Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats. Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

Ils sont essentiels au développement de l'intelligence artificielle (IA) : les data centers, ou centres de données, s'implantent désormais hors des grandes agglomérations, aux États-Unis mais aussi en France. Objectif : du foncier peu cher et un accès facilité aux infrastructures électriques. Google est actuellement en discussion pour installer son premier méga data center sur une commune rurale près de Châteauroux. Un projet piloté par la métropole, qui promet d'importantes retombées en termes d'emploi. Mais des élus de la petite ville d'Étrechet et un collectif citoyen s'inquiètent des conséquences environnementales. Ils dénoncent un projet qui se décide dans l'opacité. De notre envoyée spéciale à Étrechet, « On est exactement sur la zone qui devrait être vendue effectivement à Google », explique-t-il. Francis Martinet est l'un des membres du collectif Ozans dire non. Face à lui, à perte de vue, des terres agricoles, rachetées il y a plusieurs années par la métropole : l'équivalent de 300 terrains de football, où Google projette de construire huit à dix bâtiments alimentés par des pylônes électriques. « C'est vrai que nous sommes dans un territoire agricole. Nous, les grands bâtiments, les grandes surfaces, c'est quelque chose que l'on ne connaît pas bien. Bien sûr, il y a des usines sur Châteauroux, mais cela n'a rien à voir avec ces dimensions », souligne Marie-Pierre Chabenat-Canals, adjointe à la mairie d'Étrechet depuis le mois de mars. « Vous allez avoir les pylônes qui vont passer ici, avec 80 décibels... 80 décibels, je rappelle que c'est une tondeuse à gazon en permanence », prévient-elle. À lire aussiLa course folle aux «data centers» Avec trois autres élus (dont la maire), elle a récemment claqué la porte du conseil municipal. Des élus qui n'ont aucun pouvoir décisionnel depuis le transfert de la compétence d'urbanisme à la métropole il y a plusieurs années, et qui affirment avoir découvert le projet après les élections municipales. « Il nous a fallu comprendre de quoi on parlait. On s'est mis en lien avec le Shift Project, et dans le quart d'heure suivant, ils nous ont répondu immédiatement. Monsieur Gieste, qui est chercheur, nous a dit immédiatement : ''Je mets mes chercheurs à votre disposition'' », raconte-t-elle. Selon les projections du groupe de réflexion français, le site représentera à terme « 63% de la puissance électrique des centre de données raccordée actuellement au réseau français ». Une puissance électrique pouvant aller, selon les projections, jusqu'à la consommation d'un réacteur nucléaire standard. Le projet prévoit également la création d'au moins une nouvelle ligne à haute tension. Mais pour Gil Avérous, maire de Châteauroux et président de la métropole, ce gigantisme se justifie par des promesses d'emplois. « C'est a minima 1 500 emplois pérennes directs sur le site, qui s'ajoutent à ceux qui vont être liés à la construction pendant toute la phase chantier. Il y aura des emplois moins pérennes, mais qui seront en plus de ces 1 500 à terme, détaille-t-il. La référence, elle est assez simple : Google exploite déjà des centres de données en Belgique, à Charleroi, donc il suffit de voir quels sont les nombres d'employés là-bas, de ramener en proportion de ce qui va se faire ici pour avoir ce chiffre-là. On ne part pas de rien. Ce n'est pas une estimation au doigt mouillé. » Contactée par RFI, la filiale française de Google se refuse à confirmer ces chiffres. Pour Marie-Pierre Chabenat-Canals, l'argument économique ne peut pas faire oublier les préoccupations environnementales. « On nous dit : ''Vous devriez vous estimer heureux.'' C'est la réponse qui nous a été faite en conseil, séance enregistrée. Eh bien non, j'ai beaucoup de mal à entendre cela et à me contenter de ce discours. On veut des études chiffrées et indépendantes », insiste-t-elle. À lire aussiData centers: la pollution de l'eau, nouvelle menace environnementale? Des études chiffrées et indépendantes concernant notamment la consommation en eau du site ou le risque de rejet de PFAS, des polluants éternels. Des questions qui seront posées lors de la réunion publique de la Commission nationale du débat public, prévue le 9 novembre. Reste la question de la soutenabilité de ces centre de données géants face aux objectifs de sobriété énergétique. Jérémie Godet est vice-président écologiste de la région Centre-Val de Loire, en charge du climat : « La consommation énergétique totale, comprenant y compris les énergies fossiles, de la région en 2025, c'était 63 térawattheures. Juste le data center, ce serait 10 térawattheures, donc on est sur 1/6e. Moi, quand j'ai pris conscience de cette proportion-là, je me suis dit : en fait, on ne peut pas rester sans rien faire et sans rien dire, comme si ça allait créer quelques centaines d'emplois », s'alarme-t-il. À lire aussiBig data, big cata : enquête sur l'empreinte écologique des data centers

À deux jours de la présentation du budget pour 2027, plus de 150 manifestations sont prévues à travers la France ce mardi 29 septembre. Les défilés s'accompagneront de mouvements de grèves dans les services publics comme les établissements scolaires. À l'école élémentaire Paul Cézanne, à Pontoise, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, la grève est particulièrement bien suivie. Elle illustre les effets d'un budget toujours revu à la baisse. Dans cette école, au moins huit enseignants sur dix ont prévu de faire grève ce mardi. C'est le cas de cette institutrice qui presse le pas pour être à l'heure dans sa classe. Elle est déjà épuisée, moins d'un mois après la rentrée. « Personne ne réalise ce qui se passe dans une classe, c'est tellement difficile de faire classe, tout simplement. On ne demande même pas de salaire, juste des moyens pour bien faire notre travail, déplore l'enseignante. Et puis en plus, il y a un manque de volonté évident, je pense qu'ils n'en ont plus rien à faire. Je m'arrêterai là… » Une rentrée particulièrement difficile dans cet établissement qui accueille depuis le début du mois dix enfants souffrant de troubles autistiques. Le dispositif Ulis a pour but d'inclure des élèves handicapés dans des classes ordinaires, mais les moyens n'ont pas suivi. « Nous ne refusons pas l'inclusion. Nous voulons simplement une inclusion de qualité, souligne Olivier Delouze, instituteur et représentant syndical. Alors, il y a un bon côté qui est affiché en termes de com' par un gouvernement où il nous faut une société inclusive. Ça, nous sommes tout à fait d'accord. Or, ça suppose des actes professionnels qui ne sont absolument pas ceux qui ont été mis en place. Et donc vous avez une explosion des souffrances au travail, par exemple pour les personnels. Et ici, c'est ce qui mobilise principalement pour la grève. » Lisa fait partie des grévistes également. Elle n'est pas enseignante mais AESH, c'est-à-dire accompagnante des élèves en situation de handicap. C'est l'une des rares professionnelles de cette école à accompagner spécifiquement les élèves handicapés. « Avec ma collègue, on est deux pour dix enfants répartis dans plusieurs classes. En fait, on passe notre temps à courir et à essayer de parer l'urgence uniquement, entre celui qui va vous taper dessus, celui qui va s'enfuir parce que ça ne va pas non plus… Et donc du coup, on court de crise en crise pour essayer que ça ne déborde pas et que ça impacte le moins possible les autres, déplore-t-elle. On nous demandait d'accompagner les enfants, maintenant on nous demande juste qu'il n'y ait pas de conséquences sur les autres enfants ou sur les collègues. » À lire aussiÉcoles parisiennes: un plan anti-violences annoncé par le nouveau maire Emmanuel Grégoire « Je ne vous cache pas que c'est épuisant » À l'entrée de l'école, la collègue de Lisa et une surveillante accueillent justement l'une de ces élèves autistes. La petite fille aux longues tresses semble calme, mais lorsqu'il est question de rejoindre sa classe, c'est la crise. Elle refuse d'être touchée. Des enseignants viennent à la rescousse. Une situation banale dans cette école. « Nous, on le voit au quotidien le manque de moyens pour pouvoir enseigner correctement auprès des élèves de cette école, explique Stéphanie Crislip, la mère de deux élèves. Et avec des promesses qui avaient été faites par l'inspection académique pour pouvoir implanter ce dispositif correctement et des promesses qui ne sont pas tenues. On a l'impression que constamment, il faut lutter pour obtenir des conditions d'enseignement dignes pour nos enfants. Et c'est… Je ne vous cache pas que c'est épuisant. » Un avis partagé par les familles rencontrées devant les grilles de l'établissement, même si le mouvement pèse sur leur quotidien. « Ça va être un peu compliqué. J'ai trois enfants et il faudra pas que ça dure parce que beaucoup de choses seront vraiment bloquées », dit l'une. « On reste à la maison, en télétravail par exemple, c'est pas forcément évident », commente un autre. « C'est des compétences qui s'apprennent, ça fait des années avec le Covid et tout ça. On a à peu près l'habitude. Si c'est une journée comme ça, ça peut passer », précise l'un. « Ils sont mal payés, mal considérés, donc il y a que ça qui permet de faire bouger les choses », finit un autre. En juin dernier, enseignants et parents de l'école Paul Cézanne se sont déjà battus pour éviter la fermeture d'une classe. Sans leur mobilisation, les effectifs seraient passés à 26, voire 27 élèves par enseignant au lieu de 24 aujourd'hui. À écouter dans 8 milliards de voisinsSexisme : ce que l'école fait aux filles

En football, l'équipe de France est à Bruxelles pour y affronter la Belgique. Match comptant pour la Ligue des Nations. Les Bleus de Zinédine Zidane tenteront de confirmer leur victoire obtenue en Turquie vendredi (1-0). Le nouveau sélectionneur commence à prendre ses marques. Il faudra du temps pour voir les conséquences sur le terrain, mais pour l'instant, tout va bien pour l'ancien numéro 10 des Bleus. Belgique - France, coup d'envoi ce lundi à 18h45 TU. Les Bleus affronteront ensuite l'Italie vendredi puis de nouveau la Belgique lundi prochain au Stade de France. Izmit n'est pas la destination la plus accessible quand on vit en France : 3 000 kilomètres à peu près en partant de Paris. Mais ils étaient quelques centaines à avoir fait le déplacement vendredi pour soutenir les Bleus et leur nouveau sélectionneur, Zinédine Zidane. « On était un peu haut, donc on l'a vu de loin. C'est le top du top. Zidane, ça fait toujours quelque chose. Il représente tout, 98, les deux buts en finale. Il représente aussi 2006, un magicien. On est tous fans depuis tout petit, donc c'est énorme », affirme Franck. « C'est clair que Zidane, ça représente énormément pour nous et pour le foot français. C'est quand même un moment très spécial… », ajoute Julie. Ce match contre la Turquie, moment historique pour le champion du monde 1998 qui rêvait depuis longtemps de prendre en main les Bleus, en tant que sélectionneur. L'histoire retiendra que, pour sa première, Zidane et une partie du staff sont arrivés en retard au moment des hymnes. « Le protocole, ça a été plus vite que prévu, j'ai eu un petit retard à l'allumage. J'aurais préféré arriver avec le début », déclare Zinédine Zidane. Peut-être le signe d'une certaine nervosité, malgré le palmarès et l'aura de la star. « Cette victoire est pour lui » La France n'a pas été transcendante face à la Turquie mais elle s'est imposée 1-0 grâce à un but de son capitaine Kylian Mbappé. Et pour Rayan Cherki, titularisé au milieu, c'est l'essentiel. Il fallait bien lancer cette nouvelle ère. « Franchement, c'est un pur plaisir. Parce qu'on connaît son passé de joueur. On connaît son passé d'entraîneur. On avait à cœur de commencer cette nouvelle aventure avec une victoire. Commencer avec une victoire comme celle-ci, c'est vraiment bon à prendre. Parce que le match n'était vraiment pas facile au vu des circonstances. Donc, on est vraiment content. Cette victoire, elle est pour lui », raconte le joueur. À lire aussiLigue des nations: en équipe de France, l'ère Zidane s'ouvre vendredi en Turquie Cherki partage avec son coach le goût pour l'art de la passe, du contrôle, et des espaces impossibles à trouver pour les autres. Mais il n'était pas né en 1998. Il a donc vu les exploits de Zidane joueur, sur des vidéos. Pour cette génération aussi, le Marseillais est une légende vivante, comme l'explique Adrien Rabiot : « Je pense que c'est quand même un peu le cas. On connaît très bien l'importance qu'il a eue au niveau du foot français. En tant que joueur, maintenant en tant que coach, il était très attendu. Évidemment, du fait de son aura, il prend beaucoup de place. Les gens en attendent beaucoup et c'est normal. Je pense que lui, il essaie de se mettre en retrait le plus possible. Pour laisser cet aspect-là aux joueurs. Laisser les joueurs s'exprimer au maximum. » Un entraîneur discret, malgré les succès L'ancien numéro 10 succède à Didier Deschamps, qui aura passé 14 ans sur le banc tricolore. Et sa nomination était très attendue. Tous les regards sont donc tournés vers lui, il doit bien l'accepter. « Oui, ça m'agace, regrette Zidane. Je crois qu'il faut juste accepter comme les choses sont faites. Après, je ne cherche pas ça et je ne suis pas là pour ça. Je vais essayer de faire mon travail avec mes joueurs. Essayer de mettre quelque chose en place, qu'on puisse gagner des matchs. Et ça, c'est ce qui m'intéresse le plus… » Tout au long de sa carrière de joueur, puis d'entraîneur du Real Madrid, avec qui il a gagné trois Ligue des Champions de 2016 à 2018, Zidane a cultivé l'art de la discrétion, malgré les succès. Et il n'entend pas changer de méthode. « Je ne le connaissais pas personnellement. Mais j'ai l'impression que c'était quelqu'un d'assez discret, assez réservé, qui se montre peu. Et qui aime garder les choses dans l'intime. C'est un peu ce qui se passe en équipe de France. J'ai l'impression qu'il est avec nous comme il est à l'extérieur… », souligne Adrien Rabiot. À lire aussiLigue des nations: Zinédine Zidane commence par une victoire contre la Turquie pour sa première sur le banc français C'est pour cette raison qu'il s'est entouré d'un noyau de fidèles, limitant au maximum les intervenants extérieurs. Et personne ne viendra le contester. Pour les supporters, il est l'homme de la situation. « C'est une légende. Maintenant, on attend la suite et on est confiant. Et puis on compte sur lui. Avec une belle équipe, du sang nouveau, ça va être bien », déclare Kaya, supporter. Des choix forts, une identité de jeu plus assumée. La patte Zidane commence à s'exprimer. Son statut d'icône le rend intouchable. En tout cas, tant que les Bleus continuent à gagner. À lire aussiZinédine Zidane: «L'équipe de France, c'est la seule chose que je voulais faire»

Alors que le pape est attendu au Stade de France ce 25 septembre au soir, l'évêque de Saint-Denis, Mgr Étienne Guillet, souhaite que cet événement ne soit pas une fête que pour les catholiques. Les jeunes de 17 à 35 ans seront à l'honneur pour une veillée de prière avec le souverain pontife. Le pèlerinage diocésain de Notre-Dame-des-Anges à Clichy-sous-Bois est un grand rendez-vous catholique de la Seine-Saint-Denis. Il a pour but de lancer la rentrée pastorale. Ce dimanche 14 septembre, ce pèlerinage avait une couleur particulière, les jeunes fidèles se préparaient à la venue du pape dans la joie. Grand gabarit, col romain et croix sur la poitrine, le sémillant évêque de Saint-Denis, Mgr Étienne Guillet, attend la venue du pape avec impatience. « Je crois que la venue du pape en Seine-Saint-Denis, au Stade de France, c'est une très grande fierté pour les gens, se réjouit-il. Moi, je l'entends : "Le pape vient chez nous ! Le pape vient chez nous !" » La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, plus de 130 nationalités différentes, forte présence musulmane, a du mal à se défaire de certains préjugés. Tresses rouges qui tombent sur les épaules, Ivana en est sûre, la présence du souverain pontife au Stade de France est un événement qui dépassera les seuls catholiques. « C'est hyper important qu'il vienne parce qu'il y a toutes les origines, toutes les religions. C'est cosmopolite. Du coup, qu'il vienne, c'est vraiment pour nous montrer que la jeunesse, on est aussi important que les autres et que la religion n'a pas de couleur, affirme la jeune fille. Le fait qu'il vienne, ça montre vraiment qu'il s'intéresse à nous, qu'on n'est pas mis de côté et que finalement, on est tous Français. Le fait qu'il nous accorde de son temps dans le 93, c'est beau. » Le plus jeune évêque de France se démène justement pour qu'il y ait un dialogue entre les religions dans son département de Seine-Saint-Denis. « Ce n'est pas la guerre des religions. Ça ne veut pas dire qu'on est naïf, ça ne veut pas dire qu'on ne dit pas qu'il n'y a pas de problèmes. De temps en temps, il y en a et s'il y a des problèmes, il faut pouvoir le dire. Mais l'essentiel, c'est qu'on puisse vivre en paix et qu'on se reconnaisse, souligne l'évêque. Et il n'y a rien de tel que de se rencontrer. C'est pour ça que ce qui nous a paru important au Stade de France, c'est qu'aussi certains de nos jeunes invitent certains de leurs amis qui ne sont pas chrétiens. Il y aura des musulmans, il y aura des hindous, il y aura des bouddhistes, il y aura des sikhs, il n'y aura pas beaucoup de juifs parce que le vendredi soir, c'est shabbat. Et pour nous, c'était important qu'ils soient aussi présents, cette diversité de la Seine-Saint-Denis au Stade de France, parce que c'est ainsi que vivent tous nos jeunes. » À lire aussiDix choses à savoir sur la visite du pape Léon XIV en France Faire confiance à la jeunesse Originaire du Cameroun, Marc, 28 ans, est venu en famille au pèlerinage de Clichy-sous-Bois. Il veut croire à un catholicisme vivant dans le 93. « On a l'impression que les jeunes ne vont plus à l'église, que c'est que des vieux et que les églises se vident. Mais on voit quand même que depuis à peu près cinq ou dix ans, des jeunes demandent de plus en plus le baptême, et je pense que c'est un signe, affirme-t-il. Et la venue du pape pourra aussi un peu redonner envie à ceux qui hésitent de pouvoir s'engager et servir le Seigneur. » Dans le diocèse de Saint-Denis, l'Église de France ne recense pourtant qu'un peu plus de 1 % de catholiques pratiquants. Madeleine porte un foulard noué sur la nuque, des socquettes et des sandales. Elle commente la devise du pape. « Le thème, c'est : "Pour que le monde ait la vie", on voit bien ce que ça vient faire dans le contexte politique. Donc j'imagine qu'il va insister sur tout ce qui permet la vie, sur le fait que le Christ nous donne la vie, qu'il faut protéger la vie. Et effectivement, vu les événements récents en France, on comprend bien qu'il veuille appuyer là-dessus. Moi, ça me paraît aussi extrêmement important. » Ivana se dirige vers la messe. Elle voudrait que le pape fasse confiance aux jeunes. « La jeunesse, on a tellement de trucs à dire, tellement de trucs à faire, on est tellement intelligents que ce serait beau qu'on fasse, je sais pas, un projet ou je sais pas. » Alors pour rien au monde elle n'aurait cédé sa place au Stade de France. À lire aussiL'engouement pour la venue du pape Léon XIV, reflet d'un regain du catholicisme en France?

Le pape Léon XIV est attendu à partir de vendredi en France pour une visite officielle de quatre jours, la première d'un chef de l'Église catholique depuis celle de Benoît XVI en 2008. Il se rendra à Lourdes, dans le Sud-Ouest samedi et dimanche, où il rencontrera sept victimes de violences sexuelles commises au sein de l'Église. Une rencontre en petit comité avec des profils variés, des hommes et des femmes, mineurs et majeurs au moment des faits, et ce alors que Léon XIV a promis de mieux lutter contre le fléau des violences sexuelles. Mais alors qu'attendent les autres victimes de ce voyage en France du Pape, celles qui ne rencontreront pas Léon XIV ? Le témoignage de trois victimes. À lire aussiLéon XIV en France : une visite officielle comme une autre?

Alors que le pape Léon XIV arrive en France vendredi 25 septembre pour la première visite d'État d'un pontife dans l'Hexagone en 18 ans, sa venue abordera les domaines de la géopolitique mais aussi de la spiritualité, avec une journée dans la ville sainte de Lourdes, et une séquence solidarité. Pour cela, Léon XIV se rendra à la Maison Bakhita, une association catholique, lieu de ressource et d'accompagnement des exilés. « Le pape arrivera par le haut de la rue, fenêtres fermées. Ce ne sera pas la papamobile et il rentrera directement dans la maison. Maison Bakhita, diocèse de Paris. » Dans un quartier populaire du nord de Paris, la Maison Bakhita accueille depuis cinq ans des exilés de façon inconditionnelle, quels que soient leur religion et leur statut administratif. Certains viennent y chercher un moment de convivialité, des loisirs, d'autres des cours de français, des formations aux métiers de la menuiserie, de la couture ou de la cuisine. Valérie Moniot est la présidente de l'association : « Donc là, je pense que nous l'accueillerons avec Monseigneur Ulrich, l'archevêque de Paris ici, et il y aura un comité d'accueil avec différentes associations. Et nous allons prendre l'escalier parce que les ascenseurs pour les déplacements du pape, on n'aime pas trop ça, on ne sait jamais, un ascenseur reste coincé. » Son équipe a eu à peine plus d'un mois pour préparer cette visite, qui ne doit durer qu'une demi-heure. Au détour d'un couloir, elle croise Thierry Desjuzeur. Il préside l'une des autres associations que Léon XIV vient rencontrer ce samedi. Tous les moments sont bons pour peaufiner les derniers détails : « Dans le mot d'accueil, je vais mettre des mots clés en décrivant un petit peu l'association et à la tienne et je ne sais pas quels mots : "Nos valeurs, c'est la gratuité, la fidélité, l'inconditionnalité" » Son association « Aux Captifs, la libération » anime l'atelier couture au sein de la Maison Bakhita. L'ONG tend la main aux plus vulnérables, les personnes à la rue, les prostituées. Ce jour-là, cinq jeunes femmes nigérianes s'affairent sur des machines à coudre. Sunday assemble consciencieusement deux rectangles de tissu : « C'est un étui pour avoir vos lunettes toujours bien protégées. » L'Atelier Bakhita répond à des commandes d'entreprises de particuliers. En retour, Sunday touche un petit pécule, mais cette activité lui apporte bien plus. « Tous les jours, je dois me préparer, venir travailler. Ça m'aide à être occupée. Je ne peux plus me permettre de dormir toute la journée. Cela a beaucoup changé mon quotidien. « Sunday et les autres n'auront pas la chance de rencontrer le Pape. Seules quelques accueillies pourront s'entretenir avec Léon XIV. Une chance inestimable pour Thierry Desjuzeur : « Pour les personnes, cette rencontre peut vraiment être un moment de bascule et un déclic dans leur parcours de vie. » Une visite vécue comme un honneur Même pour les autres habitués de la Maison Bakhita, la visite du pape est vécue comme un honneur, une source de joie. Charlotte, une quinquagénaire originaire de Côte d'Ivoire, vient ici chaque semaine suivre des cours de peinture : « Le pape va venir à nous. Habituellement, c'est nous qui partons chercher le pape, mais il viendra à nous. Je vais voir ça à la télévision, mais ça me fait bien qu'il sera ici quand même. On va marcher sur ses pas. Sa bénédiction va nous contaminer. » Des pas qui mèneront le pape jusque dans la salle de convivialité de la maison : « Qui est assez vaste, vous voyez ? Et là, il y aura une quarantaine de personnes, ajoute Valérie Moniot. Mais lui-même fera une allocution pour le monde. Et là, j'imagine que son message sera d'oser la rencontre interpersonnelle avec l'étranger, avec le SDF dans la rue. Après les convictions politiques même de tout un chacun, reconnaissez en l'autre, non pas un problème social, mais un autre vous-même. » Ce message accompagnera Léon XIV jusqu'à Lourdes ce dimanche où il rencontrera plus de 500 personnes en grande précarité. À lire aussiVisite du pape Léon XIV en France : quels enjeux pour le catholicisme, quelles attentes?

À Marseille, la consommation de crack a fortement augmenté ces derniers mois avec de plus en plus de consommateurs dans la rue. Après un été caniculaire, les habitants du Ier arrondissement de la ville sont à bout, tous les jours témoins de prostitution et de consommation de drogue à ciel ouvert. Ils réclament l'ouverture d'une Halte soins addiction (HSA) pour prendre en charge les consommateurs qui vivent dans la rue, deux ans après l'abandon du projet. De notre correspondante à Marseille, En ce dimanche matin de septembre, les habitants du square Labadié ont décidé d'organiser un vide-greniers sur une place d'ordinaire plus utilisée pour la consommation de crack et le trafic de drogue. « Avec la canicule, on a dû ouvrir nos fenêtres et dormir les fenêtres ouvertes, avec des cris de douleur à toute heure de la nuit, soudains et brusques, des filles qui se font ramasser, qu'on retrouve en sang, sans les dents, des gens qu'on retrouve complètement inanimés sur le pas de nos portes, en plein soleil », déplore Jacques-Antoine, habitant du quartier. Des exemples, Jacques-Antoine en a plein. À son stand d'information, il écoute patiemment les souffrances de ses voisins : « Ça tape aussi sur les nerfs de tout le monde. Je discute avec des gens qui sont au bord du burn-out. » Le Sleep In, qui disposait de 15 places d'hébergement et proposait des consultations médicales dans le quartier de la gare, a fermé en mai pour travaux, sans offrir de solution alternative. Pour Josette, qui habite le quartier depuis 1974, cette fermeture a provoqué un déclic : « C'est le résultat de la fermeture. Donc, pour ceux qui ne veulent pas qu'il y ait des lieux comme ça, ils ont bien tort, parce que ça permet quand même de prendre en charge les personnes en très grande difficulté. Je ne voudrais pas de la répression, mais qu'on s'occupe de ces personnes, qu'on les accompagne, qu'il y ait d'autres Sleep In. » Impuissants face à la situation, les habitants se sentent abandonnés. Ils subissent au quotidien des images violentes, des cris, et voient, sur le pas de leur porte, des personnes à la rue extrêmement vulnérables. Murielle milite pour l'ouverture d'une Halte soins addictions (HSA), une salle de consommation de drogues, et a décidé de s'engager dans une association qui effectue des maraudes : « Il y a un dispositif qui offre quelques logements, quelques hébergements, qui vient d'ouvrir, et on peut observer à quel point ça va vite, beaucoup mieux. J'en connais certains qui, en l'espace d'une semaine, se sont transformés et vont beaucoup mieux. Et ça, ça fait plaisir et ça démontre que l'accès au logement est la priorité. » « Quand on vit dans la rue, consommer une substance qui va nous faire oublier cette situation, c'est une logique de survie » De son côté, Hassin a été cantonnier dans le quartier. Lors de ses tournées, il collectait systématiquement des seringues et d'autres matériels usagés : « Quand j'étais au chômage, je ramassais une moyenne de 10 seringues par jour. C'est une catastrophe. Ce n'est pas passible de ne pas s'en occuper. Il faut protéger nos enfants et nos animaux. » Les consommateurs de crack sont de plus en plus jeunes, avec de plus en plus de femmes, remarque Marianne Poisson, coordinatrice de Tempo pour Médecins du Monde, un dispositif qui vise à réunir et à coordonner toutes les structures d'aide socio-médicale : « La consommation de substances est une échappatoire, c'est une logique de survie, en fait, dans la rue. C'est totalement corrélé à la précarité, à la vulnérabilité croissante des publics concernés. Quand on vit dans la rue, qu'on n'a pas d'autre perspective que la rue, la débrouille, etc., ben honnêtement, consommer une substance qui va nous faire oublier cette situation, c'est une logique de vie. En fait, c'est une logique de survie. » Le maire divers gauche de la ville, Benoît Payan, a saisi le Premier ministre avant l'été pour demander la mise en place d'un plan interministériel dédié à la prise en charge des scènes de consommation à Marseille… Une lettre restée, pour l'instant, sans réponse. À lire aussiDrogue à Marseille, anatomie d'un système urbain

Trois millions d'étudiants font leur rentrée en France, dans l'enthousiasme, mais aussi dans le stress pour trouver un logement. Face à une demande croissante, l'offre ne suit pas et les prix ne cessent d'augmenter. Résultat : de nombreux jeunes peinent encore à trouver un logement abordable dans les grandes villes. Selon une étude de l'association de consommateurs Que choisir publiée en juillet 2026, les propriétaires de studio ou petit T2 reçoivent en moyenne entre 750 et 1 000 demandes. Cassiopée Etchevers a rencontré ces étudiants toujours à la recherche d'un appartement. À lire aussiLa France prive les étudiants étrangers et non-boursiers d'aide au logement

Le week-end du 19 septembre, la France fêtera les Journées du patrimoine, l'occasion de découvrir ou redécouvrir des bâtiments historiques, mais aussi des jardins, des parcs et des forêts. Alors que, selon l'institut de statistiques Insee, environ 80 % des habitants en France habitent dans des espaces urbains, les visites guidées dans des espaces verts seront nombreuses cette année. À Paris, des balades sont organisées dans le parc des Buttes-Chaumont pour découvrir des plantes sauvages comestibles. Autour d'un arbre, une vingtaine de personnes regardent avec intensité des petits fruits rouges. Ils écoutent Christophe de Hody, qui tient un fruit dans sa main. « La graine à l'intérieur, si j'en mange plusieurs, je meurs… La seule partie qui se mange, c'est la partie rouge qui entoure la graine, mais la graine est mortelle, vous avez compris les enfants ? » Les enfants, assis dans l'herbe, le regardent avec de grands yeux. Autour d'eux, le groupe est composé de personnes de tous âges. Ils sont venus l'écouter pour apprendre à identifier les plantes sauvages comestibles dans un parc au milieu de Paris. La balade fait partie du programme gratuit du Chemin de la nature, l'entreprise de Christoph de Hody, qui propose des formations sur la biodiversité en France. Il y a seulement une ou deux générations, savoir reconnaître les plantes faisait partie du quotidien. « La transmission de génération en génération s'est un peu arrêtée, et c'est ce qui marchait le mieux finalement pour répandre la connaissance, pointe-t-il. C'est un savoir qui se perd de plus en plus au niveau de la population, de moins en moins de gens vont connaître des espèces, savoir les identifier, connaître leurs usages, les cueillir, les consommer. » Et mieux connaitre peut aussi dire mieux savoir protéger notre environnement, poursuit Christophe de Hody. « Plus on connaîtra la nature – identifier les espèces, connaître leurs usages, et donc leur valeur directe pour l'humain, en plus de leur valeur pour les écosystèmes –, plus on la comprendra, plus on saura comment la protéger, comment l'utiliser sans l'abîmer, argumente-t-il. Toutes ces connaissances-là mèneraient forcément à vouloir la préserver, à vouloir qu'elle aille de mieux en mieux, parce que finalement, on en fait partie. » À lire aussiMicropousses et fleurs comestibles: quand la nature a bon goût Cueillir des plantes sauvages Au pied d'une petite colline baignée de soleil, Christophe de Hody montre des carottes sauvages puis fait passer une fleur. Lisa a 26 ans, elle découvre pour la première fois la flore sauvage à Paris. « Moi, je trouve ça super génial de comprendre un petit peu plus le monde qui nous entoure, de voir que même en plein milieu de Paris, de voir qu'il y a quand même des plantes consommables, c'est surprenant », s'enthousiasme la vingtenaire. Les plantes que l'on peut manger dans Paris, pour Kira aussi c'est une surprise. Mais en France, il y a plus de 6 000 espèces végétales. Alors pour éviter celles qui sont toxiques, il faut être sûr de soi quand on identifie une plante. Pour apprendre, Christophe de Hody a fait plusieurs formations de botanique. Mais une fois l'apprentissage effectué, il faut pratiquer sur le terrain. « Un bon lieu pour cueillir, c'est déjà un lieu où c'est autorisé : pas chez quelqu'un et pas dans les parcs de Paris. Et c'est un lieu qui n'est pas dans un endroit dont on sait qu'il est pollué. Pas au bord de la route, pas dans une décharge, pas autour d'une usine. pas trop dans les champs cultivés non plus, liste Christophe de Hody. Et donc c'est un endroit qui est éloigné de ces zones. » Pour cet amoureux de la nature, le meilleur avantage de son métier, c'est son bureau au milieu des plantes. Aujourd'hui aussi la journée se termine sous les branches d'un grand arbre, avec une liqueur de camomille sauvage pour le groupe. À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris

Familièrement appelé proto, gaz hilarant ou ballon, le protoxyde d'azote fait des ravages en France. Sa consommation fait partie des infractions dites « du quotidien », contre lesquelles le gouvernement entend lutter avec son projet de loi RIPOST, adopté cet été. Son usage détourné sera davantage encadré et considéré comme un délit. Les mineurs représentent 10% des signalements alors même que la vente leur est interdite. À Paris, un centre de loisirs, géré cet été par des policiers dans le cadre des Journées républicaines de la jeunesse, a sensibilisé les adolescents à ces dangers. Assis en demi-cercle, une vingtaine d'adolescents âgés de 12 à 17 ans écoutent avec un grand intérêt la présentation sur les dangers du protoxyde d'azote. Certains passent tous leurs étés dans ce centre gratuit où le directeur Zakaria Fosso, brigadier-chef de police, leur propose des activités sportives, des voyages, mais veut aussi les protéger des dangers comme le protoxyde d'azote. « On sait que c'est encore un peu tôt pour pouvoir consommer ce produit, mais le but pour nous, la prévention, c'est que si un jour ils sont amenés à le rencontrer, ils se disent : le policier qu'on connaît m'en a parlé. Je sais quel est le risque derrière, explique le directeur. On cherche à planter cette petite graine qui fait que plus tard, ils auront ce message-là. Quoi qu'il arrive. » Attirés par les effets euphorisants du produit, les consommateurs s'exposent à d'autres effets moins désirables, comme un manque d'oxygène ou une perte de connaissance et, à plus long terme, des troubles de la mémoire ou encore une perte de sensibilité. Après avoir bien intégré ces risques, chaque enfant se munit d'un casque de réalité virtuelle immergé dans une soirée a priori banale. Ce garçon de quatorze ans est dans la peau d'un personnage. Il doit prendre des décisions : « Alors soit je reste à la soirée, soit je rentre. La personne, elle est bourrée, c'est elle qui conduit. Pour moi, c'est risqué, mais j'ai envie d'essayer pour voir ce qui se passe quand quelqu'un conduit avec du protoxyde. Et donc là, j'ai pris la voiture. Celui qui conduit, il est en train de prendre du protoxyde. » Malheureusement, tous les choix mènent à une issue tragique : « On s'est fait écraser parce qu'il pouvait plus utiliser ses pieds. Il était complètement paralysé. Le camion nous a foncé dessus », poursuit l'adolescent. À lire aussiDe nombreuses bouteilles de protoxyde d'azote explosent dans les usines d'incinération Un jeune sur dix a déjà inhalé du protoxyde C'est Maxence Berthon, de la Fondation VINCI Autoroutes, qui propose cette expérience. Il insiste sur une réalité : un jeune sur dix parmi les moins de 35 ans a déjà inhalé cette substance. Et parmi eux, la moitié était au volant d'une voiture. « L'idée, c'était de pouvoir faire prendre conscience aux jeunes à travers ce film, de jouer un peu sur leurs émotions aussi et de faire en sorte que, en sept minutes top chrono, ce qu'est la durée du film, ils repartent vraiment avec le sentiment d'avoir été sensibilisés, insiste Maxence Berthon, et aussi peut-être qu'ils se sentent porteurs de message auprès d'autres camarades qui pourraient soit prendre du protoxyde d'azote, soit être tentés à l'occasion d'une soirée. » L'atelier a convaincu ce groupe de filles. « Moi, je trouve que c'était bien, c'était bien fait et c'était vraiment réaliste, approuve l'une. Je n'ai jamais testé, ça m'a juste fait réaliser que c'est dangereux, on peut être paralysé, on peut mourir. » L'atelier l'a convaincue de ne jamais en prendre. « La ville où j'habite, par exemple, je vais passer le soir avec ma sœur en voiture vers 23 h et je les vois dans un coin, dans des parcs où il y a des enfants et tout, raconte une autre. Moi, ça me dégoûte, c'est dégueulasse. On les voit, ils marchent comme ça et tout. On dirait des zombies. » Même si la vente est interdite aux mineurs, il est relativement facile pour n'importe qui de détourner l'usage de ce produit, que l'on trouve notamment dans les siphons de chantilly. En 2022, le nombre d'intoxications a triplé sur l'année et continue d'augmenter. Alors, la vigilance du directeur Zakaria Fosso ne s'arrête pas à cette matinée de prévention. « C'est un fléau où, pour certains, une fois qu'ils sont dedans, ils ne s'en rendent pas compte, souligne-t-il. Nous, notre rôle aussi, quelque part, c'est de dire : si jamais il y a des questions, si jamais il y a des interrogations, s'il y avait un problème, on est là pour vous. » En cas d'urgence, il est crucial d'être pris en charge rapidement. Le gouvernement conseille de contacter les secours ou le numéro d'aide Drogues Info Service : 0 800 23 13 13. Le volet protoxyde d'azote de la loi RIPOST prendra effet le 1ᵉʳ février prochain. À lire aussiDrogues: l'agence européenne alerte sur des produits «de plus en plus variés»

C'est un lancement réussi pour la fusée Vega-C, au port spatial européen à Kourou, en Guyane française, un lancement qui a eu lieu dans la nuit du lundi 14 septembre. Vega-C emportait avec elle deux satellites. Le premier est chargé de surveiller la santé des plantes, l'autre doit observer les océans et les terres émergées. De notre envoyée spéciale à Kourou, Ces satellites sont désormais en orbite basse, à 815 km au-dessus de nos têtes. Alors que le changement climatique s'aggrave, les données fournies par les satellites sont devenues essentielles pour comprendre notre impact sur la planète et réagir face aux catastrophes qui se multiplient. À quelques minutes du lancement, la tension était palpable sur la terrasse du centre de contrôle Jupiter. Et le ciel nocturne s'est soudain illuminé sous le feu du propulseur de la fusée. Vega-C s'est élancée au-dessus de la forêt tropicale. « La fusée a été tellement rapide ! Je ne m'attendais pas à ça !, s'exclame Marco Celesti, l'un des scientifiques de la mission. Et quand vous entendez "le bang sonique", là vous réalisez que ce n'est pas juste une lumière qui s'élève dans le ciel mais une fusée qui transporte des satellites tout là-haut ! C'est vraiment incroyable. Fabuleux. » Cela fait 13 ans qu'il travaille sur ce projet et dans quelques jours, les satellites enverront les premiers relevés. « Et c'est là que commencera le vrai voyage pour les chercheurs : analyser les données et faire les découvertes scientifiques qu'on espère avec cette mission », s'enthousiasme le chercheur. Les deux satellites vont voler en tandem. Si le premier est plus expérimental, le second, Sentinel 3-C, complète une série de satellites d'observation de la Terre déjà en orbite : les satellites du programme européen Copernicus, qui compte d'ailleurs déjà d'autres Sentinel-3. Comprendre le changement climatique Et c'est Eumetsat, aux côtés de l'Agence spatiale européenne, qui va opérer le satellite pendant tout son séjour dans l'espace et récupérer ses données, essentielles pour comprendre le changement climatique. « La série de satellites Sentinel-3 fournit des observations extrêmement utiles face au changement climatique et à ses conséquences. Cette année, les Sentinel-3 ont été très importants pour observer les feux de forêt, souligne Phil Evans, directeur général d'Eumetsat. Ils montrent où débutent les feux et leur intensité. Et plus tôt les services de secours peuvent détecter ces feux, plus vite ils peuvent déployer les moyens de les éteindre et donc éviter des catastrophes. » Sentinel-3 est aussi un champion de l'observation de l'océan. « L'océan joue un rôle central par rapport au changement climatique. C'est lui qui entraîne les évènements météos, poursuit Phil Evans. El Niño, par exemple, est très fort cette année et sera peut-être le plus fort jamais enregistré. Et il se forme par un réchauffement de l'océan Pacifique qui va changer la météo partout sur Terre. Et comme Sentinel-3 mesure la température de l'océan, il peut directement mesurer El Niño. Et il est aussi équipé d'un altimètre, et cela peut être utilisé pour calculer très précisément les courants et les mouvements de l'eau. Sentinel-3 est donc un outil très important pour suivre le développement d'El Niño. » À lire aussiAu sommet sur l'espace à Paris, la gouvernance mondiale spatiale au cœur des échanges Une quantité énorme de données Chaque jour, la dizaine de satellites du programme Copernicus fournit près de 25 térabits de données, toutes en accès libre et gratuit. « On a le système d'observation de la Terre qui est probablement le meilleur au monde, avec une quantité de données énormes qui sont générées par des satellites, se réjouit Mauro Facchini, chef du programme Copernicus à la Commission européenne. C'est très important d'avoir une souveraineté en Europe parce que les choses peuvent changer très rapidement et on doit être maîtres de notre technologie et ne pas être dépendants des autres. Parce que celui qui est un ami aujourd'hui peut ne pas l'être demain. C'est bien de coopérer, mais en même temps, c'est important d'avoir nos capacités propres et une indépendance. » Deux heures après leur lancement, les satellites sont arrivés en orbite et ont commencé à prendre le pouls de notre planète. À lire aussiEspace: satellites et débris s'accumulent autour de la Terre, l'ESA alerte sur les risques de collision

Le projet d'un méga-incinérateur de déchets, baptisé « Thermo-sur-Seine », suscite l'inquiétude des habitants et associations à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Le 16 juillet, ils ont manifesté devant l'Hôtel de Ville pour faire part de leur opposition. L'installation doit contribuer à alimenter en chaleur des logements et des établissements, notamment des hôpitaux, à Paris et en petite couronne. Ses défenseurs estiment que le projet participera « à la décarbonation du réseau de chaleur francilien ». Pour la mairie de Paris, à l'initiative du projet, c'est un « pilier de la transition énergétique du réseau », mais se pose la question de la santé et de l'environnement. « C'est contre l'incinérateur qu'ils veulent construire… » Dans les rues de Vitry-sur-Seine, Lucie, membre du collectif ACID-Vitry, distribue des tracts aux passants sans relâche : « On souhaite que le maximum de personnes soit au courant, afin qu'elles s'expriment sur le sujet auprès de la mairie, car elle a mis en place une forme de concertation », explique-t-elle. Le projet d'incinérateur, porté par la Ville de Paris, est présenté comme un moyen pour « verdir son réseau de chauffage urbain ». L'usine a pour but de produire de la vapeur en chauffant de l'eau pompée dans la Seine en brûlant notamment du bois faiblement traité et des CSR – des combustibles solides de récupération –, comprenez ici des déchets textiles, plastiques ou cartons. Pas de quoi rassurer cette autre habitante de Vitry nommée Lucie : « On ne peut pas me faire croire que les combustibles solides de récupération ne vont pas polluer », raconte-t-elle à la sortie de la gare du RER sur son vélo. « Cela n'a pas de sens, on peut très bien prendre le problème à la racine et réduire nos déchets. Je suis préoccupée par le projet, car cela va impacter la santé de ma fille, c'est sûr et certain ». Ce projet d'incinérateur n'est pas le premier dans la région. Le département du Val-de-Marne en possède déjà trois, dont un qui a fait l'objet de plusieurs études et où la présence de PFAS – de polluants éternels – proche du site industriel a été notamment démontrée. « Pour certains habitants, c'est une injustice sociale et environnementale de plus », souligne ainsi Amélie, membre du collectif 3R, qui a donné rendez-vous à RFI devant la gare RER des Ardoines. « Ici, c'est une ancienne zone industrielle en pleine reconversion urbaine. Vous pouvez voir les nouveaux bâtiments et également ceux en construction... Ce qu'on dénonce, c'est un phénomène cumulatif car les habitants de Vitry vont respirer non seulement l'air de l'incinérateur de Vitry, mais aussi la pollution de l'incinérateur d'Ivry qui est la ville juste à côté, et également celui de Créteil… » À lire aussiDans un centre de tri des déchets: il «commence chez le particulier, le travail fait ici ce n'est que la fin» « Nous sommes vraiment très inquiets par ces effets cocktails » À ses côtés, Myriam Goujjane, co-présidente de l'association ACID-Vitry, acquiesce : « Ce projet veut se construire sur des terrains qui ont déjà extrêmement souffert, et qui sont déjà pollués. Nous avons peur de "l'effet cocktail", c'est-à-dire le fait de mettre de nouvelles pollutions qu'on ne connaît pas vraiment. On nous fait croire que l'on connaît tout ça, que tout ça est maîtrisé... Mais le CSR concerne des produits relativement nouveaux et il n'y a pas tant de retours d'expérience que ça, alerte-t-elle. Donc on ne sait pas exactement ce qu'on va brûler et ce que ça va faire de brûler ces produits. On va mélanger cette pollution à d'autres pollutions plus anciennes... Nous sommes vraiment très inquiets par ces effets cocktails. » Depuis le début du mois de septembre, une période de consultation a été lancée jusqu'à fin octobre. Pour Benoît Guiblin, représentant du projet de Thermo-sur-Seine, cela va permettre de répondre aux inquiétudes des habitants pour « faire connaître le projet ». « D'abord, ce n'est pas un incinérateur d'ordures ménagères, c'est une chaufferie. Elle a pour vocation de produire de la chaleur et de l'eau chaude sanitaire, autrement dit de la vapeur. Deuxième élément : c'est un combustible normé. C'est-à-dire qu'il est trié et qu'il répond à des normes définies par des décrets », a-t-il répondu à RFI. « Donc la concertation est un ensemble de moments où on invite l'ensemble de la population, des citoyens, des parties prenantes et des entreprises à s'exprimer et à faire part de leurs questionnements pour donner toute l'information et toute la transparence sur le projet. Cela va se dérouler pendant les deux prochains mois, mais il y aura également un suivi derrière avec un bilan qui sera établi à l'issue de cette concertation. » Ce 15 septembre, une réunion publique a lieu à Vitry pour informer les riverains et répondre à leurs interrogations. Pas de quoi convaincre pour l'instant celles et ceux opposés au projet. À écouter dans 8 milliards de voisinsDéchets urbains : ce que le propre et le sale disent de nos sociétés

À l'occasion de la fête du sport, RFI s'intéresse au « Street workout », une pratique qui connaît un vif succès dans le paysage urbain français. Cette discipline, venue des États-Unis, a permis aux sportifs de continuer à entretenir leur corps durant les confinements. Tout se passe dehors, en toute liberté et gratuitement dans des parcs. Les jeunes s'entraident et forment une communauté. Contrairement à ce qui se passe dans les salles de sport traditionnelles, dans lesquelles on soulève de la fonte, le « Street workout » est un mélange de musculation et de gymnastique. Les adeptes de la discipline font des figures spectaculaires avec le poids du corps. Qu'est-ce qui se cache derrière cet engouement ? À lire aussiSport : comment l'activité physique peut aider à lutter contre l'anxiété ?

Six ans qu'on l'attendait, six ans d'absence marqués par la maladie. Mais Céline Dion est de retour sur scène. La chanteuse québécoise, atteinte du syndrome de l'homme raide, donnera demain son premier concert parisien à la Plénitude Aréna, devant 40 000 spectateurs. Coup d'envoi d'un marathon avec seize concerts d'ici la fin de l'année. Pour les dix autres concerts prévus en mai 2027, les billets se sont arrachés en quelques heures. Les fans affluent du monde entier, avec des retombées économiques considérables. La chanteuse québécoise occupe une place unique dans le cœur des Français : ses chansons accompagnent leurs histoires d'amour, leurs fêtes ou leurs peines. Reportage à Paris, au Grand Rex, où un karaoké géant organisé cette semaine a réuni plusieurs générations de fans. Dès les premières notes, toute la salle se lève et chante à pleins poumons. 2 600 fans réunis pour célébrer les grands tubes de Céline Dion dans le plus grand cinéma d'Europe. En robe de paillettes, Oriane, 32 ans, est venue avec ses copines. « Je suis fan de Céline Dion depuis que je suis dans le ventre de ma mère ! », rigole-t-elle. En soirée, ça cartonne toujours, tout le monde chante et danse, ça n'est pas démodé !» Avec sa voix cristalline, Flora, micro à la main, passe le « casting » pour monter sur la scène du Grand Rex ce soir. « L'avantage, c'est qu'elle fait tous les registres. Elle chante depuis tellement d'années que chaque époque a sa chanson ! » Comme beaucoup de personnes venues participer à ce karaoké géant, elles n'ont pas réussi à décrocher de billet pour la tournée de leur idole. « On a essayé, on est restées 8 heures derrière un ordinateur, mais on n'a pas eu de chance. C'est injuste : on avait nos places pour la tournée en 2020, puis il y a eu le Covid, sa maladie… Ça a été reporté, puis annulé. Céline, si tu nous entends, ce n'est pas juste ! » Animée par une maîtresse de cérémonie drag queen, la soirée retrace les grandes étapes de la carrière de Céline Dion depuis sa victoire, à 20 ans, de l'Eurovision. « Pendant que la France est en train de tomber peu à peu en amour pour elle, Céline voit plus grand, beaucoup plus grand. Et dans l'ombre, il y a un certain monsieur, René Angélil. Il a un plan très simple en tête : l'Amérique. Alors Céline, elle va bosser son anglais, elle va travailler comme une dingue. Jusqu'à ce qu'en 1993, elle sorte la chanson qui va tout faire basculer. Son premier numéro 1 aux États-Unis… Vous le connaissez ? » Et toute la salle de scander et d'entonner la chanson « The Power of Love ». À lire aussiRetour triomphal de Céline Dion: une résidence parisienne gravée dans la légende 40 ans de carrière et toujours la même ferveur Pour Jeanne, la soixantaine, Céline est un modèle de résilience. « C'est quelqu'un d'abordable, de généreux, de simple malgré qu'elle s'habille en tenues haute couture. Mais elle reste proche de ses fans. Elle a un bon mental aussi. C'est quelqu'un de fort parce qu'avec la maladie qu'elle a, vraiment, ça donne du courage aux personnes malades. Comme quoi on peut se relever de tout. » Son mari Jacques admire surtout sa voix d'or : « C'est quand même un mythe parce que c'est une voix qui est hors du commun. Céline Dion est un monument de la chanson. C'est incroyable tout ce qu'elle peut arriver à produire comme sons. Il y a du travail, c'est une perfectionniste, elle n'arrête pas. Parfois, il peut y avoir la technique mais pas l'émotion… Or elle, il y a les deux. Donc c'est vrai qu'il y a une émotion qui va se dégager… Ça relève un petit peu de la magie ». Natacha Campana, fondatrice de L'Écran Pop qui organise ces soirées de karaoké géant, estime que Céline Dion est plus qu'une star : elle fait intimement partie de la culture populaire française. « Céline Dion arrive en tête des choix de chansons dans les karaokés… Comme ses chansons sont à peu près inchantables pour quelqu'un qui n'est pas chanteur, vu qu'elles partent dans les aigus et qu'elles requièrent de la puissance, il y a vraiment ce côté libérateur, je pense. On se lâche, on chante ! » Et d'ajouter : « Céline Dion est culte dans le sens où elle réunit plusieurs générations. Il y a au moins trois générations qui ont pu grandir avec elle. Elle fait partie de nos vies finalement. » Chanteuse planétaire aussi célèbre en français qu'en anglais, Céline Dion a vendu plus de 20 000 000 d'albums dans le monde, dont 25 000 000 rien qu'en France. À lire aussi«Magique, grandiose, émouvant»: le premier concert de Céline Dion à Paris enchante ses fans Lire aussi notre dossier : Céline Dion, actualités, chansons et parcours d'une icône.

C'est un signe de confiance et d'amitié entre deux voisins : depuis ce 10 septembre 2026 et jusqu'en juillet 2027, la célèbre Tapisserie de Bayeux, qui raconte la conquête d'Angleterre par les Normands, est exposée à Londres. C'est la première fois que cette broderie traverse la Manche, un voyage rendu possible par un prêt consenti par le président français Emmanuel Macron. À Londres et dans les cercles diplomatiques, on se félicite que le projet ait abouti. Mais à Bayeux, habitants et commerçants se sentent dépossédés. « Quand on est de Bayeux, la Tapisserie, on grandit avec, on va la voir à l'école, tout le monde en parle, et puis on voit les touristes défiler toute l'année. » C'est avec amertume et presque nostalgie que Mathis Laîné, salarié au sein du restaurant du Moulin de la Galette à Bayeux, parle de cette célèbre broderie millénaire. Profitant des travaux nécessaires au musée de la Tapisserie de cette cité normande de 13 000 habitants, le président français Emmanuel Macron a consenti un prêt historique au Royaume-Uni. Conclusion : voilà Bayeux privée de sa tapisserie… et de la précieuse manne financière qu'elle représente. Des commerçants dépités Le restaurant de Mathis Laîné est situé juste en face de la sortie du musée de la Tapisserie. À la fermeture de ce dernier, la sentence a été immédiate : « On a tout de suite constaté une baisse de la fréquentation. Le midi, cela représente 20% de chiffre d'affaires en moins, et le soir, on a une baisse d'au moins 10% », souligne avec inquiétude le jeune homme. Un manque à gagner à court terme, mais aussi pour le reste de l'année. « Depuis toujours, on vit l'hiver avec ce qu'on gagne l'été, soupire Mathis Laîné. C'est en ce moment que ça se joue, pour notre survie pour la suite ! » À lire aussiTourisme: la France enregistre une fréquentation record et reste la première destination de la planète À quelques centaines de mètres de là, au bar-tabac et magasin de souvenirs le Balto, même bilan. « On voit bien qu'il y a moins de touristes que d'habitude ! », déplore Marie-Laure Lamare, gérante depuis dix ans de cet établissement, et qui ne décolère pas. « D'habitude, sur les trottoirs, ça parle toutes les langues, l'anglais beaucoup, on se demande même si on est bien en France ! Depuis qu'il n'y a plus la Tapisserie, ça n'a rien à voir, c'est beaucoup plus calme... » Sur son comptoir, les cartes postales et autres magnets à l'effigie de la célèbre broderie prennent la poussière : « J'avais pourtant commandé très peu de souvenirs cette année et, malgré tout, je n'ai quasiment rien vendu. C'est simple : les touristes n'ont pas vu la Tapisserie, ils n'achètent pas ! » Un symbole en moins pour la ville Mais Bayeux sans la Tapisserie, ce n'est pas qu'un manque à gagner pour la ville : c'est aussi une part de son identité en moins. Dans le centre-ville, des dizaines de touristes écoutent la berceuse chantée par les cloches de la cathédrale. Un petit groupe d'entre eux se réunit devant Estelle Isidor-Leroux, guide-conférencière. « Si je vous dis Bayeux, à quoi pensez-vous en premier ? », interroge celle-ci. Comme de coutume, la réponse est évidente : « La Tapisserie ! » Pour cette native de Bayeux, voir ce morceau du patrimoine partir a été un vrai crève-cœur. « C'est comme si j'avais perdu un membre de ma famille », assume ce personnage pétillant. « Et puis, ajoute-t-elle, en tant que professionnelle du tourisme, il a vraiment fallu réfléchir à l'offre que l'on allait proposer en attendant le retour de la Tapisserie. » Comment faire vivre la grande absente ? À force de réflexion, une solution a été trouvée : Estelle Isidor-Leroux anime désormais des visites retraçant les pérégrinations de la Tapisserie dans la ville au cours de son histoire ; tandis qu'un des musées locaux propose une exposition sur sa conservation à travers les âges. D'ici l'hiver, la mairie prévoit même de lancer une « expérience immersive » destinée à faire plonger les visiteurs au cœur de la tapisserie. Les institutions locales se montrent confiantes Sourire ultra-bright et chemise impeccable, le directeur de l'office de tourisme intercommunal, Didier Llorca, se montre confiant et jovial. « Évidemment que la fermeture du musée de la Tapisserie a un impact sur les commerces. Et heureusement ! s'amuse-t-il. Sinon, cela voudrait dire que la fermeture d'un lieu qui fait 500 000 entrées par an n'a aucune influence sur la vitalité du centre-ville. Ce serait cela, la véritable anomalie. » Mais, pointe-t-il, « Bayeux n'a pas mis tous ses œufs dans le même panier. » Fait rare dans cette partie de la Normandie, son centre-ville a été totalement épargné des bombardements pendant le Débarquement, en 1944. Alors, raconte Didier Llorca, on vient à Bayeux « pour découvrir une ville médiévale d'époque », en plus de la tapisserie et de la cathédrale, mais aussi « et peut-être surtout » pour « se rendre sur les plages du Débarquement ». Autant d'éléments qui rendent Didier Llorca serein : « On peut tout à fait supporter, même pendant une période longue de deux ans, la fermeture d'un musée comme celui de la Tapisserie. » D'autant que les chiffres avancés par la mairie semblent lui donner raison : d'après la ville, le musée de la Tapisserie ne représente que 20% du tourisme à Bayeux, contre 80% pour la cathédrale et les plages du Débarquement. À écouter aussiGéopolitique du tourisme

Les cultures de maïs européennes ont été ravagées par les sécheresses à répétition de cet été caniculaire. La France est loin d'être épargnée, d'après l'Association générale des producteurs de maïs, presque la moitié de la récolte de maïs en grain est inutilisable cette année. Alors pour anticiper les prochaines canicules, certains céréaliers expérimentent en apprivoisant une plante issue d'Afrique subsaharienne : le sorgho. Mais le chemin est encore long. En Essonne, dans le sud de Paris, les champs de blé et de colza se succèdent presque indéfiniment. Pourtant au milieu des carrés jaunes et or, quatre petits hectares verts et rouges dénotent. « Nous voici au milieu d'un champ de sorgho, présente Eudes Coutté, l'un des rares cultivateurs de sorgho en France, on dirait des sortes de petits plants de maïs de 80 centimètres. La caractéristique du sorgho, c'est qu'on a un épi qui va faire des petites boules vertes qui vont rougir. C'est ces billes que l'on récolte entre septembre et novembre en fonction de la météo. » Le sorgho est une plante d'Afrique subsaharienne. Elle pousse dans les régions chaudes et sèches. Pour s'épanouir, la céréale a besoin d'une température comprise entre 25 et 35 degrés. S'il y a quelques siècles, elle avait du mal à pousser en France, ces quinze dernières années, de plus en plus de plantations de sorgho se développent. Eudes Coutté s'est intéressé à cette plante il y a 7 ans. Il raconte : « Je me suis installée dans ma ferme il y a dix ans et je me suis dit avec le réchauffement climatique, si on ne prend pas des décisions dès maintenant, on va aller droit dans le mur, on ne pourra pas tenir une carrière de 42 ans sans changement. Donc, j'ai commencé à m'intéresser à certaines plantes, surtout des plantes venant d'Afrique et je suis arrivée sur le sorgho considéré par le WWF et par l'ONU comme une "plante du futur", donc écoresponsable ». En effet, le sorgho a besoin de 20 à 25 % d'eau en moins que le maïs et résiste très bien à la sécheresse. Cependant, ce n'est pas non plus une plante miracle et les trois mois complètement secs de cet été ont tout de même altéré certains épis jaunis et desséchés, selon Eudes : « Oui, le sorgho a une capacité à résister un petit peu plus à la sécheresse. Néanmoins, on voit quand même dans le champ qu'il y a certaines parties qui sont un peu plus jaunâtres et qui montrent les effets de la sécheresse et de la canicule successives. » Toute la société doit s'adapter Ludovic Joiris s'est associé à Eudes Coutté il y a trois ans. L'agriculteur cultive le lin et est très attentif à la culture d'avenir en général. Depuis près de vingt ans, il pratique l'agriculture de conservation des sols, une pratique qui permet de recréer la fertilité naturelle du sol. Il faut en général dix à quinze ans pour parfaitement apprivoiser une culture et les deux agriculteurs tâtonnent encore. « Il y a beaucoup d'apprentissage à faire, reconnaît Ludovic. C'est vrai que moi, je ne connais pas suffisamment donc on peaufine, on essaie d'améliorer. Cette année, j'ai eu quelques soucis parce que des limaces sont venues manger les pieds, mais quelque part la partie où il y a moins de pieds se comporte mieux que celle où il y a suffisamment de pieds parce qu'elles ont eu plus d'eau. » Mais le chemin est encore long, même une fois que la production sera stable, c'est toute la société qui doit s'adapter. Franck Laborde est agriculteur dans les Pyrénées-Atlantiques et président de l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) de la FNSEA, l'un des grands syndicats d'agriculteurs. Les syndicats regroupent aussi les cultivateurs de sorgho, beaucoup moins nombreux. Si le maïsiculteur trouve l'initiative intéressante écologiquement, il sait que, pour le moment, ce n'est pas viable. « Aujourd'hui, il y a 2,5 millions d'hectares de maïs en France et 35 000 hectares de sorgho. Même si le sorgho apparaît comme une bonne option face aux changements climatiques, si, derrière, le consommateur ne suit pas, les agriculteurs ne peuvent pas se permettre de produire plus d'hectares », affirme Ludovic. Sans demande de la part des consommateurs (les éleveurs qui l'utilisent pour nourrir leur bête ou bien des particuliers), sans offre de la part des industriels, Eudes Coutté et Ludovic Joiris ne peuvent, pour le moment, pas vivre de la vente de sorgho. Tous les deux ont des activités alimentaires en parallèle. À lire aussiAgriculture et canicule: les éleveurs français face au risque de pénurie de fourrage [2/3]

En France, de nombreuses conséquences d'un été caniculaire se font sentir dans le secteur agricole. Après l'impact des vagues de chaleur sur les élevages de volaille, focus aujourd'hui sur le fourrage qui pourrait venir à manquer cet hiver. Face à des prairies brûlées et à des rendements de maïs en forte baisse, une grande partie des éleveurs ont entamé dès le début de l'été leurs stocks de fourrage prévus pour l'hiver, lorsque les animaux ne pâturent plus. Résultat : il va falloir s'adapter pour passer l'hiver. Reportage au sein d'une exploitation à Roy-Boissy, en Picardie. À lire aussiAgriculture et canicule: après un été noir, les aviculteurs cherchent la parade [1/3]

C'est une hécatombe silencieuse : des millions d'animaux sont morts en France en raison des canicules à répétition cet été. Les volailles, particulièrement sensibles à la chaleur, ont payé un lourd tribut : 2 % du cheptel national a été touché, notamment en Bretagne. Après cet été meurtrier, les aviculteurs réfléchissent déjà à des solutions d'adaptation pour l'année prochaine. « Ça, c'est un lot qui a subi de plein fouet la canicule », commente Antoine Chaumette en ouvrant la porte d'un des poulaillers de son exploitation bio située à Saint-Gildas-de-Rhuys, dans le département du Morbihan. À l'intérieur, une centaine de poules pondeuses délivrent un medley de caquetages et de gloussements. « On en a retrouvé mortes dans le poulailler et sur le parcours, soupire l'aviculteur. Leur corps n'arrivait plus à réguler la température. » L'éleveur a perdu 110 volailles sur un cheptel d'environ 3 000. Du jamais vu pour celui qui exerce depuis neuf ans, dans un département – le Morbihan – jusqu'ici peu habitué aux chaleurs extrêmes. « Nos poulets sont régulièrement dehors et la proximité de la mer apporte régulièrement un vent frais, donc les canicules nous préoccupaient assez peu », admet l'exploitant, surpris par l'épisode de juin qui aura été le plus fatal à ses gallinacés. Un épisode qui lui aura toutefois permis « de mieux connaître désormais le seuil de tolérance des animaux par rapport aux fortes températures. » Pris de court et peu préparé, Antoine Chaumette a tenté de réagir. Il a opté pour la ventilation naturelle en ouvrant les trappes de ses poulaillers, notamment la nuit, mais au prix d'une surveillance renforcée pour éviter d'aiguiser l'appétit des prédateurs. L'aviculteur espère à terme pouvoir créer des zones d'ombre avec les jeunes pousses d'arbres plantés il y a quelques années sur son exploitation et qui, pour l'instant, n'ont pas atteint leur taille adulte. En attendant, il a fait avec les moyens du bord : « On a tendu deux bâches près des poulaillers pour créer des zones d'ombres. » À lire aussiFace à la chaleur et aux canicules, des animaux très ingénieux Des œufs plus petits Ces solutions d'appoint ont été efficaces puisqu'aucune perte n'a été enregistrée dans sa ferme lors des épisodes caniculaires suivants. Mais elles n'ont pas permis d'atténuer les conséquences identifiées sur la production. « Le calibre des œufs a diminué », constate Antoine Chaumette. Dans sa main droite, un œuf de taille classique, dans celle de gauche, un exemplaire d'un bon centimètre de moins. La taille de ses poulets a aussi rétréci. Il en pointe un du doigt : « Celui-ci, d'environ 1,2 kilogramme, doit normalement peser 1,5 kilogramme. Il y a jusqu'à un tiers de poids en moins sur certaines bêtes. La surconsommation d'aliment pendant la canicule leur a davantage permis de réguler la température que de produire de la viande », développe l'éleveur. Loin d'être résigné ou abattu, Antoine Chaumette perçoit l'été 2026 comme « une leçon » pour les années à venir. D'ailleurs, avec d'autres aviculteurs, il réfléchit déjà à des solutions d'adaptation pour l'été prochain. La priorité : ses poulaillers. Pourquoi pas installer de la ventilation dynamique couplée à des brumisateurs ou repeindre les toits en blanc, comme le font ses confrères maraîchers, pour réfléchir les rayons du soleil au lieu de les absorber et ainsi limiter la fournaise dans ses bâtiments. « Ce sont des investissements, mais ils seront amortis en évitant des pertes les années suivantes. » Des volailles sensibles à la chaleur La surmortalité des volailles durant l'été a atteint des niveaux records en France. Jusqu'à 2 % du cheptel national a succombé aux fortes chaleurs, soit entre 3 et 4 millions de poulets, « dont 2 à 3 millions pour la seule canicule du mois de juin », précise Yann Nédélec, directeur général de l'Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. « La précocité de l'épisode, sa durée et le fait que les températures n'ont pas baissé la nuit, ont provoqué des ravages dans certains élevages. » Cette surmortalité s'explique par l'inadaptation de certaines fermes à des canicules dépassant les 40 degrés à l'ombre et par le fait que les volailles sont particulièrement sensibles à la chaleur. Elles ne transpirent pas, elles halètent pour réguler leur température. Résultat, leur rythme cardiaque s'accélère et elles meurent le plus souvent d'épuisement ou d'étouffement. C'est dans l'ouest de la France, dans les Pays de la Loire et en Bretagne, que cette surmortalité a le plus lourd impact. La région armoricaine représente à elle seule un tiers de la production nationale de volailles. La mortalité y est telle que les entreprises d'équarrissage se sont vite retrouvées débordées face à l'afflux de carcasses d'animaux morts. Au point que certaines préfectures ont exceptionnellement autorisé les éleveurs à enfouir leurs bêtes sur leurs exploitations. Brumisation et ventilation Si les canicules n'ont épargné aucune branche de l'aviculture, c'est bien dans les élevages intensifs que les pertes ont été les plus importantes. Mais les grosses exploitations sont aussi les mieux équipées. À une centaine de kilomètres plus au nord du Morbihan se trouve le petit village de Mauron, où se situe la ferme familiale de Clément Moy, jeune agriculteur de 27 ans. Ses cinq poulaillers géants sont parfaitement outillés : « Une brume envoie un spray d'eau et en parallèle des ventilateurs sortent l'air vers l'extérieur du bâtiment. Ce courant d'air permet de donner un ressenti de frais », développe l'éleveur au moment où les turbines se mettent justement en marche. Ce système lui a permis de passer l'été sans encombre. Aucune perte dans son poulailler qui compte pas moins de 24 000 volailles et où la température n'a pas dépassé les 30 degrés quand il en faisait dix de plus à l'extérieur. « Aujourd'hui, je peux dire que j'ai réussi à traverser cet été sans casse, mais il ne faut pas croire que cela va durer éternellement comme cela », tempère l'agriculteur. Un modèle à repenser Car Clément Moy en est conscient : plus les étés seront chauds et secs, plus il sera difficile de s'adapter. Il plaide pour des changements plus profonds : « Il ne faut pas davantage de brumisation et de ventilation. Il faut se demander pourquoi notre élevage est aussi sensible à la chaleur. Et là, on en vient à des solutions plus complexes qui demandent des investissements plus difficiles à mettre en place pour investir dans des poulets plus résistants, qui grandissent moins vite, et dans des densités d'élevages moins importantes. Le cœur du sujet, c'est de s'interroger sur notre modèle. » Avec ses 120 vaches laitières et ses cinq poulaillers géants, le jeune éleveur pourrait passer pour un ardent défenseur de l'agriculture productiviste. Il prône au contraire la transition agroécologique dans sa ferme. Mais repenser son modèle aura nécessairement un coût : « Un poulet qui grandit moins vite et des poulaillers avec moins d'animaux, c'est une bonne chose. Mais pour nous, les charges restent identiques. Il faudra donc vendre la viande plus cher et le consommateur devra l'accepter. » Mais Clément Moy le concède : sans accompagnement politique et économique, il ne pourra rien faire. La transition est l'affaire de tous, « de tous les acteurs de la filière », conclut-il. À écouter dans DécryptageLes droits des animaux, défi démocratique du XXIème siècle ?

Toute cette semaine, on vous a fait écouter la rentrée en France : celle des étudiants, des professeurs, des sportives... On finit cette série dans le sud-ouest de la France, au Porge, commune très affectée par les feux record qu'a connus la France cet été. Le réchauffement climatique augmente le risque d'incendies plus intenses et plus fréquents. La Gironde a vu brûler 42 000 hectares dans un mégafeu qui aura fait basculer la région dans un état de désolation. Rien que dans la commune du Porge, village le plus touché de 3 500 habitants, près de 183 maisons ont été détruites, et 7 000 hectares sont partis en fumée. En cette semaine de rentrée, rencontre avec les habitants du Porge, où la solidarité vue pendant les feux est toujours présente. À lire aussi«C'est lunaire, c'est la désolation»: le retour des habitants du Porge, dans le sud de la France

Cette semaine de rentrée est marquée aussi par la reprise, ce vendredi 4 septembre, de l'Arkema Première Ligue, le championnat de France féminin de football. Au niveau amateur, la pratique attire aussi de plus en plus de jeunes filles. En 2025, la Fédération français de football recensait 250 000 joueuses, dirigeantes, éducatrices et femmes arbitres licenciées, un record. Mais l'institution sportive veut aller encore plus loin et doubler les inscriptions d'ici deux ans. Un objectif ambitieux qui passe par la visibilité des équipes féminines dès le plus jeune âge. Chaque année depuis dix ans, la Vinci Mixed Cup rassemble sur le terrain des jeunes joueuses et des jeunes joueurs pour un tournoi international mixte. À lire aussiCandice Prévost: ne pas laisser les footballeuses sur la touche

Troisième épisode de notre série consacrée à la rentrée en France. On s'intéresse aujourd'hui à la rentrée des étudiants étrangers, qui font face à une forte hausse de leurs frais. Depuis le début du mois de juillet, les aides personnalisées au logement (APL) ne sont plus versées aux étudiants étrangers non Européens. Seuls les boursiers et les étudiants en activité professionnelle continuent de les percevoir. Déjà affectés par la hausse des frais d'inscription à l'université, cette mesure compromet encore plus leurs possibilités de rester en France. Le reportage de Cassiopée Etchevers. À lire aussiRentrée scolaire: enseigner le changement climatique, un défi pour les professeurs [1/5] À lire aussiRentrée scolaire: la charge mentale des femmes [2/5] À lire aussiFrance: à Strasbourg, des étudiants étrangers menacés de désinscription pour frais impayés

En France métropolitaine, c'est la rentrée scolaire ce mardi 1er septembre pour plus de 11 millions d'élèves. Une période qui rime, pour beaucoup de mères de famille, avec explosion de la charge mentale. C'est-à-dire tout le travail de préparation, de planification et d'anticipation des tâches domestiques. Dans ce cas précis, des tâches relatives à la rentrée des classes. Achat de fournitures scolaires, de vêtements ainsi que les démarches administratives pour l'inscription à la cantine ou aux activités extra-scolaires de leurs enfants par exemple, tout repose quasiment sur les épaules des mères. À quelques jours de l'ouverture des classes, cette mère de famille achète les fournitures de ses deux enfants. Une tâche qu'elle est la seule à effectuer dans son couple, et donc, la charge mentale, elle connaît bien : « Oui, au quotidien, c'est quelque chose qui est tout le temps constant chez une maman. J'ai envie de vous dire, particulièrement avant la rentrée scolaire où il faut tout acheter, il faut que tout soit prêt, il faut qu'ils aient toutes leurs affaires. Puis il y a aussi le stress de ne rien oublier ». À la question si elle est épaulée par le père, elle répond : « Pour ce qui concerne l'école, c'est moi qui gère tout toute seule. Voilà pour ce qui concerne la rentrée, les réunions de rentrée, la préparation et les devoirs aussi. C'est maman. » Dans les allées de ce magasin spécialisé, les papas sont très peu nombreux. Mais ce père de quatre enfants tient à le dire : « Les papas sont aussi présents, ont la charge mentale. Elle est à la fois chez les mamans mais aussi chez les papas. Et d'ailleurs, j'en suis la preuve vivante parce que je fais les courses pour les enfants pour leur rentrée scolaire ». À lire aussiQuestions de femmes: elles sont sur tous les fronts Pourtant les chiffres le montrent : malgré une amélioration, les femmes sont bien plus nombreuses à ressentir une surcharge mentale. Selon un sondage Ifop publié l'an dernier, 55 % des femmes disent que la charge familiale du quotidien repose essentiellement sur elles, contre 18 % pour les hommes. Et parmi les tâches qui incombent souvent aux mères : l'accompagnement scolaire. Quelques jours avant la rentrée, l'association Espoir de Femmes de la ville des Mureaux a organisé un atelier qui leur est dédié. Parmi les participantes, cette mère de 3 élèves : « Il y en a en primaire, au collège, qui rentrent au lycée. Donc c'est vrai que c'est compliqué. Réussir à gérer tous les enfants, les devoirs, le stress. Ils ne sont pas dans les mêmes écoles, donc ce qui fait qu'ils réussissent à se diviser. Donc c'est vrai que la charge mentale est dure, et énorme ». Mais Joanna Dubois, coach scolaire et animatrice de l'atelier, leur a prodigué quelques conseils : « Penser à soi, prendre du recul dans les moments où ça devient difficile. Demander de l'aide, c'est important. Elles ne sont pas toutes seules. Vous parliez de maman solo, mais il y a aussi des maisons comme ici, des personnes qui interviennent auprès des enfants qui peuvent être là pour les aider temporairement. Ça, c'est important, comme la famille. Quand ce ne sont pas les mamans solo, il y a le papa, c'est-à-dire qu'il a aussi son rôle à jouer dans l'accompagnement et l'éducation des enfants, ça c'est important ». Plus de 80 % des femmes estiment que leur charge mentale est « élevée » en ce qui concerne le suivi de l'éducation des enfants, contre 66 % chez les hommes. À lire aussiRentrée scolaire: enseigner le changement climatique, un défi pour les professeurs [1/5]

Lundi 31 août, c'est la rentrée des enseignantes et enseignants, avant de retrouver leurs élèves le lendemain. Et après un été caniculaire, comment enseigner le changement climatique sans inquiéter sa classe ? Comment démêler les fausses informations et dessiner un futur durable et désirable pour les plus jeunes ? Pour relever ces défis, les professeurs retournent sur les bancs de l'école pour se former Pour mieux outiller les professeurs de France face à l'enjeu transversal de l'éducation au changement climatique, le programme de formation Climasco, porté notamment par l'Office for Climate Education et soutenu par le ministère de l'Éducation nationale, démarre, en cette rentrée des classes, dans trois académies du pays : Rennes, Créteil et La Réunion. Plusieurs milliers de professeurs et professeurs formateurs seront formés d'ici 2029 et il y a quelques semaines, certains ont eu un avant-goût des ateliers. À Paris, ce jour-là, ils sont une trentaine à écouter attentivement le scientifique Christophe Cassou leur expliquer le fonctionnement du Giec, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat auquel il participe. « Le Giec ne fait pas de recherche, il fait une compilation de la littérature scientifique. Cette méta-analyse constitue un socle commun de connaissances pour le monde entier et pour tous les acteurs, qu'ils soient politiques, ONG, syndicats ou grands groupes industriels. » « C'est très important. Vous ne verrez jamais écrit : “Le Giec dit qu'il faut faire quelque chose. Le Giec dit qu'il faut manger végé. Le Giec dit qu'il faut développer les énergies nucléaires”, insiste le scientifique. Le Giec ne dit pas ça : il présente un panel de solutions possibles. Ensuite, suivant cette évaluation, les avantages et les inconvénients des différentes options, c'est aux États de choisir quelle solution est prise. » « Aller vers des “futurs désirables” » Dans leurs écoles, collèges et lycées, ces enseignants abordent déjà le changement climatique avec leurs élèves. Le sujet est même inscrit au programme en France. Pourtant, beaucoup se sentent désemparés : certains manquent de connaissances scientifiques, d'autres de ressources pédagogiques. « Ces questions reviennent souvent : “Pourquoi on doit manger moins de viande ?” ou “Nous, on aime l'automobile. Dès qu'on aura 18 ans, on aura une voiture et on ne prendra plus le bus”, par exemple », témoigne Stéphanie Didot, professeure de lettres, histoire-géographie et éducation civique dans un lycée professionnel, qui enseigne à des élèves en section automobile, électricité ou maintenance industrielle. Les apprentissages sur le changement climatique entrent parfois en conflit avec ce que disent les familles. Et surtout, tous les professeurs soulignent le défi de transmettre ces enjeux sans provoquer d'éco-anxiété. Ludovic Joubin, enseignant dans l'Ouest de la France, partage cette préoccupation : « On arrive vite à rendre anxieux les élèves, ou même nous, c'est compliqué d'aller vers quelque chose qui n'est pas positif. Donc, l'état d'esprit de l'éducation au changement climatique est en train de changer, souligne le professeur, il s'agit désormais d'aller vers des choses plus positives, des futurs désirables, comme cela a été dit plusieurs fois, et de créer des choses que les élèves puissent s'approprier et vers lesquelles ils ont envie d'aller. » À lire aussiClimat: «Plus il y aura d'éco-anxieux, mieux ce sera pour l'avenir de la planète» Prebunker au lieu de debunker L'objectif de la formation Climasco est aussi de mieux outiller les professeurs face à la désinformation climatique, à laquelle les élèves sont confrontés, particulièrement sur Internet. « Une fois qu'une pièce de désinformation entre dans le système cognitif, notre cerveau la mémorise et la garde. Cela signifie que le travail à faire ensuite est double : démonter la pièce, la “délocaliser” et la substituer par autre chose, explique Elena Pasquinelli, responsable recherche et évaluation à l'Office for Climate Education, qui anime un atelier sur l'esprit critique. C'est pourquoi, dans la recherche sur la désinformation, souvent on propose une autre manière de faire, appelée prebunking. Elle fonctionne comme une vaccination : je te prépare avant que la désinformation n'arrive, en t'expliquant comment elle pourrait se manifester et quels leviers elle pourrait utiliser. » Prebunker au lieu de debunker, une pratique qui fait mouche auprès des participantes et participants. « L'histoire de l'inoculation, c'était hyper intéressant, de travailler en amont des fake news. C'est vraiment ça, l'enjeu », s'enthousiasme Ludovic Joubin. « Il faut qu'on utilise tous la même méthodologie, surenchérit Stéphanie Didot, avec le même lexique, que ce soit en géographie pour identifier un document ou en sciences. L'important, c'est de donner cette méthodologie aux élèves. » Autre point fort du programme Climasco, son volet recherche, qui évaluera quelle méthode est la plus efficace pour enseigner les enjeux climatiques. À écouter dans Les dessous de l'infoxComment la désinformation climatique exploite les vagues de chaleur

Pour le dernier épisode de notre série de reportages sur les passionnés de l'espace, rencontre avec Victor Martin-Malburet, collectionneur amoureux de la conquête spatiale. Depuis l'âge de 15 ans, il chine aux quatre coins du monde des photos retraçant les expéditions lunaires de la Nasa. Une boîte anti-acidité, du film plastique et une manipulation délicate. Victor Martin-Malburet protège ses photos comme on protège un trésor. Les mille cinq cents pépites de son impressionnante collection reposent à l'abri de la lumière dans une cinquantaine de coffrets empilés sur l'étagère de son salon. « Apollo 9 », « Apollo 10 », « Apollo 11 »… Ils sont tous soigneusement classés et retracent onze années de conquête de la Lune par la Nasa, de 1961 à 1972. Victor Martin-Malburet saisit le coffret « Apollo 11 », celui du premier pas de l'Homme sur la Lune, le 21 juillet 1969. Le passionné s'arrête sur la photo avec laquelle il a commencé sa collection. « Sur cette image, on voit Buzz Aldrin en combinaison spatiale sur le sol lunaire. Dans le reflet de sa visière, on aperçoit Neil Armstrong qui prend la photo, décrit-il. C'est un peu la Joconde lunaire. » De Mercury à Apollo, en passant par Gemini, toutes les missions spatiales habitées de la Nasa sont documentées. « On ne se rend pas compte que ces expéditions étaient aussi des expéditions photographiques, explique le passionné. À cette époque, chaque minute est une première et chaque mission est l'occasion d'une nouvelle vision extraordinaire que l'Homme n'avait encore jamais vue et que les astronautes immortalisent. » Ces tirages sont réalisés par la Nasa quelques jours après le retour des astronautes sur Terre. Leur valeur tient donc à leur authenticité, à la texture du papier et à la qualité des couleurs captées par les appareils Kodak, « qui enregistrent la lumière comme ne le fait pas le numérique », appuie Victor Martin-Malburet. Chaque cliché possède un numéro d'identification ainsi qu'un tampon original de la Nasa, accentuant encore un peu plus la valeur de ces tirages. À lire aussiPourquoi les Terriens veulent retourner sur la Lune? Les astronautes sont des artistes Le collectionneur a débuté cette fastidieuse entreprise à l'âge de 15 ans. Il a parfois mis jusqu'à dix ans pour trouver certains originaux. « Je suis allé en récupérer dans les archives d'astronautes, d'ex-employés de la Nasa ou de scientifiques qui travaillaient sur ces programmes lunaires », témoigne-t-il. Si cette quête a été aussi longue, c'est en partie parce que l'agence spatiale américaine a tout simplement… jeté certains tirages, n'ayant pas conscience, à l'époque, de leur valeur. « La photographie était surtout utilisée à des fins scientifiques. On ne se rendait pas compte de sa valeur artistique », raconte Victor Martin-Malburet. À ses yeux, les astronautes sont des artistes : « Ils ont ce statut de découvreurs. Ils ont rapporté à l'humanité un nouveau vocabulaire visuel qui dépasse la science et qui devient de l'art. » Cette collection de photos unique n'a pas vocation à rester dans le salon de Victor Martin-Malburet. Le collectionneur est en contact avec des musées pour exposer cette aventure visuelle au grand public. L'idée va de soi, dit-il, au moment où l'humanité se prépare à poser à nouveau le pied sur la Lune.

Cette semaine, RFI s'intéresse aux passionnés de l'espace en France. Dans ce quatrième épisode, nous prenons la mer à la rencontre de marins amateurs qui se forment à la navigation astronomique. Loin des GPS et de l'électronique embarquée, la technique consiste à déterminer sa position grâce aux astres. Nous embarquons depuis Belle-Île-en-Mer, une île rocheuse située à une vingtaine de kilomètres des côtes du Morbihan, dans l'ouest de la France. Plus précisément à bord du Whirlwind, un voilier monocoque de vingt mètres de long. À son bord, un capitaine, un second et quatre navigateurs amateurs, encadrés pendant quatre jours par Philippe Posth. Avec son ciré jaune, ses cheveux poivre et sel et sa voix grave, l'homme a l'allure d'un marin chevronné. Il n'est pourtant pas un professionnel de la barre, plutôt un navigateur du dimanche, « un plaisancier », précise-t-il. Mais Philippe Posth est avant tout commerçant : il vend des calculatrices, des ouvrages spécialisés et des sextants, l'objet incontournable pour la pratique de la navigation astronomique, sa véritable passion. « Le sextant est un instrument de mesure optique qui mesure des angles entre des astres et l'horizon », développe ce mordu d'astronomie, exemplaire à la main. L'astre en question peut être la Lune, certaines planètes ou certaines étoiles. Mais dans neuf cas sur dix, c'est le Soleil qui est visé, car il est plus facile à identifier. Margo, l'une des quatre stagiaires, se lance dans une démonstration avec le maximum de précautions : « Je dois d'abord mettre les filtres pour protéger mes yeux », dit-elle en portant le sextant à son œil. « Je le lève vers le Soleil, puis je tourne le cadran, qu'on appelle le limbe, pour ramener l'image du Soleil vers l'horizon et ainsi déterminer l'angle », précise cette navigatrice amatrice qui aimerait perfectionner ses connaissances dans le monde de la voile. Mais l'exercice tourne court. Les nuages s'amoncellent au-dessus du voilier, empêchant toute percée du Soleil. L'horizon devient laiteux. Margo retire un filtre, puis deux, dans une ultime tentative de visée, mais rien n'y fait, le ciel est couvert pour de bon. C'est la limite de la navigation astronomique : la météo doit obligatoirement être de la partie pour réaliser des relevés exploitables. « La visée au sextant est l'étape la plus difficile », confirme Philippe Posth. Elle exige concentration et précision. Un mauvais réglage de l'appareil ou une lecture imprécise peuvent provoquer des écarts importants. « Une erreur de quatre secondes dans l'heure de la prise de vue entraîne un écart d'un mille marin à l'arrivée. » Calcul de trigonométrie La prise de vue n'est que la première étape. Le deuxième acte se joue autour d'une table dans la cale du voilier. Il s'agit de convertir en longitude et en latitude les relevés réalisés au sextant, en effectuant une série de calculs mathématiques qui a de quoi effrayer les yeux novices. « Ce ne sont que des additions et des soustractions, tempère Philippe Posth. La seule difficulté, c'est de savoir où trouver la recette. » On l'obtient grâce à deux ouvrages : les éphémérides, « qui donnent la position des astres pour chaque heure et chaque seconde de l'année », et des tables de navigation précalculées qui permettent de résoudre rapidement de copieuses équations de trigonométrie. Avec le résultat obtenu, on obtient une localisation volontairement… fausse. « C'est un raisonnement par l'absurde, explique Philippe Posth. On part d'une position erronée et on utilise cette erreur pour corriger la fausse position et obtenir la position exacte. » Ce périple mathématique permet de déterminer une droite de hauteur. Le voilier se trouve quelque part sur ce tracé. Où exactement ? On l'ignore encore. Pour le savoir, il faut tout recommencer depuis le début ! La visée et les calculs. Mais au minimum trois heures plus tard, lorsque le Soleil a bien tourné. « La seconde visée permet de croiser la première droite de hauteur. L'intersection des deux droites donne la position exacte du navire. » L'apparition du GPS à la fin du 20e siècle a relégué la navigation astronomique dans les livres d'histoire et le sextant dans le club des objets patrimoniaux. Mais aussi pratique soit-elle, la technologie n'est pas infaillible, d'où l'utilité de se former. « J'aimerais être autonome en cas de problème électronique à bord de mon bateau, développe Margo. Si vous n'avez aucun moyen de connaître votre position, vous êtes à la merci de vous échouer sur un rocher par exemple, dont vous ignorez l'existence, car vous ne pensez pas être là où vous êtes. » Une navigation autonome et intuitive Le sextant et la navigation astronomique retrouvent également un intérêt stratégique dans le monde version 2026. « Dans les marines française et américaine, le sextant, un temps oublié, est à nouveau utilisé, remarque Laurent Nieuwjaer, le capitaine du Whirlwind. La guerre technologique se traduit par le brouillage des systèmes de navigation. Le fait de pouvoir se positionner de façon empirique et manuelle permet une navigation plus sûre. » Au-delà de l'aspect utile, ajoute-t-il, la navigation astronomique offre le plaisir de voguer de façon plus intuitive, à l'opposé de ce que propose la tablette tactile, accrochée à la barre du voilier qu'il dirige. « Elle me détaille la route à suivre et les obstacles à éviter. Si le bateau dispose en plus du pilotage automatique, il peut suivre une route seul, sans aucun problème. » Réinvestir cette technique de navigation est une façon de préserver un pan entier de la culture marine et de l'histoire des grands explorateurs, dans laquelle se projette Margo : « Je trouve cela romantique de me sentir, à ma petite échelle, dans la même lignée que les navigateurs du 18e siècle, qui ont traversé les océans avec le sextant comme clé de réussite de leur navigation. » Placer sa route entre les mains du ciel, complète Philippe Posth, est aussi le meilleur moyen d'y être plus sensible. « C'est extraordinaire, on arrive à une précision de l'ordre de deux à trois kilomètres, en ayant mesuré le Soleil qui est à 150 millions de kilomètres. La navigation astronomique permet de voir le ciel avec un autre regard, en comprenant la position des astres les uns par rapport aux autres. C'est l'astronomie du côté pratique. » En vingt-cinq ans de formation, Philippe Posth a vu passer peu de jeunes marins et le regrette. Mais il se console en se disant que cette passion se découvre peut-être avec l'âge. À lire aussiLes passionnés de l'espace: chasseurs de météorites, l'univers à portée de main [3/5]

Cette semaine, RFI s'intéresse aux passionnés de l'espace en France. Dans ce nouvel épisode, nous partons à la chasse aux météorites. Lorsque l'une d'elles termine sa course sur Terre, les scientifiques se mobilisent pour la récupérer afin de l'étudier. Pour les aider, ils font parfois appel à des citoyens volontaires qu'ils forment aux techniques de recherche. Comme ici, dans le cadre du festival d'astronomie de Fleurance, dans le sud-ouest de la France. Casquettes, sacs à dos et baskets au pied : les cinquante volontaires du jour se sont parfaitement équipés pour la quête qui s'annonce. Dans la petite assemblée, beaucoup de passionnés d'espace et quelques familles accompagnées de jeunes enfants. L'assistance se tait au moment où Sylvain Bouley, planétologue, vice-président de la Société astronomique de France, s'éclaircit la voix pour faire une annonce : la nuit précédente, une météorite a terminé sa course sur Terre et, coup de chance, elle s'est écrasée à quelques centaines de mètres. « Nous avons vu un énorme flash lumineux à 30 kilomètres d'altitude, puis le bolide s'est fragmenté en plein de morceaux », raconte le chercheur. « L'objectif, c'est de les retrouver ». Cette chasse aux météorites est en réalité un exercice et les volontaires le savent. Une heure avant d'accueillir le public, Sylvain Bouley a caché une vingtaine d'échantillons, répartis sur quatre champs de blé fraîchement coupé. Le groupe se divise en quatre et lance les recherches. La quête, d'apparence ludique, devient rapidement difficile : les éclats de météorites à trouver ne sont pas plus gros qu'un dé à jouer. Et la zone à couvrir fait environ cinq hectares. « Lorsque nous avons un caillou de deux centimètres à retrouver sur une surface aussi grande, nous avons besoin du public et de citoyens qui ont appris à observer, explique Sylvain Bouley. L'objectif est donc de former les gens un peu partout en France pour les appeler le jour où une véritable météorite s'échoue sur Terre. » Et ce vœu ne relève pas de la science-fiction. En février 2023, au-dessus de la Normandie, un bolide de 650 kilogrammes se désintègre dans l'atmosphère avant d'éparpiller une centaine de fragments au sol sur un rayon de 7 kilomètres. Quelques heures seulement après l'impact, Sylvain Bouley et son équipe réunissent deux cents personnes pour mener les recherches. Plusieurs morceaux ont été retrouvés. À lire aussi«Certains déserts comme les calottes polaires sont propices à la découverte de météorites» Reconnaître une météorite Les apprentis chercheurs du jour espèrent la même chose. Durant deux heures, les quatre groupes avancent en rang serré, concentrés, les yeux braqués vers le sol. Aurélie participe à l'atelier avec sa fille Abygaëlle, petite tête blonde très énergique, « une fan de cailloux ». « Je suis une très grande collectionneuse », lance la principale intéressée, déclenchant le rire de sa mère. « Elle en a une étagère entière dans sa chambre », confirme la maman d'un ton qui laisse supposer que cette collection est un peu envahissante. Pour le moment, Abygaëlle n'a trouvé « que des cailloux jolis », mais pas de météorites. Elle sait les distinguer : « Les météorites n'ont pas trop de trous, alors que les autres cailloux ont des trous très creusés », croit savoir l'enfant. Dans les faits, c'est un peu plus compliqué, corrige Sylvain Bouley : « Une météorite a une croûte de fusion noire, due à l'échauffement de la roche par compression et frottement au moment de sa rentrée dans l'atmosphère. Par ailleurs, une météorite a des faces planes, arrondies et assez propres que l'on va pouvoir différencier des cailloux présents depuis un certain temps. Ils peuvent ressembler à des météorites, mais ils n'en sont pas ». Et c'est sans doute cette impression d'avoir trouvé, toutes les deux minutes, une météorite qui n'en est pas une, qui rend l'exercice si difficile. Les nerfs des participants sont mis à rude épreuve, si bien qu'après une heure d'observation assidue, aucune météorite n'a été retrouvée. Les groupes repartent en sens inverse, emmenés par Claire Loubière, l'une des encadrantes. Cette professeure de physique-chimie dans un collège de la région parisienne se dit séduite par ce projet de science participative : « C'est chouette de se dire qu'on a aidé un scientifique à avancer dans sa recherche. Ce n'est pas du tout l'image du chercheur seul dans son laboratoire ou sur le terrain. On se rend compte que c'est un milieu accessible à tous, y compris à des jeunes de dix ans qui peuvent trouver des cailloux utiles à la science ». Une fenêtre sur les origines de l'univers C'est justement un enfant de dix ans, Emmanuel, qui fait la première trouvaille, sous les applaudissements de son groupe. Le jeune garçon range immédiatement le fragment dans son sachet. Si ce n'était un exercice, c'est plutôt Brigitte Zanda qui aurait récupéré le fragment vieux de 4,56 milliards d'années et source d'information sur les origines de l'univers, explique cette astrophysicienne : « La plus grande fraction des météorites provient de petits corps qui ont très peu évolué depuis la formation du système solaire et qui étaient donc présents au moment où le soleil se formait. Tant qu'on n'a pas analysé une nouvelle météorite, on ne peut pas savoir si elle n'a pas des renseignements incroyables à nous apprendre ». Mobiliser le public est d'autant plus important que le nombre de météorites retrouvées en France a drastiquement diminué sur les deux-cents dernières années. « On en a retrouvé 45 au cours du 19e siècle, seulement 9 au 20e siècle », commente Brigitte Zanda. Pourtant, le nombre d'impacts reste stable : environ deux à trois par an en France, plusieurs dizaines de milliers chaque année dans le monde. « Pour retrouver une météorite, il faut la voir tomber », explique la chercheuse. « Or, nos modes de vie ont changé. On regarde moins le ciel qu'avant, car on vit moins à la campagne. Par ailleurs, les plaisirs cathodiques, type télévision et smartphones, détournent notre attention des étoiles. » Aujourd'hui, les méthodes d'observation se sont en partie automatisées. Avec Brigitte Zanda, Sylvain Bouley a créé le programme science participative Vigie Ciel et en 2014 le programme FRIPON, un réseau composé d'une centaine de caméras, installées sur des observatoires, des universités, des musées, qui surveillent le ciel jour et nuit et détectent les chutes de météorites. Depuis, ces vigies ont essaimé à l'étranger, en Europe, mais aussi en Afrique, notamment au Sénégal. Après deux heures d'exercice, les encadrants sifflent la fin de la quête. Toutes les météorites n'ont pas été retrouvées. Heureusement, Sylvain Bouley et ses équipes les avaient cachées en prenant soin de noter avec précision leur géolocalisation. Elles seront récupérées. En fin de journée, tous les participants – y compris ceux qui n'ont rien trouvé – repartent avec une météorite et un certificat d'authenticité. C'est le cas d'Abygaëlle et sa maman Aurélie, qui ont finalement retrouvé deux fragments. « On va pouvoir les ajouter à notre collection, mais celles-ci auront une valeur particulière », sourit la mère. Abygaëlle a déjà une idée de leur emplacement : « sur les étagères de la bibliothèque du salon ». À lire aussiLes passionnés de l'espace: astrophotographe, capturer la beauté de l'univers [1/5]

Cette semaine, RFI s'intéresse aux passionnés de l'espace en France. Aujourd'hui, portrait de Vincent Plousey, un radioamateur dont la passion est de capter les signaux radio émis depuis l'espace par des satellites. Un loisir accessible, puisqu'il ne nécessite pas de matériel particulièrement sophistiqué. Sur sa carte d'identité, il est bel et bien Vincent Plousey. Dans son monde à lui, on l'appelle plutôt « F0GXR » pour « Foxtrot, Zéro, Golf, X-Ray, Roméo ». Une série de mots qui correspond à son immatriculation de radioamateur en alphabet radiophonique international. On la retrouve cousue sur sa casquette. Vincent Plousey vagabonde via les ondes radio depuis l'âge de dix ans. Tout a commencé sur un poste de radio, celui de son père, qui avait la propriété de capter les ondes courtes transportant le signal de radios étrangères. « En tournant les boutons, je suis tombé sur Radio Moscou, Voice of America, Radio Vatican, RFI… Immédiatement, cela a été un choc car, depuis ma banlieue parisienne, j'avais accès au monde entier ! » De ce « coup de foudre » naît une passion : le radioamateurisme. En 2024, la France comptait 15 000 radioamateurs et 400 radio-clubs actifs, selon l'Agence nationale des fréquences, qui délivre les certifications après le passage d'un examen obligatoire pour se lancer sur les ondes. Vincent Plousey a obtenu la sienne en 2012. Écouter l'espace depuis chez soi Depuis, il a élargi son horizon : terminée l'écoute des radios du monde entier. Désormais, il explore tous les signaux qui arrivent de l'espace et plus précisément des satellites. Ce jour d'avril 2026, devant son garage, muni d'une antenne et d'un récepteur, il parvient à capter un échange entre l'astronaute française Sophie Adenot et des élèves sur Terre au moment où la Station spatiale internationale (ISS) passe au-dessus de la France. On entend parfaitement la spationaute répondre à une question sur son train de vie et celui de ses collègues à bord du laboratoire spatial. « Au début, il y a toujours un moment de frisson du fait du délai de connexion, commente Vincent Plousey. Le vrai moment de bonheur, c'est quand on l'entend parfaitement. » Le radioamateur insiste sur la simplicité avec laquelle un tel contact est réalisé : « Avec un simple récepteur et une antenne télescopique, on peut capter la station en deux minutes, et ça, c'est génial ! » Pour Vincent Plousey, la plus-value du radioamateurisme réside justement dans sa capacité à être accessible à tout un chacun. De fait, la pratique ne demande pas d'avoir chez soi un matériel digne de celui de la NASA, y compris pour capter des satellites plus lointains que l'ISS. Car après la Station spatiale internationale, en orbite à 400 kilomètres de la Terre, le quinquagénaire entreprend une connexion avec un satellite maritime géostationnaire situé à 36 000 kilomètres de notre planète. Et preuve que l'expérience est possible même avec du matériel rudimentaire, le passionné va utiliser… une boîte de conserve en guise de parabole. « Elles ont la bonne taille et le bon diamètre pour recevoir des fréquences d'un gigahertz émises par ce type de satellite », explique Vincent Plousey. « Créer ses propres antennes, c'est aussi ce qui intéresse les radioamateurs », ajoute-t-il. Avec du fil de cuivre, le radioamateur accroche une conserve métallique au trépied d'une lunette astronomique tournée en direction du satellite géostationnaire. Plusieurs câbles lui permettent de relier le tout à un logiciel installé sur son ordinateur. La démonstration peut commencer. Après quelques minutes de réglages et quelques modifications de l'installation, les premiers signaux apparaissent sur l'analyseur de spectre. Vincent Plousey pointe son doigt vers l'écran : « Vous pouvez voir des lignes verticales typiques des transmissions de données par satellite », explique le passionné. Sensibiliser la jeunesse Capter des satellites toujours plus lointains, se mesurer à d'autres radioamateurs : c'est ce qui motive Vincent Plousey, même plusieurs années après ses débuts dans le milieu. Mais il le reconnaît, à l'heure du tout numérique, et alors que la pratique demeure majoritairement masculine et vieillissante, il est difficile d'intéresser les plus jeunes aux ondes radio. Il a pourtant des arguments à faire valoir. « Les jeunes se disent concernés par les problématiques liées à l'écologie. Nous sommes modernes sur ce point : je recycle en donnant une seconde vie à mes boîtes de conserve. Cela devrait leur plaire ! » Vincent Plousey essaie autant que possible de transmettre sa passion aux jeunes pousses en partant de sa propre histoire. « C'est un devoir de dire à ces jeunes des villes ou des campagnes que, même s'ils n'ont pas fait de grandes études, comme c'est mon cas, ils peuvent tout de même réaliser de belles expérimentations techniques et technologiques avec un certificat de radioamateur. » Un passe-temps qui pourrait occuper Vincent Plousey encore plusieurs années. Son prochain défi : capter la première station privée, nommée Haven-1, dont la mise en orbite est prévue début 2027. À lire aussiLes passionnés de l'espace: astrophotographe, capturer la beauté de l'univers [1/5]

Cette semaine, RFI s'intéresse aux passionnés de l'espace en France. Pour ce premier épisode, rencontre avec Aude Nowak, astrophotographe qui arpente les sommets des Alpes, loin de la pollution lumineuse des villes, pour capturer l'éclat des étoiles, des nébuleuses et de la Voie lactée. Elle nous a donné rendez-vous entre le Mont-Blanc et l'Aiguille du Midi, dans la station de Chamonix, au cœur des Alpes françaises. Aude Nowak, astrophotographe depuis huit ans, s'apprête à passer une nouvelle nuit sous les étoiles pour en saisir toute la beauté à travers l'objectif de son appareil photo. Quelques jours auparavant, la Savoyarde nous avait prévenus : « Prenez de bonnes chaussures et des habits chauds ». Car pour obtenir les clichés souhaités, il faut aller loin, mais il faut surtout aller haut. Direction le Brévent, imposant sommet rocheux qui culmine à 2 500 mètres d'altitude. On y accède par deux télécabines, puis une bonne heure de marche. Un parcours sinueux, rocailleux et parfois glissant, entre deux névés, pas totalement fondus en ce mois de juin. Sur la route, une marmotte et trois bouquetins que notre présence ne semble pas effrayer. Aude Nowak a repéré les lieux la veille. Elle sait donc exactement où elle va planter sa tente. Face à celui qu'elle appelle « le roi », le Mont-Blanc, dont la cime est encore plongée dans les nuages. « Je vais dormir avant et après les prises de vue », explique-t-elle. 23h. Après un sommeil de trois heures, le réveil sonne au moment où le spectacle céleste débute. Cette fois, le ciel est parfaitement dégagé et permet d'apprécier, ici, la constellation de la Grande Ourse, là, Vénus et Jupiter, visibles à l'œil nu. Mais ce qui intéresse la photographe, c'est la nébuleuse de la Lagune et la Voie lactée qu'elle souhaite capturer entre l'Aiguille du Midi, le mont Maudit et le Mont-Blanc. Viser juste dans l'obscurité Emmitouflée dans sa doudoune, lampe frontale vissée sur la tête, Aude Nowak installe le trépied et le boîtier. Si la nébuleuse est invisible pour la rétine, elle ne l'est pas à l'objectif de l'appareil photo qui capte les couleurs, y compris dans le noir. Grâce à une application sur son téléphone, elle sait dans quelle direction le tourner pour viser juste. Après quelques minutes, la lagune apparaît derrière la montagne. Clac ! Une vingtaine de prises est nécessaire pour obtenir une image parfaite du nuage rouge de poussière et de gaz. « Elle est magnifique », murmure la photographe. Pour obtenir un cliché aussi coloré, l'appareil photo doit être défiltré et programmé sur un temps de pose élevé – généralement trente secondes – afin de capter un maximum de lumière dans l'obscurité. Le souci est que la Terre tourne. Et vite. Une moitié de minute suffit pour observer un décalage de l'image. Résultat, les étoiles apparaissent floues. Alors, sous son boîtier, Aude Nowak a installé une monture équatoriale. « C'est un petit appareil motorisé qui va faire pivoter l'appareil photo pour suivre exactement la rotation de la Terre. » Et ainsi obtenir une image parfaitement nette du ciel. Les adversaires de l'astrophotographie L'astrophotographie est une affaire d'obstination mêlée à de la chance. Obstination, car il faut être téméraire et aventureux pour enchaîner plusieurs nuits d'affilée en haute montagne, par quelques degrés, pour obtenir LA photo. De la chance, car la météo doit nécessairement jouer le jeu. « C'est le vrai challenge de l'astrophotographie », explique la passionnée. D'autant que certaines images ne sont réalisables que quelques jours dans l'année. « En cas de mauvais temps, il faut donc attendre l'année suivante ou l'année d'après », commente la photographe, qui attendait depuis deux ans de pouvoir réaliser les captures obtenues ce soir-là. « La première fois que j'ai essayé, le temps était trop mauvais contrairement à ce que m'avait indiqué l'application météo. Redescendre de la montagne sans rien, c'est un crève-cœur. » L'autre défi tient à la saturation du ciel par d'autres objets lumineux que les étoiles. « Les satellites notamment laissent des traces sur les images », explique Aude Nowak qui fait le constat de leur nombre croissant ces dernières années. Heureusement, les logiciels de traitement d'images parviennent à les effacer assez facilement. Mais ils ne sont pas infaillibles. « Les supprimer à la main sur l'ordinateur est un travail fastidieux », soupire la Savoyarde. Jamais lassant Pour autant, l'astrophotographe ne changerait pour rien au monde son cadre de travail. « La montagne, c'est mon univers. Je connais l'histoire de l'alpinisme. Donc, quand je vois des sommets, je vois des itinéraires, des histoires d'alpinistes, et l'alliance avec le ciel me parle et me touche », raconte-t-elle. « J'aime aller chercher ce qui n'est pas facile d'accès, poursuit-elle. Cela fait partie de ma personnalité. J'aime ramener aux gens qui n'ont pas tous accès à ces endroits un petit bout de la beauté de l'univers. » Même si tous les mois ne se ressemblent pas, même si gravir les sommets a un coût financier – prix du téléphérique, du parking –, Aude Nowak affirme vivre de sa passion. Ses clichés ne dorment jamais longtemps sur la carte mémoire de son appareil photo : ils sont tirés en grands formats, puis exposés et pour certains vendus. La rencontre et les échanges avec le public intéressent la photographe. « Ce qui est motivant, c'est de comprendre pourquoi ils achètent mes productions et quel est leur ressenti face à mes images. Je trouve ça magnifique. » À la question de savoir si elle pourrait se lasser de prendre en photo les montagnes et les étoiles, Aude Nowak répond par la négative. Notamment parce qu'elle n'a pas rempli l'objectif qu'elle s'est fixé. Celui de prendre en photo les astres depuis tous les sommets alpins de plus de 4 000 mètres. Il y en a précisément 82, répartis entre la France, la Suisse et l'Italie. « Je dois en avoir fait la moitié », confie-t-elle dans un éclat de rire. Alors non, elle ne rangera pas de sitôt l'appareil photo au placard. À lire aussiLes Nuits des étoiles: «un spectacle» et «une ambiance» procurant «un choc esthétique et émotionnel»

Dernier épisode de notre série sur la mort du ministre Robert Boulin en 1979. Si en 1992 la justice avait entériné la thèse du suicide, l'accumulation au fil des ans d'éléments troublants et de témoignages ont remis en cause cette thèse et pointé vers un possible assassinat politique, dans le contexte de la guerre des droites entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing. Rouvert en 2015, le dossier vient d'être confié au pôle cold case de Nanterre, spécialiste des crimes non élucidés. Un réel espoir pour Fabienne Boulin, la fille du ministre, qui se bat depuis bientôt 50 ans pour la vérité. À écouter dans l'Invité politiqueAffaire Robert Boulin: «L'espoir que la vérité judiciaire soit enfin rendue», Benoît Collombat, directeur de la Cellule investigation de Radio France

Quatrième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Vᵉ République. Octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est retrouvé mort. Il se serait suicidé. Pour Fabienne Boulin, sa fille, la mort de son père est liée à la guerre des droites qui, à l'approche de la présidentielle de 1981, opposait le président Giscard d'Estaing au RPR de Jacques Chirac et son bras droit, Charles Pasqua. Pourtant, la thèse du suicide est entérinée par la justice en 1992. Jusqu'à ce qu'en 2015, elle rouvre l'enquête : au fil des ans, des éléments matériels et de nombreux témoignages ont profondément remis en cause la thèse du suicide.

Troisième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Vᵉ République. En octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est retrouvé mort. En 1983, une seconde autopsie, qui révèle que Robert Boulin a des fractures au visage, remet en cause la thèse officielle du suicide. C'est pourtant cette thèse que la justice entérine en 1992. Au cours des deux décennies suivantes, famille et journalistes vont se livrer à une enquête parallèle. Fabienne, fille du ministre, raconte 47 ans de combat.

Deuxième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Ve République. En octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est retrouvé mort. Depuis, sa famille, convaincue qu'il s'agit d'un assassinat politique, se bat pour que la justice explore les zones d'ombre qui entourent son décès. Le pôle cold case vient d'ailleurs de reprendre le dossier. En 1979, la thèse officielle est celle du suicide. Mais en 1983, une seconde autopsie la remet en cause. Fabienne, fille du ministre, raconte son affaire Robert Boulin et 47 ans de combat. À écouter aussiAffaire Robert Boulin: 1979, mort d'un ministre en exercice [1/5]

Premier épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Ve République : l'affaire Robert Boulin. Nous sommes en octobre 1979. Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est retrouvé mort. Il se serait suicidé. Mais sa famille, elle, en est sûre : il s'agit d'un assassinat politique. Depuis, elle se bat pour que la justice explore les zones d'ombres qui entourent sa mort. Le pôle cold case, spécialisé dans les crimes non élucidés, vient de s'emparer du dossier : est-ce pour enfin résoudre cette affaire ? Fabienne, fille du ministre, raconte son affaire Boulin. À lire aussiAffaire Robert Boulin: «L'espoir que la vérité judiciaire soit enfin rendue», Benoît Collombat, directeur de la Cellule investigation de Radio France

Chirurgienne, éditeur, patineuse, pâtissier… Leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités, et leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Né(e)s ici ou venu(e)s d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Dans ce dernier épisode, Valérie Senghor, 54 ans, est à la tête du Centquatre-Paris, un établissement culturel de la Ville de Paris situé dans le 19e arrondissement de la capitale. Très discrète sur ses origines, elle est l'arrière petite-nièce du célèbre poète et chef d'État Léopold Sédar Senghor. Elle s'appelle Valérie Senghor comme l'homme d'État, poète et écrivain sénégalais Léopold Sédar Senghor : « C'était mon grand oncle paternel. Le frère de mon grand-père paternel. Je l'ai connu à la fin de sa vie », confie celle-ci, qui n'en dira pas plus sur cet homme illustre. Et l'héritage généalogique de Valérie Senghor, pudique et très discrète sur le sujet, ne s'arrête pas là puisque son père était, lui, le célèbre cinéaste et diplomate Blaise Senghor. « Je suis particulièrement heureuse de reprendre et de poursuivre cette trajectoire au service de l'art et de la culture avec ce double héritage, celui de mon grand-oncle paternel et celui, plus direct, de mon père qui était un homme de culture, un cinéaste et qui a beaucoup œuvré à la mise en place de systèmes de production et de diffusion du cinéma au Sénégal. Il était également le représentant permanent du Sénégal auprès de l'Unesco », reprend-t-elle. Dans les pas de ses illustres parents, Valérie Senghor, 54 ans, dirige depuis novembre 2025 le Centquatre dont elle a accompagné le lancement. Ayant aussi contribué à son développement, elle en connaît l'histoire sur le bout des doigts : « Là, vous voyez, c'est le clocher. Il ne fonctionne plus aujourd'hui, lance-t-elle dans un sourire. D'ailleurs, peu de Parisiens connaissent sa fonction première. Le Centquatre était historiquement le siège des pompes funèbres de la Ville de Paris, un lieu inscrit aux Monuments historiques où étaient fabriqués les cercueils, les ornements funéraires et où était centralisée toute la logistique pour les convois des défunts de toute la capitale ». Quand elle en parle, ses yeux s'illuminent, elle est intarissable Atypique et pluridisciplinaire, le Centquatre-Paris est aussi un lieu de liberté, d'ouverture sur la ville et d'émancipation pour ceux qui s'accaparent les espaces pour pratiquer toutes sortes d'arts. « On voit autant les danseurs que les jongleurs qui viennent spontanément pour les répétitions et comme vous l'avez vu, nous ne les connaissons pas ». Mais ne comptez pas sur elle pour revendiquer une origine. Elle n'aime pas non plus qu'on l'associe uniquement à une couleur de peau. « J'ai eu l'opportunité, ces dernières années, de travailler pendant six ans au sein du Centre des monuments nationaux. J'ai aussi eu la chance d'occuper des fonctions au sein du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. J'ai accompagné le lancement et le développement du Centquatre pendant plus de dix ans et j'ai été la directrice adjointe du Centquatre de 2016 à 2018. Donc j'ose croire que c'est ce parcours et cette expérience qui ont amené la Ville de Paris à s'intéresser à ma candidature », affirme celle-ci. Valérie Senghor s'appuie sur ce parcours pour innover et pour proposer un programme éclectique. Avec, à l'affiche pour la saison 2026-2027, plusieurs festivals qui mettent en résonance des récits, des architectures et des œuvres d'art.

Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier, leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce quatrième épisode, le Gabonais Christian-Brice Ondo nous raconte comment à 51 ans il mène une carrière d'éditeur. Depuis 2021, il dirige sa propre maison d'édition, Obangame. À taille humaine. Sa particularité : éditer ses « coups de cœur » et surtout donner de la visibilité aux auteurs afro-descendants. Lunettes rivées sur le nez, cheveux coupés à ras, surtout ne vous plongez pas dans son regard qui dissimule un passé douloureux : « À trois mois, j'ai failli mourir à la naissance, lance-t-il de manière inattendue. J'ai eu une maladie très rare, j'avais des bassines de pus dans les poumons, donc pour me soigner j'ai été évacué très tôt en France. À chaque fois que je croisais des tantes ou des oncles, je ne comprenais pas pourquoi ils lançaient sur mon passage : Ah ! Voici le miraculé, il a failli mourir ». « Un enfant miraculé ! » dans le monde de l'édition À 51 ans, le Gabonais, Christian-Brice Ondo, avant d'embrasser le monde de l'édition, a eu une première vie : « Avec mon frère, on avait monté une maison de production pour réaliser des documentaires. Et j'ai rencontré l'éditeur camerounais Dieudonné Gnammankou, à la tête de Dagan éditions, il faisait la promotion d'une bande dessinée dédiée au célèbre footballeur Samuel Eto'o. J'ai eu un véritable coup de cœur pour cet homme qui est également historien ». Les coups de cœur et les coups de foudre semblent rythmer sa vie, c'est l'un des traits de la personnalité de Christian-Brice Ondo. Après sa rencontre avec l'éditeur et historien Dieudonné Gnammankou, il crée à taille humaine sa propre maison d'édition Obangame, en 2021. Obangame signifie en langue fon du Gabon : solidarité indéfectible. « Donc, à travers ce nom-là, j'ai voulu créer des liens entre les cultures à travers la littérature, en fait, c'est la touche un peu africaine de la maison d'édition », explique-t-il. Donner de la visibilité aux auteurs afro-descendants Pour Christian-Brice Ondo, les auteurs africains, de manière générale, manquent de visibilité. « Ceux qui ont du talent, c'est très rare qu'on les publie dans les maisons d'édition traditionnelles, regrette-t-il. Il y en a quelques-uns qui réussissent à se faire éditer. Donc, je me suis dit pourquoi ne pas donner la chance à ces talents car il y a une forte demande également. Il y a en effet une diaspora noire, française et africaine qui vit à Paris. Paris, c'est un pôle culturel très important et ces lecteurs afro-descendants veulent lire des livres qui ressemblent à ce qu'ils vivent au quotidien, à leur culture, à leur univers. Mais il faut aussi que les livres soient de qualité et il faut que les auteurs soient aussi de qualité ». Le choix des auteurs ? Il se fait à travers des rencontres. « Ce sont des coups de cœur, moi, je ne cherche pas forcément des auteurs. Parce que je pars du principe que ce sont des rencontres, ce sont des coups de cœur. Et sur le plan technique, je fais des contrats à compte d'édition, c'est-à-dire que c'est moi qui prends en charge toute la fabrication du livre et je reverse à l'auteur des droits d'auteur. En fait, je prends des risques quand je décide d'éditer un auteur. Et une petite maison d'édition comme la mienne ne peut pas se permettre financièrement de publier beaucoup d'auteurs », précise l'éditeur. Il prend donc son temps pour choisir les auteurs qu'il souhaite éditer et ce sont les femmes qui dominent… C'est un peu sa fibre féministe. Et parmi elles : l'autrice sénégalaise Sokhna Ndao et son dernier roman, Catharsis. « Je cherchais un éditeur et j'ai vu que sur son site internet il publiait des femmes noires, je me suis dit qu'il avait une sensibilité particulière pour la littérature féminine ou afro-féminine descendante. Donc, vu les thématiques abordées dans mon roman, je trouverais un écho chez lui ». Un roman engagé, explique l'autrice Sokhna Ndao, qui dénonce les violences faites aux femmes au Sénégal, les violences sexistes, les violences psychologiques, la toxicité des relations, des rapports à autrui. « Et si vous allez sur les réseaux sociaux, souligne-t-elle. Vous allez trouver énormément de hashtags portés par des Sénégalaises pour dénoncer ces violences. » Une rencontre inattendue « Ce qu'elle ne vous a pas dit, lance dans un sourire Christian-Brice Ondo, c'est qu'entre la lecture du manuscrit et notre échange, elle a disparu pendant un an, comme Cendrillon. Ce que j'ai beaucoup aimé chez Sokhna Ndao, ce sont les thématiques qu'elle dénonce dans ses livres, elle les porte aussi par sa voix. Et moi, j'aime les auteurs qui ont de la personnalité et qui assument les idées qu'ils véhiculent à travers leurs romans. » Christian-Brice Ondo est un homme de l'ombre, discret, qui s'est donné comme mission d'éditer de nouveaux talents de la littérature afro-descendante. À lire aussiPortraits des diasporas africaines: Maé-Bérénice Méité, une étoile sur la glace [3/5]

Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier… Leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce troisième épisode, Maé Bérénice Méité, française d'origine ivoirienne et congolaise, a été six fois championne de France de patinage artistique. Avec deux participations aux Jeux olympiques. Un beau palmarès au niveau national. À 31 ans, elle s'entraîne aux États-Unis pour revenir au plus haut niveau. Sur les podiums ! « J'aime à dire que ce n'est pas moi qui ai choisi le patinage, mais que c'est le patinage qui m'a choisi, lance dans un large sourire Maé-Bérénice Méité. Ça combine tout ce que j'aime, la vitesse, les sauts, l'expression sur glace, raconter des histoires, entrer dans un personnage. » Maé, un prénom court et vif comme une signature, à l'image du dynamisme de cette athlète. Ses débuts ressemblent à un véritable conte de fées. Ses parents, originaires de la Côte d'Ivoire et du Congo, s'installent à Vitry-sur-Seine. C'est dans cette banlieue du Sud parisien, où elle a grandi, qu'elle découvre le patinage pour la toute première fois. « La patinoire de Vitry, j'y ai mis les pieds lorsque j'avais à peine 4 ans, j'y suis allée avec l'école et j'ai adoré. Et depuis, je n'ai jamais quitté la glace, donc ça fait maintenant bientôt 27 ans que j'évolue sur des lames et de l'eau glacée », explique-t-elle. Son profil atypique, c'est sa force « Moi, je suis athlétique. Loin du stéréotype de la patineuse, vous savez la petite fille longiligne blonde aux yeux bleus, type poupée russe », souligne Maé-Bérénice Méité. Elle évolue dans un sport, le patinage artistique, où les femmes noires au plus haut niveau se comptent encore sur les doigts de la main. Avant elle, il y a eu l'emblématique championne olympique Surya Bonaly, qui a ouvert la voie. « En fait, explique la championne, j'ai été préparée pour affronter tout ça. Mes parents m'ont assez vite dit : "tu es une femme, donc il va falloir travailler deux fois plus. Tu es une femme noire, donc forcément il va falloir travailler quatre fois plus pour obtenir un résultat égal avec les autres. Même si tu as un potentiel supérieur, il faudra toujours que tu fournisses plus pour prouver ta valeur." Donc, en fait pour moi, ça n'a jamais été un problème quand j'ai commencé parce que je savais à quoi m'attendre et c'est ce que j'ai appliqué partout, que ce soit à l'école, au patinage, j'allais toujours chercher l'excellence. Je suis une compétitrice dans l'âme, je n'aime pas perdre, donc forcément il y a cet esprit de gagne, cette rage de vaincre qui est naturelle. J'ai juste cultivé ça. Donc, pour moi, c'était un mode de vie, donc ça n'a rien changé à mon évolution et à la manière dont j'ai approché la carrière. » Le patinage rythme sa vie au plus haut niveau. Sextuple championne de France dans la catégorie élite, Maé-Bérénice Méité a participé aux Jeux olympiques de Pyeongchang 2018 en Corée du Sud. Elle se souvient avec fierté de ce grand moment : « Aujourd'hui, j'aime regarder ces vidéos, ce sont de beaux souvenirs. Mais il fut un temps, je n'aimais pas forcément me regarder patiner parce que j'avais un peu une vision biaisée de ce que je fais. Je ne voyais que le négatif et je n'arrivais pas à apprécier la performance parce que j'étais toujours dans l'autocritique et le jugement constant. L'enjeu, il était face à moi-même, il était de me prouver que je faisais toujours partie des meilleurs mondial. Et l'objectif sur les Jeux olympiques de Pyeongchang n'était pas le même que sur les Jeux olympiques de Sotchi. À Sotchi (en Russie) mon objectif, c'était le top 10. Je l'ai atteint. Et une chose, c'est que quand je prépare mon état d'esprit à atteindre un objectif, je l'ai toujours fait ». Avant de se quitter, Maé-Bérénice Méité s'arrête devant une fresque gigantesque en plein cœur de la ville qui représente la patineuse tout sourire. C'est un hommage de la commune de Vitry à sa championne. À lire aussiPortraits des diasporas africaines: Hissein Mahamoud Barkai, le chef pâtissier venu du désert [2/5]

Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier, leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce deuxième épisode, Hissein Mahamoud Barkai, originaire du Tchad, est l'un des seuls chefs pâtissiers venus du désert. Un parcours qui bouscule les traditions en s'imposant en tant qu'homme tchadien dans le domaine de la gastronomie avec ses pâtisseries. Il porte avec fierté sur la scène internationale le patrimoine culinaire de son pays. « Je m'appelle Hissein Mahamoud Barkai. Je suis chef pâtissier, plus connu sous le nom de pâtissier du désert ». Grand, élancé, lunettes rivées sur le nez, Hissein Mahamoud Barkai ressemble beaucoup plus à un médecin ou un créateur de mode. Il lui arrive de remplacer la toque par le turban. Ses origines nomades et tchadiennes ne sont jamais loin. Issu du peuple Gourane, sa famille était loin d'imaginer le choix de leur fils : « Pour moi, en tant qu'homme tchadien, dans ma communauté c'était vraiment très mal vu, voire honteux d'exercer ce métier de cuisinier dans sa famille. C'est une tâche qui est réservée aux femmes. Mais moi, dès ma petite enfance, j'avais ce rêve, cette envie et cette passion, mais je n'ai jamais pu m'exprimer ». Des sablés à base de farine de millet et de bissap en poudre Aujourd'hui, rendez-vous est pris dans le 18ᵉ arrondissement parisien au House of Africa pour un atelier pâtisserie. Dès qu'il met ses mains dans la farine, c'est un autre homme. Il est heureux. « On va faire des sablés à base de farine de millet, propose le chef pâtissier du Sahel. Elle est riche en fibres. Pour moi, c'est même une farine de futur, sans gluten. Dans de nombreux pays d'Afrique, c'est l'une des bases de l'alimentation et au Tchad, on fait la "boule" avec, qu'on appelle aussi "foufou". Ici, en France, quand on parle de millet, ce sont des graines que l'on donne aux oiseaux. » Sa cuisine poétique invite au voyage. Pour faire plaisir à ses parents, Hissein Mahamoud Barkai va faire des études de lettres modernes et un jour, il tombe en amour pour une pâtisserie qui va changer sa vie : « Un week-end, je suis allé en bas de chez moi, où il y avait une boulangerie-pâtisserie, et j'ai acheté un Paris-Brest. Ce gâteau, c'était une découverte pour moi, c'était délicieux, et je me suis posé cette question : est-ce que je peux créer autre chose ? En fait, tout est parti de là, de ce gâteau, le Paris-Brest ». « Je ne me sentais pas vraiment heureux » Il va longtemps travailler dans l'anonymat pour se construire et il va se consacrer au Paris-Brest qu'il va revisiter. Ce classique intemporel de la pâtisserie française, à base de pâte à choux et de crème pâtissière, le Paris-Brest. Ce gâteau va renaître sous une nouvelle étoile avec cette nouvelle appellation, Le Paris-Ndjamena Kornaka. « Depuis que j'ai acheté ce Paris-Brest, j'étais tellement inspiré que je suis retourné à mes fourneaux. Et c'est là que j'ai trouvé les balanites aegyptiaca, ou dattiers du désert, ce sont des amandes qui sont très amères. Et je me suis dit que j'allais réaliser un praliné à base de cette amande, le kornaka. J'ai fait plusieurs essais mais ça ne fonctionnait pas, car c'est très amer. Il fallait arriver à ajuster l'amertume. Ça m'a pris une année entière. Je faisais des tests. Je descendais dans la rue et je faisais goûter ma préparation aux gens. Certaines personnes que je rencontrais m'encourageaient, alors que d'autres trouvaient ça infect. J'étais vexé. Mais à force de persévérance j'ai trouvé la bonne formule, et j'étais heureux, et la pâtisserie est devenue pour moi un jeu d'enfants. » Moringa, spiruline du lac Tchad, tamarin noir ou encore gomme arabique, plus rien ne l'arrête pour une cuisine qui invite au voyage. Le chef pâtissier Hissein Mahamoud Barkai allie les saveurs de l'Afrique et celles de l'Occident. Et il est fier de publier son premier livre, Le pâtissier du désert, itinéraire d'un Gourane, aux éditions ligne-devie.com, un ouvrage de recettes sucrées, consacré à la gastronomie contemporaine tchadienne. À lire aussiPortraits des diasporas africaines: Aïcha N'Doye chante à l'oreille des patientes [1/5]

Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier, leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce premier épisode, Sylvie Koffi nous emmène à la rencontre d'Aïcha N'Doye, une chirurgienne atypique…À 35 ans, le docteur Aïcha N'Doye originaire du Sénégal est spécialiste en chirurgie du sein et chirurgie gynécologique à la polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine. Elle mène également une carrière de chanteuse. La chirurgienne a revêtu un ensemble stérile bleu jetable. Un bonnet sur sa chevelure noire et un masque couvre son visage. Dès qu'elle arrive, elle a son rituel : « J'ai mon téléphone portable sur lequel j'ai une sélection de musiques instrumentales. Quand les anesthésistes sont prêts, je m'assois au chevet du malade et je commence à chanter. » Un moment suspendu et inattendu. « C'est vrai que c'est peu commun, lance Maxime Marouteau, il n'y en a pas beaucoup qui arrivent déjà à chanter aussi bien qu'Aïcha. » Admiratif, l'infirmier anesthésiste, qui connaît bien le répertoire de la chirurgienne, ajoute : « Je trouve qu'elle chante super bien. Mais ça, il ne faut surtout pas le lui dire ! » Bercée par le chant, la patiente s'est endormie. Sans stress. Elle va pouvoir être intubée. « Moi, je vais me préparer pour l'opérer », lance Aïcha N'Doye à son équipe. « Déjà, nous, dans notre organisation, on doit bien se coordonner avec elle, explique l'infirmier anesthésiste. Car l'objectif, c'est que le patient s'endorme en étant moins stressé, en consommant parfois moins d'anesthésiant. Nous, ça nous aide. » Pour Aïcha N'Doye, c'est un moment de reconnexion : « Je me souviens pourquoi je suis là, souligne-t-elle, et ça me rappelle surtout qu'il y a un humain derrière les champs opératoires. Franchement, ça m'apaise avant la chirurgie. Car c'est vrai que ce sont des chirurgies qui peuvent être complexes, et qui demandent de la concentration. C'est un petit moment de calme avant de pouvoir mettre mon cerveau en ébullition pendant l'intervention. » À lire aussiPourquoi le chant est essentiel dans toutes les cultures humaines « Fais médecine et si ça ne marche pas, tu seras chanteuse » « Au petit-déjeuner, j'ai dit à mes parents que je voulais être chanteuse alors que j'étais inscrite à la fac de médecine. Ils ont été très intelligents. Mes parents ne m'ont jamais dit : "non, tu ne feras pas chanteuse". » Leur réponse ? « Fais ta première année et tu verras, si tu échoues, tu seras chanteuse. » « Et c'est vrai que c'est quelque chose qui m'a beaucoup accompagnée pendant ma première année de médecine, poursuit la chirurgienne, c'était assez dur, et c'est vrai que c'était ma source de motivation. Je me disais : tu fais ta première année mais une fois, pas deux. Du coup, je n'avais pas cette pression-là que les autres pouvaient avoir de dire c'est ça ou rien. » Résultat : 11 ans d'études. Sa spécialité, la gynécologie obstétrique, elle s'est ensuite surspécialisée en chirurgie et cancérologie du sein et en reconstruction mammaire. Aïcha N'doye, du bloc opératoire à la scène « J'ai deux phases qui sont totalement complémentaires et en même temps totalement opposées. C'est-à-dire que quand vous me voyez sur scène, vous ne pouvez pas vous dire : "Elle est chirurgienne", lance Aïcha N'Doye dans un éclat de rire communicatif. En fait, ça demande beaucoup d'organisation et après, c'est vrai que les choses se sont faites de manière assez spontanée et je ne me rendais pas forcément compte du travail que ça allait me demander. Au début, je prenais ça un peu à la rigolade et en fait, au fur et à mesure, je me suis rendu compte que chanter, c'est vraiment un métier qui demande beaucoup de travail également. Mon métier de chirurgien est très prenant et je suis aussi maman. » Aïcha N'Doye enchaîne sa troisième opération. Elle chante à l'oreille de sa patiente pour l'endormir au cours de l'anesthésie avec l'une de ses compositions : « Combien de fois ? », tiré de son premier album, Double Face. À écouter dans Autour de la questionPourquoi la musique c'est bon pour la santé?

En France, la forêt de Fontainebleau a subi en juillet des incendies qui ont ravagé environ 2 000 hectares du massif forestier, soit 10% de sa surface totale. L'Office national des forêts (ONF) est revenu dans les zones ravagées par les flammes pour faire un état des lieux. Alors que les reprises des feux menacent, la sécurité et la vigilance sont de mise et la reconstruction désormais centrale. Un sol de cendres, des arbres morts... Dans ce paysage de désolation, Franck et Clément, bûcherons, tronçonnent un feuillu qui menace de s'effondrer. Un geste qu'ils répètent depuis leur retour dans la forêt qu'ils connaissent bien. « Trente-huit ans que je travaille en forêt de Fontainebleau. Je pense que je ne reverrai plus la forêt comme elle était avant. On a été mandatés il n'y a pas longtemps. La sécurisation des bords de route et de l'autoroute en priorité », confie Franck. La sécurisation des lieux est toujours en cours et quand la tronçonneuse se tait, l'état de la faune les bouscule quelque peu. « C'est vraiment trop calme. C'est ça qui est le plus bizarre. Il n'y a pas d'oiseaux. Cela fait bizarre. Mardi, quand je suis arrivé, une biche était en train de mourir, brûlée par le feu et en sous-nutrition », témoigne-t-il. À lire aussiFrance: après les incendies de la forêt de Fontainebleau, un paysage dévasté et une biodiversité menacée À proximité, Claire Nowak, de l'Office national des forêts (ONF) et responsable de l'unité territoriale de Fontainebleau, scrute de près « des opérations dangereuses qu'il faut confier à des bûcherons spécialisés, parce qu'on ne sait pas comment le bois brûlé va réagir ». « On ne sait pas à quel point le bois a été modifié par la chaleur. Parfois, on a même des arbres qui, à l'intérieur, sont encore en feu et on ne le voit pas de l'extérieur. C'est un chantier à laisser à des professionnels, évidemment. L'odeur est toujours là, encore très forte. Cela va persister tout autour de nous. C'est de la cendre. Encore une fois, cela continue de brûler à certains endroits au niveau du sous-sol. Malheureusement, ce n'est pas fini », souligne-t-elle, en regardant un camion-citerne « qui se rend sans doute sur le lieu d'une fumerolle ou d'une reprise ». Les pompiers sont les seuls autorisés sur la zone sinistrée, tout comme l'Office national des forêts. Dans sa voiture, Julien Simon, chef de service Forêts de l'ONF Île-de-France et correspondant Défense des forêts contre les incendies (DFCI), analyse les risques : « Depuis le 12 juillet, les deux feux sont fixés, mais ils ne sont pas considérés comme étant éteints parce qu'à tout moment, on sait que ça peut repartir. Donc on prie pour avoir de la pluie, de façon à essayer de réellement noyer les foyers résiduels pour pouvoir enfin déclarer ce feu comme éteint », précise-t-il. Les reprises de feu sont encore possibles. C'est ce qu'on appelle un « feu zombie », comme l'indique Claire Nowak. « En raison de la présence de cette végétation particulière, cette tourbe, le feu continue à brûler en sous-sol. On a régulièrement des points qui sont mesurés à caméra thermique à 150°C au niveau de la surface du sol, et 400°C en profondeur. C'est un feu que l'on appelle un feu zombie qui va continuer à brûler jusqu'à ce qu'il y ait une pluie forte », détaille-t-elle. La saison des feux est encore loin d'être finie. Après seulement, la phase de reconstruction va s'enclencher. Et le chantier sera long, avec le réchauffement climatique en perspective. « Les feux de ce type vont revenir. On a besoin de comprendre comment il s'est comporté pour pouvoir mieux lutter. Et penser à l'avenir de cette forêt en termes d'aménagement du territoire. En raison des sols très sableux, il y a une grosse dominante de pins. Quand on brûle un pin, ce qui repousse, c'est du pin. Donc on sait que si on ne replante pas, on aura une forêt de pins qui risque de rester très combustible à l'avenir. Il y a sans doute un rôle à jouer avec la plantation pour venir diversifier les peuplements forestiers », souligne Julien Simon. Cette sécurisation n'est pas synonyme de réouverture prochaine des sites touchés, loin de là. Selon l'ONF, il faudra une année avant de permettre à nouveau l'accès des zones sinistrées au public. À lire aussiLa sécheresse historique en France pourrait constituer un «point de bascule» pour la biodiversité

En France, la mort est encore très souvent taboue. Pourtant, chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voir même communiquer avec les défunts... Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Amélie Beaucour est partie à la rencontre d'un gardien de cimetière, à Pantin, au nord de la capitale. Un lieu beaucoup plus vivant qu'on ne le croit. Il est 18h lorsque les grilles du cimetière de Pantin se ferment. Samuel Soursas fait partie des rares personnes autorisées à y passer la nuit. Son logement de fonction, situé à l'intérieur de l'enceinte, ne marque pas la fin de sa journée de travail. « Je veille à la fermeture du site, explique-t-il. On s'assure que tout le monde est bien sorti. Il arrive que les gens ne voient pas l'heure passer ou s'endorment... Et le matin, on ouvre aux employés qui travaillent sur le site. Ils sont 80 chaque jour. » Ensuite, Samuel endosse ses fonctions de garde-travaux : « J'enregistre les bons, j'accompagne les marbriers et les graveurs devant les monuments concernés... Tout ce qui touche aux travaux funéraires, en plus des inhumations. » Son outil de travail ? « Un sac à dos, des chaussures de sécurité et un petit pick-up blanc, bien pratique pour sillonner les allées arborées du site. » Car ces dernières, souligne-t-il, « donnent davantage l'allure d'un parc que d'un cimetière ». Une impression renforcée par l'immensité du lieu : « Nous avons un peu moins de 200 divisions – une division, c'est un carré de 70 mètres par 70 mètres. À l'intérieur de chacune, environ 800 tombes. Et dans chaque tombe, on peut avoir d'une à plusieurs dizaines de personnes. » Un nombre incalculable d'âmes se croisent ainsi dans ce « gigantesque poumon vert » en pleine région parisienne. Des proches venus se recueillir, mais aussi des promeneurs en quête de nature et de sérénité. Sans oublier les « habitants » du cimetière, qui, eux, « sortent non pas de leurs caveaux, mais de leurs nids ou de leurs terriers ». « Aujourd'hui, on a de la chance, il fait beau, tous les animaux sont de sortie, s'enthousiasme Samuel. Les renards, les corneilles – évidemment –, les chats, les perruches aussi... On a énormément de vie dans ce lieu qui est censé représenter la mort. » Ces occupants, peu farouches, sont respectés autant que celles et ceux qui reposent sous terre. La Ville de Paris, qui administre le site, a placé la biodiversité au cœur de ses aménagements. « Au niveau des fontaines, l'eau ne s'écoule plus dans des grilles, mais dans des récipients en ciment pour la retenir, détaille-t-il. Cela permet à tout ce qui est biodiversité – insectes, oiseaux, etc. – de venir s'abreuver. » Il évoque aussi « une division interdite au public, où l'on entrepose les gravats et où l'on casse les tombes » : « Les murs sont en gabion, mais on a créé de tout petits accès en dessous pour les renards. Ils y sont en toute tranquillité. Et lorsque les machines arrivent pour casser, ils peuvent sortir. » Samuel a découvert ce métier sur le tard. « C'est après avoir passé un concours de la fonction territoriale que j'ai reçu cette affectation : cantonnier – celui qui s'occupe d'une division – au cimetière de Pantin. » Un tournant surprenant dans sa carrière, mais qu'il ne regrette pas. « Il y a des défunts, il y a de la tristesse, il y a des pleurs, etc. Mais il y a beaucoup d'amour aussi. Les gens pleurent leurs morts, mais reviennent. C'est quelque chose qui représente beaucoup pour eux... et pour moi aussi. Ça me permet de profiter davantage de ce que j'ai. » Loin de l'atmosphère lugubre souvent associée à ces lieux, le cimetière de Pantin est, pour son gardien passionné, « un havre de paix, sur lequel je veille comme sur mon propre jardin ». Il conclut avec une étymologie qui résume sa philosophie : « "Cimetière", c'est un mot qui, il me semble, vient du grec et a été transformé en latin. Il signifie "lieu de repos". Ce n'est pas la mort, c'est le repos. » À lire aussiLa mort est mon métier: «Je m'adresse à la personne décédée», confie le nettoyeur post-mortem [2/4]

En France, la mort est encore très souvent taboue. Pourtant, chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voir même communiquer avec les défunts... Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Amélie Beaucour est partie à la rencontre d'une médium, au Havre, sur la côte ouest du pays. La salle est pleine à craquer. Ce soir-là, au Havre, en Normandie, 400 personnes ont fait le déplacement jusqu'à ce théâtre. Dans un tailleur noir impeccable, Virginie déambule dans les allées, micro à la main. À peine le public assis, les défunts se présentent déjà à côté de leur vivant, affirme-t-elle. Surnommée « la médium du peuple » par celles et ceux qui viennent la consulter, cette grande brune aux yeux bleus exerce aussi bien en séance publique, comme ce soir, qu'en privé, dans son cabinet. Dans les coulisses, elle se confie sur son métier : « Lors d'une journée type, je suis en consultation toute la journée dans mon bureau. J'ai mon consultant. Les défunts se présentent autour de lui. Nous, on fait les réservations avec un prénom. Pas de date de naissance, pas de nom de famille. Vous ne devez donner aucune information. Vous ne montrez pas les photos tout de suite. Aux défunts de se manifester autour du vivant, vous voyez ? Parce qu'après, ça peut s'apparenter à du mentalisme, à de la fine psychologie. Cela, malheureusement, il y en a beaucoup dans ce milieu. » Interrogée sur la manière dont ces manifestations se produisent, elle explique : « Tous les canaux vont être actifs. Les défunts vont se présenter parfois avec leur prénom, avec uniquement la première lettre de leur prénom, et le défunt va se placer à côté de mon vivant, de manière à ce que je sache qui est qui. Si on a perdu notre père ou notre grand-père, ils ne vont pas se positionner de la même manière, à côté de vous. On a d'ailleurs une présence d'une dame décédée, une grand-mère, dans la lignée paternelle. » Cette présence invisible désarçonne autant que les détails très précis que perçoit Virginie. Être médium, c'est aussi devoir porter le poids de certains messages et vivre avec des images obsédantes. « Un jeune homme sur un accident de mobylette et il n'y avait pas de casque à l'époque, c'était l'arrière de son crâne qui a tapé sur le trottoir. L'image était horrible. Je l'ai vécu pendant trois ou quatre jours. Cette image m'a hanté pendant plusieurs jours. La mort des enfants aussi, c'est compliqué », confie-t-elle. Virginie raconte qu'elle avait cinq ans lorsque ce don s'est manifesté chez elle pour la toute première fois. Il a ensuite pris une place de plus en plus importante dans sa vie, jusqu'à la pousser à quitter son travail pour se consacrer entièrement à la médiumnité. « J'ai été 13 ans dans la police municipale du Havre, j'étais brigadier-chef principal. Je ne pouvais plus être sur deux activités à la fois, c'était trop fatigant. Sur mes repos, on me demandait des séances. À un moment donné, il a fallu faire un choix. Aujourd'hui, je ne me vois pas faire autre chose, redonner le sourire à toutes ces personnes. Certains pensent que la médiumnité, c'est quelque chose de triste. Vivez-le en salle et on en reparle. » Personnage surprenant de franchise mais aussi de douceur, l'ancienne policière devenue médium exerce avant tout pour réparer les vivants. À lire aussiVoyance, médium, astrologie: pourquoi s'intéresse-t-on tant aux sciences occultes?

En France, la mort est encore très souvent taboue et pourtant chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voire communiquer avec les défunts… Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Ce mardi, Amélie Beaucour a poussé la porte d'un appartement du centre-ville de Strasbourg, dans l'est de la France, où intervenait un nettoyeur post-mortem. « Là on va entrer dans un appartement où il y a eu une découverte tardive, c'est-à-dire de plusieurs jours, semaines ou mois. » Martel Julien est nettoyeur post-mortem. « On nettoie les traces laissées par le décès, qu'il s'agisse de découverte tardive, de suicide, d'homicide ou d'attentat. » Pour entrer dans ce logement, les surchaussures sont obligatoires, mais le masque lui est optionnel. « Vous sentez un peu l'odeur normalement », mentionne Martel Julien. L'odeur caractéristique laissée par la mort est bien présente même si la pièce a été aérée lorsque le corps a été pris en charge par les services de médecine légale. Dans la pièce principale ne reste plus qu'un fauteuil vert foncé recouvert d'une épaisse couche de matière difficilement identifiable, qui a ruisselé sur le plancher : « La personne est morte sur son canapé et est restée là pendant un bon moment. On voit des écoulements de fluides corporels qui ont recouvert le sol de part en part de la pièce. Là, on va devoir nettoyer ces affaires souillées, chercher des infiltrations dans le sol et découper le canapé pour désinfecter correctement le logement », détaille le nettoyeur post-mortem. Julien Martel, chef d'entreprise spécialisé dans le nettoyage post-mortem Cela fait dix ans que Julien Martel a monté son entreprise spécialisée dans le nettoyage post-mortem, après s'être formé en microbiologie : « Si vous passez au microscope les fluides que vous avez vus, vous observerez des bactéries… Certaines peuvent être mortelles. Si on en oublie des traces dans l'appartement, il y a tout pour le développement bactérien : de la matière, peu de lumière et une température stable », explique-t-il. Son outil de travail : une camionnette noire pour se déplacer dans toute la France avec son épouse et associée. À l'intérieur, des boîtes empilées contiennent le nécessaire pour les interventions. « Ici on a tout ce qui nous sert de protection : gants, surchaussures, masques, combinaisons… Au fond, les produits qu'on utilise. Il y en a seulement deux : un pour dégraisser, un autre pour rincer et travailler différemment la matière. Puis là le matériel électroportatif pour les travaux plus lourds, s'il y a par exemple du sol ou des parois à démonter. Et, à l'arrière du camion, on a de grandes poubelles jaunes qui nous servent à collecter ce qui a été souillé. Le canapé découpé en morceaux ira dans ces poubelles. » « Imaginez que la personne ne sait pas qu'elle est morte » Julien Martel reste pudique sur les interventions qui ont pu le marquer. Des scènes difficiles qu'il faut extérioriser afin de préserver sa vie personnelle. Avec son métier, son rapport avec la mort n'a pas changé. Mais plutôt celui avec la vie. « Mais pour la mort, non, ça n'a rien changé car je ne pense pas que tout s'arrête quand on meurt. C'est pour ça aussi que je toque systématiquement avant de rentrer. C'est une question de respect. C'est aussi pour ça que, quand je sens que je ne suis pas seul ou que l'ambiance est, comment vous dire, un peu électrique, je parle. Je m'adresse à la personne décédée. Je me présente, je lui dis pourquoi je suis là, ce que je vais faire, etc. Imaginez que la personne ne sait pas qu'elle est morte : comment réagiriez-vous ? Vous êtes dans votre salon et vous voyez débarquer quelqu'un chez vous ? Alors on peut dire : "Ce mec-là, il est taré", je m'en fiche. » D'apparence impassible, le chef d'entreprise avoue prendre très à cœur un autre aspect de son métier : être une oreille attentive pour les familles qui le sollicitent, des clients qui deviennent parfois des amis. À lire aussiScènes de crime, suicides et morts naturelles: le nettoyage, double peine des familles