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Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats. Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

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    • Aug 2, 2026 LATEST EPISODE
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    La mort est mon métier: être légiste, c'est «être la parole des personnes décédées»[1/4]

    Play Episode Listen Later Aug 2, 2026 3:43


    En France, la mort est encore très souvent taboue et pourtant chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voire communiquer avec les défunts… Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Aujourd'hui, pour le premier épisode de notre série La mort est mon métier, Laurence Théault est partie à la rencontre d'une médecin légiste à Nancy, dans l'est de la France. On pousse la porte de la salle d'autopsie du docteur Élodie Marchand. Dans une ambiance fraîche et bleutée, une table en inox, des instruments de chirurgien et une balance suspendue, destinée à peser les organes, occupent la pièce. Le docteur Élodie Marchand se présente en blouse verte, pantalon et sabots. Le médecin légiste explique que le corps du défunt est amené sur la table dans une housse réfrigérée et qu'il n'est pas lavé. « Justement, dans le côté médico-légal, il ne faut surtout pas que les corps soient altérés avant les constatations. Donc, ce sont des corps qui sont placés dans des housses qui sont scellées par la justice pour ne pas pouvoir altérer ces éléments. Et donc il est déposé en housse. Et la première chose qu'on fait, c'est briser le scellé de cette housse et ouvrir la housse pour faire les premières constatations dans l'état dans lequel le corps est arrivé ». Dans une autopsie, les blessures sont bavardes Dans le cadre d'une autopsie judiciaire. Imaginons un défunt virtuel, un jeune homme victime de plusieurs coups de couteau. La première étape de l'autopsie consiste à établir un descriptif précis : taille, couleur des yeux, longueur des cheveux. « Dans le cadre où on suspecte un homicide, comme par exemple pour ce jeune homme, les mains ont été placées dans des enveloppes en papier kraft pour justement préserver l'ADN éventuel de l'agresseur. Et donc, la première chose qu'on fait avant de toucher à tout ça, c'est d'aller faire les prélèvements au niveau des mains pour le côté génétique. » Un médecin légiste fait parler les corps et les blessures sont bavardes. « Les plaies par arme blanche vont avoir aussi des spécificités, puisqu'elles vont souvent avoir des berges qu'on appelle nettes. Et qui vont donner, rien que cet aspect des berges, des indices également sur le type d'arme utilisée. Donc, si c'est plutôt un couteau avec un fil qui tranche, si c'est un couteau avec deux fils, type un poignard. » À lire aussiFrasse Mikardsson, le légiste franco-suédois, auteur de roman policier Être légiste, c'est passer son « temps à mesurer des choses » Sur une table, alignés proprement, bistouris, ciseaux, pinces, écarteur, burin. « L'instrument indispensable de tout médecin légiste, c'est le mètre ruban ou le réglet. Parce qu'on mesure tout. On va mesurer des plaies, on va mesurer d'autres types de lésions, les ecchymoses. On va mesurer également même les cheveux d'une personne pour des critères d'identification. On passe notre temps à mesurer des choses. » Loin des clichés que l'on voit dans les séries, un médecin légiste prélève bien des organes, mais ce n'est pas à coup de pic à glace. Le docteur Élodie Marchand précise qu'une longue incision de la base du cou au pubis est toutefois nécessaire pour l'autopsie. « Généralement, on ne va pas forcément prélever des organes en entier, sauf certains comme le cerveau ou le cœur, parce que toutes les zones sont importantes. Il y a des incisions qui sont réalisées. Il faut savoir qu'elles doivent être systématiquement refermées. Ça fait partie de nos obligations et du respect qu'on a pour les corps. » « Apporter des réponses » suite à un décès Ce métier change-t-il son rapport à la mort ? « Non, parce que moi, depuis toute petite, je suis bercée dans le côté anthropologie, paléontologie par mon père. Donc, j'ai très vite connu des squelettes étant toute petite. Donc, finalement, la mort n'est pas quelque chose qui a pu m'effrayer, me questionner. » Et l'une des choses que le docteur Élodie Marchand apprécie dans son métier : « C'est vraiment pouvoir être la parole des personnes décédées et apporter des réponses, en fait. Justement sur pourquoi et comment ces personnes sont mortes. » Quand une autopsie est à la demande de la justice, le médecin légiste n'est ni du côté de l'accusation, ni de celui de la défense. Il est là pour établir une vérité scientifique. À lire aussiPhilippe Boxho: confidences de la star des médecins légistes

    Les Limiers: la Team Moore[5/5]

    Play Episode Listen Later Jul 30, 2026 3:37


    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogiste, détective privé ou simples citoyens engagés… RFI vous plonge cette semaine dans le quotidien de ces limiers particuliers. Aujourd'hui, nous allons à la rencontre de Neila Moore, la présidente de la Team Moore, une association d'une cinquantaine de bénévoles qui « chassent » les pédocriminels sur internet pour les faire traduire en justice. Nous sommes dans un petit village du sud-ouest. Impossible d'en dire plus. La Team Moore est régulièrement menacée de mort, notamment sa présidente, Neila Moore. C'est d'ailleurs un pseudo, celui de cette aide à domicile qui traque depuis 2019 des pédocriminels via de faux profils d'enfants, puis les signale à la justice. « Alors là, c'est une petite fille qui a onze ans, qui habite dans le sud de la France. On va se comporter comme n'importe quel enfant sur les réseaux. Donc, on va faire des publications sur nos chanteurs préférés, nos youtubeurs, les animaux, etc. Et une fois sa mise en ligne, le constat est affligeant. Très vite, cette enfant est contactée par des pédocriminels. » « On n'a pas le droit de démarcher le prédateur » Un exemple de messages reçus par ce profil de petite fille. Attention, même expurgé du pire, l'extrait peut choquer. « Tu ne montres pas ton vagin, je vais te tuer. Je vais te défoncer ta putain de gueule, petite salope de sixième », entend-on. « C'est en quelques minutes et c'est plusieurs contacts. Soit ce sont des individus qui vont alpaguer l'enfant sous statut d'adulte, soit on a vu ces dernières années une évolution de techniques du prédateur justement qui vont créer des profils d'enfants. Donc, vraiment rappeler que derrière l'écran, on ne sait jamais qui est derrière », rappelle Neila Moore. Cette association agit dans un cadre légal qui se fonde sur « l'article 227-22-1 du Code pénal. Le fait d'un majeur qui fait des propositions sexuelles à un mineur de quinze ans ou à une personne se présentant comme tel est passible de deux ans de prison, etc. Nous, nous sommes cette personne se présentant comme telle », explique la présidente. Dans cette traque, il y a des règles vis-à-vis du droit. « On n'a pas le droit de démarcher le prédateur. C'est-à-dire qu'on n'a pas le droit de faire une demande d'ami ou d'engager une conversation si on a une cible ou quelque chose comme ça. Également, pendant les échanges, on ne va jamais provoquer l'auteur, c'est à lui de faire ses propositions sexuelles, de montrer son sexe, de se masturber en vidéo, etc. Pourquoi ? Parce que dans le cas contraire, ça peut être considéré comme de l'incitation. » À lire aussiTraque de pédophiles: jusqu'où peuvent aller les justiciers d'internet? En 2024, la Team Moore a transmis plus de 224 signalements La Team Moore est d'autant plus vigilante au droit qu'elle le sait. Sa démarche ne fait pas l'unanimité au sein des autorités, notamment. Certains s'inquiètent de voir des citoyens endosser des prérogatives qu'ils considèrent réservées aux forces de l'ordre. « Au départ, c'était mal perçu. Ce qu'il faut faire comprendre, c'est que nous étions les pionniers en France. Ce phénomène des chasseurs de pédophiles, c'est vraiment quelque chose de culturel dans les pays anglo-saxons. À savoir qu'en Angleterre, 50 % des arrestations de pédocriminels sont à l'initiative de citoyens ordinaires. Mais on a depuis des années maintenant des soutiens publics, de policiers, de magistrats. On a une reconnaissance aussi dans les tribunaux. Par exemple, en 2024, on a transmis plus de 224 signalements. Vous allez avoir le procureur ou le président qui va nous remercier de la qualité de notre travail et qui reconnaît que, sans nous, ces individus passeraient sous les radars. » En 2023, l'association était reçue par un ministre pour évoquer son intégration à la Réserve citoyenne numérique, un statut que Neïla attend avec impatience. « Aujourd'hui, la collaboration, elle existe, mais elle est officieuse. Ça fait des années qu'on demande un cadre, un espace d'agrément, que quand on envoie un signalement, on traite. Il faut que ce soit automatique. Au Canada, on a un lien direct. En Allemagne, on est en train de le faire. Ils prennent en charge nos signalements. Et en France, au bout de sept ans, après des centaines de signalements, de condamnations, on ne l'a toujours pas. Pourquoi ? En France, pour le narcotrafic, on travaille avec des civils. On peut être réserviste dans l'armée, chez les pompiers. On peut être réserviste à la gendarmerie. Comment on peut contester que des citoyens ordinaires permettent de mettre hors d'état de nuire des pédocriminels et d'identifier des victimes ? Ce n'est pas audible. » Depuis mai dernier, la réserve numérique existe officiellement. La Team Moore attend la réponse à sa demande d'agrément. À lire aussiLes limiers particuliers: les bénévoles de l'ARPD à la recherche des personnes disparues [3/5]

    Les limiers particuliers: généalogiste successoral, enquêter dans l'intimité des familles [4/5]

    Play Episode Listen Later Jul 29, 2026 3:37


    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... Cette semaine, RFI vous plonge dans le quotidien de ces limiers particuliers. Portrait aujourd'hui d'Audrey Lustrement, généalogiste successorale, qui enquête pour régler les successions sans ayant droit. Comme elle, ils sont 1 500 en France à enquêter dans l'intimité des familles. Comme souvent lorsqu'elle prend la voiture, Audrey Lustrement se rend aux archives départementales de Rennes, dans l'ouest de la France. Plus précisément dans la salle de consultation, une pièce froide et studieuse, où chaque personne qui en fait la demande peut parcourir les précieux documents en silence. Sur une table en inox, elle déroule un tableau généalogique établi sur du papier à musique. Un notaire a mandaté Coutot-Roehrig, l'entreprise dont elle dirige la succursale rennaise, pour retrouver les ayants droit d'une succession après le décès d'un homme qui n'a aucun héritier connu et qui n'a pas laissé de testament. Un travail de fourmi débute. « Il faut d'abord remonter aux parents et s'assurer qu'ils n'avaient pas de postérité. Si tel est le cas, on regarde s'ils n'avaient pas des frères et sœurs, des neveux et nièces. S'il n'y en a toujours pas, on remonte jusqu'au quatrième, au cinquième et au sixième degré, dernier degré successible », déroule Audrey Lustrement. Au-delà, les biens de la personne décédée reviennent à l'État. Avec Stéphane de Montlivault, un collègue, elle se plonge dans les registres de mariage, de naissance et de décès, jaunis par le temps. Il faut s'assurer qu'aucun autre héritier, que ceux déjà trouvés, n'existe. Minutieusement, le binôme explore toutes les pistes en croisant les informations de l'arbre généalogique avec celles apportées par les documents de l'état civil. Après 20 minutes d'investigation, le constat tombe : « Du côté de la branche maternelle, nous n'aurons pas de cousins au cinquième degré », conclut Stéphane de Montlivault en chuchotant. Toutes les portes ont été refermées, la quête s'arrête là. Mais la seconde étape du processus peut s'enclencher : « Désormais, nous allons contacter les héritiers pour leur soumettre un contrat de révélation, leur annoncer l'identité du défunt dont ils héritent », reprend Audrey Lustrement. « Il m'arrive de révéler des adultères » Cette phase est l'une des plus délicates car bien souvent, les héritiers retrouvés n'ont jamais connu le défunt en question. « ​​​​​​​Quand ils reçoivent notre courrier, beaucoup croient à une arnaque et le jettent à la poubelle, sourit Audrey Lustrement. Nous les rappelons pour leur expliquer notre démarche et notre métier. » Son collègue abonde : « ​​​​​​​Bien souvent, nous savons davantage de choses qu'eux-mêmes sur leur propre famille, cela crédibilise notre parole. » D'autres cas sont plus sensibles. Car lorsqu'elle enquête, Audrey Lustrement ne trouve pas seulement des héritiers. Elle soulève parfois des secrets de famille. De belles histoires, bien sûr. Parfois pas. « ​​​​​​​Il m'arrive de révéler des adultères. Cela m'est arrivé dans un dossier récemment : j'édite l'arbre généalogique et je me rends compte que l'homme a eu deux enfants avec deux femmes différentes – l'officielle et l'officieuse, disons. Aujourd'hui, l'enfant adultérin a les mêmes droits que l'enfant légitime. Ce qui est toujours un moment délicat à annoncer. » De fait, les structures familiales traditionnelles ont largement évolué depuis l'après-guerre. Les statistiques de l'Insee le prouvent : le nombre de naissances hors mariage a été multiplié par sept depuis 1946, les divorces ont quadruplé depuis 1950, le nombre de familles monoparentales a triplé depuis 1975. « ​​​​​​​Le travail de généalogiste s'est complexifié avec le temps », confirme Audrey Lustrement. Les individus sont aussi plus mobiles qu'à l'époque : « Aujourd'hui, un dossier sur quatre peut nous amener à l'étranger. » Pour l'heure, c'est dans un appartement du centre-ville de Rennes qu'elle se rend. Celui d'un homme décédé en septembre 2024. Dans cet autre dossier, elle a déjà retrouvé et contacté les héritiers. Ils sont au nombre de dix : une cousine au quatrième degré dans la ligne maternelle et neuf cousins et cousines au sixième degré dans la branche paternelle. L'une d'elles a renoncé à l'héritage. C'est l'autre volet du métier : régler les successions. Cela débute toujours par la réalisation d'un inventaire des biens dans le domicile du défunt. Audrey Lustrement représente les héritiers, absents. Elle est accompagnée d'une notaire et d'une commissaire-priseur qui, pendant trois heures, va ausculter chaque pièce de fond en comble. Dans l'intimité de la personne La généalogiste fait de même : « ​​​​​​​Je regarde s'il y a notamment des objets de valeur pour informer les héritiers du montant de la succession. On ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber. » Elle admet son malaise au moment d'ouvrir le tiroir d'une commode dans la chambre du défunt : « ​​​​​​​C'est délicat, on est plongé dans l'intimité de la personne. » Sur une table, un courrier d'assurance jamais ouvert, là une chemise de nuit et une paire de lunettes... La pièce est figée depuis le décès du vieil homme. Il y demeure une odeur de renfermé. Il va sans dire que la toile de maître dans la poussière d'un grenier ou le lingot d'or caché dans un faux plafond sont l'exception. « ​​​​​​​Dans une majorité de dossiers, le patrimoine à léguer oscille entre 200 000 et 300 000 euros », explique Audrey Lustrement. D'ailleurs, aucun objet de valeur n'est trouvé ce jour-là dans l'appartement. Alors l'équipe descend au garage. Une dizaine de cartons s'y entassent. Il faut les ouvrir un par un. La commissaire-priseur s'y colle. Premier carton : de la vaisselle. Le deuxième déclenche une plaisanterie : « Ça revient à la mode, les nains de jardin ? » On s'esclaffe sans gêne. Après tout, ce travail, c'est leur quotidien. Le troisième emballage révèle une minaudière en cotte de maille, un sac à main porté comme accessoire de mode par les femmes dans les années 1930. Celui-ci pourrait bien valoir un petit quelque chose. Dans le dernier carton : une photo du défunt. « ​​​​​​​On peut enfin mettre un visage sur un nom », sourit Audrey Lustrement, qui n'avait trouvé aucune photo du vieil homme dans l'appartement. Ce cliché, pas plus grand qu'une photo d'identité, est peut-être l'objet le plus important trouvé jusqu'ici. La généalogiste va le conserver précieusement : « Les héritiers ne veulent pas forcément récupérer du mobilier. En revanche, ils sont souvent intéressés par une photo de la personne dont ils héritent, donc je vais la mettre de côté. » La plupart des dossiers se concluent de la même façon : les biens immobiliers et les meubles sont vendus par les héritiers qui se partagent la succession. Audrey Lustrement touche un pourcentage qui dépend de la valeur du patrimoine légué et du degré de parenté des héritiers avec le défunt. Soit entre 10% et 40% de la somme finale, les dossiers étant inégaux. Tous les ans, 150 000 héritiers sont retrouvés dans l'Hexagone et à l'étranger. Ils se répartissent un milliard d'euros d'actifs, après paiement des droits de succession. À lire aussiLes limiers particuliers: détective privé, «se glisser dans plusieurs personnages» pour voir sans être vu [2/5]

    Les limiers particuliers: les bénévoles de l'ARPD à la recherche des personnes disparues [3/5]

    Play Episode Listen Later Jul 28, 2026 3:36


    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détective privé ou simples citoyens engagés… Alors que plus de 100 personnes disparaissent chaque jour en France, volontairement ou non, les forces de l'ordre se concentrent sur les disparitions inquiétantes, notamment de mineurs. Depuis 2003, l'association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD) s'est donnée pour mission de soutenir les familles de disparus et d'aider aux recherches. En France, 1 000 enquêteurs bénévoles de tous âges et profils travaillent en réseau à travers le pays pour retrouver des personnes disparues. Isabelle Cluzan, déléguée départementale du Val-d'Oise, explique que l'association prend en charge tous types de disparitions : « On prend tous types de disparitions, les disparitions volontaires inquiétantes, les ruptures familiales de même que les fugues et les personnes Alzheimer. » Elle évoque notamment le dossier d'Evelyne Lioret, une dame dont la disparition semble volontaire. Mais sa fille a mandaté l'association pour s'assurer qu'elle est en sécurité. « À partir de là, on analyse le dossier et on fait une sorte de cartographie d'Evelyne, de sa vie, de ses projets, de son entourage et de ses proches sur le terrain. On va frapper aux portes, on collecte des contacts, on va repérer les lieux où elle a travaillé, où elle habitait pour en fait apporter à ma cartographie des éléments vraiment visuels », explique Isabelle Cluzan. En France, un majeur a le droit de disparaître. Comment réagit l'association dans ces cas-là ? « Dans ces cas-là, on contacte la personne disparue. On essaie de savoir ce qu'il se passe. Notre mission, effectivement, c'est de rassurer la famille en disant qu'on a eu un signe de vie. Mais par rapport aux disparus, on reste dans la confidentialité de la localisation. C'est sûr, et on ne dévoile pas la vie de l'autre », précise Isabelle Cluzan. Les réseaux sociaux, une mine d'or pour les recherches Aujourd'hui, l'ordinateur est devenu un outil majeur dans les recherches. Pauline Charpy, coordinatrice OSINT, la cellule de recherche en sources ouvertes, souligne son importance : « Cela aide beaucoup. Toute personne laisse au moins une trace numérique, que ce soit sur les réseaux sociaux, avec des photos, des adresses mail... Ça peut vous donner une nouvelle localisation de quelqu'un. Les réseaux sociaux, c'est une mine d'or aujourd'hui. Quand on demande de l'aide aux personnes, les gens jouent le jeu. Ce qui marche le mieux aujourd'hui, c'est la diffusion au maximum des avis de recherche. Parfois, on n'a pas besoin de faire de terrain. J'ai résolu beaucoup de dossiers qu'avec de l'OSINT. » Pauline Charpy insiste cependant sur un autre aspect essentiel de leur mission : « Le soutien et l'assistance aux familles. Parfois, il n'y a pas besoin d'enquêter sur certains dossiers, mais il est important d'être là pour les familles. On est là pour les écouter, parce que le silence, c'est terrible pour les familles. C'est le plus difficile. » Comme pour les policiers ou les gendarmes, certains dossiers marquent durablement les bénévoles. Pauline Charpy se souvient notamment d'un cas qui l'a profondément touchée : « Il y avait eu un Afghan qui avait disparu. C'est un dossier qui m'a beaucoup marqué parce que pour le retrouver, j'ai dû aller dans les camps à Paris et découvrir un univers qui m'était totalement étranger. Finalement, on l'a retrouvé à l'étranger, en Belgique. Mais c'est un dossier qui m'a beaucoup touché parce que, en fait, ce sont des personnes ignorées de la société. Je me suis dit que l'ARPD faisait ce travail pour aider tout le monde. » « Créer un maillage complet autour de la Terre » Développer des relais à l'étranger est une mission clé pour l'association, comme l'explique Caroline Fauveau; responsable de la cellule internationale : « Depuis trois ans, nous sommes une vingtaine. Nous fonctionnons avec des Français qui habitent à l'étranger, et nous avons aussi des Français qui connaissent l'étranger mais qui sont sur le territoire français. On communique énormément avec les groupes d'expatriés, les associations de Français à l'étranger, d'autres associations qui font le même travail... Une association en Grèce est très active. Il y en a une en Autriche qui nous a retrouvé une dame qui avait Alzheimer. On contacte aussi tous les centres pour SDF, les hôpitaux psychiatriques. On essaie de créer un maillage complet autour de la Terre. » Cependant, les moyens restent limités. « Nous ne sommes pas riches, nous ne sommes pas envoyés à l'autre bout du monde pour enquêter, rigole Caroline Fauveau. Tout se fait via internet. » Aujourd'hui, dix correspondants en Europe, mais aussi aux Amériques et en Asie, travaillent avec elle. Un réseau que Caroline Fauveau compte bien étoffer encore dans les mois à venir. À lire aussiLes limiers particuliers: détective privé, «se glisser dans plusieurs personnages» pour voir sans être vu [2/5]

    Les limiers particuliers: détective privé, «se glisser dans plusieurs personnages» pour voir sans être vu [2/5]

    Play Episode Listen Later Jul 27, 2026 3:39


    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... Cette semaine, RFI vous plonge dans le quotidien de ces limiers particuliers. Pour ce deuxième épisode, on s'intéresse aux détectives privés. En France, ils sont quelques centaines seulement à exercer ce métier, à réaliser des filatures pour traquer les arnaques à l'assurance maladie ou les adultères. Une profession transformée par l'arrivée des dernières technologies et qui se féminise. RFI a suivi une détective privée dans les rues de Paris. Elle nous prévient d'emblée : « Je ne vais pas vous révéler tous mes secrets. » Mais Julie Catalifaud, détective privée depuis 15 ans et directrice de l'agence Vendôme Investigation, située sur la place du même nom, accepte de lever le voile sur une partie de sa méthode pour suivre une personne en toute discrétion. Nous la suivons dans les rues de la capitale française. Une filature, c'est d'abord l'art du positionnement. La détective prend l'exemple d'une porte cochère bleue sur la place Vendôme. « Si j'avais la possibilité de me stationner à gauche de l'entrée, derrière ce camion, ce serait l'idéal pour observer la personne que je dois filer », développe l'enquêtrice. Des particuliers et des entreprises l'appellent toute l'année. Adultères, garde d'enfant, arrêts maladie, concurrence déloyale : les dossiers varient beaucoup et impliquent une grande adaptation sur le terrain pour voir sans être vu. « On ne se déguise pas, mais on change d'apparence. On change de coiffure, de maquillage, on met des casquettes, des bonnets. On s'habille de la manière dont les gens s'habillent dans ce quartier. Il faut pouvoir se glisser dans plusieurs personnages et s'adapter au profil de son interlocuteur », confie la détective privée. Elle a beau avoir de l'expérience, Julie Catalifaud le reconnaît : filer une personne reste un exercice difficile. La concentration doit être totale, et parfois sur plusieurs heures. Mais là aussi, il existe des outils pour ne rien rater des faits et gestes de l'individu : « Nous allons utiliser des appareils photo avec de très longs objectifs, du matériel plus discret comme des caméras dissimulées dans des stylos, des boutons de chemise. Tout dépend de la configuration. » Ce matériel, digne de celui de l'Inspecteur Gadget, peut prêter à sourire, mais il est bien utile pour recueillir des preuves : un geste affectueux par exemple, dans les dossiers d'adultère. Féminisation et visibilité Longtemps masculin, le métier attire de plus en plus de femmes. Elles représentent aujourd'hui un tiers des effectifs de la profession. « Les promotions se féminisent », confirme Julie Catalifaud, qui enseigne à l'École supérieure des agents de recherches privées (ESARP), l'une des quatre écoles en France qui forment les détectives privés. Cette féminisation de la profession est une bonne chose, souligne Julie Catalifaud, notamment pour la réussite des filatures : « C'est plus facile pour moi de m'asseoir à une terrasse avec un livre ou un ordinateur. Je passe totalement inaperçue, et c'est clairement un avantage. » Le métier de détective privé mérite désormais de gagner en visibilité, estime-t-elle : « On me demande parfois de dire quelle est ma vraie profession, car les gens ne me croient pas quand je dis que je suis détective privée. » Elle s'est donc donnée pour mission de faire connaître ce métier en multipliant les interviews et les documentaires. Elle a aussi rédigé un livre, Profession Détective privée, Dans les coulisses des enquêtes : adultère, avarice et autres péchés capitaux, publié en mars 2026 aux éditions HarperCollins, dans lequel elle raconte les coulisses, parfois croustillantes, de certaines enquêtes. « ​​​​​​​L'intelligence artificielle a bouleversé le métier » Si l'enquêtrice passe la majorité de son temps sur le terrain, elle le rappelle : les investigations débutent à chaque fois dans son bureau. Son ordinateur est l'outil essentiel pour faire de l'OSINT, c'est-à-dire de la collecte d'informations accessibles à tous sur internet : « Je vais regarder les réseaux sociaux, tous les sites qui peuvent nous intéresser, et parfois, en quelques minutes, on peut retrouver la trace de la personne sur laquelle on enquête. » Mais les nouvelles technologies, tout en étant des alliées précieuses, peuvent aussi devenir des adversaires. « ​​​​​​​L'intelligence artificielle a bouleversé le métier. On le voit avec les clients qui nous contactent pour des escroqueries sentimentales. Il y en a toujours eu, mais désormais, ces arnaques sont réalisées avec de l'IA, du morphing, ces personnes qui font des vidéos avec les visages d'autres. Tous ces éléments peuvent compliquer nos enquêtes. » Si l'enquête débute sur ordinateur, c'est aussi là qu'elle se termine, en l'occurrence par la rédaction d'un rapport. Celui que nous montre Julie Catalifaud est barré de la mention « confidentiel » : « ​​​​​​​On tape ce qui s'est passé sur le terrain minute par minute, on note toutes les observations que nous avons faites, et on y ajoute les photos que j'ai réalisées ou que mes agents sur le terrain ont réalisées. » Ce rapport est ensuite remis au client. S'il a été produit dans les règles, il peut servir de preuve devant un tribunal. La justice est saisie dans 80% des dossiers que traite la détective. Une preuve qui a un coût : entre 70 et 150 euros de l'heure, selon la nature de l'enquête.

    Les limiers particuliers: les proches de Tiphaine Véron, disparue au Japon, mènent toujours l'enquête [1/5]

    Play Episode Listen Later Jul 26, 2026 3:35


    Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais ils mènent l'enquête. Généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... RFI vous donne un aperçu du travail de ces limiers particuliers. Rencontre avec Damien Véron, dont la sœur Tiphaine a disparu le 29 juillet 2018 à Nikko, lors d'un voyage touristique au Japon. Depuis huit ans, ses proches remuent ciel et terre pour faire avancer l'enquête, sur place et depuis la France, où elle est désormais aux mains du pôle cold case de Nanterre, en charge des affaires criminelles non élucidées. « Voici le placard où j'ai archivé tout le dossier d'enquête pour retrouver Tiphaine. Il y a vraiment énormément de dossiers », comme Damien Véron. 1er août 2018 : voilà déjà deux jours que la famille s'inquiète du silence de Tiphaine quand le Quai d'Orsay appelle Damien pour l'informer de sa disparition. « Lorsqu'on a appris la disparition de Tiphaine, on a eu la police de Nikko le soir même, qui a tout de suite dit : ''Que ferait Tiphaine si elle était kidnappée, si on essayait de l'enlever ?'' Tout de suite, ils ont mis une dimension criminelle. Moi, ma sœur Sybille et mon frère Stanislas avons décidé d'y aller pour retrouver Tiphaine », se souvient-il. Il raconte ce tout premier voyage au Japon : « On est reçu tout de suite par la police. Sauf qu'on comprend qu'effectivement, culturellement, c'est compliqué. La piste criminelle qu'il avait évoquée est complètement mise au second plan lorsqu'on arrive. On nous dit que c'est une piste d'accident. Sauf qu'en fait, cette piste n'est pas tenable puisqu'ils nous montrent un foulard qui n'appartient pas à Tiphaine, près d'une rivière, pour justifier que Tiphaine ait pu se noyer. Et surtout, la police nous redonne la valise de Tiphaine en disant ''Rentrez chez vous, il se passera plus rien''. Donc là, on comprend que c'est dramatique. On a tout de suite mis les deux pieds dans le plat, dans l'enquête. Et surtout, on a médiatisé, puisqu'on a compris que la police ne le ferait pas. Il a fallu le comprendre puisqu'on pensait que, en octobre 2018, lorsque ma sœur Sybille avait interpellé Emmanuel Macron et Shinzo Abe, le Premier ministre de l'époque, ça allait bouger les choses. Et en fait non, on a vu que la police gesticulait plus que de faire quelque chose. » À lire aussiLes proches de Tiphaine Veron lancent une association pour aider les familles de disparus à l'étranger « Un combat qui coûte cher » Même si la piste criminelle lui saute aux yeux, la famille s'emploie pour écarter la thèse de l'accident. Damien Véron montre une vidéo prise dans l'hôtel où a séjourné sa sœur : « On voit la rivière qui est derrière l'hôtel, avec les serpents, les sangsues... Il faut vraiment avoir envie d'y aller. Vous voyez la rivière, on peut pas aller dans l'eau. C'est pour ça qu'on filme tout, pour montrer toutes les absurdités et surtout toutes les pistes. » Pour explorer les berges, la famille fait venir des spécialistes français, embauche une équipe japonaise de chiens pisteurs. Puis, deux détectives privés japonais sont employés pour examiner la piste criminelle. La fratrie parvient même à obtenir de Google et de l'opérateur Free des données cruciales sur le téléphone de Tiphaine. Dès 2019, l'association Unis pour Tiphaine est créée pour faire perdurer la mobilisation : « On a fait une fresque à Poitiers avec les yeux de Tiphaine qui a été beaucoup relayée. On a pu écrire un livre avec Sibylle pour raconter ce combat terrible. Une amie de la famille a fait un film, L'Air mouillé. Tout cela permet de mobiliser pour faire parler de Tiphaine, obtenir des dons parce que c'est un combat qui coûte cher. Je crois que ça va faire mon dixième voyage. Je crois qu'on a dépassé plus de 150 000 €, ce qui est colossal. Sans l'aide des gens, je pense qu'on n'aurait pas réussi. » La famille a frappé à toutes les portes, y compris celle des Nations unies : « J'ai eu la chance de m'exprimer devant le Comité des droits de l'homme. Et surtout, j'ai réalisé qu'une procédure était possible auprès du Comité des disparus. Le comité demande à ce qu'une enquête soit menée, que les suspects soient entendus et surtout à ce que la France soit pleinement investie du dossier. Malheureusement, le Japon ne coopère pas. Mais l'ONU a déjà fait six demandes. Donc ils continueront. » « On se bat pour que tout soit fait » Ces démarches s'inscrivent dans des enjeux diplomatiques qui dépassent le cas de la disparition de Tiphaine Véron. Une difficulté supplémentaire donc : « Forcément, puisque le Japon est quand même un allié important pour la France et l'Union européenne en Asie. Dans le cas de Tiphaine, on ne peut que remercier l'Élysée qui s'est pleinement mobilisé, comme l'ambassade de France au Japon. On cherche à retrouver Tiphaine. Cette dimension diplomatique, on ne l'avait pas au début. Mais après, on l'a comprise, il faut accepter que les gens sur qui on compte ont aussi d'autres impératifs qui sont les enjeux diplomatiques entre les États. Ce n'est pas évident. » « Au fond de nous, on pense qu'on a peu d'espoir de retrouver Tiphaine vivante. Par contre, on sait qu'on a toutes les cartes en main pour savoir ce qu'il est arrivé. Donc on mène l'enquête, on se bat pour que tout soit fait », confie le frère de la disparue. Ce 29 juillet 2026, Damien sera à nouveau à Nikko pour inaugurer un buste de Tiphaine. Pour que personne n'oublie, huit ans après. À lire aussi«Tiphaine, où es-tu ?» À la recherche de notre sœur de Damien et Sibylle Véron

    Nouveaux rapports à la nature: à Paris, les habitants s'engagent avec Le Potager de Georges

    Play Episode Listen Later Jul 23, 2026 3:29


    Les habitants des grandes villes aspirent à de plus en plus d'espaces verts. Conscients des bienfaits de la nature, notamment dans des quartiers où le bitume est roi, ils n'hésitent plus à s'engager eux-mêmes pour végétaliser leur environnement. C'est le cas dans le 12ᵉ arrondissement de Paris, dans la résidence Georges Contenot qui compte environ 400 logements sociaux.  En 2016, des locataires regroupés en association ont mis en place un véritable poumon vert au sein de cet ensemble d'immeubles. Deux ans après, le site a triplé de taille. Un développement qui rend compte d'un engagement des locataires, soutenus et accompagnés dans leur démarche par leur bailleur Paris Habitat. En 2016, il y avait quelques grands arbres sur un espace d'environ un peu moins de 500 M², au cœur de la résidence Georges Contenot. Mais aujourd'hui, le site, baptisé depuis le Potager de Georges, s'est bien agrandi. « Au bout de deux ans, Paris Habitat a constaté que, selon ses termes, on était capables, explique Joseph Fernandez, vice-président de l'association qui gère le potager. Et donc ils nous ont accordé tout le pâté qui fait actuellement 1 500 mètres carrés. » 1 500 mètres carrés de verdure et de biodiversité et, au potager, on cultive évidemment des fruits et légumes dans des bacs de différentes tailles. Mais le but principal n'est pas la production agricole, mais les liens qui se créent entre les habitants. « On a créé des relations entre les résidents de Paris Habitat, ce qui est le cas avec mon ami Arnaud – pendant des années, on s'est croisés, on ne se disait pas bonjour et maintenant, on est les meilleurs amis du monde, sourit le vice-président de l'association. On a resserré les liens de voisinage et [créé des liens] affectifs entre les résidents et aussi avec des non-résidents. » Marina a emménagé récemment dans la résidence. Le potager lui permet de satisfaire son besoin de se ressourcer dans le calme. « J'étais déjà dans un jardin partagé, porte de Montreuil. Là où ça change, c'est au niveau sonore, parce qu'ici, plus de bruits de voitures, des petits oiseaux partout…, se réjouit Marina. C'est donc sympa et c'est vrai que de voir le jardin, ça m'a motivée à accepter cet appartement-là. Moi, je suis enseignante et quand je viens pour un quart d'heure, ça ne dure jamais un quart d'heure. J'y reste au moins deux heures parce que je ne peux plus partir. Donc c'est un besoin vital de mettre les mains dans la terre et de me ressourcer comme ça. » À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris « On a l'impression d'être à la campagne » Mais il n'y a pas que des habitants qui profitent de ce site. Le Potager de Georges est ouvert à tous. « On a considéré que ça allait nous permettre de faire une ouverture sur le quartier et d'aider à la mixité sociale, précise Joseph Fernandez, et de ce fait, on est ouvert et on a des adhérents qui ne sont pas résidents. » Des non-résidents comme Danielle, une habitante du quartier devenue adhérente active : « Je viens de temps en temps pour aider à l'arrosage. Je recherchais vraiment la nature, ça me manquait beaucoup. Et quand j'ai connu ce jardin, j'ai dit que c'était extraordinaire, on n'a pas l'impression d'être à Paris, on a l'impression d'être en province, à la campagne. » Depuis sa création, le Potager de Georges a accueilli plus de 400 adhérents qui participent à l'entretien du site. « Ce qu'il faut savoir, c'est qu'on est tous des bénévoles et à ce titre-là, on considère qu'un adhérent est également un bénévole, souligne Monique Paysserand, co-fondatrice et présidente de l'association. Et donc il fait ce qu'il veut. S'il veut venir, il vient, s'il veut amener quelqu'un, des amis, partager une table avec un verre, on est toujours là. On a des tables à disposition et des chaises. On a même un terrain de boules. » Avec son Plan Nature en Ville lancé en 2021, le bailleur Paris Habitat s'engage, entre autres, à favoriser la végétalisation de ses résidences pour améliorer le cadre de vie des locataires. « Quand on a constaté le dynamisme, l'enthousiasme et la qualité du Potager de Georges, il n'a pas été trop difficile d'accepter de réduire la surface des espaces tels que les pelouses au profit du jardin partagé », explique Nicolas Levrel, de la direction du développement social urbain chez Paris Habitat. Paris Habitat dispose de 14 000 M² d'espaces verts dans la capitale, dont 80 jardins partagés, gérés par les habitants. À lire aussiNouveaux rapports à la nature: à Paris, le Jardin21 allie fraîcheur et culture

    Nouveaux rapports à la nature: dans les Vosges, laisser faire la nature

    Play Episode Listen Later Jul 22, 2026 3:27


    En France, une sécheresse exceptionnelle par son intensité et sa précocité sévit et quasiment tout le territoire se voit affecté par des restrictions d'eau, signe du dérèglement climatique. Alors que ces évènements vont s'intensifier à l'avenir, certains veulent désormais changer de regard sur leur environnement. Au lieu de maîtriser la nature, de la dompter, ils apprennent à travailler avec elle pour s'adapter.  Le climat change et les Vosges, ses forêts, ses tourbières et ses étangs, souffrent. Un changement bien visible en haut de la petite vallée de la Vigotte. « Depuis une dizaine d'années, et surtout les cinq-six dernières années, la norme, c'est clairement devenu des années où on a trois ou quatre mois avec très peu de pluie dans les Vosges, témoigne Antoine Daval, cofondateur de l'association La Vigotte Lab. Et ça, ce n'était pas la norme avant. Et on le voit sur les dépérissements forestiers, on voit quelques arbres solitaires… En fait, avant, il y avait une forêt. C'est ce qu'on voit. On a perdu à peu près la moitié de nos forêts en cinq ans. » Avec son association La Vigotte Lab, Antoine Daval mène des expérimentations pour aider la campagne vosgienne à s'adapter et fait le pari de s'appuyer sur la nature elle-même. À la place de l'ancienne forêt, il laisse faire une régénération naturelle. Et cela fonctionne malgré la chaleur extrême et les sécheresses. « Ce qu'on peut voir cinq ans après, c'est qu'il y a une forêt qui est en train de pousser. Il y a des arbres qui font maintenant, pour certains, pas loin de huit mètres. Donc on voit une vigueur, on voit aussi qu'elle est très diversifiée, se réjouit-il. Il y avait une monoculture d'épicéas. Et ce qui est fascinant, c'est qu'il y avait suffisamment, visiblement, de graines dans le sol, emportées par le vent, les oiseaux, que sais-je, qui font qu'aujourd'hui, ce sont des dizaines d'essences différentes qui repoussent. Ce sont les espèces qui ont vécu dans leur état de graines et de jeunes plants des sécheresses et qui ont été sélectionnées pour leur capacité à y résister. Et donc ce qu'on voit, c'est qu'on est en pleine crise hydrique en ce moment, et qu'on a pour autant des pousses de plus d'un mètre, voire deux mètres cette année. Donc, on devine une capacité de la nature à se régénérer. » Avec son équipe, il accompagne cette renaissance en favorisant les arbres qui pourront servir plus tard en menuiserie, ou ceux qui éloignent les insectes ravageurs en aidant les ronces qui protègent le sol ou en détournant au contraire celles qui étouffent les jeunes plants. Et pour l'eau, c'est pareil. « On est sur le ruisseau de la Vigotte. Ce ruisseau, il est à l'image de l'aménagement de nos territoires depuis 60 ans. C'est un ruisseau qui a été détourné parce qu'il gênait l'aménagement pour l'agriculture et pour le tourisme. Et donc pour ça, on l'a redressé, c'est-à-dire qu'on l'a déplacé et mis tout droit, précise Antoine Daval. Et un ruisseau, quand il va tout droit, l'eau gagne de la vitesse, de la puissance et donc elle va éroder très fort. Il n'y a plus de vie possible dedans. Et par ailleurs, à chaque fois qu'on va avoir un orage, elle va envoyer, expédier, très très vite l'eau vers l'aval et donc aggraver les risques de crues en aval. Et de la même manière, quand on a une sécheresse, elle va s'assécher plus rapidement, elle ne va pas soutenir l'étiage en aval. » À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris « Il ne faut pas avoir peur de s'adapter » Alors que les anciens ont cherché à drainer et évacuer l'eau, l'association tente donc maintenant de la retenir au maximum en recréant des méandres dans le ruisseau pour le ralentir. « Ça va consister à travailler un petit peu les végétaux qui poussent. On va favoriser le roseau à gauche, enlever celui de droite, comme ça l'eau va plutôt à gauche, puis elle commence à faire un petit virage, on va déposer quelques gros cailloux, quelques morceaux de bois et ça, ça va assez vite, décrit le cofondateur de La Vigotte Lab. Là, on est sur un espace qu'on remet depuis à peine deux ans et, comme on le voit, le ruisseau ne va déjà plus tout droit. Il a recréé plein de microvirages. L'eau est déjà remontée de 10-20 cm et on a retrouvé des truites. Ça fait un an qu'on a retrouvé de la vie dans le ruisseau. » Petit à petit, la vallée change. Pourtant, c'est son propre grand-père qui a façonné le terrain autrefois. « Pour moi, on ne défait pas ce qu'a fait la génération d'avant. Au contraire, on construit sur ce qu'a fait la génération d'avant, précise-t-il. Et l'idée, ce n'est surtout pas de critiquer ce qui a été fait, parce que c'était fait avec les connaissances et le contexte de l'époque. C'est plutôt qu'on s'adapte. Il ne faut pas avoir peur de s'adapter, il ne faut pas avoir peur de changer ce qui a été dicté par les anciens. Les anciens ne vivaient pas dans le monde dans lequel on vit. Il faut absolument les écouter. Il y a beaucoup de connaissances intéressantes, mais il faut aussi qu'on développe nous-mêmes nos propres techniques. » Et malgré la sécheresse, l'herbe est aujourd'hui plus verte ici qu'ailleurs, l'air bourdonne à nouveau d'insectes et les oiseaux sont plus nombreux. À lire aussiFrance: face à une sécheresse précoce dans les Vosges, les animaux et plantes meurent de soif

    Nouveaux rapports à la nature: à Paris, le Jardin21 allie fraîcheur et culture

    Play Episode Listen Later Jul 21, 2026 3:30


    En France, depuis le mois de mai, plusieurs épisodes caniculaires ont été enregistrés sur l'ensemble du territoire. Ces fortes chaleurs rendent la vie au quotidien très difficile, avec parfois des conséquences sur la santé. À Paris, une friche végétale et culturelle permet de se retrouver, de se détendre tout en retrouvant un peu de fraîcheur. Il s'agit du Jardin21, un lieu multi-usage où l'on peut venir manger, boire un verre, écouter de la musique entre autres, dans un espace de plus de 1 500 m² de jardin potager. Véritable bulle de nature, le Jardin21 est dédié à l'agriculture urbaine et propose chaque week-end des ateliers de jardinage gratuits. Arbres fruitiers, plantes aromatiques et légumes cultivés dans d'énormes bacs en bois apportent une fraîcheur au lieu, contrastant avec l'environnement très minéral du quartier. Le Jardin21 a été conçu dès le départ pour proposer aux urbains un espace végétalisé, ce qui en fait un vrai havre de fraîcheur, mais aussi un lieu de sensibilisation. « On va regarder les plantes qui sont cultivées et on va évoquer les pratiques agroécologiques qu'on met en place ici pour améliorer à la fois la quantité et la qualité des plantes qui sont cultivées, tout en préservant les ressources », explique Mikhaïl Frontère, jardinier du site qui propose des ateliers de jardinage. Et grâce à cet atelier, cette jeune retraitée a trouvé réponse à ses questionnements. « Je voulais voir un petit peu quelles étaient les techniques pour les plantes qu'on pouvait faire pousser en ville, et aussi comment est-ce qu'on pouvait les développer », témoigne-t-elle. Promouvoir l'agriculture urbaine, c'est l'objectif principal des ateliers organisés par Mikhaïl Frontère. « L'idée, c'est de montrer aux gens que l'agriculture n'est pas réservée aux agriculteurs, que tout le monde peut sur son balcon, dans son petit jardin, sur des petits espaces, avoir des aubergines, des tomates ou des plantes aromatiques, souligne-t-il. C'est aussi en faire un espace de sensibilisation aux pratiques agroécologiques qui préservent l'environnement et, grosso modo, aussi de sensibilisation à la nature et à la biodiversité. » À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris « Malgré le périph' derrière, c'est plutôt agréable » Plantes pour éloigner les pucerons, plantes couvre-sol pour préserver l'humidité du sol, autant de techniques mises en avant lors de ces ateliers. Parmi les pratiques vertueuses, l'utilisation de pesticides biologiques est promue, mais aussi comment réduire l'apport en eau avec la technique des oyas. « Le principe, c'est qu'on met de l'eau dedans, montre le jardinier, et comme les pots sont microporeux, il y a des tout petits trous, quand la terre sera sèche, l'eau va passer à travers le pot et elle va permettre d'humidifier la terre pour que les plantes viennent puiser de l'eau dans la zone d'humidité qui sera autour de l'oya. » Un jeune couple originaire de Lyon s'est rendu au Jardin21 pour profiter du lieu dans son ensemble. « On est venus chercher de la culture, de la musique et puis un espace un peu vert au milieu de tous ces immeubles », témoigne l'un. « Ça fait du bien, ça fait une petite parenthèse agréable », surenchérit l'autre. « Pour l'instant, je trouve qu'il y a de bonnes vibes. Il y a des petites plantes, moi j'aime bien les plantes, confie Lucas, un habitant du quartier qui est venu découvrir le lieu. Et puis c'est agréable d'avoir du paillage, c'est une bonne sensation avec les baskets. Donc, malgré le périph' derrière, c'est plutôt agréable. » C'est agréable également pour Philippe qui travaille juste à côté du Jardin21 : « Ça permet d'être debout, de ne pas être assis sur une chaise devant son ordinateur. C'est de la détox électronique en quelque sorte. » Et des endroits comme le Jardin21 sont indispensables en milieu urbain, selon Arnaud Perrine, un de ses cofondateurs. « Quand on monte à des 35 degrés à Paris, ici, on arrive à descendre de dix degrés par rapport à ça, parce qu'il y a de la biodiversité, il y a de l'ombrage, de la terre et donc forcément, il y a un petit écosystème, précise-t-il. Et pourtant, on est coincés entre le métro, le périph et un gros cimentier très connu. Donc, aujourd'hui, on a vraiment un lieu qui est au top. » Pour la saison 2026, le Jardin21 est ouvert au public, gratuitement, du mercredi au dimanche, d'avril à octobre. À lire aussiNouveaux rapports à la nature: des écolodges de luxe pour se reconnecter à la forêt

    Nouveaux rapports à la nature: des écolodges de luxe pour se reconnecter à la forêt

    Play Episode Listen Later Jul 20, 2026 3:22


    L'appel de la forêt résonne chez de plus en plus de touristes. Plus question de plages paradisiaques ou d'immenses villas de luxe avec piscine. Les nouveaux hôtels à la mode font quelques mètres carrés, sentent le bois recyclé et les toilettes sèches. Revenir à ses racines en pleine nature, mais en ayant tout le confort d'une suite parisienne, c'est le pari des écolodges. Depuis une dizaine d'années, ces logements ultramodernes, mais perdus en pleine nature, pullulent dans toutes les régions de France, de la Bretagne à la Corse. Et certains touristes sont prêts à payer cher pour vivre pendant une soirée l'expérience d'ermites de luxe, comme au Youza Ecolodges, à l'ouest de Paris. Nichées au milieu de la forêt de Rouzeux, 18 petites cabanes en bois sont éparpillées parmi les arbres. André vient rendre ses clés. Ses enfants font la course entre les arbres une dernière fois avant de monter dans la voiture. Le Parisien sait déjà qu'il reviendra : « On cherchait un peu des champignons, on n'a pas pu parce qu'il n'y avait pas beaucoup de pluie, donc on reviendra encore une fois. » C'est la deuxième fois qu'il vient à Youza. Il habite à Paris et, juste avant de rentrer, il est venu se ressourcer une dernière fois : « J'étais sur la Côte d'Azur, c'est pas la même chose, c'est pas le même ressenti dans la forêt. La forêt, on est loin de toutes les grandes villes autour de nous. Ici, on est vraiment tranquille, il n'y a pas de lumière dans la nuit, donc on voit le ciel très clair. Les enfants, ils aiment beaucoup. » Besoin de déconnexion Dans sa jeunesse, André et sa femme jouaient un peu plus aux aventuriers : camping au Canada, road trip en Chine... Mais depuis la naissance de leurs deux enfants, les deux cadres préfèrent la pseudo-nature tout confort : « T'as un petit peu de panorama de champs derrière, t'as ton petit bain nordique. » Arnaud, le directeur des lieux, détaille les différents écolodges du domaine : « Quand tu arrives dans un écolodge, tu as toujours un verre à eau, un verre à vin, une carafe. Tu as des toilettes, une banquette, un poêle aussi. Et à l'étage, une chambre et salle de bain avec la vue. Tout en se réveillant dans la forêt. » André se félicite qu'il n'y ait aucun écran et pas de wifi. Il a grandi dans une grande ville et vit maintenant à Paris. C'est important pour lui que ses deux enfants soient un peu en contact avec la nature : « Je les emmène pour qu'ils découvrent la nature. C'est important parce que maintenant, tout est automatique, l'intelligence artificielle, etc. Il faut garder la capacité de vivre tout seul. Les jeunes ont toujours un écran, une tablette. Il faut qu'ils se déconnectent. » « Quelque chose de rare, quelque chose d'authentique » Sa fille Camille n'est pas forcément du même avis : « J'étais un peu déconnectée parce que j'étais avec mes amis. » La petite fille confie que les écrans lui ont manqué, mais qu'elle adore se réveiller en pleine forêt, ce qui la dépayse du XXe arrondissement de Paris : « J'aime bien la ville, mais je préfère la forêt. C'est plus calme, et j'adore le calme. Je ne m'y connais pas en animaux, mais je les adore. J'ai vu une ombre et j'ai entendu des petits bruits. » Pour Arnaud, c'est aussi l'occasion de faire redécouvrir la nature aux visiteurs : « Mon objectif n'est pas que ce soit une espèce d'aquarium et que les gens regardent en mode "c'est la nature". Faut que les gens y aillent, mais qu'ils apprennent à respecter la nature. Ici, tu as une faune complètement naturelle, tu as des animaux complètement sauvages. » Il travaille dans l'hôtellerie depuis plusieurs années. Il le voit, le luxe a changé : « C'est de moins en moins des choses quantifiables, et c'est plus de l'ordre de l'expérience. Clairement, le luxe maintenant, c'est d'avoir une expérience un peu unique, quelque chose de rare, quelque chose d'authentique. » Si ce type de tourisme permet de préserver la nature, il est loin d'être accessible à tous : comptez plus de 300 euros pour une nuit. À lire aussiNouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris

    Nouveaux rapports à la nature: le jardin partagé Stalingrad à Paris

    Play Episode Listen Later Jul 19, 2026 3:29


    Premier épisode de notre série sur les nouveaux rapports de l'humain à la nature. En France, depuis le mois de mai 2026, plusieurs épisodes caniculaires ont été enregistrés sur l'ensemble du territoire. Les températures ont grimpé jusqu'à plus de 40°C dans certains départements, rendant le quotidien très difficile aux populations qui ont du mal à s'adapter à ces fortes chaleurs, avec parfois des conséquences sur la santé. À Paris, pour fuir la chaleur étouffante des appartements peu ou pas du tout adaptés à la chaleur, bon nombre de citadins trouvent refuge dans les parcs ou jardins. Dans le nord de la capitale, une association a transformé une ancienne friche en un jardin partagé, ouvert à tous. Un lieu où riverains, passants ou touristes en manque de contact avec la nature peuvent faire une pause bienfaisante et rafraîchissante.  Coincé entre deux immeubles en face du métro, le jardin partagé Stalingrad est un îlot de verdure et de fraîcheur situé dans le XIXe arrondissement de Paris. Depuis sa création il y a huit ans, le jardin est géré en partenariat avec les habitants du quartier. « On a été voir la mairie du XIXe et on leur a demandé de nous prêter cette parcelle, pour qu'on s'en occupe et qu'on en fasse un jardin partagé. C'est vraiment un jardin qui vit autour des gens du quartier. La preuve, on a une voisine qui est là avec ses enfants. C'est un jardin qui est ouvert vers les autres, pour les autres », raconte Leïla Benouissaaden, co-présidente de l'association en charge de cet espace. Un jardin ouvert à tous et particulièrement aux enfants, avec des ateliers qui leur sont dédiés. « Soit on invite les enfants à venir planter, soit à venir découvrir. Par exemple, il y a des mésanges qui viennent de pondre, donc ils viennent découvrir la nichée des mésanges. Soit ils viennent ramasser des fruits rouges. Aujourd'hui, on a quatre ou cinq enfants qui sont là. On fait beaucoup d'ateliers pour découvrir la faune et la flore, notamment les vers de terre, les escargots et les limaces qui sont utiles pour les jardins », détaille-t-elle. Des fruits et légumes, des herbes aromatiques et des fleurs sont cultivés dans une douzaine de bacs. Les récoltes sont partagées entre les visiteurs, les riverains et les commerçants du quartier. Comme l'indique Thierry, un des jardiniers de l'association, le but est surtout de créer du lien et de faire découvrir la nature en ville : « Ce ne sont pas des bacs individuels, donc tout le monde cultive pour tout le monde. L'idée, c'est vraiment le partage. C'est surtout le côté socialisation. C'est la mixité sociale aussi du quartier qui se révèle un petit peu au travers de ce jardin partagé. C'est très intéressant pour donner aux enfants et aux parents aussi le goût de découvrir un peu la nature. Au printemps, on a des mésanges, on a énormément de fruits et de légumes. » Accompagnés de leur mère, Bouchera, 9 ans, et son petit frère sont venus cueillir des fruits, « des fraises », précisent-ils. Le jardin plaît aussi à Dalida, une riveraine à la retraite : « Cela a un côté apaisant. C'est une thérapie aussi. Moi, je sais que ça m'a fait du bien. J'en ai parlé à d'autres qui venaient dans le jardin. Ils m'ont dit : "C'est ma thérapie." C'est bien agréable de pouvoir ne serait-ce que toucher les plantes, la terre et converser avec les gens qui viennent partager ces moments. » Ce petit jardin de quartier fait partie d'un réseau d'une trentaine d'espaces verts partagés du XIXe arrondissement de Paris. Ce petit jardin de quartier fait partie d'un réseau d'une trentaine d'espaces verts partagés du XIXe arrondissement de Paris. « C'est pour apporter de la nature. La nature fait du bien aux gens. Être en contact avec la nature, surtout dans un milieu urbain, c'est toujours très positif. Toucher des arbres, se promener dans la nature, voir des oiseaux fait vraiment du bien à la santé des habitants et à la santé publique. C'est très important. Quand on amène de la nature, on amène du bien-être aux habitants », estime Andrés Pilartz, maire adjoint en charge de la végétalisation de l'espace public. Le jardin partagé Stalingrad ouvre ses portes au public les samedis et dimanches après-midi ou en semaine, quand il y a un jardinier sur place. À lire aussiMicropousses et fleurs comestibles: quand la nature a bon goût

    Réparer pour avancer: des jeunes en difficulté se remettent en selle en réparant des vélos

    Play Episode Listen Later Jul 16, 2026 4:05


    Il y a quelques jours, les résultats du bac 2026 tombaient. Au total, 91,4% des candidats ont décroché leur diplôme, mais certains n'ont pas eu cette chance. Chaque année en France, 110 000 jeunes disparaissent des radars, sans diplôme ni formation. Ce sont des « décrocheurs », des jeunes décrochés du système scolaire. En leur permettant de se former à la mécanique vélo, Mathieu Bertrand, professeur au lycée professionnel Camille-Jenatzy à Paris, a permis à sept jeunes adultes de se remettre en selle. Dans cet atelier d'un établissement d'enseignement adapté, se joue leur reconstruction. Il s'agit de « réparer » pour avancer.  « La béquille ne se positionne pas exactement comme il faut. En théorie, il faudrait qu'elle soit vraiment comme ça. D'accord, c'est une béquille qui est centrale, qui vient entourer la roue arrière, donc à droite et à gauche. » Voilà pour la consigne donnée par Mathieu Bertrand, professeur en mécanique vélo, à l'un de ses élèves. Cheveux roux longs et ondulés, barbe et lunettes, Kylian fronce les sourcils. « J'ai déjà ma petite idée. Peut-être la béquille desserrée ou éventuellement une plaque qui sert de butée, la béquille à redresser qui s'est tordue avec le temps et le poids du vélo », murmure-t-il. À 19 ans, Kylian a rencontré des difficultés scolaires : « Je suis dyslexique, dyscalculique, dysorthographique, dyspraxique. J'ai jamais été du tout un bon élève en cours. La seule matière dans laquelle j'étais bon, c'était l'histoire et l'art plastique. Sinon, tout le reste, j'étais très mauvais. » Réparer les vélos lui apporte beaucoup. « Cela m'a beaucoup aidé à être plus précis dans mes gestes », confie-t-il. Et pour le jeune homme, la satisfaction est aussi celle de donner une seconde vie à un vieux biclou. « J'ai pu remettre en état des vélos qui étaient bons pour la déchetterie », raconte-t-il. Kylian, Ousmane, Abou et les autres sont sept à suivre cette formation au lycée Camille Jenatzy, à Paris. Leur point commun ? Un décrochage scolaire ou un parcours migratoire difficile. « Il nous a montré beaucoup de choses, même si ce n'est pas à l'école ici. Nous sommes tous heureux », résume l'un d'eux. « Il y aura toujours quelqu'un pour te tendre la main » Celui qui est décrit et tellement respecté, c'est Mathieu Bertrand, le professeur en mécanique cycle. Il explique que dans cet atelier, on ne répare pas que les vélos. « Finalement, la mécanique vélo, c'est l'excuse, mais le truc, c'est plutôt les raccrocher. Moi, ce que je trouve assez cool dans le fait de réparer des vélos, c'est qu'il y a le sentiment du travail accompli, c'est valorisant. Déjà, ça leur prouve qu'ils sont capables de faire des choses, et ça, c'est pas rien. Après, moi, ce que je trouve important dans cette formation, il y a un gros travail à faire sur l'assiduité, le fait d'être à l'heure, etc. Les rendre responsables de la vie de la classe également. » Sourire en grand écart, vêtu d'un maillot de foot ce jour-là, Abou, 18 ans, se souvient : petit garçon, il avait déjà touché à la mécanique dans le garage tout près de la maison. Auprès du professeur Mathieu Bertrand, il apprend la rigueur. « Ici, il a appris à écrire les noms des pièces parce qu'en Afrique, on prononce pas les noms correctement. En France, chaque pièce, tu dois l'appeler par son nom. Par exemple, quand on dit ''dérailleur'', on doit dire ''tendeur'' », explique-t-il. Derrière la caméra, l'œil bienveillant de Moa Khouas suit ces jeunes et prépare un documentaire. « ​​​​​​​Ce qui me touche dans le projet, c'est de se dire que tout n'est pas perdu et qu'il y aura toujours quelqu'un pour te tendre la main, en fait. Quelque part, je me reconnais en eux. Je crois en la méritocratie. C'est une croyance profonde, et je trouve que ce que fait monsieur Mathieu Bertrand, c'est vraiment incroyable ​​​​​​​: donner son temps et donner plus que son temps. C'est vraiment une personne incroyable, un professeur qui te marquera à vie », témoigne-t-il. Ce programme de réinsertion est une réussite : certains continueront de se former, tandis que d'autres ont déjà une promesse d'embauche.

    En France, un retour de la consigne loin d'atteindre les objectifs gouvernementaux

    Play Episode Listen Later Jul 15, 2026 3:30


    La France produit plus de 340 millions de tonnes de déchets chaque année, certains sont recyclés, d'autres brûlés et beaucoup finissent dans la nature et polluent notre environnement. Pour réduire cette pollution, la loi française mise notamment sur le retour de la consigne en verre, plus économique et plus écologique, une consigne qui avait disparu dans les années 1960 au profit du plastique jetable notamment. Depuis un an, une expérimentation est menée dans l'ouest du pays pour la relancer, c'est le projet ReUse, avec l'objectif de la généraliser et d'atteindre 10 % d'emballages consignés dès l'année prochaine sur tout le territoire.  Dans un Super U de Nantes depuis un an, c'est une discrète révolution dans les rayons. L'emballage de quelques produits est désormais consigné. Lorsqu'un client achète certaines eaux, un jus de pomme ou une soupe de poisson, il paye un petit supplément, entre 0,10 et 0,20 € par produit. Il peut ensuite rapporter les bouteilles vides et récupérer cette consigne. « Une à deux fois par semaine, j'ai des bouteilles que je redépose ici. Tout n'est pas encore dans des emballages réutilisables, donc je ne peux pas faire ça systématiquement, regrette Carina Rabanelli, une cliente régulière. Mais une fois qu'on prend le réflexe, ça rentre vite dans le quotidien. » Pour cette cliente, les raisons d'utiliser la consigne sont multiples : « On le fait par souci de moins consommer, par souci pour la planète, par souci pour nos enfants. » À l'entrée du magasin, une grosse machine violette avale les bouteilles vides qu'elle rapporte et lui rend le montant de la consigne, soit par virement bancaire, soit en bon d'achat. Mais dans le magasin, seulement une quinzaine de produits sont consignés sur 40 000 vendus. Et si la majorité des clients rencontrés ce jour-là semblent intéressés par le principe, ils n'ont jamais remarqué le dispositif ou ne se sont jamais lancés. « Si ça peut être un modèle plus écologique et qui fonctionne, pourquoi pas ?, concède un client. Et je pense que j'essaierai à l'occasion. » À lire aussiL'UE tente de s'entendre pour réduire les emballages mais les dérogations s'accumulent Obliger les industriels à coopérer Les bouteilles collectées au supermarché sont ensuite acheminées dans une usine de lavage. Les bouteilles passent dans une immense machine à laver, puis elles sont séchées et un système de caméra vérifie qu'elles sont intactes avant d'être réempilées en palettes, prêtes à retourner dans le système. Comme le verre est un matériau très résistant, une bouteille peut être réutilisée jusqu'à 50 fois. « Quand on fabrique une bouteille en verre, il faut chauffer du sable et du calsyn à 1 500 degrés pendant 24 h, explique Yann Priou, le directeur général de l'usine Bout' à Bout'. Ça consomme beaucoup, beaucoup d'énergie. Et entre refabriquer une bouteille en verre neuve et laver une bouteille, c'est 80 % d'énergie en moins, donc 80 % de CO₂ en moins. Et en ce moment, le fait de réduire nos émissions de CO₂, c'est quand même un des enjeux majeurs. Et ça paraît contre-intuitif, mais laver une bouteille en verre, ça consomme moins d'eau que d'en refabriquer une nouvelle. Ça consomme à peu près deux fois moins d'eau. » Mais au bout d'un an, seulement un quart des bouteilles vendues ont été retournées et réemployées. Pourtant, dans son usine, Yann Priou a la capacité d'en laver beaucoup plus. « Non, les chiffres ne sont clairement pas au niveau des objectifs initiaux. Là où on a un vrai sujet, c'est de pouvoir augmenter les volumes et développer la filière, souligne-t-il. Parce que, à grande échelle, le réemploi coûte moins cher que le recyclage. » Mais bien trop peu de produits sont consignés dans les supermarchés. Ils sont parfois plus chers et mal exposés. Ce qu'il faut, c'est surtout obliger les industriels à coopérer, plaide Bastien Faure, directeur de l'ONG Zero Waste France, alors que pour l'instant, on compte sur leur bonne volonté. « Coca, Nestlé, Danone... ces industriels ont leur modèle économique, il est basé sur de l'emballage jetable. Le réemploi vient directement en contradiction avec ça, dénonce-t-il. Et leur demander de volontairement développer une filière de réemploi qui vient renier leurs marges, qui vient s'attaquer à leur modèle même, c'est illusoire de s'attendre à ce qu'ils le fassent volontairement. » L'expérimentation de la consigne dans l'ouest du pays a eu le mérite de montrer que le système fonctionne. C'est un pas de géant, mais encore insuffisant pour atteindre l'objectif fixé par la loi. Atteindre 10 % de consigne en 2027, on est aujourd'hui à moins de 2 %. À lire aussiPourquoi le recyclage seul ne suffit pas pour en finir avec la pollution plastique?

    Centenaire de la Grande Mosquée de Paris: un trésor architectural et culturel au service du vivre-ensemble

    Play Episode Listen Later Jul 14, 2026 3:30


    15 juillet 1926, 15 juillet 2026… Il y a exactement cent ans aujourd'hui, c'était l'inauguration en plein cœur de Paris de la toute première Grande Mosquée de France. Un lieu qui symbolise la présence musulmane en France et son ancrage dans l'histoire du pays. Sa création rend hommage aux dizaines de milliers de Maghrébins et de Nord-Africains qui ont combattu et versé leur sang pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Les musulmans représentent aujourd'hui 10 % de la population française. Et la Grande Mosquée de Paris est bien plus qu'un lieu cultuel. Elle a plusieurs facettes. L'occasion de visiter ou revisiter ce site emblématique… On est en plein cœur de la capitale française, mais, une fois à l'intérieur de la Grande Mosquée de Paris, on a l'impression qu'on a été téléporté dans un pays du Maghreb. Ce monument historique qui s'étend devant nous est à la fois un lieu de culte pour les musulmans, mais aussi un lieu de culture ouvert à tous. On peut s'y rendre pour prier, flâner ou manger, ou encore pour admirer l'architecture du lieu. Linda est la cheffe du service des visites de la mosquée : « Là, on est dans la cour d'honneur. Tout ce que vous voyez a été taillé à la main par des artisans, donc c'est le bois de cèdre. La bande marron, qui fait le tour de la cour, est ornée d'un poème de 365 vers qui a été écrit pour souhaiter la bienvenue aux visiteurs et glorifier la construction de la mosquée. » Un bassin en marbre trône au milieu de la cour d'honneur, qui mène vers la salle de prière. La salle de prière peut accueillir 500 à 600 croyants, mais elle peut contenir jusqu'à 10 000 fidèles lors des grandes fêtes musulmanes. Mais il n'y a pas que le culte à la Grande Mosquée : « On enseigne la langue arabe, les cours coraniques, l'initiation à l'islam. Nous avons aussi le côté touristique où nous avons tous les groupes de scolaires qui viennent visiter. Et on a de toutes les nationalités aussi, des visiteurs qui viennent de tous les pays du monde. » À lire aussiCentenaire de la Grande Mosquée de Paris : histoire, controverses et héritage d'un monument emblématique Un lieu de culte, d'enseignement et de partage Entre la cour d'honneur et le jardin de la mosquée, les visiteurs peuvent admirer des milliers de livres et manuscrits anciens : « Voilà, donc là, c'est la bibliothèque. Elle porte le nom d'Abdelhamid Ben Badis, qui est le fondateur de l'association des oulémas, des savants algériens. Et donc, il était à son époque pour l'enseignement des filles, au même titre que les garçons. Et cette bibliothèque, elle n'est pas ouverte pour consulter, elle est seulement à visiter et elle sert de salle de mariage. » Cette bibliothèque sert également de lieu où sont organisées de petites animations comme celle du jour sur la calligraphie, animée par Nisam : « Ici, à la mosquée de Paris, on maîtrise la calligraphie dans toutes les langues du monde. Mais comme on est une mosquée, on va mettre en exergue la calligraphie arabe, entre autres, aussi bien que la calligraphie latine. Donc là, le nom est écrit en calligraphie latine, en français, et le même prénom, Yasmine, en calligraphie arabe. » Autre lieu de visite de la Grande Mosquée, le jardin d'Eden où se trouve le tombeau du fondateur, Si Kaddour Ben Ghabrit, mort en 1954 à Paris : « Il est né en Algérie, décédé en 1954, enterré ici. Vous voyez les plaques, c'est pour rendre hommage aux musulmans morts pour la France. » Et entre le tombeau du fondateur et le minaret de la mosquée, il y a le jardin, très apaisant : « Là, nous avons des arbres fruitiers. Vous voyez, il y a de l'eau partout. Et là, vous voyez le minaret qui fait 33 mètres de hauteur pour faire l'appel à la prière. » À écouter aussiLa Grande Mosquée de Paris a 100 ans Un lieu ouvert à tous les visiteurs Pour l'instant, ce n'est pas l'heure de la prière. De passage à Paris, cette Marseillaise trouve les lieux : « Extraordinaire ! Ça me rappelle, bien sûr, mes petits voyages au Maroc et notamment à Séville aussi. On retrouve exactement les mêmes principes architecturaux. Voilà, ça me plaît beaucoup. » Par une entrée opposée à celle de la mosquée, il y a un hammam réservé aux femmes et un restaurant. Un lieu très prisé des visiteurs. Habib est un habitué. Il apprécie le côté ouvert de la mosquée : « Tout le monde est là, chrétiens, musulmans, de n'importe quelle religion ou non-croyants. » Attablée à la terrasse, cette Franco-Algérienne est venue avec une amie : « Moi, c'est vrai que je viens souvent, mais plutôt au hammam. Je viens très souvent parce que je trouve que c'est une expérience vraiment traditionnelle qui se rapproche de celle qu'on a au bled. » Pour son amie : « Moi, c'est la première fois, je suis ravie. Le thé glacé à la menthe est délicieux. Pareil pour les pâtisseries. Donc, je suis ravie, je reviendrai. » Chaque année, plus de 60 000 visiteurs viennent admirer la Grande Mosquée de Paris. À lire aussiGrande Mosquée de Paris: «Elle fait partie de la République» depuis cent ans

    Attentat de Nice, 10 ans après: le chemin de la reconstruction de proches de victimes

    Play Episode Listen Later Jul 13, 2026 3:31


    Le soir du 14 juillet 2016, alors que des milliers de personnes sont venues assister aux feux d'artifice, un camion de 19 tonnes, lancé à toute allure sur la Promenade des Anglais, tuait 86 personnes et blessait des centaines d'autres. À Nice, cette blessure ne se refermera sans doute jamais. Notre correspondante Eliza Amouret est allée à la rencontre de Thierry Vimal qui a perdu sa fille de 12 ans et de Célia Viale qui a perdu sa maman dans l'attentat. Tous deux artistes, ils racontent comment cet attentat a bouleversé leur vie. De notre correspondante à Nice, C'est dans son appartement, situé dans le Vieux-Nice, que l'écrivain Thierry Vimal nous reçoit en compagnie d'une de ses amies artistes plasticiennes, Célia Vial. Alors qu'il n'avait pas publié de livres depuis plusieurs années, Thierry renoue avec l'écriture dès le lendemain du 14 juillet 2016 : « Quand j'ai perdu ma fille, instantanément, j'ai eu le besoin d'écrire, de revenir à l'écriture littéraire. Il y a une espèce d'exigence de sens par rapport à la vie quand on se prend un drame comme ça dessus, qui fait que, pour moi, écrire de la com n'avait plus aucun sens ! » Une façon pour lui d'extérioriser ce qui vient de se passer : « Donc, alors, on est le 15 juillet 2016, ma fille est morte à l'hôpital Lenval devant moi pendant la nuit du 14 au 15, son corps a été emporté par la médecine légale. L'hôpital Lenval, c'est comme un grand bateau bleu et blanc posé sur la Méditerranée. Et on est arrivés et j'ai vu, il était pris d'assaut par des journalistes, des camions régie, des perches… Et j'ai une vision à la Jules Verne, de voir un grand bateau attaqué par une espèce de monstre protéiforme tentaculaire qui essayait. Et là, j'ai une scène, et dans ma tête, je me disais : "Bon, ça, cette scène-là sera dans le livre." » Puis, il continue au procès antiterroriste à Paris en 2022, où il rédige les chroniques judiciaires qu'il a adaptées cette année en pièce de théâtre : « J'ai fait un patchwork où il y a des scènes très dures et très tristes. Et d'autres scènes où la salle est pliée en deux de rire. Et tout ça fonctionne très bien. Et voilà, on a rempli trois fois trois soirs de suite la salle et standing ovation à la fin à chaque fois, donc ça s'est très bien passé. »  L'attentat, point de départ d'une nouvelle réflexion artistique Célia, de son côté, met plusieurs mois avant de créer à nouveau après la mort de sa maman. Au moment de l'attentat, elle est étudiante aux Beaux-Arts en Belgique : « Donc, je travaillais déjà sur les moyens de protection plutôt animaliers, type carapace, peau de crocodile, tous ces trucs comme ça. Et, à ce moment-là, en 2016, donc, vient la nécessité d'une protection beaucoup plus d'urgence et beaucoup plus profonde. Et me vient l'image du cocon. Et donc, je travaille beaucoup sur cette image-là, sur créer des pièces où on ne sait pas si, à l'intérieur, c'est vivant, si c'est mort, c'est ce temps de métamorphose et de latence hyper profonde. » L'attentat est un point de départ pour sa réflexion artistique : « C'est là où sont venues ces réflexions de qu'est-ce qu'on est aux yeux de la société quand on est plus productif ? Parce que je me sentais complètement dénuée de toute valeur marchande. » Dix ans après le drame, tous les deux refusent de parler de résilience « Ce n'est pas un mot qu'on emploie entre nous. Alors, ça va ta résilience, toi ? Ouais, moi aussi... Non, non, c'est un mot qu'emploient les autres et qui, nous, nous irrite de plus en plus avec les années », explique Thierry. « Ça rassure beaucoup les institutions et la société en général que les victimes restent dans un rôle de victime, qui arrange tout le monde. Donc, c'est bien, c'est de nous sortir une fois par an, nous dépoussiérer et nous remettre à pleurer devant les journalistes une fois par an, et encore… », ajoute Célia. Thierry et Célia ont parfois l'impression que l'attentat de Nice a bien vite été oublié.

    La base aérienne d'Évreux, en Normandie, se prépare au défilé aérien du 14-Juillet

    Play Episode Listen Later Jul 12, 2026 2:33


    Comme chaque année pour la fête nationale du 14-Juillet, l'armée va « montrer ses muscles », et plus particulièrement cette année compte tenu des tensions géopolitiques. Les spectateurs pourront assister au défilé au pas sur les Champs-Élysées et à une parade aérienne au-dessus de la capitale. Ces manœuvres, complexes, demandent beaucoup de préparation. RFI a embarqué dans un avion de transport de troupe, avec un décollage depuis la base d'Évreux, en Normandie, dans l'ouest de la France, pour un entraînement à la parade du 14-Juillet. À lire aussiFrance: les canicules à répétition relancent le débat sur l'accès à l'eau pour l'agriculture

    France: les canicules à répétition relancent le débat sur l'accès à l'eau pour l'agriculture

    Play Episode Listen Later Jul 9, 2026 3:22


    La France connaît actuellement son troisième épisode de canicule depuis la fin mai. Particulièrement touché, l'ouest de l'hexagone, où le thermomètre a encore tutoyé les 40 degrés cette semaine, à Bordeaux, Agen ou encore Angoulême. Ce nouvel épisode caniculaire s'accompagne d'une absence de pluie. Des températures qui mettent les corps à rude épreuve, mais aussi les cultures. Les agriculteurs souffrent et réclament des mesures d'urgence pour sauver les récoltes, notamment des dérogations dans l'accès à l'eau.  « Voici des plants de maïs semés début avril, qui arrivent péniblement à un stade de floraison. Certains sont déjà en train de dépérir. Une récolte sans doute quasi nulle, je pense. » Bertrand Feugnet se désespère. Pas une goutte de pluie à l'horizon en France depuis des semaines. Des températures supérieures de plus de 10 degrés aux normales dans la région. « On a un déficit hydrique qui est colossal. Je pense que la culture du maïs va devenir très compliquée. Il faudrait arriver à développer l'irrigation par des stockages d'eau. On n'a pas d'autres solutions. Cela veut dire stocker l'eau en hiver et pouvoir l'épandre l'été », détaille-t-il. La question du stockage de l'eau revient avec insistance dans la bouche de cet éleveur, viticulteur et céréalier à la tête d'une exploitation familiale. Affilié à la FNSEA, le principal syndicat agricole français, il ne comprend pas certaines réticences au nom de la protection de l'environnement : « On dit qu'il n'y a pas d'autres solutions. C'est ce qu'ils ont fait dans les pays du Sud, en Espagne, au Portugal, au Maroc. Pour nourrir les animaux, nourrir les gens, il nous faut de l'eau. On ne peut pas faire autrement. Coïncidence ? Vous avez en face de vous une réserve d'eau collinaire qui a été créée dans les années 2000. C'était un pionnier à l'époque. Elle s'est remplie tout doucement l'hiver et il a son eau pour l'été. Il arrive à cultiver du maïs. On les aperçoit au loin, là-bas. » Actuellement en discussion au Parlement, le projet de loi d'urgence agricole vise à répondre à la colère du secteur. Un volet prévoit de faciliter la construction d'ouvrages de stockage, y compris en zones humides, zones clés pour la biodiversité. Une perspective qui inquiète Jean-Pierre Georges, référent eau pour la Nouvelle-Aquitaine chez France Nature Environnement. Il appelle à faire des choix et à entamer une véritable transition agricole : « Ce stockage d'eau doit répondre à des priorités. Le maraîchage, l'élevage, l'agriculture biologique. Il faut que l'on arrive à se passer des grandes cultures, à un moment donné, parce qu'on n'aura pas assez d'eau pour répondre à ces besoins. Il y a de nouvelles cultures qu'il faut envisager aussi. Il faut réfléchir. On a fait disparaître les haies en disant que c'était de la contrainte en plus. Mais c'est ce qui permet de maintenir une certaine qualité du sol. Actuellement, le sol est drainé pour que l'eau parte le plus rapidement possible et l'été, on voudrait refaire venir l'eau. Le mieux serait de la conserver dès le départ. » Conserver l'eau, la ramener en terre, c'est le pari qu'a fait Éric Germond il y a 30 ans. Paysan bio et éleveur de vaches limousines dans le nord-est de la Charente, il a abandonné le modèle intensif, arrêté le maïs et recréé un écosystème riche en eau sur son exploitation. « Aujourd'hui, on sait très bien que s'il n'y a plus d'arbres, demain, il n'y a plus d'humanité. J'ai commencé à planter mes arbres les premiers. Ils ont 30 ans. Ils font de l'ombre et stockent de l'eau. Par contre, les zones où il n'y a plus de bocages, demain ce seront des déserts. Dans nos modèles, on retient l'eau dans le sol. Après, la quantité d'eau suffisante n'est pas là, donc il y aura sûrement d'autres adaptations à prévoir. Je ne sais pas lesquelles, mais l'agroforesterie en fait partie », estime-t-il. Selon l'Office français de la biodiversité, depuis 1950, 70 % des haies ont disparu des bocages français au profit de la céréaliculture intensive. Plus que jamais, la question du partage des ressources en eau se heurte à la question centrale du modèle agricole et de son adaptation pour faire face au réchauffement climatique. À lire aussiL'aquaculture est-elle une solution durable?

    Coupe du monde: des campagnes pour prévenir les violences conjugales [2/2]

    Play Episode Listen Later Jul 8, 2026 0:43


    Les violences sexistes et sexuelles pendant les compétitions de football n'arrivent pas que dans les bars. Durant ces périodes de compétitions sportives, les violences conjugales grimpent aussi en flèche. Une étude publiée en 2014 par l'université de Lancaster, qui s'était penchée sur les signalements collectés dans le nord-ouest de l'Angleterre lors des Coupes du monde de 2002, 2006 et 2010, montrait une hausse des violences conjugales les soirs de match de la sélection anglaise : de 38% en cas de défaite et de 26 % en cas de victoire ou de match nul. Plusieurs campagnes de prévention ont été mises en place cette année pour sensibiliser à ce phénomène. À lire aussiCoupe du monde: dans les bars, des dispositifs pour protéger les supportrices [1/2]

    Coupe du monde: dans les bars, des dispositifs pour protéger les supportrices [1/2]

    Play Episode Listen Later Jul 7, 2026 2:39


    La Coupe du monde de football bat son plein et les matchs s'enchaînent. Si les premiers matchs de la France ont attiré plus de 4 millions de téléspectateurs, ils ont aussi augmenté les chiffres d'affaires des bars et brasseries de 20%, signe d'une forte affluence. Pour limiter les violences sexistes et sexuelles lors de ces évènements, l'association « Her Game Too » (« son match à elle aussi ») propose aux bars des dispositifs de signalement et de prévention des agressions. En France, 43 établissements sont partenaires de l'association dans une douzaine de villes. Il y en a à Paris comme au Supercoin, dans le nord de la capitale où la terrasse du bar était plutôt mixte lors de la rencontre France-Suède. À lire aussiLa question des violences sexuelles, «une problématique dont toute la société doit s'emparer, les hommes aussi»

    Le 119, le centre d'appel d'«Allo, enfance en danger»

    Play Episode Listen Later Jul 6, 2026 3:33


    À Paris et dans d'autres grandes villes de France, des dizaines de milliers de manifestants ont appelé le week-end dernier à l'adoption d'une loi globale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Depuis quelques semaines, ces violences sont au cœur de l'actualité française, dans le sillage de l'affaire Lyhanna – cette collégienne de 11 ans violée et assassinée fin mai – et des nombreux scandales pédocriminels au sein du périscolaire parisien. En France, des dispositifs existent pourtant pour alerter les autorités sur des enfants en danger, comme le numéro d'urgence 119. Un open space, dix professionnels équipés d'un micro-casque et deux pré-écoutants. C'est ici qu'arrivent les 700 appels quotidiens passés au 119 dans toute la France. « Si vous appelez pour un mineur en danger, vous pouvez parler à un professionnel de la protection de l'enfance. Si vous ne parlez pas, je vais devoir raccrocher, au revoir. » À la pré-écoute, Landry filtre les appels : il évite les appels « muets » comme celui-ci. Il vérifie aussi la pertinence des appels. S'ils concernent plutôt des violences conjugales, il réoriente vers le 39 19, si l'enfant est en danger grave vers la police ou le Samu. « Je comprends, madame, l'objet de votre appel. Alors, vous êtes actuellement à l'accueil du 119, je vais devoir vous mettre en relation avec un de nos professionnels de l'enfance pour que vous puissiez expliquer votre situation. Alors actuellement, il y a de l'attente, il faudrait que vous nous rappeliez d'ici 16h, 16h30. » Environ 80 appels sont traités chaque jour, les centaines d'autres sont invités à rappeler sauf si l'appel est passé par un mineur, là, il est directement envoyé vers les professionnels, comme Jean-Pierre : « Salut Landry, ça va ? Okay, une dame, pas de problème, c'est bon, j'ai le numéro, merci beaucoup. » Jean-Pierre a fait des études d'éducateur spécialisé en Angleterre, il travaillait pour l'équivalent britannique du 119. « Allô, oui, bonjour, vous m'entendez ? Du coup, vous avez des inquiétudes concernant la sécurité d'un enfant, c'est ça ? » Un quart des appels pris en charge proviennent de mineurs. Le reste est passé par des adultes : parents, voisins, professeurs qui s'inquiètent pour un enfant. C'était le cas, ici, Jean-Pierre discutait avec une mère inquiète face à son enfant un peu turbulent : « En soi, c'est un appel assez léger, plutôt simple à gérer, dans le sens où ça ne relève pas de la protection de l'enfance, c'est une situation, on va dire, qui peut se gérer en interne par la famille. » À écouter aussiLe 119 Allô, enfance en danger La Crip, relais de la protection de l'enfance Une partie du travail des écoutants consiste à soutenir, conseiller, écouter et rediriger vers des professionnels. Mais quatre fois sur cinq, ils doivent aussi contacter la Crip : « C'est la Cellule de recueil des informations préoccupantes, il y en a une par département. » Joséphine vient tout juste d'envoyer un nouveau rapport à la cellule : « On alerte quand on a évalué des risques de danger ou des dangers pour des mineurs : ça peut être des négligences, des violences psychologiques, des violences physiques, des comportements de mise en danger pour les mineurs. Par là, on entend des fugues, ça peut être aussi des mineurs qui expriment des idées suicidaires, qui ne vont pas bien, qui expriment leur mal-être, qui se scarifient… Voilà, ça va être tous ces dangers-là que l'on va évaluer, que l'on va rechercher aussi, et puis il y en a beaucoup d'autres, ce n'est pas que ça, c'est les grandes lignes. » En France, entre 10 % et 15 % des informations préoccupantes sont remontées par le 119 : « Donc, on leur transmet, on les informe de la situation. Et, en fait, la Crip, elle va évaluer notre écrit, notre évaluation, et prendre une décision : soit il n'y a pas de suite à donner, soit il faut une enquête sociale, ils rencontrent les familles, soit ils estiment que c'est de l'ordre des compétences judiciaires et ils font un signalement. » Le chat, une porte d'entrée discrète pour les jeunes Le 119 a également mis en place un « chat ». Chaque jour, deux écoutants répondent aux jeunes de moins de 21 ans. Julie travaille au 119 depuis presque 20 ans, c'est elle qui s'occupe du chat aujourd'hui : « Dès 15 heures, on est sollicité et on a plusieurs chats en même temps. » Pendant le Covid-19, les appels ont bondi. Enfermés avec leurs proches, beaucoup de jeunes se sont retrouvés en danger : « Le chat a été pensé et créé au moment du confinement pour permettre aux mineurs de nous solliciter sans se faire prendre par leurs parents, notamment dans des logements exigus. Ça permet aussi de nous solliciter quand on n'a pas de tel, on peut chatter à partir de l'ordinateur ou de la tablette de l'école. » De nouveaux écoutants devraient renforcer les équipes du 119, moins d'une dizaine de temps pleins en plus, pas assez pour répondre aux besoins intarissables.

    Les «free parties» en débat à l'Assemblée nationale, leurs partisans manifestent

    Play Episode Listen Later Jul 5, 2026 3:33


    Ce lundi 6 juillet, l'Assemblée nationale française se penche sur le projet de loi Ripost, l'un des deux textes en débat en ce moment au Parlement, qui pourrait renforcer la pénalisation des free parties. Les événements de ce mouvement techno clandestin rassemblent parfois des milliers de personnes illégalement. C'est un gage de liberté, scandent les organisateurs ; c'est une source de nuisance et de dégradation, dénoncent les détracteurs. À lire aussiFrance: le ministère de l'Intérieur sévit face aux dérives du Teknival de Bourges

    Le dérèglement climatique raconté par plusieurs générations de cyclistes

    Play Episode Listen Later Jul 2, 2026 3:34


    En cette veille de Tour de France, qui se déroule traditionnellement en juillet, une question se pose : face au dérèglement climatique, cette compétition sera-t-elle condamnée par la multiplication des vagues de chaleur ? En mars dernier, un programme européen d'études des points de bascule climatiques soulignait que les activités physiques intenses pratiquées l'été allaient devenir risquées dans les années à venir, au point de faire annuler des épreuves sportives comme le Tour de France, pour éviter de mettre en danger la santé des coureurs mais aussi des spectateurs. Le réchauffement climatique fait déjà partie du quotidien des cyclistes, professionnels comme amateurs. Plusieurs générations de coureurs, membres du Paris cycliste olympique, témoignent. Le rapport du programme européen d'études des points de bascule climatiques est à découvrir ici. À lire aussiCanicule: l'Europe se réchauffe plus vite que le reste du monde, en Italie, des récoltes déjà menacées

    Face à la canicule, des villes plantent des arbres pour faire baisser la température

    Play Episode Listen Later Jul 1, 2026 3:33


    Après deux canicules exceptionnelles par leur intensité et leur précocité, les prévisionnistes météo annoncent à nouveau des températures très élevées dans les jours qui viennent en Europe de l'Ouest. Et la chaleur est encore plus intenable dans les villes bétonnées et bitumées. Pour se protéger, des solutions existent, notamment planter des arbres.  En plein centre-ville de Nantes, à l'ouest de la France, un vaste chantier est en cours, place Gloriette Petite Hollande. « Ici, à la base, c'était un grand parking. Quatre hectares vont être débitumés. Au milieu, on voit les premières plantations qui ont été faites », déclare Delphine Bonamy, vice-présidente en charge de la biodiversité à la métropole de Nantes. À terme, 650 arbres doivent être plantés, dit-elle.  Il y a deux ans, la métropole a signé une « charte des arbres », qui s'inspire de la règle d'urbanisme du 3-30-300. Delphine Bonamy Bonamy explique ce que cela signifie : « Voir trois arbres de sa fenêtre, vivre dans un quartier où il y a 30 % de surface arborée, et se trouver à 300 mètres d'un espace vert ».  Les bienfaits de cette règle sont prouvés scientifiquement. Quand elle est mise en place, la santé des habitants est améliorée. Les arbres apaisent, réduisent le stress, dépolluent l'air et le sol. Et ils ont aussi la capacité de rafraîchir l'air ambiant. Cela alors que Météo France estime que les vagues de chaleur pourraient durer jusqu'à deux mois en continu dans le pays, d'ici quelques dizaines d'années. En pleine canicule, Thomas Brail, fondateur du Groupe national de surveillance des arbres, le démontre avec un simple thermomètre : « On va faire une prise de température sur le bitume qui a pris le soleil toute la journée. On est à 56,6°C. Vous voyez, on ne peut même pas y rester. Le rayonnement solaire est tellement fort ! » À quelques mètres à peine, dans un parc, il fait deux fois moins chaud. « On est à 26,8°C au pied d'un arbre. Ça n'a pas été débroussaillé dessous, si on met le thermomètre ici, on se retrouve avec une température très basse », poursuit le militant, qui alerte sans relâche les responsables politiques. « On a besoin des arbres, ce sont des climatiseurs naturels. Le moindre mètre carré que l'on peut utiliser pour planter du végétal, il faut le faire ! », affirme-t-il.  Car les arbres ne font pas seulement de l'ombre, ils transpirent. Un chêne peut ainsi dégager 1 000 litres d'eau par jour : c'est de cette humidité que vient leur effet climatisant. L'ennui, c'est qu'ils souffrent aussi des canicules. En cas de fortes chaleurs, le sol s'assèche. Les arbres n'arrivent alors plus à puiser assez d'eau, ils risquent de mourir, et leur pouvoir rafraîchissant s'arrête. Il faut donc choisir avec attention les arbres à planter, explique Manuel Nicolas, en charge du suivi à long terme des arbres à l'Office national des forêts : « Il y a des espèces qui sont très bien adaptées pour supporter des grandes chaleurs, et des sécheresses importantes, notamment des espèces méditerranéennes. Et d'autres qui le sont moins ». Il est également important de diversifier les espèces en prévision du climat futur. « Il y a encore des arbres qui pourront supporter 50 °C avec suffisamment d'eau, mais on n'est pas à l'abri non plus que certains arbres commencent à avoir d'autres problèmes physiologiques, liés à la chaleur elle-même, qu'on ne connait pas forcément d'emblée. Parce qu'on entre dans des conditions climatiques qui sont inédites. On a des records de températures qui sont battus au fur et à mesure et on ne connaît pas forcément les capacités des arbres à supporter des extrêmes qu'on n'a jamais vus par le passé. Il faut plutôt privilégier un mélange d'essences, différentes espèces, dans l'idée que de cette diversité, on ait une chance que certains choix, certaines options s'en tirent correctement, jusque dans 100 ans. Pour le dire trivialement, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », préconise Manuel Nicolas. Les arbres restent de précieux alliés face aux canicules. Pourtant, malgré quelques politiques de végétalisation dans plusieurs villes de France, comme à Nantes, Paris ou Toulouse, ils sont encore trop souvent perçus comme des obstacles en ville. Ils gênent la construction de nouveaux bâtiments et de routes. En France, 25 000 hectares sont ainsi bétonnés chaque année. À lire aussiForêts: la France est-elle en train de sacrifier son principal allié contre le réchauffement climatique?

    Le congé de naissance représente «une perte de revenus» qui n'est pas à la portée de tous

    Play Episode Listen Later Jun 30, 2026 2:39


    Le congé de naissance d'une durée de deux mois maximum par parent entre en vigueur mercredi 1er juillet en France, offrant le prolongement du congé maternité, paternité ou adoption. Sont éligibles les parents dont l'enfant est né à partir du 1er janvier 2026. Mais cette avancée est encore très loin du niveau d'autres pays européens : ce nouveau droit est rémunéré à hauteur de 70 % du salaire net le premier mois et 60 % le second. Les associations féministes dénoncent une réforme minimaliste. Les associations féministes contestent le faible montant de l'indemnisation prévu par ce nouveau droit : dans un couple, cela reviendra sans doute à la personne au plus faible revenu de prendre le congé, soit la femme, dans la plupart des cas. Malgré tout, certains attendaient cette avancée, beaucoup la prévoient surtout pour pallier le manque de mode de garde ou pour pallier le stress de l'organisation à l'arrivée d'un nouveau-né. À lire aussiAllongement du congé paternité: ce qu'en disent les familles « Est-ce que ça devrait s'appeler congé ? » Héloïse, maman d'une première fille, Cléa, qui a trois ans, vient de lui donner un frère. Nino est né le 20 mars dernier. « C'est mon deuxième enfant. Pour ma part, la crèche prend l'enfant à partir de ses cinq mois au moins. Donc je n'ai vraiment pas le choix. Et il n'y avait qu'une place qu'en septembre et, je vais pouvoir prendre ce congé de naissance de début juillet à début septembre. Ce qui me permet même de pouvoir faire la première semaine d'adaptation à la crèche. Donc pour moi, ce congé de naissance est parfait. » Cependant, cette maman devra faire des sacrifices pour jouir de ce droit. « Ce qui est un peu dur, mais en fait, j'ai déjà l'expérience de l'aîné où j'ai compris qu'avoir un enfant, de toute façon, c'était renoncer à une bonne partie de son salaire et avoir une perte de revenus. Donc ça, je l'ai compris et c'est ce qui va se passer encore. Parce que ce congé de naissance, avec le deuxième mois, surtout à 60 %, je pense que ça va nous permettre de rentrer dans les charges. Donc, je me suis préparée, j'ai fait des économies, nous confie-t-elle. C'est ça qui me permet de pouvoir le prendre sereinement. Mais c'est compliqué », reconnaît Héloïse. Son conjoint va peut-être prendre un mois de congé de naissance aussi au mois d'août. « Cela va permettre qu'on soit tous les deux en garde et cela va m'alléger un petit peu le quotidien. Je pense que c'est vraiment important que les hommes aient vraiment un temps, si possible même seuls, à garder l'enfant. C'est vraiment là qu'on comprend tout le travail que c'est et toute la charge que c'est. Et ça permet d'être vraiment plus équilibré après. Moi j'en ai fait l'expérience avec mon aîné, quand mon compagnon l'a gardée un petit peu seule. La répartition des tâches était bien mieux après. Est-ce que ça devrait s'appeler congé ? Je sais même pas parce que c'est vraiment du travail parfois entre juste le changement de couches, donner le biberon et les pleurs, on n'a vraiment aucun temps pour soi dans une journée. » À lire aussiCongé de paternité de 28 jours: «un investissement pour des progrès de développement de l'enfant et pour la stabilité du couple » « 60 % du salaire sur des salaires de niveau intermédiaire, ça reste difficile à gérer » À 39 ans, Étienne va devenir père de famille en septembre prochain. « Sur l'idée de prendre un congé de manière générale, il n'y avait pas trop trop de débat à avoir. Moi, je pense que c'était important de prendre ma part du travail, de participer à tout ce changement de vie, ce changement de rythme qui accompagne une naissance inévitablement. Alors si on parle du nouveau congé qui rentre en place en juillet, la réponse est plutôt non. Pour une raison assez simple : 60 % du salaire sur des salaires de niveau intermédiaire, ça reste quand même difficile à gérer. Il faut anticiper un certain nombre de dépenses aussi. Quand on devient parent, c'est vraiment difficile. Et les gens hésitent parce que financièrement, en termes d'organisation, c'est pas l'idéal », analyse-t-il. À lire aussi«Deux semaines, c'est ridicule»: au Royaume-Uni, les hommes demandent un congé paternité plus long

    Prescription sur les violences sexuelles: «Notre législation ne correspond plus à la réalité sociétale» française

    Play Episode Listen Later Jun 29, 2026 3:34


    En France, les violences sexuelles sont au cœur de l'actualité, notamment judiciaire, avec l'affaire Bruel, Lyhanna et autres, les voix réclamant un changement de système. Des grandes marches citoyennes sont régulièrement organisées pour promouvoir la proposition de loi intégrale pour protéger les victimes et les enfants de violences sexuelles. Le texte ne prévoit pas de supprimer la prescription en matière de crimes et délits sexuels : pourtant de nombreuses victimes, ainsi que le collectif La voix des survivant(e)s, réclame la levée de cette limite temporelle. « Ni prescription, ni exception », tel est le slogan du jeune collectif La Voix des survivant(e)s. Sophie Tissier en fait partie. Elle n'a que 16 ans lorsqu'elle subit son premier viol. Premier, car il y en aura quatre autres ensuite. « Je me suis retrouvée en perdition. En fait, je me suis perdue moi-même. Je ne me suis jamais retrouvée moi-même telle que j'étais avant d'être victime. »  Un état qui l'empêche encore aujourd'hui de porter plainte. Elle n'est pas sûre d'y parvenir à temps. En France, la prescription pour une victime mineure est de 30 ans après sa majorité. « Logiquement, j'ai encore quelques six mois pour porter plainte puisque quand j'aurai 48 ans, les faits seront prescrits », rappelle-t-elle. À lire aussiViolences sexuelles: manifestations à Paris et devant plusieurs tribunaux pour une «loi intégrale» « Je n'étais absolument pas en état psychique de pouvoir porter plainte à l'époque » Au sein du collectif, qui regroupe des victimes d'hommes influents, Sophie Tissier vient dénoncer Eric Coquerel, président de la commission des finances à l'Assemblée nationale, qu'elle accuse d'agression sexuelle lors d'une soirée de 2014. Un délit prescrit au bout de six ans. « Je n'étais absolument pas en état psychique de pouvoir porter plainte à l'époque des faits et dans les délais des six ans », explique-t-elle. Lui nie les faits mais Sophie Tissier veut un procès. « Et tant que la justice ne sera pas rendue, je ne pourrai pas tourner la page, je ne pourrai pas me reconstruire ». Elle partage ce sentiment avec Thysia Huisman. La Néerlandaise est une des premières victimes à avoir déposé plainte dans le volet français de la tentaculaire affaire Epstein. Elle accuse Jean-Luc Brunel, ami du milliardaire, de l'avoir droguée et violée en 1991. La mannequin était majeure au moment des faits, elle n'avait que 20 ans pour déposer plainte. « J'ai déposé plainte contre Jean-Luc Brunel en 2019. C'était 28 ans après les faits. J'avais 18 ans quand j'ai été violée, donc c'était trop tard. La difficulté avec les violences sexuelles, c'est que pendant des années, j'ai essayé de laisser ça derrière moi. J'ai fait des dépressions, eu beaucoup d'addictions. »  Ce déni total ou partiel a un nom : l'amnésie traumatique. Cela concerne 40 % des victimes, selon plusieurs études scientifiques. C'est un mécanisme d'autodéfense du cerveau qui occulte tout ou partie d'un traumatisme. « Il m'a fallu du temps pour être assez forte pour porter plainte. Et là on m'a dit "désolé, c'est trop tard". C'est très frustrant, ça doit changer », insiste Thysia Huisman. À lire aussiFrance: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles? Face à l'accord au sein de l'UE, la loi française devra s'adapter « Comment on peut sérieusement laisser un délai de prescription alors même que la victime n'a plus conscience de ce qu'elle a subi ? » Me Lejeune est avocate et accompagne des victimes de violences sexuelles. Elle milite elle aussi pour la fin de la prescription. « Quand vous voyez que dans votre cabinet, vous recevez presque autant de victimes prescrites que non prescrites, c'est qu'il y a une difficulté, c'est que notre législation aujourd'hui ne correspond plus à la réalité sociétale », soulève-t-elle. Une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles doit être déposée à la rentrée. Elle prévoit notamment de créer des unités de police et des tribunaux spécialisés. Mais l'avocate regrette que l'imprescriptibilité ait été écartée du texte : « Je pense que la victime, à tout moment, a le droit aussi à réparation, a droit aussi d'être entendue quand elle décide de verbaliser les faits subis. »  La loi française devra de toute façon s'adapter. Les États membres de l'Union européenne ont trouvé un accord le 22 juin dernier imposant aux 27 un délai de prescription de 32 ans après la majorité pour les crimes sexuels sur mineurs, qui pourrait également être étendu jusqu'à 15 ans pour les autres infractions sexuelles. À lire aussiLa justice face aux violences sexuelles: «826 procédures à traiter en trois semaines, c'est très court»

    France: cinq ans de la loi bioéthique ouvrant la PMA à toutes les femmes, quel bilan?

    Play Episode Listen Later Jun 28, 2026 3:30


    Il y a cinq ans, en France, l'Assemblée nationale adoptait définitivement une loi relative à la bioéthique. Un texte qui a consacré plusieurs avancées sociétales majeures, dont l'ouverture à la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes. Il a permis par la même occasion la reconnaissance de la deuxième mère comme parent à part entière dès la naissance. Depuis 2021, la demande de PMA en France a été multipliée par huit et plus de 12 000 femmes seules ou en couple lesbien en ont déjà bénéficié. Un grand pas pour les femmes concernées, même si les délais d'accès à ce dispositif restent conséquents. Assise sur les genoux de sa maman, Romane, six mois, gazouille, ravie. Aurore est gaga, ça fait longtemps qu'elle attendait d'avoir ce bébé : « Je ne croyais pas trop à l'arrivée du Prince charmant pour fonder une famille. Du coup je me suis dit que si j'avais envie d'un enfant, je pouvais très bien lancer la démarche toute seule », raconte Aurore.  Pour avoir sa fille, Aurore a eu recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Cinq ans plus tôt, elle n'aurait pas pu entamer cette procédure sans conjoint. Elle est considérée comme « mère isolée » ou « maman solo », un très mauvais surnom pour la trentenaire qui se sent plus qu'entourée.  Aurore considère qu'elle n'éduque pas seule sa fille : « Pour moi, l'idée, ce n'est pas d'élever ma fille seule, c'est d'élever ma fille en communauté avec mes amis, avec ma famille. Je prends plein de conseils de mes amis et c'est hyper précieux parce qu'on a l'avis de plein de personnes différentes. Avec une amie très proche, on parle beaucoup d'éducation positive, de comment on élève nos enfants et je me rends compte qu'elle me parle d'exemples concrets qui se passent avec sa fille et on en discute en mode "Bah, comment tu as réagi ?" Je demanderai bien sûr aussi conseil à ma mère, à d'autres amis qui ont des enfants pour aussi gérer la situation ». La loi bioéthique de 2021 ne portait pas que sur la PMA. Elle comportait aussi une clause qui ne sert pas à Aurore mais a bien aidé Jeanne, sa compagne, lorsqu'elles ont eu leur enfant. « La loi bioéthique était très symbolique, mais elle était aussi pratique. On a pu faire une reconnaissance anticipée de parentalité chez le notaire, explique Jeanne. Donc, éviter les un an de délai de vide où le parent n'est pas parent officiellement puisqu'il faut adopter au bout d'un an l'enfant, et moi j'étais maman dès que mon enfant est né, j'étais maman de cette petite fille. »  Leur petite fille a quatre ans, c'est un des premiers bébés français à avoir officiellement eu deux mères dès sa naissance. Jeanne décrit comment s'est passée la reconnaissance : « ​À l'hôpital, les dossiers étaient prêts, on a été les premières mamans dans la maternité à qui on a dit : "On est prêts, vous êtes nos premières, on va vous déclarer mamans toutes les deux. Comment s'appelle la petite fille ?" On a rempli nos cases, elles étaient prêtes ces cases. À la mairie, c'était pareil, on nous a clairement dit : "Bougez pas, je vais quand même vérifier avec la direction, mais on est prêts pour ce genre de couples." J'ai reconnu ma fille à la mairie et c'est comme si on était accueillies enfin administrativement et légalement. » Des délais allant jusqu'à cinq ans d'attente Le docteur Cohen est gynécologue depuis 2019, il était prêt lui aussi en 2021 : « On a enfin pu s'occuper des couples de femmes et des femmes seules. Moi, dans ma pratique en tout cas, j'ai eu plus de femmes seules qui ont bénéficié du don de sperme en France que de couples de femmes. J'ai eu des couples de femmes bien sûr, mais elles avaient toutes choisi, malgré la loi française, de faire leur suivi à l'étranger, au Danemark, en Espagne, en Belgique, pour des questions de rapidité. » Quand en France les délais d'attente peuvent aller de quelques mois à cinq ans, à l'étranger il ne suffit parfois que de 4 à 8 semaines. Surtout qu'en France les dons de gamètes se font par région et certaines sont moins bien loties que d'autres. Arya et sa compagne sont passées par un parcours illégal, elles habitent à côté de Marseille en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) : « Nous, on habite en Paca, c'est une région où il y a beaucoup de demandes et beaucoup, beaucoup d'attente. En général, il y a un an et demi d'attente, voire deux, jusqu'au premier essai. Et on te dit que t'en as pour deux ou trois essais pour que ça marche. Ce n'était pas possible pour nous. » Mais partir dans d'autres pays ou recourir à des parcours illégaux coûte cher. La PMA française est, elle, complètement remboursée par la sécurité sociale.

    L'extrême droite violente se développe en Bretagne

    Play Episode Listen Later Jun 25, 2026 3:27


    À l'automne, à Brest, dans l'ouest de la France, douze personnes vont être jugées pour l'attaque d'un bar, attaque attribuée à l'extrême droite. Les violences émanant de groupuscules radicaux se développent en Bretagne. Région qui est pourtant un bastion du vote modéré. Mais les agressions violentes racistes, antisémites, islamophobes y sont de plus en plus courantes. Et c'est particulièrement le cas à Brest. Le compagnon d'un député La France insoumise a été attaqué en août dernier, des tags nationalistes fleurissent sur les murs… Et parfois, ce sont de vraies expéditions punitives qui se déroulent en plein centre-ville, comme lors de l'attaque du Café de la Plage. Nous sommes devant la terrasse du Café de la Plage, en plein centre de Brest. Devanture rouge, bardée d'affiches, le lieu est plutôt à gauche. Ce soir de septembre 2025, Erwan boit un verre juste à côté. « On allait juste partir pour aller boire un verre ailleurs. » Mais soudain, une vingtaine de personnes cagoulées débarquent. « Il y avait un premier groupe qui a gazé la terrasse et après, en fait, ils se sont rués sur eux et ils ont tabassé tout le monde, raconte Erwan. Sur les vidéos, tu vois des gens avec des battes de baseball ou des espèces de barres en métal. Assez vite, les gens du bar se regroupent pour les faire dégager. Il y avait des gens qui avaient reçu des gaz lacrymo, des gens qui étaient blessés, qui avaient des contusions au visage. Ça rend très concret la poussée de l'extrême droite en France. » À lire aussiViolence d'extrême droite en France: «D'abord, on a une recrudescence du nombre de meurtres» Le vote Rassemblement national a progressé de 10% en Bretagne « Brest est natio ». Le slogan a résonné pendant l'expédition punitive. Une signature de l'extrême droite pour Olivier Cuzon, vice-président de la Ligue des droits de l'homme de Brest : « Autour du stade de foot, on s'est rendu compte qu'il y avait un petit club. Mais manifestement, c'est pas que des supporteurs de foot, ils sont aussi d'une idéologie bien précise. »  Selon lui, il y a une question de contexte politique. Aux législatives de 2024, le vote pour le Rassemblement national a progressé de 10% dans les quatre départements bretons. « La face institutionnelle, à savoir le Rassemblement national, donne une forme d'immunité à ces groupuscules, au point d'aller casser la gueule des personnes racisées ou des personnes qui affichaient ostensiblement leur attachement à la communauté LGBT, relève Olivier Cuzon. Clairement, à Rennes, ça fait longtemps qu'il y a une extrême droite violente et radicale autour de la faculté en particulier. À Lorient, on a des groupes militaires qui, à plusieurs reprises, se sont organisés en milices, il faut dire ça comme ça, et qui, en ville, chassaient pour vouloir aider prétendument les forces de police pour rétablir l'ordre. Après le meurtre de Naël, on s'est cru à l'abri longtemps de cette extrême droite violente, et on découvre un peu des choses dont on a évidemment entendu parler. Quand on se tient un peu au courant des informations en France, c'est pas des choses nouvelles, mais en Bretagne, c'est nouveau. » À lire aussiLégislatives 2024: en Bretagne, les électeurs modérés séduits par le RN face à la baisse du pouvoir d'achat « Il est hors de question que Brest devienne une "zone natio" » Des partis de gauche et des syndicats sont aussi visés. Au local de Solidaires 29, ces deux syndicalistes sortent d'un tiroir des stickers. Ils les ont trouvés, collés sur leur porte. « C'est marqué "zone nationaliste" avec la fleur de lys et la croix celtique », décrivent les syndicalistes. Locaux tagués, serrures bouchées, manifestations perturbées… Ces derniers mois, les menaces se multiplient contre le syndicat. « Moi, je dis toujours que je n'ai pas peur. Une attaque comme celle du Café de la Plage, elle est assez spectaculaire et, pour moi, c'est un peu terroriste. Et en fait, ils ne nous empêcheront pas de parler, ils ne nous empêcheront pas de sortir. Ils ne nous empêcheront pas de militer et de défendre les valeurs qu'on a chevillées au corps », souligne l'une des syndicalistes. « J'ai une crainte, il ne faut surtout pas que Brest se transforme comme Lyon, lâche l'autre syndicaliste. Lyon est depuis des années un laboratoire de l'extrême droite, d'emprise de l'extrême droite sur le vieux centre-ville de Lyon. C'est vraiment dur. Les agressions, je ne sais pas combien il y en a à Lyon, mais ça fait des années qu'il y en a. Il faut faire plus attention quand on organise des trucs publics. Il est hors de question que Brest devienne une "zone natio", comme ils disent. » Devant le Café de la Plage, la terrasse a été réparée. L'enquête n'a rien donné pour le moment. Le groupe de supporteurs soupçonné d'avoir attaqué est injoignable. Les actions d'extrême droite ne se sont pas calmées. Des tags nationalistes ont été découverts mercredi 22 avril sur les murs d'un lycée de la ville. À lire aussiGauche, droite: le retour de la violence?

    LGBT+: «31 14» le numéro national de prévention du suicide particulièrement sollicité

    Play Episode Listen Later Jun 24, 2026 3:32


    En ce mois des Fiertés, il est important de rappeler que les personnes LGBT sont plus sujettes au mal-être et aux tentatives de suicide car elles sont plus exposées aux violences et discriminations, à l'abus de substances psychoactives ou au renoncement aux soins. Pour faire rempart au désespoir, le « 31 14 » est le numéro de la ligne d'écoute nationale confidentielle et gratuite. Il a pour mission d'apporter écoute et secours aux personnes en détresse psychologique. Chaque année en France, 9 000 personnes mettent fin à leurs jours, l'un des taux les plus élevés d'Europe. Laurence Théault s'est rendue au centre « 31 14 » de Lille, dans le nord de la France. Le 31 14 ne cesse de sonner, au bout du fil, celles qu'on appelle les répondantes sont des infirmières. Elles ont été formées à la prévention du suicide. Le profil des gens qui composent le « 31 14 » est très varié. « Toutes les tranches d'âges sont représentées, donc on peut aussi bien prendre en charge des enfants que des personnes âgées, des adultes. On prend en charge au « 31 14 » ici des personnes homosexuelles, transgenres, explique Estelle, infirmière. Le fait de ne pas forcément être accepté dans la famille par l'entourage. L'isolement, c'est un facteur de vulnérabilité ». Les situations de désespoir sont bien identifiées : solitude, isolement social, familial, discrimination, précarité, rupture amoureuse. Les soignantes le savent, il ne faut jamais minimiser la souffrance psychique. « L'attitude qu'il ne faudrait surtout pas avoir, c'est banaliser, minimiser la souffrance de la personne. Ne pas légitimer sa souffrance non plus. Lui dire : "C'est pas grave" et c'est ce qu'ils entendent autour d'eux, "c'est pas grave, il suffit de se bouger et tu vas y arriver". C'est de la clinique. On la repère, donc les symptômes, et ensuite on prend en charge en fonction des symptômes, développe l'infirmière. C'est du soin. C'est même que du soin en fait. La seule particularité ici qu'on a au « 31 14 », c'est qu'on soigne sans le corps. Mais on soigne. » À lire aussiItalie: le suicide d'un adolescent mis à l'écart à cause de son homosexualité Le centre « 31 14 » collabore avec le Samu C'est très important que la personne en détresse puisse mettre des mots sur sa souffrance. Également infirmière, Mélina définit les contours de ce dispositif. « On est des professionnels de santé. On a une ligne d'évaluation et d'orientation avec des professionnels de santé, infirmiers, psychologues. Ce n'est pas une ligne d'écoute où aujourd'hui "j'ai envie de parler, je m'ennuie, je vais appeler le 31 14". »  Le « 31 14 » peut collaborer avec le Samu dans des situations d'urgence. « Elle a pris en charge une personne qui était manifestement en état de crise suicidaire à proximité d'ici. La désescalade étant difficile, elle a contacté le Samu pour envoyer une ambulance et que cette personne soit prise en charge aux urgences », décrit Mélina. Ces recours au Samu ne représentent que 8 à 10 % des appels. Il y a 9 000 décès par suicide par an en France. C'est énorme pour les répondantes, ces morts sont évitables. Mélina se sent utile. « Il y a des personnes qui disent : "Vous m'avez sauvé la vie." Des personnes qui rappellent parfois en disant : "À ce moment-là, j'ai fait tel geste et grâce à vous, je suis en vie et je vous remercie. Maintenant, je me suis sécurisée" », raconte-t-elle. À lire aussiFrance: harcelée pour son homosexualité, une directrice d'école se suicide le jour de la rentrée  « Entre 25 et 45 % des personnes trans qui ont des idées suicidaires » Les personnes LGBT+ sont confrontées à des risques accrus de suicide en raison de discriminations et d'isolement, comme l'explique le psychiatre Charles-Édouard Notredame, coordinateur national adjoint du « 31 14 ». « Chez les populations homosexuelles, gays et lesbiennes, on a un risque multiplié par quatre de suicide dans les populations trans. Donc, en transidentité, ce risque est multiplié par huit et on estime que c'est environ entre 25 et 45 % des personnes trans qui ont des idées suicidaires. On entend souvent qu'on est dans une société plus ouverte, qui inclut davantage les personnes homosexuelles, mais on est loin d'être arrivé au bout du chemin, et en particulier pour les personnes trans. Mais ça reste des populations vulnérables, requiert une attention particulière. »  Le centre « 31 14 » de Lille reçoit 400 appels par jour. À lire aussiDroits des personnes LGBTQ+: tour d'horizon des situations à travers le monde

    Les vagues de chaleur en France fragilisent l'équilibre des stocks sanguins

    Play Episode Listen Later Jun 23, 2026 2:38


    Après une vague de chaleur précoce et inédite en mai dernier, la France fait de nouveau face à une canicule. Cet épisode de chaleur s'annonce « étendu, durable et intense », avertissait vendredi dernier Météo-France. Avec plus d'un Français sur deux concerné par la vigilance rouge dans plus de 50 départements. Les conséquences des vagues de chaleur se font notamment sentir sur les dons de sang. C'est une conséquence dont nous parlons plus rarement, mais qui existe bel et bien. Début juin, l'Établissement français du sang alertait : les épisodes de chaleur extrême, combinés aux périodes de vacances et de jours fériés comme en mai, fragilisent régulièrement l'équilibre des stocks sanguins. En cette période de canicule, RFI s'est rendue dans une Maison du don du sang, à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Devant une patiente allongée pour don du sang, Carla Tangabia, infirmière, redouble de vigilance car « la vague de chaleur peut fatiguer davantage les donneurs, explique-t-elle. Le corps souffre énormément de la chaleur. En plus avec le don, on fait plus attention. En début de semaine, on nous a rappelé encore de faire très attention, d'être un peu plus vigilant à l'hydratation, de faire attention aux températures. Ici, on a la climatisation, donc ça va. On fait attention aux donneurs, on les surveille, on les garde un peu plus si ça ne va pas. » Dans la salle d'attente, Nora, une donneuse régulière depuis 1992. Ce matin-là, avec la canicule, elle l'avoue : elle a hésité à se déplacer. « Je me suis posé la question en voyant qu'il allait faire très chaud parce qu'en plus j'ai des problèmes de circulation, donc j'ai les doigts gonflés. Donc je me suis posé la question et puis je me suis dit : "Allez, faut y aller" ». À proximité, dans la salle de repos, Céline, 18 ans, se réhydrate. Elle vient de faire son premier don. « On nous prend bien en charge. On nous explique bien la conduite à tenir pour éviter du coup de faire des malaises, surtout au vu de cette chaleur. On nous explique aussi l'importance de s'hydrater. On nous propose des boissons, des gâteaux, etc. » « Venir en ayant bu avant et bien boire après » pour les donneurs de sang Pour éviter d'enregistrer de trop fortes baisses des dons, notamment en période de canicule, Emilia Fumeron, assistante médicale, multiplie les appels. « Alors aujourd'hui, j'ai eu trois personnes qui m'ont dit qu'à cause de la chaleur, ils préféraient attendre que les températures diminuent avant de venir. J'en suis à mon cinquantième appel avec deux rendez-vous confirmés. Je laisse beaucoup de messages. Les gens sont au travail. Ils ne sont pas non plus forcément disponibles, mais ça leur fait un rappel. » Et ces sollicitations sont nécessaires, explique Sophie Boiron, médecin de prélèvements. « Il y a une petite baisse actuellement et je pense que ça va aller en augmentant parce que plus la température va augmenter, je pense qu'on aura moins de monde. Déjà, le nombre global de dons prévus dans la journée est moindre. » Et la médecin rappelle qu'il est bien possible de donner son sang en période de canicule. « On peut, mais il faut absolument bien s'hydrater, ça c'est fondamental. Venir en ayant bu avant et bien boire après. Et surtout bien suivre les consignes qu'on leur donnera. Mais donner oui ! » Donner pour éviter de fragiliser l'équilibre des stocks sanguins. C'est un credo constant, explique Syria Laperche, directrice médicale de l'établissement français du sang. « Le besoin est constant, d'autant que les produits sanguins sont labiles. Le globule rouge ne peut être conservé que 42 jours et les plaquettes sept jours. Donc c'est un stock qu'il faut renouveler de manière constante et fréquente. » Avec la multiplication à venir des vagues de chaleur, plus précoces, plus fréquentes et plus intenses, l'Établissement français du sang assure rester vigilant sur le sujet. À lire aussiComment le changement climatique affecte-t-il le don du sang?

    Une veillée républicaine avant l'entrée au Panthéon de Marc et Simonne Bloch

    Play Episode Listen Later Jun 23, 2026 3:33


    En France ce mardi 23 juin, le Panthéon va accueillir en son sein le grand historien Marc Bloch. Mais avant cela le public peut rendre hommage à l'historien depuis lundi soir lors de la veillée républicaine. C'est l'École normale supérieure, dont Marc Bloch fut élève de 1904 à 1908, qui a été choisie pour accueillir l'événement. Il s'agit d'un rite solennel qui permet à la Nation de se recueillir une dernière fois avant la cérémonie de panthéonisation proprement dite. Son but ? Marquer la transition entre le statut de citoyen illustre et celui de « Grand Homme » (ou Grande Femme) de la patrie. « Vous avez bien sûr déjà contemplé les cénotaphes de Simone et de Marc Bloch, qui en repartiront demain après-midi vers le Panthéon », tel est le discours que l'on peut entendre lors de la veillée républicaine qui se déroulait dans la soirée du lundi 22 juin, à l'École normale supérieure.  C'est dans la bibliothèque de la grande école que sont exposés les cercueils de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal, le drapeau français les recouvre. Pour Frédéric Worms, le directeur de l'ENS c'est un honneur à plus d'un titre : « Ce n'est pas seulement parce que Marc Bloch était un des anciens élèves les plus prestigieux de notre école, très prestigieuse. Ce n'est pas seulement pour ça. C'est parce qu'il incarne les principes qui sont représentés aussi par cette école, qui sont, je dirais, même pas la science. C'est vraiment la vérité. C'est la science comme travail de la vérité, mais c'est la valeur de la vérité. Le fait que la vérité, pour un historien, c'est fondamental, ça s'établit, ça se démontre contre des fabrications, contre des mensonges, il a défendu la vérité ». « Un élève absolument brillant » Veste de costume malgré la chaleur, Matis tenait à rendre hommage à son arrière-grand-père, il évoque les bulletins scolaires du tout jeune Marc Bloch. « Alors c'était un élève absolument brillant. J'ai gardé ses bulletins scolaires qu'on a récupérés d'un fonds de Moscou en 1995. Il est premier absolument partout, Marc Bloch, sauf en mathématiques. À part ça, il est premier prix partout et a des appréciations absolument extraordinaires, notamment une qui me marque profondément de son professeur d'histoire, "élève zélé et intelligent, sait et comprend l'histoire", s'émerveille Matis Bloch.  Et l'arrière-petit-fils aurait de qui tenir en ne manquant pas d'humour. « Marc Bloch est fils de professeur d'histoire, le professeur Gustave Bloch, qui était aussi professeur à l'École normale supérieure, puis à la Sorbonne. Marc Bloch est aussi un fils de. Mais ce n'est pas grave », s'amuse le jeune homme.  Marc Bloch a révolutionné l'histoire en la faisant dialoguer avec les sciences sociales. Mais ce qui intéresse Jean, étudiant à l'École normale supérieure, c'est le résistant, celui qui s'est engagé pendant la guerre. « C'est un certain engagement, un sens de l'engagement en tant qu'intellectuel, ce qui est très inspirant, pas simplement pour l'historien en devenir, mais plus généralement pour tout étudiant de l'École normale supérieure, peu importe sa discipline. Cet idéal de l'engagement est encore très inspirant, très enthousiasmant », raconte l'étudiant.  « Un produit du système » qui n'hésite pas à le critiquer Mathématicien, Martin Andler est président de l'association des anciens élèves de l'ENS, il salue l'esprit critique de Marc Bloch. « Il prend ses distances par rapport à la manière française d'enseigner, il critique le bachotage. Or, pour rentrer à l'École normale, il faut faire beaucoup de bachotage. Il critique le système des grandes écoles. C'est quelqu'un qui est à la fois complètement un produit du système et en même temps qui a une distance par rapport au système. Et c'est ça qui me séduit », s'exclame Martin Andler. Étudiante en histoire, Agathe assiste à la veillée. Pour elle, Marc Bloch éclaire le présent. « Si on prend son livre Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, de quoi parle t-il ? Il parle très exactement des fake news, ce qui aujourd'hui est absolument omniprésent. Et est-ce que les intelligences artificielles génératives finalement ne sont pas des propagatrices de fake news ? Mais est-ce que Marc Bloch ne serait pas exactement la personne qu'il nous faut pour mieux savoir le danger que représentent les fake news et mieux savoir comment s'en prémunir ? », s'interroge l'historienne.  Ce sont des officiers de réserve qui dormiront dans la bibliothèque pour veiller toute la nuit sur les cénotaphes de Marc Bloch et de Simonne Vidal. À lire aussiMarc Bloch, historien de génie, patriote combattant et figure de la Résistance

    La justice face aux violences sexuelles: «826 procédures à traiter en trois semaines, c'est très court»

    Play Episode Listen Later Jun 21, 2026 3:35


    C'est ce 22 juin que doivent être connus les résultats de l'enquête administrative sur le traitement des plaintes qui visent Jérôme Barella. Le principal suspect dans la mort de la collégienne Lyhanna a déjà été mis en cause sans avoir été entendu. Face aux critiques sur l'inefficacité de la justice, Gérald Darmanin a demandé une vérification de toutes les plaintes pour violences sexuelles d'ici au 14 juillet. Au tribunal judiciaire d'Amiens, dans le nord de la France, les magistrats sous pression ont fait le pari de la transparence. L'objectif : renouer la confiance avec les habitants. À lire aussiL'affaire Lyhanna, révélatrice des dysfonctionnements de la justice française

    France: la baisse du bénévolat régulier fragilise les associations solidaires

    Play Episode Listen Later Jun 18, 2026 2:25


    Les associations perdent leurs bénévoles réguliers. Ces piliers de l'engagement qui permettent de faire le lien entre les nouveaux bénévoles, les bénéficiaires et les administrations sont de moins en moins nombreux. Ils sont 500 000 de moins qu'il y a un an, selon l'étude France bénévole publiée en mai. Un recul qui s'explique en partie par une baisse des subventions des collectivités et du gouvernement aux associations. Au Secours populaire de Noisy-le-Sec aussi, l'effectif tend à manquer. Au centre Gérard-Philippe de Noisy-le-Sec, en région parisienne, six bénévoles attendent patiemment derrière des tables dressées en étals de vêtements. Aujourd'hui, c'est Martine qui prend en charge l'organisation de la collecte. Ça fait dix ans qu'elle s'investit au Secours populaire de Noisy-le-Sec. Cette dernière décennie, elle est devenue indispensable à l'association. Le Secours populaire de Noisy-le-Sec accompagne près de 200 familles par an. Un suivi régulier est donc indispensable : « C'est vrai qu'actuellement, nous sommes confrontés à un manque de bénévolat régulier. Chez nous, c'est très important parce que la première de nos missions, c'est l'accueil, la permanence d'accueil. C'est à partir de là qu'on apprend à accompagner les personnes, à leur proposer des sorties, à leur proposer toutes nos missions, toutes nos activités. C'est là où, effectivement, ces permanences, où on doit vraiment accompagner ces personnes, ça devient très difficile. C'est vrai qu'il y a dix ans l'engagement était beaucoup plus régulier : on s'engageait. » Depuis la pandémie de Covid-19, l'engagement bénévole a augmenté : on compte plus de jeunes et plus d'actifs. Ce qui signifie aussi moins de disponibilités. Marie-Jo, retraitée, a bien conscience du côté chronophage de son activité : « Il y a même des heures qu'on oublie de compter, quand on est à la maison et que l'on passe des coups de fil, quand on fait des démarches à l'extérieur et tout ça. Et ​​​​​​​puis après, on envoie des enfants en colonies de vacances, on fait les dossiers, on envoie des familles en vacances, faut faire les dossiers... » Des pratiques de bénévolat qui évoluent Pour Annick, hors de question de mettre autant de temps et d'énergie dans une activité annexe. La jeune retraitée compte bien profiter de ses hobbys et de sa famille : « On a réellement besoin de nous, mais c'est quand même du bénévolat. Moi, j'ai une vie de famille et, par exemple, le week-end, je bloque tout pour ma famille. J'ai besoin de faire du sport, de voir mes amis, de discuter avec eux, de manger avec eux. Voilà, ma retraite, c'est un petit peu ça. » Avant, c'était ces jeunes retraités qui servaient de piliers aux associations. Une autre forme de bénévolat ponctuel apparait aussi : celui que pratique Patricia. C'est la première fois qu'elle vient au Secours populaire : « ​​​​​​​Je fais déjà pas mal de bénévolat avec les centres aérés le mercredi après-midi avec les enfants, et là, c'est autre chose. Si j'ai la possibilité, je reviendrai. Si par exemple j'ai une autre occupation vis-à-vis de ce à quoi je suis engagée, là, je pourrai pas venir. » Ce bénévolat dit « post-it » – des gens qui s'engagent ponctuellement sur plusieurs causes – est de plus en plus courant. Ce manque de bénévoles réguliers n'est pas forcément une mauvaise nouvelle pour Vincent Pelletier, responsable des bénévoles chez les Petits Frères des pauvres. C'est juste la preuve que les profils de bénévoles évoluent, il faut juste s'y habituer : ​​​​​​​

    En France, les violences obstétricales ou gynécologiques pointées par un rapport accablant

    Play Episode Listen Later Jun 17, 2026 2:26


    En France, les violences obstétricales ou gynécologiques sont pointées du doigt dans un rapport inédit publié par l'association Stop aux Violences obstétricales et gynécologiques (VOG) ce jeudi 18 juin. Sur les plus de 10 000 personnes interrogées, plus de la moitié dénoncent avoir subi ce type de violences, 80 % parlent d'un défaut de consentement et 40 % affirment avoir vécu des discriminations (sexistes, validistes, grossophobes). Dans un petit café de Ménilmontant, Camille se confie. À presque trente ans, elle recommence à peine à consulter. Comme la moitié des répondants, elle avait renoncé aux soins suite à une mauvaise expérience : « Allez sur la table, déshabillez-vous, écartez les jambes, les pieds sur les étriers. Détendez-vous, là faut se détendre… Oui, plus facile à dire qu'à faire ! Du coup, forcément, j'étais pas du tout à l'aise. » Ce malaise, elle n'est pas la seule à l'avoir vécu. 70% des personnes interrogées par Stop VOG avouent s'être senties mal physiquement ou mentalement en sortant d'une consultation : « Elle y est allée comme ça, elle a fait : "Bon là détendez-vous, j'y vais." C'était un peu horrible. À aucun moment elle m'a demandé si elle pouvait y aller, si elle voulait faire comme ça ou si moi je voulais le faire moi-même. » Le consentement, un principe mal appliqué Pourtant, d'après la loi Kouchner de 2002, « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne ». « On ne m'avait pas vraiment évoqué ce sujet de consentement avant. » Surtout que face à un professionnel de santé, il est difficile pour un patient de remettre en question la consultation. « Après coup, je me suis dit, mais en fait, pourquoi elle y est allée comme ça ? Elle a vraiment pris mon corps comme un sac à patates. Venez plus comme ci, venez plus comme ça. En sortant, je me dis : "Est-ce que c'est normal, est-ce que c'est pas normal ?" » À écouter aussi« L'examen gynécologique autrement », une mini-série pour les femmes et les professionnels de santé Stop VOG dénonce un défaut de bonne pratique de la part de la profession : par exemple, le praticien ne doit pas réaliser de frottis avant 25 ans, un patient n'a pas à se dévêtir complètement. Des règles apprises, mais peu appliquées. Laure a dix ans de plus que Camille. Elle a fréquenté une demi-douzaine de gynécologues, dont certains réactionnaires : « J'ai eu des questions sur le fait d'avoir eu des enfants ou pas, si je voulais des enfants, et tout a été traité en fonction de ça, alors que je n'avais jamais dit que je voulais des enfants. Donc, c'était des espèces de réflexes patriarcaux qui vont dans le sens de rassurer une femme parce qu'elle pourrait être maman. » Vers une évolution des pratiques Parce qu'à ces violences s'ajoutent aussi un ensemble de discriminations de la part du corps médical : transphobie, validisme, grossophobie, racisme. En presque trente ans de suivi, on ne lui a demandé clairement son consentement que très récemment : « J'étais extrêmement surprise de la précaution qu'elle a prise et de la façon dont elle m'a donné les informations, prévenue de la douleur, disant que je ne pouvais pas repartir en scooter parce que j'aurais trop mal, donnant un médicament, etc. J'hallucinais, même je me suis posé la question de savoir si elle n'exagérait pas. » Pour responsabiliser les gynécologues, Stop VOG a participé à la rédaction d'une proposition de loi qui est en ce moment examinée au Conseil d'État. Et cette loi-cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles vise notamment à responsabiliser les gynécologues, les obstétriciens et le corps médical dans son ensemble. Sonia Bisch, présidente de l'association Stop VOG, détaille son contenu.

    Au cœur d'une expérience de Sophie Adenot à bord de la Station spatiale internationale

    Play Episode Listen Later Jun 16, 2026 3:35


    Depuis quatre mois, l'astronaute française Sophie Adenot est à bord de la Station spatiale internationale, où elle réalise 200 expériences scientifiques. Parmi elles, une dizaine ont été préparées en France par le Cnes, le Centre national d'études spatiales. Nous avons pu assister en direct à l'une d'entre elles depuis la salle de contrôle du Cnes à Toulouse. Une immersion au plus près du quotidien de la Française. Lorsqu'on y pénètre pour la première fois, le Centre d'aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales (ou Cadmos) a de quoi désorienter. Un immense mur d'écrans, plusieurs rangées d'ordinateurs… Pas de doute, nous sommes bien au cœur du réacteur. « C'est ici que sont opérées toutes les expériences à bord de la Station spatiale internationale (ISS) dont le Cnes a la charge, explique Didier Chaput, responsable des vols habités au Cnes. Les écrans nous permettent d'avoir une vue sur le planning des astronautes et nous renvoient des images en direct de l'ISS. Actuellement, Sophie Adenot se prépare à réaliser l'expérience PhysioTool. » Sur les écrans de la salle de contrôle, la Française apparaît bardée de capteurs reliés à une sorte de console de jeu vidéo qu'elle tient entre ses mains. L'expérience PhysioTool, dont la tricolore est le sujet, vise à étudier le déconditionnement du corps et l'altération des fonctions cognitives en apesanteur. C'est sur ce second aspect que se concentre la manipulation du jour, explique Benoît Bolmont, enseignant-chercheur et professeur à l'université de Lorraine, qui parraine l'expérience. « Depuis le sol, on lui propose des tâches à l'écran de sa petite console et, dès lors qu'elle appuie sur un bouton ou manipule un joystick, nous avons en temps réel les réponses qu'elle apporte », développe le chercheur. À lire aussiDe la mécanique familiale à l'ISS : Sophie Adenot, une trajectoire en apesanteur Ces manipulations de la console permettent aux équipes scientifiques d'évaluer plusieurs paramètres cognitifs, « la mémoire, la prise de risque, la concentration, que l'on va corréler avec des paramètres physiologiques comme la variabilité cardiaque. Cela nous indiquera le moment où l'astronaute pourrait avoir une augmentation du stress et un impact sur ses performances cognitives », explique encore Benoît Bolmont. L'identification de ces signaux permettrait de mieux suivre les astronautes avant, pendant et après leurs missions à bord de l'ISS. À terme, l'objectif est de préparer les missions de longue durée vers la Lune ou Mars, qui mettront à rude épreuve les capacités physiques et mentales des astronautes. Des opératrices prêtes à intervenir Au cours de l'expérience, Sophie Adenot interagit avec les équipes au sol. Dans la salle de contrôle du Cadmos, deux opératrices s'assurent du bon déroulement de l'expérience. Micro-casque sur la tête, les yeux rivés sur l'écran de son ordinateur, Julie Nadal ne rate rien de la manipulation en cours. « J'ai des fiches qui me permettent de suivre minute par minute ce que Sophie Adenot fait. S'il y a des déviations de la procédure ou des questions de sa part, on peut intervenir à tout moment. » L'opératrice interagit indirectement avec la Française. Ses messages sont relayés à Sophie Adenot par une collègue basée à Eurocom, la salle de contrôle de l'Agence spatiale européenne située à Munich. Et justement, Sophie Adenot rencontre une difficulté. Son casque Bluetooth, utile à l'expérience, ne semble pas fonctionner. Pas de panique pour Julie Nadal, qui a la solution. « N'importe quel autre écouteur fera l'affaire », répond-elle à sa collègue munichoise qui s'empresse de relayer le message à la tricolore. « Cet appel n'était pas prévu, reprend l'opératrice. Quand on peut, on essaie de les anticiper pour aller plus vite et éviter à l'astronaute de perdre du temps sur son programme. » « Mais avec Sophie Adenot, poursuit Julie Nadal, un problème n'en est jamais vraiment un. C'est un plaisir de travailler avec elle. Elle fait régulièrement des messages à notre intention pour dire que c'est très agréable de travailler sur nos expériences. On a l'impression d'avoir un contact avec elle. » La matinée de travail s'achève après cinq heures d'expérience. Il faudra encore attendre plusieurs minutes pour que les équipes du Cadmos récupèrent les données scientifiques tirées de l'expérience PhysioTool. Ce sera désormais aux scientifiques de les analyser. À lire aussiDécollage de Sophie Adenot vers l'ISS : qui sont les coéquipiers de l'astronaute française pour sa mission?

    Une «Tournée du climat et de la biodiversité» pour éduquer au changement climatique

    Play Episode Listen Later Jun 15, 2026 3:31


    La planète est en surchauffe et les catastrophes s'enchaînent sur tous les continents. Les populations d'animaux et de plantes s'effondrent. Et derrière ces crises climatiques et de la biodiversité qui bouleversent nos quotidiens, des mécanismes scientifiques parfois complexes. Pour les comprendre, il est essentiel d'y être sensibilisé. (Les pays du monde entier se sont d'ailleurs engagés dans l'Accord de Paris à améliorer l'éducation au changement climatique). C'est l'objectif de la Tournée du climat et de la biodiversité, une exposition itinérante en France où des scientifiques viennent à la rencontre du public pour partager leurs connaissances. Alors que les vagues de chaleur se multiplient en France, certains élèves de CM1-CM2 sont déjà familiarisés avec le problème du changement climatique : « Par exemple, la pollution ou même les voitures qui font de la pollution, ça va réchauffer la terre. » ; « Par exemple, en hiver, la neige, elle tombe beaucoup moins qu'avant et du coup, dans quelques années, ça va être beaucoup plus chaud. » Pour d'autres, c'est encore un peu brouillon : « À cause du gaz, dans la serre, ça pollue et du coup ça fait du changement climatique. » Et pour la majorité, c'est carrément un mystère : « C'est un grand truc… » Et c'est normal, selon une étude de l'Unesco, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, 70 % des jeunes ne savent pas expliquer le changement climatique. Mais Florence Cousin, économiste retraitée, est là pour les aider à comprendre les mécanismes scientifiques et le rôle joué par l'homme : « Le sujet est tellement grave qu'il faut que les enfants aient connaissance de ce qui se passe, qu'ils aient conscience et la transmission. Elle est indispensable pour pouvoir agir. » Elle emmène le groupe d'enfants devant de grands panneaux explicatifs et passera une heure à échanger avec eux du climat et de la biodiversité. À écouter aussiPourquoi il faut renforcer l'éducation au changement climatique Le rôle clé des scientifiques Un enseignement également crucial à l'heure où la science est de plus en plus attaquée et les faits remis en question, souligne Fanny Thibert, directrice de l'exposition : « On est dans une période où il y a beaucoup d'informations qui circulent. De différents niveaux, scientifiques mais aussi d'opinions ou de fake news. Et donc on trouve que c'est important de permettre aux habitants, aux citoyens, aux enfants de rencontrer des scientifiques pour avoir accès à l'information à la base, à la source. » Serge Planton, ancien climatologue à Météo France, est l'un des médiateurs présents ce jour-là, un rôle devenu essentiel pour lui : « Ça s'est imposé au fil du temps parce que le climat est devenu une question vraiment prégnante et il nous faut abandonner cette idée des chercheurs dans leur tour d'ivoire. Pour bon nombre de sujets, ils sont vraiment impliqués dans la vie sociale. » Climat : un défi aussi social Car la crise climatique et l'effondrement du vivant ne sont pas seulement des phénomènes scientifiques. Ce sont des faits de société qui affectent autant nos vies que la planète : famine, migration, conflits, catastrophes et destructions. Les conséquences peuvent être vertigineuses. Et angoissantes. Transmettre ces connaissances doit donc aussi s'accompagner d'un temps d'échange sur les solutions à ces crises… pour ne pas tomber dans l'éco-anxiété, explique Serge Planton : « C'est important que chacun, à son niveau, puisse identifier des choses qu'il peut faire, même si ça peut paraître dérisoire. Et, bien évidemment, tout en disant que tout ne repose pas sur l'individu, on est tous acteurs en fait des changements à mettre en œuvre. » Les élèves de passage sont donc invités à partager leurs idées pour un changement plus global de la société : « Diminuer, par exemple, quand on mange de la viande rouge, essayer d'en manger moins par semaine » ; « Par exemple, essayer de plus recycler nos affaires, de moins racheter des téléphones tous les ans » ; « Privilégier plus les transports en commun, la marche, le vélo et éviter de prendre les transports comme la voiture ou l'avion pour voyager »… Au-delà de la médiation scientifique, il est nécessaire d'intégrer réellement ces sujets dans les systèmes scolaires, selon l'Unesco, y compris dans les pays du Sud, car c'est une question d'équité que de bénéficier d'une bonne préparation à l'avenir quel que soit son pays ou sa classe sociale.

    Zoos humains: les ossements d'Amérindiens bientôt de retour sur leur terre natale en Guyane

    Play Episode Listen Later Jun 14, 2026 3:21


    Plus de 130 ans après leur mort dans des conditions indignes, les ossements d'Amérindiens de Guyane vont bientôt pouvoir être rapatriés sur leurs terres natales. En 1892, une trentaine d'hommes, femmes et enfants issus des peuples Kali'nas et Arawaks avaient été amenés à Paris pour être exhibés lors d'expositions coloniales, six n'avaient pas survécu à l'hiver. Leurs dépouilles, enterrées puis exhumées pour être étudiées par des scientifiques, sont conservées depuis au Muséum national d'histoire naturelle. Ce lundi 15 juin, l'Assemblée nationale doit adopter définitivement une proposition de loi déjà votée par le Sénat : elle prévoit de sortir les ossements des collections publiques, normalement inaliénables, ce qui permet juridiquement de les restituer à leur communauté. L'aboutissement d'un long combat mené par leurs descendants.  « Ici, on conserve surtout de grandes boîtes contenant de nombreux ossements, décrit Martin Friess, conservateur du Musée de l'Homme à Paris, y compris donc des Kali'nas et de l'Arawak. » Un bruit accompagne ces paroles, c'est la clim qui tourne 24 h sur 24. « Parce que pour bien conserver les restes humains, les os, il faut un climat contrôlé, c'est-à-dire température et humidité stables, poursuit le conservateur. Donc, c'est pour ça qu'il fait relativement frais ici. » Sur une étagère au fond de la réserve, six grandes boîtes grises sont superposées. « Il y a dedans les restes humains des six individus qui seront probablement restitués – après le vote à l'Assemblée, bien entendu – à la Guyane française. Ils ont été amenés en France pour l'Exposition universelle de 1892, où ils ont été exposés dans le Jardin d'acclimatation, autrement appelé aussi zoo humain. » Ces six personnes arrachées à leur terre sont mortes la même année. « La plupart ont été enterrés et ils ont été déterrés en 1997, et là, ils ont été transférés dans les collections du Muséum national d'histoire naturelle, poursuit Martin Friess. Et donc nous avons fait fabriquer ces boîtes spécifiquement pour ces individus, parce qu'il s'agit de squelettes plus ou moins complets qui sont montés, c'est-à-dire articulés, ce qui était la pratique du XIXᵉ siècle, surtout pour faciliter les expositions. Et donc ils sont pour l'instant assemblés comme s'ils étaient debout. Effectivement, on a fait fabriquer ces boîtes faites dans un carton spécifique neutre, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'interaction chimique avec le tissu. » À lire aussiGuyane: les bustes d'Amérindiens exhibés à Paris bientôt de retour sur leurs terres Un retour en trois étapes Une fois la loi permettant la restitution des restes des Amérindiens définitivement votée, ces six boîtes pourront enfin sortir de la réserve du musée. Pour leurs descendants, le vote définitif d'une loi spécifique à l'Assemblée nationale, ce lundi 15 juin, fait de 2026 une année historique pour eux. « C'est une année exceptionnelle. Une année qui est, je pense, alignée avec toutes les mémoires puisque c'est aussi l'année de la loi Taubira, s'exclame Corinne Toka-Devilliers, présidente de l'association Moliko Alet+po. Il y a aussi toutes ces reconnaissances, tout ce passé colonial… Donc 2026 est vraiment une année bénie et historique, dans tous les sens du terme, pour les outre-mer, pour les Dom-Tom, pour les collectivités et pour la Guyane. » Une année historique pour la Guyane, prête à accueillir comme il se doit ses aïeux afin qu'ils reposent en paix. Les cérémonies chamaniques ont déjà été organisées en septembre 2024 à Paris, pour apaiser les âmes et préparer le retour. Une fois la loi adoptée et promulguée, le retour se fera en plusieurs étapes. « Ce retour se fera en trois étapes et commencera par une cérémonie officielle à l'Élysée, comme nous l'a annoncé le conseiller du président de la République. Ensuite, il y aura une cérémonie à l'arrivée à l'aéroport Félix Éboué, à Cayenne, précise Corinne Toka-Devilliers, et après ils iront dans leur sépulture où on fera une veillée, selon notre culture ancestrale Kali'na et Arawak, pour que le lendemain, ils puissent trouver enfin leur maison funéraire et leur repos éternel. » Une fois en Guyane, les ossements des Amérindiens seront officiellement sortis de la collection publique. Après avoir passé 134 ans dans les sous-sols du Musée de l'Homme à Paris. À  écouter dans La marche du monde1 - Zoos humains : une longue histoire

    Mayotte en restriction hydrique, entre manque de précipitations et manque d'infrastructures

    Play Episode Listen Later Jun 11, 2026 3:28


    À Mayotte, alors que l'eau coule un jour sur deux au robinet à cause des manques d'infrastructures, les habitants vont connaître de nouvelles restrictions à partir de juillet. En cause, le manque de précipitations lors de la saison des pluies qui vient de s'achever. Ce nouveau durcissement fait craindre le même scénario qu'en 2023 où, au pire de la crise, la population n'avait accès à l'eau que 18 heures tous les trois jours. Comme chez tous les Mahorais, dans la salle de bain de Chadhouli Youssouf, on trouve une grosse cuve d'eau en plastique. Ici, celle-ci peut contenir jusqu'à 300 litres. Cet habitant du nord de Mayotte l'a remplie dès qu'il y a de l'eau au robinet, pour pouvoir avoir des stocks lors des coupures qui ont lieu un jour sur deux : « 300 litres, c'est pour se doucher, aller aux toilettes. On n'en fait pas le linge, on le laisse de côté jusqu'aux jours où l'on aura de l'eau. » Un planning des « tours d'eau », comme on les appelle ici, est mis en place par la Société mahoraise des eaux (SMAE), une filiale de Vinci délégataire du marché public de l'eau. Mais régulièrement, il n'est pas respecté. Le 1er avril, Chadhouli Youssouf, excédé par ces coupures, a décidé de se doucher au siège de la SMAE tout en se filmant sur sa page Facebook. « Quand je suis allé me doucher chez eux, c'était à cause de ce ras-le-bol, pour leur dire : "Voilà ce que nous vivons, on ne peut pas se doucher chez nous." Cela faisait déjà plus de quatre jours qu'on n'avait pas d'eau. On n'avait pas d'informations, on ne savait même pas ce qui se passait. C'est ce mépris aussi. Maintenant moi, je le dis, je n'accepte plus cela en 2026 », clame-t-il. À lire aussiMayotte: l'eau coupée quatre jours sur cinq, les Mahorais contraints de s'adapter Cette année, le manque de pluie « n'a pas permis la recharge complète des ressources ». C'est ce qu'a souligné début mai le comité de suivi de la ressource en eau, qui réunit l'État et les acteurs de la gouvernance de l'eau. Pour tenir jusqu'à la fin de l'année, les restrictions doivent donc être durcies. « Si on regarde l'état actuel, on est en pleine crise qui va s'amplifier avec les aléas climatiques. Mais à la base, c'est une crise structurelle de manque d'infrastructures qui ne permet pas de produire l'eau nécessaire aux besoins de la population », explique Mohamed Issouf, le directeur général de l'Office de l'eau, qui fait partie de ce comité. Alors que la saison des pluies vient de s'achever, la retenue collinaire de Dzoumogné, la plus importante de l'archipel, n'est pleine qu'à 70%. Pour y mettre fin, l'État investit 730 millions d'euros, ce qui prévoit la livraison d'une usine de dessalement d'ici fin 2027. L'objectif est de produire 10 000 mètres cubes d'eau supplémentaires par jour. Ces investissements permettent aussi la réalisation de nouveaux forages. « Nous sommes un collectif de 90 personnes morales et physiques. Nous portons plainte contre les dysfonctionnements sur la distribution de l'eau, contre la rupture de la continuité du service public de distribution de l'eau. J'ai vu une personne qui a une facture de 11 000€ », déclare Saïd Kambi, le porte-parole. Les impayés des abonnés refusant de payer leur facture ont atteint 37 millions d'euros, selon une information du Monde. Le collectif pointe aussi du doigt le fait que l'eau est souvent impropre à la consommation. Pour boire, les habitants doivent donc acheter des bouteilles ou investir dans des filtres : « Aujourd'hui, l'eau n'est pas consommable, il faut la chauffer. Et parfois, il ne faut pas seulement chauffer, il faut encore la filtrer.  En effet, pendant les coupures d'eau, des bactéries peuvent s'infiltrer dans les canalisations. L'Agence régionale de santé déconseille de la boire dans les 12 heures qui suivent son retour au robinet. Ce manque d'eau potable a par ailleurs contribué à l'épidémie de choléra en 2024. À lire aussiFrance: l'archipel de Mayotte frappé par une recrudescence des cas de paludisme

    Mondial 2026: les supporters de l'équipe de France préparent leur voyage aux États-Unis

    Play Episode Listen Later Jun 10, 2026 3:39


    Le coup d'envoi du Mondial 2026 de football est donné jeudi 11 juin 2026. Encore un peu de patience pour les supporters français et sénégalais, dont les équipes s'affrontent pour leur premier match mardi 16 juin, à New York. En tribune, plusieurs centaines de fans de l'équipe de France auront la chance d'assister à la rencontre. Un déplacement aux États-Unis qu'ils attendent avec impatience, mais qui leur a aussi donné du fil à retordre, entre billets d'avion, hébergement, visa et transports entre les villes hôtes. Matthias garde un très mauvais souvenir de ce jour de décembre 2022. Quatre ans plus tard, il veut sa revanche : « Je veux une finale France-Argentine parce que je l'ai encore en travers de la gorge. J'y étais en 2022, cela m'a hanté quelques semaines. Avec une victoire tranquille par contre, que l'on passe à autre chose et que l'on récupère la troisième étoile ! » Depuis 2014, il suit l'équipe de France dans ses déplacements en Coupe du monde. Dans quelques jours, il sera dans l'avion direction New York, où les Bleus disputent leur premier match face au Sénégal, le 16 juin. « On a hâte, c'est la plus longue compétition jamais organisée parce que cela dure quasiment cinq semaines, avec 48 équipes. Cela va être plutôt un marathon. Mais par contre, on va tout donner à chaque match. Comme c'est disséminé sur tout le territoire, nous serons peu de pays dans une même ville. Nous allons devoir mettre l'ambiance », clame-t-il. Ce voyage est organisé avec l'association de supporters Irrésistibles Français. Six cents adhérents ont pu bénéficier de l'option « Follow My Team », qui leur garantit des places à des prix plus abordables que ceux du marché, mais uniquement pour les matchs des Bleus. « Cela nous coûte 480 euros pour toute la compétition, finale comprise. À chaque fois que l'équipe de France est qualifiée, on a nos places », détaille-t-il. Si les deux premières semaines sont déjà organisées, la logistique risque de se compliquer à partir des huitièmes de finale de cette Coupe du monde 2026 : « Je vais partir avec une valise cabine pour faire des économies, trois maillots de l'équipe de France, une paire de baskets. » Fabrice, lui aussi, sera du voyage, accompagné de son fils adolescent. Cette Coupe du monde, onéreuse, il la prépare financièrement depuis deux ans. Pour lui, ce sont les dépenses liées à la vie sur place qui sont les plus désagréables. Une mauvaise surprise qui va malheureusement se ressentir en tribune : « Les personnes qui vont aller à la Coupe du monde, ce sont des personnes très aisées et seules au stade. Il n'y a plus de famille parce que c'est un budget. Je trouve que c'est dommage, parce que cela enlève l'essence originelle du football, qui est joué par les enfants avant tout, garçon ou fille. On a joué au football dans la cour de récréation. Aujourd'hui, ce qu'il manque, c'est la notion familiale. » Aux alentours des stades, les tarifs des chambres d'hôtels ont également augmenté de 55% par rapport à la même période l'année dernière, d'après le New York Times. À tous les niveaux, le Mondial 2026 sera donc le plus cher de tous les temps. À lire aussiBilan carbone désastreux, chaleurs extrêmes: le Mondial de football, symbole puissant du dérèglement climatique

    Les prix des colis envoyés de France vers l'Afrique s'envolent à cause du blocage du détroit d'Ormuz

    Play Episode Listen Later Jun 9, 2026 3:45


    Les diasporas africaines paient, elles aussi, le blocage du détroit d'Ormuz depuis le début de l'offensive américaine et israélienne en Iran. Les perturbations sur le fret maritime font augmenter le prix des colis envoyés de la France vers l'Afrique. Envoyer un paquet « au pays » coûte de plus en plus cher, comme l'a constaté RFI à Paris. Des dizaines de colis emballés dans du plastique noir, empilés les uns sur les autres... Nous sommes au nord de Paris, dans l'échoppe New Congo Multi Service. Ici, toute la journée, des membres de la diaspora congolaise déposent leurs paquets. Beaucoup d'entre eux constatent une hausse des prix d'envoi depuis plus de trois mois et le début de la guerre au Moyen-Orient. « Depuis le 28 février, c'est monté en flèche d'un seul coup. Du jour au lendemain, on s'est retrouvé à des prix exorbitants. Avant, le kilo était de 10 euros, mais maintenant, cela peut monter jusqu'à 14, 15 ou 16 euros en fonction de la valeur aussi. Cela pose des problèmes aux gens au pays. Ils sont obligés de s'adapter parce qu'il n'y a pas un autre moyen. Cela nous fait dépenser plus alors que l'on ne gagne pas plus. Le salaire n'augmente pas, mais les dépenses augmentent », témoigne Amadou, qui vient déposer des médicaments pour sa famille.  « Les clients râlent. On ne fait pas de marges bénéficiaires non plus. Il faut payer les taxes, la TVA, etc. C'est compliqué. Il y a moins de colis qui sont envoyés, on est vraiment affecté par la guerre en Iran. On ne peut pas continuer à travailler comme cela », estime Dany, le gérant de la boutique. Les colis ramassés à Paris sont réceptionnés en Normandie, emmagasinés dans un hangar, puis chargés dans un container, direction Brazzaville. Alain Tsalatsouzy est le gérant de Fret FC, il s'occupe de réserver des conteneurs auprès des armateurs. C'est un intermédiaire. Selon lui, la hausse des prix vient de plusieurs facteurs, et cela commence dès la collecte des colis à Paris : « Le ramassage pose problème parce qu'avec le prix du carburant, des énergies, on utilise des camions qui tournent au gasoil. Le coût a pratiquement doublé en termes de ramassage. Deuxième facteur : les containers. On les réserve chez un armateur. Là aussi, les prix ont augmenté. En moyenne, un surcoût de 500 à 600 euros. » Des tarifs qui sont dus évidemment à la hausse des prix du carburant pour les bateaux, mais aussi à la raréfaction des containers en mer. Beaucoup sont bloqués dans le détroit d'Ormuz. « On manque de containers vides, ce qui fait que les prix augmentent à cause de la rareté des containers », déplore Alain Tsalatsouzy. Face à la concurrence, lui aussi tente de contenir ces prix, mais il prévient que si la guerre dure, le prix de l'envoi de marchandises ou de colis vers le continent africain ne pourra qu'augmenter. À lire aussiBénin: la Chine au cœur des grands chantiers de Cotonou et des routes du Nord

    Ces drames humains liés aux délais de renouvellement des titres de séjour en France

    Play Episode Listen Later Jun 8, 2026 2:29


    Les délais de renouvellement des titres de séjour ont explosé ces derniers mois pour atteindre jusqu'à plusieurs années. La situation ubuesque plonge des milliers de personnes, ainsi que les préfectures, dans l'illégalité. Reportage à Marseille auprès de ces destins brisés par l'administration et les agendas politiques. Amina* est Comorienne, elle vit en France depuis 25 ans. Ce qui devait être une formalité pour elle s'est transformé en cauchemar : un an après avoir déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour, sans nouvelles de la préfecture, son employeur n'a pas pu la garder. Assise dans le bureau de la Cimade, l'association d'aide aux étrangers, la mère de quatre enfants brandit sa lettre de licenciement d'un CDI dans le nettoyage : « Ça me fait mal au cœur d'être à la maison à cause de la préfecture. Le titre de mon conjoint va finir dans vingt jours. S'il n'est pas renouvelé, comment on va vivre ? » Depuis plusieurs mois, des délais en préfecture explosent et ne respectent plus les délais prévus par la loi. Ces retards fréquents ont été accentués par la loi Darmanin de 2024 et la circulaire Retailleau de 2025, qui durcissaient les conditions de renouvellement de ces titres. Guillermo et Sebastian sont Argentins, ils sont tous les deux musiciens et pères d'enfants de nationalité française. Sebastian vient d'obtenir son titre en portant plainte au tribunal administratif, mais Guillermo n'a pas encore eu cette chance. En France depuis 2014, c'est la première fois qu'il se retrouve sans papiers, faute d'avoir reçu son titre de séjour de deux ans ou une attestation de prolongation à temps. « J'ai appelé, envoyé des mails, mais toujours pas de rendez-vous… Devant la préfecture, j'ai vu des gens se bagarrer, se jeter au sol. Une fois dedans, on est maltraités, il n'y a aucune patience. » En montrant une feuille avec toutes les étapes de son parcours administratif, les deux hommes racontent amèrement les anecdotes d'un système ubuesque qui, depuis qu'il est dématérialisé, a dressé un mur infranchissable entre les usagers et les guichets. À lire aussiFrance : le Conseil d'État donne six mois pour modifier la plateforme des demandes de titres de séjour Une situation qui abîme la santé mentale Durant cette attente interminable, il ne se passe pas un jour sans que Guillermo et ses proches abordent sa situation administrative : « J'ai dû annuler tous mes contrats et je ne peux pas toucher de chômage. J'y pense tous les jours et je ne sais pas quoi faire, c'est très dur. J'ai la sensation de ne plus exister. » Un constat que partage Sevda*, 27 ans, qui vient de finir ses études et attend depuis un an et demi son titre de séjour. « Chaque jour je me demande comment je vais vivre. Je voudrais juste pouvoir travailler, dans mon domaine ou ailleurs. Mais je suis bloquée, financièrement et psychologiquement. Et je ne peux pas aller voir ma famille, ça m'attriste beaucoup. » Ces vies stoppées nettes par l'administration, Nicole Malfait en voit tous les jours. À la Cimade, où elle est bénévole, elle estime que la moitié des personnes qu'elle accompagne est concernée : « Il y a des personnes endettées à hauteur de 8 000 €, parfois des mères de famille ! Et quelles conséquences sur la santé mentale ? Ils perdent le sommeil, je connais une personne qui n'arrive même plus à digérer. » Un constat étayé par les témoignages de médecins, qui constatent auprès de l'ONG Amnesty International de terribles angoisses liées au renouvellement des papiers. Et outre l'occupation de tout l'espace mental, la précarité administrative peut raviver des traumatismes ou couper l'accès aux soins. Ce 10 juin, le collectif national d'associations Bouge Ta Préf organise des manifestations devant les préfectures, pour revendiquer le droit d'accès à la préfecture et la continuité des droits. De son côté, la préfecture des Bouches-du-Rhône argue dans un communiqué d'une augmentation du nombre de demandes qui augmenterait les délais. Suite à une réunion avec les syndicats et organisations patronales ce 26 mai, Laurent Nuñez s'engageait à améliorer la régularisation des personnes sans-papiers, mais seulement pour les métiers en tension. Aujourd'hui en France, plusieurs centaines de milliers de personnes sont en attente de régularisation. * À la demande des personnes interviewées, les prénoms ont été modifiés. À lire aussiCartes de séjour et naturalisation : ce qui a changé en France depuis le 1er janvier 2026

    Au Stade de France, des élèves de troisième s'entraînent à l'orthographe avec Monsieur Dictée

    Play Episode Listen Later Jun 7, 2026 2:30


    Plus que trois semaines avant les épreuves du brevet des collèges et le stress monte pour les adolescents, d'autant plus que le ministère de l'Éducation nationale a annoncé que les correcteurs seraient particulièrement attentifs à l'orthographe et à la syntaxe cette année. Vendredi 5 juin, certains collégiens du nord de Paris ont eu droit à une répétition générale. Rachid Santaki, journaliste et romancier surnommé Monsieur Dictée, a organisé une dictée géante dans le Stade de France. Premier objectif, les révisions. Mais pas que.  La petite centaine d'élèves conviés à cette grande dictée au Stade de France entre tranquillement dans la salle. Tout le monde prend un stylo et une feuille. Les cinq classes de collégiens s'installent face à Rachid Santaki, le créateur de l'épreuve. « L'idée n'est pas de vous confronter frontalement à l'orthographe, c'est que ce moment soit une séquence où vous allez travailler la concentration, déclencher un automatisme pour continuer le travail de préparation dans le cadre de votre brevet, explique Monsieur Dictée. Est-ce clair pour vous ? »  Et pour appuyer sur l'importance de l'écriture, il a choisi un texte tiré de l'Illettré de Cécile Ladjali, dans lequel un jeune homme découvre la beauté des mots. Dans la salle, les professeurs et les accompagnants se sont joints aux élèves pour l'exercice et ils ont raison de s'entraîner : selon l'Ifop, un Français sur deux n'atteint pas les 12/20 en dictée. Mais l'exercice semble avoir porté ses fruits chez les collégiens d'une école de Villepinte. « J'ai fait zéro faute à la dictée, je ne m'y attendais pas, se réjouit une collégienne. D'habitude je n'y arrive pas, je déteste, mais j'aime beaucoup écrire et j'espère faire pareil au vrai brevet. » « Moi, ça va, à part les accents circonflexes, mais sinon, pas de fautes », ajoute un de ses camarades. « Moi, ça va niveau orthographe, je me débrouille pas mal, là, j'étais à l'aise, conclut un autre, j'étais bien à l'aise, donc c'était plutôt okay. » À écouter dans 8 milliards de voisinsLe dessin au secours de l'orthographe Un niveau d'orthographe en constante baisse En 40 ans, le niveau d'orthographe des Français a largement baissé, chez les jeunes, mais pas que. Les Français font en moyenne deux fois plus de fautes sur un même texte qu'en 1987. Rien que sur la dernière décennie, Rachid Santaki, qui fait des dictées depuis 13 ans, voit cette baisse. « L'évolution technologique nous amène à moins écrire : on n'écrit plus de cartes postales, plus de lettres ; et même chez les retraités, on utilise des vocaux, souligne le journaliste, on communique avec les petits-enfants comme les jeunes. » Le romancier souhaite plus que tout développer le goût de l'écriture. Que la gymnastique de l'orthographe, comme il l'appelle, ne soit pas un frein à l'expression. « Pour moi, l'orthographe, c'est la maîtrise des mots initialement, défend-il. Quand on a ce socle-là, on n'a pas besoin de crier, on n'a pas besoin d'hurler, on n'est pas frustré, on exprime, on évacue, on met des mots sur les émotions, on peut les écrire, on peut les verbaliser, et cet enjeu, il est central, il est vital. » Prochaine étape pour les élèves de troisième : le diplôme national du brevet les 26, 29 et 30 juin. À lire aussiRetrouvez tous nos exercices d'orthographe ici

    En France, les téléphones portables reconditionnés ont de plus en plus la cote

    Play Episode Listen Later Jun 4, 2026 3:35


    Il est partout dans notre vie, et il a un impact environnemental considérable : le smartphone. Pour le fabriquer, il faut du plastique, du verre, il faut extraire des métaux rares comme du lithium ou du cobalt, dépenser de l'énergie souvent fossile, transporter le tout… Un impact négatif qui peut être grandement réduit si l'on achète un téléphone d'occasion reconditionné. En Europe et en Amérique du Nord, de plus en plus de consommateurs s'y mettent.  Samuel a longtemps hésité, mais en voyant ses amis satisfaits des performances de leurs téléphones reconditionnés, le jeune homme a sauté le pas il y a un an. « C'était plus des Samsung que j'avais avant, mais j'avais envie de passer à Apple pour tester et j'avoue que vu les prix, je préférais prendre reconditionné parce que c'était trop cher de prendre juste en neuf finalement, témoigne-t-il. Bon, j'ai quand même mis un sacré budget dedans, mais dans mes souvenirs, il y avait bien 300 € d'économisés grâce à ça. » C'est le premier facteur de l'engouement pour les smartphones de seconde main. Ils sont jusqu'à 70 % moins chers que les neufs. Deuxième facteur, les téléphones dernier cri offrent aujourd'hui surtout des évolutions en termes de logiciels d'usage et plus en termes de matériel comme les batteries, la finesse de l'écran ou le GPS. Moins nécessaire donc d'acquérir le dernier-né de l'année. Enfin, la conscience écologique est croissante, en particulier chez les jeunes. « Je considère qu'à mon échelle, étant un peu sensibilisée à tout ce qui est écologie, explique Marie, une étudiante qui en est à son troisième téléphone d'occasion, c'est un geste que je peux faire qui ne me coûte rien et qui au contraire est plutôt bénéfique. » D'après l'Agence de la transition écologique, l'Ademe, un téléphone reconditionné est jusqu'à huit fois moins impactant pour l'environnement qu'un neuf, avec en moyenne 82 kilos de matière économisés et 87 % de gaz à effet de serre en moins. Mais devant cette boutique de téléphonie en région parisienne, beaucoup de consommateurs restent frileux. « Sur la qualité, je n'étais pas convaincue du reconditionné à 100 %, confie Marie-Laure, assistante de direction, mais j'ai sans doute tort, il faudrait peut-être que je m'y penche. Peut-être pour le prochain achat, pourquoi pas ! » À lire aussiEn France, les associations de seconde-main croulent sous les vêtements usagés Seulement 20% des téléphones ont besoin de réparations En 2009, le Français Benoît Varin a cofondé Recommerce, l'entreprise est aujourd'hui l'une des leaders du reconditionnement de produits électroniques en Europe. Dans un entrepôt au sud de Paris, le groupe stocke de nombreux téléphones usagés qu'il a rachetés à des particuliers, à des entreprises ou à des boutiques d'opérateurs mobiles. Ces téléphones sont tout à fait fonctionnels, ils ont quelques années à peine et, dans 80 % des cas, n'ont même pas eu besoin d'être réparés. « On ne va réparer que 20 % des téléphones, sur ces téléphones-là, on va changer des batteries, changer des écrans, souligne Benoît Varin. Mais notre métier de reconditionneur, c'est un métier de testeur, de remise à jour des logiciels, de suppression de données, de traçabilité du téléphone. On va désinfecter le téléphone, le nettoyer et garantir le téléphone actuellement 36 mois. » Nadia B. [son nom de famille n'apparaît pas pour des raisons de sécurité] prépare une commande de 250 téléphones qui auront bientôt une deuxième vie en Grèce : « On vérifie le tactile du téléphone, les touches, le volume, on vérifie le mode silencieux et on vérifie aussi l'étanchéité du joint. Et ensuite, une fois qu'on a fait toutes ces vérifications, on le laisse charger. Il faut que le téléphone soit chargé à 85 %. » En quelques années, le marché des smartphones d'occasion a explosé. D'après le cabinet Mordor Intelligence, de 70 milliards en 2026, il devrait passer à près de 100 milliards d'ici à 2031, tiré par l'Europe et l'Amérique du Nord. « Le marché du téléphone reconditionné représente 15 % de la vente de téléphones, détaille Benoît Varin. Dans le secteur de l'automobile, on voit que c'est courant d'acheter une voiture d'occasion, une voiture reconditionnée chez un concessionnaire, dans un garage. Donc, oui, on considère que dans la téléphonie, on va suivre le marché de l'automobile. » Dans les pays du Sud global, en revanche, les chiffres du reconditionné sont plus difficiles à établir car beaucoup de téléphones circulent au sein des familles ou sont réparés dans le secteur informel. À écouter dans 8 milliards de voisinsSeconde main, au cœur de la nouvelle vie de nos objets

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