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Du lundi au vendredi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'Etat ou rebelle, footballeur ou avocate... L'invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.

Rfi - Jeanne Richard


    • May 21, 2026 LATEST EPISODE
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    Ebola: «Il reste encore beaucoup de travail à faire», estime Florent Uzzeni de Médecins sans frontières

    Play Episode Listen Later May 21, 2026 5:05


    En République démocratique du Congo, la riposte s'organise face à l'épidémie d'Ebola qui touche depuis plusieurs jours différentes zones de l'est du pays. L'épicentre se situe en Ituri, où est arrivé Florent Uzzeni, responsable adjoint des urgences pour Médecins sans frontières – Suisse (MSF), afin de coordonner la réponse de son organisation. Il décrit l'ampleur des besoins, particulièrement en Ituri. RFI : Vous venez d'arriver. Qu'avez-vous sur place ? Florent Uzzeni : J'ai vu beaucoup d'acteurs qui sont ici pour apporter leur aide. J'ai vu une coordination qui se met en place par le ministère de la Santé, par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Mais concrètement, il n'y a pas encore d'action très efficace sur le terrain. L'Ituri est éloignée. C'est long avant de pouvoir acheminer du matériel et des ressources humaines. Il y a une volonté que les choses changent, mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Quand vous dites qu'il reste beaucoup de travail à faire, que manque-t-il concrètement ? L'exemple le plus frappant, c'est qu'aujourd'hui, dans Bunia, il n'y a plus de place dans les différents isolements des structures de santé. C'est-à-dire que si quelqu'un pense avoir Ebola ou a des symptômes, il ne peut pas être accueilli dans les hôpitaux, dans les centres de santé puisque tout est plein. Une des urgences est de mettre en place des centres de traitement, de pouvoir tester les malades qui sont suspects pour soit les prendre en charge dans le centre, soit les renvoyer chez eux, les libérer. C'est un problème majeur aujourd'hui sur Bunia, sur Mungwalu. Quand vous parlez de centres qui sont pleins aujourd'hui, de quel centre parlez-vous ? Je vous parle du centre d'isolement, de l'hôpital général de Rwampara, mais aussi des autres plus petits centres de santé ou petits hôpitaux ou cliniques privées de la ville de Bunia, qui avaient quelques lits pour isoler les patients. Il n'y a plus de place pour en accueillir de nouveaux. Parlons de Mungwalu. Quelle y est la situation actuellement ? La situation à Mungwalu est tout aussi catastrophique, dans le sens où le centre qui pourrait accueillir ces patients est plein, et donc les malades restent dans la communauté au risque d'en infecter d'autres. C'est toute notre urgence et tout le travail que l'on essaie de faire avec le ministère de la Santé pour rapidement augmenter la capacité d'isolement des patients Ebola. Combien de patients Ebola sont aujourd'hui à l'hôpital général de Mungwalu ? Aujourd'hui, il y a 24 patients hospitalisés dans ce centre. Les chiffres fluctuent régulièrement, mais clairement, il y a un besoin d'augmenter, de doubler, de tripler la capacité de prise en charge des patients ayant la souche « Bundibugyo » d'Ebola. Les cas suspects ont aussi besoin d'être hospitalisés dans un isolement spécifique. Nous avons aussi ce problème que les tests prennent énormément de temps avant d'être acheminés à Bunia, d'être traités. Les patients occupent des places d'isolement pendant longtemps avant que l'on puisse confirmer ou infirmer leur statut sérologique et donc qu'ils soient, ou non, malades de la souche « Bundibugyo » d'Ebola.  Combien de temps faut-il attendre pour que les tests quittent Mungwalu pour arriver à Bunia? Il faut attendre plusieurs jours avant que les tests soient faits. C'est quelque chose de commun en tout début d'épidémie. Maintenant, les choses s'accélèrent et on espère que, d'ici à la fin de la semaine, le processus sera en place pour que l'on ait des résultats en moins de 24 heures, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il y a également deux signalements à Fataki. Selon nos informations, MSF déploie également des équipes pour des cas suspects. Nous avons des équipes qui travaillent depuis des mois dans le camp de réfugiés de Fataki, un immense camp de plus de 65 000 personnes. Nos équipes, avec celles du ministère de la Santé, ont participé à la prise en charge de cas très suspects de la souche « Bundibugyo » d'Ebola. Malheureusement, un cas est décédé. Actuellement, nous faisons le suivi des contacts pour vérifier si les patients, les personnes qui ont été en contact avec ce cas, développent des symptômes ou non. Nous avons monté un petit isolement pour potentiellement pouvoir prendre en charge les cas suspects. Nous appelons tous les acteurs à ne pas oublier les besoins de la communauté qui ne sont pas que liés à la souche « Bundibugyo » d'Ebola. Vous avez toujours des femmes enceintes qui ont besoin de soins, des enfants qui ont besoin de vaccination, des cas de paludisme qui doivent être traités. C'est un vrai besoin des populations de Fataki. L'accès à l'eau est extrêmement faible. Nous appelons tous les acteurs qui sont mobilisés dans cette réponse à l'épidémie à avoir une vision globale et à offrir des soins de santé à l'ensemble de la population.

    Création du poste de vice-président au Cameroun: «Il s'agit d'une possibilité et non d'une obligation»

    Play Episode Listen Later May 20, 2026 11:14


    Ce mercredi 20 mai c'est, comme tous les ans, la Fête de l'unité au Cameroun. Le président Paul Biya, 93 ans, présidera un défilé imposant sur l'une des grandes avenues de la capitale, Yaoundé. Ce jour de fête nationale est l'occasion de faire le point sur les attentes des Camerounais, sept mois après la présidentielle du 12 octobre, qui a vu Paul Biya se faire réélire officiellement pour un huitième mandat. Y a-t-il de l'impatience ? Voire de l'inquiétude ? Armand Leka Essomba dirige le département de sociologie à l'université de Yaoundé 1. En ligne de la capitale camerounaise, il répond à Christophe Boisbouvier. RFI : Quel est l'état d'esprit des Camerounais sept mois après l'élection présidentielle ? Armand Leka Essomba : Sept mois après, beaucoup s'attendaient à… Notamment après avoir écouté les différents discours du chef de l'État, car il avait évoqué un certain nombre de réformes institutionnelles urgentes, il était revenu sur les processus de rajeunissement du personnel politique. Sauf que, sept mois effectivement après, il y a toujours une attente, une attente qui s'exprime parfois dans des formes d'impatience. Certaines de ces formes d'impatience sont de temps à autre reprises par les médias locaux et les courants d'opinion, parfois sous la forme de dérision. Et donc finalement, c'est toujours l'attente, mais il y a beaucoup qui pensent que sept mois après, c'est un peu long.  Alors, cette présidentielle a été marquée par un résultat officiel vivement contesté par l'opposition. Le candidat Issa Tchiroma lui-même est en exil en Gambie, à plusieurs milliers de kilomètres de votre pays. Est-ce que cela ne complique pas la tâche de l'opposition pour mobiliser ? Il est évident que c'est monsieur Issa Tchiroma qui est la figure qui a su incarner un peu les espoirs de ceux qui travaillaient à une forme d'alternance, au regard de son résultat. Sauf que, effectivement, vous avez raison de souligner que son exil africain en Gambie complique absolument tout. Associé au fait que lui-même n'avait pas un appareil politique qui avait une implantation nationale. Donc son exil, effectivement, a laissé absolument orphelins la plupart de ceux qui espéraient organiser une expérience de rupture. Depuis la réélection officielle de Paul Biya, il n'y a eu aucun changement au niveau du gouvernement, aucun remaniement. Comment les Camerounais expliquent-ils cet immobilisme ? Alors, les Camerounais, on a bien senti au lendemain de l'élection présidentielle qu'il y avait une forme d'impatience. Puisque, de l'avis de tout le monde, effectivement, il y a une sorte de blocage de manière générale. Beaucoup aujourd'hui parlent, disons, d'un pays qui fait du surplace, qui n'avance pas. Tout le monde pointe une certaine fatigue. Mais je pense que de manière générale, le plus urgent, ce qui semble perceptible lorsqu'on écoute un peu les uns et les autres, c'est comment est-ce qu'on va organiser, disons, le processus de transition inévitable si quelque chose survenait ? Si le président venait à ne plus avoir la capacité physique de conduire l'État, que se passerait-il ? Alors, certains évoquent l'arrivée au gouvernement d'anciens candidats de l'opposition. Est-ce que ce serait possible ? Ce ne serait pas la première fois que cela arriverait. Des rumeurs circulent et un certain nombre de ces candidats, parfois dans leurs interventions, ont laissé la porte ouverte à cette possibilité. Je pense notamment au candidat Cabral Libii et à bien d'autres. Alors, la seule nouveauté depuis octobre dernier, c'est la création le mois dernier au sommet de l'État d'un poste de vice-président qui n'est pas encore pourvu. Il sera désigné par le chef de l'État et, en cas de vacance du pouvoir, il achèvera le mandat en cours jusqu'en 2032. Aux yeux des Camerounais, c'est plutôt un signe d'ouverture ou au contraire une opération de verrouillage ? Alors, là-dessus, il y a une certaine ambivalence liée au fait que beaucoup auraient bien souhaité que celui qui deviendra vice-président soit élu. Mais de manière générale, je pense que l'introduction du poste de vice-président a été globalement appréciée. Cependant, je pense que quelque chose qui a également pu échapper à beaucoup, c'est que l'article en question n'a pas, me semble-t-il, une valeur impérative. L'article nouveau indique très bien que le président peut se faire assister. Il s'agit d'une possibilité et non d'une obligation. Il pourrait donc ne pas pourvoir au poste de vice-président qu'il ne violerait pas la Constitution. Et on peut tout à fait imaginer une hypothèse où cette disposition peut être maintenue durant de longues années sans que le vice-président soit pourvu. Et qui tient la corde pour occuper ce poste ? Certains parlent du fils de Paul Biya, d'autres de l'un de ses proches au sein de la présidence ou de l'un de ses ministres actuels, ou peut-être encore d'une personnalité anglophone pour faire équilibre avec les francophones au pouvoir. Alors, nous n'avons aucun élément pour pouvoir nous prononcer. Le président Biya n'a jamais mis en avant son fils, ça peut être un facteur. Donc, il s'agit de spéculations, mais ce sera probablement quelqu'un de particulièrement proche dont il aura l'assurance que cette personne pourrait lui organiser une sortie des plus honorables et garantir à lui-même, à sa famille, à son entourage immédiat, une fin tout à fait heureuse. Un fidèle parmi les fidèles ?  Absolument. À lire aussiCameroun: la fête de l'Unité nationale célébrée dans un climat d'impatience

    Pollution du delta du fleuve Niger: «Les compagnies pétrolières au Nigeria, pour la plupart, ont la responsabilité première»

    Play Episode Listen Later May 19, 2026 9:52


    D'après Amnesty International, c'est l'une des régions « les plus polluées de la planète ». Dans le sud du Nigeria, le delta du fleuve Niger est une éponge à pétrole, mais c'est aussi un désastre écologique. Ce mardi 19 mai, les ONG veulent profiter de l'assemblée générale des actionnaires de la compagnie pétrolière Shell, qui se tient à Londres, pour alerter sur les dangers de cette marée noire. Kathryn Nwajiaku-Dahou, chercheuse britannique d'origine nigériane, enquête sur ce fléau depuis trente ans. Aujourd'hui, elle est l'une des cadres du think tank ODI Global, basé à Londres.  Les ONG veulent profiter de l'assemblée générale des actionnaires de Shell ce mardi à Londres pour alerter l'opinion sur la pollution du delta du fleuve Niger. Mais est-ce que les actions de dépollution, de nettoyage, n'ont pas quand même commencé à produire leurs effets ces dernières années ? Kathryn Nwajiaku-Dahou : J'ai eu l'occasion d'être à la tête d'une commission d'enquête qui, pendant cinq ans, a cherché à documenter le problème et a fait des recommandations il y a deux ans pour que Shell et d'autres compagnies nettoient avec des coûts assez précis. Depuis la publication de ce rapport-là, pour ce qui est au moins de l'État de Bayelsa, un État qui produit au moins un quart du pétrole au Nigeria, rien n'a été fait. Donc, je crois que les ONG, elles ont raison d'alerter, surtout à un moment où les compagnies comme Shell notent des profits incroyables à la suite de la guerre récente en Iran. Et je crois qu'il est temps de commencer réellement le nettoyage qu'il faut.  Alors, vous dites que rien n'a été fait dans l'État de Bayelsa, est-ce que quand même des actions ont été faites dans d'autres États comme l'État de Rivers ?  Certainement, à Bodo, suite à un accord à l'amiable entre certaines communautés vivant à Bodo, il y a eu le début d'un processus de nettoyage. Mais l'État de Rivers et la région du Bodo représentent un pourcentage infime de l'échelle du problème.  À l'origine des marées noires, il y aurait dans 83% des cas des fuites provoquées par les voleurs de pétrole, dit l'agence Nosdra, qui est l'agence fédérale chargée d'identifier les fuites de pétrole. Qu'est-ce que vous en pensez ? Je crois que ces chiffres-là sont des faux chiffres, tout simplement, et j'ai des preuves. Parce que la manière dont Nosdra enquête sur l'origine, la provenance des fuites est très suspecte. Nosdra dépend des compagnies en général. Nosdra dépend à 100% de la logistique des compagnies pour pouvoir enquêter. Donc, nous, on trouve que les statistiques de Nosdra sont très biaisées. Et certes, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas une partie des fuites liées aux voleurs, au vol, mais là, pour la plupart, il s'agit d'une infrastructure dilapidée, pas suffisamment entretenue, qui est à l'origine d'un problème endémique dans le delta du Niger, où on a une infrastructure qui date dans certains cas de 60 ans. Donc, c'est trop facile de mettre tout ça sur les épaules des voleurs, parce que, souvent, il a été trop courant de parler du problème de la pollution dans le delta comme un problème de sabotage et de criminalité. Moi, je recadrerais en disant que les compagnies pétrolières qui sont au Nigeria, pour la plupart depuis 70 ans, ont la responsabilité première.  Depuis quelques années, Shell essaie de vendre la plupart de ses actifs pétroliers dans le delta à une compagnie nigériane, Renaissance. Est-ce que vous ne craignez pas qu'avec ce nouvel exploitant pétrolier les opérations de nettoyage soient encore plus compliquées ? Certainement. Depuis dix ans, Shell, Eni et d'autres essaient de vendre leurs licences d'abord et maintenant leurs actions. Ce qui est intéressant pourtant, ces sociétés n'ont pas vendu à une compagnie dans le cas de Shell, elles ont vendu à un consortium de cinq compagnies. Et pour pouvoir accéder à cette vente, c'est Shell qui a prêté 70% des fonds à ces compagnies qui se sont mises en consortium pour acheter. Donc, est-ce qu'on peut parler d'une vraie vente ou pas ? Ça, c'est de un. Et de deux, dans les tribunaux en Angleterre actuellement, cet argument que, une fois que la compagnie vend ses actions, la compagnie n'est plus responsable, cet argument a été démontré faux. Shell reste, malgré la vente, « liable », justiciable, redevable par rapport aux pollutions liées à ces infrastructures avant la vente. Certes, on a des exemples où les nouvelles compagnies sont encore moins réactives que Shell ou Eni par le passé, mais je trouve que les multinationales, comme Shell et Eni, sont toujours impliquées dedans. Donc, Shell ne va pas si facilement échapper à ses responsabilités devant les tribunaux britanniques ?  C'est ce qu'on va voir, on attend le jugement. Je crois que c'est l'année prochaine, en mars 2027. Mais ce n'est pas une chose aussi claire et facile d'imaginer qu'une fois qu'on vend les actions, qu'on va s'extirper, s'exonérer de ses responsabilités envers les populations du delta. À lire aussiEnvironnement: le pétrolier Shell traîné en justice par des habitants du delta du Niger au Nigeria

    Ebola: «Cela va prendre du temps, mais on va vaincre», affirme le professeur Jean-Jacques Muyembe

    Play Episode Listen Later May 18, 2026 4:44


    Jean-Jacques Muyembe est une figure mondiale de la virologie. Congolais, il fait partie de l'équipe qui a co-découvert le virus Ebola en 1976. Depuis, il a géré épidémie après épidémie en RDC, souvent dans des zones de guerre, parfois en véhicule blindé. Ce lundi, le directeur de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa répond aux questions de Patient Ligodi sur cette dix-septième épidémie. Il exprime un regret : la détection trop tardive. Et lance un avertissement : personne ne connaît encore l'ampleur réelle de ce qui se passe en Ituri. Quand on est l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), comment gère-t-on une épidémie dans une zone qui est contrôlée par la rébellion ? Est-ce facile pour vous de pouvoir recevoir les échantillons et faire les suivis comme il le faut, sachant qu'administrativement et politiquement, il y a des défis ? Nous avons eu cette expérience en 2018-2020, quand nous avons géré l'épidémie à Mangina, Beni et Butembo. C'était vraiment un grand défi. C'est le plus grand défi, je peux dire, de ma vie, de pouvoir travailler sur un terrain miné par des groupes armés. Mais on parvient toujours à s'entendre, à trouver des solutions pour que le travail puisse se faire dans les meilleures conditions possibles. D'ailleurs, pendant l'épidémie, par exemple, de Beni et Mangina, nous avions perdu un médecin de l'OMS qui a été assassiné, nous avons également perdu une infirmière à Biakato, qui a été attaquée par des groupes armés en pleine nuit. Ils sont entrés dans le dortoir où se trouvaient nos agents et ils ont massacré et blessé beaucoup de personnes là-dedans. Donc, c'est un grand risque.  D'ailleurs, moi-même, quand je partais là-bas, je circulais dans un véhicule blindé parce que vous faites la route de Beni à Butembo, la route la plus dangereuse du monde. Donc il faut avoir un véhicule blindé ou bien des hélicoptères qui ont des mitrailleuses. C'était à l'époque de la Monusco. Maintenant, je ne sais pas comment nous allons faire, mais je crois que le ministre va donner des instructions pour que l'on utilise le personnel local. Au lieu de prendre des personnels de Kinshasa – la logistique serait très compliquée –, il vaut peut-être mieux utiliser le personnel local pour avoir la confiance de la population, vous voyez ? Parce que quand nous travaillions là-bas, même nous qui venions de Kinshasa, on nous appelait les étrangers. Alors, j'ai dû changer de stratégie pour donc engager les enfants et le personnel local, pour avoir confiance en la population et travailler en toute confiance avec eux. Il y a également Kinshasa. On sait qu'il y a une connexion aérienne entre Bunia et Kinshasa. Il y a eu dans un premier temps un premier cas qui a été signalé comme étant positif. Pour les cas qui étaient venus de Bunia, c'était un cas qui était parti à l'enterrement de son père décédé à Bunia. Puis, quand il est revenu, quand on a commencé à parler de cette épidémie, il est venu se présenter spontanément à l'INRB pour faire le test. Mais le test est négatif. Pour le moment, il est gardé en surveillance. Eu égard au niveau de propagation, à ce qu'on sait de cette épidémie, s'il y a des actions urgentes à faire pour limiter la propagation et l'évolution de cette épidémie, que faut-il faire ? Franchement, pour le moment, personne ne peut donner un chiffre. Personne n'a la maîtrise des chiffres. On ne peut pas dire combien de cas il y a, combien de contacts, combien de décédés d'Ebola. Ils sont en train de travailler. Maintenant, on va faire la liste linéaire de tous les cas suspects et tracer s'il y a des liens entre ces cas. Nous saurons exactement quelle est l'ampleur du problème. Mais pour le moment, c'est simplement la panique parce qu'on dit que c'est une souche nouvelle. En fait, elle n'est pas si nouvelle que cela. Ce n'est pas la souche la plus meurtrière. Même les organismes internationaux doivent mettre un peu d'eau dans leur vin, se calmer et attendre que les premières investigations nous disent exactement quand cette maladie a commencé, combien de cas, quels sont les contacts, et ainsi de suite. Nous commencerons alors à parler de l'ampleur de l'épidémie. À lire aussiEbola: de Mongbwalu à Goma, comment une épidémie a traversé une ligne de front

    La souche «Bundibugyo» d'Ebola «n'a aucun vaccin, aucun médicament disponible», explique le Dr Jean Kaseya

    Play Episode Listen Later May 16, 2026 4:27


    Une nouvelle épidémie d'Ebola déclarée en République démocratique du Congo, dans la province de l'Ituri, ainsi que dans deux pays voisins, l'Ouganda et le Soudan du Sud. L'information a été confirmée par l'OMS et l'agence sanitaire de l'Union africaine, Africa CDC. Plusieurs dizaines de cas ont déjà été recensés et de nombreux décès enregistrés. La RDC reste le foyer principal de cette épidémie, et une nouvelle souche de contamination y a été découverte. Cette dernière, explique le Dr Jean Kaseya, épidémiologiste et directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), ne dispose pour le moment ni de vaccin, ni de traitement. RFI : Le 5 mai 2026, l'Organisation mondiale de la santé a reçu un signal de cas suspects et a envoyé une équipe sur le terrain. Les premiers échantillons testés à Mungbwalu étaient négatifs. Ce n'est que le 15 mai que l'Institut national de recherche biomédicale a confirmé les cas positifs. Deux jours se sont écoulés. Ce délai a-t-il aggravé la situation ? Dr Jean Kaseya : On peut dire que tout délai dans une flambée d'Ebola est préoccupant, mais que les premiers échantillons négatifs ne suffisent pas à exclure une flambée. Cela peut dépendre du moment du prélèvement, de la qualité de l'échantillon, du choix des cas testés, du transport ou de la dynamique de transmission. Nous devons examiner la chronologie complète avant de conclure que ce délai a aggravé la situation. Ce que nous savons, c'est qu'Ebola exige une réponse immédiate dès le signal et cela signifie l'investigation, l'isolement, la recherche des contacts, le contrôle des infections et la communication communautaire. Voilà pourquoi Africa CDC travaille avec les gouvernements à accélérer la confirmation, à renforcer les laboratoires, à reconstituer les chaînes de transmission et à réduire tout nouveau délai opérationnel. Le patient zéro a-t-il été identifié ? Le patient zéro n'a pas été publiquement confirmé. À ce stade, les enquêtes épidémiologiques sont en cours pour établir la chronologie des premiers cas, les expositions possibles, les événements communautaires, les soins reçus. Vous savez, les funérailles et les déplacements sont aussi d'autres facteurs. Les informations venant de la communauté sont importantes et doivent être écoutées. Nos équipes travaillent avec le gouvernement et d'autres partenaires pour que nous puissions vérifier scientifiquement avant de parler du patient zéro. On parle de la RDC, mais d'autres pays seront également impactés, l'Ouganda et le Soudan du Sud notamment. Vous confirmez ? Effectivement, la situation est confirmée en Ouganda. On parle de la même souche qui vient d'être confirmée en RDC. Il s'agit de la souche « Bundibugyo » et on parle de cas importés en Ouganda venant de la RDC, dont une personne est déjà morte. Actuellement, nous sommes en train de travailler sur la détection rapide pour renforcer la surveillance. On est en train de rechercher les contacts, de faire de la prévention et le contrôle des infections. Nous avons aussi la communication avec les communautés, bien sûr, les enterrements sûrs et dignes au niveau du Soudan du Sud. Nous activons la pression maximale en termes de prévention et surtout de détection accélérée s'il y avait un cas. Pour revenir à la RDC, c'est la 17e épidémie que connaît le pays depuis 1976. Mais cette fois, ce n'est pas la souche Zaïre. Le séquençage est en cours. Vous avez évoqué tout à l'heure le nom de la nouvelle souche. Pouvez-vous nous rappeler de quelle souche il s'agit ? Généralement, nous parlons des trois souches. Il y en a une vingtaine, mais généralement on parle de trois souches pour Ebola : la souche « Zaïre », que l'on connaît, la souche « Soudan », et la souche « Bundibugyo ». C'est de celle-là dont on parle. Cette souche n'a pour le moment aucun vaccin disponible, aucun médicament disponible. Nous avons des vaccins candidats, des médicaments candidats sur lesquels nous sommes en train de travailler. Aujourd'hui (vendredi 15 mai, NDLR), mon équipe a eu une réunion avec tous les partenaires et les industriels pharmaceutiques qui ont des produits sur lesquels on fait des études, et donc nous saurons vous informer un peu plus dans les prochains jours. Dernière question, quelle est votre plus grande crainte dans les prochaines 72 heures ? La crainte des chaînes de transmission invisibles, des contacts qui ne sont pas listés, des personnes exposées qui se déplacent vers Bunia, vers l'Ouganda, vers le Soudan du Sud, des soignants qui sont exposés sans protection suffisante et surtout des décès communautaires sans enterrements. Les prochaines 72 heures doivent servir à passer d'un signal inquiétant à une réponse structurée, où nous allons lister les contacts. On va prendre des soins sécurisés, on va renforcer les laboratoires et on va avoir des communautés informées. À ce moment-là, je peux commencer à dire que nous pourrions contrôler cette épidémie dans les semaines qui viennent. À lire aussiRDC: nouvelle épidémie d'Ebola en cours en Ituri, la société civile appelle à éviter le pire

    Succès Masra, «enfermé injustement et souffrant, a besoin d'une prise en charge médicale», alerte sa sœur

    Play Episode Listen Later May 15, 2026 7:58


    Au Tchad, voilà un an que l'opposant Succès Masra est en prison. À la suite de son arrestation, l'ancien Premier ministre a été condamné à vingt ans de prison pour avoir diffusé en 2023 un message qui, selon le tribunal, aurait provoqué, deux ans plus tard, de graves violences intercommunautaires dans le sud du Tchad. À la tête de son parti les Transformateurs, Succès Masra est arrivé officiellement deuxième à la présidentielle de 2024, avec 18% des voix. Depuis un an, de nombreuses voix s'expriment en sa faveur. Parmi elles, il y a sa sœur, Chancelle Masra, qui vit en France.    À lire aussiCondamnation de huit opposants au Tchad: «Le système en place souhaite qu'on ferme la bouche», assure leur coalition

    «Les Maliens aiment leur armée et leur pouvoir», assure Moussa Ag Acharatoumane, du Conseil national de transition

    Play Episode Listen Later May 14, 2026 5:11


    Au Mali, les autorités de transition restent fermement résolues à combattre les groupes armés. Les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, et les rebelles indépendantistes du FLA ont mené le 25 avril une série d'attaques massives et, pour la première fois, conjointes, qui leur ont permis de tuer le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, et de prendre le contrôle de Kidal. Depuis, le Jnim a décrété un blocus sur la capitale Bamako et multiplie les attaques. Pour autant, l'armée malienne et ses partenaires russes de l'Africa Corps poursuivent leurs opérations et affichent leur détermination. Moussa Ag Acharatoumane est membre du Conseil national de transition, qui fait office au Mali, en l'absence d'élections depuis bientôt six ans, d'organe législatif. Il dirige également le MSA, groupe politico-militaire de la région de Ménaka, allié des autorités de transition et qui combat avec l'armée malienne et l'Africa Corps russe dans le Nord. RFI : Depuis les attaques du 25 avril, les opposants au régime de transition estiment que les autorités sont fragilisées. Les soutiens des militaires au pouvoir appellent au contraire à faire bloc. Pour vous, j'imagine qu'Assimi Goïta est toujours le président dont le Mali a besoin ? Moussa Ag Acharatoumane : Bien sûr, Assimi Goïta est toujours le président dont le Mali a besoin. Il continue à gouverner normalement son pays. Je tiens quand même à rappeler que malgré les attaques du 25 avril, le Mali est un État qui est debout, est un État qui agit et les forces de défense et de sécurité ont repoussé les actions terroristes, malgré la complexité des attaques et particulièrement le lot de complices internes et externes. Aujourd'hui, nous avons une armée qui est très soudée, le commandement est ensemble, les soldats sur le terrain ont le moral et les opérations continuent sur l'ensemble du territoire.  Les attaques des groupes armés continuent, Bamako est sous blocus, mais le régime est donc solide, prêt à faire face. Le régime est solide, j'irai même plus loin : c'est le peuple malien même qui est solide aujourd'hui. Les Maliens aiment leur armée, les Maliens aiment leur pouvoir et les Maliens aiment leur pays.  L'alliance, sur le terrain, entre les jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA, vous en pensez quoi ?  Tout le monde connaît ce qu'on appelle al-Qaïda. Les frères qui ont fait ce choix de s'allier à al-Qaïda n'ont pas tiré les leçons de 2012 parce que, en 2012, il y a eu pratiquement la même tentative et le monde entier est témoin de ce qui s'est passé. Et une partie des frères, pas tous, parce qu'il y a une partie de nos frères, malheureusement, qui ne se sont jamais éloignés de la nébuleuse d'al-Qaïda, mais par contre, certains ont toujours été des grandes victimes de cette organisation, y compris certains de leurs premiers responsables, dont les familles ont été décimées par al-Qaïda. Et c'est le même al-Qaïda qui est là, et c'est le même al-Qaïda aussi qui est auteur de l'assassinat de Ghislain Dupont et Claude Verlon, les journalistes de RFI tués à Kidal (en 2013, assassinat revendiqué par al-Qaïda au Maghreb islamique, dont l'un des commanditaires, Seidane Ag Hitta, est aujourd'hui parmi les principaux dirigeants du Jnim, ndlr). On s'en souvient, bien évidemment. Cette alliance, c'est une très mauvaise chose. Je pense que nos frères doivent prendre conscience de l'erreur grotesque qu'ils sont en train de faire et revenir en arrière. Ils doivent faire exactement comme le MSA et le Gatia (deux groupes politico-militaires alliés du régime de transition). Ils se sont alliés à l'armée malienne pour combattre le terrorisme international.  Les dirigeants du FLA assurent qu'il ne s'agit que d'une alliance militaire contre leur ennemi commun, l'armée malienne et l'Africa Corps, et qu'il n'y a pas, au-delà, de projet commun. Quand on voit l'organe officiel d'al-Qaïda à l'échelle internationale mentionner son alliance avec le FLA, quand on voit Iyad Ag Ghali (chef du Jnim, ndlr) coordonner lui-même les opérations sur Kidal à côté d'Alghabass Ag Intallah (l'un des dirigeants du FLA, ndlr), quand on voit les défilés qu'ils ont organisés dans les rues de Kidal, avec les drapeaux noirs mentionnant leur projet satanique. Je le répète, nos frères sont dans l'erreur. Ils ont été victimes de ces gens en 2012 et ce sont les mêmes acteurs qui continuent en 2026.  Le Jnim et le FLA contrôlent désormais Kidal et Tessalit. L'armée malienne et l'Africa Corps russe restent présents à Aguelhoc et Anéfis. Est-ce qu'il faut s'attendre à une contre-offensive des forces nationales dans la région de Kidal ?  Les forces de défense et de sécurité sont en pleine réorganisation et elles sont bel et bien présentes dans la région de Kidal. Ils sont déterminés, ils vont mener des opérations sur l'ensemble du territoire national et ils ne vont pas céder un centimètre de ce territoire à une organisation terroriste.  Le général El Hadj Ag Gamou, nommé gouverneur de Kidal par les autorités de transition en 2023 et que vous connaissez bien : on le dit actuellement à Gao. Est-ce que c'est le cas ? Est-ce qu'il pourrait participer à la contre-offensive sur Kidal ?  Le général El Hadj Ag Gamou va très bien, je tiens à rassurer tout le monde là-dessus. Il a le moral très haut, il a les pieds sur terre et la tête haute. Il est gouverneur de la région de Kidal. Les offensives, la réorganisation de l'armée, son redéploiement, les opérations, ça c'est l'armée qui s'en occupe. Lui, sa fonction, c'est d'être gouverneur de cette région. Il va très bien et il n'a pas de problème.  Dans votre région de Ménaka, l'armée malienne et l'Africa Corps russe ont repoussé fin avril les offensives de l'État islamique, groupe jihadiste rival du Jnim. Depuis, quelle est la situation dans la ville ?  Aujourd'hui, la situation est sous contrôle. L'administration a repris son travail, la vie normale a repris, les forces de défense et de sécurité et leurs partenaires contrôlent la ville, mènent des patrouilles régulièrement. Mais ceci étant dit, la menace est toujours là. Il ne faut pas se leurrer, nous sommes en guerre contre l'une des organisations terroristes les plus dangereuses au monde, donc nous restons sur le qui-vive. Mais pour le moment, à Ménaka, la situation est assez calme.  Dialoguer, négocier avec le Jnim et le FLA, c'est aujourd'hui ce que prônent notamment des opposants au régime en place, comme la Coalition des forces pour la République (CFR) de l'imam Dicko. Mais c'est depuis une dizaine d'années une recommandation de toutes les concertations nationales, y compris du dialogue inter-malien organisé sous la Transition. Les autorités actuelles s'y refusent catégoriquement. Vous, vous y êtes favorable ou pas ?  En fait il n'y a pas à discuter avec des gens qui ont un projet de destruction de notre pays. L'État malien protège sa population, protège son intégrité territoriale et il n'y a absolument rien à négocier avec ces gens-là en l'état actuel, sauf s'ils revoient leurs pensées et leurs projets. Ce sont des Maliens, s'ils reviennent à de meilleurs sentiments, je pense qu'il y a de la place pour tout le monde, mais pas dans ces conditions.  À lire aussiAu Mali, «l'externalisation de la sécurité n'a pas fonctionné», selon Bakary Sambe du Timbuktu Institute

    Arrestation de l'opposant gabonais Bilie-By-Nzé: pour la présidence, «il n'y a pas de cas particulier»

    Play Episode Listen Later May 13, 2026 15:28


    Au Gabon, la présidence affirme n'être pour rien dans l'arrestation du principal opposant, Alain Claude Bilie-By-Nzé, et déclare même que les portes du Palais lui seront ouvertes le jour où il sera libéré. Le 15 avril, l'ancien Premier ministre Bilie-By-Nzé a été arrêté pour une affaire présumée d'escroquerie qui remonte à 2008. Après-demain, vendredi 15 mai, la justice doit se prononcer pour ou contre sa remise en liberté. S'agit-il d'un règlement de compte politique ? Théophane Nzame-Nzé Biyoghé est le porte-parole du président Oligui Nguema. De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : L'opposant Alain-Claude Bilie-By-Nzé en prison pour l'histoire obscure d'une dette d'il y a 18 ans qu'il n'aurait jamais payée. Est-ce qu'on ne lui cherche pas des poux dans la tête ?  Théophane Nzame-Nzé Biyoghé : Il faudrait se demander qui lui cherche des poux dans la tête. En tout cas, ce que nous, nous constatons en tant que présidence de la République gabonaise, c'est qu'il y a une affaire privée, qu'il y a une personne privée, une dame qui existe, qui est bien réelle, qui vit au Gabon et qui a déposé une plainte. Je note que nous avons des milliers de compatriotes qui sont sous mandat de dépôt, qui y sont depuis plusieurs années pour certains, et leur sort ne semble pas offusquer autant que celui d'Alain-Claude Bilie-By-Nzé. Et donc, je pense que ces justiciables sont tout aussi humainement dignes et méritent qu'on s'y intéresse aussi. Donc, il n'y a pas de cas particulier.  La plaignante qui se réveille au bout de 18 ans pour réclamer une dette de quelque 5 millions de CFA, c'est-à-dire quelque 8 000 euros, est-ce qu'il n'y a pas derrière un règlement de compte politique ?  Ce n'est pas notre sujet, ce n'est pas le sujet de la présidence de la République. En France, où un ancien chef d'État a été condamné par la justice française, personne n'a pointé du doigt le président Macron. En France, où une dirigeante de parti, à droite, je dirais même à l'extrême droite, a été condamnée par la justice française, personne n'a pointé du doigt une fois encore le président Macron. Pourquoi voulez-vous que, lorsqu'il s'agit du Gabon, lorsqu'un opposant est inquiété par la justice comme n'importe quel autre citoyen pourrait l'être, il faille pointer du doigt le président de la République ?  Alors vous dites que Bilie-By-Nzé est un justiciable comme un autre, mais c'est tout de même le seul opposant d'envergure dans votre pays. S'il reste en prison, est-ce que vous ne craignez pas que cela ternisse l'image de la jeune démocratie gabonaise ?  Alors vous dites opposant d'envergure, mais que doit-on faire ? Est-ce qu'on veut que, paradoxalement, la présidence, parce qu'il s'agit de Monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nzé, décide de s'immiscer dans des affaires de justice pour demander sa libération ? Non, ce serait absurde et donc, nous nous occupons, le président de la République s'occupe d'animer l'exécutif, le système judiciaire est indépendant et il s'administre selon les règles prescrites et consacrées dans nos textes de loi.   Et vous pensez que Alain-Claude Bilie-By-Nzé pourrait rester en prison plusieurs mois, voire plusieurs années ?  Je n'ai rien à penser là-dessus. Nous constatons qu'il est sous mandat de dépôt et puis, lorsqu'il sera libéré par la justice gabonaise, eh bien, nous constaterons sa libération. Dans tous les cas, nous ne sommes pas là à souhaiter qu'un compatriote soit enfermé pour quelque fait que ce soit. Nous voulons simplement que la justice s'applique de la même façon à tout le monde.       Il pourrait être libéré ce vendredi ?  Aucune idée, ce sera à la justice gabonaise d'en décider.  À lire aussiGabon: l'opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze privé de visite, son parti dénonce une «opération politique» Lors de la présidentielle de l'année dernière, le président Oligui Nguema a promis la fin des coupures d'électricité. Mais malheureusement, ça continue. Est-ce que les Gabonais ne risquent pas de se lasser ?  Mais ça fait un bon moment que les Gabonais sont las de la situation, de la fourniture de l'eau et de l'électricité. Et donc, c'est l'un des plus gros problèmes auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés. C'est la raison pour laquelle, dans son projet de société, le premier pilier dudit projet était donc dédié à l'accès universel à l'eau et à l'électricité. Donc, des investissements considérables ont été apportés et continuent de l'être. Nous avons acté un certain nombre de solutions transitoires, notamment, je pense à l'accord avec Karpowership…  C'est quoi Karpowership ?   C'est une société [turque] qui a mis à disposition des plateformes flottantes de production d'énergie. Et donc, sur les mesures structurantes, il convient de dire une chose : aucun dirigeant au monde ne prend plaisir à priver sa population d'électricité et d'eau. La réalité, c'est d'abord de dire que, pendant plus de 40 ans, il y a des investissements qui auraient dû être faits, ils n'ont pas été faits. Et donc, il va falloir faire un effort collectif pour investir davantage, aussi avec le concours de partenaires. Lors d'un séjour au Nigeria, avec Afreximbank, l'État gabonais a pu négocier une enveloppe conséquente de plusieurs milliards de francs CFA pour la construction de centrales énergétiques dans trois villes : Libreville, Port-Gentil dans l'Ogooué-Maritime et Lambaréné dans le Moyen-Ogooué, c'est-à-dire à peu près vers le centre du pays. Et ça, ça prend du temps.  On sent monter une grogne sociale au Gabon, on l'a vu notamment avec la grève dans l'Éducation nationale au début de cette année, avec ces délestages, avec ces coupures de réseaux sociaux. Est-ce que vous ne craignez pas que l'état de grâce soit terminé pour le président Oligui Nguema ?  Mais personne n'a pensé, et je pense que le chef de l'État ne s'est pas dit, à un moment donné, que les Gabonais lui avaient fait un chèque en blanc et que donc on serait dans un état de grâce qui durerait tant ou tant de mois. Non, non, non. Dès le début, le président de la République, au sortir de l'élection présidentielle, avait dit que ces 94% [qu'il avait obtenus], c'était 94% de problèmes à régler. Le président de la République a, dès le début, pris le taureau par les cornes. Lorsque est survenue cette grève dans le secteur éducatif, tout de suite le président de la République a prôné le dialogue, mais le dialogue permanent. Donc on a défini une méthodologie qui nous a permis d'avoir des résultats.   Et pour l'image du président « homme de dialogue », est-ce qu'il ne vaut mieux pas que l'opposant Bilie-By-Nzé sorte de prison ?  Vous y revenez… Oui, le président de la République prend toujours plaisir à discuter avec tout le monde et donc le dialogue avait déjà cours, comme je vous l'indiquais, avec Alain-Claude Bilie-By-Nzé, pour qui les portes du palais de la présidence de la République ont toujours été ouvertes. Et donc, nous attendons de voir l'issue qui sera donnée à ses déboires judiciaires. Mais dans tous les cas, les portes de la présidence continueront d'être ouvertes pour lui et pour tous les autres.   À lire aussiGabon : l'opposant et ex-Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a été arrêté, annonce son parti

    Christophe Lecourtier, directeur de l'AFD: «Le paradigme de l'aide au développement a fait long feu»

    Play Episode Listen Later May 12, 2026 10:52


    Tout juste nommé à la tête de l'Agence française de développement (AFD), Christophe Lecourtier participait au sommet Africa Forward à Nairobi, consacré aux partenariats économiques entre la France et les pays africains. Dans un contexte de restrictions budgétaires et de remise en question de l'aide publique au développement, il défend une nouvelle approche fondée sur les « intérêts mutuels », l'impact concret et la pédagogie de son action.  Propos recueillis à Nairobi (Kenya) par Bruno Faure  RFI : Quel est votre état d'esprit pour ce sommet Africa Forward, assez inédit dans sa forme, dans son message, alors que vous venez à peine d'être nommé à la tête de l'AFD ?  Christophe Lecourtier : Je crois que c'est vraiment une grande chance de prendre mes fonctions aujourd'hui, parce que ce sommet arrive au terme de beaucoup d'années où l'on a réfléchi à tous les niveaux de l'État à ce que devait être une nouvelle relation avec le continent. Et aujourd'hui, par le foisonnement des événements, des initiatives, des rencontres, on a vraiment l'impression qu'on a là, dans nos filets, quelque chose qui a de la substance.  La particularité, c'est que les entreprises et l'économie sont au centre du jeu. Le président Macron a annoncé un chiffre de 23 milliards d'euros d'investissements à la fin de cette journée.  Le président kényan et le président Macron ont posé un cadre à l'intérieur duquel tous ces projets s'élaborent et tous ces contrats se signent. La deuxième chose, c'est que je suis extrêmement fier de ce que le groupe AFD, dans toutes ses composantes, ont joué un rôle très important dans la conception de ce sommet et dans toute une série d'événements, de signatures qui lui donnent de la substance. Donc non seulement c'est intéressant comme citoyen, par rapport à ma carrière de haut fonctionnaire, mais c'est extrêmement stimulant en arrivant dans les fonctions qui sont désormais les miennes.  Est-ce qu'on fait des affaires un peu différemment avec le monde anglophone, puisqu'on est ici au Kenya, par rapport à ce que la France fait depuis des décennies avec les pays francophones ?  Je ne voudrais pas tirer des conclusions hâtives d'une expérience qui est encore très fraîche, mais j'ai l'impression que l'AFD promeut la montée des coalitions associées sur des enjeux absolument critiques comme la souveraineté alimentaire, la souveraineté sanitaire, un certain nombre de projets d'infrastructures, par exemple l'électrification… C'est ici le lieu où se rassemblent autour d'une table, mais aussi dans des financements qui sont mis en œuvre, des banques multilatérales, des acteurs privés, parfois des fondations philanthropiques et évidemment l'AFD qui a l'avantage d'avoir un spectre assez large à travers ses trois composantes : l'agence elle-même, Proparco pour la partie secteur privé, et puis Expertise France qui apporte ici ou là finalement la petite maille sans laquelle les projets auraient souvent du mal à démarrer. Alors est-ce que c'est l'atmosphère anglo-saxonne qui est un peu moins verticale, un peu moins étatique peut-être que ce qu'on a l'habitude de faire ici en France ? Ou est-ce que c'est tout simplement l'évolution de cette problématique des partenariats internationaux ? En tout état de cause, ce qui me frappe et ce qui me stimule, c'est que je vois notre groupe AFD, au nom de la France, en pole position pour commencer à travailler de cette manière-là.  À vous entendre, vous vous inscrivez dans la continuité de ce qu'a fait votre prédécesseur Rémy Rioux. Qu'est-ce que vous comptez apporter de plus dans un contexte de contraction budgétaire ?  Je ne suis pas et je ne serai jamais un contempteur de ce que Rémy Rioux a fait très bien dans l'état du monde des dernières années. Et d'une certaine manière, on préférerait tous que le monde n'ait pas changé et que les ressources qui vont avec n'aient pas changé. Simplement, et malheureusement, le monde a changé. Le paradigme de l'aide au développement – j'y ai travaillé il y a vingt ans – a fait long feu. Cette notion de partenariat international, c'est d'être dans une logique où l'on mesure beaucoup plus les intérêts mutuels, donnant-donnant. Cela se fait effectivement sur fond de baisse assez conséquente des moyens qui sont accordés à l'agence et plus généralement à l'aide publique au développement. Il faut faire, comme le dit la formule un peu triviale, d'un risque une opportunité. Je crois qu'on a tout à fait les moyens de retrouver à la fois une stratégie claire, parlante pour nos parties prenantes – c'est-à-dire le gouvernement, le Parlement – mais aussi pour les équipes et pour nos partenaires. Certes, il est probable que le volume d'affaires ne sera sans doute pas en croissance pour des raisons évidentes, mais on peut faire un peu moins et tout aussi bien. Peut-être même, sur certains aspects, en termes de lisibilité et de relation avec la politique intérieure et extérieure française, un peu mieux encore.  À écouter aussiSommet Africa Forward : « Les sources de financement destinées à l'Afrique menacées par la crise » Donc il n'y a pas besoin de se réinventer pour rester pertinent, même quand on fait face à une concurrence internationale, de prêteurs chinois par exemple ?  Si, parce que c'est une maison qui a 85 ans et qui s'est réinventée en permanence. Il n'y a jamais vraiment eu, je crois, de plateau où l'on se serait installé dans une situation de confort. Dans le monde avec tous ses problèmes, il faut se réinventer sans cesse. Là, il est possible que le chapitre nouveau soit un peu plus marqué dans sa spécificité, mais les bases, les fondations de cette agence, je pense que la France en a vraiment besoin. C'est un grand atout. À charge pour nous d'être capables peut-être de l'expliquer davantage, y compris de sortir peut-être d'un certain cercle d'initiés, de gens de très bonne volonté, pour aller vers des publics qui sont un peu plus dubitatifs sur l'importance, l'enjeu, la pertinence de tout ça. Moi, j'en suis convaincu et on va vraiment essayer de les embarquer avec nous dans ce nouveau chapitre.  Justement, la France, l'AFD et d'autres organismes français sont régulièrement critiqués pour ce qu'ils sont, les politiques qu'ils mènent en Afrique, dans les pays du Sahel en particulier. Comment vous positionnez-vous en tant qu'acteur avant tout économique et qui doit se démarquer de ces débats politiques ?  Je pense que les Français, à tort ou à raison, sont assez critiques sur l'ensemble des institutions, quelles que soient leurs missions.  Les Français mais les Africains aussi.  C'est un défi qui nous est posé, mais qui est aussi le même. Les Français nous demandent la même chose : davantage d'impact, d'être capables de le démontrer. On voit aujourd'hui un nouveau paradigme qui me va très bien compte tenu de mon itinéraire professionnel : c'est un accent beaucoup plus fort mis sur la croissance économique, l'industrialisation, la création d'emplois. Et à partir du moment où l'on se fixe cet objectif, il faut aller vite. Il ne faut pas être rattrapé par la vague soit des populismes, soit de la fragmentation, soit de la déstabilisation d'un certain nombre de pays. Donc on a vraiment une exigence, mais on a un chemin. Et je crois vraiment que les équipes de l'AFD, fortes de leurs acquis, de leurs convictions, de leur solidarité, sont parmi toutes les agences de développement certainement celles ou parmi celles les mieux placées pour relever ce défi. C'est stimulant pour tout le monde. Il faut faire de la pédagogie. Ça va être ce à quoi je vais m'employer pour que personne n'ait l'impression qu'on est juste sur une histoire en peau de chagrin. C'est une pédagogie aussi qu'il faut que je fasse vis-à-vis de mes autorités. Mais voilà, on va le faire.  Les agences de développement sont parfois accusées de mesurer le succès par les montants, par les volumes qui sont engagés sur le terrain, et pas forcément par les résultats. Qu'est-ce qu'on fait quand ça ne fonctionne pas ?  Je crois que ça, c'était effectivement une page qui se tourne, qui répondait à un certain nombre d'objectifs internationaux de pourcentage de l'APD (Aide publique au développement) sur le PIB. J'y ai moi-même beaucoup contribué autrefois. Aujourd'hui, plus personne ne juge que c'est l'objectif essentiel. En revanche on peut, avec un peu moins, faire beaucoup mieux. C'est la ligne qui va nous guider. Donc je n'arrive pas comme quelqu'un qui va vous déchirer le voile et d'un seul coup faire connaître la vérité révélée. Simplement, on va davantage mettre l'accent sur un certain nombre de pays, un certain nombre de secteurs, parce qu'il faut faire des choix. Et on va aussi s'efforcer d'avoir une communication plus forte, plus volontaire et peut-être parfois plus simplifiée pour embarquer avec nous le plus grand nombre – en tout cas des gens de bonne volonté – que ce soient des dirigeants de notre pays, des élus ou aussi des citoyens. J'ai vraiment la conviction – et les études le montrent – que les Français n'ont pas renoncé à l'idée d'une solidarité internationale. Ils comprennent bien que si vous prenez la santé, vous voyez bien qu'il est absurde d'ériger des cordons sanitaires. C'est vrai aussi pour l'agriculture, la souveraineté alimentaire. On est une seule planète. Sans parler du climat. Cette logique-là, elle est majoritaire chez les Français. Il faut juste arriver à leur démontrer un peu plus qu'on ne l'a fait ces dernières années en quoi cette agence unique est vraiment le bras armé de la nation française, de l'État mais aussi de la nation française, pour accompagner cette transformation et en faire quelque chose dont on soit à la fois fiers et redevables à la fois à nos partenaires et à nos citoyens. 

    Sommet Africa Forward: «Les sources de financement destinées à l'Afrique menacées par la crise»

    Play Episode Listen Later May 12, 2026 9:20


    23 milliards d'euros d'investissements pour l'Afrique, c'est la promesse faite par Emmanuel Macron et William Ruto, hier soir, à Nairobi, au Kenya. « L'Afrique a plus besoin d'investissements que d'aide publique », a ajouté le chef de l'État français. Mais faut-il renoncer pour autant à l'aide publique ? Surtout pas, répond l'économiste français François Giovalucchi, car il n'y a pas d'investissements privés dans les pays les plus pauvres et dans les secteurs de la santé et de l'éducation. François Giovalucchi a été un cadre du Trésor français et de l'Agence française de développement. Aujourd'hui, il enseigne à l'université catholique de Madagascar et publie dans Politique africaine et Esprit. Il est l'invité de Christophe Boisbouvier.   RFI : « L'Afrique a besoin d'investissements plutôt que d'aide publique », a dit Emmanuel Macron, hier, à Nairobi. Qu'est-ce que vous en pensez ?   François Giovalucchi : Je crois que la remarque est pertinente. L'ensemble des sources de financements destinées à l'Afrique sont plus ou moins menacées par la crise. Bien sûr, comme l'a dit le président Macron, il s'agit de l'APD qui se réduit structurellement, mais…  L'Aide publique au développement.   L'Aide publique au développement. On doit penser aussi, si vous voulez, à une certaine réticence des marchés financiers internationaux dans la mesure où la crise de la dette africaine n'a pas été traitée, même s'il y a eu une grosse avancée avec le traitement de la dette éthiopienne. On peut parler des apports des migrants, des transferts de migrants, qui sont absolument majeurs, mais qui risquent d'être menacés à terme par les politiques restrictives dans les pays d'accueil des migrants. Quant aux investissements internationaux, ils sont extrêmement concentrés dans un certain nombre de pays et sur un certain nombre de secteurs, essentiellement les secteurs miniers, immobiliers et à un moindre degré énergie. Donc, il y a un véritable challenge pour élargir à la fois la liste des pays bénéficiaires et les secteurs concernés.   Alors, l'an dernier, l'Aide publique au développement a chuté de près de 25% au niveau mondial. Apparemment, il y a donc un effet Donald Trump. Est-ce que c'est irréversible et est-ce que c'est dangereux à vos yeux ?  Alors, ça me semble effectivement relever d'une nouvelle, si vous voulez, orientation de l'ordre international. Alors, ça se traduit très clairement côté américain, mais ça se traduit aussi côté européen avec plusieurs exemples. Il y a le « plan Mattei » pour l'Afrique de l'Italie, qui est un plan qui vise à restreindre l'immigration, favoriser du business italien en Afrique, notamment dans le secteur de l'énergie. En Espagne, on a la même tendance. Et en France aussi, on nous dit que l'aide ou les investissements solidaires, pour employer la nouvelle terminologie, doivent créer des marchés pour les entreprises françaises. D'ailleurs, on le voit très bien, Christophe Lecourtier, le nouveau directeur général de l'AFD, est l'ancien patron de Business France, donc un homme qui a voué une partie de sa carrière à l'expansion des entreprises françaises à l'étranger. Donc, c'est sans doute une inflexion de longue durée, il y aura un impact certain. Donc, les pays les plus pauvres, et qui sont souvent les moins endettables, vont être affectés le plus nettement par la baisse de l'Aide publique au développement. Et, au-delà des pays, il y a un problème sectoriel, c'est-à-dire que les investissements à l'étranger vont vers des secteurs rentables, qui offrent des marchés rémunérateurs aux entreprises européennes. Et il n'y a pas de marché rémunérateur, par exemple, dans le domaine de l'éducation, sans doute très peu dans le domaine de la santé et aussi pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique, les investissements d'adaptation. Donc, on peut craindre, si vous voulez, que certains pays et certains secteurs soient particulièrement touchés par cette baisse de l'Aide publique au développement. On observe déjà les premiers impacts avec la baisse des aides d'urgence, notamment par exemple en matière alimentaire à Madagascar ou en RDC, où les ONG qui interviennent sur le terrain sont à court de financements et doivent diminuer leurs opérations avec une influence extrêmement néfaste sur la sécurité alimentaire des populations.   À lire aussiSommet Africa Forward: Macron annonce 23 milliards d'euros d'investissements français et africains en Afrique À ce sommet de Nairobi, Emmanuel Macron et William Ruto annoncent toute une série de nouveaux investissements français en Afrique, mais ils espèrent aussi réformer l'architecture financière internationale. Quelle est leur véritable marge de manœuvre face à Donald Trump pour une telle réforme ?   Alors les problèmes à résoudre sont ceux de la qualité des investissements, c'est-à-dire que la France a fait un certain nombre d'investissements en Afrique qui sont problématiques. J'ai en tête le barrage de Nachtigal au Cameroun, qui rencontre des difficultés puisque la société qui doit acheter l'énergie a des problèmes financiers. J'ai en tête le Train express régional de Dakar…   Mais le Train express régional de Dakar, il est très fréquenté, non ?   Alors, il est fréquenté, c'est à ce titre, effectivement, à cet égard un succès, mais il y a quand même des problèmes pour assurer le service de la dette, pour rembourser. Alors, en ce qui concerne le « challenge Trump », on a eu la Heritage Foundation qui était donc à l'origine de son programme, qui avait prôné le retrait des États-Unis du FMI et de la Banque mondiale. Ce qui aurait alors pour le coup été une révolution dans l'architecture financière internationale. Donc tel n'a pas été le cas et donc il y a une certaine continuité. Mais le véritable défi pour l'architecture financière internationale, c'est la crise en Iran. C'est la nouvelle guerre du Golfe qui va entraîner des conséquences économiques extrêmement graves dans le monde entier, avec des stagflations dues à la hausse du prix de l'énergie, donc des baisses de recettes fiscales, des accroissements de déficit budgétaire, des accroissements du déficit du commerce extérieur. Donc, si vous voulez, on essaie de trouver des solutions, mais dans une période qui est très peu favorable.   À lire aussiChristophe Lecourtier, directeur général de l'Agence française de développement: « L'AFD ouvre un nouveau chapitre»

    Sommet «Africa Forward»: Aïssata Tall Sall, ex-ministre des Affaires étrangères sénégalaise

    Play Episode Listen Later May 11, 2026 13:41


    Le sommet Afrique-France de Nairobi, c'est aujourd'hui, lundi 11 mai et demain, mardi 12 mai, avec quelque trente chefs d'État et de gouvernement et quelque deux mille chefs d'entreprise, qui sont attendus dans la capitale du Kenya. Mais après les revers qu'elle a subis ces dernières années, la France a-t-elle encore un rôle stratégique à jouer sur le continent ? Aïssata Tall Sall a été la ministre des Affaires étrangères du Sénégal de 2020 à 2023. Aujourd'hui, elle est députée et dirige le premier groupe de l'opposition à l'Assemblée nationale. En ligne de Dakar, Maître Aïssata Tall Sall répond aux questions de C. Boisbouvier.   RFI : Aïssata Tall Sall, pour la première fois dans l'histoire des sommets Afrique-France, une édition se déroule en terre anglophone. Qu'en pensez-vous ? Aïssata Tall Sall : Je pense que c'est inédit et que nous devons lire cela sous le prisme d'une géopolitique africaine. La France, on doit le dire, n'est plus ce qu'elle était, il y a quelques années, en Afrique, pour ce qui est de ses relations, en tout cas avec ses anciennes colonies. Les pays de l'AES [le Burkina Faso, le Mali et le Niger qui forment l'Alliance des États du Sahel, NDLR] sont là. Les souverainistes sont là, avec de nouveaux pouvoirs. Il y a aussi notre société civile, notre opinion, qui est très très dure et exigeante vis-à-vis de la France. Il y a aussi ces bases militaires qui étaient là – je sais que celles du Sénégal sont déjà parties. Je pense que la France elle-même est en train de revoir sa relation avec l'Afrique. Et tout cela dans ce que les Africains, eux, résument par « ni exclusivité, ni exclusion » : c'est-à-dire dans une relation multilatérale libre, avec tous les États, dont le centre du monde n'est nulle part. Il est seulement là où vont les intérêts des pays africains. Le mot d'ordre de ce sommet de Nairobi, c'est l'économie. Est-ce que la France a encore un rôle à jouer dans le développement économique du continent ? Je pense que oui. C'est un rôle de leader, de conducteur, ou alors d'éveilleur de ce partenariat, sur des questions telles que la sécurité, telles que le climat, les questions de santé – on sort d'une pandémie de Covid. Il y a aussi les questions financières : est-ce que la France peut être ce grand messager qui pourra influer sur ses partenaires dans l'OCDE, dans le G7, pour que toutes ces règles puissent être allégées à la lumière des difficultés et surtout des besoins de financement des économies africaines. L'autre mot d'ordre de ce sommet de Nairobi, c'est la paix et la sécurité en Afrique. Or, les militaires français ont été chassés des trois États de l'AES et du Sénégal. Est-ce que le rôle stratégique de la France en Afrique de l'Ouest est fini ? Pour ce qui est du Sénégal, c'est peut-être trop forcé sur la caricature (elle rit). Les problèmes de sécurité sont prégnants, particulièrement en Afrique de l'Ouest, particulièrement pour moi, la Sénégalaise qui est frontalière du Mali. Donc, aujourd'hui, je pense que nous devons appréhender ces questions de sécurité sous un autre prisme : ce n'est pas celui de la présence de bases militaires qui vont garantir d'ailleurs, la plupart du temps – si on se dit la vérité – la sécurité des régimes en place. Nous, nous voulons la prévention. Et la prévention, c'est par le renseignement, c'est par un vrai échange discret, mais très fort dans le Sahel, et que la France, ainsi que les autres partenaires, puissent nous aider à cela, pour que nous soyons au-devant de la sécurité et pas attendre de subir, pour ensuite appeler à une quelconque intervention. Il y a deux ans, la président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a fait campagne pour l'émancipation de son pays par rapport à la France. Il y a 18 mois, il a annoncé la fermeture de la base militaire française de Dakar. Mais il est toutefois attendu au sommet Afrique-France de Nairobi. Est-ce que vous êtes surprise ? Je ne suis pas surprise et pour moi, ce n'est pas antinomique. Pour moi, le multilatéralisme est vraiment l'axe du partenariat et l'axe de la relation que nous devons avoir avec les États. Je vais vous raconter une anecdote. Il y a deux ans ou un peu plus, en tant que ministre des Affaires étrangères, j'avais accompagné le président Macky Sall au sommet Russie-Afrique [en juillet 2023 à Saint Petesbourg]. Et il y avait bien sûr le président russe Vladimir Poutine, mais il y avait le grand chef de l'Église orthodoxe, Cyril. Le patriarche Cyril s'est adressé aux Africains pour leur dire : « Nous avons les mêmes valeurs. » Et aujourd'hui, nous sommes en train d'implanter de petites églises orthodoxes un peu partout en Afrique. Et j'ai même vu des Africaines, comme des nonnes habillées en orthodoxes. Et j'ai compris que l'influence que la Russie était en train d'exercer dans nos États était une influence multiforme :  pas seulement sur la sécurité, pas seulement sur l'économie, mais également sur le religieux. Et c'est à ça aujourd'hui que nous faisons face. Mais je pense que, fondamentalement, la relation historique que nous avons avec la France et avec l'Occident – les valeurs de démocratie, de droits de l'homme, que nous partageons avec la France et avec l'Occident – doit faire que nous puissions être à l'aise avec la France, avec les Occidentaux, bien avant qu'avec tous les autres. Et c'est peut-être la raison pour laquelle le président [Bassirou Diomaye Faye, NDLR] pense que, malgré tout ce qu'il a dit, malgré tout ce qu'il a fait, cette relation doit exister et qu'il doit se rendre là où elle doit s'exprimer : c'est-à-dire aujourd'hui à Nairobi. Est-ce que la présence de militaires russes dans les trois États de l'AES, et notamment au Mali, est bénéfique pour ces pays, selon vous ? Je ne peux pas répondre directement à cette question, parce que seuls ces pays-là peuvent apprécier si la présence leur est bénéfique ou pas. En tout cas, ce que j'observe, c'est que, malgré cela, les jihadistes sont toujours actifs et même très actifs. On a vu ce qui s'est passé le 25 avril [attaques coordonnées des jihadistes du Jnim et des rebelles du FLA, dans la plusieurs villes et localités maliennes, NDLR]. Je pense que le Mali a encore besoin de beaucoup de concours de tous les pays, pour arrêter cette escalade qui ne cesse de monter. Donc les Russes sont là-bas. C'est une appréciation souveraine des dirigeants du Mali. Mais je pense que c'est encore loin d'être suffisant pour garantir la paix et la sécurité dont nous avons besoin dans cette sous-région. À lire aussiAfrica Forward à Nairobi, un sommet coorganisé par Kenya et France à l'accent très économique

    Serge Abraham Thaddée: «Montrer à la face du monde qu'on a une civilisation aussi importante que les Grecs»

    Play Episode Listen Later May 9, 2026 6:45


    Le sommet Africa Forward s'ouvre lundi 11 mai à Nairobi. Et pour cette nouvelle formule des rencontres entre la France et ses partenaires africains, le sommet débute avec une session sur les industries culturelles et créatives, comme le jeu vidéo. «Assassin's Creed», «Aurion» ou encore «Safari City» ... l'Afrique inspire de plus en plus et ce sont les développeurs du continent qui s'en emparent le mieux. À l'instar du jeu sud-africain «Relooted» sorti en février 2026 dont les héros cambriolent les musées européens à la recherche des oeuvres pillées en Afrique, les récits historiques du continent s'invitent dans le ludique et, par la même occasion, créent des imaginaires et des mondes nouveaux à la portée du grand public. Le jeune Guinéen Serge Abraham Thaddée a fondé la startup «African Heroes» qui s'inspire des récits historiques et des fictions de son pays. Il est notre Grand Invité Afrique du jour. À lire aussiGrâce aux jeux vidéo, Teddy Kossoko raconte l'Afrique autrement et ambitionne de créer des emplois   À lire aussiKalanoro: le jeu vidéo malgache qui n'a rien à envier à Zelda

    Mamoudou Ibra Kane: «Les Sénégalais qui étaient emballés par Bassirou et Sonko commencent à perdre espoir»

    Play Episode Listen Later May 8, 2026 13:23


    Et si le bras de fer au Sénégal entre le président Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko finissait par porter préjudice à la fois à l'un et à l'autre ? C'est la thèse de l'essayiste sénégalais Mamoudou Ibra Kane qui publie aux éditions le Lys Bleu « Troisième alternance au Sénégal, mon double regard ». L'auteur est également le leader du mouvement politique Demain, c'est maintenant. Il s'exprime sur la crise à la tête de l'État sénégalais, mais aussi sur le prochain sommet Afrique-France à Nairobi. De passage à Paris, il répond aux questions de RFI.   RFI : Dans votre dernier livre, vous dites que l'actuel bras de fer entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko va tourner à l'avantage du premier. Pourquoi ? Mamoudou Ibra Kane : Oui, je crois que, du point de vue strictement institutionnel, ce combat entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko est un combat entre le pot de fer et le pot de terre. Et je crois que, du point de vue institutionnel, le président prendrait le dessus. Maintenant, du point de vue strictement politique, imaginons que tous les deux se présentent en 2029, on peut concéder à Ousmane Sonko une certaine popularité qui pourrait peser. Mais il ne sera pas le seul acteur. Il y a d'autres acteurs qui n'ont pas encore dit leur dernier mot. Quel est votre pronostic, Mamoudou Ibra Kane, est-ce qu'on va au clash entre les deux chefs de l'exécutif ? Est-ce que le président va démettre son Premier ministre ? Est-ce que celui-ci va carrément démissionner ? Moi, j'ai envie de dire au président Bassirou Diomaye Faye que le tigre n'a pas besoin de proclamer ou de crier sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore. Rappeler le décret qu'il a pour nommer ou démettre un Premier ministre, cela est déjà connu. C'est à lui de se déterminer dans un sens ou dans un autre. Quant au Premier ministre Ousmane Sonko, je crois que s'il garde intacte son ambition de diriger le Sénégal en 2029, si le peuple sénégalais lui fait confiance et qu'il fait le constat qu'il ne s'entend plus avec le président Bassirou Diomaye Faye, il doit en tirer les conséquences et démissionner. Donc le jeu, il est clair : soit l'un fait démissionner l'autre, soit l'autre démissionne de lui-même. Et si au terme de la nouvelle loi, Ousmane Sonko est à nouveau éligible et peut se présenter en 2029, est-ce qu'avec le soutien de son parti, avec celui des députés Pastef, il ne va pas naturellement écraser le candidat Diomaye Faye ? Mais je ne suis pas sûr que ce sera un jeu entre les deux. Parce qu'il y a aussi d'autres acteurs politiques qui ont des ambitions présidentielles légitimes. Ce que je crois, c'est que tous les deux risquent d'y laisser des plumes et cela se fait sentir, d'ailleurs. Les Sénégalais, qui étaient vraiment emballés par ce duo, aujourd'hui commencent à perdre espoir. Et cela se justifie d'autant plus qu'ils attendent des deux qu'ils attaquent de front les problèmes économiques et sociaux du pays. C'est plutôt le désespoir qui est en train de se faire jour et qui risque de leur coûter très cher et de les emporter tous les deux s'ils ne se ressaisissent pas. Et quels sont les autres candidats que vous voyez venir ? Dans notre échange, vous avez parlé d'Amadou Ba, mais il n'y a pas que lui. Il y a d'autres jeunes aux dents longues qui, peut-être, seront candidats. Dans quel parti ? Vous avez déjà des partis historiques, mais aussi il y a des partis émergents. Je pense par exemple au mouvement « Demain c'est maintenant », dont je suis le leader. Je pense à tous les autres, les Thierno Alassane Sall, les Anta Babacar Ngom, les Bougane Dany, et bien d'autres, que ceux que je n'aurais pas cités m'excusent. Ce lundi va s'ouvrir un sommet Afrique-France. Pour la première fois, ce sera en terre anglophone, à Nairobi. Le président Diomaye Faye y est attendu. Est-ce que ce n'est pas surprenant de la part d'un homme politique qui a fait campagne il y a deux ans pour une véritable émancipation du Sénégal par rapport à la France ? Clairement. Logiquement, on aurait pu s'attendre à ce que le président Bassirou Diomaye Faye ne participe pas à ce sommet, assimilé par Pastef, dans l'opposition, et qui continue d'ailleurs de maintenir cette position souverainiste, disant que ce sommet France-Afrique ou Afrique-France, c'est selon, c'est encore la Françafrique qui continue. Bassirou Diomaye Faye est peut-être rattrapé par la réalité du pouvoir. Ce souverainisme, proclamé sur tous les toits et sur tous les tons, a des limites dès l'instant qu'on est un pays qui s'appelle le Sénégal, qui a besoin de commercer avec le reste du monde. Et aujourd'hui, il faut quand même reconnaître un glissement de cette relation entre la France et l'Afrique vers un peu moins de charge émotionnelle. Parce qu'il ne s'agit plus de la France avec les pays anciennement colonisés, mais de l'Afrique dans sa globalité. Et je crois que, de ce point de vue, honnêtement, moi je pense que le président Bassirou Diomaye Faye peut y avoir sa place, même s'il est rattrapé par un discours souverainiste aujourd'hui qui fait qu'on lui reproche de se rendre à ce sommet de Nairobi. On dit souvent que la querelle entre Diomaye et Sonko est un combat de coqs. Vous l'écrivez vous-même d'ailleurs, mais est-ce que ce n'est pas aussi un conflit politique ? La realpolitik d'un côté, le souverainisme de l'autre ? Oui, qui s'entrechoquent et qui risquent d'être très préjudiciables à la stabilité des institutions et, au-delà, à la stabilité du Sénégal tout court. À écouter dans L'invité Afrique midiAu Sénégal, le président Diomaye Faye est «prêt pour la séparation» avec le Premier ministre Sonko

    Au Mali :«Il faut s'attendre à de nouvelles attaques, l'objectif est de mettre une pression maximum sur le régime»

    Play Episode Listen Later May 7, 2026 11:29


    « Au Mali, il se passe des choses en coulisses, car il y a un mécontentement croissant au sein des forces armées », affirme la chercheuse Djénabou Cissé, douze jours après les attaques meurtrières des jihadistes et des rebelles touaregs. Mais pourquoi n'a-t'on vu aucun mouvement chez les militaires pendant les trois jours où la junte a complètement disparu, entre le 25 et le 28 avril dernier à Bamako ? Réponse de Djénabou Cissé, chercheuse associée à la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris. À lire aussiAu Mali, la sécurité d'État poursuit ses enlèvements

    Jibrin Ibrahim: «L'état de la sécurité au Nigeria est au plus bas de son histoire»

    Play Episode Listen Later May 6, 2026 7:01


    Six civils devant la Haute Cour d'Abuja, 36 officiers supérieurs devant la cour martiale du Nigeria, tous poursuivis pour avoir fomenté le putsch manqué de fin d'année dernière. Cette tentative de coup d'État contre le président Bola Tinubu en octobre 2025 avait d'abord été démentie par Abuja et l'armée nigériane, avant que les autorités ne finissent pas l'admettre en ce début d'année. Le procès des accusés civils a commencé en début de semaine (lundi), celui des militaires s'ouvre ce vendredi 8 mai devant une cour martiale spécialement créée pour l'occasion.  Qui sont véritablement ces hommes ? Que s'est-il vraiment passé en octobre 2025 ? Et pourquoi la présidence a tout fait pour cacher cette tentative de putsch ? Jibrin Ibrahim, chercheur principal au Centre pour la démocratie et le développement d'Abuja, est l'invité de Sidy Yansané.   RFI : Revenons un peu en arrière, tout d'abord, au moment de la tentative de putsch d'octobre dernier. L'armée nigériane avait démenti l'existence même de cette tentative, avant de la reconnaître trois mois plus tard. Pourquoi, selon vous ? Jibrin Ibrahim : Pour un régime au pouvoir, parler d'une possibilité de coup d'État est quelque chose d'inquiétant. Le régime au départ ne voulait pas parler de cette tentative, mais par la suite il s'est senti piégé : s'il ne parle pas, qu'allait-il faire des suspects ? Je pense que c'était un peu ça la problématique. Pour l'instant, le bilan sécuritaire du président Bola Tinubu est, on peut dire, assez mauvais. L'attaque de Jos, des explosions coordonnées à Maiduguri, l'armée américaine qui s'autorise à bombarder le territoire nigérian... Cacher cette tentative de putsch, c'est cacher peut-être aussi un malaise au sein de l'appareil sécuritaire au Nigeria ? Absolument ! Dans l'histoire récente du Nigeria, l'état de la sécurité n'a jamais été aussi grave. Les attaques par les terroristes, par les bandits ou les groupes qui revendiquent une lutte politique sont à peu près partout dans le pays, et tout le monde s'interroge : où est l'État et où sont les forces de sécurité ? C'est une situation très inquiétante pour les Nigérians et tout le monde se demande si l'État est vraiment capable de protéger ses citoyens. À lire aussiNigeria: une quarantaine d'éleveurs peuls tués par des miliciens nigérians et béninois Une cour martiale a été mise en place spécialement pour juger les 36 officiers accusés. Dans un pays fortement militarisé, qui a connu plusieurs coups d'État il y  25 ans, pourquoi est-ce seulement maintenant qu'une telle cour est créée ? On ne sait pas vraiment puisque le gouvernement s'est efforcé de dissimuler ce putsch avorté. Jusqu'à présent, beaucoup s'interrogent sur la véracité des informations données par Abuja. On espère qu'avec cette cour martiale et le procès des civils qui vient de commencer, on pourra en apprendre un peu plus sur ce qui s'est passé. Mais pour moi, le gouvernement est inquiet, cette histoire est quelque chose qui est difficile à gérer pour lui. Pour une raison toute simple : le coup d'État est de nouveau tendance en Afrique de l'Ouest, beaucoup de pays en ont souffert récemment. L'idée du putsch grandit au Nigeria et c'est ça le problème de fond : si on en parle, est-ce qu'on l'encourage ? Si on n'en parle pas, quels sont les risques ? Les suspects poursuivis peuvent-ils reprendre leurs tentatives ? C'est une situation très difficile pour le gouvernement et ça se voit. Il y a beaucoup d'hésitations, de doutes et de difficultés pour être clair et net sur la situation. D'ailleurs, peu après la tentative de putsch, Bola Tinubu a complètement modifié son état-major dans l'armée. Est-ce que selon vous, il s'agissait d'une simple réorganisation, parce qu'il y a quand même 36 personnes poursuivies ? Ou alors vraiment d'une réforme en profondeur, sachant qu'on est à moins d'un an de la présidentielle ? Je pense que le président veut s'assurer le maximum de sécurité personnelle, il choisira qui va rester avec lui quoiqu'il arrive. Mais a-t-il tenu compte de la lutte contre les groupes armés, contre les bandits et contre les terroristes ? Tinubu pense avant tout à sa sécurité. La preuve est que la lutte contre le terrorisme et les bandits ne progresse pas. Ces bandits et ces terroristes font ce qu'ils veulent, ils attaquent l'armée, ils tuent même des officiers supérieurs de l'armée. Donc tous ces changements à la tête des armées n'ont pas abouti à une amélioration de la sécurité au Nigeria. Et dans ce cadre-là, il semble que l'objectif principal est la sécurité du chef de l'État lui-même. À lire aussiNigeria: six hommes, dont un général à la retraite, inculpés pour un projet de coup d'État

    Conflit au Moyen-Orient: «Il y a un impact sur la sécurité alimentaire» au Cameroun

    Play Episode Listen Later May 5, 2026 8:24


    Quel est l'impact de la fermeture du détroit d'Ormuz sur les économies africaines ? Coup de projecteur ce matin sur le Cameroun, qui est un pays producteur de pétrole, mais qui est obligé d'importer le carburant qu'il consomme, car il n'a aucune capacité de raffinage. Hiram Samuel Iyodi est un jeune homme d'affaires de 39 ans, qui a travaillé plusieurs années dans le secteur pétrolier à Douala. Le 12 octobre dernier, avec son parti, le MP3, il était aussi candidat à la présidentielle, où il est arrivé officiellement huitième avec moins de 1% des voix. De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : Quelles sont les répercussions du conflit au Moyen-Orient sur un pays comme le vôtre, le Cameroun ? Hiram Samuel Iyodi : Le détroit d'Ormuz, c'est quand même 16 % des exportations du continent africain. Le Cameroun, en particulier, est un pays producteur de pétrole qui ne le raffine pas son pétrole, qui le commercialise sur les marchés internationaux. Depuis le démarrage de la guerre du côté de l'Iran, c'est un doublement des prix des produits pétroliers sur les marchés internationaux. L'Etat du Cameroun se retrouve donc de nouveau à devoir subventionner partiellement la mise à la consommation des produits pétroliers sur le marché. Il y a un impact qui ne va pas tarder à venir sur les coûts des transports et sur les coûts des produits alimentaires. Alors, depuis plus de deux ans, le Nigeria voisin dispose d'une méga raffinerie construite par le milliardaire Aliko Dangoté, près de Lagos. Vous qui avez travaillé plusieurs années dans le secteur pétrolier chez CAC International, qu'est-ce que vous conseillez ? Aujourd'hui, la réalité de la situation nous impose à peu près un appel de fonds de 1000 milliards de francs CFA pour pouvoir réparer la Sonara. Je pense que ça devrait être la priorité. C'est la raffinerie qui se trouve à Limbé. Et qui a pris feu… Et qui a pris feu en 2020. En plus, il y a la nécessité, avec le déploiement de la zone industrielle du port autonome de Kribi, de construire une deuxième raffinerie à Kribi. C'est vrai que le Nigeria a augmenté ses livraisons de produits pétroliers vers le Cameroun. On est pratiquement à 30 ou 40 % aujourd'hui. C'est notre premier fournisseur actuellement, notamment avec l'investissement de Dangoté. Mais pour une meilleure souveraineté énergétique, le Cameroun gagnerait à la fois à remettre en état la raffinerie de Limbé et à en construire une nouvelle au niveau de la zone industrielle du port de Kribi. Et que faut-il faire ? Globalement, il faut pouvoir mettre en place une stratégie industrielle qui nous permet de transformer nos matières premières localement. Nous continuons d'importer des denrées comme l'huile de palme, comme le sucre, alors que nous avons le territoire et les compétences pour les transformer localement. L'un des secteurs les plus touchés par la crise au Moyen-Orient, c'est aussi le transport aérien. La hausse du prix des billets d'avion, est-ce que c'est inéluctable ? C'est inéluctable. Si le kérosène flambe. Il y a un impact direct. Il y a le transport aérien, vous l'avez dit, il y a également le transport maritime. Donc, c'est un impact majeur sur un continent pour lequel le pouvoir d'achat est déjà relativement bas. On a déjà pratiquement une vingtaine de monnaies africaines qui ont été dépréciées depuis le début de l'année. Nous sommes fortement inquiétés par la situation. Alors vous parlez de ces monnaies nationales dont la valeur est dépréciée. Vous qui êtes hostile au franc CFA, est-ce que, momentanément, cette monnaie adossée à l'euro ne vous protège pas ? Si, elle assure, malheureusement ou heureusement, une certaine stabilité. Avant de pouvoir penser à une transformation ou un cheminement vers une monnaie autonome, africaine ou camerounaise, il faut un minimum de stabilité de l'économie. Et là, nous sommes donc obligés pour le moment de faire avec le franc CFA qui assure un minimum de stabilité pour nos économies. Vous êtes aussi un homme politique camerounais à la tête du Mouvement patriotique pour la prospérité du peuple, le MP3. Vous avez brigué la magistrature suprême le 12 octobre dernier. Au final, vous êtes arrivé huitième avec moins de 1 % des voix officiellement. N'êtes-vous pas déçu par ce score ? Déçu par le résultat. Mais je pense que les citoyens ont estimé que le candidat Issa Tchiroma était celui qui incarnait le mieux la rupture face au régime, ou alors qui avait le plus grand espoir de chance de victoire. Et donc le débat politique en 2025 ne s'est pas vraiment joué sur la qualité des offres politiques, mais sur la capacité à renverser le régime RDPC. En fait, beaucoup de sympathisants de l'opposition ont voté massivement Tchiroma c'est ça ? Absolument. Même dans notre camp. Nous avons des militants qui nous appelaient le matin pour nous prévenir qu'ils allaient voter en faveur du candidat Tchiroma. Pour combattre la fraude électorale dans votre pays, vous proposez une application de suivi du dépouillement des bulletins en temps réel ? C'est ce que nous avons proposé, ce qui nécessitait d'avoir une couverture de l'ensemble des bureaux de vote, avec une remontée instantanée des résultats qui permettrait que le même jour, à 22 h-23 h, on sache quelle est la tendance réelle des votes. Il y a un mois, le Parlement camerounais a révisé la Constitution de votre pays. Paul Biya va être désormais épaulé par un vice-président. Qu'est-ce que vous en pensez ? Deux choses. La première, c'est que cette loi a été votée par un Parlement dont le mandat est échu théoriquement depuis l'année 2025, qui se retrouve donc en train de voter une nouvelle architecture constitutionnelle d'une part. Et d'autre part, le président Biya n'avait pas présenté cette disposition-là dans le projet qu'il avait défendu devant les Camerounais au moment de la campagne électorale. Donc pour nous, c'est une violation de la légitimité populaire. Alors pour l'instant, personne ne sait qui va être désigné par Paul Biya comme son vice-président, mais certains, dans l'opposition, redoutent un choix dynastique… C'est ce que nous entendons dire. Pour être très précis, il est évoqué le nom du fils actuel du président de la République, qui est un citoyen camerounais comme les autres, donc qui pourra aspirer à une fonction politique. Pour nous, le problème réside dans la qualité nominative de cette vice-présidence. On pourrait donc se retrouver avec un citoyen camerounais à la tête de l'Etat, qui n'a pas été désigné par les électeurs camerounais. Donc si fonction de vice-président il devrait y avoir, cela devrait passer par un vote au cours d'une élection, au cours peut-être de la prochaine élection présidentielle avec un ticket président vice-président qui serait présenté aux citoyens camerounais. Le leader d'opposition Maurice Kamto, qui vous avait reçu pendant la campagne électorale, parle même d'une régression, d'un naufrage constitutionnel et politique… Ce que le président Kamto dit est exact. Nous devons rester mobilisés pour rappeler que ce qui se passe est extrêmement grave pour la démocratie camerounaise.

    Patrick Martin (Medef): «La France reste le deuxième investisseur étranger en Algérie»

    Play Episode Listen Later May 4, 2026 15:28


    Réconcilier la France et l'Algérie par l'économie et le « doux commerce » cher au penseur français Montesquieu... C'est le pari de Patrick Martin, le chef du patronat français (Medef), qui rentre d'un séjour à Alger, où il a été reçu notamment par deux ministres. Sur RFI, le président du Medef s'exprime aussi sur les opérateurs chinois en Afrique, qui, selon lui, « sont des prédateurs et travaillent à perte ». Et il lance un appel contre « la sauvagerie » de la nouvelle guerre des droits de douane. Le « patron des patrons » français répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : Vous rentrez d'Algérie où vous avez passé quatre jours et où vous avez été plutôt discret. Peut-être parce qu'il ne faut surtout pas dire des mots qui fâchent ? Patrick Martin : Je ne pense pas avoir été discret parce que les médias algériens, par exemple, ont assez largement couvert ce déplacement. Mais je crois avoir, en répondant à l'invitation de mon homologue algérien du Crea (Conseil du renouveau économique algérien), contribué quand même à ce que les relations importantes et historiques entre la France et l'Algérie se stabilisent. Depuis la brouille de 2024, l'Algérie importe beaucoup moins de produits français : par exemple des céréales, des bovins. Est-ce que ces exportations françaises vont reprendre après votre visite à Alger ? Je l'espère en tout cas. Enfin, il ne faut pas non plus exagérer. La France reste par exemple le deuxième investisseur étranger en Algérie. Moi, j'ai vu de très belles entreprises françaises implantées là-bas, souvent dirigées par des binationaux d'ailleurs. Donc, oui, il y a une baisse de nos exportations. D'autres prennent nos places. D'ailleurs, je pense à l'Italie. Mais c'est vrai également des Allemands, c'est vrai des Turcs. Donc, il faut qu'on y soit attentif parce que c'est un pays qui a un réel potentiel. Il y a un marché intérieur qui est important avec bientôt 47 millions d'habitants. Je le redis, il y a de très belles entreprises. Après, il y a un certain nombre de sujets sur lesquels il y a des interférences étatiques. On souhaite évidemment qu'elles se règlent. Après le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, voici le patron du Medef, Patrick Martin. Est-ce à dire que la France et l'Algérie se réconcilient grâce à la sécurité et grâce à l'économie ?   À nouveau, moi, je crois beaucoup à ma place, à la diplomatie économique. C'est ce qui m'avait valu, par exemple, de me rendre en Chine l'année dernière avec le ministre des Affaires étrangères, pour contribuer à régler le problème très sensible de nos exportations de Cognac et d'Armagnac. C'est dans cet esprit également qu'il y a quelques années, on avait contribué à ce que la relation entre l'Italie et la France, qui s'était momentanément dégradée sur le plan diplomatique, se ressoude ou se consolide. J'étais allé également au Maroc à plusieurs reprises au premier semestre 2024, et je crois pouvoir dire qu'avec nos homologues du patronat marocain, on avait aidé à ce que la relation étatique se consolide également. Voilà, sans présumer de nos forces et de notre influence, je crois que cette diplomatie économique est importante dans les relations internationales. Vous êtes le ministre bis des Affaires étrangères ? Certainement pas. Moi, je pense que l'économie est suffisamment importante pour se suffire à elle-même. L'autre actualité économique, c'est le sommet Afrique-France de Nairobi, qui va s'ouvrir dans quelques jours au Kenya, avec notamment un grand forum d'hommes d'affaires où sont attendus 2 000 participants africains et français. Est-ce à dire que la France des chefs d'entreprises tourne le dos à l'Afrique francophone au profit des pays anglophones ? Non, certainement pas. Je voudrais rappeler que, par exemple, le Medef a pris l'initiative, il y a cinq ans, de créer l'Alliance des patronats francophones, qui est une logique d'affaires en parallèle de ce qui peut exister sur le plan politique et culturel de longue date. Mais dans le grand rebattage des cartes du commerce mondial, on se doit de s'intéresser à toutes sortes de pays qui, francophones ou non, sont demandeurs. Est-ce que quelquefois les opérateurs français ne sont pas un peu plus timides que leurs concurrents chinois ou turcs dans certains pays africains ? Je pense que les entreprises françaises ont une qualité - et c'est peut-être vrai des Français d'une manière générale - lorsqu'ils sont installés quelque part c'est d'y être pour longtemps. Moi, il ne m'a pas échappé qu'en particulier les Chinois étaient très offensifs dans certains secteurs d'activité. J'entends tout autant qu'ils peuvent partir aussi vite qu'ils sont arrivés. Les Chinois sont très offensifs parce qu'ils sont très prédateurs, très agressifs sur le plan tarifaire. On est à peu près convaincu que dans un certain nombre de cas, sur un certain nombre de gros marchés, ils travaillent à perte et ça s'inscrit probablement dans une stratégie étatique d'influence. Dans quels secteurs par exemple ? Dans le secteur des infrastructures. Ils construisent des stades, des routes, des ponts en perdant de l'argent ? En tous cas, on a du mal à comprendre comment ils peuvent gagner de l'argent au niveau des prix auxquels ils prennent un certain nombre d'affaires. En marge du G7 qui se tiendra cette année en France, le Medef va organiser ce 11 juin un B7, un sommet du business, « B » comme business, entre les patronats des sept pays occidentaux les plus riches. Quelles peuvent être les retombées pour l'Afrique ? Les retombées pour l'Afrique, elles sont indirectes d'une certaine manière. Nous, notre enjeu, qui est totalement partagé par mes sept homologues patronaux des États-Unis, d'Allemagne, de Grande-Bretagne, du Japon, d'Allemagne, d'Italie, c'est qu'on rétablisse des règles dans les relations économiques et commerciales, parce que ce qui se passe actuellement, c'est une forme de sauvagerie qui s'introduit dans les relations commerciales. À quoi pensez-vous ? Je pense aux droits de douane. Or, nous avons besoin du commerce international, nous avons besoin d'accords de libre-échange raisonnés, raisonnables. Sans quoi, pour imager mon propos, les 20 % de salariés français qui travaillent grâce aux exportations pourraient voir leurs emplois menacés. Donc, voilà, nous, les sept patronats que je viens d'évoquer, nous sommes très demandeurs et nous allons dire à nos pouvoirs publics, à nos gouvernements, qu'il faut rétablir des règles. Ça pourra profiter aussi aux entrepreneurs américains ? Mais bien sûr, eux même sont quand même perturbés. Je n'irai pas au-delà, mais ils sont quand même perturbés par les volte-face que leur propre administration crée dans les relations internationales.

    Djibril Ouattara: «Nous allons développer une intelligence artificielle, souveraine, ivoirienne»

    Play Episode Listen Later May 2, 2026 4:38


    Notre Grand invité Afrique nous emmène en Côte d'Ivoire ce samedi 2 mai au matin. À Abidjan où se tient le Femua. Le Festival des musiques urbaines d'Anoumabo qui fête sa 18e édition est devenu un événement majeur sur le continent avec chaque année des concerts gratuits, Youssou N'Dour sur scène ce soir et des débats de société. Cette année c'est l'intelligence artificielle qui est au cœur des discussions avec cette interrogation : l'IA, menace ou opportunité pour l'Afrique ? La réponse des autorités ivoiriennes avec Djibril Ouattara, le ministre de la Transition numérique est au micro de notre envoyé spécial, Guillaume Thibault.  

    Mody Guiro, syndicaliste Sénégalais: «Nous revendiquons le respect des accords signés sur le pacte de stabilité social»

    Play Episode Listen Later May 1, 2026 7:13


    Au Sénégal, le leader syndical Mody Guiro veut bien donner deux ans encore au gouvernement d'Ousmane Sonko pour faire ses preuves sur le terrain social. Mais il commence à s'impatienter. Est-ce que la situation sociale était meilleure ou moins bonne du temps de Macky Sall ? Ce 1er mai, Mody Guiro, secrétaire général de la CNTS, la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal, doit défiler avenue Lamine Gueye avec les travailleurs de Dakar. RFI : Pour vous, quelle est la principale revendication en ce 1ᵉʳ mai 2026 ? Mody Guiro : La revendication principale tourne autour du respect des accords signés avec le gouvernement sur le pacte de stabilité sociale. Il y a un an, vous avez signé avec le gouvernement de Ousmane Sonko un pacte de stabilité sociale par lequel vous vous êtes engagé à ne pas faire de grève pendant deux ans. Mais pour l'instant, cela ne marche pas très bien puisqu'il y a eu des grèves ces derniers mois, notamment dans le secteur de la santé et des transports. D'abord, il faut préciser qu'au départ, le pacte a eu lieu au niveau des centrales syndicales. Quand nous disons qu'il n'y aura pas de grève, c'est essentiellement au niveau des centrales syndicales. Mais cela ne signifie pas le renoncement à la grève. Quand vous signez un pacte, vous prenez des engagements en tant que partenaires sociaux. Si ces engagements ne sont pas respectés, vous ne pouvez pas demander à l'autre partie de respecter ses propres engagements. Il faut jouer correctement. En tant que centrale syndicale, depuis l'installation du gouvernement, cela fait quand même deux ans qu'il n'y a pas eu de remous, à l'exception des secteurs que vous venez de citer : le secteur de l'éducation, le secteur de la santé et, bien sûr, le secteur des transports qui vient de sortir de grève. Y a-t-il eu des avancées depuis l'arrivée au pouvoir du Pastef, il y a deux ans ? Il y a eu quelques avancées. Les discussions en cours ont permis de trouver des accords avec les syndicats de l'éducation, à l'exception de deux points qui restent à finaliser. L'accord a été conclu avec les syndicats du G7, le syndicat le plus représentatif dans l'éducation. Reste deux points sur lesquels ils se sont mis d'accord pour poursuivre la réflexion ultérieurement, à savoir la question de la retraite et la prise en charge de la santé des décisionnaires retraités. Au niveau du syndicat des transports, un accord a été trouvé avec eux. Il faut dire que nous avons commencé également les négociations sur les cas de licenciements, parce qu'il faut comprendre que ce qui a fait déborder le vase, c'est qu'il y a eu une vague de licenciements alors que nous avions signé un pacte. Ces licenciements ont touché pas mal de travailleurs. Des centaines de travailleurs dans différentes structures, notamment dans le port autonome de Dakar, le Grand Théâtre ou la Caisse des dépôts et consignations. Vous avez également des licenciements dans la société des transports publics de Dakar, au niveau du service des mines, partout. Pour le port, sur plus de 200 travailleurs licenciés qui étaient en contrat à durée déterminée, renouvelé plusieurs fois, ils en ont repris quand même 40. Nous demandons à ce que ces gens qui sont dans le droit soient repris. Il en est de même pour société des transports publics de Dakar où, également, des efforts ont été faits. Il y a des négociations qui sont passées à la Caisse des dépôts et consignations, avec des départs négociés. Au niveau des autres structures, comme le Grand Théâtre, des promesses ont été faites, mais non tenues. Ce sont des questions de fond auxquelles les organisations syndicales tiennent. Il faudrait quand même que ces travailleurs, qui sont dans leurs droits, soient gardés. Pour sa défense, le gouvernement d'Ousmane Sonko dit qu'il est pris à la gorge par la dette cachée que lui a léguée l'ancien président Macky Sall, et qu'il ne peut satisfaire toutes les demandes. Comprenez-vous cet argument ? Je le comprends. Nous pensons que la dette est une chose. Nous sommes des syndicalistes, nous savons que la dette existe. On parle de dette cachée, mais nous savons que nos pères ont été souvent endettés, que les conditions du Fonds monétaire international sont des conditions insoutenables ayant des conséquences sur les populations. Mais nous disons que les populations ont des droits, des droits à la survie, à l'éducation pour nos enfants, à la santé pour nous-mêmes et pour nos enfants. Nous méritons de bonnes conditions de travail. C'est également ce que les gouvernements et les institutions doivent comprendre. Tout en comprenant cette situation, il faudrait mettre en place des mécanismes de dialogue social. Ce qui ne peut être résolu tout de suite, il faudrait un échéancier pour dire dans quelles conditions nous pensons parvenir à des solutions. Nous ne disons pas que tout doit être réglé tout de suite, mais qu'il faut montrer la volonté de satisfaire les revendications sur sa table. Le début de l'année 2026 a été marqué par un grave conflit entre les étudiants et le pouvoir. L'étudiant Abdoulaye Bah a été tué au mois de février. Où en sommes-nous dans ce conflit ? Les étudiants ont négocié avec le gouvernement. Des solutions ont été trouvées entre eux. Ils ont repris le chemin de l'université. Mais nous disons que nous ne devrions plus enregistrer de décès dans notre pays. Une personne qui perd la vie, c'est une perte pour toute une nation. Je pense qu'il faut essayer de situer les responsabilités et que les coupables soient punis. Selon vous, la situation sociale des travailleurs est-elle meilleure aujourd'hui que du temps de Macky Sall, ou est-ce pareil ? La situation est difficile. Il y a l'inflation, la dette intérieure qui est due aux entreprises du bâtiment et du pétrole. Dans le secteur du bâtiment, nous avons des pertes de près de 20 000 emplois. C'est-à-dire que les patrons du secteur privé ne sont pas payés par l'État et ne peuvent plus employer leurs salariés. Ils ne peuvent plus les maintenir. Dans certains secteurs, l'État est obligé de négocier des baisses d'horaires de travail pour maintenir nos emplois. Au lieu de licencier ou d'aller en chômage technique. Il propose la réduction des heures de travail pour pouvoir au moins avoir une activité. C'est difficile. Regrettez-vous l'époque de Macky Sall ? Regretter ou ne pas regretter... Ce qui nous intéresse, c'est de régler les problèmes. Les hommes passent, mais les institutions demeurent. Nous nous adressons à un pouvoir en place et nous, ce qui nous intéresse, c'est de satisfaire nos préoccupations. Pour le moment, nous souhaitons que ces préoccupations soient réglées. Nous sommes restés avec Macky Sall pendant plusieurs années, ils ne sont arrivés que depuis deux ans. Nous avons essayé d'avoir la patience de les laisser s'installer et mettre les premières briques en place. Mais nous commençons à nous inquiéter des lenteurs apportées à la satisfaction de nos préoccupations. Il y a un mois, le gouvernement a fait passer une loi qui double les peines de prison pour les homosexuels. Est-ce que vous pensez, comme le député d'opposition Thierno Alassane Sall, que c'est une initiative pour faire diversion, pour détourner l'attention des travailleurs par rapport à leurs revendications prioritaires ? Ce sont des questions qui sont agitées depuis longtemps dans notre pays. C'est des questions qui reviennent. Nous ne sommes pas des politiciens. Ce qui nous intéresse le plus, ce sont les questions de survie, les salaires, la sécurité, la santé, la protection sociale, la baisse du pouvoir d'achat. Voilà les questions de fond qui nous intéressent. Nous sommes des syndicalistes, pas des politiciens. Ces débats sont agités par des politiciens. Vous ne nous entendrez pas nous prononcer sur ces questions parce que nous avons d'autres priorités. À lire aussiSénégal: le collectif «Y'en a marre» organise une conférence pour évaluer les actions du gouvernement

    «Il faut parler de l'aide française au développement avec une voix plus forte», estime Rémy Rioux, directeur sortant de l'AFD

    Play Episode Listen Later Apr 30, 2026 15:31


    « Il faut que la France parle de son aide au développement avec une voix plus forte et plus politique », affirme Rémy Rioux, au terme de ses dix ans à la tête de l'AFD, l'Agence française de développement. Dans quelques jours, ce haut-fonctionnaire français va passer le relais à Christophe Lecourtier. Son agence est-elle impactée par la baisse de l'aide publique au développement ? Et que dit le Directeur général sortant de l'AFD à ceux qui l'accusent de soutenir financièrement des pays hostiles à la France ? Rémy Rioux répond aux questions de Christophe Boisbouvier.  RFI : Rémy Rioux, en dix ans, vous avez presque doublé le volume d'investissement de l'AFD dans le monde. Mais depuis deux ans, vous êtes sous pression budgétaire du gouvernement français qui a réduit son aide publique au développement de plus de 10 %. Est-ce que vous ne quittez pas l'AFD avec un gros sentiment d'inachevé ? Rémy Rioux : Pas du tout. On a maintenu la taille financière de l'AFD : 13,7 milliards d'euros en 2025, l'année dernière, exactement la même taille qu'en 2024. Donc cette ambition, cette capacité financière de la France à l'international, qui effectivement a doublé par rapport à 2016, quand je suis arrivé, elle est toujours là. Vos crédits sont donc en baisse, mais vous investissez encore quelque 13 milliards d'euros par an dans le monde, vous venez de le dire, dont la moitié en Afrique, c'est deux fois plus qu'il y a dix ans. Concrètement, combien de nouvelles personnes en Afrique ont accès aux soins médicaux grâce à l'action de l'AFD ? Alors, on est sur des millions de personnes, donc c'est de l'ordre de 20 millions de personnes qui ont eu un accès amélioré à des services de transport, dans la santé ce sont plusieurs dizaines de millions également. Et puis on mesure maintenant l'impact des projets terminés, c'est pas la promesse, c'est la réalisation d'impact. Et combien d'entreprises, de PME, aidez-vous à démarrer tous les ans en Afrique ? On a aidé de l'ordre de 50 000 PME et TPE en Afrique quand même, avec 3,5 milliards d'euros, je crois, d'investissement, beaucoup par notre filiale Proparco. Depuis cinq ans ? Oui, c'est ça, et c'est le chiffre 50 000. Alors, il n'y a pas que la France qui coupe dans son aide au développement, il y a l'Allemagne, la Grande-Bretagne, bien sûr les Etats-Unis. Est-ce que l'aide sans contrepartie, c'est une époque terminée avec notamment la suppression de l'USAID aux États-Unis ? Et est-ce qu'on passe aujourd'hui à une aide à la Trump, c'est-à-dire une aide transactionnelle avec en échange par exemple des marchés, des contrats pour les entreprises françaises ? C'est une discussion politique. Je pense qu'il faut admettre que dans la politique de développement, dans l'action internationale, il y a toujours eu trois intérêts. Il y a bien sûr l'intérêt des autres. C'est ça qu'on appelle la solidarité, l'altruisme. Il y a aussi l'intérêt national, l'intérêt du donateur, l'intérêt de notre société civile, de nos entreprises. Et puis, il y a un troisième intérêt. Moi, vous savez, j'ai beaucoup fait pour le climat, qui est l'intérêt mutuel, économiser des tonnes de CO₂ dans l'atmosphère, peu importe où on les économise, c'est bon pour tout le monde. Voyez, dans la politique de développement, il y a toujours ces trois intérêts. Ils se combinent, ils se cristallisent dans des paradigmes successifs et on est à l'évidence dans la négociation, s'agissant du G7, dans la définition d'un nouveau moment pour cette politique internationale, et c'est fascinant en vérité. Et quelle est la part de marché, conclu sur financement de votre Agence française de développement, qui est remportée par des entreprises françaises ? Alors, on estime que c'est à peu près 2 à 3 milliards d'euros par an. Donc, à l'issue des appels d'offres internationaux, des entreprises françaises remportent. EIles ne répondent pas toujours, mais quand elles répondent, elles gagnent sept ou huit fois sur dix. Rémy Rioux, vous êtes sous pression budgétaire. Vous êtes aussi sous pression politique depuis deux ans, l'extrême droite et une partie de la droite française vous reprochent d'aider financièrement des pays notoirement hostiles à la France comme l'Algérie, le Niger, le Burkina Faso, le Mali. Qu'est-ce que vous répondez ? Qu'Il s'agisse de l'Algérie, du Niger ou du Burkina Faso, c'est un mensonge. En fait, en Algérie, l'AFD n'a pas d'activités. Et au Niger et au Burkina Faso, dans le trouble politique dans lequel ces pays ont été plongés depuis quelques années, nous avons suspendu. Il n'y a pas de nouveaux projets financés par l'AFD dans ces pays, sur la base d'une décision des autorités de l'État en France. Donc, vous voyez, on ne peut pas me faire ce reproche. Ou alors il faut le faire de façon argumentée. Et le Mali ? Le Mali, c'est comme le Niger et le Burkina Faso. Dans les trois pays de l'AES, il n'y a pas de nouveaux projets. Vu le caractère de plus en plus politique de l'action de l'AFD dans le monde et notamment en Afrique, est-ce qu'il ne faudrait pas ressusciter un ministre de la Coopération qui pourrait s'appeler le ministre de la Solidarité internationale ? Je ne sais pas ce que vous entendez par politique. Mais oui, je crois que c'est important qu'on le fasse au nom du peuple français et en lien avec, encore une fois, l'AFD dans un pays qui parle au secteur privé, parle à la société civile, parle au maire. Notre argent passe toujours par une maîtrise d'ouvrage locale, par un acteur local à qui on fait confiance, en vérité. Donc, on crée cette qualité de lien-là qui est très singulière. Et après, vous avez raison, je trouve, notamment quand l'AFD a été attaquée l'année dernière, qu'il n'y a pas eu probablement une réponse politique assez forte. En fait, compte tenu de l'importance que j'attache à ce type d'action de la France dans le monde, il faut une voix politique là-dessus. Alors, nous avons une ministre du Développement, c'est madame Éléonore Caroit, qui est rattachée auprès du ministre Jean-Noël Barrot. Donc, il y a une incarnation politique, mais maintenant ça a été un sujet qui était très consensuel en vérité en France pendant très longtemps, et il est devenu peut-être un peu objet de division, un peu polémique. Donc ça veut dire qu'il faut mener la bataille politique. J'ai la faiblesse de penser qu'on a amené beaucoup d'arguments depuis dix ans qui, je l'espère, vont nourrir le débat public. À lire aussiOCDE: une baisse sans précédent de l'Aide publique au développement À lire aussiL'Afrique, première victime des coupes budgétaires de l'aide publique au développement de la France  

    Mohamed Juldeh Jalloh, vice-président de la Sierra Leone: «Notre objectif phare, c'est être auto-suffisant»

    Play Episode Listen Later Apr 29, 2026 9:38


    Guerre civile, épidémie d'Ebola, Covid… Après une série de crises qui ont largement freiné le développement de la Sierra Leone, le pays sous programme du FMI, a engagé une série de réformes qui lui ont permis d'avoir une croissance qui dépasse les 4% et a fait reculer l'inflation. La Sierra Leone sera mise à l'honneur lors du sommet Africa Forward à Nairobi comme exemple dans le renouvellement des relations avec l'Afrique que souhaite la présidence française. Cependant, l'insécurité alimentaire reste toujours très importante et la guerre en Iran entraîne des coûts supplémentaires pour ce pays qui risquent de créer de nouvelles pressions sur sa dette. Le vice-président de la Sierra Leone, Mohamed Juldeh Jalloh, est le grand invité Afrique de ce matin - une interview qui a été réalisée avant les évènements du 25 avril au Mali. Il répond aux questions de Charlotte Cosset.  RFI :  La sécurité alimentaire est un sujet majeur en Sierra Leone. Plus de la moitié de la population souffre encore d'insécurité alimentaire. Quelles sont les initiatives prises concrètement par votre gouvernement ? Mohamed Juldeh Jalloh : Le projet phare pour le gouvernement, c'est « Feed Sierra Leone ». C'est-à-dire, c'est un projet de développer l'agriculture avec trois objectifs. Le premier, c'est d'être autosuffisant d'un point de vue alimentaire et je vois que là, on a fait beaucoup de progrès. On a diminué l'importation depuis quelques années. On a élargi le volet du « manufacturing ». Par exemple, dans les deux ou trois ans qui arrivent, je pense que la Sierra Leone sera en mesure de ne plus importer d'oignons. On a aussi augmenté la production domestique de riz. On a aussi fait beaucoup de progrès dans « l'agroprocessing ». Grâce à Jolaks [entreprise agro-industrielle de production d'huile de palme et de savons, NDLR] – qui est financée par Proparco [institution financière de développement française, NDLR] avec une enveloppe à hauteur de 20 millions d'euros aujourd'hui -, la Sierra Leone exporte même de l'huile végétale vers les pays comme le Mali, le Sénégal. Parce que ça, c'est un objectif phare pour le président sierra-léonais Julius Maada Bio d'être auto-suffisant. Ça va avoir un impact sur la création de l'emploi. On est en train de faire pas mal de choses dans ce domaine-là. Qu'est-ce qui vous manque ? Qu'est-ce qu'il faudrait pour aller encore un peu plus de l'avant ? Il faut créer des infrastructures, les routes qui lient aux zones agricoles et aussi l'accès aux marchés. C'est dans ce cadre-là qu'en juillet, j'étais à Paris pour faire un suivi parce que le président Maada Bio a demandé spécialement au président Macron de voir comment la France peut aider la Sierra Leone dans le domaine de l'agriculture. Un autre volet, c'est le volet énergétique qui est très important. Avant 2019, l'accès à l'électricité en Sierra Leone, c'était 16-18 %. Aujourd'hui, on a augmenté à 34 %, ce qui n'est pas totalement suffisant. On a toute une série de projets pour augmenter cet accès d'ici 2030 à 80 %. Ça va transformer les zones agricoles, le processing, et l'agrobusiness. Vous avez mentionné la relation avec la France. Mi-mai, le sommet Africa Forward se tient à Nairobi. La France n'est pas un partenaire traditionnel de la Sierra Leone. Qu'est-ce que vous attendez aujourd'hui d'un partenaire comme la France ? Beaucoup de choses. D'abord, du côté personnel, j'ai dit à l'autorité française en 2018 : quand vous avez un petit pays en Afrique où le vice-président a fait ses études à Bordeaux et le président a fait ses études militaires en France, ça, c'est déjà un lien. Comment peut-on transformer cela en un vrai partenariat stratégique qui peut aider le développement de la Sierra Leone ? Je suis vraiment ravi de voir aussi que, début 2020, la France a ouvert une antenne diplomatique ici. Et l'antenne est en train de pousser dans tous les sens : diplomatique, économique et aussi le volet sécuritaire. Ça aussi, c'est un volet qui a été discuté entre le président Julius Maada Bio et le président Macron. Là, on est en avance. J'ai été au mois de novembre à Paris, on a travaillé avec la France. La Sierra Leone est prête à envoyer deux compagnies en Haïti. Les Nations unies nous ont déjà écrit la lettre. On va envoyer 300 militaires à Haïti pour aider la force de répression des gangs là-bas. Pour l'autre volet de sécurité aussi, j'ai visité l'Académie internationale de lutte contre le terrorisme à Abidjan, qui est aussi appuyée par la France. Cette année, la Sierra Leone va envoyer six officiers là-bas. L'objectif, c'est de voir comment la Sierra Leone peut être en mesure de créer un centre international de maintien de la paix pour essayer d'entraîner les gens. On va commencer notre expérience à Haïti. J'espère que ça va aboutir. La France a changé de braquet sur sa politique économique. Elle prône le gagnant-gagnant des aides contre des marchés pour les entreprises françaises. Que pensez-vous de ce tournant ? Moi, je suis tout à fait content de ça, parce que c'est très important aujourd'hui. L'économie globale est en train de bouger, l'aide au développement est en train de diminuer, les priorités des grands partenaires, des grandes institutions mondiales, sont en train de changer. On ne peut plus attendre les aides au développement. Il faut que, nous-mêmes, en tant qu'Africains, nous créions des opportunités pour attirer les investissements occidentaux pour venir dans le pays, parce que c'est ça qui est soutenable et c'est ça qui est durable. Et avec ça, on peut créer les opportunités pour la jeunesse, on peut créer les emplois, on peut améliorer notre économie et être les zones compétitives. Ça, ça va changer la donne. La guerre au Moyen-Orient a des impacts très importants dans le monde entier sur les économies mondiales. Comment faites-vous face en Sierra Leone? Aujourd'hui, on a vu que le prix des carburants a augmenté. Le coût de l'électricité a augmenté. On a vu que les denrées alimentaires, les prix ont augmenté. Ça impacte aussi le transport, le transport maritime et le transport local. On a commencé les subventions sur le pétrole, on a fait des subventions sur l'électricité et aussi, on est en train de faire des subventions sur les transports locaux. Parce qu'on ne peut pas transférer l'augmentation directement aux consommateurs. Avant, bouger un sac de riz pour l'apporter dans les régions, on payait 20 leones [0,74 euro, NDLR]. Maintenant, ça a augmenté à 50 leones [1,86 euro, NDLR]. Rien que ça, c'est déjà plus de 50% d'augmentation sur le transport local. On souhaite que ça s'arrête parce que sinon, ça va être très difficile. Cela va avoir un impact sur les petites économies comme la Sierra Leone. Justement, quelles sont vos marges de manœuvre ? Le FMI ne recommande pas les subventions, justement parce que ça puise dans les trésoreries des États. Avez-vous déjà un plan de financement pour compenser ? Oui, tout à fait. D'abord, on est en train de discuter avec les partenaires, y compris le FMI et la Banque mondiale. On est en train de voir les projets déjà existants pour voir s'il y a des fenêtres de financement que l'on peut utiliser pour les subventions. Et en même temps, on a pris des mesures au niveau interne de délestage pour diminuer le coût d'utilisation de gasoil. On a aussi décidé de diminuer les voyages des fonctionnaires. En même temps, on est en train de discuter avec nos partenaires. Il y a une très forte délégation de la Banque mondiale qui est là. Et ça, ça va être un des sujets sur la table que l'on va discuter. Julius Maada Bio est à la tête de la Cédéao. Or, le président de la Cédéao, actuellement, doit faire face à un gros défi, la sortie du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l'organisation. Comment ça se passe aujourd'hui avec ces trois États ? Comment le président apprécie-t-il la situation ?* La situation est vraiment grave. Aujourd'hui, le Sahel est confronté à des défis de stabilité. Ça nous préoccupe parce que ça commence à toucher les pays frontaliers, surtout quand on voit les pays comme la Côte d'Ivoire, avec tous les gens qui quittent le Burkina Faso, le Mali, il y a déjà une pression sur les infrastructures sociales. C'est la même chose avec la Guinée. Donc, nous, notre souhait, c'est de s'engager... Le président Maada Bio a déjà visité le Mali, il a visité le Burkina Faso deux fois. On est en train de discuter. Le président Maada Bio a proposé ce qu'il appelle un pacte de stabilité. On est en train de dire que voilà, vous faites partie de cette famille, on voudrait vous voir revenir. Le message est entendu ? On continuera à s'engager. Moi, personnellement, je suis en contact avec les dirigeants de ces pays-là parce que, comme vous le savez, j'ai déjà travaillé au Mali. J'ai été le conseiller du Sahel du Représentant spécial des Nations unies sur ce pays-là. Je connais les acteurs, ce sont des collègues qui ont fait des études en France, qui sont des ministres dans ce pays-là. Ce sont nos frères, c'est dans notre intérêt de les faire revenir, c'est dans notre intérêt de travailler ensemble. Et le président Maada Bio a rencontré le ministre des Affaires étrangères du Mali il y a quelques jours au Forum de paix à Dakar. Ils ont longuement discuté sur le sujet. On va continuer de pousser pour que nos frères voient la raison pour laquelle on devrait travailler ensemble. L'intégration régionale, c'est le seul véhicule pour faire face aux défis de stabilité auxquels la région est confrontée. Il était question de la création d'une brigade antiterroriste. Quelles en seraient les contours et à quel horizon? Le président Maada Bio va proposer aux pays du Sahel un pacte de stabilité. Ça va passer d'abord par les discussions, de voir aussi comment on va faire face à ces enjeux sécuritaires communs ? Comment on peut aider nos frères de l'AES ? Comment on peut les aider à faire face aux mêmes défis de stabilité auxquels sont confrontés ces pays-là ? Et aussi, à plus long terme, comment on peut discuter aussi de l'éventuel retour à l'ordre constitutionnel ? Parce qu'il ne faut pas le minimiser. L'ordre constitutionnel pour aider à reformuler le paysage politique, à ré-ouvrir une opportunité vers la Cédéao et aussi à ré-ouvrir l'opportunité vers le continent, y compris l'Union africaine. Nous voyons mal comment le Mali, le Burkina Faso, le Niger qui sont pères fondateurs de la Cédéao, quittent la Cédéao*. On les attend. On ne les attend pas seulement, on va aller les chercher pour qu'ils reviennent. *Cette interview a été réalisée avant les événements du 25 avril au Mali.

    RDC: «On assiste aujourd'hui à un braquage de la Constitution», estime l'opposant Olivier Kamitatu

    Play Episode Listen Later Apr 28, 2026 10:33


    En République démocratique du Congo (RDC), « le pouvoir prépare un braquage constitutionnel », déclare l'un des principaux leaders de l'opposition. Vendredi dernier, le premier vice-président de l'Assemblée nationale, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu, disait sur RFI vouloir changer la Constitution pour résoudre un certain nombre de problèmes avant la prochaine élection présidentielle de décembre 2028. L'ancien ministre Olivier Kamitatu réagit ce mardi 28 avril. Il est l'un des pères de la Constitution de 2006, actuellement en vigueur. C'est aussi le porte-parole de l'opposant Moïse Katumbi, qui est arrivé officiellement deuxième à la dernière présidentielle. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : Olivier Kamitatu, « il faut changer la Constitution, notamment pour mieux répartir les compétences entre l'État central et les provinces » dit le premier vice-président de l'Assemblée nationale. Qu'est-ce que vous en pensez ?   Olivier Kamitatu : tout ce qu'il faut dire, c'est un monument de contrevérités, un véritable catalogue de mensonges et je dirais même une leçon d'hypocrisie. Parce qu'en réalité, les problèmes institutionnels qu'il a relevés, l'élection des sénateurs, les compétences des provinces, la gouvernance locale, seraient bloqués par l'article 220. C'est juridiquement faux et manifestement de très mauvaise foi. L'article 220, effectivement, protège un nombre limité et précis de dispositions qui sont intangibles, parmi lesquelles la forme républicaine de l'État, le suffrage universel, le nombre et la durée des mandats présidentiels. Mais il ne protège nullement le mode d'élection des sénateurs ni les compétences des gouverneurs. Ces matières relèvent des lois organiques que le Parlement peut modifier à la majorité absolue sans toucher à un seul mot de la Constitution. Cette manipulation est d'autant plus grossière que monsieur Jean-Claude Tshilumbayi sait pertinemment que la vraie disposition intangible qui les embarrasse, c'est l'alinéa 2 de l'article 220, celui qui interdit formellement toute révision portant sur la limitation du nombre des mandats présidentiels. C'est cela et cela seul qu'ils veulent supprimer.   Alors le premier vice-président ne dément pas que cette nouvelle Constitution pourrait permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, mais il dit que c'est le vœu de la population et que même à Kinshasa, qui vote plutôt pour l'opposition, les gens ont dit oui à un troisième mandat, quand le président a félicité les footballeurs congolais pour leur qualification à la Coupe du monde.   Écoutez, cet argument fait rire. Aucune démocratie sérieuse ne peut confondre l'acclamation des stades avec une délibération citoyenne. Là, monsieur Jean-Claude Tshilumbayi a touché véritablement à une indignité politique. Ce qu'on a entendu, effectivement, un petit nombre dans ce stade disait oui, allez, troisième mandat. « Tina trois » jusqu'au troisième. Et d'autres scandaient « Tina, Sénat » jusqu'au Sénat. Parce que finalement, après son mandat, il doit aller au Sénat, y dormir et y passer le reste de sa vie. C'est ça que les Congolais ont demandé au stade de Kinshasa.   Alors vous parlez d'indignité politique, mais concrètement Olivier Kamitatu, qu'est-ce que vous pouvez faire pour empêcher le pouvoir congolais actuel de changer la Constitution par un vote du Congrès par exemple, vu que l'UDPS y dispose d'une majorité écrasante à l'Assemblée nationale comme au Sénat ?   Écoutez, la même Constitution nous fait le devoir de nous opposer à un braquage constitutionnel, parce que c'est à cela qu'on assiste aujourd'hui. L'article 64 de la Constitution nous dit bien que tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l'exerce en violation de la loi et de la Constitution. Ce que nous avons réussi il y a dix ans, et bien pour le Congo, nous le réussirons aujourd'hui contre ceux qui veulent faire ce braquage constitutionnel.   Ce que vous avez réussi il y a dix ans, c'est-à-dire ?   C'est-à-dire qu'il y a dix ans, il y avait exactement les mêmes velléités de vouloir changer la Constitution pour rester au pouvoir. Et c'est là où on doit s'élever contre le cynisme absolu de l'UDPS. Parce que, il y a dix ans, des jeunes Congolais sont descendus dans les rues de Kinshasa pour défendre exactement ce que Jean-Claude Tshilumbayi est en train de détruire : la limitation des mandats, le respect de la Constitution, le refus du glissement. Ces jeunes gens, je vous le rappelle, ils s'appelaient Rossy Mukendi Tshimanga, Thérèse Kapangala. Ils avaient pour eux leur jeunesse, leur courage, leur foi dans une Constitution que l'UDPS leur avait appris à considérer comme un bien sacré. Nous avions demandé à cette jeunesse de se lever pour défendre, au péril de sa vie, cette Constitution. Nous, le G7, à l'époque, l'UDPS était à nos côtés et aujourd'hui qu'est-ce qu'on voit ? Ces gens qui crachent sur la mémoire de Rossy Mukendi Tshimanga, qui piétinent le sacrifice de Thérèse Kapangala. Ils trahissent chacun de ceux qui ont cru dans leurs promesses, qui ont payé de leur liberté et de leur vie la fidélité à une cause que tous ces leaders ont abandonnée aujourd'hui, dès lors qu'elle ne leur servait plus. Nous leur devons au minimum de ne pas nous taire.   Alors c'est vrai qu'il y a dix ans, Joseph Kabila s'est cassé les dents sur son projet de pouvoir briguer un troisième mandat. Face à la résistance de l'opposition du G7 et de l'Église catholique, il a dû renoncer. Mais le premier vice-président de l'Assemblée dit qu'à l'époque, le régime s'était discrédité par ses manœuvres pour se cramponner au pouvoir, ce qu'on appelait le glissement, et que la situation est complètement différente aujourd'hui.   Mais il oublie un fait capital : c'est sous Félix Tshisekedi que la situation sécuritaire à l'Est s'est dramatiquement dégradée. Et donc ce régime voudrait se prévaloir de son bilan catastrophique pour se maintenir. Il n'y a pas de justification morale possible à un tel renversement des choses, en voulant dire que non, non, non, ça a totalement changé. Alors que la situation du pays, chaque Congolaise, chaque Congolais le sent dans sa vie quotidienne, a empiré au cours des dix dernières années.   Olivier Kamitatu, je vous remercie.   À lire aussiRDC: «Il faut changer de Constitution pour résoudre un certain nombre de problèmes» - Le grand invité Afrique

    Le Mali «est aujourd'hui dans le noir total, on ne sait pas qui gouverne»

    Play Episode Listen Later Apr 27, 2026 6:34


    Le Mali est confronté à sa plus grave crise sécuritaire depuis 2012, après l'attaque samedi des jihadistes et des séparatistes touaregs sur la ville-garnison de Kati, près de Bamako, et sur la ville de Kidal, à l'extrême-nord du pays. Quelles sont les conséquences de ces événements pour la junte au pouvoir, dont le numéro 2, le général Sadio Camara, a été tué ? Pour Étienne Fakaba Sissoko, « la junte est déboussolée ». Cet universitaire est le porte-parole de la Coalition des forces pour la République de l'imam Mahmoud Dicko, actuellement en exil à Alger. Il est l'invité de Christophe Boisbouvier. RFI : Est-ce que vous êtes surpris par cette offensive conjointe des jihadistes et des séparatistes touaregs ? Étienne Fakaba Sissoko : Surpris ? Absolument pas. Parce que depuis quelques années, c'est ce que nous disions, le tout militaire n'a pas produit de résultats probants depuis quelques années. Et le fait de sous-traiter également la sécurité du pays à travers des mercenaires russes était un danger qu'il fallait éviter. La mort du numéro deux de la junte, le général Sadio Camara, qu'est-ce que cela représente pour la suite des événements ? C'est tout un symbole. C'était celui qui avait travaillé avec d'autres à la venue de Wagner au Mali. Oui, parce qu'il avait fait ses études en Russie et qu'il parlait russe, c'est ça ? C'est ça. Et parce que, aussi, c'est lui qui était le principal responsable des événements du 21 mai 2021, le second coup d'État qui était intervenu, donc, c'était un maillon important du dispositif de la junte. À lire aussiL'influence russe en Afrique se réinvente après le groupe Wagner, selon All Eyes on Wagner Depuis 48 h, on est sans nouvelles du numéro un de la junte, le général Assimi Goïta. Quelles sont vos informations ? Je ne sais pas plus que vous, mais ce qui est évident, c'est que le fait qu'il ne communique pas, depuis hier à aujourd'hui, montre à quel point il est déboussolé, montre à quel point le pouvoir lui-même est déboussolé. Et le pays est aujourd'hui sans gouvernail, se retrouve dans une désolation totale. Et ce sont les videomen malheureusement, ce sont les activistes à la solde du gouvernement qui aujourd'hui, à coups de propagande, s'amusent sur les réseaux sociaux à balancer toutes sortes de nouvelles. Et de fake news, évidemment… Absolument. La reconquête de Kidal par les séparatistes touaregs du FLA, le Front de libération de l'Azawad, est-ce que c'est un revers stratégique pour le pouvoir de Bamako ? Exactement. C'est l'effet combiné Kati-Kidal qui représente véritablement le symbole de toute la journée du samedi et de ce qui a suivi. Kati, c'est le cœur militaire et politique du régime. Et Kidal, c'est le symbole même du récit officiel de la reconquête du territoire qui a été brandi depuis 2023 par le gouvernement. Donc être frappé le même jour sur ces deux points-là, en présence de ceux qui ont été présentés comme les sauveurs de la République, à savoir Wagner, c'est quelque chose, évidemment, qui est un coup dur pour le Mali, mais qui est un coup dur également pour cette junte. Les rebelles disent qu'ils ont conclu ce dimanche un accord avec Africa Corps pour leur retrait, ce qui semble être confirmé par plusieurs sources internationales. Donc tout indique que le pays est aujourd'hui dans le noir total. On ne sait pas qui gouverne, on ne sait pas qui dirige, qui prend les décisions et comment tout cela fonctionne. Les combattants russes d'Africa Corps qui s'enfuient de la ville de Kidal, est-ce que ce n'est pas humiliant pour Moscou ? Je ne sais pas ce qui est humiliant pour Moscou, mais ce que nous, nous avons toujours dit, c'est que Wagner, d'abord et ensuite Africa Corps, n'ont jamais été la solution de la guerre au Mali. Ils sont venus avec des méthodes très contestables qui ont occasionné énormément de pertes en vies humaines, énormément de bavures, énormément de violations de droits de l'homme. Et ce qui est évident aujourd'hui, c'est que Africa Corps est au Mali parce que les autorités actuelles l'ont permis. Et donc pour nous, le véritable responsable de tout ce qui est en train de se passer, ce sont d'abord les autorités maliennes, c'est d'abord la junte malienne. Et c'est pourquoi nous disons qu'il est important que cette junte-là parte pour justement mettre de l'ordre dans tout cela. À lire aussiTrois organisations portent plainte contre le Mali devant la Cour africaine des droits de l'homme Vous êtes le porte-parole de la Coalition des forces pour la République que dirige l'imam Mahmoud Dicko, qui vit actuellement à Alger. Quelle est pour vous la priorité aujourd'hui pour le Mali ? La priorité, c'est le départ de la junte. Une fois la junte partie, c'est à ce moment-là que de nouvelles voies pourront s'ouvrir avec les différents protagonistes, avec les groupes armés aujourd'hui qui, de par leurs actions malheureusement, sont en train d'affaiblir l'Etat, d'affaiblir le pays. Nous sommes tous Maliens et quelles que soient les pertes que nous avons observées depuis samedi jusqu'à maintenant, qu'ils soient du côté des militaires maliens, qu'ils soient du côté du FLA ou encore du Jnim, ça reste des Maliens. Donc c'est le sang des Maliens qui est en train d'être versé aujourd'hui. Donc notre priorité, c'est d'arrêter ce cycle de violences là et d'ouvrir de véritables dialogues pour bâtir un projet de paix. Dans votre communiqué de ce dimanche, vous dites qu'aucun groupe armé ne peut imposer l'avenir du Mali par la force. Mais ne craignez-vous pas que les jihadistes du Jnim ne mettent le Mali à feu et à sang ? Ce risque est réel, mais c'est pourquoi nous insistons sur le fait que la junte doit partir pour ouvrir de nouvelles perspectives. Parce qu'aujourd'hui, vous avez vu, depuis cinq ans, la junte a fait de la guerre un projet de société. Et la guerre à elle seule dans aucun pays du monde n'est arrivée à circonscrire une crise. C'est pourquoi nous disons aujourd'hui qu'il est important de tendre la main à toutes ces personnes, à toutes ces entités qui sont aujourd'hui impliquées dans cette crise-là. Et le dialogue est possible. Le seul obstacle aujourd'hui au dialogue et à la paix, c'est la junte. À lire aussiMali: la junte confirme la mort du ministre de la Défense et annonce deux jours de deuil national

    Soudan: «Cette guerre doit s'arrêter, on n'en peut plus, le peuple est épuisé»

    Play Episode Listen Later Apr 25, 2026 4:19


    La guerre au Soudan a poussé plus de quatre millions de Soudanais à fuir le pays pour se réfugier dans les pays voisins. Parmi eux, l'Ouganda, qui accueille près de 106 000 réfugiés soudanais ayant cherché à échapper aux violences. L'artiste Algaddal Hassan en fait partie. Il travaille dans le domaine de l'art visuel, et lutte à sa manière contre la guerre, en multipliant les initiatives pour promouvoir la valeur de la paix et de l'unité au Soudan. Dans le camp de Kiryandongo, à l'ouest de l'Ouganda, il a récemment tourné un documentaire sur les défis de trois artistes réfugiés dans ce camp. Algaddal Hassan est interrogé par Houda Ibrahim. RFI : Où étiez-vous quand la guerre a commencé et qu'avez-vous fait après ?  Algaddal Hassan : J'étais à Khartoum. J'ai été retenu dans mon bureau durant cinq jours, sans pouvoir y échapper. Quand j'ai pu sortir, je suis partie pour l'État du Nil Bleu, qui était encore calme. Là-bas, j'ai formé des jeunes gens à filmer avec leur portable. J'ai essayé de transmettre mon savoir aux jeunes de mon âge ou qui sont plus jeunes que moi, afin qu'ils puissent raconter leurs propres histoires. Ces jeunes ont aujourd'hui lancé l'initiative « Nous sommes tous une seule famille ». Cette initiative lutte contre le discours de la haine et s'efforce de produire des contenus qui limitent la propagation des rumeurs. Je suis très fier de ce groupe. Ils étaient capables de comprendre le poids des défis qui nous entourent au Soudan. Déjà avant la guerre, vous aviez commencé à donner des formations aux jeunes, dans un État où vous avez passé votre jeunesse ? Je tournais pour des sociétés qui m'envoyaient en reportage dans des régions lointaines et très diverses. Je profitais de ces missions pour organiser des petites formations pour les jeunes, non seulement dans ma région, le Nil bleu, mais partout où j'allais. J'ai ainsi animé des formations au Darfour, une région longtemps ravagée par la guerre et qui souffre toujours. Lorsque je suis arrivée en Ouganda, je me suis rendue dans des camps de réfugiés et j'ai formé des jeunes. C'était ma mission. Quelles sont les thématiques qui ont été le plus abordées par ces jeunes dans leur production ? Je crois que ces réfugiés ont su témoigner de leur réalité. Ils ont décrit leur expérience de réfugiés. Ils se sont concentrés sur des problèmes qui les touchaient personnellement, comme la pénurie alimentaire, le sentiment de la perte, le sentiment d'appartenance. Ce sont les thèmes qui ont été le plus fréquemment abordés par les participants. Quant à ceux au Soudan, malheureusement, les restrictions sécuritaires limitent leur capacité à travailler, et c'est l'une des raisons qui m'a poussée à quitter le pays. Actuellement, le Soudan subit de graves restrictions des libertés. Les journalistes, les photographes et les cinéastes sont pris pour cible. Donc, soit vous restez au Soudan et vous vous taisez, soit vous partez. Certains de ceux que j'ai formés ont quitté le pays et ont trouvé du travail ailleurs, ce qui les a mis à l'abri des horreurs de la guerre. Depuis, ils ont fait du chemin et ils se sont développés. Quant à ceux qui sont restés dans le pays, je peux dire que le seul groupe qui a pu résister et qui continue à produire, c'est « Kollana Ahl - nous sommes tous une seule famille ».  Quel impact a eu sur votre travail le fait de devenir un réfugié ? Évidemment, je n'ai pas les mêmes moyens ici qu'au Soudan. Là-bas, j'avais mon bureau, mon matériel et mon équipe. Ici, je suis reparti de zéro. Je réfléchis à ce que je peux apporter et j'essaie de nouer des collaborations avec des artistes qui soutiennent le processus de paix au Soudan. Je travaille avec eux pour produire des chansons et des supports visuels qui s'opposent à la guerre. J'ai collaboré avec plusieurs artistes pour réaliser des productions, qui ont toutes touché et marqué le public.  Quelle est la chose la plus dure que la guerre vous a imposée, en tant qu'être humain d'abord puis en tant qu'artiste ? La diaspora… Je pense que c'est cette période de déracinement que nous traversons… Je suis seul ici en Ouganda ; ma famille n'est pas là. Si ma famille était avec moi, je crois que le traumatisme se serait apaisé plus vite. Je considère la famille comme la principale source de sécurité. La guerre vous prive de ce sentiment de sécurité pour vivre dans un état de grande confusion et de désarroi. Votre souhait le plus cher à la fin de cet entretien ? Cette guerre doit s'arrêter. On n'en peut plus. Le peuple est épuisé et les Soudanais ont donné tout ce qui était possible. Si les belligérants prenaient connaissance des témoignages recueillis quotidiennement au Soudan et au sein de la diaspora, je pense qu'ils lâcheraient les armes. Mais ils ignorent complètement ces souffrances. S'ils s'intéressaient au destin des Soudanais, ils arrêteraient la guerre immédiatement. Cette guerre doit cesser. Nous, en tant qu'artistes, nous accomplissons des choses importantes, ce qui nous donne de la force et la conviction que nous sommes sur la bonne voie. Cela nous motive à faire encore plus. 

    RDC: «Il faut changer de Constitution pour résoudre un certain nombre de problèmes»

    Play Episode Listen Later Apr 24, 2026 15:58


    Le premier vice-président de l'Assemblée nationale congolaise Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu défend un changement de constitution et ne cache pas que cela permettrait aussi de faire sauter le verrou des deux mandats, afin que Félix Tshisekedi puisse se présenter à un troisième en décembre 2028. Mais comment compte-t-il changer de Constitution ? Est-il d'accord pour passer par un Dialogue national inclusif, comme le réclament l'opposition et l'Église catholique ? De passage à Paris, le premier vice-président de l'Assemblée nationale de la République démocratique du Congo répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : Augustin Kabuya, le secrétaire général du parti au pouvoir, l'UDPS, a déclaré le mois dernier « Nous allons toucher à la Constitution ». Qu'est-ce que ça veut dire ?   Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu : Mais parce qu'il y a des problèmes qui cherchent des résolutions, des problèmes récurrents qui se posent, entre autres, les relations entre les provinces et l'État central, mais aussi les compétences des provinces, plus précisément l'élection des sénateurs, des gouverneurs. Ces problèmes ne peuvent pas faire l'objet de révision. S'il faut améliorer le fonctionnement, il faut changer la Constitution parce que ce sont des situations verrouillées par l'article 220 de la Constitution, qui refuse d'être modifié. Cette fois-là, si nous voulons parfaire le fonctionnement des institutions provinciales et des entités territoriales décentralisées, il faut donc changer la Constitution, parce qu'il n'y a pas possibilité de modifier.   Alors, il y a un autre point qu'on ne peut pas modifier par une simple révision, c'est la limitation du nombre de mandats présidentiels ?  Des mandats présidentiels, oui.  Est-ce que l'objectif est aussi d'offrir un troisième mandat à Félix Tshisekedi ?   Pas forcément. Si l'une des conséquences était par exemple que le président se représenterait, ça, ça ne peut être que le choix du peuple souverain qui déciderait de modifier ou de changer sa constitution. Ce n'est pas ça le leitmotiv. Donc il y a toutes ces choses-là qui veulent, par exemple, que nous ayons une nouvelle Constitution, parce que pour les améliorer, il n'y a pas moyen de modifier l'actuelle.   À lire aussiRDC: l'Union sacrée de la nation ouvre le débat sur la révision de la Constitution Alors, dans le gouvernement actuel, il y a des ministres, comme Didier Budimbu, qui plaident ouvertement pour que Félix Tshisekedi ait le droit de briguer un troisième mandat en décembre 2028. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?    Si c'est un vœu… Tant que la guerre n'est pas terminée, il est clairement notable que l'on ne peut pas aller à une élection dans les conditions d'une guerre qui a poussé 7 millions de nos compatriotes en dehors du pays. Donc, les obligeant ainsi à ne pas participer à l'expression libre de leur choix.   Donc, si la guerre n'est pas terminée en décembre 2028, il y aura un glissement ?  Ce n'est pas un glissement, c'est un principe normal que l'on ne tienne pas les élections dans des conditions de guerre. Et comment ça se justifierait ici en Europe ? Vous avez des exemples de cela ? L'Ukraine, c'est une démocratie qui n'arrive pas à tenir des élections parce qu'elle ne peut pas les tenir sous les armes.   Alors, de fait, Volodymyr Zelensky a terminé son dernier mandat il y a deux ans. On serait avec Félix Tshisekedi dans un scénario hors mandat, comme Volodymyr Zelensky ?  Chez nous, c'est constitutionnel. Ça ne sera même pas un scénario hors mandat parce que notre Constitution le prévoit assez bien qu'à la fin de son mandat, le président de la République, lui, il reste en fonction jusqu'à l'installation effective du nouveau président élu. Ce ne sera pas un glissement, ça sera un fonctionnement normal des institutions.   Alors, ce que disent les catholiques de la Cenco, c'est qu'on ne peut pas changer la Constitution sans d'abord obtenir un consensus national. Qu'est-ce que vous répondez ?   Est-ce qu'il faut un large consensus national pour changer la Constitution ? Oui, il faut un très large consensus qui doit éventuellement passer par la représentation nationale, donc le Parlement, c'est ce qui est prévu dans notre Constitution, trois cinquièmes des députés siégeant au Congrès, soit alors par la consultation directe du peuple souverain. C'est ça le large consensus national. Ce n'est pas un large consensus national qui se ferait avec les prêtres catholiques et les politiciens qui ont récolté 800 ou 600 voix aux dernières consultations.   À lire aussiRDC: modifier la Constitution «pourrait aggraver la situation sécuritaire», assure l'Église catholique Pas de Dialogue national inclusif avant un éventuel changement de Constitution ?  Le dialogue, je ne le retrouve nulle part dans notre Constitution.   Ce débat sur un éventuel troisième mandat, il a déjà existé du temps de Joseph Kabila. Et finalement, après la mobilisation de l'opposition et de l'Église catholique, il y a renoncé, c'était en 2018. Est-ce que vous ne craignez pas qu'il y ait à nouveau un débat très vif dans votre pays, et que vous n'arriviez peut-être pas à imposer votre réforme ?   Mais c'est pourquoi je vous dis que, en 2018, vous dites, lorsque les gens ont tenté ce débat, c'était dans un contexte où rien n'empêchait la tenue des élections en 2016. Ils ont décidé de se cramponner au pouvoir sans aucune justification, et cela a fait que les institutions se sont retrouvées dans un glissement infondé et injustifié, et que les ténors du pouvoir de l'époque ont cherché à couvrir l'imposture. Ce n'est pas la même chose aujourd'hui, donc ce sont des réalités assez différentes.   Donc, vous pensez que ce que Joseph Kabila n'a pas réussi en 2018, Felix Tshisekedi va le réussir d'ici 2028 ?   Tout dépend aussi de la qualité, de la légitimité. Vous avez sûrement suivi, lorsque notre équipe nationale s'est qualifiée à la Coupe du monde de football et que le président Tshisekedi a réuni les joueurs congolais, vous avez vous même entendu combien dans les masses à Kinshasa, une ville connue pour son penchant vers l'opposition, on scandait et on réclamait auprès du président qu'il change la Constitution.  À lire aussiRDC: l'opposant Moïse Katumbi alerte sur le projet de révision de la Constitution

    Haïti: le déploiement des «Tchadiens est pour nous le signe qu'on n'a pas fait appel à des amateurs»

    Play Episode Listen Later Apr 23, 2026 8:20


    Après le Kenya, le Tchad vient au secours des Haïtiens contre les gangs qui les terrorisent dans Port-au-Prince. Ndjamena va en effet déployer quelque 1 500 hommes en Haïti, dont 500 sont déjà sur place. Au total, la nouvelle Force de répression des gangs va compter 5 500 hommes venus de 18 pays. Pourquoi l'ONU et les États-Unis font-ils appel en priorité à des soldats tchadiens ? L'écrivain haïtien Jean-Marie Théodat est directeur du département de géographie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et vient de publier Haïti mon amour ! chez Hémisphères Éditions Il est l'invité de Christophe Boisbouvier.   RFI : Après la mission multinationale dirigée par le Kenya, voici la Force de répression des gangs menée notamment par le Tchad. Qu'est-ce que vous en pensez ?   Jean-Marie Théodat : Écoutez, vu l'embarras dans lequel Haïti est plongé depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, ça ne peut être qu'une bonne nouvelle. En espérant que ce ne sera pas une mission de plus, parce que ce n'est pas la première fois que les Nations unies délèguent des forces. Donc, on espère que les leçons des précédentes expériences auront été retenues pour ne pas répéter les mêmes erreurs.   Alors, la mission multinationale dirigée par le Kenya, elle n'était constituée que d'environ 1 000 soldats. Et cette Force de répression des gangs pourrait atteindre quelque 5 500 hommes et avoir un mandat plus offensif. Est-ce que cela vous paraît une bonne chose ou pas ?   Alors il y a juste une petite correction à faire. Les 1 500 Kényans délégués en Haïti n'étaient pas des soldats mais des policiers. Donc avec des armes de maintien de l'ordre, c'est-à-dire des armes légères qui n'avaient aucun rapport avec l'urgence et l'énormité du défi qui était de faire face à plusieurs milliers de gangsters armés d'armes de guerre, etc. Donc aujourd'hui, on parle de 5 500 hommes, c'est-à-dire que c'est sensiblement plus important. Et puis cette fois avec un mandat clair, ça s'appelle une Force de répression des gangs. J'espère que la sémantique n'est pas trompeuse, mais s'il faut en juger par les intentions déclarées et puis surtout par l'importance des moyens qui ont été déployés, d'accord. Déjà, l'aéroport de Port-au-Prince a été transformé en une base aérienne pour accueillir un premier contingent de 500 Tchadiens. Donc, nous espérons que cette présence, et surtout les moyens qui ont été déployés, permettront de répondre efficacement aux défis posés par les gangsters.   À lire aussiHaïti: l'armée tchadienne double son effectif au sein de la mission multinationale de répression des gangs Alors des unités venues de l'autre côté de l'Atlantique et en l'occurrence du Tchad. Qu'est-ce que cela vous inspire ?  D'un point de vue symbolique, on peut dire que c'est une bonne nouvelle parce que Haïti n'est pas un pays totalement étranger aux Africains. Nous sommes, comme on dit souvent, la fille aînée de l'Afrique et le fait que des Africains volent au secours des afro-descendants que nous sommes, cela ne peut être que de bon augure. Pour dire qu'il y a dans cette Méditerranée atlantique des liens forts, des liens symboliques, historiques qui doivent se concrétiser avec un projet politique conscient. Maintenant, il faut voir que cette présence tchadienne n'est pas l'expression d'une volonté populaire du Tchad, de participer à ce qui se passe en Haïti, mais plutôt la délégation à un pays militairement aguerri de la part de l'Assemblée générale des Nations unies, qui n'a pas d'autre solution que de déléguer à d'autres nations la tâche de maintien de l'ordre dans ce qu'on appelle les périphéries du Sud, où ni des soldats américains, ni des soldats japonais, ni des soldats européens n'ont envie d'aller traîner leurs guêtres parce qu'on sait que ce sont toujours des opérations très périlleuses. Et puis parce que Haïti n'est pas non plus un pays du premier champ, avec un intérêt stratégique qui justifierait que les États-Unis ou que la France y envoie des troupes.   Pour préparer les Tchadiens aux combats urbains dans Port-au-Prince, les Américains d'Africom sont en train de leur dispenser une formation technique. Pourquoi les Américains tiennent-il tant à ce que des Kényans, des Tchadiens participent à la sécurisation de votre pays ?   Je pense qu'il y a une volonté évidente d'avoir en Haïti des forces qui ne donnent pas à la population le sentiment d'avoir été occupée par l'étranger. Vous savez, Haïti a une histoire nationale et un sentiment national très ombrageux qui fait qu'on ne tolérerait pas la présence d'une armée qui donnerait le sentiment que notre indépendance a été mise sous le boisseau. Tandis qu'avec des congénères, on va dire, presque africains, et la présence sur le terrain, disons vraiment photogéniques, cela passera toujours mieux d'avoir des soldats noirs, disons les choses carrément, avec une population qui est elle-même majoritairement noire et d'ascendance africaine. Et je pense que c'est probablement le sens de cette option africaine pour intervenir en Haïti.   Qu'est-ce que le Tchad peut attendre de la part des Américains en contrepartie de l'envoi de 1 500 soldats ?   Je pense que ces missions sont comme les missions précédentes, des missions tarifées. On ne peut pas dire que l'engagement du Tchad soit un engagement vénal, mais sans une compensation financière importante, je pense que personne n'a envie d'aller mourir pour Port-au-Prince. Donc, le Tchad doit certainement avoir une compensation financière. Mais je pense que le Tchad a aussi à s'attendre à un retour de faveur parce que, en intervenant en Haïti, les Tchadiens donnent aux États-Unis un gage de fidélité. En espérant sans doute qu'en retour, sur le terrain très spécifique de l'Afrique, ils pourront compter sur les Américains pour faire face notamment à la guérilla jihadiste qui mine l'unité du territoire, notamment dans la partie nord, à la frontière avec la Libye.   Et avec le Soudan.   Et avec le Soudan. Bien sûr, dans le Darfour.   À lire aussiHaïti: les affrontements entre gangs s'intensifient à Port-au-Prince et forcent 5000 habitants à se déplacer

    Pierre Bertinotti: «Nous souhaitons que les valeurs humanistes et universalistes puissent s'appliquer partout dans le monde»

    Play Episode Listen Later Apr 22, 2026 6:05


    Quel est le poids des francs-maçons en Afrique ? La question se pose à Madagascar, où le grand maître du Grand Orient de France, Pierre Bertinotti, est en visite cette semaine, tout juste six mois après la révolution Gen Z qui a fait tomber le régime d'Andry Rajoelina. La Grande Île compte quelque 1 500 francs-maçons. Quelles sont les priorités de cette obédience maçonnique à Madagascar et sur le continent africain ? En ligne d'Antananarivo, le franc-maçon français Pierre Bertinotti répond aux questions de Christophe Boisbouvier.  RFI : Pierre Bertinotti, qu'est-ce que les francs-maçons du Grand Orient disent aux jeunes de la Gen Z qui ont fait tomber le régime d'Andry Rajoelina au mois d'octobre dernier ? Pierre Bertinotti : Il y a d'abord le Grand Orient de France. C'est la principale obédience maçonnique libérale au sens des libertés individuelles, libertés publiques dans le monde, et nos valeurs sont fondamentalement celles d'un humanisme et d'un universalisme. Donc, ce que je dis à la jeunesse : « Vous savez, le Grand Orient de France, ça a été un des grands soutiens de la République, un des grands soutiens de la démocratie. Et nous, nous souhaitons évidemment que ces valeurs humanistes et universalistes puissent s'appliquer partout dans le monde, à Madagascar mais en France aussi ». Du temps d'Andry Rajoelina, le grand maître du Grand Orient de France était reçu en audience au palais présidentiel. Mais avec le colonel Michael Randrianirina, ce n'est plus le cas. Est-ce qu'il y a un coup de froid avec les nouvelles autorités ? Lorsque le Grand Maître se déplace effectivement dans un pays ami, il est de tradition qu'une audience soit sollicitée. Mais cette audience n'est pas nécessairement accordée du fait souvent d'un emploi du temps chargé. Et je ne vois pas là une mauvaise manière. Le rapprochement des nouvelles autorités malgaches avec la Russie de Vladimir Poutine, qu'est-ce que cela vous inspire ? Alors, est-ce que cela m'inspire ? C'est que ces valeurs du Grand Orient de France, à propos de la vie d'une société à Madagascar, elles valent également pour les relations internationales. Quand je vous parlais du respect de l'autre et du dialogue, et bien dans le domaine international, c'est la même chose. C'est sûr que nous sommes à une époque où le multilatéralisme est remis en cause. La place et le rôle des Nations unies, pour prendre juste cet exemple, sont remis en cause. Je crois que le mot fondamental, c'est le mot dialogue. Et je voudrais prendre un exemple. Nous avons parmi nos anciens Léon Bourgeois. Léon Bourgeois a été un responsable politique français du début du 20ᵉ siècle, qui a notamment développé ce qu'on appelle le solidarisme, la mise en place de lois sociales. Mais cet homme également a été un des pères fondateurs de la Société des nations. Vous savez, l'ancêtre de l'ONU. Et en 1920, Léon Bourgeois a reçu le prix Nobel de la paix. Pour nous, Léon Bourgeois incarne parfaitement ce qu'est la Franc maçonnerie du Grand Orient de France, et notamment pour les relations internationales. Qu'elle est aujourd'hui en Afrique ce qui vous préoccupe le plus en tant que Grand maître du Grand Orient de France ? Alors il y a la question climatique, mais ce qui nous préoccupe, c'est l'arrêt ou la forte diminution de l'aide publique au développement. Je voyais le dernier rapport du comité d'aide au développement de l'OCDE, où on a une chute de 25% par rapport à 2024. Bien sûr, c'est du fait de l'effondrement des crédits américains et notamment de l'USAID. Or, en Afrique, on a des pays très pauvres qui ont besoin de l'aide publique au développement. Donc là, effectivement, la France devra reprendre son bâton de pèlerin, faire également des efforts budgétaires, parce que nous aussi, on a vu une diminution de l'aide publique au développement. Donc, la question du développement reste encore pleine et entière avec les défis climatiques et, bien sûr, la multiplication des conflits en Afrique de l'Ouest, dans la région des Grands Lacs. Nous avons tous intérêt à ce que le développement de l'Afrique puisse se faire dans les meilleures conditions économiques, sociales et politiques possibles. Et que répondez-vous à ceux qui disent que beaucoup de gens entrent dans la franc-maçonnerie pour élargir leur réseau, leur influence, et non pas pour porter des valeurs humanistes ? Alors effectivement, ça c'est la vision parfois négative de la franc-maçonnerie où on dit « bon, c'est un réseau, un réseau d'affaires, un réseau d'influence ». Je crois que cette image-là n'est pas exacte parce que le franc-maçon d'abord travaille sur lui-même. Et nous, au Grand Orient de France, comme on dit, nous marchons sur nos deux jambes. La première jambe, c'est la jambe initiatique, le travail personnel fait sur soi-même. Deuxième jambe, c'est la transformation de la société. C'est comment les valeurs que nous apprenons dans le travail initiatique à l'intérieur du temple, comment ces valeurs-là, nous les faisons vivre dans la société. Et donc notre rôle, qu'est-ce que c'est ? Lorsque, par exemple, je rencontre des responsables politiques, et bien je promeus auprès d'eux cette vision de la société. L'universalisme, c'est l'égalité de tous, c'est la lutte contre toutes les discriminations. Eh bien je promeus auprès des responsables publics la mise en place, par exemple, de politiques de lutte contre toutes les discriminations. Voilà, c'est ça fondamentalement le rôle des francs-maçons dans la société civile. À lire aussiLes Rehfram, le rendez-vous des francs-maçons d'Afrique

    Futur secrétaire général de l'ONU: «Il ne faut pas exclure d'autres candidatures dans les semaines à venir»

    Play Episode Listen Later Apr 21, 2026 9:15


    Qui va succéder à Antonio Guterres fin 2026 au poste de secrétaire général de l'ONU ? Aujourd'hui et demain, les quatre candidats sont auditionnés par l'Assemblée générale à New York. Sont en lice la Chilienne Michelle Bachelet, l'Argentin Rafael Grossi, la Costa-Ricaine Rebeca Grynspan et le Sénégalais Macky Sall. L'ancien chef d'État du Sénégal peut-il gagner ? Christophe Boisbouvier a posé la question à Francis Kpatindé, l'ancien porte-parole du HCR pour l'Afrique, qui enseigne aujourd'hui à Sciences Po Paris et qui n'exclut pas la victoire au finish d'un OVNI, à savoir Gianni Infantino, le patron de la FIFA. RFI : Francis Kpatindé, qui est favori selon vous pour succéder à Antonio Guterres ? Francis Kpatindé : Ils sont quatre candidats à passer le grand oral aujourd'hui et demain. Mais le sentiment général à New York, au siège de l'organisation, reste néanmoins que celle ou celui qui sera élu ne figure pas encore sur la liste actuelle, même si la date de dépôt des candidatures fixée au 1ᵉʳ avril est passée. Il ne faut donc pas exclure d'autres candidatures dans les semaines ou mois à venir. Un candidat peut donc surgir à la dernière minute et rafler la mise. Au siège de l'ONU, à New York toujours, certains évoquent déjà la candidature de l'actuel vice-secrétaire générale Amina J. Mohammed, qui est métisse, binationale du Nigeria et de la Grande-Bretagne. Et même, tenez-vous bien, celle du président en exercice de la FIFA, Gianni Infantino, connu pour sa proximité avec le président américain Donald Trump. Oui, donc c'est très ouvert. Mais si on en reste à ces quatre candidats actuels, quel est à votre avis le mieux placé ? Moi, je pense que ce sera un des candidats latino-américains. Donc soit l'ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, soit l'actuel patron de l'Agence de l'énergie atomique, l'Argentin Rafael Grossi ? Oui, c'est ça. Et soit Madame Rebecca Grynspan aussi. Qui a été vice-présidente du Costa Rica ? Du Costa Rica. Voilà. La décision finale reviendra aux quinze membres du Conseil de sécurité, dont cinq ont le droit de veto. C'est à eux de donner le nom, de suggérer le nom à l'Assemblée générale des Nations unies. Et entre madame Bachelet, monsieur Grossi et madame Grynspan, qui a le meilleur profil pour plaire à la fois à l'Amérique, à la Chine et à la Russie ? Madame Bachelet est candidate. Elle a déjà travaillé aux Nations unies. Elle a même dirigé le Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies, tout comme ONU-Femmes. Et elle connaît le sérail. Mais comme elle est marquée à gauche, son pays, donc le Chili, lui a retiré sa couverture. Donc, à mon avis, elle aura quelques petites difficultés. Rafael Grossi semble être proche du gouvernement actuel, le gouvernement conservateur argentin et également, donc, il pourrait avoir les faveurs du président américain Donald Trump. Donc, je pense que Rafael Grossi pourrait emporter la mise parce que son profil correspond à l'air du temps. Et parce qu'il garde de bons rapports avec Vladimir Poutine et Xi Jinping ? Absolument. Il a de bons rapports aussi bien avec le président américain et le président de son pays qu'avec donc le président chinois et le président russe. Alors, parmi les quatre candidats, il y a donc l'ancien président du Sénégal, Macky Sall. Quelles sont ses chances alors ? Macky Sall joue une partie difficile. D'abord, l'Afrique a déjà occupé la fonction à deux reprises, donc a eu deux secrétaires généraux avec l'Egyptien Boutros Boutros-Ghali et le Ghanéen Kofi Annan. Sa candidature n'est pas portée par son pays d'origine ni par l'Union africaine. Pour faire bref, Macky Sall est le candidat du Burundi et de quelques autres chefs d'État africains, dont le Congolais Denis Sassou-Nguesso. Par ailleurs, la gouvernance politique et économique de Macky Sall fait l'objet de vifs débats depuis deux ans. Ses adversaires mettent en exergue la répression contre la jeunesse urbaine et des opposants, et le fait qu'il ait laissé derrière lui une dette cachée pour le moins colossale. Alors ce que disent les proches de l'ancien président sénégalais, c'est que s'il y avait eu un veto de l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, il n'aurait pas maintenu sa candidature. Mais le véto, vous savez, le veto jouera plus tard. À mon avis, on est au début d'un processus et la question du veto ne se pose pas pour l'instant. Mais Macky Sall ne joue-t-il pas sur le fait que pendant ses douze ans à la tête du Sénégal, il a noué de bons rapports, il a noué des rapports de confiance, à la fois avec Donald Trump, avec Xi Jinping, avec Vladimir Poutine. Il est allé essayer de faire une médiation entre Kiev et Moscou en 2022 ? Absolument. Macky Sall connaît tout ce monde pour avoir été président du Sénégal et président en exercice de l'Union africaine. Il faut le rappeler également. Mais vous savez, en face de lui, il y a des gens qui sont aguerris. Ce ne sont pas des bleus, il y a madame Bachelet qui a été présidente du Chili, qui a dirigé l'ONU-Femmes, qui a dirigé le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme. Il y a Monsieur Grossi également, qui dirige une agence qui est capitale aujourd'hui dans l'évolution pour l'énergie atomique. Donc pour vous, Macky Sall, c'est un outsider ? Moi, je pense sincèrement, avec tout le respect qu'on lui doit, parce qu'il a été président du Sénégal pendant douze ans, je pense qu'il n'a vraiment pas de chance d'être le prochain secrétaire, le 10e secrétaire général des Nations unies. Ce serait une surprise ? Absolument. Ce serait une surprise, mais une grande surprise. Mais je ne pense pas qu'il remplisse les cases pour être le 10ᵉ secrétaire général des Nations unies. À lire aussiSénégal: l'ex-président Macky Sall maintient sa candidature au poste de secrétaire général de l'ONU

    Gilles Yabi: «Il faut que l'Afrique regarde la dynamique des rapports de force internationaux»

    Play Episode Listen Later Apr 20, 2026 5:10


    Le 10ᵉ Forum International de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique débute ce lundi pour deux jours dans la capitale sénégalaise. L'occasion pour des chercheurs, des décideurs politiques, des journalistes, d'échanger sur les enjeux régionaux. Il sera beaucoup question de souveraineté : économique, militaire, numérique. Parmi les intervenants, notre invité Afrique ce matin, Gilles Yabi, fondateur et directeur exécutif du centre de réflexion citoyen Wathi. Il répond aux questions de François Mazet RFI : Gilles Yabi, le terme de souveraineté revient dans les titres des différents ateliers de ce forum de Dakar. Est-ce parce que la souveraineté des pays africains est particulièrement menacée à l'heure actuelle ?   Gilles Yabi : Je crois que, indépendamment des crises actuelles au niveau mondial, la souveraineté des pays africains a toujours été menacée. Les pays africains furent des colonies, notamment d'empires européens, et cela veut dire une dépossession de leur destinée. Et donc on a encore affaire à des États qui sont jeunes dans leurs frontières. Ce qui veut dire que la demande d'espace de souveraineté, même si généralement elle est formulée comme étant une demande absolue de souveraineté, elle est légitime de ce point de vue-là. Je pense que c'est un cheminement historique tout à fait naturel qui est aussi lié au changement générationnel dans les pays africains. Après, effectivement, il est renforcé par les différentes crises, la guerre en Iran, mais avant cela, la guerre de la Russie contre l'Ukraine. On avait déjà beaucoup parlé de la menace, notamment sur le plan économique. Mais aussi, il ne faut pas oublier la pandémie de la Covid-19, qui avait déjà amené au premier plan la question de la souveraineté en Afrique, et pas seulement en Afrique, puisque la question se posait un peu partout à ce moment-là.   Nous sommes dans une époque néo impériale, est-ce que les Africains ont le sentiment d'être particulièrement ciblés par les nouveaux appétits des grandes puissances ?   Oui, je crois qu'il y a ce sentiment-là, en tout cas lorsqu'on entend les discours sur le continent, y compris au niveau de ce qu'on peut appeler les élites intellectuelles du continent, il y a souvent ce sentiment. Alors, moi, je ne suis pas totalement convaincu que l'Afrique soit spécifiquement ciblée. Elle est ciblée parce qu'évidemment elle a des ressources naturelles. Elle n'est pas la seule à avoir des ressources naturelles, des ressources critiques. D'ailleurs, pour un certain nombre de pays, en particulier, tout ce qui est essentiel pour la transition énergétique, etc. Et, d'une certaine manière, il faut que les pays africains fassent un peu comme les grandes, les moyennes et les petites puissances qui ont cette capacité à identifier à nouveau leurs intérêts, leurs besoins, pas seulement à court terme, mais aussi à moyen et à long terme, à avoir une véritable stratégie.   Il y a une concurrence entre grandes puissances pour l'accès aux ressources africaines. Chacun met en avant ses forces. Mais est-ce qu'on peut dire que les pays africains choisissent une forme de multi alignement ?   Je crois que, pour la majorité des pays africains, oui, on est plutôt dans une tentative de multi alignement pour ne pas être dans une opposition frontale à une grande puissance. Les pays africains comprennent bien qu'ils peuvent aussi jouer justement des rivalités entre les grandes et les moyennes puissances. Il faut qu'en Afrique, on regarde aussi la dynamique des rapports de force internationaux et qu'on regarde la montée de l'Inde, des pays comme la Turquie. Sans doute, pour moi, le pays qui a fait le plus d'avancées dans sa présence sur le continent, dans son influence économique, mais aussi d'ailleurs militaire sur le continent au cours des dix ou quinze dernières années. Donc il ne faut pas regarder seulement les très grandes puissances, il faut regarder tout le monde. Tout ça est d'une très grande complexité. Et au fond, je pense que cela amène surtout la question essentielle d'avoir plus d'anticipation, de centres de recherche intégrés à certaines organisations régionales africaines. Ce sont des questions qui sont extrêmement complexes et qui demandent à ce qu'on ait un suivi permanent.   Sur les questions de sécurité qui sont au cœur des échanges à ce Forum de Dakar, c'est la 10ᵉ édition. Au fil des années, vous avez pu constater que la situation sous-régionale se dégrade ?  Au Sahel, on a quatre pays constamment parmi les dix les plus touchés par le terrorisme dans le monde depuis plusieurs années : vous avez le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigéria. Mais on a aussi des pays côtiers comme le Bénin, le Togo qui font leur apparition dans ces classements. Donc on a une extension des zones où nous avons des groupes armés, disons irréguliers, terroristes, mais pas seulement, puisque des milices s'installent aussi. Et cela appelle nécessairement à la poursuite d'une réflexion et d'une action collective.  Concrètement, qu'est-ce qui peut être fait aujourd'hui pour essayer de renverser cette tendance et cette situation assez sombre ?   D'abord, l'endiguement ou les tentatives d'endiguement, on ne peut pas y échapper. Il faut surveiller beaucoup plus attentivement les zones frontalières. C'est déjà le cas dans les pays côtiers qui sont les plus exposés. Mais il ne faut pas que ce soit seulement à nouveau une présence militaire. Il faut que ce soit aussi une présence de l'État dans ses fonctions économiques et sociales, parce que les groupes armés profitent toujours de tensions, de frustrations existantes pour s'implanter. Évidemment, la coopération entre les pays de la région est essentielle. Et là, évidemment, on a une grande difficulté parce qu'il faut que ce soit des deux côtés, notamment du côté des pays sahéliens. L'autre élément qu'il ne faut pas oublier, c'est que la logique des groupes armés a toujours intégré les frontières, et notamment l'économie de la violence et de l'insécurité, puisque l'économie informelle permet des échanges transfrontaliers et que les moyens de la violence viennent aussi de tous ces réseaux de criminalité qui ont toujours connecté l'Afrique de l'Ouest sahélienne à l'Afrique de l'Ouest côtière. Donc, depuis très longtemps, ce qu'on devait éviter, la fragmentation de la région, finalement. Malheureusement, les pays eux-mêmes et leurs dirigeants ont contribué à cette fragmentation. Et aujourd'hui, on fait face à un défi très important qui est celui de la coopération au moins sécuritaire, dans un contexte où les trois pays sahéliens ont quitté la Cédéao.     À lire aussiSénégal: ouverture du Forum de Dakar dans un paysage sécuritaire africain transformé  

    A'salfo, leader de Magic System: «Engagés, on chante la joie de vivre pour donner l'espoir»

    Play Episode Listen Later Apr 18, 2026 4:27


    Depuis mardi et jusqu'à dimanche soir, les artistes de renom se succèdent sur les scènes du festival du Printemps de Bourges qui fête, cette année, ses 50 ans. Parmi les invités vendredi soir : le rappeur Ino Casablanca, la chanteuse Noor, mais surtout le groupe de zouglou Magic System, qui a lui aussi un anniversaire à célébrer : la formation fête cette année ses 30 ans. À cette occasion, le groupe a sorti un nouvel album et prévoit une grande tournée l'an prochain. Le leader et parolier de Magic System, A'salfo, est au micro de Léa Boutin-Rivière. RFI: Cette année, vous célébrez les 30 ans de Magic System. Quand vous repensez à ces 30 ans, est-ce qu'il y a un souvenir particulier, une anecdote particulière qui vous revient à un moment vraiment marquant ? A'salfo: Oui, c'est nos débuts de carrière en France. Surtout cette invitation surprise du président Chirac à l'Élysée qui reste gravée dans nos mémoires. Parce que c'était quelque chose d'exceptionnel pour un groupe qui venait d'Afrique. Ces 30 dernières années, vous avez eu beaucoup, beaucoup de tubes. Est ce qu'il y en a un que vous, en tant que groupe, vous aimez particulièrement chanter sur scène ? Vous savez, il est difficile de faire des enfants et de choisir un seul qu'on aime. Mais le titre qui a marqué notre carrière et qui a marqué tous nos fans, c'est Premier Gaou, qui est resté un titre intemporel, un titre transgénérationnel. Il y en a même qui nous nous appellent gaou, de telle sorte que le titre est même plus connu que le groupe. Il y a eu Magic in the Air il y a douze ans. Ces deux titres sont ces titres là qui restent encore prisés par tout le public aujourd'hui. On vient avec cette joie de vivre et c'est contagieux. On ne peut pas être dans la loose en écoutant Magic System. Pour fêter votre anniversaire, vous avez prévu une grande tournée des Zénith en France, une date à l'Accor Arena. Est-ce que vous prévoyez aussi des dates en Côte d'Ivoire en particulier et dans tout le reste de l'Afrique en général ? Comment est ce que l'on peut imaginer une fête des 30 ans de Magic System sans tous ces pays africains qui nous ont soutenus ? Nous sommes en train de rédiger le programme de la tournée africaine, parce que nous allons parcourir aussi toutes les capitales africaines, parce que tout est parti de l'Afrique. Donc on va commencer aussi cette célébration par Abidjan. Abidjan a vu notre Premier Gaou et Abidjan va voir ce que les Gaou sont devenus. À lire aussiA'Salfo, de Magic System à HEC Vous avez plein de tubes, mais vous n'avez pas arrêté de publier des disques pour autant. Vous en avez un qui est sorti en début d'année, votre douzième. Ça s'appelle Donnie Donnie. Vous revenez à du zouglou plus pur après des albums qui étaient plus tournés vers l'international. Qu'est-ce qui vous a donné envie de ce retour aux sources ? À un moment donné, il faut revenir 30 ans après. Il faut qu'on revienne dire au monde entier voilà d'où on est parti. Nos deux derniers albums étaient des albums tirés de la source du zouglou originel et aujourd'hui, on est content que beaucoup de fans qui avaient le dépit d'amour et croyaient qu'on les avait abandonnés, soient de nouveau contents et que la connexion soit de nouveau établie juste avant nos 30 ans de carrière. Même si c'est des mélodies assez festives, il y a quand même des thèmes assez sérieux qui sont abordés, les migrations, la religion, l'argent... Comment vous combinez cette mélodie festive et ces thématiques qui peuvent être assez graves quand même ? À lire aussi«Doni, doni», 12e album de Magic System: apporter «une vision nouvelle» à la musique du groupe Il y a un paradoxe entre ce que Magic System chante et ce que Magic System est. Nous, on a voulu être engagés autrement. On chante la joie de vivre, comme si on voulait donner espoir à tous ceux qui croient que c'est perdu. Mais en même temps, derrière, c'est un groupe engagé à 1 000 % parce que, en dehors de nos albums, nous construisons des écoles aussi. Il n'y a pas que les albums que nous construisons. C'est quand même quinze écoles Magic System qui permettent à 4 500 enfants d'aller à l'école dans des conditions confortables. Voilà là où notre engagement se situe. Chanter, faire danser le monde, mais profiter aussi de nos droits d'auteur pour réaliser des infrastructures qui changent la vie des populations défavorisées en Afrique. Et je crois qu'avec la Fondation Magic System, nous sommes plus au début qu'à la fin. Est ce que vous avez déjà des projets en tête pour la Fondation Magic System?  Oui, quand on créait le Femua, c'était une école par an qu'on avait promis. Aujourd'hui, nous sommes à la 18ᵉ édition et nous sommes à quinze écoles. La 20ᵉ édition va vite arriver, c'est en 2028. Notre premier objectif, c'est d'être à 20 écoles avant la 20ᵉ édition. La santé aussi est un parent pauvre dans le système de développement de nos pays. Donc, nous allons au maximum aussi construire des centres de santé, des dispensaires, dans les localités les plus éloignées. Et puis, nous œuvrons aussi pour le développement des industries culturelles et créatives en Afrique. Notre rêve aujourd'hui, c'est de construire un centre de formation qui va permettre à tous les acteurs des arts vivants de pouvoir se former et être plus compétents sur le terrain.

    Loi sur la restitution d'œuvres africaines: «Il était temps», selon Souleymane Bachir Diagne

    Play Episode Listen Later Apr 17, 2026 15:14


    « Une loi attendue dans le monde entier », voilà comment la ministre française de la Culture, Catherine Pégard, qualifie le texte pour faciliter les restitutions d'œuvres pillées pendant la colonisation. Le projet de loi a été adopté ce lundi 13 avril 2026 à l'Assemblée nationale. Il permettrait de passer désormais par décret, plutôt que par une loi spécifique à chaque restitution. Et les musées vont avoir un rôle majeur à jouer, souligne le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, professeur émérite à l'université Columbia à New York. Il est l'invité de Charlotte Idrac. RFI : Que pensez-vous de ce texte sur les restitutions qui vient d'être adopté à l'Assemblée en France ? Souleymane Bachir Diagne : Il était temps. Ce texte lève une restriction qui permettait jusqu'à présent, devant des demandes de restitutions, de dire : « Écoutez, il y a un principe d'inaliénabilité, donc on ne touche pas, on ne soulève pas la question. » Donc, maintenant, le champ est libre, si vous voulez. Cela veut dire que des négociations peuvent s'engager entre, je dirais, des acteurs sur le terrain. Un musée français, un musée africain ou des musées du Nord à un musée du Sud, à la condition, bien entendu d'établir une liste de demandes fondées aussi sur des recherches de provenances. Est-ce que vous pensez qu'avec cette loi, on va aller vers une multitude de demandes de restitution de la part des pays ou des musées ? Je ne vois pas des demandes énormes se profiler pour une raison très simple : les restitutions qui ont déjà eu lieu ont concerné des objets qui avaient été pillés à la suite d'expéditions coloniales extrêmement violentes. Celle qui a mis fin, par exemple, au dernier royaume du Dahomey, le royaume du roi Béhanzin, ou celle par les Britanniques qui a saccagé et détruit Benin City, les fameux Bronzes du Bénin qui se retrouvent partout dans le monde aujourd'hui. Celles-là étaient des œuvres qu'il était facile d'identifier et il fallait à tout prix évidemment les restituer comme réparation. Il y a des tas d'autres œuvres qui se retrouvent dans les musées, et souvent d'ailleurs dans des réserves. Et donc il y a matière à faire des recherches patientes, scientifiques, de provenances. Toutes les œuvres ne sont pas des œuvres qui ont été arrachées par la violence. Par conséquent, l'idée qu'il y aurait maintenant des listes en attente avec des milliers et des milliers d'objets présentés comme une forme, une sorte d'addition par les États africains, je ne vois pas cela arriver. Est-ce que, selon vous, il faut tout restituer ? Alors c'est là que s'engagent les négociations. Dire qu'il faut tout restituer, c'est tomber dans un identitarisme qui consisterait à dire en gros chacun chez soi, rentrez à la maison. Que toutes les œuvres qui ont été produites par des humains se retrouvent dans les aires culturelles qui les ont produites, et puis voilà. Je ne le crois pas. Il existe aujourd'hui des musées qu'on peut appeler des musées universels, c'est-à-dire des musées qui ont vocation à présenter la créativité de l'humanité dans son ensemble. Par exemple ? Aujourd'hui, le Louvre est devenu un musée vraiment universel, où il n'y a pas simplement les œuvres de l'Europe ou des œuvres dont on estime qu'elles ont préparé la créativité européenne, comme les œuvres égyptiennes ou les œuvres de Mésopotamie. Il y a aussi les œuvres des quatre autres continents, et c'est la raison pour laquelle vous avez la galerie des cinq continents. Vous avez le musée du Louvre-Lens qui est dans cette dynamique également. Vous avez le Metropolitan Museum à New York, que je connais bien. Cette question des restitutions, finalement, elle touche pour vous, à la manière dont on conçoit aujourd'hui les musées ? Absolument. Je crois que cette question de la restitution n'est pas simplement un transvasement, ce n'est pas simplement un voyage retour des objets. L'art africain a été véritablement à l'origine de la grande révolution artistique du XXᵉ siècle. Donc, il est tout à fait naturel que cet art africain ait toute la place qui lui revient dans les musées, dans les grandes capitales cosmopolites comme New York ou Paris ou Saint-Pétersbourg, etc. Dans le camp des critiques, il y avait, ou il y a, cet argument que les pays d'origine n'auraient pas Les infrastructures muséales adaptées pour les restitutions d'œuvres. Qu'est-ce que vous en pensez ? Eh bien, c'est une excellente occasion pour qu'une coopération s'installe entre musées du Nord et musées du Sud. Et les premiers pas, c'est peut-être aider aussi à l'édification d'un musée au sud qui puisse recevoir non seulement les œuvres qui seraient éventuellement restituées, mais également des œuvres d'autres époques, d'autres continents, de telle sorte que, grâce à la circulation internationale, les musées universels se développent aussi dans ce que l'on appelle le sud global. Donc une circulation, un dialogue, entre des œuvres ? Tout à fait un dialogue des œuvres entre elles. D'abord, ouvrir les musées avec des prêts, ce serait une excellente manière de procéder et de faire en sorte que les œuvres dont il est question, lorsqu'on pose le problème des restitutions, ne soient pas des œuvres qui divisent, mais des œuvres qui réunissent.

    Cameroun: «Léon XIV vient parmi nous comme un apôtre de la paix et un messager de la réconciliation»

    Play Episode Listen Later Apr 16, 2026 4:59


    Le pape Léon XIV est arrivé le mercredi 15 avril au Cameroun pour une visite apostolique de trois jours, centrée sur la paix et la réconciliation. Ce jeudi, il se rend à Bamenda, au cœur de la région anglophone du nord-ouest, en proie à un conflit qui dure depuis dix ans. Ce sera le point d'orgue de sa visite. Alors que le conflit semblait enkysté dans les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest, la visite du pape pourrait relancer des discussions. C'est ce que souhaite Mgr Andrew Nkea, président de la Conférence épiscopale du Cameroun, et archevêque de Bamenda. Il répond aux questions de Véronique Gaymard, avec Nicolas Benita. RFI : Qu'attendez-vous de cette visite en particulier ? Mgr Andrew Nkea : Nous attendons beaucoup de choses de cette visite. Nous avons vécu des moments très difficiles. Il vient parmi nous comme un apôtre de la paix et comme un messager de la réconciliation. Et on espère que, peut-être, après cette visite, son message va calmer les deux parties. Beaucoup de personnes ont perdu la vie et il y a beaucoup de déplacés. Jusqu'à présent, il y a encore une insécurité dans cette zone anglophone. Le pape Léon XIV se rend à Bamenda. Il se rendra à la cathédrale pour rencontrer les différentes personnalités religieuses des différentes confessions religieuses, pour parler avec un message de paix. Il se rendra aussi à l'aéroport pour une messe. Est-ce un point central de cette visite ? Oui, je peux dire que cette visite a déjà produit un miracle. C'est la première fois que notre gouvernement et les séparatistes parlent avec la même voix, parce que le gouvernement demande que tout le monde sorte pour accueillir le Saint Père. Et les séparatistes disent la même chose. Ça, c'est un miracle. C'est la première fois depuis dix ans que notre gouvernement et les séparatistes parlent avec une seule voix, que tout le monde accepte cette figure de Saint Père comme un homme de Dieu, un homme de réconciliation et un homme de paix. Et tout le monde attend son message, et il vient à Bamenda pour la paix. Et le thème de cette visite à Bamenda, c'est « Je vous donne ma paix, Je vous laisse ma paix », les paroles de Jésus-Christ après la résurrection. On entend beaucoup les Camerounais rencontrés parler de leurs préoccupations au quotidien : la crise économique, la difficulté à joindre les deux bouts, pour les jeunes la difficulté à se projeter. Et puis, il y a aussi la crise post-électorale depuis octobre 2025 et la réélection du président. De quelle façon le pape Léon XIV peut apporter aussi un message de paix, de réconciliation ? Vous constatez qu'on a tout fait pour ne pas politiser cette visite du Saint Père. Vous avez écrit des lettres… Oui. Et certains évêques se sont prononcés de façon plus affirmée que d'autres ? Oui. Et vous voyez que, au Cameroun, il y a la main de Dieu sur le pays. Parce que, malgré toutes nos difficultés, quand les choses sont chaudes, quelque chose arrive. Durant les années 1990, on était dans une crise terrible, le pays tout entier. La Coupe du monde de football 1990 est arrivée et tout le monde s'est réuni pour soutenir l'équipe nationale. Maintenant, il y a cette crise et le Saint Père arrive : c'était programmé. Ce n'est pas quelque chose lié à la situation politique du Cameroun. Mais vous constatez que tous les Camerounais sont unis maintenant pour accueillir le Saint Père. Les problème restent et il y a beaucoup de souffrances : la crise, le chômage… Beaucoup de jeunes qui ne se trouvent pas dans le gouvernement de ce pays. Et ça, c'est une préoccupation majeure. On espère beaucoup. Tous les préparatifs sont-ils achevés pour accueillir le pape ? Et les conditions sécuritaires sont-elles réunies aussi ? Concernant les conditions sécuritaires, c'est la première fois que les séparatistes ont envoyé un communiqué pour dire qu'ils ne veulent pas de fusils ces jours-ci, qu'on laisse le Saint Père venir à Bamenda sans problème, qu'ils vont ouvrir toutes les routes pour que les gens passent pour aller à la messe du Saint Père. Comme je l'ai dit, c'est le premier miracle de cette visite : pas de tirs, pas de fusils. Il y a un cessez-le-feu… Ils ont dit qu'il durerait au moins quatre jours, il n'y aura rien, rien du tout. C'est un miracle. On espère que, après cette visite, ils vont continuer à ouvrir les routes. Et aussi, plus important : que les enfants dans les périphéries iront à l'école sans problème. Parce que, jusqu'à présent, il y a toujours des enfants qui ne vont pas à l'école, dans les périphéries, et ça, c'est très dangereux pour l'avenir de ce pays. Et on espère qu'avec ce cessez-le-feu, ils vont continuer.

    Trois ans de guerre au Soudan: «les combats continuent pratiquement dans toute la partie sud du pays»

    Play Episode Listen Later Apr 15, 2026 5:02


    Cela fait trois ans, aujourd'hui, que la guerre au Soudan a démarré. Une guerre pour le pouvoir entre deux camps : celui des SAF, les Forces armées soudanaises dont le commandant est le général al-Burhan et les FSR, les Forces de soutien rapide… Des paramilitaires dirigés par le général Hemedti. Depuis près d'un an la capitale Khartoum a été récupérée par l'armée, mais le conflit s'enlise dans les montagnes du sud du pays. Cette guerre est considérée comme la pire crise humanitaire du monde par les Nations unies. Marie-Hélène Verney est la représente de l'UNHCR au Soudan, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés.

    Serge-Éric Menye: «Aucun pays au monde ne peut prétendre avoir été développé par les diasporas»

    Play Episode Listen Later Apr 14, 2026 14:12


    Elles sont souvent présentées comme un moteur économique et un levier diplomatique pour transformer le continent : les diasporas africaines sont célébrées et courtisées, à la fois par les pays d'origine, les institutions internationales, les autorités françaises. « Une illusion », tranche l'essayiste et consultant Serge-Eric Menye. Dans son récent livre Le mythe des diasporas africaines, il rejette l'idée d'une « solution miracle » et appelle à une mobilisation plus structurée. RFI : La diaspora a été qualifiée par l'Union Africaine de « sixième région de l'Afrique ». Qu'est-ce que vous pensez de cette expression ? Serge-Eric Menye : Je me dis qu'il y a des gens qui ont essayé de produire quelque chose de pas très pertinent, parce qu'en réalité, ça ne veut rien dire. C'est un slogan qui n'a pas de réelle profondeur. Ça fait quelques années que c'est sur la table et aucune action n'a suivi derrière. En substance, dans votre livre, vous dites que les diasporas ne sont pas un moteur économique pour le continent. Pour vous, le rôle et l'influence de ces diasporas est surévalué ? Totalement, aucun pays dans le monde ne peut prétendre avoir été développé par les diasporas. Est-ce que c'est leur rôle ? C'est le rôle des gouvernements… C'est justement ça. Ce n'est pas aux diasporas de développer un pays. Les diasporas ont décidé de partir pour vivre ailleurs, ou sont nées ailleurs après que leurs parents aient décidé de partir. Il est inconcevable que ce soient ces personnes qu'on désigne comme étant la solution aux problèmes du pays, de leurs parents ou de leur pays précédent. Vous dites que les diasporas africaines ne sont pas un levier de développement pour les pays d'origine. Pourtant, le montant des transferts est important : 54 milliards de dollars d'envoi de fonds en 2023, ce n'est pas rien ? Oui, il y a même mieux. Il y a certaines années où on a atteint des records d'envoi de fonds. 100 milliards, c'est le record que l'Afrique a reçu en une année. Mais c'est un chiffre qui cache beaucoup de choses. Déjà, si on considère que cette somme ne sert qu'à alimenter les populations qui ont un contact vivant à l'étranger ou un lien familial qui lui permet de se nourrir, se vêtir, de se loger, etc. Mais pas pour des projets structurants, c'est ça ? C'est ça. Ça veut dire que si on commence à penser au développement sur cette base, il faudrait demander à ces personnes-là de se séparer de cette manne qui leur permet de survivre. La deuxième chose, c'est que ces sommes sont très mal réparties entre le Nigeria, l'Egypte et l'Ethiopie : il y a quasiment plus de 50 % à 60 % des sommes qui disparaissent déjà entre trois pays seulement. Et puis reprenons l'exemple de 100 milliards de dollars par an. Il y a 1 milliard 300 millions d'Africains actuellement vivant sur le continent. Ça veut dire que ça représenterait 77 $ par personne par an. Ce n'est pas sérieux. Vous épinglez avec une certaine acidité dans votre livre des personnalités célèbres, médiatiques, parfois des stars, qui annoncent de grands projets dans les pays d'origine. Pour vous, c'est de la poudre aux yeux tout ça ? Je prends l'exemple d'Akon [chanteur et producteur américano-sénégalais, NDLR] au Sénégal qui a fait miroiter monts et merveilles « avec Akon City ». Le Wakanda, une grande cité du futur… Voilà le Wakanda d'Afrique, le Singapour africain avec sa propre monnaie, son bitcoin, les trains qui volent, etc. En réalité, il ne s'est rien passé. Il y a beaucoup de communication, il a vendu du rêve à pas mal de gens, ça a déçu beaucoup de gens qui y croyaient vraiment. C'est-à-dire qu'on a lancé comme ça un ballon marketing qui existe en réalité depuis très longtemps. Ça fait des centaines d'années maintenant qu'on attend que les diasporas transforment l'Afrique. Ça ne s'est jamais produit. C'est aussi de mode maintenant que certaines stars s'affichent en Afrique avec des passeports de pays africains… Que les autorités leur octroient… Voilà. Donc c'est une connivence du rien, du vide, parce que je ne vois pas le lien entre le développement d'un pays et faire des photos avec une star qui reçoit un passeport. Je ne sais pas, mon Dieu, d'où sort cette idée ? Mais c'est à la mode ! Qui entretient selon vous cette « mythologie des diasporas », comme vous l'appelez ? Il y a l'essor assez puissant des nouveaux systèmes de communication ou les réseaux sociaux où on partage de très belles histoires. Et ça a été récupéré par les institutions internationales. Il y a le FMI et la Banque mondiale qui se sont dit « effectivement, on s'est rendu compte que c'est à peu près 50 milliards de dollars qui va vers le continent africain, c'est supérieur à ce que l'Afrique reçoit au titre de l'aide au développement ». Oui, mais le montant de l'aide au développement n'est pas un critère d'appréciation sur l'efficacité d'un comportement d'un groupe ou pas. Et puis il y a le président Macron qui est venu effectivement clôturer tout ça pour en faire un levier en disant « moi, je ne parle plus avec les dirigeants africains, je traite directement avec les populations, donc les diasporas ». Comment mieux mobiliser les diasporas selon vous pour qu'il y ait un véritable impact ? La seule chose que je vois, c'est qu'il y ait une espèce de banque africaine qui soit créée soit par pays, soit une banque pour toute l'Afrique où effectivement les diasporas mettraient leur argent dessus, rémunéré. L'Afrique a un taux de croissance moyen entre quatre et 5 % par an depuis 20 ans. On peut assez facilement proposer des taux entre 7% et 9 % annuels. Et qu'est-ce qui se passe avec cet argent ? Les pays africains, plutôt que d'essuyer des refus et d'escalader des montagnes à chaque fois pour emprunter de l'argent ailleurs, pourraient directement s'adresser à ce guichet pour financer l'économie locale.

    Tournée africaine du pape Léon XIV: «Le dialogue inter religieux est capital dans la mission chrétienne»

    Play Episode Listen Later Apr 13, 2026 5:02


    Ce lundi 13 avril le pape débute une tournée en Afrique. Léon XIV se rend d'abord en Algérie, puis au Cameroun, en Angola et enfin en Guinée Équatoriale. Onze jours de visite, 18 000 kilomètres et 7 messes… Il s'agit de sa première grande tournée internationale, après son voyage en Turquie et au Liban fin 2025, sur un continent où vivent aujourd'hui plus de 20% des fidèles catholiques du monde. Une priorité pour le Vatican selon Pierre Diarra, docteur en théologie, histoire des religions et anthropologie religieuse. RFI : Pierre Diarra, en choisissant le continent africain pour cette tournée qui s'annonce très dense, quel est le message du Vatican ? Pierre Diarra : Ce sera évidemment un message important pour les Africains, à savoir que le continent africain a fait un accueil généreux, j'ai envie de dire, au christianisme, et c'est important que le premier responsable des chrétiens puisse aller leur rendre visite. Donc, je pense qu'on est dans la continuité du pape François, de Jean-Paul II, de Benoît XVI. Est-ce que c'est un continent que connaît le pape Léon XIV ? Oui, en tant que responsable des Augustiniens, il y est déjà allé. Il veut prendre le temps de discuter avec les Africains, de prier avec eux et de délivrer un certain nombre de messages. La première étape, c'est donc l'Algérie. C'est la première visite d'un pape dans ce pays où l'islam est religion d'État, les catholiques y sont très minoritaires. Pourquoi ce choix ? Ce choix est important dans la mesure où le dialogue interreligieux est capital, j'ai envie de dire incontournable, dans la mission chrétienne. Et puis c'est un pays qui est important du point de vue de l'histoire du christianisme. Saint-Augustin a vécu entre 354 et 430. Augustin a été évêque d'Hippone, Annaba dans l'actuelle Algérie. Pour cette étape algérienne, le programme à ce stade ne prévoit pas un déplacement à Thibérine, là où sept moines avaient été enlevés puis assassinés il y a 30 ans. Non, mais c'est sous-entendu dans la mesure où le dialogue inter religieux, c'est aussi tout un message à apporter à tout un peuple, par rapport à une construction d'un pays où tout le monde, toutes les forces sont invitées pour que les choses se passent le mieux possible, aussi bien dans les relations à l'intérieur du même pays, à l'intérieur des groupes sociaux, dans les familles, mais aussi au niveau international. Deuxième étape : le Cameroun, avec notamment un déplacement sous haute sécurité à Bamenda, dans le Nord-Ouest anglophone. C'est l'épicentre du conflit qui oppose le gouvernement aux forces séparatistes. C'est un signal symbolique de la part du pape Léon XIV, ou politique ? Oui, c'est symbolique et politique à la fois. Parce que le Cameroun, c'est un pays, j'ai presque envie de dire, qui rassemble toute l'Afrique symboliquement, dans la mesure où le Cameroun a été d'une certaine manière, et pour faire court, colonisé par les Allemands, les Anglais et les Français. Et il y a la division qui peut s'opérer. Il y a une multitude de langues, on pourrait dire une multitude de peuples au Cameroun.  Et donc, il est important qu'il y ait une certaine unité et qu'ensemble, ils forment le même pays et qu'ils travaillent pour l'avenir de ce pays. Donc, aller sur un lieu où on a l'impression que c'est la division qui prime, ou en tout cas les difficultés de conciliation et de réconciliation qui priment, eh bien c'est symboliquement fort. Et le message du pape, effectivement, pour le Cameroun, ce sera l'unité, l'unité de tous ceux qui travaillent pour l'avenir du Cameroun. Alors, en ce qui concerne l'Angola, là ce sera plutôt sur des thématiques sociales que le pape est attendu, autour des ressources, des inégalités. C'est un thème cher à Léon XIV ? Oui, c'est un thème cher, mais ça renvoie aussi, il me semble, du point de vue de l'histoire à cette partie de l'Afrique avec le Congo et l'Angola qui ont été évangélisés, figurez-vous, dès le XVᵉ siècle. Et puis, en Guinée équatoriale, il va aussi probablement être question d'espérance. Comment, dans un pays où il y a des difficultés socioculturelles, est-ce que le christianisme aide les populations à transformer leur quotidien et à vivre avec un peu plus d'espoir, un peu plus d'espérance ? Certaines voix se sont élevées pour dire : « Attention, cette visite du Pape pourrait être instrumentalisée politiquement, certains pourraient s'en servir de caution ». Comment le pape peut-il éviter cette possible récupération selon vous ? Alors, évidemment, partout où le pape va, chacun essaie de voir ce qu'il peut prendre comme profit. Je pense qu'il ne vient pas simplement pour une population, il vient pour tout le monde. Et si chacun sait lire entre les lignes et écouter attentivement le pape, il va savoir qu'il y a des efforts à faire dans sa vie personnelle. Et au niveau des premiers responsables du pays, évidemment, eux aussi seront interpellés, d'autant plus qu'ils sont chrétiens. Donc, je ne pense pas que le pape va aller approuver l'une ou l'autre chose. Il va proposer des défis à relever auprès des pauvres, auprès des petits, auprès de ceux qui sont défavorisés, et faire comprendre aux premiers responsables qu'il y a des choses à faire si on veut que le pays et les biens du pays servent au bien commun. Ce sont des défis à relever et j'ai presque envie de dire que chacun va en avoir pour son grade et chacun va être interpellé par l'Évangile que le pape va venir proposer. À lire aussiLéon XIV en Afrique: les enjeux de la tournée du «pape le plus africain que nous ayons eu»

    Guillaume Bisimwa, fondateur du festival Amani en RDC: «Faire de la musique un acte de résistance»

    Play Episode Listen Later Apr 11, 2026 6:42


    «Faire de la musique un acte de résistance», c'est l'ambition des organisateurs du festival Amani. Organisé à Goma en 2024, l'évènement culturel majeur de la sous-région allait vers une annulation à la suite des combats dans la zone. Mais après dix ans de lutte pour faire vivre cet évènement, après une première délocalisation en 2023, le festival Amani - la paix en swahili - a bien lieu. Et il se tient ce week-end (10-12 avril) à Lubumbashi. Guillaume Bisimwa, le fondateur d'Amani est notre invité Afrique ce samedi. À lire aussiFestival Amani de Goma: quand la musique répond aux armes

    Dr Tidiane Ouattara (Agence spatiale africaine): «L'Afrique est le prochain eldorado des affaires spatiales»

    Play Episode Listen Later Apr 10, 2026 5:03


    Bientôt le retour sur Terre pour l'équipage d'Artémis 2, après leur mission autour de la Lune. Les quatre astronautes - Etatsuniens et Canadien - doivent amerrir ce vendredi 10 avril au soir, au large de la Californie après un vol historique et des photos inédites. Une mission suivie de près par Tidiane Ouattara, président du conseil de l'Agence spatiale africaine, organe de l'UA. Le continent ambitionne de monter en puissance dans les programmes spatiaux. Pas pour marcher sur la Lune, mais pour des applications très concrètes de communication, de sécurité ou de prévisions météo. Depuis Le Caire où siège l'agence, Tidiane Ouattara est l'invité de RFI. RFI : Docteur Tidiane Ouattara, vous avez suivi la mission Artemis 2, qu'est-ce qui vous a marqué ? Docteur Tidiane Ouattara : Sincèrement, je suis très ému. C'est un signe d'espoir. Artemis 2 annonce un signal clair : on veut résider sur la Lune et il y a beaucoup de développements techniques et scientifiques qui en découleraient. Donc, pour nous qui sommes passionnés de l'espace, nous sommes en joie. Mais au-delà de cela, nous sommes heureux de voir que de nouvelles découvertes scientifiques et technologiques nous permettraient, nous Africains, de sauter des pas ou de faire des pas de géant dans le développement socio-économique en termes d'infrastructures numériques. Aujourd'hui, une vingtaine de pays africains disposent de programmes spatiaux. Il y a les pionniers, l'Égypte, l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Maroc ou l'Algérie. C'est un secteur qui progresse sur le continent ? Oui, tout à fait. Vous avez cité des pionniers. Il y a aussi les nouveaux pays qui sont le Rwanda, l'Éthiopie, le Gabon, le Sénégal, j'en passe. Il y a des nouveaux joueurs, mais la quasi-totalité des pays africains sont de gros consommateurs des produits spatiaux. Donc notre rôle au niveau politique sera de coordonner les programmes spatiaux de telle sorte que ceux qui n'ont pas de programme puissent en bénéficier. L'Afrique est le prochain eldorado des affaires spatiales. Quelles sont les applications concrètes de ces programmes spatiaux pour le quotidien ? Parfois, quand on est en face des autorités, on nous pose la question : « Nous avons des problèmes d'eau, et vous me parlez d'espace. » Je peux vous dire que l'espace permet de résoudre deux ou trois problématiques en ce qui concerne l'eau. Par exemple, lorsque nous sommes en train de chercher les meilleurs endroits pour creuser des puits, pour quelque chose qui doit prendre cinq ans, avec l'espace on identifie en six mois, un an, les zones potentielles. Deuxièmement, l'espace nous permet de regarder et d'analyser la qualité de l'eau. Troisièmement, l'espace nous permet la gestion de l'eau pour l'irrigation. En termes de sécurité et défense, grâce à l'espace, nous pouvons voir le mouvement des engins, des personnes et des événements. Et quand je parle d'événements, je parle d'inondations, je parle de l'évolution des volcans, et cetera. Donc, l'espace nous permet en un clin d'œil d'avoir de l'information, parce que c'est ce qui est important pour le décideur. Mais le spatial, ce sont aussi de gros investissements de long terme. Pour certains gouvernements, face à des besoins sociaux qui sont immédiats, est-ce que ce n'est pas un luxe ? Ah non, l'espace n'est plus un luxe. La première raison, c'est que l'espace qui coûtait des centaines de millions de dollars et qui était mené par des gouvernements des pays les plus riches et qui prenait 5 à 10 ans, ce budget est carrément réduit. Vous avez toutes sortes de satellites aujourd'hui, vous avez des CubeSats, vous avez des nanosatellites. Il est important aujourd'hui de dire que ce sont des investissements qui valent la peine. Il y a deux ou trois ans, en Afrique de l'Ouest, par exemple, il y avait des câbles sous-marins qui étaient sectionnés pendant plusieurs jours. Certains pays ont été complètement à l'arrêt. Si nous avions à ce moment un satellite, le satellite viendrait en complémentarité pour réduire ces impacts ou ces pertes. Personne ne peut aborder l'espace seul. Donc, la coopération internationale, la collaboration intra-africaine, voici des éléments à regarder pour pouvoir mutualiser les ressources, que ce soient les ressources financières, que ce soient les ressources humaines. Combien de satellites africains sont aujourd'hui en orbite ? Pour ce que nous savons, nous, parce qu'il y a aussi des satellites militaires, nous parlons d'une soixantaine parmi des milliers et des milliers de satellites dans l'espace. Ce n'est rien. Mais cependant, au fur et à mesure que les années passent, les Africains commencent à se préparer à lancer plus de satellites. La Chine finance des satellites pour plusieurs pays africains. La Russie avait lancé Angosat 2 pour l'Angola, on a vu des accords avec SpaceX de l'Américain Elon Musk, est-ce que l'espace africain est aussi l'espace d'influence géopolitique ? Absolument. L'Angola a aussi signé un contrat avec Airbus, hein ! Oui, comme dans tous les domaines. On ne peut pas échapper à la géopolitique. Cependant, ce qui est important pour nous, c'est, qu'est-ce que l'Afrique tire comme profit ? Que ce soit la Chine, que ce soit la Russie, que ce soit l'Europe, que ce soient les États-Unis, l'Afrique est ouverte à tout le monde. Maintenant, il ne faut pas s'attendre à ce que l'Afrique suive un pays par idéologie. Nous attendons que les partenaires nous proposent des choses et que nous aussi, nous puissions faire des contre-propositions dans un système gagnant-gagnant. Aujourd'hui, les satellites africains sont lancés depuis l'étranger. Est-ce qu'on peut imaginer, à terme, que le continent abrite une infrastructure de lancement de satellites ? Ah oui, voyez-vous, géographiquement nous sommes nantis. La zone équatoriale aujourd'hui est une zone propice pour le suivi de beaucoup de satellites. Nous avons des zones désertiques ou des zones marines qui peuvent facilement permettre le lancement. C'est un de nos rêves.  ► Entretien à retrouver en intégralité sur rfi.fr À lire aussiArtémis II: les astronautes ont battu le record de distance dans l'espace et survolé la face cachée de la Lune

    Présidentielle à Djibouti: le chef de l'État sortant «doit sa longévité principalement» au caractère stratégique de son territoire

    Play Episode Listen Later Apr 9, 2026 8:15


    À Djibouti, le président sortant Omar Guelleh est en lice pour un 6e mandat, après la suppression par le parlement de la limite d'âge pour se présenter. Le pays organise le 10 avril la présidentielle. Face à lui, un seul concurrent : Mohamad Farah Samatar. Ce petit pays de la Corne de l'Afrique, dans une région instable, a fait de sa position stratégique un atout économique et diplomatique. Il est aussi un carrefour militaire. L'enjeu pour le pays est aujourd'hui de maintenir un équilibre délicat entre intérêts nationaux, régionaux et internationaux concurrents, souligne Sonia Le Gouriellec, maîtresse de conférences à l'Université catholique de Lille, spécialiste de la Corne de l'Afrique. RFI : Sonia Le Gouriellec, Ismaïl Omar Guelleh est au pouvoir depuis 1999, quel bilan faites-vous de ses 27 ans à la tête de l'État ? Sonia Le Gouriellec : Un bilan qu'à la fois Ismaïl Omar Guelleh et son gouvernement vont afficher, qui est une forte stabilité, c'est ce qui est vendu à l'extérieur. Mais cette stabilité implique aussi une forte surveillance sur le territoire national. Vous avez un modèle économique également qui est peu inclusif : Il n'y a pas d'industrie et c'est toute une élite qui va bénéficier de la rente qui arrive sur le territoire, mais il y a très peu d'intégration des marges sociales, une opposition quasi absente, qui pour une partie boycotte le scrutin et une grande partie surtout qui est en exil. En face de lui, pour cette élection, il y a Mohamed Farah Samatar, un ancien du parti au pouvoir. Comment est-ce que vous percevez cette candidature ? Un peu surprenante. D'une part parce que c'est une candidature d'un personnage qui n'est pas si connu que ça. Il est à la tête du Centre démocrate unifié, donc la CDU. Ce parti est quand même un parti d'opposition plutôt marginal et à la marge du système politique djiboutien. Donc, on a un peu l'impression que c'est une opposition pour la forme, pour que le président ne se présente pas seul, mais ça n'en fait pas pour autant un scrutin ouvert. Djibouti occupe une position géographique stratégique et contrôle avec le Yémen le détroit de Bab-el-Mandeb, qui donne accès à la mer Rouge, un point de transit important pour le commerce mondial. Est-ce que c'est sa principale ressource ? C'est sa principale ressource, effectivement. Le pays n'a pas beaucoup de ressources sur son sol. Par contre, c'est un cordon ombilical entre l'Éthiopie de 126 millions d'habitants et ce détroit stratégique : l'Éthiopie peut recevoir ses ressources par Djibouti et ce cordon ombilical. C'est tellement stratégique que Djibouti est entrée au cœur des routes de la soie maritime de la Chine. Et Djibouti accueille la première base militaire chinoise sur le continent depuis 2017. Donc effectivement, être sur ce détroit offre une place stratégique pour ce pays et ça permet à de nombreuses bases militaires également de venir s'installer pour pouvoir à la fois être en recul des pays du Golfe, ou à une époque être en recul de l'Afghanistan, du Pakistan d'où pouvaient fuir des terroristes, ce qui en avait fait pour les États-Unis une base importante et stratégique. Donc, Djibouti a su monnayer cet emplacement stratégique. Alors, je ne sais pas si je dois dire que Djibouti a su monnayer, le gouvernement djiboutien a su monnayer ou Ismaïl Omar Guelleh, puisque la politique étrangère est très personnalisée autour de la personnalité d'Ismaïl Omar Guelleh. Comment Djibouti est-il impacté dans l'actuel conflit au Moyen-Orient ? Alors c'est vrai qu'on en parle peu. L'Iran a dit qu'ils allaient potentiellement attaquer le Bab-el-Mandeb. Donc après avoir bloqué le détroit d'Ormuz, on voit que c'est un autre axe stratégique et à partir de là, il y a eu des attaques Houthis, mais sur Israël. Les Houthis qui sont alliés de l'Iran… Tout à fait. Alors ce que je trouve assez intéressant, c'est que très rapidement, comme il y a 30 kilomètres qui séparent le Yémen de Djibouti, il y a une base américaine, française, c'est une autoroute maritime majeure, donc je me suis dit : ils vont tenter aussi de bloquer cela. Et j'ai l'impression qu'on peut presque dire que finalement les Chinois nous protègent puisque la présence chinoise, j'imagine, dissuade un petit peu quand même les Iraniens et les Houthis de déstabiliser Djibouti. D'autres États du Golfe affichent leur ambition d'étendre leur influence en Afrique de l'Est, notamment les Émirats arabes unis. Comment est-ce que Djibouti compose avec cette concurrence ? Les pays du Golfe font un retour en quelque sorte, mais ont toujours été présents dans la Corne de l'Afrique, que ce soit à Djibouti dès l'indépendance, en 77, avec un gros soutien des Saoudiens. Mais c'est vrai que les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite s'affrontent indirectement au Soudan. Les Émirats arabes unis sont très proches du président Abiy Ahmed en Éthiopie… Djibouti essaye de composer avec tout cela. Avec parfois un peu de maladresse puisqu'en 2018, le gouvernement djiboutien a nationalisé le port qu'avait modernisé DP World, la société émiratie, et est en procès depuis avec les Émirats arabes unis, et les Émirats et DP World se sont installés à Berbera au Somaliland. On voit que ces derniers mois, ces dernières années, toutes les manœuvres autour de la reconnaissance du Somaliland sont aussi clairement soutenues par une manœuvre des Émirats arabes unis. Donc on voit que Djibouti est un petit peu étranglé finalement, dans une région particulièrement instable, avec de nombreuses influences étrangères des pays du Golfe, mais aussi de la Chine, des États-Unis, on parle de la Russie, on parle également de l'Iran… Donc c'est un enjeu aussi pour le président qui va se représenter de parvenir à garder Djibouti stable. Et dans une période où va se jouer la succession du président Ismaïl Omar Guelleh, dans les années qui viennent, ça va être tout l'enjeu, finalement, de la situation actuelle. À lire aussiPrésidentielle à Djibouti: la voie est ouverte à une nouvelle candidature d'Ismaïl Omar Guelleh

    États-Unis-Afrique: «Les États-Unis sont devenus la première superpuissance voyou de l'histoire moderne»

    Play Episode Listen Later Apr 8, 2026 8:50


    Des ressortissants originaires du Mexique, du Vietnam ou du Yémen expulsés par les États-Unis vers le Soudan du Sud, la Guinée équatoriale ou encore l'Eswatini (ex-Swaziland)…Depuis début 2025, plusieurs accords ont été signés entre Washington et des pays tiers, notamment en Afrique, pour accueillir des ressortissants étrangers refoulés des États-Unis. Dernier en date : la République démocratique du Congo. Des accords controversés aux contours flous. Une « politique de pression » de l'administration Trump selon Romuald Sciora, directeur de l'observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'Iris (Institut des relations internationales et stratégiques). RFI : Selon un rapport de sénateurs démocrates de février 2026 intitulé « À quel prix », les États-Unis ont versé plus de 32 millions de dollars directement à cinq pays pour accueillir environ 300 migrants. Est-ce que c'est un nouvel instrument diplomatique de l'administration américaine ? Romuald Sciora : Oui. C'est pourquoi je dis souvent que les États-Unis sont devenus la première superpuissance voyou de l'histoire moderne, en tout cas qui ont un comportement, je dirais, un petit peu, de racketteur ou de mafieux marseillais. Effectivement, c'est : « Vous prenez ces migrants, on vous les envoie, et en contrepartie nous pourrons avec vous passer tel ou tel accord ». Donc oui, c'est la nouvelle diplomatie ultra bilatérale de cette administration, cette diplomatie de la force, mais que l'on voit d'ailleurs dans d'autres régions du monde. L'administration américaine se justifie en affirmant que les pays d'origine refuseraient de reprendre leurs ressortissants. Qu'est-ce que vous pensez de cet argument ? Il y a sans doute du vrai. Il y a de nombreux pays qui refusent pour différentes raisons, de reprendre leurs ressortissants. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut mettre la pression sur d'autres pays. L'administration Trump externalise le fardeau migratoire américain vers l'Afrique. Donc, oui, c'est une politique de pression. De toute façon, les pays à qui cela est imposé n'ont pas véritablement le choix. Quelles sont les contreparties pour les pays tiers, les pays d'accueil, du moins pour ce qu'on en sait ? Vous savez, aujourd'hui, vous avez, si je ne me trompe pas, 30 pays d'Afrique subsaharienne qui sont désormais soumis à des restrictions de visas et à des taxes comme ils n'en ont jamais connu. Ces pays se voient imposer, car il y a quand même des taxations qui sont imposées, des taxes bien moindres que d'autres pays africains. Des accords sont également conclus sur les matières premières qui ne vont pas uniquement dans le sens des États-Unis. Et puis, il est toujours profitable pour certains pays d'avoir, si je puis dire, certains deals avec les États-Unis. N'oublions pas que depuis que Donald Trump s'est retiré en grande partie du continent africain, avec toutes les aides au développement qui ont cessé, il a quand même ouvert en grand les portes de l'Afrique à la Chine et à la Russie. Donc certains pays également jouent sur ces différents tableaux et donc profitent d'accords avec Donald Trump pour tenter d'obtenir plus de la part d'autres partenaires potentiels comme la Russie et la Chine, ce qui est tout à fait normal. Donc, il y a quand même un avantage pour certains de ces pays à passer des accords avec l'administration Trump. Il y a beaucoup de flou autour de ces accords. Il y a un manque de transparence sur les compensations. Pourquoi cette opacité ? C'est la politique trumpienne habituelle. On n'a qu'à lire son livre The Art of the Deal, qu'il avait publié dans les années 80. N'oublions jamais ce que Trump avait dit à propos de nombreux pays africains : « ces pays de merde » : C'est odieux, c'est raciste... Lors de son premier mandat… Voilà, on parle quand même d'une administration d'une droite ultra radicale, xénophobe, raciste. Donc il y a chez eux une volonté aussi de tenir en laisse ces petits pays qu'ils disaient être « des pays de merde », qui sont par la force des choses des petits pays plus faibles économiquement, structurellement, militairement bien évidemment. Et donc voilà, il leur impose des conditions qu'ils ne pourraient pas imposer à d'autres partenaires. Et donc tenir en laisse, appâter, donner, jeter quelques miettes quand il le peut et garder la main sur ces pays qu'il méprise, ne l'oublions jamais. Le rapport des sénateurs démocrates -qui sont minoritaires-, souligne le caractère dissuasif de ces accords pour les migrants irréguliers aux États-Unis, pour les décourager en quelque sorte. Vous pensez que c'est réellement le cas ? Oui. Le grand dada quand même de Trump, c'est évidemment lutter contre l'immigration illégale, mais aussi l'immigration légale en provenance de certains territoires. Donc oui, des mesures comme celles-ci peuvent être dissuasives pour certains migrants, mais ce n'est pas ça qui permettra de réguler les problèmes migratoires aux États-Unis. Ces accords migratoires s'inscrivent aussi, selon vous, dans une stratégie de politique intérieure pour Donald Trump ? Donald Trump est aujourd'hui en perte de vitesse. Alors attention, il ne faut pas enterrer Donald Trump. C'est un homme qui est soutenu par le parti républicain, qui le suit quasiment comme un seul homme et qui bénéficie surtout, surtout, d'une base, la fameuse nation Maga, qui jusqu'à présent le suivrait jusqu'en enfer. Néanmoins, la guerre en Iran change véritablement la donne. Il est parti sans aucune stratégie dans cette guerre, des soldats américains sont déjà morts. Les Américains ne voient pas l'issue de ces combats. Bref, Trump est fragilisé sur la scène intérieure. Et donc oui, il se sert de sa lutte contre l'immigration afin d'essayer de ressouder sa base électorale, de lui redonner une nouvelle dynamique en vue des élections de mi-mandat. Donc, des migrants qui sont expulsés vers l'Afrique, bien évidemment, ça, ce sont des choses qui plaisent à son électorat. ►Romuald Sciora publie le 15 avril le premier tome de la BD documentaire, America 250, une histoire graphique des États-Unis, avec les illustrations de Bastien Bertine, aux éditions Point Nemo.

    Génocide des Tutsis au Rwanda: «J'ai refusé que la souffrance définisse ma vie»

    Play Episode Listen Later Apr 7, 2026 11:33


    Au Rwanda, ce mardi 7 avril marque le début des commémorations du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. Un hommage aux plus de 800 000 victimes des massacres commis. Godelieve Mukasarasi est une survivante. Elle est Hutu. Son mari, qui était Tutsi, a été assassiné, ainsi qu'un de ses enfants. Elle a été violée pendant le génocide. Mais depuis 32 ans, elle se bat et accompagne avec son association Sevota les femmes victimes de violences sexuelles, ainsi que les enfants nés de viols. Elle raconte son parcours et son engagement dans un livre qui vient de paraître, La Réparatrice, co-écrit avec la journaliste française Capucine Graby et publié aux éditions Grasset. Godelieve Mukasarasi est l'invitée de Charlotte Idrac. RFI : Pourquoi avoir choisi ce titre pour votre livre « La Réparatrice » ? Godelieve Mukasarasi : Parce qu'il reflète le rôle que je me suis donné après le génocide. Réparer les vies brisées, les liens sociaux détruits et les blessures invisibles des survivantes. Pour moi, je ne me présente pas comme une victime uniquement, mais comme une personne qui aide à reconstruire la dignité et la mémoire collective du Rwanda. Réparer les femmes, réparer les enfants, réparer le tissu communautaire, mais aussi réparer la mémoire brisée par le génocide. Vous avez à travers votre organisation, Sevota, accompagné et réparé plus de 1000 femmes violées et enfants nés de viols. C'est la parole qui est pour vous au cœur du processus de reconstruction ? Des survivantes ont été réduites au silence par la honte, la peur ou la stigmatisation. Leur offrir un espace où elles peuvent parler, s'exprimer en toute liberté et être écoutées et reconnues, c'est déjà une forme de guérison. C'est reprendre du pouvoir sur son histoire. Dans nos espaces de paroles, nous constatons que certaines formes d'expression comme la prière en écho, la chanson, la poésie, les sketchs, le théâtre viennent compléter la parole et ouvrir d'autres chemins de guérison : S'accepter soi-même comme femme survivante, accepter son enfant né de violences. Et elles ont inventé une chanson qui signifie « nos enfants sont beaux, sont très beaux pour Le Rwanda, » avec des refrains qui reconstruisent. Vous-même, comme femme et mère dans une famille survivante, qu'est-ce qui vous donne la force et ce goût des autres personnes survivantes ? Quand j'ai créé Sevota, c'était une promesse que j'avais fait pendant le génocide, lorsqu'on venait tuer mes enfants et mon mari. Et là, dans ma prière, j'avais dit « Si Dieu m'aide à ce que mes enfants soient rescapés, j'allais créer une œuvre charismatique ». J'ai refusé que la souffrance définisse ma vie. Chaque fois que je vois un jeune né de violences sourire ou qu'il a un succès malgré son histoire, chaque fois qu'une mère accepte d'embrasser son enfant né du hasard, alors nous sommes debout. Si nous avons survécu, c'est pour vivre. À travers l'organisation Sevota, vous avez donc accompagné ce que vous appelez « les enfants nés du hasard », nés de violences sexuelles, de viols, parfois rejetés par leur mère et longtemps stigmatisés. Mais vous dites que leur image a changé. Dans quel sens ? L'image des enfants nés du hasard dans le temps était mauvaise. Ils étaient nommés « enfants du malheur », « enfants de la brousse », « enfants miliciens comme leur père », « Judas » ou « traître ». Aujourd'hui, grâce à l'accompagnement, ils sont aujourd'hui davantage considérés comme des enfants innocents. Ils ne sont plus définis uniquement par les circonstances de leur naissance, sans identité, mais ils sont affirmés par leur talent, leur ambition et leur réussite. En somme, l'image est passée de victimes stigmatisées à jeunes porteurs d'avenir. Plus de 30 ans après le génocide commis contre les Tutsis en 1994 au Rwanda, comment le traumatisme se transmet-il dans la société rwandaise, sachant que 70 % de la population est née après ? Pour moi, je pense que le traumatisme se transmet aujourd'hui de manière transgénérationnelle. Les jeunes nés après le génocide doivent intégrer un passé qu'ils n'ont pas vécu. Les psychologues soulignent le besoin des tiers qui les accompagnent, c'est-à-dire les enseignants formés, des thérapeutes, le personnel des différentes institutions qui doivent être formés pour aider à transformer ce traumatisme en mémoire constructive. Vous évoquez dans votre livre le procès Pélicot en France après les viols répétés subis par Gisèle Pélicot sous soumission chimique. Vous parlez d'un point de bascule. Quel écho, pour vous, a eu ce procès ? Le procès de Gisèle Pélicot, en France, a marqué une rupture dans la manière dont la société française et internationale aborde des violences sexuelles. Pour la reconnaissance des victimes et la lutte contre l'impunité.

    Fally Ipupa: «Je lance un message de solidarité, d'amour et de paix à tous mes frères de l'est du Congo»

    Play Episode Listen Later Apr 6, 2026 5:49


    C'est un nouvel album très attendu par ses fans : Fally Ipupa sortira XX le 17 avril 2026, pour marquer ses vingt ans de carrière. Avant deux concerts prévus au Stade de France, les 2 et 3 mai. Une consécration pour la star congolaise de la rumba, qui trace sa route depuis ses premiers pas artistiques dans le quartier de Bandal, à Kinshasa, et son premier album solo Droit chemin, en 2006. Fally Ipupa est l'invité de Charlotte Idrac. RFI : Pourquoi ce titre de l'album « XX » ? Fally Ipupa : « XX » en chiffres romains, c'est 20 donc c'est 20 ans de ma carrière solo. Et puis je trouvais ça artistique de laisser un peu planer le doute. Pourquoi « XX » ? Justement, c'était la raison pour laquelle j'avais vraiment voulu que ça s'appelle « XX ». Vingt ans de carrière solo, donc… Est-ce que c'est passé vite ? Je ne dirais pas vite, mais rempli quand même. On a fait énormément de choses… Ça, c'est le huitième album studio, ça va… Quel message vous voulez faire passer dans cet album anniversaire ?  L'amour. Comme toujours… Comme toujours. En quoi il se distingue des autres ? En termes de chansons, déjà les textes, en termes de vision, en termes de nombre de chansons. Mais artistiquement, je pense que c'est quelque chose. Il y a une nouvelle vision et on a pris un peu plus de risques. Dans quel sens ? Même si, forcément, il y a des surprises… Il y a des surprises artistiquement, il suffit de regarder mon dernier single qui vient de sortir, ça s'appelle « Cinéma ».  C'est vraiment un mélange ((de))… Voilà, c'est mon univers quoi. C'est vraiment quelque chose de très travaillé et il faut découvrir l'album en tout cas. Vous restez fidèle à la rumba quand même ? Toujours. Je reste fidèle à la guitare congolaise et au lingala. Et puis à la vision de Fally. La participation d'autres artistes est annoncée. Est-ce que c'est important pour vous ces duos, ces collaborations ? On annonce notamment Lokua Kanza… Oui, Lokua Kanza c'est exceptionnel parce que pour moi, c'est le plus grand artiste africain. Et puis c'est vraiment quelqu'un que j'aime énormément. L'artiste et l'homme, c'est mon idole. C'est à peu près un prof. Donc collaborer avec lui, c'était avec un grand plaisir. J'ai encore cette émotion de quand je le voyais, quand j'étais encore à Bandal et avoir la chance de collaborer à plusieurs reprises avec lui, c'est moi qui suis heureux. Deux dates sont prévues au Stade de France les 2 et 3 mai. C'est une première pour un artiste congolais, pour un artiste africain francophone, sachant que le site a une capacité de plus de 80 000 places. Qu'est-ce que ça représente pour vous cet endroit ? Le travail, la résilience, la confirmation, la volonté d'aboutir à quelque chose. C'est des années de travail. Donc pour moi c'est une grosse fête, c'est une fête africaine, une fête mondiale, ça prouve qu'on a travaillé. Est-ce que vous le voyez comme une consécration ou une étape de plus dans votre carrière ? Une étape de plus, je dirais. Est-ce que vous êtes un ambassadeur de la musique africaine, de la rumba congolaise ? Non, je ne suis pas ambassadeur, pas officiellement, le pays ne m'a pas octroyé... Non moi je suis un artiste africain d'origine congolaise qui fait de la musique congolaise, de la musique de Fally. Et comment est-ce que vous voyez la jeune génération ? Il y a des talentueux, il y a des talentueuses. La relève, je pense qu'elle est assurée même si on est encore un peu là. Vous êtes aussi un artiste engagé avec des actions humanitaires, notamment dans l'est de la RDC, où les violences sont interminables. Quel est votre message face à cette situation ? Oh, ça fait longtemps qu'on en parle et je dirais toujours un message de paix, message d'amour, message de solidarité. Moi, avec la Fondation, on a déjà eu à faire pas mal de de choses en Afrique et au Congo, notamment à l'est du Congo. On a envoyé des ambulances médicalisées, on a fait pas mal de choses. Et je dirais aujourd'hui, tout le monde connaît la situation, tout le monde est au courant. Je compatis avec toutes ces personnes qui sont à l'est du pays. En tant que Congolais, en tant qu'Africain, en tant qu'humain, je lance un message de solidarité, un message d'amour, un message de paix à tous mes frères de l'est du Congo. Vous êtes parfois surnommé « l'aigle ». Pourquoi ce surnom ? Et est-ce qu'il vous convient ? Ce surnom me convient à 100 %. C'est par rapport à ma vision, par rapport à la carrière que j'ai déjà depuis Bandal jusqu'aujourd'hui et par rapport, je pense, à ma manière de se renouveler et de prendre des risques.

    Découverte d'une nouvelle espèce de dinosaure au Niger: «C'est un moment dont on se souviendra»

    Play Episode Listen Later Apr 4, 2026 4:29


    Notre Grand Invité Afrique nous emmène ce matin dans le désert nigérien, au nord de Tesker. C'est là qu'une équipe de scientifiques a découvert une nouvelle espèce de dinosaure, qui a vécu il y a 95 millions d'années. Découverte décrite dans la revue scientifique « Science » au mois de février. Son nom : Spinosaurus mirabilis. 12 mètres de long, un museau allongé et cet élément caractéristique : une grande crête sur la tête. Pour en parler, qui mieux que le paléontologue américain qui a dirigé l'expédition, en 2022 ? Paul Sereno, professeur à l'université de Chicago, répond aux questions de Magali Lagrange. RFI : Vous avez découvert une nouvelle espèce de dinosaure au Niger. Pouvez-vous nous dire à quoi ressemble le Spinosaurus mirabilis ? Paul Sereno : C'est un grand animal. Un grand prédateur avec des caractéristiques un peu particulières au niveau de la tête pour lui permettre d'attraper des poissons. Le Spinosaurus avait une grande épine dorsale. Ce qui fait surtout la spécificité de cette nouvelle espèce, c'est la crête qu'il avait sur la tête. Une crête vraiment spectaculaire, en forme de sabre courbé. C'est l'une des plus grandes jamais découvertes chez un dinosaure prédateur.   Que savez vous de cette crête, servait-elle à quelque chose ?  Nous pensons que sa crête était ornementale. Étant donnée sa position, juste au-dessus des yeux, il semble difficile qu'elle ait pu servir d'arme. Plusieurs d'entre elles ont aussi des bords un peu fragiles, et sont asymétriques. Toutes ces raisons nous font dire que c'était plutôt décoratif, comme on peut encore le voir chez certains oiseaux modernes.  Y a-t-il d'autres dinosaures auxquels on peut le comparer ?  Et bien, le Spinosaurus est vraiment à part. D'abord, on ne le trouve qu'en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. Ces dinosaures sont des prédateurs, mais ce sont aussi les mieux adaptés à une vie au bord de l'eau. Ce sont des bipèdes, comme d'autres espèces de dinosaures. Mais le Spinosaurus mirabilis, comme son cousin le Spinosaurus Aegypticus, a ses propres caractéristiques. Par exemple, ses dents s'imbriquent quand il ferme la mâchoire. Ça, c'est une spécificité pour attraper des poissons glissants dans les rivières et sur les berges.  Comment réagit-on quand on découvre une nouvelle espèce de dinosaure ? Ça n'arrive pas tous les jours, quelle a été votre réaction quand vous avez compris ? Nous avons été surpris. Certains membres de l'équipe ont pleuré. Mais tous, nous étions euphoriques. C'est un moment exceptionnel, quand on travaille dans cette partie du désert, qu'on fait une découverte et qu'on se rend finalement compte de la nature de cette découverte. Avec nos moyens modernes, à l'ère du numérique, non seulement nous avons pu savoir exactement où nous nous trouvions. Mais nous avons aussi été capables de prendre des photos des ossements pour les assembler. C'est ce que nous avons fait. Et donc, on était là, au milieu du Sahara, à regarder ces images sur un ordinateur portable alimenté par un panneau solaire. C'est vrai que c'est un moment dont on se souviendra.  Quand vous faites une mission, vous envoyez ce que vous trouvez aux États-Unis pour l'étudier. Ensuite, est-ce que vous renvoyez tout au Niger ? C'est ce que vous allez faire ? Renvoyer les fossiles de ce nouveau dinosaure et le reste au Niger après étude ? Oui, mais en plus de renvoyer les fossiles au Niger - d'ailleurs certains ossements du Spinosaurus sont déjà au Niger - nous avons lancé un grand projet pour monter un centre du patrimoine nigérien dans la meilleure université du pays, à Niamey. Il existe aussi des plans très détaillés pour créer deux musées au Niger. L'un en plein cœur de la capitale, pour raconter l'histoire des dinosaures africains et des populations anciennes qui ont peuplé le pays. L'autre à Agadez, dans le nord du Niger. C'est un projet qui suscite beaucoup d'enthousiasme ici.  On dit que le désert nigérien est un cimetière de dinosaures. Y a-t-il encore beaucoup de choses à y découvrir ? Absolument. Nous avons visité de nombreux sites qui sont incroyables. Mais il y en a encore beaucoup d'autres à découvrir. Quand vous visitez le Sahara, vous avez la sensation de vous trouver sur une autre planète. C'est un sentiment merveilleux : celui d'être dans un lieu en pleine nature, où il n'y a pas de routes, où vous pouvez découvrir des choses, où personne n'a encore marché. Donc oui, il y aura encore beaucoup de découvertes. C'est pour ca que le Niger a besoin d'avoir ses propres archéologues, ses propres paléontologues, ses propres muséographes. Pour pouvoir conserver cet incroyable héritage et le présenter aux Nigériens, mais aussi aux Africains et au monde entier.  À lire aussiNiger: découverte d'un nouveau type de dinosaure Spinosaurus qui vivait il y a 95 millions d'années

    Révision constitutionnelle au Cameroun: «Biya met en place une suite pour son système» selon Stéphane Akoa

    Play Episode Listen Later Apr 3, 2026 7:41


    Les parlementaires camerounais sont réunis depuis hier, jeudi 2 avril, en congrès pour examiner une révision de la Constitution. Elle porte sur la création d'un poste de vice-président. Une évolution qui interroge étant donné l'âge avancé du président Paul Biya, 93 ans dont 44 au pouvoir, et qui a entamé un 8e mandat fin 2025. Pourquoi cette réforme intervient-elle maintenant ? Quel rôle et quel profil pour ce poste ? Cette réforme peut-elle être contestée ? Stéphane Akoa, analyste politique à la fondation Paul Ango Ela, est notre invité. RFI : Stéphane Akoa, ce projet d'instituer un vice-président est évoqué depuis longtemps au Cameroun. Pourquoi selon vous le chef de l'Etat passe-t-il à l'action maintenant ? Stéphane Akoa : c'est toute la question justement, parce qu'il n'y a aucun élément à la fois dans l'environnement politique et dans le contexte institutionnel qui aurait justifié que là, maintenant, ce qui avait été promis, annoncé et espéré depuis longtemps devienne un acte. Lorsque l'on regarde le contenu de la réforme constitutionnelle, en quoi le vice-président apporterait aux institutions de la République un changement, une modification importante ? On ne voit rien de significatif, en tout cas rien qui permette de justifier qu'on ait attendu aussi longtemps pour, au fond, si peu. Paul Biya est au début de son mandat actuel. Est ce qu'on peut dire que c'est un moyen pour lui déjà de préparer sa succession ? Oui, indubitablement. C'est vraiment le signe qu'il met en place ce qui pourrait être une suite pour son système, dans la mesure où il nommera ce vice-président. Donc ce sera encore une question de choix très personnel. Donc on peut dire qu'actuellement rien de très neuf n'est arrivé au Cameroun. Selon ce texte, le vice-président terminerait le mandat en cas de vacance du pouvoir. Donc cela veut dire qu'il l'exercerait potentiellement jusqu'en 2032. C'est une forme de verrouillage des institutions ? Clairement. Verrouillage, d'autant plus qu'il ne fait pas disparaître dans ce projet de loi, le poste de Premier ministre. Donc, l'armature essentielle continue à fonctionner, ou à dysfonctionner, comme c'est le cas depuis de nombreuses années. Et, bien évidemment, le fait qu'il ait la latitude du choix le laisse, lui, Monsieur Biya, à l'abri d'un certain nombre de surprises. Quelle que soit la qualité de ce qui pourrait arriver dans le paysage politique à venir. Alors justement, en termes de profil, pour ce vice-président, est-ce qu'on a des indications ? Est-ce qu'il y a déjà des noms qui circulent ? Il y a évidemment certains qui estiment qu'il devrait plus avoir la charge de l'Économie, d'autres s'occuper des Relations internationales ou de la présence du Cameroun dans les instances internationales, quand le Président de la République ne peut pas y être. Mais étant donné que le Premier ministre est encore là, on peut se demander comment se fera la répartition des responsabilités, des missions, entre ces deux associés qui peuvent être rivaux autour, ou à côté de Monsieur Biya. Donc, il peut y avoir une sorte de chevauchement des pouvoirs entre la Primature et ce vice-président ? Et aussi effectivement l'exécutif au sens présidentiel du terme. Le secrétaire général de la présidence de la République. Donc, au lieu de se simplifier la tâche, au lieu de clarifier le fonctionnement des institutions, on a plus l'impression que Monsieur Biya a rendu la lecture du fonctionnement du dispositif, notamment exécutif, plus complexe. Comment va-t-il répartir ces délégations entre ces deux personnalités ? Que va-t-il laisser au Premier ministre ? Ce sont des questions beaucoup plus que des certitudes qui figurent devant nous. Est-ce que selon vous, cette réforme, elle peut rencontrer des résistances internes, faire naître des dissensions au sein du pouvoir ? Cela pourrait se faire si la personnalité désignée ne fait pas consensus sur son nom, sur son profil, sur ses états de service. Et bien évidemment, on trouvera toujours quelque chose à lui reprocher, et notamment le fait d'appartenir éventuellement à un camp plus qu'un autre. Donc c'est quelqu'un qui va avoir une période, un état de grâce, relativement courte pour s'installer dans ce poste qu'elle (cette personnalité) doit définir. Donc on peut être sceptique. Et l'opposition, que peut-elle faire ? Est-ce que vous vous attendez à des mobilisations, à des manifestations ? Absolument pas. L'Opposition est atone, elle ne sait plus rien dire de ce qui se passe. Les deux figures essentielles que sont Monsieur Tchiroma et Monsieur Kamto ont pour l'instant disparu du paysage politique et donc on ne les entend pas, on ne les voit pas. Et on peut se dire que la nature des changements opérés ne laisse pas à cette opposition grand-chose à dire, puisque ce sont des questions techniques. Beaucoup de Camerounais sont plus préoccupés par leur sort personnel au plan économique, au plan financier. Donc là, on est dans un habillage qui ne concerne que les experts et qui ne fera parler que les docteurs en droit constitutionnel, s'il en existe encore, qui sont capables de s'exprimer sur cette question. Et on est très loin surtout des sujets qui peuvent permettre à l'opposition de trouver là des arguments pour aller à nouveau challenger le système gouvernemental, la majorité présidentielle. Donc, monsieur Biya a gagné un répit à la fois parce qu'il va donner ce poste à un représentant d'une région qui sera satisfaite et qui va s'enthousiasmer, pensant que ce choix est le meilleur pour elle. Il gagne du temps parce qu'il n'y a pas d'élections, il n'y a pas de moment où on pourra discuter, faire de la politique, parler de projets, de concepts, etc. Et puis bien évidemment, il gagne aussi du temps parce qu'il rassure ceux qui étaient inquiets. Donc quelque part, c'est bien joué. À lire aussiCameroun: les parlementaires se penchent sur la création d'un poste de vice-président du pays

    Human Rights Watch au Burkina: «Les abus envers la communauté Peule sont une forme de nettoyage ethnique»

    Play Episode Listen Later Apr 2, 2026 5:03


    Ce jeudi paraît un rapport de près de 300 pages, issu de deux ans d'enquête auprès des victimes civiles du Burkina Faso. L'ONG de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch a recueilli des centaines de témoignages de Burkinabè ayant subi entre 2023 et 2025 des attaques terroristes du Jnim, mais aussi la répression des forces armées burkinabè. Répression, notamment, contre la communauté peule. Les 57 incidents documentés par l'ONG illustrent la crise profonde et violente que traverse ce pays, sous la coupe d'une junte militaire qui n'arrive pas à endiguer la vague jihadiste. Une junte qui réprime violemment les supposés complices des terroristes. Avec ce rapport, qui recense 1 800 victimes civiles en deux ans, l'ONG espère une réaction de la communauté internationale, et un début de judiciarisation de ce qu'elle qualifie de « crimes de guerre » et de « crimes contre l'humanité ». Ilaria Allegrozzi, co-autrice de ce rapport, est la grande invitée Afrique Matin de RFI. RFI : « Personne ne pourra s'échapper », c'est le titre de votre rapport sur les crimes commis au Burkina Faso entre 2023 et 2025. « Personne ne pourra s'échapper », qui dit cela exactement ? Avant de vous dire qui dit ça, je reviens sur le titre qui est assez évocateur dans le sens où vraiment ça renvoie à une image symbolique de la guerre et pourtant réelle où personne n'est à l'abri, où les populations civiles sont piégées entre des violences avec des abus venant de tous les côtés. Maintenant, qui dit « Personne ne pourra s'échapper » ? C'est le président du Burkina Faso lui-même qui, pendant une réunion avec les chefs peuls en février 2023, avait dit que l'épicentre du terrorisme se situait au sein des communautés peuls et avait, de façon directe, menacé de tuer les peuls qui collaborent avec les groupes armés jihadistes. Ils les ont alors ciblés dans des massacres, les ont forcés à quitter leurs terres. Et ce schéma d'abus envers la communauté peule constitue une forme de nettoyage ethnique, d'après nous. Vous avez donc enquêté sur une période 2023-2025 avec un recensement de 57 attaques contre des civils. Quid de la difficulté d'enquêter dans un pays où la terreur règne, notamment la terreur de parler ? Oui, vous avez raison. En fait, les pertes civiles dans les conflits qui frappent le Burkina Faso ne sont pas connues parce qu'il n'y a pas de mécanisme pour recenser les victimes. Et beaucoup d'incidents passent inaperçus. Aussi à cause du climat de peur, de terreur et de répression instauré par cette junte militaire qui a muselé la dissidence, l'opposition, les médias, cela a empêché la circulation des informations sur la situation sécuritaire. J'ajoute également que la propagande gouvernementale, mais la propagande aussi du Jnim empêchent d'avoir vraiment une vision claire de ce qui se passe au Burkina Faso, y compris de documenter les incidents. Au moins 10 000 morts civils recensés par l'ONG Acled depuis 2016 ou même 1 800 morts recensés dans votre rapport : ce sont des chiffres qui sont très certainement en-deçà de la réalité, mais qui sont éloquents… Oui, justement, 10 600 morts selon Acled depuis 2016. De notre côté, 57 incidents documentés ont engendré la mort de 1 800 civils, dont 1 200 tués par les forces de sécurité et les VDP [Volontaires pour la défense de la patrie, supplétifs civils des forces de sécurité, NDLR]. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela reflète trois réalités. La première, on n'a pas été en mesure de documenter tous les incidents, la deuxième c'est que les forces de sécurité et leurs supplétifs VDP semblent être plus violents que le Jnim. Et troisièmement, ça pourrait aussi être une tendance régionale dans le sens où même au Mali, l'année passée, Acled avait souligné que les forces de sécurité avaient tué plus de civils que le Jnim. Ces 57 cas que vous documentez dans votre rapport, 57 attaques, aucune n'a fait l'objet d'enquêtes et encore moins de condamnations de la part des autorités burkinabè. Qu'est-ce que cela signifie ? Ça veut dire qu'en fait, il y a un double discours entre « on va faire des enquêtes » - c'est ce que disait pour un certain nombre de cas les autorités burkinabè et le président Traoré - et le fait qu'on ne voit jamais d'instruction et encore moins de procès dans ces exactions contre des civils ? Au Burkina Faso, on est dans un contexte d'impunité généralisée grandissante, où aucun membre des forces de sécurité burkinabè n'a fait l'objet de poursuites, ni amené devant les tribunaux pour des présumés violations des droits humains commises dans le cadre des opérations de contre-terrorisme. Donc, vous voyez que les voies de recours pour les victimes au niveau national sont très limitées. Les enquêtes encore plus. Et aussi, au niveau régional, les voies de recours pour les victimes deviennent de plus en plus limitées et restreintes, parce que le Burkina a quitté la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et, par conséquent, a privé ses citoyens de la possibilité de saisir la Cour de justice de la Cédéao. Est-ce que vous n'avez pas l'impression que la communauté internationale se désintéresse, ou en tout cas détourne son regard, de ce qui se passe au Burkina Faso ? Bien sûr. La crise au Burkina Faso est complètement passée sous silence. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a d'intérêt, il n'y a pas d'enjeux ? Je pense qu'après le coup d'État militaire de 2022, les partenaires internationaux du Burkina Faso se sont complètement désengagés et au lieu de trouver des voies de sortie ou des dialogues avec les autorités militaires, ont préféré laisser le Burkina Faso à son sort et n'ont pas porté l'attention nécessaire à cette crise. C'est inquiétant ? C'est très inquiétant ! Mais je pense qu'avec une couverture médiatique plus importante, une mobilisation des victimes avec des plaintes des ONG, il est possible d'obtenir des résultats, notamment pousser le Procureur de la Cour pénale à agir et à ouvrir un examen préliminaire sur les crimes commis par tous les camps. ► Rapport sur les Crimes contre l'humanité commis par tous les camps au Burkina Faso

    RDC au Mondial 2026: «Il nous tenait à cœur de pouvoir se qualifier, c'est fait» dit Youssouf Mulumbu

    Play Episode Listen Later Apr 1, 2026 4:49


    La République démocratique du Congo disputera donc la prochaine Coupe du Monde de foot, le Mondial 2026 de juin prochain aux États-Unis, Canada et Mexique. Les Léopards ont remporté la finale de barrage intercontinental qu'ils disputaient à Guadalajara au Mexique contre la Jamaïque. Victoire 1 à 0 après prolongations. La RDC rejoint les 9 autres équipes africaines déjà qualifiées et retrouve le Mondial 52 ans après sa seule participation. Une longue, très longue attente... Youssouf Mulumbu ancien capitaine des Léopards il y a dix ans, est notre grand invité Afrique, ce mercredi 1er avril. RFI : Youssouf Mulumbu, ce fut tendu, ce fut incertain jusqu'au bout, mais ça y est, la République démocratique du Congo tient sa qualification pour la Coupe du monde de football. Vous en rigolez, vous en souriez, c'est un grand ouf de soulagement ? Youssouf Mulumbu : Ce fut interminable. C'est vrai que c'était difficile à regarder parce que l'émotion est allée jusqu'au bout. Ce n'était pas très beau à voir, mais le plus important, c'était de se qualifier et on savait que ça allait se jouer sur des détails. Et ce détail a été ce coup de pied arrêté, dont Tuanzebe était à la réception, et a pu marquer ce but très important, ce but qui coûte 52 années de disette pour le Congo. Ce n'était pas beau à voir, ça veut dire quoi ? En termes de jeu, ce n'était pas très beau à voir, mais on s'y attendait. Avec l'atmosphère, avec la pression, on savait que peut-être on n'allait pas montrer le meilleur visage du Congo, mais l'important c'était de se qualifier. Et voilà, ça s'est joué sur ce détail-là et on a su saisir l'occasion. La lumière est venue, vous l'avez dit « en prolongation », le but d'Axel Tuanzebe à la 100ᵉ minute, suite à un corner, la RDC, Youssouf Mulumbu, qui a montré une fois encore dans cette finale de barrage contre la Jamaïque – match qui se jouait au Mexique – toute sa résilience, sa force de caractère comme lors des barrages « Afrique », finalement, contre le Cameroun, contre le Nigeria. Ne jamais renoncer, c'est vraiment l'ADN de cette équipe congolaise ? Exactement, c'est ce que Sébastien Desabre a mis en place avec cette équipe. C'est cet aspect défensif qui est très solide avec Tuanzebe et Chancel en charnière centrale. Après, cette équipe de la Jamaïque, on l'a sentie un peu épuisée et nous, petit à petit, plus le jeu avançait, plus on sentait cette équipe s'installer dans le match et être un peu plus confiante. Et donc voilà, c'est la résilience et je pense que les joueurs peuvent en être fiers parce qu'ils ont vraiment libéré ce pays depuis plusieurs années. À lire aussiRDC: dans les rues de Kinshasa, du stress à l'effusion de joie après la victoire des Léopards Oui, plusieurs années. Cela faisait 52 ans que le pays attendait ça. La seule participation à un Mondial, c'était en 1974, quand le pays s'appelait encore le Zaïre. La RDC, un pays de foot. Plus de 100 millions d'habitants, aujourd'hui, c'est une véritable libération célébrée comme telle dans tout le pays, à Kinshasa, à Lubumbashi, dans l'Est, c'est la fête partout en RDC ? C'est la fête, mais c'est vrai qu'on est toujours passé à côté de cette qualification de très près. En 2018, avec ce match contre la Tunisie et même sur cette qualification contre le Sénégal. Donc, il nous tenait à cœur avec ce qu'éprouve le pays en ce moment, avec les conflits à l'Est, de pouvoir se qualifier et aujourd'hui, on ne peut qu'en être fier. Il y a des piliers dans cette équipe, Chancel Mbemba, le capitaine Cédric Bakambu, Yoane Wissa, Samuel Moutoussamy. Le sélectionneur Sébastien Desabre a su bâtir une équipe très solide. Il reste trois mois avant la Coupe du monde, on aurait envie de les voir jouer un petit peu plus. Le football « léché » qu'on a pu voir il y a quelques années en RDC, où est-il ? Exactement, mais je pense qu'il ne faut pas les juger sur cette rencontre parce que, comme je l'ai dit, il y a eu beaucoup de pressions, il y avait beaucoup de tensions autour de cette qualification. Mais il va falloir aller chercher aussi ce joueur, peut-être un Mayulu qui va apporter un peu de magie, un peu de gestes sortis de l'ordinaire. Au coach de faire son travail. À lire aussiBarrages Mondial 2026: revivez la qualification de la RDC aux forceps contre la Jamaïque On connaît les adversaires du premier tour pour la RDC au Mondial, le tirage au sort a été effectué en décembre dernier. Portugal, Colombie, Ouzbékistan. Qu'est-ce que les Léopards peuvent espérer à cette Coupe du monde ? Aujourd'hui, on sait qu'on ne part pas favori de cette poule, mais il faut aller chercher un résultat face à deux équipes qui sont favorites, qui sont la Colombie et le Portugal. Et on sait que cette troisième place peut-être ou cette deuxième place va se jouer avec ce match contre l'Ouzbékistan. La Coupe du monde, Youssouf Mulumbu, passe de 32 à 48 équipes et il y aura non plus cinq mais dix équipes africaines à ce Mondial. Vous les imaginez, la RDC peut-être, mais aussi le Sénégal, le Maroc, la Côte d'Ivoire bousculer la hiérarchie ? Oui, c'est formidable. Avec ce qu'a montré le Sénégal lors de la CAN et les atouts qu'a le Maroc, je pense qu'ils peuvent faire très mal. Donc voilà, à toutes ces équipes de bien pouvoir se préparer et de pouvoir rentrer dans cette compétition avec un esprit de gagneur. Youssouf Mulumbu, merci et bravo à la RDC ! Merci Fimbu toujours ! À lire aussiCoupe du monde 2026: la RDC arrache une qualification historique contre la Jamaïque

    Mondial de football 2026: match RDC-Jamaïque, «un moment historique» pour Christopher Oualembo

    Play Episode Listen Later Mar 31, 2026 4:52


    Un match historique pour la République démocratique du Congo se joue ce mardi soir au Mexique. Les Léopards rencontrent la Jamaïque, avec à la clé une qualification pour la Coupe du monde de football 2026. Ce serait une première depuis la participation du pays - qui s'appelait à l'époque le Zaïre -, en 1974. Et c'est donc « un moment historique » pour l'ancien international congolais Christopher Oualembo, aujourd'hui entraîneur des U-16, la sélection nationale des moins de 16 ans. Depuis Kinshasa, il est l'invité de Charlotte Idrac RFI : Christopher Oualembo, dans quel état d'esprit vous êtes avant le match de ce soir ? Est-ce que vous êtes excité, stressé, confiant ? Christopher Oualembo : Très excité. Bien sûr, on a confiance en nos joueurs, mais il y a beaucoup de tension quand même parce que 52 ans après, on revient à la Coupe du monde. Donc, c'est historique ce qui est en train de se passer. On représente aussi toute l'Afrique, donc forcément, il y a beaucoup de pression aussi et de responsabilité que de représenter ce continent, de par notre victoire ce soir, on l'espère. Toute la nation congolaise est unie derrière les Léopards ? Je pense qu'il ne manque personne ! Tout le monde est là, tout le monde est aux aguets. On attend avec impatience le match de ce soir en espérant la victoire à tous les niveaux, même au niveau de la politique, au niveau de la religion, à tous les niveaux. Dans tous les secteurs, tout le monde est motivé, tout le monde est focalisé pour qu'on puisse tous être unis derrière ce match et cette victoire. Donc c'est un jour spécial pour vous ? Très spécial, bien sûr, c'est clair, 52 ans après…Beaucoup n'étaient pas nés. Quand on sait qu'aujourd'hui, en République démocratique du Congo, il y a à peu près 50 % de la population qui a moins de quinze ans. C'est historique ce qui se passe, c'est historique. Beaucoup n'ont pas connu la Coupe du monde et là, c'est l'occasion de la découvrir de par le match de ce soir. Vous-même, vous n'avez pas vécu cette qualification d'il y a 52 ans : vous êtes trop jeune. Quel écho a ce match pour vous ? Est ce qu'on vous en a parlé ? Bien sûr. J'ai eu l'occasion de rencontrer certains Mondialistes qui sont encore vivants, on a cette chance-là, comme Mafu Kibonge, etc. Donc ça veut dire qu'ils nous ont transmis cette passion, certains détails qu'on considère vraiment parce qu'on se dit que c'est un héritage qu'on doit faire perdurer en espérant que ça puisse continuer. Parce que là, ça peut être le nouveau départ, repartir 52 ans après. L'idée c'est ne pas uniquement de se qualifier, mais c'est de continuer et d'enchaîner les qualifications pour les Coupes du monde à venir. Et pour les plus jeunes générations que vous encadrez, est-ce que ça leur parle, ces récits d'il y a 52 ans ? Ça leur parle parce qu'il y a cette transmission, et c'est culturel. Pour nous, le football ici, c'est vraiment quelque chose d'exceptionnel, tout le monde suit le football. C'est vraiment « institutionnel ». Donc ils ont des images, il y a des photos, il y a aussi ces histoires avec le fameux coup franc ou le vieux Ilunga Mwepu sort du mur pour tirer le ballon. Donc effectivement, tout ça, ce sont des choses qui qui marquent, même s'ils ne l'ont pas vécu, ils ont des souvenirs de ce qui a été immortalisé sur ces moments-là. Même si la compétition à l'époque s'était assez mal terminée : neuf buts face à la Yougoslavie. Est-ce qu'aujourd'hui, 52 ans plus tard, les Léopards sont une équipe plus expérimentée avec un collectif solide ? Oui, beaucoup plus. Après, c'est vrai qu'à l'époque, il y avait déjà aussi de très bons joueurs, avec un très bon groupe. Même si c'est vrai que le décalage s'est fait sur la Coupe du monde. Mais ce qui est sûr, c'est qu'actuellement, la démonstration de force de la République démocratique du Congo n'est plus à démontrer. Je pense qu'on a vu aujourd'hui que, effectivement, le groupe vit bien et qu'on a de très bons joueurs qui sont capables de rivaliser avec de grandes nations. Là, ce sera un duel inédit face à la Jamaïque. Qu'est-ce que vous pensez de cette équipe ? Est ce qu'elle vous fait peur ? Non ! On ne peut pas avoir peur quand on joue au football. Les joueurs qui vont jouer ce soir sont des joueurs qui sont habitués au haut niveau, au très haut niveau même, qui sont aussi en compagnie, dans leur club, de très grands joueurs et qui jouent aussi contre de très grands joueurs quasiment chaque week-end. Donc je pense que l'expérience ils l'ont, la compétence aussi et il n'y a pas à avoir peur. Je pense qu'il n'y a pas de pression à se mettre, mais plutôt beaucoup de motivation. Vous l'évoquiez tout à l'heure, il y a aussi une dimension qui dépasse la RDC. Dans quelle mesure il y a un enjeu aussi pour l'Afrique ? Oui, parce qu'on gagnerait une place de plus. Il y aurait un pays africain de plus ce soir si on arrivait à éliminer la Jamaïque. Là, c'est de continent à continent, ce n'est pas que de pays à pays. Donc effectivement, on est on est très, très, très déterminés. Il y a beaucoup de solidarité dans le groupe, ça je le sais. Mais il y a une résonance vraiment continentale. C'est l'Afrique entière qui nous soutient ce soir. Est-ce que vous avez un pronostic ? Je ne suis pas bon pronostic. Je ne peux pas me prononcer, mais peu importe : l'essentiel c'est qu'on marque un but de plus ce soir, c'est tout. Est-ce que vous allez regarder le match ? En famille, entre amis, Entre joueurs ? Oui, en famille, avec les fistons. Avec madame. Tranquillement. On va regarder ça à la télé et on va croiser les doigts. Et vous pensez que les Congolais seront dehors dans les rues pour fêter ça en cas de victoire ? Ah bah ça pour le coup, j'en suis quasiment sûr. Oui parce que on voit déjà les préparatifs. Les stades sont en train de se remplir. Déjà dès le matin. Donc c'est clair que ça va forcément fêter. Si on gagne, je pense qu'il y en a qui dormiront pas. ► RDC/Jamaïque ce soir à 21h TU. Radio Foot Internationale avec Annie Gasnier est à Kinshasa : Emissions spéciales à 16h10 et 21h10 TU.   À lire aussiMondial 2026: Kinshasa prête à vibrer pour le barrage capital de la RDC contre la Jamaïque

    Adji Bousso Dieng, chercheuse sénégalaise: «Les pays du Sud global doivent pouvoir développer leur propre IA»

    Play Episode Listen Later Mar 30, 2026 11:23


    On le compare parfois au Giec sur le climat : le premier panel de l'ONU sur l'intelligence artificielle a démarré ses travaux en ce mois de mars. Ce comité comprend une quarantaine de scientifiques du monde entier, dont la chercheuse sénégalaise Adji Bousso Dieng. Informaticienne, chercheuse, enseignante à la prestigieuse université de Princeton aux États-Unis, elle a également fondé l'ONG The Africa I Know pour encourager les jeunes du continent à se lancer dans les sciences et le numérique. Adji Bousso Dieng plaide pour plus de diversité numérique, et le développement d'IA africaines. Elle est l'invitée de Charlotte Idrac. RFI : Quelle est la mission de ce tout nouveau panel de l'ONU sur l'IA ? Adji Bousso Dieng : Le constat est que l'IA progresse à une vitesse inédite. Et face à cette accélération, beaucoup de gouvernements et de décideurs se trouvent dans une forme d'incertitude. Ils perçoivent le potentiel immense de l'IA, mais ils peinent encore à en saisir pleinement les implications, à comprendre comment en faire un levier pour le bien commun et comment, en parallèle, se prémunir contre ses dérives. C'est précisément dans ce contexte que les Nations unies ont souhaité créer un espace de réflexion scientifique indépendant. « Indépendant », c'est un mot très important : Nous ne travaillons pas pour un gouvernement ou pour une institution. Et le but, c'est de produire des analyses scientifiques rigoureuses afin d'éclairer les décisions publiques. Il s'agit au fond de rééquilibrer les dynamiques en cours pour éviter que la gouvernance de l'IA ne se concentre pas entre les mains de quelques acteurs ou de quelques organisations, mais puissent bénéficier à l'ensemble de la communauté internationale. Comment est-ce que ça se développe plus précisément sur le continent africain ? En Afrique en ce moment, il y a des communautés autour de l'IA comme il y a GalsenAI, il y a Deep Learning Indaba, il y a aussi des entreprises qui commencent à vouloir utiliser l'IA. Mais je ne suis pas satisfaite de la façon dont ça se fait présentement, particulièrement en ce qui concerne les biais : Les modèles très performants de l'IA, maintenant, utilisent des données qui sont principalement de la culture de l'Ouest, qui ne reflètent pas la diversité des populations. Et donc je pense qu'il y a un réel besoin que l'IA qu'on utilise dans différentes parties du monde, y compris l'Afrique, soit des IA locales. Une grande partie de ma recherche est d'introduire la diversité qui contribue à encourager l'exploration, la capacité à envisager plusieurs solutions et plusieurs hypothèses. Nous avons développé un outil mathématique qui s'appelle le « Vendi Score » qui sert à mesurer et structurer cette diversité pour guider les systèmes d'IA vers des formes d'intelligence plus exploratoires, plus créatives, et en un sens plus proche de ce que l'on attend d'une démarche scientifique. Est-ce que ça vous semble possible de développer à terme une IA panafricaine ? Oui, c'est une de mes perspectives en ce qui concerne le développement en Afrique : Que dans presque tous les domaines, on doit avoir une approche panafricaine, mais pas le panafricanisme tel qu'on le chante un peu partout en ce moment, en termes de « oui, nous sommes souverains, nous sommes panafricains »… Politique… Oui, politique. Je milite pour un panafricanisme plus pragmatique qui consiste à collaborer dans différents domaines, y compris la technologie et l'IA. Vous avez parlé dans le passé d'une forme de « colonisation numérique de l'Afrique ». Qu'est-ce que ça veut dire ? Par exemple, il y a eu quelques controverses liées au labelling des données. En IA, on a besoin de labelliser les données afin de pouvoir développer des algorithmes qui sont plus performants et qui sont plus sains. Et donc ce qui se passe, c'est que les grandes compagnies vont en Afrique comme au Kenya par exemple, et elles font libeller ces données-là au Kenya dans des conditions qui ne sont pas très équitables. Ils ne sont pas bien payés et ils sont soumis à des données qui peuvent être traumatisantes. Il n'y a pas encore de cadre juridique qui encadre ce travail-là. Et donc ça, c'est une forme de colonisation numérique. Il y a aussi tout ce qui est souveraineté des données. Les données peuvent être utilisées sans compensation. Il y a en ce moment dans le continent un grand enthousiasme en ce qui concerne l'IA. Il y a cette idée que l'IA va résoudre tous les problèmes. Mais je pense que c'est une vision erronée parce que la réalité de l'IA en Afrique en ce moment est plutôt la même chose qui se passe avec nos ressources naturelles, où on est des consommatrices plutôt que des transformatrices et des créatrices. La même chose risque de se produire avec l'IA et je ne pense pas qu'on en parle assez. Vous êtes née à Kaolack, au Sénégal. Vous avez fait vos études en France puis aux États-Unis où vous êtes toujours aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous a guidé, vous guide encore dans votre parcours ? J'ai été très chanceuse d'avoir cette expérience au Sénégal, en France et aux États-Unis. Ce qui est resté constant, c'est mon amour de la connaissance. Je suis très curieuse et j'aime réfléchir. Et une passion très forte pour la science qui me tient debout jusqu'à présent. Et le travail que l'on fait dans mon groupe de recherche à Princeton, c'est quelque chose auquel je crois vraiment. Est-ce que vous pensez revenir un jour au Sénégal ? Oui, c'est quelque chose auquel je pense. Mais la réalité, c'est qu'il y a beaucoup de barrières au pays. Par exemple, la recherche que je fais maintenant, je ne peux pas la faire au Sénégal parce que cela demande des ressources que je ne peux pas trouver au Sénégal présentement. Mais c'est quelque chose qui me revient en tête et on verra ce que l'avenir nous réserve.

    Dudu Sarr (Dakar Music Expo): «Il n'y a pas mieux que la musique pour rassembler»

    Play Episode Listen Later Mar 28, 2026 6:25


    Direction Dakar pour retrouver notre Grand invité Afrique ce samedi. La capitale sénégalaise est bercée ce week-end par des musiques du monde entier: trente groupes, cinquante professionnels réunis autour du DMX, le Dakar Music Expo. C'est la septième édition de ce marché de la musique, qui vise à faire découvrir des talents du continent et d'ailleurs, avec l'objectif notamment de monter des tournées à l'étranger. Dudu Sarr est le fondateur et le directeur du DMX, il répond aux questions de Guillaume Thibault. 

    Présidentielle au Bénin: «Cela donne l'impression d'un match amical, d'une compétition sans enjeu»

    Play Episode Listen Later Mar 27, 2026 9:58


    Coup d'envoi ce vendredi 27 mars de la campagne pour l'élection présidentielle au Bénin. Le scrutin est prévu le 12 avril. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, va passer la main après deux mandats. Son dauphin, le ministre des Finances Romuald Wadagni, fait face à un seul concurrent : Paul Hounkpè, du parti FCBE. Le parti des Démocrates, principale force de l'opposition, n'a pas pu présenter de candidat et n'a pas donné de consigne de vote. Une campagne qui s'ouvre dans un paysage politique profondément remodelé sous Patrice Talon, souligne le Béninois Joël Atayi-Guèdègbé, expert en gouvernance et acteur de la société civile. Il est l'invité de Charlotte Idrac. RFI : Dans quel climat politique s'ouvre cette campagne pour la présidentielle au Bénin ? Joël Atayi-Guèdègbé : Les résultats des élections de janvier dernier, législatives et communales ont quand même redessiné la carte politique en indiquant deux partis majeurs, partis favorables au président Talon. Fondamentalement, les réformes du système partisan et du code électoral par touches successives, ont élevé les différents seuils, principalement en introduisant la notion de parrainage pour la présidentielle. Donc le principal parti de l'opposition, Les Démocrates, a mordu la poussière à ce niveau, et ne peut pas être sur la ligne de départ. Et le second parti de l'opposition, les FCBE, a pu miraculeusement obtenir les parrainages. Il n'avait que six élus, donc ils les ont eus forcément de la part de la mouvance présidentielle, ce qui donne l'impression d'un match amical, d'une compétition sans enjeu. Le dauphin de Patrice Talon, a un profil plutôt technocrate… Est-ce qu'il se présente comme l'homme de la continuité ou avec sa propre voie ? Il a le goût quand même de se réclamer de son mentor. La présentation de son projet de société s'est voulue dans une continuité de l'action à laquelle il a participé dix ans durant. L'image de technocrate qui lui colle à la peau est peut-être le vice rédhibitoire qu'il va essayer de gommer pendant cette campagne. Est-ce que les partis de la mouvance présidentielle font bloc autour de Romuald Wadagni ? Ah oui, personne ne manque à l'appel. Disons que le réflexe naturel des uns et des autres est de faire le bon pari. S'il y a des divergences, elles sont poliment tues. Pour l'instant, la légitimation de la candidature du duo Wadagni et de madame Talata, la vice-présidente sortante, a été une entreprise assez savamment construite. En face, Paul Hounkpè, du parti FCBE, est présenté comme un opposant modéré. Pourquoi est-ce qu'il n'est pas soutenu par les autres mouvances de l'opposition ? Il avait le défaut rédhibitoire de s'être ouvert à la discussion en 2019, quand il y a eu des violences électorales. Il a eu aux yeux des autres le tort d'avoir accepté la main tendue du président Talon. Et donc forcément, il y a eu à partir de ce moment un soupçon de non-intégrité de sa part, de manque d'engagement. Cela lui a été tellement opposé que le président Yayi Boni, qui était président de son parti, a claqué la porte avec un certain nombre de ses amis pour aller créer justement le parti Les Démocrates qui s'est voulu le parti le plus authentique de l'opposition ou le plus radical. Mais il faut noter que ce n'est plus un parti en ordre de bataille, c'est un parti qui est soumis à plusieurs tensions, divisions, défections. Vous l'évoquiez, il y a eu le départ de plusieurs figures du parti des Démocrates. La formation n'a pas de candidats à ce scrutin. Quel avenir pour les Démocrates selon vous ? C'est un avenir fort incertain. Est-ce que les plus jeunes vont pouvoir reformer, reconstruire ce parti après le départ de ses principales figures centrales ? Pour l'instant, effectivement, avec zéro élu dans les instances communales comme nationales, ce parti est bien mal parti pour continuer d'incarner les espoirs de nombre de Béninois. Les dernières élections législatives et municipales avaient enregistré un taux d'abstention record de 65 %. Est-ce que la participation est un enjeu majeur de cette présidentielle à venir ? Oui, définitivement. Cela devient un enjeu majeur. Un enjeu d'ailleurs immédiatement identifié par les partisans de Romuald Wadagni. Au demeurant, le taux de participation n'avait cessé de baisser depuis quelques scrutins, particulièrement depuis 2019. Et il est évident que le sentiment que tout serait joué d'avance, ou qu'il n'y aurait pas une offre électorale assez large, pourrait être la cause fondamentale. Quelles sont les principales préoccupations des Béninois pour cette campagne qui démarre ? Je crois qu'il y a deux formes d'inquiétude fondamentale : celle de la survie quotidienne, avec un chômage qui reste endémique. Et puis, de plus en plus, hélas, il y a la question de la sécurisation du pays à ses frontières, et donc de nos relations avec nos voisins.

    Route migratoire vers Mayotte: «Les flux de migrants en provenance d'Afrique s'intensifient»

    Play Episode Listen Later Mar 26, 2026 4:30


    Ils viennent de la région des Grands Lacs, et notamment de l'est de la République démocratique du Congo. De plus en plus de migrants d'Afrique centrale tentent le long voyage vers le département français de Mayotte, dans l'océan Indien. La semaine dernière, le 18 mars, 18 personnes sont mortes noyées au large des Comores. Selon des rescapés, les passeurs leur avaient assuré qu'ils étaient arrivés à Mayotte. Cette route migratoire n'est pas nouvelle, mais elle se structure, explique Fahad Idaroussi Tsimanda, docteur en géographie, et chercheur associé à l'université de Montpellier. Il est l'invité de Charlotte Idrac. RFI : Est-ce que la tendance d'un flux de migrants d'Afrique centrale vers Mayotte s'intensifie ? Fahad Idaroussi Tsimanda : Oui, entre 2003 et 2025, on observe une forte hausse des demandes d'asile de ressortissants d'Afrique centrale comme les Congolais, qui sont passées d'environ 150 en 2021 à plus de 1000 en 2024. Cette évolution s'explique par les conflits qu'il y a dans la région, les crises économiques et l'attractivité du territoire de Mayotte. Ayant vécu à Mayotte depuis de nombreuses années, quand on se promène dans les rues de Mamoudzou, dans les rues de Tsoundzou et autres, on voit que les visages qu'on ne voyait pas avant sont de plus en plus présents à Mayotte. Donc oui, les flux de migrants entre l'Afrique en direction de Mayotte s'intensifient. Et donc c'est une évolution des routes migratoires via l'océan Indien, en comparaison avec d'autres routes, par exemple celles du désert libyen ? Effectivement. La particularité et la différence entre la route migratoire vers Mayotte et en direction de la France hexagonale, c'est que vers Mayotte, il y a moins de risques de dangers. Je ne dis pas qu'il n'existe pas de risque, mais le risque est moindre par rapport au passage vers la Libye. Là-bas, le risque est multiple d'être capturé par des bandits, se faire emprisonner ou se faire tuer. Pour venir à Mayotte, le souci, c'est plutôt le chavirage en mer. C'est pourtant un voyage très long. Dans le cas du récent naufrage, un rescapé a témoigné avoir pris un bateau depuis Dar es Salam, donc à plus de 700 kilomètres des Comores. Est-ce qu'on sait comment fonctionnent les passeurs sur cette route ? Quel type d'embarcation ? Est-ce que ce sont des réseaux structurés ?  Les trajets reposent sur des réseaux transnationaux organisés. Les migrants passent effectivement par plusieurs pays et des points de transit régionaux avant d'arriver aux Comores. Ceux qui quittent le Congo, par exemple, vont jusqu'en Tanzanie. Entre les Comores et la Tanzanie, il y a une coopération : Il y a des pêcheurs, il y a des marchands comoriens, il y a des chefs de navires comoriens qui vont en Tanzanie pour faire du commerce, et ensuite amener les produits en direction des Comores. Donc de là, il y a des personnes qui peuvent se transformer en passeurs pour transporter ces personnes jusqu'au large des Comores. Les personnes sont cachées dans les cales des bateaux et ensuite un kwassa kwassa vient accoster juste à côté du bateau. Un kwassa kwassa, donc une petite embarcation... Effectivement, une petite barque de quelques mètres, qui peut chavirer au moindre faux pas, avec des grosses vagues. Il y a des passeurs qui les prennent dans les hautes mers. Ensuite, ils vont en direction de Mayotte et pour certains, parfois, ils atterrissent aux Comores. Malgré les risques et malgré l'éloignement, est-ce que ça confirme selon vous, l'attractivité de Mayotte en tant que département français ? Est-ce que c'est une destination finale pour ces personnes ou « par défaut » ? Le territoire de Mayotte, c'est une destination très attractive parce que le risque est moindre. Donc venir ici, c'est avoir en tête que, du jour au lendemain, si ma demande d'asile est acceptée, je peux facilement aller en métropole. Mayotte n'est pas une destination finale, c'est juste un point de passage pour les personnes qui viennent ici et qui souhaiteraient voir leur situation s'améliorer, obtenir un titre de séjour, ensuite prendre l'avion pour un voyage non clandestin, et arriver dans l'Hexagone. Et face à cet afflux, à cette tendance, quelle est la réponse des autorités à Mayotte ? Une fois ici à Mayotte, les personnes sont accompagnées, il y a des associations qui viennent vers ces personnes et leur demandent de déposer une demande de protection. Ce qui fait qu'il est impossible d'expulser ces personnes. On doit étudier d'abord son dossier, voir si la personne est éligible pour savoir ensuite ce qu'on va faire de cette personne. Et compte tenu de ce qui se passe là-bas au Congo, la demande peut être instruite très rapidement et la personne obtient un asile, un asile politique. Je pense aussi que les passeurs comoriens, depuis la Tanzanie, encouragent aussi cette tendance pour s'enrichir. Maintenant, ce n'est plus entre les Comores, Madagascar et Mayotte, mais ça va au-delà. Donc il y a une manne financière à ne pas négliger parce que c'est devenu une route très lucrative : la traversée entre Mayotte et Anjouan peut aller jusqu'à plus de 500 euros par tête. Donc le trajet depuis la Tanzanie jusqu'à Mayotte, je pense que ça doit avoisiner les 1000, 2000, voire plus, c'est énorme.

    Santé en Afrique: «Nous voulons que nos pathogènes, nos maladies, puissent être d'abord traités par les Africains»

    Play Episode Listen Later Mar 25, 2026 7:19


    C'est le volet sanitaire de la stratégie « America First » du président Trump : les États-Unis concluent ces dernières semaines de nouveaux accords sur le financement de la santé, essentiellement à travers le continent africain. Cela fait suite au démantèlement de l'agence d'aide américaine Usaid. Une vingtaine de pays africains ont déjà signé des accords bilatéraux. Mais il y a des conditions. Et certains États, comme le Zimbabwe ou la Zambie, ont invoqué des risques pour leur souveraineté. L'un des enjeux majeurs est le partage des données sanitaires, souligne le docteur Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC – le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies. Depuis Addis-Abeba, il est l'invité de Charlotte Idrac. RFI : L'Ouganda, le Nigeria, le Cameroun, le Burkina Faso ou encore la Côte d'Ivoire, ces pays ont tous signé de nouveaux accords bilatéraux avec Washington en matière de santé. Quelles sont les grandes lignes communes de cette coopération ? Docteur Jean Kaseya : Le mécanisme actuel des financements américains, c'est exactement ce que nous nous avions proposé comme deal. Vous donnez l'argent directement aux gouvernements africains et de notre côté, en tant qu'Africa CDC, nous faisons une pression pour que les gouvernements africains élèvent leur cofinancement. Mais il y a aussi d'autres engagements que les partenaires américains ont mis sur la table, comme le partage des données, comme le partage des pathogènes. Mais nous disons que cela ne peut se faire que dans un cadre où il y a beaucoup plus de respect, une certaine transparence et puis une certaine équité, puisque les gouvernements africains veulent bénéficier aussi de leurs pathogènes et de leurs données. Pour être clair, ces échantillons d'agents pathogènes, ce sont des échantillons biologiques qui peuvent servir à identifier des maladies ou à mettre au point des vaccins. Pourquoi c'est un enjeu important ? Vous savez, quand il y avait Ebola en Afrique de l'Ouest, nous avions des milliers de personnes qui mouraient. Mais il a fallu qu'un Américain, médecin américain, tombe malade, qu'il soit extradé aux États-Unis, pour que nous tous nous puissions découvrir que, avec les pathogènes qu'on avait déjà collectés en Afrique de l'Ouest, les États-Unis avaient déjà développé les vaccins et même des médicaments contre Ebola. Alors que nous avions des milliers de personnes qui mouraient sans aide. Voilà pourquoi c'est important pour nous. Nous voulons que nos pathogènes, nos maladies, puissent être d'abord traités par les Africains. Mais si ce n'est pas possible avec la conjoncture actuelle des technologies que nous avons, si nous les exportons, nous voulons que ça puisse nous bénéficier. Chaque fois que nous avons une maladie, nous savons que ces pathogènes ont servi à fabriquer des médicaments et des vaccins qui vont nous servir, et ce n'est pas le cas aujourd'hui. À lire aussiWashington redéfinit sa coopération avec l'Afrique avec la signature de nouveaux accords sanitaires Autre point, c'est celui d'une condition économique dans le cas de la Zambie. Ces négociations sur la santé sont liées à un accord, un autre accord, sur le secteur minier. Est-ce que ce n'est pas, selon vous, une forme de chantage ? Moi, en tant que directeur général d'Africa CDC, je demande aux partenaires de respecter la souveraineté des pays. Donc, je dois être la première personne qui doit aussi respecter la souveraineté des pays. Je fais confiance à la Zambie dans les négociations qui sont en cours pour savoir faire la part des choses, mais surtout pour savoir pousser l'agenda de la souveraineté sanitaire pour les Africains, pour les Zambiens. Mais est-ce que le choix n'est pas limité entre, d'un côté, refuser des accords avec les risques que ça peut entraîner, à court terme, pour les populations ou changer de modèle pour plus de souveraineté comme vous le souhaitez, mais à plus long terme ? Vous savez, en arrêtant les financements extérieurs, les partenaires extérieurs ont démontré à l'Afrique que nous pouvons profiter de notre génie pour augmenter les ressources. Et nous obligeons maintenant les partenaires à s'aligner. Nous n'allons plus accepter que les partenaires viennent nous imposer leurs conditions. Mais dans l'immédiat, certains gouvernements, comme celui de Zambie, on l'a évoqué, mais aussi du Zimbabwe, dénoncent des accords déséquilibrés. Je parle avec tous mes pays. Et je sens comment la Zambie et le Zimbabwe investissent. Je vais être très clair là-dessus : aucun partenariat international, aussi important soit-il, ne remplacera les réformes que nous devons mener nous-mêmes et ne remplacera la volonté d'augmenter les budgets de l'État. Ce sont des accords bilatéraux. Est-ce que ça ne remet pas en cause le principe d'équité de l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, par exemple, dans une réponse future à une pandémie ? Madame, aujourd'hui, nous avons les évidences avec les épidémies comme Mpox, avec Ebola, avec Marburg, que l'on ne peut jamais gérer un problème de santé global avec des accords gouvernement à gouvernement. Il faut avoir aussi une approche régionale et continentale puisqu'une épidémie n'a pas de frontières. Quel que soit le problème entre les deux pays, elle va traverser. Et voilà pourquoi nous avons commencé le dialogue avec le gouvernement américain pour leur dire : « Bilatéral, c'est bien, mais avec une approche régionale intégrée, ça c'est meilleur. » À lire aussiSanté: pourquoi certains pays africains refusent de signer un accord bilatéral d'aide avec les États-Unis

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