Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

Le Grand Ensemble Filos célèbre les musiques grecques, kurdes et turques, avec un collectif de sept musiciens partagés entre trio de cordes, polyphonies féminines et polyrythmies de percussions persanes. Un véritable voyage sonore entre Orient et Occident, pour remettre à l'honneur les traditions populaires et faire vivre la voix de ces peuples opprimés en résistance. Passionné de musiques d'Anatolie, le musicien et directeur artistique du projet Paul Oliver est au micro de RFI. Le Grand Ensemble Filos sera en concert ce mardi 21 juillet 2026 au festival Fiest'à Sète, dans le sud de la France. À lire aussi«La Flûte enchantée» selon Clément Cogitore, entre ruines et renaissance

Complots, intrigues, romance et magie : ces éléments sont constitutifs du genre littéraire de l'épopée fantastique, appelée en anglais « heroic fantasy ». Des éléments que l'on retrouve, par exemple, dans les sagas Le Seigneur des anneaux ou Game of Thrones. Et maintenant dans une nouvelle saga de bande dessinée : La Cité des Dames. Le premier volume a paru au printemps dernier chez Dargaud. Mais l'originalité de La Cité des Dames, comme son titre l'indique, est que cette série métisse le genre avec des préoccupations féministes.

L'Invitée culture est la romancière sénégalaise Sokhna Ndao. Son quatrième roman Catharsis est paru aux éditions Obangame. À travers le destin d'une couturière de génie, Sokhna Ndao revient sur les violences subies par les femmes dans un pays foncièrement patriarcal. RFI : Vous signez, aux éditions Obangame, un quatrième roman dans lequel vous poursuivez votre exploration des maux et des combats de la société moderne sénégalaise. Catharsis raconte la vie d'une épouse qui va se retrouver confrontée à la violence de sa belle-famille. Les violences faites aux femmes sont une problématique qui vous tient à cœur. Est-ce que vous diriez que votre héroïne, Tabara, est représentative de la condition féminine au Sénégal ? Sokhna Ndao : Elle est représentative de la condition féminine au Sénégal parce que ce roman a été écrit durant la pandémie de Covid-19, et je me suis rendu compte que six ans plus tard, la situation n'avait pas changé. On a de plus en plus des femmes qui sont victimes de violences au quotidien. Violences psychologiques et physiques. Et ça me tenait à cœur de leur donner un espace pour s'exprimer. Les violences faites aux femmes dans les familles, c'est quelque chose de très commun donc, mais dont on parle peu. On en parle de plus en plus. C'est le retentissement qui n'a pas la force que j'aimerais qu'il ait. Mais si vous allez sur les réseaux sociaux, il y a énormément de mots-dièse qui se sont multipliés pour dénoncer le code de la famille, qui n'a pas été révisé. On parle encore de « puissance paternelle » au Sénégal. Votre mari peut vous battre et vous n'avez pas le droit de rentrer chez vous parce que vos parents vous disent que « c'est un déshonneur, que vous devez rester dans votre couple, dans votre mariage ». Et ces femmes enfermées meurent de plus en plus. On s'aperçoit effectivement que votre héroïne, Tabara, est dépossédée de tout par son époux ; de sa liberté d'abord, de sa marge de manœuvre, de son identité même, et de son enfant. Et elle n'a aucun recours... C'est-à-dire que personne ne l'écoute parce qu'elle méconnaît la loi. Ce roman, il a mis du temps à sortir parce que je devais d'abord me renseigner au niveau de la loi, la loi islamique et le code de la famille au Sénégal. En fait, Tabara ne sait absolument pas qu'elle a des droits. Son mari l'enferme dans ce tunnel de doutes, ce qui lui permet de l'exploiter davantage. Et si elle avait été au courant que son mari n'a pas le droit de faire tout cela, elle se serait révoltée plus tôt. Donc dans le texte, je glisse quelques petits indices par-ci par-là pour dire « renseignez-vous ». Parce que vous êtes peut-être dans des situations qui ne sont absolument pas tolérables, ni aux yeux des hommes, ni aux yeux de Dieu. Tabara est quand même une situation particulière parce qu'elle n'a pas une grande famille. Son père a disparu après sa naissance et sa mère est assez défaillante. Cela renforce l'emprise que la belle-famille exerce sur elle. Est-ce qu'une femme ayant une famille normale au Sénégal peut davantage compter sur une forme de protection ? Oui et non, dans le sens où effectivement, si on prend l'exemple de la famille de Tabara, il y a une problématique, un traumatisme d'abandon dès le départ. Sa mère ne la défend pas. Elle est même absolument complice de ses bourreaux. Et ça, c'est une réalité, une mère qui projette sur son enfant ses propres traumatismes. D'ailleurs, elle le dit dans le roman à un moment donné. « Peut-être que si j'avais eu un fils, ton père serait resté avec moi », ce qui est extrêmement violent. Donc, quand Tabara part dans la belle-famille, sa mère se débarrasse d'elle – c'est le deuxième choc d'abandon – et sa belle-mère trouve en Tabara une victime parfaite. Cette femme, issue elle-même d'un milieu polygame qui a traversé énormément de traumatismes grâce à la situation financière de ses enfants, peut imposer une dictature dans cette maisonnée. Et imposer des violences psychologiques envers ces belles-filles qu'elle maltraite aux yeux de tous. Et personne ne dit rien. Personne ne fait rien. Comment vous l'expliquez, cette apathie ? Souvent, quand vous êtes harcelée, quand vous êtes victime d'une perversion narcissique, il y a tout un écosystème qui se fait complice. Puisqu'elle est là, elle est devenue riche, elle impose sa loi et les autres se disent : « Ah, si je prends parti, si je défends, elle va devenir violente envers moi, donc je vais devenir complice pour ne pas aussi subir les foudres de l'harceleur. » Il y a aussi une question que vous abordez, c'est justement la transmission de l'éducation. Vous écrivez à un moment une très jolie phrase : « Mes rêves n'étaient que des inepties implantées depuis l'enfance, formatées pour me faire écraser par le monde ». C'est ce que pense Tabara dans ce roman. L'éducation est très importante, on n'apprend pas aux jeunes filles à résister, on leur apprend à se soumettre... Il y a une asymétrie. En fait, les hommes ont le droit d'être respectés, d'être obéis, de n'être jamais contredits. Et la femme, c'est « l'agneau sacrificiel », en fait. Elle doit avoir des valeurs confucéennes, faire preuve de probité, faire preuve d'humilité. En fait, on n'apprend pas aux hommes à aimer. La femme se retrouve muselée. Et si je reviens sur la mère de Tabara, elle ne l'a jamais défendue. Elle lui demande d'être humble, soumise, patiente. Pour Tabara et pour ces femmes, oui, les hommes ont plus de droits au Sénégal. Et actuellement, les femmes perdent du terrain. En tant que femme, chaque année, je rentre et je vois que la génération de ma mère a eu plus de droits que moi, et d'une certaine manière, cela m'exaspère. Dans Catharsis, vous abordez d'autres problèmes sociaux. Vous déconstruisez un certain nombre de mythes, comme celui de la justice, celui de l'expatriation, puisque Farah, l'époux de Tabara, se retrouve en France dans une situation difficile. À chaque fois, on a le sentiment que le rapport de force sociale dans ce roman est très cruel. Le monde est impitoyable... C'est un monde impitoyable et j'aime beaucoup explorer les dynamiques, les déséquilibres qui « créent des distorsions ». Sinon, ce serait plat, ennuyeux. C'est parce qu'il y a des rapports de force, des problématiques d'argent, de liberté, que forcément, on en vient à certains comportements. Je ne suis pas en train de dire que Farah est victime, mais pour produire un monstre, il me fallait un schéma, un chaînon. On ne naît pas monstre, on le devient. La belle-mère de Tabara, pour moi, c'est ce que la société sénégalaise fabrique de pire comme monstre. Ces monstres du quotidien qui normalisent les violences psychologiques. Je voulais un peu apporter un regard différent par rapport au lecteur. Tabara va quand même connaître un destin incroyable puisqu'elle va réussir finalement à s'émanciper. Comment y parvient-elle ? Sans divulguer pour autant la fin du roman. Le talent. C'est son talent. Dépossédée de tout, elle se dit : « Je vais travailler, je vais devenir indépendante financièrement. » Dès le début du roman, sa mère lui dit : « Tu n'es même pas – excusez-moi le terme – foutue d'être avocate, ou médecin, tu es qu'une saltimbanque, je n'ai pas élevé une saltimbanque. » Et ce sont sa créativité, son imagination, son talent qui vont lui ouvrir les portes. Et au Sénégal, vous avez énormément de femmes couturières, artistes, chanteuses qui s'émancipent grâce à leur talent. C'est une littérature sociale et engagée qui « porte le couteau dans la plaie », pour reprendre les mots d'un journaliste célèbre, mais c'est aussi un roman habité par une écriture très particulière et très belle. Je veux vous citer vous. À un moment, Tabara dit à son amant : « Tôt ou tard, toi aussi tu vas graver tes initiales dans l'une de mes cicatrices. » Le style est quelque chose que vous avez beaucoup travaillé ? J'aime beaucoup la poésie. Petite, mes premiers chocs esthétiques ont été poétiques. C'était Baudelaire. Je m'en rappelle encore. Le mort joyeux m'a interloquée. Et les mots ont pour moi un poids pour parler des maux. « Un roi cruel m'a rendu cynique », dit encore Tabara. Rassurez-nous ; finalement, elle n'est pas si cynique que ça, votre héroïne ? Son cœur continue de battre, même si pour faire cette catharsis, elle y croit encore. Même si, jusqu'à la fin, elle se pose la question du « est-ce que j'y vais, est-ce que je n'y vais pas ? » Mais pour elle, elle pensait que l'amour arrive trop tard. C'est un roman, mais il y a de la musique dedans. Tous les chapitres commencent par une citation, souvent en anglais, d'un chanteur de pop ou de rock. On a du David Bowie, on a du Coldplay, on a du Phil Collins, on en a plein d'autres comme ça. Pour quelles raisons ? C'est mon père qui m'a fait découvrir les Beatles, donc pour moi, la musique n'a pas de frontières. Je sais que ça peut choquer, mais si je cite Ismaël Lo, il dit s'être inspiré d'Ottis Redding, de Jimi Hendrix. Youssou N'Dour a chanté du Bob Dylan, donc la présence de la musique dans ce livre est un choix personnel. C'est un peu aussi pour rendre hommage à cet héritage culturel que j'ai reçu. C'est comme la bande son du roman en fait. C'est d'ailleurs ce que j'écoutais quand je l'écrivais.

Leurs héritages musicaux viennent d'Haïti, du Brésil, d'Argentine et de Tunisie... Le groupe Zalam Kao était en concert au festival Nuits d'Afrique. L'occasion pour ce tout jeune collectif de présenter au public leurs sonorités inclassables, fusion de jazz, reggae, musiques latines, rap et afropop. Un métissage caractéristique de la ville de Montréal, où les diasporas s'entremêlent et où ils se sont rencontrés. À lire aussiCouleur Café, un festival belge pour les nouvelles scènes africaines et caribéennes

Johann Le Guillerm fait partie de ces artistes inventeurs, c'est un sorcier, un magicien. Il donne vie aux objets sur scène, les construit sous les yeux des spectateurs et semble leur donner une âme. Dans son cirque singulier, il convie le public à une sorte de rituel et le fait entrer dans un monde digne de l'univers de Jules Verne. Son dernier spectacle, Terces, est programmé au Festival d'Avignon, à Villeneuve en Scène, juste en face de la Cité des Papes. Dans un grand parc, il y a planté son chapiteau. Retrouvez toutes les informations sur Terces, au Festival d'Avignon, ici. À lire aussiAvignon: Valérie Dréville et Guy Cassiers adaptent «Thésée, sa nouvelle vie» de Camille de Toledo

C'est sans doute l'un des films les plus attendus de l'année : L'Odyssée débarque ce mercredi 15 juillet sur les écrans français. Porté par une pléiade de stars américaines, Matt Damon en tête dans le rôle d'Ulysse (mais aussi Zendaya, Tom Holland ou encore Charlize Theron), cette adaptation de grande ampleur est signée du Britannique Christopher Nolan. Le réalisateur oscarisé d'Oppenheimer et de la trilogie Batman The Dark Knight revisite cette épopée mythologique avec les codes du blockbuster. RFI : L'Odyssée est un poème grec d'Homère écrit il y a plus de 2 700 ans. Qu'est-ce qui vous fascine autant dans ce récit et en quoi est-ce qu'il nous parle encore au XXIe siècle ? Christopher Nolan : Je pense que lorsque l'on étudie L'Odyssée d'Homère, on y trouve des vérités universelles et intemporelles. Cette œuvre fondamentale de la littérature est à l'origine de toute la culture occidentale. Ce poème a fasciné génération après génération pendant près de 3 000 ans parce qu'il est simple et possède ces qualités accessibles et intemporelles de la nature humaine. Nos préoccupations humaines n'ont pas tellement changé. En l'adaptant, je me suis rendu compte qu'il y avait des thèmes et des modèles de narration qui faisaient écho à mes précédents films. Ainsi, le récit du retour au foyer est quelque chose que j'avais abordé dans Inception et Interstellar, par exemple. Dans la trilogie sur « Batman, The Dark Knight », on retrouve aussi le thème du voyage du héros. C'est sa simplicité et son approche de la nature humaine qui permettent à chaque génération de l'interpréter d'une manière pertinente pour notre époque. C'est un grand récit d'aventures, avec des éléments fantastiques, des monstres, mais que vous rendez très réaliste. Le réalisme est un terme chargé au cinéma. Je voulais que le film ait néanmoins une texture réaliste pour que les spectateurs croient à l'histoire. Mais c'était un défi : comment aborder les éléments fantastiques ? Pour le cheval de Troie, j'ai réfléchi à la manière dont cela aurait pu fonctionner dans la vraie vie. Mon public et moi savons que le cheval est rempli de Grecs, donc il faut le « vendre » d'une certaine manière. Ma solution a été de me dire : s'il ressemble à un monument déchu, à moitié enterré dans le sable et sur le point d'être détruit par la mer, il ne ressemble pas à quelque chose conçu pour être transporté dans la ville. De même pour le Cyclope, en filmant dans une vraie grotte et en cherchant des solutions concrètes. Comme mon ami Guillermo del Toro l'a bien montré, un monstre n'est jamais juste un monstre. Mais si vous arrivez à exprimer ses émotions, vous commencez à y croire, il y a du poids et de la gravité, et c'est alors menaçant et effrayant parce que cela semble réel. Vous avez réalisé un film de science-fiction, Interstellar, des films de superhéros avec Batman, un film de guerre avec Dunkerque. Là vous vouliez investir un autre genre : le peplum ? J'avais pour référence de grands films épiques comme Lawrence d'Arabie, Gladiator ou Barry Lyndon. Mais il n'y avait pas eu de récit moderne de la mythologie grecque. Des réalisateurs comme Ray Harryhausen s'y sont attaqués, mais avec des budgets et des ressources de séries B. Avoir l'opportunité de faire cela pour la première fois avec une grande échelle, un budget et un casting importants, c'est une occasion unique pour un réalisateur. Pourquoi avoir choisi de tourner en pellicule IMAX ? Je veux tourner un film entièrement en pellicule IMAX depuis que j'ai environ 16 ans et que j'ai vu pour la première fois des documentaires dans des musées filmés en IMAX. La clarté de l'image, la couleur incroyable, l'absence de grain, l'écran large qui vous immerge d'une manière vraiment fondamentale, m'ont semblé immédiatement pertinents pour des superproductions hollywoodiennes. Mais ce sont des caméras massives et bruyantes. Pour ce projet, je suis allé chez IMAX et j'ai dit : « Pouvez-vous trouver un moyen de rendre les caméras silencieuses parce que je veux vraiment faire le film entier de cette façon ? » Ils ont conçu un boîtier high-tech dans lequel je pouvais mettre la caméra, un très grand boîtier, mais qui la rendait silencieuse. Mais il faut changer les bobines au bout de trois minutes. Donc, on a dit aux acteurs : « D'accord, vous allez avoir cette machine massive devant le visage et vous allez devoir vous arrêter au milieu d'une scène et suspendre votre émotion pendant que nous rechargeons la caméra aussi vite que possible, aussi discrètement que possible. » Si les acteurs n'avaient pas voulu le faire ou n'avaient pas trouvé que cela fonctionnait pour eux, nous l'aurions abordé différemment. Mais en fait, je pense qu'ils ont trouvé cela très excitant. Le niveau de concentration sur la performance avec ces restrictions était très intense. Si vous filmez sur un format numérique où vous pouvez filmer pendant des heures, vous pouvez obtenir du bon travail de tout le monde sur le plateau, mais ce sera à des moments différents. Tandis que lorsque vous faites tourner cette caméra et que tout le monde est concentré, sachant que vous avez ce temps limité et que tout doit se rejoindre à ce moment-là, chaque technicien donne le meilleur de lui-même et arrive à ce point de concentration intense. Chaque format que vous choisissez a des avantages et des inconvénients ; la clé est d'essayer de construire le scénario autour des avantages. Et qu'est-ce qui était le plus compliqué sur le tournage ? D'un point de vue physique, être sur des bateaux est toujours extrêmement difficile au cinéma, surtout sur un vaisseau antique reconstitué dans des eaux agitées. Mais certaines scènes calmes, des scènes dramatiques plus intenses, ont été pour moi de loin les plus difficiles à filmer. Il fallait faire en sorte que l'équipe de prise de vue comprenne comment déplacer la caméra comme n'importe quelle autre, alors qu'elle est 50 fois plus grande. Et puis que les acteurs puissent continuer à se concentrer en dépit des interruptions. Ça a été l'un des plus grands défis du film.

Les Rencontres d'Arles ouvrent leur 57ᵉ édition avec un mot d'ordre : « Des mondes à relire ». Plus de quarante expositions, des artistes venus de tous les continents, un bicentenaire de la photographie, mais surtout une volonté affichée de regarder autrement notre époque, ses mémoires et ses fractures. Cette année, l'une des expositions-phares des Rencontres nous projette dans l'Afrique des indépendances. En 1957, le Ghana devient le premier pays d'Afrique subsaharienne à conquérir son indépendance. Mais une nation ne se construit pas seulement avec une Constitution ou un gouvernement : elle se construit aussi avec des images. L'exposition Ghana ! Rêver l'indépendance 1957-1976 montre comment photographes, écrivains, éditeurs et artistes ont participé à inventer le visage d'un pays nouveau, tout en confrontant aujourd'hui cet héritage au regard d'artistes contemporains. Sa commissaire, Damarice Amao, au micro d'Elisabeth Lequeret.

Au Festival d'Avignon, les pièces se donnent en plusieurs langues. Dans la pièce Mon frère cependant, on n'entend pas une langue, on la voit : il s'agit de la langue des signes. Sur scène, Christian Gremaud raconte son histoire et sur le côté, François Gremaud, qui a fait la mise en scène, traduit les propos de Christian en français. Une pièce émouvante sur l'inclusion. Retrouvez toutes les informations sur la pièce Mon frère ici. À lire aussiFestival d'Avignon: «Nos assemblées», la pièce d'Élise Chatauret qui interroge le système démocratique

Pour questionner la démocratie, Élise Chatauret fait voter le public sur le choix de la garniture d'une pizza dans sa pièce Nos assemblées à voir en ce moment au théâtre du Train bleu, dans le cadre de la programmation Off du Festival d'Avignon. Une fois de plus partie du terrain et d'un travail documentaire, la metteuse en scène propose un spectacle ludique et didactique sans être pesant. À lire aussiFestival d'Avignon: «Maldoror», la pièce de trop de Julien Gosselin?

Le metteur en scène égyptien Ahmed El-Attar est un fidèle du Festival d'Avignon. Il y a présenté The Last Supper (« La dernière Cène ») en 2015 où il revenait sur la Révolution égyptienne, quatre ans après. Cette fois avec Salma mon amour, il part de l'attaque terroriste du 7 octobre 2023. Plus de deux ans plus tard, il sonde les répercussions de cet évènement majeur, et notamment la guerre à Gaza qui en a découlé, à travers une fiction. Un théâtre naturaliste qui interroge l'histoire et nos sociétés. Rencontre. À lire aussiEntre TikTok et Gaza, «Salma, mon amour» d'Ahmed El-Attar au Festival d'Avignon

Rébecca Chaillon, l'artiste d'origine martiniquaise, révélée au Festival d'Avignon en 2023 avec sa pièce choc Carte noire nommée désir sur la condition des corps noirs en France, revient avec une nouvelle création. La Parabole du Seum est une pièce performance où l'artiste fustige la société capitaliste et revendique une place sociale aux corps hors normes, gros et queer. ► La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon au Festival d'Avignon se donne au Cloître des Célestins, l'un des plus beaux lieux du festival, jusqu'au 12 juillet 2026. À lire aussiÀ Avignon, Rébecca Chaillon présente «La Parabole du Seum», manifeste afro-féministe

Ce 4 juillet s'ouvre le 80ᵉ Festival d'Avignon, avec plus de 1 400 spectacles dans le Off, près d'une cinquantaine dans le In et le coréen comme langue invitée. L'ouverture, comme il se doit, se fera dans la Cour d'honneur du palais des Papes, avec la pièce Maldoror, signée Julien Gosselin, directeur du Théâtre de l'Odéon et un habitué du festival. Le plus grand rassemblement de théâtre accueillera les festivaliers durant trois semaines en ce mois de juillet. À voir aussi À lire aussiLe 80e Festival d'Avignon affronte le Mal, invite la langue coréenne et défend la culture Avignon 2025: Tiago Rodrigues en un mot, un geste et un silence

Née en Arménie, la chanteuse Victoria Alexanyan a compris la richesse de cette culture en déménageant en France, il y a huit ans. Après une enfance, une adolescence et un début de vie adulte dans son pays natal, c'est en quittant ses terres que l'or qu'elle avait entre les mains lui est apparu comme une évidence. Aujourd'hui, elle met ses origines en avant en musique, notamment avec son premier album intitulé Vishap, qu'elle a présenté en live cette semaine au festival Jazz à Vienne. RFI : Quelle est la place des musiques arméniennes dans votre vie ? Dans votre enfance peut-être, votre adolescence, et quelle place elle a chez vous aujourd'hui ? Victoria Alexanyan : C'est très intéressant, parce que quand j'étais petite, ma grand-mère écoutait beaucoup de musique arménienne et moi, je ne comprenais pas, je disais « mais qu'est-ce que t'écoutes, mamie ? ». C'était un peu la musique des vieux pour moi. Et depuis que je suis arrivée en France, maintenant je l'appelle, je lui demande de me rappeler tel ou tel morceau, ça a vraiment fait un déclic en fait. Maintenant je me mets à chercher vraiment de vieilles musiques, des chants qu'on connaît très peu finalement. Il y a un site qui s'appelle « Treasure of Armenian Music », il donne accès à des enregistrements de vieilles musiques arméniennes. Je passe tout mon temps dessus pour chercher des mélodies ou des choses que je ne connais pas encore. Votre musique évoque notamment l'histoire de l'Arménie. Que racontent vos paroles, vos textes sur ce sujet ? Dans Vishap, qui est à la fois le nom de l'album, mais aussi le titre du premier morceau d'introduction, c'est dédié aux femmes qui vivent encore dans les sociétés très patriarcales, comme l'Arménie entre autres, qui portent ce fardeau comme un gros caillou sur le dos. J'ai l'espoir qu'elles vont se libérer de ça. Parce que j'ai grandi en Arménie, et que pour moi notamment le milieu du jazz et de la musique sont très masculins. C'est un vrai sujet dont on peut discuter des heures et des heures. Votre morceau intitulé « L'eau coule du haut de la montagne » évoque la philosophie du peuple arménien. Quelles sont les différentes valeurs enracinées dans cette culture, dans votre culture ? Il y a une forte connexion déjà avec la nature, et ce morceau l'évoque bien. C'est l'un des seuls, l'un des rares morceaux d'ailleurs qui n'est pas une composition du groupe, c'est un morceau traditionnel qu'on a réarrangé. Dans la deuxième partie, il parle de jeûne pendant le carême, par exemple. Il y a aussi tout le côté croyant du peuple arménien, ce côté spirituel. Quant au morceau « Yerangi » est un arrangement d'une pièce pour piano de Komitas, qui était cette figure de la musique arménienne ? Effectivement c'est l'une des figures les plus importantes de la musique arménienne parce que c'est grâce à lui notamment qu'on a pu collecter la majorité des musiques arméniennes. Il est allé de village en village, il a écouté ce que chantaient les gens et l'a retranscrit en partition. Vous voyez les encoches comme les notes de musique mais codées ? Il a ouvert ces codes. C'est magnifique, j'ai même un tatouage de l'hymne national qu'il a écrit, qui n'est jamais devenu l'hymne mais qui est un morceau magnifique. Il a beaucoup écrit d'arrangements chantés aujourd'hui dans les messes. Bref, c'est l'un des plus grands musiciens arméniens qui a aussi beaucoup composé, et « Yerangi » est l'une de ses pièces pour piano. Nous, on l'a complètement arrangé à notre façon, mais on retrouve quand même la mélodie de Komitas. À lire aussiVoyage dans le temps et les souvenirs arméniens, Corinne Zarzavtdjian dans «La roseraie de Garabed»

Le film d'animation In Waves sort mercredi 1er juillet sur les écrans français, après avoir été projeté cette année au festival de Cannes à la Semaine de la critique, ainsi qu'au festival international d'Annecy. Adaptation d'un roman graphique à succès du surfeur et illustrateur AJ Dungo, ce premier long métrage de Phuong Mai Nguyen raconte une histoire d'amour entre un adolescent et une jeune fille atteinte d'un cancer, tous deux passionnés de surf. À lire aussi«Carmen l'oiseau rebelle» et «In Waves» en compétition au festival international du film d'animation

« Peaux noires : quel héritage ? », est une série documentaire réalisée par Johanna Boyer-Dilolo et Estelle Ndjandjo. En cinq épisodes courts, la série interroge ce que signifie aujourd'hui vivre avec une peau noire, entre histoire coloniale, représentations, beauté, identité et mémoire. Estelle Ndjandjo, sa coréalisatrice, au micro d'Elisabeth Lequeret. La série documentaire est diffusée sur TV5 Monde. À lire aussiProduits éclaircissants: pourquoi les utilise-t-on et comment arrêter?

Le plasticien marocain Simohammed Fettaka présente à la fondation Villa Datris, dans le Vaucluse, une œuvre baptisée « Camouflages ». On y voit la Méditerranée représentée par des figurines de plastique bleu, des centaines de petits soldats qui symbolisent les dizaines de milliers de harragas, ces migrants clandestins qui prennent la route et la mer des pays du Maghreb. RFI : Quel est le sens que vous donnez à cette œuvre, « Camouflages » ? Simohammed Fettaka : Cette œuvre est le fruit d'une expérience personnelle. En grandissant à Tanger, j'ai vu des amis, des voisins, des gens de la famille qui traversaient la Méditerranée de façon illégale. On les appelle les harragas. Ces gens partent de chez eux. Et du coup, soit ils réussissent, soit ils meurent. C'est de là d'où vient l'idée que, pour moi, la Méditerranée est un champ de bataille. Soit tu reviens en héros, soit tu meurs noyé. On dit souvent que la Méditerranée est un cimetière. Exactement, mais elle est aussi un champ de bataille parce que l'on peut réussir. J'ai vu des gens réussir. Ils reviennent avec la voiture et tout un tas d'objets. Donc ça donne envie à d'autres candidats de tenter l'aventure. Est-ce une œuvre qui vous a été inspirée par la thématique de cette exposition à la Villa Datris ? Ou bien était-ce une œuvre que vous aviez déjà exposée ? Je l'ai déjà faite en 2018. Donc, je l'ai exposée au Maroc avant. Mais c'est la première fois qu'elle est exposée sur le sol européen. Les questions de migration, de mouvement de populations sont des questions qui vous concernent beaucoup. Oui, c'est l'un des sujets sur lequel je travaille. Pour moi, les harragas, les personnes qui passent, qui traversent les frontières illégalement, je les vois comme mes héros. Car ils n'acceptent pas leur condition de vie dans leur pays. Et, c'est un droit fondamental de survivre et de demander une vie meilleure. Ce sont donc à la fois des héros, des survivants, des combattants, mais aussi des aventuriers surtout. Exactement. C'est un peu l'être humain. On est sur terre pour survivre et chacun a le droit de survivre comme il le peut, comme il le veut, même si l'on prend le risque de mourir. Le voyage fait partie de la condition humaine. C'est ce qui fait qu'on est sur terre, c'est ce qui fait la culture, c'est ce qui fait la civilisation. Tout est basé sur le mouvement. Et la guerre aussi, il ne faut pas l'oublier. On ne découvre pas des terres, on occupe des terres, c'est ça en fait. Mais les harragas sont des gens passifs. Ils ne voyagent pas avec des armes, ils veulent juste avoir une vie meilleure. Et selon moi, c'est un droit fondamental. Concernant votre travail artistique, est-ce que vous travaillez uniquement à partir du plastique ? Je travaille avec beaucoup de matériaux, je travaille avec la paille, de la peau de mouton, etc. Mais là, j'ai travaillé avec des soldats en plastique, ce qui fait référence à la vie des gens qui meurent et dont on ne parle pas. Ce sont des matériaux pas chers qui eux aussi meurent rapidement, et ce n'est pas grave. Et en fait, on a beau dire que les Européens sont méchants de fermer les frontières, ce sont aussi les pays concernés, comme le Maroc, qui sont responsables. Il faut que le Maroc fasse quelque chose là-dessus, ce n'est pas possible. Tout votre travail artistique tourne autour de ces questions essentielles ou vous arrive-t-il de faire des choses plus légères ? Oui, bien sûr. Je travaille aussi sur les questions de l'orientalisme. Pour moi, c'est une question fondamentale, la question du regard : on est encore trop souvent dans cette posture de corps fantasmé, de corps exotique.

Entre Orient et Occident, la voix d'Anousha Nazari trace son propre chemin. La mezzo-soprano iranienne, 36 ans, fait dialoguer musique classique et poésie persane, transformant chaque note en passerelle entre les cultures. Une démarche artistique intime et engagée qu'elle incarne sur scène au festival Les Étoiles du Classique, à Saint-Germain-en-Laye près de Paris, lors de la Grande Soirée des Continents ce samedi 27 juin 2026. Rencontre avec une voix lyrique rare venue d'Iran. À lire aussiAnousha Nazari, chanteuse classique et soutien des femmes iraniennes

L'invité Culture est l'écrivain et éditeur congolais Ghislain Kabuyaya. Romancier, poète, essayiste, il publie dans sa maison d'édition l'ensemble de ses œuvres. Et ce pour combattre la morosité intellectuelle qui frappe l'est du Congo en proie aux guerres depuis plus de trois décennies. RFI : Ghislain Kabuyaya, vous publiez coup sur coup un ensemble d'œuvres, poésie, théâtre, essai dans la maison d'édition que vous dirigez, « Fleuve de l'Intrigue », maison que vous avez créée à Goma, au Nord-Kivu, en RDC. Fosses communes et Magicien d'amour sont les deux recueils de poésie que vous publiez. La poésie est-elle encore quelque chose d'audible dans ce Nord-Kivu traumatisé par des décennies de guerres et de guerres civiles ? Ghislain Kabuyaya : Je dirais oui. La poésie résonne davantage dans cette zone. Et je pense que cela est aussi lié au fait qu'il y a un mouvement en vogue ici, le slam. Moi-même, je suis à la base slameur-poète. Le slam chez nous, c'est comme de la poésie à l'oral, donc c'est pas comme ce qui se pratique ailleurs où c'est juste une écriture très libre. Nous essayons de viser le côté esthétique au-delà des mots qui claquent. Alors, pourquoi ne pas proposer quelque chose aussi à l'écrit qui puisse aussi durer ? C'est ainsi que je me suis dit : « Pourquoi ne pas rédiger des recueils de poésie ? » Afin de véhiculer davantage de messages à travers ces recueils de poésie. Magicien d'amour est donc un recueil dédié à la poésie amoureuse. Est-ce que ce discours amoureux, cette expression d'une foi en l'amour est pour vous une façon de ne pas désespérer de l'humanité ? En fait, c'est de la poésie lyrique. Et je me suis dit que, pour moi, écrire un recueil de poésie comme Magicien d'amour où je mets en relief un personnage qui se considère comme magicien, et donc qui envoûte, je pourrais voir dans quelle mesure cette poésie pouvait enchanter l'âme du public. Une poésie qui pourrait paraître thérapeutique et qui permettait au public de transcender un peu ses problèmes quotidiens pour se retrouver dans un environnement dans lequel il peut à nouveau rêver. Oui, un phénomène de guérison en quelque sorte. Alors, ce qui est frappant, c'est le parallèle entre Magicien d'amour et Fosses communes. Dans Fosses communes, on se retrouve plongé dans l'enfer quotidien que vivent les habitants de l'est du Congo depuis des décennies. Y a-t-il dans ce recueil Fosses communes une leçon pour vaincre ce cercle infernal de violence ? Tel qu'il a été peint au début du recueil, le tableau est sombre, mais vers la fin du recueil nous proposons des marges de manœuvre qui pourraient nous permettre de nous dire qu'après toutes ces décennies de guerre, toutes ces décennies de conflits interethniques, les gens peuvent repenser leurs relations. Comment les gens peuvent repenser la vie en communauté pour se rassurer qu'il y a une issue favorable afin de vivre d'une façon plus humaine ? À lire aussiGhislain Kabuyaya, éditeur à Goma en RDC : «Nous devons rester résilients» Vous êtes écrivain, Ghislain Kabuyaya, et votre plume emprunte parfois à l'essai sociopolitique pour dresser un constat de l'état de délabrement moral de votre pays en perte de repères totale. Et vous proposez des solutions pour remédier à cette perte de valeurs ? Quelle est la solution, s'il y en a une que l'on peut mettre en œuvre pour permettre aux habitants de l'est du Congo de retrouver le sens des valeurs ? J'essaie de mettre en relation l'être humain avec ses phobies. Et chez nous, la grande phobie pour le moment, c'est « la phobie des valeurs ». Par exemple, lorsqu'on voit un enfant qui a peur des serpents ou des chiens, on sait que l'enfant ressent une phobie par rapport à ces animaux. Mais dans notre pays, les adultes ressentent plus une phobie des valeurs. Ici, on réagit d'une façon bizarre, d'une façon étrange, lorsqu'on vous dit par exemple qu'il ne faut pas être corruptible. Dès lors, je me dis que ce comportement déjà ancré est un comportement à risque. Il faudrait réenseigner la notion de valeur et marteler ce thème pour que les gens comprennent que sans les valeurs, on construit une société qui perd ses repères et qui manque de boussole en quelque sorte.

Dans les années 2010, Selma fuit son pays, la Syrie, en laissant derrière elle un fils de 6 ans et un mari disparu dans les geôles du régime. Arrivée en France, elle demande l'asile et espère faire venir son fils. Dans le film L'Étrangère, inspiré de son histoire, la réalisatrice Gaya Jiji met en scène le parcours d'une femme réfugiée, qui va tomber amoureuse d'un homme en France. Elle a confié le rôle à l'actrice iranienne Zar Amir, notre invitée du jour. À lire aussiGaya Jiji filme l'empreinte de l'exil sur l'intime dans «L'étrangère»

1982 est une année bien sombre de la guerre civile libanaise, marquée par les massacres dans les camps palestiniens et le départ de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Beyrouth pour Tunis. Youssef, jeune reporter, débarque dans une capitale assiégée. Dans ce deuxième tome du Génie de Beyrouth, Sélim Nassib nous emmène au cœur d'une ville vibrante de vie malgré la tragédie qui s'y déroule. Son récit truculent est rehaussé par le dessin tout en délicatesse de Léna Merhej.

Comment la pop culture traite la colère des personnages féminins ? L'autrice Marion Olité explore cette question dans son livre Female Rage, La revanche des hystériques dans la pop culture. Elle y analyse cette colère qui naît de l'oppression, des humiliations et des violences subies par les femmes tout au long de leur vie. Des récits mythologiques à Thelma et Louise, en passant par Kill Bill et les sorcières du petit écran, les personnages féminins se révoltent et rendent coup pour coup. RFI : On aurait envie de vous demander ce qui vous a motivé à écrire un livre sur ce thème de la rage féminine, mais en réalité, on a la réponse dès la première ligne de votre ouvrage, où vous écrivez « Je crois que je suis née en colère »... Marion Olité : À la fois, j'ai eu envie d'écrire ce livre parce qu'il y a eu le mouvement #MeToo, parce que j'ai aussi compris un peu mieux pourquoi j'avais souvent l'impression d'être en colère au cours de ma vie. Et puis après, il y a eu justement tout un flot de nouvelles œuvres artistiques que j'ai eu envie de décrypter aussi. Et j'ai aussi découvert sur les réseaux sociaux ces dernières années le mouvement Female Rage qui s'inscrit un peu dans la continuité du Girl Power et qui est utilisé par les jeunes femmes sur les réseaux sociaux, sur TikTok, sur Instagram, pour mettre en avant des montages de films, de séries, de musiques qu'elles adorent et qui retranscrivent ce qu'elles ressentent. Donc là, je me suis dit qu'il y a vraiment un contre-pouvoir qui se joue aussi et qui est intéressant d'analyser. Au début du livre, vous revenez notamment sur l'un des discours d'Audre Lorde, De l'usage de la colère, où elle distingue la colère des femmes blanches de celle des femmes noires… On a une colère universelle en tant que femmes, mais évidemment, elle est spécifique aussi selon notre expérience. Et les femmes noires, elles ont une expérience qui est doublement injuste. C'est-à-dire que si on interdit beaucoup, de toute façon, à toutes les femmes d'être en colère, pour les femmes noires, c'est encore pire. On a un trope raciste qui s'appelle le Angry Black Women – les femmes noires en colère – qu'on ressort à chaque fois. Il y a eu Serena Williams dans le milieu du tennis, mais on a aussi accolé ce trope à Shonda Rhimes, l'une des scénaristes qui a révolutionné la représentation des femmes noires à l'écran. Et donc, à chaque fois, on leur met cette étiquette pour les faire taire. Ne pas vouloir écouter la colère des femmes noires, c'est juste vouloir perpétuer le statu quo. Parce qu'on s'en prend encore à la forme, au lieu d'écouter le fond de ce qu'elles ont à dire. Il y a aussi le personnage de la femme dite « folle », qu'on retrouve dans de nombreux classiques de la littérature, du cinéma. Vous dites que, selon vous, cette folie consiste surtout en réalité à ne pas correspondre aux normes sociales en vigueur… Les personnages féminins qui expriment leur colère au début du cinéma, par exemple, ou dans la littérature du XIXe siècle, sont celles qui deviennent folles. Ou que le héros masculin va tuer pour telle ou telle raison, et qu'elle l'a bien cherché. Et donc, en fait, elle ne correspond effectivement pas à ce qu'on attend des femmes à cette époque-là. Donc, je parle aussi du film et du livre Rebecca, qui est écrit par Daphné Du Maurier. Il y a eu ensuite un film avec Hitchcock. Et je parle de Jane Eyre aussi, et du trope de la femme folle dans le grenier. En fait, Jane Eyre est l'héroïne. Et donc, Rochester a une femme dont il cache l'existence à Jane Eyre pendant très longtemps. Et qui, elle, est vraiment décrite comme la femme folle, née d'une génération de femmes folles. Enfin, vraiment, c'est un discrédit tellement facile à placer comme ça sur les femmes. Je reviens aussi, évidemment, sur l'histoire de l'hystérie, obligée de raconter un peu pour comprendre comment on en est arrivés là. Et effectivement, l'hystérie, c'est aussi une forme de « Female Rage » à une certaine époque, que les hommes ne voulaient pas écouter. Et donc, ils ont pathologisé cette colère féminine qu'ils ne voulaient pas entendre. C'est vraiment terrible quand on y pense. Vous dites que suivre les personnages féminins en colère procure de la joie à de nombreuses femmes, notamment pour toutes les fois où elles n'ont pas pu exprimer leur rage à elles ? Regarder sur un écran, ça a un effet cathartique. Parce qu'il y a des jours où on a effectivement envie de tout péter, et évidemment qu'on ne le fait pas. Mais quand on voit le taux de viols, quand on voit le taux de celles qui arrivent au procès, quand on voit qu'on est toujours sur les mêmes problématiques qu'il y a 10 ans, qu'on est toujours en train de ne pas écouter les femmes... Forcément qu'on a quand même envie de tout péter. Et ça fait du bien de voir ce genre d'héroïne. Ça donne de la force dans un monde qui fait tout pour ne pas en donner aux femmes. Et votre conclusion, elle est très claire. Vous estimez que la violence féminine n'est en réalité pas une fiction ? Le Female Rage, s'il marche très bien ces dernières années – et il va continuer de marcher –, c'est parce qu'il existe encore le patriarcat. Le patriarcat a vraiment volé cette colère féminine aux femmes. C'est cette part de notre humanité qu'on nous a volée et qu'il faut qu'on récupère.

Enki Bilal, auteur de bande dessinée, peintre et cinéaste, ouvre un nouveau lieu culturel, qui porte son nom, en plein cœur de Paris. Cet espace de 300 m2, le fonds Enki Bilal, expose pendant cinq mois des planches originales, peintures et sculptures de l'artiste. Il s'ouvrira dès l'automne à d'autres créateurs. Car Enki Bilal conçoit cet endroit comme un lieu de résistance culturelle.

2026, année charnière en France pour la mémoire de l'esclavage. Le pays célèbre cette année les 25 ans de la loi Taubira reconnaissant l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Le début du mois de juin a aussi été marqué par l'abrogation officielle du « Code noir », texte de loi destiné à codifier l'esclavage. C'est dans ce contexte que Marie Binet a publié son ouvrage Une femme qui ment, récit d'une véritable quête identitaire au cours de laquelle l'autrice a découvert ses origines antillaises, et toute une histoire familiale cachée, héritée de l'esclavage. RFI : Vous sortez Un femme qui ment, dans lequel vous racontez comment vous avez découvert, à l'âge adulte, que vous étiez Noire – je résume grossièrement évidemment, mais on va approfondir. Pouvez-vous me raconter comment l'histoire assez extraordinaire qui est la vôtre a commencé ? Marie Binet : Tout a commencé avec la mort de ma mère. C'est à ce moment-là que j'ai découvert que ma mère avait caché toute sa vie, son histoire, son origine, qui elle était. Car en réalité, quand vous êtes enfant, votre mère vous raconte qu'elle est Américaine, que vous avez des ancêtres hongrois… mais lorsque votre mère décède, vous tombez sur des papiers, et là, vous comprenez qu'en réalité, elle était créole. Je découvre une pochette, oui, dans laquelle il y a des faux papiers, une fausse identité… Elle a plusieurs noms, plusieurs lieux de naissance : tout est faux. Donc, comme dans une enquête policière, je commence à mettre petit à petit, bout à bout, des infimes éléments. C'est là que je fais une première découverte : ma mère a eu un fils, j'ai donc un demi-frère, qui a vingt ans de plus que moi. C'est lui qui va m'apprendre qu'elle venait en fait des Antilles. À ce moment-là, je remonte le fil, jusqu'à découvrir que ma mère, qui se disait seule, sans parents ni rien autour d'elle, a en réalité une famille énorme ! Et notamment un père qui fut un homme politique. Un personnage qui avait pensé raconter l'histoire de l'esclavage. Vous allez donc en Martinique pour y voir plus clair, et ce que vous découvrez là-bas, c'est d'une part que votre grand-père était Noir – ce que vous n'auriez jamais imaginé puisque votre mère était blanche de peau –, et d'autre part que vos ancêtres directs étaient esclaves. Oui, j'ai fait un film pour raconter cette enquête familiale, qui s'appelait Noir comment ? Lorsque le film a été diffusé à la télévision, un spectateur m'a envoyé un courrier me disant qu'il avait fait des recherches et découvert la patente de liberté de mon arrière-grand-père. À ce moment, c'est la première preuve que j'ai, qui est écrite. Ça me fait un choc. Ce grand-père, cet arrière-grand-père, c'était tellement proche de moi ! Ce n'est pas loin du tout ! Et de savoir qu'il était esclave, c'est une bascule dans le temps, dans l'identité… C'est ça qui a été bouleversant. Et vous constatez aussi qu'en Martinique, personne ne s'étonne de votre quête d'identité. Vous pouvez aller voir n'importe qui en disant : « Je cherche un tel », et on s'interrompt ou on vous aide ? Toutes les personnes que je vais rencontrer au fil de cette enquête vont prendre l'histoire pour leur histoire. C'est pour cela que je me suis rendu compte que ce travail de mémoire était essentiel. Pas seulement pour moi, mais pour beaucoup de gens. Cela correspond à une quête d'identité qui est générale. Cette histoire de l'esclavage a été tue d'une manière tellement forte, tellement violente d'une certaine manière… On recommande d'oublier. Dans cette histoire de l'esclavage, il y a aussi l'histoire de tous ceux qui ont fait des efforts monstrueux, gigantesques pour être de nouveau des hommes, des femmes, des enfants normaux – et même plus que cela : pour pouvoir avoir l'honneur d'eux-mêmes. Est-ce comme cela que vous expliquez le besoin maladif de votre mère de mentir, de reconstruire une part d'identité ? Une façon, comme vous le dites, de se réinventer une vie normale, jusqu'à la fin de ses jours ? Ah, c'était encore mieux : elle était exceptionnelle ! (rires) Ce secret de famille qui était le sien, elle l'a porté avec elle comme un souhait d'exceller dans tout ce qu'elle faisait. Et donc, je pense qu'elle ne me l'aurait jamais dévoilé. Elle n'aurait pas passé sa vie entière à oublier qui elle était pour être révélée de cette façon. À écouter aussiMarie Binet, dans En sol majeur À lire aussiEsclavage: qu'est-ce que le Code noir et pourquoi son abrogation maintenant ? À écouter aussi«Dans la peau d'une Blanche»

Quelle place la société réserve-t-elle aux enfants différents ? Ulysse est né avec un syndrome génétique. Son périple va consister à apprendre à marcher, parler, apprendre et peut-être un jour travailler. Dans le film Ulysse, qui sort en salles ce mercredi 17 juin en France après avoir été projeté lors du dernier Festival de Cannes, la réalisatrice Laetitia Masson raconte son histoire de mère d'un garçon avec un handicap. Elle a confié le personnage de la mère à l'actrice Élodie Bouchez.

Dans La Vie parisienne d'Offenbach créée par Valérie Lesort au théâtre du Châtelet, les hommes ont des oreilles de porc et les femmes caquettent comme des poules. La metteuse en scène a pris au premier degré le livret de Meilhac et Halévy, où les bourgeois sont, comme disait l'autre, « des cochons » et les femmes des poules de luxe attirées par l'argent. Et ça marche, et c'est joyeux. Une pièce au casting phénoménal avec la troupe de la Comédie-Française, dont Christian Hecq, toujours désopilant, dans le rôle principal du baron suédois en visite à Paris et bien décidé à s'encanailler.

Il collectionne les cartes postales par milliers depuis vingt ans. Une passion qui l'entraîne à quitter son pays, l'Espagne, pour s'installer à Bruxelles où la brocante est plus intéressante. Oriol Vilanova a installé une partie de sa collection au Pavillon de l'Espagne à la Biennale d'art de Venise. Une exposition pas comme les autres, comme une page d'un patrimoine de l'humanité. À lire aussiRDC: à la Biennale de Venise, le feu réparateur de la photographe Gosette Lubondo

Venu d'Afrique, façonné en Amérique latine, puis perfectionné en Europe et en Asie, le marimba a traversé les continents et les siècles. En France, il s'est révélé au grand public aux Victoires de la musique classique en 2015 grâce à la Bulgare Vassilena Serafimova. Dans son dernier album Melodies in a Bottle, cette ambassadrice du marimba fait dialoguer les lames boisées de son instrument avec les cordes du quatuor féminin Ardeo. Une traversée musicale de Vivaldi à Gershwin, en passant par Satie et Debussy. Rencontre cette virtuose qui a choisi le marimba à seulement 12 ans.

Le chanteur et musicien sénégalais Cheikh Ibra Fam est de retour. Après Peace in Africa sorti en 2022, il dévoile un nouvel album intitulé Adouna. Une fusion sonore tirée de tous ses voyages autour du monde : soul ouest-africaine, maloya réunionnais, sonorités zouk et rythmes afro-cubains. Un disque solaire qui vous donnera à coup sûr envie de danser. À lire aussiCheikh Ibra Fam dans le tourbillon de la vie

Propulsé au rang d'icône en 1973 par Opération Dragon de Robert Clouse, Bruce Lee a répandu une fièvre du kung-fu qui hante toujours l'imaginaire mondial. Avec Opération Dragon : la révolution Bruce Lee, Marc Ball revient sur le film culte qui a fait du surdoué du kung-fu un symbole de résistance pour tous les exclus. Un documentaire inédit diffusé mercredi 10 juin sur Arte. À lire aussiBruce Lee et son ultime film «Opération Dragon» racontés dans un documentaire sur Arte

Faut-il tout accepter pour garder son travail ? Cette question est au cœur de la pièce 7 minutes (comité d'usine) de Stefano Massini, mise en scène cette année par Olivier Mellor. Dans une usine Picard & Roche, onze femmes disposent d'une heure top chrono pour s'accorder sur une décision : voter pour ou contre la réduction de leur pause déjeuner de 7 minutes, au nom des 200 ouvrières de l'usine. Une chronique sociale où le temps devient outil de pouvoir. À retrouver sur scène : Du 11 au 28 juin 2026 au Théâtre de l'Épée de Bois, Cartoucherie de Vincennes (Paris) Décembre 2026 : à l'espace culturel Saint-André (Abbeville, 80) Mars 2027 : au Centre culturel Jacques Tati (Amiens, 80) Mars 2027 : à L'Éden – scènes transfrontalières (Hirson, 02) Mars 2027 : à l'Espace culturel Antoine Vitez (Moreuil, 80) 11, 12, 13 mai 2027 : au Comité de Picardie (Amiens, 80) Mai 2027 : au Théâtre du Beauvaisis – scène nationale (Beauvais, 60) Mai 2027 : au Théâtre de la Verrière (Lille, 59)

« Saisis le feu », c'est sous cette thématique autour de la forge et des forgerons que sont réunis les neuf artistes du Pavillon du Congo à Venise. Pour sa première participation à la Biennale d'art, la RDC s'est installée dans l'un des plus beaux lieux de la cité des Doges, dans la Scuola Grande di San Marco. La photographe Gosette Lubondo fait partie des plus jeunes artistes du pavillon. Gosette Lubondo, qui vient de recevoir le prix Art African Award, expose pour la première fois à la Biennale de Venise. Une biennale qui accueille le public jusqu'au 22 novembre. À lire aussiLa Biennale de Venise se déchire face à la participation de la Russie et d'Israël

Pendant dix-huit ans, le réalisateur iranien Massoud Bakhshi a filmé deux sœurs de Téhéran, de leurs jeux d'enfance à leur entrée dans l'âge adulte. Avec Toutes mes sœurs, il compose un documentaire intime et politique, où les questions de famille, de liberté, de transmission et de condition féminine racontent en creux l'évolution de la société iranienne contemporaine. À lire aussiIran: le combat de Mersedeh Shahinkar, icône du mouvement Femme, vie, liberté

Le Liban a été à l'honneur, à la fin du mois de mai, du prestigieux festival des Étonnants voyageurs à Saint-Malo, dans l'ouest de la France. Parmi les nombreux écrivains invités, Muriel Maalouf a aussi rencontré Hala Moughanie. Dramaturge, elle a publié son premier roman Les bestioles aux éditions Elzyad. Le récit prend sa source dans l'explosion du port de Beyrouth en 2020. À travers son personnage principal, un épicier, l'autrice fait entendre la rage et la colère de tout un peuple impuissant face au chaos subi depuis des décennies.

C'est le plus gros projet du cinéma français cette année : avec plus de 70 millions d'euros de budget, le diptyque La Bataille de Gaulle, réalisé par Antonin Baudry, fait figure de véritable blockbuster. Dans ces deux longs métrages – dont le premier volet sort ce mercredi 3 juin –, le cinéaste se penche sur le combat de Charles de Gaulle, entre 1940 et 1944, pour organiser la France libre, unifier la résistance, et combattre l'occupant. Simon Abkarian – qui incarne le général à l'écran – est l'invité culture de RFI. RFI : Simon Abkarian, vous incarnez Charles de Gaulle dans le diptyque La Bataille de Gaulle – comment était-ce, de se glisser dans la peau d'un tel personnage ? Simon Abkarian : (rires) On ne s'y glisse pas comme cela ! Cela passe par le texte d'abord : le scénario, l'écriture. Puis, il y a le travail sur le maquillage et la silhouette. Et surtout, essayer de trouver l'endroit de la folie de Charles de Gaulle ; de son humanité, son éloquence, son érudition, son courage, sa probité, etc. Ce sont de belles nourritures, pour un acteur. Lorsqu'on joue une figure aussi connue, documentée, et chargée historiquement, de quelle liberté de jeu dispose-t-on vraiment ? Il faut, justement, se libérer de l'icône, s'en défaire. J'avais commencé à regarder des archives et, très vite, j'ai décidé d'arrêter – je m'en étais assez imprégné. Il fallait ensuite laisser libre cours à l'imaginaire, dans mon travail d'acteur. C'est-à-dire de réinvention, de réincarnation. On ne peut pas jouer De Gaulle d'une manière anthropologique, ce n'est pas possible – et ce n'est pas intéressant de jouer une icône. Une icône, ça s'accroche à un mur, et basta. L'important, c'est lui redonner son souffle et sa vie, et de l'incarner par le travail d'acteur. Vous parliez de la folie de Charles de Gaulle : pour incarner ce personnage, sachant ce qu'il représente aujourd'hui en France, peut-être fallait-il aussi un petit grain de folie ? Quoi que l'on essaie d'incarner, si on n'a pas un grain de folie en soi, il ne faut pas faire ce métier. Il y a, à un moment donné, un endroit de folie, qui fait que, d'un coup, on se projette dans le corps d'un autre, dans l'histoire d'un autre. Mais, c'est vrai, avec Charles de Gaulle, c'est un peu puissance 10. Le type est irrationnel, irréel ; et il est lui-même un acteur qui se joue et se représente sur la scène du monde. C'est très important, pour un acteur, d'avoir un grain de folie pour aller vers ces rôles-là. Cette année, de nombreux films présentés à Cannes, outre La bataille de Gaulle, abordaient la période de la Seconde Guerre mondiale et la notion de résistance. Comment interprétez-vous ce mouvement collectif ? Je crois qu'on a besoin de retourner à nos fondamentaux, c'est-à-dire, ceux qui se sont battus pour que la France soit un pays prospère. Le piège de la prospérité, c'est qu'on a tendance à oublier ceux qui sont morts pour tout cela. Aujourd'hui, je pense que le moment est venu de se rappeler qui a bâti tout ça, et à quel prix. De se souvenir de ce que l'on a combattu, de qui on a combattu, et de qui est en train de ressortir sa tête des marécages. À mon avis, il est nécessaire, et vital, de réaliser ce genre de projets. On a besoin presque de spiritualité pour nous sortir du prosaïque et faire appel à ce qu'il y a de noble en nous. Le contexte politique dont vous parlez à demi-mots, a-t-il joué dans votre décision d'accepter ce rôle du général de Gaulle ? Le contexte n'était pas le même lorsque j'ai accepté le rôle. Mais je pense que les artistes, quels qu'ils soient, ont quelque chose en eux, une espèce d'antenne qui leur permet de voir un peu plus loin. Il y a quelque chose qu'ils entendent et qu'ils voient venir que peut-être le commun des mortels ne veut pas voir, ou ne sait pas voir. En tout cas, ce sont des alarmes qu'on tire en disant « voilà, il y avait ça, cette résistance-là, cette invasion-là, cette idéologie mortifère-là, qui risque de revenir en ayant changé un peu son costume et son verbiage .»

Après son passage remarqué à la Biennale de Venise en 2024, Alioune Diagne présente Saytu, à la Galerie Templon à Paris. Une série de peintures inédites aux couleurs telluriques issue d'un travail de terrain mené pendant deux ans au Sénégal. Le titre, emprunté au wolof, désigne l'idée de recherche et de préservation. L'artiste de 40 ans a parcouru le centre et le sud-est de son pays, le Sénégal, à la rencontre de communautés minoritaires : Bassari, Bédik, Dialonké et Coniagui. Chez ces ethnies vivant dans des villages isolés à Etiolo, Ibel, Iwol, Andjel, Madina Baffé, il a observé des rituels, des cérémonies et des formes de transmission, aujourd'hui fragilisés par les mutations sociales et culturelles du monde contemporain. Certaines pratiques disparaissent progressivement. Son projet repose moins sur une logique documentaire que sur une traduction plastique. Alioune Diagne réinterprète ces expériences à travers son système de « signes inconscients », une accumulation de modules picturaux proches du pointillisme occidental qui structure l'ensemble de ses compositions. De loin, les scènes apparaissent nettement. À mesure que le regard s'approche, elles se fragmentent en une multitude de signes autonomes. Masques, danses, chants, costumes et cérémonies deviennent des surfaces vibrantes dans lesquelles se mêlent abstraction et figuration. Certaines œuvres, à l'image de La jeune fille bassari, se livrent immédiatement. D'autres, comme Sous l'arbre sacré et La foule qui danse, demandent un regard plus attentif. L'exposition s'inscrit dans une réflexion sur la mémoire et la circulation des savoirs à l'ère de la mondialisation. Pour Alioune Diagne, la peinture est un outil d'archive autant qu'un espace de transformation. Son intérêt pour les rituels féminins et leurs formes de transmission traverse plusieurs de ses œuvres récentes, notamment La première ligne et Rythme Dialonké. Influencé par la pratique de son grand-père, maître coranique, l'artiste sénégalais développe un langage visuel pensé comme un système de signes universels. Une manière pour Alioune Diagne de fixer ce qui subsiste encore, avant disparition. Alioune Diagne, exposition « Saytu » à la galerie Templon jusqu'au 18 juillet 2026

Les multiples visages de la création musicale sur le continent africain sont sous le feu des projecteurs. La saison 4 de la série Y'Africa est sortie il y a quelques jours sur les plateformes Trace Urban. Après les artistes et les sportifs, la série part cette fois à la rencontre des musiciens africains. Y'Africa dresse le portrait de 18 d'entre eux, venus du Rwanda, du Sénégal, du Maroc, du Cameroun ou encore du Ghana, et montre qu'il n'y a pas une mais bien des scènes émergentes africaines. Dan Assayag est le réalisateur de la série. La saison 4 de la série Y'Africa est déjà disponible sur les plateformes de Trace Urban ainsi que sur l'application d'Orange, Max it TV. À lire aussiFemua 18: en replaçant les traditions au cœur de la société, le «Femua tradi» impose la réflexion

C'est l'une des grandes voix de la petite enfance. Isabelle Aboulker a composé une trentaine d'opéras destinés à la jeunesse, dont Les Enfants du Levant, inspiré d'une histoire vraie. En 1861, une soixantaine de jeunes, âgés de 5 à 21 ans, sont envoyés à pied de la prison de la Roquette à Paris jusqu'à une colonie agricole pénitentiaire sur une île paradisiaque au large de Toulon qui deviendra un bagne. Rencontre avec la compositrice octogénaire qui a su transformer cette mémoire sombre en une partition vivante et lumineuse, incarnée jusqu'au 30 mai par les enfants de la Maîtrise de l'Opéra de Lyon. Un opéra pour toute la famille à voir jusqu'au 30 mai au Théâtre de La Renaissance – Oullins-Pierre-Bénite. À lire aussiIsabelle Aboulker compose «Archipel(s)» pour la Maîtrise populaire de l'Opéra-Comique

Marseille a ouvert grand ses ports, ses scènes et ses mémoires au lancement le 15 mai de la Saison Méditerranée 2026, vaste projet artistico-diplomatique lancé par Emmanuel Macron trois ans auparavant, porté par l'Institut français avec le soutien de RFI et de France Médias Monde. Cette édition met à l'honneur cinq pays liés à la France par leur histoire commune : le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Égypte et le Liban. Le contexte géopolitique est électrique. Les frontières se ferment, les discours identitaires prospèrent et le débat migratoire se raidit partout. Face à cette situation, la Saison Méditerranée choisit le contrechamp. Là où les États parlent de contrôle des flux migratoires, les artistes racontent les circulations et les transmissions. À la direction artistique, la commissaire générale et metteuse en scène indépendante Julie Kretzschmar fait le pari des récits longtemps relégués à la marge. Ceux des héritages métissés, des mémoires déplacées. Une programmation qui refuse l'exotisme de façade et préfère donner à entendre ce que les conflits, les guerres, les exils et les fractures politiques tentent d'effacer, à savoir des langues, des gestes quotidiens, des imaginaires et des vies, bien évidemment. Mémoires coloniales et postcoloniales Les œuvres présentées traversent les mémoires coloniales et postcoloniales sans détour. Une comédienne libanaise raconte ainsi le chaos de son pays à travers une simple recette de taboulé. Une cuisine comme archive intime d'un territoire en ruines. Plus loin, l'artiste palestinien Shareef Sarhan reconstruit une tour de débris détruite par un char israélien en 2023. Cette installation brute, traversée par la guerre, circulera entre Marseille, Bordeaux et Montpellier. La cérémonie d'ouverture le 15 mai a réuni Camélia Jordana et Sofiane Saidi, roi d'un raï débarrassé des clichés folkloriques. Une inauguration musicale à l'image de l'événement : hybride et politique. La Saison Méditerranée 2026, ce sont plus de 200 événements entre expositions, concerts et performances dans 60 villes françaises et du pourtour méditerranéen jusqu'au 31 octobre 2026. À écouter dans 8 milliards de voisinsLes initiatives pour faire bouger les sociétés méditerranéennes

À Saint-Malo, le 36e festival des Étonnants voyageurs se poursuit, jusqu'au lundi 25 mai au soir, avec le Liban comme invité d'honneur. Écrivains et cinéastes du pays du cèdre sont présents en masse dans la ville bordée par l'océan. Sofia Karampali-Farhat est sans doute la benjamine des invités. Sa poésie résonne pourtant comme si elle venait du fond des temps. À lire aussiAvec «La Poésie de Madagascar de langue française», un concentré d'un siècle de vers

Swann Arlaud, c'est l'une des personnalités au cœur du 79ᵉ festival international de cinéma. Le 20 mai était projeté en compétition Notre Salut, un film sur un fonctionnaire zélé du régime pétainiste de Vichy, collaborant avec les Allemands. L'acteur, qui est l'un des signataires de la pétition anti-Vincent Bolloré qui fait tant parler sur la Croisette, incarne le personnage principal. À lire aussiCinéma: le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires d'une tribune contre Bolloré

Comment continuer de côtoyer ses voisins, ses anciens amis, parfois sa famille, lorsqu'un génocide a creusé un fossé au sein des communautés ? C'est ce qu'explore le film Ben'imana, présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes. Dans ce premier long-métrage, la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo suit le personnage de Vénéranda, victime tutsi du génocide, et de sa fille Tina, en 2012, alors que les communautés tentent de se réconcilier à travers des procès populaires traditionnels, des « Gacaca ». Marie-Clémentine Dusabejambo est l'invitée culture du jour. À lire aussiDocumenter le génocide des tutsi du Rwanda À lire aussiCinéma: «Father's Day» au Rwanda, quel rôle pour les hommes, les pères, les génocidaires?

Direction Cannes pour retrouver une personnalité du 79ᵉ festival international de cinéma. Aujourd'hui le réalisateur Arthur Harari. Coscénariste du film Anatomie d'une chute, qui remporta la Palme d'or, il est cette fois en première ligne pour son nouveau long métrage L'Inconnue, en lice pour la Palme d'or et projeté lundi 18 mai. À lire aussiCinéma: Arthur Harari sort «Onoda, 10 000 nuits dans la jungle»