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Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats. Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

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    • Mar 23, 2026 LATEST EPISODE
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    Polémique à la maison de l'Argentine après le retrait d'une plaque en hommage aux victimes de la dictature

    Play Episode Listen Later Mar 23, 2026 2:33


    En Argentine, le 24 mars 1976, la junte militaire prenait le pouvoir du pays. Et comme tous les 24 mars depuis le retour en 1983 de la démocratie, on rend hommage dans le pays aux 30 000 personnes disparues durant la dictature. Mais un demi-siècle plus tard, se remémorer l'histoire devient difficile à la maison de l'Argentine à la Cité internationale universitaire à Paris. La raison : la nomination d'un nouveau directeur, Santiago Muzio, proche du gouvernement de Javier Milei, président argentin ultralibéral d'extrême droite. Santiago Muzio a décidé d'enlever la plaque de commémoration en hommage aux victimes de ce coup d'État, le mois dernier, et les Argentins s'inquiètent de voir leur histoire disparaitre. Reportage de Nina Richard, Sur la façade de la maison de l'Argentine, le drapeau bleu et blanc flotte au-dessus du porche. À l'intérieur, un agent vérifie les caméras de surveillance à quelques mètres de là où a disparu la plaque de commémoration. « Je prends un risque en vous parlant ». Myriam, c'est son nom d'emprunt, est résidente depuis septembre dernier. La jeune femme, préoccupée, remonte son sac sur son épaule. Elle dit voir les règles de la maison se durcir. « Il y a eu des changements qui font qu'on ne se sent pas tellement à l'aise », notamment depuis la disparition de cette plaque. « C'est un sujet historique super important pour nous, parce que ça fait partie de notre histoire et de notre identité », précise-t-elle. « C'est quand même inquiétant d'avoir un événement pro Milei » Derrière cette décision donc, le directeur Santiago Muzio, proche du gouvernement Milei, également directeur de l'antenne espagnole d'un institut politique fondé par Marion Maréchal dont certaines réunions se tiennent au rez-de-chaussée de la maison de l'Argentine, dans le salon d'honneur.  « On a bien compris qu'il y avait des événements politiques. On voit bien qu'il y a d'autres démarches, pas que financières, qui expliquent pourquoi ces événements ont lieu dans notre résidence », souligne-t-elle. Et lors du dernier en date, quelques étudiants se sont rassemblés devant les rideaux fermés d'une soirée de décryptage sur la politique ultralibérale argentine et ont été menacés par les agents de sécurité d'appeler la police. « J'ai rien à voir avec l'Argentine, mais comme je vis dans le campus, je suis juste venu là en solidarité, voir ce qui se passait. Parce que c'est quand même inquiétant d'avoir un événement pro Milei dans un campus qui est international », réagit cet homme résidant au sein de la maison des étudiants canadiens. À lire aussiJavier Milei, la tronçonneuse argentine entre ombres et lumières « On va installer une plaque de commémoration » pour les victimes de la dictature militaire La fondation de la Cité universitaire internationale de Paris observe de loin les agissements de cette direction. Mais Blandine Sorbe, la déléguée générale, ne peut pas intervenir directement. « C'est une maison qui est un opérateur directement du gouvernement argentin, sans que la cité ait un droit de regard sur cette désignation. » Historiquement, la maison de l'Argentine dispose d'un statut à part des 39 autres maisons. Mais elle ne reste pas impassible, surtout pour les 50 ans de commémoration des victimes de la dictature argentine. « On va installer une plaque de commémoration. Parce qu'on considère que c'est important que ce moment de recueillement et de mémoire puisse avoir lieu à la Cité, même si ce n'est pas à la maison de l'Argentine que cela a lieu », complète-t-elle. Selon une source proche du ministère du Capital humain, le ministère argentin qui gère cette maison avance que la plaque de commémoration a été retirée en vue de futurs travaux de rénovation. Et le ministère précise aussi que cette opération s'inscrit dans une mission de dépolitisation de leurs espaces publics.

    Municipales en France: les temps forts de la soirée électorale du second tour

    Play Episode Listen Later Mar 23, 2026 2:11


    À un an de l'élection présidentielle en France, les électeurs de plus de 1 500 communes du pays étaient appelés aux urnes pour un deuxième tour du scrutin municipal dimanche 22 mars, dans ‌un pays politiquement très fragmenté. Retour sur cette soirée électorale. Une balade à vélo dans Paris pour fêter la victoire, et le candidat des socialistes et écologistes, Emmanuel Grégoire, a reçu les clés de la capitale de sa prédécesseure, Anne Hidalgo : « Je donne la clé de la ville à Emmanuel Grégoire ! » « Ce soir, c'est la victoire d'une certaine idée de Paris. Un Paris vivant, un Paris progressiste, un Paris populaire, un Paris pour tous. », se félicite Emmanuel Grégoire. La gauche garde aussi la main à Lille et Marseille. Les alliances nouées avec La France insoumise ont en revanche souvent raté face à la droite, même s'il y a des contre-exemples, comme à Nantes. L'extrême droite, elle, confirme sa dynamique aux municipales, mais le RN continue d'échouer dans les très grandes villes. Seule exception : Nice, dans le sud-est, où son allié l'UDR Éric Ciotti a ravi la mairie à son meilleur ennemi Christian Estrosi : « Nous l'avons fait ! Cela paraissait relever de l'ascension de l'Himalaya par la face nord ! Eh bien, oui, nous l'avons fait ! » PS, LR… Les partis traditionnels maintiennent une certaine assise sur le territoire français. Bruno Retailleau, patron de la droite LR : « Les Républicains et leurs alliés remportent le plus grand nombre de voix et le plus grand nombre d'élus. Ce soir, une réalité s'impose : nous sommes toujours et plus que jamais la première force politique locale en France. » À lire aussiSecond tour des municipales en France : « percée » du RN, la gauche conserve Paris, Lyon et Marseille La formation du président Macron s'empare, elle, de deux villes de plus de 100 000 habitants. Mais les chefs de partis ont surtout les yeux rivés sur l'élection présidentielle de 2027. Au centre droit, Édouard Philippe et Gabriel Attal sont dans les starting-blocks. Et la gauche radicale veut transformer l'essai, forte de sa poussée aux municipales. Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise : « Ce soir, nous avons fait la démonstration que rien ne peut résister à la mobilisation populaire. L'année prochaine, la nouvelle France peut balayer la macronie et ses politiques de malheur. L'année prochaine, la nouvelle France peut battre l'extrême droite. L'année prochaine, nous pouvons ouvrir une nouvelle page de l'histoire de France. » Tout comme l'extrême droite de Jordan Bardella : « Nous mesurons pleinement avec Marine Le Pen la responsabilité qui est désormais la nôtre. Les succès de ce soir ne sont pas un aboutissement, mais un commencement. » Les Français choisiront leur prochain président dans 13 mois à peine.

    Municipales: à Nantes le pari controversé de l'alliance PS-LFI

    Play Episode Listen Later Mar 19, 2026 2:32


    Pour battre la droite et l'extrême droite aux élections municipales, les alliances à gauche se sont multipliées, quitte à ignorer les consignes nationales, quitte à ignorer aussi les propos de Jean-Luc Mélenchon que le Parti socialiste avait qualifiés d'« antisémites ». À Nantes, la maire PS sortante Johanna Rolland s'est alliée avec William Aucant, candidat LFI, pour le deuxième tour des municipales prévu le 22 mars. Car même si la ville est plutôt de gauche, la droite progresse. En face, Foulques Chombart de Lauwe, le candidat de droite, compte sur l'effet repoussoir que cet accord peut avoir pour certains électeurs. Sur le marché de Talensac, à Nantes, les échanges citoyens s'enchaînent. Le candidat de droite à la municipalité (33,77% au premier tour), Foulques Chombart de Lauwe, mène campagne depuis plus de deux ans dans cette ville très ancrée à gauche. « Vous ne comptez pas revenir en arrière sur les mesures qui ont été faites pour le vélo ? », lui demande un passant. « Pas du tout, vous savez, moi je suis écolo de droite », répond-il. Il aborde du tac au tac tous les sujets. « On a eu 62 fusillades l'année dernière et les Nantais nous attendent là-dessus. Ils jugeront Mme Rolland », complète Foulques Chombart de Lauwe. Il se dit revigoré par l'accord conclu entre la maire sortante et La France insoumise pour le second tour des municipales 2026 : « Ça me donne une énergie folle. Mettez le mot « LFI » et vous perdez 4 ou 5 points. Et 4 ou 5 points ça suffit, c'est nous qui gagnons. Je pense que c'est ce choix qui va la faire perdre. Ma réserve de voix, elle est plutôt effectivement au centre gauche, chez les républicains universalistes démocrates qui refusent cette alliance avec l'inacceptable. Et elle est aussi dans la mobilisation des gens de la droite du centre, même les gens plus conservateurs que moi, le Rassemblement national. Personne n'est propriétaire de ses électeurs. Nous, nous avons été très clairs sur nos alliances. Le socle de nos alliances est resté le même au premier qu'au second tour. Voilà comment on va gagner. »  À lire aussiMunicipales: en s'alliant à LFI, «les socialistes se vendent pour des plats de lentilles», fustige le député LR Philippe Gosselin Union de la gauche pour le second tour Gisèle est une électrice de gauche très contrariée : « Jamais je ne voterai pour LFI. Ce que la maire a fait est honteux. » Plus loin avec ses enfants, Stéphanie fait son marché. Elle a voté pour le candidat LFI au premier tour. Et elle défend cette union entre Johanna Rolland (35,24% au premier tour) et William Aucant (11,20% au premier tour) : « Je la trouve plutôt judicieuse, c'était le moment de faire preuve d'union à gauche. J'ai trouvé que les consignes données par Olivier Faure n'étaient pas judicieuses, encore une fois de mon point de vue. Et je suis bien contente que dans plusieurs localités, enfin communes, les unions se fassent quand même. »  Pour cette dernière ligne droite, il n'y a plus qu'un seul tract à gauche défendu par l'insoumis William Aucant : « Depuis l'accord de lundi soir, on m'arrête dans la rue pour me remercier. Ce front-là ne vaut pas dilution. Il est clair que la future opposition de gauche à la mairie, c'est nous. » « C'est une forme de respect [...] de leur permettre d'être représentés » Dans le camp socialiste, Johanna Rolland tente de reprendre la main depuis ses résultats décevants. Les chiffres du premier tour étaient bien plus serrés que prévu, alors que la maire sortante était donnée favorite : elle n'a recueilli que 1 784 voix de plus que le candidat de droite (42 599 contre 40 815 pour Foulques Chombart de Lauwe). Des scores qui ont déclenché une onde de choc dans le camp de la liste de la gauche unie, fruit de l'union du Parti socialiste, de Place publique, du Parti radical de gauche, du Parti communiste français et du groupe écologiste local, pilier depuis 2014 de la majorité municipale.  Johanna Rolland le répète depuis dimanche 15 mars : « L'heure est à la mobilisation générale. » Elle assume sa volte-face, minimisant l'entrée du mouvement de Jean-Luc Mélenchon sur sa liste : « Une triangulaire, c'était prendre le risque de laisser cette ville à une droite dure. Et ça, je crois que les Nantaises et les Nantais ne nous l'auraient pas pardonné. Cet accord, c'est un accord dans la clarté. La liste que je conduisais au premier tour est arrivée en tête. Il m'appartenait donc de créer les conditions pour que Nantes reste à gauche. C'est le choix que les Nantais avaient exprimé majoritairement. Et puis, il y a un Nantais sur cinq qui avait fait le choix d'une autre liste de gauche que la mienne. C'est donc une forme de respect et de considération que de leur permettre d'être représentés demain au conseil municipal. » Si les Nantais choisissent Johanna Rolland, 10 conseillers de La France insoumise seront aussi élus. Mais ils siégeront dans l'opposition. À lire aussiSecond tour des municipales: ces villes où LFI et les autres listes de gauche ont trouvé un terrain d'entente

    Municipales: pourquoi Saint-Denis a plébiscité Bally Bagayoko, élu maire dès le premier tour

    Play Episode Listen Later Mar 18, 2026 2:34


    Il n'y aura pas de second tour des municipales à Saint-Denis, deuxième plus grande ville d'Île-de-France. Le candidat de La France insoumise, Bally Bagayoko, l'a emporté dès le 1ᵉʳ tour, avec un peu plus de 50% des voix. Une claque pour le socialiste sortant, Mathieu Hanotin, arrivé 20 points derrière, à l'issue de son seul mandat à la tête de la ville. Un mandat marqué notamment par les Jeux olympiques, dont Saint-Denis était l'une des capitales. Les électeurs de cette ville populaire de 150 000 habitants lui ont préféré un candidat qui leur ressemble. Sur le marché de Saint-Denis, à la seule évocation du nom de Bally Bagayoko, de nombreux visages s'illuminent. « Franchement, c'est une fierté. C'est une fierté pour la nouvelle jeunesse d'aujourd'hui », confie une habitante. Une autre renchérit : « Oui, j'ai vu les résultats sur internet. C'est génial ! Il a gagné. Ça nous a fait plaisir. » Pourtant, Olivia et Fanta ne sont pas allées voter dimanche. L'abstention a encore battu des records dans la deuxième plus grande ville d'Île-de-France, après Paris : 57%, soit 13 points de plus qu'au niveau national. Mais ceux qui se sont déplacés ont fait un choix très clair : celui d'un enfant de Saint-Denis. « Effectivement, il a grandi aussi ici. J'avais des amis qui ont pu bénéficier de son aide à l'époque », argumente une Dionysienne. « J'ai des amis à moi qui le connaissent. Je suis contente. C'est mon nouveau maire », lâche tout sourire une autre. Un habitant relève : « On le connaît. On le voyait souvent à Saint-Denis. On espère que ça sera mieux que l'ancien. Il n'était pas proche des gens. ». Le maire sortant « n'a pas su écouter sa jeunesse » À 52 ans, Bally Bagayoko comptabilise près de 25 ans d'engagement politique à Saint-Denis, notamment comme adjoint à la Jeunesse et aux Sports. Il a aussi longtemps entraîné le club de basket de la ville. Et malgré tout, il incarne pour beaucoup « le changement, un peu de changement ». Nacera Bakhti, sexagénaire, a roulé pour le nouveau maire : « Moi, j'ai voté pour lui. J'ai fait partie de sa campagne et j'ai mon fils qui est sur sa liste. » « Madame, vous êtes obligée, c'est forcé », réagit un commerçant en découvrant son implication politique. « Non, ce n'est pas forcé, rétorque-t-elle. Parce que moi, je suis depuis 1981 à Saint-Denis. Donc j'en ai vu défiler. Quand on a des soucis dans le quartier, il a toujours répondu. Moi, M. Hanotin, je l'ai sollicité : il ne m'a jamais regardé dans les yeux. Pourquoi il a perdu aujourd'hui ? C'est parce qu'il n'a pas su écouter sa jeunesse. », souligne Nacera Bakhti. À lire aussiPremier tour des municipales en France: la gauche en tête à Paris, poussées du RN et de LFI sur le territoire « Pour une fois, il y a un candidat comme moi, qui me ressemble » « Le maire sortant n'avait pas du tout les jeunes avec lui », confirme Tahirou Diallo, militant au sein du collectif Ma cité va voter. « Le fait de fermer des espaces jeunesse, de réduire le budget pour les jeunes... Un maire qui a besoin d'un gilet pare-balle pour aller dans une cité, dans un quartier de sa ville, c'est qu'il n'est pas à sa place, tout simplement », renchérit-il. Lui qui a arpenté les quartiers pour tenter de convaincre d'aller aux urnes le confirme : Bally Bagayoko a su créer un élan chez les jeunes. « ​​​​​​​Moi, j'ai même des gens de mon âge qui m'ont dit : "Je n'ai jamais voté, mais j'ai voté pour la première fois parce que je me suis rendu compte que la seule arme qu'on avait vraiment pour avoir un maire qui nous comprend, qui nous écoute surtout, c'est l'arme du vote." » Et il suffit de remonter l'avenue qui mène au lycée du centre-ville pour croiser tous les jeunes électeurs de 18 ans. « C'est une personne dont les parents sont issus de l'immigration. Il y a 150 nationalités différentes à Saint-Denis, donc les gens se disent que pour une fois, il y a un candidat ''comme moi, qui me ressemble''. Et tout de suite, ça facilite les choses », explique Tahirou Diallo. Cela suscite aussi beaucoup d'espoirs. Pour Bally Bagayoko, il s'agit de faire de l'ancien cœur des Jeux olympiques, celui désormais de l'insoumission. ► Le dossier à lire

    Pendant le ramadan, la solidarité à l'œuvre pour la rupture du jeûne

    Play Episode Listen Later Mar 17, 2026 2:35


    Le mois saint du ramadan touche à sa fin. En cette année 2026, comme depuis 15 ans, les habitants de Saint-Denis, au nord de Paris, étaient conviés tous les soirs à une rupture du jeûne solidaire. Les Tables du ramadan, organisées par le Secours islamique français, ont attiré beaucoup de monde. Marius Laffont s'est rendu sous le grand chapiteau de l'association, pour assister à un ftour aux côtés de bénéficiaires. La cadence est soutenue dans les cuisines. Dans moins d'une heure, 1 000 personnes vont arriver pour le repas solidaire de ce soir, pour la rupture du jeûne du ramadan. Mustapha, le chef cuisinier, a choisi le menu : « Poulet, pommes sautées, sauce curry et velouté aux champignons et des bricks avec des pommes de terre et du thon. » Pour préparer autant de repas, trois commis et plusieurs bénévoles tournent derrière les casseroles et la plonge. Ouamara nettoie une immense marmite. Ce commercial a fait 300 kilomètres pour donner un coup de main. Il est venu de Tours jusqu'à Saint-Denis spécialement pour aider : « Je viens d'arriver, ça fait un quart d'heure. Je repars cette nuit. C'était ma journée de repos. J'en ai profité pour faire une bonne action. Je suis quelqu'un de compatissant. Et pour moi, c'est un geste honorable et noble. » Quinze ans d'existence pour Les Tables du ramadan Pour le dessert, ce sera des pommes. À l'atelier lavage, les cagettes s'enchaînent dans les mains de Farah, nouvelle bénévole. « Moi, je suis ici parce que je suis convertie, et je n'ai pas du tout d'entourage musulman autour de moi. Rentrer chez moi à la maison, casser le jeûne toute seule, aller à la mosquée toute seule... Des fois, j'ai du mal. J'ai rencontré des gens formidables et j'en suis ravie », explique-t-elle. Il est 18h, le soleil va bientôt se coucher. Les bénévoles font le point sur l'organisation. « Bon courage pour ce soir, restez à votre poste. On ouvre les portes ! », lâche l'une des organisatrices. Une longue file de bénéficiaires s'engouffre dans le chapiteau. Ça fait 15 ans que Les Tables du ramadan accueillent des personnes isolées ou précaires pour la coupure du jeûne. Adel, veste de sport sur les épaules, est en fac d'informatique. Il plonge sa cuillère dans son yaourt. « Moi, j'ai 350€ de bourse, 250€ de loyer avec les APL, mes parents ne peuvent pas m'aider. C'est compliqué. Des fruits, de la viande, des yaourts pour les étudiants, c'est plus difficile d'avoir tous ces produits. Et là, on a un bon repas équilibré consistant. » Juste à côté, Saad termine quelques dattes. Il vient tous les soirs. « Depuis le premier jour de ramadan. Vraiment, c'est magnifique. Moi, je suis un SDF. J'habite dans la rue. Je fais le ramadan et je mange ici. Il y a des gens que je connais depuis le ramadan passé. Tu vois les amis, tu vois tes frères du bled », lâche-t-il en riant. Un nouveau public : des travailleurs pauvres « La précarité, elle est visible. Mais on a des hommes seuls, on a des familles, on a des étudiants, explique le responsable de l'événement. Soit parce qu'ils n'ont pas à manger, soit parce qu'à l'occasion du ramadan, ils ont la possibilité de se retrouver avec des personnes pour ne pas partager ce moment-là seul. On a énormément de nouveaux publics, beaucoup de travailleurs pauvres notamment. On s'aperçoit qu'ils sont salariés. » En plus de ces repas du ramadan, le Secours islamique français fait des maraudes et des distributions alimentaires. Mais l'association connaît des difficultés à cause de la situation budgétaire de l'État. Elle a perdu plus d'un million d'euros de subventions. À lire aussiRamadan en Côte d'Ivoire: conseils nutritionnels au cœur de la mosquée

    Municipales à Lyon: après la déception du premier tour, Jean-Michel Aulas tente de sauver sa campagne

    Play Episode Listen Later Mar 17, 2026 2:40


    En France, si la plupart des 36 000 communes connaissent déjà leur maire, c'est une autre affaire dans un certain nombre de grandes villes où il y a un second tour. Notamment Lyon, troisième ville de France où Grégory Doucet a réalisé une véritable remontada. Alors que les sondages l'ont longtemps placé en difficulté, l'écologiste a réussi à rattraper et même dépasser, lors du premier tour, le candidat de 76 ans et figure du football Jean-Michel Aulas, novice en politique. L'Insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi, elle, termine troisième et a officialisé lundi 17 mars, dans l'après-midi, une fusion avec Grégory Doucet. En ce lendemain de premier tour, l'équipe de Jean-Michel Aulas donne rendez-vous aux journalistes devant une barre d'immeuble du 3e arrondissement pour une opération de tractage. Le candidat de 76 ans est rapidement salué par sympathisant, déçu des résultats : « On ne peut plus faire confiance aux sondages. Il faut tenir, Monsieur Aulas ! » L'ancien président de l'Olympique lyonnais, qui a derrière lui la droite et le centre, a vécu une soirée électorale difficile, mais tente d'imposer un autre récit, en niant toute dégringolade. « C'est une plaisanterie ! Je suis parti de zéro, et je fais jeu égal avec quelqu'un qui a les clés de la ville depuis six ans. Je vous assure qu'on se reverra dimanche dans d'autres conditions », affirme-t-il, visiblement agacé.  Fusion de liste Doucet – Belouassa-Cherifi : un « accord de la honte » L'angle d'attaque du camp Aulas, en tout cas, ne fait aucun doute : l'alliance entre Grégory Doucet et Anaïs Belouassa-Cherifi, étiquetée La France insoumise. Un « accord de la honte », selon ses mots : « Quand on sait que LFI s'attaque aux valeurs de la police en disant qu'elle est corrompue, quand on sait que M. Mélenchon vient à Lyon et fait des déclarations antisémites, je n'ai pas peur de parler de honte. » Une fusion de listes qui a été officialisée lundi après-midi. « Ce qui unit la gauche lyonnaise est plus fort que ce qui la sépare », peut-on lire dans un communiqué de Grégory Doucet. Anaïs Belouassa-Cherifi ne cache pas sa satisfaction : « Ce que j'espère évidemment, c'est que le prochain maire de notre ville soit Grégory Doucet, et pas Jean-Michel Aulas, c'est pour ça que nous avons pris nos responsabilités. Mais bien sur, nous resterons LFI, avec pour la première fois des élus d'arrondissements pour porter nos engagements ». Cette union fait des heureux, évidemment, chez les militants insoumis, comme David : « J'espérais justement qu'il y ait ce rapide appel à l'union malgré la diabolisation de LFI ».  Elle est comprise par des militants de Grégory Doucet « Je veux qu'il soit élu ! », témoigne Laurence. Mais cette stratégie de fusion pourrait aussi faire perdre des voix à l'écologiste. Véronique, qui se dit de centre gauche, est allergique aux Insoumis : « Le deuxième tour, je vais être très emmerdé, je pense que je vais voter blanc. Je ne peux pas voter pour quelqu'un qui s'allie avec des gens que je considère comme extrémistes ».  Il y a encore deux semaines, l'ancien président de l'OL pouvait facilement rêver d'un nouveau trophée pour compléter sa longue carrière. Depuis dimanche, et compte tenu de l'unité de la gauche, le match s'annonce compliqué. 

    Face aux PFAS, la difficile dépollution de l'eau

    Play Episode Listen Later Mar 15, 2026 3:44


    Depuis cette année, l'analyse de 20 PFAS – les fameux polluants éternels – dans l'eau potable est obligatoire en France, en application d'une directive européenne. La détection d'autres polluants, notamment des PFAS à chaînes courtes, plus petits donc, suivra l'année prochaine. Détecter et surtout extraire les micro-polluants comme ces PFAS, les résidus de pesticides dégradés et autres perturbateurs endocriniens est un défi, un défi qui aura un coût. Au cœur de cette usine-pilote du Sedif, le Syndicat des Eaux d'Île-de-France, des tubes sont empilés sur plusieurs étages. C'est là que l'eau est débarrassée d'une partie des pesticides, des polluants éternels ou d'autres résidus de médicaments. Le secret, c'est l'utilisation de membranes, révèle Camille Pain-Le-Quere, ingénieure chez Franciliane et en charge du suivi de la structure pilote.  « Une membrane, c'est un matériau filtrant qui, avec la pression, va permettre de retenir certains composés de l'eau. Ce sont des membranes spiralées. En fait, vous avez l'eau qui rentre et l'eau propre qui ressort au centre, montre-t-elle. Ce sont des membranes qui mélangent la nanofiltration et l'osmose inverse. Et la nanofiltration, on est sur 1/1000 de micron. Donc, toutes ces molécules qui sont plus grosses que 10⁻⁹ mètres sont retenues. » Derrière les tubes, de petits robinets permettent de recueillir de l'eau propre et de l'eau presque aussi limpide, mais contenant tous les polluants filtrés. Faute de solution à grande échelle, ils retourneront dans la Seine.   Cette usine permettrait de réduire de 90% la quantité des 20 PFAS dont la détection est désormais obligatoire dans l'eau potable. Mais Thomas Martin, responsable des études de faisabilité au Sedif, ne peut pas dire avec précision combien il en reste : « On est aux limites de détection des appareils analytiques en laboratoire, indique-t-il. On a du mal aujourd'hui à quantifier les millionièmes de gramme par litre d'eau potable mis en distribution. » En tous cas, ce procédé filtrerait les polluants bien au-delà de la liste réglementaire. « Les membranes arrêtent ce qu'on connaît aujourd'hui, mais arrêtent aussi ce qu'on ne connaît pas », s'enthousiasme Guillaume de Stordeur, responsable de la communication du Sedif. À écouter dans C'est pas du ventLes PFAS, ces polluants éternels qui contaminent toute l'humanité Les usagers paient la facture Un avantage vu l'investissement nécessaire. « Le montant total d'investissement est de l'ordre de 1 milliard d'euros à mettre au regard des 4 millions d'usagers, poursuit ce responsable du Sedif. Ce coût d'investissement sera répercuté sur la facture finale du consommateur d'eau potable. » Selon les territoires, l'impact pour le consommateur pourrait être plus ou moins significatif, regrette l'UFC-Que Choisir. Selon Olivier Andrault, chargé de mission au sein de l'association, pour enlever les pesticides et les nitrates, il faudrait au moins 1 milliard d'euros par an. « Et c'est pour protester contre cette injustice que l'UFC-Que Choisir a diffusé aux consommateurs cette fausse facture de 1 milliard d'euros, pour la renvoyer aux décideurs, et notamment au préfet, explique le chargé de mission. Car ce sont eux qui ont le pouvoir de décider de protéger nos sources d'eau potable avec des mesures interdisant l'utilisation de pesticides à proximité des sources d'eau les plus sensibles. » UFC-Que Choisir souhaiterait une augmentation de la taxe sur l'utilisation des pesticides. En ce qui concerne les PFAS, une redevance est mise en place pour les industriels qui en rejettent dans l'eau. À lire aussiPFAS: une vaste enquête journalistique révèle le coût astronomique de la dépollution en Europe

    Municipales en France: à Juaye-Mondaye, des initiatives pour éviter le village-dortoir

    Play Episode Listen Later Mar 12, 2026 5:28


    À deux jours des élections municipales qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains, éclairage sur une problématique qui touche de nombreuses communes : comment éviter d'être transformée en ville-dortoir ? Une question qui se pose à Juaye-Mondaye, dans le Calvados, en Normandie, une commune qui regroupe trois bourgs et compte 700 habitants et où le maire sortant, Jérôme Berger, se présente pour un second mandat. De notre envoyée spéciale à Juaye-Mondaye, La carte postale de Juaye-Mondaye, c'est sa magnifique abbaye du 18ᵉ siècle, où vivent encore des chanoines. Jérôme Berger, qui se présente à sa réélection, explique que toutes les attentions sont tournées vers elle : « C'est à la fois un élément positif pour la commune et à la fois un élément négatif pour la commune. Positif parce que, finalement, ça amène du tourisme. Mais négatif parce que c'est très clivant, nuance-t-il. Et c'est aussi un aimant. C'est-à-dire que quand on parle de Juaye-Mondaye, on parle de l'abbaye et on ne parle pas du reste. » Mais quand il s'y passe quelque chose, ce maire à la force tranquille saisit l'occasion pour stimuler sa commune. L'abbatiale a été entièrement restaurée. « Sur quatre ans, nous avons reçu 200 enfants. Nous les avons fait monter dans les échafaudages, toucher la coupole et les peintures. Comment dynamiser une commune ?, interroge le maire. Eh bien, c'est aussi apporter à nos enfants, qui aujourd'hui sont plutôt cloisonnés dans des écoles, une nouvelle vision de leur commune, de la culture, qu'elle soit religieuse ou non. » Jérôme Berger, 53 ans, en est convaincu : pour dynamiser la commune, il faut rassembler les gens. Ce qui n'est pas facile quand il n'y a pas de centre-ville et que Juaye-Mondaye regroupe trois villages. « Le centre-ville de Juaye-Mondaye, c'est un centre-ville administratif. Vous allez trouver quatre maisons à peu près, peut-être cinq, une école, une salle des fêtes, la mairie et l'abbaye, décrit-il. Où sont les habitants ? Ils ne sont pas là. » À lire aussiMunicipales en France: à Beaucourt-en-Santerre dans la Somme, le maire face au changement climatique Développer les commerces Ce sentiment d'appartenance si difficile à obtenir passe par le développement des commerces. Le long de la route, le bar-tabac-épicerie est en survie. Derrière le comptoir, Daniel Marie, grand gaillard aux yeux bleus, confie ses difficultés : « C'est très difficile. J'ai tout refait pour relancer un petit peu de la vie dans la commune. Mais moi, je ne me sors pas de salaire. » Daniel a mis son commerce en vente malgré l'aide de certains habitants. « Je mets un point d'honneur à venir dans les commerces du coin. Sinon, on n'en aura plus », regrette Laurent, cet habitant de la commune. En six ans, Jérôme Berger n'a cessé de multiplier les initiatives. Il y a eu de francs succès, comme l'aide aux devoirs, le Citykomi, un outil d'information sur smartphone, les boîtes à livres. Il y a aussi eu des échecs, comme la mise en place d'une mutuelle communale ou les cours de musique. Mais pas de quoi décourager le maire : « Dans ma vie, j'ai beaucoup navigué sur des petits dériveurs. Pour moi, quand le vent n'est pas bon, c'est qu'on n'est pas dans la bonne direction. Mais il faut tourner autour. Il faut rechercher à nouveau », affirme-t-il, philosophe. Embarquer les habitants pour éviter la ville-dortoir, c'est comme ça qu'il tient son cap. Jérôme Berger est un maire respecté pour sa loyauté par tous les habitants rencontrés. Deux listes sans étiquette s'affrontent à Juaye-Mondaye : Ensemble pour Juaye-Mondaye et Ensemble, un nouveau souffle pour Juaye-Mondaye. À lire aussiMunicipales en France: à Aubusson, en Nouvelle-Aquitaine, la culture en danger

    Municipales en France: à Beaucourt-en-Santerre dans la Somme, le maire face au changement climatique

    Play Episode Listen Later Mar 11, 2026 2:33


    À trois jours des élections municipales en France (premier tour le 15 mars), un thème s'impose en sourdine dans la campagne : le changement climatique, absent dans les discours nationaux, mais omniprésent sur le terrain. Dans les communes, ce sont les maires qui se retrouvent en première ligne face aux sécheresses, aux inondations, à la hausse des coûts de l'énergie. Une responsabilité particulièrement lourde dans les petites communes rurales. C'est là que se joue concrètement la transition écologique, alors que les moyens manquent. Depuis 1989, Hubert Capelle est maire de Beaucourt-en-Santerre, un petit village de 170 habitants, situé dans la Somme, dans le nord de la France. À 70 ans, il se représente pour un dernier mandat, sans étiquette et sans concurrence. Hubert Capelle l'avoue sans hésiter : sa prise de conscience écologique, « c'est pas si vieux : une dizaine d'années ». Mais aujourd'hui, cet ancien cultivateur d'endives a une boussole pour toute prise de décision : « Notre rôle, en tant qu'élus de communes rurales comme la mienne, c'est de faire en sorte que cette transition écologique puisse se faire du mieux possible. Il faut consommer le moins d'énergie possible. Il faut s'adapter aux conditions climatiques. Et chacun doit prendre conscience que, de toute façon, il n'y a pas d'alternative. » Maximilien Péchon en sait quelque chose : il y a sept ans, il a repris la ferme familiale à Beaucourt. « Tous les ans, on a une bricole qui arrive ! En ce moment, avec la pluie, on ne peut pas du tout accéder aux parcelles. L'année dernière, on avait le même problème. Puis, arrivé au mois de mars, il n'y avait plus d'eau jusqu'au mois de juillet. Nous, le changement climatique, on le sent complètement », déplore-t-il.  En 1995 encore, le maire croyait bien faire quand il avait donné son accord pour enlever deux talus des champs vallonnés, afin de faciliter le travail des agriculteurs et d'agrandir leurs parcelles. « Aujourd'hui, il est bien évident qu'on éviterait de les supprimer. Parce qu'avec le problème de pluie battante, ça entraîne du ruissellement. Mais Maximilien Péchon a planté des haies qui vont justement retenir les sédiments », explique l'élu.  Corriger les erreurs du passé, c'est devenu l'un des crédos d'Hubert Capelle. Pour soutenir la biodiversité, la mairie prévoit la construction d'une mare, alors que le village en comptait trois autrefois. Il nous raconte les efforts entrepris : « Ici, nous sommes dans le cimetière du village. Nous avions chaque année l'habitude d'effectuer des traitements herbicides pour détruire des mauvaises herbes. J'ai proposé au conseil municipal d'enlever les cailloux autour des tombes, de remettre de la terre à la place et de semer du gazon. Et, depuis ce temps-là, eh bien, au lieu d'utiliser des produits de traitement, on utilise une tondeuse à gazon. Donc, c'est un bien positif pour notre planète. C'est ce qu'il fallait faire, tout simplement. » Pour économiser du carburant et réduire leur bilan en CO2, les habitants de Beaucourt peuvent aussi garer leurs véhicules sur le nouvel air de co-voiturage et se déplacer à plusieurs vers la ville la plus proche.  L'engagement écologique du maire est salué, surtout par les jeunes, constate Audrey Jourdain, qui habite le village depuis 20 ans : « Les personnes plus âgées, elles ont leur vécu. Elles n'avaient pas besoin de se poser ces questions-là. C'est vrai, je pense que c'était moins présent que pour nous, la jeune génération. On a des enfants en bas âge et on pense à leur avenir. On n'est pas sur des idéologies. Au sein de nos petits villages, on est plutôt pragmatique et on regarde concrètement des choses qui vont être faites. » C'est le cas d'un lotissement en matériaux biosourcés qui doit attirer, dans les prochaines années, 14 nouvelles familles. Objectif : protéger contre les températures caniculaires en été et contre le froid en hiver. Ce futur écoquartier a séduit Rémi Rolkowski, jeune papa de deux enfants, qui nous explique pourquoi : « Passer par du biosourcé permet de réaliser des économies au niveau électrique et au niveau du chauffage. C'est aussi important de pouvoir faire un geste pour la planète et de faire encore vivre le village comme il vit actuellement. » S'il est réélu à l'occasion de ces élections municipales 2026, Hubert Capelle veut garder le cap pour un dernier mandat avec un objectif précis : le bien-être des habitants de Beaucourt. « On peut vivre mieux. L'objectif est de se dire qu'on va préserver à la fois son intérêt personnel, mais aussi penser à l'avenir, penser à nos enfants et penser à la planète », insiste-t-il.

    Municipales en France: à Aubusson, en Nouvelle-Aquitaine, la culture en danger

    Play Episode Listen Later Mar 10, 2026 2:35


    En France, les élections municipales auront lieu les 15 et 22 mars prochains. Les habitants sont appelés à élire les maires des quelque 35 000 communes du pays. L'occasion pour RFI de prendre le pouls de la société française, à un an de l'élection présidentielle. Parmi les principales préoccupations : la sécurité, les services publics, la santé... mais également la culture. Illustration avec la ville d'Aubusson, 3 000 habitants, située dans la Creuse, au centre du pays, qui héberge la plus petite scène nationale de France. Un lieu de culture menacé par les infiltrations d'eau. Christine Malard est la directrice du théâtre, installé en plein cœur de la ville, dans un bâtiment mal conçu et mal construit il y a 45 ans. Elle nous accueille sous les gouttes qui tombent du plafond remplissant d'eau des seaux. Elle déplore les dégradations : « Le résultat, c'est que l'eau s'infiltre depuis 1981. Et le risque, c'est que le plafond qui est en plâtre tombe sur la tête des personnes qui seraient en dessous. C'est pour cela que les salles sont fermées. » Des salles qui servent normalement à l'enseignement artistique à destination des lycéens et des collégiens de la région, mais aussi aux comédiens en résidence venus à Aubusson pour créer et répéter de nouveaux spectacles. C'est le cas de la pièce, Thelma, Louise et nous, co-produite par la scène nationale d'Aubusson et qui se joue ce soir-là devant un public d'adolescents venus de tout le territoire. Problème : la rénovation du bâtiment se chiffre à plusieurs millions d'euros, et malgré l'engagement de l'État et de la région à prendre en charge 80% du coût des travaux, le département, propriétaire des lieux, ne veut plus assumer seul la gouvernance. Pour Philippe Esterellas, vice-président, chargé de la culture de la communauté de communes qui englobe Aubusson, c'est la conséquence de la baisse des dotations accordées par l'État aux collectivités locales. « Il y a un effet domino, bien évidemment. Ce sont des structures essentielles sur notre territoire, en particulier en zone rurale. Mais ce ne sont pas les seules. Il y a un choix à faire, pas uniquement budgétaire. Il doit être aussi politique », affirme-t-il.  En attendant, le département n'a accordé à la scène nationale qu'une autorisation temporaire d'occupation des lieux, jusqu'au 5 juillet. Pour Christine Malard impossible dans ces conditions d'envisager l'avenir : « Ça signifie que la saison devrait être finie. L'année 2026-2027, je devrais avoir imaginé la programmation. Or, là, c'est très compliqué de dire aux compagnies : "Je mets des options, peut-être que vous allez venir, peut-être que vous n'allez pas venir, si on n'a plus le droit d'être dans le théâtre". » Face au risque de voir la scène nationale disparaître, une association d'usagers s'est montée en soutien. Stéphane et Bruno en font partie, ils défendent le service public de la culture. L'un d'eux nous explique la nécessité de pérenniser le théâtre dans la ville : « Ce lieu a largement contribué au fait qu'on s'installe. On habitait Bordeaux préalablement avec ma femme et nos deux filles. Quand on habite dans un territoire rural de 3 000 habitants, c'est important, pour ma fille, qu'elle puisse voir des artistes qui viennent de la France entière, et même du monde entier. Tous les gens qui viennent ici ressortent avec la banane. Ça s'adresse à tout le monde, la culture ! Ce n'est pas quelque chose qui est élitiste, comme on voudrait nous le faire croire. » Une réunion entre les représentants des communes, de la région et du département est prévue autour du préfet de la Creuse le 13 mars. Personne ne veut croire à la disparition de la plus petite scène nationale de France.

    Municipales en France: la sécurité, la priorité des électeurs

    Play Episode Listen Later Mar 9, 2026 2:34


    Le premier tour des élections municipales en France aura lieu le dimanche 15 mars 2026. Cette année, un thème s'est imposé, qui dépasse pourtant les prérogatives des maires : celui de la sécurité. Avec 45% des personnes interrogées préoccupées, c'est la principale attente des Français à l'égard de leur maire, selon une enquête de l'institut IPSOS-BVA, publiée le 20 février. Un autre sondage montrait en début d'année que l'inquiétude concernant la sécurité était partagée par les électeurs de droite comme de gauche, et pas seulement ceux des grandes villes. La question est posée dans tous les types de communes. Exemple avec ce reportage à Portes-lès-Valence, commune d'un peu plus de 10 000 habitants en proche banlieue de Valence dans la Drôme, dans le sud-est du pays. Les agents Repellin et Bruyère de la police municipale de Portes-lès-Valence entament leur patrouille quotidienne. La sortie du collège, certains pieds d'immeubles... En voiture, ils font le tour des points sensibles de la ville. « C'est vrai qu'on a eu une petite augmentation des points de deal, des rassemblements de jeunes, qui n'ont pas forcément usage des stupéfiants, mais qui peuvent créer un sentiment d'insécurité », nous explique l'un des agents. « On a une montée en puissance du rodéo urbain, notamment maintenant avec des motocross électriques. Ça ne s'entend pas, mais ça crée les mêmes troubles », poursuit son collègue.  La commune a beau être la plus sûre de la zone police du département, à droite comme à gauche, les trois candidats aux municipales ont fait de la sécurité un thème central de leur campagne. « Ce n'est pas juste parce qu'on est en campagne. On entend dire par les Portois, depuis six mois qu'on fait du porte-à-porte, tous les soirs, "la sécurité, la sécurité, la sécurité", parce qu'ils en ont marre », nous raconte Claude Illy, élu municipal d'opposition, qui soutient la liste de gauche. Lui et son candidat, Jean-Michel Bochaton, nous ont donné rendez-vous devant le poste de la police nationale. Un sujet qui cristallise les débats. En quelques années, les effectifs ont fondu comme neige au soleil. Le poste n'est plus ouvert que deux jours par semaine. « Une municipalité, une équipe, un maire doivent pouvoir aussi interpeller, taper aux portes pour défendre le territoire et faire en sorte que la sécurité soit appliquée », réplique Jean-Michel Bochaton. Et sur ce sujet, Manuel Herrero se présente comme l'homme de la situation. Le candidat sans étiquette a dirigé pendant plus de vingt ans la police municipale de la ville. S'il n'obtient pas la réouverture du poste, il ira plus loin. Il nous confie avoir une solution : « On va construire une caserne de gendarmerie. On veut proposer à la gendarmerie de revenir. On a eu 50 ans de tranquillité quand ils étaient là. J'ai déjà des contacts sérieux. On sait que ça va coûter entre deux millions et demi et trois millions d'euros. Mais je pense que ça vaut le coup de le faire. » « On peut se battre, on peut crier, on peut faire tout ce qu'on veut. On peut gesticuler dans tous les sens. La sécurité est une compétence régalienne de l'État », rappelle Geneviève Girard, la maire sortante de Portes-lès-Valence. La candidate divers droite accuse ses adversaires d'instrumentaliser le sentiment d'insécurité des Portois : « Il peut être fort, parce que des personnes qui restent rivées sur leur téléviseur toute la journée entendent des choses anxiogènes. Les gens ne se parlent plus, ils ne savent plus vivre ensemble, ils ne se supportent pas. Il y a une intolérance, aujourd'hui, qui est forte. Et nous, nous devons essayer de lutter contre ça. » La maire sortante entend malgré tout répondre à l'inquiétude sécuritaire en promettant plus de caméras de surveillance et des horaires élargis pour la police municipale.

    Municipales en France: un data center s'invite dans la campagne sur le territoire de Nozay

    Play Episode Listen Later Mar 8, 2026 2:28


    C'est l'un des pouvoirs les plus concrets du maire : décider de l'urbanisme. Et dans ces élections municipales, un sujet très national s'est invité dans la campagne : l'implantation des data centers (centres de données) indispensables pour stocker nos informations et faire tourner les modèles d'intelligence artificielle. Le gouvernement en a fait une priorité stratégique et les promesses de milliards d'investissements pleuvent. Mais sur le terrain, certains projets interrogent : bruit, consommation d'énergie, impact sur le voisinage… Illustration à Nozay, dans l'Essonne, au sud de Paris. Cette commune de près de 5 000 habitants pourrait accueillir, d'ici 2028, le plus grand data center de France dédié à l'intelligence artificielle. L'ancien site de Nokia Alcatel n'est encore qu'un vaste chantier, gardé par des agents de sécurité et leurs chiens. « Nous sommes sur le site qui va être celui de l'entreprise Data 4 dans les années à venir », déclare Raphaël Bernard, conseiller municipal et tête de liste de l'opposition à Nozay. Début 2028, ce terrain de 22 hectares doit accueillir le plus grand data center français dédié à l'intelligence artificielle. « On l'appréhende comme une chance. Et aussi avec la vigilance que ce type d'installations industrielles doit susciter chez les décideurs locaux, et plus généralement chez les citoyens », complète Raphaël Bernard. Car ce qui inquiète, ce sont les nuisances. Un projet qui va impacter la vie des Nozéens À quelques centaines de mètres de là, un quartier d'habitation pourrait aussi sortir de terre. De quoi susciter des questions chez certains Nozéens, à commencer par Raphaël Bernard. Le candidat à la mairie explique :  « C'est un enjeu à plusieurs titres de la campagne électorale. Nos interrogations portent sur la question des nuisances en termes de bruit. Quel va être le niveau de décibels des data centers ? Et aussi des nuisances en termes de technologie, vu qu'il va y avoir des générateurs et des cuves qui vont être installées. Évidemment, notre maître mot, c'est la vigilance et l'accompagnement du projet, à partir du moment où les Nozéens sont associés. » À lire aussiEn quoi les data centers sont-ils des gouffres écologiques? Le maire sortant mise sur l'attractivité du projet Et sur ce point, justement, l'opposition regrette le manque de concertation. Le maire sortant, Didier Perrier, leur répond qu'une réunion avec l'entreprise Data4 et une enquête publique ont pourtant bien eu lieu. Et l'élu l'assure : il est en lien permanent avec l'État et les porteurs du projet. « On se parle. Dès qu'il y a quoi que ce soit, j'exprime mon mécontentement ou l'inverse », appuie le maire sortant. Un dialogue nécessaire car l'élu s'est prononcé en faveur du projet synonyme d'attractivité pour sa commune. « Les retombées positives, il y en a plusieurs. C'est le côté dynamique de l'entreprise : ça va générer entre 1 000 emplois directs et indirects. Pour la commune, le côté très positif, c'est la taxe foncière bâtie, non bâtie, qui pourrait nous être répercutée et pourrait être un équilibre financier par rapport aux impôts des Nozéens », développe-t-il. Verdict avant mi-avril pour le permis de construire Au final, si l'État doit encore délivrer les autorisations pour ce futur data center, le maire aura aussi son mot à dire. « Mon pouvoir est de délivrer le permis de construire ou pas. Il n'est pas encore délivré. On a encore des sujets par rapport à ces phénomènes de pollution. Tant que ce n'est pas réglé, il n'y aura pas de permis de construire », rappelle Didier Perrier. Le prochain maire a jusqu'à la mi-avril pour délivrer, ou non, le permis de construire. À lire aussiL'impact des data centers à Marseille, hub internet mondial qui se transforme

    Municipales en France: Édouard Philippe, gagner au Havre ou tout perdre

    Play Episode Listen Later Mar 5, 2026 2:36


    Le 15 mars au soir, le résultat du premier tour des élections municipales au Havre sera parmi les plus attendus. Édouard Philippe aura-t-il engagé une dynamique pour espérer l'emporter une nouvelle fois et rester maire ? La question est d'autant plus déterminante que l'ancien Premier ministre a lié l'avenir de sa candidature à la présidentielle 2027 à sa capacité à se faire réélire. Mais face à lui, deux candidats, le communiste Jean-Paul Lecoq et l'UDR-RN Franck Keller, espèrent bien bousculer le maire sortant. Ce soir-là, Édouard Philippe est face à quelques dizaines de Havrais à son QG pour parler sécurité. Le Havre, Édouard Philippe ne veut pas le quitter sans avoir été réélu. Pour être concentré sur sa campagne électorale, il fait de la boxe deux fois par semaine dans une salle de la ville, il explique que c'est pour « rester calme ». Son calme, il l'affiche dans l'ambiance feutrée de son bureau, malgré ce sondage qui le donne perdant au second tour, battu de justesse par le député communiste Jean-Paul Lecoq, son adversaire déjà en 2020. « J'ai une règle, affirme le maire actuel, c'est que je ne commente pas les sondages. Mais je n'ai jamais considéré qu'une élection au Havre était une élection facile. » Et cette année, elle l'est peut-être encore moins, car un nouvel adversaire pourrait se qualifier pour le second tour et provoquer une triangulaire : Franck Keller, le candidat de l'UDR, le parti d'Éric Ciotti, soutenu par le RN, actuellement conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine, arpente les rues du centre-ville à la rencontre des habitants. Édouard Philippe a lié sa candidature à la présidentielle à sa victoire au Havre, alors Franck Keller se dit qu'il peut faire d'une pierre deux coups : « On le sait bien, on va faire un strike. Moi, je suis certain qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle. » De l'autre côté de l'échiquier politique, Jean-Paul Lecoq fait le même constat : « Les gens se servent du Havre comme marchepied pour une ambition personnelle. » À lire aussiÉdouard Philippe: la rupture à tout prix Un bilan national qui rattrape le maire sortant Sur le marché de la Mare Rouge, Jean-Paul Lecoq appuie là où ça fait mal pour Édouard Philippe : « Il a réussi à montrer une image détestable du président de la République en demandant qu'il démissionne avant l'heure. Pour quelqu'un qui a été nommé Premier ministre par ce président, c'est étonnant. Les gens nous le disent », confie-t-il. Face à ces attaques, Édouard Philippe garde son calme… encore. « Moi, je ne suis pas là pour combattre un candidat. Eux, ils sont manifestement là pour me combattre moi, affirme le maire sortant. Ils ont le droit. Moi, je suis là pour expliquer aux Havrais ce que je pense utile pour Le Havre dans les six ans qui viennent. Et je ne parle que de ça. » Mais quand ses équipes vont sur le terrain en porte-à-porte, le maire est rattrapé par son bilan national. « Édouard Philippe, par exemple, je viens de me prendre une prune parce que je roule à 87 km/h, s'agace un habitant. Eh bien merci Monsieur Édouard Philippe, parce que 80 km/h, c'est grâce à lui ! » Du ressentiment chez certains et de la satisfaction chez d'autres. Alors pour convaincre, Édouard Philippe ravive sa fibre havraise : « Moi, mes tripes, elles ont un goût d'eau salée. Je n'envisage pas de faire de la politique locale ailleurs qu'au Havre. » Édouard Philippe met ses tripes sur la table pour ne pas perdre, et le Havre, et son avenir national. À lire aussiNotre dossier sur les élections municipales 2026

    La maison des femmes se déploie sur grand écran

    Play Episode Listen Later Mar 4, 2026 2:36


    Mercredi 4 mars est sorti en France le film La Maison des femmes, inspiré de la première maison de soin et d'accompagnement des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, ouverte à Saint-Denis en 2016. Un hommage aux soignants autant qu'un rappel de la fragilité de ces structures uniques en France. C'est une habitude bien connue des cinéphiles. Quelques jours avant la sortie d'un film, des avant-premières sont organisées dans une poignée de cinémas. Mais celle organisée, mardi 3 mars, à Saint-Denis, a une saveur particulière. Dans la salle, des soignantes et soignants de la Maison des femmes de Saint-Denis ont pris place. Pour la première fois, ils découvrent leur histoire portée à l'écran par la réalisatrice Mélisa Godet, qui signe avec La Maison des femmes son premier long-métrage. Le résultat est une double immersion. Pendant 1h50, la réalisation ballotte le spectateur entre, d'un côté, la solidarité et les atermoiements de l'équipe médicale qui tente de sauver la structure menacée de fermeture, et de l'autre, les récits parfois difficiles de certaines patientes. Le film s'inspire d'un projet bien réel et unique en France : la Maison des femmes de Saint-Denis, au nord de Paris, créée en 2016. Isabelle y a travaillé durant sept ans comme agente d'accueil. « J'étais en première ligne, je recevais les appels des femmes victimes de violences et je les accueillais physiquement », explique-t-elle. Présente à l'avant-première, elle l'assure : elle a trouvé le film « magnifique ». « Ça reflète bien notre travail. On a la chance d'avoir une super équipe, c'est ce qui nous permet de tenir, car ce n'est pas tous les jours facile », poursuit Isabelle, en écho à l'histoire racontée dans le film. À l'origine de la maison des femmes de Saint-Denis, la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, interprétée par l'actrice française Karine Viard dans le film. Pour cette ambassadrice de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le film est un hommage rendu aux équipes de soins. « Je trouve que le quotidien des soignants est raconté avec beaucoup de justesse et de tendresse, confie l'actrice. C'est un métier qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas, et ça, c'est très bien raconté ».  À lire aussi« La Maison des femmes » portée sur grand écran par Mélisa Godet Un modèle économique toujours fragile Le film rappelle aussi à quel point les équipes ont bataillé pour imposer cette structure dans le paysage médical français. Le modèle est désormais reconnu par les autorités avec une trentaine de structures en France, rattachées à des hôpitaux publics. Mais le modèle économique demeure fragile. Ces maisons dépendent très majoritairement de fonds privés, via des mécènes. « Ce pour quoi on plaide, c'est pour un financement public conséquent afin de prendre en charge un socle pluridisciplinaire, donc des médecins, des psychologues, des assistantes sociales, explique Violette Perrotte, qui a succédé à Ghada Hatem à la tête de la maison des femmes de Saint-Denis. Ensuite le privé peut nous permettre de compléter certaines missions comme les groupes de parole, ateliers en tout genre, qui sont aussi essentiels à la reconstruction de ces femmes. » Un rééquilibrage nécessaire, car les dons privés ne perdureront peut-être pas, estime Violette Perrotte. D'autant plus nécessaire que des soignants la sollicitent régulièrement pour ouvrir de nouvelles maisons. « On a une nouvelle demande par mois, donc on espère que le film montrera à quel point on est dépendant des dons privés et la nécessité de ces fonds », ajoute-t-elle. Des fonds qui ont prouvé leur efficacité : depuis la création de la maison des femmes de Saint-Denis, 40 000 patientes y ont été accompagnées et soignées. À lire aussiLes femmes intéressent-elles la recherche médicale ?

    La loi Rixain oblige les grandes entreprises françaises à féminiser leurs instances dirigeantes

    Play Episode Listen Later Mar 3, 2026 2:30


    En France, depuis le 1er mars, les grandes entreprises, c'est-à-dire celles de plus de 1 000 salariés, doivent compter au moins 30 % de femmes dans leurs comités exécutifs et autres instances dirigeantes, un quota qui sera rehaussé à 40 % en 2029. Les amendes prévues en cas de non-respect de la loi Rixain, du nom de la députée à l'origine du texte, sont conséquentes : jusqu'à 1 % de la masse salariale, avec un délai de deux ans pour se mettre en conformité. Alors les quelque 1 500 entreprises concernées s'empressent de recruter. Chez AFA - A Female Agency, un cabinet spécialisé dans le recrutement de femmes à des postes stratégiques, les chasseuses de tête font le point ce matin, par visio, avec de potentielles futures candidates. Alexia Boeckx, co-fondatrice du cabinet, aime se comparer à une détective à la recherche de perles rares qui pourront endosser des postes à très haute responsabilité, par exemple dans la défense. « Moi, je suis en train de finaliser le recrutement pour Thales d'une nouvelle directrice de la stratégie, explique-t-elle. Et c'est un parmi des dizaines de recrutements qu'on a en cours. » Sur un grand tableau sont réunies toutes les « chasses » en cours à des postes de direction commerciale, direction stratégie, direction patrimoine. « Donc, nous, les candidates qu'on recrute, poursuit Alexia Boeckx, elles visent des salaires annuels qui vont de 100-150 000 euros jusqu'à 350-400 000 euros par an. C'est uniquement des postes avec un niveau de complexité assez élevé, sur des industries assez complexes. C'est toujours des fonctions sur lesquelles les employeurs se disent qu'ils vont avoir du mal à recruter une femme. » À écouter dans 8 milliards de voisinsComment intéresser les hommes à l'égalité des genres ? « Les équipes RH en interne ne savent pas trouver de profil féminin » Et pourtant, depuis le 1ᵉʳ mars, les entreprises de plus de 1 000 salariés doivent avoir au moins 30 % de femmes dans leurs instances dirigeantes. « Les équipes RH en interne ne savent pas trouver de profil féminin, estime la consultante. La statistique est assez parlante : aujourd'hui, si on veut recruter féminin, il faut avoir un vivier de talents 100 % féminin. Si vous n'avez pas un vivier de talents 100 % féminin, vous avez 10 à 30 % de chances de recruter une femme sur un poste à responsabilités. Si vous êtes L'Oréal, une industrie très féminine, c'est plutôt 30 % de chances, mais si vous êtes Thales, JC Decaux, Bouygues, vous avez plutôt 10 % de chances de recruter une femme. » Augmenter les chances de recruter une femme, cela passe en partie par la sensibilisation des plus jeunes aux filières scientifiques, où elles sont sous-représentées.  Des femmes surdiplômées qui n'osent pas candidater Mais pour Sarah Huet, l'autre co-fondatrice du cabinet, il ne faut pas sous-estimer que certaines femmes qualifiées n'osent pas candidater, il faut donc aller les chercher. « On a quand même des profils féminins, c'est un petit peu du conditionnement social, qui sont très loyales, qui ont un sentiment de trahison à aller chercher un emploi ailleurs, défend-elle. Donc, on est là aussi pour les rassurer. » « Les femmes aujourd'hui sont surdiplômées, la coupe Alexia Boeckx. Et donc il n'y a pas d'autre choix que d'avoir une mesure forte et de corriger artificiellement cette inégalité pour qu'elle devienne naturelle à un moment donné. »  Dans leur portefeuille de clients, au 1ᵉʳ mars, aucun ne sera conforme à la loi. Selon une récente étude de Skema Business School, si les entreprises du CAC 40 ne sont plus très loin des 30 % de femmes dirigeantes en moyenne, seuls 7 % des 80 postes de président ou de directeur général sont occupés par des femmes. À écouter dans Le Grand invité internationalQuotas de femmes dans les comités d'entreprise: «Les lois aident lorsque vous avez des siècles d'inégalité»

    France: les jeunes agriculteurs confrontés à un métier en crise

    Play Episode Listen Later Mar 2, 2026 2:35


    En France, c'est un bilan morose pour la 62ᵉ édition du salon international de l'agriculture, qui a connu une baisse de 28 % de fréquentation par rapport à l'année dernière. Un métier en crise, où seulement 13 000 agriculteurs s'installent chaque année. Un chiffre en chute libre et qui n'a pas évolué depuis 2020. Malgré tout, ce métier passionne encore. Alors, qui sont les nouveaux agriculteurs qui embrassent cette profession ?  Elles sont debout sur le ring et tentent de ceinturer des moutons. Emi et Léana ont 19 ans. Elles participent avec fierté au Concours Général Agricole organisé par le Salon de l'agriculture, une institution qui accompagne les agriculteurs tout au long de leur parcours. « Le concours est vraiment axé sur le mouton vendéen. On a préparé trois agnelles. On les a choisies avec l'aide du berger de l'exploitation qu'on a au lycée », nous raconte l'une d'elles. Murielle, 20 ans, frimousse de fonceuse, poursuit ses études au lycée agricole. Elle a déjà en tête l'exploitation de ses rêves. Elle nous raconte ce qu'elle envisage : « Je veux travailler avec des brebis laitières, plutôt dans les montagnes, et avant cela, être bergère. Je ne veux pas m'installer tout de suite. Je veux des expériences dans l'élevage et pourquoi pas m'installer en collectif plus tard ». Un parcours assez classique, car s'installer prend quelques années. Simon Martin est secrétaire général adjoint du syndicat des Jeunes agriculteurs. « Aujourd'hui, on est rendu à 33 ans pour l'âge de l'installation. On voit que c'est l'engagement d'une vie de s'installer. On voit très bien qu'il faut un peu plus de temps pour le maturer et pouvoir se lancer dans un gros projet. », explique le jeune homme.  Marie Le Potier est conseillère en élevage laitier. Son mari, Fabien le Brun, est salarié dans la ferme de ses parents. Ensemble, ils vont franchir le pas et s'installer. « Nos parents, d'un côté comme de l'autre, sont installés sur une exploitation en production laitière et c'est notre objectif de poursuivre avec les élevages de la famille », raconte-t-elle.  Malgré les crises sanitaires à répétition et les manifestations d'agriculteurs pour améliorer la profession, le couple se lance. « C'est sûr qu'il y a des situations qui posent question pour la suite. Mais, aujourd'hui, on croit en ce métier. On voit qu'il y a des filières de qualité qui se développent de plus en plus. Sur les exploitations familiales, nous sommes engagés dans des filières de qualité qui permettent de se diversifier et de mieux valoriser les produits. C'est ça, qu'on souhaite poursuivre. Et oui, il y a de l'avenir là-dedans », confie Marie, confiante.  « C'est maintenant ou jamais » Florent Pajor, 34 ans, dirige sa ferme depuis un an. Ce fils de fermier ne voulait pas reprendre l'exploitation de son père.  Trop compliqué et source de conflit selon lui. Il nous explique pourquoi il a choisi l'autonomie : « Je n'ai pas souhaité m'installer avec lui. Il est en âge d'être à la retraite. Je ne me voyais pas reprendre une quantité d'hectares. Moi je voulais vraiment ma structure individuelle. Il faut être fou, mais passionné avant tout. »  « Ça fait peur, mais j'ai eu le cran et l'opportunité de me dire : c'est maintenant ou jamais. Quand on a des terrains qui se présentent à nous, qui sont à vendre, on se dit : "c'est soit je saisis l'opportunité, soit je reste salarié". Ça prendra du temps pour pouvoir en vivre et être épanoui totalement. Je ne regrette pas. C'est un chemin qui va être long et passionnant », poursuit-il.  Actuellement, un fermier sur trois qui part à la retraite n'est pas remplacé, un problème pour l'avenir du secteur agricole.

    France: à Paris, entre République et Bastille, des visions contrastées de l'après-Khamenei

    Play Episode Listen Later Mar 2, 2026 2:41


    Au lendemain de la mort d'Ali Khamenei, tué par des frappes israélo-américaines, plusieurs rassemblements étaient organisés à Paris, dimanche 1ᵉʳ mars 2026. Tous célèbrent la fin du Guide suprême, mais ne partagent pas forcément la même vision de l'avenir. Le premier rassemblement se tenait à République, où quelques dizaines de personnes ont répondu à l'appel du collectif « Femme, Vie, Liberté ». À moins de deux kilomètres de là, l'ambiance est aux antipodes. Place de la Bastille, des milliers de manifestants, royalistes, favorables au retour au pouvoir de la dynastie du Chah et opposés au Guide suprême, ne cessent d'applaudir et de chanter dans la joie. À lire aussiAprès la mort d'Ali Khamenei, l'Iran face à l'inconnu

    Municipales en France: le Rassemblement national va-t-il reconquérir Toulon?

    Play Episode Listen Later Feb 26, 2026 2:36


    Toulon, localité de 180 000 habitants située dans le sud-est de la France, est à scruter de près, puisqu'elle est en haut de la liste des villes de conquête du Rassemblement national (RN) pour les prochaines élections municipales. Le RN y a effectivement le vent en poupe, bénéficie de la division de ses rivaux, mais la bataille s'annonce serrée.  Quiconque veut conquérir Toulon doit aimer le rugby et se rendre au stade Mayol. Ça, la candidate RN, Laure Lavalette, l'a bien compris. Elle ne rate aucun match du RC Toulon, une institution : « C'est bien d'aller à Mayol, je suis vraiment au contact des Toulonnais. » Bien sûr, il faut aller au stade, avoir son rugbyman sur sa liste pour les élections municipales... Mais à Toulon, il est aussi très utile d'être à droite. Voire très à droite. « La sécurité est la première des préoccupations du Toulonnais. Il est temps de réembaucher au moins une cinquantaine de policiers municipaux », affirme-t-elle. De quoi donner espoir à Sophie au volant de son taxi : « Ces mecs qui ont des gueules de brigands, de mafieux, j'en ai ras le bol. » Mais aussi aux habitués des cafés. Roland, d'origine albano-américaine, se considère comme un immigré. Et il vote RN sans complexe : « Je vote pour le Front national (ancien nom du Rassemblement national, NDLR). Le Toulon qu'on a connu n'a rien à voir avec le Toulon de maintenant. Il y a beaucoup moins de sécurité. Il faut que ça change. » La poussée du RN dans le port militaire du Var semble évidente. Le parti de Marine Le Pen est en tête des enquêtes d'opinion, mais son retour à la mairie n'est pas pour autant garanti. Sur les marchés, les plus anciens Toulonnais n'ont pas oublié l'année 1995, quand le FN d'alors s'est emparé de la ville avec Jean-Marie Le Chevalier. Michel ne veut pas revivre ça : « Calamiteux... Ça a été une erreur totale, ils ont fait que des conneries. Ils ont viré les associations. Et puis, le clientélisme... J'avais un père d'un ami pieds-noirs. C'était un inculte total, il s'est retrouvé élu au sport. » « Mais c'était y a 30 ans, je ne suis héritière de rien » Et si Laure Lavalette balaie l'argument, ses concurrents insistent évidemment sur ce passé. La principale adversaire du RN, c'est Josée Massi, maire intérimaire, après la condamnation d'Hubert Falco (Horizons), édile de Toulon pendant plus de 20 ans. « On a mis 20 ans à s'en remettre, mais aujourd'hui, Toulon est la deuxième ville la moins endettée », argumente-t-elle. La candidate mise sur son sérieux : « Je crois à mon projet. Le projet est cohérent, il est financé… Je suis plutôt quelqu'un de dossiers. Laure Lavalette, c'est ''vue à la télé'' ​​​​​​​! » Josée Massi n'a toutefois pas le soutien toujours important d'Hubert Falco, qui lui a préféré le LR Michel Bonnus, ancien entraîneur du club de rugby local. Il parle ouvertement aux électeurs tentés par l'extrême droite : « Notre priorité, ce sont les quartiers périphériques, parce qu'il y a un sentiment d'abandon. » Les deux héritiers d'Hubert Falco seront rivaux, mais seulement pour un tour. Ils se sont déjà engagés à se désister l'un pour l'autre pour le second tour, sans garantie toutefois que cela suffise à empêcher le RN de s'emparer d'un bastion de la droite le 22 mars prochain.

    En France, des opérations de replantage de haies pour restaurer le patrimoine bocager

    Play Episode Listen Later Feb 25, 2026 2:34


    Pendant dix jours, le Salon de l'agriculture met les produits du terroir et le travail des agriculteurs à l'honneur. Les agriculteurs soulignent régulièrement comment ils façonnent le paysage français, un paysage qui comporte de moins en moins de haies puisqu'il a diminué de 70 % entre les années 1950 et 2023. Si les politiques pour favoriser le retour des haies font débat dans le monde agricole, certains exploitants y trouvent un intérêt, comme la ferme Aux Champs Soisy, dans l'Essonne. La semaine du 18 février, une opération de plantation de haies y a été menée. Le coup de bêche assuré, Isis Gonzalez n'est pas agricultrice, mais en tant que cheffe de projet de la Fondation Yves Rocher, les plantations de haies, ça la connaît. La Fondation est mécène du Fonds pour l'arbre.   « On sait qu'on perd beaucoup plus de haies que ce qu'on replante. Du coup, c'est vraiment un besoin essentiel de restaurer le patrimoine bocager de la France », défend Isis Gonzalez. À la manœuvre, ce sont essentiellement des salariées de la marque de cosmétique, parfois accompagnées, malgré le temps pluvieux, de leurs enfants. Varier les espèces pour une multitude de bienfaits Une dizaine d'essences sont plantées. « Ce sont des essences champêtres qu'on retrouve en bord de champs et locales, explique Antonin Mercier de l'association Agrof'ile. Il accompagne les agriculteurs sur des projets agroécologiques et organise le chantier. On a de l'érable champêtre, du fusain d'Europe. L'idée, c'est de favoriser les insectes qui vont manger les ravageurs de cultures. » Ces insectes sont donc des auxiliaires de cultures. Et les essences végétales n'ont pas été choisies au hasard par Agrof'île et les producteurs de fruits biologiques. « On a cherché des essences qui pouvaient être intéressantes pour les réserves d'auxiliaires ou pour démarrer les cycles de ravageurs un peu plus tôt, pour que les auxiliaires soient déjà arrivés quand ces ravageurs arrivent dans les vergers », explique Pauline Fouquet de la ferme aux Champs de Soisy. Nourrir le sol et protéger du vent Ces haies permettent aussi de nourrir le sol. « Les ligneux, donc les arbres-arbustes, ont un système racinaire qui va beaucoup plus profond que les plantes herbacées, détaille Antonin Mercier. Et donc ils vont pouvoir aller puiser dans les couches plus profondes du sol les nutriments dont ils ont besoin et ils les remontent via la chute des feuilles. » De plus, quand les petits plants auront atteint une bonne taille, arbres et arbustes filtreront le vent et en réduiront la violence. « Ces arbres fruitiers, on ne veut pas qu'ils montent très haut pour récolter les fruits. Ils ont un système racinaire moins développé que les arbres. On va les protéger du vent. Du fait qu'ils ont moins de racines, ils résistent moins aux vents violents et surtout, il y a du palissage. C'est quelque chose qui est très coûteux à mettre en place et donc on le protège au maximum », poursuit le membre de l'association Agrof'ile. Ce n'est pas l'effet recherché sur cette parcelle, mais un bon maillage du territoire permet aussi une bonne régulation de l'eau et évite l'érosion des terrains. À plus long terme, les agriculteurs espèrent valoriser les branches coupées lors de l'entretien des haies. À lire aussiL'agriculture est-elle l'ennemie des oiseaux?

    France: Briollay, un village face à l'épreuve des inondations

    Play Episode Listen Later Feb 24, 2026 2:43


    Briollay, un petit village de l'ouest de la France, à une quinzaine de kilomètres d'Angers. Situé entre deux rivières, la Sarthe et le Loir, dans la basse vallée angevine, ce village est régulièrement en proie aux inondations, 60 % de son territoire se trouve en zone inondable. Mais les inondations de ces derniers jours, particulièrement fortes, ont mis ce village à l'épreuve. Des maisons envahies par les eaux, le réseau de gaz coupé par mesure de sécurité et des habitants qui doivent donc vivre une situation déjà compliquée, sans chauffage ni eau chaude. Pourtant, malgré ce terrible constat, les riverains font face, déterminés et solidaires. ► France : à Briollay, la crise se prolonge après les inondations

    Quatre ans de guerre en Ukraine: le témoignage de trois réfugiées installées en France

    Play Episode Listen Later Feb 23, 2026 4:48


    Le 24 février marque les quatre ans de la guerre en Ukraine. Depuis le début de l'invasion russe en 2022, des millions d'Ukrainiens ont fui leur pays, trouvant refuge notamment en France. Le pays a accueilli 120 000 personnes en quatre ans. C'est le cas de Yuliya, Tatyana et Karina. Elles ont entre 36 et 48 ans. Toutes ont un diplôme d'études supérieures. Elles viennent de Kiev et du nord de l'Ukraine. Laurence Théault les a rencontrées à Saint-Cloud en banlieue parisienne et a recueilli leurs impressions de réfugiées sur cette guerre qui n'en finit pas. À lire aussiRéfugiés ukrainiens en France: quatre ans après, la fin progressive du statut d'exception

    France: des colocations intergénérationnelles contre la solitude des seniors et la précarité étudiante

    Play Episode Listen Later Feb 22, 2026 2:29


    Durant les 25 prochaines années, le vieillissement de la population française posera des problèmes logistiques. C'est la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques qui alerte : d'ici 2050, il faudrait créer 365 000 places en Ehpad et les milliers d'emplois qui vont avec. Une solution alternative réside dans les habitats intermédiaires, comme les résidences autonomes et les colocations intergénérationnelles. Reportage de notre journaliste Alix Villeroy dans l'une de ces colocations atypiques, Mettre en lien des seniors et des jeunes, c'est l'objectif de l'association Ensemble2générations. Près de Paris, dans les étages d'un immeuble cossu, Sarah, 19 ans, et Françoise, 94 ans, partagent leur quotidien malgré les quelques décennies qui les séparent. « Sarah, qui fait des grandes études, vit avec moi dans ma maison. Ça m'apporte beaucoup et je me suis prise d'affection pour elle », témoigne la nonagénaire. Pour ses études, Sarah a dû déménager à Paris, mais en tant qu'étudiante précaire, il lui était difficile de trouver un logement. C'est ainsi qu'elle a rencontré Françoise, et pour se loger, Sarah ne doit dépenser que 10 euros par mois.  La relation qui se noue entre les deux femmes va au-delà du simple logement et les deux colocataires discutent comme de vraies amies. « Je me suis mise à parler du passé et apparemment, ça intéresse Sarah », se réjouit Françoise. « Elle me parle de la vie de l'ancien temps, ça me fascine !, s'enthousiasme l'étudiante. Tout ce qu'on apprend à l'école, la Seconde Guerre mondiale, eh bien elle, elle l'a vécue ! » Françoise montre ses photos, raconte son mariage le 25 octobre 1954 et la perte de son mari, qu'elle adorait, lorsqu'il avait 73 ans. « Quand j'entends les clés dans la porte, c'est le bonheur qui arrive » Cette solution de cohabitation intergénérationnelle est un rempart contre la précarité des étudiants mais aussi contre la solitude des seniors. « C'est ma fille aînée qui a eu cette idée pour que je ne sois pas seule le soir et la nuit. Ma routine, elle est triste quand Sarah n'est pas là, témoigne Françoise. Mais enfin, quand j'entends les clés dans la porte, c'est le bonheur qui arrive. » Et Sarah renchérit : « Quand je rentre, elle est toute seule devant la télé, donc, je m'assois en face d'elle et puis on discute ensemble. On est censés manger ensemble, que je fasse la vaisselle et ça devrait s'arrêter là. Mais je viens toujours la voir. Les médicaments, je fais en sorte qu'elle les prenne tous les soirs et ce n'est qu'après que je vais me coucher. » Un contrat qui devrait durer un an mais que la jeune fille espère bien renouveler, tant le lien d'attachement est devenu fort au fil des semaines. Une opinion partagée par la nonagénaire pour qui Sarah est devenue un membre de sa famille : « J'ai trouvé une cinquième petite fille. » L'association Ensemble2générations met en relation entre 100 et 150 binômes de personnes âgées et jeunes par an.  À lire aussiIsolement des seniors en France: l'alerte des Petits Frères des pauvres face à la «mort sociale»

    Municipales 2026: à Nice, duel acharné entre les frères ennemis Christian Estrosi et Éric Ciotti

    Play Episode Listen Later Feb 19, 2026 2:32


    À quelques semaines des élections municipales, les journalistes de RFI se rendent sur le terrain pour faire le point sur la campagne dans les différentes villes. À Nice, capitale des Alpes-Maritimes, le scrutin prend des allures de règlement de comptes. Christian Estrosi, maire sortant, et Éric Ciotti, longtemps alliés et désormais rivaux, s'affrontent dans une bataille acharnée pour cette mairie de la Côte d'Azur. Un duel qui anime les conversations des Niçois, même s'il suscite aussi, parfois, une certaine lassitude. De notre envoyée spéciale à Nice, Ciel bleu, 20°C, un soleil éclatant. En cette journée ensoleillée du 11 février, le maire sortant de Nice, Christian Estrosi, inaugure la statue du grand écrivain Albert Camus sur la promenade du Paillon. Le lauréat du prix Nobel de littérature était très lié à la ville. Le maire lui rend hommage : « Il y a chez Camus une actualité qui étonne, qui donne même le vertige ». Aux côtés de Christian Estrosi, la petite-fille d'Albert Camus, Élisabeth Maisondieu-Camus nous partage volontiers ses inquiétudes : « Je n'ai pas envie d'extrême nulle part. Je suis mesurée. » Un message à peine voilé faisant référence à l'alliance d'Eric Ciotti avec le RN. Un soutien bienvenu pour le maire de la ville car la tension est forte alors qu'un sondage Politico sorti cette semaine donne Eric Ciotti en tête des intentions de vote avec dix points de plus que le maire sortant. Christian Estrosi est ici chez lui sur la coulée verte qu'il a faite construire. Il s'apprête à lancer des travaux pour une seconde phase. Ces dernières semaines, le maire consacre beaucoup de temps à livrer les dernières réalisations de son mandat et nous explique les transformations. « Vous aviez une gare routière qui dépassait les toitures de chaque rive. » L'élu est ravi de nous montrer les sculptures contemporaines de l'école de Nice et la perspective ouverte sur l'Observatoire qui justifie d'avoir rasé le théâtre et le palais des congrès Acropolis. Cette nouvelle phase de construction divise les Niçois, le maire le sait et son rival Éric Ciotti en a fait l'un des principaux angles d'attaque de sa campagne. Christian Estrosi relativise. « Cela ne l'a pas empêché en 2020 de me soutenir, y compris dans ce projet. Je voudrais que ce prochain mandat soit quelque part le point d'orgue de l'écrin que nous avons fait ces dernières années. » Dans le camp d'en face, le président du parti UDR Éric Ciotti dénonce l'ego démesuré du maire sortant. Et l'attaque sur ses errances politiques : « Il est désormais chez Monsieur (Édouard) Philippe après avoir été le plus proche soutien de Monsieur (Emmanuel) Macron, donc peut-être que demain, il sera au Rassemblement national. » Coups bas entre les deux candidats Un parricide entre deux anciens alliés qui prennent soin de ne pas se croiser dans la petite rue Richelmi qui voit passer le roi et la reine du carnaval de Nice. Le député croit en la volonté des habitants de tourner la page de l'époque Estrosi « La campagne est très dynamique, une envie extrêmement puissante de changement pour écrire une nouvelle page de Nice ». En marge du carnaval, Éric, un Niçois, est lassé par la politique menée par le maire sortant. Il ne revotera pas pour lui. « Il y a les impôts locaux, la transformation de la ville, démolir, reconstruire ailleurs, donc je ne vois pas l'intérêt. » Karine est commerçante à Nice. Elle est consciente que la victoire du maire sortant n'est pas acquise. « J'entends beaucoup de personnes qui voteraient Ciotti ». Depuis quelques semaines la campagne s'accélère, les débauchages se multiplient, les coups bas pleuvent. Le maire a d'ailleurs tenu une conférence de presse pour dénoncer les attaques auxquelles certains se prêtent. À Nice, les attaques foisonnent et ce n'est pas près de s'arrêter.   À lire aussiFrance: les enjeux et points chauds des élections municipales 2026

    En France, la difficile transmission de la langue maternelle chez les populations d'origine étrangère

    Play Episode Listen Later Feb 18, 2026 4:02


    La journée mondiale de la langue maternelle a lieu samedi 21 février. En France, souvent par peur des discriminations, un Français issu de l'immigration sur quatre n'a pas appris la langue maternelle de ses parents ou grands-parents, selon une étude de l'institut One Poll. Pourquoi l'héritage linguistique est-il si difficile à transmettre au sein des familles ?  Louise, du haut de ses cinq ans, pétille d'énergie. D'une voix douce, Nasséra, sa grand-mère, parle de son enfance en Kabylie, dans le nord de l'Algérie. C'est dans les bras de sa mère qu'elle rejoint son père ouvrier dans les usines automobiles Renault en France, à l'âge de neuf mois. « Mes deux parents sont Algériens. Mon père est arrivé en 1953 à Paris. C'est la première génération qui a immigré. Il est arrivé bien avant l'indépendance de l'Algérie. Il a commencé donc à apprendre le français par son travail dans les usines automobiles Renault. Après l'indépendance en 1964, il a amené sa femme en France et leur premier enfant qui était moi », se remémore-t-elle. Assises autour de la table de la salle à manger, Sarah, 37 ans, et sa cadette Amina, 31 ans, interrogent leur mère. Pourquoi ne parlent-elles pas la langue de leurs grands-parents, le kabyle ? « J'étais à l'école en France depuis la maternelle. Je me sens plus proche de la langue française que je maîtrise beaucoup mieux. Même si mes parents, eux, me parlaient kabyle, mais moi, je répondais en français. Des fois, on s'interroge avec mon mari : "Mais comment cela se fait qu'on n'a pas transmis ?" Nos enfants ne parlent pas la langue de leurs grands-parents, de leurs origines. Je pense que c'est volontaire de notre part parce qu'on n'a jamais fait l'effort, nous, de parler kabyle à la maison. C'était plus facile pour moi de vous parler français que kabyle », leur raconte Nasséra. « La priorité, c'était l'intégration par l'école. Papa, lui, devait apprendre à parler français grâce à toi. Toi, tu devais gérer une famille de quatre enfants en travaillant aussi. Vous n'avez cessé de nous dire, depuis toutes petites "L'école d'abord, c'est la priorité". Dans une volonté d'avoir une sorte de catalyseur d'intégration par l'école, vous en avez peut-être ''oublié votre kabyle'' », lui répond sa fille. Transmettre une langue, ce n'est pas si simple. La linguiste Christine Deprez s'appuie sur l'exemple des couples mixtes et constate que certaines langues sont plus valorisées que d'autres : « On peut facilement imaginer qu'un couple franco-américain a plus de chances de transmettre sa langue qu'un couple franco-bambara, par exemple. Pourquoi ? Parce qu'il y a une valorisation de la langue anglaise dans tous les pays, y compris en France. C'est assez évident que c'est une langue d'avenir, une langue porteuse. Le bambara ne l'est pas, sauf dans une petite communauté un peu élitiste et qui revendique sa culture. La langue bambara n'est pas une langue qui est particulièrement valorisée en France. Si vous demandez aux gens ce que c'est, ils répondent ''C'est un dialecte africain''. Il n'y a pas du tout une perception culturelle positive. Elle peut même être entachée d'une forme de racisme. À la fois un racisme colonial, un racisme ethnique, un racisme religieux, etc. Il y a des gens qui cachent leur langue, mais en général, ce sont les enfants. Ils ne mentionnent pas la langue d'origine. Il ne faut pas se culpabiliser, c'est normal. Peut-être qu'après, dans 20 ans, ils vont avoir envie de l'apprendre. » C'est le cas d'Amina, 31 ans, qui prend des cours de kabyle. Mais sa mère ne l'aide pas dans cet apprentissage. « Je ne l'ai pas sollicitée. Je fais cela dans mon coin avec mes amis sur internet », explique-t-elle. À cinq ans et demi, Louise est contente de dire ses premiers mots dans la langue de ses grands-parents. Entre le kabyle et le français, sa famille l'écoute émerveillée. À lire aussiMigrants africains: «Ces personnes rencontrent une violence institutionnelle et psychique»

    En France, la pratique du carême connaît un nouvel essor chez les jeunes catholiques

    Play Episode Listen Later Feb 17, 2026 2:31


    En 2026, le carême et le ramadan tombent au même moment : le mois de jeûne du ramadan et les 40 jours du carême commencent ce mercredi 18 février. Les deux rites n'ont pas tout à fait le même sens, ni les mêmes traditions. Le ramadan est marqué par un jeûne total du lever du soleil au coucher, et des temps de prière, alors que le carême entraîne seulement des restrictions alimentaires, un renoncement au superflu pour mieux se consacrer à Dieu. En France, peu de catholiques pratiquent le carême. Mais cette tradition trouve depuis quelques années un écho chez les plus jeunes, et jusque sur les réseaux sociaux où ils échangent leur vécu et s'encouragent. Juste derrière l'église Saint-Louis, la maison paroissiale est en ébullition. Dans quelques jours, pour les vacances d'hiver, salariés et bénévoles accueilleront des enfants pour des activités périscolaires. C'est là que nous rencontrons Baptiste, 18 ans et Alexandra, 24 ans. Ils s'apprêtent tous les deux à respecter le carême. « C'est la première année où je me lance vraiment à fond. On va dire que j'ai eu un petit accident l'année dernière, donc j'ai envie de remercier le Seigneur en lui montrant que je fais énormément d'efforts pour lui, comme il en a fait pour nous », raconte-t-elle. Pour l'un comme l'autre, le carême n'est pas un héritage familial, mais une démarche personnelle. « J'ai commencé à m'y intéresser depuis pas longtemps. J'ai une famille de traditions catholique, mais qui ne pratique pas. J'ai beaucoup été inspiré par ma sœur. Dans le lieu de vie où l'on travaille, cela nous aide », estime Baptiste. « Ma famille respecte ce choix mais ne m'encourage pas forcément. Du côté de mes amis, c'est un peu compliqué d'assumer devant tous mes copains qui ne sont pas forcément croyants. Je le fais de manière assez discrète. Je ne dis pas à tout le monde que je suis catho », affirme Alexandra. En France, seuls 15% des 18-29 ans se disent catholiques croyants. Mais paradoxalement, ceux-ci sont très attachés à la pratique religieuse, comme le carême. Edwige Decker, qui dirige le centre de loisirs de la paroisse, l'a constaté : « Je pense que c'est un retour aux sources. Moi, j'ai 50 ans, je viens d'une école catholique où on faisait carême. Ce que je vois, c'est qu'on ne force plus les jeunes à faire quoi que ce soit, à recevoir le baptême, à participer à une retraite. Donc les jeunes que nous avons sont volontaires, sont heureux de le faire, pour retrouver les copains notamment, car la foi passe par la communauté. » Anne-Gaëlle, la responsable d'aumônerie, ne peut s'empêcher de faire le lien avec un engouement récent pour le baptême. Les nouveaux baptisés sont passés d'environ 4 000 en 2023 à 18 000 en 2025. La moitié d'entre eux ont moins de 25 ans. « Un environnement pas du tout catholique, rappelle-t-elle. Ils n'ont pas du tout de connaissances religieuses. Dans un monde dur aujourd'hui, des jeunes recherchent un sens à leur vie et qui ont envie de découvrir Jésus. » Pour ce qui est du carême, il faut peut-être y voir l'influence des copains musulmans, suggère l'une d'elle. Ces copains qui pratiquent plus couramment le ramadan. « C'est vrai qu'au lycée, c'est un grand sujet de discussion, le ramadan, le carême. J'ai des amis musulmans qui le font en famille. Alors que le carême, si on n'a pas une famille très pratiquante, cela se perd un peu », constate Alexandra. C'est donc avec des copains de la paroisse que Baptiste et Alexandra partageront le carême. Alexandra s'engage à consommer moins de sucre et à prier davantage. Pour Baptiste, ce sera moins de sport pour plus de messe. À lire aussiCarême: quand les réseaux sociaux réveillent la foi de la jeunesse

    Les craintes autour du collier dopé à l'IA commercialisé pour être un meilleur ami

    Play Episode Listen Later Feb 16, 2026 2:23


    Depuis un peu plus d'une semaine, d'énigmatiques publicités sont apparues sur les murs du métro parisien… Épurées, on y voit un simple pendentif blanc, avec des slogans comme « Je prendrai toujours le métro avec toi », « Je ne laisserai jamais de vaisselle dans l'évier »… des promesses émises par un collier dopé à l'intelligence artificielle, vendu comme un nouveau meilleur ami. Il s'appelle d'ailleurs Friend, ami en anglais, commercialisé par l'entreprise américaine du même nom. Une campagne publicitaire internationale, qui a provoqué un tollé instantané : la plupart des affiches ont été vandalisées. Et suscite de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Par Alix Villeroy Le collier contient un micro ouvert en permanence, analyse les conversations, envoie ses réactions sur le téléphone de l'utilisateur et fait réagir le public. Comme ici, aux abords du métro parisien.  « Honnêtement, c'est un peu flippant parce qu'on a l'impression qu'on passe de l'IA qui est déjà beaucoup dans notre vie à l'IA qui devient notre amie », réagit un usager du métro parisien.  « J'ai l'impression qu'on est en train de rentrer dans le monde de George Orwell. Et en vrai, c'est encore un énième truc qui va nous surveiller », compare cet autre usager. « Je trouve ça tout à fait terrible. On paye pour avoir de l'attention, mais si dorénavant nous avons directement notre mouchard autour du cou !... », s'indigne ce voyageur. L'intelligence artificielle « m'a contaminée » L'IA semble omniprésente dans les quotidiens. « C'est horrible, quand j'étais en flirt avec une fille, j'ai envoyé juste un bout de la conversation pour avoir une piste sur la suite. C'est horrible de faire ça », raconte ce jeune homme. Pour cette femme, c'est un allié dans ses relations. « ChatGPT m'aide à gérer certaines situations compliquées, notamment au niveau de mes amitiés. » Pour cette autre femme, l'intelligence artificielle est utilisée « un peu pour tout. Maintenant, c'est vrai que, malheureusement, ça m'a contaminée, mais après, de là à avoir un collier… Moi personnellement, non ! » « Les agents conversationnels sont conçus avec des mécanismes de profilage » Selon une étude Ipsos, 32 % des étudiants utilisent l'intelligence artificielle au moins une fois par jour pour leur vie professionnelle et personnelle. Jean-Gabriel Ganascia est spécialiste des questions d'éthique relatives à l'IA. Il s'inquiète d'un enfermement de la personne. « L'attachement, c'est un concept qui a été introduit pour montrer que ce que l'on recherche, c'est une forme de sécurité, de protection. Et il semblerait qu'on puisse transposer ce concept à la relation avec ces agents conversationnels. C'est bien sûr ce qui se produit avec ce petit pendentif qui se présente comme un ami. Et le risque, c'est qu'il se substitue aux amis. » Une entreprise privée qui aurait donc accès aux données sensibles des utilisateurs en écoutant leurs conversations, mais qui pourrait aussi les influencer.  « Les agents conversationnels sont conçus avec des mécanismes de profilage. C'est-à-dire qu'on vous donne l'information qui vous correspond exactement. On parle de bulles de filtres et le risque, bien sûr, c'est que l'espace public risque progressivement de disparaître et on arrive dans des sociétés de plus en plus fragmentées où on ne se comprend plus », complète Jean-Gabriel Ganascia. La Commission nationale de l'informatique et des libertés a déjà été saisie pour vérifier que l'entreprise Friend.com respecte les législations en matière de collecte et de traitement des données. À lire aussiIntelligence artificielle: «Google est aujourd'hui un acteur majeur dans la course à l'IA»

    France: plus de 120 000 postes sont vacants dans la restauration en raison des conditions de travail

    Play Episode Listen Later Feb 15, 2026 2:29


    En France, la restauration a du mal à embaucher et, bien souvent, les salariés ne restent que quelques mois. Plus de 120 000 postes sont vacants, sans compter les saisonniers. Depuis la pandémie de Covid, le turnover a dépassé les 50 %. Une perte d'attractivité qui s'explique par des rémunérations modestes, pour des conditions de travail difficiles.  Pas d'afflux de touristes ou de rush infernal dans ce restaurant italien du 15ᵉ arrondissement de Paris. L'ambiance y est tranquille. Pourtant, même dans ces conditions favorables, la patronne Valentina Costantino peine à fidéliser ses salariés. « Ils viennent faire un test une journée mais à la fin, ils sont trop fatigués », déplore-t-elle. Alors, l'Italienne de 31 ans multiplie les annonces pour s'en sortir : « Par chance, j'arrive à avoir quelques extras qui font des études et ont donc besoin de travailler. Mais parfois, je suis seule, je suis obligée. » Pour une ancienne serveuse de 23 ans préférant garder l'anonymat, les conditions de travail expliquent le turnover chez les serveurs. Elle a dit stop, après avoir fait le tour des restaurants de sa ville. « J'ai commencé la restauration à 15 ans, de manière totalement illégale, ce qui est très courant, témoigne la jeune femme. J'étais payée au black. »  Huit ans après, elle en garde un souvenir amer : « Tu travailles 12h mais tu en es payée 8, tu ne vois pas tes amis ni ta famille, tu te couches à 3h et le lendemain, tu dois te lever à 8h ou 9h pour être au taff à 10h. » Et quand elle voit ses anciens collègues accepter ce rythme et les abus des managers, une colère demeure. « Ça m'énerve, car il suffit de dire non et ils n'ont pas de pouvoir pour faire quoi que ce soit, martèle-t-elle. À part nous faire la vie dure. Mon manager m'a dit : "T'es un poison pour l'entreprise, personne ne veut de toi, on attend qu'une chose, c'est que tu te barres !" »  À lire aussiFrance: enfin dévoilée, la liste des métiers en tension révèle certaines failles Des conditions de travail précaires Pour la CFDT hôtellerie tourisme restauration, la pression sur le salarié vient des effectifs de plus en plus restreints depuis la crise sanitaire. Une organisation du travail qui nécessite d'être polyvalent. « Comment est-ce qu'on rémunère de la polyvalence ?, interroge Zineb Belambri, secrétaire générale de la CFDT hôtellerie tourisme restauration. Ça veut dire que derrière, il n'y a pas de compétence qui est déterminée, qui est qualifiée. Tout le monde peut le faire, donc c'est au rabais. Il faut pouvoir former les gens et cette formation justifie une rémunération digne de ce nom. » Si la formation des employés est chère aux yeux de la syndicaliste, elle est difficile à mettre en œuvre, puisque les effectifs sont très fluctuants. La moitié des contrats dans la restauration sont à temps partiel, soit environ 500 000. À écouter dans 8 milliards de voisinsLes métiers de la cuisine : un tremplin pour la jeunesse ?

    Municipales 2026: dans le Pas-de-Calais, une association incite les femmes à s'engager

    Play Episode Listen Later Feb 12, 2026 2:37


    C'est la grande nouveauté des élections municipales en France de mars prochain. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, les candidats doivent désormais présenter des listes paritaires. Un casse-tête dans certains villages où les conseils municipaux sont encore très largement masculins. Alors l'association Elles Aussi parcourt la France pour convaincre les femmes de se lancer. De notre envoyé spécial à Fresnes-lès-Montauban, dans le Pas-de-Calais, au nord de la France, Dans la salle des fêtes de cette commune de 600 habitants, essentiellement des femmes et quelques hommes ont pris place autour d'une table, installée devant un écran. Thierry est l'un d'eux. Il se présente pour devenir maire de Dury, son village natal, à quelques encablures de là. La liste qu'il présente est paritaire. Un objectif atteint non sans peine : « Il y a toujours des refus pour cause professionnelle ou personnelle », développe-t-il. Trouver des candidates prêtes à se lancer n'a pas été simple. Il a essuyé plusieurs refus, confirme Delphine, assise à ses côtés. Elle est l'une des rares femmes du conseil municipal sortant de Dury, composé à plus de 70 % d'hommes. « Ma place dans le conseil a été un peu compliquée », euphémise l'élue, qui fait tout de même le choix de rempiler. Pendant six ans, elle a eu le plus grand mal à s'imposer dans cet univers très masculin. « Lorsque l'on a rénové la salle des fêtes, à plusieurs reprises, j'ai demandé à faire partie de la commission chargée d'organiser les travaux. Je n'ai jamais été conviée, explique Delphine. La seule fois où on m'a sollicitée, c'était pour la couleur des murs et du carrelage », soupire-t-elle. À l'échelle de la France, seuls 23 % des conseils municipaux des communes de moins de 1 000 habitants sont proches de la parité (entre 45 % et 55 % de femmes). Le département du Pas-de-Calais est l'un des plus mauvais élèves en la matière, selon les données comptabilisées par le réseau Élues Locales. À lire aussiFrance: d'après une étude, la parité au sein des conseils municipaux progresse lentement Sentiment d'illégitimité Pour inciter les femmes à se lancer, les aider à trouver leur place au sein d'un conseil municipal ou les aiguiller pour concilier vie personnelle et professionnelle, l'association délivre des conseils et fait aussi témoigner des élues qui ont déjà sauté le pas. « Quand ils ont constitué la liste, ils sont venus me voir. J'étais absente, alors mon mari a répondu. Il leur a dit : "​​Je ne crois pas que ça va l'intéresser". Rien que ça, ça m'a fait bondir », raconte une élue. Elle est passée outre : « Je me suis dit que c'était une bonne chose, et puis j'étais curieuse de découvrir le fonctionnement de la mairie. » Élodie a écouté attentivement l'exposé. Elle habite Fresnes-lès-Montauban, où le conseil municipal sortant est déjà paritaire. Presque une exception dans le département. Or, toutes les conseillères municipales ne se représentent pas. Alors la maire de la commune l'a convaincue de rejoindre sa liste, il y a quelques semaines. Elle n'a pas hésité. « J'en avais très envie, mais honnêtement, si on n'était pas venu me chercher, je n'aurais jamais sauté le pas », confie-t-elle. Habitante du village depuis cinq ans, Élodie doutait jusqu'alors de sa légitimité : «​​​​​​​ Ça nous paraît ouvert à ceux qui sont dans la commune depuis quarante ans et qui connaissent du monde. Donc, je me voyais mal être représentante de la commune en y étant depuis cinq ans. » Pour briser le frein du manque de légitimité, la loi imposant la parité sur les listes municipales des communes de moins de 1 000 habitants était nécessaire, juge Véronique Genelle, co-présidente de Elles Aussi. «​​​​​​​ La loi permet de sensibiliser à la parité, si elle n'existait pas, il est certain que la parité aurait mis beaucoup plus de temps à s'imposer ». À la fin de la réunion, un petit livret est distribué, un «​​​​​​​ guide pratique de la candidate » pour les accompagner dans leur engagement. À écouter dans DécryptageMunicipales : quoi de neuf en 2026 ?

    France: un projet de loi pour accorder le droit de vote aux étrangers non européens aux élections municipales

    Play Episode Listen Later Feb 11, 2026 2:37


    En France, les étrangers non européens pourront-ils bientôt participer à l'élection du maire de leur ville ? À quelques semaines des élections municipales, les députés examinent en deuxième lecture, ce jeudi 12 février 2026, une proposition de loi constitutionnelle portée par le parti écologiste. Elle vise à accorder le droit de vote et d'éligibilité aux étrangers non communautaires. Cette proposition de loi avait déjà été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale en mai 2000, le texte ensuite voté au Sénat en 2011 avait été abandonné. Retour sur une promesse électorale. À lire aussiFrance: l'intelligence artificielle s'invite dans la campagne des municipales

    Des ateliers de cuisine pour redonner le goût du bien manger aux collégiens

    Play Episode Listen Later Feb 10, 2026 2:30


    En France, l'augmentation des maladies liées à une mauvaise alimentation telles que le diabète ou l'obésité devient une préoccupation majeure, voire un enjeu de santé publique. Face à ce constat, des associations font la promotion de l'éducation alimentaire en milieu scolaire via des ateliers de cuisine tous les trimestres. C'est le cas de l'association La Tablée des Chefs, engagée depuis sa création en 2013 pour développer l'éducation des jeunes au bien manger et favoriser leur autonomie alimentaire. L'association organise chaque année des ateliers de cuisine dans 40 collèges en France.  Association La tablée des Chefs   À lire aussiL'obésité, forme la plus répandue de malnutrition dans le monde

    La tendance «skincare» des jeunes sur les réseaux sociaux n'est pas sans risques

    Play Episode Listen Later Feb 9, 2026 2:34


    C'est une tendance de plus en plus visible ces derniers mois. Des enfants, des préadolescents et des adolescents exposent sur TikTok leur routine de soins du visage. Masques, crèmes, sérums : la liste des produits qu'utilisent ces jeunes, voire ces très jeunes, est longue, et parfois inadaptée à leur peau. Marius Laffont a analysé le phénomène « skincare » pour enfant – le terme employé aux États-Unis, d'où vient cette tendance – avec des professionnels de santé et des produits cosmétiques. À lire aussiLe succès du skincare coréen en France: miracle cosmétique ou mirage marketing?

    France: le recrutement, première étape cruciale pour un candidat au service national volontaire

    Play Episode Listen Later Feb 8, 2026 2:27


    Cela fait près d'un mois que les jeunes Français de 18 à 25 ans peuvent s'inscrire au tout nouveau service national volontaire. La formation militaire de dix mois débutera en septembre 2026 pour les 3 000 sélectionnés. Pour intégrer ce dispositif, un passage est obligatoire au Centre d'information et de recrutement des forces armées (Cirfa) pour un entretien de sélection. Reportage d'Hugo de Waha dans le centre de Versailles, à la rencontre de premiers jeunes motivés, prêts à relever ce défi. À lire aussiService militaire volontaire: la France lance sa campagne de recrutement

    À Lyon, les écologistes pourraient perdre la mairie face à Jean-Michel Aulas

    Play Episode Listen Later Feb 5, 2026 2:38


    À Lyon, troisième ville de France, les écologistes, actuellement au pouvoir avec Grégory Doucet, sont distancés dans les sondages par l'entrepreneur et figure très connue du football, Jean-Michel Aulas. Ce dernier est soutenu par le centre et la droite. Une semaine après son premier meeting, c'est le très fréquenté marché de la Croix-Rousse, sur les hauteurs de Lyon, qu'a choisi l'écologiste Grégory Doucet pour tracter. Le candidat écologiste s'affiche souriant malgré des enquêtes d'opinion qui donnent un net avantage à Jean-Michel Aulas, avec 20 points d'écart. « En arrivant, j'ai croisé beaucoup de personnes engagées pour l'union de la gauche et des écologistes, affirme le maire actuel, avec un enthousiasme qui fait que l'on va faire mentir les sondages. » Pour y parvenir, il faudra que Grégory Doucet convainque sur sa politique en faveur de l'écologie, qui est sévèrement ciblée. « Je trouve que vous avez de très bonnes idées. Le problème, c'est que tous les gens qui habitent en banlieue, vous leur avez rendu la vie impossible ! », l'interpelle un passant. Grégory Doucet assume sa politique : « On a rééquilibré l'espace public, on a donné la priorité aux piétons. » À écouter dans DécryptageMunicipales : quoi de neuf en 2026 ?  Jean-Michel Aulas joue sur sa carrière dans le football Loin du centre-ville, dans le quartier populaire de La Duchère, le candidat Jean-Michel Aulas semble en terrain conquis. « Il faut redorer la ville de Lyon, Monsieur, s'il vous plaît », lance un passant. Un autre affirme qu'il va voter pour lui car : « Grâce à l'Olympique lyonnais ! Depuis tout petit, on regarde les matchs ». Et ce dernier n'a qu'à appuyer là où ça fait mal, comme avec ce gérant d'un bar-tabac. « L'écologie, nous sommes tous pour, mais si ça pénalise le commerce… », laisse planer Jean-Michel Aulas. Le candidat de la droite et du centre joue, bien sûr, sur sa carrière à succès dans le football et l'entrepreneuriat pour s'afficher modeste : « Moi, vous savez, je ne fais pas ce travail pour être réélu, affirme-t-il. Je l'ai dit, je le fais un peu par défaut, parce qu'il fallait à un moment donné prendre la décision d'y aller. J'aurais pu faire 1 000 autres choses. » Un discours qui ne séduit pas tout le monde. Cette habitante de Lyon sait déjà qu'elle ne glissera jamais un bulletin Jean-Michel Aulas dans l'urne : « Il n'a absolument rien d'un candidat crédible. Ils se sont dit : "Aulas avec le foot..." Tous ceux qui votent pour ne savent même pas pourquoi. En plus, il est soutenu par Benzema. Alors, vous pensez, Benzema... La haute pensée politique de Benzema », ironise-t-elle. À lire aussiFrance: les enjeux et points chauds des élections municipales 2026  Des candidats éclipsés par ce duel Doucet-Aulas Avec ce duel installé à Lyon, difficile pour les autres candidats d'exister dans la campagne. À l'extrême droite, il y a Alexandre Dupalais, de l'UDR. « Il faut se battre pour conquérir sa place. Je ne suis pas le maire sortant, je ne suis pas Jean-Michel Aulas qui a une notoriété immense, mais ça ne fait pas un programme et ça ne fait pas un projet pour Lyon, affirme le candidat du parti fondé par Éric Ciotti. C'est pour ça qu'on porte cette liste d'Union des droites et de la société civile. » Il y a aussi l'insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi. La députée fait bande à part à gauche, mais elle n'exclut pas un ralliement au second tour. « Les gens ont aussi le droit de se prononcer pour une force politique qu'ils affectionnent, estime-t-elle, mais vous savez, il y a une règle à gauche : celui qui arrive en tête fait l'union autour de lui. » En plus de ces quatre candidats se présentent Raphaëlle Mizony, pour le parti NPA Révolutionnaires, Georges Képénékian, divers centre pour Équinoxe, et Nathalie Perrin-Gilbert, en tant que divers gauche avec le Parti radical de gauche. « L'envie de l'écologie est tellement forte dans cette ville », c'est ce que clamait en 2020, à peine élu, Grégory Doucet. Six ans plus tard, la perte de la ville serait une lourde défaite pour la gauche, a fortiori pour les Verts. À lire aussiMunicipales en France: la bataille s'annonce serrée à Paris 

    À Montreuil, le premier village du réemploi solidaire en France rend attractif la seconde main

    Play Episode Listen Later Feb 4, 2026 2:34


    Avec la hausse des prix due à l'inflation, de plus en plus de Français s'orientent vers la mode éphémère, ou fast fashion. À contre-courant, une rue entière de Montreuil, en banlieue parisienne, a décidé de faire de la seconde main une norme, et non plus une alternative. Un collectif de plusieurs associations y a installé différents magasins, de quoi apporter une variété dans l'offre d'articles de seconde main vendus à tarif réduit. La Venelle, c'est le nom de ce village, veut rendre accessible quasiment tout l'univers du réemploi solidaire.  Pour en savoir plus sur La Venelle, c'est ici. À lire aussiEn France, les associations de seconde-main croulent sous les vêtements usagés    À écouter dans 8 milliards de voisinsL'envers des fripes : pourquoi la seconde main ne fait pas baisser la production de vêtements ? 

    La Bretagne, nouvel Eldorado des chercheurs d'or?

    Play Episode Listen Later Feb 3, 2026 2:33


    La Bretagne est-elle à l'aube d'une ruée vers l'or ? En décembre dernier, l'État a accordé trois permis d'exploration minière dans cette région de l'ouest de la France. Dans les prochains mois, la société Breizh Ressources, filiale du groupe canadien Aurania Resources, va explorer le sous-sol d'une quarantaine de communes à la recherche de métaux, comme l'argent, l'étain, le lithium, l'or, etc. Présentée comme un moyen de réduire la dépendance de la France aux importations de terres rares, des élus locaux, des habitants et des associations sont vent debout face aux risques environnementaux de l'exploitation minière. Notre envoyé spécial s'est rendu dans le Morbihan, près de Vannes. À lire aussiPourquoi les «terres rares» ne sont ni en terre, ni rares?

    Vandalisme, menaces: les librairies, nouvelles cibles de la bataille culturelle en France

    Play Episode Listen Later Feb 2, 2026 2:39


    Des vitrines brisées, taguées, des événements interrompus, des salariés injuriés... Ces derniers mois, des dizaines de librairies ont été visées par des actes de vandalisme, des menaces et des intimidations à Paris, Lille, Rennes, Lyon ou Marseille. En toile de fond : le conflit israélo-palestinien, mais également un climat de « guerre culturelle » qui durcit le débat public en France. Devant la façade rose vif de la librairie féministe Violette and Co, dans le XIe arrondissement de Paris, Lu, co-gérante du lieu, observe la vitrine balafrée par des graffitis durant l'été 2025, aujourd'hui recouverte de dessins et d'une poésie. « Cette vitrine-là était dédiée à la Palestine et à l'extrême droite. On a eu deux immenses tags de peinture mélangée à de l'acide sur toute la largeur des vitrines, avec les mots ''Islamo complice'' et ''Hamas violeur''. L'acide creuse le verre, l'inscription restait visible. On a dû changer les deux vitres pour plus de 10 000 euros », raconte-t-elle. Derrière l'apparente convivialité de ce café-librairie, où l'on trouve des ouvrages rares de littérature LGBTQ+, des classiques de l'afro-féminisme ou des essais sur l'antifascisme et les batailles culturelles, l'inquiétude est bien réelle parmi les salariés et salariées. « On a porté plainte début septembre pour les tags, mais aussi pour une campagne de cyberharcèlement : appels téléphoniques menaçants ou insultants, propos misogynes, lesbophobes, homophobes... Des personnes entraient dans la librairie pour crier sur les libraires. Il y a eu des menaces de mort, des menaces de venir brûler la librairie », détaille Lu. Une perquisition inédite Début janvier, la situation a pris une tournure inédite. Violette and Co apprend que sa plainte a été égarée… au moment même où la librairie fait l'objet d'une perquisition policière. « Quand la police est venue, ils ont pris tous les cartons un par un. Ils les ont tous ouverts, ils ont sorti tous les livres », raconte la co-gérante, se remémorant le choc des salariés confrontés à cinq policiers et un procureur. La perquisition visait à saisir un album de coloriage édité en Afrique du Sud, From the River to the Sea, qui raconte la vie quotidienne et l'histoire du peuple palestinien. Un ouvrage qui ne faisait l'objet d'aucune interdiction officielle au moment de sa mise en vente, en juillet 2025, au moment – justement – de la mise en vitrine d'ouvrages liés au conflit israélo-palestinien. L'album n'est plus en stock depuis longtemps, mais il s'était retrouvé au cœur d'une croisade menée par des élus de la droite parisienne sur les réseaux sociaux qui qualifiaient l'ouvrage d'« antisémite ». En novembre 2025, la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse (CSCPJ) a émis un avis défavorable à l'importation de cet ouvrage. Ni l'éditeur, ni les libraires n'en ont jamais été informés. « On m'aurait dit qu'une librairie serait perquisitionnée pour un livre de coloriage, je n'y aurais pas cru. J'aurais dit : "Peut-être dans l'Amérique de Trump", mais pas en France », confie Lu. Pour la libraire, l'affaire s'inscrit dans un contexte plus global de criminalisation des soutiens à la Palestine, mais aussi d'attaques répétées contre des lieux féministes et LGBTQIA+. « On est à l'intersection de plusieurs choses : la Palestine, les luttes LGBT, le féminisme. Et, ce qui dérange, c'est aussi la convergence des luttes. Les librairies sont des lieux de diffusion des idées, et aujourd'hui, la droite et l'extrême droite mènent une véritable bataille culturelle sur ce terrain », analyse-t-elle. Plusieurs librairies vandalisées À une quinzaine de minutes à vélo, dans le IIe arrondissement de Paris, se trouve la librairie La Petite Égypte. Pour le gérant, Alexis Argyroglo, ses homologues de la librairie Violette and Co subissent « un acharnement politique » dont la perquisition « choquante » est le dernier épisode. « ​​​​​​​C'est le symptôme d'une police politique, manifestement diligentée par des alertes venant du bloc de droite », insiste-t-il. Sa librairie généraliste a également été prise pour cible par un groupuscule d'extrême droite. Le 15 novembre 2025, sa vitrine a été recouverte de tags sexistes et diffamatoires (« ​​​​​​​Albanese, la putain du Hamas ») à l'encontre de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés, invitée ce soir-là pour une rencontre autour de son dernier livre Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine. Les tags étaient signés d'une étoile de David cerclée d'un cœur. Une plainte a été déposée, restée sans suite à ce stade. Dans ce quartier du Sentier, très lié à l'histoire de l'immigration des communautés juives en France, Alexis Argyroglo sait à quel point le sujet est sensible. « Il y a une mémoire, des affects et des positionnements politiques forts. Dès lors que vous proposez des livres qui documentent la réalité de l'occupation en Cisjordanie ou du droit international à Gaza, vous êtes perçu comme “pro-palestinien”, voire hostile », explique Alexis Argyroglo, entre inquiétude et dépit. La Petite Égypte, très engagée contre l'antisémitisme, propose de nombreux ouvrages sur le sujet et a travaillé, entre autres, avec le Mémorial de la Shoah. La profession s'alarme En quelques mois, des dizaines de librairies ont été attaquées. La librairie La Libre Pensée, dans le Ve arrondissement, pour avoir retransmis un colloque sur la Palestine, déprogrammé par le Collège de France. La librairie Transit, à Marseille, pour avoir organisé un événement en présence du collectif juif décolonial Tsedek. La librairie Les Jours Heureux, à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, en réaction à la présentation d'un livre de Martin Barzilai sur les refuzniks – des objecteurs et objectrices de conscience refusant de servir l'armée israélienne. Face à ces pressions, le Syndicat de la librairie française (SLF) craint que des librairies plus isolées, en province et dans le milieu rural, s'auto-censurent par peur de représailles. « ​​​​​​​Ce qui est frappant aujourd'hui, c'est que ça touche toutes les librairies, partout en France, et pas seulement Paris », indique Guillaume Husson, délégué général du SLF. Pour lui, ces attaques ne relèvent plus de faits isolés. Elles traduisent un changement profond du rapport au livre, qui n'est plus « sanctuarisé » dans un contexte de « décomplexion » de la violence. « ​​​​​​​Les librairies sont des lieux où cohabitent des idées différentes. Le jour où on n'accepte plus ça, on a un vrai problème pour la survie de notre démocratie », insiste-t-il. Le SLF juge également la posture des pouvoirs publics vis-à-vis de Violette and Co incohérente et dangereuse. « ​​​​​​​C'est une librairie agressée à plusieurs reprises par des groupuscules d'extrême droite, qui aurait besoin d'être protégée et accompagnée, pas perquisitionnée », s'indigne Guillaume Husson, qui invoque par ailleurs des irrégularités juridiques. Suite à l'avis défavorable à l'importation, aucun arrêté ministériel n'a été pris par le ministère de la Culture pour interdire le livre de coloriage incriminé. Celui-ci n'était donc pas légalement proscrit au moment de la perquisition. Plus largement, se pose la question d'une « censure de circonstance » : « ​​​​​​​J'invite chacun à lire cet album. Il ne répond en rien aux critères permettant d'interdire un livre : la haine, la haine raciale, la discrimination, l'antisémitisme. C'est un livre engagé, militant, mais on peut être militant sans promouvoir la haine », estime Guillaume Husson. Quand l'affaire devient politique Dans un contexte de fortes tensions politiques autour du conflit israélo-palestinien, la droite parisienne – le groupe Changer Paris, coprésidé par la ministre de la Culture Rachida Dati, candidate aux prochaines élections municipales – avait voté en novembre 2025 contre l'octroi de 500 000 euros de subventions aux librairies indépendantes, au prétexte que la librairie Violette and Co avait donc mis en vitrine un livre qualifié d'« antisémite ». Le financement à l'ensemble des 40 librairies parisiennes a finalement été adopté le 18 décembre dans une nouvelle délibération, mais les soutiens politiques restent timides. Plus de 400 librairies, éditeurs, auteurs et collectifs ont alerté sur la multiplication des actes d'intimidation dans une tribune, dénonçant une polarisation de la vie publique qui « ​​​​​​​exacerbe les antagonismes et menace la liberté d'expression ». À lire aussiLa liberté d'expression: un droit fondamental aux contours bien définis

    France: à Lyon, un hôpital propose des téléconsultations pour aider les consommateurs de protoxyde d'azote

    Play Episode Listen Later Feb 1, 2026 2:31


    Le protoxyde d'azote est un gaz utilisé pour la cuisine. Depuis quelques années, son usage est détourné par certains ; son inhalation provoque un effet euphorisant, accompagné d'une altération de la conscience. La prise excessive de protoxyde d'azote atteint les nerfs et le cerveau. Depuis deux ans, un hôpital de Lyon, dans l'est de la France, propose, chaque semaine, des créneaux de téléconsultation pour les usagers qui s'inquiéteraient pour leur santé sans oser pousser la porte d'un cabinet médical. C'est le professeur Christophe Riou qui en est à l'initiative. À lire aussiDrogue: une proposition de loi pour mieux encadrer la vente du protoxyde d'azote en France

    Municipales en France: à Vitry-sur-Seine, l'enjeu de l'abstention

    Play Episode Listen Later Jan 29, 2026 2:37


    À six semaines des élections municipales en France, nous vous proposons d'écouter tous les vendredis nos reportages sur les enjeux de ce scrutin. La participation en est un majeur. Dans les quartiers populaires de certaines villes françaises, l'abstention atteint des records. C'est le cas à Vitry-sur-Seine, une commune de 90 000 habitants dans la banlieue au sud de Paris. Aux dernières élections, le maire sortant a été élu avec 4 900 voix sur 45 000 électeurs inscrits. Un chiffre inquiétant pour le collectif Parlons & Votons, qui veut sensibiliser la population et surtout les jeunes à aller s'inscrire sur les listes électorales.  Il y a des jeunes comme des moins jeunes qui ne votent pas. « Je n'ai jamais été voté. Même mes enfants disaient que ça ne changeait pas grand-chose. On ne voit pas trop de changement, je pense. C'est peut-être pour ça qu'on ne vote pas », soulève cette dame. À Vitry-sur-Seine, l'abstention a été le grand gagnant en 2020, lors des dernières élections municipales, avec ce chiffre de 77%. « Nous, on va voir les abstentionnistes. Ceux qui ne veulent même plus participer aux élections », explique Lufian Ndongala. Cet acteur de l'éducation populaire a dirigé des centres sociaux et des dispositifs d'insertion. En 2022, il crée le collectif Parlons & votons. À lire aussiMunicipales en France: une vague écologiste, une abstention record et un revers pour LREM « Au lieu de toujours se plaindre que les gens ne votent pas, qu'est-ce que nous, on met en place en tant qu'acteurs de terrain ? Prendre part, aller sur le terrain, faire entendre les gens, les écouter, leur faire comprendre que c'est très important de voter parce que ça participe à l'évolution de leur ville... S'ils veulent un changement, ils ont ce pouvoir-là, d'aller voter. » « J'ai pris la décision de ne plus voter et de laisser faire les choses » Armés de prospectus estampillés Parlons & Votons, le collectif, qui regroupe une quarantaine de personnes, va à la rencontre des jeunes éloignés des bureaux de vote. Ce jour-là, à la sortie du lycée, certains découvrent qu'ils ont l'âge d'aller voter. « On veut motiver la jeunesse à prendre leur carte et aller voter le 15 et le 22 mars », insiste Lufian Ndongala. Un dialogue s'installe avec quelques jeunes. Cissé a 22 ans. Devant ses amis, il se met en scène, fier de donner son avis : « Je ne vote pas parce que personnellement, déjà, je ne me reconnais dans aucun parti politique, que ce soit la gauche ou la droite. Moi, je trouve que dans les deux partis politiques, il y a beaucoup d'hypocrisie. La gauche, en faisant croire qu'elle est le parti soi-disant représentatif des immigrés et des musulmans. La droite, je ne me reconnais pas et je trouve qu'elle est problématique pour les musulmans. Donc, j'ai pris la décision de ne plus voter et de laisser faire les choses comme ils veulent. » Vitry, une ville qui ne croit plus en la politique Au pied d'une tour, ce retraité ne reconnaît plus sa ville. Un taux de chômage élevé, des commerces de proximité qui ferment... Vitry a bien changé et il comprend pourquoi les gens ne croient plus aux politiques : « Les gens sont un peu saturés de politique parce qu'on sent qu'il y a un avenir qui est quand même très incertain. Alors, les gens ont l'impression de voter pour rien parce que c'est déjà arrivé. Il y a plein de détails, on sent que la citoyenneté n'est pas là. Je viens de passer dans le square à côté, et il y avait des cartouches de gaz hilarant. Ce n'est pas un signe d'une excellente santé mentale, ça ? » Pas de quoi décourager le collectif Parlons & Votons, qui donne la parole aux habitants avec ce message : « Il est encore temps pour les citoyens de s'inscrire sur les listes électorales. » À lire aussiMunicipales 2026 à Marseille: duel annoncé entre le maire PS sortant Benoît Payan et le candidat RN Franck Allisio

    Grâce au retour d'internet, les Iraniens reprennent contact avec leurs proches à l'étranger

    Play Episode Listen Later Jan 28, 2026 2:37


    L'Iran sort peu à peu de l'obscurité. Après plusieurs jours d'interruption, la connexion internet est désormais rétablie à 80 %, non seulement sur les téléphones portables, mais aussi sur les réseaux WIFI. Cela permet aux Iraniens de joindre à nouveau l'extérieur du pays et à leurs familles de prendre de leurs nouvelles depuis l'étranger. En France, un couple d'Iraniens et leur fille, installés en région parisienne, ont repris contact avec leurs proches il y a quelques heures. Une respiration autant qu'une prise de conscience de l'horreur de la répression.  À lire aussiManifestations en Iran: internet en grande partie rétabli après près d'un mois de coupure

    Parc des Princes: le quartier se transforme un soir de match

    Play Episode Listen Later Jan 27, 2026 2:43


    C'est un des matchs incontournables de l'année pour le Paris Saint-Germain : le club de foot parisien reçoit les Anglais de Newcastle, ce mercredi soir 28 janvier, pour le compte de la dernière journée des phases de championnat de la Ligue des champions. Comme à chaque fois, le Parc des Princes sera rempli. De quoi métamorphoser le quartier de la porte de Saint-Cloud pendant quelques heures. Comment un quartier se transforme un soir de match ? Cette mutation a pu être observée lors du premier derby de l'histoire de la capitale entre le Paris Saint-Germain (PSG) et le Paris Football Club (PFC) au début du mois, le 4 janvier dernier. Pour ces deux jeunes supporters emmaillotés PSG, l'ambiance des soirs de match commence à vibrer sous terre. « L'ambiance. Elle commence dès la ligne 9, quand on est dans le métro et qu'on s'apprête à rejoindre porte de Saint-Cloud. On sent déjà l'atmosphère », lâche ce fan de football. « Beaucoup de gens qui sortent du métro en masse, avec des écharpes, avec des tenues adaptées justement au Paris Saint-Germain, parce qu'on est justement à côté du Parc des Princes », complète un autre supporter. Tristan plonge les doigts dans une barquette de frites, il explique que ce quartier plutôt calme de la porte de Saint-Cloud s'anime avec le Parc des Princes. « Il y a beaucoup d'effervescence. Il y a quasiment 50 000 personnes qui viennent à chaque match. Donc, le quartier bouge. Les restos sont pleins. Dès 18 h-18 h 30, ça commence à s'animer fortement. Et puis à l'approche de l'heure du match, on voit de plus en plus de maillots, d'écharpes, etc. Donc, il y a une communauté qui est fortement présente là-dessus.»  Toute une économie autour du Parc des Princes Des CRS se tiennent en rangs serrés, plus ou moins nombreux selon les matchs. Ils font partie du décor, mais c'est bouche cousue. Dans cette brasserie célèbre du Parc des Princes, la bière fait mousser les verres en plastique. Torchon à la taille, le patron, ce soir-là, fait recette. « Ça vient un peu compenser les manques à gagner le lundi et le mardi. Le restaurant se remplit en terrasse, à l'intérieur, même quand il fait froid. »  La fumée des brochettes merguez et des oignons rissolés monte vers l'église du quartier. Ces deux footeux préfèrent acheter un casse croute dodu au stand d'un vendeur à la sauvette. « C'est un rituel. Ca fait partie du match de foot, lâche l'un des deux. Nous, notre match commence maintenant », renchérit le second. On avance vers le stade. Marceau embrasse la joue de son papa qui vient de lui offrir une écharpe aux couleurs bleu et rouge du PSG. « On a acheté une belle écharpe. On est tous ensemble, unis pour la même cause. C'est ça qui est sympa », explique le papa. « Ça donne des frissons », souligne le fils. Cette écharpe, Jean-Louis l'a achetée pour son fils à la boutique non officielle des supporters du PSG. Les soirs de match, la recette s'élève autour de 2 000-2 500 € « Oui, il y a beaucoup de monde. Donc il y a 45 000 personnes qui viennent supporter une équipe. On aime beaucoup porter les couleurs. Donc on vient en maillot. Il y a une casquette, il y a une écharpe. Donc nous, quand on est ouvert les soirs de match, je ne vais pas vous le cacher qu'effectivement on explose les scores. », explique Nicolas, derrière le comptoir. Lui, il vend jusqu'à 300 sandwiches ces soirs là qui font du gras dans le tiroir-caisse. Léon est boulanger, c'est le seul qui accepte de parler de son chiffre d'affaires. « Ça fait partie intégrante de mon chiffre d'affaires annuel. Là, maintenant, on va dire qu'on est plus autour des 2 000-2 500 €. »  En sortant de la boulangerie, on voit la foule qui se dirige vers le Parc des Princes. En sens inverse, une supportrice cherche désespérément à acheter un billet. À lire aussiLigue des champions: le PSG doit défendre son top 8 contre Newcastle

    Le combat des «enfants de la Creuse» pour une reconnaissance et des réparations de l'État

    Play Episode Listen Later Jan 26, 2026 2:33


    Avec l'examen des motions de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, il est probable que le sujet soit remis à plus tard. C'est en tout cas toujours à l'agenda des députés ce mardi 27 janvier : l'examen d'une proposition de loi sur l'affaire des enfants dits de la Creuse. Une histoire sombre et encore peu connue en France. Elle concerne l'exil forcé de milliers d'enfants réunionnais vers la métropole pour repeupler certains départements comme la Creuse. De 1962 à 1984, on estime que plus de 2 000 enfants ont été envoyés à plus de 10 000 km de leur île. Aujourd'hui, ces ex-mineurs déracinés ont plus de 50 ans et luttent depuis de longues années pour obtenir une reconnaissance et des réparations de l'État par rapport au préjudice qu'ils ont subi. Rencontre avec l'un d'entre eux. « Cette photo d'identité est la seule photo que je possède de mon enfance. C'est le moment où on m'a mise dans l'avion et qu'il a fallu que j'apprenne à me battre, à vivre. Et je lui parle. Je ne suis pas cinglée. "Tu sais ma petite, on va réussir. La vie va être plus douce." Là, j'avais dix ans. » Les yeux de Marie-Josée Virapin brillent et s'illuminent. C'est comme si sa vie s'était arrêtée à ses dix ans. « On nous a mis dans l'avion. Un aller sans retour. Et je n'ai aucun souvenir de ce voyage. Une amnésie complète, sauf au moment où il fallait prendre l'escalier mécanique. On avait nos petites chaussures serrées, on n'était pas du tout habitués, donc on avait une peur terrible. On pleurait, on criait comme elle. » À lire aussiLes enfants de la Creuse « Moi, j'ai vécu avec ce mensonge » Comme elle, ce sont des milliers d'enfants qui seront déplacés pour repeupler les zones rurales. Certains sont orphelins, d'autres non, mais ils sont emmenés parfois avec l'accord des familles, des parents souvent démunis et qui imaginent un avenir meilleur pour leurs enfants. La réalité fut tout autre. « La directrice m'a dit : "Tu es orpheline de père et de mère. Tu n'as ni frère ni sœur". Moi, j'ai vécu avec ce mensonge car c'en était un. J'arrive à consulter mon dossier et c'est là que j'ai vu que j'avais une famille. J'avais une maman. Et de suite, j'ai commencé à l'âge de 28 ans à effectuer mes recherches. J'ai retrouvé ma mère. C'est très difficile de retrouver sa famille, de créer des liens quand il n'y en a plus eu depuis très longtemps. » À lire aussiLes enfants volés de la Réunion « J'ai beaucoup de colère contre l'État » À 67 ans, Marie-Josée Virapin se considère comme une survivante. « J'ai beaucoup de colère contre l'État parce qu'il a fait une faute et qu'il doit la reconnaître et la réparer. Parce que nous, nos vies ont été brisées. » La députée de la Réunion, Karine Lebon, porte un texte à l'Assemblée qui vise à réparer financièrement et moralement les préjudices subis par les enfants réunionnais dits de la Creuse.  « Moi, ce que je dis tout le temps aux victimes, ce n'est pas possible de chiffrer une existence qui, finalement, est partie en miettes à cause d'une politique extrêmement néfaste de l'État. En revanche, on peut se dire que maintenant que l'État a reconnu sa responsabilité, maintenant qu'on octroie une réparation financière, on peut se dire que maintenant on va de l'avant. C'est ce que demandent les victimes. Mais elles ont conscience que ce qui a été fait ne peut pas être défait, malheureusement. » Si l'Assemblée nationale adopte le texte, il sera ensuite examiné par le Sénat. À lire aussiDéplacés de force en métropole, les «Enfants de la Creuse» vont être auditionnés

    À Marseille, Orange ferme temporairement son site après des impacts de balles

    Play Episode Listen Later Jan 25, 2026 2:22


    En France, l'insécurité qui touche certains quartiers conduit de grandes entreprises à reconsidérer leur implantation locale ; c'est le cas d'Orange, à Marseille. Située dans le quartier de Saint-Mauront, dans le centre de Marseille, l'entreprise a fermé en décembre à la suite de rixes à la sortie du métro, puis a de nouveau fermé temporairement en janvier après des impacts de balles retrouvés sur la façade du bâtiment. De notre correspondante à Marseille, À la sortie du métro National s'érige un complexe de grands bâtiments sécurisés par des grilles et des agents de sécurité, il s'agit de l'unique site de l'entreprise Orange à Marseille. Il abrite près de 1 200 salariés. Depuis décembre, ces derniers vivent une situation exceptionnelle : à la suite de bagarres à la sortie du métro, le site a été temporairement fermé pendant deux semaines, puis, lorsqu'il rouvre en janvier, les employés découvrent avec surprise quatre impacts de balles de kalachnikov sur la façade.  « C'est extrêmement impressionnant ! Quand on voit ça, on se dit : heureusement que le collègue n'était pas à son bureau et qu'à ce moment-là, il n'a pas eu besoin d'aller chercher une photocopie, témoigne Nadège Poët, représentante du syndicat CFE-CGC. Je pense que c'est plus pour nous effrayer, pour nous demander d'arrêter de porter l'alerte et pour nous faire partir. » Une dégradation des relations avec le quartier L'entreprise est à la recherche d'un nouveau site pour délocaliser une partie des salariés. Mais une chose est sûre, Orange ne quittera pas Saint-Mauront, il s'agit d'un site trop stratégique pour la compagnie de télécoms.  Orange est implantée depuis 1974 dans ce quartier populaire de Marseille où plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. « Avant, on jouait avec les équipes du quartier, on avait une équipe d'Orange qui jouait et les directeurs offraient au club de Saint-Mauront des maillots, des ballons, des sacs de sport. Il y avait quelque chose qui était fait socialement avec le quartier, se rappelle Olivier Neri, représentant CGT. On était implantés dans beaucoup d'associations de quartier, ça faisait du bien-être et c'était le vivre-ensemble. » Une situation qui a changé, déplore-t-il : « On sent que depuis une dizaine d'années, Orange a complètement arrêté et je pense qu'on est en train de le payer maintenant. » À écouter dans Grand reportageDrogue à Marseille, anatomie d'un système urbain  « Presque une fois par semaine, il y a un décès » Dans ce quartier où les garages côtoient les alimentations générales, les règlements de compte liés au narcotrafic sont fréquents. « C'est un quartier très pauvre, parce que la majorité des gens ne travaillent pas. Presque une fois par semaine, il y a un décès, déplore cette commerçante qui n'a pas souhaité donner son nom. Ce sont surtout les règlements de compte, les jeunes et tout... » Pour elle, la situation se dégrade dans toute la ville. « Maintenant, c'est presque dans tous les quartiers de Marseille. C'est de pire en pire, ajoute-t-elle. Là, maintenant, ils brûlent et mettent dans les coffres, ils tuent comme ça. On a trop peur pour nos enfants. » La préfecture de police des Bouches-du-Rhône a annoncé plus de rondes et de patrouilles policières aux abords du site.  À écouter dans 8 milliards de voisinsComment le trafic de drogue a infiltré le milieu du rap ?

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