Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats. Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

En France, de nombreuses conséquences d'un été caniculaire se font sentir dans le secteur agricole. Après l'impact des vagues de chaleur sur les élevages de volaille, focus aujourd'hui sur le fourrage qui pourrait venir à manquer cet hiver. Face à des prairies brûlées et à des rendements de maïs en forte baisse, une grande partie des éleveurs ont entamé dès le début de l'été leurs stocks de fourrage prévus pour l'hiver, lorsque les animaux ne pâturent plus. Résultat : il va falloir s'adapter pour passer l'hiver. Reportage au sein d'une exploitation à Roy-Boissy, en Picardie. À lire aussiAgriculture et canicule: après un été noir, les aviculteurs cherchent la parade [1/3]

C'est une hécatombe silencieuse : des millions d'animaux sont morts en France en raison des canicules à répétition cet été. Les volailles, particulièrement sensibles à la chaleur, ont payé un lourd tribut : 2 % du cheptel national a été touché, notamment en Bretagne. Après cet été meurtrier, les aviculteurs réfléchissent déjà à des solutions d'adaptation pour l'année prochaine. « Ça, c'est un lot qui a subi de plein fouet la canicule », commente Antoine Chaumette en ouvrant la porte d'un des poulaillers de son exploitation bio située à Saint-Gildas-de-Rhuys, dans le département du Morbihan. À l'intérieur, une centaine de poules pondeuses délivrent un medley de caquetages et de gloussements. « On en a retrouvé mortes dans le poulailler et sur le parcours, soupire l'aviculteur. Leur corps n'arrivait plus à réguler la température. » L'éleveur a perdu 110 volailles sur un cheptel d'environ 3 000. Du jamais vu pour celui qui exerce depuis neuf ans, dans un département – le Morbihan – jusqu'ici peu habitué aux chaleurs extrêmes. « Nos poulets sont régulièrement dehors et la proximité de la mer apporte régulièrement un vent frais, donc les canicules nous préoccupaient assez peu », admet l'exploitant, surpris par l'épisode de juin qui aura été le plus fatal à ses gallinacés. Un épisode qui lui aura toutefois permis « de mieux connaître désormais le seuil de tolérance des animaux par rapport aux fortes températures. » Pris de court et peu préparé, Antoine Chaumette a tenté de réagir. Il a opté pour la ventilation naturelle en ouvrant les trappes de ses poulaillers, notamment la nuit, mais au prix d'une surveillance renforcée pour éviter d'aiguiser l'appétit des prédateurs. L'aviculteur espère à terme pouvoir créer des zones d'ombre avec les jeunes pousses d'arbres plantés il y a quelques années sur son exploitation et qui, pour l'instant, n'ont pas atteint leur taille adulte. En attendant, il a fait avec les moyens du bord : « On a tendu deux bâches près des poulaillers pour créer des zones d'ombres. » À lire aussiFace à la chaleur et aux canicules, des animaux très ingénieux Des œufs plus petits Ces solutions d'appoint ont été efficaces puisqu'aucune perte n'a été enregistrée dans sa ferme lors des épisodes caniculaires suivants. Mais elles n'ont pas permis d'atténuer les conséquences identifiées sur la production. « Le calibre des œufs a diminué », constate Antoine Chaumette. Dans sa main droite, un œuf de taille classique, dans celle de gauche, un exemplaire d'un bon centimètre de moins. La taille de ses poulets a aussi rétréci. Il en pointe un du doigt : « Celui-ci, d'environ 1,2 kilogramme, doit normalement peser 1,5 kilogramme. Il y a jusqu'à un tiers de poids en moins sur certaines bêtes. La surconsommation d'aliment pendant la canicule leur a davantage permis de réguler la température que de produire de la viande », développe l'éleveur. Loin d'être résigné ou abattu, Antoine Chaumette perçoit l'été 2026 comme « une leçon » pour les années à venir. D'ailleurs, avec d'autres aviculteurs, il réfléchit déjà à des solutions d'adaptation pour l'été prochain. La priorité : ses poulaillers. Pourquoi pas installer de la ventilation dynamique couplée à des brumisateurs ou repeindre les toits en blanc, comme le font ses confrères maraîchers, pour réfléchir les rayons du soleil au lieu de les absorber et ainsi limiter la fournaise dans ses bâtiments. « Ce sont des investissements, mais ils seront amortis en évitant des pertes les années suivantes. » Des volailles sensibles à la chaleur La surmortalité des volailles durant l'été a atteint des niveaux records en France. Jusqu'à 2 % du cheptel national a succombé aux fortes chaleurs, soit entre 3 et 4 millions de poulets, « dont 2 à 3 millions pour la seule canicule du mois de juin », précise Yann Nédélec, directeur général de l'Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. « La précocité de l'épisode, sa durée et le fait que les températures n'ont pas baissé la nuit, ont provoqué des ravages dans certains élevages. » Cette surmortalité s'explique par l'inadaptation de certaines fermes à des canicules dépassant les 40 degrés à l'ombre et par le fait que les volailles sont particulièrement sensibles à la chaleur. Elles ne transpirent pas, elles halètent pour réguler leur température. Résultat, leur rythme cardiaque s'accélère et elles meurent le plus souvent d'épuisement ou d'étouffement. C'est dans l'ouest de la France, dans les Pays de la Loire et en Bretagne, que cette surmortalité a le plus lourd impact. La région armoricaine représente à elle seule un tiers de la production nationale de volailles. La mortalité y est telle que les entreprises d'équarrissage se sont vite retrouvées débordées face à l'afflux de carcasses d'animaux morts. Au point que certaines préfectures ont exceptionnellement autorisé les éleveurs à enfouir leurs bêtes sur leurs exploitations. Brumisation et ventilation Si les canicules n'ont épargné aucune branche de l'aviculture, c'est bien dans les élevages intensifs que les pertes ont été les plus importantes. Mais les grosses exploitations sont aussi les mieux équipées. À une centaine de kilomètres plus au nord du Morbihan se trouve le petit village de Mauron, où se situe la ferme familiale de Clément Moy, jeune agriculteur de 27 ans. Ses cinq poulaillers géants sont parfaitement outillés : « Une brume envoie un spray d'eau et en parallèle des ventilateurs sortent l'air vers l'extérieur du bâtiment. Ce courant d'air permet de donner un ressenti de frais », développe l'éleveur au moment où les turbines se mettent justement en marche. Ce système lui a permis de passer l'été sans encombre. Aucune perte dans son poulailler qui compte pas moins de 24 000 volailles et où la température n'a pas dépassé les 30 degrés quand il en faisait dix de plus à l'extérieur. « Aujourd'hui, je peux dire que j'ai réussi à traverser cet été sans casse, mais il ne faut pas croire que cela va durer éternellement comme cela », tempère l'agriculteur. Un modèle à repenser Car Clément Moy en est conscient : plus les étés seront chauds et secs, plus il sera difficile de s'adapter. Il plaide pour des changements plus profonds : « Il ne faut pas davantage de brumisation et de ventilation. Il faut se demander pourquoi notre élevage est aussi sensible à la chaleur. Et là, on en vient à des solutions plus complexes qui demandent des investissements plus difficiles à mettre en place pour investir dans des poulets plus résistants, qui grandissent moins vite, et dans des densités d'élevages moins importantes. Le cœur du sujet, c'est de s'interroger sur notre modèle. » Avec ses 120 vaches laitières et ses cinq poulaillers géants, le jeune éleveur pourrait passer pour un ardent défenseur de l'agriculture productiviste. Il prône au contraire la transition agroécologique dans sa ferme. Mais repenser son modèle aura nécessairement un coût : « Un poulet qui grandit moins vite et des poulaillers avec moins d'animaux, c'est une bonne chose. Mais pour nous, les charges restent identiques. Il faudra donc vendre la viande plus cher et le consommateur devra l'accepter. » Mais Clément Moy le concède : sans accompagnement politique et économique, il ne pourra rien faire. La transition est l'affaire de tous, « de tous les acteurs de la filière », conclut-il. À écouter dans DécryptageLes droits des animaux, défi démocratique du XXIème siècle ?

Toute cette semaine, on vous a fait écouter la rentrée en France : celle des étudiants, des professeurs, des sportives... On finit cette série dans le sud-ouest de la France, au Porge, commune très affectée par les feux record qu'a connus la France cet été. Le réchauffement climatique augmente le risque d'incendies plus intenses et plus fréquents. La Gironde a vu brûler 42 000 hectares dans un mégafeu qui aura fait basculer la région dans un état de désolation. Rien que dans la commune du Porge, village le plus touché de 3 500 habitants, près de 183 maisons ont été détruites, et 7 000 hectares sont partis en fumée. En cette semaine de rentrée, rencontre avec les habitants du Porge, où la solidarité vue pendant les feux est toujours présente. À lire aussi«C'est lunaire, c'est la désolation»: le retour des habitants du Porge, dans le sud de la France

Cette semaine de rentrée est marquée aussi par la reprise, ce vendredi 4 septembre, de l'Arkema Première Ligue, le championnat de France féminin de football. Au niveau amateur, la pratique attire aussi de plus en plus de jeunes filles. En 2025, la Fédération français de football recensait 250 000 joueuses, dirigeantes, éducatrices et femmes arbitres licenciées, un record. Mais l'institution sportive veut aller encore plus loin et doubler les inscriptions d'ici deux ans. Un objectif ambitieux qui passe par la visibilité des équipes féminines dès le plus jeune âge. Chaque année depuis dix ans, la Vinci Mixed Cup rassemble sur le terrain des jeunes joueuses et des jeunes joueurs pour un tournoi international mixte. À lire aussiCandice Prévost: ne pas laisser les footballeuses sur la touche

Troisième épisode de notre série consacrée à la rentrée en France. On s'intéresse aujourd'hui à la rentrée des étudiants étrangers, qui font face à une forte hausse de leurs frais. Depuis le début du mois de juillet, les aides personnalisées au logement (APL) ne sont plus versées aux étudiants étrangers non Européens. Seuls les boursiers et les étudiants en activité professionnelle continuent de les percevoir. Déjà affectés par la hausse des frais d'inscription à l'université, cette mesure compromet encore plus leurs possibilités de rester en France. Le reportage de Cassiopée Etchevers. À lire aussiRentrée scolaire: enseigner le changement climatique, un défi pour les professeurs [1/5] À lire aussiRentrée scolaire: la charge mentale des femmes [2/5] À lire aussiFrance: à Strasbourg, des étudiants étrangers menacés de désinscription pour frais impayés

En France métropolitaine, c'est la rentrée scolaire ce mardi 1er septembre pour plus de 11 millions d'élèves. Une période qui rime, pour beaucoup de mères de famille, avec explosion de la charge mentale. C'est-à-dire tout le travail de préparation, de planification et d'anticipation des tâches domestiques. Dans ce cas précis, des tâches relatives à la rentrée des classes. Achat de fournitures scolaires, de vêtements ainsi que les démarches administratives pour l'inscription à la cantine ou aux activités extra-scolaires de leurs enfants par exemple, tout repose quasiment sur les épaules des mères. À quelques jours de l'ouverture des classes, cette mère de famille achète les fournitures de ses deux enfants. Une tâche qu'elle est la seule à effectuer dans son couple, et donc, la charge mentale, elle connaît bien : « Oui, au quotidien, c'est quelque chose qui est tout le temps constant chez une maman. J'ai envie de vous dire, particulièrement avant la rentrée scolaire où il faut tout acheter, il faut que tout soit prêt, il faut qu'ils aient toutes leurs affaires. Puis il y a aussi le stress de ne rien oublier ». À la question si elle est épaulée par le père, elle répond : « Pour ce qui concerne l'école, c'est moi qui gère tout toute seule. Voilà pour ce qui concerne la rentrée, les réunions de rentrée, la préparation et les devoirs aussi. C'est maman. » Dans les allées de ce magasin spécialisé, les papas sont très peu nombreux. Mais ce père de quatre enfants tient à le dire : « Les papas sont aussi présents, ont la charge mentale. Elle est à la fois chez les mamans mais aussi chez les papas. Et d'ailleurs, j'en suis la preuve vivante parce que je fais les courses pour les enfants pour leur rentrée scolaire ». À lire aussiQuestions de femmes: elles sont sur tous les fronts Pourtant les chiffres le montrent : malgré une amélioration, les femmes sont bien plus nombreuses à ressentir une surcharge mentale. Selon un sondage Ifop publié l'an dernier, 55 % des femmes disent que la charge familiale du quotidien repose essentiellement sur elles, contre 18 % pour les hommes. Et parmi les tâches qui incombent souvent aux mères : l'accompagnement scolaire. Quelques jours avant la rentrée, l'association Espoir de Femmes de la ville des Mureaux a organisé un atelier qui leur est dédié. Parmi les participantes, cette mère de 3 élèves : « Il y en a en primaire, au collège, qui rentrent au lycée. Donc c'est vrai que c'est compliqué. Réussir à gérer tous les enfants, les devoirs, le stress. Ils ne sont pas dans les mêmes écoles, donc ce qui fait qu'ils réussissent à se diviser. Donc c'est vrai que la charge mentale est dure, et énorme ». Mais Joanna Dubois, coach scolaire et animatrice de l'atelier, leur a prodigué quelques conseils : « Penser à soi, prendre du recul dans les moments où ça devient difficile. Demander de l'aide, c'est important. Elles ne sont pas toutes seules. Vous parliez de maman solo, mais il y a aussi des maisons comme ici, des personnes qui interviennent auprès des enfants qui peuvent être là pour les aider temporairement. Ça, c'est important, comme la famille. Quand ce ne sont pas les mamans solo, il y a le papa, c'est-à-dire qu'il a aussi son rôle à jouer dans l'accompagnement et l'éducation des enfants, ça c'est important ». Plus de 80 % des femmes estiment que leur charge mentale est « élevée » en ce qui concerne le suivi de l'éducation des enfants, contre 66 % chez les hommes. À lire aussiRentrée scolaire: enseigner le changement climatique, un défi pour les professeurs [1/5]

Lundi 31 août, c'est la rentrée des enseignantes et enseignants, avant de retrouver leurs élèves le lendemain. Et après un été caniculaire, comment enseigner le changement climatique sans inquiéter sa classe ? Comment démêler les fausses informations et dessiner un futur durable et désirable pour les plus jeunes ? Pour relever ces défis, les professeurs retournent sur les bancs de l'école pour se former Pour mieux outiller les professeurs de France face à l'enjeu transversal de l'éducation au changement climatique, le programme de formation Climasco, porté notamment par l'Office for Climate Education et soutenu par le ministère de l'Éducation nationale, démarre, en cette rentrée des classes, dans trois académies du pays : Rennes, Créteil et La Réunion. Plusieurs milliers de professeurs et professeurs formateurs seront formés d'ici 2029 et il y a quelques semaines, certains ont eu un avant-goût des ateliers. À Paris, ce jour-là, ils sont une trentaine à écouter attentivement le scientifique Christophe Cassou leur expliquer le fonctionnement du Giec, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat auquel il participe. « Le Giec ne fait pas de recherche, il fait une compilation de la littérature scientifique. Cette méta-analyse constitue un socle commun de connaissances pour le monde entier et pour tous les acteurs, qu'ils soient politiques, ONG, syndicats ou grands groupes industriels. » « C'est très important. Vous ne verrez jamais écrit : “Le Giec dit qu'il faut faire quelque chose. Le Giec dit qu'il faut manger végé. Le Giec dit qu'il faut développer les énergies nucléaires”, insiste le scientifique. Le Giec ne dit pas ça : il présente un panel de solutions possibles. Ensuite, suivant cette évaluation, les avantages et les inconvénients des différentes options, c'est aux États de choisir quelle solution est prise. » « Aller vers des “futurs désirables” » Dans leurs écoles, collèges et lycées, ces enseignants abordent déjà le changement climatique avec leurs élèves. Le sujet est même inscrit au programme en France. Pourtant, beaucoup se sentent désemparés : certains manquent de connaissances scientifiques, d'autres de ressources pédagogiques. « Ces questions reviennent souvent : “Pourquoi on doit manger moins de viande ?” ou “Nous, on aime l'automobile. Dès qu'on aura 18 ans, on aura une voiture et on ne prendra plus le bus”, par exemple », témoigne Stéphanie Didot, professeure de lettres, histoire-géographie et éducation civique dans un lycée professionnel, qui enseigne à des élèves en section automobile, électricité ou maintenance industrielle. Les apprentissages sur le changement climatique entrent parfois en conflit avec ce que disent les familles. Et surtout, tous les professeurs soulignent le défi de transmettre ces enjeux sans provoquer d'éco-anxiété. Ludovic Joubin, enseignant dans l'Ouest de la France, partage cette préoccupation : « On arrive vite à rendre anxieux les élèves, ou même nous, c'est compliqué d'aller vers quelque chose qui n'est pas positif. Donc, l'état d'esprit de l'éducation au changement climatique est en train de changer, souligne le professeur, il s'agit désormais d'aller vers des choses plus positives, des futurs désirables, comme cela a été dit plusieurs fois, et de créer des choses que les élèves puissent s'approprier et vers lesquelles ils ont envie d'aller. » À lire aussiClimat: «Plus il y aura d'éco-anxieux, mieux ce sera pour l'avenir de la planète» Prebunker au lieu de debunker L'objectif de la formation Climasco est aussi de mieux outiller les professeurs face à la désinformation climatique, à laquelle les élèves sont confrontés, particulièrement sur Internet. « Une fois qu'une pièce de désinformation entre dans le système cognitif, notre cerveau la mémorise et la garde. Cela signifie que le travail à faire ensuite est double : démonter la pièce, la “délocaliser” et la substituer par autre chose, explique Elena Pasquinelli, responsable recherche et évaluation à l'Office for Climate Education, qui anime un atelier sur l'esprit critique. C'est pourquoi, dans la recherche sur la désinformation, souvent on propose une autre manière de faire, appelée prebunking. Elle fonctionne comme une vaccination : je te prépare avant que la désinformation n'arrive, en t'expliquant comment elle pourrait se manifester et quels leviers elle pourrait utiliser. » Prebunker au lieu de debunker, une pratique qui fait mouche auprès des participantes et participants. « L'histoire de l'inoculation, c'était hyper intéressant, de travailler en amont des fake news. C'est vraiment ça, l'enjeu », s'enthousiasme Ludovic Joubin. « Il faut qu'on utilise tous la même méthodologie, surenchérit Stéphanie Didot, avec le même lexique, que ce soit en géographie pour identifier un document ou en sciences. L'important, c'est de donner cette méthodologie aux élèves. » Autre point fort du programme Climasco, son volet recherche, qui évaluera quelle méthode est la plus efficace pour enseigner les enjeux climatiques. À écouter dans Les dessous de l'infoxComment la désinformation climatique exploite les vagues de chaleur

Pour le dernier épisode de notre série de reportages sur les passionnés de l'espace, rencontre avec Victor Martin-Malburet, collectionneur amoureux de la conquête spatiale. Depuis l'âge de 15 ans, il chine aux quatre coins du monde des photos retraçant les expéditions lunaires de la Nasa. Une boîte anti-acidité, du film plastique et une manipulation délicate. Victor Martin-Malburet protège ses photos comme on protège un trésor. Les mille cinq cents pépites de son impressionnante collection reposent à l'abri de la lumière dans une cinquantaine de coffrets empilés sur l'étagère de son salon. « Apollo 9 », « Apollo 10 », « Apollo 11 »… Ils sont tous soigneusement classés et retracent onze années de conquête de la Lune par la Nasa, de 1961 à 1972. Victor Martin-Malburet saisit le coffret « Apollo 11 », celui du premier pas de l'Homme sur la Lune, le 21 juillet 1969. Le passionné s'arrête sur la photo avec laquelle il a commencé sa collection. « Sur cette image, on voit Buzz Aldrin en combinaison spatiale sur le sol lunaire. Dans le reflet de sa visière, on aperçoit Neil Armstrong qui prend la photo, décrit-il. C'est un peu la Joconde lunaire. » De Mercury à Apollo, en passant par Gemini, toutes les missions spatiales habitées de la Nasa sont documentées. « On ne se rend pas compte que ces expéditions étaient aussi des expéditions photographiques, explique le passionné. À cette époque, chaque minute est une première et chaque mission est l'occasion d'une nouvelle vision extraordinaire que l'Homme n'avait encore jamais vue et que les astronautes immortalisent. » Ces tirages sont réalisés par la Nasa quelques jours après le retour des astronautes sur Terre. Leur valeur tient donc à leur authenticité, à la texture du papier et à la qualité des couleurs captées par les appareils Kodak, « qui enregistrent la lumière comme ne le fait pas le numérique », appuie Victor Martin-Malburet. Chaque cliché possède un numéro d'identification ainsi qu'un tampon original de la Nasa, accentuant encore un peu plus la valeur de ces tirages. À lire aussiPourquoi les Terriens veulent retourner sur la Lune? Les astronautes sont des artistes Le collectionneur a débuté cette fastidieuse entreprise à l'âge de 15 ans. Il a parfois mis jusqu'à dix ans pour trouver certains originaux. « Je suis allé en récupérer dans les archives d'astronautes, d'ex-employés de la Nasa ou de scientifiques qui travaillaient sur ces programmes lunaires », témoigne-t-il. Si cette quête a été aussi longue, c'est en partie parce que l'agence spatiale américaine a tout simplement… jeté certains tirages, n'ayant pas conscience, à l'époque, de leur valeur. « La photographie était surtout utilisée à des fins scientifiques. On ne se rendait pas compte de sa valeur artistique », raconte Victor Martin-Malburet. À ses yeux, les astronautes sont des artistes : « Ils ont ce statut de découvreurs. Ils ont rapporté à l'humanité un nouveau vocabulaire visuel qui dépasse la science et qui devient de l'art. » Cette collection de photos unique n'a pas vocation à rester dans le salon de Victor Martin-Malburet. Le collectionneur est en contact avec des musées pour exposer cette aventure visuelle au grand public. L'idée va de soi, dit-il, au moment où l'humanité se prépare à poser à nouveau le pied sur la Lune.

Cette semaine, RFI s'intéresse aux passionnés de l'espace en France. Dans ce quatrième épisode, nous prenons la mer à la rencontre de marins amateurs qui se forment à la navigation astronomique. Loin des GPS et de l'électronique embarquée, la technique consiste à déterminer sa position grâce aux astres. Nous embarquons depuis Belle-Île-en-Mer, une île rocheuse située à une vingtaine de kilomètres des côtes du Morbihan, dans l'ouest de la France. Plus précisément à bord du Whirlwind, un voilier monocoque de vingt mètres de long. À son bord, un capitaine, un second et quatre navigateurs amateurs, encadrés pendant quatre jours par Philippe Posth. Avec son ciré jaune, ses cheveux poivre et sel et sa voix grave, l'homme a l'allure d'un marin chevronné. Il n'est pourtant pas un professionnel de la barre, plutôt un navigateur du dimanche, « un plaisancier », précise-t-il. Mais Philippe Posth est avant tout commerçant : il vend des calculatrices, des ouvrages spécialisés et des sextants, l'objet incontournable pour la pratique de la navigation astronomique, sa véritable passion. « Le sextant est un instrument de mesure optique qui mesure des angles entre des astres et l'horizon », développe ce mordu d'astronomie, exemplaire à la main. L'astre en question peut être la Lune, certaines planètes ou certaines étoiles. Mais dans neuf cas sur dix, c'est le Soleil qui est visé, car il est plus facile à identifier. Margo, l'une des quatre stagiaires, se lance dans une démonstration avec le maximum de précautions : « Je dois d'abord mettre les filtres pour protéger mes yeux », dit-elle en portant le sextant à son œil. « Je le lève vers le Soleil, puis je tourne le cadran, qu'on appelle le limbe, pour ramener l'image du Soleil vers l'horizon et ainsi déterminer l'angle », précise cette navigatrice amatrice qui aimerait perfectionner ses connaissances dans le monde de la voile. Mais l'exercice tourne court. Les nuages s'amoncellent au-dessus du voilier, empêchant toute percée du Soleil. L'horizon devient laiteux. Margo retire un filtre, puis deux, dans une ultime tentative de visée, mais rien n'y fait, le ciel est couvert pour de bon. C'est la limite de la navigation astronomique : la météo doit obligatoirement être de la partie pour réaliser des relevés exploitables. « La visée au sextant est l'étape la plus difficile », confirme Philippe Posth. Elle exige concentration et précision. Un mauvais réglage de l'appareil ou une lecture imprécise peuvent provoquer des écarts importants. « Une erreur de quatre secondes dans l'heure de la prise de vue entraîne un écart d'un mille marin à l'arrivée. » Calcul de trigonométrie La prise de vue n'est que la première étape. Le deuxième acte se joue autour d'une table dans la cale du voilier. Il s'agit de convertir en longitude et en latitude les relevés réalisés au sextant, en effectuant une série de calculs mathématiques qui a de quoi effrayer les yeux novices. « Ce ne sont que des additions et des soustractions, tempère Philippe Posth. La seule difficulté, c'est de savoir où trouver la recette. » On l'obtient grâce à deux ouvrages : les éphémérides, « qui donnent la position des astres pour chaque heure et chaque seconde de l'année », et des tables de navigation précalculées qui permettent de résoudre rapidement de copieuses équations de trigonométrie. Avec le résultat obtenu, on obtient une localisation volontairement… fausse. « C'est un raisonnement par l'absurde, explique Philippe Posth. On part d'une position erronée et on utilise cette erreur pour corriger la fausse position et obtenir la position exacte. » Ce périple mathématique permet de déterminer une droite de hauteur. Le voilier se trouve quelque part sur ce tracé. Où exactement ? On l'ignore encore. Pour le savoir, il faut tout recommencer depuis le début ! La visée et les calculs. Mais au minimum trois heures plus tard, lorsque le Soleil a bien tourné. « La seconde visée permet de croiser la première droite de hauteur. L'intersection des deux droites donne la position exacte du navire. » L'apparition du GPS à la fin du 20e siècle a relégué la navigation astronomique dans les livres d'histoire et le sextant dans le club des objets patrimoniaux. Mais aussi pratique soit-elle, la technologie n'est pas infaillible, d'où l'utilité de se former. « J'aimerais être autonome en cas de problème électronique à bord de mon bateau, développe Margo. Si vous n'avez aucun moyen de connaître votre position, vous êtes à la merci de vous échouer sur un rocher par exemple, dont vous ignorez l'existence, car vous ne pensez pas être là où vous êtes. » Une navigation autonome et intuitive Le sextant et la navigation astronomique retrouvent également un intérêt stratégique dans le monde version 2026. « Dans les marines française et américaine, le sextant, un temps oublié, est à nouveau utilisé, remarque Laurent Nieuwjaer, le capitaine du Whirlwind. La guerre technologique se traduit par le brouillage des systèmes de navigation. Le fait de pouvoir se positionner de façon empirique et manuelle permet une navigation plus sûre. » Au-delà de l'aspect utile, ajoute-t-il, la navigation astronomique offre le plaisir de voguer de façon plus intuitive, à l'opposé de ce que propose la tablette tactile, accrochée à la barre du voilier qu'il dirige. « Elle me détaille la route à suivre et les obstacles à éviter. Si le bateau dispose en plus du pilotage automatique, il peut suivre une route seul, sans aucun problème. » Réinvestir cette technique de navigation est une façon de préserver un pan entier de la culture marine et de l'histoire des grands explorateurs, dans laquelle se projette Margo : « Je trouve cela romantique de me sentir, à ma petite échelle, dans la même lignée que les navigateurs du 18e siècle, qui ont traversé les océans avec le sextant comme clé de réussite de leur navigation. » Placer sa route entre les mains du ciel, complète Philippe Posth, est aussi le meilleur moyen d'y être plus sensible. « C'est extraordinaire, on arrive à une précision de l'ordre de deux à trois kilomètres, en ayant mesuré le Soleil qui est à 150 millions de kilomètres. La navigation astronomique permet de voir le ciel avec un autre regard, en comprenant la position des astres les uns par rapport aux autres. C'est l'astronomie du côté pratique. » En vingt-cinq ans de formation, Philippe Posth a vu passer peu de jeunes marins et le regrette. Mais il se console en se disant que cette passion se découvre peut-être avec l'âge. À lire aussiLes passionnés de l'espace: chasseurs de météorites, l'univers à portée de main [3/5]

Cette semaine, RFI s'intéresse aux passionnés de l'espace en France. Dans ce nouvel épisode, nous partons à la chasse aux météorites. Lorsque l'une d'elles termine sa course sur Terre, les scientifiques se mobilisent pour la récupérer afin de l'étudier. Pour les aider, ils font parfois appel à des citoyens volontaires qu'ils forment aux techniques de recherche. Comme ici, dans le cadre du festival d'astronomie de Fleurance, dans le sud-ouest de la France. Casquettes, sacs à dos et baskets au pied : les cinquante volontaires du jour se sont parfaitement équipés pour la quête qui s'annonce. Dans la petite assemblée, beaucoup de passionnés d'espace et quelques familles accompagnées de jeunes enfants. L'assistance se tait au moment où Sylvain Bouley, planétologue, vice-président de la Société astronomique de France, s'éclaircit la voix pour faire une annonce : la nuit précédente, une météorite a terminé sa course sur Terre et, coup de chance, elle s'est écrasée à quelques centaines de mètres. « Nous avons vu un énorme flash lumineux à 30 kilomètres d'altitude, puis le bolide s'est fragmenté en plein de morceaux », raconte le chercheur. « L'objectif, c'est de les retrouver ». Cette chasse aux météorites est en réalité un exercice et les volontaires le savent. Une heure avant d'accueillir le public, Sylvain Bouley a caché une vingtaine d'échantillons, répartis sur quatre champs de blé fraîchement coupé. Le groupe se divise en quatre et lance les recherches. La quête, d'apparence ludique, devient rapidement difficile : les éclats de météorites à trouver ne sont pas plus gros qu'un dé à jouer. Et la zone à couvrir fait environ cinq hectares. « Lorsque nous avons un caillou de deux centimètres à retrouver sur une surface aussi grande, nous avons besoin du public et de citoyens qui ont appris à observer, explique Sylvain Bouley. L'objectif est donc de former les gens un peu partout en France pour les appeler le jour où une véritable météorite s'échoue sur Terre. » Et ce vœu ne relève pas de la science-fiction. En février 2023, au-dessus de la Normandie, un bolide de 650 kilogrammes se désintègre dans l'atmosphère avant d'éparpiller une centaine de fragments au sol sur un rayon de 7 kilomètres. Quelques heures seulement après l'impact, Sylvain Bouley et son équipe réunissent deux cents personnes pour mener les recherches. Plusieurs morceaux ont été retrouvés. À lire aussi«Certains déserts comme les calottes polaires sont propices à la découverte de météorites» Reconnaître une météorite Les apprentis chercheurs du jour espèrent la même chose. Durant deux heures, les quatre groupes avancent en rang serré, concentrés, les yeux braqués vers le sol. Aurélie participe à l'atelier avec sa fille Abygaëlle, petite tête blonde très énergique, « une fan de cailloux ». « Je suis une très grande collectionneuse », lance la principale intéressée, déclenchant le rire de sa mère. « Elle en a une étagère entière dans sa chambre », confirme la maman d'un ton qui laisse supposer que cette collection est un peu envahissante. Pour le moment, Abygaëlle n'a trouvé « que des cailloux jolis », mais pas de météorites. Elle sait les distinguer : « Les météorites n'ont pas trop de trous, alors que les autres cailloux ont des trous très creusés », croit savoir l'enfant. Dans les faits, c'est un peu plus compliqué, corrige Sylvain Bouley : « Une météorite a une croûte de fusion noire, due à l'échauffement de la roche par compression et frottement au moment de sa rentrée dans l'atmosphère. Par ailleurs, une météorite a des faces planes, arrondies et assez propres que l'on va pouvoir différencier des cailloux présents depuis un certain temps. Ils peuvent ressembler à des météorites, mais ils n'en sont pas ». Et c'est sans doute cette impression d'avoir trouvé, toutes les deux minutes, une météorite qui n'en est pas une, qui rend l'exercice si difficile. Les nerfs des participants sont mis à rude épreuve, si bien qu'après une heure d'observation assidue, aucune météorite n'a été retrouvée. Les groupes repartent en sens inverse, emmenés par Claire Loubière, l'une des encadrantes. Cette professeure de physique-chimie dans un collège de la région parisienne se dit séduite par ce projet de science participative : « C'est chouette de se dire qu'on a aidé un scientifique à avancer dans sa recherche. Ce n'est pas du tout l'image du chercheur seul dans son laboratoire ou sur le terrain. On se rend compte que c'est un milieu accessible à tous, y compris à des jeunes de dix ans qui peuvent trouver des cailloux utiles à la science ». Une fenêtre sur les origines de l'univers C'est justement un enfant de dix ans, Emmanuel, qui fait la première trouvaille, sous les applaudissements de son groupe. Le jeune garçon range immédiatement le fragment dans son sachet. Si ce n'était un exercice, c'est plutôt Brigitte Zanda qui aurait récupéré le fragment vieux de 4,56 milliards d'années et source d'information sur les origines de l'univers, explique cette astrophysicienne : « La plus grande fraction des météorites provient de petits corps qui ont très peu évolué depuis la formation du système solaire et qui étaient donc présents au moment où le soleil se formait. Tant qu'on n'a pas analysé une nouvelle météorite, on ne peut pas savoir si elle n'a pas des renseignements incroyables à nous apprendre ». Mobiliser le public est d'autant plus important que le nombre de météorites retrouvées en France a drastiquement diminué sur les deux-cents dernières années. « On en a retrouvé 45 au cours du 19e siècle, seulement 9 au 20e siècle », commente Brigitte Zanda. Pourtant, le nombre d'impacts reste stable : environ deux à trois par an en France, plusieurs dizaines de milliers chaque année dans le monde. « Pour retrouver une météorite, il faut la voir tomber », explique la chercheuse. « Or, nos modes de vie ont changé. On regarde moins le ciel qu'avant, car on vit moins à la campagne. Par ailleurs, les plaisirs cathodiques, type télévision et smartphones, détournent notre attention des étoiles. » Aujourd'hui, les méthodes d'observation se sont en partie automatisées. Avec Brigitte Zanda, Sylvain Bouley a créé le programme science participative Vigie Ciel et en 2014 le programme FRIPON, un réseau composé d'une centaine de caméras, installées sur des observatoires, des universités, des musées, qui surveillent le ciel jour et nuit et détectent les chutes de météorites. Depuis, ces vigies ont essaimé à l'étranger, en Europe, mais aussi en Afrique, notamment au Sénégal. Après deux heures d'exercice, les encadrants sifflent la fin de la quête. Toutes les météorites n'ont pas été retrouvées. Heureusement, Sylvain Bouley et ses équipes les avaient cachées en prenant soin de noter avec précision leur géolocalisation. Elles seront récupérées. En fin de journée, tous les participants – y compris ceux qui n'ont rien trouvé – repartent avec une météorite et un certificat d'authenticité. C'est le cas d'Abygaëlle et sa maman Aurélie, qui ont finalement retrouvé deux fragments. « On va pouvoir les ajouter à notre collection, mais celles-ci auront une valeur particulière », sourit la mère. Abygaëlle a déjà une idée de leur emplacement : « sur les étagères de la bibliothèque du salon ». À lire aussiLes passionnés de l'espace: astrophotographe, capturer la beauté de l'univers [1/5]

Cette semaine, RFI s'intéresse aux passionnés de l'espace en France. Aujourd'hui, portrait de Vincent Plousey, un radioamateur dont la passion est de capter les signaux radio émis depuis l'espace par des satellites. Un loisir accessible, puisqu'il ne nécessite pas de matériel particulièrement sophistiqué. Sur sa carte d'identité, il est bel et bien Vincent Plousey. Dans son monde à lui, on l'appelle plutôt « F0GXR » pour « Foxtrot, Zéro, Golf, X-Ray, Roméo ». Une série de mots qui correspond à son immatriculation de radioamateur en alphabet radiophonique international. On la retrouve cousue sur sa casquette. Vincent Plousey vagabonde via les ondes radio depuis l'âge de dix ans. Tout a commencé sur un poste de radio, celui de son père, qui avait la propriété de capter les ondes courtes transportant le signal de radios étrangères. « En tournant les boutons, je suis tombé sur Radio Moscou, Voice of America, Radio Vatican, RFI… Immédiatement, cela a été un choc car, depuis ma banlieue parisienne, j'avais accès au monde entier ! » De ce « coup de foudre » naît une passion : le radioamateurisme. En 2024, la France comptait 15 000 radioamateurs et 400 radio-clubs actifs, selon l'Agence nationale des fréquences, qui délivre les certifications après le passage d'un examen obligatoire pour se lancer sur les ondes. Vincent Plousey a obtenu la sienne en 2012. Écouter l'espace depuis chez soi Depuis, il a élargi son horizon : terminée l'écoute des radios du monde entier. Désormais, il explore tous les signaux qui arrivent de l'espace et plus précisément des satellites. Ce jour d'avril 2026, devant son garage, muni d'une antenne et d'un récepteur, il parvient à capter un échange entre l'astronaute française Sophie Adenot et des élèves sur Terre au moment où la Station spatiale internationale (ISS) passe au-dessus de la France. On entend parfaitement la spationaute répondre à une question sur son train de vie et celui de ses collègues à bord du laboratoire spatial. « Au début, il y a toujours un moment de frisson du fait du délai de connexion, commente Vincent Plousey. Le vrai moment de bonheur, c'est quand on l'entend parfaitement. » Le radioamateur insiste sur la simplicité avec laquelle un tel contact est réalisé : « Avec un simple récepteur et une antenne télescopique, on peut capter la station en deux minutes, et ça, c'est génial ! » Pour Vincent Plousey, la plus-value du radioamateurisme réside justement dans sa capacité à être accessible à tout un chacun. De fait, la pratique ne demande pas d'avoir chez soi un matériel digne de celui de la NASA, y compris pour capter des satellites plus lointains que l'ISS. Car après la Station spatiale internationale, en orbite à 400 kilomètres de la Terre, le quinquagénaire entreprend une connexion avec un satellite maritime géostationnaire situé à 36 000 kilomètres de notre planète. Et preuve que l'expérience est possible même avec du matériel rudimentaire, le passionné va utiliser… une boîte de conserve en guise de parabole. « Elles ont la bonne taille et le bon diamètre pour recevoir des fréquences d'un gigahertz émises par ce type de satellite », explique Vincent Plousey. « Créer ses propres antennes, c'est aussi ce qui intéresse les radioamateurs », ajoute-t-il. Avec du fil de cuivre, le radioamateur accroche une conserve métallique au trépied d'une lunette astronomique tournée en direction du satellite géostationnaire. Plusieurs câbles lui permettent de relier le tout à un logiciel installé sur son ordinateur. La démonstration peut commencer. Après quelques minutes de réglages et quelques modifications de l'installation, les premiers signaux apparaissent sur l'analyseur de spectre. Vincent Plousey pointe son doigt vers l'écran : « Vous pouvez voir des lignes verticales typiques des transmissions de données par satellite », explique le passionné. Sensibiliser la jeunesse Capter des satellites toujours plus lointains, se mesurer à d'autres radioamateurs : c'est ce qui motive Vincent Plousey, même plusieurs années après ses débuts dans le milieu. Mais il le reconnaît, à l'heure du tout numérique, et alors que la pratique demeure majoritairement masculine et vieillissante, il est difficile d'intéresser les plus jeunes aux ondes radio. Il a pourtant des arguments à faire valoir. « Les jeunes se disent concernés par les problématiques liées à l'écologie. Nous sommes modernes sur ce point : je recycle en donnant une seconde vie à mes boîtes de conserve. Cela devrait leur plaire ! » Vincent Plousey essaie autant que possible de transmettre sa passion aux jeunes pousses en partant de sa propre histoire. « C'est un devoir de dire à ces jeunes des villes ou des campagnes que, même s'ils n'ont pas fait de grandes études, comme c'est mon cas, ils peuvent tout de même réaliser de belles expérimentations techniques et technologiques avec un certificat de radioamateur. » Un passe-temps qui pourrait occuper Vincent Plousey encore plusieurs années. Son prochain défi : capter la première station privée, nommée Haven-1, dont la mise en orbite est prévue début 2027. À lire aussiLes passionnés de l'espace: astrophotographe, capturer la beauté de l'univers [1/5]

Cette semaine, RFI s'intéresse aux passionnés de l'espace en France. Pour ce premier épisode, rencontre avec Aude Nowak, astrophotographe qui arpente les sommets des Alpes, loin de la pollution lumineuse des villes, pour capturer l'éclat des étoiles, des nébuleuses et de la Voie lactée. Elle nous a donné rendez-vous entre le Mont-Blanc et l'Aiguille du Midi, dans la station de Chamonix, au cœur des Alpes françaises. Aude Nowak, astrophotographe depuis huit ans, s'apprête à passer une nouvelle nuit sous les étoiles pour en saisir toute la beauté à travers l'objectif de son appareil photo. Quelques jours auparavant, la Savoyarde nous avait prévenus : « Prenez de bonnes chaussures et des habits chauds ». Car pour obtenir les clichés souhaités, il faut aller loin, mais il faut surtout aller haut. Direction le Brévent, imposant sommet rocheux qui culmine à 2 500 mètres d'altitude. On y accède par deux télécabines, puis une bonne heure de marche. Un parcours sinueux, rocailleux et parfois glissant, entre deux névés, pas totalement fondus en ce mois de juin. Sur la route, une marmotte et trois bouquetins que notre présence ne semble pas effrayer. Aude Nowak a repéré les lieux la veille. Elle sait donc exactement où elle va planter sa tente. Face à celui qu'elle appelle « le roi », le Mont-Blanc, dont la cime est encore plongée dans les nuages. « Je vais dormir avant et après les prises de vue », explique-t-elle. 23h. Après un sommeil de trois heures, le réveil sonne au moment où le spectacle céleste débute. Cette fois, le ciel est parfaitement dégagé et permet d'apprécier, ici, la constellation de la Grande Ourse, là, Vénus et Jupiter, visibles à l'œil nu. Mais ce qui intéresse la photographe, c'est la nébuleuse de la Lagune et la Voie lactée qu'elle souhaite capturer entre l'Aiguille du Midi, le mont Maudit et le Mont-Blanc. Viser juste dans l'obscurité Emmitouflée dans sa doudoune, lampe frontale vissée sur la tête, Aude Nowak installe le trépied et le boîtier. Si la nébuleuse est invisible pour la rétine, elle ne l'est pas à l'objectif de l'appareil photo qui capte les couleurs, y compris dans le noir. Grâce à une application sur son téléphone, elle sait dans quelle direction le tourner pour viser juste. Après quelques minutes, la lagune apparaît derrière la montagne. Clac ! Une vingtaine de prises est nécessaire pour obtenir une image parfaite du nuage rouge de poussière et de gaz. « Elle est magnifique », murmure la photographe. Pour obtenir un cliché aussi coloré, l'appareil photo doit être défiltré et programmé sur un temps de pose élevé – généralement trente secondes – afin de capter un maximum de lumière dans l'obscurité. Le souci est que la Terre tourne. Et vite. Une moitié de minute suffit pour observer un décalage de l'image. Résultat, les étoiles apparaissent floues. Alors, sous son boîtier, Aude Nowak a installé une monture équatoriale. « C'est un petit appareil motorisé qui va faire pivoter l'appareil photo pour suivre exactement la rotation de la Terre. » Et ainsi obtenir une image parfaitement nette du ciel. Les adversaires de l'astrophotographie L'astrophotographie est une affaire d'obstination mêlée à de la chance. Obstination, car il faut être téméraire et aventureux pour enchaîner plusieurs nuits d'affilée en haute montagne, par quelques degrés, pour obtenir LA photo. De la chance, car la météo doit nécessairement jouer le jeu. « C'est le vrai challenge de l'astrophotographie », explique la passionnée. D'autant que certaines images ne sont réalisables que quelques jours dans l'année. « En cas de mauvais temps, il faut donc attendre l'année suivante ou l'année d'après », commente la photographe, qui attendait depuis deux ans de pouvoir réaliser les captures obtenues ce soir-là. « La première fois que j'ai essayé, le temps était trop mauvais contrairement à ce que m'avait indiqué l'application météo. Redescendre de la montagne sans rien, c'est un crève-cœur. » L'autre défi tient à la saturation du ciel par d'autres objets lumineux que les étoiles. « Les satellites notamment laissent des traces sur les images », explique Aude Nowak qui fait le constat de leur nombre croissant ces dernières années. Heureusement, les logiciels de traitement d'images parviennent à les effacer assez facilement. Mais ils ne sont pas infaillibles. « Les supprimer à la main sur l'ordinateur est un travail fastidieux », soupire la Savoyarde. Jamais lassant Pour autant, l'astrophotographe ne changerait pour rien au monde son cadre de travail. « La montagne, c'est mon univers. Je connais l'histoire de l'alpinisme. Donc, quand je vois des sommets, je vois des itinéraires, des histoires d'alpinistes, et l'alliance avec le ciel me parle et me touche », raconte-t-elle. « J'aime aller chercher ce qui n'est pas facile d'accès, poursuit-elle. Cela fait partie de ma personnalité. J'aime ramener aux gens qui n'ont pas tous accès à ces endroits un petit bout de la beauté de l'univers. » Même si tous les mois ne se ressemblent pas, même si gravir les sommets a un coût financier – prix du téléphérique, du parking –, Aude Nowak affirme vivre de sa passion. Ses clichés ne dorment jamais longtemps sur la carte mémoire de son appareil photo : ils sont tirés en grands formats, puis exposés et pour certains vendus. La rencontre et les échanges avec le public intéressent la photographe. « Ce qui est motivant, c'est de comprendre pourquoi ils achètent mes productions et quel est leur ressenti face à mes images. Je trouve ça magnifique. » À la question de savoir si elle pourrait se lasser de prendre en photo les montagnes et les étoiles, Aude Nowak répond par la négative. Notamment parce qu'elle n'a pas rempli l'objectif qu'elle s'est fixé. Celui de prendre en photo les astres depuis tous les sommets alpins de plus de 4 000 mètres. Il y en a précisément 82, répartis entre la France, la Suisse et l'Italie. « Je dois en avoir fait la moitié », confie-t-elle dans un éclat de rire. Alors non, elle ne rangera pas de sitôt l'appareil photo au placard. À lire aussiLes Nuits des étoiles: «un spectacle» et «une ambiance» procurant «un choc esthétique et émotionnel»

Dernier épisode de notre série sur la mort du ministre Robert Boulin en 1979. Si en 1992 la justice avait entériné la thèse du suicide, l'accumulation au fil des ans d'éléments troublants et de témoignages ont remis en cause cette thèse et pointé vers un possible assassinat politique, dans le contexte de la guerre des droites entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing. Rouvert en 2015, le dossier vient d'être confié au pôle cold case de Nanterre, spécialiste des crimes non élucidés. Un réel espoir pour Fabienne Boulin, la fille du ministre, qui se bat depuis bientôt 50 ans pour la vérité. À écouter dans l'Invité politiqueAffaire Robert Boulin: «L'espoir que la vérité judiciaire soit enfin rendue», Benoît Collombat, directeur de la Cellule investigation de Radio France

Quatrième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Vᵉ République. Octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est retrouvé mort. Il se serait suicidé. Pour Fabienne Boulin, sa fille, la mort de son père est liée à la guerre des droites qui, à l'approche de la présidentielle de 1981, opposait le président Giscard d'Estaing au RPR de Jacques Chirac et son bras droit, Charles Pasqua. Pourtant, la thèse du suicide est entérinée par la justice en 1992. Jusqu'à ce qu'en 2015, elle rouvre l'enquête : au fil des ans, des éléments matériels et de nombreux témoignages ont profondément remis en cause la thèse du suicide.

Troisième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Vᵉ République. En octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est retrouvé mort. En 1983, une seconde autopsie, qui révèle que Robert Boulin a des fractures au visage, remet en cause la thèse officielle du suicide. C'est pourtant cette thèse que la justice entérine en 1992. Au cours des deux décennies suivantes, famille et journalistes vont se livrer à une enquête parallèle. Fabienne, fille du ministre, raconte 47 ans de combat.

Deuxième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Ve République. En octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est retrouvé mort. Depuis, sa famille, convaincue qu'il s'agit d'un assassinat politique, se bat pour que la justice explore les zones d'ombre qui entourent son décès. Le pôle cold case vient d'ailleurs de reprendre le dossier. En 1979, la thèse officielle est celle du suicide. Mais en 1983, une seconde autopsie la remet en cause. Fabienne, fille du ministre, raconte son affaire Robert Boulin et 47 ans de combat. À écouter aussiAffaire Robert Boulin: 1979, mort d'un ministre en exercice [1/5]

Premier épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Ve République : l'affaire Robert Boulin. Nous sommes en octobre 1979. Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est retrouvé mort. Il se serait suicidé. Mais sa famille, elle, en est sûre : il s'agit d'un assassinat politique. Depuis, elle se bat pour que la justice explore les zones d'ombres qui entourent sa mort. Le pôle cold case, spécialisé dans les crimes non élucidés, vient de s'emparer du dossier : est-ce pour enfin résoudre cette affaire ? Fabienne, fille du ministre, raconte son affaire Boulin. À lire aussiAffaire Robert Boulin: «L'espoir que la vérité judiciaire soit enfin rendue», Benoît Collombat, directeur de la Cellule investigation de Radio France

Chirurgienne, éditeur, patineuse, pâtissier… Leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités, et leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Né(e)s ici ou venu(e)s d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Dans ce dernier épisode, Valérie Senghor, 54 ans, est à la tête du Centquatre-Paris, un établissement culturel de la Ville de Paris situé dans le 19e arrondissement de la capitale. Très discrète sur ses origines, elle est l'arrière petite-nièce du célèbre poète et chef d'État Léopold Sédar Senghor. Elle s'appelle Valérie Senghor comme l'homme d'État, poète et écrivain sénégalais Léopold Sédar Senghor : « C'était mon grand oncle paternel. Le frère de mon grand-père paternel. Je l'ai connu à la fin de sa vie », confie celle-ci, qui n'en dira pas plus sur cet homme illustre. Et l'héritage généalogique de Valérie Senghor, pudique et très discrète sur le sujet, ne s'arrête pas là puisque son père était, lui, le célèbre cinéaste et diplomate Blaise Senghor. « Je suis particulièrement heureuse de reprendre et de poursuivre cette trajectoire au service de l'art et de la culture avec ce double héritage, celui de mon grand-oncle paternel et celui, plus direct, de mon père qui était un homme de culture, un cinéaste et qui a beaucoup œuvré à la mise en place de systèmes de production et de diffusion du cinéma au Sénégal. Il était également le représentant permanent du Sénégal auprès de l'Unesco », reprend-t-elle. Dans les pas de ses illustres parents, Valérie Senghor, 54 ans, dirige depuis novembre 2025 le Centquatre dont elle a accompagné le lancement. Ayant aussi contribué à son développement, elle en connaît l'histoire sur le bout des doigts : « Là, vous voyez, c'est le clocher. Il ne fonctionne plus aujourd'hui, lance-t-elle dans un sourire. D'ailleurs, peu de Parisiens connaissent sa fonction première. Le Centquatre était historiquement le siège des pompes funèbres de la Ville de Paris, un lieu inscrit aux Monuments historiques où étaient fabriqués les cercueils, les ornements funéraires et où était centralisée toute la logistique pour les convois des défunts de toute la capitale ». Quand elle en parle, ses yeux s'illuminent, elle est intarissable Atypique et pluridisciplinaire, le Centquatre-Paris est aussi un lieu de liberté, d'ouverture sur la ville et d'émancipation pour ceux qui s'accaparent les espaces pour pratiquer toutes sortes d'arts. « On voit autant les danseurs que les jongleurs qui viennent spontanément pour les répétitions et comme vous l'avez vu, nous ne les connaissons pas ». Mais ne comptez pas sur elle pour revendiquer une origine. Elle n'aime pas non plus qu'on l'associe uniquement à une couleur de peau. « J'ai eu l'opportunité, ces dernières années, de travailler pendant six ans au sein du Centre des monuments nationaux. J'ai aussi eu la chance d'occuper des fonctions au sein du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. J'ai accompagné le lancement et le développement du Centquatre pendant plus de dix ans et j'ai été la directrice adjointe du Centquatre de 2016 à 2018. Donc j'ose croire que c'est ce parcours et cette expérience qui ont amené la Ville de Paris à s'intéresser à ma candidature », affirme celle-ci. Valérie Senghor s'appuie sur ce parcours pour innover et pour proposer un programme éclectique. Avec, à l'affiche pour la saison 2026-2027, plusieurs festivals qui mettent en résonance des récits, des architectures et des œuvres d'art.

Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier, leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce quatrième épisode, le Gabonais Christian-Brice Ondo nous raconte comment à 51 ans il mène une carrière d'éditeur. Depuis 2021, il dirige sa propre maison d'édition, Obangame. À taille humaine. Sa particularité : éditer ses « coups de cœur » et surtout donner de la visibilité aux auteurs afro-descendants. Lunettes rivées sur le nez, cheveux coupés à ras, surtout ne vous plongez pas dans son regard qui dissimule un passé douloureux : « À trois mois, j'ai failli mourir à la naissance, lance-t-il de manière inattendue. J'ai eu une maladie très rare, j'avais des bassines de pus dans les poumons, donc pour me soigner j'ai été évacué très tôt en France. À chaque fois que je croisais des tantes ou des oncles, je ne comprenais pas pourquoi ils lançaient sur mon passage : Ah ! Voici le miraculé, il a failli mourir ». « Un enfant miraculé ! » dans le monde de l'édition À 51 ans, le Gabonais, Christian-Brice Ondo, avant d'embrasser le monde de l'édition, a eu une première vie : « Avec mon frère, on avait monté une maison de production pour réaliser des documentaires. Et j'ai rencontré l'éditeur camerounais Dieudonné Gnammankou, à la tête de Dagan éditions, il faisait la promotion d'une bande dessinée dédiée au célèbre footballeur Samuel Eto'o. J'ai eu un véritable coup de cœur pour cet homme qui est également historien ». Les coups de cœur et les coups de foudre semblent rythmer sa vie, c'est l'un des traits de la personnalité de Christian-Brice Ondo. Après sa rencontre avec l'éditeur et historien Dieudonné Gnammankou, il crée à taille humaine sa propre maison d'édition Obangame, en 2021. Obangame signifie en langue fon du Gabon : solidarité indéfectible. « Donc, à travers ce nom-là, j'ai voulu créer des liens entre les cultures à travers la littérature, en fait, c'est la touche un peu africaine de la maison d'édition », explique-t-il. Donner de la visibilité aux auteurs afro-descendants Pour Christian-Brice Ondo, les auteurs africains, de manière générale, manquent de visibilité. « Ceux qui ont du talent, c'est très rare qu'on les publie dans les maisons d'édition traditionnelles, regrette-t-il. Il y en a quelques-uns qui réussissent à se faire éditer. Donc, je me suis dit pourquoi ne pas donner la chance à ces talents car il y a une forte demande également. Il y a en effet une diaspora noire, française et africaine qui vit à Paris. Paris, c'est un pôle culturel très important et ces lecteurs afro-descendants veulent lire des livres qui ressemblent à ce qu'ils vivent au quotidien, à leur culture, à leur univers. Mais il faut aussi que les livres soient de qualité et il faut que les auteurs soient aussi de qualité ». Le choix des auteurs ? Il se fait à travers des rencontres. « Ce sont des coups de cœur, moi, je ne cherche pas forcément des auteurs. Parce que je pars du principe que ce sont des rencontres, ce sont des coups de cœur. Et sur le plan technique, je fais des contrats à compte d'édition, c'est-à-dire que c'est moi qui prends en charge toute la fabrication du livre et je reverse à l'auteur des droits d'auteur. En fait, je prends des risques quand je décide d'éditer un auteur. Et une petite maison d'édition comme la mienne ne peut pas se permettre financièrement de publier beaucoup d'auteurs », précise l'éditeur. Il prend donc son temps pour choisir les auteurs qu'il souhaite éditer et ce sont les femmes qui dominent… C'est un peu sa fibre féministe. Et parmi elles : l'autrice sénégalaise Sokhna Ndao et son dernier roman, Catharsis. « Je cherchais un éditeur et j'ai vu que sur son site internet il publiait des femmes noires, je me suis dit qu'il avait une sensibilité particulière pour la littérature féminine ou afro-féminine descendante. Donc, vu les thématiques abordées dans mon roman, je trouverais un écho chez lui ». Un roman engagé, explique l'autrice Sokhna Ndao, qui dénonce les violences faites aux femmes au Sénégal, les violences sexistes, les violences psychologiques, la toxicité des relations, des rapports à autrui. « Et si vous allez sur les réseaux sociaux, souligne-t-elle. Vous allez trouver énormément de hashtags portés par des Sénégalaises pour dénoncer ces violences. » Une rencontre inattendue « Ce qu'elle ne vous a pas dit, lance dans un sourire Christian-Brice Ondo, c'est qu'entre la lecture du manuscrit et notre échange, elle a disparu pendant un an, comme Cendrillon. Ce que j'ai beaucoup aimé chez Sokhna Ndao, ce sont les thématiques qu'elle dénonce dans ses livres, elle les porte aussi par sa voix. Et moi, j'aime les auteurs qui ont de la personnalité et qui assument les idées qu'ils véhiculent à travers leurs romans. » Christian-Brice Ondo est un homme de l'ombre, discret, qui s'est donné comme mission d'éditer de nouveaux talents de la littérature afro-descendante. À lire aussiPortraits des diasporas africaines: Maé-Bérénice Méité, une étoile sur la glace [3/5]

Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier… Leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce troisième épisode, Maé Bérénice Méité, française d'origine ivoirienne et congolaise, a été six fois championne de France de patinage artistique. Avec deux participations aux Jeux olympiques. Un beau palmarès au niveau national. À 31 ans, elle s'entraîne aux États-Unis pour revenir au plus haut niveau. Sur les podiums ! « J'aime à dire que ce n'est pas moi qui ai choisi le patinage, mais que c'est le patinage qui m'a choisi, lance dans un large sourire Maé-Bérénice Méité. Ça combine tout ce que j'aime, la vitesse, les sauts, l'expression sur glace, raconter des histoires, entrer dans un personnage. » Maé, un prénom court et vif comme une signature, à l'image du dynamisme de cette athlète. Ses débuts ressemblent à un véritable conte de fées. Ses parents, originaires de la Côte d'Ivoire et du Congo, s'installent à Vitry-sur-Seine. C'est dans cette banlieue du Sud parisien, où elle a grandi, qu'elle découvre le patinage pour la toute première fois. « La patinoire de Vitry, j'y ai mis les pieds lorsque j'avais à peine 4 ans, j'y suis allée avec l'école et j'ai adoré. Et depuis, je n'ai jamais quitté la glace, donc ça fait maintenant bientôt 27 ans que j'évolue sur des lames et de l'eau glacée », explique-t-elle. Son profil atypique, c'est sa force « Moi, je suis athlétique. Loin du stéréotype de la patineuse, vous savez la petite fille longiligne blonde aux yeux bleus, type poupée russe », souligne Maé-Bérénice Méité. Elle évolue dans un sport, le patinage artistique, où les femmes noires au plus haut niveau se comptent encore sur les doigts de la main. Avant elle, il y a eu l'emblématique championne olympique Surya Bonaly, qui a ouvert la voie. « En fait, explique la championne, j'ai été préparée pour affronter tout ça. Mes parents m'ont assez vite dit : "tu es une femme, donc il va falloir travailler deux fois plus. Tu es une femme noire, donc forcément il va falloir travailler quatre fois plus pour obtenir un résultat égal avec les autres. Même si tu as un potentiel supérieur, il faudra toujours que tu fournisses plus pour prouver ta valeur." Donc, en fait pour moi, ça n'a jamais été un problème quand j'ai commencé parce que je savais à quoi m'attendre et c'est ce que j'ai appliqué partout, que ce soit à l'école, au patinage, j'allais toujours chercher l'excellence. Je suis une compétitrice dans l'âme, je n'aime pas perdre, donc forcément il y a cet esprit de gagne, cette rage de vaincre qui est naturelle. J'ai juste cultivé ça. Donc, pour moi, c'était un mode de vie, donc ça n'a rien changé à mon évolution et à la manière dont j'ai approché la carrière. » Le patinage rythme sa vie au plus haut niveau. Sextuple championne de France dans la catégorie élite, Maé-Bérénice Méité a participé aux Jeux olympiques de Pyeongchang 2018 en Corée du Sud. Elle se souvient avec fierté de ce grand moment : « Aujourd'hui, j'aime regarder ces vidéos, ce sont de beaux souvenirs. Mais il fut un temps, je n'aimais pas forcément me regarder patiner parce que j'avais un peu une vision biaisée de ce que je fais. Je ne voyais que le négatif et je n'arrivais pas à apprécier la performance parce que j'étais toujours dans l'autocritique et le jugement constant. L'enjeu, il était face à moi-même, il était de me prouver que je faisais toujours partie des meilleurs mondial. Et l'objectif sur les Jeux olympiques de Pyeongchang n'était pas le même que sur les Jeux olympiques de Sotchi. À Sotchi (en Russie) mon objectif, c'était le top 10. Je l'ai atteint. Et une chose, c'est que quand je prépare mon état d'esprit à atteindre un objectif, je l'ai toujours fait ». Avant de se quitter, Maé-Bérénice Méité s'arrête devant une fresque gigantesque en plein cœur de la ville qui représente la patineuse tout sourire. C'est un hommage de la commune de Vitry à sa championne. À lire aussiPortraits des diasporas africaines: Hissein Mahamoud Barkai, le chef pâtissier venu du désert [2/5]

Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier, leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce deuxième épisode, Hissein Mahamoud Barkai, originaire du Tchad, est l'un des seuls chefs pâtissiers venus du désert. Un parcours qui bouscule les traditions en s'imposant en tant qu'homme tchadien dans le domaine de la gastronomie avec ses pâtisseries. Il porte avec fierté sur la scène internationale le patrimoine culinaire de son pays. « Je m'appelle Hissein Mahamoud Barkai. Je suis chef pâtissier, plus connu sous le nom de pâtissier du désert ». Grand, élancé, lunettes rivées sur le nez, Hissein Mahamoud Barkai ressemble beaucoup plus à un médecin ou un créateur de mode. Il lui arrive de remplacer la toque par le turban. Ses origines nomades et tchadiennes ne sont jamais loin. Issu du peuple Gourane, sa famille était loin d'imaginer le choix de leur fils : « Pour moi, en tant qu'homme tchadien, dans ma communauté c'était vraiment très mal vu, voire honteux d'exercer ce métier de cuisinier dans sa famille. C'est une tâche qui est réservée aux femmes. Mais moi, dès ma petite enfance, j'avais ce rêve, cette envie et cette passion, mais je n'ai jamais pu m'exprimer ». Des sablés à base de farine de millet et de bissap en poudre Aujourd'hui, rendez-vous est pris dans le 18ᵉ arrondissement parisien au House of Africa pour un atelier pâtisserie. Dès qu'il met ses mains dans la farine, c'est un autre homme. Il est heureux. « On va faire des sablés à base de farine de millet, propose le chef pâtissier du Sahel. Elle est riche en fibres. Pour moi, c'est même une farine de futur, sans gluten. Dans de nombreux pays d'Afrique, c'est l'une des bases de l'alimentation et au Tchad, on fait la "boule" avec, qu'on appelle aussi "foufou". Ici, en France, quand on parle de millet, ce sont des graines que l'on donne aux oiseaux. » Sa cuisine poétique invite au voyage. Pour faire plaisir à ses parents, Hissein Mahamoud Barkai va faire des études de lettres modernes et un jour, il tombe en amour pour une pâtisserie qui va changer sa vie : « Un week-end, je suis allé en bas de chez moi, où il y avait une boulangerie-pâtisserie, et j'ai acheté un Paris-Brest. Ce gâteau, c'était une découverte pour moi, c'était délicieux, et je me suis posé cette question : est-ce que je peux créer autre chose ? En fait, tout est parti de là, de ce gâteau, le Paris-Brest ». « Je ne me sentais pas vraiment heureux » Il va longtemps travailler dans l'anonymat pour se construire et il va se consacrer au Paris-Brest qu'il va revisiter. Ce classique intemporel de la pâtisserie française, à base de pâte à choux et de crème pâtissière, le Paris-Brest. Ce gâteau va renaître sous une nouvelle étoile avec cette nouvelle appellation, Le Paris-Ndjamena Kornaka. « Depuis que j'ai acheté ce Paris-Brest, j'étais tellement inspiré que je suis retourné à mes fourneaux. Et c'est là que j'ai trouvé les balanites aegyptiaca, ou dattiers du désert, ce sont des amandes qui sont très amères. Et je me suis dit que j'allais réaliser un praliné à base de cette amande, le kornaka. J'ai fait plusieurs essais mais ça ne fonctionnait pas, car c'est très amer. Il fallait arriver à ajuster l'amertume. Ça m'a pris une année entière. Je faisais des tests. Je descendais dans la rue et je faisais goûter ma préparation aux gens. Certaines personnes que je rencontrais m'encourageaient, alors que d'autres trouvaient ça infect. J'étais vexé. Mais à force de persévérance j'ai trouvé la bonne formule, et j'étais heureux, et la pâtisserie est devenue pour moi un jeu d'enfants. » Moringa, spiruline du lac Tchad, tamarin noir ou encore gomme arabique, plus rien ne l'arrête pour une cuisine qui invite au voyage. Le chef pâtissier Hissein Mahamoud Barkai allie les saveurs de l'Afrique et celles de l'Occident. Et il est fier de publier son premier livre, Le pâtissier du désert, itinéraire d'un Gourane, aux éditions ligne-devie.com, un ouvrage de recettes sucrées, consacré à la gastronomie contemporaine tchadienne. À lire aussiPortraits des diasporas africaines: Aïcha N'Doye chante à l'oreille des patientes [1/5]

Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier, leurs parcours singuliers racontent la France d'aujourd'hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d'ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce premier épisode, Sylvie Koffi nous emmène à la rencontre d'Aïcha N'Doye, une chirurgienne atypique…À 35 ans, le docteur Aïcha N'Doye originaire du Sénégal est spécialiste en chirurgie du sein et chirurgie gynécologique à la polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine. Elle mène également une carrière de chanteuse. La chirurgienne a revêtu un ensemble stérile bleu jetable. Un bonnet sur sa chevelure noire et un masque couvre son visage. Dès qu'elle arrive, elle a son rituel : « J'ai mon téléphone portable sur lequel j'ai une sélection de musiques instrumentales. Quand les anesthésistes sont prêts, je m'assois au chevet du malade et je commence à chanter. » Un moment suspendu et inattendu. « C'est vrai que c'est peu commun, lance Maxime Marouteau, il n'y en a pas beaucoup qui arrivent déjà à chanter aussi bien qu'Aïcha. » Admiratif, l'infirmier anesthésiste, qui connaît bien le répertoire de la chirurgienne, ajoute : « Je trouve qu'elle chante super bien. Mais ça, il ne faut surtout pas le lui dire ! » Bercée par le chant, la patiente s'est endormie. Sans stress. Elle va pouvoir être intubée. « Moi, je vais me préparer pour l'opérer », lance Aïcha N'Doye à son équipe. « Déjà, nous, dans notre organisation, on doit bien se coordonner avec elle, explique l'infirmier anesthésiste. Car l'objectif, c'est que le patient s'endorme en étant moins stressé, en consommant parfois moins d'anesthésiant. Nous, ça nous aide. » Pour Aïcha N'Doye, c'est un moment de reconnexion : « Je me souviens pourquoi je suis là, souligne-t-elle, et ça me rappelle surtout qu'il y a un humain derrière les champs opératoires. Franchement, ça m'apaise avant la chirurgie. Car c'est vrai que ce sont des chirurgies qui peuvent être complexes, et qui demandent de la concentration. C'est un petit moment de calme avant de pouvoir mettre mon cerveau en ébullition pendant l'intervention. » À lire aussiPourquoi le chant est essentiel dans toutes les cultures humaines « Fais médecine et si ça ne marche pas, tu seras chanteuse » « Au petit-déjeuner, j'ai dit à mes parents que je voulais être chanteuse alors que j'étais inscrite à la fac de médecine. Ils ont été très intelligents. Mes parents ne m'ont jamais dit : "non, tu ne feras pas chanteuse". » Leur réponse ? « Fais ta première année et tu verras, si tu échoues, tu seras chanteuse. » « Et c'est vrai que c'est quelque chose qui m'a beaucoup accompagnée pendant ma première année de médecine, poursuit la chirurgienne, c'était assez dur, et c'est vrai que c'était ma source de motivation. Je me disais : tu fais ta première année mais une fois, pas deux. Du coup, je n'avais pas cette pression-là que les autres pouvaient avoir de dire c'est ça ou rien. » Résultat : 11 ans d'études. Sa spécialité, la gynécologie obstétrique, elle s'est ensuite surspécialisée en chirurgie et cancérologie du sein et en reconstruction mammaire. Aïcha N'doye, du bloc opératoire à la scène « J'ai deux phases qui sont totalement complémentaires et en même temps totalement opposées. C'est-à-dire que quand vous me voyez sur scène, vous ne pouvez pas vous dire : "Elle est chirurgienne", lance Aïcha N'Doye dans un éclat de rire communicatif. En fait, ça demande beaucoup d'organisation et après, c'est vrai que les choses se sont faites de manière assez spontanée et je ne me rendais pas forcément compte du travail que ça allait me demander. Au début, je prenais ça un peu à la rigolade et en fait, au fur et à mesure, je me suis rendu compte que chanter, c'est vraiment un métier qui demande beaucoup de travail également. Mon métier de chirurgien est très prenant et je suis aussi maman. » Aïcha N'Doye enchaîne sa troisième opération. Elle chante à l'oreille de sa patiente pour l'endormir au cours de l'anesthésie avec l'une de ses compositions : « Combien de fois ? », tiré de son premier album, Double Face. À écouter dans Autour de la questionPourquoi la musique c'est bon pour la santé?

En France, la forêt de Fontainebleau a subi en juillet des incendies qui ont ravagé environ 2 000 hectares du massif forestier, soit 10% de sa surface totale. L'Office national des forêts (ONF) est revenu dans les zones ravagées par les flammes pour faire un état des lieux. Alors que les reprises des feux menacent, la sécurité et la vigilance sont de mise et la reconstruction désormais centrale. Un sol de cendres, des arbres morts... Dans ce paysage de désolation, Franck et Clément, bûcherons, tronçonnent un feuillu qui menace de s'effondrer. Un geste qu'ils répètent depuis leur retour dans la forêt qu'ils connaissent bien. « Trente-huit ans que je travaille en forêt de Fontainebleau. Je pense que je ne reverrai plus la forêt comme elle était avant. On a été mandatés il n'y a pas longtemps. La sécurisation des bords de route et de l'autoroute en priorité », confie Franck. La sécurisation des lieux est toujours en cours et quand la tronçonneuse se tait, l'état de la faune les bouscule quelque peu. « C'est vraiment trop calme. C'est ça qui est le plus bizarre. Il n'y a pas d'oiseaux. Cela fait bizarre. Mardi, quand je suis arrivé, une biche était en train de mourir, brûlée par le feu et en sous-nutrition », témoigne-t-il. À lire aussiFrance: après les incendies de la forêt de Fontainebleau, un paysage dévasté et une biodiversité menacée À proximité, Claire Nowak, de l'Office national des forêts (ONF) et responsable de l'unité territoriale de Fontainebleau, scrute de près « des opérations dangereuses qu'il faut confier à des bûcherons spécialisés, parce qu'on ne sait pas comment le bois brûlé va réagir ». « On ne sait pas à quel point le bois a été modifié par la chaleur. Parfois, on a même des arbres qui, à l'intérieur, sont encore en feu et on ne le voit pas de l'extérieur. C'est un chantier à laisser à des professionnels, évidemment. L'odeur est toujours là, encore très forte. Cela va persister tout autour de nous. C'est de la cendre. Encore une fois, cela continue de brûler à certains endroits au niveau du sous-sol. Malheureusement, ce n'est pas fini », souligne-t-elle, en regardant un camion-citerne « qui se rend sans doute sur le lieu d'une fumerolle ou d'une reprise ». Les pompiers sont les seuls autorisés sur la zone sinistrée, tout comme l'Office national des forêts. Dans sa voiture, Julien Simon, chef de service Forêts de l'ONF Île-de-France et correspondant Défense des forêts contre les incendies (DFCI), analyse les risques : « Depuis le 12 juillet, les deux feux sont fixés, mais ils ne sont pas considérés comme étant éteints parce qu'à tout moment, on sait que ça peut repartir. Donc on prie pour avoir de la pluie, de façon à essayer de réellement noyer les foyers résiduels pour pouvoir enfin déclarer ce feu comme éteint », précise-t-il. Les reprises de feu sont encore possibles. C'est ce qu'on appelle un « feu zombie », comme l'indique Claire Nowak. « En raison de la présence de cette végétation particulière, cette tourbe, le feu continue à brûler en sous-sol. On a régulièrement des points qui sont mesurés à caméra thermique à 150°C au niveau de la surface du sol, et 400°C en profondeur. C'est un feu que l'on appelle un feu zombie qui va continuer à brûler jusqu'à ce qu'il y ait une pluie forte », détaille-t-elle. La saison des feux est encore loin d'être finie. Après seulement, la phase de reconstruction va s'enclencher. Et le chantier sera long, avec le réchauffement climatique en perspective. « Les feux de ce type vont revenir. On a besoin de comprendre comment il s'est comporté pour pouvoir mieux lutter. Et penser à l'avenir de cette forêt en termes d'aménagement du territoire. En raison des sols très sableux, il y a une grosse dominante de pins. Quand on brûle un pin, ce qui repousse, c'est du pin. Donc on sait que si on ne replante pas, on aura une forêt de pins qui risque de rester très combustible à l'avenir. Il y a sans doute un rôle à jouer avec la plantation pour venir diversifier les peuplements forestiers », souligne Julien Simon. Cette sécurisation n'est pas synonyme de réouverture prochaine des sites touchés, loin de là. Selon l'ONF, il faudra une année avant de permettre à nouveau l'accès des zones sinistrées au public. À lire aussiLa sécheresse historique en France pourrait constituer un «point de bascule» pour la biodiversité

En France, la mort est encore très souvent taboue. Pourtant, chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voir même communiquer avec les défunts... Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Amélie Beaucour est partie à la rencontre d'un gardien de cimetière, à Pantin, au nord de la capitale. Un lieu beaucoup plus vivant qu'on ne le croit. Il est 18h lorsque les grilles du cimetière de Pantin se ferment. Samuel Soursas fait partie des rares personnes autorisées à y passer la nuit. Son logement de fonction, situé à l'intérieur de l'enceinte, ne marque pas la fin de sa journée de travail. « Je veille à la fermeture du site, explique-t-il. On s'assure que tout le monde est bien sorti. Il arrive que les gens ne voient pas l'heure passer ou s'endorment... Et le matin, on ouvre aux employés qui travaillent sur le site. Ils sont 80 chaque jour. » Ensuite, Samuel endosse ses fonctions de garde-travaux : « J'enregistre les bons, j'accompagne les marbriers et les graveurs devant les monuments concernés... Tout ce qui touche aux travaux funéraires, en plus des inhumations. » Son outil de travail ? « Un sac à dos, des chaussures de sécurité et un petit pick-up blanc, bien pratique pour sillonner les allées arborées du site. » Car ces dernières, souligne-t-il, « donnent davantage l'allure d'un parc que d'un cimetière ». Une impression renforcée par l'immensité du lieu : « Nous avons un peu moins de 200 divisions – une division, c'est un carré de 70 mètres par 70 mètres. À l'intérieur de chacune, environ 800 tombes. Et dans chaque tombe, on peut avoir d'une à plusieurs dizaines de personnes. » Un nombre incalculable d'âmes se croisent ainsi dans ce « gigantesque poumon vert » en pleine région parisienne. Des proches venus se recueillir, mais aussi des promeneurs en quête de nature et de sérénité. Sans oublier les « habitants » du cimetière, qui, eux, « sortent non pas de leurs caveaux, mais de leurs nids ou de leurs terriers ». « Aujourd'hui, on a de la chance, il fait beau, tous les animaux sont de sortie, s'enthousiasme Samuel. Les renards, les corneilles – évidemment –, les chats, les perruches aussi... On a énormément de vie dans ce lieu qui est censé représenter la mort. » Ces occupants, peu farouches, sont respectés autant que celles et ceux qui reposent sous terre. La Ville de Paris, qui administre le site, a placé la biodiversité au cœur de ses aménagements. « Au niveau des fontaines, l'eau ne s'écoule plus dans des grilles, mais dans des récipients en ciment pour la retenir, détaille-t-il. Cela permet à tout ce qui est biodiversité – insectes, oiseaux, etc. – de venir s'abreuver. » Il évoque aussi « une division interdite au public, où l'on entrepose les gravats et où l'on casse les tombes » : « Les murs sont en gabion, mais on a créé de tout petits accès en dessous pour les renards. Ils y sont en toute tranquillité. Et lorsque les machines arrivent pour casser, ils peuvent sortir. » Samuel a découvert ce métier sur le tard. « C'est après avoir passé un concours de la fonction territoriale que j'ai reçu cette affectation : cantonnier – celui qui s'occupe d'une division – au cimetière de Pantin. » Un tournant surprenant dans sa carrière, mais qu'il ne regrette pas. « Il y a des défunts, il y a de la tristesse, il y a des pleurs, etc. Mais il y a beaucoup d'amour aussi. Les gens pleurent leurs morts, mais reviennent. C'est quelque chose qui représente beaucoup pour eux... et pour moi aussi. Ça me permet de profiter davantage de ce que j'ai. » Loin de l'atmosphère lugubre souvent associée à ces lieux, le cimetière de Pantin est, pour son gardien passionné, « un havre de paix, sur lequel je veille comme sur mon propre jardin ». Il conclut avec une étymologie qui résume sa philosophie : « "Cimetière", c'est un mot qui, il me semble, vient du grec et a été transformé en latin. Il signifie "lieu de repos". Ce n'est pas la mort, c'est le repos. » À lire aussiLa mort est mon métier: «Je m'adresse à la personne décédée», confie le nettoyeur post-mortem [2/4]

En France, la mort est encore très souvent taboue. Pourtant, chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voir même communiquer avec les défunts... Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Amélie Beaucour est partie à la rencontre d'une médium, au Havre, sur la côte ouest du pays. La salle est pleine à craquer. Ce soir-là, au Havre, en Normandie, 400 personnes ont fait le déplacement jusqu'à ce théâtre. Dans un tailleur noir impeccable, Virginie déambule dans les allées, micro à la main. À peine le public assis, les défunts se présentent déjà à côté de leur vivant, affirme-t-elle. Surnommée « la médium du peuple » par celles et ceux qui viennent la consulter, cette grande brune aux yeux bleus exerce aussi bien en séance publique, comme ce soir, qu'en privé, dans son cabinet. Dans les coulisses, elle se confie sur son métier : « Lors d'une journée type, je suis en consultation toute la journée dans mon bureau. J'ai mon consultant. Les défunts se présentent autour de lui. Nous, on fait les réservations avec un prénom. Pas de date de naissance, pas de nom de famille. Vous ne devez donner aucune information. Vous ne montrez pas les photos tout de suite. Aux défunts de se manifester autour du vivant, vous voyez ? Parce qu'après, ça peut s'apparenter à du mentalisme, à de la fine psychologie. Cela, malheureusement, il y en a beaucoup dans ce milieu. » Interrogée sur la manière dont ces manifestations se produisent, elle explique : « Tous les canaux vont être actifs. Les défunts vont se présenter parfois avec leur prénom, avec uniquement la première lettre de leur prénom, et le défunt va se placer à côté de mon vivant, de manière à ce que je sache qui est qui. Si on a perdu notre père ou notre grand-père, ils ne vont pas se positionner de la même manière, à côté de vous. On a d'ailleurs une présence d'une dame décédée, une grand-mère, dans la lignée paternelle. » Cette présence invisible désarçonne autant que les détails très précis que perçoit Virginie. Être médium, c'est aussi devoir porter le poids de certains messages et vivre avec des images obsédantes. « Un jeune homme sur un accident de mobylette et il n'y avait pas de casque à l'époque, c'était l'arrière de son crâne qui a tapé sur le trottoir. L'image était horrible. Je l'ai vécu pendant trois ou quatre jours. Cette image m'a hanté pendant plusieurs jours. La mort des enfants aussi, c'est compliqué », confie-t-elle. Virginie raconte qu'elle avait cinq ans lorsque ce don s'est manifesté chez elle pour la toute première fois. Il a ensuite pris une place de plus en plus importante dans sa vie, jusqu'à la pousser à quitter son travail pour se consacrer entièrement à la médiumnité. « J'ai été 13 ans dans la police municipale du Havre, j'étais brigadier-chef principal. Je ne pouvais plus être sur deux activités à la fois, c'était trop fatigant. Sur mes repos, on me demandait des séances. À un moment donné, il a fallu faire un choix. Aujourd'hui, je ne me vois pas faire autre chose, redonner le sourire à toutes ces personnes. Certains pensent que la médiumnité, c'est quelque chose de triste. Vivez-le en salle et on en reparle. » Personnage surprenant de franchise mais aussi de douceur, l'ancienne policière devenue médium exerce avant tout pour réparer les vivants. À lire aussiVoyance, médium, astrologie: pourquoi s'intéresse-t-on tant aux sciences occultes?

En France, la mort est encore très souvent taboue et pourtant chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voire communiquer avec les défunts… Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Ce mardi, Amélie Beaucour a poussé la porte d'un appartement du centre-ville de Strasbourg, dans l'est de la France, où intervenait un nettoyeur post-mortem. « Là on va entrer dans un appartement où il y a eu une découverte tardive, c'est-à-dire de plusieurs jours, semaines ou mois. » Martel Julien est nettoyeur post-mortem. « On nettoie les traces laissées par le décès, qu'il s'agisse de découverte tardive, de suicide, d'homicide ou d'attentat. » Pour entrer dans ce logement, les surchaussures sont obligatoires, mais le masque lui est optionnel. « Vous sentez un peu l'odeur normalement », mentionne Martel Julien. L'odeur caractéristique laissée par la mort est bien présente même si la pièce a été aérée lorsque le corps a été pris en charge par les services de médecine légale. Dans la pièce principale ne reste plus qu'un fauteuil vert foncé recouvert d'une épaisse couche de matière difficilement identifiable, qui a ruisselé sur le plancher : « La personne est morte sur son canapé et est restée là pendant un bon moment. On voit des écoulements de fluides corporels qui ont recouvert le sol de part en part de la pièce. Là, on va devoir nettoyer ces affaires souillées, chercher des infiltrations dans le sol et découper le canapé pour désinfecter correctement le logement », détaille le nettoyeur post-mortem. Julien Martel, chef d'entreprise spécialisé dans le nettoyage post-mortem Cela fait dix ans que Julien Martel a monté son entreprise spécialisée dans le nettoyage post-mortem, après s'être formé en microbiologie : « Si vous passez au microscope les fluides que vous avez vus, vous observerez des bactéries… Certaines peuvent être mortelles. Si on en oublie des traces dans l'appartement, il y a tout pour le développement bactérien : de la matière, peu de lumière et une température stable », explique-t-il. Son outil de travail : une camionnette noire pour se déplacer dans toute la France avec son épouse et associée. À l'intérieur, des boîtes empilées contiennent le nécessaire pour les interventions. « Ici on a tout ce qui nous sert de protection : gants, surchaussures, masques, combinaisons… Au fond, les produits qu'on utilise. Il y en a seulement deux : un pour dégraisser, un autre pour rincer et travailler différemment la matière. Puis là le matériel électroportatif pour les travaux plus lourds, s'il y a par exemple du sol ou des parois à démonter. Et, à l'arrière du camion, on a de grandes poubelles jaunes qui nous servent à collecter ce qui a été souillé. Le canapé découpé en morceaux ira dans ces poubelles. » « Imaginez que la personne ne sait pas qu'elle est morte » Julien Martel reste pudique sur les interventions qui ont pu le marquer. Des scènes difficiles qu'il faut extérioriser afin de préserver sa vie personnelle. Avec son métier, son rapport avec la mort n'a pas changé. Mais plutôt celui avec la vie. « Mais pour la mort, non, ça n'a rien changé car je ne pense pas que tout s'arrête quand on meurt. C'est pour ça aussi que je toque systématiquement avant de rentrer. C'est une question de respect. C'est aussi pour ça que, quand je sens que je ne suis pas seul ou que l'ambiance est, comment vous dire, un peu électrique, je parle. Je m'adresse à la personne décédée. Je me présente, je lui dis pourquoi je suis là, ce que je vais faire, etc. Imaginez que la personne ne sait pas qu'elle est morte : comment réagiriez-vous ? Vous êtes dans votre salon et vous voyez débarquer quelqu'un chez vous ? Alors on peut dire : "Ce mec-là, il est taré", je m'en fiche. » D'apparence impassible, le chef d'entreprise avoue prendre très à cœur un autre aspect de son métier : être une oreille attentive pour les familles qui le sollicitent, des clients qui deviennent parfois des amis. À lire aussiScènes de crime, suicides et morts naturelles: le nettoyage, double peine des familles

En France, la mort est encore très souvent taboue et pourtant chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voire communiquer avec les défunts… Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Aujourd'hui, pour le premier épisode de notre série La mort est mon métier, Laurence Théault est partie à la rencontre d'une médecin légiste à Nancy, dans l'est de la France. On pousse la porte de la salle d'autopsie du docteur Élodie Marchand. Dans une ambiance fraîche et bleutée, une table en inox, des instruments de chirurgien et une balance suspendue, destinée à peser les organes, occupent la pièce. Le docteur Élodie Marchand se présente en blouse verte, pantalon et sabots. Le médecin légiste explique que le corps du défunt est amené sur la table dans une housse réfrigérée et qu'il n'est pas lavé. « Justement, dans le côté médico-légal, il ne faut surtout pas que les corps soient altérés avant les constatations. Donc, ce sont des corps qui sont placés dans des housses qui sont scellées par la justice pour ne pas pouvoir altérer ces éléments. Et donc il est déposé en housse. Et la première chose qu'on fait, c'est briser le scellé de cette housse et ouvrir la housse pour faire les premières constatations dans l'état dans lequel le corps est arrivé ». Dans une autopsie, les blessures sont bavardes Dans le cadre d'une autopsie judiciaire. Imaginons un défunt virtuel, un jeune homme victime de plusieurs coups de couteau. La première étape de l'autopsie consiste à établir un descriptif précis : taille, couleur des yeux, longueur des cheveux. « Dans le cadre où on suspecte un homicide, comme par exemple pour ce jeune homme, les mains ont été placées dans des enveloppes en papier kraft pour justement préserver l'ADN éventuel de l'agresseur. Et donc, la première chose qu'on fait avant de toucher à tout ça, c'est d'aller faire les prélèvements au niveau des mains pour le côté génétique. » Un médecin légiste fait parler les corps et les blessures sont bavardes. « Les plaies par arme blanche vont avoir aussi des spécificités, puisqu'elles vont souvent avoir des berges qu'on appelle nettes. Et qui vont donner, rien que cet aspect des berges, des indices également sur le type d'arme utilisée. Donc, si c'est plutôt un couteau avec un fil qui tranche, si c'est un couteau avec deux fils, type un poignard. » À lire aussiFrasse Mikardsson, le légiste franco-suédois, auteur de roman policier Être légiste, c'est passer son « temps à mesurer des choses » Sur une table, alignés proprement, bistouris, ciseaux, pinces, écarteur, burin. « L'instrument indispensable de tout médecin légiste, c'est le mètre ruban ou le réglet. Parce qu'on mesure tout. On va mesurer des plaies, on va mesurer d'autres types de lésions, les ecchymoses. On va mesurer également même les cheveux d'une personne pour des critères d'identification. On passe notre temps à mesurer des choses. » Loin des clichés que l'on voit dans les séries, un médecin légiste prélève bien des organes, mais ce n'est pas à coup de pic à glace. Le docteur Élodie Marchand précise qu'une longue incision de la base du cou au pubis est toutefois nécessaire pour l'autopsie. « Généralement, on ne va pas forcément prélever des organes en entier, sauf certains comme le cerveau ou le cœur, parce que toutes les zones sont importantes. Il y a des incisions qui sont réalisées. Il faut savoir qu'elles doivent être systématiquement refermées. Ça fait partie de nos obligations et du respect qu'on a pour les corps. » « Apporter des réponses » suite à un décès Ce métier change-t-il son rapport à la mort ? « Non, parce que moi, depuis toute petite, je suis bercée dans le côté anthropologie, paléontologie par mon père. Donc, j'ai très vite connu des squelettes étant toute petite. Donc, finalement, la mort n'est pas quelque chose qui a pu m'effrayer, me questionner. » Et l'une des choses que le docteur Élodie Marchand apprécie dans son métier : « C'est vraiment pouvoir être la parole des personnes décédées et apporter des réponses, en fait. Justement sur pourquoi et comment ces personnes sont mortes. » Quand une autopsie est à la demande de la justice, le médecin légiste n'est ni du côté de l'accusation, ni de celui de la défense. Il est là pour établir une vérité scientifique. À lire aussiPhilippe Boxho: confidences de la star des médecins légistes

Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogiste, détective privé ou simples citoyens engagés… RFI vous plonge cette semaine dans le quotidien de ces limiers particuliers. Aujourd'hui, nous allons à la rencontre de Neila Moore, la présidente de la Team Moore, une association d'une cinquantaine de bénévoles qui « chassent » les pédocriminels sur internet pour les faire traduire en justice. Nous sommes dans un petit village du sud-ouest. Impossible d'en dire plus. La Team Moore est régulièrement menacée de mort, notamment sa présidente, Neila Moore. C'est d'ailleurs un pseudo, celui de cette aide à domicile qui traque depuis 2019 des pédocriminels via de faux profils d'enfants, puis les signale à la justice. « Alors là, c'est une petite fille qui a onze ans, qui habite dans le sud de la France. On va se comporter comme n'importe quel enfant sur les réseaux. Donc, on va faire des publications sur nos chanteurs préférés, nos youtubeurs, les animaux, etc. Et une fois sa mise en ligne, le constat est affligeant. Très vite, cette enfant est contactée par des pédocriminels. » « On n'a pas le droit de démarcher le prédateur » Un exemple de messages reçus par ce profil de petite fille. Attention, même expurgé du pire, l'extrait peut choquer. « Tu ne montres pas ton vagin, je vais te tuer. Je vais te défoncer ta putain de gueule, petite salope de sixième », entend-on. « C'est en quelques minutes et c'est plusieurs contacts. Soit ce sont des individus qui vont alpaguer l'enfant sous statut d'adulte, soit on a vu ces dernières années une évolution de techniques du prédateur justement qui vont créer des profils d'enfants. Donc, vraiment rappeler que derrière l'écran, on ne sait jamais qui est derrière », rappelle Neila Moore. Cette association agit dans un cadre légal qui se fonde sur « l'article 227-22-1 du Code pénal. Le fait d'un majeur qui fait des propositions sexuelles à un mineur de quinze ans ou à une personne se présentant comme tel est passible de deux ans de prison, etc. Nous, nous sommes cette personne se présentant comme telle », explique la présidente. Dans cette traque, il y a des règles vis-à-vis du droit. « On n'a pas le droit de démarcher le prédateur. C'est-à-dire qu'on n'a pas le droit de faire une demande d'ami ou d'engager une conversation si on a une cible ou quelque chose comme ça. Également, pendant les échanges, on ne va jamais provoquer l'auteur, c'est à lui de faire ses propositions sexuelles, de montrer son sexe, de se masturber en vidéo, etc. Pourquoi ? Parce que dans le cas contraire, ça peut être considéré comme de l'incitation. » À lire aussiTraque de pédophiles: jusqu'où peuvent aller les justiciers d'internet? En 2024, la Team Moore a transmis plus de 224 signalements La Team Moore est d'autant plus vigilante au droit qu'elle le sait. Sa démarche ne fait pas l'unanimité au sein des autorités, notamment. Certains s'inquiètent de voir des citoyens endosser des prérogatives qu'ils considèrent réservées aux forces de l'ordre. « Au départ, c'était mal perçu. Ce qu'il faut faire comprendre, c'est que nous étions les pionniers en France. Ce phénomène des chasseurs de pédophiles, c'est vraiment quelque chose de culturel dans les pays anglo-saxons. À savoir qu'en Angleterre, 50 % des arrestations de pédocriminels sont à l'initiative de citoyens ordinaires. Mais on a depuis des années maintenant des soutiens publics, de policiers, de magistrats. On a une reconnaissance aussi dans les tribunaux. Par exemple, en 2024, on a transmis plus de 224 signalements. Vous allez avoir le procureur ou le président qui va nous remercier de la qualité de notre travail et qui reconnaît que, sans nous, ces individus passeraient sous les radars. » En 2023, l'association était reçue par un ministre pour évoquer son intégration à la Réserve citoyenne numérique, un statut que Neïla attend avec impatience. « Aujourd'hui, la collaboration, elle existe, mais elle est officieuse. Ça fait des années qu'on demande un cadre, un espace d'agrément, que quand on envoie un signalement, on traite. Il faut que ce soit automatique. Au Canada, on a un lien direct. En Allemagne, on est en train de le faire. Ils prennent en charge nos signalements. Et en France, au bout de sept ans, après des centaines de signalements, de condamnations, on ne l'a toujours pas. Pourquoi ? En France, pour le narcotrafic, on travaille avec des civils. On peut être réserviste dans l'armée, chez les pompiers. On peut être réserviste à la gendarmerie. Comment on peut contester que des citoyens ordinaires permettent de mettre hors d'état de nuire des pédocriminels et d'identifier des victimes ? Ce n'est pas audible. » Depuis mai dernier, la réserve numérique existe officiellement. La Team Moore attend la réponse à sa demande d'agrément. À lire aussiLes limiers particuliers: les bénévoles de l'ARPD à la recherche des personnes disparues [3/5]

Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... Cette semaine, RFI vous plonge dans le quotidien de ces limiers particuliers. Portrait aujourd'hui d'Audrey Lustrement, généalogiste successorale, qui enquête pour régler les successions sans ayant droit. Comme elle, ils sont 1 500 en France à enquêter dans l'intimité des familles. Comme souvent lorsqu'elle prend la voiture, Audrey Lustrement se rend aux archives départementales de Rennes, dans l'ouest de la France. Plus précisément dans la salle de consultation, une pièce froide et studieuse, où chaque personne qui en fait la demande peut parcourir les précieux documents en silence. Sur une table en inox, elle déroule un tableau généalogique établi sur du papier à musique. Un notaire a mandaté Coutot-Roehrig, l'entreprise dont elle dirige la succursale rennaise, pour retrouver les ayants droit d'une succession après le décès d'un homme qui n'a aucun héritier connu et qui n'a pas laissé de testament. Un travail de fourmi débute. « Il faut d'abord remonter aux parents et s'assurer qu'ils n'avaient pas de postérité. Si tel est le cas, on regarde s'ils n'avaient pas des frères et sœurs, des neveux et nièces. S'il n'y en a toujours pas, on remonte jusqu'au quatrième, au cinquième et au sixième degré, dernier degré successible », déroule Audrey Lustrement. Au-delà, les biens de la personne décédée reviennent à l'État. Avec Stéphane de Montlivault, un collègue, elle se plonge dans les registres de mariage, de naissance et de décès, jaunis par le temps. Il faut s'assurer qu'aucun autre héritier, que ceux déjà trouvés, n'existe. Minutieusement, le binôme explore toutes les pistes en croisant les informations de l'arbre généalogique avec celles apportées par les documents de l'état civil. Après 20 minutes d'investigation, le constat tombe : « Du côté de la branche maternelle, nous n'aurons pas de cousins au cinquième degré », conclut Stéphane de Montlivault en chuchotant. Toutes les portes ont été refermées, la quête s'arrête là. Mais la seconde étape du processus peut s'enclencher : « Désormais, nous allons contacter les héritiers pour leur soumettre un contrat de révélation, leur annoncer l'identité du défunt dont ils héritent », reprend Audrey Lustrement. « Il m'arrive de révéler des adultères » Cette phase est l'une des plus délicates car bien souvent, les héritiers retrouvés n'ont jamais connu le défunt en question. « Quand ils reçoivent notre courrier, beaucoup croient à une arnaque et le jettent à la poubelle, sourit Audrey Lustrement. Nous les rappelons pour leur expliquer notre démarche et notre métier. » Son collègue abonde : « Bien souvent, nous savons davantage de choses qu'eux-mêmes sur leur propre famille, cela crédibilise notre parole. » D'autres cas sont plus sensibles. Car lorsqu'elle enquête, Audrey Lustrement ne trouve pas seulement des héritiers. Elle soulève parfois des secrets de famille. De belles histoires, bien sûr. Parfois pas. « Il m'arrive de révéler des adultères. Cela m'est arrivé dans un dossier récemment : j'édite l'arbre généalogique et je me rends compte que l'homme a eu deux enfants avec deux femmes différentes – l'officielle et l'officieuse, disons. Aujourd'hui, l'enfant adultérin a les mêmes droits que l'enfant légitime. Ce qui est toujours un moment délicat à annoncer. » De fait, les structures familiales traditionnelles ont largement évolué depuis l'après-guerre. Les statistiques de l'Insee le prouvent : le nombre de naissances hors mariage a été multiplié par sept depuis 1946, les divorces ont quadruplé depuis 1950, le nombre de familles monoparentales a triplé depuis 1975. « Le travail de généalogiste s'est complexifié avec le temps », confirme Audrey Lustrement. Les individus sont aussi plus mobiles qu'à l'époque : « Aujourd'hui, un dossier sur quatre peut nous amener à l'étranger. » Pour l'heure, c'est dans un appartement du centre-ville de Rennes qu'elle se rend. Celui d'un homme décédé en septembre 2024. Dans cet autre dossier, elle a déjà retrouvé et contacté les héritiers. Ils sont au nombre de dix : une cousine au quatrième degré dans la ligne maternelle et neuf cousins et cousines au sixième degré dans la branche paternelle. L'une d'elles a renoncé à l'héritage. C'est l'autre volet du métier : régler les successions. Cela débute toujours par la réalisation d'un inventaire des biens dans le domicile du défunt. Audrey Lustrement représente les héritiers, absents. Elle est accompagnée d'une notaire et d'une commissaire-priseur qui, pendant trois heures, va ausculter chaque pièce de fond en comble. Dans l'intimité de la personne La généalogiste fait de même : « Je regarde s'il y a notamment des objets de valeur pour informer les héritiers du montant de la succession. On ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber. » Elle admet son malaise au moment d'ouvrir le tiroir d'une commode dans la chambre du défunt : « C'est délicat, on est plongé dans l'intimité de la personne. » Sur une table, un courrier d'assurance jamais ouvert, là une chemise de nuit et une paire de lunettes... La pièce est figée depuis le décès du vieil homme. Il y demeure une odeur de renfermé. Il va sans dire que la toile de maître dans la poussière d'un grenier ou le lingot d'or caché dans un faux plafond sont l'exception. « Dans une majorité de dossiers, le patrimoine à léguer oscille entre 200 000 et 300 000 euros », explique Audrey Lustrement. D'ailleurs, aucun objet de valeur n'est trouvé ce jour-là dans l'appartement. Alors l'équipe descend au garage. Une dizaine de cartons s'y entassent. Il faut les ouvrir un par un. La commissaire-priseur s'y colle. Premier carton : de la vaisselle. Le deuxième déclenche une plaisanterie : « Ça revient à la mode, les nains de jardin ? » On s'esclaffe sans gêne. Après tout, ce travail, c'est leur quotidien. Le troisième emballage révèle une minaudière en cotte de maille, un sac à main porté comme accessoire de mode par les femmes dans les années 1930. Celui-ci pourrait bien valoir un petit quelque chose. Dans le dernier carton : une photo du défunt. « On peut enfin mettre un visage sur un nom », sourit Audrey Lustrement, qui n'avait trouvé aucune photo du vieil homme dans l'appartement. Ce cliché, pas plus grand qu'une photo d'identité, est peut-être l'objet le plus important trouvé jusqu'ici. La généalogiste va le conserver précieusement : « Les héritiers ne veulent pas forcément récupérer du mobilier. En revanche, ils sont souvent intéressés par une photo de la personne dont ils héritent, donc je vais la mettre de côté. » La plupart des dossiers se concluent de la même façon : les biens immobiliers et les meubles sont vendus par les héritiers qui se partagent la succession. Audrey Lustrement touche un pourcentage qui dépend de la valeur du patrimoine légué et du degré de parenté des héritiers avec le défunt. Soit entre 10% et 40% de la somme finale, les dossiers étant inégaux. Tous les ans, 150 000 héritiers sont retrouvés dans l'Hexagone et à l'étranger. Ils se répartissent un milliard d'euros d'actifs, après paiement des droits de succession. À lire aussiLes limiers particuliers: détective privé, «se glisser dans plusieurs personnages» pour voir sans être vu [2/5]

Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détective privé ou simples citoyens engagés… Alors que plus de 100 personnes disparaissent chaque jour en France, volontairement ou non, les forces de l'ordre se concentrent sur les disparitions inquiétantes, notamment de mineurs. Depuis 2003, l'association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD) s'est donnée pour mission de soutenir les familles de disparus et d'aider aux recherches. En France, 1 000 enquêteurs bénévoles de tous âges et profils travaillent en réseau à travers le pays pour retrouver des personnes disparues. Isabelle Cluzan, déléguée départementale du Val-d'Oise, explique que l'association prend en charge tous types de disparitions : « On prend tous types de disparitions, les disparitions volontaires inquiétantes, les ruptures familiales de même que les fugues et les personnes Alzheimer. » Elle évoque notamment le dossier d'Evelyne Lioret, une dame dont la disparition semble volontaire. Mais sa fille a mandaté l'association pour s'assurer qu'elle est en sécurité. « À partir de là, on analyse le dossier et on fait une sorte de cartographie d'Evelyne, de sa vie, de ses projets, de son entourage et de ses proches sur le terrain. On va frapper aux portes, on collecte des contacts, on va repérer les lieux où elle a travaillé, où elle habitait pour en fait apporter à ma cartographie des éléments vraiment visuels », explique Isabelle Cluzan. En France, un majeur a le droit de disparaître. Comment réagit l'association dans ces cas-là ? « Dans ces cas-là, on contacte la personne disparue. On essaie de savoir ce qu'il se passe. Notre mission, effectivement, c'est de rassurer la famille en disant qu'on a eu un signe de vie. Mais par rapport aux disparus, on reste dans la confidentialité de la localisation. C'est sûr, et on ne dévoile pas la vie de l'autre », précise Isabelle Cluzan. Les réseaux sociaux, une mine d'or pour les recherches Aujourd'hui, l'ordinateur est devenu un outil majeur dans les recherches. Pauline Charpy, coordinatrice OSINT, la cellule de recherche en sources ouvertes, souligne son importance : « Cela aide beaucoup. Toute personne laisse au moins une trace numérique, que ce soit sur les réseaux sociaux, avec des photos, des adresses mail... Ça peut vous donner une nouvelle localisation de quelqu'un. Les réseaux sociaux, c'est une mine d'or aujourd'hui. Quand on demande de l'aide aux personnes, les gens jouent le jeu. Ce qui marche le mieux aujourd'hui, c'est la diffusion au maximum des avis de recherche. Parfois, on n'a pas besoin de faire de terrain. J'ai résolu beaucoup de dossiers qu'avec de l'OSINT. » Pauline Charpy insiste cependant sur un autre aspect essentiel de leur mission : « Le soutien et l'assistance aux familles. Parfois, il n'y a pas besoin d'enquêter sur certains dossiers, mais il est important d'être là pour les familles. On est là pour les écouter, parce que le silence, c'est terrible pour les familles. C'est le plus difficile. » Comme pour les policiers ou les gendarmes, certains dossiers marquent durablement les bénévoles. Pauline Charpy se souvient notamment d'un cas qui l'a profondément touchée : « Il y avait eu un Afghan qui avait disparu. C'est un dossier qui m'a beaucoup marqué parce que pour le retrouver, j'ai dû aller dans les camps à Paris et découvrir un univers qui m'était totalement étranger. Finalement, on l'a retrouvé à l'étranger, en Belgique. Mais c'est un dossier qui m'a beaucoup touché parce que, en fait, ce sont des personnes ignorées de la société. Je me suis dit que l'ARPD faisait ce travail pour aider tout le monde. » « Créer un maillage complet autour de la Terre » Développer des relais à l'étranger est une mission clé pour l'association, comme l'explique Caroline Fauveau; responsable de la cellule internationale : « Depuis trois ans, nous sommes une vingtaine. Nous fonctionnons avec des Français qui habitent à l'étranger, et nous avons aussi des Français qui connaissent l'étranger mais qui sont sur le territoire français. On communique énormément avec les groupes d'expatriés, les associations de Français à l'étranger, d'autres associations qui font le même travail... Une association en Grèce est très active. Il y en a une en Autriche qui nous a retrouvé une dame qui avait Alzheimer. On contacte aussi tous les centres pour SDF, les hôpitaux psychiatriques. On essaie de créer un maillage complet autour de la Terre. » Cependant, les moyens restent limités. « Nous ne sommes pas riches, nous ne sommes pas envoyés à l'autre bout du monde pour enquêter, rigole Caroline Fauveau. Tout se fait via internet. » Aujourd'hui, dix correspondants en Europe, mais aussi aux Amériques et en Asie, travaillent avec elle. Un réseau que Caroline Fauveau compte bien étoffer encore dans les mois à venir. À lire aussiLes limiers particuliers: détective privé, «se glisser dans plusieurs personnages» pour voir sans être vu [2/5]

Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... Cette semaine, RFI vous plonge dans le quotidien de ces limiers particuliers. Pour ce deuxième épisode, on s'intéresse aux détectives privés. En France, ils sont quelques centaines seulement à exercer ce métier, à réaliser des filatures pour traquer les arnaques à l'assurance maladie ou les adultères. Une profession transformée par l'arrivée des dernières technologies et qui se féminise. RFI a suivi une détective privée dans les rues de Paris. Elle nous prévient d'emblée : « Je ne vais pas vous révéler tous mes secrets. » Mais Julie Catalifaud, détective privée depuis 15 ans et directrice de l'agence Vendôme Investigation, située sur la place du même nom, accepte de lever le voile sur une partie de sa méthode pour suivre une personne en toute discrétion. Nous la suivons dans les rues de la capitale française. Une filature, c'est d'abord l'art du positionnement. La détective prend l'exemple d'une porte cochère bleue sur la place Vendôme. « Si j'avais la possibilité de me stationner à gauche de l'entrée, derrière ce camion, ce serait l'idéal pour observer la personne que je dois filer », développe l'enquêtrice. Des particuliers et des entreprises l'appellent toute l'année. Adultères, garde d'enfant, arrêts maladie, concurrence déloyale : les dossiers varient beaucoup et impliquent une grande adaptation sur le terrain pour voir sans être vu. « On ne se déguise pas, mais on change d'apparence. On change de coiffure, de maquillage, on met des casquettes, des bonnets. On s'habille de la manière dont les gens s'habillent dans ce quartier. Il faut pouvoir se glisser dans plusieurs personnages et s'adapter au profil de son interlocuteur », confie la détective privée. Elle a beau avoir de l'expérience, Julie Catalifaud le reconnaît : filer une personne reste un exercice difficile. La concentration doit être totale, et parfois sur plusieurs heures. Mais là aussi, il existe des outils pour ne rien rater des faits et gestes de l'individu : « Nous allons utiliser des appareils photo avec de très longs objectifs, du matériel plus discret comme des caméras dissimulées dans des stylos, des boutons de chemise. Tout dépend de la configuration. » Ce matériel, digne de celui de l'Inspecteur Gadget, peut prêter à sourire, mais il est bien utile pour recueillir des preuves : un geste affectueux par exemple, dans les dossiers d'adultère. Féminisation et visibilité Longtemps masculin, le métier attire de plus en plus de femmes. Elles représentent aujourd'hui un tiers des effectifs de la profession. « Les promotions se féminisent », confirme Julie Catalifaud, qui enseigne à l'École supérieure des agents de recherches privées (ESARP), l'une des quatre écoles en France qui forment les détectives privés. Cette féminisation de la profession est une bonne chose, souligne Julie Catalifaud, notamment pour la réussite des filatures : « C'est plus facile pour moi de m'asseoir à une terrasse avec un livre ou un ordinateur. Je passe totalement inaperçue, et c'est clairement un avantage. » Le métier de détective privé mérite désormais de gagner en visibilité, estime-t-elle : « On me demande parfois de dire quelle est ma vraie profession, car les gens ne me croient pas quand je dis que je suis détective privée. » Elle s'est donc donnée pour mission de faire connaître ce métier en multipliant les interviews et les documentaires. Elle a aussi rédigé un livre, Profession Détective privée, Dans les coulisses des enquêtes : adultère, avarice et autres péchés capitaux, publié en mars 2026 aux éditions HarperCollins, dans lequel elle raconte les coulisses, parfois croustillantes, de certaines enquêtes. « L'intelligence artificielle a bouleversé le métier » Si l'enquêtrice passe la majorité de son temps sur le terrain, elle le rappelle : les investigations débutent à chaque fois dans son bureau. Son ordinateur est l'outil essentiel pour faire de l'OSINT, c'est-à-dire de la collecte d'informations accessibles à tous sur internet : « Je vais regarder les réseaux sociaux, tous les sites qui peuvent nous intéresser, et parfois, en quelques minutes, on peut retrouver la trace de la personne sur laquelle on enquête. » Mais les nouvelles technologies, tout en étant des alliées précieuses, peuvent aussi devenir des adversaires. « L'intelligence artificielle a bouleversé le métier. On le voit avec les clients qui nous contactent pour des escroqueries sentimentales. Il y en a toujours eu, mais désormais, ces arnaques sont réalisées avec de l'IA, du morphing, ces personnes qui font des vidéos avec les visages d'autres. Tous ces éléments peuvent compliquer nos enquêtes. » Si l'enquête débute sur ordinateur, c'est aussi là qu'elle se termine, en l'occurrence par la rédaction d'un rapport. Celui que nous montre Julie Catalifaud est barré de la mention « confidentiel » : « On tape ce qui s'est passé sur le terrain minute par minute, on note toutes les observations que nous avons faites, et on y ajoute les photos que j'ai réalisées ou que mes agents sur le terrain ont réalisées. » Ce rapport est ensuite remis au client. S'il a été produit dans les règles, il peut servir de preuve devant un tribunal. La justice est saisie dans 80% des dossiers que traite la détective. Une preuve qui a un coût : entre 70 et 150 euros de l'heure, selon la nature de l'enquête.

Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais ils mènent l'enquête. Généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... RFI vous donne un aperçu du travail de ces limiers particuliers. Rencontre avec Damien Véron, dont la sœur Tiphaine a disparu le 29 juillet 2018 à Nikko, lors d'un voyage touristique au Japon. Depuis huit ans, ses proches remuent ciel et terre pour faire avancer l'enquête, sur place et depuis la France, où elle est désormais aux mains du pôle cold case de Nanterre, en charge des affaires criminelles non élucidées. « Voici le placard où j'ai archivé tout le dossier d'enquête pour retrouver Tiphaine. Il y a vraiment énormément de dossiers », comme Damien Véron. 1er août 2018 : voilà déjà deux jours que la famille s'inquiète du silence de Tiphaine quand le Quai d'Orsay appelle Damien pour l'informer de sa disparition. « Lorsqu'on a appris la disparition de Tiphaine, on a eu la police de Nikko le soir même, qui a tout de suite dit : ''Que ferait Tiphaine si elle était kidnappée, si on essayait de l'enlever ?'' Tout de suite, ils ont mis une dimension criminelle. Moi, ma sœur Sybille et mon frère Stanislas avons décidé d'y aller pour retrouver Tiphaine », se souvient-il. Il raconte ce tout premier voyage au Japon : « On est reçu tout de suite par la police. Sauf qu'on comprend qu'effectivement, culturellement, c'est compliqué. La piste criminelle qu'il avait évoquée est complètement mise au second plan lorsqu'on arrive. On nous dit que c'est une piste d'accident. Sauf qu'en fait, cette piste n'est pas tenable puisqu'ils nous montrent un foulard qui n'appartient pas à Tiphaine, près d'une rivière, pour justifier que Tiphaine ait pu se noyer. Et surtout, la police nous redonne la valise de Tiphaine en disant ''Rentrez chez vous, il se passera plus rien''. Donc là, on comprend que c'est dramatique. On a tout de suite mis les deux pieds dans le plat, dans l'enquête. Et surtout, on a médiatisé, puisqu'on a compris que la police ne le ferait pas. Il a fallu le comprendre puisqu'on pensait que, en octobre 2018, lorsque ma sœur Sybille avait interpellé Emmanuel Macron et Shinzo Abe, le Premier ministre de l'époque, ça allait bouger les choses. Et en fait non, on a vu que la police gesticulait plus que de faire quelque chose. » À lire aussiLes proches de Tiphaine Veron lancent une association pour aider les familles de disparus à l'étranger « Un combat qui coûte cher » Même si la piste criminelle lui saute aux yeux, la famille s'emploie pour écarter la thèse de l'accident. Damien Véron montre une vidéo prise dans l'hôtel où a séjourné sa sœur : « On voit la rivière qui est derrière l'hôtel, avec les serpents, les sangsues... Il faut vraiment avoir envie d'y aller. Vous voyez la rivière, on peut pas aller dans l'eau. C'est pour ça qu'on filme tout, pour montrer toutes les absurdités et surtout toutes les pistes. » Pour explorer les berges, la famille fait venir des spécialistes français, embauche une équipe japonaise de chiens pisteurs. Puis, deux détectives privés japonais sont employés pour examiner la piste criminelle. La fratrie parvient même à obtenir de Google et de l'opérateur Free des données cruciales sur le téléphone de Tiphaine. Dès 2019, l'association Unis pour Tiphaine est créée pour faire perdurer la mobilisation : « On a fait une fresque à Poitiers avec les yeux de Tiphaine qui a été beaucoup relayée. On a pu écrire un livre avec Sibylle pour raconter ce combat terrible. Une amie de la famille a fait un film, L'Air mouillé. Tout cela permet de mobiliser pour faire parler de Tiphaine, obtenir des dons parce que c'est un combat qui coûte cher. Je crois que ça va faire mon dixième voyage. Je crois qu'on a dépassé plus de 150 000 €, ce qui est colossal. Sans l'aide des gens, je pense qu'on n'aurait pas réussi. » La famille a frappé à toutes les portes, y compris celle des Nations unies : « J'ai eu la chance de m'exprimer devant le Comité des droits de l'homme. Et surtout, j'ai réalisé qu'une procédure était possible auprès du Comité des disparus. Le comité demande à ce qu'une enquête soit menée, que les suspects soient entendus et surtout à ce que la France soit pleinement investie du dossier. Malheureusement, le Japon ne coopère pas. Mais l'ONU a déjà fait six demandes. Donc ils continueront. » « On se bat pour que tout soit fait » Ces démarches s'inscrivent dans des enjeux diplomatiques qui dépassent le cas de la disparition de Tiphaine Véron. Une difficulté supplémentaire donc : « Forcément, puisque le Japon est quand même un allié important pour la France et l'Union européenne en Asie. Dans le cas de Tiphaine, on ne peut que remercier l'Élysée qui s'est pleinement mobilisé, comme l'ambassade de France au Japon. On cherche à retrouver Tiphaine. Cette dimension diplomatique, on ne l'avait pas au début. Mais après, on l'a comprise, il faut accepter que les gens sur qui on compte ont aussi d'autres impératifs qui sont les enjeux diplomatiques entre les États. Ce n'est pas évident. » « Au fond de nous, on pense qu'on a peu d'espoir de retrouver Tiphaine vivante. Par contre, on sait qu'on a toutes les cartes en main pour savoir ce qu'il est arrivé. Donc on mène l'enquête, on se bat pour que tout soit fait », confie le frère de la disparue. Ce 29 juillet 2026, Damien sera à nouveau à Nikko pour inaugurer un buste de Tiphaine. Pour que personne n'oublie, huit ans après. À lire aussi«Tiphaine, où es-tu ?» À la recherche de notre sœur de Damien et Sibylle Véron

Les habitants des grandes villes aspirent à de plus en plus d'espaces verts. Conscients des bienfaits de la nature, notamment dans des quartiers où le bitume est roi, ils n'hésitent plus à s'engager eux-mêmes pour végétaliser leur environnement. C'est le cas dans le 12ᵉ arrondissement de Paris, dans la résidence Georges Contenot qui compte environ 400 logements sociaux. En 2016, des locataires regroupés en association ont mis en place un véritable poumon vert au sein de cet ensemble d'immeubles. Deux ans après, le site a triplé de taille. Un développement qui rend compte d'un engagement des locataires, soutenus et accompagnés dans leur démarche par leur bailleur Paris Habitat. En 2016, il y avait quelques grands arbres sur un espace d'environ un peu moins de 500 M², au cœur de la résidence Georges Contenot. Mais aujourd'hui, le site, baptisé depuis le Potager de Georges, s'est bien agrandi. « Au bout de deux ans, Paris Habitat a constaté que, selon ses termes, on était capables, explique Joseph Fernandez, vice-président de l'association qui gère le potager. Et donc ils nous ont accordé tout le pâté qui fait actuellement 1 500 mètres carrés. » 1 500 mètres carrés de verdure et de biodiversité et, au potager, on cultive évidemment des fruits et légumes dans des bacs de différentes tailles. Mais le but principal n'est pas la production agricole, mais les liens qui se créent entre les habitants. « On a créé des relations entre les résidents de Paris Habitat, ce qui est le cas avec mon ami Arnaud – pendant des années, on s'est croisés, on ne se disait pas bonjour et maintenant, on est les meilleurs amis du monde, sourit le vice-président de l'association. On a resserré les liens de voisinage et [créé des liens] affectifs entre les résidents et aussi avec des non-résidents. » Marina a emménagé récemment dans la résidence. Le potager lui permet de satisfaire son besoin de se ressourcer dans le calme. « J'étais déjà dans un jardin partagé, porte de Montreuil. Là où ça change, c'est au niveau sonore, parce qu'ici, plus de bruits de voitures, des petits oiseaux partout…, se réjouit Marina. C'est donc sympa et c'est vrai que de voir le jardin, ça m'a motivée à accepter cet appartement-là. Moi, je suis enseignante et quand je viens pour un quart d'heure, ça ne dure jamais un quart d'heure. J'y reste au moins deux heures parce que je ne peux plus partir. Donc c'est un besoin vital de mettre les mains dans la terre et de me ressourcer comme ça. » À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris « On a l'impression d'être à la campagne » Mais il n'y a pas que des habitants qui profitent de ce site. Le Potager de Georges est ouvert à tous. « On a considéré que ça allait nous permettre de faire une ouverture sur le quartier et d'aider à la mixité sociale, précise Joseph Fernandez, et de ce fait, on est ouvert et on a des adhérents qui ne sont pas résidents. » Des non-résidents comme Danielle, une habitante du quartier devenue adhérente active : « Je viens de temps en temps pour aider à l'arrosage. Je recherchais vraiment la nature, ça me manquait beaucoup. Et quand j'ai connu ce jardin, j'ai dit que c'était extraordinaire, on n'a pas l'impression d'être à Paris, on a l'impression d'être en province, à la campagne. » Depuis sa création, le Potager de Georges a accueilli plus de 400 adhérents qui participent à l'entretien du site. « Ce qu'il faut savoir, c'est qu'on est tous des bénévoles et à ce titre-là, on considère qu'un adhérent est également un bénévole, souligne Monique Paysserand, co-fondatrice et présidente de l'association. Et donc il fait ce qu'il veut. S'il veut venir, il vient, s'il veut amener quelqu'un, des amis, partager une table avec un verre, on est toujours là. On a des tables à disposition et des chaises. On a même un terrain de boules. » Avec son Plan Nature en Ville lancé en 2021, le bailleur Paris Habitat s'engage, entre autres, à favoriser la végétalisation de ses résidences pour améliorer le cadre de vie des locataires. « Quand on a constaté le dynamisme, l'enthousiasme et la qualité du Potager de Georges, il n'a pas été trop difficile d'accepter de réduire la surface des espaces tels que les pelouses au profit du jardin partagé », explique Nicolas Levrel, de la direction du développement social urbain chez Paris Habitat. Paris Habitat dispose de 14 000 M² d'espaces verts dans la capitale, dont 80 jardins partagés, gérés par les habitants. À lire aussiNouveaux rapports à la nature: à Paris, le Jardin21 allie fraîcheur et culture

En France, une sécheresse exceptionnelle par son intensité et sa précocité sévit et quasiment tout le territoire se voit affecté par des restrictions d'eau, signe du dérèglement climatique. Alors que ces évènements vont s'intensifier à l'avenir, certains veulent désormais changer de regard sur leur environnement. Au lieu de maîtriser la nature, de la dompter, ils apprennent à travailler avec elle pour s'adapter. Le climat change et les Vosges, ses forêts, ses tourbières et ses étangs, souffrent. Un changement bien visible en haut de la petite vallée de la Vigotte. « Depuis une dizaine d'années, et surtout les cinq-six dernières années, la norme, c'est clairement devenu des années où on a trois ou quatre mois avec très peu de pluie dans les Vosges, témoigne Antoine Daval, cofondateur de l'association La Vigotte Lab. Et ça, ce n'était pas la norme avant. Et on le voit sur les dépérissements forestiers, on voit quelques arbres solitaires… En fait, avant, il y avait une forêt. C'est ce qu'on voit. On a perdu à peu près la moitié de nos forêts en cinq ans. » Avec son association La Vigotte Lab, Antoine Daval mène des expérimentations pour aider la campagne vosgienne à s'adapter et fait le pari de s'appuyer sur la nature elle-même. À la place de l'ancienne forêt, il laisse faire une régénération naturelle. Et cela fonctionne malgré la chaleur extrême et les sécheresses. « Ce qu'on peut voir cinq ans après, c'est qu'il y a une forêt qui est en train de pousser. Il y a des arbres qui font maintenant, pour certains, pas loin de huit mètres. Donc on voit une vigueur, on voit aussi qu'elle est très diversifiée, se réjouit-il. Il y avait une monoculture d'épicéas. Et ce qui est fascinant, c'est qu'il y avait suffisamment, visiblement, de graines dans le sol, emportées par le vent, les oiseaux, que sais-je, qui font qu'aujourd'hui, ce sont des dizaines d'essences différentes qui repoussent. Ce sont les espèces qui ont vécu dans leur état de graines et de jeunes plants des sécheresses et qui ont été sélectionnées pour leur capacité à y résister. Et donc ce qu'on voit, c'est qu'on est en pleine crise hydrique en ce moment, et qu'on a pour autant des pousses de plus d'un mètre, voire deux mètres cette année. Donc, on devine une capacité de la nature à se régénérer. » Avec son équipe, il accompagne cette renaissance en favorisant les arbres qui pourront servir plus tard en menuiserie, ou ceux qui éloignent les insectes ravageurs en aidant les ronces qui protègent le sol ou en détournant au contraire celles qui étouffent les jeunes plants. Et pour l'eau, c'est pareil. « On est sur le ruisseau de la Vigotte. Ce ruisseau, il est à l'image de l'aménagement de nos territoires depuis 60 ans. C'est un ruisseau qui a été détourné parce qu'il gênait l'aménagement pour l'agriculture et pour le tourisme. Et donc pour ça, on l'a redressé, c'est-à-dire qu'on l'a déplacé et mis tout droit, précise Antoine Daval. Et un ruisseau, quand il va tout droit, l'eau gagne de la vitesse, de la puissance et donc elle va éroder très fort. Il n'y a plus de vie possible dedans. Et par ailleurs, à chaque fois qu'on va avoir un orage, elle va envoyer, expédier, très très vite l'eau vers l'aval et donc aggraver les risques de crues en aval. Et de la même manière, quand on a une sécheresse, elle va s'assécher plus rapidement, elle ne va pas soutenir l'étiage en aval. » À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris « Il ne faut pas avoir peur de s'adapter » Alors que les anciens ont cherché à drainer et évacuer l'eau, l'association tente donc maintenant de la retenir au maximum en recréant des méandres dans le ruisseau pour le ralentir. « Ça va consister à travailler un petit peu les végétaux qui poussent. On va favoriser le roseau à gauche, enlever celui de droite, comme ça l'eau va plutôt à gauche, puis elle commence à faire un petit virage, on va déposer quelques gros cailloux, quelques morceaux de bois et ça, ça va assez vite, décrit le cofondateur de La Vigotte Lab. Là, on est sur un espace qu'on remet depuis à peine deux ans et, comme on le voit, le ruisseau ne va déjà plus tout droit. Il a recréé plein de microvirages. L'eau est déjà remontée de 10-20 cm et on a retrouvé des truites. Ça fait un an qu'on a retrouvé de la vie dans le ruisseau. » Petit à petit, la vallée change. Pourtant, c'est son propre grand-père qui a façonné le terrain autrefois. « Pour moi, on ne défait pas ce qu'a fait la génération d'avant. Au contraire, on construit sur ce qu'a fait la génération d'avant, précise-t-il. Et l'idée, ce n'est surtout pas de critiquer ce qui a été fait, parce que c'était fait avec les connaissances et le contexte de l'époque. C'est plutôt qu'on s'adapte. Il ne faut pas avoir peur de s'adapter, il ne faut pas avoir peur de changer ce qui a été dicté par les anciens. Les anciens ne vivaient pas dans le monde dans lequel on vit. Il faut absolument les écouter. Il y a beaucoup de connaissances intéressantes, mais il faut aussi qu'on développe nous-mêmes nos propres techniques. » Et malgré la sécheresse, l'herbe est aujourd'hui plus verte ici qu'ailleurs, l'air bourdonne à nouveau d'insectes et les oiseaux sont plus nombreux. À lire aussiFrance: face à une sécheresse précoce dans les Vosges, les animaux et plantes meurent de soif

En France, depuis le mois de mai, plusieurs épisodes caniculaires ont été enregistrés sur l'ensemble du territoire. Ces fortes chaleurs rendent la vie au quotidien très difficile, avec parfois des conséquences sur la santé. À Paris, une friche végétale et culturelle permet de se retrouver, de se détendre tout en retrouvant un peu de fraîcheur. Il s'agit du Jardin21, un lieu multi-usage où l'on peut venir manger, boire un verre, écouter de la musique entre autres, dans un espace de plus de 1 500 m² de jardin potager. Véritable bulle de nature, le Jardin21 est dédié à l'agriculture urbaine et propose chaque week-end des ateliers de jardinage gratuits. Arbres fruitiers, plantes aromatiques et légumes cultivés dans d'énormes bacs en bois apportent une fraîcheur au lieu, contrastant avec l'environnement très minéral du quartier. Le Jardin21 a été conçu dès le départ pour proposer aux urbains un espace végétalisé, ce qui en fait un vrai havre de fraîcheur, mais aussi un lieu de sensibilisation. « On va regarder les plantes qui sont cultivées et on va évoquer les pratiques agroécologiques qu'on met en place ici pour améliorer à la fois la quantité et la qualité des plantes qui sont cultivées, tout en préservant les ressources », explique Mikhaïl Frontère, jardinier du site qui propose des ateliers de jardinage. Et grâce à cet atelier, cette jeune retraitée a trouvé réponse à ses questionnements. « Je voulais voir un petit peu quelles étaient les techniques pour les plantes qu'on pouvait faire pousser en ville, et aussi comment est-ce qu'on pouvait les développer », témoigne-t-elle. Promouvoir l'agriculture urbaine, c'est l'objectif principal des ateliers organisés par Mikhaïl Frontère. « L'idée, c'est de montrer aux gens que l'agriculture n'est pas réservée aux agriculteurs, que tout le monde peut sur son balcon, dans son petit jardin, sur des petits espaces, avoir des aubergines, des tomates ou des plantes aromatiques, souligne-t-il. C'est aussi en faire un espace de sensibilisation aux pratiques agroécologiques qui préservent l'environnement et, grosso modo, aussi de sensibilisation à la nature et à la biodiversité. » À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris « Malgré le périph' derrière, c'est plutôt agréable » Plantes pour éloigner les pucerons, plantes couvre-sol pour préserver l'humidité du sol, autant de techniques mises en avant lors de ces ateliers. Parmi les pratiques vertueuses, l'utilisation de pesticides biologiques est promue, mais aussi comment réduire l'apport en eau avec la technique des oyas. « Le principe, c'est qu'on met de l'eau dedans, montre le jardinier, et comme les pots sont microporeux, il y a des tout petits trous, quand la terre sera sèche, l'eau va passer à travers le pot et elle va permettre d'humidifier la terre pour que les plantes viennent puiser de l'eau dans la zone d'humidité qui sera autour de l'oya. » Un jeune couple originaire de Lyon s'est rendu au Jardin21 pour profiter du lieu dans son ensemble. « On est venus chercher de la culture, de la musique et puis un espace un peu vert au milieu de tous ces immeubles », témoigne l'un. « Ça fait du bien, ça fait une petite parenthèse agréable », surenchérit l'autre. « Pour l'instant, je trouve qu'il y a de bonnes vibes. Il y a des petites plantes, moi j'aime bien les plantes, confie Lucas, un habitant du quartier qui est venu découvrir le lieu. Et puis c'est agréable d'avoir du paillage, c'est une bonne sensation avec les baskets. Donc, malgré le périph' derrière, c'est plutôt agréable. » C'est agréable également pour Philippe qui travaille juste à côté du Jardin21 : « Ça permet d'être debout, de ne pas être assis sur une chaise devant son ordinateur. C'est de la détox électronique en quelque sorte. » Et des endroits comme le Jardin21 sont indispensables en milieu urbain, selon Arnaud Perrine, un de ses cofondateurs. « Quand on monte à des 35 degrés à Paris, ici, on arrive à descendre de dix degrés par rapport à ça, parce qu'il y a de la biodiversité, il y a de l'ombrage, de la terre et donc forcément, il y a un petit écosystème, précise-t-il. Et pourtant, on est coincés entre le métro, le périph et un gros cimentier très connu. Donc, aujourd'hui, on a vraiment un lieu qui est au top. » Pour la saison 2026, le Jardin21 est ouvert au public, gratuitement, du mercredi au dimanche, d'avril à octobre. À lire aussiNouveaux rapports à la nature: des écolodges de luxe pour se reconnecter à la forêt

L'appel de la forêt résonne chez de plus en plus de touristes. Plus question de plages paradisiaques ou d'immenses villas de luxe avec piscine. Les nouveaux hôtels à la mode font quelques mètres carrés, sentent le bois recyclé et les toilettes sèches. Revenir à ses racines en pleine nature, mais en ayant tout le confort d'une suite parisienne, c'est le pari des écolodges. Depuis une dizaine d'années, ces logements ultramodernes, mais perdus en pleine nature, pullulent dans toutes les régions de France, de la Bretagne à la Corse. Et certains touristes sont prêts à payer cher pour vivre pendant une soirée l'expérience d'ermites de luxe, comme au Youza Ecolodges, à l'ouest de Paris. Nichées au milieu de la forêt de Rouzeux, 18 petites cabanes en bois sont éparpillées parmi les arbres. André vient rendre ses clés. Ses enfants font la course entre les arbres une dernière fois avant de monter dans la voiture. Le Parisien sait déjà qu'il reviendra : « On cherchait un peu des champignons, on n'a pas pu parce qu'il n'y avait pas beaucoup de pluie, donc on reviendra encore une fois. » C'est la deuxième fois qu'il vient à Youza. Il habite à Paris et, juste avant de rentrer, il est venu se ressourcer une dernière fois : « J'étais sur la Côte d'Azur, c'est pas la même chose, c'est pas le même ressenti dans la forêt. La forêt, on est loin de toutes les grandes villes autour de nous. Ici, on est vraiment tranquille, il n'y a pas de lumière dans la nuit, donc on voit le ciel très clair. Les enfants, ils aiment beaucoup. » Besoin de déconnexion Dans sa jeunesse, André et sa femme jouaient un peu plus aux aventuriers : camping au Canada, road trip en Chine... Mais depuis la naissance de leurs deux enfants, les deux cadres préfèrent la pseudo-nature tout confort : « T'as un petit peu de panorama de champs derrière, t'as ton petit bain nordique. » Arnaud, le directeur des lieux, détaille les différents écolodges du domaine : « Quand tu arrives dans un écolodge, tu as toujours un verre à eau, un verre à vin, une carafe. Tu as des toilettes, une banquette, un poêle aussi. Et à l'étage, une chambre et salle de bain avec la vue. Tout en se réveillant dans la forêt. » André se félicite qu'il n'y ait aucun écran et pas de wifi. Il a grandi dans une grande ville et vit maintenant à Paris. C'est important pour lui que ses deux enfants soient un peu en contact avec la nature : « Je les emmène pour qu'ils découvrent la nature. C'est important parce que maintenant, tout est automatique, l'intelligence artificielle, etc. Il faut garder la capacité de vivre tout seul. Les jeunes ont toujours un écran, une tablette. Il faut qu'ils se déconnectent. » « Quelque chose de rare, quelque chose d'authentique » Sa fille Camille n'est pas forcément du même avis : « J'étais un peu déconnectée parce que j'étais avec mes amis. » La petite fille confie que les écrans lui ont manqué, mais qu'elle adore se réveiller en pleine forêt, ce qui la dépayse du XXe arrondissement de Paris : « J'aime bien la ville, mais je préfère la forêt. C'est plus calme, et j'adore le calme. Je ne m'y connais pas en animaux, mais je les adore. J'ai vu une ombre et j'ai entendu des petits bruits. » Pour Arnaud, c'est aussi l'occasion de faire redécouvrir la nature aux visiteurs : « Mon objectif n'est pas que ce soit une espèce d'aquarium et que les gens regardent en mode "c'est la nature". Faut que les gens y aillent, mais qu'ils apprennent à respecter la nature. Ici, tu as une faune complètement naturelle, tu as des animaux complètement sauvages. » Il travaille dans l'hôtellerie depuis plusieurs années. Il le voit, le luxe a changé : « C'est de moins en moins des choses quantifiables, et c'est plus de l'ordre de l'expérience. Clairement, le luxe maintenant, c'est d'avoir une expérience un peu unique, quelque chose de rare, quelque chose d'authentique. » Si ce type de tourisme permet de préserver la nature, il est loin d'être accessible à tous : comptez plus de 300 euros pour une nuit. À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris

Premier épisode de notre série sur les nouveaux rapports de l'humain à la nature. En France, depuis le mois de mai 2026, plusieurs épisodes caniculaires ont été enregistrés sur l'ensemble du territoire. Les températures ont grimpé jusqu'à plus de 40°C dans certains départements, rendant le quotidien très difficile aux populations qui ont du mal à s'adapter à ces fortes chaleurs, avec parfois des conséquences sur la santé. À Paris, pour fuir la chaleur étouffante des appartements peu ou pas du tout adaptés à la chaleur, bon nombre de citadins trouvent refuge dans les parcs ou jardins. Dans le nord de la capitale, une association a transformé une ancienne friche en un jardin partagé, ouvert à tous. Un lieu où riverains, passants ou touristes en manque de contact avec la nature peuvent faire une pause bienfaisante et rafraîchissante. Coincé entre deux immeubles en face du métro, le jardin partagé Stalingrad est un îlot de verdure et de fraîcheur situé dans le XIXe arrondissement de Paris. Depuis sa création il y a huit ans, le jardin est géré en partenariat avec les habitants du quartier. « On a été voir la mairie du XIXe et on leur a demandé de nous prêter cette parcelle, pour qu'on s'en occupe et qu'on en fasse un jardin partagé. C'est vraiment un jardin qui vit autour des gens du quartier. La preuve, on a une voisine qui est là avec ses enfants. C'est un jardin qui est ouvert vers les autres, pour les autres », raconte Leïla Benouissaaden, co-présidente de l'association en charge de cet espace. Un jardin ouvert à tous et particulièrement aux enfants, avec des ateliers qui leur sont dédiés. « Soit on invite les enfants à venir planter, soit à venir découvrir. Par exemple, il y a des mésanges qui viennent de pondre, donc ils viennent découvrir la nichée des mésanges. Soit ils viennent ramasser des fruits rouges. Aujourd'hui, on a quatre ou cinq enfants qui sont là. On fait beaucoup d'ateliers pour découvrir la faune et la flore, notamment les vers de terre, les escargots et les limaces qui sont utiles pour les jardins », détaille-t-elle. Des fruits et légumes, des herbes aromatiques et des fleurs sont cultivés dans une douzaine de bacs. Les récoltes sont partagées entre les visiteurs, les riverains et les commerçants du quartier. Comme l'indique Thierry, un des jardiniers de l'association, le but est surtout de créer du lien et de faire découvrir la nature en ville : « Ce ne sont pas des bacs individuels, donc tout le monde cultive pour tout le monde. L'idée, c'est vraiment le partage. C'est surtout le côté socialisation. C'est la mixité sociale aussi du quartier qui se révèle un petit peu au travers de ce jardin partagé. C'est très intéressant pour donner aux enfants et aux parents aussi le goût de découvrir un peu la nature. Au printemps, on a des mésanges, on a énormément de fruits et de légumes. » Accompagnés de leur mère, Bouchera, 9 ans, et son petit frère sont venus cueillir des fruits, « des fraises », précisent-ils. Le jardin plaît aussi à Dalida, une riveraine à la retraite : « Cela a un côté apaisant. C'est une thérapie aussi. Moi, je sais que ça m'a fait du bien. J'en ai parlé à d'autres qui venaient dans le jardin. Ils m'ont dit : "C'est ma thérapie." C'est bien agréable de pouvoir ne serait-ce que toucher les plantes, la terre et converser avec les gens qui viennent partager ces moments. » Ce petit jardin de quartier fait partie d'un réseau d'une trentaine d'espaces verts partagés du XIXe arrondissement de Paris. Ce petit jardin de quartier fait partie d'un réseau d'une trentaine d'espaces verts partagés du XIXe arrondissement de Paris. « C'est pour apporter de la nature. La nature fait du bien aux gens. Être en contact avec la nature, surtout dans un milieu urbain, c'est toujours très positif. Toucher des arbres, se promener dans la nature, voir des oiseaux fait vraiment du bien à la santé des habitants et à la santé publique. C'est très important. Quand on amène de la nature, on amène du bien-être aux habitants », estime Andrés Pilartz, maire adjoint en charge de la végétalisation de l'espace public. Le jardin partagé Stalingrad ouvre ses portes au public les samedis et dimanches après-midi ou en semaine, quand il y a un jardinier sur place. À lire aussiMicropousses et fleurs comestibles: quand la nature a bon goût

Il y a quelques jours, les résultats du bac 2026 tombaient. Au total, 91,4% des candidats ont décroché leur diplôme, mais certains n'ont pas eu cette chance. Chaque année en France, 110 000 jeunes disparaissent des radars, sans diplôme ni formation. Ce sont des « décrocheurs », des jeunes décrochés du système scolaire. En leur permettant de se former à la mécanique vélo, Mathieu Bertrand, professeur au lycée professionnel Camille-Jenatzy à Paris, a permis à sept jeunes adultes de se remettre en selle. Dans cet atelier d'un établissement d'enseignement adapté, se joue leur reconstruction. Il s'agit de « réparer » pour avancer. « La béquille ne se positionne pas exactement comme il faut. En théorie, il faudrait qu'elle soit vraiment comme ça. D'accord, c'est une béquille qui est centrale, qui vient entourer la roue arrière, donc à droite et à gauche. » Voilà pour la consigne donnée par Mathieu Bertrand, professeur en mécanique vélo, à l'un de ses élèves. Cheveux roux longs et ondulés, barbe et lunettes, Kylian fronce les sourcils. « J'ai déjà ma petite idée. Peut-être la béquille desserrée ou éventuellement une plaque qui sert de butée, la béquille à redresser qui s'est tordue avec le temps et le poids du vélo », murmure-t-il. À 19 ans, Kylian a rencontré des difficultés scolaires : « Je suis dyslexique, dyscalculique, dysorthographique, dyspraxique. J'ai jamais été du tout un bon élève en cours. La seule matière dans laquelle j'étais bon, c'était l'histoire et l'art plastique. Sinon, tout le reste, j'étais très mauvais. » Réparer les vélos lui apporte beaucoup. « Cela m'a beaucoup aidé à être plus précis dans mes gestes », confie-t-il. Et pour le jeune homme, la satisfaction est aussi celle de donner une seconde vie à un vieux biclou. « J'ai pu remettre en état des vélos qui étaient bons pour la déchetterie », raconte-t-il. Kylian, Ousmane, Abou et les autres sont sept à suivre cette formation au lycée Camille Jenatzy, à Paris. Leur point commun ? Un décrochage scolaire ou un parcours migratoire difficile. « Il nous a montré beaucoup de choses, même si ce n'est pas à l'école ici. Nous sommes tous heureux », résume l'un d'eux. « Il y aura toujours quelqu'un pour te tendre la main » Celui qui est décrit et tellement respecté, c'est Mathieu Bertrand, le professeur en mécanique cycle. Il explique que dans cet atelier, on ne répare pas que les vélos. « Finalement, la mécanique vélo, c'est l'excuse, mais le truc, c'est plutôt les raccrocher. Moi, ce que je trouve assez cool dans le fait de réparer des vélos, c'est qu'il y a le sentiment du travail accompli, c'est valorisant. Déjà, ça leur prouve qu'ils sont capables de faire des choses, et ça, c'est pas rien. Après, moi, ce que je trouve important dans cette formation, il y a un gros travail à faire sur l'assiduité, le fait d'être à l'heure, etc. Les rendre responsables de la vie de la classe également. » Sourire en grand écart, vêtu d'un maillot de foot ce jour-là, Abou, 18 ans, se souvient : petit garçon, il avait déjà touché à la mécanique dans le garage tout près de la maison. Auprès du professeur Mathieu Bertrand, il apprend la rigueur. « Ici, il a appris à écrire les noms des pièces parce qu'en Afrique, on prononce pas les noms correctement. En France, chaque pièce, tu dois l'appeler par son nom. Par exemple, quand on dit ''dérailleur'', on doit dire ''tendeur'' », explique-t-il. Derrière la caméra, l'œil bienveillant de Moa Khouas suit ces jeunes et prépare un documentaire. « Ce qui me touche dans le projet, c'est de se dire que tout n'est pas perdu et qu'il y aura toujours quelqu'un pour te tendre la main, en fait. Quelque part, je me reconnais en eux. Je crois en la méritocratie. C'est une croyance profonde, et je trouve que ce que fait monsieur Mathieu Bertrand, c'est vraiment incroyable : donner son temps et donner plus que son temps. C'est vraiment une personne incroyable, un professeur qui te marquera à vie », témoigne-t-il. Ce programme de réinsertion est une réussite : certains continueront de se former, tandis que d'autres ont déjà une promesse d'embauche.

La France produit plus de 340 millions de tonnes de déchets chaque année, certains sont recyclés, d'autres brûlés et beaucoup finissent dans la nature et polluent notre environnement. Pour réduire cette pollution, la loi française mise notamment sur le retour de la consigne en verre, plus économique et plus écologique, une consigne qui avait disparu dans les années 1960 au profit du plastique jetable notamment. Depuis un an, une expérimentation est menée dans l'ouest du pays pour la relancer, c'est le projet ReUse, avec l'objectif de la généraliser et d'atteindre 10 % d'emballages consignés dès l'année prochaine sur tout le territoire. Dans un Super U de Nantes depuis un an, c'est une discrète révolution dans les rayons. L'emballage de quelques produits est désormais consigné. Lorsqu'un client achète certaines eaux, un jus de pomme ou une soupe de poisson, il paye un petit supplément, entre 0,10 et 0,20 € par produit. Il peut ensuite rapporter les bouteilles vides et récupérer cette consigne. « Une à deux fois par semaine, j'ai des bouteilles que je redépose ici. Tout n'est pas encore dans des emballages réutilisables, donc je ne peux pas faire ça systématiquement, regrette Carina Rabanelli, une cliente régulière. Mais une fois qu'on prend le réflexe, ça rentre vite dans le quotidien. » Pour cette cliente, les raisons d'utiliser la consigne sont multiples : « On le fait par souci de moins consommer, par souci pour la planète, par souci pour nos enfants. » À l'entrée du magasin, une grosse machine violette avale les bouteilles vides qu'elle rapporte et lui rend le montant de la consigne, soit par virement bancaire, soit en bon d'achat. Mais dans le magasin, seulement une quinzaine de produits sont consignés sur 40 000 vendus. Et si la majorité des clients rencontrés ce jour-là semblent intéressés par le principe, ils n'ont jamais remarqué le dispositif ou ne se sont jamais lancés. « Si ça peut être un modèle plus écologique et qui fonctionne, pourquoi pas ?, concède un client. Et je pense que j'essaierai à l'occasion. » À lire aussiL'UE tente de s'entendre pour réduire les emballages mais les dérogations s'accumulent Obliger les industriels à coopérer Les bouteilles collectées au supermarché sont ensuite acheminées dans une usine de lavage. Les bouteilles passent dans une immense machine à laver, puis elles sont séchées et un système de caméra vérifie qu'elles sont intactes avant d'être réempilées en palettes, prêtes à retourner dans le système. Comme le verre est un matériau très résistant, une bouteille peut être réutilisée jusqu'à 50 fois. « Quand on fabrique une bouteille en verre, il faut chauffer du sable et du calsyn à 1 500 degrés pendant 24 h, explique Yann Priou, le directeur général de l'usine Bout' à Bout'. Ça consomme beaucoup, beaucoup d'énergie. Et entre refabriquer une bouteille en verre neuve et laver une bouteille, c'est 80 % d'énergie en moins, donc 80 % de CO₂ en moins. Et en ce moment, le fait de réduire nos émissions de CO₂, c'est quand même un des enjeux majeurs. Et ça paraît contre-intuitif, mais laver une bouteille en verre, ça consomme moins d'eau que d'en refabriquer une nouvelle. Ça consomme à peu près deux fois moins d'eau. » Mais au bout d'un an, seulement un quart des bouteilles vendues ont été retournées et réemployées. Pourtant, dans son usine, Yann Priou a la capacité d'en laver beaucoup plus. « Non, les chiffres ne sont clairement pas au niveau des objectifs initiaux. Là où on a un vrai sujet, c'est de pouvoir augmenter les volumes et développer la filière, souligne-t-il. Parce que, à grande échelle, le réemploi coûte moins cher que le recyclage. » Mais bien trop peu de produits sont consignés dans les supermarchés. Ils sont parfois plus chers et mal exposés. Ce qu'il faut, c'est surtout obliger les industriels à coopérer, plaide Bastien Faure, directeur de l'ONG Zero Waste France, alors que pour l'instant, on compte sur leur bonne volonté. « Coca, Nestlé, Danone... ces industriels ont leur modèle économique, il est basé sur de l'emballage jetable. Le réemploi vient directement en contradiction avec ça, dénonce-t-il. Et leur demander de volontairement développer une filière de réemploi qui vient renier leurs marges, qui vient s'attaquer à leur modèle même, c'est illusoire de s'attendre à ce qu'ils le fassent volontairement. » L'expérimentation de la consigne dans l'ouest du pays a eu le mérite de montrer que le système fonctionne. C'est un pas de géant, mais encore insuffisant pour atteindre l'objectif fixé par la loi. Atteindre 10 % de consigne en 2027, on est aujourd'hui à moins de 2 %. À lire aussiPourquoi le recyclage seul ne suffit pas pour en finir avec la pollution plastique?

15 juillet 1926, 15 juillet 2026… Il y a exactement cent ans aujourd'hui, c'était l'inauguration en plein cœur de Paris de la toute première Grande Mosquée de France. Un lieu qui symbolise la présence musulmane en France et son ancrage dans l'histoire du pays. Sa création rend hommage aux dizaines de milliers de Maghrébins et de Nord-Africains qui ont combattu et versé leur sang pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Les musulmans représentent aujourd'hui 10 % de la population française. Et la Grande Mosquée de Paris est bien plus qu'un lieu cultuel. Elle a plusieurs facettes. L'occasion de visiter ou revisiter ce site emblématique… On est en plein cœur de la capitale française, mais, une fois à l'intérieur de la Grande Mosquée de Paris, on a l'impression qu'on a été téléporté dans un pays du Maghreb. Ce monument historique qui s'étend devant nous est à la fois un lieu de culte pour les musulmans, mais aussi un lieu de culture ouvert à tous. On peut s'y rendre pour prier, flâner ou manger, ou encore pour admirer l'architecture du lieu. Linda est la cheffe du service des visites de la mosquée : « Là, on est dans la cour d'honneur. Tout ce que vous voyez a été taillé à la main par des artisans, donc c'est le bois de cèdre. La bande marron, qui fait le tour de la cour, est ornée d'un poème de 365 vers qui a été écrit pour souhaiter la bienvenue aux visiteurs et glorifier la construction de la mosquée. » Un bassin en marbre trône au milieu de la cour d'honneur, qui mène vers la salle de prière. La salle de prière peut accueillir 500 à 600 croyants, mais elle peut contenir jusqu'à 10 000 fidèles lors des grandes fêtes musulmanes. Mais il n'y a pas que le culte à la Grande Mosquée : « On enseigne la langue arabe, les cours coraniques, l'initiation à l'islam. Nous avons aussi le côté touristique où nous avons tous les groupes de scolaires qui viennent visiter. Et on a de toutes les nationalités aussi, des visiteurs qui viennent de tous les pays du monde. » À lire aussiCentenaire de la Grande Mosquée de Paris : histoire, controverses et héritage d'un monument emblématique Un lieu de culte, d'enseignement et de partage Entre la cour d'honneur et le jardin de la mosquée, les visiteurs peuvent admirer des milliers de livres et manuscrits anciens : « Voilà, donc là, c'est la bibliothèque. Elle porte le nom d'Abdelhamid Ben Badis, qui est le fondateur de l'association des oulémas, des savants algériens. Et donc, il était à son époque pour l'enseignement des filles, au même titre que les garçons. Et cette bibliothèque, elle n'est pas ouverte pour consulter, elle est seulement à visiter et elle sert de salle de mariage. » Cette bibliothèque sert également de lieu où sont organisées de petites animations comme celle du jour sur la calligraphie, animée par Nisam : « Ici, à la mosquée de Paris, on maîtrise la calligraphie dans toutes les langues du monde. Mais comme on est une mosquée, on va mettre en exergue la calligraphie arabe, entre autres, aussi bien que la calligraphie latine. Donc là, le nom est écrit en calligraphie latine, en français, et le même prénom, Yasmine, en calligraphie arabe. » Autre lieu de visite de la Grande Mosquée, le jardin d'Eden où se trouve le tombeau du fondateur, Si Kaddour Ben Ghabrit, mort en 1954 à Paris : « Il est né en Algérie, décédé en 1954, enterré ici. Vous voyez les plaques, c'est pour rendre hommage aux musulmans morts pour la France. » Et entre le tombeau du fondateur et le minaret de la mosquée, il y a le jardin, très apaisant : « Là, nous avons des arbres fruitiers. Vous voyez, il y a de l'eau partout. Et là, vous voyez le minaret qui fait 33 mètres de hauteur pour faire l'appel à la prière. » À écouter aussiLa Grande Mosquée de Paris a 100 ans Un lieu ouvert à tous les visiteurs Pour l'instant, ce n'est pas l'heure de la prière. De passage à Paris, cette Marseillaise trouve les lieux : « Extraordinaire ! Ça me rappelle, bien sûr, mes petits voyages au Maroc et notamment à Séville aussi. On retrouve exactement les mêmes principes architecturaux. Voilà, ça me plaît beaucoup. » Par une entrée opposée à celle de la mosquée, il y a un hammam réservé aux femmes et un restaurant. Un lieu très prisé des visiteurs. Habib est un habitué. Il apprécie le côté ouvert de la mosquée : « Tout le monde est là, chrétiens, musulmans, de n'importe quelle religion ou non-croyants. » Attablée à la terrasse, cette Franco-Algérienne est venue avec une amie : « Moi, c'est vrai que je viens souvent, mais plutôt au hammam. Je viens très souvent parce que je trouve que c'est une expérience vraiment traditionnelle qui se rapproche de celle qu'on a au bled. » Pour son amie : « Moi, c'est la première fois, je suis ravie. Le thé glacé à la menthe est délicieux. Pareil pour les pâtisseries. Donc, je suis ravie, je reviendrai. » Chaque année, plus de 60 000 visiteurs viennent admirer la Grande Mosquée de Paris. À lire aussiGrande Mosquée de Paris: «Elle fait partie de la République» depuis cent ans

Le soir du 14 juillet 2016, alors que des milliers de personnes sont venues assister aux feux d'artifice, un camion de 19 tonnes, lancé à toute allure sur la Promenade des Anglais, tuait 86 personnes et blessait des centaines d'autres. À Nice, cette blessure ne se refermera sans doute jamais. Notre correspondante Eliza Amouret est allée à la rencontre de Thierry Vimal qui a perdu sa fille de 12 ans et de Célia Viale qui a perdu sa maman dans l'attentat. Tous deux artistes, ils racontent comment cet attentat a bouleversé leur vie. De notre correspondante à Nice, C'est dans son appartement, situé dans le Vieux-Nice, que l'écrivain Thierry Vimal nous reçoit en compagnie d'une de ses amies artistes plasticiennes, Célia Vial. Alors qu'il n'avait pas publié de livres depuis plusieurs années, Thierry renoue avec l'écriture dès le lendemain du 14 juillet 2016 : « Quand j'ai perdu ma fille, instantanément, j'ai eu le besoin d'écrire, de revenir à l'écriture littéraire. Il y a une espèce d'exigence de sens par rapport à la vie quand on se prend un drame comme ça dessus, qui fait que, pour moi, écrire de la com n'avait plus aucun sens ! » Une façon pour lui d'extérioriser ce qui vient de se passer : « Donc, alors, on est le 15 juillet 2016, ma fille est morte à l'hôpital Lenval devant moi pendant la nuit du 14 au 15, son corps a été emporté par la médecine légale. L'hôpital Lenval, c'est comme un grand bateau bleu et blanc posé sur la Méditerranée. Et on est arrivés et j'ai vu, il était pris d'assaut par des journalistes, des camions régie, des perches… Et j'ai une vision à la Jules Verne, de voir un grand bateau attaqué par une espèce de monstre protéiforme tentaculaire qui essayait. Et là, j'ai une scène, et dans ma tête, je me disais : "Bon, ça, cette scène-là sera dans le livre." » Puis, il continue au procès antiterroriste à Paris en 2022, où il rédige les chroniques judiciaires qu'il a adaptées cette année en pièce de théâtre : « J'ai fait un patchwork où il y a des scènes très dures et très tristes. Et d'autres scènes où la salle est pliée en deux de rire. Et tout ça fonctionne très bien. Et voilà, on a rempli trois fois trois soirs de suite la salle et standing ovation à la fin à chaque fois, donc ça s'est très bien passé. » L'attentat, point de départ d'une nouvelle réflexion artistique Célia, de son côté, met plusieurs mois avant de créer à nouveau après la mort de sa maman. Au moment de l'attentat, elle est étudiante aux Beaux-Arts en Belgique : « Donc, je travaillais déjà sur les moyens de protection plutôt animaliers, type carapace, peau de crocodile, tous ces trucs comme ça. Et, à ce moment-là, en 2016, donc, vient la nécessité d'une protection beaucoup plus d'urgence et beaucoup plus profonde. Et me vient l'image du cocon. Et donc, je travaille beaucoup sur cette image-là, sur créer des pièces où on ne sait pas si, à l'intérieur, c'est vivant, si c'est mort, c'est ce temps de métamorphose et de latence hyper profonde. » L'attentat est un point de départ pour sa réflexion artistique : « C'est là où sont venues ces réflexions de qu'est-ce qu'on est aux yeux de la société quand on est plus productif ? Parce que je me sentais complètement dénuée de toute valeur marchande. » Dix ans après le drame, tous les deux refusent de parler de résilience « Ce n'est pas un mot qu'on emploie entre nous. Alors, ça va ta résilience, toi ? Ouais, moi aussi... Non, non, c'est un mot qu'emploient les autres et qui, nous, nous irrite de plus en plus avec les années », explique Thierry. « Ça rassure beaucoup les institutions et la société en général que les victimes restent dans un rôle de victime, qui arrange tout le monde. Donc, c'est bien, c'est de nous sortir une fois par an, nous dépoussiérer et nous remettre à pleurer devant les journalistes une fois par an, et encore… », ajoute Célia. Thierry et Célia ont parfois l'impression que l'attentat de Nice a bien vite été oublié.

Comme chaque année pour la fête nationale du 14-Juillet, l'armée va « montrer ses muscles », et plus particulièrement cette année compte tenu des tensions géopolitiques. Les spectateurs pourront assister au défilé au pas sur les Champs-Élysées et à une parade aérienne au-dessus de la capitale. Ces manœuvres, complexes, demandent beaucoup de préparation. RFI a embarqué dans un avion de transport de troupe, avec un décollage depuis la base d'Évreux, en Normandie, dans l'ouest de la France, pour un entraînement à la parade du 14-Juillet. À lire aussiFrance: les canicules à répétition relancent le débat sur l'accès à l'eau pour l'agriculture