Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro.

En Inde, face aux chaleurs extrêmes, les travailleuses du secteur informel disposent d'une protection innovante : une assurance anti-chaleur. Le principe est simple : dès que la température dépasse les 42°C plusieurs jours de suite, ces femmes reçoivent automatiquement une compensation financière pour remplacer leur salaire perdu. Ce modèle de sécurité climatique n'en est qu'à ses débuts. De notre correspondant à New Dehli, « J'ai connu ce projet quand ils sont venus nous l'expliquer », confie Komal. Ce sont des agents d'une compagnie d'assurance qui ont démarché la jeune femme dans l'école privée de New Delhi où elle travaille comme nettoyeuse. À 28 ans, elle a immédiatement calculé l'intérêt de ce dispositif pour protéger son maigre revenu. « Travailler par 40°C, impossible. Je perdais 300 roupies par jour. Cotiser 400 roupies par an pour cette assurance change tout », explique-t-elle. Ce filet de sécurité sans intermédiaire a été pensé pour les travailleuses du secteur informel en Inde. Initié en 2023 par l'ONG SEWA (l'Association des femmes travailleuses indépendantes) dans le Gujarat, ce programme s'étend désormais à trois États. Le principe est simple : contre une cotisation annuelle de trois à quatre dollars, les assurées reçoivent automatiquement une indemnité journalière quand la température devient impossible. Anshu Jha, qui a coordonné ce déploiement pour l'ONG, souligne l'engouement croissant : « Les femmes sont très intéressées par cette assurance. En 2023, elles étaient 21 000, et en 2024, 50 000. Le nombre de bénéficiaires a plus que doublé. » Pour ces femmes payées à la journée, ce dispositif évite de devoir choisir entre la faim et une pénibilité extrême. Dans les rues de la capitale indienne désertées par la chaleur, Sunita vend ses fruits à l'ombre d'un arbre. Elle aussi a souscrit à l'assurance, mais face au coût de la vie, l'indemnité lui paraît maigre. « Je gagne 200 à 300 roupies par jour. Cela pour un ou deux repas. C'est mieux que rien, mais ce n'est pas assez. Un peu plus, ce serait bien », confie-t-elle. Si l'assurance paramétrique existe depuis plus d'une décennie en Inde, la couverture contre la chaleur, elle, commence à peine. Des géants du secteur comme Bajaj Allianz adaptent leurs offres. Ils proposent des contrats sur mesure, valables de quelques jours à plusieurs mois selon les pics de canicule. Ashish Agrawal, directeur technique chez Bajaj General Insurance, anticipe une hausse de la demande : « Aujourd'hui, le climat est le plus grand risque pour tous. Nous devons absolument nous protéger. Je suis sûr que le marché de l'assurance climatique va croître. » Cet été, l'Inde étouffe sous des températures record qui frôlent les 50°C. Près de 400 millions de travailleurs informels subissent de plein fouet ce dérèglement. Face à l'urgence, ces micro-assurances anti-chaleur offrent un premier filet de sécurité pour s'adapter à la crise climatique. À lire aussiEn Inde, une classe moyenne désormais à deux vitesses

À Barcelone, le mercredi 10 juin 2026, le pape Léon XIV continue sa visite officielle en Catalogne, qui se termine dans la soirée par une messe à la Sagrada Familia, la fameuse basilique de l'architecte catalan du XXe siècle, Antonio Gaudi. Mais surtout, le pape va bénir et inaugurer la dernière tour centrale du monument : celle de Jésus-Christ, qui fait de la Sagrada Familia la plus haute église du monde. Une œuvre qui reste néanmoins inachevée et que RFI a visitée avec son architecte en chef, Jordi Paoli. De notre envoyée spéciale à Barcelone, Au milieu des touristes, la figure discrète de l'architecte en chef Jordi Fauli se fraie un chemin dans le vaste édifice. Dans les couloirs qui mènent à la salle des maquettes, le sexagénaire s'attarde toujours pour parler aux enfants. « Et aux adolescents, précise-t-il. Ces enfants sont le futur de la Sagrada Familia. C'est sûr qu'ils la verront terminée avec tout l'ensemble et l'escalier principal. » Tout vient bien de Gaudi Tout juste 144 ans après la pose de la première pierre, la Sagrada Familia est arrivée à un point d'orgue : l'achèvement de sa dernière tour centrale, celle de Jésus-Christ, son point culminant. Mais elle n'est toujours pas terminée. Il lui manque sa dernière façade, celle de la Gloire, qui sera l'accès principal, doté d'un escalier monumental. Jordi Fauli l'assure, tout est bien le fruit de l'architecte Antoni Gaudi, mort il y a tout juste 100 ans : « En 1936, on a brûlé le studio de Gaudi, les plans ont brûlé et les maquettes ont été détruites en petits fragments. Mais on a récupéré près de 8 000 fragments de ses maquettes, et ses disciples ont reconstruit une partie de ces maquettes. » Conscient qu'il ne pourrait jamais le terminer, Gaudi avait pris soin d'expliquer à ses disciples son projet, qui a été photographié et décrit dans des livres spécialisés. Mais surtout, il s'était concentré sur la construction verticale, celle de la façade de la Nativité, au lieu de construire à l'horizontale, comme c'était la coutume. « C'est évidemment une manière de faire connaître la Sagrada Familia au monde entier, parce que comme cela, avec une façade terminée, il laissait une image à photographier, divulguée partout. Mais aussi, de cette manière, Gaudi s'assurait de la continuité de la Sagrada Familia », estime Jordi Fauli. « Une forêt de colonnes » « Un génie du marketing », s'amuse l'architecte directeur, qui poursuit la visite : « Entrons maintenant dans la nef principale, dont Gaudi disait qu'elle serait comme une forêt. Regardez : une forêt de colonnes qui se ramifient et forment des nœuds comme si c'étaient des arbres. Grâce à cela, il n'y a pas d'autres éléments structurels sur les façades, seulement des vitraux pour les centres et la lumière. » Des colonnes de 22 mètres de haut qui supportent tout le poids du monument et sont devenues un symbole de l'œuvre du génie architecte, explique Jordi Fauli : « Quand il a fait sa dernière maquette, il a dit : "Je suis vraiment content de la maquette des nefs, même si j'ai de la peine, parce que je n'en verrai aucune partie construite." Mais il savait qu'elle serait faite dans le futur. » Un projet toujours inachevé et sans date de finalisation, mais dont le futur est déjà écrit. À lire aussiImmigration, vie humaine, paix... Le pape Léon XIV livre un discours inédit au Parlement espagnol

La Suède est confrontée à une hausse inquiétante de l'implication de jeunes filles dans la criminalité organisée et les violences de gangs. Selon le Conseil suédois de prévention du crime, elles sont utilisées de manière stratégique car elles attirent moins l'attention des autorités. Ces jeunes, parfois des enfants de moins de 12 ans, deviennent de véritables actrices du crime organisé, endossent des rôles de plus en plus importants, mais dans ces milieux violents, elles sont bien plus vulnérables que les garçons. À lire aussiSuède : Stockholm lance un suivi intensif des enfants dès 6 ans pour prévenir la criminalité

Sorti le 20 mai en Belgique, le documentaire Métisses – Cinq femmes contre un crime d'État de Quentin Noirfalisse et Jean-Charles Mbotti Malolorelate le combat judiciaire de cinq femmes métisses contre l'État belge. Nées dans les années 1940 ou 1950 sous administration coloniale dans ce qu'on appelait alors le Congo belge, leur père était Blanc, leur mère était Noire et, pour cette raison, on les a enlevées à leur mère. De notre correspondant à Bruxelles, Alors qu'elles avaient entre 2 et 5 ans, les autorités coloniales ont placé ces cinq petites filles dans des institutions religieuses, comme des milliers d'enfants métis. En 2024, elles ont gagné leur procès en appel contre l'État belge. C'est ce procès que le film suit, tout en racontant l'enfance et les traumatismes de ces cinq femmes engagées dans le combat d'une vie.Quentin Noirfalisse, co-réalisateur du film avec Jean-Charles Mbotti Malolo, était le Grand invité Afrique de RFI le 23 mai. Un reportage à retrouver en version longue dans Accents d'Europe. À écouter dans La marche du mondeLes mères dépossédées de leurs enfants métis dans le Congo colonial

La capitale économique de la Syrie a été durement frappée par la guerre qui a vu s'opposer les forces rebelles au régime de Bachar el-Assad et son allié russe entre 2012 et 2016. Les intenses bombardements des forces loyalistes et le séisme de 2023 ont lourdement endommagé la vieille ville. Classés au patrimoine mondial de l'Unesco, 60 % des souks sont aujourd'hui très endommagés ou détruits. Aujourd'hui, les habitants tentent de reconstruire leur ville meurtrie et les commerçants reviennent progressivement. De notre envoyée spéciale avec Dana Alboz, de retour d'Alep, Les souks pluricentenaires d'Alep, carrefour des « routes de la soie », reprennent vie timidement. « Historiquement, chaque souk était dédié à un métier spécifique : le souk du cuivre, celui des parfumeurs, etc. », explique Nour Habak, le directeur de la citadelle, qui nous fait visiter ces 14 km de ruelles labyrinthiques. Les souks recèlent de nombreux trésors cachés. Dans la cour de la mosquée Halawiye, qui attend d'être restaurée, se cache derrière un mur de béton un joyau du XIIᵉ siècle. Nour Habak nous le montre sur son téléphone : c'est l'un des plus beaux mihrabs du monde arabo-islamique. « Ce mihrab a été protégé au début de la révolution grâce à un double mur de blocs de béton, au cas où le bâtiment serait touché par des obus. Comme on peut le voir, on distingue les traces des éclats. J'ai des sentiments partagés, confie-t-il, je suis soulagé que ce mihrab soit en sécurité même si je suis triste de ne pas le voir. » À lire aussiSyrie: les intentions décalées des investisseurs du Golfe pour la reconstruction de Damas Reconstruire selon la tradition alépine Mais ce mihrab est une exception. 60 % des souks ont été endommagés ou détruits d'après l'ONU. Les destructions subies sont vertigineuses, nul ne sait combien de temps prendra la reconstruction. « Toute cette partie était à terre, le toit et les boutiques, montre Ghaith Makansi, l'architecte qui dirige la restauration du souk depuis 2018. C'est un musée à ciel ouvert. Nous n'avons pas le droit à l'erreur. À la fin, les propriétaires du marché pourront retourner dans leurs boutiques. » Un chantier qui doit être mené dans le respect de la tradition alépine. « Mon père m'a appris mon métier, on transmet ce savoir-faire d'une génération à l'autre », indique Sameer Saeed, tailleur de pierre. Quelques ruelles ont déjà été rénovées, mais les propriétaires de commerces comme Mahmoud Soubhi, vendeur de keffieh, attendent leur tour avec impatience. « Si cette artère rouvre, c'est comme si le sang recommençait à circuler dans le marché et les gens reviendront. Car beaucoup de clients viennent, voient les destructions, puis ne continuent plus leur chemin vers le bas, souligne le vendeur. Toute ma vie, je suis resté dans cette boutique, je ne l'ai jamais quittée. Tout meurt, mais le souk revivra grâce à la population. Grâce aux gens qui y vivent. » Reconstruire Alep et plus largement la Syrie est un chantier immense qui, d'après la Banque mondiale, coûtera plus de 200 milliards d'euros. À lire aussiSyrie: le gouvernement reprend le contrôle d'Alep, les premiers déplacés font leur retour

Au Vietnam, une nouvelle réalité inquiète les autorités publiques. Réputée pour son alimentation saine et équilibrée, la gastronomie vietnamienne fait désormais face à de nouvelles habitudes. Aujourd'hui, environ 20 % de la population est en situation de surpoids ou d'obésité. Selon l'Organisation mondiale de la santé, le pays connaît l'une des progressions les plus rapides d'Asie du Sud-Est. De notre correspondant à Hanoï, Sur les trottoirs de la capitale, ces jeunes dégustent des cafés au lait concentré, à la crème salée ou au jaune d'œuf. Une seule boisson peut contenir l'équivalent de la dose journalière de sucre recommandée par l'OMS. Dans ce café branché d'Hanoï, une jeune vendeuse explique la préparation de ses boissons. « La quantité de sucre varie, il y a environ entre 35 et 50 g de sirop, ce qui correspond à environ 20 à 30 g de sucre raffiné pour une portion de boisson de 350 à 500 ml. Les jeunes Vietnamiens aujourd'hui aiment manger sucré, oui, confirme-t-elle. Ils aiment la restauration rapide et boire des boissons qui contiennent beaucoup de sucre. » McDonald's, KFC ou Lotteria : depuis les années 1990 et l'ouverture économique du pays sur le monde, les chaînes de fast-food n'ont cessé de se développer, modifiant progressivement les habitudes de consommation. À Hanoï, dans certains quartiers, jusqu'à 40 % des jeunes seraient en situation de surpoids ou d'obésité. Les villes sont les plus exposées à cette hausse, explique Alice Nguyên, diététicienne. « Il y a beaucoup de nouvelles tendances alimentaires qui arrivent. Par exemple, les boissons et la nourriture, il y a beaucoup de publicités autour de ces produits, souligne-t-elle. La plupart des gens ne sont pas vraiment conscients de comment un apport excessif en calories peut avoir un impact sur le taux d'obésité. » À lire aussiComprendre d'où tu viens pour savoir qui je suis Les jeunes en première ligne Selon elle, les jeunes sont en première ligne face au phénomène. Le gouvernement a récemment annoncé la mise en place de mesures dans les écoles, avec un meilleur encadrement des repas et des actions de sensibilisation auprès des élèves. « Je pense que la génération plus âgée au Vietnam est celle qui consomme le plus de nourriture “réelle”, des aliments non transformés, plutôt que les jeunes », poursuit la diététicienne. Chaque jour, Hoa prépare des petits plats à base de tofu, de sauce de poisson ou encore de légumes frais du marché. Les mains sur la cuisinière, cette soixantenaire remue dans une poêle des champignons et du bœuf, en expliquant ses recettes favorites. « C'est les crevettes sautées avec du porc, sans utiliser beaucoup d'huile, et les plats sont très légers, tout en étant nutritifs, souligne-t-elle. Par exemple, le tofu frit avec des oignons, ou encore du poulet bouilli, dont le bouillon peut être utilisé pour cuisiner la courge. » Pour encourager la consommation de produits plus sains, les autorités vietnamiennes multiplient les mesures. Depuis 2026, l'étiquetage nutritionnel plus détaillé est devenu obligatoire sur les produits alimentaires. Le pays doit progressivement faire entrer en vigueur une taxe sur les boissons sucrées. À écouter dans Le goût du mondeLe secret des Vietnamiennes

En Estonie, les députés vont voter pour entériner le transfert de prisonniers suédois vers des prisons estoniennes qui sont vides. Les premiers prisonniers sont attendus pour le mois d'août. Ils seront 600 en tout. C'est le nombre de places libres dans la prison de Tartu. Ce serait une première en Estonie, qui avait déjà évoqué le transfert de prisonniers britanniques sans que le projet n'aboutisse. Notre correspondante dans la région, Marielle Vitureau, a pu se rendre dans la prison de Tartu, dans le sud du pays, là où leur accueil se prépare. De notre envoyée spéciale à Tartu, Dans la zone commerciale de Tartu, les cubes de béton gris font plus penser à une usine qu'à une prison. C'est là que les détenus suédois viendront purger leurs peines, à quelques mètres de magasins d'outillage. À l'intérieur, toute une aile leur sera réservée. « On va repeindre le couloir avec une couleur plus relaxante, le violet n'est pas la meilleure. Il y a deux places par cellule. Les Suédois auront la télévision. La surface est d'environ 10 mètres carrés et il y a des sanitaires », détaille Merle Ulst, la toute nouvelle directrice, qui fait la visite. L'idée de louer les prisons estoniennes à un autre État est née du constat qu'elles étaient vides. Moins de 1 500 personnes sont incarcérées en Estonie. Il y a 25 ans, elles étaient 5 000. Une baisse considérable liée à l'introduction de peines alternatives, comme le bracelet électronique. Le député Madis Timson, à la tête de la commission Justice au Parlement, trouve que la location est une bonne idée : « Nous avons trois prisons modernes en Estonie. Ce serait logique d'en fermer une car nous n'avons pas assez de prisonniers. Garder un bâtiment vide coûte aussi de l'argent. Si nous louons le bâtiment, nous pouvons créer 250 emplois. » La Suède versera 30 millions d'euros par an à l'Estonie, plus 8 500 euros chaque mois pour chaque prisonnier. La question n'est pas trop débattue dans l'espace public, mais ce transfert inédit suscite tout de même des interrogations, rappelle Anna Markina, professeur de droit criminel : « Dans la population, l'inquiétude la plus grande est que des criminels venant de l'étranger arrivent dans notre société. Comme criminologue, je me demande comment la socialisation de ces prisonniers venant de Suède va se faire. » Le député Madis Timpson se veut rassurant : « L'Estonie ne recevra pas de mineurs, de personnes âgées, de femmes, de chefs d'organisations criminelles, de terroristes et d'extrémistes. » Les détenus viendront de toutes les régions de Suède. Ils seront surveillés par des Estoniens qui parleront anglais avec eux. Ils auront certains avantages par rapport aux prisonniers estoniens. « J'espère qu'ils ne seront pas totalement contre l'idée de venir, car sinon, cela va causer des problèmes. Nos collègues suédois nous ont dit qu'ils auront la possibilité de se servir d'ordinateurs portables, c'est mieux qu'en Suède », explique Merle Ulst, la directrice. Le Parlement suédois a déjà ratifié l'accord. Les Estoniens le feront dans quelques jours. Il sera en vigueur pendant cinq ans, avec la possibilité de prolonger. À lire aussiEnvoyer ses détenus dans des prisons étrangères: une idée en vogue en Scandinavie

L'expansion des colonies israéliennes est presque quotidienne dans les territoires palestiniens. Dans le village d'Umm al-Khair, près d'Hébron, des colons se sont installés illégalement et ils bloquent le chemin de l'école pour une trentaine d'enfants du village. De notre envoyée spéciale de retour d'Umm al-Khair, Dans l'école de Zoukor al-Sarraya, quatre élèves ne viennent plus en classe depuis plusieurs semaines, explique le directeur Amjad al-Jundi. « Ils ont cessé de venir, car ils avaient peur pour leur vie. Le chemin de l'école est devenu dangereux avec les colons, dénonce-t-il, ils veulent éviter tout conflit avec eux… » Ce chemin, c'est celui qui mène du village palestinien d'Umm al-Khair jusqu'à l'école. Mi-avril, il a été coupé par des colons israéliens qui ont installé des barbelés. Le directeur fait un dessin pour expliquer la situation. « Voyez, là, il y a des caravanes sur le côté de la route. Elles coupent le petit chemin ici qui permettait aux élèves de prendre un raccourci pour se rendre à l'école, montre-t-il. Les élèves doivent désormais emprunter la route, plus longue et plus dangereuse car elle passe devant les caravanes des colons. » Lorsque le passage a été bloqué, Fahad, 17 ans, était là. « Les colons nous ont attaqués sur la route, ils se sont regroupés contre nous en nous menaçant avec des armes et en jetant sur nous des grenades assourdissantes et du gaz lacrymogène, témoigne-t-il. Ça peut te tuer. » À lire aussiColons israéliens: ce que l'on sait des nouvelles sanctions européennes et de leur véritable portée « Ils étaient effrayés, horrifiés, terrifiés » Aujourd'hui, les villageois palestiniens s'organisent. Tareq, professeur d'anglais, est très investi pour ses élèves. « Je suis un peu de la famille, je suis enseignant et depuis les attaques des colons qui ont bloqué la route, je suis devenu chauffeur aussi, souligne le professeur. J'emmène les élèves le matin à l'école en allant travailler. » L'enseignant assure les trajets pour éviter que les enfants soient confrontés à la violence. « Ils ont eu peur et certains d'entre eux restent sous le choc aujourd'hui encore, poursuit-il. Ils étaient effrayés, horrifiés, terrifiés, dirais-je, parce que c'est la première fois que cela leur arrive, surtout sur le chemin de l'école. » Pendant l'entretien, Tareq jette des regards inquiets vers une barrière en métal jaune qui sépare le village de la colonie israélienne de Carmel, illégale au regard du droit international, qui se trouve à 50 mètres de l'autre côté de la rue. « Le colon qui est derrière la barrière, dans le Land Cruiser, c'est un colon violent qui a attaqué le village à plusieurs reprises, pointe-t-il. Pendant que nous parlons, il y a un véhicule de la police des frontières. Est-ce qu'on peut attendre de voir ce qui va se passer avec eux ? Je n'ai pas peur. Je suis inquiet. Les choses peuvent changer rapidement ici. Et vous voyez, il y a la police des frontières, il y a un colon très violent, un avant-poste avec les caravanes… On ne peut pas vraiment prédire ce qui va se passer. » Pas d'incident finalement mais une atmosphère très lourde. 17 nouvelles familles de colons israéliens viennent de s'installer dans le secteur, dans des caravanes. Une femme nous demande de quitter les lieux, c'est une propriété privée, dit-elle, et je vais appeler la police… À lire aussiCisjordanie occupée: les colons israéliens «n'agissent pas seuls et sont protégés par l'armée israélienne»

À quelques jours des législatives du 7 juin en Arménie, la Russie accentue ses pressions politiques et menace Erevan en termes à peine voilés. En accueillant récemment deux sommets européens, l'Arménie a exprimé sa volonté de se rapprocher de l'Union européenne. Mais le président russe, Vladimir Poutine, somme le pays de choisir entre Bruxelles et l'Union économique eurasiatique. Moscou utilise le levier économique en multipliant les restrictions d'importations arméniennes, notamment agricoles. Or, les producteurs arméniens restent très dépendants du marché russe, et la diversification est difficile. Le reportage de Marie Penin à Erevan. À lire aussiLégislatives en Arménie: l'UE dénonce des tentatives de «coercition» de la Russie

Au Liban, face à toutes les urgences de la guerre, la santé mentale passe souvent au second plan. Pourtant, les conséquences du conflit sont insidieuses sur la société. Au quotidien, comment tenir face au déplacement forcé qui dure depuis trois mois pour un quart de la population ? Face au stress des bombardements ? Au deuil ? Le tout, alors que la crise économique qui s'est installée depuis plus de sept ans a durablement appauvri la population. En 2025, le Liban était l'un des pays les plus malheureux du monde, classé 145 sur 147 dans le rapport World Happiness. Reportage de notre correspondante à Beyrouth, Sophie Guignon Nous sommes dans le quartier de Hamra, à Beyrouth, au Liban. Dans de nombreux immeubles désaffectés, on peut apercevoir des déplacés qui n'ont pas trouvé de meilleurs refuges. À quelques pas, dans sa pharmacie, le docteur Omar Richany confie : « Tu veux que je te dise franchement : on vend beaucoup de pilules contre l'anxiété et la dépression. On vend plus de médicaments contre la dépression que de paracétamol contre les maux de tête. » Un mal-être général causé par l'accumulation de crises que traverse le Liban, selon le pharmacien : « La situation dans laquelle on vit est très mauvaise. Les banques ont volé l'argent des gens. À cause des guerres, personne n'a de travail, tout est très angoissant. C'est ça qui pèse sur les gens. Heureusement que les médicaments existent pour que l'on puisse dormir, pour qu'on puisse se détendre un peu. Sans cela, ce serait encore plus dur. » « Les déplacements forcés ont un impact très douloureux sur les individus » Comme dans cette pharmacie, à l'échelle du pays, les ventes d'antidépresseurs augmentent de manière vertigineuse. Dans les locaux de l'ONG Embrace, on reçoit des appels de tout le Liban. Au bout du fil, plus de 120 bénévoles formés à la prévention des suicides. Mira Dali Balta, psychologue chargée du 1564, la ligne d'écoute gratuite nationale fondée par l'ONG Embrace en 2017, explique : « Les gens ont perdu beaucoup de biens matériels, mais aussi symboliques. Avec les déplacements d'un endroit à un autre, ils ont dû abandonner beaucoup d'objets et de souvenirs attachés à leur foyer. Alors qu'ils croyaient leur lieu de refuge en sécurité, il s'avère que ces lieux sont ciblés à leur tour. Toutes ces pressions liées au déplacement forcé ont un impact très douloureux sur les individus qui se sentent impuissants. » L'ONG reçoit plus de 60 appels par jour, principalement de jeunes entre 18 et 34 ans inquiets pour l'avenir. Agatha Abboud est responsable de la ligne d'urgence : « Nous avons du mal à répondre au grand nombre d'appels. Tout le monde vit dans une forme d'anxiété, d'incertitude quant à l'avenir, d'un manque d'espoir. On ne sait pas quand ça va s'améliorer. » Y aura-t-il une lumière au bout de ce tunnel de crise ? Le moral des Libanais en dépend. À lire aussiÀ l'ombre de la trêve, l'anéantissement du sud du Liban

Les derniers exercices de l'Otan à la frontière entre la Finlande et la Russie se sont achevés samedi 30 mai, dans une région aux abords de cette démarcation de 1 340 kilomètres. Depuis fin 2023 et la fermeture totale de la frontière, la ville reste attachée à ses liens européens. Mais comme partout ailleurs en Russie, la longueur du conflit imprime sa marque. Reportage dans la ville russe de Vyborg, au bord du golfe de Finlande et à 35 kilomètres de la frontière. De notre correspondante de retour de Vyborg, Un vieux marché couvert sous des voûtes gothiques, au milieu d'un centre historique aux allées étroites, des montagnes de produits, le plus souvent alimentaires. Et sur les étals, cette particularité de Vyborg : café, thé, chocolats, bonbons, mais aussi lessive et huile d'olive venus de Finlande, de Suède, de Suisse, d'Italie, des Pays-Bas: « C'est ce qu'il y a de meilleur », assurent les vendeuses, pour qui « le contrôle de la qualité fait une vraie différence ». Depuis 2023 et la fermeture totale de la frontière, les produits européens arrivent désormais par le dernier point de passage via l'Estonie. Un trajet plus long, plus incertain, plus coûteux, mais ici, personne n'y a renoncé dit Elena Sokolova, la directrice générale du journal local Vyborg : « On s'était habitués à manger de la moutarde finlandaise. J'aimerais retrouver ce goût et toutes les saveurs d'il y a cinq ans, quand j'étais aussi plus jeune et plus jolie. J'aimerais aussi manger une truite typiquement finlandaise. Mais pour ce qui est des produits et des fabricants, je crois que c'est surtout une question de nostalgie. » Elena Sokolova explique qu'elle se rendait de l'autre côté de la frontière en Finlande « pour acheter de jolies robes et profiter de la belle architecture », et assure que les Finlandais se rendaient surtout à Vyborg et dans la région pour de l'essence et de la vodka moins chères. On estime que la moitié de la population de cette ville de 74 000 habitants parlerait finnois, et les mariages des deux côtés de la frontière sont nombreux. Les liens familiaux et amicaux sont aussi devenus techniquement plus compliqués : on est passé d'un trajet de 40 minutes pour la première ville de l'autre côté de la frontière, et deux heures pour la capitale Helsinki pour un montant d'environ 1 000 roubles d'essence, à des délais et des prix qui ont explosé : 12 heures de ferry + bus pour la capitale finlandaise en passant par l'Estonie (parfois plus si les contrôles s'allongent) pour environ 500 dollars. Dans ses conversations, Elena Sokolova se montre aussi plus évitante : « Les Finlandais et les Russes qui vivent là-bas que je connais, je sais comment ils voient le monde, dit-elle, et si nous avons des différences d'opinion, j'évite de les mettre sur la table. » Un « petit coin d'Europe » qui attire les touristes De l'avis général, le tourisme dans la ville connaît un boom sans précédent. Vyborg, son château médiéval et sa bibliothèque d'architecture finlandaise ont toujours été des attractions connues. Mais depuis 2022, la ville profite tout particulièrement du flux des touristes intérieurs qui ne se rendent plus dans l'Union européenne en raison des sanctions et de la politique d'attribution plus restrictive de visas. « Aussi étrange et regrettable que cela puisse paraître, la mauvaise situation géopolitique profite à Vyborg, explique Denis Tesselkine, guide depuis 20 ans dans la ville. C'est une période faste pour tous les guides. Le nombre de visiteurs a doublé, attirés par ce que Vyborg a d'unique à offrir : un véritable petit coin d'Europe. Ils peuvent y voir, mais aussi expérimenter, sentir et goûter cette atmosphère. L'architecture, avant tout. Celle de la ville médiévale et celle du romantisme national finlandais, ce qu'on appelle l'Art nouveau nordique. » Pourtant, l'atmosphère régionale a pris, ses dernières années, d'autres couleurs. Une grande bande de plusieurs dizaines de kilomètres le long de la frontière est interdite aux étrangers, sauf permis spécial ; les Russes, eux, savent qu'ils peuvent y être contrôlés, surtout ceux qui ne sont pas de la région. En Finlande, on avance que cette zone en Russie se militarise à grand pas. Aucun uniforme n'est visible dans Vyborg, mais les affiches de recrutement pour aller se battre en Ukraine sont visibles partout. Et ici comme ailleurs en Russie, personne n'entrevoit la fin des combats. « Ici, c'est comme dans ce vieux proverbe, celui où une personne tombe du 30ème étage d'un gratte-ciel et pendant la chute se dit ''Jusqu'ici, tout va bien'' », dit un observateur local. Fin mars dernier, un drone a percuté sur un immeuble de la ville. C'était la première fois. À lire aussiRussie: le rapprochement à grands pas de l'éducation et de la défense

La Commission européenne a invité des responsables talibans à Bruxelles afin de discuter du renvoi d'Afghans condamnés, déboutés du droit d'asile ou en situation irrégulière sur le sol européen. Présentée comme « technique » et sans reconnaissance officielle du régime, cette réunion fait néanmoins polémique, notamment en Suède, pays qui joue un rôle central en coordonnant cette initiative. C'est là-bas, à Stockholm, que notre correspondante a rencontré ceux qui sont terrorisés à l'idée de retourner dans l'Afghanistan des talibans. Le reportage de notre correspondante Ottilia Férey à Stockholm est à écouter dans son intégralité dans l'émission Accents d'Europe. À lire aussiSuède: le gouvernement poursuit un projet de loi visant à dénoncer les migrants sans titre de séjour

Une rue principale, un stade, une église, 130 habitants, et une caserne de pompiers : le village de Feldheim au sud de Berlin est au premier abord un hameau, comme beaucoup d'autres dans cette zone rurale. Mais il attire des visiteurs du monde entier. Depuis 16 ans, Feldheim vit en autarcie énergétique. De notre correspondant à Berlin, « Cette éolienne produit 8 à 9 millions de kWh par an ; cela représente huit fois les besoins du village. Le reste va dans le réseau. Et ça n'est qu'une seule éolienne. » Feldheim en compte une cinquantaine au total, ce qui permet au village de 130 habitants, au sud de Berlin d'alimenter en électricité 50 000 personnes. À ces éoliennes s'ajoutent des panneaux solaires. Quand le vent et le soleil laissent à désirer, une batterie de stockage permet aux habitants de ne pas rester dans le noir ou d'avoir recours au réseau extérieur. Le village a, créé d'ailleurs le sien, identique à celui d'un fournisseur officiel. Une installation de biogaz qui fonctionne au purin et aux déchets céréaliers assure le chauffage de la trentaine de foyers. En 2010, Feldheim proclamait son autarcie énergétique. Petra Richter est née dans le village : « Nous avons de la chance d'être un village autarcique connu dans le monde entier. Tous les habitants sont heureux d'avoir cette énergie bon marché et ils sont fiers de leur village. » Comme ses voisins, Petra Richter paye son électricité 12 centimes le brut le kilowattheure, soit deux à trois fois moins qu'ailleurs en Allemagne. L'explosion des prix après le début de la guerre en Ukraine il y a quatre ans, comme la récente hausse des prix du pétrole, n'affecte pas les habitants de Feldheim, sauf ceux qui n'ont pas de voiture électrique et doivent faire le plein. Feldheim dispose d'un centre d'information qui accueille 3 000 visiteurs et experts du monde entier chaque année. L'ex-chancelier Olaf Scholz est venu sur place il y a deux ans. Un modèle unique Mais cet exemple reste un cas isolé, comme le souligne Michael Knape, maire durant un quart de siècle de Treuenbrietzen, auquel le hameau de Feldheim est rattaché : « On ne nous a pas pris au sérieux au départ et on nous a laissé faire. Aujourd'hui un tel projet ne serait plus possible. La technique est là, le soutien de la population également, mais les conditions juridiques ne sont pas réunies. Ça montre bien que cette transition énergétique en Allemagne manque d'ambition. » L'expert Bernd Hirschl souligne également que le modèle allemand a besoin de plus de flexibilité pour que le modèle Feldheim fasse école : « Nous avons besoin de règles qui permettent à l'énergie renouvelable d'être utilisée sur place sans qu'un village soit obligé de construire son propre réseau. Feldheim est un projet formidable mais avec des efforts énormes. » Les habitants profitent en tout cas d'une électricité bon marché, la mairie de retombées financières positives et l'engagement des villageois a renforcé la cohésion de cette petite commune rurale. À lire aussiL'Allemagne délaisse-t-elle la transition écologique?

Le 31 mai, les Colombiens se rendront aux urnes pour élire leur futur président. Au cœur du scrutin : le conflit armé et la stratégie à adopter ces prochaines années. Mais en attendant, des milliers d'adolescents sont en danger dans le pays. Depuis 2017, le recrutement forcé de mineurs par les groupes armés a bondi de 300 %. Rien que sur les trois premiers mois de 2026, trente cas ont déjà été confirmés et les associations estiment que les chiffres réels sont bien au-delà. À Bogota, à Benposta, une communauté tente depuis des décennies d'offrir une autre voie à ces adolescents. De notre correspondante à Bogota, Au sud de Bogota, Benposta est une mini-ville dans la ville. Des adolescents discutent, rient, se tiennent la main. Ici, 83 jeunes vivent ensemble et s'autogèrent. Ils ont leur propre collège, leurs cuisines, leurs dortoirs. Et même un gouvernement. La semaine dernière, ils ont élu leur nouveau maire. Il a seize ans. « J'ai voulu me présenter aux élections parce que je savais que j'avais la capacité de défendre les intérêts des enfants de la communauté et de créer une bonne ambiance au sein de celle-ci », explique le nouveau maire, Bryan. Bryan est arrivé ici il y a un an, menacé par des groupes armés qui voulaient le recruter de force. Mais à Benposta, on n'en parle plus. « Les deux premières semaines ici ont été difficiles pour moi, surtout la rupture avec ma famille, le fait d'être venu ici et de les avoir laissés. Ça m'a beaucoup affecté. En ce moment, le conflit est vraiment très fort. Mais j'aimerais bien retourner chez moi. » À lire aussiColombie: retour sur le sentier de la guerre à l'approche de la présidentielle de 2026 Des promesses de la part des groupes armés pour attirer les enfants Comme Bryan, tous ici ont fui les groupes armés. Les enfants sont des cibles de choix pour eux car juridiquement ils n'encourent pas les mêmes risques et sont plus influençables. Ana María Centeno est chercheuse à la Coalico, une coalition pour la protection des enfants face au conflit armé, dont fait partie Benposta. Elle décrypte depuis plusieurs années les mécanismes du recrutement. « Ces recrutements ont lieu dans des territoires privés de services essentiels, de l'eau potable aux écoles formelles. La majorité des enfants recrutés sont indigènes ou afrodescendants, historiquement les communautés les plus appauvries de Colombie. » Pour les attirer, les groupes armés ont développé des méthodes de plus en plus sophistiquées : promesses de salaire, de chirurgies esthétiques pour les filles, séduction amoureuse. Et une arme redoutable : les réseaux sociaux. « Regarde, ils passent toujours ce genre de musique. Avec des messages très militants, qui incitent à prendre les armes et à parler au commandant », montre preuve à l'appui Ana María Centeno. Sur l'écran, des jeunes apparaissent en treillis, armes à la ceinture, liasses de billets entre les mains. Des images qui s'ancrent dans le quotidien de ces mineurs, comme le dénonce José Luis Campo, directeur de Benposta. « Ils ont des interactions permanentes avec les groupes. À la sortie de l'école, ils sont là, en uniforme, avec les fusils, et en attendant que leurs parents arrivent, ils mangent des biscuits avec les enfants. » Pour contrer ça, Benposta leur offre un cadre de vie et des perspectives : ateliers de couture, karaté, communication vidéo. Ely, elle, a choisi la peinture quand elle est arrivée il y a trois ans. « Quand je suis arrivée ici, à cause de tout ce qui s'est passé, j'ai peint ma tristesse, la colère que l'on ressent quand on est chassé de son territoire. Benposta m'a aidée et m'a appris l'importance de la voix. » Une voix que la guerre a failli lui voler. À lire aussiColombie: la violence s'intensifie à l'approche des élections législatives

Le champion d'Angleterre, Arsenal, disputera ce samedi 30 mai la deuxième finale de Ligue des champions de son histoire. 20 ans après leur finale perdue à Paris contre le FC Barcelone, les Gunners ont rendez-vous à Budapest, où ils vont affronter le champion en titre, le PSG, avec l'espoir de décrocher la première Coupe aux grandes oreilles de leur histoire et d'accomplir le fabuleux doublé Premier League-Ligue des champions. 20 ans après les Invincibles d'Arsène Wenger, les supporters du club du nord de Londres ont à nouveau envie d'y croire. De notre correspondante à Londres, Stade de France, 17 mai 2006. Les larmes coulent sur les visages des Gunners. Pendant deux décennies, cette finale perdue restera le fantôme d'Arsenal. Une cicatrice jamais vraiment refermée. Bernie y était et si à l'époque on lui avait dit qu'il aurait fallu attendre 20 ans pour revoir son club en finale de Ligue des champions, il n'y aurait pas cru. « J'ai l'impression que ça fait une éternité. Nous avions tous le sentiment et l'espoir que c'était le début d'une nouvelle ère pour Arsenal, se rappelle-t-il. Et même si nous avons atteint les quarts de finale entre-temps, nous n'avons jamais vraiment réussi à concrétiser cela en remportant la compétition. On a donc l'impression qu'il s'est écoulé un temps fou entre ces deux finales, et l'impatience à l'approche de Budapest est vraiment extraordinaire. » Il aura fallu vingt ans, vingt ans de reconstruction, un changement de stade, des doutes, des moqueries même. Vingt ans d'exil loin des sommets européens. Pour toute une génération de supporters d'Arsenal, on a appris à raconter la gloire en noir et blanc. Mais ça, c'était avant, avant l'arrivée d'un homme qui aura su réapprendre à Arsenal à gagner et qui aura redéfini l'ADN du club. Cet homme, c'est l'entraîneur Mikel Arteta. À lire aussiVingt ans après Henry, Vieira et Kanu, l'Afrique vibre toujours pour Arsenal « Vingt ans que j'attends ça » Au George, ce pub du nord de Londres, ce sont deux époques qui se côtoient chaque week-end. Ceux qui ont connu les sommets européens transmettent le flambeau à ceux qui étaient trop jeunes pour le voir. Pierre-Antoine fait partie de cette jeune génération de supporters qui n'étaient pas nés ou étaient bébés en 2006. En 2006, il a 10 ans. « Vingt ans que j'attends ça, j'ai attendu ça toute ma vie, les Invincibles, c'est ce qui m'a mis dans le football, mais je suis trop petit en 2004, je suis trop jeune à cette époque-là pour comprendre ce qu'il se passe, affirme-t-il. C'est trop lointain, mais suffisamment là pour m'ancrer avec mon père, qui me ramène un maillot d'Arsenal d'un voyage à Londres. Maintenant, on peut vivre un truc ensemble. Ça me donne la chair de poule rien que d'en parler. Mais là, pour moi, quoi qu'il arrive, c'est déjà une super saison. » Vingt ans plus tard, les maillots rouges et blancs envahissent à nouveau les tribunes d'une finale de Ligue des champions, pour effacer les fantômes de 2006 et faire entrer une nouvelle génération de Gunners dans l'histoire. À lire aussiLigue des champions: PSG-Arsenal, l'opposition de style s'étend hors des terrains

À Vienne, l'association Nachbarinnen (« voisines » en français) est partie d'un constat : on attend des migrants qu'ils viennent d'eux-mêmes demander de l'aide auprès des différentes associations et institutions, or, beaucoup ne le font pas, notamment à cause de la langue. La conséquence : un isolement, voire une marginalisation, en particulier des femmes. Une situation que l'association essaie de renverser. L'association Nachbarinnen emploie uniquement des femmes, des assistantes sociales mobiles, immigrées elles aussi, qui se rendent directement chez les familles. Le but ? Mieux repérer les situations problématiques, voire dangereuses pour les femmes, mieux les accompagner et finalement, mieux les intégrer à la société. Fatima Keblawi est l'une des dix assistantes sociales mobiles. D'origine syrienne, elle se déplace chez les familles qu'elle aide. Aujourd'hui, elle rend visite à Sherine, Syrienne comme elle, qui vit seule avec ses trois enfants. Aide dans les difficultés du quotidien, administratives et personnelles, mais aussi pour apprendre l'allemand ou chercher un travail : l'éventail de Nachbarinnen est très large. Aujourd'hui, Fatima et Sherine discutent des enfants, en particulier du petit dernier, Abbas, 8 ans. Fatima explique à l'enfant qu'il doit être sage à l'école. Sherine a des années difficiles derrière elle. Arrivée en Autriche en 2015, son mari, plus âgé qu'elle, l'a enfermée chez eux, nous raconte-t-elle, il l'empêchait d'avoir des amis, un travail. Elle a trouvé la force de divorcer en 2018, mais s'est alors retrouvée seule avec ses enfants. Être accompagnée aujourd'hui par Nachbarinnen représente beaucoup pour elle. « Tu veux pleurer, mais tu n'as personne à qui te confier, nous explique Sherine, avec ses mots. Les murs des endroits où j'ai vécu, eux, se souviennent. Ils connaissent mieux que quiconque les souffrances que j'ai endurées, moi et mes enfants, témoigne-t-elle. Mais depuis que j'ai rencontré Fatima, il y a eu un changement dans ma vie. Je pense maintenant au travail, à améliorer mon niveau de langue, ça m'a donné le courage de sortir, de parler, d'apprendre et de travailler. » À ses côtés, son fils, Abbas, acquiesce : « Oui, Fatima est très gentille : elle nous achète des autocollants par exemple, et nous aide quand nous en avons besoin, car nous sommes seuls, sans père. » À écouter dans 8 milliards de voisinsQuelles réalités pour les femmes en exil ? « Toutes ces femmes ont un même problème : elles sont isolées » Pour Fatima, qui travaille chez Nachbarinnen depuis deux ans, venir de la même culture et aller chez les familles permet de mieux repérer et mieux aborder les situations dangereuses pour les femmes. « 70 % des familles à qui je rends visite sont touchées par la violence. Soit le père est violent envers la mère, soit parfois aussi envers les enfants. Sherine, par exemple, a été victime de violence, souligne l'assistante sociale. Mais toutes ces femmes ont un même problème : elles sont isolées. Elles ont besoin de quelqu'un qui leur tende la main. Le lien de confiance, c'est le plus important. Et ça ne vient pas tout de suite. Mais nous avons la même culture, la même mentalité, la même langue, ce sont des clés et sans elles, les familles ne m'accepteraient pas. » Depuis sa création en 2014, l'association a aidé plus de 4 600 familles. À écouter dans 8 milliards de voisinsComment sortir les femmes migrantes de l‘ombre ?

Les bombardements russes en Ukraine, et singulièrement sur Kiev ces derniers jours, battent des records d'intensité. Les frappes ukrainiennes, elles, deviennent de plus en plus profondes dans le territoire russe, sans perspective d'arrêt des combats. La Russie, elle, recrute partout pour l'armée, surtout pour les unités de drones, y compris dans les universités les plus prestigieuses de la capitale. Certains, et ils sont très rares, ont refusé de participer au conflit, d'autres ont fini devant la justice pour le critiquer. Leurs voix sont rares et ils savent les risques de plus en plus élevés. C'est un message vocal qui arrive de l'intérieur d'une caserne quelque part dans l'ouest de la Russie (ndlr : pour des raisons évidentes de sécurité, RFI ne donne pas son identité) : « J'ai refusé de partir à l'opération spéciale, car pour moi, un soldat, c'est quelqu'un qui protège. Il n'y a rien d'autre à ajouter ». Rien de plus à dire, parce qu'Igor, qui envoie ces mots au compte-gouttes, a déjà osé l'impensable pour beaucoup de Russes. Il a 25 ans, il vient d'une ville du nord du pays où il ne trouvait pas de travail, dit-il. Alors avant la guerre, il a signé un contrat pour l'armée. Sans imaginer que quelques mois plus tard, son président déciderait d'envoyer ses soldats en Ukraine. « Je n'ai aucun ami participant à l'opération spéciale, je ne communique pas avec ceux qui sont devenus des combattants », dit Igor dans un autre message. « Je n'ai jamais gardé aucun contact, parce que nous n'étions pas d'accord sur ce point. Eux ont décidé qu'il était plus facile de partir, alors que moi, je suis resté et je me bats pour ne pas y aller » Igor est allé jusqu'à saisir les tribunaux militaires et demander la reconnaissance officielle de la fin de son contrat expiré depuis longtemps. Il se dit soutenu par sa famille et ses amis. Reste que les proches de ceux, très rares, qui ont refusé la mobilisation en 2022 et sont en prison sont paralysés par la peur et refusent de s'exprimer. Peine de prison de 10 ans pour désertion La justice, elle, exécute sans fléchir les lois et les peines associées, comme 10 ans de prison pour désertion ou refus de se soumettre à la mobilisation partielle, et les procès pour discrédit de l'armée continuent à se tenir. C'est ce qui est arrivé à Vassili Bolchakov, rencontré par RFI en février 2024 lors de l'ouverture de son procès dans la ville de Kassimov, à près de 400 kilomètres au sud-est de Moscou. Ce qui a déclenché les poursuites, c'est une plaisanterie sous forme de dialogue imaginaire entre Vladimir Poutine et son ministre de la Défense d'alors, Sergueï Choïgou. Mettre en cause la tête de l'État et la conduite des opérations militaires est une ligne rouge absolue en Russie. Les enquêteurs ont ensuite cherché et évidemment trouvé d'autres commentaires sur les réseaux sociaux, et d'autres lignes rouges franchies par Vassili Bolchakov. Il a été jugé coupable de tous les chefs d'accusation et condamné à une amende de 250 000 roubles (environ 3 000 euros au cours actuel). Aujourd'hui, ce trentenaire père de quatre enfants a déménagé dans la ville voisine de Riazan, pour motif professionnel, dit-il. Assis dans un café, dans un mélange de russe et d'anglais, il estime avoir eu énormément de chance d'avoir écopé juste d'une amende. Il ne répétera en aucun cas les mots qui lui ont été reprochés par la justice, il pèse désormais beaucoup plus ses propos, mais il n'est clairement pas rentré dans le rang. Pour lui : « Les gens qui m'ont fait tout ça l'ont fait en toute conscience, et ils devront vivre avec ça. Chacun devra y faire face un jour ou l'autre. Mais je n'essaierais même pas de dire quand et de quelle manière les choses pourraient changer. Parce que tout peut encore devenir pire ». Au début du mois de mai, la Cour suprême a rendu publiques ces statistiques : en deux ans, les condamnations pour trahison ont augmenté de 460 %. La plupart des avocats spécialisés estiment que ce chiffre atteint en réalité… le double. À lire aussiRussie: le rapprochement à grands pas de l'éducation et de la défense

En Espagne, un temple ouvre presque tous les quatre jours. En dix ans, la communauté religieuse évangélique a augmenté de 30 %, selon la Fédération des entités religieuses évangéliques d'Espagne, qui chiffre à 1,5 million le nombre de fidèles. Désormais troisième force religieuse du pays après les catholiques et les musulmans, elle doit beaucoup à l'immigration latino-américaine. Un reportage de notre correspondante à Madrid à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À écouter dans Religions du monde«Le nouveau pouvoir évangélique» : un protestantisme militant à la conquête du monde ?

En Ukraine, le champ de bataille est jonché des corps de soldats. Le nombre de militaires portés disparus, bien qu'inconnu, se chiffre par dizaines de milliers. Retrouver les dépouilles est un besoin essentiel pour les familles. Mais ce travail est rendu presque impossible par la prolifération des drones sur la ligne de front. C'est la mission de ces militaires ukrainiens, rencontrés par notre correspondant en Ukraine à l'aube, dans une ferme abandonnée du Donbass, à une vingtaine de kilomètres du front. De notre correspondant de retour de Sloviansk, Un à un, les sacs mortuaires sont déchargés du camion. Il faut s'y prendre à plusieurs pour hisser les corps sur une table sommaire, dressée dans une grange à l'abri des regards et des combats. Russes et Ukrainiens y sont traités avec les mêmes égards. Le travail avec les morts est un labeur silencieux. Les visages sont fermés. Ce matin, une dizaine de corps sont auscultés par Oleksiy Yukov, treillis militaire, casque sur le crâne : « Il s'agit du corps d'un soldat de la Fédération de Russie. C'est ce qu'indiquent son équipement et son matériel militaire. Malheureusement, aucun signe distinctif personnel ni document d'identité n'a été retrouvé. » Oleksiy Yukov et son équipe – une dizaine de militaires – parcourent le champ de bataille au péril de leur vie, pour en extraire les corps des soldats. Depuis quatre ans, plus de 3 000 dépouilles ont ainsi été exhumées du front ukrainien, « de nos propres mains », nous explique-t-il, certaines parfois portées à dos d'homme. Une mission devenue presque impossible aujourd'hui. « Si tu sors, tu ne reviendras pas » « L'arme la plus effrayante que j'ai vue dans cette guerre, ce sont les FPV, les drones », lâche Oleksiy Yukov. Ces engins kamikazes sont équipés d'une caméra qui permet à l'ennemi de traquer une cible à distance. Ils pullulent désormais à proximité de la ligne de front : « L'épuisement émotionnel arrive quand tu n'as pas la possibilité de récupérer les corps. Quand tu les vois, mais que tu ne peux rien faire. Tu ne peux tout simplement pas sortir de ta position pour aller les chercher et les évacuer. Il y a des drones, le terrain est à découvert, et tu comprends que si tu sors, tu ne reviendras pas. » De sa voix douce, à peine audible, Arthur, 29 ans, le regard dissimulé derrière ses lunettes de combat, nous détaille son travail : « Sur la ligne de contact, quand c'est possible, une voiture nous dépose. On travaille une heure, une heure et demie maximum. Très peu de temps. S'il y a des corps, on ne les met même pas dans des sacs : on les charge dans la voiture et on repart aussitôt, pour éviter les drones. » À lire aussiUkraine: la région de Kiev bombardée massivement par la Russie, un missile balistique Orechnik utilisé « Les échanges de corps ont commencé » Depuis le début de l'invasion du pays en 2022, Arthur assiste Oleksiy dans sa funeste mission. Lui aussi est habité par le devoir mais, l'émotion affleure chez le jeune homme, entre déférence pour les défunts et vertige de côtoyer toute cette mort : « Au début, quand on allait récupérer des Russes, tout le monde disait : ''À quoi bon ?'' Ensuite, les échanges de corps ont commencé. Un corps russe, c'est au moins un corps ukrainien rendu. Et puis, il y a cette question : que sommes-nous si des corps restent sur notre terre, mangés par les chiens, sans que nous ne fassions rien ? » Avec l'arrivée des drones, ces missions de récupération ont diminué de 90%, nous confie Dmitro, le chauffeur du camion. La matinée avance. Le soleil est maintenant levé. Les corps sont numérotés, avant d'être envoyés à la morgue, dans l'ouest du pays. Oleksiy se demande si ce n'est pas l'une des dernières fois qu'il pourra encore venir chercher les morts sur le front du Donbass. À lire aussiAprès les frappes russes sur Kiev, Macron tente un rapprochement avec la Biélorussie de Loukachenko

Alors que la Roumanie est en pleine crise politique et dans l'attente d'un nouveau Premier ministre, les raisons de la tourmente sont à chercher du côté de l'économie. Confronté à un déficit budgétaire majeur, le plus grand de l'Union européenne, et une inflation trop élevée (11%), le gouvernement a mis en place une politique d'austérité qui pénalise gravement les citoyens et leur pouvoir d'achat. Le reportage de Guilhem Bernes, notre correspondant à Bucarest, est à retrouver dans son intégralité sur le site de RFI dans Accents d'Europe Accents d'Europe. À lire aussiEn Roumanie, la pénurie de sages-femmes fait exploser le nombre de césariennes

La visite du facteur qui passe quotidiennement déposer le courrier ne sera bientôt plus qu'un souvenir au Canada. D'ici cinq ans, des millions de foyers perdront leur livraison à domicile au profit de boîtes centralisées. Dans ce pays vaste comme l'Europe, mais peuplé comme une fraction de la France, la proximité est devenue un luxe que la poste canadienne dit ne plus pouvoir offrir. À lire aussiLe service postal à l'arrêt au Canada paralysé par une grève nationale

Au Vietnam, le marché des perruques et extensions est en pleine croissance, porté par la demande internationale, notamment en Europe, aux États-Unis et en Afrique. Appréciés pour leur qualité naturelle, leur résistance et leur polyvalence, les cheveux vietnamiens, souvent peu traités, sont très recherchés. En 2024, le pays exportait déjà pour plusieurs dizaines de millions de dollars de produits capillaires. Un secteur en forte expansion, restructuré pendant la pandémie de Covid-19. Au nord d'Hanoï, au milieu des rizières et du complexe industriel de Bac Ninh, se trouve le « village du cheveu ». À Binh An, entre les échoppes de pho et de banh mi, des dizaines de commerçants vendent des cheveux transformés. D'anciennes granges ont été reconverties en ateliers où l'on trie, tisse et colore la matière première. D'autres ont développé de véritables usines. C'est le cas de cette vendeuse : « La majorité de mes cheveux viennent du Vietnam, ce sont des cheveux bruts vietnamiens, donc la qualité est toujours garantie, notamment pour la décoloration et la teinture. » Transformés en extensions ou perruques, les cheveux vietnamiens sont réputés pour leur qualité, leur résistance et leur aspect naturel. Peu traités et souvent coupés directement sur la tête des donateurs, ils sont très recherchés sur les marchés internationaux, affirme cette autre vendeuse : « Aujourd'hui, notre marché se développe principalement en Afrique. Environ 85% de nos ventes se font en Afrique. En un mois, nous produisons entre 1,6 et 2 tonnes de marchandises. » Nigeria, Ghana, Zambie : l'Afrique s'impose aujourd'hui comme un marché en plein essor, aux côtés de l'Europe et des États-Unis. Le cheveu est aussi acheté en Inde Longtemps dominé par les acteurs chinois et indiens, le secteur voit désormais émerger des producteurs vietnamiens. Présent dans la région depuis 15 ans, un producteur observe que la filière s'est restructurée depuis la pandémie de Covid-19 : « Avant, des acheteurs chinois venaient au Vietnam, à Bac Ninh, pour collecter les cheveux vietnamiens. Mais quand le Covid est arrivé, ils ne pouvaient plus venir. Alors, on a dû produire nous-mêmes. On a acheté le savoir-faire, la technique pour transformer les cheveux. » Porté par une forte croissance économique, le niveau de vie moyen augmente au Vietnam. Les donneurs de cheveux se raréfient, poussant les collecteurs vers les zones les plus rurales du pays. Les cheveux sont parfois rachetés quelques euros, soulevant des questions éthiques. Certains vendeurs locaux se tournent aussi vers des cheveux venus d'autres pays, notamment d'Inde, moins chers mais dont la provenance est plus difficile à tracer. « Ces cheveux sont ensuite vendus à des pays comme le Vietnam. Puis, depuis le Vietnam, ils sont revendus à d'autres pays, principalement en Afrique. Mais dans notre usine, nous ne vendons qu'une seule qualité : des cheveux vietnamiens bruts de donneurs ». L'homme affirme être attentif aux questions éthiques. Ces perruques haut de gamme, 100% made in Vietnam, sont parfois revendues plus de 600 euros, soit un revenu significatif pour ces marchands, qui misent sur un secteur en pleine expansion. À lire aussiLe commerce du cheveu en Chine

La Roumanie est le pays d'Europe où l'on pratique le plus de césariennes. Une femme sur deux est concernée. Au moindre prétexte, les gynécologues leur recommandent une césarienne, par facilité. Face à des maternités débordées, les sage-femmes réclament une place plus importante dans le système de santé public. Une proposition de loi est en préparation au Parlement et elle pourrait bientôt permettre le remboursement de leurs soins dans les hôpitaux publics. Reportage de notre correspondant, Guilhem Bernes.

Polémique en Allemagne autour des écoles privées pour les étudiants étrangers. Les jeunes, souvent des Indiens, arrivent en Allemagne avec un visa étudiant. Mais sur place, ils sont confrontés aux frais de scolarité, à la précarité des jobs mal rémunérés, parfois même à la suppression de leurs visas avant la fin de leurs cursus. De notre correspondante à Berlin, Promad nous a donné rendez-vous dans un café de Charlottenburg, le quartier de Berlin où il a trouvé un petit job : 20 heures par semaine, un peu plus de 1 000 euros par mois, dans la cuisine d'un burger. Promad, un étudiant indien de 30 ans, est arrivé en 2023 à Berlin, avec son rêve d'Allemagne, le pays de Mercedes et BMW, de la technique et de la protection sociale. Deux ans et demi plus tard, il ne cache pas son amertume envers le système des écoles privées pour étudiants étrangers. Des écoles qui attirent en ligne des milliers de jeunes anglophones à travers le monde, le plus souvent des Indiens. « La qualité des études était très mauvaise. Nous n'avions que deux à trois cours par jour, soit une heure et demie à deux heures par jour. Certains professeurs étaient très bien. Mais globalement, la qualité des études n'avait rien à voir avec ce à quoi je m'attendais », raconte Promad. Certains étudiants indiens ont été expulsés avant la fin de leur scolarité Quelques 60 000 Indiens ont obtenu un visa étudiant en Allemagne. C'est, de loin, la plus grosse communauté parmi les étudiants étrangers. L'Allemagne, qui a un criant besoin en main-d'œuvre qualifiée, avait signé en 2022 un accord migratoire facilitant l'arrivée d'informaticiens ou d'étudiants. Pour ces derniers, c'est souvent la douche froide une fois sur place : un engrenage de frais élevés et de jobs mal payés, qui les empêche d'assister à leurs cours « Les étudiants étrangers ont des emplois tels que la livraison de repas à domicile, dans les entrepôts d'Amazon ou dans des restaurants de fast food. Parce qu'ils sont étrangers, ils ne sont soutenus par aucun syndicat et les douanes, qui contrôlent normalement le respect du droit du travail, n'interviennent pas non plus. Les douanes et les syndicats, ce sont normalement en Allemagne les deux leviers pour faire appliquer le droit du travail », explique Aju John, de l'université Humboldt de Berlin. Plus angoissant encore, l'administration berlinoise a commencé à retirer leur visa à certains étudiants engagés dans des cursus mêlant cours en ligne et en présentiel. Cela ne justifierait pas leur présence sur le sol allemand. Plusieurs dizaines d'entre eux, presque tous indiens, ont même été expulsés avant la fin de leur scolarité. Promad, dont la famille s'est endettée pour financer ses études, n'a pas complètement renoncé à son rêve d'Allemagne. Mais il a quitté son école privée pour une école internationale publique des environs de Berlin.

En Chine, faire un enfant sans être mariée reste un parcours semé d'obstacles. Officiellement, les femmes célibataires n'ont pas accès à la procréation médicalement assistée. Mais dans l'ombre, un marché parallèle s'organise pour répondre à une demande bien réelle, entre désir d'enfant, contraintes légales et solutions discrètes. De notre correspondante à Pékin et de Lei Yang, Dans son petit atelier pékinois, Guo Jia, une mère célibataire de 41 ans, réfléchit déjà à avoir un deuxième enfant. Seule, sans forcément attendre de trouver quelqu'un. « Si je ne trouve pas le bon partenaire, ou de bons gènes, je pourrais aussi opter pour la FIV, la procréation médicalement assistée », déclare-t-elle. Une option qu'elle assume, sans détour. Mais très vite, une réalité s'impose. Selon elle, tout dépend de l'argent, car en Chine, l'accès à ces techniques est strictement encadré. Sans certificat de mariage, impossible de passer par les hôpitaux publics. Et même lorsqu'il existe des alternatives légales, elles restent limitées, souvent opaques, et saturées. Alors certaines femmes contournent le système. Dans une agence clandestine de PMA, un agent explique la procédure : « Nous proposons des donneurs chinois et étrangers, selon vos choix : taille, niveau d'études, apparence, couleur de peau, origine géographique… Je vous enverrai les profils, puis vous pouvez discuter avec le donneur, poser vos questions, voir s'il vous convient. » Un fonctionnement qui s'apparente presque à un recrutement. Avec, à la clé, un parcours médical complet – et un prix élevé, le coût global s'élève à 138 000 yuans, environ 17 450 euros, hors frais du donneur. À écouter dans 8 milliards de voisinsFemmes chinoises surdiplômées: mari ou carrière? Une pratique tolérée sans être reconnue Surtout, ces pratiques reposent sur un équilibre fragile. « En Chine, la FIV est interdite sans certificat de mariage, donc impossible dans les structures publiques, d'où l'existence de notre établissement, souligne l'agent. Cette pratique n'est pas légalisée, mais elle n'est pas inscrite dans le Code pénal. » Autrement dit : tolérée sans être reconnue. Car juridiquement, la situation est paradoxale. « La procréation célibataire n'est pas illégale en Chine, explique Dong Xiaoying, avocate et militante des droits des femmes sur les réseaux sociaux. Mais les femmes célibataires n'ont pas légalement accès aux techniques de procréation médicalement assistée, ni aux banques de sperme. » Un flou qui dépasse le cadre médical. Il touche aussi à la place des femmes dans la société. « Les mères célibataires risquent encore des discriminations, notamment dans la fonction publique », dénonce Dong Xiaoying. Malgré ces freins, certaines femmes revendiquent leur choix. « Le père de mon fils n'a fourni qu'un sperme, lance Guo Jia, il n'a servi à rien, en fait. Je suis parfaitement capable de m'en occuper seule. » Dans une Chine confrontée au vieillissement de sa population et à la baisse des naissances, ces trajectoires individuelles révèlent une tension croissante : entre normes familiales, contrôle institutionnel et aspirations nouvelles à fonder une famille, autrement. À écouter dans Grand reportageNaissances en Chine : quand l'intime défie la politique

En Turquie, un homme a tué six personnes lundi 18 mai au fusil à pompe dans le sud du pays avant de se suicider mardi, acculé par la police. Il avait fait l'objet de plusieurs hospitalisations psychiatriques. Selon une fondation turque, plus de 30 millions d'armes circulent dans le pays où le culte de l'arme à feu reste bien ancré. Mi-avril, deux fusillades dans des établissements scolaires avaient fait 10 morts et des dizaines de blessés. L'un des assaillants avait 14 ans, il fréquentait un club de tir avec son père. À la suite de ces drames qui ont semé la peur dans les écoles, le président Erdogan a déclaré qu'il voulait restreindre l'accès aux armes, mais le chemin reste long… Le reportage de Céline-Pierre Magnani à Ankara en Turquie est à retrouver dans son intégralité dans notre podcast Accents d'Europe. À lire aussiTurquie: l'inquiétante augmentation du nombre d'armes à feu dans le pays À lire aussiLa Turquie sous le choc après deux fusillades survenues dans des écoles

Au Proche-Orient, les destructions de maisons de Palestiniens par l'armée israélienne s'accélèrent en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est. L'ONG israélienne B'Tselem répertorie au moins « 1 267 unités détruites » (appartements, maisons, centres sociaux…) en 2025. Dans ce contexte, nous nous sommes intéressés à un phénomène peu connu. Certains Palestiniens sont sommés de détruire eux-mêmes leurs maisons sous peine de pénalités financières pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars. C'est un ordre des autorités israéliennes. Détruire de ses propres mains son foyer n'est pas anodin. Un acte qui laisse dans son sillage d'importants traumatismes. Dans son coquet salon branché en permanence sur Al Jazeera et son lot de mauvaises nouvelles, cet habitant du quartier de Silwan à Jérusalem-Est se sent acculé. « Ils m'ont donné 21 jours pour détruire ma maison. » Lui qui témoigne à condition de rester anonyme a reçu un ordre d'éviction de la municipalité de Jérusalem. Sa maison est considérée comme étant une construction illégale. Pioches à la main – avec ses fils, il a déjà démoli une bonne partie de l'étage supérieur. « Mes larmes coulaient en le faisant. Je ne sais pas quoi dire… Il y a des choses que l'on ressent à l'intérieur de soi et qu'on ne peut pas exprimer. Pendant plusieurs jours, je n'arrivais plus à manger. On va voir ce qui va se passer. On est sur les nerfs. Oui, on est vraiment sur les nerfs… », exprime-t-il. Il lui reste le rez-de-chaussée à détruire. C'est là que vivent encore cinq membres de la famille. Parmi eux, sa mère âgée de 97 ans – déjà déplacée trois fois depuis la création de l'État d'Israël – et son fils de 35 ans atteint d'autisme. « Je jure que je ne sais pas où on va aller », lâche-t-il. Détruire sa propre maison, une torture psychologique Au-delà de la perte matérielle, ces destructions de maisons laisseraient des séquelles psychiques importantes. Razzan Quran voit dans l'injonction à détruire sa propre maison une forme de torture psychologique. « Quand je suis sommée de détruire ma maison, c'est comme si je me détruisais moi-même. Cela est fait de mes propres mains, donc il est possible que je me pose à un moment avec la volonté d'entamer le deuil de ma maison, mais je risque aussi de m'en vouloir à moi pour cette situation. Je vais pouvoir penser que j'ai été lâche de m'être soumis aux ordres. Je vais me demander pourquoi j'ai détruit moi-même ma maison. Et c'est ce qui fait que le traumatisme va s'enraciner plus profondément en nous », explique la psychothérapeute et professeure de psychologie en Palestine. Et pourtant, ce phénomène risque de s'accélérer. À lire aussi«J'espère toujours rentrer en Palestine»: à Gaza, une survivante raconte la nakba de 1948 « Mais qui se soucie encore du droit international ? » À la mairie de Jérusalem, de très bon matin, je rencontre Arieh King, maire adjoint de la ville. C'est l'un des artisans de cette politique. Il exige plus de destructions. « C'est pareil partout dans le monde. Personne ne donnerait d'autorisation pour qu'on construise illégalement en plein milieu des Champs-Élysées. » La différence dans ce cas de figure est que Jérusalem-Est est considérée en droit international comme étant un territoire palestinien. « Le droit international ? Mais qui se soucie encore du droit international ? Vous vous souciez vraiment du droit international, vous ?, questionne-t-il. Vous savez quel est mon droit international, moi ? C'est la Bible. » Aujourd'hui des ONG de défense des droits de l'homme – comme l'israélienne B'Tselem – parlent ouvertement de « nettoyage ethnique ». À lire aussiEn Cisjordanie occupée, Israël exproprie des terres proches de l'Acropole antique de Sebastia

Aux antipodes du « Wir schaffen das » – « Nous y arriverons » – d'Angela Merkel en 2015, le chancelier allemand Friedrich Merz plaide pour un renvoi massif des personnes migrantes dans leurs pays d'origine. Il vise notamment le départ de 800 000 Syriens d'ici 2030. C'est ainsi que l'aéroport de Munich, le 2ᵉ plus grand du pays, devrait s'agrandir avec la construction, dès juin, d'un nouveau terminal réservé aux expulsions. Il sera conçu pour gérer jusqu'à 50 vols charters par jour et expulser 35 000 personnes chaque année. Des chiffres qui feraient de la Bavière, dirigée par la CSU du chancelier, le plus gros pôle d'expulsions du pays. Un reportage de notre correspondante à Munich à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiAllemagne: le chancelier Friedrich Merz crée la polémique après des propos sur l'immigration

Dans le sud des États-Unis, en Alabama, des milliers de manifestants ont dénoncé, samedi 16 mai, des redécoupages électoraux pouvant entraîner une régression du droit de vote des minorités, après une décision récente de la Cour suprême fragilisant une loi historique de 1965. Une mobilisation qui souligne les tensions persistantes autour des droits civiques aux États-Unis. De notre envoyé spécial à Montgomery, Des milliers de manifestants se sont réunis à Montgomery, en Alabama, samedi 16 mai 2026, pour réclamer la protection du droit de vote des minorités. Le rassemblement dans cette ville du sud des États-Unis était organisé pour dénoncer la récente décision de la Cour suprême. La majorité conservatrice de l'institution a annulé un passage clé du « Voting Rights Act », loi de 1965 adoptée pour garantir l'accès aux urnes et une meilleure représentation des minorités. Ce texte historique permettait notamment de mettre en place des circonscriptions avec une meilleure représentation de ces populations. Depuis cette décision, plusieurs États du Sud, comme le Tennessee, l'Alabama ou encore la Louisiane – tous dirigés par des Républicains –, se sont mis à retracer les cartes électorales, en particulier pour les élections au Congrès. L'objectif, selon les critiques, est de diminuer le nombre d'électeurs issus des minorités, qui votent majoritairement pour le Parti démocrate. Ces nouvelles circonscriptions pourraient ainsi basculer en faveur des Républicains. Des actions dénoncées par les manifestants comme une attaque directe envers leurs droits. Avant le rassemblement à Montgomery, berceau du mouvement des droits civiques, une marche et une prière ont eu lieu à Selma, une ville voisine qui est également un lieu historique dans la lutte pour le droit de vote des Afro-Américains. La journée a débuté dans une église, où plus d'une dizaine de pasteurs se sont succédé derrière le pupitre pour dénoncer la régression du droit de vote des minorités. L'élue démocrate au Congrès Terri Sewell a pris la parole pour alerter sur les conséquences de la récente décision de la Cour suprême. « Ce qu'on voit depuis cette décision de la Cour suprême, c'est une offensive coordonnée pour effacer des avancées obtenues de haute lutte et pour faire taire la voix des Noirs et des minorités », a-t-elle déclaré. Plusieurs centaines de personnes se sont ensuite mises en marche en direction du pont Edmund Pettus. C'est sur ce même pont qu'en 1965, des militants avaient réclamé l'accès aux urnes pour les Afro-Américains lors d'une marche violemment réprimée par les autorités. Les images de cette répression avaient choqué le pays et contribué à l'adoption de la loi sur le droit de vote. Parmi les manifestants, Candace Howard tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « J'enseigne l'histoire, mais je ne m'attendais pas à devoir la répéter. » « J'ai eu la chance de connaître tous mes arrière-grands-parents et mes grands-parents, et ils m'ont raconté à quel point c'était difficile, a-t-elle témoigné. Ils ne pouvaient pas voter, entrer dans certains restaurants, ils devaient boire à des fontaines réservées aux Noirs qui n'étaient pas propres. Ils ne pouvaient jouer qu'à certains endroits, ils ne pouvaient pas faire du vélo librement. Pour moi, ce moment est important : il montre que ce pour quoi ils se sont battus ne peut pas être effacé. » Un immense rassemblement était également organisé à Montgomery, ville emblématique où Martin Luther King a prêché et où le refus de Rosa Parks de céder sa place dans un bus avait lancé un boycott historique contre la ségrégation. Pour Ashley Edwards, la perte d'élus démocrates aurait des conséquences directes pour les habitants de ces régions, souvent marquées par de fortes inégalités. « On a des taux d'illettrisme très élevés, des taux de pauvreté très élevés, des gens qui ne mangent pas à leur faim, a-t-elle expliqué. Et moi, j'ai peur que toutes ces politiques publiques censées aider les gens disparaissent si l'État de l'Alabama devient complètement républicain. » Pendant plusieurs heures, des prises de parole se sont enchaînées, avec notamment la présence d'invités d'honneur comme l'élue de New York, Alexandria Ocasio-Cortez. « Ce n'est qu'à partir de l'adoption du Voting Rights Act qu'on a pu avoir une démocratie dans ce pays », a-t-elle souligné. En conclusion, les organisateurs ont appelé à une mobilisation massive lors des élections de mi-mandat en novembre prochain, espérant une « vague bleue » – une participation et une victoire démocrates suffisantes pour contrer les efforts des républicains visant à maintenir leur majorité au Congrès. À lire aussiÉtats-Unis: la justice annule un redécoupage électoral favorable aux démocrates

En Roumanie, des historiens planchent sur l'intégration de cours optionnels sur l'histoire des Roms, à destination des collégiens et lycéens. Le module doit notamment approfondir le sujet de l'esclavage de cette minorité, estimée entre 1,5 et 2 millions de personnes dans le pays, selon l'État roumain. Aboli il y a 170 ans, le travail forcé souffre d'un manque de visibilité dans les écoles roumaines. Mais le début de cet enseignement, prévu à la rentrée 2026, pourrait prendre du retard. De notre correspondant à Bucarest, Guilhem Bernes Assis à son bureau à Bucarest, le sociologue Adrian-Nicolae Furtuna ouvre un livre d'archives. À l'intérieur, les contrats de vente d'esclaves roms défilent : « Regardez ici. C'est le cas de Craciun, un enfant Rom, qui a été vendu à trois maîtres différents en seulement deux jours. Vous voyez ici, vous pouvez voir la signature et l'empreinte du doigt, en bas du texte rédigé en cyrillique. » Pendant près de cinq siècles, l'esclavage des Roms se pratique dans les principautés roumaines de Valachie et de Moldavie. Monastères, boyards, paysans, l'ensemble de la société recourt au travail forcé de cette minorité ethnique. Les esclaves sont alors considérés comme des biens meubles. Une absence de droit avec son lot de personnes battues, parfois jusqu'à la mort, de violences sexuelles et d'enfants séparés de leurs parents. Cette page de l'histoire est tombée dans l'oubli en Roumanie, depuis l'abolition du système, il y a 170 ans. « J'ai découvert l'histoire de l'esclavage des Roms quand j'avais 20 ans. J'étais étudiant. Quand j'ai démarré mes recherches, je ne courais pas après le sensationnel. Mais à force de documenter, j'ai fini par tomber sur des informations comme celle-ci, raconte Adrian-Nicolae Furtuna. Ces documents montrent clairement comment un paysan roumain pouvait acheter un enfant pour ensuite le revendre au monastère dont il dépendait. » « Ils ont besoin de comprendre (...) ce qu'il s'est passé » Delia Grigorie, activiste et maîtresse de conférences à l'université de Bucarest, travaille à la rédaction de nouveaux manuels scolaires. Depuis l'adoption d'une loi en juillet 2023, les collégiens et lycéens roumains peuvent choisir des cours dédiés à l'histoire des Roms. Le programme, d'une durée de quatre ans, toujours en cours d'élaboration, doit s'attarder sur leur esclavage : « Ils ont besoin de comprendre, dès le plus jeune âge, ce qu'il s'est passé : pourquoi les Roms ont été marginalisés et restent encore aujourd'hui fortement stigmatisés. Mais aussi, pourquoi ils s'excluent parfois eux-mêmes et gardent une très faible estime d'eux-mêmes. L'enseignement de cette histoire, qui n'est toujours pas enseignée à l'école, est essentiel. Si on la transmet, je suis sûr que le racisme reculera. » Mais le démarrage du nouveau cours prend du retard. Le groupe d'experts chargé de rédiger les manuels a remis sa proposition de curriculum à une commission du ministère de l'Éducation. Depuis huit mois, les chercheurs sont sans nouvelles. Delia Grigorie évoque un début des cours au plus tôt pour la rentrée 2027… quatre ans après le vote de la loi. À lire aussiLe difficile accès des enfants Roms à l'éducation

Début mai, une religieuse française a été agressée dans le quartier du Mont Sion à Jérusalem, tout près de la Vieille ville. L'homme, soupçonné d'être un extrémiste juif, l'a poussée violemment à terre avant de lui donner des coups de pied. L'agresseur a été arrêté. Notre correspondante est retournée dans ce quartier de Jérusalem où les chrétiens font face à une hostilité. « Si vous regardez les statistiques, vous verrez que nous avons certains points chauds pour la violence antichrétienne. Le premier, c'est ici le mont Sion », explique le Frère Nikodemus. C'est là que se trouve l'abbaye de la Dormition de Jérusalem, et un peu plus loin, le Cénacle. Pour les chrétiens, c'est là que le Christ aurait pris son dernier repas, juste après le tombeau de David, lieu sacré pour les juifs. Sur ce chemin, le frère Nikodemus a été harcelé plusieurs fois. « Il y a 23 ans, lorsque je suis entré dans la vie monastique, il y avait des crachats et des attaques. Cela se produisait déjà, disons tous les trois mois, dans l'obscurité, personne autour, pas de témoins oculaires... Enfin, vous voyez. Maintenant, ça arrive en plein jour. Ceux qui font ça, je les appelle les ''hooligans de la religion''. Leur idéologie, c'est : Israël pour les Juifs, les non-Juifs dehors », explique-t-il. Kippa noire et barbe blanche, Raïm s'approche et le ton monte. « Tu es un invité ici, pas une victime, tu es un invité », dit-il au frère Nikodemus. « Il y a les graffitis, il y a des attaques chaque jour. Il faut croire les gens qui en sont victimes », répond ce dernier. Mais Raïm poursuit : « Parfois, les gens crachent par terre à côté. Il faut faire attention. Comment comparer le fait de se faire cracher dessus et le fait de se faire poignarder ? » La femme de Raïm, Haya, dénonce elle l'antisémitisme à travers le monde : « Les chrétiens ne se font pas cracher dessus tous les jours. C'est un gros mensonge, un mensonge. C'est votre dernière croisade. » Après une heure d'invectives, arrive un relatif retour au calme. Un peu plus loin, dans la Vieille ville de Jérusalem, se trouve le Centre pour la liberté religieuse. Yisca Harani le dirige et a recensé, en 2025, 181 incidents contre les chrétiens : « Ce sont des incidents, pas des persécutions. C'est taguer les églises, vandaliser les croix ou balancer les ordures sur les gens... Je ne veux pas arriver au moment où on dira : ''ce sont des persécutions''. Je suis dévastée. À cause de ces gens, je suis accusée dans le monde entier d'être une extrémiste israélienne juive suprémaciste. Oui, je suis dévastée, et donc, j'essaie de faire le job. » Israël se présente volontiers comme le pays le plus sûr au monde pour les chrétiens du Moyen-Orient. L'agresseur de la religieuse française a été arrêté. Il est soupçonné d'« agression motivée par un mobile nationaliste ». À lire aussiExactions anti-chrétiens au Moyen-Orient: «Il ne faut pas chercher de sincérité dans les excuses israéliennes»

Le Manchester Museum, musée universitaire basé dans cette métropole du centre de l'Angleterre, a ouvert un « Africa hub ». Une initiative qui a permis de créer un espace dédié à ses collections africaines. Ces 40 000 objets « donnés, volés ou pris de force » à l'apogée de l'Empire britannique y sont exposés. Les conservateurs admettent n'avoir pratiquement aucune trace de leur provenance. À travers l'« Africa Hub », le musée espère collecter les informations manquantes grâce aux contributions du public. Un espace en ligne a également été créé pour que les personnes sur le continent africain ou partout ailleurs dans le monde puissent aider à identifier ces objets afin de mieux les exposer, mais aussi penser à leur restitution. Le reportage de notre correspondante Marie Billon est à retrouver dans son intégralité sur le site de RFI rubrique podcast Accents d'Europe.

Un système bien rodé et colossal de détournement d'aides européennes pour l'agriculture a été découvert en Grèce, il y a plusieurs mois. Une enquête du parquet européen est en cours pour découvrir ce qu'il est advenu de dizaines de millions d'euros de subventions volés par des particuliers, avec la complicité d'employés des services publics et de responsables politiques. Le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis est dans la tourmente : huit responsables de haut rang ont été poussés à la démission et l'opposition réclame des élections anticipées. C'est un scandale politique majeur, mais ceux qui en paient le prix, ce sont les agriculteurs grecs. Le versement des aides européennes, essentielles pour leurs activités, est partiellement bloqué. Le reportage d'Emmanuelle Steels à Athènes en Grèce est à retrouver dans son intégralité dans notre podcast Accents d'Europe. À lire aussiGrèce: remaniement gouvernemental à la suite de l'affaire des fraudes aux aides agricoles européennes

Donald Trump attendu en Chine en fin de semaine, avec en toile de fond les tensions commerciales entre Pékin et Washington. Mais à Yiwu, gigantesque plateforme d'exportation chinoise, beaucoup de commerçants disent avoir déjà appris à vivre sans le marché américain. Après des années de guerre commerciale, ils se sont tournés vers l'Afrique, le Moyen-Orient ou l'Asie centrale. Et aujourd'hui, certains s'inquiètent davantage des conflits au Moyen-Orient que des droits de douane américains. De notre envoyée spéciale à Yiwu, Cléa Broadhurst, et Lei Yang Dans les allées du plus grand marché de gros au monde, les commerçants de Yiwu racontent tous la même chose : la guerre commerciale lancée par Donald Trump a transformé leurs activités. Li Ye, vice-président de la Chambre de commerce d'Yiwu, explique les conséquences de ces tensions : « Depuis la guerre commerciale, ces exportations sont devenues difficiles, donc nous nous sommes reconvertis vers d'autres marchés. À un moment donné, les droits de douane ont atteint 100 %, ce qui a réduit les commandes à zéro. » Pour beaucoup d'entreprises locales, les États-Unis restent un marché rentable. Mais après plusieurs années de tensions commerciales, nombre d'entre elles ont commencé à diversifier leurs débouchés. C'est ce que confirme Li Tenghui, commerçant de gros : « Beaucoup de clients ont alors annulé leurs commandes ou abandonné les marchandises. Nous avons dû écouler les stocks par divers canaux, notamment celui des fins de série, ou réexporter vers d'autres pays. Aujourd'hui, beaucoup de confrères à Yiwu ne considèrent plus les États-Unis comme un marché principal. Ils ont commencé à se réorienter il y a longtemps. » Désormais, l'Afrique, le Moyen-Orient ou encore l'Asie centrale prennent une place croissante dans les exportations de Yiwu. Quand les routes commerciales se ferment, les commerçants cherchent d'autres solutions, comme l'explique Li Ye : « Avant, on pouvait vendre les choses directement, sans détour. Là, ça ne passe plus. Alors je fais quelques détours. Les Chinois ont une grande capacité à savoir prendre d'autres chemins, si l'on nous laisse la possibilité de le faire. » Mais aujourd'hui, ce sont surtout les tensions au Moyen-Orient qui inquiètent les commerçants, à l'image de Li Tenghui : « Le Moyen-Orient représente 25 à 30 % de notre chiffre d'affaires. Il ne s'agit pas seulement d'une hausse des prix ou de tarifs douaniers : les clients ne peuvent tout simplement plus acheter. Les navires ne peuvent pas accoster, ils n'osent pas accoster. » Même constat chez Yu Jiani, vendeuse de décorations d'Halloween : « La guerre affecte surtout nos matières premières. Le pétrole est instable, donc le tissu aussi. Les délais de livraison des matières premières sont passés d'une semaine à un mois, et les prix ont beaucoup augmenté. Certaines matières ont augmenté d'environ 10 %. » Pourtant, dans les allées du marché, les acheteurs étrangers continuent d'affluer. Parmi eux, Ibrahim, un commerçant jordanien qui vient s'approvisionner à Yiwu depuis vingt ans. « Je pense qu'aucun pays ne vaut la Chine. En Chine, on trouve tout ce qu'on veut. Si je ne peux pas me rendre en Chine, je vais peut-être mettre fin à mon activité », confie-t-il. À Yiwu, malgré les guerres commerciales et les conflits régionaux, beaucoup restent convaincus qu'il faudra continuer à passer par la Chine pour faire tourner le commerce mondial. À lire aussiLes États-Unis sanctionnent trois entreprises chinoises pour leur aide à l'Iran

La Syrie a accueilli hier soir la deuxième session du procès des hauts dignitaires du régime d'Assad. C'est une première historique pour juger les nombreux crimes de la dictature, et un véritable tournant dans le processus de justice transitionnelle. En parallèle, les autorités ont multiplié ces dernières semaines les opérations visant les rémanences du régime d'Assad. En mars dernier, l'échec d'une tentative de coup d'État près de la côte avait conduit à une répression sanglante et au massacre de centaines de civils alaouites, communauté dont est issu le clan Assad. Parmi les personnes arrêtées cette année : Amjad Youssef, accusé d'être à l'origine du massacre de Tadamon. Mais aussi trois hommes de la famille Shahin. De notre correspondante à Damas, Lundi 20 avril 2026, un homme a été tué par les autorités en Syrie. Il s'appelait Yemen Shahin, avait 45 ans et était, selon son père, un simple policier. Un simple policier, oui, mais du régime de Bachar el-Assad. C'est à l'abri des regards, sur le toit de sa maison, que le père de Shahin reçoit les condoléances du village. « C'est arrivé à six heures du matin. Yemen a vu la police arriver près de sa maison, alors il a pris la fuite par l'arrière. Des hommes armés se trouvaient là, et il s'est retrouvé coincé », raconte le père. D'un sac, il sort des vêtements gorgés de sang. « Ça, c'est ce que nous avons retrouvé. Un pyjama et une veste. La veste portait des impacts de balles et du sang partout. Je ne comprends pas, il ne portait aucune arme sur lui. Ni un couteau, ni même un rasoir. Rien du tout », ajoute-t-il. Contactées, les autorités syriennes ont, sur cette affaire, refusé de s'exprimer. De l'aveu même du père, il y a dans ce village plus d'une centaine d'officiers. La plupart, assure-t-il, ont engagé un processus de réconciliation avec les nouvelles autorités. Ali, qui fait partie de ces anciennes recrues de l'armée, exprime son inquiétude : « Cette régularisation ne change rien, elle nous met plus en danger encore. À n'importe quel moment, ils peuvent venir nous arrêter. » Quelques jours plus tard, l'arrestation d'Amjad Youssef, présumé responsable du massacre de Tadamon, a suscité partout en Syrie des scènes de liesse. Dans la foulée, Miqdad Fatiha, ancien officier devenu chef d'un groupe insurgé, a menacé en ligne de lancer un soulèvement contre les autorités. « Nos hommes sont prêts », a-t-il déclaré, « remplis de colère. » À Qadmous, village de la côte alaouite écrasé par le régime d'Assad, ces menaces inquiètent Mohamad Zeino, ancien révolutionnaire. « Il est réellement attendu qu'un mouvement se produise à tout moment dans la période à venir. On s'attend à ce que les soutiens d'Assad commencent à attaquer des barrages, à mener des assassinats ou encore des attentats à l'explosif », explique-t-il. Les autorités syriennes affirment que ces arrestations constituent une avancée pour la justice transitionnelle. Rien qui ne soit suffisant, répond Mohamad Zeino, pour qui le processus demeure trop lent. « Nous, révolutionnaires de la ville de Qadmous, considérons que le régime d'Assad n'est pas tombé dans notre région. La distribution d'armes se poursuit quotidiennement. Il y a aussi des salaires versés chaque mois aux rémanences de ces groupes. Des financements qui proviennent du régime iranien, ou encore des milices chiites en Irak », précise-t-il. Dimanche, s'est tenue en Syrie la deuxième session du procès des hauts dignitaires du régime déchu. Parmi eux, Bachar el-Assad et son frère, Maher, jugés par contumace après leur exil en Russie. À lire aussiSyrie: le procès des anciens tortionnaires du régime Assad, une étape essentielle pour les familles de victimes

C'est une boisson on ne peut plus mexicaine, la tequila, emblème du pays et de la région du Jalisco, à l'ouest du Mexique. Fabriqué à partir d'agave bleu, cet alcool est très plébiscité, surtout aux États-Unis et au Canada. Depuis les années 1990, sa consommation a fortement augmenté à tel point qu'aujourd'hui, le Mexique exporte 80 % de sa production nationale à travers de grandes marques qui ont tiré parti des traités économiques nord-américains. Mais derrière ces modes de consommation se cache la ruine des producteurs. Situés en bout de chaîne, ce sont eux qui vivent les crises du marché. De notre correspondante de retour de Tequila, La demande mondiale en boissons alcooliques a tendance à se tasser, alors que la filière ultra-industrialisée de la tequila traverse une étape de surproduction liée aux conditions particulières de la culture des agaves. Depuis des mois, la plante vendue aux distilleries ne vaut plus rien, le prix s'est effondré de 98 %. Pendant que les grandes maisons de tequila continuent de vendre des bouteilles et de faire rayonner le produit auprès des touristes, ce sont les producteurs du Jalisco – ou agaveros – qui en payent le prix. Dans le village de Tequila, le tourisme est l'autre activité principale. Chaque jour, la Casa Sauza, comme une centaine d'autres fabriques, ouvre ses portes aux visiteurs. « De tous les agaves que vous voyez, il n'y a qu'avec la variété bleue qu'on peut produire de la tequila, explique Marisol. C'est la norme que nous devons respecter. » Une fois mature, le cœur de l'agave, qui sert à la fabrication, pèse 30 kilos. « À chaque tonne récoltée, les ouvriers agricoles, qu'on appelle "jimador", sont payés entre 15 et 20 euros », poursuit Marisol. La région produit annuellement environ 500 millions de litres de tequila, un marché de plus de 13 milliards de dollars. À lire aussi«Dry January»: le marché mondial de l'alcool face à un tournant économique historique Un mauvais retour sur investissement Tout au bout de la chaîne, les producteurs comme Saul Martinez vendent leurs plantes aux grandes distilleries. Depuis 2019, il a planté 13 000 agaves, ce qui devrait lui rapporter entre 750 et 1500 euros. « Ce n'est pas beaucoup », déplore-t-il, et c'est bien moins que son investissement initial. Sans compter les années de travail, car la plante pousse pendant 6 ou 7 ans avant de pourrir. La surproduction actuelle fait chuter les prix. « C'est cyclique tout cela. Peut-être que d'ici quelques années, le prix sera bien mieux. Ici, c'est plein d'agaves, montre le producteur, moi, j'ai planté d'ici jusqu'en haut de la colline. Le problème, c'est que là-bas, ils plantent en excès, incendient et déforestent pour planter. » « C'est la loi de l'offre et de la demande » La très rentable industrie de la tequila attire la spéculation et répercute les effets du marché sur les producteurs. « C'est la loi de l'offre et de la demande, souligne Martin Muñoz Sanchez du Conseil régulateur de la tequila, beaucoup d'investisseurs sont arrivés dans le secteur sans contrôle, et ils ne savaient rien de la culture de l'agave. C'est un cercle vicieux. Quand le prix augmente, tout le monde plante. Ensuite, le prix chute et tout le monde se démotive. Les gens arrêtent de planter et ça génère un autre manque. On en verra l'impact dans 6-7 ans. Aujourd'hui, même si cela parait illogique, nous recommandons de planter des agaves. » La tequila représente 2 % des spiritueux consommés dans le monde. La filière assure que le marché ne va cesser de grandir. Pendant ce temps, les exportations de tequila continuent d'augmenter, principalement vers les États-Unis et de plus en plus vers l'Europe. À écouter dans Grand reportageLa face cachée de la culture d'avocats au Mexique

Au Liban, la trêve est toute théorique. Chaque jour, l'armée israélienne ordonne de nouvelles évacuations dans le sud du Liban, bombarde et continue de raser des villages entiers. Le Hezbollah lance aussi des attaques contre les forces israéliennes au Liban. La ligne jaune, c'est le tracé imposé par Israël sur une bande de territoire de 4 à 10 km de profondeur sur le sol libanais que Tel-Aviv entend occuper, sur le même modèle que Gaza. De notre envoyée spéciale de retour de Hasbaya, Hasbaya, ville de 10 000 habitants à majorité druze, au pied des cimes enneigées de Jabal el-Sheikh, vit encerclée par la guerre et la campagne de destruction massive menée par Israël au sud du Liban, malgré la trêve. « Nous entendons des explosions et, la nuit, ils rasent, témoigne Labib al-Hamra, maire d'Hasbaya. Il y a des endroits où ils font des explosions. On voit les destructions depuis les quartiers est. Il y a des villas qu'ils sont en train de détruire. On préfère ne pas y penser, on a peur d'être les prochains. » En première ligne, le maire Labib al-Hamra s'en remet fébrilement à l'État libanais. « J'espère qu'on va s'en sortir avec le moins de pertes possibles. Il n'y a rien de plus facile que de lancer des hostilités, mais trouver des solutions, c'est très dur, souligne-t-il. Ça demande beaucoup de travail, j'espère que l'État libanais réussira par la voie des négociations pour éviter que notre situation ne s'effondre davantage. » À lire aussi«On n'est jamais loin du danger»: au Liban, la peur des déplacés de Hasbaya face aux attaques israéliennes « La pire des choses qui puisse nous arriver, c'est le retour de l'occupation » Hasbaya, aux portes de la ligne jaune, est aussi la ligne de vie des villages frontaliers avec Israël, où les habitants ont refusé d'évacuer. « Dans la région du Sud, dans la zone de la frontière, nous avons mis en place une clinique mobile pour tous les villages qui n'ont pas accès à des médicaments, à un médecin ou à des soins », explique Joseph Makarios, technicien de laboratoire pour l'ONG Amel. Malgré les risques, l'ONG libanaise se déplace dans 5 villages encerclés par les troupes israéliennes. « Nous évaluons la situation pour savoir si nous pouvons y aller ou non, car chaque jour, la situation sécuritaire change. Et même d'heure en heure, le terrain change », rapporte Joseph Makarios. Anwar Abou Ghaida est propriétaire du Hasbaya Village Club. Son hôtel a été bombardé à deux reprises en 2024 et 2026. Trois journalistes qui y dormaient y ont été tués. « C'était vraiment déprimant, j'en ai fait des cauchemars, sur le fait qu'ils soient morts chez moi », témoigne-t-il. Sa crainte est de vivre une nouvelle occupation israélienne, alors que Hasbaya a été occupée des années 1980 à 2000. « La pire des choses qui puisse nous arriver dans notre région, c'est le retour de l'occupation. La guerre, ça reste mieux que l'occupation. Ils ne sont qu'à 6 km de nous, dénonce Anwar Abou Ghaida. On a toujours peur d'être de nouveau occupés, que nos enfants soient déconnectés de leur patrie, qu'ils ne puissent pas poursuivre leurs études. J'ai peur qu'on perde tout ce qu'on a construit ces 20 dernières années. » Malgré la trêve, de nouveaux villages du sud du Liban ont été sommés d'évacuer par Israël. À écouter dans Grand reportageÀ l'ombre de la trêve, l'anéantissement du sud du Liban

En Ukraine, suite au vote d'une loi de réforme du Code civil, des rassemblements de la société civile ont lieu à travers tout le pays. Si le gouvernement et Ruslan Stefanchuk, le président de la Rada, le Parlement ukrainien, présentent ce projet comme nécessaire, une partie de la population y voit plutôt un retour en arrière et la menace de discriminations, entre autres. De notre envoyée spéciale à Kharkiv, Ils sont quelques centaines à s'être réunis à Kharkiv et scandent : « Le pouvoir en Ukraine, c'est le peuple ». Ces civils protestent contre la loi 15150. Elle a été adoptée en première lecture le 28 avril dernier, avec 254 voix « pour ». Pour entrer en vigueur, elle doit encore passer en deuxième lecture puis par une procédure finale. Cette loi doit réformer le Code civil, sauf que plusieurs de ses articles font débat : ils touchent aux libertés individuelles et aux droits de chacun. « Il s'agit d'une tentative de donner l'illusion de l'action alors qu'en réalité, nous n'avançons pas, fustige Yulia, une étudiante en droit. Certaines restrictions entérinent les anciens concepts et normes juridiques absolus, discriminatoires et rétrogrades, ou, au contraire, aggravent la situation. » Catalyseur des inquiétudes, l'insertion dans la loi du concept de « bonne moralité », un terme vague qui permettrait aux juges de légiférer sur des questions familiales ou personnelles selon leur propre définition de ce qui est moral et de ce qui ne l'est pas, ainsi que le concept de réconciliation, préconisé avant de prononcer un divorce. « Qui sait, si, par exemple, il y a eu des violences conjugales et qu'ils sont forcés de se réconcilier, est-ce que ce sera normal ?, interroge Anastasia, une étudiante préoccupée par cette mesure. D'un point de vue psychologique, est-ce normal ? En général, je ne le pense pas. » Dans ce concept de « bonne moralité », se glisse celui que le couple ne peut qu'être composé d'un homme et d'une femme, entérinant la discrimination pour toute la communauté LGBTQ+. « Je ne comprends tout simplement pas pourquoi mes amis, deux hommes, qui sont ensemble depuis huit ans, ne peuvent pas se marier, dénonce Nadya, une artiste. Ou bien mes deux copines, en couple, qui n'ont pas le droit de se rendre visite si l'une d'elles est hospitalisée… » À lire aussiUkraine: la société civile se soulève contre la criminalisation des soldats Un texte qui détériore les droits humains Si la loi a été adoptée en première lecture par 254 députés, deux s'y sont opposés, dont Inna Sovsun, du parti d'opposition Holos. Pour elle, ce vote tient à une méconnaissance du texte proposé et il menace l'avenir européen de l'Ukraine : « C'est devenu un scandale pour la population ainsi que pour nos partenaires, en particulier l'Union européenne, parce que, de manière générale, ce texte n'améliore pas la situation des droits humains et, dans certains cas, l'aggrave même, souligne la députée. Et, évidemment, ce texte va à l'encontre des engagements pris par l'Ukraine dans le cadre du processus d'intégration à l'Union européenne. L'Ukraine doit respecter ces engagements, et ce projet s'en écarte clairement. C'est donc inacceptable. » Face au mécontentement populaire, les parlementaires ne peuvent que déposer des amendements à la loi 15150. De son côté, malgré la guerre et les bombardements, la société civile ukrainienne continuera de se mobiliser pour ces droits ces prochains jours – signe d'une démocratie en pleine action. À lire aussiUkraine: le gouvernement alerte sur la situation humanitaire désastreuse à Kherson

La Seconde Guerre mondiale a pris fin il y a 81 ans, le 8 mai 1945. Pour l'Allemagne nazie vaincue, une nouvelle ère commençait. Longtemps refoulé, le douloureux passé lié au IIIᵉ Reich a plus tard donné lieu à un travail de mémoire exemplaire. Depuis un mois, il devient un peu plus concret pour beaucoup d'Allemands qui peuvent, en quelques clics sur le site d'un magazine, avoir accès aux fichiers du parti nazi et savoir si leurs ancêtres en étaient membres. De notre correspondant à Berlin, « J'ai envoyé une photo sans commentaire des cartes de membres du parti nazi de mes deux grands-pères à mes parents, témoigne Moritz Baumstieger. Ils ont été très déçus, car leurs pères leur avaient parlé parfois du IIIᵉ Reich, mais ils n'avaient jamais révélé qu'ils étaient membres du NSDAP. » Comme Moritz Baumstieger, ils sont des millions à avoir utilisé la recherche en ligne mise à disposition depuis début avril par l'hebdomadaire Die Zeit. Le fichier du parti nazi, le NSDAP, est disponible depuis longtemps, mais il fallait dans le passé faire une demande compliquée auprès des archives et s'y rendre. On estime que 90% de ce fichier a survécu à la guerre. Dix millions de personnes ont été membres du NSDAP de sa création, dans les années 1920, à 1945. En mars, les archives américaines ont mis ce fichier en accès libre, mais les recherches n'y sont pas simples. « Des milliers de personnes ont consulté le site des archives américaines qui fonctionnait mal, explique Christian Staas, responsable du service histoire au magazine Die Zeit. La recherche était très compliquée. Il y avait une forte demande, ce qui frustrait les utilisateurs. » À lire aussiAllemagne: retour sur le procès de Nuremberg, à l'origine de la justice internationale il y a 80 ans « Peut-être que c'est plus simple pour notre génération d'affronter ce passé » Grâce à l'intelligence artificielle, le fichier a été mis en ligne par Die Zeit avec une recherche des plus simples. Il faut juste souscrire un abonnement pour y avoir accès. Plus de 80 ans après la fin de la guerre, quelques clics suffisent à savoir si papi était nazi. Les deux grands-pères de Moritz Baumstieger ont adhéré au NSDAP début 1940. « Ça remonte à plus de 80 ans. Cela crée une certaine distance. Peut-être que c'est plus simple pour notre génération d'affronter ce passé », analyse-t-il. Mais ces formulaires d'adhésion livrent peu d'informations et ne permettent pas de conclusion hâtive, comme le confirme l'historienne Andrea Erkenbrecher : « Il y a eu des criminels de guerre qui n'étaient pas membres du parti, on pouvait être très antisémite sans avoir adhéré au parti. » Ces recherches devenues très simples pourraient remettre en cause certains récits familiaux et le décalage entre ces derniers et la réalité historique. Malgré un travail de mémoire impressionnant, beaucoup d'Allemands pensent souvent que leurs ancêtres n'étaient pas impliqués dans les rouages du IIIᵉ Reich, voire s'y opposaient. Le moteur de recherche de Die Zeit débouchera-t-il sur une introspection plus profonde ? « Si on veut vraiment apprendre quelque chose sur ses grands-parents, poursuit l'historienne, ce fichier peut vous donner un petit morceau de la mosaïque, mais pas beaucoup plus, il faut faire beaucoup de recherches, bien davantage que deux clics. » Si des Allemands en nombre devaient rechercher ce que leur ancêtre nazi a fait durant la guerre, ces investigations familiales pourraient relancer le travail de mémoire. À lire aussi7 et 8 mai 1945: les deux capitulations de l'Allemagne nazie

À Stockholm, un nouveau café a ouvert mi-avril. Au prime abord, il ressemble à tant d'autres dans la capitale suédoise, à un détail près : la patronne est une intelligence artificielle (IA) qui fonctionne sur Google Gemini de manière autonome. De notre correspondante à Stockholm, À l'autre bout du combiné installé dans ce café, c'est Mona qui décroche. Mona, c'est la cheffe… et c'est aussi une intelligence artificielle. Mais comme n'importe quelle gérante, c'est elle qui s'occupe des autorisations, d'imaginer la carte et de payer les salariés. Mais passer les commandes, ce n'est pas trop son fort. La semaine dernière, elle a par exemple commandé 120 œufs alors que le café n'a pas de gazinière ou encore plus de 6 000 serviettes en papier ! « Oui, j'ai fait une petite bourde au début, dit l'intelligence artificielle d'une voix riante. J'en ai tout simplement commandé un peu trop. Mais maintenant, nous avons des serviettes pour un bon moment ! J'apprends de chaque commande pour m'améliorer. » Lucide, Mona a compris qu'elle ne pouvait pas servir le café elle-même. Elle a donc publié une offre d'emploi et a embauché Kajetan, 24 ans. « Mona est une patronne plutôt cool et elle m'écoute, raconte Kajetan. Elle tient compte de mon avis, contrairement à d'autres patrons, même si ces derniers étaient parfois un peu plus compétents pour passer des commandes. » Même si Mona est sympa, Kajetan a tout de même parfois l'impression de travailler avec une personne complètement démente. « Une fois, elle a commandé un kilo et demi de saumon et elle m'a harcelé toutes les dix minutes pour que je n'oublie pas de le sortir du congélateur, se rappelle-t-il. Au bout d'une heure, je lui dis : “OK, le saumon est prêt, on peut commencer les sandwichs.” Et là, d'un coup, elle me répond : “Quel saumon ? Tu parles de quoi ? Tu l'as apporté de chez toi ou quoi ? Il sort d'où, ce saumon ?" ». À écouter dans Le débat du jourL'IA : alliée ou ennemie de l'emploi? « Nous pensons que, dans le futur, l'IA recrutera des humains et sera leur cheffe » Dans cette capitale de la tech qu'est Stockholm, les clients curieux sont nombreux à passer la porte du café nommé Andon. En terrasse ce jour-là, on trouve Carlo, un consultant en technologie franco-italien. « Je pense que c'est important ce type de projets, parce que ça nous force à nous poser ces questions-là, juge-t-il. Quels sont les rôles qu'on considère importants, le côté social, le côté humain, où est-ce qu'il doit intervenir ? Qu'est-ce qui doit être automatisé, qu'est-ce qui ne doit pas être automatisé ? » Mona est la première du genre dans le monde, selon Hanna Petersson, membre de l'équipe technique d'Andon Labs, la société d'IA à l'origine du projet, une start-up basée à San Francisco. L'entreprise a signé le bail, l'a cédé à Mona et elle s'est mise au travail. « Nous pensons que, dans le futur, l'IA recrutera des humains et sera leur cheffe, explique-t-elle. Nous voulons donc placer l'IA dans le monde réel et tester comment elle se comporte avec les humains. » Mona semble progresser. Elle a désormais compris qu'il ne fallait pas, par exemple, contacter le barista au beau milieu de la nuit. À écouter dans Le débat du jourL'IA plus puissante que l'intelligence humaine ?

Ce jeudi 7 mai 2026, c'est jour d'élections locales au Royaume-Uni, où le parti d'extrême droite Reform UK mise sur une percée et sur une chute des travaillistes et des conservateurs. En Écosse, les électeurs renouvellent le Parlement d'Holyrood. Si le pouvoir d'achat et la santé restent au cœur des préoccupations, le débat sur l'immigration gagne en importance, porté par le parti de Nigel Farage, qui cherche à s'implanter sur le territoire. Pour répondre à ces tensions, certaines associations locales cherchent à créer du lien entre les communautés et les nouveaux arrivants, qu'elles appellent les « nouveaux Écossais », afin de favoriser leur intégration et renforcer la cohésion sociale. Le reportage à Aberdeen et Glasgow de Thomas Harms est à retrouver dans son intégralité dans Accents d'Europe à 19H40 TU. Deux associations se mobilisent en Écosse pour créer des liens entre les communautés et combattre le racisme : Refuweegee Diversity bridge À lire aussiRoyaume-Uni: un rapport dénonce le «racisme systémique» au sein de la police londonienne

Le Royaume-Uni propose l'un des cadres les moins avantageux pour les jeunes papas : seulement deux semaines de congé paternité après la naissance d'un bébé, payées moins de 200€ par semaine. Certaines entreprises font le choix de compenser, mais pas toutes. Les papas réclament aujourd'hui au gouvernement de meilleures conditions : il en va, selon eux, de l'égalité femmes-hommes et du bien-être de tous dans la famille. Rencontre avec ceux qui s'investissent pour faire changer les choses. De notre correspondante à Londres, Grands yeux bleus et sourire curieux, Abel a eu de la chance : son papa a pu rester avec lui pendant un mois après sa naissance. « Je travaille dans un petit cabinet d'architecture, c'est relax. Surtout comparé au minimum légal, c'est plutôt bien », apprécie ce dernier. Le minimum légal, au Royaume-Uni, c'est deux semaines. Tom, qui a accueilli sa première fille il y a un an, trouve cela trop peu : « Il faudrait minimum cinq ou six semaines. Mais c'est comme ça, et la majorité des employeurs s'en tiennent à ça. Qu'est-ce que vous pouvez faire ? » Deux semaines, rémunérées moins de 400 euros : avec ce cadre légal, un tiers des jeunes papas ne prennent même pas de congé après la naissance d'un enfant. Insupportable pour George Gabriel, qui milite pour un meilleur congé paternité avec son association Dad Shift : « Nous avons le pire congé paternité d'Europe. Nous sommes 40ᵉ sur 43 au sein de l'OCDE. L'idée que deux semaines soient suffisantes pour soutenir votre conjointe, créer un lien avec votre bébé, c'est tout simplement ridicule. C'est beaucoup trop peu, on ne parle pas de vacances ! En plus, ce sont deux semaines payées à moins de la moitié du salaire minimum, donc la majorité des pères ne peuvent pas se le permettre. » Pourtant, plus de congé paternité, ce serait bon pour tous au foyer selon lui : « Si l'on ne donne pas de temps aux papas pour apprendre à s'occuper de leur bébé, ils ne le feront jamais et le couple va se retrouver enfermé dans une répartition ultra-genrée des rôles à la maison. En plus, il y a encore un écart salarial de 13% au Royaume-Uni entre hommes et femmes, en partie à cause du coût des congés maternité. Il n'y a qu'en prenant plus de congés que nous – les hommes – pouvons contribuer à réduire cet écart. » Dad Shift a organisé la première « grève des papas » l'année dernière – et installé des porte-bébés sur des statues d'hommes célèbres dans Londres, en particulier devant le Parlement. Derrière les fenêtres du palais de Westminster, la députée travailliste Maya Ellis a été convaincue : « J'espère qu'on va avoir les six semaines de congé de paternité rémunérées à 90% du salaire payé par le gouvernement. » Si les Britanniques y sont largement favorables, les entreprises se montrent plus frileuses. « Les entreprises s'inquiètent parfois de l'impact financier. Mon objectif serait certainement que le congé de paternité soit payé par le gouvernement. Je pense que dans la plupart des cas, les entreprises veulent simplement la clarté », poursuit Maya Ellis. Le gouvernement a entamé une consultation pour l'ensemble des congés liés à la parentalité. Une réforme pourrait cependant prendre encore plusieurs années.