Invité Afrique

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Du lundi au vendredi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'Etat ou rebelle, footballeur ou avocate... L'invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.

Rfi - Jeanne Richard


    • May 15, 2022 LATEST EPISODE
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    Massacre de Thiaroye: «Le vide est béant nous voulons montrer les mensonges», explique Marie Thomas-Penette

    Play Episode Listen Later May 15, 2022 4:30

    Que s'est-il passé le 1er décembre 1944 au camp militaire de Thiaroye ? Les combattants ouest-africains, fraîchement rapatriés du front, tombent sous le feu des mitrailleuses françaises. Pourquoi ? Combien ont été tués ? Où sont-ils enterrés ? Le film documentaire «Thiaroye 44» aborde ce sujet à travers les yeux de trois artistes de ce quartier de la banlieue dakaroise, qui recherchent des réponses sur cet épisode tabou de l'engagement des troupes africaines dans la Seconde Guerre mondiale aux côtés de la France. Ce documentaire diffusé hier samedi sur la chaîne France 24 entend combler un vide important : il existe à ce jour peu de films sur ce sujet. Les promesses de l'ancien président François Hollande, de rendre les archives accessibles, n'ont pas été tenues. Plusieurs questions restent donc en suspend. Marie Thomas-Penette, qui a co-écrit et co-réalisé ce film est notre invitée. 

    Serge Brammertz (TPI): «Le fugitif rwandais Protais Mpiranya mort au Zimbabwe était enterré sous un faux nom»

    Play Episode Listen Later May 14, 2022 5:22

    Depuis plus de vingt ans, la justice le croyait en cavale. Protais Mpiranya, le fugitif rwandais le plus recherché pour son implication présumée dans le génocide de 1994, était en réalité mort depuis seize ans.C'est ce qu'a annoncé jeudi le « Mécanisme pour les Tribunaux pénaux internationaux ». L'équipe chargée de l'enquête a confirmé que Mpiranya était mort le 5 octobre 2006 à Harare au Zimbabwe. Retour sur l'enquête avec Serge Brammertz, le procureur du Mécanisme, interrogé par Alexandra Brangeon. RFI : À quel moment Protais Mpiranya a-t-il quitté le Rwanda ? Serge Brammertz : Il a fui le Rwanda en septembre 1994 en obtenant des passeports pour lui-même et sa famille et il est parti au Cameroun, pays où toute une série de génocidaires avaient trouvé refuge. Mais c'est en 1996 après l'arrestation d'autres fugitifs -Bagosora-, qu'il ne se sentait plus vraiment en sécurité et qu'il est parti en RDC, et c'est là où -quand il y a eu la deuxième guerre du Congo- qu'il est devenu un des commandants des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda). Il s'est battu ensemble avec les forces militaires du Zimbabwe. RFI : Oui puisqu'il a combattu auprès de l'armée congolaise de Laurent-Désiré Kabila qui avait demandé l'aide du Zimbabwe pour se battre contre l'armée rwandaise, c'était en 1998… C'est ça, il était lui-même un des officiers supérieurs, d'ailleurs fort respecté par les autorités et les forces militaires du Zimbabwe, parce qu'il était considéré comme un officier très discipliné. Mais une fois qu'il y a eu l'accord de paix en 2002, il était considéré comme indésirable en RDC, et c'est à ce moment-là qu'il est parti en 2002 au Zimbabwe, où il y a manifestement eu des officiels qui ont facilité son entrée au pays. Et à l'époque il était déjà recherché ? À ce moment-là, il est déjà recherché. Il est inculpé en 2000 par le tribunal pour le Rwanda, acte d'accusation qui est devenu public en 2002, et à ce moment-là il y a eu plusieurs arrestations, notamment au Cameroun, et alors il a décidé de trouver refuge dans le pays où il se sentait probablement le plus en sécurité, le plus protégé, et c'était manifestement le Zimbabwe où il avait évidemment le soutien de certains membres des armées. Quand est-ce que vous avez eu des informations sur sa possible présence au Zimbabwe ? En fait c'est déjà depuis de nombreuses années : quand moi j'ai repris le Mécanisme, c'était déjà dans les dossiers comme une des pistes importantes. Il y avait déjà à l'époque des raisons de croire qu'il se trouvait là-bas. Maintenant nous travaillons évidemment avec des sources, des informateurs et, ces cinq dernières années, nous avions beaucoup d'informations contradictoires : on avait des informations comme quoi il vivait au Zimbabwe, mais on avait aussi des informations comme quoi il se trouvait entre l'Afrique du Sud et la RDC, qu'il avait soit des activités politiques, des activités commerciales et c'est un peu toutes ces pistes-là qu'on a essayé de retracer pour enfin conclure qu'il se trouvait au Zimbabwe. Le Zimbabwe avait dit pendant de nombreuses années : « Non, nous ne pensons pas qu'il ait jamais été sur notre territoire national ». Donc à partir de ce moment-là, vous envoyez des enquêteurs sur place ? Les deux dernières années, j'ai été moi-même plusieurs fois sur place. C'est en fait après le départ de Mugabe que j'ai rencontré les deux vice-présidents, et le procureur général. Il y a eu un accord pour mettre en place un groupe de travail composé de services de police, et de services de renseignement du ministère des Affaires étrangères. Cette coopération n'a pas tous les jours été facile, mais une fois que nous étions, en ce qui nous concerne, assez convaincus qu'au moins en 2002/2003 il se trouvait physiquement au Zimbabwe, nous avons vraiment concentré notre enquête sur cette piste-là. Alors, vous allez sur place et comment vous le retrouvez ? Nous avons interrogé toute une série de personnes, des proches, dans des pays européens et ailleurs dans des pays en Afrique. Nous avions en effet une piste importante qui était qu'il était peut-être décédé. Nous avons alors pu faire des saisies d'ordinateurs et d'autres matériels informatiques et pu trouver des traces comme quoi il était décédé. Nous avons alors vérifié les mouvements de toute une série de personnes y compris des membres de sa famille, nous avons pu constater que pendant les dates qui nous intéressent, des membres avaient été au Zimbabwe, nous avons alors essayé de recouper ces informations de voyage et une fois que nous pensions savoir sur quel cimetière chercher, nous avons physiquement cherché dans ce cimetière et avons trouvé une tombe avec l'inscription d'un des pseudonymes qu'il avait utilisé pendant sa fuite : c'était sa dernière identité «Ndume Sambao», l'identité sous laquelle il était décédé, et c'était le nom que nous avons retrouvé sur la tombe au cimetière. Donc sur sa tombe il n'y a pas son vrai nom ? Non il n'y a pas son vrai nom, mais il y a sa véritable date de naissance. Nous avons alors fait une demande aux autorités de procéder à l'exhumation qui a été réalisée il y a trois semaines. L'ADN a été envoyé à l'Institut de police technique ici à La Haye, il y a deux jours nous avons reçu les résultats et la conclusion qu'en effet c'était notre fugitif. Cette affaire pose la question des soutiens dont les fugitifs bénéficient parfois… Oui, la coopération des États reste toujours un problème important. Il est difficile de croire qu'aucune autorité au Zimbabwe n'était au courant de sa présence sur le pays. Mais il est clair que d'une manière générale et nous le voyons avec tous nos fugitifs, ils ont jusqu'à vingt identités différentes. Ils ont quasiment tous reçu des vrais passeports avec des faux noms, délivrés par les autorités compétentes ce qui évidemment signifie corruption, paiement de fonctionnaires et je dois dire que les demandes d'entraide que nous avons envoyées en ce sens à toute une série de pays dans la région y compris l'Ouganda, n'ont jamais reçu de réponses satisfaisantes.

    Nasser Bourita: «Il faut renforcer les stratégies existantes contre le terrorisme en Afrique»

    Play Episode Listen Later May 13, 2022 6:47

    La lutte contre le groupe État islamique et le terrorisme était au cœur d'une rencontre internationale à Marrakech, mercredi 11 mai. La 9e réunion ministérielle de la Coalition internationale contre Daech, qui a rassemblé plus de 70 délégations, se tenait sur le continent africain pour la première fois depuis sa création en 2014. Le pays hôte a voulu mettre l'accent sur le défi que représente le terrorisme pour l'Afrique devenue, a expliqué le ministre marocain des Affaires étrangères, la première cible des groupes terroristes. Pour en parler et évoquer la relation du royaume avec l'Espagne, l'Algérie ou encore le dossier du Sahara, Nasser Bourita répond aux questions de RFI. RFI : Une réunion s'est tenue à Marrakech, une réunion de la coalition internationale contre Daech (le groupe État islamique), quelles mesures concrètes ont été annoncées en particulier pour les pays africains ? Nasser Bourita : Les débats ont permis un échange clair, fructueux, une meilleure compréhension de la mouvance terroriste en Afrique. L'Afrique a obtenu un espace pour plaider sa cause elle-même. Les conclusions : je pense qu'il y a eu une volonté de la coalition d'accompagner l'effort des pays africains au niveau de la mise à disposition de ressources, et plus important, il y a eu un accord sur la démarche : on n'a pas besoin d'élaborer une stratégie de lutte contre le terrorisme en Afrique, mais on a besoin de renforcer les stratégies existantes, d'abord nationales et ensuite sous-régionales. En terme de stratégie de lutte contre le terrorisme il y a aussi un autre pays africain qui joue un rôle important, notamment envers les pays du Sahel, c'est l'Algérie. Est-ce qu'il ne faudrait pas, malgré des relations on va dire un peu tièdes avec le Maroc, plus de coopération entre le Maroc et l'Algérie pour justement lutter contre le phénomène terroriste ? Le Maroc juge l'apport des pays par rapport à des réalités, pas par rapport à des déclarations. La coalition a son cadre, a ses membres. J'ai constaté que la forte présence ici, la dynamique qui est actuellement déclenchée est suffisante, et je constate enfin que la lutte contre le terrorisme n'est pas un levier. Il y a trois mois sur nos antennes, vous avez dit que le Maroc ne va pas dans l'escalade avec l'Algérie, trois mois après, est-ce qu'il y a eu une évolution ? Est-ce qu'il y a des signes d'une désescalade ? Dès le début, l'instruction royale a été de ne pas s'engager dans une escalade. Le Maroc suit son chemin, le Maroc n'a réagi à aucune des mesures d'escalade prises par l'Algérie. Le Maroc est un État responsable et qui travaille d'abord dans le cadre de ses intérêts nationaux pour la stabilité régionale et internationale. Je reviens sur l'événement qui a lieu à Marrakech, vous avez tenu en marge de cette réunion beaucoup de rencontres bilatérales, notamment avec l'Espagne. Les relations avec l'Espagne sont-elles meilleures actuellement ? C'est la fin de la crise ? C'est la première visite du ministre des Affaires étrangères Albares après la rencontre entre sa majesté le roi Mohammed VI et le président du gouvernement espagnol. On a eu beaucoup de rencontres formelles, informelles, etc… D'abord pour assurer le suivi par rapport à la feuille de route qui a été agréée, un grand nombre des mesures annoncées ont été mises en œuvre, les liaisons maritimes ont été rétablies, le groupe de travail sur la migration s'est réuni après des décisions, des groupes de travail sur les délimitations maritimes, sur la gestion de l'espace aérien vont se tenir le mois prochain en Espagne. Je pense qu'aujourd'hui le Maroc et l'Espagne vont présenter un modèle différent de relation entre deux rives de la Méditerranée. L'Espagne a changé de position sur la question du Sahara, a apporté son soutien au plan d'autonomie marocain, est-ce que la question migratoire a été un levier pour obtenir ce revirement ? Je pense que c'est une perception simpliste, la position espagnole s'inscrit dans un mouvement qui est constaté au niveau des Nations unies, qui est constaté au niveau européen, africain et arabe. Mais quand même si on regarde le calendrier, on constate que l'Espagne pendant des décennies est restée neutre sur ce dossier et que le revirement est arrivé quelques mois après l'afflux massif de milliers de personnes à Ceuta… La première fois où l'Espagne a marqué une appréciation positive de l'initiative d'autonomie remonte, je pense, à 2008. Ceux qui veulent créer ce raccourci ne veulent pas voir une réalité, qu'il y a un mouvement international. Ceux qui continuent de défendre ces options dépassées sont une petite minorité qui veulent exploiter la question du Sahara pour faire durer un statu quo préjudiciable à la stabilité régionale, puisqu'on parle de séparatisme et de terrorisme, nourrir les mouvements terroristes par des éléments qui sont armés, qui ne sont pas structurés, et c'est ça le danger aujourd'hui pour la stabilité régionale, investir dans le séparatisme c'est nourrir le terrorisme. Sur le conflit ukrainien, il y a eu un vote à l'ONU en mars dernier, le Maroc n'a pas pris part à ce vote, pourquoi ? Le Maroc n'a pas participé au vote mais le Maroc a sorti un communiqué. Le Maroc l'a dit dans le cadre arabe, l'a dit ailleurs, il ne faut pas trop politiser les institutions spécialisées internationales. Certains interprètent cette non-participation au vote comme une volonté de la part du Maroc de ne pas froisser la Russie, est-ce que c'est le cas ? Comme je l'ai dit, les paramètres qui sont derrière la position du Maroc sont liés à des principes fondamentaux dans la politique étrangère marocaine, le communiqué l'a réitéré, appui à la souveraineté nationale et à l'unité nationale de tous membres des Nations unies, attachement aux règlements des différends par des voies pacifiques, contre le recours de la force et pour des relations de bon voisinage.

    Trafic de bois en Côte d'Ivoire: «Il faut laisser le justice faire son travail» déclare Alain R. Donwahi

    Play Episode Listen Later May 12, 2022 4:17

    La Côte d'Ivoire préside officiellement la COP15 sur la désertification pour deux ans. L'ex-ministre ivoirien des Eaux et Forêts, Alain Richard Donwahi a été élu par acclamation président de cette COP15 ce mercredi. Son ancien ministère est sous le feux des projecteurs depuis quelques semaines. La justice soupçonne des liens internes avec un trafic de bois présumé. L'ancien ministre était-il au courant d'un trafic ayant pu avoir des ramifications au ministère ? Pourquoi un audit administratif a-t-il été lancé ? Les explications d'Alain Richard Donwahi. Vous avez été élu aujourd'hui président de cette COP 15 pour deux ans, auparavant vous étiez ministre des Eaux et forêts de la Côte d'Ivoire, depuis quelque temps une polémique est attachée au ministère des Eaux et forêts de Côte d'Ivoire autour d'un trafic de bois présumé, alors est-ce que vous en tant que ministre vous aviez connaissance d'un trafic de bois qui aurait eu des ramifications au sein de votre ministère ? Alain Richard Donwahi : Vous parlez de polémique, moi je n'ai jamais entendu parler de polémique, ça c'est une première chose que je voudrais dire, dans mon travail en tant que ministre des Eaux et forêts dès le départ nous avons insisté sur la gouvernance du secteur forestier. La gouvernance du secteur forestier parce que nous savons très bien que ce secteur-là est difficile, la déforestation a lieu depuis très longtemps en Côte d'Ivoire, et il y a des trafics, trafics aussi bien forestiers que de faunes d'espèces protégées et la lutte contre la criminalité forestière et la criminalité faunique a été pour nous une des pierres angulaires de notre politique, donc nous avons mis en place avec des institutions indépendantes la notation de ce ministère-là avec un indice de gouvernance. Un premier rapport a été fait il y a trois ans, donc il nous a indiqué un peu ce qu'il y avait à faire pour améliorer la gouvernance dans ce secteur, donc nous avons mis en place au fur et à mesure un certain nombre d'outils, qui ont abouti à la numérisation et à la dématérialisation des procédures au niveau de ce ministère, parce que vous savez que partout où il y a l'homme, il y a risques, donc ça a été un travail ardu qu'il faut continuer et qu'il faudra continuer, il faut lutter contre tous les trafics, ça fait partie du travail du ministère des Eaux et forêts qui a été entamé sous ma conduite et qui sera continué je l'espère maintenant. Maintenant nous avons entendu beaucoup de choses malheureuses, malencontreuses à mon égard je pense, des procès d'intention, des accusations à mon encontre mais je pense que tout ceci il faut laisser la justice faire son travail. Je rappelle qu'effectivement vous n'êtes pas personnellement inquiété dans cette affaire, mais la justice est saisie et un audit a été lancé… Ce n'est pas que le ministère des Eaux et forêts qui est audité, l'inspecteur général d'État l'a dit, il y a quinze ministères qui sont audités cette année, il y a environ dix sociétés d'État qui sont auditées, et également des conseils régionaux et des mairies qui sont audités, c'est le travail normal d'un État de faire des audits. Moi au cours de ma carrière ministérielle, j'ai dû passer à travers trois ou quatre audits, c'est normal, moi-même en arrivant au ministère des Eaux et forêts j'ai procédé à des audits, aussi bien de notre propre structure que des structures sous tutelle, pour savoir ce qui allait, qu'est-ce qui n'allait pas pour pouvoir faire les rectifications où il fallait, donc il n'y a pas eu un acharnement sur le ministère des Eaux et forêts, il y a des audits qui se passent comme dans tous les pays, dans tout État qui veut savoir où il va, faire des audits c'est tout à faire normal. L'initiative d'Abidjan était présentée par le président Alassane Ouattara lundi, en quoi cette initiative d'Abidjan peut être décisive dans la lutte contre la désertification, la reforestation, etc. ? L'initiative d'Abidjan est une initiative qui est portée par le gouvernement ivoirien auprès de la COP 15, c'est une initiative qui pourra servir de modèle en fait aux autres pays pour lutter contre la désertification, elle consiste en plusieurs composantes, la première et je pense la plus importante est celle relative à la déforestation, à la lutte contre la déforestation, mais il y a aussi celle relative à la cacao culture durable et à la restauration des terres mais aussi on insiste sur la chaine des valeurs qui va permettre au monde paysan d'avoir un revenu plus décent, donc c'est une initiative qui va servir de modèle comme je l'ai dit, qui va permettre à la Côte d'Ivoire de mettre en œuvre un certain nombre d'outils qui existent déjà, aussi bien pour la forêt que pour le cacao durable.

    Rabah Arezki: «Dans de nombreux pays africains, l'inflation est à deux chiffres»

    Play Episode Listen Later May 11, 2022 3:50

    Des prix qui grimpent, des produits pétroliers qui commencent à être plus difficiles à trouver, les économies africaines sont touchées comme le reste de la planète par la guerre qui sévit en Ukraine, à des milliers de kilomètres du continent. Mais quels sont les mécanismes qui font que les combats à Marioupol ou Odessa ont des répercussions sur les marchés des grandes villes africaines ? Quelles peuvent être les conséquences sur les pays du continent ? Rabah Arezki, chercheur associé à l'université d'Harvard, est l'invité de Laurent Correau. RFI: À quel point les Africains sont-ils touchés par la guerre en Ukraine ? Rabah Arezki : L'inflation dans de nombreux pays africains est une inflation maintenant qui est à deux chiffres. Une augmentation de 40 à 50 % des prix des produits alimentaires énergétiques, pour bon nombre de ménages, ça a un effet majeur sur leur budget. Il y a vraiment des risques importants concernant la sécurité alimentaire, mais aussi des risques de troubles sociaux.   « Risques de troubles sociaux », dites-vous. Quelle est l'ampleur de ces risques ? Les prix des produits alimentaires sont bien au-delà de ce qu'on a vu dans les crises alimentaires de 2008 et de 2011. Comme vous le savez, en 2011, il y a eu toute une série de soulèvements qui ont aussi mené à des situations de crises très graves dans bon nombre de pays d'Afrique du Nord. Étant donné le fait qu'on a surpassé cette crise, ces risques d'instabilité sont très importants… et je vous rappellerai que cette crise vient après la grande récession des années 2008, la crise Covid, qui ont entamé tous les filets de sécurité, toutes les possibilités que les pays avaient de répondre efficacement. Ils ont très peu de marge de manœuvre.   Quels sont les mécanismes par lesquels les économies africaines sont touchées par cette guerre en Ukraine ? Il y a une grande dépendance pour nombre de pays aux importations qui viennent directement soit de l'Ukraine, soit de la Russie. C'est le cas pour les importations de blé, d'huile de tournesol, mais aussi de fertilisants. La hausse des prix, qui touche tous les pays, a un effet « détrimental » sur les balances courantes de ces pays, c'est-à-dire que les déficits des balances courantes se creusent et les pays qui essaient de répondre efficacement, soit en contrôlant les prix, soit en faisant des transferts en nature, soit en cash, sont obligés de creuser des déficits publics qui alourdissent leur dette très rapidement.   On voit déjà dans certains pays des problèmes d'accès aux produits pétroliers. Comment est-ce que la guerre en Ukraine gêne l'accès à l'essence et au gazole ? Les prix du pétrole ont explosé. Ils sont maintenant bien au-delà de 100 dollars par baril. Donc, on est dans une situation où la facture énergétique de bon nombre de pays importateurs est telle qu'ils ne peuvent plus subvenir à ces besoins énergétiques. Ce qui fait qu'effectivement, on a des difficultés d'approvisionnement très grandes.   Que faut-il faire ? Quels sont les choix de politique économique qui vous semblent nécessaires à court terme pour faire face à cette situation ? Il y a un certain nombre de réponses, de politiques économiques qui ont été mises en place, notamment au Ghana avec des restrictions à l'exportation de productions domestiques. Il y a un certain nombre d'interventions de la part d'organisation comme la Banque mondiale qui essaient d'aider les pays à s'approvisionner. Donc, c'est quelque chose de très immédiat. Il y a ensuite, je dirai, quelque chose de plus stratégique et de très important, c'est de vraiment prendre à bras-le-corps cette question de la dette, de l'endettement et de la restructuration de la dette, parce que sinon tout transfert financier ira directement aux créditeurs privés. Alors, il faut absolument régler cette question de la dette rapidement pour que toute intervention de la communauté internationale soit efficace et qu'elle touche effectivement les ménages les plus pauvres. Il y a aussi l'importance de se coordonner au niveau du libre-échange de produits alimentaires. Il y a un certain nombre de pays dans le monde, qui sont en train de mettre des restrictions à l'exportation de produits alimentaires, par exemple, l'Indonésie qui est un très grand producteur d'huile de palme, qui a interdit l'exportation d'huile de palme et donc, du coup qui a fait exploser les prix sur les marchés internationaux. Sur un certain nombre de produits, c'est le cas. Et donc, sans coordination, on va revivre des situations qu'on a vues avec les masques, avec les vaccins, avec un risque que les produits alimentaires aillent vers le Nord et que le Sud se retrouve encore dans une situation très précaire.  

    Niger: «Si les jeunes filles restent à l'école jusqu'à 18 ans, on peut réduire le nombre de grossesses»

    Play Episode Listen Later May 10, 2022 5:28

    Avec en moyenne sept enfants par femme, le Niger détient le taux de fécondité le plus élevé au monde. Mais les autorités se passeraient bien de ce record du monde et viennent de créer l'Office nigérien de la population. Objectif : contrôler les naissances et donner à chacun une plus grande part des fruits de la croissance. Quelle est la stratégie du pouvoir de Niamey ? Comment fait-il face aux blocages culturels et religieux ? Illiassou Idi Maïnassara, médecin et ministre nigérien de la Santé et de la Population, répond aux questions de RFI. RFI : Voilà 40 ans que l'État du Niger essaie de mener une politique de contrôle des naissances, mais cela ne marche pas. Qu'est-ce qui peut changer avec l'Office nigérien de la population ? Illiassou Idi Maïnassara : Avec l'avènement de l'Office nigérien de la population, à partir du moment où le diagnostic a été fait sur les différents facteurs -il y a le mariage précoce des jeunes filles, le non maintien de la jeune fille à l'école jusqu'à 18 ans-, je pense que les choses sont en train d'être remises sur les rails. En fait, ce sont des facteurs qui ont contribué à l'augmentation de la natalité, mais également à l'augmentation du taux de fécondité. Vous prenez une femme de moins de 40 ans au Niger, elle peut avoir 10 à 12 enfants. Et le mariage précoce est d'actualité au Niger, l'âge moyen est de 12 ans à plus. Et vous dites que, si les jeunes filles restent à l'école jusqu'à 18 ou 20 ans, elles éviteront deux ou trois grossesses dans leur vie ? Oui, on peut réduire le nombre de grossesses. Et tout récemment, à l'occasion d'un symposium, que le président de la République a présidé, les chefs traditionnels eux-mêmes se sont engagés à ne plus prendre une fille de moins de 18 ans comme épouse. Pour maintenir les jeunes filles à l'école jusqu'à la fin du collège, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de 18 ans, je crois que vous voulez construire des internats pour jeunes filles. Mais qu'est-ce qui vous garantit que les parents de la jeune fille vont accepter que celle-ci quitte son village pour aller en internat ? Mais absolument. Avec la création de nouveaux internats de jeunes filles, il y a un engouement. Et aujourd'hui, tous les internats créés pour les jeunes filles accueillent des jeunes filles, il n'y a pas eu de réticence. Elles sont prises en charge à 100% par l'État. Elles étudient et c'est un engagement pris par le président de la République. La construction de ces internats va s'étendre dans pratiquement toutes les zones. Aujourd'hui, on a des difficultés à augmenter le taux de fréquentation des jeunes filles à l'école. Mais tout de même, n'y a-t-il pas des résistances culturelles ou religieuses de la part de certains parents, de certains chefs traditionnels, de certains marabouts qui se montrent hostiles à l'éducation des jeunes femmes ? Non. On n'a pas ce problème ici au Niger, à partir du moment où ces chefs traditionnels sont engagés. Il y a des stratégies qui ont été mises en place, qui ont eu à sensibiliser ces chefs traditionnels. Et aujourd'hui, les chefs traditionnels nous accompagnent. Mais quand il y a un prêche religieux dans tel ou tel village, de telle ou telle région, qui s'oppose à la scolarisation des jeunes filles, comment vous faites face ? Ça, c'est un courant, ce sont des tendances. Mais malgré cela, la sensibilisation continue. Ces tendances, ce n'est pas seulement au Niger. Il y a beaucoup de pays musulmans où il y a toujours des tendances, où il y a des gens qui pensent que la scolarisation, pas seulement de la jeune fille, est du haram. Mais il faut continuer la sensibilisation, même s'il y a des tendances qui pensent que scolariser quelqu'un constitue du haram. Il faut sensibiliser. C'est quoi le haram ? Haram, dans leur entendement, veut dire quelque chose qui n'est pas bon, qui n'est pas accepté par la religion. Or, il n'y a aucune religion qui dit qu'éduquer quelqu'un, c'est du haram. Il faut les sensibiliser, il faut les impliquer dans la sensibilisation. Et c'est pourquoi, en novembre 2021, avec l'aide du Fonds des Nations unies pour les populations (FNUAP), vous avez réuni tous les grands chefs traditionnels du pays ? Tous les chefs traditionnels du Niger, que ça soit les chefs de canton, les sultans, tous les leaders du Niger et même des autres pays musulmans qui étaient venus de l'Égypte, du Liban… En tout cas, pratiquement tous les chefs coutumiers, les chefs religieux, qui ont compris l'importance de bannir le mariage précoce. Également, il y a des stratégies innovantes qui ont été expérimentées ailleurs, dans d'ailleurs beaucoup de pays musulmans, et qui ont permis d'avoir des résultats satisfaisants. C'est pour cela que je vous dis que c'est un processus de longue haleine et on va apprécier les résultats.

    COP15: «319 millions d'hectares sont menacés de désertification en Afrique»

    Play Episode Listen Later May 9, 2022 7:36

    Comment restaurer les terres dégradées, qui ne retiennent plus l'humidité et qui sont de moins en moins fertiles ? C'est l'un des principaux enjeux de la COP15 contre la désertification, qui s'ouvre ce lundi 9 mai à Abidjan. Le choix de la Côte d'Ivoire pour abriter cette rencontre mondiale est d'autant plus pertinent que, selon la FAO, l'Afrique subsaharienne est la région du monde la plus durement touchée par la désertification. Au cœur de cet événement, le ministre ivoirien de l'Environnement Jean-Luc Assi, répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : L'un des principaux enjeux de cette COP 15, c'est la lutte contre la désertification et je crois que l'état des lieux est assez alarmant aujourd'hui ? Jean-Luc Assi : Oui, bien sûr.  Alarmant, oui et c'est toute l'Afrique. Vous savez très bien que l'Afrique, dont les populations sont encore beaucoup rurales, est particulièrement exposée à ce phénomène. Il y a 319 millions d'hectares en Afrique qui sont menacés de désertification. Ce qui pourrait représenter la moitié des terres exploitables, c'est ça ? Oui. La désertification, c'est véritablement la dégradation progressive des sols. Il y a une forte utilisation de l'engrais synthétique, et l'engrais synthétique effectivement a permis de détruire la qualité du sol. Et la tendance, c'est de passer vraiment à l'engrais vert, c'est-à-dire tout ce qui est engrais agricole. Les engrais verts, ce sont des engrais naturels ? Naturels, c'est cela. Et en Côte d'Ivoire par exemple, est-ce que vous avez une estimation du pourcentage des terres qui sont dégradées ? On tourne autour de 40 %. La Côte d'Ivoire a perdu son couvert forestier. Il est donc important de reconstituer cette forêt. Est-ce que cela a été le prix à payer pour que la Côte d'Ivoire devienne le premier producteur mondial de cacao ? En ce qui concerne le cacao ivoirien, il a été récemment démontré que le développement de l'économie du cacao a entraîné effectivement une déforestation. Ça, on peut le dire, à peu près 60% des superficies forestières. Donc, pour restaurer ces terres ivoiriennes, il faut mettre en place un vaste programme de reconstitution du couvert forestier. Donc il y a un vaste programme jusqu'à 2030. Mais est-ce que les producteurs de cacao ne vont pas s'opposer à ce plan de reforestation ? Ce plan de reforestation est accompagné de nouvelles techniques pour faire l'agriculture, parce qu'aujourd'hui, on parlera plutôt d'agriculture intensive au lieu d'agriculture extensive. Donc, les agriculteurs auront toutes les techniques appropriées pour faire de l'agriculture intensive et durable. Et au fur et à mesure qu'on reconstitue le couvert forestier, il est évident que les terres vont commencer à retrouver leur niveau de fertilité. Et si les terres retrouvent ce niveau, c'est sûr que, sur une petite surface, une petite superficie, vous pouvez produire plus qu'une grande superficie où les terres ont perdu leur fertilité comme aujourd'hui. Il y a plusieurs techniques, la technique de brûlage par exemple. Nos agriculteurs font du brûlage et le brûlage détruit aussi les sols. Donc, il y a d'autres techniques qui vont permettre de faire des composts qui vont enrichir les sols. Toutes ces techniques vont être contenues dans ce qu'on appelle « l'initiative d'Abidjan », qui va être mise en application jusqu'à 2030. Mais tout cela coûte cher. Est-ce que vous avez chiffré le coût ? Tout cela a été évalué à peu près à un milliard et demi de dollars. Pour la seule Côte d'Ivoire… Oui, bien sûr. Comme la Côte d'Ivoire accueille cette semaine la COP 15, c'est une personnalité ivoirienne qui présidera la COP ces deux prochaines années. Qui sera cette personnalité ? Je crois qu'il faut attendre le 11 mai, puisque c'est le 11 qu'il y aura l'élection. Donc, c'est à partir du 11 qu'on saura qui va présider cette COP pendant ces deux ans à venir. Mais ce sera bien un Ivoirien… Bien sûr. L'Inde va passer le flambeau à la Côte d'Ivoire. Parmi les favoris, on cite l'ancien ministre des Eaux et forêts, Alain-Richard Donwahi. Est-ce que vous confirmez ? Je n'ai aucune information là-dessus. Alain-Richard Donwahi a dirigé le ministère des Eaux et forêts pendant cinq ans. Or ce ministère, comme l'a révélé Jeune Afrique, est impliqué dans le scandale d'un trafic de bois présumé. Et monsieur Donwahi n'a pas été reconduit au gouvernement lors du dernier remaniement. Est-ce que, malgré tous ces handicaps, il pourrait être nommé à la présidence de la COP 15 ? Cela, c'est vous qui le dites. Je n‘ai pas d'information là-dessus. C'est seul le président de la République qui sait à qui confier la présidence de la COP. Mais comme depuis plusieurs mois, le ministère des Eaux et forêts fait l'objet d'un audit pour ce trafic de bois présumé, est-ce que cela ne complique pas la candidature d'Alain-Richard Donwahi tout de même ? Certainement que ce sont des rumeurs que vous avez entendues. Mais laissez les choses se faire jusqu'au 11 mai et on verra bien.

    Lazare Eloundou Assomo: «C'est important d'avoir une journée pour célébrer le patrimoine africain»

    Play Episode Listen Later May 8, 2022 5:42

    Jeudi 5 mai, c'était la Journée du patrimoine mondial africain. Journée créée notamment par l'Unesco, qui cherche ainsi à évoquer les richesses du continent, mais également à alerter sur les dangers qui menacent le patrimoine matériel et immatériel. L'Unesco s'intéresse notamment aux conséquences du réchauffement climatique et lutte contre les trafics d'œuvres. Directeur du Centre du patrimoine au sein de l'Unesco, Lazare Eloundou Assomo s'inquiète de la situation sécuritaire au Mali, dix ans après la destruction des mausolées de Tombouctou, mais également des risques de pillage des sites classés.

    Christelle Kalhoule : «Les exclusions et l'extrême pauvreté favorisent l'enrôlement des jeunes dans des groupes armés»

    Play Episode Listen Later May 6, 2022 8:53

    Après le sommet Europe-Afrique des chefs d'État, il y a trois mois à Bruxelles, voici le sommet Europe-Afrique des organisations de la société civile. C'est ce vendredi 6 et ce samedi 7 mai, à Paris, à l'initiative, notamment, de la plate-forme française Coordination SUD et de la plate-forme africaine Forus International. La Burkinabè Christelle Kalhoule est la présidente de cette organisation africaine. Migration, corruption, coups d'État, terrorisme... L'une des grandes figures des sociétés civiles d'Afrique de l'Ouest répond sans détour aux questions de Christophe Boisbouvier sur les sujets d'actualité. RFI : Pendant ces deux journées « Société civile africaine et européenne », vous allez travailler, notamment, sur la relation entre développement et migrations. Que constatez-vous, sur le terrain, au Burkina Faso ? Christelle Kalhoulé : Au Burkina Faso, les déplacements de population ne se font pas souvent en ligne directe. Vous avez, d'abord, des gens qui quittent les villages pour aller dans les grandes villes et ensuite, qui vont dans les pays limitrophes et qui, par la suite, continuent leur mouvement pour arriver vers les pays du nord. Et tout ceci, très souvent, est le fait d'une pauvreté extrême, où les gens pensent que les solutions se trouvent ailleurs. J'ai rencontré plein de jeunes qui me disent « madame, ici, j'ai tout essayé et je n'arrive pas à avancer, je veux aller tenter ma chance ailleurs ». Mais dans les territoires où vous menez des opérations de développement, les jeunes vous disent-ils qu'ils vont rester pour participer à ces opérations ou qu'ils vont quand même partir ? Non. Très souvent les jeunes veulent rester. Dans certaines régions, nous avons vu des jeunes engagés dans des questions d'orpaillage. Et lorsqu'ils sont accompagnés pour commencer leur micro entreprise et qu'ils sentent que ça commence à aller, ils disent « écoutez, moi, je voulais aller ailleurs, mais je me rends compte que je peux bien gagner ma vie ». Il en est de même, de plus en plus, sur les questions agricoles : des jeunes qui ont été formés et qui arrivent à avoir leur propre champ, à faire différents types de cultures. Une fois que, bien sûr, ils ont accès à la terre et accès à l'eau, ils se rendent compte que « finalement, la richesse c'est chez moi ». Mais encore faut-il qu'il y ait tout cet accompagnement. Vous voulez établir des mécanismes concrets de gouvernance. Vous voulez lutter contre le détournement de l'aide publique. Mais cela fait des années qu'on le dit et cela n'empêche pas la corruption ? C'est vrai que la lutte contre la corruption est un phénomène dont on ne peut pas voir les résultats de façon immédiate, mais il y a quand même des résultats. Nous sommes, au niveau de la société civile, considérés comme des lanceurs d'alerte. Nous poussons les gouvernements à appliquer des sanctions, à mettre en place des mécanismes de contrôle et cela permet d'être plus efficace dans cette lutte contre la corruption. Et aujourd'hui, on entend souvent les gens dire « il faut faire attention parce que les gens de la société civile sont là ». Voulez-vous dire qu'il y a des fonctionnaires, par exemple, qui, quand ils vous voient arriver, vous regardent de travers parce qu'ils savent que vous allez surveiller ce qu'ils font ? Pas seulement des fonctionnaires. C'est un peu sur toutes la chaine. À plusieurs reprises, en tous cas, nous avons entendu dire « les gens de la société civile nous regardent ». « Faites attention, Christelle Kalhoulé est dans les parages » ? [Rires] Ce n'est pas Christelle Kalhoulé, c'est la société civile. Vous est-il arrivé de prendre quelqu'un la main dans le sac ? Je ne dirais pas « la main dans le sac », mais il nous est déjà arrivé d'anticiper sur certaines choses et de dire « écoutez, mettez en place des mécanismes qui vont aussi prévenir les risques de corruption ». Cela permet, en tous cas, de minimiser. Les droits de l'homme et la démocratie sont deux stratégies prioritaires à vos yeux. Mais le coup d'État militaire de janvier dernier ne vous complique-t-il pas la tâche ? C'est vrai que, quand vous prenez la région, on a assisté, récemment, à des remises en cause de la démocratie. Mais je dirais qu'il ne s'agit pas complètement d'une remise en cause de la démocratie, mais peut-être du mode qui est actuellement en place. Et cela nous interroge, en tous cas, sur : comment est-ce que la démocratie peut continuer d'être un mode, même si les gens sont tous unanimes qu'il est important que les libertés individuelles et collectives soient protégées ? Il y a quand même des interrogations quand on regarde, par moment, des gouvernements, des présidents nouvellement élus et quelques temps après, il y a des grognes. Il y a des réflexions sur : comment cette démocratie peut être mieux organisée et être plus efficace dans nos pays ? Face à la menace djihadiste, qui ne cesse de progresser dans votre pays, depuis plusieurs années, que répondent les organisations de la société civile comme la vôtre ? Cela interpelle. Et notre message, c'est toujours de parler au différents gouvernements et aux différents partenaires pour travailler à ce que les gens ne soient pas laissés de côté, pour qu'il n'y ait pas d'exclusion. Parce que ce sont ces exclusions-là ou cette extrême pauvreté qui ont conduit, malheureusement, beaucoup d'adolescents à se faire enrôler dans des groupes armés non étatiques. Et cela nous ramène à des questions essentielles sur : comment travaille-t-on avec les jeunes afin de mettre en place des solutions qui vont prévenir l'enrôlement ? Parce qu'après, cela devient très compliqué quand vous avez une grande proportion de la population qui se radicalise.

    Ukraine: António Guterres annonce qu'«une seconde évacuation de civils est en cours à Marioupol»

    Play Episode Listen Later May 4, 2022 12:58

    « Au moment où nous parlons, une deuxième évacuation est en cours, un deuxième convoi de l'ONU et du CICR s'adresse aux civils de la ville de Marioupol », annonce ce mercredi soir António Guterres, dans une interview exclusive à RFI. RFI : Ce mardi, lors de votre étape à Niamey, vous avez demandé à la communauté internationale d'investir à fond dans le renforcement des capacités de l'armée du Niger. Est-ce que vous pensez au renforcement de la Task Force européenne ou peut-être à l'arrivée d'autres forces internationales ? António Guterres : Non. Naturellement, ces forces sont bienvenues et elles sont importantes. Mais il faut renforcer la capacité du pays à se défendre lui-même. L'armée du Niger est une armée qui a démontré un courage exceptionnel. Alors, vraiment, c'est un effort gigantesque pour une armée qui est mal équipée et il faut qu'elle ait la capacité de mouvement, la capacité de renseignement, des drones, des voitures blindées et climatisées -parce qu'il y a des températures de 44°C, je les ai éprouvées moi-même- et d'autres instruments de vision nocturne, des équipements adéquats au combat contre des terroristes qui se mouvementent très rapidement dans des motos, et en même temps, renforcer l'entraînement et la capacité de ces forces. Naturellement, la présence de Barkhane ou Takuba est extrêmement importante mais mon expérience me dit que ce n'est pas possible de défendre un pays seulement avec des forces étrangères. Et quand on voit la situation au Burkina, quand on voit la situation au Mali, où il y a eu des coups d'État militaires, je crois qu'il faut vraiment transformer la frontière du Niger en une muraille. Une muraille qui ne permets plus au terrorisme de pénétrer, et pour ça, il faut que l'armée du Niger ait une capacité bien au-dessus de ce qui existe aujourd'hui. Justement, vous parlez du Mali, vous parlez du Burkina, lors de cette tournée, vous vous êtes adressé aux trois pays d'Afrique de l'Ouest qui ont connu un coup d'État. Vous les avez invités à rétablir l'ordre constitutionnel dans les plus brefs délais. Mais, regardez, au Mali, les militaires veulent rester au pouvoir pendant encore deux ans. Au Burkina Faso et en Guinée, ils veulent rester pendant trois ans… Est-ce que vous n'êtes pas en train de prêcher dans le désert ? Non, je crois que les situations sont différentes. La Guinée, c'est peut-être la situation où le dialogue est le plus difficile. En ce qui concerne le Mali, c'est vrai qu'il y a encore une proposition de deux ans mais c'est vrai qu'ils ont commencé par cinq et que le dialogue continue, alors espérons qu'il soit possible de trouver une solution. Et au Burkina, je crois que le caractère du coup d'État a été différent. Au Burkina, il y a une situation d'extrême fragilité et le dialogue continue et je m'attends à ce qu'il soit possible d'avoir une solution, au Burkina, qui soit acceptable en matière de délais de la transition. Au Mali, à la fin du mois de mars, plusieurs centaines de personnes ont été tuées à Moura dans le centre du pays à l'occasion d'une opération de l'armée malienne. Mais depuis cette date, l'équipe de la Minusma qui voulait enquêter sur cette tuerie n'a pas été autorisée à se rendre sur place. Est-ce que les 14 000 casques bleus de la Minusma servent encore à quelque chose et le mois prochain, devant le Conseil de sécurité, allez-vous plaider pour le renouvellement ou pour la fin de leur mandat ? Il faut regarder la situation réelle. La situation réelle, c'est que sans la Minusma, je crois que le risque d'écroulement du pays serait énorme. La situation réelle est aussi une situation de coopération très difficile entre la Minusma et les forces maliennes en ce qui concerne les questions de droits de l'homme. Pour nous, ces questions sont essentielles et nous n'allons pas oublier ce qu'il s'est passé et nous allons continuer à insister. Il faut une enquête internationale crédible sur ce qu'il s'est passé parce que, naturellement, la protection des civils est un aspect essentiel de la Minusma. Si vous me demandez si je suis confortable avec cette décision, je dois vous dire qu'en tant que Secrétaire général des Nations unies, je constate que l'année passée, on a eu des casques bleus tués au Mali en plus grand nombre que dans toutes les autres opérations de paix. C'est pour nous, vraiment, une situation très difficile et très dure, et je rends hommage au courage des éléments de la Minusma. Je ne vais pas proposer que l'on termine cette mission, parce que je crois que les conséquences seraient terribles. Mais elle se déroule dans des circonstances qui, vraiment, demanderaient non pas une force de maintien de la paix mais une force robuste d'imposition de la paix et de la lutte anti-terroriste. Et j'ai dit à tout moment qu'il fallait que cette force robuste soit une force africaine de l'Union africaine, mais, avec un mandat du Conseil de sécurité sous chapitre 7 et avec un financement obligatoire. Ce que l'on a fait avec le G5 sahel avec un mandat très faible sans une supervision efficace, parce que le mandat aussi ne le permettait pas, avec des contributions volontaires qui ont largement échouées, ce que l'on a fait avec le G5 Sahel, doit être, pour nous, une leçon très forte. Il nous faut combattre le terrorisme avec des forces anti terroristes robustes et je dirais que seuls les Africains auront la capacité de le faire, si le Conseil de sécurité accepte, une fois pour toutes, de garantir des fonds par des contributions obligatoires. Que pensez-vous de la suspension définitive de RFI et de France 24, le 27 avril dernier, par les autorités de Bamako ? C'est une violation d'un principe essentiel pour nous : le principe de la liberté de la presse. Nous vivons malheureusement dans un monde où se multiplient les situations où les chaînes sont coupées, où les journalistes sont arrêtés, quelques fois même, sont torturés ou tués. La liberté de la presse est une question essentielle. Sans liberté de la presse, il n'y a pas de liberté et il n'y a pas d'informations qui puissent combattre cette logique de propagande, de désinformation qui, aujourd'hui, on le voit un peu partout, créer cette méfiance généralisée des gens vis-à-vis des institutions.

    Rupture des accords France-Mali: «Cette décision est un prétexte sans fondement juridique véritable»

    Play Episode Listen Later May 4, 2022 7:54

    La France conteste la rupture des accords de défense, annoncée par le Mali lundi soir. « Cette décision est injustifiée, car il n'y a pas eu de violation de ces accords par la force Barkhane », affirme le ministère français des Affaires étrangères. Pourquoi le régime militaire de Bamako durcit-il encore plus son bras de fer avec Paris ? Est-ce que Moscou joue un rôle en coulisses ? Nicolas Normand a été ambassadeur de France à Bamako. Dans un mois, il va publier aux éditions Eyrolles une édition augmentée et mise à jour de son ouvrage « Le grand livre de l'Afrique ».  RFI : Bamako dénonce ses accords de défense avec la France parce que celle-ci a porté atteinte « de façon flagrante à la souveraineté du Mali », quelles peuvent être ces atteintes flagrantes ? Nicolas Normand : Alors du point de vue malien, les atteintes seraient des violations de la souveraineté, mais on se demande un peu lesquelles. Les Maliens ont déjà accusé la France d'espionnage au sujet d'un drone qui avait survolé la base française de Gossi, mais en fait, vérification faite, tout ceci était autorisé, il y a bien une zone de non-survol, mais ça ne comprenait pas cette zone particulière où le drone était, donc en réalité il n'y a pas de fondement juridique véritable, c'est vraiment un prétexte pour une décision de nature politique, me semble-t-il. Alors vous parlez de ce drone français, c'est vrai qu'il y a deux semaines, après le retrait des militaires français de la base de Gossi, un faux charnier a été attribué aux Français et ceux-ci, avec des images de drones à l'appui, ont prouvé que tout ceci était un montage, est-ce que cela n'a pas fâché Bamako ? Oui, alors ça a pu fâcher Bamako, mais ça a fâché encore plus la Russie, parce que Bamako avait réagi d'une manière un peu embarrassée sans accuser l'armée française de ce faux charnier qui est un faux charnier monté par les mercenaires russes. Le drone français avait réussi à filmer les mercenaires russes de la société Wagner, transportant des cadavres et les enterrant à côté du camp militaire français de Gossi, pour ensuite accuser la France de crime de guerre, d'exactions. Malheureusement pour les Russes et heureusement pour les Français, la manipulation a été observée par un drone, filmée, et donc on a pu dénoncer la manipulation, donc les Russes n'ont pas apprécié qu'on les prenne la main dans le sac dans leur mensonge, dans leur manipulation, et ils ont cherché visiblement d'autres moyens d'embêter les militaires français. Alors au-delà de l'affaire de ce pseudo charnier de Gossi, il y a les sujets qui fâchent depuis un an et notamment depuis le deuxième putsch des militaires maliens, après lequel Emmanuel Macron a décidé de retirer la moitié des effectifs de Barkhane du Mali sans prévenir la nouvelle junte. Est-ce que du coup cette mesure vexatoire n'a pas provoqué toute la crise qui a suivi depuis un an ? Alors pas seulement ça, en réalité effectivement il y a une escalade depuis un an, mais qui vient au départ d'une offensive malienne, puisque c'est le Premier ministre malien qui, le premier, a attaqué de façon inattendue la France depuis New York à l'assemblée générale des Nations unies, et à la suite de ça les réactions françaises ont été assez virulentes et donc ça a déclenché une escalade. Mais est-ce que tout cela ne donne pas une certaine popularité au régime militaire malien ? Et est-ce que la France, dans son escalade verbale, n'a pas tendance à tomber dans ce piège ? Si, je suis de cet avis aussi, c'est-à-dire que d'abord la junte militaire cherche une certaine légitimité à défaut d'avoir été élue, elle exploite un sentiment anti-français qui est réel, qui vient d'une déception du fait du maintien de l'insécurité malgré Barkhane. L'opération Barkhane a sans doute empêché le Mali de perdre la guerre, a empêché les villes d'être conquises par les jihadistes, mais n'a pas supprimé le terrorisme. Et donc la population malienne est un peu déçue, et les Russes ont exploité ce sentiment de mécontentement, de déception, en suscitant une véritable colère par des vidéos de désinformation accusant la France par exemple de coopérer avec les jihadistes au lieu de les combattre. Tout ceci, ce sont évidemment des mensonges. Et qu'est-ce qui vous prouve que la main des Russes est derrière toutes les décisions anti-françaises de ces derniers mois ? Ce qui est prouvé, c'est qu'il y a de très nombreuses vidéos clairement de fabrication russe qui sont présentes sur les réseaux sociaux maliens, et qui accompagnent à chaque fois toutes ses décisions, et donc le régime en tire profit sur le thème du ressentiment anti-français, c'est le fonds de commerce politique de la junte militaire issue de deux putschs militaires. Et pensez-vous que tant que durera la guerre en Ukraine, la guerre des mots continuera entre Bamako et Paris, attisée par Moscou ? Alors il y a un antagonisme fondamental entre la Russie et les pays occidentaux et, depuis longtemps, le Mali est le talon d'Achille de la France dans l'esprit des Russes, c'est un moyen d'attaquer la France. Les Russes ne sont pas là pour aider le Mali, ils sont là pour embêter les Français au Mali, et le Mali est donc un moyen pour eux. Alors, la guerre d'Ukraine, c'est une affaire de longue haleine. Le seul élément de changement qui pourrait intervenir à Bamako, ce sont des élections qui feraient place à un nouveau gouvernement, à ce moment-là une réconciliation ou une entente normale avec la France deviendrait possible. Le retrait des militaires français de Barkhane est en cours, mais il va prendre encore quatre mois minimums, concrètement qu'est-ce que la décision de Bamako de ce lundi peut changer dans ce retrait ? Alors d'abord il reste 2400 militaires français au Mali, les militaires français sont maintenant en présence illégale, du jour au lendemain on leur dit « vous n'avez plus le droit d'être là », alors évidemment on ne peut pas partir en 24H, et donc ça crée une situation évidemment incertaine. Est-ce que le Mali cherche à créer un incident sécuritaire avec l'armée française ? On le saura dans les prochains jours, en tout cas cela ne peut que compliquer le retrait ordonné qui est en cours.

    Laurent Bossard: «La transformation des villages en ville est le moteur de l'urbanisation africaine»

    Play Episode Listen Later May 3, 2022 3:57

    La Banque africaine de développement, la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies et le Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest viennent de publier un rapport sur l'urbanisation en Afrique. Le texte décrit un tissu urbain en évolution rapide, la transformation de nombreux villages en villes et de fait un tout nouveau type de relations entre villes et campagnes. Laurent Bossard, du club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest, est l'invité de RFI. RFI : Est-ce qu'en quelques mots vous pouvez nous rappeler quelle est la place des villes sur le continent africain ? Laurent Bossard : Entre 1950 et 2010, la population du continent a été multipliée par cinq, dans la même période le nombre d'urbains a été multiplié par vingt. Désormais plus de 50% des Africains vivent dans une agglomération urbaine. Et de quel type de tissu urbain parle-t-on ? Est-ce qu'en Afrique on a plutôt des villes capitales qui seraient très concentrées ou au contraire des réseaux de villes moyennes étendues sur le territoire ? Alors effectivement, la perception générale de la ville africaine, c'est Lagos, Abidjan, Le Caire, etc… Or les villes de plus d'un million d'habitants, les villes capitales, les grandes capitales économiques, c'est 1% du nombre d'agglomération sur le continent. Plus de 90% des agglomérations sont constituées par des villes de moins de 100 000 habitants. Beaucoup de villes petites et moyennes qui croissent à une vitesse extrêmement forte et dont le moteur d'augmentation de la population n'est pas, contrairement à ce que l'on croit également, l'exode rural, mais le fait que les gens naissent dans les villes. Le principal moteur de l'urbanisation africaine, aujourd'hui, ce n'est pas le fait que les gens quittent les villages pour aller dans les villes, mais c'est le fait que les villages se transforment en ville sous le simple effet de la croissance de la population. Est-ce que c'est connu ça par les pouvoirs publics africains ? Est-ce que cette image est celle qui guide à l'heure actuelle l'élaboration des politiques publiques ? Non, ce n'est pas pris en compte, c'est très peu pris en compte. On a seulement une poignée, une petite poignée de pays qui se sont dotés de politiques urbaines. Ils ont tous des politiques de développement rural, mais des politiques de développement urbain sont extrêmement rares. Alors dans votre rapport vous insistez sur les aspects positifs de l'urbanisation en Afrique. Ce que vous dites au regard des données, c'est qu'économiquement les villes sont un véritable moteur pour les pays… Évidemment, comme elles le sont absolument partout, et peut-être même un petit peu plus. En Afrique subsaharienne, le principal secteur de l'économie, celui qui occupe les deux tiers de la population, c'est ce qu'on appelle l'économie alimentaire. Cette économie alimentaire, c'est tout ce qui se passe en amont et en aval de la production agricole. Or la ville d'abord, c'est le lieu où l'on consomme ce que produit l'agriculture, c'est aussi le lieu où très principalement on transforme, c'est le lieu où l'on s'approvisionne en intrant, en engrais, c'est le lieu où on vend les produits alimentaires dans les innombrables restaurants de rue, sur les trottoirs que vous connaissez etc. Donc cette économie alimentaire qui est le cœur de l'économie de l'Afrique subsaharienne et bien cette économie, elle est à la fois rurale et à la fois urbaine. Oui, parce qu'une des principales conclusions du rapport que vous publiez, c'est qu'on ne peut plus opposer comme c'était fait jusque-là, le milieu urbain au milieu rural… L'Afrique est en train de se doter d'un réseau urbain complet. Vous savez dans un pays comme le Niger, qui est un pays encore majoritairement rural, il y a entre deux et trois villes de plus de 10 000 habitants qui apparaissent chaque année. C'est l'urbanisation qui vient des campagnes, ce sont des villages qui se transforment en ville et qui deviennent des marchés, des centres de services, des centres de santé, des centres d'éducation. En 1960, si vous n'étiez pas dans la capitale, vous étiez absolument isolé et dans l'incapacité de vous rendre dans une ville. C'était trop loin, c'était trop compliqué. Aujourd'hui, vous avez forcément une ville à proximité, 50% des ruraux vivent à moins de 15 kilomètres des villes. La croissance économique, les filières économiques, les filières alimentaires sont urbano-rurales ou ruralo-urbaines. Il y a une intense circulation des biens, une intense circulation des personnes, et c'est sur cette intense circulation que se construit le développement économique de l'Afrique.

    Grands Lacs: «Nous attendons une volonté politique plus forte dans la mise en œuvre des plans de DDR»

    Play Episode Listen Later May 2, 2022 3:50

    Résurgence du M23, concertations de Nairobi, annonce d'une nouvelle force militaire régionale pour combattre les groupes armés dans l'est de la République démocratique du Congo... L'envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la région des Grands Lacs Huang Xia, en ligne de New York, est l'invité de RFI. RFI : Dans votre dernier rapport, vous déplorez la résurgence du M23 à l'est de la RDC et vous rappelez qu'en 2013 ce groupe s'était engagé à ne plus reprendre les armes, qu'est-ce qui n'a pas marché selon vous ? Huang Xia : Si aujourd'hui on assiste à la résurgence du M23, c'est à nous de voir comment renforcer davantage la confiance politique entre les différents pays. Faire un état des lieux en ce qui concerne par exemple les rapatriements, la réinsertion, le retour à la société. Il faut avouer qu'aujourd'hui que ce soit en Ouganda ou au Rwanda, il y a toujours des anciens, ex-M23 qui attendent le rapatriement et donc il doit y avoir un effort plus conséquent. Mercredi soir, un premier round de consultation entre Kinshasa et des groupes armés locaux s'est achevé à Nairobi, mais les rebelles du M23 ont été écartés de ce processus. Est-ce que ces consultations ne perdent pas de leur valeur sans ce mouvement ? Ce que j'espère c'est que d'ici quelques semaines avec quelques contacts, on pourrait reprendre ce dialogue avec le groupe M23. Alors parmi les participants à ces concertations, beaucoup ont raconté avoir déjà déposé les armes en 2019, mais expliquaient que leurs hommes avaient quitté les sites de cantonnement, faute d'avoir été pris en charge. Est-ce que le problème aujourd'hui n'est pas un problème de mise en route d'un vrai programme de désarmement et de réinsertion en RDC ? Soyez assurée que nous travaillons d'arrache-pied là-dessus. C'est un travail fondamental mais c'est un travail qui ne pourrait pas être bouclé au bout d'un an ou de deux ans. Concrètement qu'attendez-vous aujourd'hui de vos partenaires à ce sujet ? Ce que nous attendons d'abord, c'est une volonté politique toujours plus forte venue des pays de la région de la RDC et des autres pays. Une volonté plus forte, plus déterminée dans la mise en œuvre de ces plans DDR nationaux et à vocation régionale. De l'autre côté, la communauté internationale a un devoir d'appuyer et d'accompagner les pays de la région des Grands Lacs dans ce vaste travail, appui politique et aussi appui technique et financier. Parallèlement à ce processus politique, plusieurs chefs d'États d'Afrique de l'Est ont annoncé la mise sur pied d'une force militaire régionale pour combattre ces groupes armés. Est-ce que selon vous c'est une bonne idée ? Je pense qu'il reste pour des points à éclaircir, dès mon retour dans la région j'aimerais reprendre mes missions dans les différents pays pour essayer de comprendre auprès des pays concernés leurs idées plus précises sur cette force régionale. On vous sent assez prudent, sinon réticent. Quels sont les points sur lesquels vous souhaitez obtenir des assurances peut-être ? Non, ce que j'aimerais vous dire c'est que je n'ai pas beaucoup de précisions, j'aimerais avoir plus de détails, plus de précision avant de livrer une analyse. Cela signifie que vous n'avez pas été consulté avant cette annonce ? C'est une décision souveraine des pays concernés. Et comment est-ce que le travail de cette force pourrait s'articuler avec celui de la Monusco ? Là-dessus j'insiste sur l'importance d'assurer toujours une meilleure concertation et une meilleure coordination entre d'un côté les Nations unies, en l'occurrence la Monusco, et toute initiative militaire ou non militaire. Et donc les Nations unies sont là pour dialoguer davantage avec toutes les parties concernées pour mieux assurer la coordination et la collaboration.

    Abdoulaye Diallo: «Nous sommes très fiers de fêter les 30 ans du festival Jazz à Ouaga»

    Play Episode Listen Later May 1, 2022 5:09

    Depuis le 29 avril, le festival Jazz à Ouaga célèbre ses 30 ans. C'est l'un des plus anciens du continent avec celui de Saint-Louis au Sénégal. Près de 100 artistes du monde entier sont programmés jusqu'au 7 mai, avec en tête d'affiche Cheick Tidiane Seck, Bassekou Kouyaté ou encore Sékou Bembeya. Le festival se tient alors que le Burkina Faso vit des temps difficiles. Abdoulaye Diallo, président de l'association Jazz à Ouaga, est l'invité de RFI.

    «Les coups d'État en Afrique rencontrent une certaine audience auprès de la population»

    Play Episode Listen Later Apr 29, 2022 9:09

    Il y a les vraies et les fausses démocraties, et entre les deux, les « démocraties molles ». C'est la thèse de l'essayiste français Pierre Jacquemot, qui vient de publier Afrique, la démocratie à l'épreuve (éditions de la Fondation Jean Jaurès). Pourquoi la démocratie est-elle en crise en Afrique ? Pourquoi les militaires putschistes reviennent sur le devant de la scène ? Pierre Jacquemot, qui enseigne à Sciences Po Paris et a été ambassadeur à Accra, Nairobi et Kinshasa, est l'invité de RFI. RFI : Est-ce que l'Afrique de l'Ouest est en train de lancer le concept de « coup d'État militaire à assise populaire », demandez-vous dans votre ouvrage. Pierre Jacquemot : C'est vrai qu'on constate que ces coups d'État, fomentés par de jeunes officiers, rencontrent une certaine audience auprès de la population, et notamment auprès des jeunes. Cela signifie probablement que ces coups d'État sont assis sur un essoufflement de la démocratie représentative dans ces trois États. La démocratie représentative a été incarnée par exemple par le président de la Guinée Alpha Condé, qui avait outrepassé les règles constitutionnelles en s'accordant un troisième mandat. Elle a été incarnée aussi par l'impuissance des chefs d'État en place, normalement élus -au Mali, au Burkina Faso-, à faire face à la crise sécuritaire qui sévit dans leur pays. Et vous estimez qu'à l'égard du Mali par exemple, la déclaration de la France, jugeant que le nouveau régime avait un caractère illégitime, était particulièrement malencontreuse… Tout à fait. Je pense que, dans sa relation avec les pays africains, la France a parfois de bons comportements, mais trop souvent émet des déclarations tout à fait malencontreuses, qui témoignent peut-être d'une incapacité à pouvoir analyser les dynamiques en cours dans ces pays. Il y a une espèce de rigidité sur les critères démocratie formelle, élections, institutions, règles du jeu… une espèce de rigidité française envers l'Afrique. Vous expliquez très bien, dans votre livre, les raisons de ces différents putschs militaires. Mais n'êtes-vous pas un peu compréhensif à l'égard de certains régimes, comme celui du Mali, qui a laissé mourir en prison l'ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga en mars dernier ? Non. Je n'ai pas à être clément envers les uns et dur envers les autres. J'essaye d'analyser objectivement ce qui se passe. Ce que je peux constater, c'est qu'il y a des pays qui s'en tirent beaucoup mieux que d'autres au regard des critères d'une part de démocratie, d'efficacité des institutions, et d'autre part du respect des droits fondamentaux des personnes. Et donc, on est amené à faire des distinctions entre les situations, entre les pays qui sont sur une trajectoire plutôt positive, ce qu'on appelle les « démocraties matures » -Cap-Vert, Maurice, Botswana, Ghana et même le Sénégal-, et puis d'autres qui s'enfoncent dans un dérèglement démocratique total, voire même un délitement comme la Centrafrique, la Somalie, le Soudan du Sud ou la Libye par exemple. Sur les 623 élections qui se sont déroulées en Afrique subsaharienne depuis trente ans, vous dites que la moitié, quelque 316, relèvent de la mascarade, selon l'index démocratique de The Economist Intelligence Unit. C'est considérable… Effectivement. La moitié des élections sont viciées avant le scrutin, au niveau de l'enregistrement des électeurs, incomplet. Pendant le scrutin : bourrage d'urnes. Et après le scrutin, lors du calcul des résultats, et ceci malgré les observations. L'autre constat qu'on peut faire, c'est que les possibilités d'alternance sont réservées à quelques pays. On sait que c'est le cas du Ghana ou du Sénégal, dans le passé. Récemment, on a eu le cas aux Seychelles et au Malawi, mais c'est très rare dans les autres pays. Puis, peut-être faut-il ajouter que les chefs d'État ont obtenu d'avoir un troisième mandat. La plupart des Constitutions africaines prévoient qu'un chef d'État ne peut assurer que deux mandats. Or là, cette règle n'a pas été respectée en Guinée, ni en Côte d'Ivoire, ni en Ouganda, six mandats pour [Yoweri] Museveni, ni au Tchad, six mandats pour Idriss Déby, ni au Congo, quatre mandats pour [Denis] Sassou-Nguesso. Du coup, on arrive à des situations, pour un certain nombre de pays, que j'appelle les « démocraties molles », où on élit des vieux. On élit Paul Biya, Alassane Ouattara, Alpha Condé, Nana Akufo-Addo, Yoweri Museveni, Denis Sassou-Nguesso, Ismaël Omar Guelleh, qui ont un écart d'âge avec le reste de la population très important. Et donc, probablement une capacité d'écoute et de préoccupation de la jeunesse qui est beaucoup plus faible. Globalement, entre les hommes politiques africains et l'âge moyen de la population, il y a un écart de 43 ans. Est-ce que le remplacement de la France par la Russie, en Centrafrique et au Mali, est à vos yeux un phénomène passager ou durable ? Je pense, et j'espère évidemment aussi, que c'est un phénomène passager. Quand on fait la liste des exactions commises par les milices privées venues de Russie, en particulier le groupe Wagner… La bonne question, c'est celle de l'information des populations et l'impact des intox propagées par ces groupes et envoyées directement par Moscou. Donc, il y a une guerre là. Évidemment, quand on constate que RFI est interdite au Mali, on peut être inquiet, alors que ce média, dans tous les pays où j'ai été amené à travailler, est le média privilégié par les populations pour avoir des informations sur le continent, mais également sur leur propre pays. RFI et France 24… RFI et France 24. Mais je pense à RFI parce que j'ai subi la coupure de RFI quand j'étais en poste à Kinshasa. Et je me souviens du nombre de messages que j'ai reçus, venant de tous les coins de cet immense pays, pour dire « Rétablissez  RFI », parce que c'était le média privilégié pour sortir d'un discours formaté qu'on retrouvait dans les médias officiels.

    Peine de mort: «De plus en plus d'États africains sont abolitionnistes de fait»

    Play Episode Listen Later Apr 28, 2022 4:02

    À l'image de la Sierra Leone, du Tchad ou du Burkina Faso, six pays ont aboli la peine de mort ces dernières années. Ils sont aujourd'hui 23 États du continent à l'avoir rayée de leur législation. Qu'est-ce qui a poussé ces pays à agir de la sorte ? Quels sont ceux qui, à l'inverse, ont encore recours à la peine capitale ? Paul Angaman, président de la Fédération internationale des Acat (Fiacat), l'Action chrétienne pour l'abolition de la torture, est l'invité de RFI.

    Jean-Michel Sama Lukonde, Premier ministre de la RDC: «Nous allons assurer les élections en 2023»

    Play Episode Listen Later Apr 26, 2022 14:29

    Dans un entretien accordé à RFI et France 24, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, Premier ministre de la RDC depuis le 26 avril 2021, revient sur les pourparlers qui se déroulent à Nairobi. « Des consultations », explique-t-il, entre des groupes armés et des représentants du gouvernement, sous les auspices du président kényan Uhuru Kenyatta. Interrogé sur le processus électoral, il exclut tout glissement du calendrier et écarte également l'idée d'un dialogue politique avec l'opposition pour définir les contours de la future loi électorale. RFI : Monsieur le Premier ministre, on va commencer avec la situation dans l'Est du pays. Des pourparlers avec les groupes armés actifs là-bas ont commencé la semaine dernière à Nairobi, est-ce que vous êtes optimiste sur les chances enfin de mettre un terme à des décennies de violence ? Vous avez parlé des pourparlers, que moi je considère comme étant des consultations, qui se font dans le cadre de notre adhésion à la communauté des États de l'Afrique de l'Est, avec comme objectif vraiment de ramener une paix durable dans cette zone des Grands Lacs. Parmi ces groupes rebelles figure le M23 qui a repris des actions armées. Est-ce que vous soupçonnez comme d'autres à Kinshasa, le Rwanda d'être à la manœuvre, notamment en lui fournissant des armes ? Ce sont des échanges qui se font non seulement avec l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi. Parce que n'oubliez pas que dans toutes les exactions qu'il y a eues, nous avons eu des forces qui sont venues de toutes ces zones-là ! Donc c'est normal que l'on puisse avoir des soupçons, mais le Rwanda ici donne aussi des moyens dans le cadre des échanges que nous avons par rapport à l'EAC. La présidentielle est prévue en décembre 2023, mais dans le camp du président, certains évoquent un glissement possible de cette date sous prétexte que le président a perdu les deux premières années de son mandat actuel dans des luttes de pouvoir avec son prédécesseur. Alors le glissement est-il formellement exclu selon vous ? Pour nous, ce n'est même pas une possibilité. J'espère en tout cas sincèrement que vous ne vous êtes pas laissés aller à ce que moi je veux considérer comme une rumeur. C'est un engagement pris par le président de la République et par le gouvernement lorsqu'il a présenté son programme devant l'Assemblée nationale. Donc nous sommes convaincus que dans le programme que nous avons, nous allons maintenir le cap et assurer ces élections en 2023. L'opposition continue cependant de contester la composition de la commission électorale (la CENI) ainsi que de la Cour constitutionnelle, elle réclame un dialogue. Est-ce que vous êtes favorable à ce dialogue pour se mettre d'accord sur les règles du jeu ? Nous avons des cadres institutionnels clairs d'échange. Je crois que le mécanisme pour mettre en place le bureau de la CENI passe par le parlement, c'est une procédure qui s'est faite et qui a été respectée. Donc évoquer une question qui pourrait mettre à mal le processus, le retarder, n'est pas de mise pour nous. Mais le risque, c'est que la RDC s'engage comme à l'époque de Joseph Kabila sur un processus électoral non consensuel avec son lot de contestations et de violence ? Non, d'abord, je ne voudrais pas comparer les deux époques. Nous sommes dans un contexte totalement différent. L'histoire électorale en République démocratique du Congo montre qu'il n'y a jamais eu une unanimité totale vis-à-vis du processus électoral, mais le plus important, c'est que la majorité s'assume et l'assure, et puisse garantir une certaine transparence. À partir du moment où nous aurons une volonté claire de tous les acteurs d'aller dans ce processus apaisé, je ne vois pas d'où viendrait non seulement la violence ou les contestations. La lutte contre la corruption est une priorité, vous l'avez dit, mais en février, le gouvernement a signé un accord avec l'homme d'affaires israélien Dan Gertler, qui est lui sous sanctions américaines pour corruption. En échange de la cession de l'ensemble de ses actifs miniers et pétroliers, Gertler échappe aux poursuites judiciaires. Pourquoi cette impunité ? Moi, je ne considère pas qu'il échappe aux poursuites judiciaires. Ça, c'est vous qui le dites Madame. Moi, je crois que la politique ici, c'est de revenir sur des contrats qui ont été mal négociés. Dans les échanges que nous avons eus avec l'homme d'affaire Dan Gertler, il s'agissait d'abord de récupérer nos actifs miniers, et s'assurer qu'ils servent à l'intérêt congolais et au développement congolais. Et nous avons dit que nous n'allons pas le faire en allant à l'encontre des objectifs judiciaires, parce que nous avons eu aussi à échanger avec le Trésor américain, ce sont des échanges qui se poursuivent. C'est bien entendu assez clair, et je ne voudrais pas qu'on puisse mélanger les deux questions.

    Réélection d'Emmanuel Macron: «Nous espérons que la France va réellement s'engager aux côtés des Africains»

    Play Episode Listen Later Apr 26, 2022 3:49

    Emmanuel Macron a donc été réélu ce dimanche 24 avril pour un deuxième mandat. Quelle politique africaine doit-il mener lors de ce second quinquennat ? Que faut-il poursuivre ? Que doit-il changer ? Pour en parler, Brice Makosso, figure de la société civile congolaise et coordonnateur de Tournons la Page au Congo Brazzaville.  RFI : Quels sont les changements que vous souhaitez voir advenir dans la politique africaine d'Emmanuel Macron dans le prochain mandat ? Déjà, nous espérons que la France va réellement s'engager aux côtés des Africains pour bâtir la démocratie en Afrique. Nous souhaiterions que le président Macron soit le véritable héritier du message de La Baule en ce qui concerne la démocratisation en Afrique. Vous dites « réellement s'engager aux côtés des Africains », ça n'a pas été le cas pendant le premier mandat d'Emmanuel Macron ? Je suis un peu sceptique, parce que depuis la fin du mandat du président Hollande, nous avons vu se développer en Afrique la pratique des changements de Constitution pour permettre à des dirigeants de se maintenir au pouvoir, et cette pratique malheureusement s'est poursuivie pendant le mandat du président Macron. Ça a été le cas notamment en Côte d'Ivoire, en Guinée, mais aussi avec le changement dynastique au pouvoir au Tchad, et là nous avons été tristes de voir que la France s'était pleinement engagée aux côtés de cette succession dynastique. Vous attendez donc un discours plus clair des autorités françaises en matière de démocratie ? Nous attendons un discours plus clair, des condamnations en cas d'élections truquées, un véritable changement en ce qui concerne les principes constitutionnels qui favorisent l'alternance démocratique au pouvoir. Mais nous attendons aussi un réel appui de la coopération française aux sociétés civiles africaines. Quels sont les dossiers africains qui par ailleurs doivent remonter selon vous dans la pile de dossiers à traiter à l'Élysée ? Je souhaiterais que le président Macron prenne le leadership pour créer ce qu'on appelle le Frontex des capitaux. Frontex des capitaux, du nom de cette opération de contrôle de l'immigration ? Exactement. Disons qu'il y a trop d'argent qui quitte l'Afrique pour aller dormir tranquillement dans les comptes bancaires en Occident, alors que nous avons besoin de cet argent pour construire nos pays, ici en Afrique. Le genre de principe comme la liberté de transfert dont bénéficient les multinationales dans nos pays devrait être révisé. Encourager les multinationales à réinvestir une partie des bénéfices en Afrique, cela pourrait aider à construire des relations plus justes entre la France et les pays africains. Certaines voix en Afrique, Brice Makosso, réclament la fermeture des bases françaises. Est-ce que c'est quelque chose qui vous semble souhaitable ? Je pense qu'on devrait profiter de la présence de ces armées qui sont encore sur le sol africain pour réaliser un véritable transfert de connaissances ou de capacités, afin que nos armées soient capables d'occuper réellement l'Afrique au moment opportun. Mais je ne pense pas qu'il soit urgent de demander tout de suite le départ des troupes françaises dans l'état actuel de nos forces armées ou de nos forces de police, puisque nous voyons que nos armées ou nos polices ne sont pas très formées en matière de respect des droits humains. Là aussi, il faudrait réaliser un vrai transfert de connaissances afin que nous ayons des polices africaines respectueuses de la dignité de la personne humaine. On a vu ces dernières années monter un sentiment anti-France dans de nombreux pays, comment est-ce qu'on peut inverser la tendance selon vous ? On a l'impression que la France est plus à l'écoute des dirigeants africains que des peuples africains. Je pense qu'il revient à la France d'être du côté des peuples. Et donc là, je pense qu'il y a des efforts à faire en matière culturelle, en matière de bourses de formation. Mais est-ce que le sommet de Montpellier en octobre dernier n'a pas été un premier pas important dans ce changement ? Nous attendons des actes et non pas des promesses ou des paroles. Nous sommes heureux des conclusions du sommet de Montpellier, mais maintenant nous attendons qu'elles s'appliquent concrètement.

    Achille Mbembe: « accompagner les efforts locaux de développement plutôt que l'expansion des intérêts français en Afrique »

    Play Episode Listen Later Apr 25, 2022 4:00

    L'élection présidentielle française, vue d'Afrique, a suscité peu de débats. Et ce malgré la présence d'une diaspora africaine importante. Quelle politique africaine peut-on attendre de ce second mandat d'Emmanuel Macron ? Quels chantiers ou projets méritent d'être approfondis ? Migration, présence militaire, politique monétaire, l'historien Achille Mbembe revient sur ces sujets. En octobre 2021, en marge du Sommet Afrique - France de Montpellier, cet intellectuel camerounais avait remis à Emmanuel Macron plusieurs conseils pour refonder les relations franco-africaines.   RFI : Achille Mbembe, la réélection d'Emmanuel Macron, est-ce que c'est un soulagement pour la diaspora africaine ? Achille Mbembe: C'est une bonne nouvelle qui exige que l'on se rassemble et que l'on s'organise pour la suite. La suite sera une suite de combats, mais si on ne s'organise pas, évidemment, on risque de se retrouver dans une situation beaucoup plus grave dans cinq ans que celle à laquelle nous avons été confrontés et qui est structurelle. Pendant sa campagne, Emmanuel Macron a très peu parlé des relations avec le continent africain. Que peut-on attendre de ce second mandat ? Il faut que, lors de ce second mandat, il s'attaque à ce qu'il reste à faire, et il reste beaucoup à faire. Il reste beaucoup à faire au Sahel. Il reste beaucoup à faire en terme de redéfinition des termes de la présence militaire française en Afrique. Il reste beaucoup à faire en terme de repositionnement en faveur de la démocratie en Afrique. Il reste beaucoup à faire également en terme d'appui à la grande demande de mobilité qui travaille les nouvelles générations. Tout cela en plus des questions traditionnelles de développement, l'objectif étant d'accompagner des efforts locaux plutôt que de se placer dans une logique d'expansion des intérêts français en Afrique. Si on s'attaque à ces éléments, alors il sera possible de sortir une bonne fois pour toute de la Françafrique. Quand vous dites qu'il reste beaucoup à faire sur le plan de la présence militaire et notamment de l'engagement de la France au Sahel, on a vu que ces dernières années que la France avait tendance à se désengager, qu'est-ce qu'elle devrait faire de plus ? C'est tout le dispositif qu'il faut remettre sur la table, le dispositif mis en place au lendemain de la décolonisation. A quoi servent par exemple les bases militaires françaises en Afrique aujourd'hui ? Comment est-ce que cette présence sur le continent peut aider à l'émergence d'un dispositif de sécurité dans lequel les Africains-mêmes joue le premier rôle ? Il y a un gros réarmement intellectuel à faire, si effectivement on veut transformer la relation. Concernant la monnaie, le franc CFA, comment la France peut-elle effectivement aider les pays qui le souhaitent à quitter la Zone franc sans qu'il n'y ait de séquelles majeures ? Elle peut les aider en sortant elle-même de la Zone franc, ou bien en les accompagnant dans la mise en place d'une monnaie régionale. L'Eco par exemple. L'objectif général doit être d'accompagner les Etats de la sous-région à s'accorder sur une politique monétaire autonome et en phase avec le projet général d'ouverture d'une zone de libre-échange sur le continent. En octobre 2021, vous avez remis une contribution qui liste une série de conseils pour refonder les relations entre l'Afrique et la France, et vous préconisez notamment de créer un « nouveau narratif » dans les relations franco-africaines. Pourquoi ce travail est-il si important ? Ce travail est très important, il est aussi important que ce qui se fait d'ores et déjà. Je pense à la mise en place du Fonds de soutien à l'innovation pour la démocratie, où on a enregistré des progrès. L'idée est que ce fonds soit mis en place dès le 8 octobre prochain, un an après le sommet. On a une histoire commune, elle est ce qu'elle est : elle est ineffaçable. Avoir une histoire commune ne veut pas nécessairement dire avoir un futur en commun. Ce futur en commun, il faut l'inventer. On ne peut pas l'inventer si effectivement on n'arrive pas à interpréter sur des bases plus ou moins communes ce qui nous lie, et à recréer des liens qui libèrent plutôt que des liens qui enchaînent. C'est ça tout l'enjeu du nouveau narratif.

    «African Workplaces»: «L'idée, c'est de donner un peu de visibilité à ce monde du travail», explique Chloé Josse Durand

    Play Episode Listen Later Apr 24, 2022 5:34

    Donner à voir et à entendre le quotidien, souvent ignoré, des travailleuses et travailleurs sur le continent : c'est l'un des objectifs de l'exposition « African Workplaces », visible jusqu'au 30 avril à l'Alliance Française de Nairobi. RFI reçoit ce matin la chercheuse Chloé Josse Durand, pensionnaire de l'Ifra (l'Institut Français de Recherche en Afrique), l'une des commissaires de l'exposition. Elle répond au micro Florence Morice. ► Lien de l'exposition "African Workplaces" ►À lire aussi : [EN IMAGES] Plongée dans le monde du travail en Afrique

    Insécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest: «La guerre en Ukraine aggrave une situation déjà préoccupante»

    Play Episode Listen Later Apr 22, 2022 3:55

    L'Agence française de développement (AFD) publie une note analytique concernant les conséquences de la guerre en Ukraine sur les économies africaines – déjà fragilisées par la pandémie de Covid-19, les conflits et les changements climatiques sur fond de flambée des prix, notamment du pétrole et du blé. Conséquences au premier rang desquelles se trouve l'aggravation de l'insécurité alimentaire. Pour Matthieu Le Grix, expert agricole à l'Agence française de développement, la situation économique et sociale pourrait devenir intenable. Il est l'invité de Carine Frenk. RFI : La guerre en Ukraine signifie la faim en Afrique. C'est ce qu'a déploré la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, à la mi-mars. Vous partagez ces inquiétudes ? Matthieu le Grix : Oui, tout à fait. La situation est effectivement alarmante, mais il faut aussi dire très rapidement que l'Afrique subsaharienne en particulier n'a pas attendu la guerre en Ukraine pour être dans une situation très préoccupante du point de vue de la sécurité alimentaire. En Afrique de l'Ouest, la situation se dégrade depuis trois ans maintenant. Et finalement, la guerre en Ukraine, dans cette région, ne fait qu'aggraver une situation préexistante. Vous parlez d'un risque majeur aujourd'hui ? Oui. Tout à fait. Les dernières données du Réseau de prévention des crises alimentaires en Afrique de l'Ouest sont éloquentes. Elles indiquent qu'à l'échéance de la soudure de 2022, entre les mois de juin et août, environ 40 millions de personnes en Afrique de l'Ouest seraient, seront en situation de crise alimentaire. On était il y a deux ans à environ 15 millions. Pourquoi cette menace est-elle particulièrement forte aujourd'hui ? La part de l'alimentation dans le budget des ménages en Afrique est particulièrement élevée. En Afrique de l'Ouest, on parle de 40 à 50% du budget des ménages qui est consacré à l'alimentation. Donc, toute hausse des prix de l'alimentation a un impact très important sur le pouvoir d'achat. Et s'agissant de l'impact sur le prix du blé, ce sont les populations urbaines qui vont être touchées en direct. Et donc, on peut effectivement exclure que ceci combiné à l'augmentation du prix de l'énergie et au phénomène inflationniste du coût que cela entraîne, qu'il y ait de véritables problèmes de pouvoir d'achat, notamment en ville et en Afrique de l'Ouest, et peut-être des conséquences sociales. L'autre élément très important, c'est l'augmentation du prix des engrais, parce que cela va poser la question de la sécurité alimentaire non pas maintenant, mais dans toute l'année qui vient et en particulier dans un an, parce que les engrais étant plus chers, la production en 2022 notamment au Sahel risque d'être moins importante. Et c'est donc la soudure 2023, c'est-à-dire correspondant à notre été 2023, qui risque encore une fois d'être très critique. Donc, l'impact, il est immédiat, mais il risque aussi d'être durable malheureusement dans les prochains mois et années. Certains pays ont pris des mesures pour limiter la hausse des prix et permettre à la population de se nourrir. Mais cela coûte très cher aux finances publiques. Pourront-ils tenir ?  C'est un facteur d'inquiétude important et en particulier en Afrique du Nord où les mécanismes de subventionnement du pain consomment beaucoup de finances publiques. Des économies qui sont déjà fragilisées. Il y a des inquiétudes fortes sur l'impact sur les finances publiques. Les bailleurs multilatéraux préconisent de sortir de ces dispositifs de subventionnement généralisé. Est-ce franchement envisageable vu la crise qui se profile ? Ce n'est pas envisageable à court terme et de manière radicale. La question qui doit se poser, à mon sens, c'est la pérennité de ces mécanismes de subventionnement. Ce n'est pas tant le principe que l'équilibre de ces dispositifs et leur pérennité. Donc, certains doivent être réformés, mais ce n'est certainement pas en préconisant leur suppression radicale et immédiate que les effets vertueux recherchés seront obtenus. Au-delà des mécanismes de subventionnement, il y a un autre mode d'intervention publique qui nous semble particulièrement important, ce sont les mécanismes de stockage à la fois à l'échelle nationale, et à l'échelle régionale. La Cédéao [Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest] notamment dispose d'une politique et d'un mécanisme de stockage régional qui fait jouer la solidarité régionale en cas de crise alimentaire. Et je crois que ces modes d'intervention publique pour prévenir les crises et y répondre doivent être vraiment remis en avant, renforcés, voire étendus.

    Prisons en Afrique: «On peut parler d'un mal enfermement»

    Play Episode Listen Later Apr 21, 2022 3:55

    En Afrique comme dans le reste du monde, le monde des prisons attire peu l'attention. Laissé sur le côté, refoulé, il est souvent décrit à coups de clichés. C'est pour rompre avec ces images très imparfaites qu'un groupe de chercheurs vient de publier « L'Afrique en prisons » chez ENS Éditions, à partir d'enquêtes réalisées dans dix pays. Frédéric Le Marcis est l'un des deux directeurs de cet ouvrage. Il est l'invité de Laurent Correau. RFI : La première chose à retenir sur les situations carcérales en Afrique, c'est d'abord leur très grande diversité. Il y a des pays où l'on enferme peu, d'autres où l'incarcération est plus importante. Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples de qui compose ces deux groupes ? Frédéric Le Marcis : Effectivement, l'Afrique est diverse dans ses expériences d'incarcération. Le Rwanda postgénocide présente un taux d'incarcération de 145 détenus pour 100 000 habitants. Ce qui est très important et qui est en fait le produit de l'histoire. Puisque dans les prisons rwandaises, il y a encore beaucoup de personnes qui ont été incarcérées suite au génocide. Alors que le Sénégal, par exemple, a un taux d'incarcération qui est de 68 détenus pour 100 000 habitants. On peut penser aux Seychelles qui présentent un taux d'incarcération de 287 détenus pour 100 000 habitants, qui est le résultat d'une politique extrêmement sévère et répressive concernant l'usage de stupéfiants, alors que la Guinée, elle, présente un taux d'incarcération de 28 détenus pour 100 000 habitants. Vous revenez dans l'un des chapitres sur le problème de la détention provisoire, la détention de personnes qui n'ont pas encore été jugées et qui seront d'ailleurs peut-être innocentées. On est frappé par les chiffres que vous citez : à la maison centrale de Conakry, 63% des détenus sont en attente de jugement dont 16% depuis plus de cinq années… Oui. Pourquoi cela ? Simplement parce que la justice, d'une part, est trop lente, mais aussi parce que certains détenus entrent en prison sans être présentés à un juge et vont rester plusieurs années en prison sans voir le juge. J'ai observé ce type de situation en Côte d'Ivoire également, où des détenus vont finir par sortir de prison sans jamais avoir été inculpés. Alors dans différents pays africains, il y a une réflexion qui s'est engagée sur le problème du mal enfermement. Pourquoi parle-t-on de mal enfermement ? La question en fait qui se pose, ce n'est pas : est-ce qu'on met trop de gens en prison en Afrique, mais c'est qu'on les enferme mal ? On peut parler de mal enfermement au moins pour deux raisons. D'abord du point de vue des conditions d'enfermement, à savoir les conditions d'alimentation et de soins dans les prisons africaines, et également l'échelle de la prison, s'il l'on croit au projet réformateur de la prison qui est donc finalement de transformer officiellement des délinquants en bons citoyens. Le peu de personnes enfermées en prison, c'est plutôt pour eux une expérience de désaffiliation sociale : ils sont coupés de leur famille, ils ne sont pas pris en charge par l'État et ils n'ont pas non plus accès à des formations qui pourraient leur permettre de se projeter différemment à leur sortie. Ces problèmes sont, il faut le dire, consubstantiels de la prison dans le monde. Donc, il y a cette réflexion sur le mal enfermement qui existe sur le continent, qui est portée par qui ? Elle est portée par les acteurs classiques de la question carcérale, on pense notamment au CICR [Comité international de la Croix-Rouge] et aussi par les détenus eux-mêmes. Nous montrons dans notre travail la façon au Cameroun dont les détenus eux-mêmes essaient de faire valoir leurs droits. Il y a un autre acteur qui est également important à souligner, c'est tous les membres de l'administration pénitentiaire qui ont été embarqués, à un moment de leur carrière, auprès de l'ONU pour gérer des prisons de l'ONU, qui en Haïti, au Congo, et qui de retour dans leur propre pays, deviennent des réformateurs parce qu'ils incarnent par leur pratique une manière différente de gérer la prison. Est-ce qu'on voit déjà des alternatives à l'emprisonnement offrir des solutions prometteuses dans certains pays ? Oui. Il y a la mise en place de maisons de justice dans les quartiers qui visent à avoir une garantie, en tout cas d'une forme d'équité dans la façon de dire le juste. On doit aussi reconnaître des programmes d'introductions des TIG, des travaux d'intérêt généraux. Ceux-ci rencontrent cependant des difficultés, il ne suffit pas qu'un juge donne une peine d'un travail d'intérêt général, il faut qu'il y ait dans les sociétés concernées, des structures capables d'accueillir ces personnes pour les travaux d'intérêt généraux. On doit également souligner la possibilité de commissions vérité et réconciliation. Le problème des commissions vérité et réconciliation, c'est que bien souvent, elles éludent le problème de la réparation en termes financier pour les victimes des crimes commis. « L'Afrique en prisons » est publié par ENS Editions, de Frédéric Le Marcis et de Marie Morelle.

    Gilbert Kafana Koné: «Le chef de l'État fait en sorte que les Ivoiriens se retrouvent dans ses choix»

    Play Episode Listen Later Apr 20, 2022 6:14

    Le poste est resté vacant pendant deux ans, mais aujourd'hui la Côte d'Ivoire a un nouveau vice-président. Il s'agit de Tiémoko Meyliet Koné, qui était jusqu'à présent le gouverneur de la BCEAO. Est-ce à dire que le président Alassane Ouattara commence à penser à sa succession ? Depuis le mois dernier, Gilbert Kafana Koné, qui est le maire de la commune de Yopougon, préside le directoire du RHDP, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix. C'est donc le nouveau patron du parti au pouvoir. En ligne d'Abidjan, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI: Pourquoi le choix s'est-il porté sur Tiemoko Meyliet Koné ? Gilbert Kafana Koné : Le président lui-même vous a décrit les compétences du gouverneur [Tiemoko] Meyliet Koné. C'est par rapport donc à ces critères de compétence et d'expérience, aussi bien politiques qu'économiques, que le choix a été porté sur lui. C'est vrai qu'il a un profil d'économiste puisqu'il a été gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) pendant ces 11 dernières années. Mais justement, le président n'a-t-il pas préféré choisir un économiste plutôt qu'un homme politique, afin que ce futur vice-président ne lui fasse pas trop d'ombre ? Vous savez que le précédent vice-président avait plus ou moins le même profil. Daniel Kablan Duncan… Voilà. Lui faire de l'ombre, je ne vois pas en quoi il peut lui faire de l'ombre. Il est le chef de l'Etat, celui qui a été désigné par le peuple de Côte d'Ivoire. Il choisit ses collaborateurs en fonction donc de ce qu'il a attend d'eux. Le nouveau vice-président a longtemps travaillé avec Guillaume Soro quand celui-ci était Premier ministre (2007-2012). Est-ce que cela ne pose pas de problème pour aujourd'hui ? Non. Cela ne pose pas de problème. Ce n'est parce que Guillaume Soro a dérivé que tous ceux qui ont collaboré avec lui devraient être des parias. Non, ce sont les compétences, ce que chacun peut apporter à la Côte d'Ivoire. C'est ça qui est à la base de ce choix-là. Et c'est un homme de confiance ? Oui. C'est un homme de confiance, un homme discret, je peux le dire. Le nouveau vice-président est originaire du Nord, comme le chef de l'Etat. Est-ce que cela ne risque pas de poser un problème d'équilibre régional ? Je ne vois pas en quoi cela pose un problème d'équilibre. Vous savez que, précédemment, le vice-président était du Sud et le Premier ministre était du Nord. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Je ne vois pas du tout en quoi l'équilibre peut être remis en cause. Est-ce qu'en devenant vice-président, Tiemoko Meyliet Koné devient présidentiable ? Présidentiable ? L'avenir le dira. Il appartiendra aux Ivoiriens d'apprécier. Sur RFI et France 24, il y a deux mois, le président Alassane Ouattara a déclaré qu'il ne savait pas encore s'il serait candidat en 2025, mais qu'il y avait une demi-douzaine de possibles successeurs auxquels il pensait. Est-ce que Tiemoko Meyliet Koné fait partie de cette demi-douzaine de successeurs possibles ? La demi-douzaine, c'est le secret du président de la République. Il ne m'a pas confié la demi-douzaine à laquelle il pensait. En ce qui nous concerne, nous ne pensons pas être une demi-douzaine. La demi-douzaine, pour nous, c'est lui. Donc, vous pensez qu'en 2025, Alassane Ouattara sera candidat à sa propre succession ? Il reposera une candidature ? Ce qui est certain, c'est que la Constitution l'autorise à le faire. Vous savez que le président Ouattara fait un travail extraordinaire. Oui, mais tout de même, il y a deux ans, Alassane Ouattara avait annoncé son départ juste avant le décès du regretté Amadou Gon Coulibaly en juillet 2020… Oui. Je suis d'accord avec vous, mais le sort en a décidé autrement et je crois qu'il vaut mieux laisser les Ivoiriens apprécier ce qu'il est en train de faire. Oui, mais franchement, s'il y a deux ans, il a déjà pensé à partir et si, aujourd'hui, il nomme un vice-président, n'est-ce pas pour se retirer en 2025 ? Mais pourquoi voulez-vous spéculer ? Laissez-le, c'est lui qui décidera. Ce qui importe, c'est ce qu'il fait pour les Ivoiriens. Puis le moment viendra. Alors évidemment, avec son arrivée à la vice-présidence, Tiemoko Meyliet Koné devient un possible successeur. Mais est-ce qu'il n'y en a pas quand même 5 ou 6 autres, à commencer par vous-même ? Je vous ai déjà répondu. Ne spéculez pas sur les possibles successeurs. Nous n'en sommes pas là. La limite d'âge à 75 ans pour être candidat à la présidentielle, vous êtes pour ou contre ? L'âge importe peu et je ne suis ni pour ni contre. Et a priori, s'il n'y a pas de révision de la Constitution, messieurs Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié pourront être candidats en 2025 ? Ce sera à eux de décider le moment venu.

    Clément Miérassa: une de nos préoccupations, «le silence des autorités sur les scandales financiers»

    Play Episode Listen Later Apr 19, 2022 12:36

    Au Congo-Brazzaville, « l'amélioration du processus électoral est une quête permanente », a déclaré le Premier ministre Anatole Collinet Makosso vendredi 15 avril sur RFI. Dans trois mois, en juillet, auront lieu les élections législatives. L'opposition est-elle prête à faire confiance dans les propos du Premier ministre ? Ira-t-elle à ce scrutin ? Clément Miérassa préside la Fédération de l'opposition congolaise. En ligne de Brazzaville, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : Vous dénoncez souvent la gabegie à la tête du gouvernement congolais, mais la facilité de crédit de quelque 450 millions de dollars que le Fonds monétaire international (FMI) vient d'accorder à votre pays, n'est-ce pas la preuve quand même que le gouvernement fait des efforts ? Clément Miérassa : Vous savez bien que, dans ce cadre, nous avons eu un problème de dette cachée. Cette fois-ci, il semble qu'ils aient renoué avec le Fonds monétaire international. Mais des problèmes de gabegie ne sont pas réglés, parce qu'en matière de lutte contre la corruption, au moment où des pays comme l'Angola font des prouesses -l'Angola a pu recouvrer cinq milliards de dollars en 2019, a recouvré en début d'année 11 milliards de dollars-, mais au Congo, absolument rien ne se passe. Et une de nos préoccupations, c'est justement le silence observé par les autorités sur les graves scandales économiques et financiers. Pour développer l'agriculture, le gouvernement va faire venir des fermiers rwandais qui vont exploiter quelque 12 000 hectares de terres arables pendant 25 ans. Est-ce que c'est un bon exemple de coopération Sud-Sud ? Pour nous, ce n'est pas un bon exemple. C'est la négation de la capacité au travail des Congolais. Et en plus, cela se fait en violation flagrante des lois et règlements de la République, notamment l'article 219 qui dit que « Nulle cession, nul échange, nulle adjonction du territoire national n'est valable sans le consentement du peuple congolais appelé à se prononcer par voie de référendum ». Mais le gouvernement dit qu'il n'y a aucune cession puisque ces terres seront exploitées par une « société de droit congolais soutenue par une holding rwandaise »… Ça, c'est le gouvernement qui le dit. Nous suspectons qu'il s'agit d'une cession et nous regrettons que ces accords ne soient pas disponibles pour toute l'opinion nationale. Dans trois mois, c'est-à-dire au moins de juillet, sont prévues les élections législatives. Est-ce que la Fédération de l'opposition congolaise y participera ? Pour nous, je dois vous dire que, pour la concertation d'Owando, le ministre de l'Administration du territoire avait reçu la Fédération de l'opposition congolaise le 1er mars et lui avait proposé six places pour prendre part à cette concertation. Nous avons considéré que c'était une mascarade et nous avons décliné cette offre. Pour l'instant, tout ce qui se fait va dans le sens d'une élection qui ne sera ni transparente ni libre ni démocratique ni crédible. Donc, avant l'élection, nous aurons un conseil fédéral de notre fédération. Nous aurons également une convention. Je crois que nous irons dans le sens de ne pas participer à ces élections législatives qui se feront dans l'irrespect total des lois et règlements de la République. Mais beaucoup disent que la nature a horreur du vide. Est-ce que d'autres partis d'opposition comme l'Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) de Pascal Tsaty Mabiala et l'Union des démocrates humanistes-Yuki (UDH-Yuki) du défunt Guy Brice Parfait Kolelas ne vont pas y aller, eux, et ne vont pas prendre votre place dans le cœur des électeurs ? Je ne me mets pas à leur place. Mais, quand je prends le cas par exemple de l'UPADS de Pascal Tsaty Mabiala, il vous souviendra que l'UPADS avait décidé de ne pas aller à l'élection présidentielle [de 2021]. Et il y a un autre leader de l'opposition qui avait déclaré qu'on ne peut pas aller à une élection dont les résultats sont connus d'avance. Mais les conditions n'ont pas du tout changé. Tout cela se fera dans l'irrespect total des lois et règlements de la République. Mais à force de ne pas aller aux élections, est-ce que les électeurs ne vont pas finir par vous oublier ? Mais s'ils nous oublient, vous savez bien que la Fédération de l'opposition congolaise souffre d'avoir deux de ses leaders charismatiques en prison. Vous savez bien qu'André Okombi Salissa et Jean-Marie Michel Mokoko ont déjà purgé six ans de prison, c'est extrêmement lourd. Vous savez également qu'il y a eu des démarches menées par le groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées. Je crois que c'est un problème qui préoccupe beaucoup de pays, qui préoccupe beaucoup de personnalités tant congolaises qu'extérieures. Et nous pensons qu'il faut que l'on aille vers effectivement leur libération effective. Nous continuerons notre combat là-dessus.

    Mali: «L'enjeu de ce sommet (de la Cédéao) est tout aussi important pour l'avenir de la Cédéao que du Mali»

    Play Episode Listen Later Jan 5, 2022 12:20

    Pour l'avenir du Mali, le sommet extraordinaire de la Cédéao, dimanche prochain à Accra, sera sans doute décisif. C'est pourquoi Goodluck Jonathan, l'envoyé spécial de la Cédéao, vient le préparer dès ce mercredi à Bamako. Les dirigeants de l'Afrique de l'Ouest vont-ils accepter une transition militaire de cinq ans au Mali ? À priori, non. Mais attention, avec les divisions au sein de la Cédéao, tout peut arriver, nous explique Niagalé Bagayoko, chercheuse au Réseau africain pour le secteur de la sécurité, basé à Accra. RFI : « La transition doit faire des réformes institutionnelles structurantes pour que les futures élections soient équitables », dit le rapport final des Assises nationales de Bamako. Qu'est-ce que vous en pensez ?  Niagalé Bagayoko : C'est l'un des volets qui, d'un point de vue déclaratoire, pourrait être le plus crédible selon moi dans la mesure où l'on s'aperçoit que les cycles électoraux successifs suscitent de moins en moins l'adhésion des populations, que l'on est face à une sorte de désillusion démocratique, et que donc l'idée que la mise en œuvre de réformes doit primer sur l'organisation des scrutins peut s'entendre. Ce qui est le plus problématique en revanche, ce sont les délais prévus pour la mise en œuvre. Parce qu'un délai de cinq ans, en réalité six ans et quelques mois depuis l'arrivée au pouvoir de la junte, est véritablement problématique. Cela excède même la durée d'un mandat électif dans un grand nombre de démocraties.  Et la presse malienne de souligner le fait également que le colonel Assimi Goïta devrait tirer la leçon de l'histoire qui montre que tous ses frères d'armes qui ont pris le pouvoir par la force en sont ressortis par la petite porte. Est-ce que c'est si vrai que cela ?  Alors, c'est vrai dans une certaine mesure, mais ils sont quand même demeurés au pouvoir pendant de très longues années. Si l'on prend le cas de Moussa Traoré qui a effectivement quitté le pouvoir seulement au bout d'une vingtaine d'années. Moussa Traoré qui, d'ailleurs, est demeuré, paradoxalement ou non, jusqu'à son décès récent, une figure perçue comme très crédible et comme un recours éventuel en termes de conseil ou d'orientation politique. Le cas d'Amadou Toumani Touré est différent puisque lui-même avait choisi de laisser le pouvoir aux civils et il est revenu par le biais d'un scrutin démocratique. Et si l'on prend le cas d'Amadou Sanogo, il n'a effectivement pas pu prolonger son passage au pouvoir, mais il a bénéficié d'une amnistie. Donc, je ne partage pas totalement cette analyse.  Et, est-ce que les 23 ans de régime du général Moussa Traoré peuvent être le modèle du colonel Assimi Goïta et du Premier ministre Choguel Maïga ?  Je pense que c'est extrêmement difficile, mais que tout l'enjeu se situe là en réalité. Parce que ce qui est au cœur de la situation malienne aujourd'hui est de savoir ce qu'est réellement la démocratie, parce que bien entendu le contexte international n'est absolument pas le même que celui dans lequel a exercé ses fonctions Moussa Traoré, mais l'on s'aperçoit d'un durcissement sur la scène internationale plus généralement qui pourrait suggérer qu'en effet des pouvoirs plus autoritaires s'installeront. Cela dit, aujourd'hui, à l'heure des réseaux sociaux, à l'heure où un certain nombre d'organisations de la société civile ont acquis une certaine liberté de parole, si ce n'est d'influence, il pourra, à mon avis, être extrêmement difficile de s'inspirer de l'expérience de Moussa Traoré.  Ces Assises nationales de Bamako ont été boycottées par de grandes coalitions de l'opposition, mais malgré tout, est-ce que la junte et son Premier ministre Choguel Maïga ne bénéficient pas tout de même d'une certaine base populaire ?  Il semble que oui, indéniablement. Ce qui caractérise l'actuel régime au pouvoir au Mali est à la fois une grande habileté d'un point de vue diplomatique, sur la scène internationale, mais aussi la capacité à répondre à certaines des aspirations populaires qui ont provoquées les manifestations massives qui ont conduit à la destitution du président IBK. Je pense notamment à la mise en œuvre de cette politique en matière de lutte contre la corruption qui est extrêmement populaire, tout comme de l'intention manifeste d'élargir les partenariats stratégiques avec les différents acteurs internationaux. Mais il n'est cependant pas certain que la junte réponde à toutes les attentes, et notamment d'un point de vue sécuritaire parce qu'aujourd'hui c'est quand même l'enjeu majeur.  Dimanche se tiendra un sommet extraordinaire de la Cédéao sur le Mali. Qu'est-ce que vous en attendez ?  Je pense que ce sommet est absolument crucial. Non pas seulement pour le Mali, mais pour la Cédéao elle-même. Parce que l'on parle très souvent du sentiment qui se manifeste contre la France, contre la Minusma, contre les acteurs internationaux en général, derrière lesquels on voit une instrumentalisation, mais on parle beaucoup moins de ce rejet de plus en plus massif dont fait l'objet la Cédéao en raison des contradictions entre son mandat et les objectifs qu'elle s'est fixée et les décisions prises. De manière très concrète, la Cédéao, à travers la vision 2020 qui avait été adoptée en 2007, avait résolu de passer d'une Cédéao des États à une Cédéao des peuples. Et on s'aperçoit, à l'inverse, qu'il s'agit d'une organisation dont les décisions sont de plus en plus intergouvernementales et qui contribuent à asseoir, si ce n'est des coups d'États, en tout cas des manipulations ou des changements constitutionnels qui sont peu conformes notamment au protocole de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance. Donc, il s'agira de voir dans quelle mesure ce sommet permettra à la Cédéao de jouer sur cette ligne de crête extrêmement étroite entre des sanctions crédibles et qui puissent être efficaces, parce que touchant au cœur du fonctionnement de l'État malien, sans se mettre à dos les populations maliennes ou plus largement celles de la sous-région.  Donc vous êtes contre un éventuel blocus économique du Mali ?  Toute la difficulté des sanctions économiques est précisément le fait qu'elles touchent avant tout les populations davantage que les dirigeants. La Cédéao a adopté récemment des mesures qui touchent un nombre limité de personnalités, quand je dis limité c'est un nombre qui est relativement large, et cela de manière inédite puisqu'il s'agit de 150 personnes, dont les biens et les avoirs et les possibilités de voyager ont été restreints. Mais on voit très bien que cela n'a absolument pas empêché les autorités actuelles de prendre des décisions qui vont à l'encontre des demandes de la Cédéao. Donc, effectivement, les mesures les plus efficaces sont celles qui touchent le plus grand nombre de Maliens, mais attention pace que le rôle des opinions publiques, le rôle de la colère et de l'exaspération populaire devient, à mon avis, le facteur central de l'évolution actuelle de la gestion de la crise malienne et plus largement de la crise sahélienne.  Et quelle est l'alternative à un blocus économique ?  Il y a, en réalité, extrêmement peu de solution. C'est là que l'on voit la problématique posée par tout le décalage entre l'arsenal institutionnel et juridique, qui a été construit depuis les années 2000 dans le cadre de la Cédéao et de sa mise en œuvre, si l'on regarde l'ensemble de ces textes, y compris le protocole dont je parlais, qui est additionnel au mécanisme de gestion des conflits lui-même adopté en 1999 et aux différents codes de conduite des forces armées et de sécurité. Tous les éléments existent d'un point de vue formel. Mais on s'aperçoit que leur mise en œuvre n'a finalement jamais, véritablement, été appliquée, donc on se retrouve face à une situation dans laquelle les possibilités d'action sont extrêmement restreintes. Aujourd'hui, je crois malheureusement que l'on s'achemine vers des régimes davantage autoritaires, sans doute beaucoup moins respectueux d'un certain nombre de pratiques démocratiques, mais dont il ne faut pas croire qu'ils pourront s'éterniser au pouvoir, puisqu'une fois de plus, je pense qu'il faut qu'ils répondent aussi aux attentes des populations dont l'exaspération pourrait aussi, très rapidement, les balayer.  Donc en fait, vous prônez la clémence pour les dirigeants ouest-africains qui se réuniront dimanche prochain, c'est ça ?  Non, absolument pas. Moi, je pense qu'il faut absolument appliquer les principes qui sont consignés dans les textes et être extrêmement ferme dans leur imposition. Mais je ne suis pas certaine qu'ils puissent être suivis d'effets étant donné l'ensemble des contradictions que l'on a vues dans la prise de position d'instances comme la Cédéao ou comme l'Union africaine au cours des dernières années.  Oui, c'est-à-dire que vous pensez qu'il y a des divisions au sein de la Cédéao, avec des États inflexibles comme le Niger, et des États peut-être plus compréhensifs à l'égard de la junte malienne comme le Sénégal ?  Absolument, comme le Sénégal, comme le Togo, que l'on peut citer également. On voit très bien que le camp le plus inflexible n'est pas forcément majoritaire à l'intérieur de l'organisation. Et c'est là que l'on en revient à la logique intergouvernementale dont je parlais, où le type d'accession au pouvoir des différents présidents actuellement en place ne peut que peser sur les décisions qu'ils sont amenés à prendre par la suite.  Et si la Cédéao cède à la junte malienne sur cette transition de cinq ans, est-ce qu'elle ne devra pas céder aussi à la junte guinéenne ?  Tout à fait, c'est à cela que je pensais. C'est pour cela, à mon avis, que l'enjeu de ce sommet est tout aussi important pour l'avenir de la Cédéao elle-même que pour celui du Mali. Aujourd'hui, il en va de la crédibilité de tout ce qui a été construit pendant une vingtaine d'années, qui est mis à l'épreuve des faits, et il est attendu, effectivement, de l'ensemble des acteurs de voir s'ils sont capables de mettre en application les principes qu'ils prônent pour leurs voisins de la sous-région, sans pour autant se les appliquer à eux-mêmes.  Lors des travaux de conclusions des Assises nationales de la semaine dernière, les Russes ont été applaudis à Bamako. Les Occidentaux dénoncent publiquement l'arrivée du groupe Wagner au Mali, mais sans annoncer le retrait de la force Barkhane ou de la force Takuba. Est-ce à dire que la junte au pouvoir à Bamako est en train de réussir son pari de faire cohabiter soldats français et mercenaires russes ?  C'est là que l'on voit tout le danger qu'il y a eu à fixer sans arrêt de nouvelles lignes rouges qui ont finalement toujours été franchies par les autorités maliennes, que ce soit lorsque la France a exigé que toute négociation avec des groupes jihadistes soit exclue ou lorsqu'elle a demandé à ce que le calendrier électoral soit respecté. Et de nouveau aujourd'hui, en ce qui concerne l'arrivée de ce groupe, en effet, la déclaration du 23 décembre qui a été adoptée par un grand nombre de pays européens, quinze, plus le Canada, est effectivement étonnante puisque, alors qu'il avait été répété notamment par la France qu'elle quitterait le Sahel ou enfin en tout cas qu'elle ne pourrait absolument pas cohabiter avec le groupe Wagner, cette déclaration affirme que la France, les partenaires européens, resteront dans le pays. Donc, oui, à mon avis, il s'agit d'une victoire diplomatique pour la junte malienne de ce point de vue-là. Mais est-ce que cela pourra tenir d'un point de vue opérationnel ? Là encore, on pourra se poser la question dans la mesure où l'on voit très bien que le grand nombre d'acteurs sécuritaires internationaux d'ores et déjà présents sur place a eu les plus grandes difficultés à coordonner ses actions les unes avec les autres. Et l'on peut douter que cela s'améliore avec l'arrivée de ce nouvel acteur. 

    Élections locales au Sénégal: l'enjeu pour Macky Sall «c'est l'appréciation de sa gouvernance»

    Play Episode Listen Later Jan 4, 2022 3:55

    Au Sénégal, la campagne électorale des élections locales démarre le week-end prochain. Les candidats auront deux semaines pour convaincre, l'élection ayant lieu le dimanche 23 janvier. Les enjeux vont bien au-delà du contrôle des grandes villes, car ce scrutin permettra aux différentes forces politiques sénégalaises de confirmer leur ascension, d'asseoir leur hégémonie, ou d'essayer d'enrayer leur déclin. Pour en parler notre invité ce matin est Moussa Diaw, professeur de Science politique à l'université de Saint-Louis. Il répond aux questions de Laurent Correau

    Élections en Libye: «Repousser sans revisiter le cadre juridique serait une plaisanterie», estime J. Harchaoui

    Play Episode Listen Later Jan 3, 2022 8:08

    C'était promis juré, les Libyens devaient élire leur nouveau président le 24 décembre dernier. Mais finalement, il n'y a pas eu d'élection. Et aujourd'hui, le Parlement de Tobrouk est incapable de fixer une nouvelle date, au grand dam de la communauté internationale qui demande aux Libyens de « préserver la dynamique » en faveur de ce scrutin. Alors, les Libyens voteront-ils en 2022 ? Jalel Harchaoui est spécialiste de la Libye et chercheur à l'ONG Initiative Globale, basée à Genève. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Ami Yerewolo, rappeuse malienne: «J'amorce l'année 2022 par une chanson dédiée à la spiritualité»

    Play Episode Listen Later Jan 2, 2022 6:05

    Nous faisons escale au Mali ce dimanche. A 29 ans, la rappeuse Ami Yerewolo, deuxième du prix RFI en 2017, a sorti en 2021 son 3ème album. Engagée auprès des nouvelles générations, elle se présente comme une humaniste et non une féministe. Son pays, l'avenir, la politique, Ami Yerewolo répond à RFI. 

    Contre l'apartheid, Mgr Tutu a dû lutter à la fois sur un «front théologique et un front politique»

    Play Episode Listen Later Dec 31, 2021 9:17

    Le chef de l'Église anglicane d'Afrique australe était aussi un théoricien. Desmond Tutu a ferraillé contre les pasteurs calvinistes qui justifiaient l'apartheid. Pour venir à bout de la ségrégation, il s'est même emparé d'une nouvelle arme idéologique : la théologie noire. Le prêtre catholique assomptionniste burkinabè Jean-Paul Sagadou, chroniqueur à L'Observateur Paalga, à l'origine des « Voyages d'intégration africaine » pour promouvoir le dialogue entre les religions, est l'invité de RFI. Il y avait beaucoup d'hommes d'église au temps de l'apartheid. Pourquoi est-ce monseigneur Desmond Tutu qui a pris le leadership de la lutte ? Je pense tout simplement que c'est lié au fait qu'il était engagé dans une église qui était elle-même fortement engagée dans la lutte contre l'apartheid et qui était installée déjà depuis longtemps en Afrique du Sud. Et sa trajectoire personnelle, elle-même, va contribuer énormément à faire de lui une figure emblématique dans la lutte contre l'apartheid. Alors, il était le chef de l'église anglicane. Mais, cette église, était-elle vraiment la seule qui luttait contre l'apartheid à l'époque ? Pas du tout. En fait, si on veut être large, on distingue plusieurs groupes à l'époque : les églises réformées hollandaises, qui étaient composées d'églises blanches dont les Afrikaners, qui ont essayé de justifier théologiquement le régime de l'apartheid. Mais il y avait aussi les églises membres du Conseil sud-africain des églises parmi lesquelles il y avait les méthodistes, les anglicans et les luthériens. Puis de l'autre côté, il y avait l'église catholique qui avait d'ailleurs le statut d'observateur au sein du Conseil sud-africain des églises. Donc en fait, en 1978, quand Desmond Tutu est devenu le chef du Conseil sud-africain des églises, c'est-à-dire des  églises anglicanes, méthodistes et luthériennes, il n'a pas seulement affronté le régime d'apartheid, il a également affronté les églises hollandaises qui justifiaient l'apartheid ? Tout à fait. C'est pour cela que l'enjeu se situait à deux niveaux. Il fallait d'abord déconstruire la théologie dite de l'élection, qui est défendue par les églises réformées hollandaises, et qui considère que [les fidèles de ces églises] constituent le peuple élu, donc la théologie de l'élection. On a même parlé de décolonisation de la théologie en Afrique du Sud, c'est-à-dire décoloniser cette théologie qui consistait à aller chercher dans la Bible des extraits bibliques pour justifier l'apartheid, et donc la domination des Blancs sur les Noirs. Puis, de l'autre côté, de manière beaucoup plus directe, [il fallait mener] la lutte elle-même contre l'apartheid. Donc, on va dire qu'il y a un front théologique et puis, de l'autre côté, il y a un front politique, les deux étant le carrefour autour duquel l'action de Desmond Tutu va se déployer finalement pendant toute sa vie. Mais comment les pasteurs des églises hollandaises de l'époque pouvaient-ils justifier l'apartheid ? Je crois que cela remonte déjà depuis l'esclavage. La Bible a été récupérée. Et donc, le fait de se sentir, de se réclamer comme peuple élu, c'était même une conviction pour beaucoup d'entre eux. Leur créateur, et souverain seigneur, leur avait témoigné une grâce spéciale en tant que peuple particulier. Donc, ils se sont appropriés, on va dire, la Bible. Et le théologien Jean-Marc Ela parlera même d'« une capture » de la Bible pour justifier la domination. C'est pour cela d'ailleurs qu'on considère que ce travail de la décolonisation de la théologie devrait continuer jusqu'à aujourd'hui. C'est ce qu'on appelait « la théologie de l'élection », c'est ça ? La théologie de l'élection, tout à fait. Et Desmond Tutu lui opposait la théologie de quoi alors ? La théologie qui était au cœur de la vie de Desmond Tutu est venue des Etats-Unis. Donc, c'est la théologie noire, qui [se développe] dans les années 1970 aux Etats-Unis, puisque ce pays est confronté aussi à la problématique de la ségrégation. Il y a un courant de théologie qui va naître autour d'un théologien, qui s'appelait James Hal Cone et qui va développer ce qu'on a appelé la « théologie noire ». Et cette théologie est différente de la théologie qui a été transmise depuis Saint-Augustin jusqu'à Karl Barth. Elle posait une seule question en fait : quel est le rapport entre l'évangile et la lutte des Noirs pour leur libération. Là, on est dans du concret. On n'est pas dans l'abstrait. Et la conviction, qui animait tout ce courant de théologie, c'est que dieu n'est pas indifférent à la souffrance, il ne supporte ni la cruauté, ni la duplicité. C'est de cela que tout le courant anglican, et ensuite catholique, va s'habiller pour lutter contre la théologie de l'élection. Est-ce qu'avec les théologiens de l'élection, c'est-à-dire les   partisans de l'apartheid, monseigneur Desmond Tutu a eu des disputes intellectuelles et théologiques comme il y en avait en Europe au Moyen-Age et à la Renaissance ? Oui. Cela s'est passé surtout dans les écrits. Il a énormément écrit. Et cela s'est passé beaucoup dans des conférences. On a des textes de lui sur la souffrance de l'homme noir. Il a dialogué avec la théologie africaine et la théologie noire. Et de ce point de vue-là, on peut dire qu'il y avait une sorte de concordance avec l'église catholique qui va aussi contribuer énormément à déconstruire la théologie de l'élection proposée par les églises réformées hollandaises. ► À lire aussi :  • Mort de Desmond Tutu: la «nation arc-en-ciel» perd une icône de la lutte contre l'apartheid • Afrique du Sud: «Avec Desmond Tutu, il y a eu des changements radicaux» dans les Églises

    En 2022, «il est très peu probable qu'il y ait une désescalade de la tension entre Alger et Rabat»

    Play Episode Listen Later Dec 30, 2021 12:45

    Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir il y a plus de deux ans, le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani a passé trois jours en Algérie et longuement rencontré son homologue Abdelmadjid Tebboune. Est-ce le signe d'un rapprochement au détriment du Maroc ? Ou le présage d'une médiation à venir de Nouakchott entre Alger et Rabat ? Raouf Farrah, chercheur en géopolitique et analyste principal à Global Initiative against Transnational Organized Crime, basée à Genève, est l'invité de RFI. RFI: Est-ce que cette visite du président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani à Alger témoigne d'un rapprochement entre Nouakchott et Alger, peut-être au détriment du Maroc ? Raouf Farrah : Je dirais plutôt que c'est une consolidation de la coopération entre Alger et Nouakchott. Il faut savoir que les rapports entre les deux pays se sont améliorés au cours des dernières années, notamment depuis août 2018 avec la fameuse ouverture d'un poste frontalier temporaire à la frontière qui lie les deux pays au Sahara. Il y a justement cette idée de création d'une zone franche à la frontière, d'où la création du poste frontalier qui a été construit en dur il y a quelques mois seulement. Et cela a permis d'avoir aujourd'hui des échanges économiques intéressants qui sont, certes, relativement faibles et qui sont estimés à à peine quelques millions d'euros, mais qui peuvent augmenter très vite. Et en plus de cela, il faut rajouter que ce qui intéresse surtout les deux pouvoirs, c'est aussi de désenclaver les deux régions frontalières qui sont assez pauvres. Je pense à la wilaya de Tindouf, côté algérien, et à la wilaya de Tiris Zemmour, côté mauritanien. Mais pour cela, il faudra construire le dernier tronçon de route qui manque, justement entre le poste-frontière qui lie les deux pays et la zone de Zouerate en Mauritanie. Et ça aussi, c'est un projet qui est à l'étude entre les deux autorités. Les exportations algériennes vers la Mauritanie ont doublé ces dernières années, mais est-ce que les relations commerciales de la Mauritanie ne sont pas beaucoup plus importantes avec le Maroc qu'avec l'Algérie ? Tout à fait. Les relations économiques mauritano-marocaines sont nettement supérieures à celles avec l'Algérie. Et c'est justement, d'après moi, la raison de cette visite, c'est qu'il y a une concurrence aujourd'hui entre Alger et Rabat sur qui sera en mesure d'être le plus proche de la Mauritanie. Et l'Algérie tente de concurrencer le Maroc. C'est l'une des dimensions d'une course au leadership maghrébin que se livrent l'Algérie et le Maroc dans le contexte actuellement très tendu d'une rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Traditionnellement, la Mauritanie cherche à rester neutre entre le Maroc et l'Algérie. Mais, depuis la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat à l'initiative d'Alger le 24 août dernier, est-ce que Nouakchott s'est rapprochée plutôt d'Alger ou plutôt de Rabat ? Je crois que Nouakchott a surtout essayé d'être fidèle à une position de neutralité, sans pour autant remettre en question ses engagements avec le Maroc, mais tout en consolidant ses relations diplomatiques avec l'Algérie. L'année 2021 a été détestable du point de vue des relations entre le Maroc et l'Algérie. Que peut-on attendre pour 2022 ? Il est très peu probable qu'il y ait une désescalade de la tension entre Alger et Rabat. L'entrée en jeu de l'interférence israélienne dans ce jeu de tension maghrébin est vraiment l'élément le plus important, selon moi, à retenir pour l'année 2021, et qui est peut-être l'élément le plus dangereux aussi parce que, du côté algérien, c'est perçu comme étant une vraie menace à la sécurité nationale et du côté marocain, disons que le soutien israélien a donné une sorte de coup de force à des velléités parfois bellicistes au sein de certaines parties du pouvoir marocain. Donc, l'entrée en jeu d'Israël, c'est un facteur déstabilisant, c'est un facteur d'insécurité, c'est un facteur qui va pousser les acteurs ayant les positions les plus dures à maintenir leur posture, alors que l'amélioration des relations diplomatiques entre l'Algérie et le Maroc passe par une approche diplomatique. Et ce n'est certainement pas l'arrivée d'Israël aux frontières de l'Algérie qui permettra d'aller dans ce sens. Est-ce que la Mauritanie peut faire médiation entre l'Algérie et le Maroc ? Je ne le crois pas. En tout cas, pas de manière officielle. Je crois plutôt qu'il y a eu, selon certaines sources qui nous sont parvenues, une tentative de médiation par l'Arabie saoudite qui a approché les deux diplomaties, mais sans succès. A mon sens, le pays, qui est le plus à même d'engager une médiation, serait certainement l'Espagne. Elle n'est pas directement engagée, et elle aussi extrarégionale. ► À lire aussi : Algérie-Maroc: des tensions diplomatiques de plus en plus fortes

    Wagner au Mali: la communauté internationale «condamne mais ne parle plus de retrait»

    Play Episode Listen Later Dec 29, 2021 6:47

    Et si les Français acceptaient de cohabiter avec les Russes au Mali ? L'hypothèse n'est pas exclue, affirme le général Bruno Clément-Bollée. Cet officier français à la retraite a commandé l'opération Licorne en Côte d'Ivoire et la Coopération de sécurité et de défense au Quai d'Orsay. Aujourd'hui, il est consultant international en matière de sécurité en Afrique. Et il réagit au communiqué des quinze pays occidentaux qui, le 23 décembre 2021, ont dénoncé l'arrivée de mercenaires russes au Mali sans annoncer pour autant un retrait de ce pays. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : La France affirme que le groupe Wagner a entamé le déploiement de mercenaires russes à Bamako. Le Mali dément formellement, alors qui a raison ? Général Bruno Clément-Bollée : Qui a raison, qui a tort, je ne sais pas. On avait noté quand même des signes sur le terrain. Je crois que la seule certitude aujourd'hui, c'est que des Russes vont arriver. Qui sont-ils ? Des coopérants militaires à l'image un petit peu des nôtres, de ceux que nous avons un petit peu partout en Afrique. Ou est-ce que ce sont des mercenaires de Wagner ? Je crois qu'à ce stade, je ne sais pas qui peut affirmer la vérité. Certains auraient reconnu des cadres de Wagner présents à Bamako, je ne sais pas ce qu'il en est. En Centrafrique, suite au départ des Français de Sangaris il y a cinq ans, les Russes de Wagner sont arrivés. Et ce sont eux, qui, il y a un an, ont sauvé le régime du président élu Faustin Archange Touadéra contre les rebelles de François Bozizé. Ne jouent-ils pas quelquefois un rôle positif ? Alors, on pourrait parler de la situation politique et sécuritaire en Centrafrique. Si vous estimez que la situation y est stable, alors effectivement, tout est permis pour le Mali. Je crois qu'on en est très très loin. Je note surtout qu'en Centrafrique, il y a une mission européenne à l'image de Takuba au Mali, qui vise à former des contingents centrafricains. Et, depuis que ces contingents ont été utilisés par Wagner, l'EUTM a arrêté sa formation. Aujourd'hui, finalement, la Centrafrique est un peu livrée à elle-même, et livrée à Wagner et un peu isolée au plan international. J'ai peur que ce soit un petit peu la même chose qui arrive au Mali. Le Mali souverain cherche à élargir son partenariat de sécurité et de défense, mais j'ai peur que ce soit un calcul à très très court terme. Au lieu de l'élargir, cela va plutôt le réduire. Si les Français de Sangaris n'étaient pas partis de Centrafrique il y a cinq ans, les Russes de Wagner seraient-ils arrivés ? Je ne sais pas répondre à cette question. Je note tout comme vous que c'est le retrait de Sangaris, qui finalement semble avoir permis l'arrivée des Russes. On n'est pas du tout dans le même schéma au Mali, puisque nous sommes encore très présents, nous, la France, au sein d'une coalition internationale importante, si on y ajoute la Minusma, les dix pays européens de Takuba, la force G5, ce qui n'existe pas en Centrafrique. La comparaison trouve très vite ses limites entre la Centrafrique et le Mali. Les Russes arrivent au Sahel au moment où les Français y sont de plus en plus contestés, comme le montrent les dernières manifestations au Burkina et au Niger, au passage du dernier convoi de ravitaillement de Barkhane. Cela sonne-t-il le glas d'une présence militaire française au Sahel ? Je ne crois pas que ça sonne le glas d'une présence militaire française. Je crois que ça nous montre la sagesse de la décision qui est de ne plus se mettre en première ligne, mais d'être moins visible, d'agir dans une configuration internationale. D'autant qu'il faut aussi admettre que derrière ces contestations, cette image dégradée, il y a quand même de sournoises manœuvres, dont on sait qui a les manettes, qui visent à dégrader l'image. Pensez-vous les mercenaires et paramilitaires de Wagner capables de repousser la menace jihadiste au Nord Mali ? C'est, je crois, la question qu'il faut vraiment se poser. Ce n'est pas avec 1000 mercenaires qui vont être isolés … Quand la force Barkhane était avec ses 5000 soldats, elle agissait au sein d'une coalition internationale beaucoup plus importante, avec entre 35 et 40 000 hommes. Là, on parle de 1000 soldats russes ou 1000 mercenaires qui vont être isolés, qui vont travailler avec les forces armées maliennes, j'imagine. Mais tout ce beau monde sera livré à lui-même. En termes d'efficacité, ce sera extrêmement difficile pour eux de tenir le terrain, ce sera quasiment même impossible. Ensuite, en Centrafrique, la société Wagner a montré à quel type de règles d'engagement elle obéissait ; et cette force s'est quand même illustrée par des exactions qui ont été pointées. On parle de plus de 200 exactions dans l'année. Ça fait quand même beaucoup. N'y-a-t-il pas des risques d'exactions aussi au Mali, certainement. Il y a des risques de tensions exacerbées. On peut se demander quelles vont être les réactions des communautés du nord en cas d'exactions, quelles vont-être les réactions de la population. Tout cela ne va pas concourir à redorer le blason de l'image des forces armées maliennes, si en plus elles s'affichent avec une force de mercenaires qui se comporte de la sorte. La junte au pouvoir à Bamako fait-elle appel à Wagner pour lutter contre les jihadistes ou pour se protéger elle-même ? On voit bien que la junte cherche à s'affranchir des règles que veut lui imposer la communauté internationale. Elle cherche à se maintenir, et finalement, c'est plus facile avec un partenaire qui ne vous demande pas de comptes politiques, face à une communauté internationale beaucoup plus exigeante sur ce plan. Mais on peut rajouter, derrière tout cela, que ce ne sera pas cadeau. Il y a quand même un prix à payer. On parlait de 10 millions de dollars par mois et la présence de géologues russes, à la recherche de gisements aurifères, et là aussi, ça nous ramène à la Centrafrique pour pouvoir régler l'addition.  Si c'est pareil au Mali, je ne pense pas que le Mali, vu l'état économique du pays, ait besoin de telles choses. Il y a un mois, les autorités françaises disaient que la présence de Wagner au Mali serait « incompatible » avec le maintien des Français au Mali. Mais aujourd'hui, concrètement, si Wagner débarque à Bamako, les Français vont-ils fermer leur base de Gao ? Je note que dans cette déclaration officielle de ces 15 pays, dont la France, on condamne, mais sans menacer de retrait. On n'en parle plus. On a l'impression qu'il y a une inflexion en effet dans le discours des Français ? En tout cas, on ne parle plus de retrait. Je crois que l'engagement français est toujours d'actualité, plus que jamais. Il cherche à s'adapter : on constate une présence moins visible, qui agit dans une configuration beaucoup plus internationale, donc moins en première ligne, en mettant plutôt en avant les contingents africains locaux. On sait bien aujourd'hui que la situation au Sahel ne pourra être réglée in fine que par les Sahéliens. Il faut une réponse sahélienne à une situation sahélienne, bien évidemment accompagnée par les alliés traditionnels. Donc, je crois que la présence française perdurera au Sahel, il n'y aura certainement pas de retrait. Finalement, les Français et les Russes ne vont-ils pas cohabiter au Mali ? N'est-ce pas l'espoir secret de la junte au pouvoir à Bamako ? C'est peut-être une possibilité. Si ce sont des coopérants militaires russes, après tout, le Mali est souverain, il a tout à fait le droit de faire appel aux partenaires qu'il souhaite. Dans ce cas-là, pourquoi n'imaginerait-on pas une cohabitation entre les militaires formateurs russes qui formeraient les contingents maliens, au même titre que la force Takuba continuerait son effort de formation vis-à-vis des contingents maliens et autres sahéliens ? Une cohabitation entre soldats français de Barkhane et mercenaires russes de Wagner est-elle possible ? Là, certainement pas. Je crois que, s'il y a confirmation de Wagner, on est au pied du mur. Il y aura une décision collective à prendre pour poursuivre ou non l'engagement. Les autorités maliennes le savent, et je pense que l'insistance avec laquelle les autorités maliennes démentent le fait que ce soit Wagner, mais affirment que c'est un contingent de coopérants militaires russes, prouve bien que les autorités maliennes cherchent quand même à ménager une présence internationale, dont le contingent français. ► À lire aussi : Wagner: l'annonce de quinze partenaires internationaux fait réagir

    Burkina: Achille Tapsoba, l'un des vice-présidents sanctionné du CDP, soupçonne une volonté d'écarter Blaise Compaoré

    Play Episode Listen Later Dec 28, 2021 5:49

    Au Burkina Faso, le parti de l'ex-président Blaise Compaoré est divisé. Un congrès organisé les 18 et 19 décembre 2021 a révélé des dissensions internes profondes. D'un côté, l'aile « futuriste » incarnée par Eddie Komboïgo, qui a été réélu pour un mandat de quatre ans, à la tête du parti. De l'autre, l'aile « historique » du CDP, qui conteste la légitimité de ce leader et lui reproche d'avoir organisé un Congrès contre l'avis de Blaise Compaoré. Sept vice-présidents, fidèles à l'ex-président, ont été suspendus du parti pendant six mois. Achille Tapsoba fait partie des sept vice-présidents sanctionnés par le Congrès. Au micro de Bineta Diagne, il donne sa version de la crise qui déchire le parti.    RFI : Vous avez été suspendu six mois au sein du CDP, est-ce que vous comptez toujours rester au sein du parti ? Achille Tapsoba : Je suis désolé, mais je ne suis pas suspendu. C'est plutôt le président Eddie qui fait l'objet d'une suspension, que nous avons prononcée depuis le 17 décembre 2021 à l'issu d'une délibération du bureau exécutif national, bien avant la tenue de son congrès. Le président élu Eddie Komboïgo insiste sur un point : il a été élu, selon lui, à l'unanimité des congressistes la semaine dernière, il a la légitimité du CDP. Nous avons estimé que le président Eddie a convoqué le congrès en ne respectant pas les statuts du règlement intérieur de notre parti et c'est faire donc un forcing pour aller à un congrès qu'il n'avait pas en fait le droit de convoquer. Vous parlez de forcing, mais est-ce qu'en interne vous avez épuisé toutes les voies de recours avant de vous adresser à la justice ? Les statuts sont clairs, le président d'honneur, le président Blaise Compaoré a la possibilité de convoquer tout organe ou toute instance qu'il souhaite convoquer pour l'intérêt supérieur du parti. Ayant constaté qu'il y a une situation conflictuelle au sein du parti, le président Blaise Compaoré a convoqué, le 17 décembre, une réunion extraordinaire du bureau exécutif national qui devait donc se pencher sur la question de la convocation. Le président Eddie devant présider la réunion, ne s'est pas présenté. Le parti avait l'obligation de recueillir ses orientations, comme c'est stipulé dans l'article 2 de cette résolution prise par le 7e congrès. On devait lui parler, le président Eddie avait l'obligation de recueillir les orientations du président d'honneur, le président Blaise Compaoré, par rapport à l'organisation du congrès, par rapport à toutes les thématiques qui devaient être traitées dans le Congrès. Il ne l'a pas fait et c'est un manquement grave de nos statuts de règlement intérieur. Et c'est eu égard à ce manquement grave que nous l'avons suspendu à l'unanimité du bureau exécutif national, à la majorité absolue des membres du bureau exécutif national. Donc, ce que vous demandez finalement à la justice, c'est de trancher et de demander à ce que Eddie Komboïgo ne soit plus président du CDP, c'est ça ? Nous nous sommes adressés au ministère en charge des Libertés publiques pour faire appliquer nos textes et que le ministère en charge des Libertés publiques puisse reconnaitre la validité de notre délibération, parce que c'est conforme à notre statut, et puisse récuser la validité de la tenue du congrès du président Eddie. En l'état, le congrès organisé par le CDP a revu les statuts du président d'honneur, donc Blaise Compaoré, qui se retrouve sans aucune attribution. Est-ce que vous lui avez parlé depuis ? Qu'est-ce qu'il dit à ce sujet-là ? Nous estimons que ce congrès et ces délibérations sont nulles et d'une nullité. Et nous comprenons pourquoi le Congrès a été organisé aux forceps, c'était justement pour dessaisir le président Blaise Compaoré de son parti et le dépouiller de toutes ces attributions, changer le nom du parti pour le décolorer, donc lui faire perdre son identité originale. Bref, c'est tout faire pour que le parti ne porte plus les empreintes du président Blaise Compaoré. Et voilà, ça a été finalisé par ce congrès. Qu'est-ce qui, selon vous, a attisé toutes ces divisions ? Est-ce que vous avez l'impression que depuis l'ouverture du procès sur l'assassinat de Thomas Sankara les choses vont de mal en pis ? Non, il n'y a pas de lien de cause à effet. Nous avons un parti qui s'est relevé difficilement des évènements de l'insurrection, qui s'est relevé difficilement de la période de transition, qui a connu beaucoup de contradictions internes. Et depuis l'avènement du président Eddie, les choses ne faisaient que s'empirer, c'est une des conséquences logiques de ce qui nous arrive depuis 2018, pratiquement, au sein du parti.

    Abdoulaye Bathily: «Desmond Tutu a joué un rôle d'éveil des consciences pour la communauté noire»

    Play Episode Listen Later Dec 27, 2021 5:34

    Desmond Tutu s'est éteint ce dimanche au Cap à l'âge de 90 ans. Prix Nobel de la paix, cet archevêque est considéré comme la conscience de l'Afrique du Sud, la « nation arc-en-ciel », terme qu'il a inventé après l'avènement de la démocratie en 1994 et l'élection de son ami Nelson Mandela. Desmond Tutu, homme d'église engagé, était la dernière des grandes icônes de la lutte contre l'apartheid. Pour en parler, Bineta Diagne s'entretient avec l'historien et politique sénégalais Abdoulaye Bathily, qui a notamment enseigné l'histoire des luttes de libération et du mouvement anti-apartheid en Afrique australe à l'université de Dakar dans les années 70 et 80. RFI : La première fois que vous avez rencontré Desmond Tutu en Afrique du Sud, quelle a été votre première impression ? Abdoulaye Bathily : C'est au tout début de la période qui a suivi l'effondrement du système d'apartheid, c'était au Cap. Il dégageait une curieuse impression d'un homme impressionnant, mais en même temps qui dégageait un air de modestie. Parlons un peu de son rôle dans l'histoire de son pays. Quel a été son rôle dans la chute de l'apartheid ? Il fait partie de cette phalange de dirigeants anti-apartheid qui ont joué un rôle essentiel dans les deux ou trois dernières décennies qui ont précédé la chute de l'apartheid à un double titre. D'abord en tant que prélat, il fait partie de ces religieux qui ont joué un rôle imminent comme autorité morale, autorité spirituelle de la communauté noire. Les prélats noirs dans les différentes églises, y compris dans l'église anglicane, ont joué un rôle d'éveil de conscience à travers leurs activités. D'autre part, il a participé activement dans les mouvements de masse en droite ligne de ce qu'on pourrait appeler de la « théologie de l'émancipation nationale ». Il s'est donc associé fortement d'une organisation comme l'ANC ou d'autres forces politiques, le parti communiste, etcétéra… Ils se sont associés très fortement à toutes les initiatives de libération prises par ces mouvements politiques. Est-ce que vous avez des exemples concrets des actions qu'il a pu mener, notamment qui vous ont été rapportées à travers les récits des exilés que vous avez pu côtoyer lorsque vous étiez enseignant à l'université de Dar es Salam ? Il n'est pas allé en exil, il est resté à l'intérieur. Et donc il y avait un mouvement de va-et-vient entre les militants de l'intérieur et les militants de l'extérieur. Par exemple, il a fortement soutenu Steve Biko. Et même à la mort de ce dernier, il a joué un rôle très important dans les funérailles. Il s'est toujours battu pour la libération des détenus en Afrique. Des détenus de toutes conditions d'ailleurs, que ce soit les mouvements politiques, les mouvements syndicaux, l'ANC, le Mouvement de la conscience noire, le Black Consciousness Movement. Donc, il a été en réalité de tous les combats. Comment décririez-vous la posture adoptée par Desmond Tutu vis-à-vis de la classe politique après l'apartheid ? Il fait partie de ces dirigeants des mouvements d'émancipation qui est resté fidèle à lui-même. Resté fidèle à ses convictions, à la fois conviction religieuse théologique de l'émancipation, mais en même temps, une lutte implacable contre la corruption. Il était resté une sorte de gardien vigilent des idéaux de la lutte de libération. Par exemple, on se rappelle son combat contre le président Zuma, toutes les dérives qui ont suivi la libération nationale. Certains hommes politiques, une fois la libération accomplie, évidemment, se sont engagés dans des initiatives de capture de l'État à travers des réseaux de corruption. Desmond Tutu, de manière permanente, s'est insurgé contre cela. Pour vous, ce n'est pas forcement paradoxal le fait que Desmond Tutu, après l'apartheid, ait été également très dur envers les militants de l'ANC ? C'est une tendance qu'on a notée dans certains mouvements de libération nationale, une fois accompli l'objectif de libération, ils ont succombé aux délices du pouvoir à travers différentes dérives dans la gouvernance. Desmond Tutu fait partie de ces dirigeants exceptionnels du mouvement anti-apartheid qui n'ont pas plié face aux privilèges, face aux tentations de pouvoir. Desmond Tutu a présidé la Commission vérité réconciliation pour faire la lumière sur les crimes commis pendant l'apartheid, mais ces détracteurs lui reprochent de ne pas avoir sanctionné durement les auteurs de crimes. Quelle analyse faites-vous de la méthode employée par Desmond Tutu pour tourner la page de la haine raciale ? La méthode qu'il a employée dans la Commission vérité réconciliation a fait école un peu partout sur le continent et même au-delà. Ce qui prouve quand même que cette méthode-là a eu du sens du point de vue historique, tout le monde se réclame peu ou prou de la méthodologie utilisée par Desmond Tutu. À la fois après le génocide au Rwanda, mais également dans d'autres pays. Des siècles de crimes commis par le régime d'apartheid ne pouvaient pas tous être punis individuellement, donc il fallait trouver de manière générale, une méthode qui puisse, sans pouvoir oublier ces crimes, au moins les faire reconnaître par leurs auteurs pour que le pays puisse repartir sur une base nouvelle.

    Afrique du Sud: «Le symbole de l'arc-en-ciel comme héritage, c'est vraiment du pur Desmond Tutu»

    Play Episode Listen Later Dec 26, 2021 3:56

    Le Dr Mamphela Ramphele, médecin de formation, est une ancienne militante anti-apartheid. Elle a fait la rencontre de Desmond Tutu dans les années 1970, quand elle faisait partie du mouvement de la Black Consciouness avec son conjoint le militant Steve Biko assassiné en 1977. Aujourd'hui elle préside la Desmond Tutu IP Trust qui gère la propriété intellectuelle de Desmond Tutu qui est décédé ce 26 décembre. RFI : Est-ce qu'il est possible de situer le moment où Desmond Tutu est devenu une icône de la lutte contre l'apartheid. C'était bien avant son prix Nobel de la paix reçu en 1984 ? Dr Mamphela Ramphele : Je ne dirais pas qu'il existe un moment en particulier, mais c'était quand il est devenu le Secrétaire général du Conseil sud-africain des églises, à partir de 1978. Il était à l'avant-poste pour défendre les gens qui étaient violemment oppressés. Il est devenu la voix qui s'est dressée et a dit au régime de l'apartheid : vous avez peut-être l'air puissant, mais le Dieu que nous prions l'est encore plus. Il est aussi devenu la voix qui appelait au boycott économique de l'Afrique du Sud, et c'est ce qu'il l'a mis sous le feu des projecteurs. Desmond Tutu a présidé la Commission vérité et réconciliation censée faire la lumière sur les crimes commis sous le régime de l'apartheid. Réconcilier mais aussi rendre justice aux victimes. Et sur ce dernier point, certains l'accusent d'avoir été trop faible, notamment la jeune génération qui estime que les bourreaux du régime s'en sont sortis à bon compte. Est-ce injuste de penser comme cela, et a-t-il souffert de ces critiques ? C'est injuste de reprocher à Desmond Tutu l'inefficacité de la Commission vérité et réconciliation. Sa mission était de faire appliquer ce qui avait déjà été conclu entre l'ANC et le gouvernement de l'apartheid. C'est-à-dire, suivre le chemin de la vérité, l'amnistie et la réconciliation. Il n'a pas ménagé ses efforts. C'était un processus très stressant, sa femme devait s'asseoir à côté de lui pour le soutenir à chaque fois qu'il était submergé par l'émotion. Mais plus important encore, des compensations étaient prévues pour les victimes qui sont venues témoigner à cœur ouvert. Imaginez, vous avez une société profondément divisée et à travers les larmes de ces témoins, nous avons un pont. Et il était l'architecte de ce pont. Et il s'est senti trahi quand le peu qui était promis aux gens venus soutenir le processus de la Commission et qui avaient accepté que l'on offre l'amnistie aux gens qui ont tué leurs proches. Beaucoup sont morts sans toucher un centime. C'est une honte, mais ce n'est pas la faute de Desmond Tutu. Desmond Tutu a rendu populaire l'expression « la nation arc-en-ciel » pour désigner l'Afrique du Sud où cohabite une population diverse, faite de noirs, métisses, indiens et blancs. D'où vient cette expression ? C'était sa façon de nous encourager à regarder l'humanité comme un jardin. Une roseraie ne serait pas belle si elle n'était composée que de fleurs jaunes, rouges ou blanches. L'arc-en-ciel ce n'est pas seulement le symbole d'un mélange des couleurs, mais aussi celui d'un nouveau jour après de sombres et pluvieux nuages. Et les arcs-en-ciels sont la manifestation de l'espoir pour des jours meilleurs. Le symbole de l'arc-en-ciel comme héritage, c'est vraiment du pur Desmond Tutu.

    Fela Kuti: «Les messages politiques de ses chansons restent d'actualité»

    Play Episode Listen Later Dec 26, 2021 9:46

    En cette fin d'année sortent plusieurs rééditions de disques du saxophoniste et chanteur nigérian Fela Kuti. Il avait inventé l'Afrobeat, ce style né de la fusion de la musique nigériane avec notamment du blues et du jazz. Le 10 décembre dernier est sorti un coffret Vinyle contenant sept albums de Fela. Pour en parler, Edmond Sadaka s'entretient avec Francois Bensignor, auteur de Fela Kuti, le génie de l'afrobeat aux éditions Voix du Monde. ► À lire aussi : Fela Boxset 5, les rééditions vinyles de Fela Kuti

    Plats de fête en Afrique: «La mondialisation s'est installée, les gens ont envie d'exotisme»

    Play Episode Listen Later Dec 26, 2021 5:10

    Notre invitée aujourd'hui est Olivia de Souza. Cheffe ou, comme elle se désigne, « cuisinière » à Lomé, au Togo. Elle balade sa table d'hôte de capitale en capitale en Afrique de l'Ouest en cette fin d'année. Elle évoque la composition des menus de Noël et du Nouvel An avec Claire Fages. ► À écouter aussi : un reportage de Raphaëlle Constant chez la cheffe Olivia de Souza au Togo  

    Wagner: «Il y a une volonté bien réelle des élites dirigeantes maliennes de changer les alliances»

    Play Episode Listen Later Dec 24, 2021 5:36

    Plusieurs partenaires internationaux du Mali ont condamné le déploiement du groupe paramilitaire russe Wagner au Mali. Parmi ces signataires, la France, l'Allemagne, ou encore le Canada, qui craignent une dégradation de la situation sécuritaire en Afrique de l'Ouest. Pour ces partenaires, la présence de ces éléments russes pourrait « mener à une aggravation de la situation des droits de l'homme au Mali. » Qu'en est-il réellement ? Pourquoi autant de crispations autour de ce nouveau partenariat ? Quels sont les risques pour le Mali ? Bineta Diagne s'entretient avec Jean Hervé Jezequel, le directeur du projet Sahel à l'International Crisis Group.  RFI : Jusque-là, il y avait énormément de rumeurs et de scepticisme sur la volonté des autorités maliennes de nouer un partenariat avec le groupe paramilitaire russe Wagner. Qu'est-ce que cette condamnation apportée dans ce communiqué de presse vient apporter de plus aujourd'hui ? Jean-Hervé Jézéquel : Ce communiqué, en quelque sorte, traduit le fait qu'effectivement au Mali il y a une volonté de guerre bien réelle d'une partie des nouvelles élites dirigeantes maliennes, de changer les alliances ou du moins procéder à de nouveaux choix, de solliciter la venue d'autres acteurs militaires. Pourquoi malgré les pressions internationales, les autorités maliennes ont-elles, finalement, fait ce choix-là ? Ce choix des autorités maliennes, je crois que d'un côté on peut comprendre en réalité après huit années d'interventions internationales dans la région qui ont échoué à endiguer l'expansion des groupes jihadistes. Après aussi, il y a quelques mois, le choix assez unilatéral du président Macron de revoir le dispositif militaire français au Sahel et au Mali en particulier, choix dont il avait fait part à ses homologues de la région, mais qui est un choix assez unilatéral. Face à cela, on peut comprendre que les autorités maliennes de transition veuillent essayer de donner une nouvelle direction au dispositif de stabilisation et de réponses à la crise violente. Après, on peut regretter la forme que prend ce choix. Inviter un acteur militaire de plus dans un espace saturé en groupes armés, qu'ils soient étatiques ou pas. Et puis aussi, le choix bien particulier d'une compagnie de mercenaires, et puis de cette compagnie de mercenaires Wagner dont on sait par ailleurs qu'elle a, par exemple, en Centrafrique un bilan déjà assez sombre en termes d'abus sur les populations civiles. Et puis aussi, une présence qui ne s'est pas accompagné d'un rétablissement de l'État dans ce pays-là. Quel impact le déploiement des mercenaires russes peut-il avoir sur le dispositif français déjà déployé sur le terrain ? Cela pourrait effectivement entrainer une accélération du redéploiement de la force française. On a déjà la fermeture de trois bases ces dernières semaines. Il en reste quelques-unes. Les Français pourraient choisir de se redéployer plutôt sur d'autres pays. Le Niger en particulier. Ils pourraient choisir également de penser que, au fond, face à l'expansion des groupes jihadistes, l'essentiel c'est aujourd'hui de préserver les pays côtiers de l'Afrique de l'Ouest et que, dans ce dispositif-là, le Mali n'est plus un allier suffisamment fidèle et crédible. C'est possible. Les partenaires du Mali qui sont signataires de ce communiqué estiment que la présence de mercenaires russes remet en question l'accord de paix d'Alger. Est-ce que ces craintes-là sont avérées ? Il est sans doute encore trop tôt pour savoir et pour affirmer que cette affaire et le déploiement de Wagner auraient des effets délétères sur l'application de l'accord de paix. Il est trop tôt parce qu'on ne sait pas, au fond, quel sera le format de cette force, quelles seront ses missions, quelle sera la géographie de son déploiement. On est encore dans l'expectative. Il est d'ailleurs possible que cette force se concentre sur des missions d'abord de protection des institutions et des autorités maliennes à Bamako. Éventuellement, elle pourrait aussi concentrer ses premières missions sur le centre du pays, sur une mission visant à contenir l'expansion des groupes jihadistes qui ont tendance de plus en plus à menacer les régions méridionales. Cette force Wagner pourrait-elle être utilisée pour aller combattre au nord et y rétablir l'autorité de l'État ? C'est une possibilité, c'est même une crainte pour un certain nombre de groupes politico-militaires du nord qui sont signataires de l'accord de paix inter-malien. Mais on en n'est pas encore là.

    Libye: «La présence des forces extérieures rendait le scrutin présidentiel impossible»

    Play Episode Listen Later Dec 23, 2021 4:04

    Après plusieurs jours de faux suspense, les autorités libyennes ont reporté mercredi 22 décembre l'élection présidentielle, moins de 48 heures avant le jour J. Une commission chargée du suivi du scrutin a conclu à « l'impossibilité » de le tenir à la date prévue, pourtant fixée il y a plus d'un an. L'annonce intervient sur fond de querelles entre pouvoirs rivaux, notamment autour d'une loi électorale contestée et la candidature controversée de Saïf al-Islam Kadhafi. L'Autorité électorale a proposé de reporter d'un mois cette échéance cruciale pour l'avenir du pays. Pas sûr pourtant qu'un mois supplémentaire puisse régler les questions de fond, estime Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). Il répond aux questions de Christina Okello. RFI : Les Libyens seront-ils prêts pour se rendre aux urnes dans un mois ? Emmanuel Dupuy : Déjà, on n'est pas tout à fait sûrs que ça se tienne dans un mois. Ce qui est certain, c'est que ça ne se tiendra pas le 24 décembre comme initialement prévu. La date du 24 janvier est avancée, mais ça n'est pas tout à fait acté. D'autres candidats, notamment, estiment qu'il faut se laisser encore plus de temps pour faire en sorte qu'il n'y ait pas seulement la tenue que des élections présidentielles, mais qu'elles puissent se tenir concomitamment avec les élections législatives. C'est d'autant plus important que les dernières élections législatives remontent à 2014 et que, de facto, depuis il n'y a plus de Parlement reconnu ni par les Libyens ni par la communauté internationale. Qu'est-ce qui a empêché la tenue de ces élections ? Premièrement parce que les préconditions, celles qui avaient été évoquées lors de la première réunion à Berlin en janvier 2020, ne sont pas réunies. Premier préalable, les ingérences extérieures avec les nombreux -20 000 à 40 000- étrangers, mercenaires, groupes armés, milices, combattants syriens qu'ont fait venir les différents belligérants du côté de Tripoli ou de Benghazi, n'ont pas quitté la Libye. Le deuxième élément, c'est que les différents candidats ne sont pas tous au diapason pour tenir les élections. La troisième raison pour laquelle ces élections ont été repoussées, c'est qu'il y a une forme de tous sauf Saïf al-Islam qui est en train de se mettre en place. Il y a 18 principaux candidats, parmi eux, y en a-t-il un qui est capable de rassembler ? Vraisemblablement l'actuel Premier ministre, Abdel Hamid Dbeibah, pour la Libye de l'ouest, et vraisemblablement le maréchal Khalifa Haftar. Parmi ces candidats, des candidats qui peuvent s'entendre : l'ancien ministre de l'Intérieur, Fathi Bachagha, l'ancien ministre Premier ministre, Ahmed Miitig, ainsi que le président de la Chambre des représentants, Aguila Salah, peuvent s'entendre avec Khalifa Haftar. L'autre côté, Abdel Hamid Dbeibah ne devrait pas officiellement se porter candidat puisqu'il est Premier ministre d'un gouvernement de transition. Mais forcé de constater que la communauté internationale pense que plus il y a de candidats, plus le jeu est ouvert et c'est qu'ensuite que cela devra être rôdé. La communauté internationale avait fait de ces élections une priorité, en quoi ce report est-il un échec ? Ce qui est un échec pour la communauté internationale, c'est qu'elle n'a pas réussi à faire en sorte que les acteurs extérieurs, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, la Russie, la Turquie, le Qatar, sortent du jeu politique libyen. Comment pourrait-on avoir des élections alors qu'il y a pratiquement 40 000 étrangers en arme, même si les combats n'ont pas repris sur le territoire libyen ? Le nouveau représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, l'ancien diplomate slovaque Jan Kubis, a démissionné en novembre 2021 avec le retour de Stéphanie Williams qui ne fait pas consensus. Cela aussi retarde le processus. Matériellement, la Libye est-elle prête à accueillir ces élections ? Le président du Comité national électoral Imad al-Sayeh a déjà annoncé la dissolution du Comité national électoral, donc renvoyant le personnel professionnel formé pour organiser le scrutin. [ Il y a deux millions et demi de Libyens qui ont déjà retiré leur carte d'électeur, NDLR]. Évidemment, si ce personnel est renvoyé chez lui, ça va être compliqué de le refaire venir ou, en tout cas, de le maintenir en capacité de tenir ces élections. Pour l'instant, l'éligibilité de la plupart des candidats a été reconnue, mais il est tout à fait possible que s'il y a quelques reports, il y ait de nouveau des tentatives d'invalider un certain nombre de candidats. Ces élections auront-elles lieu un jour ? Je crains que non. Les images d'Épinal que l'on pensait rangées aux oubliettes, c'est-à-dire les milices qui ressortent puissamment armées dans les rues de Tripoli et dans les rues de Benghazi pour montrer la force des uns et des autres sont réapparues. On se croirait quasiment dans la période 2014, juste après la tentative de réconciliation nationale. Je ne crois pas que quelques mois suffisent à faire sortir toutes les forces extérieures. Je crois d'autant moins à la capacité des élections que s'il y avait des élections, cela ne réglerait absolument rien à partir du moment où il n'y a toujours pas de consensus sur le fait que si l'un gagne les autres accepteraient le verdict des urnes.

    Burkina Faso: Eddie Komboïgo estime avoir la légitimité du CDP

    Play Episode Listen Later Dec 22, 2021 8:48

    Au Burkina Faso, le CDP -le parti de l'ex-président Blaise Compaoré, fondé il y a 25 ans-, a tenu son congrès le week-end dernier, à Ouagadougou. Cette rencontre a mis au jour des divisions profondes au sein du parti. Des divisions entre l'aile « historique » et l'aile « futuriste ». Cette dernière est incarnée par Eddie Komboïgo, qui a été réélu pour un mandat de quatre ans comme président du Congrès pour la démocratie et le progrès. Pourquoi le CDP est-il divisé ? Comment Eddie Komboïgo va-t-il le réunir ? Et quelle place Blaise Compaoré a-t-il au sein du parti ? En ligne de Ouagadougou, Eddie Komboïgo répond aux questions de Bineta Diagne. RFI : Pourquoi avoir organisé un congrès le week-end dernier contre l'avis de Blaise Compaoré, l'autorité morale du parti ? Eddie Komboïgo :Nous n'avons pas tenu un congrès contre l'avis de Blaise Compaoré. Nous avons vu une lettre venant du président d'honneur demandant de reporter le congrès compte tenu de l'insécurité. Or, dans le même temps, le parti au pouvoir a convoqué son congrès, nous avons eu le Fespaco [Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou], nous avons eu une course cycliste, et nous sommes en train de le faire avant la fin du mois. Malheureusement, quelques camarades ont laissé le débarras à l'intérieur des organes et des instances du parti, on nous a assignés en justice. Ils ont eu gain de cause en instance, mais en appel, ils ont été déboutés. Et l'autorisation nous a été donnée de poursuivre le congrès et à la date des 18 et 19 a été arrêtée. Lors de ce congrès, Blaise Compaoré a été nommé président d'honneur du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), mais vous lui avez retiré toutes ses attributions. Pourquoi ? C'est d'un commun accord qu'en 2018, nous lui avons donné des attributions pour que, en cas de crise et en cas de problèmes, il nous aide à régler ces problèmes. Malheureusement, au lieu de régler les problèmes, nous avons reçu six lettres en un seul mois. Nous savons que ce n'est pas la manière de faire de l'homme. Et aujourd'hui, nous savons que le président d'honneur vit des situations assez difficiles, et nous avons eu le fort sentiment que des jeunes qui l'entourent usent abusivement de ces prérogatives pour nous envoyer des lettres que nous ne reconnaissons pas. En lui retirant ses attributions, Blaise Compaoré n'a plus forcément le droit de citer au sein du CDP ? Mais, si. Il est président d'honneur. Mais il n'a pas forcément son mot à dire ? Si. Il peut même m'appeler, je peux l'appeler, il peut me conseiller. Il peut conseiller également, toujours le CDP. Et puis, on avance. Donc, vous continuez de discuter tous les deux ? Je n'ai aucun problème avec le président Blaise Compaoré. Comment comptez-vous ressouder le CDP ? Nous avons tendu la main à ceux qui se sont trompés, qui ont laissé les organes et les instances du parti pour ester en justice. Mais, le congrès a estimé qu'ils sont allés très loin et a pris une décision de suspension de six mois, en leur disant, les portes sont toujours ouvertes. S'ils sont toujours d'accord, ils sont les bienvenus. Nous allons parler. Est-ce que vous ne craigniez pas que leur suspension pour ces six mois ne remette en question la légitimité de votre réélection à la tête du parti ? La légitimité, c'est le congrès qui la donne. J'ai été élu à l'unanimité des congressistes. Plus de mille personnes réunies dans une seule salle… Donc, pour vous, il n'y a pas de division au sein du parti ? …C'est ça qui donne et la légalité et la légitimité. Concrètement aujourd'hui, qu'est-ce qui vous oppose à ces sept vice-présidents ? Qu'est-ce qui vous pose problème avec ces co militants ? Je n'ai aucun problème avec ces sept vice-présidents que j'ai d'ailleurs nommés moi-même. Sauf que peut-être, ils ont pensé à un moment donné qu'ils pouvaient se liguer et chercher parmi eux un candidat qui soit à ma hauteur. Je ne l'ai pas trouvé, les congressistes non plus. Lors de ce congrès, il a été décidé qu'une commission va être mise en place pour réfléchir à un changement de nom et de logo du parti. Est-ce que c'est une manière pour vous d'exclure finalement l'historique du CDP ? Pas du tout. Nous avions dit qu'une commission technique serait mise en place pour faire une étude. Il s'agira de politologues, de sociologues et de psychologues pour voir si la dénomination convient toujours. Sinon voir ce qu'il faut ajouter au nom CDP ? Est-ce qu'il faut ajouter au logo quelques cigles pour que ces jeunes s'y retrouvent ou est-ce qu'il faut changer de nom ? C'est donc une étude qui peut prendre six mois à deux ans. ► À lire aussi : Burkina Faso: au congrès du CDP, Eddie Komboïgo rempile, Compaoré président d'honneur