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Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

RFI


    • Feb 25, 2026 LATEST EPISODE
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    Philippe Manœuvre en chair et en rock sur scène pour son tout premier spectacle

    Play Episode Listen Later Feb 25, 2026 5:10


    Il a représenté le visage du rock sur plusieurs générations, sans être musicien lui-même : le journaliste musical Philippe Manœuvre fait ses débuts sur scène à 71 ans ! Dans son spectacle Un enfant du rock raconte, joué en ce moment au Théâtre de l'Œuvre, à Paris, le critique rock relate, deux heures durant, ses anecdotes les plus folles. Au cours de sa carrière, Philippe Manoeuvre a rencontré plus de 450 artistes, il y a donc de quoi raconter !  RFI : Vous présentez en ce moment un spectacle intitulé Un enfant du rock raconte. Comment ça se présente ? Philippe Manœuvre : C'est une tentative de théâtre rock. Notamment, j'ai un guitariste, un guitariste électrique et électrifié, M. Yarol Poupaud, qui a été le dernier lead guitariste de Johnny Hallyday, son chef d'orchestre. On a aussi un décor : moi, je suis installé dans un ampli Marshall avec un fauteuil gothique. (rires) On a essayé de faire quelque chose de rassembleur autour de gens que tout le monde connaît, les anciens Beatles, les Rolling Stones, Prince, Johnny Hallyday... J'ai eu la chance de les rencontrer tous, même de vivre des choses uniques avec eux. On a construit une vraie pièce de théâtre autour du rock. Et sur tous ces artistes que vous avez rencontrés, vous avez aussi pu rencontrer des rockers africains... Pour moi, la musique, elle vient d'Afrique. Moi, je suis le premier qui a mis des rockers black à la télévision. Quand on a créé l'émission Sex Machine en hommage à James Brown, pendant trois ans, on n'a rien passé d'autre. À lire aussiUne pensée pour James Brown... Cinquante ans plus tard, vous semblez avoir gardé l'émerveillement et l'enthousiasme qui vous ont poussé à faire ce métier en premier lieu !  Totalement ! Je n'écoute que du rock, les nouveautés... C'est le début de l'année, de nouveaux groupes arrivent. Le rock refuse de disparaître. Les gens, ils aiment cette musique. Ça leur tient à cœur ! La France, c'est une nation rock.  Parlons-en, justement, du rock d'aujourd'hui – en France ou ailleurs. Quel regard portez-vous dessus ? On n'est plus dans le même monde. Entre les années 1970 en France et les années 2020, on n'a plus les mêmes problèmes. Quand le rock est arrivé, il voulait secouer la société. Mais ce n'est plus la même société du tout. Tous les matins, on se réveille, on regarde le téléphone en disant « qu'est-ce que Trump a encore fait cette nuit ? » Donc, on est dans un monde qui n'a pas besoin d'être challengé non plus. Les gens ont au contraire besoin d'être rassurés, de se retrouver autour d'émotions collectives, artistiques. Et le rock leur en offre. Vous pensez que c'est pour cela aussi que cela marche autant quand, par exemple, des Oasis se reforment ? Que c'est le côté rassurant ? Évidemment ! Les gens sont contents, parce qu'Oasis, ils viennent d'une époque où tout allait bien, quoi qu'on en dise. Rendez-vous compte ! 1995, on était dans le bonheur parfait, on ne s'en rendait pas compte ! (rires) Vous avez rencontré beaucoup de monde, mais il y en a peut-être aussi que vous avez loupé. Est-ce qu'il y en a que vous avez regretté de ne pas avoir pu interviewer ou rencontrer ? Oui, Jimi Hendrix, évidemment. Jimi Hendrix et Jim Morrison, c'est vraiment les deux personnalités que j'aurais aimé rencontrer. Ces deux-là me manquent énormément, et ils manquent à la musique aussi. C'était le plus grand guitariste et le plus grand chanteur pour moi. Et leur disparition, c'est encore très dur aujourd'hui, bien sûr. Retrouvez plus d'informations sur le site du Théâtre de l'Œuvre. À lire aussiÀ la source du Rock'n'roll

    Raoul Peck: «Orwell nous donne les clés pour analyser toute forme de totalitarisme»

    Play Episode Listen Later Feb 24, 2026 3:34


    « 2 + 2 = 5 », c'est une citation du célébrissime roman de George Orwell « 1984 ». Dans cette œuvre dystopique publiée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le héros et narrateur Winston Smith se demande dans son journal si l'État a le pouvoir de définir cette formule comme exacte, et si le fait que tout le monde y croit en fait une vérité. Le nouveau film de Raoul Peck, qui sort en salles, mercredi 25 février, en France, permet justement d'y voir clair sur l'apport de cet écrivain lucide et visionnaire. À lire aussiCannes 2025: Raoul Peck s'intéresse à la lucidité très contemporaine de George Orwell

    Cynthia Fleury adapte «La Fin du Courage» au théâtre: «nommer les choses, c'est déjà du courage»

    Play Episode Listen Later Feb 23, 2026 3:28


    Une pièce de théâtre pour renouer avec le courage : depuis le début du mois de janvier, plusieurs duos de comédiennes, dont Isabelle Adjani et Laure Calamy, se succèdent à Paris pour jouer l'adaptation sur scène de La Fin du courage, essai à succès écrit en 2010 par la philosophe et psychanalyste française Cynthia Fleury. Objectif : lutter contre le découragement dont souffrent les sociétés occidentales. RFI : Cynthia Fleury, bonjour. D'abord, qu'est-ce que c'est, le courage ? Cynthia Fleury : C'est une invitation à la vie : je pense véritablement qu'il y a, derrière le courage, du vitalisme. Ensuite, c'est souvent tout simplement la conscientisation de ses peurs, et la décision de les dépasser.  Ce que vous dites, quelque part, avec cette pièce, c'est qu'on négocie tous avec le monde qui nous entoure, on fait tous des compromis. À quel moment on bascule dans le découragement, dans la faim du courage ? Il faut comprendre que le découragement vient d'un côté de l'absence de compromis - la personne qui refuse tout compromis, toute possibilité, et donc ne trouve aucune manière d'être en prise avec le réel. Et de l'autre côté, le fait de trop négocier : cette personne là finit presque lessivée, disparaissante, ne sachant plus où elle est. Donc La Fin du courage est bien évidemment une invitation à trouver la juste mesure de la négociation.  On vit une époque très particulière, avec des nouvelles dramatiques quotidiennement. Comment faire pour résister, ne pas se sentir complètement emporté par ce sentiment ? Tous les jours, il y a des manières de produire des résistances. Je suis enseignante-chercheure. Dans mon cas c'est déjà refuser de ne pas nommer les choses. Je veux pouvoir encore le faire, puisqu'aujourd'hui, même cet acte simple est attaqué de manière très forte. Il y a la novlangue par exemple ; mais aussi, lorsque vous avez des images montrant ICE [la police de l'immigration américaine, ndlr] mettant à mort quelqu'un, on se pose encore la question de savoir si oui ou non c'est une mise à mort sous nos yeux. On voit bien qu'aujourd'hui, les image et les mots sont travestis. Le courage, c'est donc pour commencer : "je vois ce que je suis en train de voir, je dis ce que je suis en train de réellement penser, et à u moment donné, j'agis en fonction."  C'est quand même un constat terrible, si on se dit qu'aujourd'hui, le simple fait de donner un nom aux choses, c'est un acte courageux. Oui, mais c'est véritablement le cas. Il y a aujourd'hui une attaque en règle, menée par les mouvements trumpistes, mais pas exclusivement. En disant les choses, immédiatement, vous vous rendez visible, on vous pointe du doigt, et vous vous mettez en danger. Donc oui, ne pas céder sur le langage reste quelque chose de courageux.  Le découragement auquel on assiste aujourd'hui est-il avant tout individuel ou collectif ? C'est les deux à la fois. Le découragement est, malgré tout, assez puissamment individuel. Mais il s'expérimente aussi, hélas, dans des collectifs, ceux du travail par exemple. Il suffit d'aller écouter les soignants à l'hôpital, il suffit d'aller écouter tous les métiers du soin, dans les métiers de l'éducation, les juges. Il y a une forme de découragement collectif assez fort. C'est toujours dangereux parce que la passion collective du découragement est rarement protectrice. Tout l'enjeu, c'est donc de voir comment demain, on va pouvoir reconquérir la vertu du courage, comme outil de régulation pour les sociétés. Le découragement touche particulièrement les jeunes. Qu'est-ce que vous leur dites à ces personnes, qui n'ont connu que des périodes décourageantes ? Je leur dis, hélas, que d'autres, dans d'autres temps historiques, ont connu des périodes tout aussi tragiques. Que c'est un peu le lot de chaque génération de rencontrer son territoire d'adversité. Que rien n'est écrit. Ce découragement est assez normal. Il est le signe aussi d'une vérité de leur sensibilité. Mais il faut faire attention de ne pas le laisser emporter la partie. Donc, je leur dis de tenir.    La fin du Courage est jouée cinq fois par semaine au Théâtre de l'Atelier, à Paris, jusqu'au 8 mars 2026. À écouter aussi« La fin du courage », une adaptation théâtre de l'essai de Cynthia Fleury

    Quand la chasse continue: des bûchers d'Europe aux violences en Afrique

    Play Episode Listen Later Feb 20, 2026 3:42


    On croit souvent que les chasses aux sorcières appartiennent à un passé lointain, enfoui dans l'Europe du XVIIᵉ siècle. Pourtant, dans Les Filles-au-Diable, l'historienne Christelle Taraud montre que cette violence est toujours à l'œuvre, notamment en Afrique, où des femmes sont encore accusées de sorcellerie. 

    Cinéma: dans «Coutures», la réalisatrice Alice Winocour filme la mode à vif

    Play Episode Listen Later Feb 20, 2026 3:19


    L'invitée culture, ce 20 février, nous entraîne dans le monde de la fashion week parisienne. À travers trois destins de femmes, Alice Winocour parle de corps éprouvés, de travail invisible, de maladie, de transmission et de solidarité, là où on ne l'attend pas. Coutures, son film, est sorti en salles mercredi 18 février 2026.

    Le danseur et chorégraphe Mohammed Toukabri revisite son répertoire au Théâtre de la Bastille

    Play Episode Listen Later Feb 18, 2026 4:09


    Mohamed Toukabri, chorégraphe et danseur tunisien basé à Bruxelles, se penche dans son dernier spectacle sur toutes les danses qui l'ont nourri, de ses débuts dans le breakdance à l'âge de 12 ans à Tunis jusqu'à la danse contemporaine occidentale qu'il a apprise plus tard. Un spectacle qui mêle les formes et à travers lequel il interroge ses différentes identités, mais aussi l'histoire à travers son corps de danseur. Every-Body-Knows-What-Tomorrow-Brings-And-We-All-Know-What-Happened-Yesterday, de Mohamed Toukabri, au Théâtre de la Bastille, du 17 au 20 février, dans le cadre du festival Faits d'hiver 2026. À lire aussiThéâtre : «Saigner des genoux», une pièce «coup de poing» sur une adolescence au collège

    Cinéma: Sylvie Ballyot revient sur la guerre civile libanaise dans le documentaire «Green Line»

    Play Episode Listen Later Feb 17, 2026 3:28


    Comment raconter une guerre civile à hauteur d'enfant ? C'est ce que fait le documentaire Green Line, sorti en salles mercredi 18 février 2026. Sylvie Ballyot filme Fida Bizri, qui a grandi à Beyrouth dans les années 1980 pendant la guerre. À l'aide de figurines et de maquettes miniatures, elle va à la rencontre de miliciens et confronte sa vision d'enfant avec la leur.  Green Line, de Sylvie Ballyot, sorti en salles le mercredi 18 février 2026, 150 min. À lire aussi«Green Line», de Sylvie Ballyot et Fida Bizri: une enfance sous les bombes

    «À mots doux» de Thomas Quillardet: une ode à l'adolescence (dés)enchantée

    Play Episode Listen Later Feb 16, 2026 4:42


    Le rêve adolescent est au cœur de la dernière pièce du metteur en scène Thomas Quillardet, À mots doux. Le personnage principal, Sylvain, 14 ans, reste cloîtré dans sa chambre qui devient alors l'espace de tous les possibles. Il construit peu à peu son identité grâce à la chanteuse franco-canadienne Mylène Farmer dont il est totalement fan. Accompagné de plusieurs personnages imaginaires, Sylvain commence à se sentir de plus en plus libre et à enfin trouver sa place dans la vie réelle.

    Avec «Dao», Alain Gomis filme une famille entre la France et la Guinée-Bissau

    Play Episode Listen Later Feb 15, 2026 3:41


    La 76ᵉ Berlinale, le premier festival international de cinéma de la saison, bat son plein en ce moment dans la capitale allemande. 22 longs métrages sont en lice pour le prestigieux Ours d'or. Parmi eux, Dao, le nouveau long métrage du Franco-Sénégalais Alain Gomis. On se souvient qu'il avait décroché, à Berlin, en 2017, l'Ours d'argent du meilleur film pour Félicité, tourné en RDC. Cette fois, Dao nous entraîne entre la Guinée-Bissau et la France. À lire aussiTrois films africains en compétition à la Berlinale 2026

    Dans «DUB», le chorégraphe franco-sénégalais Amala Dianor crée l'union des danses undergound

    Play Episode Listen Later Feb 12, 2026 4:08


    Onze danseurs au plateau évoluent pendant une heure sur les sonorités électroniques du DJ Awir Leon, présent en live. Entre électro, pantsula, krump, afro, waacking et hip-hop new style, tous les genres de danse urbaine des communautés underground du monde entier sont représentés dans DUB, le nouveau spectacle du chorégraphe franco-sénégalais Amala Dianor. Les jeunes danseurs, venus des quatre coins du globe, se retrouvent dans des espaces confidentiels pour donner à voir ce qui est habituellement caché. Pour connaître les dates de la tournée, c'est par là ! À écouter dans En sol majeurAmala Dianor, du corps en barre

    La pièce «Aime-moi» de Fabien Ducommun, grand road trip à travers les États-Unis

    Play Episode Listen Later Feb 11, 2026 4:19


    En ce moment au Théâtre des Mathurins de Paris se joue le spectacle musical Aime-moi : un seul en scène interprété par le comédien Fabien Ducommun, également co-metteur en scène aux côtés de Christian Kiappe. On y suit un certain Fabien embarqué presque malgré lui dans un road trip en solitaire à travers les États-Unis rythmé par les chansons des plus grands crooners. Mais au fur et à mesure que les kilomètres défilent, les souvenirs et les fantômes du passé reviennent le hanter. La pièce «Aime-moi» de Fabien Ducommun, grand road trip à travers les États-Unis

    Audrey Pierre: «le jazz est un lieu magique»

    Play Episode Listen Later Feb 11, 2026 13:14


    Après un premier album, Magic Place, remarqué par la critique, la chanteuse et compositrice de jazz Audrey Pierre est en tournée jusqu'en juin prochain en France. Avec sa voix profonde et ses compositions qui s'inscrivent dans le jazz traditionnel mais avec un swing étonnamment moderne, la messine de naissance a séduit jusqu'au public américain. RFI : Depuis la sortie de votre album Magic Place, vous enchaînez les concerts. Est-ce que cet album a changé quelque chose dans votre carrière ?  Audrey Pierre : Oui, je dirais que ça m'a ouvert beaucoup de portes. J'ai eu le soutien de pas mal de presses que je remercie notamment. Ça m'a ouvert plus de scènes, de scènes un peu plus grosses, ainsi que des dates de concert plus nombreuses.  Pourtant, vous avez déjà plus de 200 concerts en 4 ans à votre actif. Donc cet album finalement est à la fois un aboutissement et un nouveau départ ?  C'est à dire que je j'avais à cœur de jouer ces morceaux avant de les enregistrer, donc j'ai quand même pris le temps de les « emmener sur le terrain » avant de les sceller sur un disque ! Racontez-nous, Audrey Pierre, comment vous en êtes venu à la musique. J'ai cru comprendre qu'à l'origine vous étiez luthière, fabricante de violon.  Tout à fait. J'ai passé sept ans à Mirecourt, dans la capitale du violon (en France, grande ville de lutherie NDLR), à fabriquer des violons et je chantais déjà et je faisais déjà de la musique. Le désir était là, mais je n'osais pas y croire, jusqu'à ce que l'on me propose de plus en plus de concerts. J'ai commencé à prendre goût à la chanson, et ce désir est devenu plus fort que celui de l'établi, même si j'adorais le travail de luthier. Et donc j'ai vendu mes outils tout simplement pour pouvoir venir m'installer à Paris.    Vous avez donc renoncé à fabriquer des violons pour pouvoir vous consacrer à la chanson ?  C'est vrai que l'on peut parler de renoncement, mais ce n'est pas pour toujours. C'est du moins ce que je me dis pour me rassurer, parce qu'il est vrai que j'aimais beaucoup ça.  Qu'est-ce qui vous a donné confiance en vous au point de vous lancer dans cette carrière de chanteuse ? Vous êtes-vous dit « c'est vrai que ma voix est belle et que mes compositions tiennent la route » ? (Rires) Alors, je me suis vraiment jamais dit que ça ! Et j'espère ne jamais me le dire.  Pourquoi ? Vous doutez de votre voix ? J'ai envie de penser que le doute fait partie de la création. Je n'ai jamais ce sentiment de me dire "Ah ! Je suis prête, c'est suffisamment bien, je peux y aller." Non, c'était surtout les autres qui m'ont soutenue, que ce soient les musiciens ou le public. Et puis, il y a cette espèce de feu, on n'a pas le choix, il faut faire ça. Et ensuite, un jour, j'ai envoyé ce que je faisais au Sunset à Paris, (L'un des plus célèbres clubs de jazz de la capitale française NDLR). Et j'ai reçu une réponse à mon mail dans les trente minutes de la part de Stéphane Portet, (Directeur et programmateur du Sunset, NDLR) que je remercie d'ailleurs pour sa confiance. Il m'a proposé une date de concert et je me suis dit « Waouh, super, bon bah Paris quoi ! » Et par une chance incroyable, le soir du concert se trouvait dans le public une bookeuse (Programmatrice d'artistes NDLR) et musicienne de Los Angeles qui a beaucoup aimé le concert. Elle est venue me voir à la fin et m'a proposé une tournée à Los Angeles (Etats-Unis NDLR) Je n'ai pas réfléchi, j'ai accepté, et elle m'a invitée à jouer là-bas, dans une salle et puis un jazz club et également à l'hôtel café qui est en plein Hollywood.  Donc vous êtes passée de Mirecourt, à Paris, et ensuite le grand voyage aux États-Unis. Un rêve en quelque sorte ! Oui ! Je m'en souviens encore, cela fait à peine deux ans, j'étais dans l'avion et je n'arrivais pas à y croire, c'était très grisant.  Et vous aviez combien de titres à jouer dans votre valise ? Une dizaine. La bookeuse avait tout organisé pour moi, elle avait choisi l'équipe de musiciens, donc je leur avais envoyé l'album au préalable, mais je ne les connaissais pas, je ne savais pas trop où je mettais les pieds. Et là, j'arrive en répétition et ils connaissaient les morceaux note pour note ! C'était impressionnant, j'essayais de pas le montrer, mais j'étais impressionnée ! Revenons sur Magic Place, ce premier album. D'abord, c'est quoi cette Magic Place dont vous parlez ?  Eh bien, cet endroit magique, je dirais qu'il est plutôt intérieur. C'est un endroit apaisant là où se réfugier. En tout cas, moi j'arrive à toucher cet état grâce à des albums qui m'ont fait beaucoup de bien. Donc j'avais ce cette ambition, ce désir d'essayer à mon tour de procurer se serait-ce qu'un dixième de ce que certains albums m'ont procuré chez l'auditeur.  Dites-nous, quels sont les albums qui vous ont mis dans un état émotionnel particulier ? Je pense surtout au « Circlesongs » de Bobby McFerrin, qui est un album que j'écoute plusieurs fois par semaine depuis des années. J'ai un truc très monomaniaque avec la musique que j'aime. Sting aussi a pu me procurer cet effet, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan évidemment. Donc voilà, je voulais faire un album apaisant.  Je lisais sur votre site, vous parliez de vos références, des artistes qui vous ont inspiré, donc on a Sarah Vaughan, Chick Correa, Ahmad Jamal, Bobby McFerrin. Qu'est-ce qui relie tous ces artistes pour vous ? L'émotion et ce que ça me procure corporellement, car chez moi, beaucoup de choses passent par le corps. Même quand j'écris. Et faire face à de telles références du jazz et de la musique ne vous paralyse pas ? J'essaye de pas rentrer dans la comparaison, même si c'est dur. Je pense au contraire que ces artistes me tirent vers le haut. Mais jamais je n'oserais me comparer, sinon j'arrêterais tout de suite.  Parlez-vous de vos musiciens. Comment avez-vous connu Vladimir Torres, le contrebassiste, et Karim Blal le pianiste ? Vladimir, je l'ai rencontré à Paris, il est basé à Besançon. Mais c'est à Paris qu'on s'est rencontrés et je suis allée le voir en concert. Il m'a impressionnée. Puis, à l'issue du concert, on est allé boire un café, puis on s'est dit qu'il fallait que l'on fasse quelque chose ensemble parce qu'il aimait bien ce que je proposais initialement. Quant à Karim, je l'ai rencontré Karim dans une jam ( une session de musique NDLR) et c'est pareil, j'ai beaucoup aimé son jeu , c'est d'ailleurs lui qui m'a fait rencontrer le batteur Tom Perron, c'est comme ça que nous avons formé le quartet. Il y a quand même une patte Audrey Pierre que l'on retrouve sur tout cet album. Comment cela se passe avec les musiciens? Vous dirigez tout ? Vous leur laissez beaucoup de liberté ? Ça dépend vraiment des morceaux, il y a des morceaux plus écrits que d'autres. Mais en général, j'aime laisser une grande place aux musiciens, cela permet de garder une certaine fraîcheur et faire aussi que tous nos concerts ne se ressemblent pas. On parle beaucoup du « revival » du jazz, que ce soit en Angleterre, en Europe ou aux Etats-Unis, êtes-vous connectée avec cette génération montante ? J'essaie de suivre au maximum ce qui sort actuellement et ce qui me passionne. Et c'est vrai, que le jazz est quand même une musique en constante évolution, en constante réinvention. Ce qui me plait c'est de l'ouvrir à l'hybridation avec d'autres styles de musique. Sur mon prochain album, il y aura sans doute un rappeur londonien. Je suis ouverte à d'autres collaborations plus pop ou rap ou rap.

    La pièce «Chiens», de Lorraine de Sagazan, dévoile la violence du monde du porno

    Play Episode Listen Later Feb 8, 2026 6:05


    Dans sa dernière pièce au théâtre des Bouffes du Nord, Lorraine de Sagazan nous plonge dans la violence de l'industrie de la pornographie. Elle part de l'affaire French Bukake, une plateforme qui diffuse des vidéos pornographiques, dont les responsables sont accusés d'avoir recruté des femmes vulnérables pour des tournages sans consentement réel. Chiens, le titre de la pièce, fait référence à la meute masculine exploitant le corps féminin. La pièce, fait rare au théâtre, est interdite aux moins de 16 ans en raison de descriptions de violences sexuelles. À lire aussi«Léviathan»: quand le théâtre convoque la justice sur scène

    Avec «Le Marsupilami», Philippe Lacheau réussit une comédie d'aventures

    Play Episode Listen Later Feb 6, 2026 3:30


    Le Marsupilami est de retour ! Le Marsupilami, c'est cet animal imaginaire créé par l'auteur de bande dessinée Franquin, un marsupial jaune et noir à la longue queue préhensile et qui vit en Amérique du Sud dans un pays lui aussi fictif, la Palombie. Après une première adaptation au cinéma qui connut un grand succès (plus de 5 millions de spectateurs), en 2012, ce personnage est de nouveau le héros d'un film qui vient de sortir mercredi 4 février sur les écrans français.  À reécouter aussi«Sur la piste du Marsupilami», un film d'aventure souvent hilarant

    Marcos Caramés-Blanco, metteur en scène de la pièce «Ce qui m'a pris»

    Play Episode Listen Later Feb 5, 2026 5:31


    Marcos Caramés-Blanco et Orane Lemâle dévoilent leur dernière création, Ce qui m'a pris, le portrait d'une jeune trentenaire, animatrice périscolaire en grande détresse existentielle. Un seul-en-scène vertigineux de quasiment deux heures où le personnage incarné par la comédienne Fanny Brulé-Kopp traverse rêves hallucinatoires, espoirs et obsessions étranges, le tout dans un isolement extrême : une véritable descente aux enfers contemporaine. Marcos Caramès-Blanco nous dévoile la genèse de cette pièce. À écouter dans Le Reportage cultureLa «Cendrillon» de Pauline Viardot envoûte les scènes françaises

    François Bégaudeau, auteur de «Désertion»: «La vie, c'est toujours un peu: tout ça pour ça»

    Play Episode Listen Later Feb 4, 2026 3:33


    Qu'est-ce qui conduit deux jeunes hommes à quitter la Normandie qu'ils ont toujours connue pour combattre aux côtés des Kurdes en Syrie ? C'est sur cette question que se penche le dernier roman de François Bégaudeau, Désertion, publié aux éditions Verticales. Sur trois décennies, l'auteur suit deux frères issus de la classe moyenne, Steve et Mickaël, dont le parcours a priori sans grandes histoires finit par les mener au Rojava. RFI : Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire sur ces deux frères qui partent tous les deux en Syrie, combattre avec les Kurdes ? François Bégaudeau : Ce sont des rencontres que j'ai pu faire, de gens qui sont partis en Syrie et notamment du côté des Kurdes. Parmi eux, il y avait des jeunes gens qui ressemblaient un peu à ceux qui allaient devenir mes personnages, Steve et Mickaël, et notamment à Steve. De fil en aiguille, plus je les écoutais, plus je me disais que ça ferait un matériau romanesque excellent.   Le roman s'appelle Désertion. Cela peut être la désertion de là d'où ils viennent ; ça peut aussi être la désertion du terrain qu'ils finissent par quitter. De quelle désertion parle-t-on ? Je voulais que le titre soit très ouvert : chacun le rêvera comme il le voudra. Mais j'avais quand même dans l'idée de faire signe vers ce qu'on a appelé la désertion, récemment, de jeunes gens notamment qui désertent un peu les places économiques qui leur étaient promises pour essayer d'avoir une vie qu'ils vont juger plus équitable, plus vertueuse. Dans le cas de mes deux personnages, ils ne sont pas aussi politisés que ça, mais je pense qu'il y a chez eux, au bas mot, une sorte d'insatisfaction par rapport à la vie qui leur est offerte dans ce petit département de la France moyenne. Donc, il y a un appel d'air, et à la moindre occasion, en quelque sorte, ils vont prendre le large.   C'est un livre qui, finalement, parle beaucoup de quête de sens. Mais il y a beaucoup de façons de trouver du sens aujourd'hui : le combat politique, écologiste, féministe. Pourquoi se tournent-ils vers ce sens-là ?  Dans la vie, on est toujours un peu déterminé. On peut avoir un tronc commun, qui serait cette espèce d'aspiration à vivre autrement. Et puis après, on fait avec ce qui se présente. Et Steve et Mickaël vivent dans un milieu où ces propositions politiques-là n'existent pas. Donc ils font avec ce qu'ils ont trouvé. Et ce qu'ils ont trouvé, c'est plutôt partir à la guerre. La question du milieu social est très présente dans le livre. Est-ce l'histoire de deux jeunes qui partent en Syrie, ou est-ce plutôt l'histoire d'une classe sociale ? J'essaie toujours de maintenir une sorte de singularité à mes personnages, de faire en sorte que le personnage ne ressemble à personne d'autre et qu'il ne soit pas complètement un sociotype ou un archétype.  Ceci dit, quand on regarde sérieusement la réalité des choses, on croise immédiatement des contextes sociaux qui sont quand même partie prenante de l'évolution d'un personnage. Donc moi, j'essaie d'être un peu précis sur le contexte dans lequel ils évoluent. Mais quand j'écris ce livre, j'essaie tout de même de m'affranchir des explications un peu trop faciles et de restituer la complexité d'un parcours. Sur 100 gamins qui auraient 18 ans dans le même contexte social que Steve, un seul part en Syrie. Cela veut bien dire qu'il y a un impondérable. C'est peut-être psychologique, peut-être le rapport aux parents, des circonstances peut-être... Steve, par exemple, est harcelé à l'école. Cela entraîne une déscolarisation, puis un fait de délinquance qui va le marginaliser. Et de fil en aiguille, on se retrouve à 3 000 bornes de chez soi.   Donc, avec le déterminisme, il faut toujours être très précautionneux. Il faut toujours restituer la complexité des déterminations.  À la fin du livre, Steve revient. Et on se dit que, finalement, il est revenu à ce qu'il était depuis le début, là où il était depuis le début, à quelques centaines de kilomètres près. Tout ça pour ça ? La vie, c'est toujours un peu : tout ça pour ça. La vie est totalement exaltante, c'est un cadeau au quotidien. Et en même temps... une vie se passe et, à la fin, qu'est-ce qu'on en a appris ? Il y a toujours un peu cette hypothèse — un peu pessimiste sans doute — qu'on n'apprend jamais rien de rien. Vous avez beau aller à 3 000 bornes, vous vous retrouvez presque dans le centre névralgique de la planète des années 2010. Au bout du compte, tout cela passe comme une espèce de tourbillon, une espèce de tempête à laquelle vous ne comprenez pas grand-chose.  Et qu'est-ce que vous en tirez comme enseignement ? Pas grand-chose, si ce n'est qu'en fait, vous revenez un peu au statu quo.   C'est difficile de rester enthousiasmé par les surprises de la vie, si c'est toujours « tout ça pour ça »... Comment ne pas devenir cynique ? J'ai ce sentiment que, la vie prise dans ses grandes lignes, ma foi, il n'y a pas grand-chose à en espérer. Mais c'est dans le détail que la vie est extraordinaire et très inventive. Moi, c'est ma joie de romancier que d'essayer de rendre compte de la bizarrerie, parfois très savoureuse, du vivant. La vie est un motif d'étonnement, de sourire aussi. Même quand elle est tragique, elle ne va pas sans drôlerie.   Sur la forme, ce qui est frappant dans ce livre, c'est qu'il n'y a pas de chapitres, très peu de sauts de lignes, pas de lignes de dialogue séparées. Tout est dans une forme de continuité. Est-ce que c'était pour souligner le fait que, dans le parcours de ces deux frères, il n'y a précisément pas de rupture franche qui les décide à partir ? Dans mes romans, j'essaie d'aller toujours plus vers cette idée de « faire pénétrer tout dans tout. » Au départ, je m'astreignais à des organisations de la page et du récit, chapitrages, sauts de lignes. Mais peu à peu, il m'est apparu que ça ne correspondait pas au continuum de la vie. Les choses s'emmêlent, s'imbriquent, s'encastrent. Dans le travail du romancier, les phrases se succèdent. Or, il faudrait essayer de rendre compte, au contraire, d'une sorte de simultanéité de tout. C'est comme ça que je m'en sors.  Dans le cas d'espèce de Steve et Mickaël, la dramaturgie qui consiste à dire « et ce jour-là, il décida que », cette phrase est fausse. Le départ de Steve, ce n'est pas du jour au lendemain. C'est toute sa vie qui vient se déposer dans ce départ. Il y a tout un système, un entrelacs d'événements, qui s'enroulent les uns dans les autres pour produire ce départ. Donc il m'a semblé que cette mise en page-là était la plus juste.   Pour finir, François Bégaudeau, est-ce que, vous, vous avez déserté quelque chose ?   C'est compliqué de déserter. Je suis très intéressé par toutes les trajectoires de vie qui, précisément, essaient de s'émanciper d'un certain nombre de modèles sociaux ou de modèles de vie. Moi, dans mon cas, déserter, cela voudrait dire continuer à écrire des livres, mais en étant de moins en moins tributaire de la chaîne économique dans laquelle je me trouve. Trouver un modèle économique qui me permette de ne plus avoir à composer avec un certain nombre de choses, de faire exactement ce que je veux comme écrivain. Pour moi, c'est tendanciel, la désertion. C'est un point à l'horizon vers lequel on tend.   À lire aussi«Les Cailles en automne», un roman inédit de Naguib Mahfouz, le «Balzac arabe» 

    «Willy Protagoras enfermé dans les toilettes», la folie réjouissante du théâtre de Wajdi Mouawad

    Play Episode Listen Later Feb 2, 2026 4:14


    Willy Protagoras enfermé dans les toilettes est une pièce de jeunesse de Wajdi Mouawad. Il l'a écrite à l'âge de 19 ans dans son pays d'origine, le Liban, alors en proie à la guerre civile. Dans cette pièce, Willy est un jeune garçon en rébellion contre sa famille et la société. L'écriture parfois naïve recèle toutefois les promesses du grand dramaturge que deviendra l'auteur. Cette pièce verte et très touchante est celle qu'il met en scène pour faire ses adieux au Théâtre national de la Colline qu'il a dirigé durant plus de dix ans. Micha Lescot, au corps longiligne comme une liane, incarne très bien le jeune homme rebelle malgré ses 50 ans. À lire aussiLiban: annulation d'une pièce du dramaturge Wajdi Mouawad, accusé de «normalisation» avec Israël

    Cinéma: «Les âmes bossales», plongée dans la mémoire insurgée d'Haïti

    Play Episode Listen Later Feb 1, 2026 3:27


    Le cinéaste engagé François Perlier, dont le nouveau film, Les âmes bossales, sort ce mercredi 4 février 2026, plonge au cœur de la résistance haïtienne. Il y donne la parole à ceux que l'histoire a souvent ignorés : les descendants des Bossales, ces esclaves africains qui, par leur révolte, ont façonné l'identité d'Haïti. 

    Cinéma: «La vie après Siham», filmer pour retenir ceux qu'on aime

    Play Episode Listen Later Jan 29, 2026 3:35


    L'invité culture de ce 30 janvier 2026 est le cinéaste Namir Abdel Messeeh, qui a fait de sa propre histoire un terrain de cinéma. Dans son nouveau film, La vie après Siham, Namir Abdel Messeeh part d'un deuil intime, la disparition de sa mère Siham, en 2015, pour revenir sur l'histoire de sa famille. C'est un film traversé par l'Égypte, la famille, le mélodrame et une question simple mais vertigineuse : que peut le cinéma face à la perte ? À lire aussiCannes 2025: le Franco-Egyptien Namir Abdel Messeeh évoque le deuil dans «La vie après Siham»

    La metteuse en scène Gabrielle Chalmont-Cavache pour sa pièce «Doué.e.s»

    Play Episode Listen Later Jan 28, 2026 3:34


    Que faire quand on se sent moins intelligent que les autres ? Quand on a l'impression d'être la personne la plus perdue d'un groupe, quand on a adoré une œuvre que personne n'apprécie, ou que l'on ignore une actualité mondiale visiblement connue de tous ? Ce complexe d'infériorité intellectuelle est au cœur de la pièce Doué.e.s : une comédie à la croisée des sciences sociales, des sciences cognitives et de la pop culture. Tournée de la pièce :  31 janvier 2026 - La Ferme Corsange, Bailly-Romainvilliers (77) 21 mai 2026 - La Canopée, Ruffec (16) 6 juin 2026 - Le Bruit des Printemps, Montlieu-la-Garde (17)   À écouter dans Priorité santéLe vrai du faux sur votre cerveau 

    Aïssa Maïga, pasteure évangélique dans le film «Promis le ciel»

    Play Episode Listen Later Jan 27, 2026 6:12


    Marie, Naney et Jolie vivent en Tunisie dans la peur d'être stigmatisées ou expulsées. Elles viennent du Sénégal ou de Côte d'Ivoire et se retrouvent dans une communauté évangélique à Tunis. Ce sont les personnages du film Promis le ciel, de la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri. Dans ce film qui sort en salles ce mercredi 28 janvier en France après avoir été projeté en sélection officielle au dernier festival de Cannes, Aïssa Maïga incarne Marie, une pasteure évangélique.    À écouterAïssa Maïga, Erige Sehiri et Deborah Lobe Naney présentent «Promis le ciel»

    «La radicalisation est partout». Ivo Van Hove réduit «Hamlet» à un contexte politique sans convaincre.

    Play Episode Listen Later Jan 26, 2026 3:56


    Deux théâtres nationaux se serrent les coudes pour présenter une nouvelle création de « Hamlet » de Shakespeare. Le Belge Ivo Van Hove, fort de la troupe de la Comédie-Française, nous présente son ‬ «Hamlet » à l'Odéon dans une version réduite et une nouvelle traduction de Frédéric Boyer. Ivo Van Hove est l'un des metteurs en scène occidentaux les plus occupés. Près de 140 spectacles en quatre décennies dans les scènes et les festivals les plus prestigieux comme celui d'Avignon. Le ‬« Hamlet » qu'il nous propose, version allégée au niveau du texte, jouit toutefois d'une production lourde : vidéo, scénographie, lumière, danse, chant... Il explique ses intentions.    À lire aussiIvo Van Hove réunit Electre et Oreste à la Comédie-Française

    «Grottesco» ou les architectures imaginaires d'Eva Jospin exposées au Grand Palais

    Play Episode Listen Later Jan 25, 2026 3:34


    À Rome, on raconte qu'un jeune habitant est tombé par hasard dans une cavité oubliée et y a découvert des fresques splendides : il s'agissait des vestiges de la villa de l'empereur Néron. L'artiste Eva Jospin s'est inspirée de cette légende pour son exposition « Grottesco », qui se tient jusqu'au 15 mars au Grand Palais. Elle a conçu un parcours foisonnant de forêts, de grottes et d'architectures imaginaires dans différents matériaux. L'exposition « Grottesco » est à voir jusqu'au 15 mars 2026 au Grand Palais. À lire aussiJO 2024: le Grand Palais renoue avec sa première jeunesse 

    Florence Dupré la Tour raconte son rapport douloureux à l'argent dans «Jeune et fauchée»

    Play Episode Listen Later Jan 22, 2026 3:19


    L'argent n'a pas d'odeur, dit-on, mais le manque d'argent peut avoir un goût bien amer. L'autrice de bande dessinée Florence Dupré la Tour en a fait l'expérience douloureuse au sortir de l'adolescence et pendant plusieurs années ensuite comme jeune adulte. Elle le raconte dans une bande dessinée publiée chez Dargaud et intitulée Jeune et fauchée. En parallèle, la dessinatrice de 47 ans publie Les moribonds chez Casterman, une fable pop et vampirique.

    Dans «Pilleurs de Terre», le combat de paysans face à l'ogre des multinationale

    Play Episode Listen Later Jan 21, 2026 7:39


    Les paysans Bunong du Cambodge, l'ethnie Bagyeli du Cameroun : deux sociétés que plus de 10 000 km séparent, et qui n'ont à priori rien en commun. C'est pourtant de ces deux peuples autochtones que parle le film documentaire Pilleurs de terre, sorti 14 janvier dernier. Car malgré la distance, ils ont été réunis par une cause commune : la lutte contre les multinationales pour récupérer leurs terres ancestrales. La réalisatrice Fanny Paloma a suivi leur combat. RFI : Fanny Paloma, bonjour. Qu'est-ce qui vous a amenée, vous, à vous pencher sur l'histoire de ces paysans Bunong et de l'ethnie bagyeli ? Fanny Paloma : Cela vient de ma propre histoire. Je suis en partie issue d'une famille chilienne. Et au Chili aussi, il y a des communautés autochtones qui sont là depuis des siècles et des siècles et qui luttent toujours pour récupérer leurs terres qui, à l'époque, ont été volées par des colons espagnols. Cette revendication perpétuelle m'a amenée depuis longtemps à m'interroger : que signifie la terre quand le fait de la perdre veut dire perdre une partie de soi ?  Au cours de mes recherches,  j'ai entendu parler des Bagyeli et des Bunong, et je me suis rendue compte qu'il y avait beaucoup de liens entre eux. J'ai décidé de m'y intéresser notamment via l'union entre ces populations qui ne se rencontrent pas et qui trouvent pourtant le moyen de s'allier contre un adversaire commun. Vous parlez des colons espagnols et, justement, au début du film, vous dites que finalement l'extinction des peuples autochtones continue. Est-ce que ça veut dire que le groupe Bolloré serait une forme de nouveau Christophe Colomb quelque part ? C'est ce qui ressort en tout cas des tactiques employées, et de la posture adoptée par ces sociétés. Le groupe Bolloré, ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres qui existent aujourd'hui. Ce sont des sociétés qui estiment que leur vision du monde, et la valeur marchande qu'ils donnent à la terre, est la plus importante et prévaut sur les vies humaines et sur les visions des autres. Donc on retrouve quand même beaucoup d'attitudes proches de celles des premiers colons, c'est-à-dire « il n'y a pas le choix, de toute façon, on arrive, on prend, on exploite, ceci nous appartient ». Ce que vous dites me fait penser à cette phrase que vous avez dans le film : « Ce qui se mange est remplacé par ce qui se vend. »  Particulièrement au Cambodge, mais en fait on le voit aussi au Cameroun, au bout d'un moment, les personnes non seulement n'ont plus assez d'espace pour planter pour eux-mêmes des biens alimentaires, mais finalement ils ont aussi besoin de vendre à ces compagnies qui viennent, qui créent avec eux des contrats qui leur permettent de vendre, par exemple, du caoutchouc à la compagnie. Souvent, les entreprises vont mettre en place des situations où les personnes n'ont pas vraiment le choix que de finalement cultiver pour la compagnie, et ça ne va pas être des fruits et des légumes, ça va être le caoutchouc, ou le poivre, par exemple. Donc petit à petit, les gens cherchent à créer de l'argent plutôt que des biens alimentaires. C'est intéressant parce que, ce que l'on voit aussi en visionnant le film, c'est que l'implantation de ces groupes crée également de la division. Oui, complètement, et c'est quelque chose qu'on a voulu montrer dans le film. En fait, la division, quand les personnes sont dans une situation de survie, c'est une arme redoutable. Ce que font aussi les entreprises, c'est qu'elles coupent le flux d'informations. Donc, les gens ne savent plus vraiment ce qui se passe pour les autres familles, ne savent plus quels moyens employer pour se défendre, et ça casse une coutume qui est de prendre les décisions en commun. Face à une situation de vie ou de mort, quand certains pensent avoir trouvé la bonne solution, ils s'y tiennent corps et âme. Et c'est cela qui créée des divisions, parce qu'on ne veut pas que les autres cassent l'initiative qu'on a commencée. Donc c'est tout un système qui permet de diviser les gens à plusieurs étages. Il y a d'ailleurs une scène très parlante à ce sujet : à un moment, l'avocat Me Fiodor Rilov, vient informer la communauté Bagyeli des nouvelles avancées. L'un des hommes présents porte une tenue Socapalm dont il a caché le logo. Pouvez-vous nous parler de ce moment-là ? La première chose qu'il faut dire, c'est qu'à beaucoup de ces réunions, il y avait beaucoup moins de personnes que dans un rassemblement habituel du village. Les gens ont l'habitude de se réunir et de prendre la parole tous ensemble, et là, on nous le disait souvent « il manque la moitié des personnes ». Cet homme a voulu participer à la réunion, et effectivement, il revenait du champ Socapalm, où il est employé -  souvent, ce sont des employés à la journée. Et il nous a dit qu'il avait cru que, peut-être, c'était certains envoyés de Socapalm qui se faisaient passer pour des ONG, ou se faisaient passer pour des médiateurs, pour en réalité obtenir des informations, qui pourraient leur permettre ensuite de les bannir du travail, ou en tout cas de leur créer des problèmes. Et cela, à votre connaissance, c'est une méthode qui a réellement été utilisée par ces groupes-là ? On nous en a beaucoup parlé en tout cas. Un autre homme nous a raconté que Socapalm avait récupéré les noms des personnes qui ont porté plainte, afin de tenir une liste pour empêcher certains d'obtenir ce travail journalier. Cette situation de précarité, et cette peur planante, c'est quelque chose qu'on nous a rapporté plusieurs fois.  En vous écoutant, et en sachant la force de frappe des multinationales, on a l'impression d'être face à des rouleaux compresseurs. Comment ne pas désespérer ? Du côté des populations, c'est une question de survie. Ce qui les fait tenir, c'est qu'ils ne se battent pas pour un territoire, en fait. Ils ne se battent pas pour un sol, ils se battent pour un lien. Le lien avec leurs ancêtres, leurs descendants, mais aussi avec une manière d'être au monde. Et puisque c'est une question de survie, de toute façon, ils ne lâcheront pas. De notre côté, je pense que la prise de conscience nous apporte déjà beaucoup. Se demander qui raconte l'histoire, quelle histoire on écoute, et qu'est-ce qu'on veut, qu'est-ce qu'on appelle le progrès aujourd'hui ? Justement, pouvez-vous expliquer ce que représente la terre pour les Bunong et les Bagyeli, au-delà d'un moyen de subsistance ? C'est d'abord un lien spirituel très fort. Souvent, les populations autochtones qui vivent de manière très proche avec la nature ont la croyance ferme que leurs ancêtres et les esprits sont des entités avec lesquelles il faut cohabiter. Donc le fait de casser la connexion spirituelle est très difficile à vivre pour beaucoup. Ensuite, il y a toutes les habitudes et le savoir nés sur ces terres et qui sont extrêmement riches, qui leur amènent aussi une pharmacopée, des formes de subsistance et une souveraineté. La perdre, c'est recommencer à zéro. Le tournage terminé, êtes-vous restée en lien avec ces communautés ? Oui j'essaie d'avoir des contacts les plus réguliers possibles avec eux. Je travaille aussi avec plusieurs personnes qui ont des liens sur place, qui eux aussi vont avoir des contacts. Donc ça nous permet de créer une chaîne quand même pour rester en contact. Vous disiez, au tout début de cet entretien, que ce sont des questionnements personnels qui vous ont amenée à vous pencher sur ce sujet. Est-ce que ce film vous a permis de trouver des réponses à ces questionnements plus intimes ?  Je n'ai pas trouvé de réponses à proprement parler. Je suis plutôt au début d'un cheminement. Tout cela m'a amenée sur une question de sens. En tout cas, c'est cela, la conclusion que j'ai tirée de mon expérience. Et c'est vers cela que je veux continuer à aller. 

    Adeline Rapon, photographe décoloniale et queeribéenne des "marges" martiniquaises

    Play Episode Listen Later Jan 19, 2026 3:34


    La photographe franco-martiniquaise Adeline Rapon est l'une des nouvelles voix d'un art politique avant tout. Son exposition "that's not fair, because he should be the one teaching you", fruit de plusieurs semaines de résidence en Guyane, a été exposée à Saint-Laurent-du-Maroni. Avant cela, son travail était réuni au sein de l'exposition "Pas si mal, n'est-ce pas, notre petite créole ?" à l'Atrium de Fort-de-France, en Martinique, où Léa Boutin-Rivière l'a rencontrée.  RFI : Adeline Rapon, bonjour. Vous êtes photographe, métisse, d'un père martiniquais et d'une mère corrézienne, et lorsque vous vous présentez vous dites que vous êtes "franco-martiniquaise." Pourquoi ? Adeline Rapon : C'est vraiment un positionnement politique, que j'ai adopté il n'y a pas très longtemps. Jusque-là, j'avais un peu de difficulté à me décrire. Pour moi, on parle de deux entités très différentes, de deux cultures très différentes et de deux systèmes très différents. Il y a ce réflexe encore très colonial, de considérer que la Martinique c'est la France.  Sauf que quand on se penche dessus, on se rend compte que précisément, la Martinique, ce n'est pas la France. Ici [en Martinique], il y a des inégalités énormes, un système colonial encore extrêmement présent, un système social qui est d'une violence inouïe... on est toujours dans ce système hérité de la période de l'esclavage, et on ne peut pas fermer les yeux là-dessus. Alors pour moi, c'est important de distinguer les deux et de dire que je suis et "franco" et "martiniquaise." Vous venez de tourner la page d'une exposition intitulée "Pas si mal, n'est-ce pas, notre petite créole ?," dans laquelle vous juxtaposez d'anciennes cartes postales coloniales, et des autoportraits où vous reprenez les codes de ces images, pour montrer la survivance de l'imaginaire colonial. Pourquoi ce titre ? C'est un titre volontairement très provocateur. Je l'ai tiré d'une carte postale que j'ai achetée - j'ai fait la démarche, dans une forme d'émancipation, d'acheter toutes les cartes postales présentes dans l'exposition. Et ces cartes ont été utilisées, donc elles ont leurs petites spécificités, des choses qui ont été écrites dessus. Sur l'une d'entre elles, il est écrit "pas si mal, n'est-ce pas, notre petite créole ?" au-dessus de la tête d'une jeune femme en train de se coiffer, et qui est présentée comme étant "une mulâtresse de Martinique."  Pourquoi avez-vous souhaité racheter toutes ces cartes postales ? C'est une démarche de réappropriation de ces archives-là, pour, d'une certaine façon, les mettre dans mon propre fonds, mais aussi pour pouvoir les exploiter comme je le souhaite, ne pas avoir à demander l'autorisation. A terme, ce que j'aimerais faire avec tout ce que j'ai pu racheter, c'est de les transmettre aux archives publiques. Ce sont des éléments d'intérêt public, qui sont importants. On a besoin de savoir quelles images ont été produites à l'époque, et comment elles ont été produites. Ce qu'il faut noter avec ces images-là, c'est qu'elles ont été faites à la fin du XIXème siècle, début du XXe, au moment de l'essor de la carte postale ou un peu avant. Et elles ont été produites par des "explorateurs",  des colons, mais aussi des békés. Donc uniquement des points de vue dominants, des productions d'images dominantes et surtout des constructions d'images. De fausses visions, construites en tout cas, de la Martinique.  Vous dénoncez donc ces images, et en même temps, en vous prenant en photo dans des poses qui les reproduisent, vous vous inscrivez dans cet imaginaire... comment surmonter ce paradoxe ? Je ne suis pas sûre qu'on le surmonte, justement. [rires] Dans l'imitation même de ces images-là, il y a une réinterprétation de ma part, mais je reste dans le même registre. Il y a beaucoup de questionnements. J'ai commencé cette série-là [au moment du premier confinement français, en 2020] de façon un peu innocente, et très spontanée aussi. Mais très rapidement, je me suis rendue compte que ce n'était pas du tout un sujet simple,  que j'interrogeais beaucoup de choses - sur moi-même et ma propre identité d'ailleurs. Je me suis aussi rendue compte de ce que ça impliquait, de jouer avec ces images. J'essaie de les décoloniser, justement en les remettant à la bonne place. C'est-à-dire à leur place d'images construites, qui n'ont pas valeur d'archives réelles, ou de vues réelles de notre passé en Martinique. Quelles sont les traces laissées aujourd'hui par cet imaginaire colonial en Martinique ? Pour commencer, on n'y pense pas nécessairement, mais ces images se retrouvent souvent en grand tirage dans les maisons de nos grand-mères, comme une représentation de "l'antan lontan" - le passé - martiniquais. Mais il y a aussi toute une culture qui descend de ces représentations, et que l'on retrouve dans des événements culturels. On peut aussi les retrouver dans certains hommages - ou femmages, peu importe - d'artistes modernes, dans des productions d'images pour la mode... ces codes-là sont présents. Et puis, ce à quoi on ne s'attend pas nécessairement, c'est qu'on continue de produire ce genre d'images-là. Des cartes postales sexualisées, exotisées, de corps de femmes majoritairement, sur des plages, la robe relevée... Et, c'est triste à dire, mais ces représentations sont toujours produites par les mêmes personnes.  Malgré ce contexte, reste-t-il une place pour un art martiniquais débarrassé de ces codes ? Bien sûr ! Dans l'art pictural, cela fait longtemps que la déconstruction a commencé. En fait, toute l'histoire de l'art en Martinique, c'est de la déconstruction, et même de l'éclatement, des images. Je pense par exemple à Suzanne Césaire. Dans Le Grand camouflage, elle parle de cela : comment, à travers le surréalisme, parvient-on à éclater les mages coloniales ? Comment parvient-on à avoir son propre ressenti, imagé ? C'est quelque chose qui est encore beaucoup utilisé aujourd'hui, et que beaucoup de photographes utilisent maintenant à travers la photographie d'art, même si elle a une histoire plus courte.  Une autre dimension de votre travail, c'est votre appartenance à la communauté queer - vous vous présentez d'ailleurs comme "queeribéenne." C'est un aspect qui est extrêmement important dans mon travail. Ce n'est pas toujours présent frontalement, mais c'est toujours en sous-texte, dans ma façon d'aborder les choses. Avoir un prisme queer, c'est aussi avoir un prisme qui vient des marges. C'est ça qui m'intéresse, notamment dans la culture martiniquaise : ce qui se passe aux marges, qui attend d'être écrasé, mais qui ne l'est pas encore et qui résiste. 

    Avec Olivia Corsini, plonger dans l'Amérique silencieuse de Raymond Carver

    Play Episode Listen Later Jan 18, 2026 3:41


    La metteuse en scène et comédienne Olivia Corsini s'empare de l'univers de l'écrivain étasunien Raymond Carver dans Toutes les petites choses que j'ai pu voir. Ce nouveau spectacle, qui était joué au théâtre du Rond-Point à Paris, présente une traversée peuplée de personnages ordinaires au moment précis où leur vie vacille.  Toutes les petites choses que j'ai pu voir, au théâtre du Rond-Point, à Paris. À lire aussiThéâtre: «Au nom du ciel» de Yuval Rozman, le conflit israélo-palestinien vu d'en haut

    «Bani Volta», une révolte burkinabè effacée de l'Histoire ravivée par la danse

    Play Episode Listen Later Jan 15, 2026 7:20


    Mettre en scène une révolte anticoloniale largement oubliée en France et méconnue au Burkina Faso : c'est le pari du danseur et chorégraphe burkinabè Bienvenue Bazié. Dans Bani Volta, présenté en ce moment au Palais de Chaillot à Paris (jusqu'au 17 janvier), dix danseurs font revivre, par le corps, une guerre effacée des récits officiels.   RFI : Le titre de votre spectacle, « Bani Volta », renvoie à une région qui va du fleuve Bani, au Mali, à la boucle de la Volta, au Burkina Faso. C'est là qu'en 1915, des dizaines de villages vont se révolter contre les forces coloniales françaises qui cherchent à enrôler de force des soldats pour servir sur le front de la Première Guerre mondiale. Vous dites que c'est une histoire invisibilisée, effacée des mémoires.  Bienvenue Bazié : C'est vrai que c'est une histoire méconnue des peuples du Burkina Faso, mais aussi de la France. L'idée de ce projet est née dans le cadre d'un workshop que nous avons organisé en 2024 à Ouagadougou, à l'université Joseph Ki Zerbo, qui réunissait des anciens chercheurs en sciences humaines et sociales et des artistes. C'est parti de là. Personnellement, je la connaissais à travers d'autres écrits, mais vraiment très peu, pas en profondeur. Nous devons encore aujourd'hui apprendre davantage nos histoires, les histoires des peuples.Au Burkina Faso, certains ont l'impression que les résistances sont récentes. Et pourtant, il y a eu cette grosse mobilisation en 1915 qui est méconnue des fils et filles du Burkina Faso qui sont nés bien après, et qui pensent qu'il faut porter une résistance aujourd'hui. On avance si vite que, parfois, on oublie. Et quelque part, on est rattrapé aussi par certaines histoires. Pour le peuple de France aussi, il y a à apprendre. Ça nous permet de ne pas reproduire les mêmes erreurs et de vivre ensemble.   On voit dans la pièce des scènes de combat : les danseurs qui interprètent les guerriers ramassent des pierres, les jettent, se mettent à l'abri comme un seul homme. On sent la force de ce collectif d'hommes et de femmes, parfois armés de très peu - d'un bâton, d'un bouclier… C'est ce qu'on imagine en voyant les gestes des danseurs. Qu'est-ce qui vous a particulièrement touché dans cette histoire ?   Moi en tant que chorégraphe, c'est cette force de mobilisation et de résistance de ces peuples qu'il m'intéresse de mettre en scène. Ces femmes et ces hommes qui ont porté la lutte malgré des armes assez rudimentaires par rapport aux personnes qu'ils avaient en face, aux colons.  On sait bien que plus on est unis avec des stratégies, plus on est forts. Les recherches ont montré que les villageois avaient justement des stratégies, que je convoque à travers des figures dans ma danse : le combat en ligne, en cercle, par groupes...Cette pièce montre tout ce qu'on peut rencontrer lors d'une guerre, les pertes en vies humaines, mais aussi la joie, l'amour, le courage, la rage, la peur et la vie qui, heureusement, continue.  Et les femmes ont pleinement participé à cette lutte anticoloniale...  Cette mobilisation est partie du fait qu'une femme a été battue et a perdu son enfant. Ce sont les femmes qui ont incité les hommes à la révolte et elles ont tout autant participé aux combats. Donc, c'est un rôle important, majeur, qu'elles jouent dans cette histoire. Il y a donc autant de femmes que d'hommes dans le spectacle.  Que dit la danse que ne peuvent dire les mots, les livres, les archives ?  Les émotions… qui sont des choses qui dépassent l'ordre de la parole.  La danse, c'est visuel, ça donne une dimension qui est inexplicable. J'ai d'ailleurs fait le choix que l'ennemi ne soit pas représenté par un individu, mais, dans l'écriture, on peut voir sa position. On peut sentir qu'il y a un danger, une personne en face, mais elle est invisible.  En fait, on voit l'effet des gestes et des mouvements de l'ennemi sur le corps des danseurs…  Oui, la personne physique n'est pas là, mais on peut percevoir une présence de l'ennemi qui repousse, qu'on attaque, qui tourne autour. Mais sans vraiment que ce soit représenté par quelqu'un. En termes d'écriture chorégraphique, c'est beaucoup plus intéressant que d'être dans quelque chose de frontal. Et ça ouvre aussi les imaginaires. Donc, ça laisse le spectateur faire une lecture qui est beaucoup plus large que si on avait mis deux personnes face à face pour un combat.  Votre spectacle se joue aujourd'hui en France. Est-ce que vous avez prévu une tournée sur le continent africain ?  Dans un premier temps, on fait la première mondiale à Paris, mais il nous tient à cœur de pouvoir le présenter au peuple burkinabè, d'avoir une tournée au Burkina Faso, puisque c'est une histoire qui concerne le Burkina et la France. Je dis toujours les deux, mais on aimerait aussi le présenter ailleurs sur le continent parce qu'on s'inspire aussi d'autres luttes de peuples pour leur libération. Il y a eu des résistances un peu partout !  Cette ouverture m'intéressait aussi. D'ailleurs, le seul texte que l'on utilise dans la pièce est l'hymne du Wassoulou. L'hymne du Wassoulou qui proclame un certain nombre de valeurs et qui était attribué au résistant Samory Touré par exemple, en Guinée. Cette histoire peut vraiment résonner avec l'actualité en France, au Burkina, en Guinée, aux États-Unis… à travers le monde. À lire aussiEn Côte d'Ivoire, une pièce de théâtre célèbre Samory Touré, résistant à la colonisation

    Vincent Hein: «Un conflit vient toujours d'une mauvaise intention que l'on prête à l'autre»

    Play Episode Listen Later Jan 14, 2026 8:37


    Dans son dernier roman, Le choix de Petrov, paru aux éditions Rue de l'Échiquier, Vincent Hein revient sur la Guerre froide et ses dangers nucléaires. Avec Olivier Rogez, il s'attarde sur un incident qui s'est produit le 26 septembre 1983 qui a failli déclencher un conflit nucléaire entre l'URSS et les États-Unis.  RFI : Vincent Hein, vous signez aux éditions Rue de l'Échiquier votre 7e roman intitulé Le Choix de Petrov. Un texte dans lequel vous revenez sur un épisode assez incroyable de la Guerre froide : le 26 septembre 1983, le monde a failli disparaître. Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? Vincent Hein : Déjà, il faut savoir que l'année 1983 est, avec l'année 1962 et la crise de Cuba, la pire année de la Guerre froide, la plus dangereuse en tout cas. Simplement parce que Ronald Reagan arrive au pouvoir aux États-Unis, et qu'il terrifie les Russes avec ce fameux discours télévisé dans lequel il les qualifie « d'empire du mal ». Les Russes s'attendent à une attaque imminente, et donc la nuit du 26 septembre, un jeune colonel est au centre de surveillance atomique de Moscou, il vient de prendre sa garde, et aux alentours de minuit, il voit les écrans s'affoler, des signaux d'alerte se mettent en route, et il voit un premier missile atomique en train de foncer sur Moscou. Au début, il pense à une erreur de la machine. Il s'interroge et demande des renseignements complémentaires à ses officiers subalternes. Et puis, une 2e, une 3e, une 4e et une 5e alarme se mettent à sonner.  Et là, il a dix minutes pour prendre une décision... Oui. Le protocole prévoit qu'il doit appeler le général, le chef d'état-major de l'armée de l'air qui, lui-même, va prévenir le Kremlin. Mais il connaît le protocole par cœur, il est lieutenant-colonel, il sait que l'URSS va forcément répliquer, et donc il fait un choix pascalien, c'est-à-dire : « soit je préviens le Kremlin et on a une guerre atomique, soit j'attends une demi-heure pour voir si on est réellement frappé ou pas. Mais en tout cas, une partie de l'humanité sera sauvée ». À lire aussiBerlin et la guerre froide, par-delà le Mur Et il fait le choix de ne pas prévenir sa hiérarchie, donc d'éviter la riposte nucléaire, car il a un doute. Et ce doute, c'est ce qui constitue l'un des fondements de la pensée humaine.  Je fais une simple parenthèse. Vous savez que la première guerre qui a été décidée suite à la décision d'un algorithme, c'est la guerre du Vietnam ? La CIA (services de renseignements extérieurs des États-Unis, NDLR) avait rentré les données pour répondre à la question : « Est-ce que l'on va gagner la guerre au Vietnam ? ». Et les ordinateurs ont donné une réponse positive. Vous connaissez le résultat... Donc Petrov a cela en tête et se dit: « Il y a peut-être une erreur quelque part », mais il est entouré d'officiers qui lui disent: « Non, ce sont des informaticiens. Ce sont des ingénieurs, ce sont des scientifiques »... ... Faites confiance à la machine !  « Faites confiance à la machine, c'est sûr, on est attaqué ! ». La chance que nous avons eue, et qu'il a eue, c'est qu'il était accompagné de son meilleur ami qui était météorologue et qui lui a dit: « Écoute, on n'a pas de vision satellite, le ciel est couvert et donc on ne les voit pas ces missiles, on voit juste des traces... » Il a donc décidé d'attendre. Et il se trouve qu'en fait, il s'agissait des rayons du soleil qui rebondissaient sur l'océan, puis se reflétaient dans les nuages et donnaient exactement la même trace visuelle qu'un missile nucléaire. Moi, je me suis dit : « Petrov et le météorologue, Dimitrievitch, ont fait l'académie militaire dès l'âge de douze ans. Ils ont eu un entraînement très dur, physique, mental, politique. Comment ces deux hommes qui, dans l'inconscient collectif de l'époque, ne peuvent voir les États-Unis - ou en tout cas l'Occident - que comme le mal, ont-ils finalement décidé de sauver cet Occident ? ». Comment être indépendant de l'esprit quand on est endoctriné ? C'est un peu la question que vous posez... C'est la question que je me pose. Je n'ai pas de réponse, mais j'ai une hypothèse dont je ne suis d'ailleurs pas sûr qu'elle tienne la route. Je pense que ces deux-là avaient un goût de la vie qui était bien au-dessus de la normale. Ils étaient tous les deux amateurs de poésie. Mais aussi de musique classique et notamment de Chostakovitch. C'est le côté un peu romantique ou poétique de l'histoire, mais c'est réel. Ils étaient tous les deux très amoureux de leur femme, ce sont des hommes amoureux et c'est peut-être ça finalement qui a sauvé le monde. Il y a une chose que l'on sait en psychopathologie, c'est qu'un conflit vient toujours d'une mauvaise intention que l'on prête à l'autre. C'est vrai dans les guerres, mais c'est vrai aussi dans une scène de ménage ou dans une dispute entre amis. On le voit aujourd'hui alors que la situation est extrêmement tendue. Après, ce qui m'a intéressé, c'est que les choses ne sont jamais manichéennes. Il y a des hommes bons partout et hélas, il y a des hommes mauvais avec de mauvaises intentions partout. En ce moment, la Russie n'a pas bonne presse, à juste titre, car ce qui se passe en Ukraine n'est pas tolérable. Et pourtant, je suis persuadé qu'il y a dans le rang des officiers russes en résistance, probablement en résistance sourde, mais en résistance tout de même. Et c'est ça qui m'intéresse, c'est le « pas de côté » que nous sommes tous en capacité de faire.  Il y a une autre leçon que l'on tire à la lecture de votre roman, c'est qu'il ne faut pas faire confiance aux algorithmes. Faut-il, ou non, faire confiance aux machines ? Jusqu'à quel point doit-on leur faire confiance ? Bien sûr, c'est la question que je pose sans avoir véritablement de réponse. Mon hypothèse, si vous voulez, c'est que ces intelligences artificielles, ces algorithmes, sont des outils très importants. Si vous demandez aux pilotes de ligne d'Air France ce qu'ils pensent du pilotage automatique, ils vous diront que c'est quelque chose qui les aide, qui retire de la fatigue. Mais la décision finale doit revenir au commandant de bord. Vous savez que les États-Unis et la Chine viennent de signer un traité afin de ne pas soumettre la décision d'utilisation de l'arme nucléaire à un algorithme : c'est quand même incroyable... Finalement, ce Petrov qui avait face à lui la toute-puissance des machines, des algorithmes, de l'endoctrinement de l'armée russe avec l'impératif d'obéir aux ordres, il prend le chemin inverse, il opte pour son libre arbitre.  Exactement, il prend celui de son libre arbitre. Il l'a dit parce qu'il a fait un très beau discours à l'ONU. Il est antinucléaire, il pense que c'est une vraie connerie. Il a une phrase qui est intéressante dans son discours. Il dit : « De toute manière, il faut bien que vous compreniez que dès que vous avez une machine, un jour vous aurez une panne, que ce soit un avion, une cafetière, un aspirateur ou la dernière Audi la plus moderne. Et s'imaginer que les hommes peuvent pallier cela, c'est une bêtise ».  Parlons un peu de la structure de votre livre. Vous avez déstructuré l'histoire au sens propre du terme, c'est-à-dire qu'on fait de constants allers-retours entre le passé et le présent. Cette déstructuration de la temporalité du récit permet aussi, peut être, de le rendre actuel : les époques se confondent pour signifier que ce qui était valable en 1983 peut l'être en 2026. Oui, et en même temps, l'inverse rend les choses tragiques. C'est ce qu'il dit dans son discours : « Ce jour-là, on a eu de la chance. J'étais simplement au bon endroit, au bon moment, mais on aurait pu tomber sur quelqu'un d'autre ».  C'est un roman anti-militariste et anti-nucléaire que vous signez-là ?  Je crois, oui. C'est-à-dire que, quand on appuie sur le bouton, on a déjà perdu, c'est déjà une défaite. Il suffit de lire les témoignages sur Hiroshima ou Nagasaki : c'est une véritable catastrophe. Or, maintenant, les missiles ont des puissances cent fois plus fortes que les deux bombes nucléaires qui ont été larguées sur le Japon. Je crois que si Petrov avait répliqué, on annonçait 250 millions de morts dans le premier quart d'heure. Ça aurait été apocalyptique. Ce qui est dangereux, ce n'est pas tant la folie d'un docteur Folamour, c'est plus prosaïquement, l'accident bête, qu'une fusée nucléaire parte comme ça, sans qu'on l'ait véritablement décidé. À lire aussi« Iceworm » : le projet fou d'une base nucléaire américaine au Groenland dans les années 60

    «Furcy, né libre»: quand Abd Al Malik filme l'Histoire pour parler d'aujourd'hui

    Play Episode Listen Later Jan 13, 2026 3:29


    Artiste aux multiples casquettes - rappeur, écrivain, metteur en scène, réalisateur -, Abd Al Malik revient au cinéma avec la sortie de son deuxième long-métrage, Furcy, né libre, ce mercredi 14 janvier, dans lequel il exhume une affaire judiciaire méconnue de l'histoire coloniale française. À travers le combat obstiné d'un homme né libre mais réduit en esclavage, le film interroge la loi, la mémoire et notre rapport contemporain à la justice.    À écouter aussi« Furcy, né libre » d'Abd Al Malik porte de le combat de la liberté et de l'injustice au cinéma

    «Ressac», la tragédie migratoire dans laquelle Gabriel Gozlan-Hagendorf partage son traumatisme transgénérationnel

    Play Episode Listen Later Jan 12, 2026 7:29


    Alors qu'il est lui-même porteur d'une histoire familiale marquée par l'exil - celle des juifs d'Europe et de la Shoah - qui l'a conduit à s'intéresser à la question des apatrides, le comédien, auteur et metteur en scène Gabriel Gozlan-Hagendorf raconte dans sa pièce Ressac la quête des migrants qui tentent de traverser la Manche depuis Calais, en France, pour rejoindre la Grande-Bretagne. Le spectacle est présenté dans le cadre de L'Envolée, un dispositif mis en place par le théâtre Nanterre-Amandiers pour soutenir la jeune création.  RFI : Ressac, c'est l'histoire de Camille, un jeune bénévole qui tente de venir en aide à des personnes qui attendent de franchir la manche confrontées à la dureté de leurs conditions. Pourquoi avoir choisi ce titre Ressac ? Gabriel Gozlan-Hagendorf : J'ai longuement réfléchi au titre. J'ai ajouté des couches au-delà de l'histoire de cet exilée. Il y a aussi mon point de vue de jeune bénévole parisien avec mon histoire et ma judéité. Je voulais montrer comment mon histoire, mon héritage m'offraient une clé de lecture. Quand je me suis interrogé sur pourquoi j'ai voulu partir à Calais, pourquoi je suis autant fasciné par les apatrides, j'ai eu comme un éclair, avec cette part d'héritage. C'est aussi parce que j'ai ce traumatisme transgénérationnel que j'ai cette appétence, que je suis parti à Calais. Donc c'est aussi comment on lit le présent à travers le prisme de notre passé. Ma manière de lire le présent avec mon héritage. C'est pour ça que j'ai trouvé dans le mot « ressac » un intérêt : à la fois il y a tout cet univers marin et en même temps la violence de la première vague et de son retour sur elle-même tout aussi violent. La violence qui est infligée aux personnes exilées aujourd'hui, le retour de cette violence-là sera dans les générations futures au travers des traumatismes. La violence n'est jamais finie, elle laisse des traces sur des générations, sur des êtres. Pour écrire cette histoire, vous êtes allé à Calais en 2022 pour accompagner des bénévoles de l'association Utopia 56. Ça a duré trois semaines. Est-ce que vous aviez déjà une idée de ce que vous vouliez raconter avant ou est-ce que c'est venu à l'issue de ces trois semaines? J'ai aussi voulu aller à Calais parce que j'en savais très peu, j'avais l'expression jungle de Calais en tête, comme beaucoup de gens. Et quand je suis arrivé là-bas, ça a été très étrange parce que il y a tout cet imaginaire qu'on en a, et puis on arrive dans la ville, et ne voit pas grand-chose au premier abord.  En rentrant, on se confronte à une situation qu'on n'imagine pas être à une heure et demie de chez nous, avec un nombre assez ahurissant de personnes à Calais. Aussi, le but de ce voyage était de faire des croquis de voyage. On devait partir trois semaines sans téléphone dans le lieu de notre choix en France, j'ai choisi Calais. J'ai été confronté à deux violences :  celle concrète, réelle, et en même temps une violence qui était de dire, comme beaucoup de bénévoles : « mais à quoi rime ma vie ? Comment à côté je peux faire du théâtre ? » Vous êtes-vous fait aider pour l'écriture et la mise en scène ?  Quand je suis rentré, on a tiré des croquis une première version de ce texte qui durait quinze minutes. Puis quand je l'ai repris en carte blanche, j'ai compris que je ne pouvais pas à la fois être au plateau, écrire et diriger. Donc j'ai pensé à un ami, Pierre-Thomas Jourdan, que je connais depuis dix ans. Entre le moment où vous êtes allé à Calais et le moment où la pièce est présentée au théâtre des Amandiers, il y a eu plus de trois ans. Que s'est-il passé pendant ces trois ans ? Il y a eu beaucoup de réécriture et je continuais à écrire de loin, loin du concret. Finalement, j'ai pris le parti aussi de ne pas y retourner simplement pour écrire, parce que je voulais aussi écrire avec ce qui m'en restait et avec cette distance-là. Il y a trois personnages, vous avez évoqué Camille qui est un peu votre double sans l'être complètement, et puis il y a le personnage d'Amna, cette jeune femme exilée qui rêve de traverser la manche. Il y a énormément d'histoires. J'ai pris un peu de l'un, un peu de l'autre. Après, il y a quand même beaucoup de récits qui se rejoignaient sur certains points, notamment tous les passages par la Libye étaient traumatiques. Je me suis inspiré à la fois de récits mais aussi de choses que je constatais sur l'envie d'aller en Angleterre parfois même sans savoir pourquoi, parce que c'était vraiment un rêve avec lequel ils étaient partis. Amna n'a pas d'origine claire parce que l'idée, c'était d'en faire un personnage symbolique qui puisse regrouper des récits variés. Même question pour le dernier personnage, ce policier particulièrement complexe. Vous n'en avez pas du tout fait une caricature. Ce qui m'a donné le point de départ de ce projet, c'es quand à Calais, j'ai entendu des mots résonner dans le vocabulaire de la police : « gazer », parler de « camp » de migrants et de l'incrimination des citoyens, des bénévoles qui offrent de l'aide, de l'eau, un logement. Ce vocabulaire, avec les bottes, il y a un truc assez frappant pour moi. La police est omniprésente à Calais, elle est absolument maîtresse. C'est aussi ça que j'essaie de montrer puisque c'est le seul personnage qui a une sorte de liberté absolue au plateau, qui peut rentrer et sortir du décor. J'ai constitué son discours avec les arguments du Rassemblement National. La question était aussi de voir comment la séduction opère par ce genre de discours, d'apparence logique. On se rend compte que cette logique est séductrice, c'est une réalité : la police séduit, l'extrême droite séduit et ses arguments séduisent. Donc c'était aussi l'idée de les confronter au plateau à un discours d'espoir, à un discours humain et voir lequel gagne. Tout se passe sur cette espace qui est la plage. C'est presque une forme de huit-clos. Il y a une volonté de nous montrer qu'on est coincé, on est face à un mur ? Il y a une double volonté, c'est d'abord de montrer l'enfermement. Et la deuxième, c'est que le plateau de mousse insonorisée montre que c'est un lieu qu'on passe sous silence. Nous n'entendons rien de ce qui se passe là-bas. Il y a un quatrième personnage dans cette pièce, c'est l'impuissance, à la fois celle d'Amna et celle de votre personnage Camille. Pour vous, il n'y a pas d'espoir, on ne peut vraiment pas aider ? J'ai voulu montrer quelque chose de la réalité : la police n'est pas inquiétée, les violences sont de plus en plus fréquentes, les conditions de passage sont de moins en moins sûres, donc les dangers sont de plus en plus grands. Ce n'est pas tant que je n'ai pas d'espoir, mais plutôt je me rends compte que les structures sont si fortes que j'ai du mal à voir les possibilités d'un changement radical de cette situation par la seule force de nos volontés. C'est pour ça aussi que j'ai voulu montrer ce personnage du policier qui représente l'État. C'est aussi montrer comment, en créant de la violence, il s'abîme lui-même.

    «Pianosong»: la chanson française au bout des doigts d'Alexandre Tharaud

    Play Episode Listen Later Jan 11, 2026 5:31


    Il fait chanter le piano sous ses doigts : fort d'une carrière longue de plus de 25 ans, auteur d'une soixantaine d'albums, Alexandre Tharaud, l'un des plus grands ambassadeurs du piano en France, présente son nouveau disque à la Philharmonie de Paris, ce lundi 12 janvier 2026. Intitulé Pianosong, il s'apparente à une déclaration d'amour sans paroles à la chanson française, d'Édith Piaf à Michel Jonasz en passant par Serge Gainsbourg, Léo Ferré et Barbara, dans lequel musique classique et musique populaire dialoguent avec virtuosité.    À écouter aussiLes variations d'Alexandre Tharaud

    Ferdinandea entre mythe et réalité: Clément Cogitore rêve sa Méditerranée au Mucem

    Play Episode Listen Later Jan 8, 2026 3:32


    On se croirait dans un récit de Jules Verne et pourtant c'est la réalité. Une île, surnommée Ferdinandea, est apparue au 19e siècle au large de la Sicile durant quelques mois avant d'être à nouveau immergée sous les flots de la Méditerranée. Clément Cogitore, artiste contemporain et cinéaste, est parti de ce fait et a construit une exposition entre documentaire et fiction. Ferdinandea, l'île éphémère, c'est au Mucem, le musée consacré aux cultures méditerranéennes à Marseille. Un beau livre aux éditions Atelier EXB accompagne l'exposition. 

    Les rêves colorés de la plasticienne nigériane Otobong Nkanga au musée d'Art moderne de Paris

    Play Episode Listen Later Dec 31, 2025 3:41


    « J'ai rêvé de toi en couleurs », c'est le titre de l'exposition monographique que le musée d'Art moderne de Paris consacre jusqu'au 22 février 2026 à l'artiste plasticienne Otobong Nkanga, née à Kano au Nigeria, et qui réside en Belgique depuis une vingtaine d'années. Otobong Nkanga travaille sur le thème du lien brisé et à recréer entre l'humain et son environnement. (Rediffusion du 28/10/2025)   RFI : Bonjour Otobong Nkanga, vous présentez ici, au musée d'Art moderne de Paris, une monographie rétrospective de votre œuvre. Qu'est-ce que ça vous fait de revisiter ce que vous avez produit au fil des ans ?  Otobong Nkanga : Cela me fait vraiment plaisir, comme j'ai fait mes études ici en France, à Paris. Et de rentrer dans ce musée pour montrer la sélection de mon travail, c'est réellement quelque chose qui me touche. Je suis à la fois étonnée, émue et fière, car c'est un musée que je venais visiter quand j'étais à Paris. J'allais y regarder des expositions, par exemple de Dominique Gonzalez-Foerster ou Pierre Huyghe. Et à cette époque-là, je regardais ces artistes avec un immense respect, et de constater que je suis moi aussi entrée dans l'un des plus grands musées de France... Oui, c'est incroyable !  Qu'est-ce que vous avez choisi de montrer aux visiteurs français ou étrangers qui viendront ici ?  D'abord des pièces que j'ai réalisées ici à Paris, comme celle qui s'appelle Keyhole. Il y a plusieurs pièces qui datent de ce temps-là, et d'autres plus actuelles, afin de montrer l'étendue des choses. C'est aussi la première fois que je montre des pièces que j'ai faites à l'école. C'est important de pouvoir les montrer, car il y a des jeunes qui créent et travaillent, et ils peuvent ainsi constater que les œuvres tracent une certaine ligne qui va être suivie dans le futur.  On peut voir beaucoup de choses, on peut voir du tissage, des collages, des céramiques, des installations. Mais au final, quelle est la forme d'expression plastique qui vous correspond le plus ?  Tout commence avec les dessins, l'installation, les sculptures, les tapisseries, les performances. Tout cela commence vraiment par une esquisse ou un dessin. Et à partir de là, je commence à voir mes idées dans un espace. Et à partir de là, pour moi, il n'y a pas une médium qui me semble plus importante qu'une autre. C'est en fonction de l'idée que j'ai, en fonction de la manière que je trouve la meilleure pour exprimer quelque chose.  Votre travail questionne beaucoup le rapport entre l'humain et la nature… Ces liens que l'on crée, ces liens que l'on détruit, ces liens que l'on aimerait pouvoir recréer. Je pense notamment à toute la partie sur les industries extractives. Est-ce que l'action de l'homme sur la nature est toujours négative ? Je ne crois pas que c'est l'action de l'homme qui est négative sur la planète, parce que, nous aussi, nous venons de cette planète, de cette nature-là. Mais ce que je crois en revanche, c'est que la manière de développer et de structurer nos entreprises extractives ne prend pas en compte une partie « dormante ». Je veux dire, le fait de laisser les choses reposer, repousser, se régénérer. Tout ce que l'on fait, c'est de sortir, sortir des choses. On a toujours été extractifs, nous les humains, mais la manière dont nous le faisons aujourd'hui est marquée par le capitalisme. On le fait pour le capital et non pas pour l'humain. C'est pourquoi nous entrons dans des guerres. C'est pourquoi nous entrons dans un système qui n'est pas favorable aux humains, surtout pour les gens qui habitent sur les terres qui possèdent ces ressources minières.  ► Exposition I Dreamt of you in Colours, d'Otobong Nkanga au Musée d'art moderne de Paris jusqu'au 22 février 2026. 

    «Le Pays d'Arto» : enquête posthume en Arménie, avec Camille Cottin

    Play Episode Listen Later Dec 30, 2025 3:18


    Elle est l'une des actrices françaises les plus singulières de sa génération, capable de passer d'une production hollywoodienne à un tournage intime en Arménie, sans jamais perdre sa précision ni sa liberté de jeu. Camille Cottin revient aujourd'hui avec Le Pays d'Arto, en salles ce mercredi 31 décembre. Un rôle qui la plonge dans un voyage de deuil et de vérité. Dans ce premier film signé Tamara Stepanyan, elle traverse des ruines, parle à des inconnus, affronte la mémoire d'un pays. Camille Cottin est au micro d'Elisabeth Lequeret. À lire aussi«Si le vent tombe» et la tragédie du Haut-Karabakh

    Dans son premier roman «Avale», Séphora Pondi écrit comme elle joue, avec puissance

    Play Episode Listen Later Dec 29, 2025 4:00


    Elle écrit comme elle joue avec une puissance comme née de l'urgence. Séphora Pondi, qui fait partie des dernières recrues de la Comédie française, sort son premier roman : Avale, aux éditions Grasset. Il a pour décor la banlieue parisienne et comme héros un jeune homme désœuvré, frustré, et une jeune femme comédienne montante. Deux parcours dont la rencontre va nous exploser en pleine figure. Avale vient d'être couronné du prix roman des étudiants. (Rediffusion du 22/09/25) À lire aussi«Être ou ne pas être», questionnement au cœur du livre de la primo-romancière Sephora Pondi

    «Une histoire de cinéma »: le beau livre du septième art par Mélanie Toubeau

    Play Episode Listen Later Dec 28, 2025 3:33


    Le 28 décembre 1895 se tenait la première projection publique du Cinématographe Lumière, au Grand Café à Paris. C'était il y a 130 ans. À cette occasion, l'autrice et vidéaste Mélanie Toubeau publie Une histoire de cinémas, ouvrage illustré par Simon Delart. Du cinémascope au Festival de Cannes, en passant par des figures comme Georges Méliès, Agnès Varda ou Jordan Peele, ce livre nous plonge dans les récits incontournables du grand écran. Mélanie Toubeau est au micro de Lisa Giroldini. À lire aussiOusmane Sembène, grand pionnier des lettres et du cinéma africains

    La création 360 du chorégraphe Mehdi Kerkouche: quand la danse devient expérience collective

    Play Episode Listen Later Dec 25, 2025 5:25


    Qu'est-ce qui nous unit encore en tant que collectif dans un monde de plus en plus polarisé ? C'est l'une des questions que se pose le chorégraphe Mehdi Kerkouche avec sa dernière création, « 360 ». Sur scène, huit danseurs tâtonnent puis parviennent à trouver un langage commun à travers la danse. Particularité de cette expérience : les spectateurs s'y sentent aussi vivants que les artistes. (Rediffusion du 28 mai 2025).  À lire aussiMehdi Kerkouche fait entrer le public dans la danse avec «360»

    Adnan Joubran, oudiste palestinien du Trio Joubran en tournée mondiale pour la paix

    Play Episode Listen Later Dec 24, 2025 6:48


    Ambassadeur de la culture palestinienne, le Trio Joubran, virtuose de l'oud, sillonne le monde à travers une musique entre tradition et innovation. Ces trois frères nés à Nazareth ont conquis les plus grandes salles de concert — du Carnegie Hall à l'Olympia, où ils étaient les premiers Palestiniens à se produire en 2013. Pour la tournée des « Vingt printemps » du trio, Samir, Wissam et Adnan Joubran revisitent leur répertoire en compagnie d'un ensemble de cordes et de percussions. Ils rajoutent deux nouveaux titres particulièrement engagés pour la cause palestinienne : « Alternative Silence » et « At Dawn ». Rencontre avec Adnan Joubran, 39 ans, lors du concert à la Philharmonie de Paris. (Rediffusion du 13 décembre 2024)   À écouter, notre podcast par Guilhem Delteil« Palestiniens » en 5 épisodes

    Muriel Robin incarne «La pire mère au monde» dans le premier film de Pierre Mazingarbe

    Play Episode Listen Later Dec 23, 2025 3:28


    En cette veille de Noël, alors que des familles dans le monde entier s'apprêtent à se retrouver, un nouveau film en salle ce mercredi en France propose un face à face mère-fille à la fois conflictuel et réjouissant. Son titre : La pire mère au monde. Le réalisateur Pierre Mazingarbe met en scène les retrouvailles entre une fille, brillante magistrate nommée dans un petit tribunal de province, et sa mère, greffière.  RFI : Vous incarnez « la pire mère au monde » dans le film de Pierre Mazingarbe, à savoir une greffière d'un petit tribunal de province qui va faire équipe avec sa fille jouée par Louise Bourgoin. Elle est substitut du procureur et les deux ne se sont pas vues pendant quinze ans. La fille, Louise, est raide comme la justice, votre personnage aussi. Se ressemblent-elles ? Muriel Robin : Elles se ressemblent. Je me demande même si la mère n'est pas moins raide que la fille. C'est la mère, quelque part, qui a fabriqué la fille. Parce que c'est une mère sacrifiée – comme l'étaient les mamans de cette époque-là –pour que sa fille soit plus libre et ait accès à plus de choses. Elle a fabriqué un monstre qui la déteste. C'est peut-être la pire mère au monde, mais c'est la fille la plus détestable de la planète. Le titre est une antithèse. En tout cas, c'est une histoire mère-fille dans laquelle on peut s'identifier, malgré le fait qu'il y ait beaucoup de choses dans ce film et qu'il y ait plusieurs strates dans cette histoire. Il y a le polar, il y a les petites histoires derrière. Il y a l'histoire qu'on croit être au premier plan et finalement, c'est ce qui se passe derrière qui est important. Il y a même un aspect de comédie sociale aussi, puisque le film montre aussi le fonctionnement d'un petit tribunal de province sans moyens. Oui, il y a cela dans toutes ces strates. Il y a la comédie sociale, cette justice - dont le métier de magistrat est plutôt féminin, jusqu'à ce qu'on monte à des postes plus élevés où il n'y a plus du tout de femmes. C'est un film généreux, drôle, dans lequel on peut verser sa larme aussi. Ce n'est pas rare du tout, on l'a vu lors des projections. Ce fil entre la mère et la fille, tout d'un coup, on est dans une chose intimiste. Pour composer ce rôle de mère, avez-vous pensé à la vôtre ou pas du tout ? Comment avez-vous trouvé ce personnage ? J'aime beaucoup interpréter les femmes qui ont quelque chose de dur, parce que ma maman était comme cela. J'ai fait un copié-collé de ma mère, donc, je suis devenue cela. Sauf que maintenant, je m'en suis débarrassée, car j'ai trouvé que ce n'était pas très intéressant. Cela faisait un peu peur. Vous avez beaucoup joué avec ce type de personnage sur scène. Sur scène, au début, j'étais cela. Je m'en suis débarrassé, mais je connais très bien. Cette partie dure, je la remets, il faut la mettre. Tu en veux combien ? Je t'en mets un kilo, deux, quatre kilos ? Pas de problème. On vous voit enfin au cinéma. Je fais référence à votre déclaration, en début d'année, où vous estimiez ne pas avoir les rôles que vous pourriez au cinéma. Est-ce que, depuis, les propositions ont afflué ? Est-ce que cette déclaration a remué quelque chose dans le milieu du cinéma français ? Non, pas encore. Maintenant que le film va sortir, j'observerai ce qui se passe. Et puis, quoi qu'il se passe, ce sera bien. Pour la suite, peut-être un spectacle ? Les spectateurs ne vous ont pas vu sur scène depuis 2019. En tout cas, en « one-man-show » et en spectacle nouveau, cela fait treize ans. J'ai un nouveau spectacle. Le jouerais-je, le jouerais-je pas ? Il faut bien que j'entretienne un peu le suspense. On a beaucoup plus peur en vieillissant, c'est incroyable. Peur du trac ? Pas le trac, mais plutôt la peur que les gens ne viennent pas. Parce qu'il y a tellement d'artistes, tellement de gens drôles. Ce qui me ferait y retourner, ce serait si cela correspond à qui je suis aujourd'hui et à ce que je veux donner au public. ►La pire mère au monde, de Pierre Mazingarbe, avec Muriel Robin et Louise Bourgoin. Sortie le 24 décembre 2025. À lire aussi«L'Engloutie» et «Le pays d'Arto» : deux femmes face au secret

    «L'Engloutie», de Louise Hémon: une institutrice face au vertige de la montagne

    Play Episode Listen Later Dec 22, 2025 3:35


    L'invitée culture aujourd'hui est une jeune cinéaste qui a fait le buzz à Cannes avec son premier film. L'Engloutie, de Louise Hémon, vient d'obtenir le prix Jean Vigo. Situé dans un hameau alpin isolé à la fin du XIXᵉ siècle, c'est le portrait d'une très jeune institutrice républicaine, envoyée pour « civiliser » ce coin reculé. Louise Hémon est au micro d'Elisabeth Lequeret. À lire aussi«L'Engloutie» et «Le pays d'Arto» : deux femmes face au secret

    Claire Tabouret dévoile ses projets de vitraux pour Notre-Dame de Paris

    Play Episode Listen Later Dec 22, 2025 3:34


    À quoi vont ressembler les futurs vitraux modernes de Notre-Dame de Paris ? Lauréate du concours organisé par le ministère de la Culture, la plasticienne Claire Tabouret présente pour la première fois au public son travail. Ceci dans le cadre d'une double exposition du Grand Palais – dont l'autre parcours est signé Eva Jospin –, à découvrir jusqu'au 15 mars 2026.  À lire aussiÉlodie Schneider: l'engagement d'une vitrailliste à Notre-Dame de Paris

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