Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

Anne-Solange Muis est géographe. Elle a créé la maison d'édition Terre Urbaine, qui publie des essais sur l'écologie, les territoires et la ville. Son premier roman, Une île pour elle, a reçu plusieurs prix, dont le prix Amerigo-Vespucci. Son nouveau roman, Écume d'hiver, nous emmène sur l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Elle est l'une des invités du Festival du Livre de Paris qui se tient au Grand Palais du 17 au 19 avril 2026. Dans le village de Miquelon, l'hiver a tout effacé et l'horizon n'existe plus. C'est ici que sont nés Michel et Jean, deux frères qui vivent de la pêche traditionnelle à la morue. Mais un soir de grand froid, Jean disparaît. Son sort va alors sceller le destin de son fils Yoann, contraint de revenir sur l'île qu'il avait quittée enfant. Se heurtant à un quotidien où la nature guide tout, cet homme devra renouer avec la terre qui l'a vu naître et, qui sait, avec son passé. À travers des chapitres composés comme des tableaux, Anne-Solange Muis plonge le lecteur dans les paysages et les légendes de Miquelon-Langlade, à Saint-Pierre-et-Miquelon, ce bout de France perdu aux confins de l'Atlantique Nord. Et bâtit, avec une langue d'une infinie sobriété, le décor immense d'une vibrante histoire de transmission. (Présentation des éditions Phébus)

Avec L'Héritage de Soledad, Elsa Olaizola interroge, à travers un voyage initiatique, la part d'ombre transmise par nos parents. Son premier roman est publié chez JC Lattès. Entretien avec la romancière, également membre de la rédaction numérique de RFI. RFI : Vous signez, chez Jean-Claude Lattès, L'Héritage de Soledad, un premier roman magistral, un roman initiatique où l'on suit, sur les routes de l'Ouest américain, le jeune Emiliano qui part sur les traces de son histoire familiale, celle de sa mère qui porte en elle un très lourd secret. Pourquoi avez-vous choisi ce thème du secret familial pour ce premier roman ? Elsa Olaizola : Je pense que c'est un thème universel qui concerne beaucoup de personnes, avec des questions sur : qu'est-ce qui constitue ma famille ? Pourquoi mon père, ma mère réagissent-ils de cette façon ? Qu'est-ce qui se passe dans la cellule familiale ? Et je pense qu'à différentes étapes de nos vies, on se pose ces questions. Moi, j'arrive à la trentaine, j'arrive dans une nouvelle période de ma vie où je me préoccupe de ce que nous ont transmis nos ancêtres. La question que vous posez est celle de la transmission des traumatismes d'une génération à l'autre. C'est une question qui hante le livre. Est-ce aussi une question qui vous hante ? En fait, je pense que ce qui me hante, c'est de savoir qui on est vraiment. En tant qu'enfant, ce qui peut être difficile, c'est de recevoir des choses de la part de ses parents sans connaître leur histoire. Par exemple, dans ce livre, Emiliano a beaucoup souffert d'être aux côtés d'une mère, certes qui l'aime, mais qui traverse des épisodes de colère très violents, proches de la folie. Et lui, il reçoit cette violence en tant qu'enfant. En sens inverse, le parent peut se demander : qu'est-ce que je possède de mon histoire familiale ? Qu'est-ce qui m'a construite et que je vais peut-être transmettre ou que je n'aurais pas du tout envie de transmettre ? Et en fait, Djune (la protagoniste du roman, NDLR), c'est ce qui la hante. Elle a peur de ce qu'elle va transmettre à son enfant, de ce qu'elle pourrait transmettre lié à son histoire avec le père d'Emiliano, mais aussi de son histoire familiale à elle, une histoire qu'elle connaît mal. La violence est un héritage ? Comment fait-on quand on reçoit un tel héritage ? Emiliano, lui, a trouvé une solution, il prend la route... Emiliano a beaucoup de colère en lui. C'est un adolescent. L'adolescence est souvent une période de grande colère, mais lui a des raisons supplémentaires d'être en colère, parce qu'il est dans une relation très conflictuelle avec sa mère. La mère d'Emiliano redoute d'avoir transmis à son fils un héritage de violence, parce qu'elle-même se pense issue d'une tradition de violence. Donc, durant toute sa vie, elle va chercher à protéger Emiliano de cette violence. Et en même temps, ce qui est terrible pour cette mère, c'est qu'elle guette le moindre signe de violence chez son fils. Si elle le voit, par exemple, courir après des poules dans le jardin – parce que c'est un enfant et qu'il veut jouer –, elle va en être terrifiée et y voir la preuve qu'il a reçu de la violence en héritage. Ce qui est important, c'est que la violence n'est pas seulement dans le cercle familial. On est aux États-Unis, et donc, on est dans une société très violente, une société qui s'est construite sur le génocide des peuples natifs américains, une société patriarcale violente aussi envers les femmes. Se pose donc pour elle la question de savoir comment faire pour que son fils échappe à une violence, alors que celle-ci est partout présente. Finalement, on a l'impression qu'à travers cette Amérique ultra-violente, vous nous offrez un miroir du monde. Le monde est donc si violent que ça ? Moi, c'est comme ça que je le ressens. Je pense que c'est important d'avoir conscience de cette violence du monde justement pour pouvoir la prendre en compte et savoir ce que l'on en fait. Vous parliez du fait qu'Emiliano se rend dans une réserve où il y a des Natifs américains. Pour moi, cette partie du roman est très importante parce que ce peuple, le peuple lakota qui vit dans la réserve de Pine Ridge, est un peuple qui a vécu la colonisation par les Européens. Et ce que je voulais montrer à travers les personnages qu'Emiliano va rencontrer, c'est que ce sont des militants, des hommes et des femmes qui vont se battre contre cette violence des États-Unis, qui vont se battre pour récupérer leurs terres. Et au contact de ces militants, Emiliano va réussir à transformer toute la colère qui l'habite. Il va réussir à se dire qu'elle peut avoir un sens. En filigrane de ce roman, il y a l'histoire d'une femme que l'on pense être la grand-mère d'Emiliano et la mère de Djune. Cette femme s'appelle Soledad. C'est une guérillera mexicaine. Une femme sans foi ni loi qui symbolise d'une certaine façon la violence du capitalisme au Mexique. Un personnage éminemment tragique dont vous racontez l'histoire en filigrane du roman. Cette grand-mère supposée est absolument incroyable. Est-ce qu'elle a réellement existé ? Elle n'a pas existé, c'est un personnage fictif. Elle m'est apparue, littéralement. Je l'ai vue, cette guérillera qui s'appelle donc Soledad Romeros del Rosario. Pourquoi j'ai créé ce personnage ? Parce que parmi les choses qui me mettent en colère, il y a le fait que les femmes sont souvent effacées des livres d'histoire. Et quand elles ne sont pas effacées, on minimise leur rôle, ou on leur prête des traits de bonté, de gentillesse, etc. Et ce que j'ai voulu montrer, c'est que, en fait, une femme peut être violente, une femme peut commander. Soledad n'entre pas dans la guérilla parce qu'elle est outrée par les conditions de vie des pauvres Mexicains, elle le fait parce qu'elle s'ennuie et parce qu'elle se rend compte qu'elle est douée pour monter à cheval, dévaliser des banques, tuer des riches propriétaires terriens. Et elle aime ça ! Je voulais créer un personnage de femme, comme vous l'avez dit, sans foi ni loi, et non pas une femme qui doit absolument avoir une part de douceur ou une part de quelque chose. Non. Il y a des hommes psychopathes, mais il peut aussi y avoir des femmes psychopathes. Je ne suis pas pour cette violence à outrance, mais cela me tenait à cœur de montrer une femme qui, tout d'un coup, prend la tête de toutes les guérillas du Mexique. Et ce que je voulais montrer aussi, c'est qu'Emiliano, qui est un jeune garçon, va prendre cette femme pour modèle et se reconnaître en elle. Moi, en tant que petite fille, j'ai grandi avec des modèles masculins parce qu'en fait, c'était l'unique chose que l'on nous proposait. Et je voulais inverser les choses, montrer qu'un petit garçon peut très bien grandir en ayant un modèle féminin pour exemple. L'Héritage de Soledad d'Elsa Olaizola, publié aux éditions JC Lattès, 304 pages, 2026. À lire aussiÉtats-Unis: excuses historiques de Joe Biden pour les sévices dans les pensionnats pour Natifs américains

Le Cri des gardes, le nouveau film de Claire Denis, est sorti mercredi 15 avril en salles. C'est l'adaptation de Combat de nègre et de chiens, la pièce du dramaturge Bernard-Marie Koltès : un huis clos, de nuit, dans la chaleur africaine, filmé comme une tragédie grecque – un homme qui vient chercher le corps de son frère, assassiné sur un chantier.

Olivier Nakache et Éric Toledano, réalisateurs d'Intouchables, un des plus gros succès du cinéma français, reviennent à l'un de leurs sujets de prédilection : la famille. Dans leur nouveau long métrage, Juste une illusion, qui sort en salles mercredi 15 avril 2026 en France, ils revisitent les années 1980 de leur adolescence. Et c'est le portrait d'une famille attachante qui apparait l'écran.

Il nous emmène en voyage entre la Terre et l'espace. Le oudiste franco-palestinien Osam dévoile son nouvel EP intitulé Mars. À la fois au oud électrique, aux machines électroniques mais aussi pour la première fois au chant, Osam déploie une musique cosmique et futuriste inspirée par Björk et Radiohead. Une fusion de rock, de musiques électroniques et de métal menée par un oud qui défie à la fois l'Orient et l'Occident. RFI : Vous êtes issu d'une famille palestinienne. Vous portez forcément en vous cet héritage familial, fait d'exil et de résilience. En quoi cette histoire influence-t-elle votre musique ? Osam : J'ai grandi comme cela, avec cette culture, avec cet instrument traditionnel que je joue, qui m'a été un peu "imposé". Je n'avais pas beaucoup de choix parce qu'on n'apprend pas la musique à l'école là où j'ai grandi. J'ai grandi au Qatar avec ma famille palestinienne d'exil, donc j'étais toujours à la recherche d'une clé pour m'ouvrir une porte, pour m'échapper, aller un peu ailleurs, chercher autre chose. Et c'était le oud, parce qu'il n'y avait pas beaucoup de choix. Aujourd'hui, le mélange entre ma vie à Paris et mes origines se fait naturellement dans ma musique. Je pense que cela s'entend dans la modernité, la manière dont je joue mon instrument traditionnel oriental, comment j'essaie de le twister, l'emmener vers autre chose, un peu plus électrique, plus moderne, chercher un peu plus loin et un peu plus poussé. Le faire accompagner par d'autres sonorités un peu plus électroniques, parfois rock, métal, etc. Vous dites que vous n'avez pas vraiment choisi le oud. Comment êtes-vous tombé sur cet instrument ? C'est l'instrument que l'on voit tout le temps. J'ai grandi au Qatar, on ne voit que cet instrument. Quand on fait de la musique, on a l'impression qu'il n'y a que cet instrument à faire. Je suis tombé sur cet instrument dans des petites rues, notamment en Jordanie, en vacances avec ma famille, en centre-ville, il y a toujours ces petits oud-jouets. J'ai commencé à m'entraîner dessus comme un jouet et cela a grandi petit à petit. Vous chantez parfois d'une voix assez grave et sombre, mystérieuse. Et parfois vous montez dans quelque chose de beaucoup plus clair, mélodique, touchant. Qui vous inspire vocalement ? Vers quoi tendez-vous ? C'est drôle car je pense à beaucoup d'inspirations. J'écoute beaucoup Björk. Pour les tonalités graves et aigues, je m'inspire pas mal de Woodkid. Il a cette capacité de changer entre graves et aigus en peu de temps. Je ne prétends pas être chanteur, mais je voulais relever ce défi d'essayer d'accompagner mon instrument. Parfois, je sentais qu'il fallait de la voix, parfois je voulais rajouter du texte, etc. Petit à petit, cela s'est fait naturellement. Je ne m'attendais pas à chanter dans mon album et c'est une nouveauté pour moi, mais j'en suis assez content. Cet EP est un voyage initiatique entre la Terre et l'espace. Comment cette idée vous a-t-elle été inspirée ? Je n'avais pas du tout cette image en tête et petit à petit, j'ai commencé à voir cet EP un peu comme une œuvre, comme un film qui se construit au fur et à mesure, comme un court-métrage. Cela vient de ma culture cinématographique. L'EP va se compléter par la suite du projet, qui va raconter la continuité de l'histoire, de ce voyage. Sur le morceau « Space Rider », vous êtes en featuring avec le saxophoniste français Rémi Fox. Pourquoi lui ? Qu'est-ce qui vous a plu dans son univers, que vous avez trouvé compatible avec le vôtre ? Déjà humainement on s'entend super bien, et musicalement c'est quelqu'un de très ouvert à plein d'univers musicaux. Techniquement, il est incroyable. Ce que j'essaye de faire avec le oud, il le fait avec le saxophone, avec ses pédales, la modernité, la recherche de son son. Il est venu chez moi enregistrer, en cinq minutes on a enregistré un solo. C'était le plus beau solo de ma vie. Incroyable, j'ai trop kiffé. Osam Mars (Mad Rabbit) 2026 Facebook / Instagram / YouTube

Miryam Haddad, jeune artiste syrienne née à Damas et qui vit en France aujourd'hui, expose ses peintures à la galerie Art Concept dans le Marais à Paris. Des œuvres colorées, vivantes mais aussi intensément chargées, autant que l'histoire de son pays et de sa région, le Moyen-Orient. Ces paysages où la terre, l'eau et le ciel se fondent dans des volutes laissent apparaître des signes, des figures géométriques, des visages, créant une œuvre envoûtante. Miryam Haddad a signé il y a quelques années l'affiche du prestigieux festival de théâtre d'Avignon. Ses peintures figurent dans plusieurs collections, dont celle de l'Institut du monde arabe à Paris. Une exposition à retrouver jusqu'au 18 avril 2026 à la galerie Art Concept à Paris. À écouter dans De vive(s) voix«Et la terre se transmet comme la langue», variations autour de Mahmoud Darwich

Après deux années à sillonner les routes de France seule avec sa guitare, la chanteuse Dinaa dévoile son tout premier album, Maison vide. Elle qui transforme sa vie en chansons se confie sur une rupture amoureuse difficile qui a tout chamboulé. Elle y livre ses morceaux comme des confidences, entre le besoin de fuir et l'envie de tromper l'absence dans la fête pour anesthésier la douleur. Le champ de bataille qu'est sa Maison vide se révélera finalement être aussi son dernier refuge… RFI : Vous avez commencé en chantant dans la rue avec votre guitare. Qu'est ce qui a changé aujourd'hui depuis cette période dans votre manière de créer et de vous raconter ? Dinaa : Déjà moi quand j'ai commencé à chanter dans la rue, je ne chantais pas mes propres chansons. Je chantais beaucoup de reprises, etc. Donc déjà, il y a eu une grosse évolution sur la manière où j'arrive à me livrer aussi aux gens. Aujourd'hui, c'est plutôt fou de me dire que je joue maintenant en concert et que j'arrive à chanter mes chansons devant plusieurs personnes, alors que de base, les gens s'arrêtaient pas dans la rue pour me regarder ou quand il y avait deux personnes, j'étais super contente. Ça m'a beaucoup aidé. Je pense que sans cette étape là, je n'aurais pas réussi à me dévoiler et à partager mes propres sons. Comme je disais, le truc d'avoir des gens qui passent mais qui s'arrêtent pas vraiment, ça me permettait de réussir à chanter en public sans me sentir observée, d'avoir ce truc d'une foule qui te regarde droit dans les yeux. Et je pense que ça a été une étape hyper importante pour arriver à faire ce que je fais aujourd'hui. Votre voix sur maison vide passe de quelque chose de très intime, parfois à des moments beaucoup plus puissants. Qu'est ce que vous avez exploré de nouveau vocalement sur cet album ? Vocalement, je suis très contente parce que j'ai réussi à vraiment sortir ma voix. C'était un truc qui me frustrait un petit peu sur les autres projets. On me disait tout le temps en concert « Je n'avais pas compris que tu chantais aussi bien ! » Et en fait, je me rends compte que sur toutes mes chansons, je faisais des petites voix toutes mignonnes et j'avais besoin un peu de pouvoir montrer ce côté plus soul, ce côté plus poussé, plus porté sur des morceaux comme « Désolé pour le bruit » par exemple, où là je m'amuse vraiment vocalement. Je suis très contente d'avoir réussi à un peu mélanger toutes ces tessiture vocale. Moi je suis quelqu'un qui aime bien chanter de plein de manières différentes. C'est pas facile parce qu'il faut quand même garder un fil conducteur. Mais je suis contente de ce que j'ai réussi à faire à ce niveau là sur le projet. Dans plusieurs titres, vous évoquez la tristesse et la solitude, mais sur des prods quand même assez entrainantes, joyeuses presque. Pourquoi un tel contraste ? Moi je suis quelqu'un de très solaire dans la vie et c'est quelque chose que j'avais envie de transmettre dans ma musique. J'ai pas envie que quelqu'un écoute le projet à la fin et qu'il soit juste dépité. Et je pense qu'il y a une manière un peu cool, comme Amy Winehouse par exemple - moi je suis très fan - ces musiques hyper entraînantes, ça donne le sourire, ça donne envie de faire la fête, ça s'écoute à n'importe quel moment. Et pour autant, elle aborde des thématiques graves. Et je pense que c'est important pour réussir à faire passer aussi toutes ces émotions qui sont très lourdes, de les amener avec un peu de légèreté parce que sinon ça devient très difficile quoi. Dans « Nuits acides », vous abordez la question des drogues et de la fête comme échappatoire. Pourquoi c'était important pour vous d'en parler aussi frontalement ? Moi déjà, j'ai eu un entourage très jeune où j'ai été confrontée à ce monde-là de la drogue, la fête, le monde de la nuit. C'est vrai que c'est quelque chose qui m'a beaucoup marqué. J'avais besoin de parler de tout ça et je pense que c'est des thématiques où je trouve qu'il y a une manière de le dire. Dans le morceau, je le dis : « La première prise était déjà de trop / Mais tout le monde s'en fiche / Ouais c'est rigolo / Askip détruire c'est la mode / Il y a la queue chez le dealer ». C'est une manière très simple de le dire. Mais c'est tellement réel. J'ai 21 ans, j'ai des potes avec qui on discute, on parle de ça, ils sont là : « Non, mais c'est tranquille. J'ai 20 ans, je fais ma vie, je fais mes expériences et c'est ok. » Mais il faut faire hyper gaffe. Et je trouve qu'il y a des gens qui se détruisent tellement facilement sans se rendre compte du poids et de l'impact que ça peut réellement avoir sur eux. Et moi j'ai vu des gens se détruire avec ça et c'est vrai que je trouvais que c'était important d'en parler. À écouter dans Bonnes pulsations du mondeLes femmes sont à l'honneur (Dinaa, Alsarah, Celia Wa, Queen Rima...) et NTM dégaine en live

L'histoire oubliée du football féminin, retracée en bande dessinée : dans Le Match du Siècle, la scénariste Julie Billault et le dessinateur Seb Piquet remontent dans le temps, jusqu'à la Première Guerre mondiale. Une époque où les femmes ont remplacé leurs maris partis au front à l'usine – et aussi sur les terrains de football. La pratique suscite l'engouement du public. Pourtant, à la fin de la guerre, elle est interdite, et ce jusque dans les années 1970. Une histoire méconnue et pourtant symptomatique des avancées des droits des femmes au siècle dernier. RFI : Julie Billault, vous co-signez avec le dessinateur Sébastien Piquet la BD Le Match du siècle. De quoi parle cet ouvrage ? Julie Billault : L'idée, c'est de raconter comment le football s'est imposé en Angleterre pour les femmes pendant la Première Guerre mondiale, puisqu'elles ont pris la place des hommes dans les usines, et comment cet engouement pour ce sport s'est fait de plus en plus fort. Jusqu'au retour des hommes où, peu de temps après, la Fédération anglaise édicte un ban, c'est-à-dire une interdiction peu ou prou pour les femmes de pratiquer le football. Et cette interdiction va durer 50 ans. Le match du siècle, qui donne son nom à la BD, c'est cette rencontre du 23 mars 1920 entre l'équipe féminine de Liverpool et leurs adversaires écossais. En tout cas, c'est comme ça que c'est raconté dans la BD. Mais en réalité, après ce match, les footballeuses continuent de jouer, et la BD court jusque dans les années 1970. Pourquoi avoir choisi cette date du 23 mars 1920 ? C'est ce jour-là que l'on va enregistrer la plus grosse affluence pour un match de football joué par des femmes pendant 100 ans. Il se déroule à Goodison Park, un stade où joue aujourd'hui l'équipe d'Everton. Le match se déroule à guichets fermés, avec plus de 50 000 spectateurs à l'intérieur et 15 000 à l'extérieur. Pour moi, c'était vraiment essentiel pour montrer l'engouement, presque six mois avant que ça soit totalement interdit. Ce n'est pas une interdiction qui est prononcée parce que l'intérêt décline ; c'est une interdiction qui est prononcée parce qu'il y a trop de concurrence. Justement, d'où vient cette interdiction ? Pour commencer, il y a de la concurrence avec les hommes, ce qui n'était pas prévu. On n'imaginait pas que ces femmes allaient poursuivre leur activité une fois la guerre terminée. Et puis, pendant la guerre, ces équipes ne sont pas vraiment dans une situation de professionnalisation. Elles font des matchs de charité, c'est-à-dire que les recettes sont reversées aux soldats qui sont sur le front. Bien évidemment, ces matchs de charité perdent leur raison d'être, en quelque sorte, après la guerre. C'est aussi une période d'une intense crise économique en Europe et notamment en Angleterre. Donc, ces femmes qui sont aussi ouvrières vont faire des matchs pour engranger des recettes afin de les reverser aux grévistes. C'est à partir de ce moment-là que la Fédération siffle en quelque sorte la fin de la partie et dit que c'est terminé. Elle prononce donc cette interdiction qui n'en est pas vraiment une, mais qui va vraiment marginaliser les joueuses. La Fédération décrète qu'à partir de ce moment-là, les femmes ne peuvent plus utiliser les infrastructures de la Fédération, et plus personne ne peut les aider à pratiquer. De fait, cela leur interdit l'accès à tous les stades du pays, ou presque, ainsi qu'à tous les entraîneurs disponibles. Ce ban va donc jusqu'au milieu des années 1970, soit 50 ans. Comment expliquez-vous que cela ait duré aussi longtemps ? Cela correspond à un mouvement de fond. Car dans la foulée, d'autres interdictions vont suivre en Europe. Et peu à peu, la pratique tombe dans l'oubli. Avant les Coupes du monde pirates des années 1970, on a peu d'équipes, ça redémarre doucement, mais cela reste encore très à la marge. Donc, il n'y a pas de véritable nécessité de se pencher sur le ban. Et puis, quand les Coupes du monde arrivent, on réalise qu'il y a toujours beaucoup de public, une vraie attente, et des pratiquantes, donc cela devient une évidence. Ce qui est aussi intéressant dans cette bande dessinée, c'est qu'au-delà de l'aspiration sportive, cette opportunité permet aussi, en toile de fond, une véritable lutte sociale pour les droits des travailleuses. En rentrant dans les usines, les femmes deviennent ouvrières, découvrent et assument une nouvelle condition. Et elles sont, à l'instar des hommes, touchées par les mêmes problématiques. Donc, jouer au football, qui est un sport extrêmement populaire – au sens où il vient du peuple –, c'est aussi une façon d'appartenir à ce mouvement ouvrier. Par ailleurs, ce qui m'a intéressée avec cette BD, c'est de montrer que ces femmes ne sont pas forcément activistes. Il y a plutôt l'idée d'un féminisme par la pratique, pas forcément assumé ni revendiqué ; il y a surtout une envie de jouer. C'est cela qui me plaisait aussi : dire que ces luttes sociales et pour les droits des femmes ne sont pas seulement l'apanage des femmes éduquées. Ces femmes arrivent à faire avancer les causes, en faisant. Aujourd'hui, les équipes féminines de football ont pris de l'ampleur, mais il aura fallu quelques décennies. À la lecture de votre BD, on se rend compte que ce chemin avait déjà été parcouru par d'autres femmes il y a un siècle. Peut-on dire aujourd'hui que les choses ont changé ? La question se pose. En tout cas, en France et en Angleterre, quand on est une petite fille, si on veut jouer au football, on peut y arriver plus facilement. Il y a des constitutions d'équipes, il commence à y avoir un peu de place dans tous les clubs, ou presque. En revanche, dès qu'on veut passer à un stade supérieur, ça reste encore un parcours semé d'embûches. Cela semble particulièrement difficile. Quand on pense que les actuels dirigeants des fédérations avaient 20 ans quand le ban a été levé... Ils ont grandi avec le fait que les femmes ne faisaient pas partie du paysage. À partir de là, c'est difficile d'avoir une action totalement inclusive. Pour aller plus loin : Le football féminin

Il compte parmi les musiciens classiques les plus écoutés sur les plateformes. Né à Djibouti et formé en France, Raphaël Feuillâtre s'impose aujourd'hui comme le nouveau visage mondial de la guitare classique. Salué pour la subtilité de son jeu et l'ampleur d'un répertoire qui traverse les styles et les siècles, il sera le premier guitariste invité au Festival de Pâques d'Aix-en-Provence, où il se produira ce mardi 7 avril dans un programme qui relie les maîtres baroques français et allemands aux compositeurs espagnols et latino‑américains – de Bach à Piazzolla.

Dans son livre D'elle à moi, l'écrivaine et critique américaine Lucy Sante livre le récit bouleversant d'une transition de genre tardive. En 2021, à 67 ans, Luc Sante annonçait à ses proches son besoin de devenir Lucy. Son autobiographie retrace plus de six décennies de silence et d'identité réprimée, et entremêle sa trajectoire intime à son parcours d'immigrée belge aux États-Unis, dans le New York vibrant des années 1970 et 1980.

Mettre en musique un voyage vers l'Antarctique : c'est le pari de Graciane Finzi. À 80 ans, la compositrice française d'origine italienne signe un concert-récit immersif qui fait revivre l'expédition polaire menée en 1914 par le capitaine britannique Ernest Shackleton. Rencontre avec l'artiste qui met le cap sur Monaco où son spectacle accoste ce vendredi 3 avril pour trois représentations au festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo. À partir du journal de bord d'Ernest Shackleton et des photographies d'époque, L'Odyssée TransAntarctic retrace en une heure le naufrage du voilier L'Endurance et la survie spectaculaire de son équipage, resté plus de deux ans sur la glace. Un voyage qui mêle instruments classiques et ambiances électroniques, archives historiques et paysages sonores arctiques. À lire aussiL'altiste française Karine Lethiec

Biréli Lagrène manie la guitare depuis près de cinq décennies. Le jazz manouche, le blues, le jazz, la guitare classique. L'âge aidant, il aime revisiter les classiques du jazz américain, en compagnie d'un trio de musiciens. Ce sont peut-être eux les Elegant People dont nous parle l'album qui vient juste de sortir sur les plateformes. Le guitariste français de jazz Biréli Lagrène aime surprendre ses fans, emprunter de nouveaux chemins, ou carrément ouvrir de nouvelles routes. Le guitariste qui, à 13 ans, épatait les gitans de Strasbourg, sa ville natale, fut un enfant prodige du jazz manouche, avant de devenir l'un des guitaristes les plus innovants et les plus recherchés de sa génération. Admiré par Georges Benson, ami du regretté Sylvain Luc avec lequel il a collaboré à de nombreuses reprises, Biréli Lagrène est réputé pour son jeu inventif et désormais de plus en plus dépouillé. Des qualités qu'il met au service du répertoire de jazz américain sur son dernier opus Elegant People qui sort sous le label Pewee! Il y est en compagnie de Jean-Yves Jung, son pianiste et principal collaborateur, William Brunard à la contrebasse et Raphaël Pannier à la batterie. À lire aussiBiréli Lagrène, passionné de Django Reinhardt, rend hommage à Loulou Gasté

L'exil, sa Guinée natale, la Bretagne où il a élu domicile, la beauté de la nature et toutes ses rencontres : dans son recueil Le Jardin des Flamboyants, paru fin février, le poète Falmarès (Mohamed Bangoura, de son vrai nom) raconte – ou chante, comme il le dit – sa vie. Les souvenirs de Koba, où il est né ; l'héritage de sa famille de griots ; la douleur du périple qui l'a mené en Libye, en Italie, puis en France ; mais surtout les petites joies du quotidien, qu'il ne faut jamais perdre de vue. RFI : Vous venez de publier un recueil de poèmes, Le Jardin des Flamboyants. Comment, dans votre parcours, en êtes-vous arrivé à la poésie ? Falmarès : J'ai rencontré la poésie sur ce périple difficile que j'ai effectué. Quand je suis arrivé en Italie, j'avais du mal à dormir, j'étais traumatisé par tout ce qui se passait. J'ai ressenti le besoin de la lecture. Comme tout était écrit en italien, je me suis mis à écrire en français pour me lire. Ensuite, à mon arrivée à Nantes, j'ai découvert les bibliothèques et je passais toutes mes journées à lire et à écrire. Et c'est comme ça que j'ai découvert la poésie, mais disons la littérature d'une manière générale. Vous publiez un recueil très riche, plus d'une centaine de poèmes. Écrivez-vous tous les jours ? Je n'écris pas tous les jours, mais je garde cette habitude-là d'écrire toutes les semaines. Cette régularité me permet d'apprendre davantage. Je me considère comme un apprenant permanent et comme quelqu'un de curieux, qui observe, qui aussi essaie de se souvenir. Parce que le poète, pour moi, c'est aussi quelqu'un qui se souvient. J'essaie de me souvenir aussi de Koba, à 200 km de Conakry, de mettre mon oreille au plus près du stylo pour écrire sur ça. Mais pour moi, mon écriture va au-delà d'une simple écriture d'exil. Justement, que représente la poésie pour vous ? Un moyen d'exorciser, un refuge ? La poésie, d'abord, c'est l'espoir. Le poète doit chanter l'espoir, chanter la beauté, même si parfois, certaines situations masquent cette part de beauté. Mais on doit la chercher, même si elle est loin. Vous employez le terme de chanter. Quel est le rapport que vous faites entre la poésie et le chant, l'écriture et la musicalité ? La poésie est un chant. Quand on parle, par exemple, du mandingue, les premiers poètes qui ont existé, ce sont des griots. Or les griots, ce sont des joueurs de kora, de musique. Même en Occident ! Les premiers poètes, Hésiode, Homère... c'étaient des aèdes, qui chantaient leurs poèmes. Donc, je ne peux pas dissocier la poésie de la musicalité. La poésie sans la musique s'arrête tout de suite. Vous dites aussi dans l'un de vos textes que chaque poète a en lui ou en elle un langage à transmettre au monde. Quel est le vôtre ? Le langage, c'est le langage poétique qui est universel. Il y a aussi la langue mandingue, cette parole des griots, de mes grands-parents... et cette rencontre avec le langage occidental. J'écris entre ces deux mondes-là. Vous signez un recueil plein de vie, de douceur, de bonheur – même s'il y a aussi des textes plus sombres où vous racontez l'exil, la Libye, le périple. Considérez-vous la joie comme un acte de résistance ? Nous ne devons pas oublier les petites choses. Dans une vie, il n'y a pas que des choses douloureuses. Moi, sur ce périple où j'ai failli mourir plusieurs fois, j'ai rencontré la poésie, j'ai rencontré des humains... Et puis il y a tout simplement la joie de vivre, d'avoir survécu. Donc, on ne doit pas oublier cette joie des choses simples de la vie. Je pense que je veux parler de ça surtout, de chanter les choses simples de la vie, le jardin, des plantes, une promenade. Je sais que ce n'est pas facile d'arriver à la simplicité, mais j'essaie, je tente. À écouter dans Sur le pont des arts«Catalogue d'un exilé» de Falmarès, la poésie est un ailleurs

On la surnomme la « Queen of queer » (« Reine du queer »). L'autrice de bande dessinée Alison Bechdel vient de publier son dernier roman graphique, Lessivée, paru chez Denoël Graphic. Cette Américaine de 65 ans a connu un grand succès public et critique il y a 20 ans avec Fun home, récit autobiographique sur son enfance un peu particulière dans un salon funéraire. Dans Lessivée, elle s'invente un avatar qui vit dans une communauté progressiste et s'interroge sur son rapport à l'argent. À lire aussiLa bande dessinée, un art qui se féminise et ne cesse de se précariser

La chanteuse et musicienne Rebecca Rogez Cruz a été l'un des temps forts du festival Babel Music XP, à Marseille, dans le sud de la France. Née à Caracas, bercée par la chanson latino-américaine et initiée au jazz et aux musiques traditionnelles, elle déploie un paysage musical unique et inclassable à la croisée du baroque, de la chanson populaire, du flamenco et du rock. Sa voix transporte aussi bien au cœur des cérémonies vénézuéliennes que directement dans la nature entourée d'oiseaux. RFI : Votre parcours va de Caracas au conservatoire classique, du flamenco au rock psychédélique. À quel moment avez-vous senti que vous trouviez votre identité ? Rebecca Roger Cruz : Cela a commencé de manière assez naturelle puisque j'écoute plein de genres de musique. Je viens d'une ville et d'un pays multiculturels, où la musique est omniprésente. Sans m'en rendre compte, j'étais déjà imprégnée de plusieurs styles. Avec le temps, cela s'est cristallisé dans la manière dont j'écris la musique, la manière dont je compose. C'était assez naturel d'inclure tous ces outils et inspirations. En live, vous utilisez des graines, des cordes, des bambous. Comment choisissez-vous les textures sonores, par rapport à des instruments plus conventionnels ? Les percussions sont des instruments qui font partie de traditions du Venezuela, notamment les bambous comme les quitiplas, des instruments qui viennent de la région de Barlovento. Au Venezuela, les maracas sont aussi très présentes. Pour nous, c'est un instrument virtuose. C'est un instrument qui est soliste et qui est connecté avec le son des graines. Il y a beaucoup de choses qui viennent finalement de la nature : les tambours qui sont faits avec le bois qui est à disposition, les graines, etc. Il y a un côté naturel, organique, connecté avec la nature de mon pays, mais aussi avec ses sonorités musicales. J'ai voulu écrire un album pour cordes, ce qui n'est pas tout à fait traditionnel. J'avais l'envie de faire une musique de chambre, quelque chose d'intime, quelque chose d'intérieur, comme si on était dans un salon. Les cordes sont des instruments qui vont bien avec la voix, mais aussi avec les percussions. On pense que c'est une association pas très fréquente, mais cela marche bien. Dans votre musique, vous évoquez les rites ancestraux du Barlovento. Comment transpose-t-on la dimension sacrée collective d'un rite sur une scène de concert moderne ? Ce qu'on garde à l'intérieur, c'est l'émotion que ça nous fait ressentir. Cette tradition est vivante en moi, elle est ancrée dans ma voix et elle m'inspire aussi beaucoup pour écrire des chansons. Je ne revendique pas de faire une musique traditionnelle dans ce concert ni d'amener les gens dans une carte postale, dans quelque chose de folklorique ou d'exotique. Cette musique est un pont pour me connecter avec des sentiments qui sont nécessaires en ce moment, pour se reconnecter avec soi, mais aussi avec les autres, avec notre environnement. Plutôt que dire qu'on va vivre une expérience sacrée, c'est peut-être essayer de créer, le temps d'un concert, une petite cérémonie collective. Vous aviez brillé auparavant dans plusieurs groupes. Qu'est-ce que votre premier album solo vous a permis de dire que vous ne pouviez pas exprimer entièrement dans le collectif ? Cet endroit de douceur, de vulnérabilité personnelle. Dans Parranda La Cruz, c'est une rencontre forte entre deux cultures lointaines, La Réunion et le Venezuela. Géographiquement, c'est loin, mais on s'est rendu compte à quel point on était proches par notre histoire commune, par un répertoire, la force et la puissance des tambours, des voix. J'ai envie de pouvoir me connecter avec la contemplation. Cet album a permis de guérir beaucoup de choses et être plus en lien avec ma douceur.

Les amateurs de séries connaissent Bérangère McNeese pour avoir joué dans la série à succès HPI (le personnage de Daphné, la jeune enquêtrice data analyste). La comédienne belge passe à la réalisation avec un premier long-métrage remarqué, sorti ce mercredi 25 mars sur les écrans français. Les Filles du ciel met à l'honneur la sororité à travers la relation de quatre jeunes filles marginales qui composent une famille de substitution. À écouter dans L'Invité cultureAkinola Davies Jr, réalisateur de «Un jour avec mon père»: «Mon film est 100% Nollywood»

Imaginez Lagos en 1993. La ville gronde, les militaires sont dans les rues, le Nigeria retient son souffle après une élection annulée. Notre invité culture, aujourd'hui, Akinola Davies Junior, a filmé ce chaos, vu à hauteur d'enfant. Son premier film «Un jour avec mon père», suit deux enfants, deux frères, qui accompagnent leur père dans la mégapole. En mai dernier, il a reçu, au festival de Cannes, une mention spéciale pour la très prestigieuse Caméra d'Or. Il sort ce mercredi dans les salles françaises et Akinola Davies Junior est au micro d'Elisabeth Lequeret.

Scènes de la vie conjugale, c'est ce film mythique réalisé par Ingmar Bergman au début des années 1970. Le réalisateur suédois y décortique la relation de couple, ou c'est plutôt le grand déballage. L'amour se mêle aux reproches, les sentiments au sexe entre désir et répulsion. Un grand moment de vérité qu'adapte sur scène Christophe Perton au théâtre de la Concorde. Une pièce jouée comme un match de boxe par Stanislas Nordey et Romane Bohringer. À lire aussi«Dites-lui que je l'aime»: Romane Bohringer filme l'absence des mères

« Et toi, comment ça va ? » : cette question banale ne se pose pas vraiment pour les habitants de pays en guerre. C'est pourtant le titre d'un roman graphique qui vient de paraître chez Casterman. Pendant plusieurs mois, les dessinateurs Charles Berberian, à Paris, et Michèle Sandjofski, à Beyrouth, ont échangé une correspondance dessinée, pour parler du pays bombardé par Israël. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: au Liban, ceux qui restent à Beyrouth malgré les frappes israéliennes

Créée dans le cadre du dispositif 4x4 des Tréteaux de France, la pièce Au bout de ma langue – انا لا اشتكي, écrite par Simon Grangeat, raconte le déracinement, l'attachement à sa terre et la difficulté à se reconstruire dans une nouvelle culture, par un angle bien précis : celui du langage. Un petit garçon, Taym, arrive en France à 9 ans, après avoir fui la violence de son pays. Agressé par une langue qu'il ne comprend pas, incapable de se faire entendre, Taym plonge dans le mutisme jusqu'à la reconstruction. Rencontre avec la metteuse en scène Tal Reuveny. RFI : Tal Reuveny, dans Au bout de ma langue – انا لا اشتكي, vous racontez l'histoire d'un petit garçon, Taym. Il arrive en France à l'âge de 9 ans, sans parler la langue, et s'enferme dans le mutisme comme mécanisme de protection. De quelle manière ce texte a-t-il résonné en vous ? Tal Reuveny : Cela a beaucoup fait écho à ma vie. Moi aussi, je suis arrivée en France il y a dix ans, presque onze maintenant, et je ne parlais pas un mot de la langue. Je me souviens de mon stress la veille de mon départ. J'ai appelé une amie pour lui demander : « Comment on dit ''merci'' ? » (rires). C'était ça, mon niveau de français avant d'arriver. Depuis, je vis ma vie en français, cette langue est entrée dans ma vie. Je me reconnais beaucoup dans l'histoire de Taym, à quel point c'était compliqué de rentrer dans une autre culture, une autre langue ; mais aussi à quel point c'était émouvant et transformatif de traverser cela. Lorsque notre cerveau arrive à faire les deux en même temps, ça ouvre une richesse aussi en nous, en tant qu'humains. Un des gros questionnements de la pièce, c'est justement que ce petit garçon a peur de disparaître, comme si cette nouvelle identité allait effacer l'identité syrienne qu'il avait jusque-là. Votre pièce montre qu'en réalité, on peut cumuler les deux : on n'a pas à s'effacer. C'est vrai, et j'ai trouvé l'écriture de Simon Grangeat très impressionnante. Simon a vécu en France toute sa vie, il n'a pas traversé lui-même cette expérience. Mais il a réussi à comprendre profondément cette peur de se perdre dans cette expérience d'immigré, dans le fait d'apprendre une nouvelle langue. Cette peur existe, et pour une raison : c'est vrai que quand on cumule une autre langue, une petite partie de nous doit faire de la place. À terme, ces deux réalités peuvent vivre ensemble, mais cela prend du temps. Et dans l'histoire de Taym, c'est encore plus violent : il se retrouve sans repères lorsque sa mère décide d'arrêter de parler en arabe à la maison. Pour lui, c'est ça, le plus violent dans son histoire. Donc cela amène aussi la question de comment faire, ici en France, pour accueillir d'autres langues, d'autres cultures, et pour ne pas obliger les autres à effacer leur identité, qu'on puisse aussi profiter de cette multiculturalité, ici, en France. Effectivement, dans le court texte qui accompagne la pièce, vous expliquez qu'arriver dans un pays avec une langue qu'on ne comprend pas, c'est une violence symbolique. De quelle manière ? C'est une violence symbolique, mais c'est aussi technique. On ne sait pas ce qui se passe autour de nous. On n'a pas de clés de parole, c'est vrai. Mais on n'a pas non plus les clés de politesse, de l'humour... Et c'est comme si on enlevait une partie de notre personnalité, de ce qu'on était dans notre pays d'avant. On ne peut plus être rigolo, cynique... On perd beaucoup de qui on est. Et on doit, petit à petit, soit réinventer qui nous sommes, soit reprendre ça dans une autre langue, avec une autre culture, avec d'autres références. Donc oui, la violence est symbolique mais aussi technique. La pièce parle du silence de ce petit garçon, et pourtant, il y a tout un travail autour des sons, des enregistrements, des voix... Pour parler de l'absence de quelque chose, il faut déjà remplir la scène et l'expérience du public des choses qu'après on va enlever. Donc, le silence et puis les chansons ; le silence et puis la parole ; le monologue intérieur de Taym... Oui, cette pièce parle du silence, mais de manière très sonore. Taym a fermé sa bouche, mais pas ses oreilles, et il a beaucoup écouté. C'est pour cela aussi qu'on a choisi de mettre le public dans une position où il doit être vigilant, écouter, ne pas comprendre. Il y a beaucoup de parties en arabe, qui ne sont pas traduites, et c'est fait exprès. C'est une manière de se mettre à la place de Taym, et de comprendre pourquoi ce silence est arrivé en lui. On a aussi voulu faire comprendre au public qu'il n'a pas besoin de tout comprendre tout le temps, et de l'inviter à vivre cette expérience joyeuse de projeter, d'imaginer, d'être actif, et de ne pas être toujours baigné dans la langue, le mot, l'explication. C'est même mieux, parfois, de ne pas tout comprendre : on fait attention aux expressions du visage, aux silences... Quand on enlève la langue, on écoute les choses qu'on n'a pas l'habitude d'écouter. Cette pièce est dévoilée dans un contexte politique très particulier en France : montée de l'extrême droite, renfermement sur soi, etc. Quelle importance cela donne-t-il à la pièce ? On vit dans un moment horrible, difficile. On voit des horreurs... Cette pièce, c'est notre petite façon à nous d'essayer de montrer à quel point l'inconnu nous met dans une situation de jugement, et même de préjugé. Cela nous empêche d'approcher l'autre, de mieux le comprendre, de faire les liens. Et donc, évidemment, cette pièce aujourd'hui, c'est une pièce politique. "Au bout de ma langue," pièce de Simon Grangeat, mise en scène de Tal Reuveny, avec Omar Salem. Les 20 et 21 mars 2026 au Maif Social Club à Paris, puis les 18 et 22 avril au Lavoir moderne parisien, et du 7 au 23 juillet dans le cadre du "off" d'Avignon. À lire aussiFestival d'Avignon : deux «seuls en scène» du OFF autour de la famille

Derrière les étiquettes des supermarchés se cachent des décisions, des rapports de force. Le film La Guerre des prix nous plonge dans les coulisses de la grande distribution, là où se décident les marges, les stratégies et parfois le sort d'une filière agricole entière. Son réalisateur, Anthony Déchaux, à notre micro, signe ici son premier long métrage et explore un univers rarement montré au cinéma : celui de la grande distribution. À lire aussiCinéma: «Les rayons et les ombres» de Xavier Giannoli, dépeint le basculement du «pacifisme» à la «compromission»

Après le triomphe d'Illusions perdues en 2021, Xavier Giannoli revient avec une fresque historique d'ampleur : Les rayons et les ombres. Dans ce film de plus de trois heures, qui sort ce mercredi 18 mars en France, il raconte l'histoire vraie d'un patron de presse des années 1930, Jean Luchaire, pacifiste qui va se compromettre en collaborant avec l'occupant nazi pendant la Seconde guerre mondiale. Xavier Giannoli est au micro de Sophie Torlotin pour RFI. À lire aussiOscars: l'impact économique d'une cérémonie qui rapporte des millions de dollars

Un ex-prodige de la course automobile, devenu chauffeur de taxi à New York, laisse son fils dans un orphelinat et part à la recherche de son père biologique, un milliardaire. Ce synopsis aurait tout du scénario d'un film américain. Mais c'est une bande dessinée parue aux éditions Magnani qui nous raconte cette histoire. Entretien avec son auteur passionné de cinéma, Julien Magnani.

D'Istanbul au Caire, Mille manières d'être moderne, le documentaire réalisé par Ilana Navaro et co-écrit avec Karim Miské, a l'ambition de raconter une histoire de l'art depuis le XXᵉ siècle d'une région nourrie certes par l'Occident, mais qui a aussi ses propres courants. En trois épisodes, on suit une riche histoire artistique de l'ex-empire ottoman à nos jours. Un documentaire qui montre comment les artistes ont su tirer les leçons de l'art occidental tout en restant fidèles à leurs cultures, en évitant notamment l'écueil de l'orientalisme et de l'exotisme. Un documentaire rare à ne pas rater, disponible sur Arte.tv. Le premier épisode du documentaire est disponible ici. À lire aussiKarim Miské: «Quand on est face à la détresse d'une personne, on voit l'être humain»

Élise Lépine est journaliste au Point et à France Culture. Avec son premier roman Les Courants d'arrachement, elle livre un portrait sombre et solaire d'une femme qui, dans les années 1950 à Casablanca, se retrouve à un tournant de son existence et doit choisir entre sa vie de femme ou de mère. Casablanca, 1955. À marée basse, Reine est allongée sur le « rocher des condamnés ». Ce matin, après avoir installé sa fille Rose sur le sable, elle a rejoint cet îlot minéral où, six ans plus tôt, elle passait des heures, à l'abri des regards, dans les bras de Jean, son amant. Pourquoi ce pèlerinage ? Elle vient d'apprendre que Jean est mort. Celui dont elle espérait tant le retour ne viendra pas la sauver de sa tante cruelle, de son frère malsain, de la vie de captive qui l'attend aux côtés de son époux, François, dans l'univers calfeutré d'une bourgeoisie qui vit ses dernières années de faste sous le protectorat français. Reine cherche une raison de ne pas se laisser prendre par les courants de la marée montante pour rejoindre l'homme de sa vie dans la mort. Ses souvenirs la submergent : sa naissance en France dans une famille nombreuse des années 1930 ; la pauvreté ; la mort de sa mère ; son adoption par un couple de notables rattrapés par l'horreur de la Shoah ; l'invitation d'un oncle installé au Maroc ; la mystérieuse disparition de son amant ; le piège du mariage sans amour qui s'est refermé sur elle… Alternant le temps contracté des chapitres au présent où se joue le suspens d'un possible suicide par noyade et le temps dilaté des chapitres au passé retraçant l'aventure de sa vie, le premier roman d'Élise Lépine se lit comme une saga intime, une épopée dont l'héroïne solaire et désespérée devra, à la fin, choisir son destin. (Présentation des éditions Grasset) À lire aussiIl y a 70 ans prenait fin le protectorat français sur le Maroc

Comme tous les ans, le magazine musical Les Inrocks organise son festival, du 10 au 14 mars 2026. Cette année, les festivités sont un peu particulières puisqu'elles coïncident avec les 40 ans de la revue. L'occasion, pour les Inrocks, de célébrer 40 ans de création et de musiques francophones avec un spectacle « French Pop », sous la direction du saxophoniste et producteur Adrien Soleiman. RFI : Vous êtes le directeur artistique de la création French Pop au festival Inrocks cette année. Que représente le magazine pour vous ? Adrien Soleiman : Pour moi, c'est des souvenirs de vacances où je me vois plutôt acheter Les Inrocks quand je devais prendre le train ou l'avion. Ça me servait un peu de lecture pour faire passer le temps. Ayant fait des études de musique plutôt orientées vers le jazz, j'achetais plutôt, à l'époque, Jazz Mag ou Jazz News. Dans un second temps, j'ai été désigné « coup de cœur » des Inrocks Lab, un concours créé par le magazine en 2014. C'est ce qui a lancé ma carrière, puisque j'ai été, par la suite, signé en maison de disques. Donc, c'est plutôt ce souvenir-là que je conserve. Et Les Inrocks, c'est aussi une certaine idée de la musique. Laquelle ? Une musique assez pop, indépendante, travaillée, et qui a de l'âme, du flair. C'est difficile de définir l'aura des Inrocks, mais je parlerais plutôt d'une musique indé et quali. Vous avez dit, lors d'interviews précédentes, que vous n'envisagiez pas la musique autrement que dans le partage, entre amis. Les invités de votre création semblent confirmer cette idée : Philippe Katerine, Juliette Armanet, Barbara Carlotti... Effectivement, les trois quarts des invités étaient présents sur mon projet BelleJazzClub [deux albums, chez Naïve, NDLR]. Ce sont des amis de longue date, ainsi que mon frère. Effectivement, j'essaie toujours de prendre des gens que j'estime, et avec qui je m'entends très bien. Dans ce genre de contexte, il faut pouvoir se parler, se dire les choses, être efficace. Ces gens me connaissent aussi, savent comment je travaille. Au-delà de ça, ce sont surtout d'excellents musiciens et musiciennes, avec une vraie personnalité. Lorsque nous avons répété avec Miossec, il m'a dit quelque chose qui m'a fait plaisir : « C'est bien, parce que ce n'est pas variétisant. » C'est vrai que, pour ce genre de création, avec un orchestre fixe pour accompagner des vedettes qui défilent, on pourrait être tenté de faire des arrangements les plus lisses possibles, pour mettre tout le monde dans une zone de confort. Ce n'est pas l'idée que je me fais de la création, et je pense que c'est aussi pour ça qu'on m'a appelé. Vous travaillez régulièrement avec les mêmes personnes, la même équipe. Comment faites-vous pour vous renouveler, ne pas avoir la sensation peut-être de tourner en rond ? Tourner en rond, je ne me le dis pas, ce serait triste. Finalement, ce métier permet justement de ne jamais tourner en rond. C'est pour cela, je crois, qu'on fait tout ça. C'est pour éviter, esquiver la routine et vivre des choses, mine de rien, peut-être avec la même personne, mais à chaque fois différentes. Certains invités de ce festival, je pense par exemple à Philippe Katerine ou Dominique A, représentent les tout débuts des Inrocks. Vous êtes venu une vingtaine d'années plus tard et aujourd'hui, une nouvelle génération de musiciens apparaît. Quel regard portez-vous sur l'état de la musique francophone aujourd'hui ? Je pose un regard curieux. Je m'informe, je pense que ça fait partie du cœur et même d'un devoir quand on est musicien, artiste, de toujours être au parfum au maximum. Prendre le temps d'écouter les nouveautés, de voir ce qui se fait. Quel que soit le style, ça nous nourrit, ça nous fait grandir, ça nous apprend plein de choses, qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Pour moi, la nouvelle scène, elle est super. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait de baisse de régime. Au contraire, j'ai l'impression que c'est de plus en plus créatif, indépendant, fier. Je crois que c'est la bonne direction.

La chanteuse marocaine Oum dévoile un nouvel album intitulé Dialddar, qui signifie « fait-maison ». Un septième disque très introspectif et intimiste, où elle nous dévoile sa maison intérieure et raconte les émotions qui l'ont traversée durant ces cinq dernières années. Mais, ici « fait-maison », veut aussi dire « retour à l'essentiel ». Sur cet album, on ne trouve que des voix et des percussions, dans une véritable célébration des chants populaires marocains. À lire aussi #SessionLive Oum et Meral Polat, 8 mars, journée internationale des droits des femmes

La chanteuse et musicienne Siân Pottok explore ses origines congolaises dans son nouvel EP intitulé Happy People. Cinq titres solaires aux mélodies afro-pop, où elle fait dialoguer sa voix et le son du kamele ngoni, une harpe d'Afrique de l'Ouest. Entourée d'artistes talentueux comme la chanteuse malienne Fatoumata Diawara et le producteur anglais Tom Excell, Siân Pottok évoque les paradoxes de l'être humain, la protection de la planète ou encore la quête du bonheur. RFI : Vous avez des origines au Congo, en Inde, en Slovaquie et en Belgique. Vous avez grandi entre l'Europe et les États-Unis. Comment toutes ces racines ont-elles nourri votre musique sur votre nouvel EP, Happy People ? Siân Pottok : Depuis quelque temps, c'est un peu devenu une quête, d'essayer de comprendre d'où je viens. Par le biais de la musique, j'ai trouvé une manière de ressentir ces différentes origines. Sur cet EP, je me focalise surtout sur l'Afrique. Je me suis dit que j'allais commencer un par un. Je me suis vraiment centrée sur l'Afrique. On l'entend dans les sonorités, dans les rythmiques, dans l'instrument que je joue, qui est le kamele ngoni, une harpe d'Afrique de l'Ouest. Tout cela est très teinté Afrique. Après, je compte développer les autres racines dans de nouvelles recherches personnelles. Vous continuez d'explorer la musicalité du kamele ngoni, cousin de la kora, originaire de Wassoulou. Cet instrument est-il devenu un essentiel pour vous, comme une extension de votre voix ? Complètement. Cela fait quelques années que j'en joue. Il y a une connexion forte et naturelle avec cet instrument. Je l'ai tenu dans les mains, je me suis dit : « Tiens, c'est cela ». Aujourd'hui, c'est devenu un vrai partenaire qui, en même temps dans la musique, me permet de me libérer de beaucoup de choses. Personnellement, cela me libère aussi intérieurement de beaucoup de craintes. Il y a vraiment eu quelque chose de fort. Il est indispensable aujourd'hui. Vous avez réalisé Happy People avec le musicien et producteur anglais Tom Excell, spécialisé dans la musique panafricaine, très appréciée sur la scène afropop britannique. Qu'avez-vous appris, avec lui, sur cet EP ? Pareil, c'est quelqu'un avec qui tout a été naturel et tout a été spontané. Moi je suis déjà spontanée dans la création musicale. Là, c'était une salle de jeux, on sortait les instruments et on s'amusait. Lui, il a structuré toutes les idées qui étaient déjà posées. Cela a été une collaboration qui m'a permis de grandir encore plus et de retrouver en l'autre ce qui me ressemble, de ne pas avoir peur de tester plein de sonorités différentes et de ne pas se figer dans une direction précise. L'ambiance de l'EP est joyeuse et entraînante, mais quand on écoute les textes, vous évoquez des thèmes profonds, sociétaux, l'écologie, l'environnement, les injonctions au bonheur par exemple. Était-ce important pour vous d'aborder ces thèmes avec une certaine légèreté musicale ? Tout à fait. Le premier album que j'avais fait, Deep Waters, était assez sombre. Ici, j'avais envie de traiter des sujets sérieux et importants, mais effectivement avec de la légèreté et de l'ironie. Sur certains titres, je me moque même de nous et de notre approche du bonheur, derrière des écrans à fantasmer sur la vie des autres. On est tous dans ce cas. En tous cas, beaucoup de personnes le sont. Cela m'a paru, je ne dirais pas amusant, mais intéressant de le traiter de cette manière. Votre album précédent, Deep Waters, était assez sombre. Cet EP est plus une élévation vers quelque chose de lumineux. À quoi pensez-vous pour la suite, si vous y pensez déjà ? J'y pense, oui. Je suis toujours en train de penser à la suite. Justement, Happy People, c'est aussi pour moi une manière de rester dans le moment présent et de profiter du moment. Mais je ne peux pas m'empêcher effectivement de composer et d'avancer. Pour l'instant, tout est assez lumineux et joyeux et je pense que c'est parce que j'ai réellement besoin de me raccrocher à quelque chose de positif pour ne pas être perdue dans tout le chaos et toutes les nouvelles qui nous entourent en ce moment. C'est quelque chose qui me permet de me maintenir. J'aime cette énergie positive et la lumière qui s'en dégage. Siân Pottok Happy People (Underdog Records) 2026 Facebook / Instagram / YouTube

Du grand écran aux petites bulles : l'actrice Sara Forestier a publié, le 5 février, sa première bande dessinée. Co-signée avec la dessinatrice Jeanne Alcala, Maudite du cul ? est un récit autobiographique des déboires amoureux et sexuels de la jeune Sara. Mais son histoire fait en réalité écho à celle de beaucoup de jeunes filles : comment entrer sereinement dans la sexualité, quand la société y met son grain de sel ? Comment écarter les pressions et suivre son propre parcours ? Comment vivre une intimité qui soit pleinement sienne, loin des diktats et des codes sociétaux ? RFI : Vous venez de publier votre première BD, Maudite du cul ? (éditions L'Iconoclaste). Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire cette bande dessinée ? Sara Forestier : J'avais envie de rire, comme on peut rire, entre copines, du sexe. Il y a plein de ratés, dans la sexualité. Et quand on creuse un peu, on se rend compte que c'est énormément lié aux stratégies d'évitement qu'on met en place assez jeunes. Lorsqu'on est jeunes, et qu'on n'a même pas encore découvert sa sexualité, on est assaillis. Très jeune, ça met une forme de pression. Par exemple, la première fois que j'ai embrassé un garçon, c'était au jeu « Action ou Vérité ». Donc c'était un ordre. Déjà en soi, c'est un concept. Les gens se mêlent de ta sexualité : tes premières fois, tes premiers baisers… Donc les jeunes, avant même d'avoir découvert la sexualité par un chemin qui est le leur, qui n'est pas tout tracé, qui se fait au gré de la vie, ils ont déjà la pression. Donc, logiquement, on a toutes des stratégies d'évitement. Et quand on met en place ces stratégies, il se trouve qu'il y a des « foirages ». J'avais envie de rire de tout cela, mais cela raconte aussi quelque chose de bien plus profond. Il y a un point d'interrogation dans le titre : Maudite du cul ? Qu'est-ce qu'il signifie ? C'est vrai qu'à un moment donné, mon personnage se demande si elle n'est pas « maudite du cul ». Moi, ça me fait beaucoup rire. Mais il y a aussi quelque chose de plus profond, que toutes les filles ont pu se dire à un moment de leur vie : « Qu'est-ce qui ne va pas avec moi ? » En fait, ce n'est pas toi qui ne vas pas. C'est la société qui vient se mêler de ton intimité dans ton parcours adolescent. C'est tellement normal de mettre des stratégies d'évitement en place. Cette question de l'intimité est prise à bras le corps dans la BD. Vous commencez avec une forme de mise en garde : « Toutes les scènes de cette histoire sont malheureusement tirées de faits réels. En fait, c'est ma vie. » À quel point c'est votre vie, justement ? Tout. Il n'y a pas une seule anecdote qui n'est pas vraie. C'est une BD qui est autobiographique. Mais je crois que je l'ai fait vraiment pour décomplexer toutes les femmes. On a toutes vécu les mêmes angoisses, la même peur par rapport aux premiers tampons, les mêmes questionnements sur notre anatomie. Et même plus tard dans la vie, la pression à la pénétration, par exemple. Donc, dans ce livre, il y a tout ce qu'on peut traverser en tant que femme. Et le fait de commencer en disant : « Cette histoire, c'est ma vie, c'est autobiographique », je pense que c'était surtout pour les autres filles. Leur dire : « Pas de problème, je prends tout sur mon dos, je suis comme un miroir, mais ce n'est pas ton histoire. » J'aime bien ce procédé-là. Et c'est vraiment une BD que j'aurais aimé lire à 15 ans. Ça m'aurait tellement aidée ! Toutes ces questions dont vous parlez, le sujet du tampon par exemple, cela montre aussi qu'il y a un vrai problème de connaissances et d'éducation à notre propre anatomie… Ça, c'est parce que c'est très fantasmé. La sexualité est tout de suite vue par le prisme de la performance. Comme ça passe par un truc performatif, on ne fait pas le B.A.-ba : dès le départ, tu es censé être dans une posture où tu sais tout bien faire. Il n'y a pas l'espace pour passer par le point A, puis le point B, puis le point C à son propre rythme, ni l'espace pour poser les questions… Je ne sais pas, on dirait qu'on va courir le 100 mètres ! On sent que d'un côté, tant qu'on n'est pas entré dans la vie sexuelle, on n'est pas pleinement femme, pleinement adulte. Et en même temps, une fois qu'on y est entré, on a un peu moins de valeur. Et puis, en plus, on n'y est pas rentré tout à fait selon ses propres conditions. Je trouve que c'est aussi ça que raconte cette BD. Oui, c'est sûr. Combien de filles ont fait une première fois et ont été pénétrées alors qu'elles n'en avaient pas réellement envie ? C'est une manière de nous déposséder de nos corps. Le sujet du désir des femmes qui est écrasé par le désir des hommes est majeur. Quand on pense qu'on n'a retiré le devoir conjugal de la loi que récemment, qu'on n'y a mis le consentement qu'il y a quelques années… C'est une première étape, mais il y a une question supérieure que la société va devoir se poser, c'est celle du désir. J'ai envie de dire aux hommes : « D'accord, la femme dans ton lit consent. Mais surtout, est-ce qu'elle a très très envie de toi ? » Ce que votre personnage dit à la fin, c'est que la sexualité, pour les femmes notamment, c'est un espace de liberté, mais c'est aussi un espace pour se connaître. Le sexe, c'est une chose très puissante, en lien avec l'âme autant qu'avec le corps. Lorsqu'on est centré, que l'on fait exactement ce dont on a envie, c'est extraordinaire. Et cela a des répercussions énormes : ce n'est pas qu'une affaire physique, on devient soi-même. Avec le sexe, on est libre. C'est cela aussi que je dis avec la BD : le lit, ça doit être l'ultime espace de liberté, celui pour être totalement soi-même. Le sexe, c'est rencontrer l'autre, certes ; mais c'est avant tout être soi-même. Il y a encore beaucoup de femmes pour qui le lit n'est toujours pas cet espace de liberté. Qu'avez-vous envie de leur dire ? D'être rebelles comme mon personnage. D'être têtues, de ne faire que ce dont vous avez envie. Je ne cesse de le dire et de le répéter : j'ai interrompu un nombre innombrable de rapports avec des hommes. Il faut placer le curseur de l'envie très haut, ne jamais se sentir forcé de faire quoi que ce soit. C'est une de nos libertés fondamentales, être libre de son corps. ► Maudite du Cul ?, BD de Sara Forestier et Jeanne Alcala, parue le 5 février 2026 aux éd. L'Iconoclaste

Où sommes-nous prêts à aller pour enfin devenir la plus belle version de nous-mêmes ? Lucie Albrecht propose une réponse à cette vaste question dans sa dernière bande dessinée intitulée « Le Complexe », du nom d'une mystérieuse clinique qui promet d'effacer tous les complexes en quelques jours seulement. Mais derrière cette promesse de perfection, le récit dévoile peu à peu une dystopie entre société de consommation, culte de la transformation et logiques capitalistes poussées à leur maximum. L'autrice Lucie Albrecht est l'une des invitées du Pop Women Festival, qui se déroule du 5 au 7 mars à Reims. Elle participera à une table-ronde intitulée « Miroir, mon beau miroir » le vendredi 6 mars à 10h, aux côtés de la chorégraphe Marie Barbottin et de l'autrice Erell Hannah.

Un petit orphelin né à la frontière entre la Guinée et la Côte d'Ivoire, obligé de traverser le Liberia et la Sierra Leone pendant les guerres civiles des années 1990, va se retrouver enrôlé comme enfant-soldat. C'est le périple raconté par le roman Allah n'est pas obligé, du grand écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, lauréat du prix Renaudot et du Goncourt des lycéens en 2000. Ce roman est désormais adapté à l'écran par Zaven Najjar dans un film d'animation qui sort ce mercredi 4 mars en France. À écouter aussiAhmadou Kourouma: le «guerrier» de Boundiali

Voici une plongée dans l'univers d'une figure majeure et controversée de la littérature française, disparue le 3 mars 1996, voici trente ans. Dans Marguerite Duras, Dévorer, tout, Béatrice Gurrey dresse le portrait d'une écrivaine qui n'a jamais séparé l'écriture de la vie, quitte à s'y brûler. Journaliste au Monde, Béatrice Gurrey aborde Duras avec les outils de son métier : l'enquête, les archives, l'entretien, mais aussi une attention aiguë aux silences, aux zones d'ombre et aux contradictions. Béatrice Gurrey au micro d'Elisabeth Lequeret. Marguerite Duras, Dévorer, tout, est paru aux éditions de L'Aube.

La stand-uppeuse Shirley Souagnon sera sur la scène de La Cigale à Paris, ce mardi 3 mars 2026. Elle est au cœur du spectacle « Être humain », qui mêle projection et échange avec le public. Entourée entre autres du poète et slameur Souleymane Diamanka, de la chanteuse Sandra Nkaké et de l'humoriste Kheiron, elle explore avec ironie et lucidité l'identité, la santé mentale et nos contradictions, pour questionner ce qui nous relie au-delà de nos différences. À lire aussiLe «One Poet Show» du Sénégalais Souleymane Diamanka, entre humour et poésie

Redonner sa place à une femme oubliée... Dans le sillage post mouvement #MeToo, on redécouvre dans tous les domaines des femmes qui ont compté dans le monde scientifique ou artistique. C'est le cas de Lou Andreas-Salomé, dont le nom reste associé aux « grands hommes » qu'elle a côtoyés, comme le philosophe allemand Friedrich Nietzsche ou le poète autrichien Rainer Maria Rilke. La scénariste Séverine Vidal et la dessinatrice Olivia Sautreuil consacrent une bande dessinée à cette autrice oubliée. Lou Andreas-Salomé : si tu veux une vie, vole-la vient de paraître chez Bayard Graphic.

Il a représenté le visage du rock sur plusieurs générations, sans être musicien lui-même : le journaliste musical Philippe Manœuvre fait ses débuts sur scène à 71 ans ! Dans son spectacle Un enfant du rock raconte, joué en ce moment au Théâtre de l'Œuvre, à Paris, le critique rock relate, deux heures durant, ses anecdotes les plus folles. Au cours de sa carrière, Philippe Manoeuvre a rencontré plus de 450 artistes, il y a donc de quoi raconter ! RFI : Vous présentez en ce moment un spectacle intitulé Un enfant du rock raconte. Comment ça se présente ? Philippe Manœuvre : C'est une tentative de théâtre rock. Notamment, j'ai un guitariste, un guitariste électrique et électrifié, M. Yarol Poupaud, qui a été le dernier lead guitariste de Johnny Hallyday, son chef d'orchestre. On a aussi un décor : moi, je suis installé dans un ampli Marshall avec un fauteuil gothique. (rires) On a essayé de faire quelque chose de rassembleur autour de gens que tout le monde connaît, les anciens Beatles, les Rolling Stones, Prince, Johnny Hallyday... J'ai eu la chance de les rencontrer tous, même de vivre des choses uniques avec eux. On a construit une vraie pièce de théâtre autour du rock. Et sur tous ces artistes que vous avez rencontrés, vous avez aussi pu rencontrer des rockers africains... Pour moi, la musique, elle vient d'Afrique. Moi, je suis le premier qui a mis des rockers black à la télévision. Quand on a créé l'émission Sex Machine en hommage à James Brown, pendant trois ans, on n'a rien passé d'autre. À lire aussiUne pensée pour James Brown... Cinquante ans plus tard, vous semblez avoir gardé l'émerveillement et l'enthousiasme qui vous ont poussé à faire ce métier en premier lieu ! Totalement ! Je n'écoute que du rock, les nouveautés... C'est le début de l'année, de nouveaux groupes arrivent. Le rock refuse de disparaître. Les gens, ils aiment cette musique. Ça leur tient à cœur ! La France, c'est une nation rock. Parlons-en, justement, du rock d'aujourd'hui – en France ou ailleurs. Quel regard portez-vous dessus ? On n'est plus dans le même monde. Entre les années 1970 en France et les années 2020, on n'a plus les mêmes problèmes. Quand le rock est arrivé, il voulait secouer la société. Mais ce n'est plus la même société du tout. Tous les matins, on se réveille, on regarde le téléphone en disant « qu'est-ce que Trump a encore fait cette nuit ? » Donc, on est dans un monde qui n'a pas besoin d'être challengé non plus. Les gens ont au contraire besoin d'être rassurés, de se retrouver autour d'émotions collectives, artistiques. Et le rock leur en offre. Vous pensez que c'est pour cela aussi que cela marche autant quand, par exemple, des Oasis se reforment ? Que c'est le côté rassurant ? Évidemment ! Les gens sont contents, parce qu'Oasis, ils viennent d'une époque où tout allait bien, quoi qu'on en dise. Rendez-vous compte ! 1995, on était dans le bonheur parfait, on ne s'en rendait pas compte ! (rires) Vous avez rencontré beaucoup de monde, mais il y en a peut-être aussi que vous avez loupé. Est-ce qu'il y en a que vous avez regretté de ne pas avoir pu interviewer ou rencontrer ? Oui, Jimi Hendrix, évidemment. Jimi Hendrix et Jim Morrison, c'est vraiment les deux personnalités que j'aurais aimé rencontrer. Ces deux-là me manquent énormément, et ils manquent à la musique aussi. C'était le plus grand guitariste et le plus grand chanteur pour moi. Et leur disparition, c'est encore très dur aujourd'hui, bien sûr. Retrouvez plus d'informations sur le site du Théâtre de l'Œuvre. À lire aussiÀ la source du Rock'n'roll

« 2 + 2 = 5 », c'est une citation du célébrissime roman de George Orwell « 1984 ». Dans cette œuvre dystopique publiée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le héros et narrateur Winston Smith se demande dans son journal si l'État a le pouvoir de définir cette formule comme exacte, et si le fait que tout le monde y croit en fait une vérité. Le nouveau film de Raoul Peck, qui sort en salles, mercredi 25 février, en France, permet justement d'y voir clair sur l'apport de cet écrivain lucide et visionnaire. À lire aussiCannes 2025: Raoul Peck s'intéresse à la lucidité très contemporaine de George Orwell

Une pièce de théâtre pour renouer avec le courage : depuis le début du mois de janvier, plusieurs duos de comédiennes, dont Isabelle Adjani et Laure Calamy, se succèdent à Paris pour jouer l'adaptation sur scène de La Fin du courage, essai à succès écrit en 2010 par la philosophe et psychanalyste française Cynthia Fleury. Objectif : lutter contre le découragement dont souffrent les sociétés occidentales. RFI : Cynthia Fleury, bonjour. D'abord, qu'est-ce que c'est, le courage ? Cynthia Fleury : C'est une invitation à la vie : je pense véritablement qu'il y a, derrière le courage, du vitalisme. Ensuite, c'est souvent tout simplement la conscientisation de ses peurs, et la décision de les dépasser. Ce que vous dites, quelque part, avec cette pièce, c'est qu'on négocie tous avec le monde qui nous entoure, on fait tous des compromis. À quel moment on bascule dans le découragement, dans la faim du courage ? Il faut comprendre que le découragement vient d'un côté de l'absence de compromis - la personne qui refuse tout compromis, toute possibilité, et donc ne trouve aucune manière d'être en prise avec le réel. Et de l'autre côté, le fait de trop négocier : cette personne là finit presque lessivée, disparaissante, ne sachant plus où elle est. Donc La Fin du courage est bien évidemment une invitation à trouver la juste mesure de la négociation. On vit une époque très particulière, avec des nouvelles dramatiques quotidiennement. Comment faire pour résister, ne pas se sentir complètement emporté par ce sentiment ? Tous les jours, il y a des manières de produire des résistances. Je suis enseignante-chercheure. Dans mon cas c'est déjà refuser de ne pas nommer les choses. Je veux pouvoir encore le faire, puisqu'aujourd'hui, même cet acte simple est attaqué de manière très forte. Il y a la novlangue par exemple ; mais aussi, lorsque vous avez des images montrant ICE [la police de l'immigration américaine, ndlr] mettant à mort quelqu'un, on se pose encore la question de savoir si oui ou non c'est une mise à mort sous nos yeux. On voit bien qu'aujourd'hui, les image et les mots sont travestis. Le courage, c'est donc pour commencer : "je vois ce que je suis en train de voir, je dis ce que je suis en train de réellement penser, et à u moment donné, j'agis en fonction." C'est quand même un constat terrible, si on se dit qu'aujourd'hui, le simple fait de donner un nom aux choses, c'est un acte courageux. Oui, mais c'est véritablement le cas. Il y a aujourd'hui une attaque en règle, menée par les mouvements trumpistes, mais pas exclusivement. En disant les choses, immédiatement, vous vous rendez visible, on vous pointe du doigt, et vous vous mettez en danger. Donc oui, ne pas céder sur le langage reste quelque chose de courageux. Le découragement auquel on assiste aujourd'hui est-il avant tout individuel ou collectif ? C'est les deux à la fois. Le découragement est, malgré tout, assez puissamment individuel. Mais il s'expérimente aussi, hélas, dans des collectifs, ceux du travail par exemple. Il suffit d'aller écouter les soignants à l'hôpital, il suffit d'aller écouter tous les métiers du soin, dans les métiers de l'éducation, les juges. Il y a une forme de découragement collectif assez fort. C'est toujours dangereux parce que la passion collective du découragement est rarement protectrice. Tout l'enjeu, c'est donc de voir comment demain, on va pouvoir reconquérir la vertu du courage, comme outil de régulation pour les sociétés. Le découragement touche particulièrement les jeunes. Qu'est-ce que vous leur dites à ces personnes, qui n'ont connu que des périodes décourageantes ? Je leur dis, hélas, que d'autres, dans d'autres temps historiques, ont connu des périodes tout aussi tragiques. Que c'est un peu le lot de chaque génération de rencontrer son territoire d'adversité. Que rien n'est écrit. Ce découragement est assez normal. Il est le signe aussi d'une vérité de leur sensibilité. Mais il faut faire attention de ne pas le laisser emporter la partie. Donc, je leur dis de tenir. La fin du Courage est jouée cinq fois par semaine au Théâtre de l'Atelier, à Paris, jusqu'au 8 mars 2026. À écouter aussi« La fin du courage », une adaptation théâtre de l'essai de Cynthia Fleury

On croit souvent que les chasses aux sorcières appartiennent à un passé lointain, enfoui dans l'Europe du XVIIᵉ siècle. Pourtant, dans Les Filles-au-Diable, l'historienne Christelle Taraud montre que cette violence est toujours à l'œuvre, notamment en Afrique, où des femmes sont encore accusées de sorcellerie.

L'invitée culture, ce 20 février, nous entraîne dans le monde de la fashion week parisienne. À travers trois destins de femmes, Alice Winocour parle de corps éprouvés, de travail invisible, de maladie, de transmission et de solidarité, là où on ne l'attend pas. Coutures, son film, est sorti en salles mercredi 18 février 2026.

Mohamed Toukabri, chorégraphe et danseur tunisien basé à Bruxelles, se penche dans son dernier spectacle sur toutes les danses qui l'ont nourri, de ses débuts dans le breakdance à l'âge de 12 ans à Tunis jusqu'à la danse contemporaine occidentale qu'il a apprise plus tard. Un spectacle qui mêle les formes et à travers lequel il interroge ses différentes identités, mais aussi l'histoire à travers son corps de danseur. Every-Body-Knows-What-Tomorrow-Brings-And-We-All-Know-What-Happened-Yesterday, de Mohamed Toukabri, au Théâtre de la Bastille, du 17 au 20 février, dans le cadre du festival Faits d'hiver 2026. À lire aussiThéâtre : «Saigner des genoux», une pièce «coup de poing» sur une adolescence au collège

Comment raconter une guerre civile à hauteur d'enfant ? C'est ce que fait le documentaire Green Line, sorti en salles mercredi 18 février 2026. Sylvie Ballyot filme Fida Bizri, qui a grandi à Beyrouth dans les années 1980 pendant la guerre. À l'aide de figurines et de maquettes miniatures, elle va à la rencontre de miliciens et confronte sa vision d'enfant avec la leur. Green Line, de Sylvie Ballyot, sorti en salles le mercredi 18 février 2026, 150 min. À lire aussi«Green Line», de Sylvie Ballyot et Fida Bizri: une enfance sous les bombes

Le rêve adolescent est au cœur de la dernière pièce du metteur en scène Thomas Quillardet, À mots doux. Le personnage principal, Sylvain, 14 ans, reste cloîtré dans sa chambre qui devient alors l'espace de tous les possibles. Il construit peu à peu son identité grâce à la chanteuse franco-canadienne Mylène Farmer dont il est totalement fan. Accompagné de plusieurs personnages imaginaires, Sylvain commence à se sentir de plus en plus libre et à enfin trouver sa place dans la vie réelle.