migrants en situation irrégulière avant leur retour vers leur pays d'origine. Comment ces centres vont-ils fonctionner ? Quels pays sont prêts à les accueillir ? Pourquoi cette mesure suscite-t-elle autant de débats ? Avec Charlotte Boitiaux, journaliste à Infomigrants. Bénin-Niger : la réouverture de la frontière est-elle proche ? Après trois ans de tensions entre le Bénin et ses voisins du nord, le Niger et le Burkina Faso, le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, s'est rendu successivement à Niamey et à Ouagadougou ce mardi. Ces visites marquent-elles un changement de cap dans la diplomatie béninoise ? Peut-on espérer une réouverture prochaine de la frontière entre le Niger et le Bénin ? Avec Joël Atayi-Guédegbé, expert en gouvernance, acteur de la société civile béninoise. RDC : qui est derrière l'appel à la journée « ville morte » ? Ce mercredi, une partie de l'opposition congolaise a appelé les habitants de Kinshasa à une journée « ville morte ». À l'origine de cette opération : la plateforme C64, une coalition de partis opposés à toute modification de la Constitution qui pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de son second mandat. Pour la C64, il s'agissait d'un test afin de mesurer sa capacité à mobiliser. Mais qui compose cette plateforme ? D'autres actions de contestation sont -elle prévues ? Avec Ithiel Batumike, professeur de sciences politique à l'Université de Liège.
Rencontre avec Patricia Houéfa Grange et Guillaume Cingal, traducteurices, à l'occasion de la parution du livre d'Ama Ata Aidoo, NOTRE SŒUR RABAT-JOIE - Méditations obliques d'une Noire, aux éditions Ròt-Bò-Krik.Sissie, une jeune étudiante dans le Ghana des premières années de l'indépendance, obtient une bourse de séjour en Europe. Le périple qui la mène de l'Allemagne à l'Angleterre lui démontre à quel point les rapports des Africaines et des Africains à l'Occident et à eux-mêmes restent modelés par la colonialité.Dans cette œuvre incontournable de la littérature féministe africaine enfin traduite en français, tout est affaire de décentrement du regard et des repères.Ici, la décolonisée sceptique observe les anciens colonisateurs. Soigneusement tissé de prose et de vers libres, ce roman drôle et acerbe d'Ama Ata Aidoo nous ouvre les pensées d'une femme noire qui s'aventure au cœur de la blanchité.Ama Ata Aidoo (1942-2023) est une autrice et dramaturge ghanéenne, dont l'œuvre abondante – romans, poésie, nouvelles, pièces de théâtre et essais – explore les défis post-coloniaux et la condition féminine africaine. Elle poursuit une longue carrière de professeure d'université (Ghana, Kenya, Zimbabwe, États-Unis) et lutte tout au long de sa vie pour l'accès à l'éducation et à l'écriture des femmes noires, à partir de son engagement politique et des organisations militantes qu'elle fonde. Abondamment étudiés dans le monde anglophone, ses écrits restent encore à découvrir en français.Ròt-Bò-Krik est une maison d'édition petite, indépendante, polyphonique, joyeuse et baroque.Saison #6 : Univers graphique : Mirion Malle | Habillage sonore : Pierre-Antoine Naline, accompagné de la chorale Dònas d'Òlt d'après le chant La Rota composé par Nadèta Carita | À la conversation et à la réalisation : Soazic Courbet. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
L’Association Culturelle et Sportive des Africains de Grenoble (ACSAG) organise la deuxième édition de la CAN Junior à Grenoble, tous les week-ends du 30 mai au 4 juillet ! Ce tournoi d’exception met en compétition 16 équipes, représentant 16 nations... Continue Reading →
Après neuf ans d'hésitation, les députés et sénateurs français ont fini, le 7 mai 2026, par voter à l'unanimité une loi-cadre sur la restitution des objets pillés pendant la colonisation. C'est une victoire pour les anciennes colonies françaises comme le Bénin. Mais le retour en Afrique de ces biens culturels ne risque-t-il pas d'être stoppé l'année prochaine s'il y a un changement de majorité en France ? C'est l'une des questions que Christophe Boisbouvier a posées à l'historienne franco-béninoise Marie-Cécile Zinsou, qui préside la Fondation Zinsou à Ouidah, près de Cotonou. RFI : Avec tous ces lieux de mémoire, avec tous ces musées, quelles sont les ambitions du Bénin de Romuald Wadagni ? Marie-Cécile Zinsou : Alors écoutez, le Bénin s'est engagé depuis quelques années dans une préservation de son patrimoine et dans une nouvelle politique qui est totalement axée à la fois sur son histoire et sur l'avenir. Donc, je crois que le nouveau président va s'inscrire dans le chemin qu'il avait tracé aux côtés de Patrice Talon, notre précédent président, ces dernières années. On est un peu dans la continuité, c'est ça ? Il me semble qu'on est effectivement dans la continuité je pense, le président Wadagni était notre ministre des Finances pendant les dix dernières années. Donc, il me semble qu'on est dans quelque chose qui ressemble à une continuité. À l'origine de ce renouveau mémoriel, il y a l'action initiale du ministre Aurélien Agbenonci, il y a dix ans déjà, quand il a réclamé à la France de François Hollande la restitution des trésors royaux du Bénin. Est-ce que la loi-cadre votée par la France répond à vos attentes ? Ce qui est absolument fondamental, c'est ce que le courrier du Bénin a déclenché en France. Et la réponse qu'Emmanuel Macron y a apportée à Ouagadougou en 2017. Puisqu'on peut vraiment dater le début du processus de restitution à partir de ce discours. Donc aujourd'hui, la loi-cadre, après neuf ans d'attente, arrive pour donner une forme à ces restitutions et pour éviter les lois d'exception qui avaient eu lieu jusqu'alors pour à la fois le Bénin, le Sénégal et la Côte d'Ivoire. Oui, c'est-à-dire que jusqu'à présent il fallait une loi par restitution ? Oui, il fallait des lois spécifiques. Et la loi-cadre, elle va être efficace très rapidement puisque le gouvernement français est motivé et l'a fait savoir. Les parlementaires ont voté à l'unanimité cette loi, ce qui montre bien que la représentation nationale française est tout aussi concernée par les questions de restitution. Et il y a de nombreuses demandes en cours du côté du continent. Donc, c'est une loi qui, avec un gouvernement et une représentation nationale française motivés, peut être extrêmement efficace. Est-ce qu'il y a des failles malgré tout dans cette loi ? Alors cette loi, elle propose qu'il y ait des commissions bi-nationales, donc entre l'État demandeur et l'État français pour examiner le cas des biens qui ont été pillés illicitement. Evidemment, si la France est motivée, elle met en place une commission qui regarde avec intérêt, objectivité et bienveillance les demandes de restitutions. Si le prochain gouvernement était moins motivé par les restitutions, ces commissions pourraient être nettement plus dures et pourraient bloquer certains processus. Je pense que c'est pour ça que c'est très important qu'il y ait des premières restitutions assez rapidement, parce que, après, ce sera un phénomène inarrêtable. Et le président français l'a dit à Nairobi, a priori, c'est une loi irréversible. On ne reviendra pas sur les restitutions. Il faut créer une dynamique ? Il faut créer une dynamique et il faut créer des précédents pendant cette année où toutes les étoiles semblent alignées. Quels sont les pays développés les plus réticents à restituer les œuvres qui ont été pillées au 19ᵉ et au XXᵉ siècle ? Alors chaque pays est complexe. En Europe, le plus réticent est peut-être celui qui a le plus restitué, et les gens ne s'en rendent pas forcément compte. Mais aujourd'hui, on peut dire que le Royaume-Uni est celui qui se protège le plus. Notamment parce que les Britanniques sont face à des demandes de restitutions européennes, et notamment des Grecs qui réclament les frises du Parthénon, qui sont au British Museum. Et donc, à la fois, le Royaume-Uni refuse de légiférer et bloque une partie des demandes. Et en même temps, c'est le Royaume-Uni qui a restitué plus de 70 biens déjà à travers ses musées non nationaux, donc à travers ses musées universitaires et ses musées régionaux. Donc, le Royaume-Uni est peut-être celui qui, dans la loi, est le moins ambitieux, mais qui restitue le plus. Alors qu'il y a des pays comme la Belgique qui ont restitué officiellement, massivement, puisqu'il y a plus de 1 200 objets qui sont déjà concernés par la loi belge, et en même temps, il y a un seul masque qui a fait le voyage de retour au Congo. Est-ce que les différentes institutions béninoises qui ont été créées ces derniers mois, notamment le Comité scientifique national auquel vous appartenez… Est-ce que tout cela peut encourager les pays qui détiennent des biens culturels et qui ne veulent pas s'en séparer ? Est-ce que cela peut les encourager à les restituer à des pays demandeurs comme le vôtre ? Il me semble que l'exemple du Bénin a été important, notamment avec la première restitution, avec la première loi d'exception de la France, quand les 26 objets du Trésor royal d'Abomey sont revenus, le Bénin a fait une démonstration assez éclatante de ce que pouvait être le retour du patrimoine et le partage à tous de ces collections. Donc, je pense que ça a aussi permis de faire sauter des verrous qui étaient bien souvent des préjugés sur une base raciste, ou sur juste une base de se dire que l'Afrique n'était pas intéressée à son patrimoine, que les Africains n'allaient pas au musée. Ça, c'était des propos qu'on entendait dans la société française. Tout à coup, à partir du moment où on a fait la démonstration que les gens se sont passionnés pour cette exposition, qu'elle a été ouverte à tous en grand, je crois que les gens ont réalisé ce que c'était, en fait, que d'être privé de son patrimoine depuis des dizaines ou des centaines d'années, et d'y avoir enfin un accès. Donc, je crois qu'évidemment certains pays, qui prenaient la question très à la légère, ont vu la preuve devant leurs yeux que c'étaient des questions fondamentales et qu'on ne pouvait pas rester sur des préjugés souvent racistes qui étaient prédominants.
Les multiples visages de la création musicale sur le continent africain sont sous le feu des projecteurs. La saison 4 de la série Y'Africa est sortie il y a quelques jours sur les plateformes Trace Urban. Après les artistes et les sportifs, la série part cette fois à la rencontre des musiciens africains. Y'Africa dresse le portrait de 18 d'entre eux, venus du Rwanda, du Sénégal, du Maroc, du Cameroun ou encore du Ghana, et montre qu'il n'y a pas une mais bien des scènes émergentes africaines. Dan Assayag est le réalisateur de la série. La saison 4 de la série Y'Africa est déjà disponible sur les plateformes de Trace Urban ainsi que sur l'application d'Orange, Max it TV. À lire aussiFemua 18: en replaçant les traditions au cœur de la société, le «Femua tradi» impose la réflexion
Les multiples visages de la création musicale sur le continent africain sont sous le feu des projecteurs. La saison 4 de la série Y'Africa est sortie il y a quelques jours sur les plateformes Trace Urban. Après les artistes et les sportifs, la série part cette fois à la rencontre des musiciens africains. Y'Africa dresse le portrait de 18 d'entre eux, venus du Rwanda, du Sénégal, du Maroc, du Cameroun ou encore du Ghana, et montre qu'il n'y a pas une mais bien des scènes émergentes africaines. Dan Assayag est le réalisateur de la série. La saison 4 de la série Y'Africa est déjà disponible sur les plateformes de Trace Urban ainsi que sur l'application d'Orange, Max it TV. À lire aussiFemua 18: en replaçant les traditions au cœur de la société, le «Femua tradi» impose la réflexion
La vie sur terre est déjà difficile, quitter son pays natal est un déchirement qui fait très mal, même si c'est pour fuir la guerre, la famine, la précarité économique et sociale. Les Africains sont des courageux, mais immigrer ailleurs cache un autre aspect que les gouvernements de la terre d'accueil ignorent. S'il y a un jour un suivi de la part des instances, ils découvriront les souffrances morales et les harcèlements quotidiens que nous, les Noirs Africains, nous vivons lors de notre arrivée chez un membre de la famille ou un ami de notre origine. Le freinage des Africains, même en Occident, provient d'abord de l'intérieur de notre communauté, surtout de nos familles! La vérité te CHOQUE? Tant mieux, sois choqué(e)Support the showTon support est la force!
Quelles sont les grandes mutations du secteur pétrolier africain ? Entre tensions géopolitiques au Moyen-Orient, baisse relative des investissements internationaux, transition énergétique et quête d'attractivité, les pays africains producteurs tentent de repositionner leur stratégie. Tournée dans le cadre des 4èmes Journées Pétrole, cette émission réunit experts, économistes, représentants d'États et industriels autour d'une même interrogation : comment transformer les ressources pétrolières en véritable levier de développement durable ? NOS INVITÉS Gacyen Mouely, associé gérant 3M - Partners & Conseils et organisateur des 4èmes Journées Pétrole à Casablanca Cyril Ruchonnet, directeur associé chez S&P Global Laura Sima, directrice associée, recherche sur les Solutions Amont chez S&P Global Mahamat Togoï, ingénieur géologue, enseignant-chercheur à l'Institut National Supérieur de Pétrole de Mao (Tchad) Hashir Mabignath Sall, directeur général adjoint de l'Agence Nationale de Promotion des Investissements (ANPI) du Gabon Michel Prudhomme Nzouba fondateur Eco Partners, ancien dirigeant de Shell, Assala Energy, Maurel & Prom. Les grandes thématiques de l'émission
Quelles sont les grandes mutations du secteur pétrolier africain ? Entre tensions géopolitiques au Moyen-Orient, baisse relative des investissements internationaux, transition énergétique et quête d'attractivité, les pays africains producteurs tentent de repositionner leur stratégie. Tournée dans le cadre des 4èmes Journées Pétrole, cette émission réunit experts, économistes, représentants d'États et industriels autour d'une même interrogation : comment transformer les ressources pétrolières en véritable levier de développement durable ? NOS INVITÉS Gacyen Mouely, associé gérant 3M - Partners & Conseils et organisateur des 4èmes Journées Pétrole à Casablanca Cyril Ruchonnet, directeur associé chez S&P Global Laura Sima, directrice associée, recherche sur les Solutions Amont chez S&P Global Mahamat Togoï, ingénieur géologue, enseignant-chercheur à l'Institut National Supérieur de Pétrole de Mao (Tchad) Hashir Mabignath Sall, directeur général adjoint de l'Agence Nationale de Promotion des Investissements (ANPI) du Gabon Michel Prudhomme Nzouba fondateur Eco Partners, ancien dirigeant de Shell, Assala Energy, Maurel & Prom. Les grandes thématiques de l'émission
In The Belgian Dream spreken wij met ex-Rode Duivels over hun tijd bij de nationale ploeg.We bespreken hun eerste caps, hoogtes en laagtes en hoe zij terugblikken op hun sportieve prestaties in het rode shirt.In deze aflevering is Emile Mpenza te gast. Hij vertelt openhartig over zijn bijzondere relatie met zijn broer Mbo Mpenza, hun gezamenlijke parcours en de impact die zij hadden op het Belgische voetbal.Daarnaast blikt Emile terug op zijn jeugdzondes, moeilijke momenten binnen én buiten het veld en de pieken en dalen tijdens zijn periode bij de Rode Duivels. Uiteraard komt ook zijn legendarische wedstrijd tegen Nederland aan bod, net als zijn opmerkelijke status in het buitenland tegenover de waardering die hij in België kreeg.Van Schalke 04 tot Manchester City, van zijn eerste selectie tot zijn grote internationale affiches: Emile deelt verhalen over zijn carrière, zijn generatie en de evolutie van het Belgische voetbal.Hoe kijkt hij vandaag terug op zijn carrière? Waarom kreeg hij in het buitenland soms meer erkenning dan in België? En wat denkt hij van de huidige generatie Rode Duivels richting het WK 2026 in Amerika?Je hoort het allemaal in deze episode van The Belgian Dream!Dans The Belgian Dream, nous parlons avec d'anciens Diables Rouges de leur époque au sein de l'équipe nationale. Nous abordons leurs premières sélections, leurs hauts et leurs bas, et la façon dont ils regardent en arrière sur leurs performances sportives sous le maillot rouge.Dans cet épisode, Emile Mpenza est l'invité. Il revient avec sincérité sur sa relation particulière avec son frère Mbo Mpenza, leur parcours commun et l'impact qu'ils ont eu sur le football belge.Emile évoque également ses erreurs de jeunesse, les moments plus compliqués de sa carrière ainsi que les meilleurs et les pires souvenirs vécus avec les Diables Rouges. Son fameux match contre les Pays-Bas est évidemment abordé, tout comme sa popularité à l'étranger comparée à la reconnaissance reçue en Belgique.De Schalke 04 à Manchester City, de sa première sélection à ses grandes soirées européennes, Emile partage des anecdotes sur sa carrière, sa génération et l'évolution du football belge.Comment regarde-t-il aujourd'hui sa carrière ? Pourquoi était-il parfois davantage reconnu à l'étranger qu'en Belgique ? Et que pense-t-il de la génération actuelle des Diables Rouges en vue de la Coupe du Monde 2026 aux États-Unis ?Vous entendrez tout cela dans cet épisode de The Belgian Dream !__________________
La Marche du monde enregistrée en public au Musée d'Histoire de Nantes pour la 4ème édition d'Expressions décoloniales. Une invitation à revisiter l'histoire de l'esclavage et de la traite négrière en donnant de l'espace à de nouveaux récits historiques et artistiques pour interroger quatre siècles d'une histoire monde dont nous sommes toutes et tous les descendants. C'est notre Histoire partagée et RFI est très fière de s'associer comme chaque année au Temps des mémoires, temps des commémorations de l'esclavage, de ses victimes et des combats pour son abolition. Le Musée d'Histoire de Nantes est devenu une référence internationale pour la qualité de ses différents parcours proposés sur l'histoire longue de la ville, notamment pour son parcours muséal sur l'histoire de l'esclavage et de la traite. Au fil des œuvres, les visiteurs découvrent comment la ville de Nantes est devenue le premier port français de traite des êtres humains avec plus de 42% des départs d'expéditions de traite entre 1707 et 1793. Un commerce des esclaves dans lequel se sont spécialisées des familles d'armateurs tout comme de nombreuses activités économiques de la ville et de la région. Pour sa quatrième édition, la manifestation « Expression (s) décoloniale (s) » initiée par la directrice scientifique du Musée Krytel Gualdé invite trois personnalités, à la croisée de l'histoire, de l'art et de la mémoire: les artistes Rosana Paulino et Omar Victor Diop, et l'historienne Lylly Houngnihin. L'historienne ouest-africaine Lylly Houngnihin, fondatrice et directrice de Totems Afrikaraïbes, interpelle les visiteurs par une dizaine de textes mêlant histoire, mémoire, poésie, culture et sensibilité, attachés à des objets choisis dans le parcours permanent. Dans une démarche historique, elle envisage les collections du musée de manière transversale : « Mon travail s'oriente vers une exploration des objets comme matrices de mémoire. Je souhaite mettre en lumière ce que j'appelle des « persistances atlantiques » : les formes symboliques, plastiques et rituelles qui ont circulé de l'Afrique vers d'autres territoires, souvent en dépit des violences extrêmes de la traite. Les objets deviennent alors des passeurs d'expérience : ils condensent des récits de perte, de déplacement, mais aussi de recréation esthétique, social, et culturelle. » Depuis Sao Paulo, Rosana Paulino, artiste incontournable de la scène artistique brésilienne, investit, avec plus d'une dizaine d'œuvres majeures, le parcours d'exposition. Dessins, peintures, sculptures, vidéos, et installations en regard des documents historiques du musée sur plusieurs thématiques rendant hommage aux femmes afro-brésiliennes. Les femmes victimes de la traite atlantique et de l'esclavage colonial furent-elles des victimes comme les autres ? Quelles formes particulières de violence leur furent-elles infligées ? Quel rôle fondamental jouèrent-elles dans la transmission des savoirs hérités du continent africain ? Enfin, derrière le silence et le déni, de quelle force de résilience disposèrent-elles pour tenir ? Rosana Paulino, à travers les réponses que ses œuvres nous apportent, nous éclaire sur ces points en explorant ce qui subsiste et ce qui disparait. Enfin, l'artiste sénégalais Omar Victor Diop présente deux séries de photographies emblématiques. La première, intitulée Diaspora, inspirée de portraits réalisés entre le 15ème et le 19ème siècle, met en valeur des personnes ayant traversé les lignes de l'histoire coloniale européenne à l'époque moderne. Ainsi, c'est l'agentivité de ceux qui, depuis l'Afrique, furent les victimes ou les acteurs de ce passé, qui est mise en avant, leur individualité faisant force. La seconde série, intitulée Liberty évoque des moments-clés, fondateurs et fondamentaux, de la protestation noire à l'échelle mondiale et dans une dimension historique, des luttes anticoloniales dans les Caraïbes, à celles menées sur le continent africain jusqu'aux mouvements antiségrégationnistes et aux manifestations contemporaines contre les violences racistes. Un grand merci à toute l'équipe du musée d'Histoire de Nantes dont le formidable parcours d'exposition est à découvrir ici.
En visite au Kenya du 10 au 12 mai, le président français Emmanuel Macron a salué la signature d'un engagement du géant français du fret CMA CGM avec le port de Mombasa. Situé sur la côte sud du pays, ce port restera géré par le gouvernement kényan. Le projet vise à l'agrandir et à le moderniser. Mais au-delà du Kenya, c'est l'Afrique tout entière qui construit et développe ses accès à la mer. L'analyse de l'expert maritime, Hervé Deiss, fondateur de la revue Ports et Corridors À lire aussiL'avenir de l'Afrique se jouera sur ses ports
Le Manchester Museum, musée universitaire basé dans cette métropole du centre de l'Angleterre, a ouvert un « Africa hub ». Une initiative qui a permis de créer un espace dédié à ses collections africaines. Ces 40 000 objets « donnés, volés ou pris de force » à l'apogée de l'Empire britannique y sont exposés. Les conservateurs admettent n'avoir pratiquement aucune trace de leur provenance. À travers l'« Africa Hub », le musée espère collecter les informations manquantes grâce aux contributions du public. Un espace en ligne a également été créé pour que les personnes sur le continent africain ou partout ailleurs dans le monde puissent aider à identifier ces objets afin de mieux les exposer, mais aussi penser à leur restitution. Le reportage de notre correspondante Marie Billon est à retrouver dans son intégralité sur le site de RFI rubrique podcast Accents d'Europe.
Le Manchester Museum, musée universitaire basé dans cette métropole du centre de l'Angleterre, a ouvert un « Africa hub ». Une initiative qui a permis de créer un espace dédié à ses collections africaines. Ces 40 000 objets « donnés, volés ou pris de force » à l'apogée de l'Empire britannique y sont exposés. Les conservateurs admettent n'avoir pratiquement aucune trace de leur provenance. À travers l'« Africa Hub », le musée espère collecter les informations manquantes grâce aux contributions du public. Un espace en ligne a également été créé pour que les personnes sur le continent africain ou partout ailleurs dans le monde puissent aider à identifier ces objets afin de mieux les exposer, mais aussi penser à leur restitution. Le reportage de notre correspondante Marie Billon est à retrouver dans son intégralité sur le site de RFI rubrique podcast Accents d'Europe.
Depuis les premières frappes américaines en Iran, le 28 février 2026, les équilibres géopolitiques et économiques sont de nouveau fragilisés à l'échelle mondiale. Le continent africain n'échappe pas aux répercussions. La hausse des cours du pétrole, la flambée des prix des matières premières, des engrais, mais aussi des coûts de transport de marchandises font craindre notamment des pénuries de carburant et pèsent sur la sécurité alimentaire. Début avril 2026, Madagascar a dû décréter un état d'urgence énergétique face aux pénuries généralisées dans les stations-service du pays. De leur côté, le Fonds monétaire international, le Programme des Nations unies pour le développement anticipent déjà une perte de croissance pour le continent. Déjà déstabilisées par la crise du Covid-19 puis la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient expose encore un peu plus la vulnérabilité des économies africaines face aux chocs extérieurs, en l'occurrence, leur dépendance aux importations. Et pour les ménages, les conséquences se font déjà sentir sur le pouvoir d'achat à travers la hausse des prix alimentaires. Alors que plusieurs pays du continent avaient supprimé ou réduit les subventions au carburant sous la pression des bailleurs, notamment du FMI, l'Éthiopie ou le Kenya ont notamment décidé de réintroduire la mesure ou de l'augmenter temporairement pour soulager les consommateurs et tenter d'éviter la grogne sociale. Sur les marchés, dans les stations-service, quelles réactions ? Quelles solutions pour réduire les conséquences des chocs de l'économie mondiale ? L'Afrique pourra-t-elle devenir indépendante sur le plan énergétique et agricole ? Avec : • Thomas Melonio, directeur exécutif et chef économiste de l'Agence française de développement (AFD) • Ollo Sib, coordinateur des opérations du Programme alimentaire mondial (PAM) en République démocratique du Congo pour la Zone Est. Un entretien avec Moïse Gomis, correspondant de RFI au Nigeria, gros exportateur de pétrole mais où le carburant n'est pas forcément bon marché pour la population. Programmation musicale : ► Otoko - Jewel Usain, Acchi Mello ► Too Much Noise - Stand High Patrol, Joe Yorke.
Tout juste nommé à la tête de l'Agence française de développement (AFD), Christophe Lecourtier participait au sommet Africa Forward à Nairobi, consacré aux partenariats économiques entre la France et les pays africains. Dans un contexte de restrictions budgétaires et de remise en question de l'aide publique au développement, il défend une nouvelle approche fondée sur les « intérêts mutuels », l'impact concret et la pédagogie de son action. Propos recueillis à Nairobi (Kenya) par Bruno Faure RFI : Quel est votre état d'esprit pour ce sommet Africa Forward, assez inédit dans sa forme, dans son message, alors que vous venez à peine d'être nommé à la tête de l'AFD ? Christophe Lecourtier : Je crois que c'est vraiment une grande chance de prendre mes fonctions aujourd'hui, parce que ce sommet arrive au terme de beaucoup d'années où l'on a réfléchi à tous les niveaux de l'État à ce que devait être une nouvelle relation avec le continent. Et aujourd'hui, par le foisonnement des événements, des initiatives, des rencontres, on a vraiment l'impression qu'on a là, dans nos filets, quelque chose qui a de la substance. La particularité, c'est que les entreprises et l'économie sont au centre du jeu. Le président Macron a annoncé un chiffre de 23 milliards d'euros d'investissements à la fin de cette journée. Le président kényan et le président Macron ont posé un cadre à l'intérieur duquel tous ces projets s'élaborent et tous ces contrats se signent. La deuxième chose, c'est que je suis extrêmement fier de ce que le groupe AFD, dans toutes ses composantes, ont joué un rôle très important dans la conception de ce sommet et dans toute une série d'événements, de signatures qui lui donnent de la substance. Donc non seulement c'est intéressant comme citoyen, par rapport à ma carrière de haut fonctionnaire, mais c'est extrêmement stimulant en arrivant dans les fonctions qui sont désormais les miennes. Est-ce qu'on fait des affaires un peu différemment avec le monde anglophone, puisqu'on est ici au Kenya, par rapport à ce que la France fait depuis des décennies avec les pays francophones ? Je ne voudrais pas tirer des conclusions hâtives d'une expérience qui est encore très fraîche, mais j'ai l'impression que l'AFD promeut la montée des coalitions associées sur des enjeux absolument critiques comme la souveraineté alimentaire, la souveraineté sanitaire, un certain nombre de projets d'infrastructures, par exemple l'électrification… C'est ici le lieu où se rassemblent autour d'une table, mais aussi dans des financements qui sont mis en œuvre, des banques multilatérales, des acteurs privés, parfois des fondations philanthropiques et évidemment l'AFD qui a l'avantage d'avoir un spectre assez large à travers ses trois composantes : l'agence elle-même, Proparco pour la partie secteur privé, et puis Expertise France qui apporte ici ou là finalement la petite maille sans laquelle les projets auraient souvent du mal à démarrer. Alors est-ce que c'est l'atmosphère anglo-saxonne qui est un peu moins verticale, un peu moins étatique peut-être que ce qu'on a l'habitude de faire ici en France ? Ou est-ce que c'est tout simplement l'évolution de cette problématique des partenariats internationaux ? En tout état de cause, ce qui me frappe et ce qui me stimule, c'est que je vois notre groupe AFD, au nom de la France, en pole position pour commencer à travailler de cette manière-là. À vous entendre, vous vous inscrivez dans la continuité de ce qu'a fait votre prédécesseur Rémy Rioux. Qu'est-ce que vous comptez apporter de plus dans un contexte de contraction budgétaire ? Je ne suis pas et je ne serai jamais un contempteur de ce que Rémy Rioux a fait très bien dans l'état du monde des dernières années. Et d'une certaine manière, on préférerait tous que le monde n'ait pas changé et que les ressources qui vont avec n'aient pas changé. Simplement, et malheureusement, le monde a changé. Le paradigme de l'aide au développement – j'y ai travaillé il y a vingt ans – a fait long feu. Cette notion de partenariat international, c'est d'être dans une logique où l'on mesure beaucoup plus les intérêts mutuels, donnant-donnant. Cela se fait effectivement sur fond de baisse assez conséquente des moyens qui sont accordés à l'agence et plus généralement à l'aide publique au développement. Il faut faire, comme le dit la formule un peu triviale, d'un risque une opportunité. Je crois qu'on a tout à fait les moyens de retrouver à la fois une stratégie claire, parlante pour nos parties prenantes – c'est-à-dire le gouvernement, le Parlement – mais aussi pour les équipes et pour nos partenaires. Certes, il est probable que le volume d'affaires ne sera sans doute pas en croissance pour des raisons évidentes, mais on peut faire un peu moins et tout aussi bien. Peut-être même, sur certains aspects, en termes de lisibilité et de relation avec la politique intérieure et extérieure française, un peu mieux encore. À écouter aussiSommet Africa Forward : « Les sources de financement destinées à l'Afrique menacées par la crise » Donc il n'y a pas besoin de se réinventer pour rester pertinent, même quand on fait face à une concurrence internationale, de prêteurs chinois par exemple ? Si, parce que c'est une maison qui a 85 ans et qui s'est réinventée en permanence. Il n'y a jamais vraiment eu, je crois, de plateau où l'on se serait installé dans une situation de confort. Dans le monde avec tous ses problèmes, il faut se réinventer sans cesse. Là, il est possible que le chapitre nouveau soit un peu plus marqué dans sa spécificité, mais les bases, les fondations de cette agence, je pense que la France en a vraiment besoin. C'est un grand atout. À charge pour nous d'être capables peut-être de l'expliquer davantage, y compris de sortir peut-être d'un certain cercle d'initiés, de gens de très bonne volonté, pour aller vers des publics qui sont un peu plus dubitatifs sur l'importance, l'enjeu, la pertinence de tout ça. Moi, j'en suis convaincu et on va vraiment essayer de les embarquer avec nous dans ce nouveau chapitre. Justement, la France, l'AFD et d'autres organismes français sont régulièrement critiqués pour ce qu'ils sont, les politiques qu'ils mènent en Afrique, dans les pays du Sahel en particulier. Comment vous positionnez-vous en tant qu'acteur avant tout économique et qui doit se démarquer de ces débats politiques ? Je pense que les Français, à tort ou à raison, sont assez critiques sur l'ensemble des institutions, quelles que soient leurs missions. Les Français mais les Africains aussi. C'est un défi qui nous est posé, mais qui est aussi le même. Les Français nous demandent la même chose : davantage d'impact, d'être capables de le démontrer. On voit aujourd'hui un nouveau paradigme qui me va très bien compte tenu de mon itinéraire professionnel : c'est un accent beaucoup plus fort mis sur la croissance économique, l'industrialisation, la création d'emplois. Et à partir du moment où l'on se fixe cet objectif, il faut aller vite. Il ne faut pas être rattrapé par la vague soit des populismes, soit de la fragmentation, soit de la déstabilisation d'un certain nombre de pays. Donc on a vraiment une exigence, mais on a un chemin. Et je crois vraiment que les équipes de l'AFD, fortes de leurs acquis, de leurs convictions, de leur solidarité, sont parmi toutes les agences de développement certainement celles ou parmi celles les mieux placées pour relever ce défi. C'est stimulant pour tout le monde. Il faut faire de la pédagogie. Ça va être ce à quoi je vais m'employer pour que personne n'ait l'impression qu'on est juste sur une histoire en peau de chagrin. C'est une pédagogie aussi qu'il faut que je fasse vis-à-vis de mes autorités. Mais voilà, on va le faire. Les agences de développement sont parfois accusées de mesurer le succès par les montants, par les volumes qui sont engagés sur le terrain, et pas forcément par les résultats. Qu'est-ce qu'on fait quand ça ne fonctionne pas ? Je crois que ça, c'était effectivement une page qui se tourne, qui répondait à un certain nombre d'objectifs internationaux de pourcentage de l'APD (Aide publique au développement) sur le PIB. J'y ai moi-même beaucoup contribué autrefois. Aujourd'hui, plus personne ne juge que c'est l'objectif essentiel. En revanche on peut, avec un peu moins, faire beaucoup mieux. C'est la ligne qui va nous guider. Donc je n'arrive pas comme quelqu'un qui va vous déchirer le voile et d'un seul coup faire connaître la vérité révélée. Simplement, on va davantage mettre l'accent sur un certain nombre de pays, un certain nombre de secteurs, parce qu'il faut faire des choix. Et on va aussi s'efforcer d'avoir une communication plus forte, plus volontaire et peut-être parfois plus simplifiée pour embarquer avec nous le plus grand nombre – en tout cas des gens de bonne volonté – que ce soient des dirigeants de notre pays, des élus ou aussi des citoyens. J'ai vraiment la conviction – et les études le montrent – que les Français n'ont pas renoncé à l'idée d'une solidarité internationale. Ils comprennent bien que si vous prenez la santé, vous voyez bien qu'il est absurde d'ériger des cordons sanitaires. C'est vrai aussi pour l'agriculture, la souveraineté alimentaire. On est une seule planète. Sans parler du climat. Cette logique-là, elle est majoritaire chez les Français. Il faut juste arriver à leur démontrer un peu plus qu'on ne l'a fait ces dernières années en quoi cette agence unique est vraiment le bras armé de la nation française, de l'État mais aussi de la nation française, pour accompagner cette transformation et en faire quelque chose dont on soit à la fois fiers et redevables à la fois à nos partenaires et à nos citoyens.
Depuis les premières frappes américaines en Iran, le 28 février 2026, les équilibres géopolitiques et économiques sont de nouveau fragilisés à l'échelle mondiale. Le continent africain n'échappe pas aux répercussions. La hausse des cours du pétrole, la flambée des prix des matières premières, des engrais, mais aussi des coûts de transport de marchandises font craindre notamment des pénuries de carburant et pèsent sur la sécurité alimentaire. Début avril 2026, Madagascar a dû décréter un état d'urgence énergétique face aux pénuries généralisées dans les stations-service du pays. De leur côté, le Fonds monétaire international, le Programme des Nations unies pour le développement anticipent déjà une perte de croissance pour le continent. Déjà déstabilisées par la crise du Covid-19 puis la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient expose encore un peu plus la vulnérabilité des économies africaines face aux chocs extérieurs, en l'occurrence, leur dépendance aux importations. Et pour les ménages, les conséquences se font déjà sentir sur le pouvoir d'achat à travers la hausse des prix alimentaires. Alors que plusieurs pays du continent avaient supprimé ou réduit les subventions au carburant sous la pression des bailleurs, notamment du FMI, l'Éthiopie ou le Kenya ont notamment décidé de réintroduire la mesure ou de l'augmenter temporairement pour soulager les consommateurs et tenter d'éviter la grogne sociale. Sur les marchés, dans les stations-service, quelles réactions ? Quelles solutions pour réduire les conséquences des chocs de l'économie mondiale ? L'Afrique pourra-t-elle devenir indépendante sur le plan énergétique et agricole ? Avec : • Thomas Melonio, directeur exécutif et chef économiste de l'Agence française de développement (AFD) • Ollo Sib, coordinateur des opérations du Programme alimentaire mondial (PAM) en République démocratique du Congo pour la Zone Est. Un entretien avec Moïse Gomis, correspondant de RFI au Nigeria, gros exportateur de pétrole mais où le carburant n'est pas forcément bon marché pour la population. Programmation musicale : ► Otoko - Jewel Usain, Acchi Mello ► Too Much Noise - Stand High Patrol, Joe Yorke.
Cortega est DJ et producteur basé à Maputo, passionné de musiques électroniques panafricaines. Depuis près de 20 ans, il fait voyager les dancefloors entre Afrohouse, Afrobeat et rythmes du continent - de Dakar à New York, en passant par Paris et Berlin. Cofondateur du collectif ElectrAfrique, il défend une musique pensée pour rassembler. Dans ce set, il explore les sonorités des espaces lusophones Africains à travers une sélection de titres retravaillés - classiques ou inédits - choisis avec amour. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
Cortega est DJ et producteur basé à Maputo, passionné de musiques électroniques panafricaines. Depuis près de 20 ans, il fait voyager les dancefloors entre Afrohouse, Afrobeat et rythmes du continent - de Dakar à New York, en passant par Paris et Berlin. Cofondateur du collectif ElectrAfrique, il défend une musique pensée pour rassembler. Dans ce set, il explore les sonorités des espaces lusophones Africains à travers une sélection de titres retravaillés - classiques ou inédits - choisis avec amour.
Le sommet Afrique-France de Nairobi, c'est aujourd'hui, lundi 11 mai et demain, mardi 12 mai, avec quelque trente chefs d'État et de gouvernement et quelque deux mille chefs d'entreprise, qui sont attendus dans la capitale du Kenya. Mais après les revers qu'elle a subis ces dernières années, la France a-t-elle encore un rôle stratégique à jouer sur le continent ? Aïssata Tall Sall a été la ministre des Affaires étrangères du Sénégal de 2020 à 2023. Aujourd'hui, elle est députée et dirige le premier groupe de l'opposition à l'Assemblée nationale. En ligne de Dakar, Maître Aïssata Tall Sall répond aux questions de C. Boisbouvier. RFI : Aïssata Tall Sall, pour la première fois dans l'histoire des sommets Afrique-France, une édition se déroule en terre anglophone. Qu'en pensez-vous ? Aïssata Tall Sall : Je pense que c'est inédit et que nous devons lire cela sous le prisme d'une géopolitique africaine. La France, on doit le dire, n'est plus ce qu'elle était, il y a quelques années, en Afrique, pour ce qui est de ses relations, en tout cas avec ses anciennes colonies. Les pays de l'AES [le Burkina Faso, le Mali et le Niger qui forment l'Alliance des États du Sahel, NDLR] sont là. Les souverainistes sont là, avec de nouveaux pouvoirs. Il y a aussi notre société civile, notre opinion, qui est très très dure et exigeante vis-à-vis de la France. Il y a aussi ces bases militaires qui étaient là – je sais que celles du Sénégal sont déjà parties. Je pense que la France elle-même est en train de revoir sa relation avec l'Afrique. Et tout cela dans ce que les Africains, eux, résument par « ni exclusivité, ni exclusion » : c'est-à-dire dans une relation multilatérale libre, avec tous les États, dont le centre du monde n'est nulle part. Il est seulement là où vont les intérêts des pays africains. Le mot d'ordre de ce sommet de Nairobi, c'est l'économie. Est-ce que la France a encore un rôle à jouer dans le développement économique du continent ? Je pense que oui. C'est un rôle de leader, de conducteur, ou alors d'éveilleur de ce partenariat, sur des questions telles que la sécurité, telles que le climat, les questions de santé – on sort d'une pandémie de Covid. Il y a aussi les questions financières : est-ce que la France peut être ce grand messager qui pourra influer sur ses partenaires dans l'OCDE, dans le G7, pour que toutes ces règles puissent être allégées à la lumière des difficultés et surtout des besoins de financement des économies africaines. L'autre mot d'ordre de ce sommet de Nairobi, c'est la paix et la sécurité en Afrique. Or, les militaires français ont été chassés des trois États de l'AES et du Sénégal. Est-ce que le rôle stratégique de la France en Afrique de l'Ouest est fini ? Pour ce qui est du Sénégal, c'est peut-être trop forcé sur la caricature (elle rit). Les problèmes de sécurité sont prégnants, particulièrement en Afrique de l'Ouest, particulièrement pour moi, la Sénégalaise qui est frontalière du Mali. Donc, aujourd'hui, je pense que nous devons appréhender ces questions de sécurité sous un autre prisme : ce n'est pas celui de la présence de bases militaires qui vont garantir d'ailleurs, la plupart du temps – si on se dit la vérité – la sécurité des régimes en place. Nous, nous voulons la prévention. Et la prévention, c'est par le renseignement, c'est par un vrai échange discret, mais très fort dans le Sahel, et que la France, ainsi que les autres partenaires, puissent nous aider à cela, pour que nous soyons au-devant de la sécurité et pas attendre de subir, pour ensuite appeler à une quelconque intervention. Il y a deux ans, la président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a fait campagne pour l'émancipation de son pays par rapport à la France. Il y a 18 mois, il a annoncé la fermeture de la base militaire française de Dakar. Mais il est toutefois attendu au sommet Afrique-France de Nairobi. Est-ce que vous êtes surprise ? Je ne suis pas surprise et pour moi, ce n'est pas antinomique. Pour moi, le multilatéralisme est vraiment l'axe du partenariat et l'axe de la relation que nous devons avoir avec les États. Je vais vous raconter une anecdote. Il y a deux ans ou un peu plus, en tant que ministre des Affaires étrangères, j'avais accompagné le président Macky Sall au sommet Russie-Afrique [en juillet 2023 à Saint Petesbourg]. Et il y avait bien sûr le président russe Vladimir Poutine, mais il y avait le grand chef de l'Église orthodoxe, Cyril. Le patriarche Cyril s'est adressé aux Africains pour leur dire : « Nous avons les mêmes valeurs. » Et aujourd'hui, nous sommes en train d'implanter de petites églises orthodoxes un peu partout en Afrique. Et j'ai même vu des Africaines, comme des nonnes habillées en orthodoxes. Et j'ai compris que l'influence que la Russie était en train d'exercer dans nos États était une influence multiforme : pas seulement sur la sécurité, pas seulement sur l'économie, mais également sur le religieux. Et c'est à ça aujourd'hui que nous faisons face. Mais je pense que, fondamentalement, la relation historique que nous avons avec la France et avec l'Occident – les valeurs de démocratie, de droits de l'homme, que nous partageons avec la France et avec l'Occident – doit faire que nous puissions être à l'aise avec la France, avec les Occidentaux, bien avant qu'avec tous les autres. Et c'est peut-être la raison pour laquelle le président [Bassirou Diomaye Faye, NDLR] pense que, malgré tout ce qu'il a dit, malgré tout ce qu'il a fait, cette relation doit exister et qu'il doit se rendre là où elle doit s'exprimer : c'est-à-dire aujourd'hui à Nairobi. Est-ce que la présence de militaires russes dans les trois États de l'AES, et notamment au Mali, est bénéfique pour ces pays, selon vous ? Je ne peux pas répondre directement à cette question, parce que seuls ces pays-là peuvent apprécier si la présence leur est bénéfique ou pas. En tout cas, ce que j'observe, c'est que, malgré cela, les jihadistes sont toujours actifs et même très actifs. On a vu ce qui s'est passé le 25 avril [attaques coordonnées des jihadistes du Jnim et des rebelles du FLA, dans la plusieurs villes et localités maliennes, NDLR]. Je pense que le Mali a encore besoin de beaucoup de concours de tous les pays, pour arrêter cette escalade qui ne cesse de monter. Donc les Russes sont là-bas. C'est une appréciation souveraine des dirigeants du Mali. Mais je pense que c'est encore loin d'être suffisant pour garantir la paix et la sécurité dont nous avons besoin dans cette sous-région. À lire aussiAfrica Forward à Nairobi, un sommet coorganisé par Kenya et France à l'accent très économique
durée : 00:05:57 - Entendez-vous l'éco ? - par : Anne-Laure Chouin - La mesure entre en vigueur ce 1er mai. La Chine étend sa mesure d'exemption des droits de douane à 53 pays africains. C'est presque l'intégralité du continent. Un geste destiné à réduire les déséquilibres commerciaux mais qui vise aussi à servir les intérêts de la Chine en Afrique. - réalisation : Caroline Bennetot, Éric Chaverou Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France
durée : 00:58:40 - Cultures monde - par : Julie Gacon, Mélanie Chalandon - L'emploi du mercure dans l'orpaillage était au cœur des discussions de la COP-6 de la Convention de Minamata. Ce métal lourd à la toxicité extrême facilite l'amalgamation de l'or, et s'il est interdit dans de nombreux pays africains, sa prohibition reste peu respectée tant l'orpaillage est lucratif. - réalisation : Vivian Lecuivre, Fanny Richez, Sacha Mattei, Barthélémy Gaillard, Anouk Milliot, Pénélope Le Mauguen - invités : Joseph Bohbot Géographe, enseignant-chercheur à l'Université Paris-Sorbonne, affilié au laboratoire Médiations, Laurent Gagnol Géographe et maître de conférences à l'Université d'Artois, spécialisé sur l'espace sahélo-saharien, Agathe Fourcade Journaliste correspondante pour Libération et France 24 au Pérou Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France
Après le Kenya, le Tchad vient au secours des Haïtiens contre les gangs qui les terrorisent dans Port-au-Prince. Ndjamena va en effet déployer quelque 1 500 hommes en Haïti, dont 500 sont déjà sur place. Au total, la nouvelle Force de répression des gangs va compter 5 500 hommes venus de 18 pays. Pourquoi l'ONU et les États-Unis font-ils appel en priorité à des soldats tchadiens ? L'écrivain haïtien Jean-Marie Théodat est directeur du département de géographie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et vient de publier Haïti mon amour ! chez Hémisphères Éditions Il est l'invité de Christophe Boisbouvier. RFI : Après la mission multinationale dirigée par le Kenya, voici la Force de répression des gangs menée notamment par le Tchad. Qu'est-ce que vous en pensez ? Jean-Marie Théodat : Écoutez, vu l'embarras dans lequel Haïti est plongé depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, ça ne peut être qu'une bonne nouvelle. En espérant que ce ne sera pas une mission de plus, parce que ce n'est pas la première fois que les Nations unies délèguent des forces. Donc, on espère que les leçons des précédentes expériences auront été retenues pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Alors, la mission multinationale dirigée par le Kenya, elle n'était constituée que d'environ 1 000 soldats. Et cette Force de répression des gangs pourrait atteindre quelque 5 500 hommes et avoir un mandat plus offensif. Est-ce que cela vous paraît une bonne chose ou pas ? Alors il y a juste une petite correction à faire. Les 1 500 Kényans délégués en Haïti n'étaient pas des soldats mais des policiers. Donc avec des armes de maintien de l'ordre, c'est-à-dire des armes légères qui n'avaient aucun rapport avec l'urgence et l'énormité du défi qui était de faire face à plusieurs milliers de gangsters armés d'armes de guerre, etc. Donc aujourd'hui, on parle de 5 500 hommes, c'est-à-dire que c'est sensiblement plus important. Et puis cette fois avec un mandat clair, ça s'appelle une Force de répression des gangs. J'espère que la sémantique n'est pas trompeuse, mais s'il faut en juger par les intentions déclarées et puis surtout par l'importance des moyens qui ont été déployés, d'accord. Déjà, l'aéroport de Port-au-Prince a été transformé en une base aérienne pour accueillir un premier contingent de 500 Tchadiens. Donc, nous espérons que cette présence, et surtout les moyens qui ont été déployés, permettront de répondre efficacement aux défis posés par les gangsters. À lire aussiHaïti: l'armée tchadienne double son effectif au sein de la mission multinationale de répression des gangs Alors des unités venues de l'autre côté de l'Atlantique et en l'occurrence du Tchad. Qu'est-ce que cela vous inspire ? D'un point de vue symbolique, on peut dire que c'est une bonne nouvelle parce que Haïti n'est pas un pays totalement étranger aux Africains. Nous sommes, comme on dit souvent, la fille aînée de l'Afrique et le fait que des Africains volent au secours des afro-descendants que nous sommes, cela ne peut être que de bon augure. Pour dire qu'il y a dans cette Méditerranée atlantique des liens forts, des liens symboliques, historiques qui doivent se concrétiser avec un projet politique conscient. Maintenant, il faut voir que cette présence tchadienne n'est pas l'expression d'une volonté populaire du Tchad, de participer à ce qui se passe en Haïti, mais plutôt la délégation à un pays militairement aguerri de la part de l'Assemblée générale des Nations unies, qui n'a pas d'autre solution que de déléguer à d'autres nations la tâche de maintien de l'ordre dans ce qu'on appelle les périphéries du Sud, où ni des soldats américains, ni des soldats japonais, ni des soldats européens n'ont envie d'aller traîner leurs guêtres parce qu'on sait que ce sont toujours des opérations très périlleuses. Et puis parce que Haïti n'est pas non plus un pays du premier champ, avec un intérêt stratégique qui justifierait que les États-Unis ou que la France y envoie des troupes. Pour préparer les Tchadiens aux combats urbains dans Port-au-Prince, les Américains d'Africom sont en train de leur dispenser une formation technique. Pourquoi les Américains tiennent-il tant à ce que des Kényans, des Tchadiens participent à la sécurisation de votre pays ? Je pense qu'il y a une volonté évidente d'avoir en Haïti des forces qui ne donnent pas à la population le sentiment d'avoir été occupée par l'étranger. Vous savez, Haïti a une histoire nationale et un sentiment national très ombrageux qui fait qu'on ne tolérerait pas la présence d'une armée qui donnerait le sentiment que notre indépendance a été mise sous le boisseau. Tandis qu'avec des congénères, on va dire, presque africains, et la présence sur le terrain, disons vraiment photogéniques, cela passera toujours mieux d'avoir des soldats noirs, disons les choses carrément, avec une population qui est elle-même majoritairement noire et d'ascendance africaine. Et je pense que c'est probablement le sens de cette option africaine pour intervenir en Haïti. Qu'est-ce que le Tchad peut attendre de la part des Américains en contrepartie de l'envoi de 1 500 soldats ? Je pense que ces missions sont comme les missions précédentes, des missions tarifées. On ne peut pas dire que l'engagement du Tchad soit un engagement vénal, mais sans une compensation financière importante, je pense que personne n'a envie d'aller mourir pour Port-au-Prince. Donc, le Tchad doit certainement avoir une compensation financière. Mais je pense que le Tchad a aussi à s'attendre à un retour de faveur parce que, en intervenant en Haïti, les Tchadiens donnent aux États-Unis un gage de fidélité. En espérant sans doute qu'en retour, sur le terrain très spécifique de l'Afrique, ils pourront compter sur les Américains pour faire face notamment à la guérilla jihadiste qui mine l'unité du territoire, notamment dans la partie nord, à la frontière avec la Libye. Et avec le Soudan. Et avec le Soudan. Bien sûr, dans le Darfour. À lire aussiHaïti: les affrontements entre gangs s'intensifient à Port-au-Prince et forcent 5000 habitants à se déplacer
Le 10ᵉ Forum International de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique débute ce lundi pour deux jours dans la capitale sénégalaise. L'occasion pour des chercheurs, des décideurs politiques, des journalistes, d'échanger sur les enjeux régionaux. Il sera beaucoup question de souveraineté : économique, militaire, numérique. Parmi les intervenants, notre invité Afrique ce matin, Gilles Yabi, fondateur et directeur exécutif du centre de réflexion citoyen Wathi. Il répond aux questions de François Mazet RFI : Gilles Yabi, le terme de souveraineté revient dans les titres des différents ateliers de ce forum de Dakar. Est-ce parce que la souveraineté des pays africains est particulièrement menacée à l'heure actuelle ? Gilles Yabi : Je crois que, indépendamment des crises actuelles au niveau mondial, la souveraineté des pays africains a toujours été menacée. Les pays africains furent des colonies, notamment d'empires européens, et cela veut dire une dépossession de leur destinée. Et donc on a encore affaire à des États qui sont jeunes dans leurs frontières. Ce qui veut dire que la demande d'espace de souveraineté, même si généralement elle est formulée comme étant une demande absolue de souveraineté, elle est légitime de ce point de vue-là. Je pense que c'est un cheminement historique tout à fait naturel qui est aussi lié au changement générationnel dans les pays africains. Après, effectivement, il est renforcé par les différentes crises, la guerre en Iran, mais avant cela, la guerre de la Russie contre l'Ukraine. On avait déjà beaucoup parlé de la menace, notamment sur le plan économique. Mais aussi, il ne faut pas oublier la pandémie de la Covid-19, qui avait déjà amené au premier plan la question de la souveraineté en Afrique, et pas seulement en Afrique, puisque la question se posait un peu partout à ce moment-là. Nous sommes dans une époque néo impériale, est-ce que les Africains ont le sentiment d'être particulièrement ciblés par les nouveaux appétits des grandes puissances ? Oui, je crois qu'il y a ce sentiment-là, en tout cas lorsqu'on entend les discours sur le continent, y compris au niveau de ce qu'on peut appeler les élites intellectuelles du continent, il y a souvent ce sentiment. Alors, moi, je ne suis pas totalement convaincu que l'Afrique soit spécifiquement ciblée. Elle est ciblée parce qu'évidemment elle a des ressources naturelles. Elle n'est pas la seule à avoir des ressources naturelles, des ressources critiques. D'ailleurs, pour un certain nombre de pays, en particulier, tout ce qui est essentiel pour la transition énergétique, etc. Et, d'une certaine manière, il faut que les pays africains fassent un peu comme les grandes, les moyennes et les petites puissances qui ont cette capacité à identifier à nouveau leurs intérêts, leurs besoins, pas seulement à court terme, mais aussi à moyen et à long terme, à avoir une véritable stratégie. Il y a une concurrence entre grandes puissances pour l'accès aux ressources africaines. Chacun met en avant ses forces. Mais est-ce qu'on peut dire que les pays africains choisissent une forme de multi alignement ? Je crois que, pour la majorité des pays africains, oui, on est plutôt dans une tentative de multi alignement pour ne pas être dans une opposition frontale à une grande puissance. Les pays africains comprennent bien qu'ils peuvent aussi jouer justement des rivalités entre les grandes et les moyennes puissances. Il faut qu'en Afrique, on regarde aussi la dynamique des rapports de force internationaux et qu'on regarde la montée de l'Inde, des pays comme la Turquie. Sans doute, pour moi, le pays qui a fait le plus d'avancées dans sa présence sur le continent, dans son influence économique, mais aussi d'ailleurs militaire sur le continent au cours des dix ou quinze dernières années. Donc il ne faut pas regarder seulement les très grandes puissances, il faut regarder tout le monde. Tout ça est d'une très grande complexité. Et au fond, je pense que cela amène surtout la question essentielle d'avoir plus d'anticipation, de centres de recherche intégrés à certaines organisations régionales africaines. Ce sont des questions qui sont extrêmement complexes et qui demandent à ce qu'on ait un suivi permanent. Sur les questions de sécurité qui sont au cœur des échanges à ce Forum de Dakar, c'est la 10ᵉ édition. Au fil des années, vous avez pu constater que la situation sous-régionale se dégrade ? Au Sahel, on a quatre pays constamment parmi les dix les plus touchés par le terrorisme dans le monde depuis plusieurs années : vous avez le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigéria. Mais on a aussi des pays côtiers comme le Bénin, le Togo qui font leur apparition dans ces classements. Donc on a une extension des zones où nous avons des groupes armés, disons irréguliers, terroristes, mais pas seulement, puisque des milices s'installent aussi. Et cela appelle nécessairement à la poursuite d'une réflexion et d'une action collective. Concrètement, qu'est-ce qui peut être fait aujourd'hui pour essayer de renverser cette tendance et cette situation assez sombre ? D'abord, l'endiguement ou les tentatives d'endiguement, on ne peut pas y échapper. Il faut surveiller beaucoup plus attentivement les zones frontalières. C'est déjà le cas dans les pays côtiers qui sont les plus exposés. Mais il ne faut pas que ce soit seulement à nouveau une présence militaire. Il faut que ce soit aussi une présence de l'État dans ses fonctions économiques et sociales, parce que les groupes armés profitent toujours de tensions, de frustrations existantes pour s'implanter. Évidemment, la coopération entre les pays de la région est essentielle. Et là, évidemment, on a une grande difficulté parce qu'il faut que ce soit des deux côtés, notamment du côté des pays sahéliens. L'autre élément qu'il ne faut pas oublier, c'est que la logique des groupes armés a toujours intégré les frontières, et notamment l'économie de la violence et de l'insécurité, puisque l'économie informelle permet des échanges transfrontaliers et que les moyens de la violence viennent aussi de tous ces réseaux de criminalité qui ont toujours connecté l'Afrique de l'Ouest sahélienne à l'Afrique de l'Ouest côtière. Donc, depuis très longtemps, ce qu'on devait éviter, la fragmentation de la région, finalement. Malheureusement, les pays eux-mêmes et leurs dirigeants ont contribué à cette fragmentation. Et aujourd'hui, on fait face à un défi très important qui est celui de la coopération au moins sécuritaire, dans un contexte où les trois pays sahéliens ont quitté la Cédéao. À lire aussiSénégal: ouverture du Forum de Dakar dans un paysage sécuritaire africain transformé
Le 11 avril, au moins 25 personnes mouraient dans un mouvement de foule à la citadelle Laferrière, dans le nord d'Haïti. Après ce drame, des experts questionnent la gestion du patrimoine et des sites touristiques en Haïti. La bousculade mortelle survenue à la Citadelle Laferrière, près de Cap-Haïtien continue de susciter de vives réactions en Haïti. Kesler Bien-Aimé, socio-ethnologue spécialiste du patrimoine, professeur à l'Université d'État d'Haïti estime que ce drame doit servir d'électrochoc et pousser à prendre enfin au sérieux cet héritage immense légué après l'esclavage, témoin de la capacité du peuple haïtien à bâtir et à se relever. Il répond aux questions de Peterson Luxama, correspondant de RFI à Port-au-Prince. Brésil : un film met en lumière l'histoire des esclaves musulmans Le festival du cinéma brésilien de Paris a récompensé cette semaine le film Malês. Le réalisateur Antonio Pitanga y revient sur un épisode douloureux et méconnu de la période coloniale : l'histoire des esclaves musulmans emmenés de force au Brésil en 1835. Le titre du film fait référence au terme désignant les Africains musulmans instruits, majoritairement arabophones, enlevés en Afrique du Nord et de l'Ouest et réduits en esclavage dans l'État de Bahia, principal port de la traite négrière au Brésil à l'époque. Selon Antônio Pitanga, les manuels scolaires passent encore sous silence l'existence de ce groupe, omettant de mentionner la présence, sur le territoire brésilien, d'esclaves musulmans sachant lire et écrire. Adriana Moysès, journaliste à la rédaction Brésil de RFI à Paris, a rencontré le réalisateur. Réintroduction réussie des tortues géantes des Galapagos Symboles de l'archipel des Galapagos, les tortues géantes sont de retour sur la petite île de Floreana, d'où elles avaient disparu pendant plus d'un siècle et demi. Menée à bien fin février 2026, cette réintroduction n'est que la dernière étape en date d'un plan de restauration écologique unique au monde, qu'Eric Samson, correspondant en Équateur, a suivi pour RFI. À lire aussiAux Galapagos, des tortues disparues depuis 170 ans réintroduites dans leur habitat naturel Dans le journal de La 1ère... En Guyane, enseignants et parents d'élèves se mobilisent contre des violences quotidiennes entre élèves au collège de Matoury, explique Serge Massau, d'Outre-mer La 1ère.
Ce lundi 13 avril le pape débute une tournée en Afrique. Léon XIV se rend d'abord en Algérie, puis au Cameroun, en Angola et enfin en Guinée Équatoriale. Onze jours de visite, 18 000 kilomètres et 7 messes… Il s'agit de sa première grande tournée internationale, après son voyage en Turquie et au Liban fin 2025, sur un continent où vivent aujourd'hui plus de 20% des fidèles catholiques du monde. Une priorité pour le Vatican selon Pierre Diarra, docteur en théologie, histoire des religions et anthropologie religieuse. RFI : Pierre Diarra, en choisissant le continent africain pour cette tournée qui s'annonce très dense, quel est le message du Vatican ? Pierre Diarra : Ce sera évidemment un message important pour les Africains, à savoir que le continent africain a fait un accueil généreux, j'ai envie de dire, au christianisme, et c'est important que le premier responsable des chrétiens puisse aller leur rendre visite. Donc, je pense qu'on est dans la continuité du pape François, de Jean-Paul II, de Benoît XVI. Est-ce que c'est un continent que connaît le pape Léon XIV ? Oui, en tant que responsable des Augustiniens, il y est déjà allé. Il veut prendre le temps de discuter avec les Africains, de prier avec eux et de délivrer un certain nombre de messages. La première étape, c'est donc l'Algérie. C'est la première visite d'un pape dans ce pays où l'islam est religion d'État, les catholiques y sont très minoritaires. Pourquoi ce choix ? Ce choix est important dans la mesure où le dialogue interreligieux est capital, j'ai envie de dire incontournable, dans la mission chrétienne. Et puis c'est un pays qui est important du point de vue de l'histoire du christianisme. Saint-Augustin a vécu entre 354 et 430. Augustin a été évêque d'Hippone, Annaba dans l'actuelle Algérie. Pour cette étape algérienne, le programme à ce stade ne prévoit pas un déplacement à Thibérine, là où sept moines avaient été enlevés puis assassinés il y a 30 ans. Non, mais c'est sous-entendu dans la mesure où le dialogue inter religieux, c'est aussi tout un message à apporter à tout un peuple, par rapport à une construction d'un pays où tout le monde, toutes les forces sont invitées pour que les choses se passent le mieux possible, aussi bien dans les relations à l'intérieur du même pays, à l'intérieur des groupes sociaux, dans les familles, mais aussi au niveau international. Deuxième étape : le Cameroun, avec notamment un déplacement sous haute sécurité à Bamenda, dans le Nord-Ouest anglophone. C'est l'épicentre du conflit qui oppose le gouvernement aux forces séparatistes. C'est un signal symbolique de la part du pape Léon XIV, ou politique ? Oui, c'est symbolique et politique à la fois. Parce que le Cameroun, c'est un pays, j'ai presque envie de dire, qui rassemble toute l'Afrique symboliquement, dans la mesure où le Cameroun a été d'une certaine manière, et pour faire court, colonisé par les Allemands, les Anglais et les Français. Et il y a la division qui peut s'opérer. Il y a une multitude de langues, on pourrait dire une multitude de peuples au Cameroun. Et donc, il est important qu'il y ait une certaine unité et qu'ensemble, ils forment le même pays et qu'ils travaillent pour l'avenir de ce pays. Donc, aller sur un lieu où on a l'impression que c'est la division qui prime, ou en tout cas les difficultés de conciliation et de réconciliation qui priment, eh bien c'est symboliquement fort. Et le message du pape, effectivement, pour le Cameroun, ce sera l'unité, l'unité de tous ceux qui travaillent pour l'avenir du Cameroun. Alors, en ce qui concerne l'Angola, là ce sera plutôt sur des thématiques sociales que le pape est attendu, autour des ressources, des inégalités. C'est un thème cher à Léon XIV ? Oui, c'est un thème cher, mais ça renvoie aussi, il me semble, du point de vue de l'histoire à cette partie de l'Afrique avec le Congo et l'Angola qui ont été évangélisés, figurez-vous, dès le XVᵉ siècle. Et puis, en Guinée équatoriale, il va aussi probablement être question d'espérance. Comment, dans un pays où il y a des difficultés socioculturelles, est-ce que le christianisme aide les populations à transformer leur quotidien et à vivre avec un peu plus d'espoir, un peu plus d'espérance ? Certaines voix se sont élevées pour dire : « Attention, cette visite du Pape pourrait être instrumentalisée politiquement, certains pourraient s'en servir de caution ». Comment le pape peut-il éviter cette possible récupération selon vous ? Alors, évidemment, partout où le pape va, chacun essaie de voir ce qu'il peut prendre comme profit. Je pense qu'il ne vient pas simplement pour une population, il vient pour tout le monde. Et si chacun sait lire entre les lignes et écouter attentivement le pape, il va savoir qu'il y a des efforts à faire dans sa vie personnelle. Et au niveau des premiers responsables du pays, évidemment, eux aussi seront interpellés, d'autant plus qu'ils sont chrétiens. Donc, je ne pense pas que le pape va aller approuver l'une ou l'autre chose. Il va proposer des défis à relever auprès des pauvres, auprès des petits, auprès de ceux qui sont défavorisés, et faire comprendre aux premiers responsables qu'il y a des choses à faire si on veut que le pays et les biens du pays servent au bien commun. Ce sont des défis à relever et j'ai presque envie de dire que chacun va en avoir pour son grade et chacun va être interpellé par l'Évangile que le pape va venir proposer. 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Ils sont des milliers à venir chaque année poursuivre leurs études supérieures dans les universités et écoles françaises, mais depuis quelques années, il faut payer plus cher pour étudier en France. Une multiplication par seize des frais d'inscription en licence, qui passent à 2 895 euros contre 178 euros auparavant, et encore plus en master, à 3 941 euros contre 254 euros pour les ressortissants de l'Union européenne. Les universités françaises, qui sont autonomes, ont la possibilité d'appliquer des frais d'inscription différenciés pour les étrangers extra-communautaires, c'est-à-dire ceux qui ne viennent pas d'un pays de l'Union européenne. De fait, ceux qui sont les plus touchés sont les étudiants en provenance d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne, les plus nombreux à choisir la France pour leurs études universitaires. Dans le cadre du programme « Bienvenue en France », une hausse des frais d'inscription pour certains étudiants étrangers est prévue. Lancé en 2019, ce dispositif permet d'appliquer des frais différenciés selon l'origine des étudiants. L'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne fait partie de la dizaine d'établissements français ayant décidé de mettre en œuvre cette mesure, une décision prise il y a cinq mois et qui ne passe pas auprès d'une partie de la communauté universitaire. La présidente de l'université, Christine Neau-Leduc, explique les raisons de cette augmentation : « Une partie de nos étudiants vont contribuer au financement de notre université l'année prochaine, davantage qu'ils ne le font cette année. Pour des raisons budgétaires, nous sommes obligés d'augmenter ces droits. Ces droits sont fixés par un décret de 2019. Nous ne choisissons pas le montant qui est appliqué. C'est le gouvernement qui en a fixé le montant. » À la Sorbonne, les étudiants étrangers ne sont pas tous concernés par cette hausse. Ceux provenant des pays membres de l'Union européenne ainsi que d'une quarantaine d'autres, considérés par l'ONU comme étant moins avancés, en sont exemptés. En revanche, les étudiants originaires d'Égypte, d'Algérie ou du Maroc, comme Rhania, en deuxième année de licence en sciences politiques, devront s'acquitter de ces nouveaux frais. « Si je décide de continuer mon master à Paris 1, je devrai payer 4 000 € par an. Un choix qui est remis en cause quand même. Je galère déjà pour me nourrir, me loger », confie-t-elle. Sur le parvis de l'université, Rhania a rejoint un mouvement de grève lancé à l'appel des syndicats étudiants et enseignants, qui contestent cette décision. Victor, enseignant d'histoire à la Sorbonne, détaille la stratégie adoptée par une partie du corps professoral : « On a voté en assemblée générale le fait de mettre en place une rétention des notes. On corrige nos copies. Les notes, on les attribue. Elles existent, mais on décide de ne pas les transmettre à l'administration afin d'enrayer le bon fonctionnement de l'université. » Cette mobilisation intervient alors que l'université est contrainte par le rectorat de réaliser un plan d'économies de 13 millions d'euros cette année. Si certaines universités appliquent la mesure, d'autres, comme l'université de Rennes 2, refusent de la mettre en œuvre. Son président, Vincent Gouëset, justifie cette position : « Ce n'est pas aux étudiants internationaux, en particulier les moins favorisés d'entre eux, les étudiants africains notamment, de payer ou de subir notre déficit. De toute façon, si on appliquait les frais différenciés, les gains obtenus représenteraient une goutte d'eau face à notre déficit. En revanche, l'effet serait dissuasif pour de nombreux étudiants dont les revenus sont limités. » Dès la rentrée 2026, une autre mesure viendra alourdir la situation des étudiants extracommunautaires non boursiers : la suppression de l'aide personnelle au logement.
Bientôt le retour sur Terre pour l'équipage d'Artémis 2, après leur mission autour de la Lune. Les quatre astronautes - Etatsuniens et Canadien - doivent amerrir ce vendredi 10 avril au soir, au large de la Californie après un vol historique et des photos inédites. Une mission suivie de près par Tidiane Ouattara, président du conseil de l'Agence spatiale africaine, organe de l'UA. Le continent ambitionne de monter en puissance dans les programmes spatiaux. Pas pour marcher sur la Lune, mais pour des applications très concrètes de communication, de sécurité ou de prévisions météo. Depuis Le Caire où siège l'agence, Tidiane Ouattara est l'invité de RFI. RFI : Docteur Tidiane Ouattara, vous avez suivi la mission Artemis 2, qu'est-ce qui vous a marqué ? Docteur Tidiane Ouattara : Sincèrement, je suis très ému. C'est un signe d'espoir. Artemis 2 annonce un signal clair : on veut résider sur la Lune et il y a beaucoup de développements techniques et scientifiques qui en découleraient. Donc, pour nous qui sommes passionnés de l'espace, nous sommes en joie. Mais au-delà de cela, nous sommes heureux de voir que de nouvelles découvertes scientifiques et technologiques nous permettraient, nous Africains, de sauter des pas ou de faire des pas de géant dans le développement socio-économique en termes d'infrastructures numériques. Aujourd'hui, une vingtaine de pays africains disposent de programmes spatiaux. Il y a les pionniers, l'Égypte, l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Maroc ou l'Algérie. C'est un secteur qui progresse sur le continent ? Oui, tout à fait. Vous avez cité des pionniers. Il y a aussi les nouveaux pays qui sont le Rwanda, l'Éthiopie, le Gabon, le Sénégal, j'en passe. Il y a des nouveaux joueurs, mais la quasi-totalité des pays africains sont de gros consommateurs des produits spatiaux. Donc notre rôle au niveau politique sera de coordonner les programmes spatiaux de telle sorte que ceux qui n'ont pas de programme puissent en bénéficier. L'Afrique est le prochain eldorado des affaires spatiales. Quelles sont les applications concrètes de ces programmes spatiaux pour le quotidien ? Parfois, quand on est en face des autorités, on nous pose la question : « Nous avons des problèmes d'eau, et vous me parlez d'espace. » Je peux vous dire que l'espace permet de résoudre deux ou trois problématiques en ce qui concerne l'eau. Par exemple, lorsque nous sommes en train de chercher les meilleurs endroits pour creuser des puits, pour quelque chose qui doit prendre cinq ans, avec l'espace on identifie en six mois, un an, les zones potentielles. Deuxièmement, l'espace nous permet de regarder et d'analyser la qualité de l'eau. Troisièmement, l'espace nous permet la gestion de l'eau pour l'irrigation. En termes de sécurité et défense, grâce à l'espace, nous pouvons voir le mouvement des engins, des personnes et des événements. Et quand je parle d'événements, je parle d'inondations, je parle de l'évolution des volcans, et cetera. Donc, l'espace nous permet en un clin d'œil d'avoir de l'information, parce que c'est ce qui est important pour le décideur. Mais le spatial, ce sont aussi de gros investissements de long terme. Pour certains gouvernements, face à des besoins sociaux qui sont immédiats, est-ce que ce n'est pas un luxe ? Ah non, l'espace n'est plus un luxe. La première raison, c'est que l'espace qui coûtait des centaines de millions de dollars et qui était mené par des gouvernements des pays les plus riches et qui prenait 5 à 10 ans, ce budget est carrément réduit. Vous avez toutes sortes de satellites aujourd'hui, vous avez des CubeSats, vous avez des nanosatellites. Il est important aujourd'hui de dire que ce sont des investissements qui valent la peine. Il y a deux ou trois ans, en Afrique de l'Ouest, par exemple, il y avait des câbles sous-marins qui étaient sectionnés pendant plusieurs jours. Certains pays ont été complètement à l'arrêt. Si nous avions à ce moment un satellite, le satellite viendrait en complémentarité pour réduire ces impacts ou ces pertes. Personne ne peut aborder l'espace seul. Donc, la coopération internationale, la collaboration intra-africaine, voici des éléments à regarder pour pouvoir mutualiser les ressources, que ce soient les ressources financières, que ce soient les ressources humaines. Combien de satellites africains sont aujourd'hui en orbite ? Pour ce que nous savons, nous, parce qu'il y a aussi des satellites militaires, nous parlons d'une soixantaine parmi des milliers et des milliers de satellites dans l'espace. Ce n'est rien. Mais cependant, au fur et à mesure que les années passent, les Africains commencent à se préparer à lancer plus de satellites. La Chine finance des satellites pour plusieurs pays africains. La Russie avait lancé Angosat 2 pour l'Angola, on a vu des accords avec SpaceX de l'Américain Elon Musk, est-ce que l'espace africain est aussi l'espace d'influence géopolitique ? Absolument. L'Angola a aussi signé un contrat avec Airbus, hein ! Oui, comme dans tous les domaines. On ne peut pas échapper à la géopolitique. Cependant, ce qui est important pour nous, c'est, qu'est-ce que l'Afrique tire comme profit ? Que ce soit la Chine, que ce soit la Russie, que ce soit l'Europe, que ce soient les États-Unis, l'Afrique est ouverte à tout le monde. Maintenant, il ne faut pas s'attendre à ce que l'Afrique suive un pays par idéologie. Nous attendons que les partenaires nous proposent des choses et que nous aussi, nous puissions faire des contre-propositions dans un système gagnant-gagnant. Aujourd'hui, les satellites africains sont lancés depuis l'étranger. Est-ce qu'on peut imaginer, à terme, que le continent abrite une infrastructure de lancement de satellites ? Ah oui, voyez-vous, géographiquement nous sommes nantis. La zone équatoriale aujourd'hui est une zone propice pour le suivi de beaucoup de satellites. Nous avons des zones désertiques ou des zones marines qui peuvent facilement permettre le lancement. C'est un de nos rêves. ► Entretien à retrouver en intégralité sur rfi.fr À lire aussiArtémis II: les astronautes ont battu le record de distance dans l'espace et survolé la face cachée de la Lune
D'après les chiffres de Campus France, en 2023, plus de cent quarante mille étudiants africains étaient inscrits dans les universités françaises, soit 47,2 % des étrangers inscrits. Contrairement à une idée reçue, un grand nombre de ces étudiants décide de regagner le continent pour se mettre au service de leur pays à l'issue de leur formation. À la Cité universitaire internationale de Paris, rencontre avec ces étudiants qui partagent cette même volonté de venir étudier en France pour mieux rentrer. Un reportage de Diao Habib, Dans sa chambre à la Cité universitaire internationale de Paris, El Hadji Ibrahima Ndiaye, étudiant sénégalais qui termine son master d'histoire, est en pleine discussion avec des compatriotes étudiants. Pour lui, rentrer pour partager son savoir acquis est une évidence. « J'ai décidé, après mes études ici, de rentrer au pays et de contribuer au rayonnement du département d'histoire, détaille le jeune homme. Par exemple, la question d'histoire environnementale n'est pas enseignée. Donc, ce sont des perspectives pour apporter vraiment un niveau assez élevé pour les universités africaines, notamment les universités du Sénégal, que ce soit à Dakar, à Saint-Louis ou à Ziguinchor. Donc, cela a animé mon choix de faire ce parcours-là, c'est-à-dire venir me former, avoir mes diplômes, et apporter ma pierre à l'édifice, on va dire. » Dans la même pièce, Dienaba Ndiaye est étudiante en master de droit. Elle est venue étudier en France pour éviter les perturbations du système universitaire sénégalais. « Tout n'allait pas bien, il y avait les grèves et je me suis dit : pourquoi ne pas aller à l'étranger pour continuer mes études ?, se rappelle-t-elle. Et l'objectif, ça a toujours été de revenir au pays et de faire le concours de la magistrature, inch Allah. Et actuellement, c'est ça que j'essaye de réaliser parce que je suis en fin de master 2 et je dirais, pour bientôt, l'objectif c'est d'y retourner et de servir notre pays. » À lire aussiCes jeunes issus des diasporas qui refusent d'envoyer de l'argent dans leur pays d'origine « Un sacrifice pour le pays qu'il faut faire » Logé dans une chambre à côté, Annouar Mohamed Nour finit aussi cette année son master en droit international. Il compte rentrer dans son Tchad natal, tout en admettant que c'est un pari risqué. « Donner les compétences acquises à l'étranger au service de son pays comporte des risques, explique le jeune Tchadien. Parce que vous allez avoir un salaire très bas, vous allez avoir des conditions de travail assez difficiles. Mais n'empêche, moi, j'envisage vraiment de retourner pour contribuer au développement de mon pays malgré toutes ces conditions. Donc ça, c'est quelque chose qui m'anime beaucoup parce que c'est aussi un sacrifice pour le pays qu'il faut faire en général. » Selon des données de Campus France publiées ces dernières années, environ 50 % des étudiants étrangers repartent dans leurs pays quatre ans après la fin de leurs études. À lire aussiÀ Paris, brassage et rencontre entre étudiants africains [1/3]
Premier épisode de notre série de reportages sur les étudiants africains qui viennent poursuivre leurs études en France. Une aventure qui permet le brassage culturel continental, car à l'occasion de leur séjour en France, de nombreux étudiants africains font connaissance sur les campus avec d'autres cultures, d'autres traditions, notamment culinaires, et découvrent d'autres parties du continent. Un reportage de Bokar Tall, Audrey et Maïmouna sont étudiantes en master 2 d'histoire à l'université d'Évry Paris-Saclay. Elles viennent du Cameroun et de Côte d'Ivoire. Cela fait bientôt un an qu'elles partagent la même résidence avec d'autres étudiants africains. « Je me sentais en famille parce que je me disais que j'avais des gens avec qui parler, j'avais des personnes qui, si j'ai un souci, si je suis malade, peuvent appeler les ambulances parce qu'une fois, j'ai chuté ici, c'est eux qui ont appelé l'ambulance, se rappelle Audrey. Donc, déjà, c'est rassurant par rapport à d'autres colocations où les gens ne se calculent vraiment pas. Je pense que cette maison, c'est une grâce. On est vraiment comme des frères, comme des sœurs. » Pour Maïmouna Sylla, cette cohabitation entre étudiants africains permet de découvrir la culture et les réalités d'autres pays du continent, ce qu'elle n'aurait pas pu faire, estime-t-elle, si elle était restée dans son pays : « Je n'aurais pas appris autant de choses que ce que j'ai appris en étant ici, j'ai vu beaucoup de choses, beaucoup de plats, j'ai mangé beaucoup de choses, se réjouit-elle. Tout le monde fait son plat ici et on le mange. On découvre, on parle de la culture de chacun. » À lire aussiLa France, une destination de choix pour les étudiants étrangers selon une étude de Campus France Connaître tout un continent sans se déplacer Domba Aziz est étudiant en master 2 en management du sport à Amos Business School. Il vit à la résidence de la Fondation Lucien Paye de la Cité universitaire internationale de Paris. « Je suis un exemple typique de brassage parce que depuis mon arrivée, j'ai connu pas mal d'Africains, témoigne l'étudiant. Celui que j'ai le plus en mémoire, c'est mon voisin de chambre à Paris, dans le 14ᵉ, qu'on appelait Ousmane Sow. Grâce à lui, j'ai découvert une cérémonie religieuse sénégalaise. Ce qui m'a le plus marqué, c'est que la cuisine était tenue par des hommes. Je me suis rapproché aussi des Béninois et il y a un peuple que j'ai découvert, les Gabonais, côté culturel, musical... Du coup, en venant ici pour les études, ça a été vraiment un package, j'ai pu connaître tout un continent, on peut dire, en partie, sans se déplacer, sans aller dans ces pays-là. » Je souhaite à chacun de vivre cette expérience, ajoute Aziz, car des histoires naissent de ces rencontres entre étudiants africains vivant en France. Un enrichissement sur le plan culturel, linguistique et social qui s'ajoute à l'apprentissage dans les amphithéâtres. À écouter dans Afrique, mémoires d'un continentLa FEANF, emblème d'une jeunesse anticoloniale
Beaucoup de réactions encore dans la presse après la prestation télévisée jeudi dernier du chef de la junte au Burkina Faso. « Le capitaine Ibrahim Traoré a de nouveau asséné un coup très dur aux illusions d'une transition politique, au cours de de cet entretien diffusé en soirée sur la RTP, la radiotélévision du Burkina », rapporte Le Monde Afrique (…) : "il faut que les gens oublient la question de la démocratie. La démocratie, c'est pas pour nous", a affirmé le capitaine Traoré ». « Ibrahim Traoré tourne définitivement le dos à la démocratie », s'exclame Afrik.com. « Cette déclaration vient confirmer un virage idéologique déjà amorcé depuis plusieurs mois, ce qui marque une volonté de s'écarter des standards de gouvernance occidentaux au profit d'une gestion militaire stricte et centralisée ». L'emprise du kaki… En effet, rien de très surprenant… « La transition politique, enclenchée après le premier putsch en janvier 2022, devait s'achever en juillet 2024 par des élections, rappelle Le Monde Afrique. Mais la junte a adopté une charte qui lui permet de rester au pouvoir cinq ans de plus à compter de juillet 2024, et autorise le capitaine Traoré à se présenter aux "élections présidentielle, législatives et municipales", prévues en principe au terme de ces cinq années. Le régime militaire a dissous en octobre dernier la Commission électorale nationale indépendante, puis, en février dernier, les partis politiques, dont les activités étaient déjà suspendues. "Nous ne sommes pas dans une démocratie", avait déjà assumé, l'année dernière, Ibrahim Traoré ». Et pour verrouiller encore plus son pouvoir, rappelle encore Le Monde Afrique, « le régime militaire hostile aux pays occidentaux, et surtout à la France, a interdit ou suspendu la diffusion de nombreux médias internationaux (dont RFI) et expulsé certains de leurs journalistes ». Une presse sous pression… Pour sa part, la presse burkinabè, autrefois foisonnante et pertinente, doit composer avec un pouvoir militaire qui entend bien la contrôler… Ainsi, le quotidien Aujourd'hui commente avec prudence, pour ne pas dire avec complaisance, les déclarations du capitaine-président : « la démocratie à l'occidentale, du moins telle qu'issue des codes de ce monde, ça ne marche plus, a (donc) martelé le président du Faso. Tout juste un système importé qui ne colle en rien aux Africains. IB invite ses compatriotes à se départir de la facilité, des sirènes de l'impérialisme et à se concentrer sur l'essentiel pour le Burkina Faso, note encore le quotidien ouagalais. IB privilégie le choix du développementalisme au forceps, plutôt que cette démocratie : (…) produire et consommer burkinabè, être digne, dénoncer et combattre l'impérialisme et ses larbins locaux (…), avec un défi majeur à relever : la lutte et la victoire contre les terroristes ». Voilà pour le commentaire du quotidien Aujourd'hui à Ouagadougou. Liberté, justice, égalité… Ledjely en Guinée s'inscrit en faux : « ceux qui propagent cette idée (d'en finir avec la démocratie) instrumentalisent souvent les crises électorales observées sur le continent pour se soustraire à toute exigence de reddition des comptes. Derrière cette prétendue incompatibilité se profile un projet politique, pointe le site guinéen : celui de la confiscation du pouvoir et de la manipulation des opinions. Même si Ibrahim Traoré et ses semblables invoquent constamment le peuple, leurs postures semblent avant tout guidées par des intérêts propres. Au-delà des répressions politiques, des restrictions de libertés et des difficultés socio-économiques que ces logiques peuvent engendrer, cette vision constitue un frein à l'émancipation du continent. Car, conclut Ledjely, affirmer que l'Afrique serait incompatible avec la démocratie revient, en filigrane, à nier aux Africains des valeurs universelles telles que la liberté, la justice ou encore l'égalité ». Rejet global… Enfin, exemple de l'isolationnisme croissant du Burkina Faso d'Ibrahim Traoré : la réaction indignée de Ouagadougou après la publication jeudi dernier d'un rapport de Human Rights Watch sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis dans le pays par les jihadistes, mais aussi par l'armée et ses supplétifs. Dans un communiqué repris in extenso par le site Burkina 24, la junte militaire qualifie ce rapport de « torchon, condensé de la haine viscérale que la coalition des forces des ténèbres voue à la lutte de notre Peuple pour sa liberté et sa souveraineté. (…) Ce rapport diabolise les patriotes burkinabè et nos vaillantes forces combattantes pour les faire passer pour des prédateurs des Droits humains ».
Notre Grand Invité Afrique nous emmène ce matin dans le désert nigérien, au nord de Tesker. C'est là qu'une équipe de scientifiques a découvert une nouvelle espèce de dinosaure, qui a vécu il y a 95 millions d'années. Découverte décrite dans la revue scientifique « Science » au mois de février. Son nom : Spinosaurus mirabilis. 12 mètres de long, un museau allongé et cet élément caractéristique : une grande crête sur la tête. Pour en parler, qui mieux que le paléontologue américain qui a dirigé l'expédition, en 2022 ? Paul Sereno, professeur à l'université de Chicago, répond aux questions de Magali Lagrange. RFI : Vous avez découvert une nouvelle espèce de dinosaure au Niger. Pouvez-vous nous dire à quoi ressemble le Spinosaurus mirabilis ? Paul Sereno : C'est un grand animal. Un grand prédateur avec des caractéristiques un peu particulières au niveau de la tête pour lui permettre d'attraper des poissons. Le Spinosaurus avait une grande épine dorsale. Ce qui fait surtout la spécificité de cette nouvelle espèce, c'est la crête qu'il avait sur la tête. Une crête vraiment spectaculaire, en forme de sabre courbé. C'est l'une des plus grandes jamais découvertes chez un dinosaure prédateur. Que savez vous de cette crête, servait-elle à quelque chose ? Nous pensons que sa crête était ornementale. Étant donnée sa position, juste au-dessus des yeux, il semble difficile qu'elle ait pu servir d'arme. Plusieurs d'entre elles ont aussi des bords un peu fragiles, et sont asymétriques. Toutes ces raisons nous font dire que c'était plutôt décoratif, comme on peut encore le voir chez certains oiseaux modernes. Y a-t-il d'autres dinosaures auxquels on peut le comparer ? Et bien, le Spinosaurus est vraiment à part. D'abord, on ne le trouve qu'en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. Ces dinosaures sont des prédateurs, mais ce sont aussi les mieux adaptés à une vie au bord de l'eau. Ce sont des bipèdes, comme d'autres espèces de dinosaures. Mais le Spinosaurus mirabilis, comme son cousin le Spinosaurus Aegypticus, a ses propres caractéristiques. Par exemple, ses dents s'imbriquent quand il ferme la mâchoire. Ça, c'est une spécificité pour attraper des poissons glissants dans les rivières et sur les berges. Comment réagit-on quand on découvre une nouvelle espèce de dinosaure ? Ça n'arrive pas tous les jours, quelle a été votre réaction quand vous avez compris ? Nous avons été surpris. Certains membres de l'équipe ont pleuré. Mais tous, nous étions euphoriques. C'est un moment exceptionnel, quand on travaille dans cette partie du désert, qu'on fait une découverte et qu'on se rend finalement compte de la nature de cette découverte. Avec nos moyens modernes, à l'ère du numérique, non seulement nous avons pu savoir exactement où nous nous trouvions. Mais nous avons aussi été capables de prendre des photos des ossements pour les assembler. C'est ce que nous avons fait. Et donc, on était là, au milieu du Sahara, à regarder ces images sur un ordinateur portable alimenté par un panneau solaire. C'est vrai que c'est un moment dont on se souviendra. Quand vous faites une mission, vous envoyez ce que vous trouvez aux États-Unis pour l'étudier. Ensuite, est-ce que vous renvoyez tout au Niger ? C'est ce que vous allez faire ? Renvoyer les fossiles de ce nouveau dinosaure et le reste au Niger après étude ? Oui, mais en plus de renvoyer les fossiles au Niger - d'ailleurs certains ossements du Spinosaurus sont déjà au Niger - nous avons lancé un grand projet pour monter un centre du patrimoine nigérien dans la meilleure université du pays, à Niamey. Il existe aussi des plans très détaillés pour créer deux musées au Niger. L'un en plein cœur de la capitale, pour raconter l'histoire des dinosaures africains et des populations anciennes qui ont peuplé le pays. L'autre à Agadez, dans le nord du Niger. C'est un projet qui suscite beaucoup d'enthousiasme ici. On dit que le désert nigérien est un cimetière de dinosaures. Y a-t-il encore beaucoup de choses à y découvrir ? Absolument. Nous avons visité de nombreux sites qui sont incroyables. Mais il y en a encore beaucoup d'autres à découvrir. Quand vous visitez le Sahara, vous avez la sensation de vous trouver sur une autre planète. C'est un sentiment merveilleux : celui d'être dans un lieu en pleine nature, où il n'y a pas de routes, où vous pouvez découvrir des choses, où personne n'a encore marché. Donc oui, il y aura encore beaucoup de découvertes. C'est pour ca que le Niger a besoin d'avoir ses propres archéologues, ses propres paléontologues, ses propres muséographes. Pour pouvoir conserver cet incroyable héritage et le présenter aux Nigériens, mais aussi aux Africains et au monde entier. À lire aussiNiger: découverte d'un nouveau type de dinosaure Spinosaurus qui vivait il y a 95 millions d'années
L'ancien président algérien Liamine Zeroual, figure de la lutte anti-terrorisme, a été enterré dans son village natal de Batna. Au Bénin, les autorités réagissent après l'abstention polémique du pays lors du vote d'une résolution historique à l'ONU pour proclamer la traite des Africains et l'esclavagisme "pire crimes contre l'humanité". Et en Afrique du Sud, un particulier a passé un accord pour faire travailler des jeunes mineurs clandestins dans ses mines.
« Un moment diplomatique majeur. (…) Pour l'Afrique, ce 25 mars 2026 est le point de départ d'une nouvelle exigence de vérité », s'exclame Afrik.com. « À l'initiative du Ghana et de plusieurs États africains, l'Assemblée générale des Nations unies a (donc) adopté hier une résolution proclamant la traite des esclaves africains comme le crime le plus grave contre l'humanité, relève le site panafricain. Ce vote vise à transformer la mémoire de l'esclavage en levier politique et juridique. Bien que non contraignante, cette reconnaissance ouvre la voie à de nouvelles revendications sur les réparations, la restitution des biens culturels et la lutte contre les discriminations héritées de cette histoire. (…) Le texte a été adopté à une large majorité de 123 voix pour, précise encore Afrik.com. Cependant, on observe une fracture persistante entre le Sud global et certaines puissances occidentales. Trois pays se sont opposés frontalement à la résolution : les États-Unis, Israël et l'Argentine. Parallèlement, 52 nations, dont les membres de l'Union européenne et le Royaume-Uni, ont choisi la voie de l'abstention ». Pour l'Occident : pas de réparation… En effet, précise Le Monde Afrique, « ces dernières années, les États membres de l'UE se sont globalement montrés réticents à la perspective des réparations. Seul le président portugais, Marcelo Rebelo de Sousa, avait reconnu, en 2024, "l'entière responsabilité" de son pays dans les crimes coloniaux et affirmé qu'il devait "en payer le prix". Ces déclarations avaient immédiatement provoqué un tollé dans l'opposition portugaise, et le dossier n'a depuis plus été abordé dans le pays. En France, pointe le journal, la loi Taubira, adoptée en 2001, reconnaît la traite et l'esclavage comme un "crime contre l'humanité". Comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas, Paris s'est excusée pour son implication passée dans la traite transatlantique, tout en rejetant la perspective de compensations financières. Quant à la Belgique, elle n'a jamais présenté d'excuses officielles pour l'esclavage ni pour les crimes commis pendant la colonisation ». Les États-Unis ont donc dit non à cette résolution. Il faut dire, précise encore Le Monde Afrique, « qu'au niveau fédéral, une proposition de loi visant à créer une commission chargée d'étudier les modalités possibles des réparations pour les Afro-Américains est bloquée au Congrès depuis 37 ans. L'ancien président Joe Biden avait esquissé un premier pas en 2021, déclarant qu'il soutenait une étude visant à déterminer si les descendants des personnes réduites en esclavage aux États-Unis devaient recevoir des réparations. Mais cette perspective est désormais très éloignée de la ligne dure assumée par le gouvernement de Donald Trump ». Le Pays au Burkina Faso s'interroge : « maintenant que l'ONU a franchi le pas, quelle sera la suite pour le continent africain en termes de réparations ? Les jours ou les mois à venir nous le diront. En attendant, on peut dire que c'est un ouf de soulagement pour les Africains qui sont nombreux à porter les stigmates de la traite transatlantique ». Guinée : le décès en prison de Toumba Diakité À la Une également, la mort en prison à Conakry de Toumba Diakité… L'ancien aide de camp de Moussa Dadis Camara purgeait une peine de dix ans de prison pour son rôle dans le massacre du 28 septembre 2009. Il devait être libéré l'année prochaine. Les médias guinéens, à l'instar de Ledjely, se contentent de publier le communiqué officiel qui précise que Toumba est décédé suite à des douleurs abdominales. La presse ouest-africaine est dubitative… Notamment WakatSéra à Ouagadougou : « qui avait peur que Toumba Diakité se retrouve en liberté ? En savait-il trop sur cette armée guinéenne dont les irruptions fréquentes sur la scène politique n'en font plus une "Grande Muette" ? » Des interrogations légitimes, renchérit Aujourd'hui, d'autant qu'un autre protagoniste dans l'affaire du 28-Septembre est lui aussi mort en prison en janvier dernier : le colonel Claude Pivi dit Coplan. « Deux morts en l'espace de deux mois, ça commence à sentir la boule puante et mortelle, s'exclame le quotidien ouagalais, et la vérité pourrait être au-delà des versions officielles ! »
À la Une : Commémoration historique des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves à l'Assemblée générale
C'est le volet sanitaire de la stratégie « America First » du président Trump : les États-Unis concluent ces dernières semaines de nouveaux accords sur le financement de la santé, essentiellement à travers le continent africain. Cela fait suite au démantèlement de l'agence d'aide américaine Usaid. Une vingtaine de pays africains ont déjà signé des accords bilatéraux. Mais il y a des conditions. Et certains États, comme le Zimbabwe ou la Zambie, ont invoqué des risques pour leur souveraineté. L'un des enjeux majeurs est le partage des données sanitaires, souligne le docteur Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC – le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies. Depuis Addis-Abeba, il est l'invité de Charlotte Idrac. RFI : L'Ouganda, le Nigeria, le Cameroun, le Burkina Faso ou encore la Côte d'Ivoire, ces pays ont tous signé de nouveaux accords bilatéraux avec Washington en matière de santé. Quelles sont les grandes lignes communes de cette coopération ? Docteur Jean Kaseya : Le mécanisme actuel des financements américains, c'est exactement ce que nous nous avions proposé comme deal. Vous donnez l'argent directement aux gouvernements africains et de notre côté, en tant qu'Africa CDC, nous faisons une pression pour que les gouvernements africains élèvent leur cofinancement. Mais il y a aussi d'autres engagements que les partenaires américains ont mis sur la table, comme le partage des données, comme le partage des pathogènes. Mais nous disons que cela ne peut se faire que dans un cadre où il y a beaucoup plus de respect, une certaine transparence et puis une certaine équité, puisque les gouvernements africains veulent bénéficier aussi de leurs pathogènes et de leurs données. Pour être clair, ces échantillons d'agents pathogènes, ce sont des échantillons biologiques qui peuvent servir à identifier des maladies ou à mettre au point des vaccins. Pourquoi c'est un enjeu important ? Vous savez, quand il y avait Ebola en Afrique de l'Ouest, nous avions des milliers de personnes qui mouraient. Mais il a fallu qu'un Américain, médecin américain, tombe malade, qu'il soit extradé aux États-Unis, pour que nous tous nous puissions découvrir que, avec les pathogènes qu'on avait déjà collectés en Afrique de l'Ouest, les États-Unis avaient déjà développé les vaccins et même des médicaments contre Ebola. Alors que nous avions des milliers de personnes qui mouraient sans aide. Voilà pourquoi c'est important pour nous. Nous voulons que nos pathogènes, nos maladies, puissent être d'abord traités par les Africains. Mais si ce n'est pas possible avec la conjoncture actuelle des technologies que nous avons, si nous les exportons, nous voulons que ça puisse nous bénéficier. Chaque fois que nous avons une maladie, nous savons que ces pathogènes ont servi à fabriquer des médicaments et des vaccins qui vont nous servir, et ce n'est pas le cas aujourd'hui. À lire aussiWashington redéfinit sa coopération avec l'Afrique avec la signature de nouveaux accords sanitaires Autre point, c'est celui d'une condition économique dans le cas de la Zambie. Ces négociations sur la santé sont liées à un accord, un autre accord, sur le secteur minier. Est-ce que ce n'est pas, selon vous, une forme de chantage ? Moi, en tant que directeur général d'Africa CDC, je demande aux partenaires de respecter la souveraineté des pays. Donc, je dois être la première personne qui doit aussi respecter la souveraineté des pays. Je fais confiance à la Zambie dans les négociations qui sont en cours pour savoir faire la part des choses, mais surtout pour savoir pousser l'agenda de la souveraineté sanitaire pour les Africains, pour les Zambiens. Mais est-ce que le choix n'est pas limité entre, d'un côté, refuser des accords avec les risques que ça peut entraîner, à court terme, pour les populations ou changer de modèle pour plus de souveraineté comme vous le souhaitez, mais à plus long terme ? Vous savez, en arrêtant les financements extérieurs, les partenaires extérieurs ont démontré à l'Afrique que nous pouvons profiter de notre génie pour augmenter les ressources. Et nous obligeons maintenant les partenaires à s'aligner. Nous n'allons plus accepter que les partenaires viennent nous imposer leurs conditions. Mais dans l'immédiat, certains gouvernements, comme celui de Zambie, on l'a évoqué, mais aussi du Zimbabwe, dénoncent des accords déséquilibrés. Je parle avec tous mes pays. Et je sens comment la Zambie et le Zimbabwe investissent. Je vais être très clair là-dessus : aucun partenariat international, aussi important soit-il, ne remplacera les réformes que nous devons mener nous-mêmes et ne remplacera la volonté d'augmenter les budgets de l'État. Ce sont des accords bilatéraux. Est-ce que ça ne remet pas en cause le principe d'équité de l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, par exemple, dans une réponse future à une pandémie ? Madame, aujourd'hui, nous avons les évidences avec les épidémies comme Mpox, avec Ebola, avec Marburg, que l'on ne peut jamais gérer un problème de santé global avec des accords gouvernement à gouvernement. Il faut avoir aussi une approche régionale et continentale puisqu'une épidémie n'a pas de frontières. Quel que soit le problème entre les deux pays, elle va traverser. Et voilà pourquoi nous avons commencé le dialogue avec le gouvernement américain pour leur dire : « Bilatéral, c'est bien, mais avec une approche régionale intégrée, ça c'est meilleur. » À lire aussiSanté: pourquoi certains pays africains refusent de signer un accord bilatéral d'aide avec les États-Unis
De nouveaux fossiles humains découverts au Maroc, datés à plus de 700 000 ans, confirment l'ancienneté et la profondeur des racines africaines de l'humanité. Comment nos ancêtres ont évolué sur tout le continent africain ? Remontons le temps et toute l'histoire de l'évolution de notre espèce humaine en Afrique. Car l'album de famille de notre humanité vient de s'enrichir de nouveaux fossiles humains, découverts au Maroc, et datés par une équipe internationale dirigée par notre invité le professeur de Paléoanthropologie Jean-Jacques Hublin, à plus de 700 000 ans, c'est-à-dire une période charnière de l'évolution de l'humanité ; au moment où les données paléogénétiques situent la divergence entre la lignée africaine menant à notre espèce Homo sapiens et les lignées eurasiatiques à l'origine des Néandertaliens et des Dénisoviens aujourd'hui disparus. Une découverte, une datation qui comble un vide dans le registre fossile africain mais surtout qui confirme l'ancienneté et la profondeur des racines africaines de toute l'humanité Jean-Jacques Hublin est paléoanthropologue. Il est professeur au Collège de France, et l'auteur de nombreux travaux sur l'évolution des Néandertaliens et sur les origines africaines des hommes modernes. Avec une équipe internationale de chercheurs, composée de David Lefèvre (Université Paul-Valéry de Montpellier), Giovanni Muttoni (Université de Milan) et Abderrahim Mohib (Institut national des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine du Maroc), Jean-Jacques Hublin a publié dans Nature un article rendant compte de l'analyse de nouveaux fossiles humains découverts dans la Grotte à Hominidés au sein de la carrière Thomas I, près de Casablanca (Maroc). Musiques diffusées pendant l'émission ► Rachid Taha - Je suis Africain ► Marcus Gad - Where Mi Come From
De nouveaux fossiles humains découverts au Maroc, datés à plus de 700 000 ans, confirment l'ancienneté et la profondeur des racines africaines de l'humanité. Comment nos ancêtres ont évolué sur tout le continent africain ? Remontons le temps et toute l'histoire de l'évolution de notre espèce humaine en Afrique. Car l'album de famille de notre humanité vient de s'enrichir de nouveaux fossiles humains, découverts au Maroc, et datés par une équipe internationale dirigée par notre invité le professeur de Paléoanthropologie Jean-Jacques Hublin, à plus de 700 000 ans, c'est-à-dire une période charnière de l'évolution de l'humanité ; au moment où les données paléogénétiques situent la divergence entre la lignée africaine menant à notre espèce Homo sapiens et les lignées eurasiatiques à l'origine des Néandertaliens et des Dénisoviens aujourd'hui disparus. Une découverte, une datation qui comble un vide dans le registre fossile africain mais surtout qui confirme l'ancienneté et la profondeur des racines africaines de toute l'humanité Jean-Jacques Hublin est paléoanthropologue. Il est professeur au Collège de France, et l'auteur de nombreux travaux sur l'évolution des Néandertaliens et sur les origines africaines des hommes modernes. Avec une équipe internationale de chercheurs, composée de David Lefèvre (Université Paul-Valéry de Montpellier), Giovanni Muttoni (Université de Milan) et Abderrahim Mohib (Institut national des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine du Maroc), Jean-Jacques Hublin a publié dans Nature un article rendant compte de l'analyse de nouveaux fossiles humains découverts dans la Grotte à Hominidés au sein de la carrière Thomas I, près de Casablanca (Maroc). Musiques diffusées pendant l'émission ► Rachid Taha - Je suis Africain ► Marcus Gad - Where Mi Come From
« Pour ou contre Macky Sall à la tête de l'ONU ? » C'est la question que pose Sénégo, selon lequel la candidature de l'ancien président sénégalais, « suscite un vif débat au sein de l'opinion sénégalaise ». « En l'espace de quelques jours », explique le site d'information, « deux pétitions aux positions diamétralement opposées ont été lancées, illustrant la polarisation autour de cette ambition internationale ». La première pétition, « initiée par Mariama Dieng, député suppléante de la diaspora, appelle les États membres et le Conseil de Sécurité de l'ONU à rejeter la candidature de l'ancien chef de l'État », « dans un texte évoquant notamment le bilan controversé de son dernier mandat, marqué selon les initiateurs par des "atteintes aux libertés" ». « La seconde pétition, lancée deux jours plus tard, appelle au contraire les Sénégalais et les Africains à soutenir Macky Sall », explique Sénégo, « considérant que son élection constituerait une opportunité pour renforcer la voix de l'Afrique dans la gouvernance mondiale ». Deux pétitions donc, « des initiatives citoyennes, ajoute le site d'information sénégalais, qui ont mobilisé plusieurs dizaines de milliers de signataires en quelques jours ». Le rôle du Burundi Le débat est vif, également, sur la manière dont la candidature de Macky Sall a été annoncée. Confidentiel Afrique nous présente l'information comme « exclusive ». « Comment, nous dit le journal numérique panafricain, le Burundi a porté la candidature de Macky Sall à l'ONU, en laissant croire à un soutien de l'Union Africaine ». Confidentiel Afrique met en avant « les confidences, sous anonymat, d'un diplomate africain basé à Addis-Abeba », selon lequel « le Burundi a joué sur l'ambiguïté. En tant que président de l'Union Africaine, Evariste Ndayishimiyé, a présenté la candidature comme si elle venait de toute l'Afrique. Mais en réalité, poursuit le journal en ligne, aucun vote ni consensus n'a été obtenu ». Le silence du Sénégal Quel est le but du Burundi, dans cette affaire ? « Projeter Macky Sall, comme candidat africain unique, renforçant l'image d'un continent uni, créer un effet d'annonce à l'international, en donnant l'impression que l'Union Africaine avait tranché », explique Confidentiel Afrique, qui met en avant ce qu'il appelle un paradoxe saisissant : « le Sénégal n'a pas soutenu son ancien président ». À Dakar, le Quotidien souligne lui aussi ce paradoxe. « Soutien à la candidature de Macky : la solitude de Diomaye ». Pour le journal sénégalais, « le silence prolongé du président de la République, par rapport à la candidature de son prédécesseur à l'ONU, risque de nuire, à la longue, au prestige diplomatique du Sénégal. » « Pour un pays dont les ressortissants sont occupés à occuper les fonctions les plus prestigieuses, (ajoute le Quotidien), voir notre ancien chef de l'État devoir faire présenter sa candidature par le Burundi ne nous grandit pas. Et on doit dire que le duo à la tête de l'État ne nous rend pas service dans cette affaire ». Du point de vue du journal sénégalais, il y avait d'autres voies à suivre, car nous dit-il : « Combien de fois n'a-t-on vu à travers le monde, des dirigeants parrainer leurs compatriotes à l'international, même quand ces derniers étaient des opposants à leur pouvoir ? ». Bientôt la Coupe du Monde Au Maroc, le départ de Walid Regragui, sélectionneur du Maroc, est désormais officiel. C'est à la Une d'Afric Foot, qui évoque des « passations de pouvoir qui sont plus douces que les autres », notamment donc, celle qui a eu lieu hier soir, entre Walid Regragui, et son successeur Mohamed Ouahbi. Mohamed Ouahbi qui a chaleureusement remercié Walid Regragui, et envisage l'avenir avec optimisme. « On a une équipe solide, dit-il, en pleine progression, qui a encore faim et qui, surtout, n'a pas de complexe. » Bref, le Maroc est confiant à trois mois de la Coupe du Monde.
Soucieuse de continuer à apparaître comme une grande puissance, la Russie a réinvesti le continent africain depuis plusieurs années. Elle s'appuie sur un narratif reprenant celui de l'ancienne Union soviétique. Mais derrière les promesses de fraternité sans frontières, de partage de connaissances et de richesses, se trouvent d'autres objectifs moins avouables, comme le recrutement de combattants pour sa stratégie de chair à canon en Ukraine. Ces dernières années, le soft power, ou l'influence russe, s'est développé et transformé. C'est un studio de musique d'Abidjan où se tient un concours de chant discret, auquel assiste notre correspondant Benoit Almeras. On chante en anglais et en français, Alicia Keys, Garou, Lara Fabbian… Mais pour les candidats, l'horizon n'est pas New York ou Paris, c'est Moscou. L'enjeu de ce casting vocal : une participation au festival « La route de Yalta ». Organisé pour la première fois en 2019 dans cette station balnéaire de Crimée occupée, bien connue des amateurs d'histoire, il a désormais lieu au Kremlin, dans la capitale. On y célèbre les classiques russes et la « Grande guerre patriotique », comprendre la Seconde guerre mondiale. Une époque très lointaine pour ces candidats, jeunes et plus attirés par le voyage et la recherche de notoriété. Un des participants explique sa présence par « le fait que ce soit en Russie, un pays que je n'ai jamais imaginé découvrir. Ce serait aussi un tremplin pour moi et j'espère aussi que mon pays va reconnaître mon talent ». Pour voir Moscou, certains veulent se donner toutes les chances, comme ce candidat qui pousse l'hymne russe a capella. Lors de l'édition 2025, c'est un artiste ivoirien qui a représenté l'Afrique, et pas n'importe lequel : Emmanuel Désiré Boyer dit « Vova », vainqueur de l'édition 2024 de « The Voice Afrique Francophone ». À « La route de Yalta », il a été récompensé du prix du public pour Katyusha, chant patriotique de l'Armée Rouge, interprété en langue dioula. À l'origine de la participation de Vova, et de ce casting, Eben-Ezer Dion, coach vocal pour The Voice Afrique francophone. Ses liens avec la Russie remontent à plus de 20 ans : « J'ai étudié en Russie, je suis allé là-bas pour des études en musique, à l'Académie Gnessine, qui est une académie très prestigieuse là-bas. C'est après ça que je suis rentré au pays, et voici que je prends des initiatives pour faire avancer la musique en Côte d'Ivoire. Si vous voulez, c'est un prolongement, une manière de contribuer à l'action culturelle de la Russie dans l'Afrique francophone. C'est ce qu'on essaie de faire en partenariat avec l'association. » Festival de chants pour soutenir l'annexion forcée de la Crimée Cette association, c'est l'Aruci, Association des russophones de Côte d'Ivoire, créée en 2021. Sa présidente, Tatiana Rakitina assure qu'elle ne fait pas de politique : « Pour nous, c'est plutôt une opportunité pour la Côte d'Ivoire de sortir à l'étranger, de conquérir de nouveaux spectateurs. C'est plutôt un événement professionnel des amateurs de musique plus qu'un événement idéologique. » Pourtant, le festival de Yalta vise aussi à faire reconnaître la souveraineté russe sur la péninsule de Crimée, annexée de force par la Russie en 2014. Mais pour Tatiana Rakitina, comme pour le gouvernement de Moscou qui dénonce souvent la « russophobie » occidentale, c'est bien l'image de la Russie qui est attaquée. Bien qu'en Afrique, elle demeure positive selon elle : « Je peux vous dire que le visage de la Russie était bien brillant et souriant il y a quelques années. Maintenant, il y a dans certains pays une tendance à vouloir éliminer la culture russe ou diminuer sa valeur. Mais pas en Afrique. L'Afrique n'a jamais changé [envers la Russie]. » L'Aruci est aussi une organisation partenaire des Maisons russes. Officiellement des centres culturels, elles ont essaimé sur le continent, selon Lou Osborne, investigatrice du groupe All Eyes on Wagner : « On a vu une accélération de la diplomatie culturelle depuis 2024, avec une multiplication de l'ouverture de ces centres. Leur modèle est novateur : l'État russe ne peut aller aussi vite qu'il le voudrait, donc il a délégué une partie de ces ouvertures et de la gestion à des sociétés non-étatiques, ça leur permet d'aller plus vite. On remarque que c'est notamment là que se passe la partie la plus offensive du soft power, on dépasse la promotion de Pouchkine et de la langue russe. » La diplomatie culturelle russe a une tête de pont, c'est la Rossotrudnichestvo, un organisme officiel du ministère des Affaires étrangères russes, dirigé par Evgueni Primakov Junior, un très proche de Vladimir Poutine. C'est là notamment que se gèrent les bourses pour les étudiants africains, explique le chercheur sénégalais Ibrahima Dabo, lui-même passé par une université russe : « C'est à partir des années 2000 que la Russie a commencé à avoir des intérêts sur le continent africain. Dans ce contexte, des outils de l'époque soviétique ont été réadaptés. Rossotrudnichestvo a été créée en 2008 par un décret du président Dmitri Medvedev, mais c'est l'héritière d'une agence née en 1925 autour de la sœur de Léon Trotski. Cette agence est au cœur aujourd'hui des actions culturelles et humanitaires sur le continent, elle travaille avec des associations locales, notamment des réseaux d'anciens étudiants. La diplomatie éducative est devenue très importante. Rossotrudnichestvo gère les bourses d'étude, ce qui permet de développer son influence, et de donner une image d'ouverture, de montrer une bonne image de la Russie, des conditions d'accueil, de la qualité de l'enseignement. » Moscou a accéléré ses opportunités pour des milliers d'étudiants africains. Au Sénégal par exemple, on est passé de moins de 20 à 130 bourses en quelques années, selon Ibrahima Drabo. Saint-Valentin à la Maison russe, relais médiatiques et influenceurs Derrière Rossotrudnichestvo, certaines Maisons russes ont été montées comme des « franchises » dans l'écosystème Wagner, comme à Bangui, en Centrafrique, dont les canaux de communication multiplient les images d'enfants et de jeunes épanouis, devant des documentaires officiels russes, des films d'action à la gloire du groupe paramilitaire russe, durant des cours de russe, ou encore dernièrement lors d'une grande fête en chanson pour la Saint-Valentin. Son directeur, Dimitri Sityi, est conseiller du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, gestionnaire d'entreprises qui extraient or, diamant et bois, et à la manœuvre de multiples campagnes informationnelles anti-françaises, anti-américaines ou anti-Nations Unies. À Bangui, la Maison russe est devenue un lieu de socialisation, notamment pour des jeunes de milieu peu favorisés. On y fête Noël, on y candidate au championnat de slam, on y trouve aussi à prix modique les sachets d'alcool produits localement par Wagner. À lire aussiPlongée dans la machine de désinformation russe en Centrafrique Avec les médias comme Russia Today, de plus en plus présents sur le continent (Éthiopie, Sénégal), ou des organisations satellites comme Afrique média ou la radio Lengo songo en Centrafrique, ces centres culturels servent à véhiculer l'image d'une Russie ouverte, bienveillante, à l'opposé d'une Europe présentée comme décadente et xénophobe, voir tout simplement nazie. Un récit repris par un nombre grandissant d'influenceurs africains installés en Russie, valorisés par les algorithmes des réseaux sociaux, comme « l'Ivoirorusse ». « La Russie, c'est bien, j'exhorte tout le monde a visité la grande Russie de Poutine. C'est une très grande expérience », dit-il à ces plusieurs centaines de milliers de suiveurs sur TikTok, se félicitant de « commencer à oublier des mots de français ». Coiffé de sa chapka, « l'Ivoirorusse » est aussi un des promoteurs du programme Alabuga start qui permet officiellement à des jeunes femmes d'obtenir des formations et des diplômes dans cette zone économique spéciale du Tatarstan. Plusieurs enquêtes ont montré une réalité bien différente, et des mécanismes de « traites d'êtres humains », selon l'ONU. Le nouvel écosystème russe met en valeur les coopérations académiques avec la Russie et des opportunités de recrutement, dont on sait qu'elles peuvent conduire des jeunes hommes sur le front en Ukraine, et des jeunes femmes dans des usines de drones. « Ces réseaux de recrutement sont une nouvelle facette du soft power, ça permet à la Russie de façonner l'image donnée dans ces pays-là », analyse Lou Osborne, de All Eyes On Wagner. « C'est une Russie d'opportunités, pour une meilleure vie. Il y a une industrialisation de l'influence russe, avec une multiplication de canaux, un effort total médiatique, culturel, et des services de sécurité, au service de cette influence », ajoute-t-elle. Avec l'Église orthodoxe, « l'alliance du missel et du missile » La Russie loue les vertus présentées comme patriotiques et familiales, qui seraient les siennes et que partageraient les Africains. Pour cela, quoi de mieux que de se placer sous l'autorité divine, via sa propre église, l'Église orthodoxe russe, autonome depuis le schisme consécutif à l'invasion de l'Ukraine, et qui n'hésite pas à mettre les moyens pour attirer les clercs. À écouter aussiCentrafrique: à Bangui, une église orthodoxe financée par la Russie Comme au Cameroun, où Monseigneur Grégoire, métropolite orthodoxe grec, a vu avec surprise une église russe concurrente autorisée promptement par les autorités, quand lui a mis plus de cinq années à voir la sienne reconnue : « Ici, l'église russe n'a rien fait à part promettre à quelques prêtres de notre église qu'ils allaient leur donner de l'argent, plus que l'aide pastorale que nous distribuons chaque mois. Ils ont fait beaucoup de promesses : construire les églises, des écoles, donner des bourses aux prêtres, acheter des voitures. Mais jusque-là, ils n'ont rien fait à part louer une salle pour en faire une église. Ils ont envoyé quelques personnes à Moscou pour un séminaire de théologie, mais ils ont vu que le niveau de théologie et d'éducation est bien loin du niveau universitaire. Mais ils leur ont dit : "Ok, vous êtes prêts à rentrer en Afrique accomplir votre mission". Mais quel type de mission ? » Cette diplomatie religieuse n'est pas neutre, car l'église orthodoxe n'est pas une église comme une autre. Elle est étroitement imbriquée dans le pouvoir russe et le Kremlin, comme l'expliquait récemment sur RFI l'historien spécialiste du monde orthodoxe, Jean-François Colossimo : « C'est une progression opportuniste. Partout où il y a un clergé achetable, cette pseudo-église agit. Plus on monte dans la hiérarchie, plus elle est contaminée par le FSB [les services de renseignement russes, NDLR] et aux mains du Kremlin et de Poutine. L'Église russe n'a jamais été pensée comme une église internationale. Donc, si elle va en Afrique, c'est pour offrir le monde orthodoxe africain à Poutine. Ce sont eux qui bénissent la mère. L'Église bénie cette guerre, c'est l'alliance du missel et du missile. » À lire aussiCameroun: l'Église orthodoxe russe autorisée à exercer, un pas de plus de Moscou sur le continent Selon des médias russes en exil, l'église orthodoxe du Kenya aurait participé au recrutement trompeur de combattants pour la guerre en Ukraine. Par ailleurs, plusieurs centaines de séminaristes seraient aujourd'hui en formation en Russie, selon une bonne source, qui parle de « projet à long terme » pour Moscou qui se voit comme « la troisième Rome ». Une montée du soft power russe que constate l'ambassadeur de l'Ukraine à Nairobi, Yurii Tokarx. « L'influence russe et les mesures qu'ils prennent sont très sérieuses et fortes. Il a récemment été publié que le budget de leur machine de propagande s'élevait à 1,5 milliard de dollars. Et, bien sûr, une grande partie de cette somme est destinée à l'Afrique », a-t-il affirmé à notre correspondante à Nairobi Albane Thirouard : « Cela s'accompagne d'opérations informationnelles très sophistiquées. Ils sont également présents sur les plateformes utilisées par les jeunes générations. Ils travaillent intensivement dans le but de pénétrer les pays grâce à ce qu'on appelle le soft power. Il est bien connu que des structures comme Rossotrudnichestvo ainsi que l'Église russe cherchent à s'implanter progressivement au sein des sociétés africaines. Mais comme on a pu le constater par la suite, cela peut évoluer vers des problèmes plus graves pour ces pays. Tous les pays ne comprennent pas ce qui est en train de se passer. Nous, nous avons une arme puissante que nous appelons la vérité, et nous essayons de nous battre avec les moyens dont nous disposons. Leur machine de propagande, elle, combat souvent avec des mensonges. » Au Kenya, la multiplication des témoignages sur les recrutements contraints pour la guerre en Ukraine a écorné l'image de la Russie. Reste à voir si cette réalité viendra enrayer le rouleau-compresseur de l'influence et de la communication mis en marche par Moscou. Le 25 février, l'Université de Nairobi a lancé un Centre africain pour l'étude de la Russie, en présence de l'ambassadeur russe. À lire aussiQui sont les Africains qui combattent pour la Russie? Les révélations d'All Eyes on Wagner
Ils seraient aujourd'hui entre 3 000 et 4 000. Au fil des mois et d'une guerre qui s'enlise, la Russie a accéléré le recrutement de combattants africains pour son invasion de l'Ukraine. Certains se retrouvent au front en connaissance de cause, d'autres par tromperie persuadés de quitter leur pays pour une place à l'université ou un emploi. Aujourd'hui, le voile se lève sur ce système de recrutement basé sur des agences de voyage et des opérateurs d'influence entre Moscou et le continent africain. En ce matin de début février, 200 personnes environ se retrouvent dans le jardin familial de Bibiana Wangari, à Mukurwe-Ini, dans le centre du Kenya, à un peu plus de 2h de route au nord de Nairobi. Ce sont des funérailles, mais la cérémonie se déroule sans corps et sans cercueil, constate Albane Thirouard, la correspondante de RFI. Des bougies ont été déposées sur une tombe symbolique en contrebas. Charles Waithaka, dit « Charlo », le fils de Bibiana, avait 30 ans. Parti en octobre en Russie, sa famille a perdu le contact vers Noël, et c'est sur Facebook que sa mère a appris son décès en Ukraine : « Je me suis réveillée un jour et la nouvelle était partout sur les réseaux sociaux. J'ai appris qu'il avait marché sur une mine. Avant de partir, il m'avait appelée pour me dire qu'il avait obtenu un emploi pour travailler en tant que mécanicien pour la construction d'un camp militaire. Une fois sur place, il m'a appelée pour me dire qu'il était en Russie. On a continué à parler, jusqu'au jour où il m'a dit qu'il allait être déployé sur le front. Il a pleuré, beaucoup pleuré. En tant que mère, ce n'était pas facile. Chaque jour il m'appelait en pleurant "maman, je veux rentrer au Kenya, ce n'est pas bien ici.". » À lire aussiCombattants africains tués sur le front ukrainien: le deuil impossible de familles désemparées Le corps de Charles Waithaka n'a pas pu être rapatrié. Les présents lui rendent hommage. Un homme prend le micro, il vient de rentrer du front. « J'ai eu la chance de rentrer à la maison, témoigne Dancan. J'aurais pu finir comme ça. J'ai vu la mort de mes propres yeux. Je sais que ce n'est pas facile, vu comment la guerre se déroule là-bas : les gens meurent, et quand une personne meurt, le corps est juste laissé là, personne ne s'en occupe ». Dancan détaille son expérience : « J'ai l'impression d'avoir été trompé. Je suis allé là-bas, je pensais travailler comme chauffeur. Une fois arrivé, on m'a donné une formation militaire. Et même quand tu dis que tu ne veux pas faire ce travail et que tu veux rentrer chez toi, on te force à aller au front. Les Russes n'ont aucune humanité. Alors j'ai fait semblant d'être fou, on m'a envoyé à l'hôpital, et c'est comme ça que j'ai pu m'échapper. Mais je sais que beaucoup de Kényans sont encore là-bas. Ils cherchent des moyens d'en sortir et de rentrer chez eux mais ce n'est pas facile, c'est même très difficile. » Dancan affirme par ailleurs ne jamais avoir touché l'argent promis. « Il ne savait pas où il était exactement mais qu'il était au cœur de la guerre avec l'Ukraine » À plusieurs milliers de kilomètres de là, Mike – un nom d'emprunt – laisse un message vocal à RFI : « On est venu ici pour travailler, on nous avait dit que ce serait un travail dans la sécurité. Une fois arrivés en Russie, on s'est rendu compte que c'était un emploi militaire. Nous n'avions rien signé au Kenya, les recruteurs ont juste pris nos passeports pour arranger le visa et les billets d'avion. Ce n'est qu'une fois en Russie que nous avons signé des papiers mais tout était en russe donc nous ne comprenions pas. Nous les avons scannés avec nos téléphones et c'est là que nous avons compris que les documents que nous nous apprêtions à signer étaient des contrats dans l'armée. On attend. Ils vont nous emmener combattre. Mon ami et moi refusons d'y aller, nous cherchons à nous échapper. » Quelques jours plus tard, Mike prévient : il est parvenu à fuir et à quitter la Russie. À lire aussiDes proches de Kényans envoyés par la Russie sur le front critiquent la diplomatie de leur pays À Nairobi, l'association VOCAL Africa tente de venir en aide aux familles sans nouvelles de leurs proches. Julius Kimani Kamanu est venu accompagné de son père pour évoquer le cas de son frère, âgé de 26 ans, parti en Russie il y a plusieurs mois. Sur le téléphone de Julius, il y a une photo : trois hommes armés posant en tenue de combat. « C'est la dernière photo qu'il nous a envoyée, le dernier jour où nous avons pu communiquer avec lui, souligne Julius Kimani Kamanu. Il y a mon frère, Peter Kimemia, un homme que je ne connais pas qui est sûrement russe, et l'ami avec qui mon frère est parti. Il nous a dit qu'il partait pour un emploi de chauffeur donc quand nous l'avons vu comme ça en tenue militaire, ça nous a choqués ». Peter Kimemia Kamanu est parti en Russie avec un visa de visiteur, avec un billet d'avion aller-retour, pour un séjour de quelques jours à peine. Lui aussi a été trompé, affirme Julius : « L'agent lui avait dit qu'il allait travailler comme chauffeur en Russie. Avant de partir, mon frère vendait des téléphones et des ordinateurs. On lui avait promis un meilleur emploi en Russie avec un bon salaire. Il est arrivé en Russie le 22 octobre 2025 et il nous a informés qu'il était dans un hôtel en attendant plus d'informations. Quelques jours plus tard, il nous a informés qu'il avait été emmené dans un camp militaire et qu'il allait y recevoir une formation, puisque le travail de chauffeur se ferait dans un camp militaire. Donc, il a commencé sa formation militaire qui a duré moins d'une semaine. Puis, un jour, il nous a appelés à minuit, il était terrorisé. Il nous a dit qu'il ne savait pas où il était exactement mais qu'il était au cœur de la guerre avec l'Ukraine. C'était notre dernière communication, le 18 novembre. » Julius affirme que le numéro de l'agent avec lequel son frère communiquait n'est plus joignable. La famille a écrit aux autorités kényanes pour obtenir des nouvelles mais la demande n'a pas abouti. Les estimations du nombre de Kényans partis en Russie ne cessent de gonfler ces dernières semaines. Mi-février, le gouvernement a haussé le ton. Le ministre des Affaires étrangères a promis de se rendre à Moscou pour « enrayer » ce phénomène, alors que son bras droit dénonçait auprès des médias « un schéma inacceptable consistant à attirer des gens et à les faire mourir ». À lire aussiLe Kenya inculpe un homme accusé d'avoir envoyé des citoyens combattre contre leur gré pour Moscou « Parfois ils nous donnaient des coups de pied quand ils nous trouvaient en train de dormir » En Afrique du Sud, la politique de recrutement russe a pris une tournure politique. La fille de l'ex-président Jacob Zuma est visée par une enquête judiciaire pour son rôle dans l'envoi de 17 combattants sud-africains. Elle a dû démissionner de son poste de députée. À lire aussiUkraine: la fille de Jacob Zuma a-t-elle orchestré le départ de Sud-Africains sur le front? Elle est directement mise en cause par l'un d'entre eux, qui a répondu par écrit à notre correspondant à Johannesburg, Valentin Hugues, joignant photos et vidéo où on le voit en treillis dans la neige : « J'ai quitté l'Afrique du Sud, le 9 juillet 2025. Je suis venu en Russie parce que je n'avais pas de travail et que Duduzile Zuma [la fille de Jacob Zuma, NDLR], nous avait promis des emplois. Tout n'était que mensonges. Nous nous sommes retrouvés à nous entraîner à l'attaque, à utiliser des bombes et à creuser des abris, des toilettes, à manger de la nourriture avariée et périmée. Parfois, ils nous donnaient des coups de pied quand ils nous trouvaient en train de dormir et ils se moquaient que nous tombions malades. Il n'y avait pas de jours de repos. Ensuite, nous sommes partis vers le front et notre groupe a été séparé. Je ne sais pas où sont les autres. Nos familles et nos enfants nous manquent vraiment. C'est très douloureux : aidez-nous à rentrer chez nous, s'il vous plaît. » L'affaire fait grand bruit dans un pays membre des Brics où les partis russophiles MK ou EFF sont bien implantés au parlement. Au point que l'actuel chef de l'État, Cyril Ramaphosa, a téléphoné à Vladimir Poutine pour obtenir leurs rapatriements il y a quelques jours. À lire aussiAfrique du Sud: Ramaphosa remercie Poutine pour le retour de Sud-Africains enrôlés en Ukraine Impossible de savoir exactement combien de ressortissants africains portent aujourd'hui l'uniforme russe. Selon un rapport de l'Institut français des relations internationales, ils seraient de 3.000 à 4.000 sur 18.000 à 20.000 combattants étrangers. Le groupe d'investigation All Eyes on Wagner a obtenu une liste de 1 417 contractuels ayant servi entre 2023 et mi-2025. Ils sont originaires de 35 pays africains ; 316 sont décédés. À lire aussiQui sont les Africains qui combattent pour la Russie? Les révélations d'All Eyes on Wagner Les récits de combattants mettent en avant le rôle d'intermédiaires qui diffusent des promesses trompeuses. Des militaires ou anciens militaires sont notamment ciblés par le démarchage À Yaoundé, Richard Onanena a échangé avec l'un d'entre eux, un Camerounais qui s'est rendu à plusieurs reprises en Russie dans un cadre universitaire. Saluant les « convergences de valeurs » russo-africaines, il explique accompagner certains vers un recrutement dans l'armée : « Cette rémunération, elle est alléchante. Il y a une batterie de documents qui vous sont présentés. Vous avez la possibilité de lire ces documents, de les faire traduire, on ne peut pas vous enrôler de force dans l'armée. C'est un contrat où on vous dit combien vous serez payés, combien de temps vous devez servir, et quels sont les avantages que vous aurez et ainsi de suite. Si vous êtes d'accord vous signez, si vous n'êtes pas d'accord vous ne signez pas. Mais avant d'arriver à ce niveau, il y a déjà une présélection. On vérifie votre état et l'agent de recrutement décide si oui ou non vous êtes recruté, ce n'est pas automatique. Néanmoins, il est important de préciser qu'il y a des personnes, qui ne sont pas des Russes pour la plupart, qui vont se servir de la détresse de leurs frères africains, pour leur faire miroiter des choses qui parfois n'ont absolument rien à voir avec la vérité, et peut-être d'une manière ou d'une autre les convaincre, ou les contraindre. » Certaines recrues, en revanche, sont tout à fait conscientes de leur choix. Les militaires ou anciens militaires sont notamment ciblés par le démarchage. Les salaires promis sont par exemple dix fois supérieurs à ceux de l'armée camerounaise. Un militaire du BIR, bataillon d'intervention rapide, unité d'élite, explique comment il a vu certains de ses frères d'armes céder aux sirènes russes, à commencer par son cousin... Il évoque même des complicités au sein de la hiérarchie : « Il m'a dit que c'est un colonel qui a géré, c'est par le réseau de ce colonel qu'il a voyagé. Après deux semaines, je n'avais plus de ses nouvelles, son numéro ne passait plus, et jusqu'à maintenant, rien. Quand je suis entré en contact avec un autre collègue qui était là-bas, il m'a fait comprendre que les Camerounais qui étaient arrivés à cette époque, en mars-avril-mai 2024, étaient tous morts, parce que les attaques étaient très intenses. J'ai essayé d'en parler avec la famille, mais ils ne voulaient rien entendre, alors j'ai lancé un appel sur les réseaux sociaux, voir si je pouvais le retrouver. Un gars m'a répondu qu'il n'était plus en vie. Sa famille a honte de dire qu'il est mort, alors ils le cachent aux gens. » « Plein d'Africaines vantent le programme » Mais le front n'est pas la seule voie de recrutement pour de jeunes Africains. Via des influenceurs très suivis, la Russie promeut le programme « Alabuga start », qui s'adresse à des jeunes femmes étrangères de 18 à 22 ans. Selon ses promoteurs, ce sont des formations de qualité, tout inclus, il n'y a que des avantages. Mais dans cette zone économique spéciale du Tatarstan, on monte des drones pour bombarder l'Ukraine, comme l'ont documenté plusieurs enquêtes. Certaines pratiques peuvent être assimilées à de la traite d'êtres humains, ont mis en garde les Nations unies. Ce type de contenus attire l'attention, par exemple de Rebecca : « J'ai vu ça sur TikTok, je me suis inscrite. J'ai donné mon identité, copie de mon passeport. » Aide-soignante ivoirienne, elle a expliqué à Benoit Almeras, notre correspondant à Abidjan, avoir candidaté après avoir vu sur les réseaux « plein d'Africaines vanter le programme, le logement inclus, les avantages, la possibilité de rester en Russie ou de rentrer avec le certificat. Elles disent qu'elles sont bien à l'aise ». Des jeunes femmes comme Rebecca, il y en a des dizaines à Abidjan, attirées par la promesse d'une formation gratuite à l'étranger. La Russie prend le contre-pied de l'Europe où les démarches d'expatriation sont de plus en plus difficiles, et où le discours xénophobe s'impose. Et peu importe les risques encourus pour une jeunesse africaine urbaine prête à tenter sa chance au péril de sa vie. « Des sirènes russes au mouroir ukrainien : les combattants africains de Vladimir Poutine », un récit de François Mazet, à la réalisation de Pauline Leduc.
Les journalistes et experts de RFI répondent également à vos questions sur l'arrestation d'un homme au Kenya soupçonné d'avoir envoyé des ressortissants combattre pour la Russie, les stratégies de la Côte d'Ivoire pour faire face à la crise du cacao et le retour du tambour parleur ivoirien Djidji Ayôkwé restitué par la France à la Côte d'Ivoire. Sénégal : pourquoi le pays veut durcir les peines contre l'homosexualité ? Au Sénégal, le Premier ministre, Ousmane Sonko, a annoncé un nouveau projet de loi qui prévoit des sanctions plus sévères pour les personnes reconnues coupables de pratiques homosexuelles. Quelle est la différence entre ce texte et les lois déjà en place ? Pourquoi le Premier ministre sénégalais prend-il cette initiative maintenant ? Avec Juliette Dubois, correspondante de RFI à Dakar. Kenya : que sait-on de Festus Arasa Omwamba, l'homme qui envoyait des Kenyans en Russie ? Les autorités kényanes ont annoncé l'arrestation d'un homme soupçonné d'avoir envoyé des ressortissants combattre pour la Russie, parfois contre leur gré. Cette affaire relance les inquiétudes autour des réseaux de recrutement visant des Africains pour le front russe. Que sait-on de l'agence avec laquelle Festus Arasa Omwamba travaillait ? Comment les autorités kényanes sont-elles remontées jusqu'à lui ? Avec Clothilde Hazard, journaliste au service Afrique. Côte d'Ivoire : quelles stratégies pour faire face à la crise du cacao ? Le gouvernement ivoirien a annoncé son intention de racheter les stocks de cacao qui s'entassent dans le pays. Cette décision intervient dans un contexte de surproduction et de chute des prix du cacao, qui mettent en difficulté les producteurs locaux. En quoi ce plan de rachat consiste-t-il ? Les autorités ivoiriennes vont-elles finir par vendre leur cacao moins cher face à cette situation ? Avec François Ruf, économiste, chercheur au Cirad, spécialiste du cacao. Côte d'Ivoire : pourquoi la restitution d'un tambour sacré suscite-t-elle tant de réactions ? Après 110 ans d'absence, le tambour parleur ivoirien Djidji Ayôkwé a été restitué par la France à la Côte d'Ivoire lors d'une cérémonie au musée du Quai Branly. Emporté à l'époque coloniale, cet objet hautement symbolique pour les communautés locales a été officiellement autorisé à rentrer en Côte d'Ivoire. Pourquoi ce tambour revêt-il une importance particulière pour Abidjan ? Sur les réseaux sociaux, une rumeur remet en question l'authenticité du tambour. Ces rumeurs sont-elles légitimes ? Avec Lisa Villy, journaliste au service Afrique de RFI.
durée : 00:05:16 - La Revue de presse internationale - par : Catherine Duthu - Ils seraient au moins 1 400, peut-être 3 000, partis de plusieurs pays d'Afrique dans l'espoir de trouver une vie meilleure en Russie. Mais ces hommes se retrouvent forcés de combattre sur le front en Ukraine. La Russie cherche à pallier ses pertes humaines, quatre ans après avoir envahi l'Ukraine. - invités : Lou Osborn Enquêtrice, membre de "All Eyes on Wagner"
durée : 00:05:18 - La Revue de presse internationale - par : Catherine Duthu - Quatre ans après avoir envahi l'Ukraine, la Russie cherche à pallier ses pertes humaines et enrôle de plus en plus d'Africains. Plusieurs médias décrivent un recrutement de force, exploitant la misère des Africains, attirés en Russie par de fausses annonces d'emploi et des influenceurs.
Le Journal en français facile du jeudi 12 février 2026, 17 h 00 à Paris. Retrouvez votre épisode avec la transcription synchronisée et des exercices pédagogiques pour progresser en français : http://rfi.my/CRFf.A