Du lundi au vendredi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'Etat ou rebelle, footballeur ou avocate... L'invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.

Une nouvelle stratégie des États-Unis vis-à-vis des pays de l'AES – l'Alliance des États du Sahel ? Nick Checker, haut responsable du bureau des affaires africaines du département d'État américain, s'est récemment rendu au Niger et au Burkina Faso, après un passage au Mali en février. Après des années de froid diplomatique sous l'administration Biden, Washington cherche à renouer le dialogue avec les juntes militaires au pouvoir soutenues par la Russie. S'agit-il d'un repositionnement américain ? Quels intérêts de part et d'autre ? Andrew Lebovich est chercheur américain à l'institut néerlandais Clingendael et spécialiste du Sahel. Depuis Washington, il est l'invité de Charlotte Idrac.

La cinquième édition du Salon du livre africain de Paris s'ouvre à Paris samedi 21 mars. 150 éditeurs et 400 auteurs africains et afro-descendants seront présents pour défendre une littérature et un écosystème littéraire en pleine croissance. Souleymane Gueye, éditeur jeunesse sénégalais, fondateur des éditions Saaraba, est le grand invité Afrique de RFI. RFI : On s'aperçoit que les gens lisent de moins en moins en France. Aux États-Unis, seuls 40 % des Américains lisent un livre chaque année. Est-ce le cas au Sénégal ? Constatez-vous de la part des Sénégalais un engouement pour la lecture ? Souleymane Gueye : Le Sénégal n'échappe malheureusement pas à ce phénomène qui est mondial, avec l'attractivité des écrans. Ce combat se traduit chez nous par la volonté de réussir à produire de la qualité et à organiser des activités autour du livre pour maintenir les gens attachés au format papier. Mais nous avons ces mêmes difficultés. Surtout dans un pays où la lecture a souvent été associée à la contrainte et à l'obligation de la lecture scolaire. Nous menons un combat pour que le plaisir de la lecture revienne au premier plan. La plaisir de la lecture se développe-t-il dans le public et notamment le jeune public sénégalais ? Je pars toujours du principe qu'avant de tirer des conclusions, il faut se poser la question. Que faisons-nous en faveur du livre ? Que faisons-nous pour que ce livre soit à la portée de tous, accessible aux populations et surtout qu'il ait un attrait ? Cela veut dire faire de beaux livres et les faire vivre. Il ne suffit pas de faire des livres, il faut des animations, que les auteurs puissent rencontrer le public, développer les bibliothèques, les clubs de lecture. Tous ces lieux, ces endroits où le livre peut être vivant, vont favoriser l'adoption de cette pratique. Le développement des bibliothèques est quelque chose d'important. Cela dépend souvent des politiques publiques. Existe-t-il une politique publique du livre au Sénégal ? Est-elle suffisante? Bien sûr, il y a une politique publique du livre, qui est portée par le ministère de la Culture via la direction du livre et de la promotion de la lecture. Elle œuvre notamment sur le réseau des Clac, les centres de lecture et d'animation culturelle, qui sont assez nombreux et permettent un maillage du territoire. On peut toujours estimer qu'il faut aller plus loin. Mais en tout cas, ils font déjà ce travail, qui est à saluer. Maintenant, il faut le compléter, l'État tout seul ne peut pas tout faire. Il faut que les initiatives privées viennent s'additionner en complément. Dans quelle langue lit-on au Sénégal ? Le jeune public lit-il toujours en français ou a-t-il accès désormais à des livres en wolof ? Le jeune public lit majoritairement en français aujourd'hui, mais le wolof – et les langues nationales de manière générale –, sont en train de se développer. Il y a une prise de conscience au niveau du grand public et aussi au niveau des institutions et des organisations, qu'il faut écrire et lire correctement le wolof. Depuis quelques années, les langues nationales ont été introduites dans le système scolaire en phase de test. Le combat désormais, c'est au delà du scolaire, de faire toute cette production qui va accompagner le reste de la vie. Parce qu'il ne suffit pas d'apprendre la langue à l'école, il faut en dehors, dans le cadre de la lecture-plaisir, avoir du contenu, de la production. Des maisons d'édition se sont spécialisées dans les livres bilingues en français – wolof, en français – pulaar. Nous sommes en train de sortir des imagiers pour les un à trois ans, Mes premiers mots en wolof. Il faut offrir au public de quoi adopter la lecture et faciliter la lecture dans les langues nationales. Les éditeurs font face à des équations économiques compliquées. Comment faites-vous concernant la question économique des intrants, le prix du papier, les frais de distribution? Est-ce une équation économiquement viable, aujourd'hui, au Sénégal ? C'est une équation compliquée. La distribution, c'est un problème. D'un côté, nous avons ceux qui produisent, qui sont les éditeurs. De l'autre, les libraires qui commercialisent. Entre les deux, il manque un pont qui est celui de la distribution, qui facilite la circulation des œuvres. Aujourd'hui, c'est quelque chose qui n'existe pas ou qui n'est pas développé comme en France. Les publications dont vous en avez parlé ont subi, sur tous les continents et dans tous les pays, le prix du papier, le prix du transport. Ce qui fait que l'impression locale est chère et ce qui implique aussi des prix de vente qui sont relativement chers et inaccessibles au public. Nous essayons de trouver des moyens de baisser les prix, dans le choix des ouvrages, dans les choix de fabrication. Faire un livre souple coûtera beaucoup moins cher qu'un livre cartonné. Nous réfléchissons à la manière dont le livre soit le moins cher possible et le plus accessible aux clients, mais en maintenant aussi cette équation, à savoir qu'il faut que cela reste économiquement viable aussi pour la maison d'édition. La maison d'édition Saaraba est adossé à un grand groupe – Editis, pour ne pas citer. Une petite maison d'édition qui s'associe à un grand groupe, un schéma que l'on connaît bien en France. Pour vous, c'était le chemin obligatoire pour réussir ? Dans le projet Editis, ce qui m'avait séduit – par rapport à d'autres projets de ce type –, c'est qu'ils avaient fait le pari de faire des livres adaptés au contexte africain, produits par une équipe locale. Souvent, ce qui se fait, ce sont des livres qui sont produits ici en France et qui sont exportés vers l'Afrique. On ne peut pas trouver mieux pour justement restituer les histoires qui vont vraiment parler au public cible. Être adossé à un grand groupe, ça permet beaucoup d'avantages. Cela permet de bénéficier d'une certaine expertise, des services supports qui sont en France. Lorsque nous rencontrons une difficulté, on sait qu'on peut se tourner vers d'autres personnes qui ont des années d'expérience. Il y a une expertise, un conseil, un accompagnement. Et, quoi que l'on puisse dire, il y a aussi une assise financière, une trésorerie qui permet d'aller beaucoup plus vite qu'on ne le ferait en étant seuls. Mais vous êtes indépendants sur le choix éditorial. Vous publiez les auteurs que vous avez envie de publier sans que la décision soit prise à Paris pour vous. Exactement. On est libre d'un point de vue éditorial. Le groupe nous fait entièrement confiance. Le cinquième salon du livre africain de Paris se déroule à la halle des Blancs-Manteaux du 20 au 22 mars 2026. À lire aussiLe Congolais Pascal Boroto, lauréat de la 5e édition du prix littéraire Voix d'Afriques

Le français est la quatrième langue la plus parlée dans le monde, selon le rapport de l'OIF publié à l'occasion de la journée mondiale de la francophonie ce vendredi 20 mars. D'après l'organisation - qui utilise une nouvelle méthode de comptage -, 396 millions de personnes le parlent dans le monde, dont 65% en Afrique. Et selon les tendances, à l'horizon 2050, neuf locuteurs sur dix vivront sur le continent africain. Le français, langue en recul, institutionnelle, dans l'ombre des algorithmes ? Pas pour Nimrod. Le poète, romancier et essayiste né au Tchad, qui vit et travaille en France, est l'invité de RFI. RFI : Pour commencer, est-ce qu'il y a un mot en particulier que vous aimez dans la langue française ? Nimrod : Le mot « douceur ». L'attaque « dou », c'est un peu sombre, comme fermé. Et ça s'ouvre à la fin « ceur », « douceur ». Il y a comme un petit cheminement très très subtil, très très délicat. Et écrire, c'est ça, c'est faire en sorte que les mots s'accordent. Est-ce que vous êtes fier d'écrire en français ? C'est une question qui tombe sous le sens. J'ai toujours estimé qu'on écrit une langue parce qu'on l'aime, parce qu'on en est vraiment passionné. C'est la plus grande maîtresse qu'on aurait jamais. Je pourrais même dire que c'est ma première langue, alors que c'est une langue apprise à partir de l'âge de six ans. Mais ça a fait toute ma vie parce que tout ce que je peux dire de subtil, de plus secret, de plus grand, dans cette langue-là, je peux assurer mon identité. Vous avez déjà dit par le passé que c'est votre passeport cette langue française ? Oui, mais oui ! Et la francophonie alors ? Est-ce que ça a un sens pour vous ? Senghor disait : On parle de francophone, mais on ne parle pas d' « anglophonie ». Il dit que la francophonie, « c'est le français tel qu'il se parle dans le monde ». « Le français, Soleil », et il écrit soleil avec grand S, « qui brille hors de l'Hexagone ». Dans cette phrase, il y a vraiment tout. D'une certaine manière, il dépossède la France et il ne reconnaît le français que pour nous autres périphériques. Et donc la francophonie, oui, très bien, mais personne ne parle le francophone. Il y a un français tchadien, un français camerounais, un français sénégalais, mais c'est toujours le français. Ce n'est pas le francophone. Comment est-ce que vous percevez dans votre pays natal, le Tchad, le recul du français ou du français tchadien, comme vous venez de le dire, au profit de l'arabe de langue maternelle ? Je crains que ce soient des choses vraiment idéologiques, pour ne parler que du Tchad. De mon temps, dans les années 1980, avec la guerre, le français était à un bon niveau et l'école aussi était à un bon niveau. Aujourd'hui, c'est complètement catastrophique. Tout est déstructuré. On parle l'arabe, mais qui parle l'arabe ? Nous parlons un dialecte. C'est vrai, nous adorons notre arabe tchadien qui est une variante de l'arabe soudanais, mais ce n'est pas le grand arabe, l'arabe littéraire, l'arabe du Coran. Non, non, le français diminue parce que l'école est très très mauvaise. L'université est très très mauvaise. Et si nous voulons que nos langues deviennent « concurrentielles » – c'est d'ailleurs un très mauvais mot – ou du moins collaborent à d'autres grandes langues impériales, mais il faudra s'en donner les moyens. Et d'ailleurs, si le français ne tient pas la route, ça vient de quoi ? Ça vient de ce qu'il n'y a pas des industries culturelles qui vont avec. J'aurais bien voulu écrire dans ma langue maternelle. Mais si je l'écris, surtout que je viens d'un peuple de 15 000 âmes sur les 20 millions de Tchadiens... Purée ! Dans son dernier rapport, l'OIF, l'Organisation de la Francophonie, indique que la francophonie se trouve à un tournant stratégique de son histoire et indique que la survie d'une langue passe désormais aussi par son adaptation aux algorithmes. Sachant que très peu de contenus en ligne sont en français, 3,5 % selon l'OIF, c'est un enjeu. Y a-t-il vraiment une question de survie, selon vous ? Pas du tout. Ceux qui nous parlent d'algorithme, ils voient leur économie tout simplement. Ce n'est pas parce que nos référencements ne dépassent pas 3 % que ça nous enlève quelque existence que ce soit. Ça fait plus de 40 ans que je vis en exil, mais quand je reviens au Tchad, c'est toujours cette diversité qui s'embrasse, qui se traduit entre elle, qui « mouvoit ». Qui a jamais référencé tout cela ? Personne. Ce sont des idéologies économiques. Mais l'économie réelle, elle se fait ailleurs.

Au Congo-Brazzaville, la Cour constitutionnelle doit désormais confirmer les résultats annoncés par les autorités : Denis Sassou-Nguesso a été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle organisée le 15 mars 2026. Le président sortant est crédité de près de 95% des voix, avec une participation de plus de 84%. Des résultats « qui ne reflètent pas la réalité » selon la plateforme de la société civile Capged, qui avait déployé des observateurs dans les bureaux de vote. Son porte-parole, Bertrand Menier Kounianga, est l'invité de Charlotte Idrac. RFI : Vous parlez d'une « élection Nintendo ». Qu'est-ce que ça veut dire ? Bertrand Menier Kounianga : Une « élection Nintendo », c'est une élection qui a été manipulée de bout au bout par la personne qui a tenu les manettes. Des opérations préparatoires jusqu'au vote, nous avons observé que rien n'était crédible. Et rien ne pouvait rassurer les populations. Cette élection a été marquée par une coupure totale des communications le jour du vote. Internet et téléphone. Qu'est-ce que ça a entrainé comme difficultés pour les électeurs, les candidats et les observateurs ? Pour les candidats, ça a été quand même une affaire très grave parce que ça les a empêchés de coordonner les opérations avec les équipes qui étaient sur place. Et ça a eu pour incidence que la quasi-totalité des candidats de l'opposition n'avaient presque pas d'observateurs ou de délégués dans les bureaux. Maintenant, pour nous, les électeurs, c'était très grave parce que, en même temps que le vote se déroule, nous avons des communications à passer avec nos parents et nous avons observé des cas de maladie, des gens qui sont tombés malades, ils n'ont pas pu appeler l'ambulance et c'est inadmissible. Les associations citoyennes du Capged, avaient déployé des observateurs dans 49 centres de vote de la capitale, Brazzaville. Sur le déroulement des opérations de vote, quels sont les principaux constats qui ressortent des observations sur le terrain ? La majorité des candidats, en dehors du président de la République, n'avaient pas de représentants dans les bureaux de vote. Et la deuxième chose, c'est que les bureaux de vote ont, dans la quasi-totalité, ouvert en retard et fermé plus tôt que prévu. Et nous avons constaté qu'il n'y avait pas d'engouement. Dans plusieurs bureaux, nous avons observé que les gens n'étaient pas motivés. D'ailleurs, le jour de la publication des résultats, il n'y a pas eu une liesse dans la ville, alors que le président de la République a fait un plébiscite. Les autorités ont pourtant annoncé un taux de participation de plus de 84 %. Qu'est-ce que ça vous inspire ? Les taux publiés par les autorités ne traduisent pas ou ne reflètent pas la réalité sur le terrain. Parce que la plupart des médias ou encore des témoins qui étaient sur le terrain vous diront qu'il n'y avait pas d'engouement. Et le taux de participation, tel que nous l'avons vu, ne pouvait pas dépasser 10 %. Cette participation qui est impossible à chiffrer de manière indépendante en raison justement de la coupure des communications… Sur les autres constats, qu'est-ce que vous avez pu observer ? Il y a une problématique de vote multiple, c'est ça ? Oui, il y a une problématique de vote multiple et dans certains bureaux de vote, il nous a été reporté que des militaires qui avaient voté le 12 ont encore voté dans certains bureaux de vote. Et puis les agents publics qui étaient chargés de distribuer les cartes d'électeurs ont fait la rétention de ces cartes. Et ces cartes se sont retrouvées dans les QG du candidat de la majorité. Et le jour du vote, des personnes venaient voter à la place des autres. Et ça fait des doublons. Et ces actes se sont répétés. Il y a eu des bourrages des urnes dans certains centres, nous avons pu les documenter. Et sur la surveillance du dépouillement après les opérations de vote, qu'est-ce que vous avez constaté ? Nous avons constaté qu'il y a eu des bureaux où le dépouillement ne s'est pas effectué sur place. Après la clôture de vote, les agents de l'ordre et les agents de l'administration ont pris les urnes et les ont emportées. Et ça, ça ne peut pas rassurer. Pourquoi ? Parce que ces urnes peuvent être bourrées là où ils sont partis. Et puis notamment, toujours sur le dépouillement, dans beaucoup de centres de vote que nous avons observé, les résultats n'ont pas été publiés. Ce sont des irrégularités graves parce que, à ce moment-là, on se contentera simplement des résultats publiés par les autorités alors que les gens devraient avoir des preuves. Quels sont les points positifs à retenir sur l'organisation de ce scrutin ? Le scrutin s'est déroulé en tout cas sans incident, dans la tranquillité. Par rapport aux autres élections, nous n'avons pas pu documenter des cas de brutalités. Le Capged, dans son communiqué, indique que l'élection n'a été « ni juste, ni équitable, ni transparente ». Est-ce qu'il y aura une suite après cette conclusion ? Nous allons demander un dialogue. Parce que lorsque les autorités sont élues à l'issue d'une élection qui n'est ni crédible ni transparente, ces autorités ne peuvent pas avoir de légitimité. Et donc nous allons demander pendant tout le mandat de convoquer le dialogue. Et pourquoi pas aller vers une transition…

Ce n'est plus le Sénégal mais le Maroc qui remporte la Coupe d'Afrique des nations de football 2025. Le jury d'appel de la Confédération africaine de football, qui s'est réuni le mardi 17 mars, a décidé de conforter l'appel introduit par la Fédération marocaine de football après la finale perdue 1-0 à Rabat contre les Lions de la Teranga. Pour rappel, les Sénégalais avaient quitté le terrain pendant plusieurs minutes, à la suite d'une décision arbitrale. Hervé Penot, journaliste à L'Équipe et spécialiste du football africain, revient sur cette décision du jury d'appel de la CAF. Il répond aux questions de Sophiane Amazian. RFI : On l'a appris hier, le jury d'appel de la Confédération africaine de football a décidé de retirer la victoire du Sénégal lors de la finale de la dernière CAN et de donner la victoire à la sélection marocaine sur tapis vert. Victoire 3-0 des Marocains qui remportent donc la Coupe d'Afrique des nations à domicile. Êtes-vous surpris par cette décision du jury d'appel ? Hervé Penot : Ah, surpris, c'est le moins qu'on puisse dire ! Là, c'est un véritable séisme pour le football africain. Vous vous rendez compte que c'est la première fois qu'on voit ça ? Qu'une finale de ce calibre-là a un résultat qui est inversé ! Ça paraît assez invraisemblable. En revanche, il y a la surprise, l'effet de stupéfaction, mais d'un autre côté, on sait que se tramaient depuis des semaines, depuis la fin de cette finale, plein de tractations en coulisses pour justement essayer d'inverser le résultat. Car il faut bien comprendre que les Marocains, depuis cette finale perdue et la manière dont ils l'ont perdue, ont en tête de pouvoir remporter la CAN sur tapis vert. Parce qu'ils se disent que la manière dont les Sénégalais ont quitté le terrain n'était pas normale. C'est peut-être ça qui a fait que Brahim Diaz qui rappelons le, a eu un penalty en fin de match, l'a raté. C'est peut-être lié à ce manque de concentration, à tout ce qui s'était passé. Et surtout pour eux, ça fait partie du règlement. À partir du moment où une équipe est sortie du terrain, elle n'avait pas la possibilité de revenir et donc ils devaient gagner sur tapis vert. Même si aujourd'hui vous retrouvez le Maroc contre le reste de l'Afrique - parce que tout le monde va être un petit peu scandalisé par cette décision - d'une certaine manière, ce n'est pas leur problème. Eux ce qu'ils voulaient, c'était récupérer ce qu'ils considéraient être comme un bien. Est-ce que la temporalité de cette décision du jury d'appel vous interpelle ? Oui et non. Elle n'interpelle pas parce que de toute façon, il fallait qu'il y ait déjà une première décision. Après, ils ont fait appel de cette décision et les Sénégalais feront appel évidemment devant le TAS [le Tribunal arbitral du sport, NDLR], ils ne peuvent pas laisser ça comme ça. Donc ça a suivi un chemin « normal ». Mais ce qu'il faut savoir en revanche, c'est qu'il y a eu des pressions très fortes [...] sur la CAF dans son ensemble, notamment via la CAN féminine. [Celle-ci] devait se dérouler au Maroc et, au dernier moment, a été décalée car du côté des Marocains, on a mis une pression très forte pour qu'elle ne soit pas ailleurs, qu'elle reste peut-être chez eux en attendant les décisions du jury d'appel et éventuellement du TAS... Vous vous rendez compte, d'une certaine manière, cette CAN féminine a été prise en otage pour ces décisions là. C'est assez incroyable. À lire aussiCAN 2025: «Infondée en droit, arbitraire et disproportionnée», le Sénégal conteste la décision de la CAF Vous parliez il y a quelques instants de possibilité de recours au Tribunal arbitral du sport. Est-ce que d'ores et déjà, on est en train de travailler du côté de la Fédération sénégalaise pour trouver des solutions et retrouver ce trophée ? Évidemment. Il y a d'abord l'effet de sidération, parce que personne ne s'attendait à ça. Ça a pris un peu tout le monde de court. Maintenant, dès qu'ils vont recevoir une notification de la sanction, ils vont faire appel devant le TAS. Ils ont 21 jours pour pouvoir le faire. Ainsi, d'une certaine manière, on saura quel est le vainqueur de la CAN que dans quelques temps. Le TAS, c'est la dernière juridiction sportive. Je ne sais pas si après vous pouvez aller encore plus loin, puisque de toute façon, du côté du Sénégal, il n'est pas question de rester les bras croisés. Est-ce que cette décision peut écorner l'image de la Coupe d'Afrique des nations et plus globalement du football africain ? Oui, d'une certaine manière, ça écorne l'image du football africain : que vont dire les personnes qui ne suivent pas d'habitude cette compétition ? Au départ, elle était très bien organisée, ça se passait très bien, mais quand on voit une finale dans un tel chaos et un vainqueur qui n'est toujours pas décidé plusieurs mois après la fin de la compétition, le résumé classique, ça va être : « en Afrique, c'est toujours un peu différent. » Non, en Afrique ce n'est pas différent. En Afrique, il y a des règles et elles devraient être respectées par tout le monde de la même manière. Malheureusement, aujourd'hui, l'image du football africain va être entachée parce qu'une nouvelle fois, on va trouver des choses à redire sur une épreuve qui était magnifique, qui avait un très beau vainqueur - une des plus belles CAN depuis très longtemps en termes de jeu et de qualité de jeu. Au final, on va se souvenir d'une chose, c'est de la polémique qu'a engendré cette finale et maintenant des sanctions qui sont absolument incroyables et qui provoquent un séisme. À lire aussiCAN 2025: premières réactions au Maroc après l'annonce de la victoire des Lions de l'Atlas sur tapis vert

Une parabole blanche qui permet de se connecter n'importe où : au Sahel, les groupes armés utilisent de plus en plus le système internet satellitaire Starlink, d'Elon Musk, dans des zones non couvertes par le réseau classique. Un véritable trafic s'est organisé, selon Fiacre Vidjingninou, chercheur associé à l'institut Egmont de Bruxelles. Un défi pour les gouvernements et armées de la région. Il est l'invité du jour. RFI : Comment ça fonctionne un kit Starlink et combien ça coûte ? Fiacre Vidjingninou : C'est très simple. Un kit Starlink, c'est une antenne que vous reliez à un émetteur de signal wifi. Vous le déployez et puis c'est parti sur une zone dégagée. Vous avez la connexion à peu près dans les cinq minutes qui suivent. En Afrique de l'Ouest, en tout cas, pour ce que je sais, au Bénin, au Niger, c'est entre 350 et 400 000 francs CFA, environ 600 €. À quelles fins les groupes armés en particulier utilisent-ils cette technologie ? Pour ce qu'on a pu documenter, essentiellement, ils essaient d'échapper aux circuits de suivi des communications mis en place dans les pays par les forces loyalistes qui essaient de contrôler, par différents systèmes de décryptage de communications, les appels ou via les messageries, même dites cryptées. Et donc ça permet à ces groupes de faire de la coordination, de la communication interne, de la propagande également ? C'est utilisé à toutes ces fins là que vous venez de citer. Vous pouvez alors communiquer entre les différentes équipes sur le terrain. Déjà en juin 2025, on l'a documenté avec le Jnim et l'EIGS au Mali, qui ont fait des offensives coordonnées sur trois fronts simultanés près du camp de Boulkessi, l'assaut de Tombouctou et l'assaut de l'aéroport. La coordination des équipes n'a été possible que grâce au système de communication par messagerie cryptée. Après, de n'importe où, ils peuvent envoyer des vidéos sur leurs différents sites grâce toujours à cette connexion. Vous avez cité le Jnim, l'EIGS… Comment ces groupes se procurent-ils ces kits Starlink ? Comment ça circule ? Le plus gros du lot des kits Starlink qui sont vendus aujourd'hui dans le Sahel, ça vient du Nigeria. Il y a les douaniers, il y a les policiers ici et là, on leur glisse quelques billets de banque et c'est cela qu'ils vendent après, à 400 000 francs CFA. Mais le gros du business, en réalité, c'est après avoir vendu le kit. Il y a la connexion tous les mois qu'il faut payer, l'abonnement…. C'est ça le vrai business. Concrètement, ça veut dire que les trafiquants contrôlent la connexion et « facturent » leurs clients ? Voilà, c'est-à-dire qu'ils ont des cartes bancaires pour faire les abonnements et c'est ça qu'ils vendent. Au lieu par exemple de 30 000 francs CFA une connexion, ils peuvent vendre soit à 60 000, soit à 80 000. Et en face, alors, que peuvent faire les États, les armées nationales, voire la Cédéao ? Alors malheureusement, rien sur la connexion via satellite. C'est très compliqué de pouvoir faire des interceptions de signal si ce n'est de collaborer avec Starlink, si SpaceX leur permet de couper par zone. Ce qui quand même fait sourire, c'est que les pays du Sahel ont tout le temps crié « indépendance, indépendance » et aujourd'hui, ils sont face à une situation qui les oblige à parler avec les Américains, éventuellement pour trouver des solutions à cette histoire. Plusieurs pays africains ont autorisé le déploiement de Starlink sur leur territoire. Il y a par exemple le Mali, le Niger, le Tchad également. Qu'est-ce que ça change ? Est-ce que cette légalisation permet d'atténuer l'utilisation du système par des groupes jihadistes par exemple ? Je peux vous dire que, même quand le Bénin n'avait pas autorisé, il suffisait de de se localiser au Nigeria par exemple pour avoir une connexion. Le fait de légaliser l'utilisation de Starlink dans un pays ne permet pas, en tant que tel, de contrôler ce qui est transmis ou ce qui est reçu. Pas du tout. Et Starlink est devenu sans le vouloir un acteur de ce conflit-là. Et quels scénarii vous imaginez pour les années à venir ? Est-ce qu'on se dirige vers plus de régulation, une surutilisation accrue de cette technologie avec de possibles alternatives à Starlink comme la constellation du groupe Amazon ? Il y aura beaucoup plus d'offres très prochainement avec cette nouvelle constellation proposée par Amazon. Qui dit beaucoup plus d'offres : les coûts vont sûrement baisser et il y aura une plus forte utilisation. Et du côté de la lutte contre le jihadisme, il va falloir réfléchir à trouver des solutions par rapport au contrôle de ce qui est envoyé et ce qui est reçu. À lire aussiStarlink en Afrique: Airtel Africa s'associe à la société d'Elon Musk pour connecter les mobiles au satellite

Au Tigré, au nord de l'Éthiopie, le climat est toujours plus tendu entre le TPLF, le Front de Libération du peuple du Tigré, la force politico-militaire la plus importante au Tigré et le gouvernement fédéral éthiopien. Les déclarations agressives se multiplient dans les deux camps qui s'accusent mutuellement de vouloir une nouvelle guerre. Le TPLF reproche au gouvernement de ne pas avoir appliqué les accords de paix de Pretoria signés en novembre 2022, qui ont mis fin au conflit de deux ans entre les deux parties. De son côté, le gouvernement reproche au TPLF de s'allier à l'Érythrée. En janvier, des combats ont opposé les troupes fédérales aux forces tigréennes dans la région, une première inquiétante depuis la fin de la guerre. Les habitants fuient en nombre la région de peur d'un nouveau conflit. Sabine Planel est chargée de recherche à l'IRD, l'Institut de recherche pour le développement, elle répond aux questions de Clothilde Hazard. À lire aussiRegain de tensions au Tigré: «Nous ne voulons pas la guerre», assure le Premier ministre éthiopien

Aujourd'hui, 14 mars, c'est la Journée internationale des mathématiques. La date n'a pas été choisie au hasard : 3,14 est une approximation du nombre Pi, l'un des nombres les plus célèbres en mathématiques. Le 14 mars est aussi la date de naissance du grand physicien Albert Einstein, né en 1879. Pour le mathématicien RD Congolais Jonathan Mboyo Esole, les mathématiques sont essentielles pour l'avenir scientifique et économique de l'Afrique. Il est l'invité de Christina Okello. À lire aussiUn prix pour les mathématiciens africains: «Nous ne pouvons plus être des esclaves académiques»

Il y a dix ans, la station balnéaire de Grand Bassam, située à une cinquantaine de kilomètres d'Abidjan, était ébranlée par une attaque terroriste. Ce jour-là, trois hommes armés ont ouvert le feu sur la plage tuant 19 personnes et blessant 33 autres. Comment le pays a-t-il tiré les leçons de cette attaque ? Pourquoi depuis 2021, la Côte d'Ivoire n'a-t-elle pas connu d'autre attaque de cette ampleur ? Le grand invité Afrique est William Assanvo, chercheur principal à l'Institut d'études et de Sécurité. Il répond aux questions de Bineta Diagne. RFI : William Assanvo, dix ans après l'attentat qui a touché Grand-Bassam, qu'est-ce qui a changé sur le plan sécuritaire en Côte d'Ivoire ? William Assanvo : Il y a eu un certain nombre de mesures qui ont été apportées, des mesures d'un point de vue légal, avec des ajustements apportés à la loi de lutte contre le terrorisme. En termes aussi de lutte contre le financement du terrorisme, il y a des efforts qui ont été initiés. Il y a eu la judiciarisation de cette menace avec le procès de l'attentat de Grand-Bassam. Il y a aussi, bien entendu, du point de vue de la réponse militaire et sécuritaire, des efforts qui ont été fournis pour renforcer le dispositif militaire et sécuritaire dans le nord du pays. Il y a eu aussi des mesures socio-économiques qui ont été apportées pour réduire les fragilités des populations face aux risques d'association avec ces groupes. Comment expliquez-vous le fait que, par rapport aux autres pays côtiers, la Côte d'Ivoire soit plus ou moins épargnée des attaques actuellement ? Je pense que c'est en partie dû à l'efficacité des différentes mesures qui ont été apportées. Donc, les mesures que j'évoquais précédemment : militaires, sécuritaires, socio-économiques. Il y a aussi le fait que les groupes terroristes n'ont pas forcément pour objectif d'ouvrir des fronts partout. Il y a une stratégie des groupes de pouvoir sans doute faire profil bas. Et donc, de ce point de vue, c'est aussi un élément à prendre en compte. Est-ce qu'on peut émettre l'hypothèse que la menace, finalement, même si on ne la voit pas, elle a changé de forme ? On ne peut pas l'exclure parce que, généralement, avant les attaques, il y a souvent une présence des groupes qui se manifestent d'une manière ou d'une autre et qui poursuivent des objectifs qui peuvent être par exemple, d'établir des zones refuges ou alors des zones où ils peuvent générer des ressources, des ressources financières, ou bien recruter. Donc, généralement, en parallèle des attaques, il y a ce type d'action des groupes qui sont menées. Et après, en l'absence d'attaques, on peut aussi ne pas exclure le fait que la menace ait changé de forme. J'ai déjà évoqué les incursions qui sont souvent rapportées. Donc, ça aussi, c'est une manifestation de la menace qu'il ne faut pas aussi négliger. Un des maillons de la lutte contre le terrorisme, ce sont aussi les populations locales. Est-ce qu'aujourd'hui vous avez l'impression que les populations sont suffisamment outillées, sensibilisées, éveillées, par rapport à tous les « signaux faibles », qui peuvent conduire à penser qu'on est face à des groupes extrémistes armés ? Il y a eu effectivement des actions de sensibilisation qui ont été menées dans le nord de la Côte d'Ivoire par rapport à cette menace, par rapport à la nécessité d'être vigilant, par rapport à la nécessité de pouvoir attirer l'attention des autorités lorsque les populations observent des individus qu'elles n'ont pas l'habitude de rencontrer ou des attitudes. Donc, de ce point de vue, il y a des efforts qui ont été menés, mais je crois qu'il est toujours nécessaire de continuer à poursuivre ce travail de sensibilisation. Parce que, aussi, en face, ce sont des groupes qui adaptent également leur mode opératoire à la réponse. Donc, il faut toujours conserver de la vigilance. On a assisté l'année dernière à la condamnation définitive de quatre personnes dans le cadre du procès contre les attentats de Grand-Bassam. Il y a actuellement le procès des attaques de Kafolo. Est-ce que la judiciarisation de ces attaques contribue également à la lutte contre le terrorisme ? Bien entendu, il y a une dimension dissuasive, mais c'est aussi un message à l'endroit des populations et à l'endroit de ceux qui seraient tentés de pouvoir s'engager dans ces activités, de leur montrer que, derrière, ils devront répondre de leurs actes. Et puis, généralement aussi, les procès donnent lieu, bien entendu, à des investigations qui permettent de comprendre un peu aussi les modes opératoires, d'identifier les vulnérabilités, les fragilités, justement au niveau des sociétés que ces groupes peuvent exploiter pour pouvoir s'implanter, pour pouvoir opérer, mener les activités, recruter également. Donc, c'est aussi de ce point de vue important d'avoir ces différents processus judiciaires pour pouvoir apporter des éclaircissements sur la nature de la menace et comment est-ce qu'elle fonctionne. À lire aussiProcès de l'attentat de Grand-Bassam: la cour d'appel confirme la condamnation à vie pour 4 accusés

Au Congo-Brazzaville, les militaires votent aujourd'hui, jeudi 12 mars, par anticipation pour l'élection présidentielle. Les autres citoyens ont rendez-vous aux urnes ce dimanche 15 mars. Le président Denis Sassou Nguesso est en lice, après plus de 40 années cumulées au pouvoir. En face, six autres candidats. Mais pas de poids lourds de l'opposition, éclatée et muselée. Quels sont les enjeux de ce scrutin et que disent-ils de la vie politique congolaise ? Etanislas Ngodi est enseignant-chercheur à l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville. Il est l'invité de Charlotte Idrac.

Vers un audit du « contrat siècle » entre la République démocratique du Congo et la Chine. Cet accord économique majeur, signé en 2008 sous la présidence de Joseph Kabila avec un consortium d'entreprises chinoises, repose sur un échange « ressources contre infrastructures » : le financement et la construction d'infrastructures (routes, voies ferrées, hôpitaux…) en échange d'un accès privilégié aux ressources minières congolaises. Un partenariat critiqué par plusieurs organisations de la société civile pour son déséquilibre et son opacité. Que peut-on attendre de cet audit ? Et pourquoi maintenant ? Elisabeth Caesens est la directrice exécutive de l'ONG Resource Matters qui plaide pour une meilleure répartition des richesses minières en RDC. Depuis Bruxelles, elle répond aux questions de Charlotte Idrac. RFI : Est-ce que l'annonce de cet audit vous surprend et son timing également ? Elisabeth Caesens : L'annonce nous surprend un peu parce que cet accord a été déjà renégocié il y a à peine deux ans. Et donc en fait, cet audit, on l'avait attendu avant cette renégociation initiale. Donc elle nous surprend un petit peu dans ce sens où on annonce en fait maintenant une potentielle nouvelle renégociation, alors que la précédente date d'il y a deux ans. Et a priori, cet audit couvrirait tous les aspects, mines, infrastructures, fiscalité. Quelles sont vos attentes ? Alors nous, si l'audit est bien fait et va jusqu'au fond, nous on s'attend à beaucoup d'évidence en fait, de détournement de fonds ou bien des projets surfacturés au moins, avec des routes qui ont coûté beaucoup plus cher que ce qu'elles n'auraient dû coûter et donc éventuellement un redressement à ce niveau-là. Pour l'instant, il n'y a pas encore eu de promesses que les résultats de l'audit seraient publiés, mais en tout cas, c'est une bonne nouvelle au moins que l'audit soit lancé. Vous l'évoquiez, tout à l'heure, il y avait eu une importante révision de cet accord en mars 2024 par le président Tshisekedi, en principe au bénéfice de Kinshasa. Quel bilan vous faites de cette révision de l'époque ? Alors, elle était pour notre part vraiment très, très décevante. C'était sûr qu'une révision devait être faite depuis très longtemps. Les promesses que cet accord apportait à l'époque, en 2008, étaient très importantes, on attendait des milliards de dollars d'infrastructures et en fait, en réalité, très peu a été décaissé. À lire aussiRDC: un audit du «contrat du siècle» relance le débat sur cet accord signé avec des groupes chinois en 2008 Est-ce qu'on peut chiffrer justement les résultats ? Oui. Alors on s'attendait à des prêts de 3 milliards de dollars pour des infrastructures et au bout de plus de quinze ans de travaux ou de projets, moins d'un milliard avait été décaissé. Donc, c'était extrêmement décevant pour la partie congolaise. Et en plus, la qualité des infrastructures n'était pas toujours au rendez-vous. On espérait en fait que tout cela serait corrigé, mais en fait, cela n'a pas été complètement réglé. Les paiements auxquels le Congo a droit maintenant sont 100 % dépendant du cours du cuivre. Donc en gros, si le cuivre atteint un tel montant sur le marché international, le Congo recevra autant. Le premier grand problème, c'est que le montant que le Congo recevra ne dépend pas du tout de combien les Chinois exportent. Donc imaginez-vous que vous exportez 100 000 tonnes de cuivre, ou 400 000 tonnes de cuivre, vous allez payer la même chose. C'est un peu comme si un boulanger, s'il vend 500 pains ou 1000 pains, il paye les mêmes taxes. C'est un peu aberrant. Et puis le deuxième grand problème, c'est que, que le cours du cuivre soit à 8000 ou à 11 000, la partie chinoise paye la même chose. Donc imaginez toute la marge bénéficiaire qui se rajoute au-delà de 8000, c'est en fait pour l'investisseur, le Congo ne touche rien. Et nous on a fait des calculs, déjà rien que pour la première année de mise en œuvre de ce nouveau contrat, donc 2024, le Congo a perdu ainsi plus de 100 millions de dollars rien qu'à cause de cette clause qui dit que, que le cours soit à 8000 ou à 11 000, on paye la même chose. Dans quelle mesure cet audit annoncé entre, selon vous, dans le cadre d'une rivalité entre les États-Unis et la Chine ? Alors ça, ce n'est pas très clair. Comme je le disais, l'accord a déjà été renégocié entre 2022 et 2024. Et à cette époque-là, c'est clair que cette renégociation entrait quelque part dans une rivalité avec les États-Unis. Le président Tshisekedi voulait apparaître comme mettant la pression sur les partenaires chinois que l'ancien président Kabila avait accueilli au Congo, et il voulait voir en fait qu'il était quelque part dur avec les Chinois. Maintenant que ça a mené à un avenant négocié déjà, on se demande est-ce que c'est toujours cette rivalité qui joue ? C'est aussi possible qu'autre chose joue, c'est-à-dire le cours du cuivre est extrêmement élevé aujourd'hui et peut-être que la partie congolaise se dit il y a moyen d'attirer plus du jeu que ce que nous avons finalement négocié en 2024. Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que lors des précédentes négociations, quelque chose qui nous a aussi vraiment choqué, c'est qu'on a découvert que la partie chinoise a fini par payer des jetons de présence, ce qu'on appelle en fait des primes de négociation à tous les acteurs qui étaient impliqués du côté congolais. Donc en fait, la partie chinoise a couvert les frais de négociation de la partie adverse, ce qui constitue en fait un conflit d'intérêts assez gigantesque. Est-ce que maintenant on se dit qu'il faut retourner à cette table de négociation dans l'espoir de toucher à nouveau des primes de négociation ? On espère vraiment que non. C'est pour ça aussi d'ailleurs que « Le Congo n'est pas à vendre » demande à ce que les frais des parties congolaises qui sont en train de faire cet audit, et puis surtout d'éventuellement renégocier une nouvelle fois l'accord, soient payés par le Trésor public congolais. Et dans cette révision, en mars 2024, il y a un point qui reste en suspens pour vous, ce sont les exemptions fiscales pour la Sicomines, le conglomérat Sino-congolais ? Il y a deux gros problèmes avec le projet Sicomines. Le premier problème, c'est combien la Sicomines paye à l'État congolais. Et le deuxième problème, c'est comment l'État congolais, par la suite, dépense l'argent reçu. Et en fait, les deux sont problématiques. L'État congolais ne touche pas assez de recettes dans ce projet. Et le deuxième problème, c'est que le peu d'argent qui est touché est dépensé de manière opaque. Et c'est surtout ce deuxième aspect que l'audit va essayer de vérifier. À lire aussiRDC: le «contrat du siècle» avec les entreprises chinoises modifié pour rééquilibrer les profits

Au onzième jour de la guerre au Moyen-Orient, les prix du pétrole ont flambé hier, lundi 9 mars, au-dessus des 100 dollars le baril. Quelles peuvent être les conséquences du conflit dans les pays africains ? Quels secteurs sont en première ligne ? Faut-il craindre un choc économique ? L'économiste bissau-guinéen Carlos Lopes a été le secrétaire exécutif de la Commission économique de l'ONU pour l'Afrique. Aujourd'hui, il enseigne à l'université du Cap, en Afrique du Sud. Il répond aux questions de Charlotte Idrac. RFI : Quel est l'impact de la hausse du prix du pétrole sur les économies africaines à ce stade ? Concrètement, est-ce que les prix à la pompe ont augmenté ? Est-ce qu'il y a des conséquences pour les industries, les transports ou les centrales électriques ? Carlos Lopes : D'abord, il y a la conséquence des prix pour les importations qu'on va faire dans l'avenir immédiat. On peut s'imaginer que les prix vont continuer à grimper. Un certain nombre de pays n'ont pas de réserves suffisantes pour pouvoir faire face aux difficultés logistiques qu'on va avoir, avec toute la demande qui est désorganisée, soit elle passait du point de vue de raffinage par les pays du Golfe, soit elle émanait des pays du Golfe. Donc, nous avons tout un tas de difficultés avec les assurances. Les transports maritimes sont dans une réorganisation complète. Toutes ces conséquences qui auront bien sûr un reflet dans le prix, dans les pompes. Mais nous avons aussi deux autres difficultés logistiques énormes, c'est-à-dire les exportations africaines qui passaient par le Golfe, notamment de l'or qui était en train d'aider pas mal de pays africains et se fait normalement en voie aérienne. Donc, il y a beaucoup de perturbations dans le trafic aérien. Il y a aussi un certain nombre de minerais qui passaient pour raffinage dans les pays du Golfe. Donc on aura des problèmes de trésorerie dans ces pays. Et nous avons aussi les fertilisants : Un certain nombre de fertilisants qui sont utilisés en Afrique viennent du Golfe. Et maintenant que le détroit d'Ormuz est pratiquement fermé, (donc) on aura des perturbations aussi dans les campagnes agricoles. Tout cela va augmenter l'inflation, va faire dégringoler la valeur des monnaies africaines, va nous amener à une situation, à mon avis, bien plus difficile que celle que nous avons connue pendant le début de la guerre en Ukraine. Nous sommes là dans un mécanisme qui peut être très coûteux pour l'Afrique, parce que dans les cinq dernières années, la plupart des investissements de grande importance étaient en provenance des pays du Golfe, notamment des Emirats arabes unis en particulier. Et donc tout cela va être extrêmement perturbé. Mais pour les pays qui disposent de réserves importantes comme le Nigeria ou l'Angola, pour les pays producteurs de pétrole, est-ce que la situation peut être à l'inverse perçue comme une opportunité ? Bien sûr que la montée des prix du pétrole va aider un certain nombre de pays producteurs. Mais à mon avis, ces pays vont souffrir beaucoup plus de l'importation d'inflation et d'autres difficultés, notamment logistiques, et donc les gains éventuels ne seront pas suffisants pour compenser les pertes. Sur la logistique, justement, la réorganisation du trafic maritime passe notamment par un contournement de l'Afrique par le Cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud. Est-ce que ça pourrait être favorable aux ports africains selon vous ? Théoriquement oui, mais disons, le grand avantage, c'est qu'ils puissent se ravitailler et notamment se ravitailler en combustible. Bien sûr, il y aura un apport en termes de demande, mais cette demande, elle sera quand même assez conditionnée sur des facteurs logistiques qui ne sont pas complètement maîtrisés par les ports africains. Par exemple, en Afrique du Sud, on avait déjà des problèmes de ravitaillement en combustible avec le trafic tel qu'il était. Il y a des pays comme la Namibie qui sont, disons, mieux organisés pour pouvoir bénéficier, par exemple, du contournement du cap de Bonne-Espérance. Nous avons des pays comme le Kenya qui peuvent éventuellement aussi bénéficier, avec le port de Mombasa. Djibouti certainement est bien préparé pour pouvoir absorber une partie du trafic. Mais il y a beaucoup de pays qui n'ont pas, disons, l'élasticité logistique pour pouvoir profiter de ces ravitaillements. À plus long terme, cette crise peut-elle être aussi un signal pour certains États, pour accélérer des décisions et des investissements, pour mieux faire face aux chocs énergétiques mondiaux ? Tout à fait. Et politiquement, il y a déjà une volonté de changer un peu la donne. Et donc maintenant, il va falloir accélérer parce que, avec tout ce qui est en train de se passer dans le monde de l'aide au développement, il y a une réalisation que l'Afrique doit s'occuper elle-même de ses problèmes, beaucoup plus que compter sur d'autres qui effectivement ont des priorités qui deviennent de plus en plus complexes vu l'état du monde.

C'est une difficulté qui alimente les débats dans une bonne partie de l'Afrique francophone : le parcours du combattant pour les demandeurs d'un visa pour la France. Délais de traitement très longs, inefficacité des services consulaires, questions humiliantes et rejets réguliers des demandes sans motif et surtout sans remboursement des frais de dossier... Autant de problèmes qui créent de plus en plus de frustration et de colère sur le continent. Il y a trois ans, le président français Emmanuel Macron a commandé une évaluation de ces dysfonctionnements afin de les résorber. Cette mission a été confiée à un privé, Paul Hermelin, président du Conseil d'administration de CapGemini, spécialisée dans les services numériques. Après des visites au Sénégal, au Maroc et au Cameroun, il en a sorti un rapport très critique envers la politique française de délivrance des visas. Paul Hermelin est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané.

« Conakry à Paris », c'est le titre du festival Africapitales qui se tient à Paris jusqu'au 15 mars. Avec des expositions, des conférences et une série de concerts. Et notre Grande Invitée Afrique ce samedi sera justement sur scène ce soir (7 mars à FGO-Barbara) ! Militante, puissante, touchante. La chanteuse guinéenne Queen Rima, lauréate du Prix Découvertes RFI 2025, répond aux questions de Guillaume Thibault.

Alors que le président guinéen Mamadi Doumbouya est censé rentrer ce vendredi 6 mars 2026 à Conakry, trois semaines après avoir été vu pour la dernière fois au sommet de l'Union africaine, les populations guinéennes vivent toujours au rythme des kidnappings. À date, près d'une vingtaine de personnes sont toujours portées disparues. Mardi dernier, c'est la mère et la soeur d'un ancien ministre en exil qui ont été enlevées en soirée, chez elles, par des hommes cagoulés et en uniformes militaires. Une enquête a été ouverte pour « enlèvements, séquestration de personnes et association de malfaiteurs ». Car désormais, les rapts visent les membres de la famille à défaut d'atteindre les opposants et militants en exil. Abdoul Sacko est le coordinateur national du Forum des forces sociales de Guinée. Lui-même a été kidnappé l'an dernier, torturé et abandonné dans la nature trois jours plus tard. Il vit désormais en exil, où il se soigne. Abdoul Sacko est notre grand invité Afrique, il répond à Sidy Yansané. RFI : Il y a un peu plus de deux semaines, vous avez pris la parole pour, disons, commémorer l'enlèvement que vous avez-vous-même subi un an auparavant. Aujourd'hui, le général Mamadi Doumbouya est officiellement élu président. Comment décririez-vous la situation en Guinée aujourd'hui ? Abdoul Sacko : Je pense que c'est juste l'expression d'une tristesse qui dépasse les commentaires. Je suis attristé par rapport à l'image sombre que cette situation renvoie de la Guinée. Ce peuple, qui a pris son Indépendance avec maturité républicaine par le vote référendaire autour des principes de liberté et de dignité, voit aujourd'hui que la vie humaine est absolument insignifiante et que l'État n'a aucune possibilité de lui garantir ni justice ni sécurité à l'intérieur du pays. Ce qui m'attriste le plus, c'est le regret de constater que le peuple de Guinée n'a pas de partenaire véritable. Je veux parler de la Cédéao, de l'Union africaine, de la France, de l'Union européenne et d'autres avec lesquels nous avons en partage des valeurs et des vertus démocratiques. Seulement ces partenaires s'accommodent à toutes les formes de violations des droits humains dans le seul but de se procurer les ressources du pays. Au moment de leur coup d'État le 5 septembre 2021, ces jeunes officiers ont déclaré qu'ils voulaient rectifier les erreurs commises depuis l'Indépendance, cela a suscité de l'espoir. Mais au lieu de consolider les acquis démocratiques et renforcer les dynamiques de réconciliation nationale, cette gouvernance se transforme aujourd'hui en une forme d'aggravation des fractures mémorielles, c'est là aussi une dimension attristante. C'est suite au remaniement gouvernemental en mars 2024 que la série de disparitions forcées a vraiment commencé, notamment avec les militants du FNDC Foniké Menguè et Billo Bah, enlevés à leur domicile sous les yeux de leurs épouses et de leurs voisins. Désormais, on kidnappe les membres de la famille et même les enfants mineurs des citoyens en exil. Quelle atmosphère règne actuellement au sein des populations guinéennes ? Aucune catégorie socioprofessionnelle du pays ne se trouve épargnée. Les vieillards ne sont pas épargnés, les femmes, les enfants ne sont pas épargnés. Parfois des gens qui ne demandent absolument rien à l'État, sinon que d'être sécurisés, ceux-là également peuvent se coucher le soir avec la peur de ne pas se réveiller chez eux le matin ou sortir de la maison avec la peur de ne pas rentrer le soir. Vous voyez combien la situation est alarmante ! Et qu'est-ce que ça rapporte ? Nous sommes avec des dirigeants qui ne mesurent pas du tout les dégâts qu'ils causent. Aussi bien dans le présent, car aucun investisseur sérieux, ne serait-ce que pour sa sécurité, ne viendra investir dans cette situation. Mais mieux encore, qu'est-ce que l'avenir nous réserve ? Ce qui ne pourra jamais changer, c'est justement le changement. D'une manière ou d'une autre, dans un an ou dix ans, le changement interviendra. Et vu que toutes les lignes rouges sont franchies, nos autorités, au lieu d'être guidées par la raison, s'enfoncent davantage dans le déni. Il suffit de voir aujourd'hui la précarité économique et financière dans laquelle le pays vit. Même si vous avez de l'argent dans le compte bancaire, vous ne pouvez pas y avoir accès. C'est la paralysie totale au niveau du système bancaire. De nombreuses sources indiquent à RFI qu'il y a de plus en plus de Guinéens qui fuient le pays : entrepreneurs, universitaires, magistrats, artistes et même des militaires. Et ceux qui restent disent avoir installé leur famille dans les pays voisins. Vous constatez aussi ce genre de phénomène ? Bien sûr ! Mais le vrai paradoxe, c'est que ce sont surtout ceux qui gouvernent qui font sortir leurs familles du pays, car ils ont les moyens à leur disposition. Le réflexe principal aujourd'hui, lorsque quelqu'un est ministre, directeur ou a accès à une dimension de responsabilité publique qui lui permet d'avoir de l'argent, c'est de faire sortir sa famille et de la mettre à l'abri. Vous disiez que les partenaires de la Guinée s'accommodaient de ces violences. Vous mettiez ça sur le compte des ressources minières. Est-ce qu'il n'y a que cela finalement qui justifie ce silence assourdissant de toutes ces personnes ? Je vois aussi que le contexte mondial aujourd'hui met l'économie au centre des relations et les autres aspects à la périphérie. Mais je vais paraphraser simplement le président français Emmanuel Macron qui s'exprimait après l'assassinat de l'ayatollah iranien Khamenei : « L'Histoire ne regrette jamais les dictateurs qui massacrent leur peuple ». Donc je dis à tous nos partenaires : les peuples n'oublieront jamais les partenaires qui se sont accommodés de leurs souffrances au moment où ils avaient le plus besoin d'eux. À lire aussiGuinée: 18 mois après leur enlèvement, «les anniversaires se succèdent sans nouvelles» de Menguè et Bah

Le succès de la CAN, la transition énergétique, la haute technologie, le Sahara occidental, le chômage des jeunes et le Conseil de la Paix lancé par Donald Trump. Ce matin, nous nous penchons sur les ambitions du Maroc en Afrique et dans le monde. La ministre marocaine de l'Économie et des Finances Nadia Fettah est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané. RFI : Madame la ministre, depuis presque une semaine, le monde a les yeux rivés sur l'Iran et la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël, deux grands alliés du Royaume du Maroc. Tout d'abord, quel est votre sentiment sur les événements en cours ? Nadia Fettah : Le Maroc entier est en consternation face à cette escalade, en pensant tout particulièrement aux civils qui payent toujours un lourd tribut en temps de crise. Cela dit, en qualité de ministre de l'Économie et des finances, je reste extrêmement attentive à ce qui est en train de se passer. Notre responsabilité est de gérer les impacts éventuels de cette crise sur notre pays, sur les populations et sur notre économie. Restons un peu au Moyen-Orient. Le Maroc fait partie des membres fondateurs du nouveau Conseil de la paix tel que voulu par le président américain Donald Trump. Les États-Unis qui exigent que le Royaume contribue à hauteur d'un milliard de dollars en faveur de ce Conseil de la paix. Ce milliard a-t-il été effectivement versé ? Et y a-t-il des perspectives économiques éventuelles à Gaza pour tout ce qui est chantier de reconstruction au bénéfice de l'économie marocaine ? Le Maroc n'a jamais cessé de participer à toutes les initiatives en faveur de la paix. C'est comme ça que nous abordons aujourd'hui le sujet, avec notre attachement au dialogue, à l'idée de communauté de destin et à trouver véritablement un avenir à des enfants, à des familles, à des populations qui ont trop longtemps souffert. Et c'est pour ça qu'on est là et qu'on participe en apportant nos solutions et notre pierre à l'édifice. Concernant le Sahara occidental, les produits issus du Sahara font désormais partie de l'accord commercial privilégié entre le Maroc et l'Europe. Y a-t-il déjà eu des discussions ou un accord signé avec le Front Polisario pour déterminer les détails de cet accord commercial ? Ce qui est très important à comprendre pour ces provinces du sud du Sahara, c'est qu'elles sont intégrées économiquement, socialement, politiquement, avec toutes les autres populations marocaines. La trajectoire globale de l'économie marocaine envers l'émergence s'appliquera partout, afin d'assurer des conditions de vie et de prospérité pour l'ensemble des citoyens marocains du Nord au Sud. Vous parlez beaucoup de nouvelles technologies. On peut notamment citer Safran, groupe d'entreprises françaises et spécialiste en aéronautique, qui, sur les quatre derniers mois, a annoncé deux gros investissements dans le Royaume, notamment un de 350 millions d'euros pour une usine d'assemblage de moteurs d'avions. Le Maroc devient également pour la Chine un point d'ancrage en Afrique du Nord et installe notamment des usines de fabrication de produits bas carbone comme les batteries électriques, les électrolytes, etc. Quels sont les plans du Royaume concernant les technologies du futur ? Le Maroc décline depuis 25 ans la vision de Sa Majesté le Roi : devenir une véritable plateforme industrielle et technologique. Quand on installe ces usines, ça veut dire qu'on nous fait confiance pour les dix, quinze prochaines années. C'est ce que le Maroc est en train de faire avec ses partenaires. Et derrières les usines, il y a des emplois, il y a un impact sur les populations, il y a de la véritable création de valeur. Si on reprend le cas de Safran, seuls 2 500 emplois seront créés pour les deux projets. RFI a parlé à des économistes marocains qui déplorent que les grands projets infrastructurels et industriels n'apportent que très peu d'emplois, justement car ils sont très techniques. Y a-t-il des plans pour répondre aux besoins des 36 % des 15-24 ans qui sont chômeurs au Maroc ? En 2025, notre économie a créé 250 000 emplois, essentiellement destinés à la jeunesse. Est-ce que cela résorbe le taux de chômage ? Oui, puisqu'il baisse. On était à 13,5 %, il est actuellement à 13 %. Est-ce que c'est suffisant ? Sûrement pas. Et c'est pour ça que toutes les politiques publiques que nous faisons, toutes nos stratégies sectorielles, ont pour premier objectif l'emploi. Et particulièrement celui des jeunes et celui des femmes. On veut leur laisser un Maroc encore plus fort pour qu'ils aillent un palier plus loin sur les prochaines décennies. À lire aussiSahara occidental: nouveau round de négociations à Washington sous l'égide des États-Unis

Les États-Unis agissent finalement contre l'armée rwandaise. En début de semaine, lundi 2 mars, Washington a annoncé prendre des sanctions contre les Forces de défense du Rwanda « pour leur soutien opérationnel direct au M23 ». Quatre officiers supérieurs sont aussi visés, dont le chef d'état-major général des armées. Le département d'État américain reproche au groupe rebelle d'avoir pris le contrôle de la ville d'Uvira, et cela malgré l'accord de paix signé à Washington quelques jours plus tôt. Pour parler de ces sanctions inédites, Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (IFRI), est notre Grand Invité Afrique. Il répond à Sidy Yansané. À lire aussiEst de la RDC: Washington annonce des sanctions contre l'armée rwandaise pour son soutien au M23

Depuis samedi dernier, le Congo, capitale Brazzaville, est en campagne électorale avant d'élire leur président dans une quinzaine de jours (15 mars). Le président sortant Denis Sassou Nguesso, 82 ans, dont plus de 40 au pouvoir part grand favori. Il va affronter six autres personnes lors de ce scrutin, la plupart sans envergure. Pour cette présidentielle, les principaux partis d'opposition ne prennent pas part au scrutin. De quoi se poser la question sur le véritable enjeu dans cette élection. L'opposition et une partie de la société civile dénoncent un scrutin verouilllé et joué d'avance. Joe Washington Ebina est le président de la Fondation Ebina qui lutte en faveur des droits humains au Congo. Il est le grand Invité Afrique de Sidy Yansané. RFI : Le président Denis Sassou-Nguesso vise un cinquième mandat à 82 ans, après quatre décennies au pouvoir et sans réelle opposition. Question simple : ce cinquième mandat lui est-il déjà acquis, comme le disent ses partisans ? Joe Washington Ebina : Cette présidentielle se déroule dans un contexte politique et institutionnel vraiment fragile. Avec une concentration du pouvoir pendant 40 ans, l'opposition qui existe aujourd'hui est malheureusement muselée. Il faut préciser qu'il y a l'affaiblissement de l'opposition parce que depuis près de dix ans, il y a des prisonniers politiques comme le général Jean-Marie Michel Mokoko et Okombi Salissa, dont l'incarcération a non seulement réduit la capacité organisationnelle de l'opposition, mais aussi servi de moyen de pression politique. La grande question est existentielle et aussi économique. Tous les Congolais à l'heure actuelle vous parlent des difficiles conditions de vie ou de l'obtention d'un simple passeport. Cinq ans de plus amélioreront-ils tout cela ? Va-t-il y avoir l'électricité et l'eau potable ? Les conditions de vie seront-elles meilleures dans les hôpitaux et dans l'assainissement au niveau des villes et pour les retraités qui cumulent près de 50 mois d'arriérés de pensions ? Donc, pour nous, finalement, cette présidentielle est un non-événement, c'est la continuité d'un système qui, malheureusement, ne trouve pas de solutions au quotidien des Congolais. Deux des principales figures de l'opposition, le général Jean-Marie Michel Mokoko et Okombi Salissa, sont toutes les deux en prison. Ont-ils donné des consignes à leurs militants et à leurs électeurs ? Ce sont des prisonniers emblématiques au niveau du Congo. Cela fait près de dix ans qu'on entend très peu parler d'eux, donc il y a très peu de messages de leur part. Ce qu'il faut savoir, c'est que, en 2016, le général Jean-Marie Michel Mokoko avait été arrêté, incarcéré, après un procès dénoncé par l'Union européenne, puis confirmé dans son arrestation en 2018. Donc, cela fait aujourd'hui près de dix ans. C'était lors de la présidentielle de 2016. Donc, ils ont été arrêtés dans un contexte électoral. Ce sont des personnes qui gênaient le pouvoir, qui avaient une certaine confiance de la population. Cette aura dérangeait le pouvoir. Tout le monde a compris qu'ils ont été arrêtés suite à leurs revendications et suite à leur candidature malgré tout. Est-ce qu'il y a des consignes de boycott ou une décision du genre ? Nous n'avons pas entendu de leur part une consigne envers la population, mais nous comprenons très bien que ce sont des citoyens muselés qui sont aujourd'hui dans des conditions très précaires à la maison d'arrêt. Ces deux figures de l'opposition sont en prison, mais comment expliquez-vous l'absence quasi-totale de concurrents d'importance face à Denis Sassou-Nguesso ? Parce que c'est une instrumentalisation. Les Congolais se reconnaîtront. Nous sommes dans un théâtre de chez nous, c'est-à-dire qu'aujourd'hui tout est muselé. Les médias publics sont contrôlés par le pouvoir. Il y a le fameux découpage électoral qui a été dénoncé par les membres de l'opposition. Les grands ténors de l'opposition ne sont pas visibles, et vous constaterez très bien sur le terrain que le président de la République reste le maître de toute cette situation. Le rapport 2025 du Centre d'action pour le développement basé à Brazzaville pointe de multiples arrestations et détentions arbitraires. Diriez-vous que la répression contre les voix dissidentes s'est accrue ces dernières années ? Oui, il faut le dire. Il y a un climat délétère qui s'est installé depuis quelques temps, avec l'exécution de certains bandits. Mais dans le fond, ces exécutions ont créé un climat de peur. En ce qui concerne l'opinion nationale, on a eu l'impression quand même dans certains messages qu'il y avait un problème de liberté d'expression à certains niveaux. Vous parlez de l'exécution de certains bandits. À quoi faites-vous référence ? Ce climat délétère sans passer par la case de la justice a créé un climat de peur dans la population. Les acteurs politiques ont senti une certaine répression dans leur expression libre. La rencontre libre de certains partisans, de certains politiciens, telles que des réunions, telles que des rencontres pour travailler sur leurs partis politiques, ont été touchées par ce climat de peur. Climat de peur justifié par l'insécurité dans les grandes villes Brazzaville et Pointe-Noire. Le climat n'étant pas fiable à une expression libre, cela ne peut entacher une évolution simple d'une démocratie normale. Comment réagit la population congolaise à l'absence d'opposants et de rivaux de poids dans cette nouvelle course à la présidentielle ? Quelques soient les élections, chaque élection qui passe, le président de la République est toujours gagnant. Donc, ce n'est pas un enjeu populaire. Nous ne constatons pas d'engouement. Les grandes questions restent d'actualité. Est-ce que les prisonniers politiques seront libérés ? Les conditions de vie améliorées ? Nous, nous considérons que non, parce que ce qu'il n'a pas pu faire en 40 ans, il ne le fera pas avec cinq ans de plus. Donc, il n'y a pas d'espoir. La vérité, c'est celle-là : il n'y a pas d'espoir. Ce sont les mêmes dirigeants qui ont apporté la même sauce. Je suis plutôt pessimiste. ► Affiches de campagne des candidats à la présidentielle du 15 mars 2026 au Congo-Brazzaville

Les chefs d'état-major de la Cédéao ont annoncé vendredi 27 février que 2 000 éléments feront partie de la Force en attente. Réunis à Freetown, en Sierra Leone, les commandants des forces armées des pays membres affichent une nouvelle fois leur volonté de lutter contre les groupes jihadistes qui foisonnent, principalement dans le Sahel. L'annonce de la mise en place de cette Force en attente n'est pas nouvelle. L'Ivoirien Arthur Banga, consultant en défense et sécurité, et maître de conférences à l'université Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan, est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané. RFI : La Cédéao annonce une nouvelle fois la mise en place de la fameuse Force en attente. Les annonces de ce genre se sont succédées au fil des années. Cette fois ci, selon vous, ce sera la bonne ? Arthur Banga : C'est vrai que la Cédéao l'a annoncé plusieurs fois, sans véritable succès. Mais n'oublions pas que la Cédéao est quand même la seule communauté économique régionale à avoir implémenté réellement cet exercice de force multinationale à travers l'Ecomog, qui a rencontré des succès au Liberia, en Guinée-Bissau, même en Sierra Leone. Aujourd'hui, il s'agit maintenant de passer un nouveau cap car il y a une véritable prise de conscience de la part des Etats. Il y a aussi la pression des populations, surtout la pression des groupes terroristes qui commencent à taper fort dans les pays côtiers, notamment le Nigeria, le Bénin, le Togo. Ca impose que les présidents de la Cédéao réagissent énergiquement. Hormis le contexte actuel et la prise de conscience, comme vous dites, notez-vous des nouveautés dans cette annonce par rapport aux précédentes ? Pas réellement. Peut-être qu'il y a plus de concret sur le nombre d'hommes qu'on veut mobiliser. On est plus concret sur la volonté et sur le fait d'inscrire dans la doctrine militaire nationale la nécessité de participer à des opérations internationales. Mais la vraie bonne raison d'espérer, c'est le fait que certains pays intègrent désormais la capacité de participer à des opérations extérieures dans leur composition. C'est le cas de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, même du Ghana, qui sont des pays qui montrent qu'ils ont la volonté aujourd'hui de participer à des opérations menées par la Cédéao. Ce n'est plus la seule affaire du pays, comme le Nigeria, qui prenait en général le leadership. Et dans le contexte aussi, il ne faut pas oublier l'échec de l'intervention militaire au Niger, qui a renforcé l'AES et fragilisé la Cédéao. Ça aussi, c'est un élément de contexte qui fait qu'on peut espérer des choses plus concrètes cette fois-ci. On s'attend à un contingent de 2 000 éléments. Quand on sait que la force française Barkhane en comptait plus du double et qu'elle n'a pas pu enrayer les groupes armés terroristes en huit ans de mission dans le Sahel, vous croyez que ces 2 000 éléments issus de différentes armées de la région peuvent faire la différence ? Ce chiffre de 2 000 est révélateur des difficultés à mettre ce genre de forces en position, car il faut déjà avoir des armées nationales qui sont prêtes, qui ont pour habitude de s'entraîner, des armées nationales qui sont en partie taillées pour opérer en contexte international. Ce n'est pas trop le cas aujourd'hui dans les différentes armées ouest-africaines. Donc vaut mieux commencer avec des ambitions réalistes et réalisables. Ça peut expliquer le chiffre relativement bas, qui représente environ deux bataillons. Il s'agira de voir quelle mission on donne à ces deux bataillons pour être plus efficace. Je pense à des missions de renseignement, de coopération, de formation et puis aussi des missions d'intervention sur des espaces précis. C'est quand même difficile de ramener 2 000 hommes supplémentaires au Nigeria, ça ne sert pas à grand-chose. Mais sur des espaces comme le nord du Togo, le nord du Bénin, 2 000 hommes appuyés par une escadrille internationale, ça peut valoir son pesant d'or opérationnel. Il y a une question primordiale : comment la Cédéao peut rendre cette force efficace sans la participation des pays de l'AES que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger sécessionnistes ? Aujourd'hui, la Cédéao est obligée faire preuve de réalisme, d'avancer sans ces pays, sinon elle ne va pas avancer sur certaines questions. Maintenant, naturellement, sur des questions comme le terrorisme, sur des questions aussi transnationales, à défaut d'opérer ensemble, il faudrait que la Cédéao et l'AES trouvent des mécanismes pour coopérer, ne serait-ce que pour l'échange de renseignements, pour faire naître un minimum d'efficacité. Si vous prenez en chasse des terroristes, par exemple en Côte d'Ivoire qui traversent la frontière du Burkina Faso ou du Mali, si vous n'avez pas la capacité de les poursuivre sur des territoires ou ne serait-ce que d'échanger le renseignement avec les armées maliennes ou burkinabè, vous voyez que tout le travail que vous faites en Côte d'Ivoire devient quasiment nul. C'est la même chose en termes de renseignement. Donc oui, c'est une difficulté, mais elle n'est pas insurmontable. Il faut maintenant qu'on ait un minimum de coopération pour pouvoir accroître l'efficacité du projet de la Cédéao.

L'humoriste et poète sénégalais Souleymane Diamanka joue en ce moment son spectacle à Paris : le « One Poet Show », création au croisement de la poésie et de l'humour. De sa voix grave, il nous éclaire de sa sagesse et nous conte l'origine du monde, son rapport à la culture hip-hop, à son père et à son village peul. Souleymane Diamanka est l'invité de Lisa Giroldini. Le « One Poet Show » de Souleymane Diamanka, à retrouver jusqu'au 28 mars au théâtre Le République à Paris. Samedi 28 février à 17:45 Samedi 14 mars à 17:45 Samedi 28 mars à 17:45

Alors que les chefs d'état-major des pays membres de la Cédéao doivent achever leur sommet vendredi 27 février à Freetown, en Sierra Leone, qu'en est-il de la lutte antiterroriste sur Internet ? Le recrutement de combattants se fait aussi en ligne, tout comme une bonne partie des activités criminelles, et l'intelligence artificielle, qui continue de se développer, apporte aussi son lot de difficultés pour les services de sécurité du continent. Comment les États africains se préparent-ils à cette lutte numérique ? Notre grand invité Afrique est l'Ivoirien Franck Kié, expert en cybersécurité et commissaire général du salon Cyber Africa Forum. Il répond aux questions de Sidy Yansané. RFI : Récemment, le chef du Bureau de cyberdéfense des forces armées de votre pays, la Côte d'Ivoire, affirmait que « les terroristes sont omniprésents sur le web ». Vous qui êtes à la tête du Cyber Africa Forum depuis bientôt dix ans, vous diriez que les États prennent enfin conscience du phénomène ? Franck Kié : Les États africains, en particulier depuis quelques années, se rendent compte de l'importance du phénomène qu'est la cybercriminalité et tous les risques liés à la cybersécurité de façon générale. Néanmoins, certains exemples très récents nous démontrent qu'il y a encore une marge de manœuvre assez importante en termes de mise en œuvre d'actions pour pouvoir être pleinement efficace et opérationnelle sur ce volet-là. Même si aujourd'hui on a de plus en plus d'information et de plus en plus de sensibilisation, des acteurs publics et privés tendent encore à penser, surtout en Afrique, que cette menace est encore assez éloignée d'eux. Au-delà de ça, il faut aussi continuer dans la formation du capital humain et puis surtout investir dans les infrastructures qui nous permettront de nous défendre. Au cours des dernières années, l'Afrique a quand même fait un bond qualitatif assez important sur le volet de la gouvernance, avec la mise en place dans plusieurs pays africains d'agences nationales de la sécurité des systèmes d'informations, d'agences de protection des données à caractère personnel et la régulation aussi qui les accompagne, avec des lois de lutte contre la cybercriminalité. Pour la cybersécurité, il faut maintenant aller encore un peu plus loin sur les autres volets cités précédemment. Quelle est votre analyse plus poussée sur l'état actuel de la lutte contre le terrorisme en ligne dans la sous-région ? Le biais numérique devient aujourd'hui un vecteur pour les crimes et les actions malveillantes. Donc, il faut accroître encore plus la surveillance. On peut voir qu'à travers la propagation des fake news, il y a un vrai aspect de lutte informationnelle sur le volet numérique. En plus de ça, avec l'émergence et la démocratisation de l'intelligence artificielle, on a un risque encore plus accru car ça donne encore plus de moyens à ces criminels pour arriver à leurs fins. Il y a aussi une filière qui, on le sait, est difficile à surveiller : celle de l'argent mobile. Les Africains sont champions mondiaux de l'emploi d'argent numérique. Plus de la moitié des comptes dans le monde sont en Afrique. En 2024, les régions Ouest et Est pesaient à elles seules pour près de 1 000 milliards de dollars de transactions d'après la GSM Association. Comment préserver ce service, tout en repérant les transactions criminelles et terroristes ? Les États, en accord avec les régulateurs et les opérateurs de télécommunications qui opèrent en général ce type de solution, essaient de mettre en place de plus en plus de mesures qu'on appelle des KWC (Know Your Customer), qui permettent de savoir qui est derrière le compte pour avoir une certaine traçabilité derrière les transactions. Là aussi, il ne faut pas que des jeunes se fassent instrumentaliser et donner leur identité afin que des personnes mal intentionnées puissent faire des transferts d'argent à travers leurs comptes. On sait que ces recrutements se déroulent beaucoup sur les réseaux sociaux. Comment se passe la coopération entre les États et les plateformes, les sociétés numériques, notamment les Gafam - plus puissantes multinationales des technologies de l'information et de la communication - pour lutter contre le terrorisme en ligne ? La relation n'est pas forcément toujours évidente car ces Gafam aujourd'hui sont tellement puissants qu'ils peuvent décider de ne pas répondre à un État ouest-africain dont le PIB est inférieur à leur valorisation boursière. D'où la nécessité de coopération qui permettrait ensemble d'être un levier plus important face à ces opérateurs. Il y a toujours la question légitime de ces plateformes qui se demandent à quel moment il s'agit de terrorisme ou de cybercriminalité et à quel moment c'est plutôt une forme de restriction de la liberté d'expression. Un exemple : le président français Emmanuel Macron lui-même révélait avoir reçu il y a quelques mois un message d'un de ses homologues africains s'interrogeant sur l'authenticité d'une vidéo générée par l'IA parlant d'un coup d'État en France. La présidence française a demandé à Facebook de retirer cette vidéo, elle a reçu une réponse négative. Je crois me souvenir que l'entreprise n'avait même pas répondu. Si même un État comme la France, dans son rapport de force avec ces Gafam, peut avoir ce type de réponse, je vous laisse imaginer la difficulté pour des pays moins puissants économiquement.

Le président de la refondation de Madagascar a quitté Paris mercredi 25 février soir. Le colonel Michaël Randrianirina a rencontré Emmanuel Macron, à l'Élysée. Auparavant, il était reçu avec les honneurs par Vladimir Poutine à Moscou. Depuis la chute de l'ex-président Andry Rajoelina en octobre dernier, le commandant du Corps d'armée des personnels et des services administratifs et techniques montre des signes de rapprochement avec la Russie, mais sa visite parisienne dans la foulée montre que Madagascar ne veut pas rompre avec son partenaire historique. La politologue Christiane Rafidinarivo est chercheuse associée au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Elle est la Grande invitée Afrique de Sidy Yansané. RFI : Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, achève une tournée qui l'a successivement mené à Moscou, où il a rencontré Vladimir Poutine, puis à Paris aux côtés d'Emmanuel Macron. « Grand écart diplomatique, numéro d'équilibriste », disent déjà les commentaires… Vous partagez cette analyse ? Christiane Rafidinarivo : Le président de la Refondation de la République de Madagascar a toujours affirmé qu'il voulait mener une ligne diplomatique qui ne discrimine personne, qui ne cherche pas à rejeter d'emblée, par idéologie ou tout autre considération, un partenaire potentiel qui peut apporter quelque chose pour satisfaire les besoins de la population malgache, que l'on sait être dans une situation difficile. Il est vrai que Madagascar a toujours entretenu une relation privilégiée avec la France, mais la Russie est aussi un vieux partenaire. Finalement, voyez-vous vraiment une rupture dans la nouvelle diplomatie malgache ? En termes de partenariat, non, car la France est un partenaire de toujours. Et la Russie est un partenaire très ancien. Il me semble que Madagascar s'apprête à commémorer 55 ans de relation avec la Russie. Mais ce qui peut être qualifié de rupture, c'est ce recentrement de la diplomatie malgache sur les besoins immédiats des Malgaches. La vraie nouveauté est internationale, c'est le nouveau contexte géopolitique. Et c'est sans doute là que l'on peut mieux comprendre pourquoi on parle de renouvellement de partenariat. D'un côté, Madagascar affirme de nouvelles priorités tournées vers sa population, et d'un autre côté, tout cela se fait dans un contexte géopolitique qui a considérablement changé ces cinq dernières années justement. De son côté, la Gen Z, la société civile qui a principalement contribué à renverser l'ancien président Andry Rajoelina, dénonce une mise en scène diplomatique pour décrire la rencontre entre les présidents français et malgache à l'Elysée. Cette Gen Z, qui s'estime mise de côté, ne lui a-t-on pas volé sa révolution finalement, comme cela s'est vu dans d'autres pays d'Afrique où les militaires ont pris le pouvoir ? Ce que je constate et que j'observe en tant que chercheuse, c'est que la Gen Z est en dialogue avec le ministère chargé de la Refondation, qui est un ministère d'Etat, et même avec le président de la Refondation lui-même. Certains éléments très connus de la Gen Z sont dans les cabinets ministériels et la Gen Z continue effectivement à avoir une participation politique très intéressante dans l'espace public, de façon à avoir une forme de politisation qui puisse lui permettre de participer à la concertation nationale qui est en cours, certes, mais également au débat public de façon constructive. Et c'est ce qu'elle fait. Ce qui est très nouveau, c'est la liberté d'expression, d'opinion, de manifestation. Il y a un renouveau de la participation démocratique à Madagascar. Pour la première fois de son histoire, et si cela se concrétise, la Grande Île aura une constitution qui n'aura pas été parachutée par des experts extérieurs et avec une poignée de Malgaches. Est-ce une vraie coopération ou un rapport de force masqué ? Auquel cas, il y aurait une forme de démocratie de façade. Le moratoire sur les permis miniers a été levé. Désormais, excepté pour l'or, les entreprises extractives ont le droit d'exploiter les richesses minières malgaches. Que dire de cette nouvelle politique industrielle et minière ? Constatez-vous de nouveaux partenaires ou des partenaires anciens signer des contrats ? Ce que les autorités disent souhaiter, c'est l'ouverture à la concurrence, et surtout que ce soit un marché ouvert aux Malgaches mêmes, chose rare auparavant. L'or a été mis de côté car le président de la Refondation a expliqué, au retour de ses voyages aux Émirats arabes unis notamment, qu'il souhaitait organiser un comptoir de l'or avec une régulation beaucoup plus institutionnalisée du secteur, qu'il ne soit pas un secteur réservé aux grands acteurs en oligarchie, et surtout préempté par les trafiquants. Quand on sait que la Banque centrale malgache a très peu de réserves d'or dans ses coffres, on comprend à quel point ce pays a été pillé.

Le Salon international de l'Agriculture a ouvert ses portes le week-end dernier, 21 et 22 février, à Paris. Pour cette 62e édition, c'est la Côte d'Ivoire qui est l'invitée d'honneur. Premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le pays des éléphants est l'une des puissances agricoles d'Afrique de l'Ouest. Notamment en pourvoyant pour 40% de la production mondiale de cacao. Mais, depuis l'an dernier, les cours de l'or brun sont en chute libre. Conséquence : des milliers de tonnes d'invendus restent sur les bras des planteurs. La Côte d'Ivoire va-t-elle être obligée de vendre son cacao moins cher ? Pour en parler, le nouveau ministre ivoirien de l'Agriculture est ce matin notre Grand Invité Afrique. Bruno Nabagné Koné répond aux questions de Sidy Yansané. À lire aussiCôte d'Ivoire: le Conseil du Café Cacao à la rescousse de la filière cacao

Ancien secrétaire général de l'UDPS, le parti présidentiel, ancien vice-président de l'Assemblée nationale et longtemps considéré comme l'un des plus proches collaborateurs de Félix Tshisekedi, Jean-Marc Kabund a progressivement basculé dans l'opposition. En février 2022, après des propos virulents contre le chef de l'État, il tombe en disgrâce et radicalise son discours à l'encontre du pouvoir. Arrêté en août 2022, il est condamné en septembre 2023 par la Cour de cassation à sept ans de servitude pénale. L'ancien chef du parti présidentiel a quitté, vendredi 21 février 2025 dans la soirée, la prison centrale de Makala. Aujourd'hui figure de l'opposition congolaise, il plaide pour l'organisation d'un dialogue inclusif. Grand invité Afrique de RFI aujourd'hui, il est interrogé par Patient Ligodi. À lire aussiDialogue national en RDC: le président Félix Tshisekedi pose ses conditions

Minni Arko Minnawi, le gouverneur du Darfour au Soudan et chef du mouvement de libération du Soudan, faction Minnawi, est le grand invité Afrique de RFI. De passage à Paris, il revient dans cet entretien sur les derniers développements de la crise au Soudan, des interventions étrangères, des possibilités de retrouver la paix. Minni Arcou Minnawi invite les Émirats arabes unis à entrer en dialogue direct avec les autorités soudanaises. RFI : Quand la guerre prendra-t-elle fin ? Minni Arko Minnawi : J'aimerais qu'elle se termine aujourd'hui, mais cela ne peut pas se faire sans certaines mesures. Quelles sont ces mesures ? En réalité, de nombreux facteurs ont contribué à cette guerre, notamment le facteur extérieur, à savoir, les Émirats arabes unis, qui doivent se retirer du conflit, qu'ils cessent de gérer la guerre. Quant au facteur interne, il nous serait alors beaucoup plus facile de nous asseoir ensemble et de mettre fin à la guerre. Les autorités soudanaises ont, à plusieurs reprises, exprimé des réserves quant à la présence des Émirats arabes unis parmi les membres du Quartet composé également des États-Unis, de l'Égypte et de l'Arabie saoudite. Rejetez-vous leur présence au sein du Quartet ? Oui, nous rejetons leur présence au sein du Quartet, car les Émirats arabes unis sont censés jouer un rôle de médiation, de facilitateur. Or, ils sont eux-mêmes partie prenante au conflit ; comment peuvent-ils donc être à la fois juge et partie ? L'armée soudanaise a fréquemment accusé des pays voisins de collaborer avec les Émirats arabes unis pour acheminer du matériel militaire au Soudan destiné aux Forces de soutien rapide. Pouvez-vous identifier ces pays ? C'est assez clair, surtout en ce qui concerne des responsables en Libye, à l'est du pays, à Benghazi, plus précisément qui est sous contrôle émirien. Il y a le Tchad. Ce sont des pays que les Émirats instrumentalisent pour faire avancer leur projet de démantèlement du Soudan. Et malheureusement, ce projet de fractionnement s'étendra à l'Afrique. À lire aussiAntonio Guterres, secrétaire général de l'ONU: «Il faut cesser les ingérences extérieures» au Soudan Vous avez mentionné le Tchad parmi les pays impliqués dans l'envoi d'aide militaire aux FSR, mais il existe des divisions au Tchad à ce sujet, même au sein du palais présidentiel... La majorité du peuple tchadien, et pas seulement les proches du président Déby, s'oppose au financement de la guerre pour servir les intérêts des Émirats arabes unis et des Forces de soutien rapide, pour déstabiliser et démanteler le Soudan. Le Darfour est en quelque sorte, une extension du Tchad, socialement parlant, et le Tchad est l'extension du Darfour... Par conséquent, la majorité de la population tchadienne, notamment les proches du président, se considère comme faisant partie d'une même communauté élargie, s'étendant jusqu'à Khartoum. De ce fait, ils rejettent tous la politique de Mahamat Idriss Déby, politique qui a conduit à la destruction de villes entières, ainsi qu'à des massacres, des combats urbains, un génocide et un nettoyage ethnique. Je crois vraiment que la majorité du peuple tchadien rejette cette politique. Quel intérêt a le président tchadien à s'impliquer dans cette guerre ? Nous ignorons quel serait son intérêt, mais peut-être qu'il s'y est impliqué par manque d'expérience. Vous avez récemment accusé l'Éthiopie de s'ingérer également dans la guerre au Soudan ? Bien entendu, ces faits sont corroborés par d'autres sources, par d'autres pays, y compris des pays dotés de technologies et de capacités avancées ; il ne s'agit pas d'une accusation soudanaise. Toutefois, il est clair que de multiples attaques ont été perpétrées depuis l'Éthiopie par les milices des Forces de soutien rapide, ainsi que par le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, de Abdelaziz el Hilu, allié aux Forces de soutien rapide. À lire aussiAu Soudan, la guerre oubliée du reste du monde et dont personne ne voit la fin La prolongation de la durée de la guerre, bientôt trois ans, ne vous fait-elle pas craindre la division réelle du pays, qu'un État séparé ne soit annoncé au Darfour ? Bien sûr, les forces étrangères qui ont déclenché cette guerre et qui continuent à l'alimenter cherchaient à s'emparer de tout le Soudan. N'ayant pas atteint leurs objectifs, elles ont eu recours à la partition du pays, ou du moins, elles cherchent à conserver le Darfour et certaines régions du Kordofan. Mais cela est inacceptable pour le peuple soudanais. L'ensemble de la population soudanaise est aujourd'hui mobilisé, aux côtés des forces armées, des forces conjointes et d'autres encore. Tous sont sur le terrain pour rejeter ce projet, et c'est pourquoi il ne réussira pas. Appelez-vous les Émirats à un dialogue direct avec les autorités soudanaises ? Voilà ce qui est nécessaire : nous exigeons depuis longtemps que le rôle des Émirats arabes unis se limite à un dialogue bilatéral entre le Soudan et les Émirats, afin de discuter de réconciliation et d'un retour à des relations normales entre les deux pays. Notamment en matière d'échange de bénéfices et de partage de ressources. Nous refusons son ingérence, son soutien aux milices et aux crimes majeurs commis par les milices des Forces de soutien rapide, tels que le génocide et les crimes de guerre. Tout cela avec le soutien des Émirats arabes unis. À lire aussiSoudan: «El-Fasher est détruite, et bien que la ville ait été nettoyée, il reste des munitions au sol» Mais que cherchent les Émirats en entrant avec force dans cette guerre ? Les richesses du pays ? Je ne sais pas. Si la richesse est ce qu'ils cherchent, ils ne l'auront que par le dialogue bilatéral. Il est parfaitement naturel que nous échangions des ressources. La richesse devrait être partagée par les voies officielles : le commerce, les avantages mutuels, les investissements bilatéraux, etc. Il n'y a aucune raison pour qu'ils s'impliquent, pour que de tels crimes soient commis, et pour qu'ils se salissent les mains de sang. Nous ignorons les raisons de tout cela. Masaad Boulos, le conseiller américain pour l'Afrique mène des efforts pour mettre fin à la guerre, comment voyez-vous le rôle américain dans cette crise ? Le rôle américain est primordial. Il doit être officiel. Masaad Boulos a rencontré des responsables soudanais à plusieurs reprises, mais hors du Soudan. Nous espérons que tout plan proposé sera acceptable pour le gouvernement et le peuple soudanais, qui souffre actuellement des Forces de soutien rapide et de l'ingérence internationale. Le pouvoir soudanais acceptera-t-il un plan de paix comme celui proposé pour l'est de la RDC, en partageant les richesses du Soudan avec les États-Unis ? J'ignore quelle proposition sera présentée. Je préfère donc ne pas traverser la rivière avant d'avoir atteint le pont. Quel point important souhaitiez-vous ajouter à cet entretien ? Les Forces de soutien rapide (FSR) sont un véritable fléau. Chaque ville qu'elles ont occupée est devenue désormais une ville fantôme, désertée par ses habitants. Les FSR sont une catastrophe humaine et doivent être identifiées pour ce qu'elles sont réellement : une milice, une organisation terroriste. Les FSR continuent de tuer des civils, se procurant les armes et les drones les plus sophistiqués fournis par les Émirats arabes unis, qu'elles utilisent pour tuer des civils et détruire des villes. Par conséquent, il est de la responsabilité du gouvernement et de l'armée de mettre fin à la guerre en reprenant et en sécurisant les zones encore sous leur contrôle, afin de protéger les citoyens soudanais. À lire aussiÉmirats arabes unis: l'or du Soudan «assure la prospérité des FSR et en même temps celle de Dubaï»

Les drames liés à la migration africaine, et particulièrement la migration irrégulière, font souvent la une des journaux sur le continent. On ne compte plus les témoignages de personnes de retour dans leur pays, soit rapatriées, soit secourues en mer, dans le désert ou issues d'autres routes migratoires. Mais on parle rarement de toutes celles et ceux qui parviennent à rejoindre l'Europe, notamment la France, et arrivent très traumatisés par leur voyage. À Bobigny, tout près de Paris, l'hôpital Avicenne reçoit des migrants africains atteints de graves troubles psychiques liés à leur parcours d'exil. La psychologue clinicienne française Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky travaille au centre psychiatrique de l'hôpital. Elle est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané. [Rediffusion] RFI : En 2018, vous sortiez un livre La voix de ceux qui crient (éd. Albin Michel) qui résume une décennie de consultations que vous avez menées avec des patients demandeurs d'asile, sans papiers, réfugiés, qu'on qualifie de façon un peu rapide comme « migrants ». Cette voix dans votre livre, que crie-t-elle exactement ? Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky : Vous avez dit une chose importante : la qualification rapide de « migrants », car on qualifie mal une population qu'on confond. Je m'occupe de personnes victimes de grandes violences telles que des viols, de la torture, des brutalités extrêmes. Et ces personnes arrivent dans un territoire où elles vont rencontrer souvent une violence institutionnelle et psychique, celle de débarquer en France. Elles vont rencontrer l'ère du soupçon institutionnel. Et ce qu'on écoute, c'est ce cri dû à une violence rencontrée au début du parcours, mais ensuite tout au long de la trajectoire migratoire. Et c'est avec ces personnes qu'on travaille comme cliniciens. Vous recevez beaucoup d'Africains, beaucoup d'Africaines, que vous racontent-ils en général et notez-vous des spécificités dans leur parcours comparé à des migrants hors d'Afrique ? Je crois qu'il y a une géographie de la violence et une géographie de la guerre. Et oui, même s'il y a la question psychologique et psychiatrique du traumatisme, on retrouve toujours des invariants qui sont ces manières de réagir à la violence psychiquement. Cette géographie de la guerre africaine, par exemple, et la violence africaine, elle peut être tout à fait particulière. Alors oui, nous recevons beaucoup de personnes africaines, hommes et femmes, car la migration, ça concerne pour moitié les femmes. Vous avez peut-être vu les derniers chiffres de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), sur les dix premiers pays à qui on a donné des titres de séjour en 2025, il y en a cinq africains : la Guinée, la RDC, la Somalie, l'Érythrée et le Soudan. Il y a évidemment les violences patriarcales, les violences intrafamiliales que fuient beaucoup de femmes. Elles viennent parce qu'elles ont fui la violence maritale ou l'excision. Donc on retrouve bien sûr ces géographies et on retrouve ensuite des particularités, disons, culturelles. Au départ, je suis anthropologue et c'est vrai que la question va se poser de manière un peu différente en fonction des lieux d'origine. Quand on a des personnes originaires d'Afghanistan ou d'Asie du Sud, les problématiques vont évidemment apparaître de manière différente. Et on a une très grande partie de notre population qui vient d'Afrique. Avez-vous des cas autres que ceux liés à la violence, à quelque chose que l'on fuirait du fait que sa vie soit directement en danger ? Tout à fait ! Il ne faut jamais oublier que les migrations ne sont pas toujours forcées. Elles ne sont pas toutes traumatiques, bien sûr, mais en partant « à l'aventure », terme qu'on entend souvent, les personnes vont découvrir que la trajectoire et l'arrivée sont bien plus violentes qu'imaginées. Vous avez une population qui arrive dans votre pays et qui, très vite, est mise en doute : pourquoi elle est là ? Est-ce de la migration économique ? Tout de suite, il y a cette question du soupçon dans la présence en France. Et puis de l'autre côté, tous les liens familiaux et personnels, ces loyautés qu'un migrant entretient avec sa famille et sa communauté. Car quand on part, on part pour réussir ! D'abord, on hypothèque beaucoup de choses, on ne voit plus sa famille pendant des années, on ne sait même pas si on la reverra. Si on la revoit, il faut avoir réussi avec un statut supérieur à celui d'auparavant. On a beaucoup de jeunes, par exemple, qui sont partis et qui galèrent. Je veux dire que l'expérience de la rue, elle existe pour beaucoup de ces personnes qui arrivent. Le temps de trouver un petit boulot, souvent dégradant, qui amène à la question du déclassement social, les diplômes quelquefois ne servent à rien... Ce problème de reconnaissance fait que la dignité est très atteinte et que les personnes qu'on rencontre vont vouloir protéger aussi leur famille en leur cachant cette vérité. Il y a un terme que vous avez utilisé tout à l'heure, « l'aventure ». Et effectivement, si on utilise généralement en Occident le qualificatif « migrant », en Afrique, notamment en Afrique de l'Ouest, on ne dit pas ce terme-là, on parle plutôt de gens qui partent à l'aventure. Voyez-vous également des aventuriers et des aventurières, dans le sens de plonger dans un inconnu absolu ? Là, il y a quelque chose chez ces personnes, il y a une grande force à continuer cette aventure, une projection vers le futur, un élan qui est souvent brisé par des obstacles mais qui est très fort. Notamment chez les jeunes.

À l'issue de son 39e sommet, l'Union africaine a révélé sa nouvelle stratégie vis-à-vis des pays de l'Alliance des États du Sahel : tout en rappelant l'impératif du retour à l'ordre constitutionnel, priorité est clairement donnée au soutien à la lutte antiterroriste au Mali, Niger et Burkina Faso. Cette stratégie de l'Union africaine est-elle la bonne ? L'ancien ministre malien Housseini Amion Guindo, farouche opposant des militaires au pouvoir à Bamako, président du parti Codem et du mouvement Jigiya Kura, désormais dissous (comme toutes les organisations politiques du Mali) est le Grand invité Afrique de David Baché. RFI : L'Union africaine prône toujours le retour à l'ordre constitutionnel au Mali, au Niger et au Burkina, mais donne clairement la priorité, désormais, au soutien à la lutte antiterroriste de ces trois États. On ne sait pas encore comment. Est-ce que c'est une bonne stratégie ? Housseini Amion Guindo : L'Union africaine fait une très mauvaise appréciation des problèmes du Mali. Réduire, aujourd'hui, le problème du Mali à la lutte contre le terrorisme, c'est se tromper. Au Mali, nous avons un problème de dialogue national, nous avons un problème de rébellion séparatiste, des tensions intercommunautaires, des partis politiques qui sont dissous... Donc, le problème du Mali, il est global. Il ne peut pas être circonscrit à un problème de lutte contre le terrorisme. Je pense que ce discours de l'Union africaine contredit les principes mêmes de l'Union africaine : des principes de légitimité, d'ordre constitutionnel, de droits humains. C'est sur cette base que l'Union africaine a été constituée. Mais l'Union africaine n'est pas constituée pour lutter contre le terrorisme, pour soutenir des régimes qui essaient de vivre de ce terrorisme. Donc ce que vous dites, c'est que ces régimes qui, dans leur discours officiel, se maintiennent au pouvoir justement pour lutter contre les groupes terroristes, cette approche de l'Union africaine, ça les conforte d'une certaine manière ? Bien entendu. C'est pourquoi j'ai dit que l'Union africaine, par cette déclaration, trahit ses principes et apporte un soutien étrange. Il est important pour l'Union africaine de chercher d'abord à comprendre le problème malien en particulier, et celui du Sahel en général. Ce n'est pas seulement le terrorisme, il y a des questions de légitimité. Mais la réalité du terrain est visible. En dépit du discours officiel des régimes en place, la progression territoriale, le renforcement des groupes jihadistes sont indéniables et cela représente une menace aussi pour les pays voisins de l'AES, pour toute l'Afrique de l'Ouest. L'Union africaine doit bien le prendre en considération, non ? Mais bien entendu. C'est vrai qu'aujourd'hui, la situation s'est dégradée par les choix opérés par ceux qui ont fait le coup d'État au Mali. Mais il est évident que les problèmes du Mali se gèreront d'abord dans le cadre d'une entente entre Maliens, ensuite dans le cadre d'une entente entre le Mali et ses voisins. Je ne pense pas que la déclaration de l'Union africaine conforte même celle de la Cédéao. Cela dit, on a vu ce qu'a donné l'approche plus ferme de la Cédéao : une rupture totale avec les pays de l'AES. Est-ce que l'Union africaine n'a pas raison de chercher à maintenir des rapports avec le Mali, le Niger et le Burkina, pour ne pas abandonner les populations ? Effectivement, nous, nous sommes de l'Union africaine et le Mali est l'un des rares pays à écrire dans sa Constitution qu'il est prêt même à abandonner sa souveraineté pour réaliser l'unité africaine. Maintenant, de quel Mali s'agit-il ? Le Mali, c'est à travers ses représentants dûment mandatés par le peuple du Mali et non un Mali qui aujourd'hui est carrément hors Constitution, avec un coup d'Etat qui impose une dictature stérile pendant près de six ans au peuple malien. Alors qu'est-ce que vous attendez de l'Union africaine ? C'est vraiment d'aider le Mali à d'abord s'organiser pour désigner ses représentants. Permettre aux Maliens d'avoir une transition civile et un retour à l'ordre constitutionnel. C'est sur la base de ces principes que l'Union africaine a été créée, et non pour organiser des armées pour aller combattre le terrorisme. Vous êtes membre de la Coalition des forces pour la République, opposée au régime militaire en place au Mali. L'imam Dicko, figure de proue de la CFR, a renouvelé sur notre antenne, la semaine dernière, depuis Nouakchott, son appel à « dialoguer avant qu'il ne soit trop tard ». Concrètement, l'imam, vous, la CFR, vous proposez quoi à présent ? L'imam a été très sage. Il a dit en des termes très courts que la situation est intenable et que l'effondrement est plus que jamais d'actualité. 70 % à 80 % de nos campagnes payent la zakat et obéissent à l'ordre jihadiste, au Jnim ou autres jihadistes, l'EIGS. Il ne reste que les grandes villes qui, aujourd'hui, pratiquement toutes sont sous blocus. Donc est-ce que la logique, le tout militaire qui a été adopté par le CNSP actuellement au pouvoir… Les autorités militaires de transition en place au Mali... …et que l'Union africaine aujourd'hui se propose de soutenir. Est-ce que ce tout militaire a donné la solution ? Il faut que les autorités actuelles permettent un dialogue qui mettra en place une transition civile et retournent dans les casernes. Et c'est ça le rôle de l'Union africaine : de soutenir une dynamique interne.

Le Gabon est toujours privé de réseaux sociaux. Mardi soir, la Haute autorité de communication a décidé de leur suspension « jusqu'à nouvel ordre ». « Atteinte à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale » : ce sont les quelques arguments avancés par la HAC pour justifier sa mesure, qui n'a pas manqué de faire réagir autant dans l'opposition que dans le monde de la presse et celui des milieux économiques. Pour expliquer cette décision prise sans préavis, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la présidence gabonaise, répond à RFI. Il est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané. RFI : On va commencer par cette annonce surprise : la suspension immédiate des réseaux sociaux jusqu'à nouvel ordre. Pouvez-vous préciser ce qui pousse la Haute autorité de la communication (HAC) à prendre une mesure qu'on peut qualifier de radicale ? Théophane Nzame-Nze Biyoghe : Cette mesure s'inscrit dans le prolongement d'une réflexion vieille de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, sur l'usage général qui est fait des réseaux sociaux. Ce n'est pas une sanction, c'est simplement un signal fort qui est envoyé pour poser ce débat et éventuellement envisager d'autres étapes, comme le fait de légiférer pour redéfinir l'usage des réseaux sociaux. Un usage qui ne doit pas compromettre l'œuvre perpétuelle de raffermissement du vivre-ensemble. Malgré tout, les arguments avancés par la HAC sont quand même très larges : on parle de déstabiliser les institutions de la République, de mettre en péril gravement l'unité nationale... Pour cette annonce sans préavis, quels sont les éléments dont dispose la HAC pour dire que le pays serait en danger à cause des seuls réseaux sociaux ? Je me demande si ce n'est pas un peu simplifier les choses que de dire que la HAC affirme que le pays est en danger à cause des réseaux sociaux. Mais en tout cas, les réseaux sociaux sont aujourd'hui un terrain qui permet de structurer un certain nombre de facteurs potentiellement déstabilisants. Lesquels ? Pour ce qui est de la désinformation, il y a parfois beaucoup d'information ou de désinformation. Il est question aujourd'hui de s'intéresser à cette question pour réguler davantage et faire en sorte que les réseaux sociaux permettent un débat beaucoup plus constructif, et non pas un débat qui vise à nuire à l'intérêt supérieur que nous avons à préserver, un minimum de cohésion sociale à notre niveau. Le Sommet de l'Union africaine s'est tenu ce week-end à Addis-Abeba. Le président de la Commission, Mahamoud Ali Youssouf, a déclaré qu'il n'y aura aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels. Que répondez-vous notamment à l'Angolais João Lourenço, président sortant en exercice de l'UA, qui est allé plus loin en déplorant « le blanchiment des coups d'État grâce à des élections » ? Les constitutions sont d'abord faites pour servir l'intérêt des peuples. Les Gabonais n'en pouvaient plus de l'ancien régime, vraiment plus. Le cadre législatif et constitutionnel ne peut pas servir de prétexte à l'amenuisement des libertés des gens. L'intérêt du peuple en tout et pour tout doit primer. Et la situation était intenable au Gabon. Il y a donc eu ce coup « de libération » le 30 août 2023. Il ne s'agit pas de blanchir quoi que ce soit. Il s'agit simplement de dire que lorsque les textes servent à brider les populations, il y a nécessité à employer des voies qui ne sont pas forcément consacrées dans les textes, mais qui sont des voies qui finissent par être salutaires pour les peuples. Le chef de l'État, Brice Oligui Nguema, s'est félicité, il y a quelques jours, du retour des enseignants dans les salles de classe. Malgré tout, la grève perdure depuis deux mois. Où en sont les négociations concernant les revendications des enseignants ? Les négociations ont été menées durant plusieurs semaines dans un cadre qui a été activé très rapidement. Il y a eu une commission tripartite qui a été déployée pour encadrer ces négociations. Les négociations ont débouché sur l'adoption d'un certain nombre de points. Au terme de cela, une échéance a été fixée : celle du 25 février prochain, pour lesquelles l'État devra procéder à la régularisation des 4 000 situations administratives retenues pour le secteur de l'éducation, avec les effets soldes qui sont donc inhérents à cela. Le FMI annonce une visite au Gabon la semaine prochaine, dans un contexte d'explosion de la dette et du déficit au Gabon et aussi dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac). Chez nos collègues de France 24, vous précisiez d'ores et déjà qu'il n'y aura pas de politique d'austérité au Gabon… Il ne s'agit pas pour le FMI de modifier les priorités de notre politique économique, mais il s'agit de définir la meilleure méthodologie pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Donc, le projet est le même. Il est question de mettre à contribution le FMI pour apporter davantage de transparence dans la gestion des deniers publics, renforcer la gouvernance et envisager des lendemains meilleurs, et notamment aussi avoir beaucoup plus de facilité pour aller quérir des financements auprès d'autres bailleurs de fonds, puisque dans la stratégie d'endettement du Gabon, il y a un privilège qui est accordé aux partenaires multilatéraux pour nous prémunir des risques de fluctuations de taux. Mais en aucun cas, il n'y a de projet d'ajustement structurel comme cela a pu être le cas par le passé. Il n'y a pas d'austérité en vue. Pas du tout. La politique sociale du président de la République sera exécutée.

Le 39ᵉ sommet de l'Union africaine (UA) s'est achevé dimanche à Addis-Abeba. Parmi les nombreux dossiers abordés par les chefs d'État et de gouvernement réunis dans la capitale éthiopienne, celui de la Guinée-Bissau, après le coup d'État militaire du général Horta N'Tam le 26 novembre dernier. Patrice Trovoada, ex-Premier ministre de Sao Tomé-et-Principe, a été nommé le 23 janvier dernier envoyé spécial de l'UA pour la Guinée-Bissau. Il confie à RFI avoir prévu de se rendre à Bissau « dans les prochains jours », sans préciser de date. Ce sommet a bien sûr été pour lui l'occasion de mener, déjà, une série de discussions. Avec qui ? Comment juge-t-il le processus de transition en cours à Bissau ? Comment aborde-t-il sa mission ? Quid des doléances de l'opposition, qui estime s'être fait voler la victoire à la présidentielle de novembre dernier ? Patrice Trovoada, envoyé spécial de l'UA pour la Guinée-Bissau, est l'invité Afrique de RFI, au micro de l'envoyé spécial de RFI à Addis-Abeba, David Baché. RFI : Aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels : c'est la volonté affichée par l'Union africaine à l'issue de ce 39ᵉ sommet. Le message semble s'adresser, entre autres, à la Guinée-Bissau ? Patrice Trovoada : Oui, il y a eu cette déclaration du président João Lourenço. L'Union africaine, dans sa charte, refuse tout changement anticonstitutionnel. Cela peut être un coup d'État militaire, cela peut être d'autres tripatouillages de la Constitution pour lesquels l'Union africaine dit non. Le président guinéen Mamadi Doumbouya et le président gabonais Brice Oligui Nguema étaient dans la salle. On se dit que c'est peut-être une déclaration pour l'avenir ? Écoutez, chaque pays est un cas. Si la gouvernance piétine la Constitution, c'est aussi quelque chose que la charte de l'Union africaine réfute. Vous qui êtes envoyé spécial de l'Union africaine pour la Guinée-Bissau, est-ce que ça vous a conforté et encouragé dans votre mission ? La mission est très claire. C'est d'abord d'établir un contact non seulement avec les autorités de transition, mais avec tous les acteurs politiques, les institutions républicaines et la société civile. Il faut déjà créer un climat de confiance, qu'il y ait de la retenue et que les gens soient disposés à dialoguer politiquement pour que cette transition puisse déboucher sur le retour à une vie constitutionnelle normale, un État de droit, et que ça soit crédible et durable. À l'occasion de ce sommet de l'Union africaine, avec qui vous avez eu des rencontres constructives ? J'ai eu plusieurs rencontres. Celle qu'il y a lieu de signaler, c'est avec le président Julius Maada Bio, le président en exercice de la Cédéao. La rencontre a été très positive. Et bien sûr, j'ai eu à travailler avec le président de la Commission et son staff pour que nous puissions aider les Guinéens dans cette épreuve et qu'on ait un retour et une stabilité qui soit durable. Après leur coup d'État en novembre dernier, les militaires au pouvoir à Bissau ont déjà modifié la Constitution et fixé des élections pour décembre prochain. Est-ce que le processus de transition tel qu'il s'engage vous semble crédible ? Les autorités ont pris un certain nombre de décisions. Ce qui est important aujourd'hui, c'est que nous puissions établir un dialogue qui soit inclusif, pas seulement avec les autorités. Il faut un climat de confiance pour que nous puissions effectivement progresser. Ces décisions sont obligées, comme c'est normal, de contestation. Le fait d'avoir fixé une date pour des élections, c'est déjà bien. Maintenant, nous allons voir l'inclusivité et la possibilité parce que les élections, c'est quand même tout un processus. S'il y a un certain nombre de pas qui doivent être remplis avant d'aller vers les urnes, nous verrons avec les uns et les autres comment est-ce qu'on peut rassurer sur ce processus de transition. À écouter aussi«Il n'est pas acceptable que des auteurs de coup d'État soient élus démocratiquement» On entend votre volonté d'accompagner cette transition jusqu'à des élections crédibles, inclusives, y compris avec les partis d'opposition. Mais justement, l'opposition et la société civile souhaiteraient tout simplement qu'on proclame les résultats des élections qui ont déjà été organisées et qui ont déjà un vainqueur... C'est un point de vue qu'il faut prendre en considération. De l'autre côté, vous avez une autorité de transition qu'il faut aussi prendre en considération. Il va donc falloir progresser vers une sortie de crise acceptable par tous. Au-delà des acteurs politiques, est-ce que ça ne serait pas plus juste pour les citoyens bissau-guinéens qui se sont exprimés lors de ces élections de se conformer à leurs résultats ? Je crois qu'il faut être très humble dans ce genre de situation. Il y a une autorité de transition qui détient le pouvoir réel. Nous allons nous rapprocher d'elle et nous allons aussi, comme je vous l'ai dit, inclure dans nos contacts tout le monde. Il faut choisir d'être du côté de la solution crédible et inclusive. L'opposant Domingos Simoes Pereira a été convoqué par la justice militaire la semaine dernière. Cela vous inquiète-t-il ? Sur place, j'aurai l'occasion, du moins je l'espère, d'avoir de plus amples informations sur ce dossier-là. Je demanderai aussi à contacter les autorités judiciaires pour m'enquérir de ce qui se passe à ce niveau-là. L'opposition affirme que l'ex-président Umaro Sissoco Embaló a lui-même préparé l'arrivée des militaires pour empêcher Fernando Dias, qui revendique la victoire à la présidentielle, d'accéder au pouvoir. De son côté, l'ancien président est toujours en exil et demande des garanties de sécurité pour rentrer à Bissau. Aujourd'hui, avec un peu plus de deux mois de recul, était-ce un vrai ou un faux coup d'État ? Vous comprendrez facilement la délicatesse de cette mission. Nous allons travailler avec beaucoup de réalisme et ne lâcherons pas les principes et les convictions et la charte de l'Union africaine. Nous allons essayer d'amener tout ça à bon port. À lire aussiFin du sommet de l'Union africaine: «Aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels»

Il y a un peu moins d'un an, leur relation était glaciale. Aujourd'hui, tout semble oublié. Dimanche 15 et lundi 16 février, le président du Niger Abdourahamane Tiani était en visite à Alger sur invitation de son homologue Abdelmadjid Tebboune. Les deux dirigeants ont multiplié les signes d'amitié et de bonne entente. L'an dernier pourtant en avril, les autorités algériennes avaient expulsé de façon inédite, et sur une seule journée, plus d'un millier de ressortissants africains vers le désert nigérien. Les conséquences d'un incident diplomatique et militaire entre l'Algérie et le Mali, principal partenaire du Niger au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES). Notre Grand Invité Afrique est Bakary Sambe, enseignant-chercheur à l'université Gaston Berger de Saint-Louis et président du Timbuktu Institute. Il répond à Sidy Yansané. RFI : Le président Abdourahamane Tiani a passé deux jours à Alger. Il a rencontré le président Abdelmadjid Tebboune en tête-à-tête à deux reprises. Dix ministres l'accompagnaient et, chose suffisamment rare pour être remarquée, le général Tiani a troqué l'uniforme pour le boubou civil. Peut-on parler d'une simple réconciliation ou des retrouvailles célébrées en grandes pompes ? Bakary Sambe : La visite du général Tiani du Niger en Algérie s'inscrit naturellement dans le cadre d'une accalmie et d'une tentative de normalisation des relations. Elle intervient après une période de tensions diplomatiques d'environ un an, depuis avril 2025, suite à l'incident du drone malien abattu par l'Algérie qui avait entraîné le rappel des ambassadeurs des pays de l'Alliance des États du Sahel, à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette visite dite de travail et de fraternité, à l'invitation du président Tebboune, a été précédée d'abord par le retour simultané des ambassadeurs. C'est donc un signe concret de normalisation et de réchauffement diplomatique. Cette visite tente de sceller la fin d'une brouille et relance quand même un dialogue direct au plus haut niveau. Tiani comme Tebboune tiennent vraiment à montrer que tout est rentré dans l'ordre, au vu des grands sourires et gestes d'amitié durant leur rencontre… Il est vrai qu'en observant les images de cette visite, on se rend compte que l'Algérie met en avant son rôle de messager de paix et de bon voisinage, tandis que le Niger, de son côté, cherche quand même à consolider des liens historiques, géographiques et culturels profonds. L'Algérie veut être perçue comme étant un pays qui normalise ses relations. La visite est perçue donc comme un gain pour toute l'Afrique, avec une portée continentale pour renforcer la position stratégique de l'Algérie dans le Sahel. Derrière, il faut voir quand même les enjeux qui sont énormes. D'abord, la coopération sécuritaire, la lutte contre le terrorisme. Mais aussi les discussions qui incluent probablement un renforcement de la coordination en matière de défense et de sécurité, ce qui est un enjeu vital de stabilité dans la région. Quels sont les principaux points sur lesquels peuvent s'entendre et discuter les deux chefs d'État ? La question du renforcement de la coordination en matière de défense et de sécurité va prendre une place très importante. C'est qu'il y a un enjeu vital pour la stabilité régionale. Mais derrière cela, il ne faut pas oublier les enjeux économiques avec des projets énergétiques et économiques stratégiques comme le bloc pétrolier à Kafra, dans le nord nigérien, mais aussi comment booster les revenus du Niger et diversifier les approvisionnements algériens. D'après certains observateurs, on trouverait aussi sur la table le dossier du gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie. Bref, beaucoup de projets ouverts mis sur la table lors d'une visite qui, d'abord, symbolise une forme de réconciliation, tout en annonçant des lendemains beaucoup plus ouverts entre les deux pays, qui essayent de montrer à la face du monde qu'ils sont en train de fermer la parenthèse d'une brouille. Il y a tout de même une chose qui interroge dans cette visite. Le Niger s'était brouillé avec l'Algérie par solidarité avec son partenaire sahélien du Mali, qui, lui, entretient toujours des relations glaciales avec Alger. Dans un Sahel en recomposition, cette visite permet à l'Algérie, c'est vrai, de regagner de l'influence face aux tensions persistantes avec le Mali, notamment suite à son refus de comparaître devant la Cour internationale de Justice sur l'incident du drone. Mais certains observateurs se demandent si Tiani n'est pas aussi porteur d'un message de médiation informelle pour l'AES, notamment vis-à-vis du dirigeant malien Assimi Goïta. Même si la délégation met l'accent tout de même sur les intérêts nationaux nigériens, je crois que, comme vous le dites, cela pourrait ouvrir la voie à une normalisation plus large entre l'Algérie et l'AES, comme cela peut aussi causer des problèmes au vu des relations exécrables entre Bamako et Alger. Une normalisation plus large via Tiani entre l'Algérie et le Mali, dites-vous, alors même qu'Alger héberge l'imam Mahmoud Dicko, désormais vu comme un opposant politique pur et simple par les autorités à Bamako ? Il est vrai que l'imam Dicko aujourd'hui est vu par les autorités de Bamako comme un ennemi du régime en place. Mais je crois que, aujourd'hui, l'idée d'une réconciliation est fondamentale pour le Mali au regard de ses relations historiques avec l'Algérie. Mais il est vrai que cette visite-là sème quelque peu le trouble dans l'esprit de certains.

L'année 2025 a été particulièrement ensoleillée pour le secteur énergétique en Afrique. L'an dernier, le continent a enregistré une progression inédite selon le Global Solar Council. Le groupe qui réunit de nombreux acteurs du secteur indique une hausse de 54 % d'installations en énergie solaire par rapport à l'année précédente. Un record qui montre tout l'intérêt de l'industrie du solaire dans la région la plus ensoleillée au monde. Une énergie dont les équipements tendent à se généraliser à travers l'Afrique. Gilles Parmentier est le fondateur et directeur général du groupe Africa REN. RFI : Toutes les études indiquent un marché du solaire en expansion en Afrique. Quels sont les facteurs de croissance de cette énergie verte ? Gilles Parmentier : De toute évidence, l'énergie solaire en Afrique fait vraiment sens. Premièrement, elle est abondante. Le continent a les meilleures données d'irradiation solaire de la planète. Ensuite, elle est gratuite par définition, une fois qu'on a installé une centrale solaire. Et aujourd'hui, c'est une énergie extrêmement compétitive. Le prix au kilowatt/heure, le prix de revient de la centrale, tout cela rend le solaire plus compétitif qu'une centrale thermique ou autre type de technologie. Quand on pense énergie, on pense généralement à de l'électrification. Quels sont les usages les plus fréquents du solaire sur le continent ? Il y en a deux principalement : la production électrique d'une part, et d'autre part il y a tout ce qui est chauffe-eau solaire, four solaire, où on vient transformer l'énergie solaire en chaleur. On va la retrouver dans des usages domestiques et résidentiels sur la maison. Par contre, l'énergie électrique sert pout tout type d'usage. On a des centrales raccordées au réseau national, donc qui vont se brancher sur les lignes à haute tension et alimenter les villes. On a des centrales solaires en site isolé par exemple, qui vont alimenter des mines, des cimenteries, etc. Et il y a des centrales solaires en toiture destinées par exemple à des supermarchés ou à des entrepôts. Et puis il y a également les centrales solaires en microgrid : on vient alimenter un village de façon autonome avec du solaire qu'on doit complémenter par du diesel. Et enfin le solaire domestique, là c'est le panneau solaire sur la maison ou le kit solaire dans les zones très rurales. Cette croissance est aussi due à la hausse de la production décentralisée de l'énergie solaire. C'est un peu ce que vous venez de décrire. Alors que d'habitude on produit à grande échelle pour raccorder l'énergie au réseau électrique national du pays. Expliquez-nous la différence entre les deux systèmes… Ça c'est la grande promesse du solaire ! Jusqu'à récemment, une centrale électrique était de grande capacité. On la reliait avec des lignes à haute tension vers les centres de consommation, les villes. La difficulté du continent, c'est que la population à électrifier est encore énorme, 700 millions d'habitants sur le continent n'ont toujours pas accès à l'électricité, et par ailleurs on est sur des distances à couvrir très importantes. Il a fallu prendre conscience que le réseau électrique n'allait pas pouvoir aller partout rapidement. Le solaire étant beaucoup plus modulable qu'une centrale à charbon, une centrale diesel ou une centrale hydro, on est arrivé à une technologie qui permet d'installer des centrales solaires de capacité moyenne, voire petite, dans des villages, des villes moyennes, sans attendre que les lignes à haute tension arrivent. C'est un peu ça la grande révolution : les minigrid ou microgrid et c'est ce qui permet d'électrifier des populations sans avoir à tirer des lignes sur des centaines de kilomètres pour amener l'électricité qui serait produite ailleurs. On vient produire directement à l'endroit de la consommation. Cela peut sembler un peu curieux de parler d'une progression de l'énergie solaire aujourd'hui en Afrique, qui est la région la plus ensoleillée au monde, avec du soleil durant les deux tiers de l'année dans une bonne partie du continent. Dès les années 1980, le Niger s'est distingué par la fabrication de chauffe-eau, capteurs et autres équipements solaires par exemple. Voyez-vous une difficulté à faire accepter l'énergie solaire sur le continent ? Ou est-ce vraiment une question d'accès à la technologie ? Peut-être qu'une des difficultés principales, c'est la difficulté à mettre sur pied un projet où on va vendre l'énergie pendant 20 à 25 ans à une société publique nationale d'énergie. On doit arriver à mobiliser des financements et à les sécuriser pendant une durée très longue. Le défi, il est là : c'est vraiment d'arriver à mobiliser ces ressources sur un très long terme, puisqu'on va chercher à emprunter sur des durées allant de 15 à 18 ans. Donc c'est très long et ça implique de prendre quand même des risques importants sur des pays qui peuvent parfois traverser des transitions politiques ou des cycles économiques qui mettent en difficulté ces projets-là. À lire aussiL'énergie solaire a connu un développement sans précédent en Afrique lors de l'année 2025

Afrotronix, le musicien et compositeur tchadien revient avec un nouvel album intitulé « KÖD ». 27 pistes aussi variées que dansantes avec lesquelles il propulse dans le 21ᵉ siècle les rythmes, les mélodies et les voix du patrimoine musical africain. Caleb Rimtobaye, aka Afrotronix, est l'invité de la rédaction. Il répond à Olivier Rogez. RFI : Köd, c'est le titre de votre nouvel album. Qu'est-ce que signifie ce mot ? Afrotronix : Köd en Saran, une langue du sud du Tchad, cela veut dire tam-tam, parce que le tam-tam est l'un des premiers outils de codage, et j'ai voulu le ramener sur le devant en cette période où l'intelligence artificielle prend toute la place. Donc, j'ai voulu rappeler la genèse de cette intelligence basée sur le coding, j'ai voulu ramener l'attention sur l'humain, sur l'origine. Bien sûr, beaucoup craignent que la machine prenne le relais et que l'homme passe en dernier, mais je veux juste rappeler que tout ça vient de l'humain et que cela ne date pas d'aujourd'hui. Sur votre site, on peut lire que vous avez nourri les logiciels, les machines de sons traditionnels et de musiques traditionnelles. Expliquez-nous. Le processus consiste à fournir à la machine les algorithmes africains dans le cadre de mes logiciels de musique. J'ai fait un travail de « sound design » à partir des sons d'instruments qu'on ne retrouve même plus aujourd'hui et je les ai synthétisés. Au niveau rythmique, je ne compose pas une électro qui part de la house-music à laquelle on ajouterait des éléments africains. Avec moi, la base elle-même est africaine. Donc j'amène la machine à penser dans les langues et dans les codes africains. C'est ce que j'appelle « la proposition de l'algorithme africain aux machines ». À lire aussiAfrotronix explore le patrimoine africain dans «KÖD», son nouvel album Et vous vous êtes appuyé sur de vieilles cassettes, peut-être aussi de vieux vinyles africains que vous avez fait écouter à vos logiciels, c'est ça ? C'est exact. Je suis allé au Tchad et j'ai rapporté beaucoup de samples. De même, j'ai récupéré de vieilles cassettes audios à la radio nationale. Avec tout cela, j'ai créé une database. Toute ma démarche consiste à célébrer les valeurs culturelles africaines et non à les considérer comme des vestiges du passé. J'aimerais en faire des ressources vivantes qui continueront à alimenter nos conversations, nos projets de société, nos projets politiques, parce que c'est un héritage. Des ancêtres ont travaillé dur pour en arriver là. La question est de sortir du mimétisme au niveau politique et social, d'arrêter d'essayer de copier tout ce qui vient de l'Occident. Parce que nous avons une force de créativité à laquelle il faut faire de la place. « Köd est une méditation sur ce qui échappe aux machines », écrivez-vous. Pourtant, ce disque doit aussi beaucoup aux machines. Ces logiciels, cette intelligence artificielle, vous les prenez à contre-pied ? La chose que je veux éviter, c'est que l'on se mette à servir les machines. Les datas qu'on propose aux machines, c'est nous qui décidons de ce qu'elles sont. C'est nous qui décidons ce que la machine doit apprendre. Je ne prompte pas ma musique, c'est une limite que je ne franchis pas parce que je pense qu'alors il manquerait l'essence. Moi, je ne fais pas la musique pour du commercial. J'ai un message à transmettre. Les mots, l'effort et l'énergie que j'essaie de faire passer par la musique sont l'essence de mon travail. Donc si je m'abstiens de prompter, car sinon je perdrais l'intérêt. Il y a beaucoup de choses intéressantes sur cet album. On trouve par exemple un chant rebelle Toubou, l'ethnie du Tchad, dans le titre Himini. Où l'avez-vous trouvé ce chant rebelle Toubou ? J'étais en route pour le Nord vers Fada, et j'ai entendu dans la voiture les chansons que passaient les chauffeurs. Vous savez, dans certaines régions, les chauffeurs prennent des risques, et ils passent beaucoup de chansons de bravoure. Et pendant tout le temps du parcours, j'écoutais et un chauffeur m'a parlé de ces chants. Il m'a expliqué et j'étais vraiment touché par la force de cette musique composée pour pousser les hommes à ne pas reculer. Des chants pour aller au combat ? Oui. Et dans la résistance de ce que je suis en train de mener aujourd'hui, dans le besoin de faire de la place à la culture africaine et de résister à l'envahissement, j'ai trouvé important de remettre ça au centre. Justement, est-ce qu'à Ndjamena ce message est compris ? Est-ce que les autorités sont attentives à ce travail de préservation du patrimoine musical ? C'est ce qui manque un peu, hélas. C'est mon combat, et c'est le grand message que j'essaie d'envoyer au fur et à mesure. Moi, je ne crois pas qu'il y ait de développement sans la culture et l'un des messages que j'envoie à l'autorité, encore aujourd'hui, c'est : « oui, on fait beaucoup de sacrifices au niveau de l'armée pour défendre, mais défendre quoi ? » Si on met de côté la culture, qu'est-ce qu'on défend ? Notre identité passe par les manifestations culturelles, et ce que l'État devrait comprendre, le public l'a compris et les gens répondent parce que c'est l'image qu'ils veulent voir d'eux-mêmes. Moi, je rassemble plus de monde que les leaders politiques au Tchad. Il est peut-être temps que ces leaders se penchent sur la question et qu'ils investissent dans la culture.

Aujourd'hui, vendredi 13 février à Addis-Abeba, à la veille du sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine, se tient un sommet Italie-Afrique. C'est le deuxième sommet de ce genre, mais c'est la première fois qu'il se tient sur le continent. Il y a deux ans, le gouvernement de Giorgia Meloni, présentait « Le plan Mattei pour l'Afrique », un programme de coopération et de développement de 5,5 milliards d'euros jusqu'en 2027. La présidente du Conseil italien fait le déplacement à Addis-Abeba et sera même l'invitée d'honneur du sommet de l'UA ce week-end. Quelles sont les ambitions de Giorgia Meloni en Afrique ? Notre grand invité Afrique est Riccardo Fabiani, directeur Afrique du Nord pour International Crisis Group. Il répond à Sidy Yansané. À lire aussiLe plan Mattei, nouvelle politique africaine de l'Italie, commence à prendre forme

La guerre dans l'est de la RDC : mercredi 11 février, vous entendiez le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya. Ce jeudi 12 février, l'invité Afrique de RFI est le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Olivier Nduhungirehe. À Addis-Abeba en amont du sommet à venir de l'Union africaine, il répond aux accusations de « mensonge » portées par la RDC, qu'il accuse en retour de porter la responsabilité de la guerre. Le ministre rwandais balaie également les menaces de sanctions internationales, notamment américaines. Les accords de Washington ne servent-ils pas avant tout les intérêts économiques des États-Unis ? Les accords de Washington peuvent-ils réellement aboutir à une paix durable ? Quel rôle pour l'Union africaine dans ce conflit ? Olivier Nduhungirehe, chef de la diplomatie rwandaise, répond aux questions de l'envoyé spécial de RFI à Addis-Abeba, David Baché. RFI : Olivier Nduhungirehe, monsieur le ministre, la guerre dans l'est de la RDC se poursuit, malgré les différents accords signés depuis le mois de juin à Washington et à Doha. En décembre, l'AFC/M23 s'est retiré de la ville d'Uvira. Un pas important. Mais il y a eu ensuite ces tirs de drones à Kisangani… Que faut-il désormais pour que cette rébellion, soutenue par le Rwanda, cesse ses attaques dans l'est de la RDC ? Olivier Nduhungirehe : Il n'y a aucun jour qui passe sans qu'il n'y ait d'attaques aériennes de la part du gouvernement congolais contre les positions de l'AFC/M23, ce qui est une violation du cessez-le-feu. Mais aussi, ce qui est plus inquiétant, contre des villages Banyamulenge, dans un contexte de montée des discours de haine. Et donc, le président Tshisekedi signe un accord de paix ou un accord de cessez-le-feu par la main, mais pas par le cœur. Donc ; c'est ça le problème. Vous parlez aujourd'hui des Banyamulenge. Hier, Kigali faisait reposer le problème sur la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), cette rébellion créée par d'anciens génocidaires et qui continue de vouloir renverser le régime au Rwanda. Côté congolais, on accuse votre pays de maintenir cette guerre pour s'accaparer les minerais ? Oh, ça, c'est un discours simpliste et ils savent bien que cela n'est pas la vérité. Il y a un problème FDLR à l'est de la RDC, ces génocidaires qui ont commis le génocide au Rwanda en 1994 et qui ont été entretenus, qui ont été soutenus, par le gouvernement congolais et qui ont même été intégrés dans l'armée congolaise. C'est d'ailleurs pour cela qu'il y a eu les accords de Washington. Il doit y avoir un engagement de la RDC de neutraliser les FDLR et de permettre au Rwanda de lever ses mesures de défense. Donc, les FDLR sont une question importante qui est au centre de ce conflit et qui doit être résolue par la neutralisation, comme l'exigent les accords de Washington. Le Rwanda vient de confirmer, fin janvier, une « coordination sécuritaire » avec l'AFC/M23, alors que votre pays démentait jusqu'alors soutenir militairement ce groupe armé. Pourquoi le reconnaître à présent ? Parce que l'AFC/M23 est un mouvement congolais… Soutenu par le Rwanda… Il y a des intérêts communs entre le Rwanda et l'AFC/M23, et ces intérêts communs s'appellent FDLR. Mais pourquoi le reconnaître maintenant, pourquoi l'avoir démenti auparavant ? Patrick Muyaya, ministre porte-parole du gouvernement congolais, considère que ce sont les « aveux » d'un « régime assis sur le mensonge ». Il l'a redit en substance sur notre antenne, le 11 février 2026. Que lui répondez-vous ? Oh, le mensonge, il sait de quoi il parle, Patrick Muyaya, puisque c'est le gouvernement congolais qui a intégré ces génocidaires FDLR en son sein. Et à l'heure où je vous parle, les FDLR sont toujours soutenus par le gouvernement congolais. Donc, quand Patrick Muyaya parle de mensonge, il sait de quoi il parle. Certaines voix réclament des sanctions internationales contre le Rwanda. Les États-Unis pourraient prendre cette décision assez rapidement. On a entendu il y a quelques jours le président Paul Kagame répondre à cette menace avec véhémence. Vous non plus, monsieur le ministre, cela ne vous effraie pas plus que cela ? Si les sanctions pouvaient régler les problèmes endémiques de la RDC, je signerais demain matin. Savez-vous qu'en 2012, en 2013, il y avait aussi des sanctions contre le Rwanda ? Est-ce que cela a réglé le problème de la RDC et du M23 pour autant ? Non. La guerre a repris huit ans plus tard, en octobre 2021. Donc, cette histoire de sanctions, comme si c'était une baguette magique, ça ne fait aucun sens. Il n'y a aucune sanction en ce bas monde qui va nous empêcher de sécuriser notre frontière et de nous assurer que notre population ne subisse pas ce qu'elle a subi en 1994 aux mains des FDLR. Mais ça ne serait pas un coup dur pour le régime, pour sa stature internationale, son attrait économique aussi ? Non, mais ça s'est fait déjà dans le passé, donc ça, ce n'est pas une question qui est valide. Nous sommes dans un monde où chacun doit porter sa croix. Les sanctions, on ne les craint pas et ce n'est pas le sujet. Le sujet est de régler le problème congolais à la source, c'est-à-dire en s'attaquant aux causes profondes. Est-ce que les accords de Washington, finalement, n'assurent pas surtout les intérêts économiques américains, l'approvisionnement en minerais notamment, sans atteindre les conditions d'une paix effective sur le terrain entre vos deux pays, le Rwanda et la RDC ? Les accords de Washington pour la paix et la prospérité ont d'abord une composante sécuritaire. Mais ça ne marche pas apparemment sur le terrain… Ça ne marche pas puisque ça n'est pas mis en œuvre. Et donc, c'est pour ça que nous en avons appelé aux États-Unis et même à l'Union africaine, la médiation africaine, pour régler cette question sécuritaire, ce qui va ouvrir la voie à une mise en œuvre du volet économique. Vous y croyez toujours ? On y croit toujours bien sûr. S'il y a, dans la préservation des intérêts américains, une paix durable dans la région, nous sommes preneurs. En tout état de cause, la situation humanitaire dans l'est de la RDC est catastrophique : des centaines de milliers de personnes déplacées, une crise alimentaire, et les organisations humanitaires, à cause du conflit, parviennent difficilement à accéder aux populations. Puisque votre pays, le Rwanda, se « coordonne » avec l'AFC/M23, n'avez-vous pas un rôle à jouer pour faciliter cet accès humanitaire ? Oui, la Monusco a un dialogue direct avec l'AFC/M23 et nous, le Rwanda, nous avons été disponibles pour ouvrir nos frontières, pour faciliter l'accès humanitaire. Mais pour le faciliter dans l'est de la RDC ? Mais, la Monusco et même les organisations internationales ont un accès direct à l'AFC/M23. Donc les autorités de fait, qui contrôlent la région, sont en contact avec les organisations humanitaires, avec la Monusco. Et je pense que toute question d'accès humanitaire a une réponse entre les deux parties concernées. Vous participez actuellement au conseil des ministres des Affaires étrangères, en amont du sommet des chefs d'États de l'Union africaine. Sur ce dossier, quelle décision attendez-vous du sommet de l'Union africaine ? Le Rwanda va pouvoir faire état de son point de vue. Il n'y a pas de décision attendue dans ce sommet sur cette question. Il y a une médiation africaine, qui est toujours en cours. Il y a la médiation américaine, la médiation qatarienne qui sont aussi à l'œuvre. Cette année doit être utilisée à bon escient pour que les progrès dans les accords de paix de 2025 soient consolidés en 2026. À lire aussiPaul Kagame répond aux menaces de sanctions internationales contre le Rwanda

Le président congolais Félix Tshisekedi vient d'achever une longue tournée dans une demi-douzaine de pays, effectuant une offensive diplomatique et politique, des États-Unis aux Émirats arabes unis, en passant par l'Angola et le Togo. Guerre dans le Kivu, dialogue intercongolais, crise avec le Rwanda, minerais critiques... Kinshasa a plusieurs dossiers brûlants sur la table. Pour aborder ces sujets, le porte-parole du gouvernement de la République démocratique du Congo, Patrick Muyaya, est notre Grand Invité Afrique ce matin. Il répond aux questions de Sidy Yansané. RFI : Depuis le début de l'année, le président Félix Tshisekedi multiplie les déplacements : Togo, Congo, France, les Émirats, les États-Unis et puis l'Angola pour finir cette grosse tournée. Qu'en est-il ressorti de concret à la fois sur les plans diplomatique, économique et surtout sécuritaire ? Patrick Muyaya : La plus récente visite, celle en Angola, c'était évidemment pour passer en revue la question de l'évolution du processus de paix. Et il y avait évidemment la question du dialogue intercongolais. Ensuite, la visite aux Émirats, là aussi, il s'agissait de mettre les dispositifs en place d'un partenariat stratégique, car les Émirats arabes unis et la République démocratique du Congo ont des intérêts en commun à construire et à partager. Pour revenir maintenant sur la visite à Washington, une visite historique, si je peux me permettre, en termes de partenariat stratégique RDC-États-Unis, nous avons eu la première réunion du comité directeur conjoint. Il y a aussi eu ce sommet sur les minerais critiques. Le président Tshisekedi a réussi à inscrire la République démocratique du Congo au cœur du débat sur la transition énergétique, faisait de notre pays un atout pour régler les problèmes de l'humanité. Revenons à l'Angola, puisqu'à la suite de la visite du président Tshisekedi, on a confié à Luanda un nouveau mandat : créer les conditions d'un dialogue intercongolais en parlant à toutes les parties. Qu'espérez-vous du président João Lourenço, ex-médiateur dans la crise rwando-congolaise, dans ce nouveau rôle ? Il va faire une forme de pré-consultation des différentes parties. Mais comme notre président de la République l'a dit et redit, le dialogue entre Congolais se tiendra en République démocratique du Congo. Et ce dialogue, j'insiste là-dessus, ne consacrera aucune forme d'impunité, parce que c'est l'impunité dont bénéficient certains acteurs qui est à la base de la répétitivité des conflits que nous déplorons dans la partie est du pays. Parlons de l'un de ces acteurs. RFI a révélé que, en décembre dernier, l'ancien président Joseph Kabila, condamné à mort pour trahison et crimes de guerre par la justice congolaise, avait été reçu à Luanda par la présidence angolaise. Kinshasa est-elle prête à dialoguer avec cet acteur congolais-là ? Dans le dialogue que nous devons avoir, nous avons un point principal : l'agression. Lorsque vous regardez les prises de position et les attitudes du président honoraire, il est évident qu'il est complice de l'agression parce qu'il est difficile d'imaginer que c'est lui qui a combattu par le passé le M23. Puis, dans une tribune publique, brisant de longues années de silence, il dit soutenir et justifier le combat du M23. Il y a des gestes qu'il n'aurait jamais dû poser. Tout dépendra évidemment du rapport que, le moment venu, le président Lourenço fera de ses différentes consultations, notamment avec celui que vous avez cité. Malgré l'accord signé à Washington, et aussi l'accord-cadre de Doha et ses protocoles censés être appliqués, les violences perdurent sur le terrain. Que manque-t-il pour que, au moins, il y ait un cessez-le-feu ? Il manque de la volonté du côté du Rwanda, car il est évident que toute idée visant à ramener la paix dans cette partie de notre pays n'arrange pas le président Paul Kagame, qui est aussi derrière ces faux prétextes d'extermination ou de ciblage des populations banyamulenge. Il y a un autre prétexte qu'il utilise, celui de la présence des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, mouvement sanctionné par l'ONU et considéré comme génocidaire par Kigali, NDLR). Je pense que, au terme de tous ces processus, le Rwanda ne viendra plus recycler ces prétextes, d'autant qu'il est censé régler ces problèmes en ce moment. Vous êtes porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication. Vous insistez beaucoup sur certains termes, qualifiant le président Paul Kagame de « père du M23 » avec qui il entretient « une relation diabolique ». Peut-on vraiment parler d'effort de paix quand, des deux côtés rwandais et congolais, il y a des termes extrêmement forts pour désigner l'adversaire et la personne avec laquelle on doit négocier ? Nous qualifions Kagame et le M23 de relation père-fils à raison. Qui a créé le M23 ? Qui arme le M23 ? Qui conduit les opérations du M23 ? Il y a des rapports du groupe d'experts des Nations unies qui le disent de manière régulière. Donc cette filiation existe bel et bien. La frontière avec le Burundi est toujours fermée. Des habitants d'Uvira se sont réfugiés au Burundi, fuyant les combats. Avez-vous des informations concernant l'ouverture prochaine d'une frontière et une stabilisation d'Uvira ? Le gouvernement travaille déjà sur un plan de restauration de l'autorité de l'État, qui va permettre un retour progressif de nos populations qui sont à Uvira, pour revenir en sécurité là où ils doivent être. Et de ce point de vue, il y a une évolution, après la dernière réunion au Qatar. Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix, séjourne actuellement à Kinshasa pour voir dans quelle mesure on peut mettre en place le mécanisme de cessez-le-feu qui pourra, s'il est mis en place et surtout s'il est respecté, contribuer au retour des populations qui sont parties se réfugier au Burundi voisin.

Les drames liés à la migration africaine, et particulièrement la migration irrégulière, font souvent la une des journaux sur le continent. On ne compte plus les témoignages de personnes de retour dans leur pays, soit rapatriées, soit secourues en mer, dans le désert ou issues d'autres routes migratoires. Mais on parle rarement de toutes celles et ceux qui parviennent à rejoindre l'Europe, notamment la France, et arrivent très traumatisés par leur voyage. À Bobigny, tout près de Paris, l'hôpital Avicenne reçoit des migrants africains atteints de graves troubles psychiques liés à leur parcours d'exil. La psychologue clinicienne française Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky travaille au centre psychiatrique de l'hôpital. Elle est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané. RFI : En 2018, vous sortiez un livre La voix de ceux qui crient (éd. Albin Michel) qui résume une décennie de consultations que vous avez menées avec des patients demandeurs d'asile, sans papiers, réfugiés, qu'on qualifie de façon un peu rapide comme « migrants ». Cette voix dans votre livre, que crie-t-elle exactement ? Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky : Vous avez dit une chose importante : la qualification rapide de « migrants », car on qualifie mal une population qu'on confond. Je m'occupe de personnes victimes de grandes violences telles que des viols, de la torture, des brutalités extrêmes. Et ces personnes arrivent dans un territoire où elles vont rencontrer souvent une violence institutionnelle et psychique, celle de débarquer en France. Elles vont rencontrer l'ère du soupçon institutionnel. Et ce qu'on écoute, c'est ce cri dû à une violence rencontrée au début du parcours, mais ensuite tout au long de la trajectoire migratoire. Et c'est avec ces personnes qu'on travaille comme cliniciens. Vous recevez beaucoup d'Africains, beaucoup d'Africaines, que vous racontent-ils en général et notez-vous des spécificités dans leur parcours comparé à des migrants hors d'Afrique ? Je crois qu'il y a une géographie de la violence et une géographie de la guerre. Et oui, même s'il y a la question psychologique et psychiatrique du traumatisme, on retrouve toujours des invariants qui sont ces manières de réagir à la violence psychiquement. Cette géographie de la guerre africaine, par exemple, et la violence africaine, elle peut être tout à fait particulière. Alors oui, nous recevons beaucoup de personnes africaines, hommes et femmes, car la migration, ça concerne pour moitié les femmes. Vous avez peut-être vu les derniers chiffres de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), sur les dix premiers pays à qui on a donné des titres de séjour en 2025, il y en a cinq africains : la Guinée, la RDC, la Somalie, l'Érythrée et le Soudan. Il y a évidemment les violences patriarcales, les violences intrafamiliales que fuient beaucoup de femmes. Elles viennent parce qu'elles ont fui la violence maritale ou l'excision. Donc on retrouve bien sûr ces géographies et on retrouve ensuite des particularités, disons, culturelles. Au départ, je suis anthropologue et c'est vrai que la question va se poser de manière un peu différente en fonction des lieux d'origine. Quand on a des personnes originaires d'Afghanistan ou d'Asie du Sud, les problématiques vont évidemment apparaître de manière différente. Et on a une très grande partie de notre population qui vient d'Afrique. Avez-vous des cas autres que ceux liés à la violence, à quelque chose que l'on fuirait du fait que sa vie soit directement en danger ? Tout à fait ! Il ne faut jamais oublier que les migrations ne sont pas toujours forcées. Elles ne sont pas toutes traumatiques, bien sûr, mais en partant « à l'aventure », terme qu'on entend souvent, les personnes vont découvrir que la trajectoire et l'arrivée sont bien plus violentes qu'imaginées. Vous avez une population qui arrive dans votre pays et qui, très vite, est mise en doute : pourquoi elle est là ? Est-ce de la migration économique ? Tout de suite, il y a cette question du soupçon dans la présence en France. Et puis de l'autre côté, tous les liens familiaux et personnels, ces loyautés qu'un migrant entretient avec sa famille et sa communauté. Car quand on part, on part pour réussir ! D'abord, on hypothèque beaucoup de choses, on ne voit plus sa famille pendant des années, on ne sait même pas si on la reverra. Si on la revoit, il faut avoir réussi avec un statut supérieur à celui d'auparavant. On a beaucoup de jeunes, par exemple, qui sont partis et qui galèrent. Je veux dire que l'expérience de la rue, elle existe pour beaucoup de ces personnes qui arrivent. Le temps de trouver un petit boulot, souvent dégradant, qui amène à la question du déclassement social, les diplômes quelquefois ne servent à rien... Ce problème de reconnaissance fait que la dignité est très atteinte et que les personnes qu'on rencontre vont vouloir protéger aussi leur famille en leur cachant cette vérité. Il y a un terme que vous avez utilisé tout à l'heure, « l'aventure ». Et effectivement, si on utilise généralement en Occident le qualificatif « migrant », en Afrique, notamment en Afrique de l'Ouest, on ne dit pas ce terme-là, on parle plutôt de gens qui partent à l'aventure. Voyez-vous également des aventuriers et des aventurières, dans le sens de plonger dans un inconnu absolu ? Là, il y a quelque chose chez ces personnes, il y a une grande force à continuer cette aventure, une projection vers le futur, un élan qui est souvent brisé par des obstacles mais qui est très fort. Notamment chez les jeunes.

Le Gabon est secoué par un mouvement social qui perdure. Depuis la fin d'année dernière, les enseignants sont en grève. Ils exigent des recrutements, des avancements dans leur parcours, ainsi qu'une revalorisation des salaires – gelés depuis plus de dix ans maintenant. C'est la première crise sociale à laquelle est confronté le président Brice Oligui Nguema depuis la fin de la transition l'an dernier. Une crise qui ne surprend pas son principal adversaire politique, l'ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, désormais dans l'opposition avec son parti Ensemble pour le Gabon. Il est le grand invité Afrique de Sidy Yansané. RFI : Depuis décembre dernier, une grève des enseignants est en cours au Gabon, elle est même en train de s'intensifier. Etes-vous surpris par cette grève qui perdure depuis deux mois maintenant ? Alain-Claude Bilie-By-Nze : Vous savez, lorsqu'on augmente le nombre de députés et de sénateurs, qu'on augmente les salaires des parlementaires et la masse salariale de la présidence, on ne peut pas s'étonner que les enseignants qui, depuis des années, ont des problèmes d'intégration, de salaire et qu'ils revendiquent leurs droits. Aujourd'hui, ils ne demandent pas des droits nouveaux, mais que les droits acquis et prévus par les textes soient respectés. Donc, il n'y a pas de surprise à ce mouvement. Ce qui est étonnant même, c'est que le gouvernement semble totalement déconnecté, ne comprend pas ce qui se passe. Les Gabonais constatent que, pour eux, rien n'a changé mais, par contre, pour la nouvelle élite dirigeante, tout a changé en mieux. Pour les Gabonais, ça change en pire. Mais pourtant, vous étiez-vous même Premier ministre avant la chute d'Ali Bongo et l'accession au pouvoir de Brice Oligui Nguema. Vous avez même participé pendant toute une décennie à quasiment tous les gouvernements successifs de l'ancien pouvoir. Vous disiez récemment sur TV5 que la crise actuelle n'est pas une crise nouvelle. Finalement, n'êtes-vous pas un peu comptable et co-responsable de la situation actuelle ? Quand j'ai quitté mes fonctions, la dette du pays était à 56 % du PIB, aujourd'hui elle est passée à 73 % et l'année prochaine, on sera à 85 % ! Et c'est cela le vrai enjeu. En deux mois et demi, les nouvelles autorités ont surendetté le pays dans des projets sans aucun impact social avéré, avec des promesses tous azimuts et en donnant des marchés à des copains. Henri-Claude Oyima, qui était ministre de l'Économie et des finances, dans un conflit d'intérêt patent, nous a révélé que 89 % des marchés au Gabon ont été attribués par entente directe. Donc, il y a de la corruption et on ne peut pas continuer à accuser le régime déchu. Oligui Nguema est dans ce système depuis Omar Bongo, longtemps avant moi. Il gouverne avec les mêmes personnes qui étaient là avec moi, il n'y a pas de rupture dans ce système. À la crise sociale s'ajoute une crise économique qui, là aussi, n'est pas forcément nouvelle. Le Gabon vient de tendre la main au FMI pour mettre en œuvre « un programme de croissance », selon l'actuel ministre de l'Économie, Thierry Minko. Selon vous, cet appui du FMI annonce-t-il un futur plan d'austérité ? D'abord, si c'était une crise économique régionale où systémique, ça se saurait. C'est une crise qui est liée à des mauvais choix d'investissement et de non-diversification de l'économie. Soixante-cinq ans après les indépendances, c'est toujours les mêmes trois produits d'exportation que nous avons. Le pétrole continue à peser 40 % de nos ressources propres et 60 % de nos ressources d'exportation. C'est la mal gouvernance qui entraine cela. Aller chercher le FMI, c'est à la fois une bonne nouvelle car ça veut dire qu'il y aura un peu plus de transparence dans les finances publiques, une traçabilité. Mais aller chercher le FMI, c'est aussi une mauvaise nouvelle parce qu'on connait les recettes du FMI, et le ministre de l'Économie n'aura pas de marge de manœuvre. Cette loi de finances qui a été adoptée, ses hypothèses sont fausses. Elles le sont aussi bien sur le calcul des recettes, sur la question des emprunts, que sur les projections de croissance. Il faut la refaire. Au lieu de baisser les dépenses publiques, ils accroissent aujourd'hui la question des impôts, tout va coûter encore plus cher. Vous avez fondé le parti Ensemble pour le Gabon. Clairement, que proposez-vous comme alternative ? Qu'auriez-vous fait de différent, vous qui étiez au pouvoir pendant quand même une bonne décennie ? Lorsqu'il y a eu ce coup d'État, je ne l'ai pas applaudi, mais j'ai estimé que c'était peut-être l'occasion de redresser le pays. C'est pour cela que j'appelle aux états généraux de la nation pour refonder nos institutions. Quelle réforme majeure vous verriez, par exemple ? Mais, par exemple, déjà aujourd'hui, on a tous les pouvoirs exécutifs concentrés entre les mains d'un seul homme. Brice Oligui Nguema est président de la République, chef de l'État, chef du gouvernement, il préside le Conseil supérieur de la magistrature, il préside les forces de sécurité et de défense... Ça, ce n'est pas possible. Nous avons eu deux ans de transition. Nous avons un mandat de sept ans. Au bout du mandat, ça fera neuf ans qu'il sera aux responsabilités. Arrivez-vous quand même à identifier une part de votre propre responsabilité sur la situation actuelle au Gabon ? Et si vous y arrivez, quelle serait-elle ? Mais bien sûr ! Lorsque j'ai parcouru le Gabon dans la période préélectorale pour la présidentielle, j'ai dit aux Gabonais : « Oui, je reconnais qu'on aurait dû mieux gérer notre pays. » On avait des ressources suffisantes pour que le Gabon se développe, on ne l'a pas fait. Or, ce qui se passe aujourd'hui, c'est pire que ce qu'on faisait. J'ai aussi demandé à ce qu'on mette en place la commission vérité, justice et réconciliation pour au moins trois éléments : quelles ont été les responsabilités des uns et des autres sur les crises postélectorales, notamment en 2016 ? Comment on fait pour réparer notre pays sur le plan économique et social ? Et comment on fait pour l'avenir ? Sur ces éléments-là, moi j'assume totalement. Je retiens les leçons de mon expérience pour mieux envisager l'avenir.

Afrotronix, le musicien et compositeur tchadien, revient avec un nouvel album intitulé KÖD. 27 pistes aussi variées que dansantes avec lesquelles il propulse dans le XXIe siècle les rythmes, les mélodies et les voix du patrimoine musical africain. Caleb Rimtobaye, aka Afrotronix, est l'invité de la rédaction. Il répond à Olivier Rogez. RFI : Köd, c'est le titre de votre nouvel album. Qu'est-ce que signifie ce mot ? Afrotronix : Köd en Saran, une langue du sud du Tchad, cela veut dire tam-tam, parce que le tam-tam est l'un des premiers outils de codage, et j'ai voulu le ramener sur le devant en cette période où l'intelligence artificielle prend toute la place. Donc, j'ai voulu rappeler la genèse de cette intelligence basée sur le coding, j'ai voulu ramener l'attention sur l'humain, sur l'origine. Bien sûr, beaucoup craignent que la machine prenne le relais et que l'homme passe en dernier, mais je veux juste rappeler que tout ça vient de l'humain et que cela ne date pas d'aujourd'hui. Sur votre site, on peut lire que vous avez nourri les logiciels, les machines de sons traditionnels et de musiques traditionnelles. Expliquez-nous. Le processus consiste à fournir à la machine les algorithmes africains dans le cadre de mes logiciels de musique. J'ai fait un travail de « sound design » à partir des sons d'instruments qu'on ne retrouve même plus aujourd'hui et je les ai synthétisés. Au niveau rythmique, je ne compose pas une électro qui part de la house-music à laquelle on ajouterait des éléments africains. Avec moi, la base elle-même est africaine. Donc j'amène la machine à penser dans les langues et dans les codes africains. C'est ce que j'appelle « la proposition de l'algorithme africain aux machines ». Et vous vous êtes appuyé sur de vieilles cassettes, peut-être aussi de vieux vinyles africains que vous avez fait écouter à vos logiciels, c'est ça ? C'est exact. Je suis allé au Tchad et j'ai rapporté beaucoup de samples. De même, j'ai récupéré de vieilles cassettes audios à la radio nationale. Avec tout cela, j'ai créé une database. Toute ma démarche consiste à célébrer les valeurs culturelles africaines et non de les considérer comme des vestiges du passé. J'aimerais en faire des ressources vivantes qui continueront à alimenter nos conversations, nos projets de société, nos projets politiques, parce que c'est un héritage. Des ancêtres ont travaillé dur pour en arriver là. La question est de sortir du mimétisme au niveau politique et social, d'arrêter d'essayer de copier tout ce qui vient de l'Occident. Parce que nous avons une force de créativité à laquelle il faut faire de la place. À écouter aussiAfrotronix code les sons de l'Afrique sur « KÖD », son nouvel album « Köd est une méditation sur ce qui échappe aux machines », écrivez-vous. Pourtant, ce disque doit aussi beaucoup aux machines. Ces logiciels, cette intelligence artificielle, vous les prenez à contre-pied ? La chose que je veux éviter, c'est que l'on se mette à servir les machines. Les datas qu'on propose aux machines, c'est nous qui décidons de ce qu'elles sont. C'est nous qui décidons ce que la machine doit apprendre. Je ne prompte pas ma musique, c'est une limite que je ne franchis pas parce que je pense qu'alors il manquerait l'essence. Moi, je ne fais pas la musique pour du commercial. J'ai un message à transmettre. Les mots, l'effort et l'énergie que j'essaie de faire passer par la musique, sont l'essence de mon travail. Donc, si je m'abstiens de prompter car sinon je perdrais l'intérêt. Il y a beaucoup de choses intéressantes sur cet album. On trouve par exemple un chant rebelle Toubou, l'ethnie du Tchad, dans le titre « Himini ». Vous l'avez trouvé où, ce chant rebelle Toubou ? J'étais en route pour le Nord vers Fada, et j'ai entendu dans la voiture les chansons que passaient les chauffeurs. Vous savez, dans certaines régions, les chauffeurs prennent des risques, et ils passent beaucoup de chansons de bravoure. Et pendant tout le temps du parcours, j'écoutais et un chauffeur m'a parlé de ces chants. Il m'a expliqué et j'étais vraiment touché par la force de cette musique composée pour pousser les hommes à ne pas reculer. Des chants pour aller au combat ? Oui. Et dans la résistance de ce que je suis en train de mener aujourd'hui, dans le besoin de faire de la place à la culture africaine et à résister à l'envahissement, j'ai trouvé important de remettre ça au centre. Justement, est-ce qu'à Ndjamena ce message est compris ? Est-ce que les autorités sont attentives à ce travail de préservation du patrimoine musical ? C'est ce qui manque un peu, hélas. C'est mon combat, et c'est le grand message que j'essaie d'envoyer au fur et à mesure. Moi, je ne crois pas qu'il y ait de développement sans la culture et l'un des messages que j'envoie à l'autorité, encore aujourd'hui, c'est : oui, on fait beaucoup de sacrifices au niveau de l'armée pour défendre, mais défendre quoi ? Si on met de côté la culture, qu'est-ce qu'on défend ? Notre identité passe par les manifestations culturelles, et ce que l'État devrait comprendre. Le public l'a compris et les gens répondent parce que c'est l'image qu'ils veulent voir d'eux-mêmes. Moi, je rassemble plus de monde que les leaders politiques au Tchad. Il est peut-être temps que ces leaders se penchent sur la question et qu'ils investissent dans la culture.

Ce vendredi 6 février est la Journée internationale de tolérance zéro à l'égard des mutilations génitales féminines. À date, près de 230 millions de filles et de femmes dans le monde ont subi des mutilations génitales. Les taux de prévalence les plus élevés sont en Afrique, la Somalie occupant la première place du classement mondial. Juste devant la Guinée, où 95 % des filles et femmes entre 15 et 49 ans ont subi une excision selon les chiffres des Nations unies. La militante féministe guinéenne Kadiatou Konaté, cofondatrice du Club des jeunes filles leaders de Guinée est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané. ► À l'occasion de cette Journée internationale de tolérance zéro à l'égard des mutilations génitales féminines, retrouvez à 9h temps universel Priorité Santé, Caroline Paré reçoit la franco-malienne Oumou Koïta, présidente de la Fédération GAMS, le Groupe de femmes pour l'abolition des mutilations sexuelles. À écouter aussiQuestions de femmes : comment lutter contre les mutilations génitales féminines ?

Depuis ce mercredi 4 février 2026, une quarantaine de délégations africaines sont à Washington, aux États-Unis, pour un sommet sur les minerais critiques. Une réunion à laquelle doit notamment assister la RDC en présence du président Félix Tshisekedi. D'autres délégations venant de Guinée et du Kenya, entre autres, sont également attendues pour ce sommet. L'Afrique regorge de richesses dont dépend l'avenir de la transition énergétique. Fini le pétrole, on parle désormais de coltan, de gallium, de cobalt et bien d'autres minerais stratégiques désormais au centre de la compétition mondiale. Ce matin, notre grand invité Afrique est Guillaume Pitron, journaliste et chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Il répond aux questions de Sidy Yansané. RFI : En 2018 vous sortiez le livre-enquête La guerre des métaux rares (éd. Les liens qui libèrent). À l'époque, ce qu'on appelle désormais les terres rares et minerais critiques n'étaient pas du tout connus du grand public. Désormais, ils sont dans toutes les bouches. Peut-on dire que la guerre que vous annonciez a commencé ? Guillaume Pitron : Elle avait déjà commencé en 2018 et elle ne fait que s'intensifier. Parce qu'on a toujours davantage besoin de ces métaux critiques. Des métaux appelés critiques car il y a des risques de rupture d'approvisionnement compte tenu de leur production tenue par seulement quelques pays, dont la Chine. Leur consommation a explosé ces dernières années car ces matériaux sont nécessaires pour fabriquer des moteurs, des voitures électriques, des turbines d'éoliennes, mais également pour l'électronique, pour le secteur de la défense. Et puis, les pays occidentaux n'ont pas beaucoup agi ces huit dernières années pour diversifier leurs approvisionnements. Or, la guerre commerciale lancée par le président Donald Trump a forcé la Chine à sortir sa carte maîtresse : cesser ses exportations de terres rares. Cela crée une énorme inquiétude dans le monde occidental, parce qu'on n'a pas de plan B pour faire tourner nos économies. Vous diriez que les pays africains en tirent profit autant sur le plan économique qu'énergétique ? À mon avis, ils n'en tirent pas assez profit. D'abord parce qu'un gisement n'est pas une mine. Dire qu'on a un gisement de terres rares ou de lithium ou de cobalt ne veut pas dire qu'on l'a exploité. Or, exploiter un gisement et ouvrir une mine, ça met du temps. Deuxièmement, une fois que l'exploitation commence se pose la question de la juste répartition des bénéfices. Qui va travailler dans la mine ? Des Chinois ou des Africains ? Qui va raffiner le minerai ? Et où ? A priori, le minerai sera transporté en Chine pour être raffiné sur place et sa valeur ajoutée sera donc transférée à la Chine. Comment se passe la répartition des gains entre les Africains et les Chinois après que le minerai a été extrait et éventuellement raffiné ? Donc l'objectif pour l'Afrique demain, c'est de faire ce qu'a fait la Chine : devenir un continent où se trouvent des mines accompagnées de raffineries, d'usines de transformation et de fabrication de composants et de batteries. L'Amérique de Donald Trump est en pleine offensive sur le continent, c'est le moins qu'on puisse dire. Washington reçoit en ce moment même plusieurs délégations africaines. Peut-on parler d'un nouveau rapport de forces autour des richesses africaines, ou alors est-ce business as usual ? Je dirais que c'est business as usual. Et, pardon de le dire, c'est une forme de néocolonisation mais cette fois-ci repeinte à la sauce verte. L'avantage de l'Afrique, c'est qu'elle a pour elle une histoire qu'elle ne veut pas répéter. Et elle a aussi pour elle une ribambelle de pays acheteurs de ces matériaux comme la Chine, les Européens, les Américains pour ne citer qu'eux . Des pays clients qu'ils vont pouvoir mettre en concurrence. Donc l'Afrique a entre ses mains certaines cartes à son avantage pour pouvoir choisir ses partenaires qui, en échange de ses minerais, lui fourniront le plus de savoir-faire et le plus de technologie au meilleur prix. « Eviter les erreurs du passé, un néocolonialisme vert »… Pensez-vous qu'il y a encore un risque que l'Afrique rate le train de la transition énergétique en subissant les pressions des puissances extérieures ? Mais c'est tout à fait possible et c'est même plausible et probable. Et j'en veux pour exemple le cas de la RDC. Aujourd'hui, la RDC est un scandale géologique, c'est un pays qui concentre énormément de ressources sous la forme de gisements et qui notamment exploite un métal phare de la transition énergétique : le cobalt. Il n'y a pas de voiture électrique sans cobalt, il n'y a pas de téléphone portable sans cobalt. La RDC concentre les deux tiers des ressources mondiales de cobalt. Ce cobalt aujourd'hui est produit par la RDC mais n'est pas transformé sur place. Il est, pour 80 % de ce cobalt, sorti de la RDC et raffiné en Chine. Toute la valeur ajoutée du minerai sort du pays. Donc aujourd'hui, concrètement, vous avez une situation d'une considérable iniquité dans laquelle la RDC se fait, pardon de le dire, complètement plumer par la Chine, car Kinshasa n'a pas été capable de faire valoir ses intérêts face à la Chine. C'est une situation concrète qui montre que le néocolonialisme se répète avec d'autres matières premières, avec d'autres pays aux pratiques néocoloniales. Et c'est précisément cette situation congolaise autour du cobalt qu'il ne faut surtout pas répéter en Guinée, au Congo, en Algérie, en Afrique du Sud, etc. pour peu que l'Afrique veuille réellement devenir un grand continent, profitant de tous les effets potentiellement bénéfiques de la transition énergétique. À lire aussiÉtats-Unis: plusieurs délégations africaines à Washington pour un sommet sur les minerais critiques À lire aussiRDC-Rwanda: comment Washington veut rattraper la Chine sur les minerais stratégiques et Kinshasa en tirer profit

En Guinée, depuis décembre dernier, se tient la suite du procès du massacre du 28 septembre 2009. Ce jour-là, 156 personnes ont été assassinées et une centaine de femmes violées par des éléments du capitaine Moussa Dadis Camara, le président d'alors, dans un stade de Conakry. Le procès sur cette sombre affaire s'est ouvert il y a trois ans avec l'arrivée au pouvoir du général Mamadi Doumbouya. L'ancien président Dadis ainsi que plusieurs hauts gradés ont été condamnés pour crimes contre l'humanité... avant que Dadis ne bénéficie d'une grâce présidentielle. L'annonce avait provoqué une véritable onde de choc chez les victimes, le corps judiciaire et les organisations de droits humains. Aujourd'hui, quelle est la portée du procès du 28-Septembre dans la lutte contre l'impunité chronique dont souffre la Guinée ? Hassatou Ba-Minté est la directrice Afrique de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), partie civile dans ce procès. Elle est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané. RFI : Hassatou Ba-Minté en fin 2025 s'est ouvert un nouveau volet du procès du 28 septembre avec de nouveaux accusés, dont le colonel Bienvenu Lamah. Rappelez-nous de qui il s'agit et pourquoi il est poursuivi seulement maintenant ? Hassatou Ba-Minté : On parle donc de l'affaire du massacre du 28 septembre 2009. Le 28 septembre 2022, un premier procès s'est ouvert à Conakry. Et ce deuxième procès contre Bienvenu Lamah s'est ouvert le 18 décembre. Il faut savoir que pendant le premier procès, son nom a été cité, notamment dans l'identification de recrues, de personnes qui sont allées commettre des violations au stade (où ont eu lieu le massacre et les viols, NDLR). Pour ce deuxième procès complémentaire, il s'agit donc d'évaluer les responsabilités du colonel Bienvenu Lamah, mais aussi d'autres personnes qui doivent être entendues, notamment le colonel Georges Olémou, Thomas Touaro, Jean-Louis Kpoghomou et d'autres. Pour l'instant, il y a eu six audiences et nous attendons la suite qui devrait reprendre à partir du 10 février prochain. Dans le procès en première instance, il y a un an et demi, il y a donc eu un verdict condamnant les principales figures de la junte du CNDD, parmi lesquelles l'ancien président Moussa Dadis Camara, condamné pour crime contre l'humanité. Un jugement emblématique et historique aussi bien en Guinée qu'en Afrique. Mais coup de théâtre : Dadis est gracié huit mois plus tard par l'actuel président Mamadi Doumbouya. Hassatou Ba-Minté, quelle a été votre réaction à l'époque ? Clairement, ce que nous avons tenu à souligner à la FIDH, c'est la portée historique de ce verdict qui est quand même sans précédent. C'est la première fois en Afrique qu'un chef d'État est jugé dans son pays, devant la justice de son pays et doit rendre des comptes, y compris des hauts gradés politiques et militaires. Donc c'était important et ça a suscité beaucoup d'espoir. Quand la grâce est intervenue en avril 2025, ça a été vraiment un coup de massue, un affront fait aux victimes, puisque la procédure d'appel n'avait même pas été entamée. Et nous attendons toujours l'appel de ce procès. Quelques jours avant la grâce, les autorités guinéennes avaient également pris un décret pour annoncer que l'État guinéen allait prendre en charge l'indemnisation des victimes. Pour nous, cette décision, avec vraiment beaucoup de recul maintenant, avait un goût amer puisque qu'après l'annonce de la grâce, on a senti que les victimes avaient peut-être été adoucies par cette prise en charge de l'indemnisation qui, à ce jour, reste partielle, très partielle même. Ce que nous demandons, c'est que la justice puisse aller à son terme, que tous les accusés puissent à nouveau être entendus. Donc, on attend ce procès en appel et tous les procès complémentaires qui doivent être ouverts. L'affaire du 28-Septembre n'est pas finie. À lire aussiMassacre du 28 septembre 2009 en Guinée: la justice relance les poursuites contre sept militaires Dadis gracié, le colonel Claude Pivi dit Coplan, ministre et figure centrale de la junte du CNDD, est mort en détention il y a un mois dans des circonstances troubles, on ne sait pas quand se tiendra le procès en appel… Ce procès du 28-Septembre, qui devait réparer ce grand corps malade qu'est la justice guinéenne, finalement, a-t-il encore du sens ? C'est une question qui revient souvent et qui est parfaitement légitime. Un tel procès pour des crimes aussi graves, il ne faut pas l'oublier, a aussi une portée politique. Le contexte actuel de la situation des droits humains en Guinée, on ne peut pas non plus l'ignorer. Ce procès, il intervient dans un contexte où il est important de rappeler que les libertés fondamentales sont complètement restreintes en Guinée. Je tiens à souligner que depuis l'arrivée du général Mamadi Doumbouya au pouvoir, l'espace civique et démocratique est fermé, il y a des violations répétées des droits humains, les enlèvements et disparitions forcées sont récurrents, il y a la fermeture de certains médias, la restriction des activités des associations, l'interdiction des manifestations qui n'est toujours pas levée... L'élection présidentielle de fin décembre s'est tenue, Amadou Oury Bah a été reconduit dans ses fonctions de Premier ministre. On sait qu'il y a Sory II Tounkara qui a été nommé ministre de la Justice… Ibrahima Sory II Tounkara, qui était le président de la Cour d'appel de Conakry où se tenait justement le procès du 28 -Septembre… Exactement ! Donc ce sont des signaux qui, pour nous, doivent appeler les autorités guinéennes à aujourd'hui respecter enfin cette promesse faite au lendemain du putsch du 5 septembre 2021, lorsque Mamadi Doumbouya a promis que « La justice sera la boussole de la transition ». Nous ne sommes plus dans la transition. L'ordre constitutionnel est censé être rétabli. Nous espérons que les autorités vont actuellement travailler sur un apaisement de la situation des droits humains, en permettant que justice soit faite sur toutes les violations qui ont été commises, tant pendant la transition, mais aussi avant, puisque c'est vraiment ce cycle de l'impunité en Guinée qui doit être brisé aujourd'hui. À lire aussiGuinée: la junte publie un décret afin d'indemniser les victimes du massacre du 28 septembre

On célèbre pendant tout le mois de février le Black History Month. Et cette année, l'événement fête son centenaire ! Ce rendez-vous culturel a été lancé en 1926 aux États-Unis pour commémorer et enseigner à la jeunesse afro-américaine les grands moments de son histoire, de la traite négrière et l'esclavage, aux luttes de libération, tout en abordant tout ce qui est lié au patrimoine afro-américain sous toutes ses formes. Depuis quelques années, le Black History Month est aussi célébré en dehors des États-Unis, et en Afrique bien entendu. En Côte d'Ivoire par exemple, où plusieurs jeunes motivés ont lancé l'Ivoire Black History Month. Le rendez-vous culturel en est à sa 7e édition. Mais loin de copier-coller le modèle américain, il s'agit au contraire de mettre en avant toute la diversité des cultures et des patrimoines ivoiriens. Serge Alain Nhiang'O est le directeur exécutif de l'iBHM. Il est le grand invité Afrique de Sidy Yansané. RFI : Serge Alain Nhiang'O, vous célébrez la septième édition de l'Ivoire Black History Month. Tout d'abord, expliquez-nous pourquoi vous passez par le Mois de l'Histoire noire, un concept afro-américain, pour mettre en avant le patrimoine culturel de votre pays, la Côte d'Ivoire ? Serge Alain Nhiang'O : Le Black History Month est effectivement né aux États-Unis, mais il est né pour réparer une absence historique. Ce prolongement débute avec la traite qui s'est déroulée en Afrique. Du coup, l'Afrique ne peut pas rester en marge d'un mouvement qui veut de réparer des absences historiques. Les injustices vécues par les Afro-Américains sont liées à celles vécues par les Ouest-Africains le continent en général durant la colonisation. Comme on veut créer des ponts entre tous les peuples noirs et les peuples opprimés, c'était important pour nous de contextualiser ce mois de célébration, de prendre en fait toute l'essence de Carter Godwin Woodson, mais pour célébrer l'héritage ivoirien. Carter G. Woodson, l'initiateur du Black History Month il y a pile un siècle. Et depuis que vous avez lancé ce rendez-vous, de quelle manière le public ivoirien se l'approprie ? Au début, il y avait beaucoup de curiosité. Effectivement, les gens se demandaient pourquoi célébrer un Black History Month en Côte d'Ivoire alors que ce ne sont pas du tout les mêmes contextes. Mais au final, beaucoup de jeunes d'Abidjan, où réside notre grande base, ont adhéré à l'idée. Aujourd'hui, on part dans d'autres villes de la Côte d'Ivoire comme Yamoussoukro, Bouaké, etc. où l'initiative est accueillie sans appréhension. Vous avez choisi pour thème cette année « Entre cinéma et patrimoine : une même lutte pour la mémoire ». Alors la mémoire, on comprend. Mais pourquoi une lutte ? On se rend compte que la plupart des personnes qui ont milité pour que notre histoire soit revalorisée ont mené des luttes. Il n'y a jamais eu de circonstances passives où l'histoire est donnée. Même le support de base qui nous sert de réflexion, à savoir l'Histoire générale de l'Afrique (Ed. Présence Africaine / Edicef / Unesco), on se rend compte à quel point des pionniers comme Joseph Ki-Zerbo ont lutté, ont milité auprès des institutions compétentes comme l'Unesco pour que notre histoire puisse être racontée par nous-mêmes. Et ça n'a pas été un acquis. Du coup, on s'inscrit dans une forme de lutte pour réparer la mémoire et de façon très contemporaine, comme la plupart des jeunes d'Afrique. Les jeunes que je rencontre n'aiment plus trop l'idée de lutte. Ils ont l'impression que c'est compliqué, quand on voit des figures qui ont lutté, qui ont fini par perdre la vie. Du coup, même si on parle de lutte dans le Black History Month, on le fait avec beaucoup plus de médiation et on est plus trop dans la lutte au sens strict du terme. On est plutôt dans la célébration du patrimoine. L'idée pour nous, c'est aussi de rappeler vraiment que le cinéma un médium qui répare des injustices mémorielles, et ça passe par la lutte. Vous avez d'ailleurs lancé une initiative originale cette année : un kino, c'est-à-dire une résidence express de création audiovisuelle, d'où vous avez sorti sept courts-métrages, tous tournés à Grand-Bassam, l'ancienne capitale coloniale. C'était volontaire de le faire là-bas ? Oui, c'était volontaire pour essayer aussi de décoloniser l'histoire de Bassam, qui est aujourd'hui une sorte de résidu de la colonisation française. Quand un Ivoirien lambda va à Bassam, on lui explique beaucoup plus l'histoire des colons que des cultures locales N'zima (peuple akan de Côte d'Ivoire). Et même si cette ville est une ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco beaucoup promue pour son histoire, elle n'est pas tant promue pour l'histoire des gens qui y vivent. Vous travaillez essentiellement avec des jeunes. Est-ce à dire que c'est votre public cible? Ou alors que ce sont les jeunes qui désormais essayent de se réapproprier leur propre histoire, les aînés ayant peut-être échoué à leur transmettre ? La Côte d'Ivoire, c'est un pays qui est majoritairement jeune, à plus de 70 %. Et effectivement, on a l'impression que la plupart de ceux qui dirigent les instances culturelles et mémorielles ne sont pas forcément en phase avec nous. La plupart de nos administrateurs ont une moyenne d'âge de 60 à 70 ans. Pendant que la population a une moyenne d'âge de 18 ans. C'est important pour nous de ne pas se limiter à la complainte, il faut aussi être force de proposition. Nous, jeunes Africains, on a l'impression qu'on a la capacité de faire beaucoup de choses. On a les ailes pour voler très loin, mais ce qu'il nous manque souvent, ce sont nos racines. Il faut rappeler à cette jeunesse que pour voler loin, il faut s'enraciner avec tout notre patrimoine historique. À lire aussiCôte d'Ivoire: en 2021, lancement de la 2e édition de l'Ivoire Black History Month

Un nouveau chapitre qui s'ouvre dans la relation entre le Tchad et la France. La semaine dernière, le président Mahamat Idriss Déby Itno a été reçu à l'Élysée par son homologue Emmanuel Macron, un an après le départ surprise et précipité de l'armée française présente depuis près d'un siècle dans le pays. Un « partenariat revitalisé, fondé sur le respect mutuel et des intérêts partagés » ont affirmé les deux chefs d'État. Que signifie ce revirement après cette rupture brutale des accords de défense il y a un an ? Analyse de Remadji Hoinathy, chercheur à l'ISS (l'Institut d'études de sécurité) spécialiste du Lac Tchad et de l'Afrique centrale. Il est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané. RFI : Dans leur communiqué conjoint, les présidents Mahamat Idriss Déby Itno et Emmanuel Macron se félicitent « d'un partenariat revitalisé ». Êtes-vous surpris par ce réchauffement entre les deux dirigeants après le départ très précipité de l'armée française il y a un an ? Remadji Hoinathy : Aussi bien pour ce départ précipité que pour ce réchauffement tout abrupt, effectivement, on est relativement surpris parce que l'on se souvient qu'à l'époque, le Tchad mettait en avant un discours souverainiste exigeant la rupture de coopération militaire, relativement bénéfique pour le Tchad, entre autres, qui existait depuis quasiment plus d'un demi-siècle. Quelles ont été les conséquences de ce départ pour le Tchad ? Durant cette période, il n'y a pas eu de périls sécuritaires extraordinaires qui mettent en avant les conséquences de la fin l'accord de défense entre le Tchad et la France. Dans cette période, le Tchad a essayé, autant que faire se peut, de diversifier justement sa coopération militaire, allant vers de nouveaux partenaires. Et donc pour vous, c'est un signe que la diversification des partenariats sécuritaires n'a pas porté ses fruits ? Au-delà de la coopération militaire, qui n'a pas été mise en avant dans la communication officielle, il y a les aspects économiques et culturels, et il y a toutes les questions de sécurité régionale. Si aujourd'hui le Tchad revient sur ses pas et repart vers la France, malgré ce discours souverainiste assez véhément mis en avant, cette diversification n'a pas dû apporter les résultats attendus. Le communiqué conjoint est quand même très laconique. Il insiste, vous l'avez dit, surtout sur le partenariat économique. Ces intérêts économiques français et tchadiens, quels sont-ils réellement ? La France a surtout été un support financier très important pour un pays comme le Tchad au niveau budgétaire et dans différents domaines de développement. Lorsque l'on regarde la situation économique dans l'ensemble de l'Afrique centrale en général et dans un pays comme le Tchad, un retour ou une embellie dans la coopération économique avec la France en termes d'aide budgétaire et de support dans les négociations avec les institutions et les partenaires internationaux, dont ceux de Bretton Woods, est quelque chose d'assez important pour ce pays qui reste assez dépendant de l'aide internationale. Pour la France, avoir encore un pied au Tchad, un des derniers pays de la zone qui ne lui sont pas réfractaires, reste quelque chose d'important. Dans ce nouveau rapprochement, il y a plutôt des intérêts géostratégiques qui vont au-delà de l'économie. Justement, le communiqué fait également référence à la guerre au Soudan voisin. Le Tchad est accusé de servir de point de passage pour les armes que les Émirats arabes unis fournissent aux paramilitaires FSR. Qu'en est-il vraiment et de quelle manière la France pourrait jouer un rôle dans la résolution de ce conflit via son partenaire tchadien ? Le Tchad s'est toujours défendu d'avoir tenu une position plutôt neutre dans ce conflit. Le Soudan de son côté, et beaucoup d'autres acteurs dont les Nations unies, disent détenir des preuves de l'implication du Tchad, servant au minimum de point d'entrée pour l'aide émirienne aux Forces de soutien rapide. Depuis la fin de l'année passée, on se rend compte que même à l'international en général, le vent est en train de tourner. Dans le sens où les pays jouant un rôle assez important aux côtés des différents belligérants, les Émirats arabes unis d'un côté et de l'autre, l'Egypte avec l'Arabie saoudite et les Etats-Unis, sont plutôt en train de pousser vers une solution diplomatique, vers une cessation des hostilités, une trêve humanitaire, mais aussi vers un arrêt du support apporté par les différents pays aux belligérants. Le discours du président Macron va aller aussi dans le sens de dire à son partenaire tchadien, mettant à profit l'embellie de leur relation, la nécessité de revenir à un rôle plus neutre dans le conflit au Soudan. Il y a quand même quelque chose de surprenant. Je disais que le communiqué était très laconique, au point de ne faire aucune référence, même indirecte, à la détention de l'opposant Succès Masra, à l'assassinat de l'opposant Yaya Dillo, aux tragiques événements du 20 octobre 2022. Selon vous, est-ce à dire que la France assume désormais une realpolitik mettant de côté les droits humains ? C'est une tendance que l'on a observé depuis le début de la transition au Tchad : ne pas offusquer le partenaire en insistant trop sur la question des droits humains et de l'ouverture électorale. Ce n'est pas du tout à l'avantage de l'image de la France de revenir dans un partenariat où elle ne pourra pas remettre sur la table de manière claire ses principes sacro-saints, importants à ses yeux et dans son histoire politique. À lire aussiLa France et le Tchad ouvrent une nouvelle page dans leur relation bilatérale

Chanteuse, mais aussi journaliste, engagée pour défendre les droits des plus démunis, la Bissau-Guinéenne Karyna Gomes s'apprête à sortir son nouvel album, le 13 février 2026. Un disque qui appelle à la lutte, la liberté, l'émancipation, comme le désirait Amílcar Cabral, le père des indépendances, alors que la Guinée-Bissau a subi un nouveau coup d'État militaire en novembre dernier. Karyna Gomes est notre Grande invitée Afrique ce matin, elle répond aux questions de Guillaume Thibault.

Ce sont des acteurs de plus en plus présents dans les affaires africaines : les Émirats arabes unis ont une influence grandissante sur le continent. À la fois sur le plan économique et commercial, mais surtout sur les marchés portuaires et logistiques. Sans oublier leur rôle trouble dans la guerre qui dévaste le Soudan depuis presque trois ans. Marc Lavergne est directeur de recherche émérite au CNRS (le Centre national de la recherche scientifique) et au laboratoire CITERS de l'Université de Tours. Il répond aux questions de Sidy Yansané.

Au Bénin, la majorité présidentielle remporte tous les sièges d'élus aux élections communales de début janvier, juste après s'être saisie de l'ensemble des sièges à l'Assemblée nationale lors des législatives. Comme en 2019, l'opposition est donc totalement absente du corps parlementaire. À la tête du parti Les Démocrates, l'ancien président Thomas Boni Yayi dénonce « une politique d'exclusion » de l'opposition. Sa formation n'a pas été autorisée à présenter un candidat à la présidentielle d'avril prochain. Qu'en est-il vraiment ? Gilles Yabi, directeur exécutif du cercle de réflexion panafricain Wathi basé à Dakar, répond aux questions de Sidy Yansané. RFI : La majorité présidentielle vient de remporter la totalité des sièges d'élus aux communales, en plus d'avoir gagné les 109 sièges de députés à l'Assemblée nationale. Quel est votre regard sur ces résultats, quand on sait que le Bénin est habituellement reconnu pour son pluralisme politique ? Gilles Yabi : Ce sont des résultats spectaculaires ! Effectivement, cela signifie une Assemblée nationale exclusivement composée de députés soutenant l'action du président Patrice Talon. Et au niveau des élections communales, on a effectivement le même résultat spectaculaire, l'absence de toute représentation de partis d'opposition dans les conseils communaux. C'est très clairement une première au Bénin. En réalité, ce n'est pas un résultat accidentel. C'est probablement assez proche de ce qui a été souhaité dès lors que des réformes ont rendu extrêmement difficile la possibilité pour un parti d'avoir le moindre député. Notamment cette règle d'un score plancher de 20 % imposée pour toutes les circonscriptions électorales, un seuil extrêmement élevé qui signifie qu'un parti peut être extrêmement dominant dans beaucoup de parties du Bénin, et en même temps ne pas être capable d'avoir un seul député à l'Assemblée nationale. Justement, le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'était pas autorisé à participer à ces communales et ne sera pas non plus autorisé à présenter un candidat à la présidentielle d'avril prochain. Précisez-nous quelles sont les raisons avancées par les autorités béninoises pour justifier ces exclusions ? C'est toujours un peu compliqué de parler d'exclusion. Il y a beaucoup de règles qui ont été instituées dans la nouvelle loi électorale, avec des exigences très importantes. J'ai cité le seuil des 20 %, mais il y a aussi les parrainages nécessaires pour valider une candidature à l'élection présidentielle. Et ces parrainages ne sont pas citoyens comme dans d'autres pays, ce sont des parrainages exclusivement politiques venant de députés ou de maires. Et ce seuil-là aussi, au niveau des parrains, a été relevé. Donc, on voit bien, quand même, qu'il y a eu beaucoup de réformes pour restreindre considérablement l'espace d'expression politique. Mais à nouveau, on ne peut pas parler de décision d'exclusion, même si le résultat est le même, finalement. Concernant les élections locales, ce sont des dossiers qui étaient incomplets et qui ont effectivement abouti à une non-validation de la candidature du parti Les Démocrates. Mais là aussi, le résultat de toute façon est le même. En réalité, c'est une absence totale de représentation de l'opposition et donc de la diversité politique du pays. Je crois que c'est quand même un résultat qui montre un changement assez radical dans la posture démocratique du Bénin. C'est vrai que depuis l'arrivée au pouvoir de Patrice Talon, l'opposition n'a jamais été aussi peu représentée dans les urnes. Diriez-vous, comme beaucoup d'observateurs le prédisaient à l'époque, que le président Talon a définitivement cédé à la tentation autoritaire ? Lorsqu'on écoute son dernier discours sur l'état de la nation à l'Assemblée nationale, en réalité, il y a une très grande clarté dans sa vision : la démocratie, oui, c'est important, mais ce n'est peut-être pas aussi important que le développement économique, la modernisation du pays. Au fond, le choix qu'il a fait, c'est de réformer profondément les institutions politiques du pays selon sa vision personnelle. C'est tout à fait voulu d'avoir un espace politique restreint et d'avoir aussi un espace de liberté restreint, avec quand même deux modifications importantes de la Constitution. Donc, pour moi, ce ne sont pas tellement les élections et la non-représentation de l'opposition qui posent le plus de problèmes. La vision du président Talon entraîne le Bénin dans une direction qui, de mon point de vue, crée aussi les conditions de beaucoup de tensions, tout ça dans un environnement régional qui lui-même est très fragile. Je suis assez inquiet par rapport à cette évolution parce que dans un tel environnement, on a besoin plutôt d'unité, de cohésion et d'espaces d'expression politique en interne pour faire face aux différents défis, y compris le défi sécuritaire. À lire aussiLégislatives au Bénin: l'opposition dénonce «un Parlement monocolore» en attendant les résultats définitifs À lire aussiBénin: la prochaine Assemblée nationale n'aura aucun député de l'opposition

Le Sénat français examine mercredi 28 janvier le projet de loi-cadre pour faciliter la restitution des biens culturels africains pillés durant la colonisation. C'était une promesse du président Emmanuel Macron lors de son discours à Ouagadougou en 2017. À ce jour, seule une infime partie des collections françaises a été restituée aux pays qui la réclament. La Béninoise Marie-Cécile Zinsou est la présidente de la Fondation Zinsou et la grande invitée de Sidy Yansané. RFI : Marie-Cécile Zinsou, le Sénat français étudie ce mercredi 28 janvier, une nouvelle loi pour faciliter la restitution des biens culturels africains spoliés durant la période coloniale. Expliquez-nous, s'il vous plaît, ce que va changer concrètement cette loi, si elle est adoptée. Marie-Cécile Zinsou : jusqu'ici en France, à chaque fois qu'un pays, un État, faisait une demande de restitution, il fallait voter une loi spécifique en fonction de ce qui avait été demandé. C'est ce qui est arrivé pour le Bénin, pour les 26 objets qui ont été restitués, ou pour le Sénégal avec le sabre d'El Hadj Omar Tall, et enfin, dernièrement, pour le tambour en Côte d'Ivoire. Donc, cela demandait de passer des lois spécifiques. L'idée de faire une loi-cadre aujourd'hui, c'est d'encadrer la façon dont les État vont pouvoir demander des restitutions pour qu'il n'y ait plus une loi particulière, systématique, c'est-à-dire que la représentation nationale française ne soit pas obligée de voter par objet, mais puisse établir un cadre clair et transparent pour les demandes de restitution. On peut évaluer le nombre d'objets concernés ? Aujourd'hui, c'est extrêmement compliqué. Cela dépend vraiment des États qui en font la demande. Tous les États ne réclament pas tous les objets qui ont été pris entre 1815 et 1972. Donc aujourd'hui, il est difficile d'en déterminer le nombre. On sait quels sont les États qui ont fait les demandes et sur quoi portent les demandes. Et après on peut, on verra si cette loi crée de nouvelles demandes de différents États. Mais pour l'instant, on ne peut pas donner un nombre d'objets. Cette loi fait référence à des objets qui ont été saisis de manière illicite ou sous contrainte, mais il n'y a pas du tout de référence claire à la colonisation ? Écoutez, ça, c'est une chose qui est malheureusement un des échecs de cette loi, qui est de ne pas dire les choses. Ne pas parler de colonisation c'est très étrange dans ce contexte. La période est large, 1815-1972. Mais ce dont on parle, ce sont des biens spoliés par la colonisation. Jamais il n'est fait mention dans ce texte de la colonisation, de repentance, de réparation. Rien n'est dit à ce sujet. Or, la France a un problème avec son histoire coloniale et avec sa façon d'éviter le sujet de manière systématique. Si on prend les pays européens, il s'agit bien, dans le cas de la Belgique de parler de passé colonial de même que dans le cas des Pays-Bas, qui ont aussi légiféré sur la question de la restitution. Il s'agit de réparer l'injustice faite par la colonisation et d'accepter de manière automatique les demandes quand elles viennent d'États qui ont été colonisés par les Pays-Bas. Les objets, c'est formidable, mais à un moment, il faudra restituer l'histoire, il faudra restituer la fierté et on ne pourra pas éternellement cacher ce qui s'est passé pendant la colonisation française. Parmi ces 30 objets rendus par la France, vous l'avez dit, 26 concernaient le seul Bénin, votre pays. Est-ce à dire que le Bénin est à la pointe de la demande de restitution et pourquoi, selon vous ? Il faut bien se souvenir que depuis les indépendances, les pays demandent à voir leur patrimoine revenir sur leurs terres. Ce sont des demandes qui ont été systématiquement refusées sur le principe de l'inaliénabilité du patrimoine français. À partir du discours de Ouagadougou qui intervient en 2017. Mais il ne faut pas oublier que le Bénin fait sa demande en 2016. Cela fait longtemps que des pays n'ont pas demandé puisque leurs demandes étaient systématiquement refusées. Le Bénin a relancé cela en fait, il n'a pas lâché et il a insisté. Et c'est arrivé au moment où Emmanuel Macron a décidé de changer la politique française sur ces questions. Et je crois d'ailleurs que le Bénin fait à nouveau une demande de restitution pour certains objets qui n'avaient pas été prise en compte dans la première vague de restitution. Et le Bénin, pourquoi ? Parce que je crois que la population est très mobilisée. La jeunesse est énormément mobilisée. On a entendu la jeunesse béninoise sur les réseaux sociaux, on l'a entendu dans le débat public. Les gens sont très conscients de l'importance du retour du patrimoine pour déterminer où l'on va. C'est quand même toujours plus facile de savoir d'où l'on vient. La presse s'est largement fait l'écho du retour de ces œuvres au Bénin. Sans oublier le très beau film Dahomey de la cinéaste Mati Diop. On a vu des chefs coutumiers faire le déplacement, des étudiants, des familles depuis que ces biens ont retrouvé leur patrie d'origine. Diriez-vous que le peuple béninois a su se le réapproprier ? En fait, c'est très difficile de s'imaginer un pays où vous n'avez pas accès à votre patrimoine. Vous n'avez pas accès à votre histoire et tout à coup, ces objets reviennent. Et ces objets sont porteurs de votre histoire. Ils racontent qui vous étiez avant qu'on vienne vous envahir et qu'on vienne effacer votre identité. Les réactions pendant l'exposition étaient sidérantes. Les gens pleuraient devant les vitrines en voyant ces objets qu'ils découvraient pour la première fois. Ce sont des objets pour ce qu'ils portent avec eux de notre mémoire et de notre histoire. À lire aussiFrance: la loi pour simplifier les restitutions de biens culturels examinée au Sénat À lire aussiCatherine Morin-Desailly: «Les mentalités ont évolué», «les biens culturels volés méritent de retrouver leur pays d'origine»

La Côte d'Ivoire sort d'une séquence électorale au bénéfice du parti présidentiel RHDP. Non seulement le sortant Alassane Ouattara a pu se maintenir pour un quatrième mandat contesté, mais sa formation politique a arraché plus des trois quarts des sièges à l'Assemblée nationale. Au détriment du PDCI qui a perdu la moitié de ses députés et du PPA-CI qui a boudé le scrutin. Alors que les divisions persistent au sein des partis d'opposition et que le parti au pouvoir peine à faire émerger un successeur consensuel au chef de l'État, la Côte d'Ivoire entre-t-elle à la fin d'un chapitre politique de trois décennies dominées par les trois icônes Henri Konan Bédié, Laurent Gbgabo et Alassane Ouattara ? Éléments de réponses avec le Dr Séverin Kouamé, sociologue et enseignant-chercheur à l'université de Bouaké. Il répond à Sidy Yansané. RFI : Dr Séverin Yao Kouamé ce week-end, le PPA-CI a annoncé la tenue de son premier congrès en mai prochain. Mais surtout, ses cadres ont maintenu Laurent Gbagbo à la tête du parti. Malgré son âge et son état de santé fragile, et malgré l'éviction de plusieurs figures comme Stéphane Kipré, Armand Ouégnin ou même Ahoua Don Mello. Est-ce qu'on peut déjà dire que l'ère de l'opposant historique Gbagbo est en train de s'achever ? Dr. Séverin Yao Kouamé : Je pense qu'il y a toute la question de son état physique. Maintenant, dire que c'est une ère qui est en train de s'achever, il faut peut-être approfondir un peu mieux la réflexion. Dans tous les cas, Gbagbo lui-même est en demande de repos. Il a été l'opposant historique sous Houphouët Boigny, il a été de ceux qui ont concouru à l'instauration du multipartisme, etc. Il a été de tous les grands combats. Mais il est clair que physiquement, il est arrivé à un moment où il lui faut passer la main. Et toute la problématique, c'est de déterminer qui est en capacité de continuer la lutte que Gbagbo a engagé depuis plus d'une trentaine d'années. Toujours au sein de la gauche ivoirienne, Simone Ehivet et son Mouvement des Générations capables n'ont remporté aucun siège à l'Assemblée nationale. Et ça malgré la coalition formée avec le Cojep de Charles Blé Goudé et le PDCI. Selon vous, pourquoi ces grands noms de l'opposition peinent à se faire entendre aujourd'hui ? Des formations comme le MGC ou d'autres sont encore dans une phase juvénile. C'est sur le temps long que se construit l'adhésion de l'électorat. D'autant qu'aujourd'hui, on a une population électorale qui a complètement changé. On a des jeunes gens de 18-35 ans qui sont dans une forme de désenchantement pour toute la chose électorale et politique. Ce n'est pas exclusivement une problématique de gauche, c'est une problématique de la classe politique. Comment construire cette forme de ré-enchantement pour la chose électorale ? Pendant de longues années, on a démarché les gens sur leur identité, sur leurs peurs. On est convaincu que tant qu'on n'a pas quelqu'un dans le cercle du pouvoir, on ne bénéficie de rien, on n'est pas sûr d'avoir une route, on n'est pas sûr d'avoir une école, et c'est même le marketing qui est fait de ces choses-là. Vous l'avez bien dit, le constat est similaire du côté libéral de la scène politique, puisque les divisions au sein du PDCI et surtout l'absence prolongée de son nouveau président, Tidjane Thiam, ont fait perdre à l'ancien parti unique la moitié de ses députés en seulement cinq ans. La preuve, selon vous, que le parti peine à se remettre de la mort de son ancien chef charismatique, Henri Konan Bédié ? Est-ce que le parti est en capacité de se réinventer ? Qu'est-ce que le PDCI propose aujourd'hui ? Est-ce que l'on maintient cette forme de division ethnique de l'électorat, où on part du principe qu'il y a un électorat « akan » captif ? Je crois qu'aujourd'hui les gens sont en demande d'autre chose. Vous voyez, on a toute cette jeunesse qui se situe dans une sorte d'angle mort. On est sur l'idée d'un héritage historique, on est sur l'idée qu'il suffit d'un nom important pour que les gens sortent voter. Cela ne suffit plus. On peut aussi parler du parti au pouvoir RHDP qui n'a jamais été aussi puissant. Mais là aussi, et malgré l'âge avancé du président Alassane Ouattara, aucune figure ne semble faire, pour l'instant, l'unanimité pour incarner un nouveau leadership. Dr. Sévérin Kouamé, n'est-ce pas là une page qui se tourne dans l'histoire politique ivoirienne, qui depuis 30 ans tourne essentiellement autour de Ouattara, Gbagbo et Bédié ? On voit toute la difficulté de la classe politique à trouver de nouvelles figures. Donc pour moi, c'est la crise d'un système, de ce modèle de gouvernance, de ce modèle de fonctionnement politique qui appelle à une autre démarche. Car la sanction, elle est déjà là : des taux de participation électorale complètement faibles, même dans les zones bastions. On n'a jamais vu autant de candidats indépendants se présenter à des législatives. Même s'il n'y a pas eu vraiment de miracle vu le peu de sièges qu'ils ont obtenu à l'Assemblée. Mais est-ce que finalement la nouvelle donne politique ne viendrait pas de cette jeunesse qui veut s'affirmer par ses propres idées, à la marge des partis, et aussi peut être par une société civile qui peine toujours à s'imposer en Côte d'Ivoire ? Je crois que ces jeunes gens ont le mérite d'avoir essayé. C'est des gens qui, en dehors du sérail politique, ont fait leurs preuves. On a des jeunes entrepreneurs qui ont fait leurs preuves auprès de la population. Lorsqu'on est en capacité de se construire à la marge et qu'on laisse des traces sur dix ou quinze ans, il y a de bonnes chances qu'on soit la personne que les populations adoubent à la fin à travers leur vote. Traditionnellement, le discours tenu aux populations est le suivant : "C'est le chef de l'État qui m'envoie ! C'est le chef du parti qui m'envoie!" Mais ces indépendants ont démontré que sans être des envoyés, pour parler comme les Ivoiriens, ils sont en capacité de s'envoyer par eux mêmes. À lire aussiCôte d'Ivoire: le nouveau gouvernement mobilisé autour du Programme national de développement 2026-2030 À lire aussiCôte d'Ivoire: le PPA-CI acte son congrès et appelle Laurent Gbagbo à rester à la tête du parti

Un an après la bataille de Goma, quelle est la réalité du contrôle exercé sur la ville par l'AFC/M23, soutenu par Kigali ? Comment le groupe AFC/M23 se finance-t-il ? Et quelles perspectives de paix, alors que les initiatives diplomatiques — qui se multiplient — n'ont que peu d'effet sur le terrain ? Zobel Behalal, expert senior à l'Initiative mondiale contre le crime organisé transnational et ancien membre du panel d'experts des Nations unies sur la RDC, répond aux questions de Florence Morice. RFI : Il y a un an, lors de la chute de Goma, beaucoup d'analystes affirmaient que le M23 n'avait pas les moyens de gouverner la ville. Un an plus tard, peut-on dire que l'on s'était trompé ? Zobel Behalal : Oui, évidemment, on s'était trompé il y a un an. Parce qu'aujourd'hui, le mouvement non seulement contrôle la ville, mais il a étendu son pouvoir sur d'autres territoires, et notamment sur la province du Sud-Kivu. De quelle manière est-ce qu'il contrôle la ville, concrètement ? Le M23, toujours soutenu massivement par le Rwanda, a installé une administration parallèle avec des gouverneurs qui ont été nommés dans les provinces du Sud et du Nord-Kivu, des administrateurs du territoire. Il a installé un système de taxation assez bien huilé. Le M23 contrôle également des territoires stratégiques de production minière, qui sont une source d'enrichissement assez considérable pour lui. Et ensuite, ce qu'il faut noter, c'est que le M23 contrôle cinq postes frontaliers stratégiques, notamment avec le Rwanda et l'Ouganda. Comment le M23 finance-t-il cette administration parallèle ? Essentiellement par ces taxes et le contrôle des ressources minières ? On a vu une nomenclature des taxes assez bien élaborée par le mouvement, qui concerne aussi bien le mariage, le transfert d'un corps, que la traversée d'une frontière, l'exploitation d'un site minier. Donc ça couvre vraiment toute l'activité économique et sociale des territoires sous son contrôle et cela rapporte énormément d'argent au mouvement. Il faut aussi comprendre que le M23 ne dépense pas beaucoup d'argent pour ses troupes. Les soldats, pour la plupart, sont très peu payés, ils reçoivent un entretien journalier pour leur nutrition, donc ceux-ci se sucrent sur le dos de la population et l'essentiel de l'argent collecté par le M23 va dans les poches de ses cadres politiques et militaires. Avant la chute de Goma, le M23 contrôlait déjà d'importants sites miniers. C'était le cas, par exemple, de Rubaya. Qu'est-ce qui a changé depuis un an ? Est-ce qu'ils ont mis la main sur de nouveaux sites stratégiques ? Depuis la chute de Goma, le M23 a étendu son contrôle sur des sites miniers, notamment dans la province du Sud-Kivu, des sites miniers de production d'or et de ce qu'on appelle la wolframite, ce qui constitue des sources de revenus importantes pour le mouvement. Il a continué à maintenir son contrôle sur les routes d'exportation des minerais de coltan exploités à Rubaya vers le Rwanda. Donc tout cet argent rentre dans les caisses du mouvement, mais profite surtout aux cadres politiques, aux cadres militaires et évidemment aux pays qui soutiennent le M23. Quels sont les pays qui bénéficient de ces ressources ? On a suffisamment d'informations et de preuves pour attester du soutien massif du Rwanda vis-à-vis du M23 et on sait que ce soutien rapporte énormément d'argent au Rwanda. Les statistiques du Rwanda d'exportation du coltan sur la période de janvier à juin 2025 sont 200 % supérieures à ce que c'était à la même période en 2024. Et on sait aussi qu'il y a des pays qui profitent de manière passive de la présence du M23, notamment les flux commerciaux et économiques entre le M23 et le Congo et l'Ouganda. Il y a également des pays un peu plus lointains, comme le Kenya et la Tanzanie. Prenons un exemple, celui du commerce du carburant. Aujourd'hui, à Goma, le carburant est sous le contrôle des proches du général Makenga, qui est le chef militaire du M23, et ses proches ont un monopole sur l'importation du carburant qui vient de pays comme le Kenya. Donc ça enrichit des réseaux qui, de manière passive ou indirecte, contribuent à financer le mouvement et profitent également de cette économie illicite. Depuis un an, les initiatives diplomatiques se multiplient, mais on a le sentiment qu'elles ont peu d'effet sur le terrain. Pour quelle raison, selon vous ? Il y a eu une forte mobilisation diplomatique qui est appréciable. Mais ce qu'on constate aujourd'hui, c'est qu'il y a un élément qui structure cette guerre, il y a un élément qui constitue son carburant, c'est l'exploitation des ressources naturelles. Donc l'angle mort des principaux processus de paix, c'est qu'ils ne prennent pas suffisamment en compte cet aspect qui pourtant représente un moyen de pression sur les différents acteurs pour les obliger à se mettre autour de la table pour discuter. Mais le processus de Washington et l'accord-cadre qui a été signé en fin d'année dernière aux États-Unis prétend justement placer cette dimension économique et l'organisation économique régionale au cœur des discussions. Autant on se félicite du fait que les Américains aient mis sur la table cette dimension économique, autant on reste encore sur notre faim sur les mesures concrètes qui vont véritablement résoudre le problème dans sa profondeur. On a plutôt l'impression que ce processus pourrait représenter une prime à l'ambition expansionniste de certaines parties. Il pourrait représenter une source d'enrichissement des réseaux criminels préexistants. Donc il faut commencer par créer des conditions pour que ces personnes n'accèdent plus à ces ressources naturelles. Et c'est l'angle mort, comme je le disais, de ces processus de paix. Donc le M23, et ? Le M23, les pays voisins comme le Rwanda… Et il faut reconnaître aussi que, aujourd'hui, dans l'exploitation illicite des ressources naturelles, les réseaux criminels se recrutent au sein de l'élite politique, sécuritaire de tous les pays, y compris du Congo. On n'a pas d'éléments qui nous permettent de dire aujourd'hui que ces élites au Congo, au Rwanda et dans les autres pays, ne continueront pas à tirer les ficelles lorsque ces contrats seront appliqués. Tout récemment, l'Angola, qui semblait sorti des processus de négociation, a relancé des consultations et plaide pour un dialogue national. Est-ce que cette nouvelle initiative de Luanda est porteuse d'espoir selon vous ? L'initiative angolaise est potentiellement une évolution positive, car si la crise du M23 s'inscrit dans une dynamique géo-criminelle, où des États instrumentalisent le crime transnational organisé à des fins économiques et financières, il faut reconnaître que cette crise prospère aussi parce qu'elle s'ancre dans des faiblesses structurelles profondes que seuls les Congolais eux-mêmes ont la capacité et le devoir de traiter. Donc un dialogue intercongolais, qui va discuter du partage des richesses, de la forme de l'État, de comment faire nation, de la lutte contre l'impunité, me semble bienvenu. À lire aussiRDC: à Rubaya, des mines stratégiques au cœur de la guerre, toujours contrôlées par le M23

En janvier 2025, la Monusco est confrontée à une double mission : protéger les civils tout en assurant la sécurité de son propre personnel, pris dans cinq jours d'affrontements intenses. Vivian van de Perre est la représentante spéciale adjointe du secrétaire général des Nations unies pour la protection et les opérations de la Monusco et en est la cheffe par intérim. Elle se trouvait à Goma au moment des combats. Un an après, comment a-t-elle personnellement vécu cette bataille ? Elle répond aux questions de Patient Ligodi. RFI : Un an après la prise de la ville par l'AFC/M23, comment avez-vous personnellement vécu cette bataille et ces moments de bascule pour la Monusco ? Vivian van de Perre : Merci beaucoup pour la question. La bataille de Goma, en janvier 2025, nous ne l'oublierons jamais, qu'il s'agisse de la population, des combattants des deux camps ou des Casques bleus eux-mêmes. C'est la bataille la plus intense que nous ayons connue dans l'est du pays, de par son ampleur. Elle n'a absolument rien de comparable avec la prise de Goma en 2012. Cette fois-ci, il s'agissait d'une bataille urbaine intense et prolongée. Ces journées ont été un choc par leur intensité et par ce qu'elles ont signifié pour la population de Goma et pour la mission de la Monusco, dont le mandat est de protéger les civils. Dans la ville, le sentiment immédiat n'était pas celui de considérations géopolitiques abstraites, mais celui de l'urgence. Le bruit et l'impact continus des armes légères et lourdes, la pression exercée par l'arrivée massive de civils et de personnels en uniforme venus chercher refuge dans les bases de la Monusco et la responsabilité, au milieu de tout cela, de maintenir nos Casques bleus opérationnels et concentrés malgré les risques auxquels ils étaient eux-mêmes exposés, ont constitué un véritable défi. Le 28 janvier, vous vous en souvenez peut-être, je faisais un briefing devant le Conseil de sécurité. La bataille de Goma n'était pas encore terminée. Mais la nuit, l'intensité diminuait en raison de l'obscurité. J'ai donc pu informer le Conseil depuis Goma et leur dire que la violence devait cesser immédiatement, car la situation échappait à tout contrôle d'une manière susceptible d'entraîner l'ensemble de la région dans un conflit encore plus profond. On avait vraiment le sentiment qu'il s'agissait d'un moment ou tout pouvait basculer et c'est la crainte qu'on avait. Nos bases — les bases de la Monusco — étaient touchées, tout comme les résidences de notre personnel. Et bien sûr, l'ensemble de la population civile de Goma et de ses environs était également affectée. Nous avons été pris dans des tirs croisés. Il ne s'agissait pas d'une attaque directe contre l'ONU, mais nous étions pris dans les tirs croisés. Dans le même temps, nous recevions des civils et des personnels de sécurité qui avaient besoin de protection, dans toutes nos bases — dans nos bases militaires autour de Goma, comme dans nos bases civiles. Il y avait donc un véritable sentiment d'urgence et une intensité sans précédent. Mais un an plus tard, dispose-t-on aujourd'hui d'un rapport consolidé du nombre de civils tués à Goma lors de cette bataille de janvier 2025 ? Et quelles sont les principales difficultés pour documenter ces chiffres aujourd'hui ? On n'a pas véritablement de chiffres précis. Le brouillard de la guerre est tel qu'il est très difficile d'établir un bilan civil pleinement consolidé et vérifié de manière indépendante, car les combats actifs ont tout perturbé — l'accès aux sites, aux dossiers médicaux, les hôpitaux étaient débordés, les communications coupées, et les conditions nécessaires pour mener des vérifications en toute sécurité n'étaient pas réunies. En outre, les gens avaient peur. Ils craignaient d'être ciblés. L'intimidation des survivants et des témoins représentait un risque réel. Il y a ensuite eu des déplacements de population, à la fois volontaires et fortement encouragés, voire forcés, ce qui compliquait les recherches. Les familles se déplaçaient. Par ailleurs, pour des raisons sanitaires, les corps étaient très rapidement collectés et mis en terre afin d'éviter la propagation de maladies transmissibles. À cela s'ajoute le fait que, puisque nous combattions aux côtés du gouvernement de la RDC pendant la bataille de Goma, nous étions à ce moment-là considérés comme une partie au conflit. Nous n'avions donc pas la liberté de mouvement et ne pouvions pas circuler librement. Il est donc difficile de se prononcer avec précision. Les estimations varient largement. C'est pourquoi nous souhaitons soutenir l'intervention d'un organe indépendant, comme la commission d'enquête récemment créée par le Conseil des droits de l'Homme, afin qu'elle devienne opérationnelle avec des ressources adéquates et, surtout, qu'elle bénéficie d'un accès sans restriction. La Monusco est prête à les soutenir, ainsi que d'autres mécanismes nationaux, pour enquêter sur ces incidents graves, prévenir les récidives et rendre justice aux victimes, le moment venu. Qu'est-ce qui a été, selon vous, déterminant dans la chute de Goma ? Au-delà des faiblesses connues des forces congolaises, quel a été concrètement le rôle de la Monusco face à l'avancée de l'AFC/M23 appuyé par l'armée rwandaise ? Qu'est-ce qui a fait que très rapidement, Goma s'est retrouvé dans une situation où l'AFC/M23 n'a pas trouvé de résistance armée, alors qu'il y avait la SADC (Communauté de développement de l'Afrique australe), la Monusco, les FARDC, les Wazalendo… Oui, nous nous étions préparés à l'éventualité que Goma soit attaquée. Mais je tiens à réaffirmer que ce M23 n'est pas le même que celui de 2012. Le qualifier simplement de groupe armé ou de groupe rebelle ne rend pas compte du niveau d'équipement et d'organisation qu'il a atteint. Et comme nous le savons tous, il bénéficie du soutien de pays voisins, ce qui a été largement établi par différents rapports. Il ne s'agissait donc pas tant d'un combat contre un groupe rebelle que d'un affrontement qui ressemblait presque à un conflit entre deux armées conventionnelles. L'ampleur des combats était sans précédent. Nous étions désavantagés dans l'utilisation de nos technologies en raison du brouillage très actif des signaux GPS pendant la bataille — et, soit dit en passant, cela se poursuit encore aujourd'hui —, ce qui nous empêchait d'utiliser nos hélicoptères et nos drones. Nous ne pouvions pas utiliser nos équipements technologiques. Et l'ampleur de l'attaque était considérable. J'ai également vu autour de l'aéroport des combats extrêmement violents. Ce n'est pas comme si le M23 était simplement entré et avait pris le contrôle, comme en 2012. C'était une bataille extrêmement intense. J'ai vu les forces gouvernementales se battre très violemment à l'aéroport et subir de lourdes pertes. Cela nous amène à réfléchir aux leçons à tirer. Tout d'abord, il y a eu un mépris répété des décisions prises par le Conseil de sécurité, par l'Union africaine, par la Communauté d'Afrique de l'Est et par la SADC, pour n'en citer que quelques-unes. Tous ont cherché à empêcher une escalade du conflit. Le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2773 après la chute de Goma. Cependant, cela n'a pas empêché l'extension du conflit, qui s'est poursuivi jusqu'à Bukavu, qui est également tombée — même si ce ne fut pas à l'issue d'une bataille aussi intense que celle de Goma. De même, la signature récente de l'accord de Washington n'a pas empêché la prise d'Uvira. Deuxièmement, tout processus de paix qui n'est pas ancré dans les droits humains et dans la protection des civils est fragile dès le départ. Il faut considérer la protection des droits humains comme une mesure de confiance. Sans s'attaquer, au moins en partie, aux causes profondes du conflit et si l'on cherche à régler les différends sur le champ de bataille, ce conflit se poursuivra. Et il est évidemment impératif de l'empêcher. La primauté de la médiation et des accords négociés est donc absolument centrale. La solution à la situation dans l'est du pays ne réside pas dans une nouvelle guerre, ni sur le champ de bataille. Protéger les civils et votre propre personnel : qu'est-ce qui a été le plus difficile à gérer ? La partie la plus difficile a été de gérer deux urgences simultanément : protéger les civils dans une ville en proie à de violents combats et assurer la sécurité ainsi que la continuité de nos opérations. Heureusement, nous avions évacué la plupart du personnel non-essentiel hors de Goma. Lorsque j'ai informé le Conseil depuis Goma, j'ai été très claire : certains de nos sites étaient affectés et nous accueillions un grand nombre de personnes venues y chercher refuge. Sur le plan opérationnel, cela implique des décisions complexes, prises minute par minute : où renforcer les dispositifs, comment sécuriser les emprises, comment maintenir la coordination humanitaire et appuyer les partenaires, sans accroître les risques pour les civils autour de nos sites. Un exemple concret de ce que signifie notre mandat de protection dans la pratique est ce qui s'est passé après la chute de Goma. Entre 2 000 et 3 000 militaires désarmés des FARDC et de la Police nationale congolaise, ainsi que plusieurs civils de haut profil, ont trouvé refuge dans les bases de la Monusco à Goma en janvier et y sont restés pendant quatre mois. À partir du 30 avril 2025, nous avons mené une opération visant à relocaliser en toute sécurité 1 359 d'entre eux vers Kinshasa, en étroite coordination avec le CICR en tant qu'intermédiaire neutre, et en étroite concertation avec le gouvernement de la RDC, en veillant au respect de la sécurité, de la dignité et de la neutralité tout au long du processus. Cette opération a été conduite avec le consentement éclairé des personnes concernées et dans le strict respect des Conventions de Genève. Pendant plus de trois mois, nous avons assuré une protection physique, un hébergement, des soins médicaux et une alimentation à ces personnes placées sous notre responsabilité, alors même que nous n'étions pas équipés pour accueillir un nombre aussi élevé de personnes et que des maladies transmissibles se sont déclarées en raison de la surpopulation. Nous nous souvenons que les 23 et 24 janvier 2025, les positions de la Monusco et de la SAMI-DRC, la force de la SADC, ont été prises pour cibles. Deux Casques bleus sud-africains, ainsi qu'un Casque bleu uruguayen, ont été tués. Un an plus tard, quel est le bilan au niveau des Nations unies ? Dans ces incidents, comme dans tant d'autres où des Congolais et d'autres personnes ont perdu la vie – et ils étaient très majoritairement congolais – des biens ont été détruits et de nombreuses personnes ont été blessées. Nous continuons à appeler et soutenir les efforts afin de déterminer les responsabilités dans ce qu'il s'est passé. Ces pertes humaines et matérielles ont été rapportées au Conseil de sécurité, et la position générale des Nations unies est claire : l'ONU ne peut jamais être attaquée directement. Nous étions impliqués dans le conflit au début de l'offensive du M23. Mais les attaques délibérées contre les Casques bleus sont inacceptables et peuvent constituer de graves violations du droit international. Nous continuons donc à soutenir la documentation et la préservation des informations, dans la mesure du possible. Mais établir les responsabilités dépend très largement de l'accès, de la coopération et de la capacité des autorités compétentes à enquêter sur ces incidents de manière crédible et en toute sécurité. Nous continuons à plaider pour que ces conditions soient réunies. Nous avons également renforcé – et continuons de renforcer – les mesures de protection pour les Casques bleus et les civils, car notre devoir immédiat est d'empêcher de nouvelles pertes en vies humaines, qu'il s'agisse de nos propres personnels ou des civils pris dans les tirs croisés. Normalement, la justice met du temps à être rendue. Elle est lente, mais elle finit par rattraper les responsables. Nous l'avons vu dans d'autres contextes. Mais pourquoi a-t-on l'impression que la région des Grands Lacs est la seule où des Casques bleus peuvent être attaqués, où des hélicoptères de la Monusco peuvent être détruits, sans clarification, sans explication, sans suivi judiciaire, sans sanctions ? Pourquoi ? La première étape est d'arrêter les combats dans l'est. Après cela, il y aura le temps d'examiner toutes ces questions. Car il est bien sûr inacceptable qu'une mission de maintien de la paix, décidée à l'unanimité par 193 États membres et financée par ces mêmes États, soit empêchée de faire correctement son travail. Je tiens également à souligner que la Monusco est la seule à être encore présente sur le terrain. De nombreux autres acteurs armés et divers groupes ont quitté l'est, qui est aujourd'hui toujours sous contrôle du M23. Mais nous, nous sommes toujours là et nous avons toujours un rôle important à jouer. Nous tenons bon et nous remplissons ce rôle du mieux que nous le pouvons, malgré les restrictions de mouvement. Mais Il viendra un moment où il faudra établir les responsabilités. Eh bien sûr, nous avons documenté tout cela, et le moment viendra. Mais notre priorité immédiate est de mettre fin aux combats et de créer les conditions pour que des solutions négociées puissent être instaurées, afin que l'on trouve une solution à cette situation persistante dans l'est, qui dure depuis trente ans et qui, au moment même où nous parlons, semble encore s'aggraver. Voilà notre priorité absolue. La justice et la responsabilité viendront après. Avec le nouveau mandat de la Monusco, que fait concrètement la mission aujourd'hui sur le terrain, différemment de ce qu'elle faisait dans les semaines et les mois ayant suivi la prise de Goma, et par rapport à l'ancien mandat ? Dans les zones contrôlées par le M23, la situation est évidemment différente, car nous n'avons jamais pu y retrouver notre liberté de mouvement. Nous pouvons faire entrer et sortir des troupes et du personnel, mais sans aéroport, cela se fait par voie terrestre, ce qui prend plus de temps. Mais les troupes ne peuvent pas patrouiller librement. Le Conseil de sécurité le sait parfaitement. Des pressions sont exercées sur le M23 pour qu'il nous accorde la liberté de mouvement, mais ce groupe pose des conditions que nous ne pouvons pas accepter, car nous ne pouvons pas coopérer avec un groupe armé ayant pris le contrôle d'un territoire souverain de la RDC. Malgré cela, nous avons établi un modus operandi qui nous permet de rester présents dans l'est. Cette présence est précieuse, car elle donne un certain espoir à la population : l'ONU est toujours là, la communauté internationale ne les a pas oubliés. Nous utilisons nos réseaux pour surveiller la situation et en rendre compte. Mais les opérations classiques de maintien de la paix que nous menons en Ituri et dans le grand nord ne sont pas possibles dans les zones contrôlées par le M23. Un nouvel élément figure toutefois dans la résolution : lorsqu'un cessez-le-feu est en place – et nous devrions en avoir un – nous sommes mandatés pour le soutenir. Cela a été négocié à Doha, avec un rôle pour la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), et la Monusco fait partie intégrante de ce mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, y compris sur le plan logistique. Ce mécanisme est prêt, il n'est pas encore visible parce que le cessez-le-feu ne tient pas pleinement. Mais nous sommes prêts. Nous nous préparons activement, mais certaines conditions doivent être en place : l'accès aux aéroports, l'utilisation de nos hélicoptères. En mars, nous retournerons devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Il nous a demandé des propositions concrètes sur la mise en œuvre du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, et nous serons prêts à les présenter, afin qu'il puisse prendre une décision.

Le gouvernement du Burkina Faso a exprimé sa « reconnaissance » au Togo après l'extradition, le 17 janvier, de l'ancien président de transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Il a été renversé en 2022 par le capitaine Ibrahim Traoré, qui l'accuse régulièrement d'être le cerveau de plusieurs tentatives de putsch, dont celle annoncée au début du mois. Pourquoi cette extradition n'intervient que maintenant ? Éléments de réponse avec le Grand Invité Afrique du jour, Rinaldo Depagne, directeur adjoint pour l'Afrique de l'International Crisis Group, en ligne avec Sidy Yansané. À lire aussiQuel jeu diplomatique joue Lomé dans l'extradition de l'ex-putschiste Paul-Henri Damiba vers le Burkina Faso?