Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro.

La route 66, miroir de l'Amérique à cinq semaines des élections de mi-mandat. Quatrième étape sur cet axe routier mythique des États-Unis qui traverse huit États du centre et de l'ouest du pays. Tulsa dans l'Oklahoma est marquée par l'un des pires massacres racistes de l'histoire américaine. La communauté noire subit une nouvelle forme de discrimination : les déserts alimentaires, devenus un enjeu de campagne. Où quand il devient impossible de se procurer des aliments frais et bons pour la santé dans un rayon de 20 kilomètres. À écouter aussiÀ un mois des midterms, sur la route 66: un patrimoine qui ne vaut plus rien [3/5]

À cinq semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis, RFI poursuit son chemin sur le tracé de la route 66. Artère mythique qui traverse huit États américains, symbole d'une certaine idée de la liberté, celle des motards et des routiers, mais aussi d'une Amérique à deux vitesses, mégalopoles contre petites villes. Troisième étape aujourd'hui dans la commune de Baxter Springs au Kansas, où cette nostalgie de l'aventure ne fait plus recette. Et où, faute de clientèle, le patrimoine historique est laissé à l'abandon. À lire aussiÀ un mois des midterms, sur la route 66: les ravages du fentanyl [2/5]

Deuxième épisode de notre voyage sur la route 66. À un mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, Vincent Souriau prend le pouls des Américains sur ce tracé mythique qui traverse huit États du centre du pays. Et nous faisons étape à Saint-Louis dans le Missouri aujourd'hui. Plongée au cœur d'un gravissime problème de santé publique qui se fait entendre dans la campagne des élections de mi-mandat : la crise du fentanyl. Cette drogue de synthèse surpuissante qui tue chaque année des dizaines de milliers de personnes et dont les autorités américaines sont jusqu'ici incapables de juguler le trafic. À lire aussiÀ un mois des Midterms, sur la route 66: l'explosion des prix du diesel [1/5]

Dans un mois, se tiendront aux États-Unis les midterms. Les élections de mi-mandat lors desquelles Donald Trump va tenter de sauver sa majorité au Congrès. À cette occasion, Vincent Souriau vous emmène toute cette semaine sur la route 66, pour une photographie de l'état d'esprit des Américains sur ce tracé mythique qui traverse huit États du centre du pays. Premier épisode entre Chicago, dans l'Illinois, et St. Louis dans le Missouri. Et là aussi, les prix du carburant ont explosé comme partout ailleurs. Le diesel, cœur de l'économie routière qui souffre et qui pèse sur le scrutin sur cette ancienne portion de la route 66. À lire aussiL'administration Trump souhaite interdire les exportations de diesel pendant 90 jours

Quand faire des blagues mène en prison. En Turquie, un célèbre humoriste sera jugé à partir de ce lundi 28 septembre pour son dernier spectacle. Deniz Göktas est incarcéré depuis début juillet, accusé notamment d'« insulte » au président Recep Tayyip Erdogan. Sa détention et son procès illustrent l'ampleur des atteintes à la liberté d'expression en Turquie. Pour les comédiens de stand-up, l'autocensure est devenue la règle, malgré un attrait croissant du public pour l'humour politique. À Ankara, Anne Andlauer a assisté à un spectacle. La soirée commence par ce qui est devenu une précaution d'usage : le public est prié de ne pas filmer le spectacle. Sur scène, Salih Tiras, 34 ans, figure montante du stand-up en Turquie. Il plaisante sur son look : chemisette noire, lunettes rectangulaires, petite moustache. Un humoriste « de gauche, mais qui a l'air de droite », c'est comme ça qu'il s'est fait connaître. Puis il enchaîne les blagues sur l'opposition, le pouvoir, le président Recep Tayyip Erdogan, sa propre famille, la liberté d'expression. Il parle de Deniz Göktas, son collègue, son ami, en prison depuis juillet. Il demande au public de l'applaudir pour le soutenir. Deniz Göktas risque jusqu'à dix ans de prison pour trois chefs d'accusation, dont celui « d'insulte au chef de l'État ». Dans son spectacle mis en ligne au début de l'été, il qualifie sans hésiter Recep Tayyip Erdogan de « dictateur ». Une ligne rouge, parmi tant d'autres. La satire politique est un terrain miné, sur lequel Salih Tiras tente lui aussi de tracer son chemin : « Tu es tout le temps obligé de t'autocensurer. De penser : "Si je dis ça, je vais en prison." Il y a toujours eu des lignes rouges en Turquie. Les blagues sur la religion, par exemple. Mais la dose d'autocensure a énormément augmenté et les lignes rouges n'ont jamais été aussi floues. Et avec internet, tout le monde peut nous entendre. » « Plus ton humour est politique, plus il touche de gens » Tout le monde, y compris ceux que les blagues sur le pouvoir ne font pas rire, y compris des procureurs auxquels une poignée d'heures suffisent pour ouvrir une enquête. C'est pour ça que Salih Tiras demande à son public de ne pas filmer ses spectacles. D'un autre côté, il fait salle comble plusieurs soirs par semaine. Il y a une demande, une attente du public, poursuit-il : « Plus ton humour est politique, plus il touche de gens. Je pense que c'est lié à l'état de la liberté d'expression. Les gens cherchent des humoristes dont ils peuvent dire : "Ce type parle de moi, il parle de ce qui me préoccupe." Mais le truc, c'est que quand tu montes sur scène et que tu racontes réellement ce qui se passe, les vrais problèmes de ce pays, tu risques la prison. » Un peu de rire et de satire dans ce climat politique si lourd, c'est ce que sont venus chercher Muslu et son amie Eda, la trentaine tous les deux. « S'il n'y a pas de politique, je ne viens pas… », affirme Muslu. « On critique le pouvoir en famille, avec nos amis, mais jamais je n'oserais dire ces choses-là en public. Les humoristes sont un peu nos porte-voix. Et en même temps, ça fait du bien de rire pendant deux heures avec des inconnus qui pensent comme nous », ajoute Eda. Ce soir-là, ils sont une petite centaine dans la salle. La vidéo du dernier spectacle de Deniz Göktas – celle qui lui vaut ce procès – a quant à elle été visionnée plus de 15 millions de fois. À lire aussiEn Turquie, la lutte contre la désinformation se transforme en répression

En Suisse, les électeurs sont appelés aux urnes dimanche pour décider jusqu'où doit aller la neutralité du pays. Une initiative populaire veut inscrire dans la Constitution suisse une neutralité « perpétuelle et armée ». Un débat qui résonne jusqu'en Irlande. À Dublin, le gouvernement muscle ses dépenses militaires et voudrait également permettre l'envoi de militaires à l'étranger sans devoir dépendre systématiquement d'un mandat de l'ONU. Pour ses détracteurs, c'est une ligne rouge, qui menace la neutralité. Un principe très cher au peuple irlandais. De notre correspondante à Dublin, Il y a deux semaines, alors que Donald Trump était en Irlande, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues. Et les slogans contre le président américain se mêlaient à ceux pour défendre la neutralité du pays, car même combat pour Valerie et sa pancarte « No to Nato », l'Irlande ne doit pas s'aligner sur les grandes puissances militaires. « Nous ne soutenons pas l'impérialisme américain en Irlande. Nous voulons que l'armée américaine quitte l'aéroport de Shannon. L'Irlande est un pays neutre. Les Irlandais ne veulent pas de l'Otan et ce n'est pas au gouvernement, qui est à la botte des Américains, d'en décider. Cette question devrait être soumise à un référendum », explique Valerie. L'aéroport de Shannon, dans l'ouest du pays, est régulièrement pointé du doigt, car des avions militaires américains y font escale pour se ravitailler. Or, l'Irlande et ses 5 millions d'habitants restent très attachés à un non-alignement. Selon un récent sondage de l'institut Ireland Thinks, ce sont même 75 % des Irlandais qui soutiennent le maintien de cette neutralité. À lire aussi«Il ne sait absolument pas de quoi il parle»: les propos de Trump sur une Irlande «unifiée» surprennent En 1949, l'Irlande refuse de rejoindre l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, notamment parce que le Royaume-Uni, dont elle s'est libérée il y a peu, en est membre. Mais aujourd'hui, alors que l'Union européenne se réarme à tout va, cette neutralité est mise à rude épreuve. L'île est également traversée par des câbles sous-marins, notamment Internet et énergétiques. Des infrastructures stratégiques que Dublin ne peut pas protéger seul. Un enjeu d'autant plus sensible que des navires russes ont été observés à proximité ces derniers mois. Christian Kaunert est chercheur en sécurité internationale à Dublin City University : « On peut parfaitement être un pays neutre tout en disposant de capacités suffisantes pour se défendre ! Et même, disposer de capacités militaires peut justement réduire la probabilité d'avoir à se défendre : une forme de dissuasion. Mais les capacités militaires de l'Irlande ne sont pas à la hauteur de ce qui pourrait être nécessaire… » L'eurodéputée Maria Walsh est, par exemple, très favorable à un renforcement des capacités de défense de l'Irlande : « Renforcer notre défense ne remet absolument pas en cause notre neutralité. Avec seulement 0,2 % de notre PIB consacré à la défense - moins que des pays comme Malte ou l'Autriche -, l'Irlande est qualifiée de “maillon faible” par certains de nos voisins européens… » Une étiquette dont l'Irlande se passerait bien, d'autant qu'elle préside depuis juillet le Conseil de l'Union européenne et accueille de nombreux dirigeants européens, dont la sécurité doit être garantie. À lire aussiQuand la Russie menace la neutralité irlandaise

En Ukraine, la guerre dure depuis 4 ans et demi, une éternité pour les enfants et les adolescents. Certains ont dû fuir leur ville, leur maison, beaucoup ont perdu des proches, des parents, tous sont marqués par le danger sourd et permanent. Une situation lourde de conséquences alors qu'ils et elles sont en pleine construction. Pour que l'enfance des petits Ukrainiens ne soit pas volée, un centre leur vient en aide. De nos envoyés spéciaux à Mykolaïv, À Mykolaïv, au sud de l'Ukraine, un centre accueille des enfants et des adolescents marqués par les dernières années, par le conflit, et leur fournit un soutien psychologique. « Je m'appelle Yaroslav, j'ai 17 ans et je viens de Kherson. Au début de la guerre, nous avons vécu sous occupation, témoigne l'adolescent. Après la libération de la ville, nous sommes venus ici à Mykolaïv avec ma famille. Et je viens au centre pour faire quelque chose de mes mains, faire parler ma créativité. » « Ici, on les écoute et c'est le plus important : on écoute d'abord, on analyse après. On parle de tout. C'est un espace de vie en dehors de l'école, en dehors du domicile parental. Le genre de vie auquel tous les enfants devraient avoir accès, souligne Olyna Diomina, travailleuse psychosociale qui accompagne ces enfants au quotidien. « Vous savez, la plupart d'entre eux ne sont presque jamais allés à l'école en personne. D'abord, il y a eu le Covid et puis la guerre est arrivée. Ils ont du mal à sociabiliser et ils souffrent de stress psychologique et ils ne savent pas comment gérer cette situation. C'est à nous, les adultes, de les aider. » À lire aussiUkraine: à Zaporijjia, des écoles souterraines pour protéger les élèves des frappes russes Voler aux enfants « leur éducation, leur créativité… tout » Le père d'Anna-Maria, treize ans, est parti sur le front. Mais la guerre lui a aussi volé son insouciance. « Au moins, avec le Covid-19 on pouvait porter un masque, ce genre de chose. Avec la guerre, personne ne sait s'il se réveillera le lendemain matin. J'ai commencé à m'isoler, j'ai fait une dépression, je n'arrivais même plus à sortir de chez moi, se rappelle l'adolescente. Et ça a laissé des traces : aujourd'hui encore, à la moindre détonation, j'attrape mes affaires et je fonce à la cave, en un instant. » Les sirènes retentissent, un stress permanent qui a des conséquences psychologiques et provoque « une peur incurable, selon Olyna Diomina. Tous les jours, c'est la loterie. Qui ce sera aujourd'hui ? Est-ce que ce sera vous ? Si les adultes ont peur, imaginez à quel point c'est terrifiant pour un enfant. Parfois j'ai l'impression que [les Russes] le font exprès, qu'ils ne veulent pas simplement leur voler leur enfance mais aussi leur éducation, leur créativité… Tout. » Les professionnels de ce centre viennent en aide chaque mois à 500 personnes, dont environ 300 enfants de 5 à 18 ans. Quelle que soit l'issue du conflit, un défi immense se dresse devant l'Ukraine : prendre soin de ces enfants et de ces adolescents marqués par la guerre. À écouter dans La marche du mondeEnfants en guerre, guerre à l'enfance ?

Des élections législatives sont prévues en Israël à la fin du mois d'octobre. Le pays est en campagne électorale et il est beaucoup question du service militaire. Traditionnellement en Israël, les ultra-orthodoxes en étaient exemptés. Depuis 2023, ce n'est plus le cas. Le monde orthodoxe en majorité refuse cette nouvelle réalité et tente d'obtenir une nouvelle loi d'exemption. Mais dans un pays qui est en guerre sur plusieurs fronts depuis trois ans, beaucoup d'Israéliens trouvent cette situation injuste. Les ultra-orthodoxes, eux, ne veulent rien entendre. De notre envoyée spéciale à Bnei Brak, Un nouveau quartier se construit à Bnei Brak. Cette ville voisine de Tel-Aviv a deux caractéristiques, explique le maire adjoint Shlomi Elharar : les habitants sont très jeunes et très religieux. En hébreu, on les appelle les « haredim », les « craignant Dieu » : « Il y a 240 000 habitants dans la ville de Bnei Brak, 110 000 ont moins de 18 ans. Bnei Brak est une ville haredi à 99%. » Pour cette population, seules comptent les règles de la Torah. L'étude des textes religieux est au-dessus de tout, notamment des obligations de service militaire. Dans un pays en guerre permanente depuis trois ans, le sujet est très clivant. Beaucoup de jeunes refusent de répondre aux ordres d'enrôlement. L'armée estime qu'il lui manque 12 000 combattants, Bnei Brak compte environ 15 000 déserteurs, estime le maire adjoint qui les soutient. David vient de recevoir sa convocation, il a 17 ans : « Je leur réponds que je ne veux pas aller dans l'armée, parce que je pense que ce n'est pas pour moi. C'est tout. Ce n'est pas pour moi, il faudrait vraiment s'adapter et j'ai grandi dans une famille ultra-religieuse. » Servir autrement Considéré comme déserteur, David ne peut pas sortir d'Israël, il est menacé de sanctions financières et risque d'être arrêté par la police. Mais les religieux disent qu'ils préfèrent la prison à l'armée. Pour Léa Levy, médecin généraliste à Bnei Brak, les ultra-orthodoxes veulent bien servir le pays, mais en faisant du bénévolat plutôt qu'en allant au combat : « On n'a pas besoin de servir le pays de manière uniforme et tous derrière un uniforme. Ces gens-là, qui n'ont pas de smartphones, qui n'ont pas étudié dans des écoles classiques, ils ne sont pas forcément adaptés pour servir dans l'armée. Et je pense que les orthodoxes qui peuvent servir dans l'armée, c'est ceux qui appartiennent à la tranche la plus moderne du monde orthodoxe où, par exemple, les femmes accèdent à des métiers, mais pas les tranches qui ont gardé le plus de tradition. » À 24 ans, Benjamin est étudiant en théologie, son parcours est une exception : « J'étais dans une unité d'élite à l'armée pendant à peu près deux ans. Moi, dans mon unité, personnellement, il y avait des filles. Cette proximité, en fait, avec les filles n'était pas bonne. Et mis à part ça, les gens qui étaient autour de moi là-bas, ce n'étaient pas les bonnes personnes. J'avais besoin d'être avec des gens qui font shabbat, qui aiment Dieu, qui comprennent l'importance d'être religieux. » Benjamin a demandé à intégrer une unité ultra-orthodoxe. Déçu, il a repris ses études en religion : « Même en allant dans une unité religieuse, ça manquait de Torah comme je l'attendais. » Les ultra-orthodoxes représentent 15% de la population en Israël. La coalition gouvernementale actuellement au pouvoir est tributaire du soutien des partis qui les représentent. À lire aussiIsraël: nette hausse du recrutement des ultra-orthodoxes dans l'armée

Chaque année en septembre, le paisible village de Lisdoonvarna, dans l'ouest de l'Irlande, accueille le plus grand festival de célibataires d'Europe et voit affluer près de 40 000 visiteurs venus du monde entier. Créé il y a plus de 165 ans, ce festival est né à la fin des récoltes, lorsque les agriculteurs célibataires, jusque-là accaparés par le travail de la terre, pouvaient enfin prendre le temps de chercher une épouse. À l'heure des applications de rencontre et du speed dating, le festival continue de parier sur les rencontres spontanées. À lire aussiEn Irlande, l'engouement pour la musique traditionnelle

À Kiev, dans le plus grand hôpital pédiatrique d'Ukraine, les transplantations d'organes n'ont pas cessé depuis le début de l'invasion russe en février 2022. Nous avons suivi l'opération de Khrystyna, un bébé de neuf mois, à qui sa tante vient de donner une partie de son foie – la centième transplantation hépatique de l'hôpital. Malgré les missiles, les coupures d'électricité et l'espace aérien fermé, les chirurgiens continuent d'opérer. Et pour transporter les organes, certains envisagent désormais des drones militaires reconvertis. De notre correspondante à Kiev, Nous sommes au huitième étage de l'hôpital. Depuis quelques semaines, les attaques russes se sont intensifiées sur la capitale ukrainienne. Dans l'une des sept salles d'opération, trois chirurgiens chaussés de lunettes grossissantes sont aux prises avec le foie de Tetyana. Cette femme de 36 ans a décidé de donner une partie de son organe sain à sa nièce, Khrystyna, âgée de neuf mois. Le bébé est en train d'être préparé à l'opération dans le bloc voisin. Oleg Godik, le chirurgien en chef, reste étonnamment détendu : « Nous prélevons deux segments du foie du donneur, puis nous les réduisons, voire les hyper-réduisons si nécessaire, afin qu'ils soient adaptés au receveur avant la transplantation. L'opération dure en moyenne cinq à six heures. » D'ailleurs, cela peut paraître surprenant, mais, pour se concentrer, les chirurgiens ont mis de la musique métal en fond sonore. Peut-être aussi une façon de faire écran au quotidien anxiogène ambiant. L'opération de Khrystyna est la 100e greffe de foie réalisée dans cet hôpital. En Ukraine, le pays effectue encore des centaines de transplantations par an et ce chiffre continue de grimper malgré la guerre. Cependant, le cadre est très strict. Une loi adoptée dès 2018 interdit formellement qu'un organe soit prélevé sur un soldat tué au front ou sur un civil mort à la suite des attaques russes. Maintenir les transplantations malgré la guerre Le chirurgien cardiaque Borys Todurov, grand ponte des greffes dans le pays, a lui-même suggéré cette loi au gouvernement. Il nous accueille dans son bureau de l'Institut du cœur, sur la rive gauche de Kiev : « C'était une manière d'éviter les spéculations dans les médias russes. Dès les premiers jours de la guerre, les médias russes racontaient chaque jour que des équipes ukrainiennes de transplantation se rendaient sur le front pour prélever les organes des personnes tuées. » Maintenir ces transplantations en temps de guerre impose aussi des défis concrets. L'espace aérien ukrainien est fermé depuis février 2022. Et transporter un organe, c'est aussi une course contre la montre, car il ne survit que six heures au maximum hors du corps. L'an dernier, les équipes de Todurov ont parcouru 34 000 kilomètres, presque l'équivalent d'un tour du monde : « Quand nous roulions pendant les attaques, avec des bombes qui explosaient devant nous, c'était extrêmement dangereux. » Une solution se dessine pourtant : des drones militaires reconvertis, capables de parcourir 700 kilomètres à plus de 110 km/h. Son équipe n'attend plus que l'approbation des forces armées, afin que les militaires comprennent que ce qui vole n'est pas forcément un ennemi, mais peut servir à transporter des organes. À lire aussiUkraine: à Odessa, l'hôpital pour enfants tente de gérer les pénuries de courant

À Londres, les plaintes pour incidents à caractère islamophobe ont augmenté de 31% sur l'année écoulée, et 2026 pourrait bien dépasser ces chiffres. À l'échelle du pays, l'islamophobie ne cesse d'augmenter depuis 2023, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza. Selon les dernières statistiques, une mosquée est attaquée tous les cinq jours au Royaume-Uni, rendant les musulmans inquiets pour leur avenir. De notre correspondante à Londres, La mosquée d'Ibrahim Syed, en banlieue de Liverpool, ressemble à un centre communautaire, en rez-de-chaussée, avec une immense salle centrale aux néons blafards. En un an, l'imam a subi trois attaques : « Quelqu'un a tiré sur les fenêtres avec une carabine, alors qu'il y avait des enfants à l'intérieur. Ils ont été choqués. On a aussi envoyé un DVD à caractère pornographique, pour essayer de nous énerver. Et enfin un drapeau britannique a été suspendu devant la mosquée. » Ces douze derniers mois, 70 incidents sur des mosquées britanniques ont été enregistrés : menaces en ligne, vandalisme, intimidation, etc. Très impliqué dans la vie locale, Ibrahim Syed tente de rester positif : « C'est dur ! Je suis né ici. Tout d'un coup, notre appartenance à ce pays est remise en cause. Mais je suis un optimiste : rien qu'hier, un voisin a réparé gratuitement nos fenêtres. » Guerres au Moyen-Orient, montée de l'extrême droite xénophobe. L'association Tell Mama, qui recueille des appels de victimes, a recensé 6 000 incidents islamophobes en 2024, 7 000 en 2025. La directrice, Iman Atta, note une normalisation alarmante : « Nous n'avons pas encore analysé les données pour 2026, mais ce sera au moins aussi élevé que 2025. La rhétorique autour des musulmans, les agressions dans l'espace public, la sexualisation des femmes musulmanes. Nous voyons la haine en ligne se déplacer dans la vraie vie, et c'est très inquiétant. » Un pays qui se divise Sur son site, Tell Mama conseille les mosquées et lieux culturels pour garantir leur propre sécurité. Mais Iman Atta exige davantage du gouvernement : « La technologie évolue si vite, avec l'IA entre autres. Les autorités semblent ne pas pouvoir suivre. Le gouvernement devrait pénaliser les entreprises qui monétisent la discrimination et l'extrémisme. » Parmi cette communauté, certains préfèrent prendre les choses en main. Hijab beige sur un visage déterminé, Julie Siddiqi organise régulièrement des groupes interreligieux d'études des textes sacrés. À chaque ramadan, elle organise de grands banquets à partager, pour la rupture du jeûne, avec les non-musulmans de son quartier : « Nous devons apprendre à ne pas être d'accord, sans fermer le débat. Notre pays se divise, en particulier depuis quelques années, nous devons continuer à construire des ponts. » Outre l'islamophobie, ces trois dernières années les incidents antisémites et racistes sont également en forte hausse.

À Diohine et dans ses environs, les agriculteurs connaissent bien le Faidherbia albida. Cet arbre joue un rôle important dans les cultures. Ses feuilles et ses résidus contribuent à enrichir le sol en matière organique, tandis que son système racinaire participe au maintien de sa fertilité. Mais alors que le parc arboré de la zone se dégrade progressivement, cet arbre emblématique du bassin arachidier se fait de plus en plus rare. Toutefois, sa disparition pourrait fragiliser davantage les terres agricoles. Un reportage de Habib Diao. De notre envoyé spécial à Diohine, Avec sa hauteur pouvant atteindre 15 à 25 mètres et son écorce gris jaunâtre, le Faidherbia albida, communément appelé Kad en wolof, est facilement reconnaissable au milieu des champs du bassin arachidier sénégalais. Sa présence n'est pas seulement une question de paysage. Pour Paul Ndiaye, agriculteur à Diohine, le kad est un véritable allié des cultures : « Le kad est l'arbre le plus important dans nos champs, car malgré l'infertilité du sol, si tu as au moins cinq arbres dans ton champ, tu auras une bonne récolte, car tout ce que tu cultives au-dessous de l'arbre sera fertile. Mais l'arbre commence vraiment à se faire rare dans la zone. » Les experts de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) ont implanté au milieu des champs un site d'étude pour analyser les interactions entre cet arbre et les cultures. Cathy Clermont, ingénieure agronome à l'IRD, s'intéresse particulièrement aux effets du Faidherbia albida sur les sols et les cultures : « On est là sur un site qui s'appelle Faidherbia-Flux, et notre objectif, c'est justement de voir les relations de cet arbre qui est emblématique du Sénégal avec son environnement. Et beaucoup d'agriculteurs nous disent que cet arbre a des effets bénéfiques sur les cultures annuelles qui poussent à proximité. Nous avons quand même déjà des résultats qui permettent de dire : "Attention, planter du Faidherbia albida, c'est très intéressant. L'effet de l'arbre va jusqu'à une distance de 17 mètres autour du tronc." Et donc cette connaissance peut être utilisée pour mieux gérer les apports de fumier dans un contexte où il n'y en a pas beaucoup. » À lire aussiLutte contre la désertification: «L'agroécologie est devenue l'une des solutions reconnues dans les négociations» Conscientes des bienfaits de cet arbre pour les cultures, les populations font le maximum pour les préserver. Pour Aissatou Faye, représentante d'un mouvement féminin de Diohine, l'élagage des vieux Faidherbia pourrait contribuer à mieux préserver ces arbres. Toutefois, elle dénonce les difficultés rencontrées par les populations, notamment en raison des restrictions imposées par les agents des Eaux et Forêts : « Les vieux kad qui ne sont pas élagués lèvent les terrasses. Le kad peut vivre des centaines d'années, mais s'il n'est pas élagué, il devient très lourd. À mon avis, ce que les agents des Eaux et Forêts devaient faire, c'est d'élaguer tous les Faidherbia qui sont trop lourds à partir du mois de mai. Si la pluie tombe, ça repousse. Mais ils ont fait en sorte que personne ne touche aux arbres. Donc tout ça, c'est le problème des Eaux et Forêts. » Dans le bassin arachidier, la disparition progressive de cet arbre rappelle une nécessité : protéger le kad, c'est aussi protéger la terre et l'activité des agriculteurs qui en dépendent. À lire aussiSénégal: à Diohine, la jachère permet de lutter contre la dégradation des sols

Des ruines antiques vieilles de 3 000 ans, un décor de cinéma balafré par plus d'une décennie de guerre et, au milieu des cicatrices, un écran de toile pour les enfants. C'est le pari d'Omar Malas, photographe et cinéaste syrien. Avec son cinéma itinérant, il sillonne les routes d'une Syrie encore marquée par la guerre pour ramener un peu de culture et de vie dans les villages. C'est le cas à Palmyre, où quelques milliers d'habitants seulement ont fait le choix de revenir vivre. De notre envoyé spécial à Palmyre, La nuit tombe sur Palmyre. Omar Malas installe son cinéma de fortune : un vidéoprojecteur, des enceintes et quelques chaises en plastique. Pas d'écran ce soir : les images sont projetées directement sur un vieux mur de pierre. Au début, ils ne sont que cinq enfants devant la projection. Puis, au fur et à mesure que le film commence, un deuxième rang de chaises se forme. Ils sont bientôt une dizaine. Parmi les enfants installés devant le mur, Abdel, 12 ans, découvre pour la première fois ce type de cinéma en plein air. « J'étais en train de jouer avec mes amis et Omar est venu nous voir pour nous proposer de venir assister à une projection comme au cinéma et on n'a pas hésité une seconde, s'enthousiasme le garçon. Moi, c'est la première fois de ma vie que je vois un film sur grand écran. » Pour Omar, ce n'est pas vraiment le film qui compte. Ce qu'il veut, c'est leur faire découvrir autre chose que la guerre, leur offrir un moment de culture et simplement passer du temps avec eux. « Les gens reviennent tout doucement ici, en famille, avec leurs enfants, après 15 ans de guerre. Les enfants qui ont aujourd'hui 10 ans n'ont rien connu d'autre que la guerre, regrette Omar. L'essentiel pour moi, c'est qu'ils oublient les traumatismes qu'ils ont vécus. » À lire aussiSyrie: les touristes de retour pour visiter le site archéologique de Palmyre Quelques heures suspendues Ce soir, Omar projette Tom et Jerry, des films de Charlie Chaplin et des séries syriennes. Des femmes sortent de chez elles et viennent s'installer sur des tapis, près de l'écran, certaines avec leur narguilé. Dans cette ville encore largement silencieuse, la musique, les rires et les voix de l'écran créent pendant quelques heures une petite animation. Mais pour faire fonctionner ce cinéma itinérant, Omar doit aussi transporter sa propre source d'électricité. Et parfois, une simple batterie peut devenir indispensable. « Ça, c'est ma batterie externe pour avoir de l'électricité, montre-t-il. Même si ce soir on a tout ce qu'il faut, parfois cette batterie devient vitale car dans des villages, il n'y a aucun jus. » À Palmyre, ces quelques heures de projection prennent une dimension particulière pour les familles qui viennent tout juste de revenir. Mohamed est venu ce soir avec les siens. Pour lui, pouvoir simplement les amener ici aurait été inimaginable il y a encore quelques années. « Pendant la guerre, c'était impossible qu'une telle initiative voie le jour à cause des milices iraniennes, ou du Hezbollah, souligne ce père de famille. Mais aujourd'hui, grâce à Dieu, on peut amener nos enfants pour qu'ils découvrent et se divertissent. » La projection terminée, Omar replie son écran, range ses enceintes et reprend la route. Son cinéma itinérant continuera de sillonner la Syrie, village après village, à la rencontre de ceux qui tentent, eux aussi, de reprendre le chemin d'une vie normale. À lire aussi«La Syrie reste notre pays»: le parcours des réfugiés, un an après la chute de Bachar el-Assad

Si l'été 2026 a été exceptionnel sur le plan de la chaleur et de la sécheresse, en Angleterre comme ailleurs, on se prépare à ce que ce soit la norme dans les prochaines années, en raison du réchauffement climatique causé par l'activité humaine. Dans le sud du pays, le jardin expérimental de la Société royale d'horticulture, à Wisley, tente de s'adapter à des étés de plus en plus chauds et de plus en plus secs, notamment en dupliquant ses collections. De notre envoyée spéciale de retour de Wisley, Les pelouses du jardin botanique de Wisley sont roussies par le soleil et la sécheresse. Les hortensias, d'ordinaire bleu pastel et rose fuchsia, craquent sous la brise. Les haies ont particulièrement souffert cette année. « Cet été a été stressant, avec la plus longue période sans pluie jamais enregistrée, alerte Edward Cooper, jardinier en charge des expérimentations. Nos haies se décolorent. Ce hêtre a pourtant 80 ans, il est idéal pour les haies sous notre climat, mais avec l'été qu'on a passé, même les plantes matures sont en stress hydrique. » Ce jardin botanique possède près de 25 000 espèces de plantes. Mais après cet été inédit en chaleur et en sécheresse, certaines variétés risquent de cesser de pousser. « 20 à 25 % de nos espèces pourraient ne plus être adaptées au sud de l'Angleterre, explique le directeur du jardin, Tim Upson. Par exemple, les hortensias souffrent énormément. On va donc faire des boutures pour les transférer plus au nord, une sorte de police d'assurance. » Les collections seront ainsi dupliquées dans les autres jardins plus tempérés de la Société royale d'horticulture. Le botaniste ne cache pas une certaine excitation face aux défis climatiques qui l'attendent. « Revenez dans 10, 15, 20 ans ! Nous pourrions bien avoir de nouvelles plantes que vous n'avez encore jamais vues, s'enthousiasme-t-il. Et nos observations pourront servir à l'adaptation au changement climatique, en recommandant des plantes qui filtrent la pollution ou qui soutiennent la biodiversité. » À lire aussiLe stock d'eau douce de la planète au plus bas depuis plus de 30 ans, l'OMM alerte sur les graves conséquences Trouver des plantes d'avenir Ici, le maître mot est l'expérimentation : créer, évoluer, s'adapter. Edward Cooper a passé l'été à trouver les plantes les plus résistantes à la sécheresse. « On a par exemple des plantes qui étaient populaires il y a longtemps, comme les hélianthèmes, poursuit-il. Ils résistent bien à la sécheresse et pourraient être des plantes d'avenir pour les jardins. » Assis près du grand plan d'eau du jardin botanique, Brian et Deborah sont venus glaner des conseils auprès des équipes d'Edward. « Nous allons devoir arrêter les plantes en pot, elles demandent trop d'eau », conclut Deborah. « Même nos parterres de fleurs ont souffert, nos impatientes, nos bégonias… On va devoir se rabattre sur des fleurs sauvages, plus hautes, pour moins arroser », ajoute Brian. Après la sécheresse, le Royaume-Uni craint un automne et un hiver particulièrement pluvieux, qui pourraient aussi avoir un impact adverse sur les plantes et les jardins du pays. À lire aussiÀ Paris, des balades dans les parcs pour identifier des plantes sauvages comestibles

Au Népal, trois semaines après des inondations dévastatrices qui ont fait plus de 1 403 morts et plus de 6 100 disparus, les besoins sont encore nombreux. Plusieurs milliers de rescapés ont tout perdu : des proches mais aussi leur maison, leur terrain, leur travail et leurs économies. Le gouvernement népalais a annoncé un programme de bourse pour garantir l'éducation des enfants orphelins ou déplacés à cause de la catastrophe. Des enfants qui, pour beaucoup, ont assisté aux crues meurtrières et nécessitent un soutien psychologique. Dans un centre d'accueil temporaire de Bidur, ville sinistrée du district de Nuwakot, à une cinquantaine de kilomètres de Katmandou, les professionnels essaient de soutenir les enfants. De notre envoyée spéciale de retour de Bidur, Assise sur un banc devant le gymnase de l'association de taekwondo de Bidur, Suchita, 36 ans, berce son neveu. « Il a 15 mois, il était allaité, il cherche encore le lait de sa mère », s'émeut-elle. La mère du garçon est morte dans les inondations, c'est la grand-mère qui a sauvé l'enfant. « Elle est encore très traumatisée d'avoir perdu ses deux belles-filles et deux petits-enfants », poursuit Suchita. L'enfant et la grand-mère vivent désormais dans ce gymnase sur des tapis de sol avec 200 autres rescapés. Et Suchita peine à réconforter le petit garçon. « La première nuit, il n'a pas dormi, on avait peur de déranger les autres autour, témoigne-t-elle. Mon fils de 7 ans aussi, il pleure souvent, il me dit que ses cousins qui sont morts lui manquent beaucoup, ils étaient très proches. » Dehors, une quinzaine d'enfants jouent sur un rectangle de gazon. Il y a un tourniquet, un toboggan. À côté, des tentes blanches dressées par l'ONG Save The Children et d'autres associations. Ces espaces sont réservés aux plus jeunes pour leur redonner une routine, des repères, dans un lieu sûr. On y trouve des coloriages, des imagiers, des jeux de société. « De ce que j'ai pu voir, ici c'est un peu mieux que dans d'autres centres, explique Achita Thieng, qui intervient au nom d'une association de psychologie transculturelle, TPO Nepal. Pour l'instant on se concentre sur les premiers secours psychologiques. » À lire aussiCrue dans l'Himalaya: le Népal commence les enterrements de masse de victimes impossibles à identifier Soigner aussi dans le futur Le but : écouter, observer, empêcher les traumatismes de s'ancrer à long terme. « Certains enfants restent très silencieux, ils semblent ne pas encore avoir compris ce qu'il s'était passé, poursuit Achita Thieng. Un autre enfant croit, à chaque fois qu'il voit passer un hélicoptère, que ses parents sont dedans et vont revenir, alors qu'il les a vus mourir sous ses yeux. » Plusieurs associations, ONG et le ministère de la Santé ont déployé des psychiatres, psychologues, conseillers. Reste à bien répartir cette aide, surtout dans les zones sinistrées isolées. Et après l'urgence, il faudra prendre en charge d'éventuels troubles durables : dépression, anxiété, stress post-traumatique…, explique Achita Thieng. « Dans un, deux, trois mois, il faudra pouvoir proposer un suivi régulier », plaide-t-elle. D'après l'Unicef, plus de 17 000 enfants ont un besoin urgent d'aide et de soutien psychologique après ces inondations dévastatrices survenues au Népal le 26 août, l'une des plus grandes catastrophes des dernières décennies dans le pays. Toujours d'après l'Unicef, 541 mineurs sont seuls et n'ont pas pu être réunis avec leurs proches. Plusieurs ONG comme Save The Children alertent : après un tel désastre et l'appauvrissement soudain de nombreuses familles, les risques de travail infantile, de mariages précoces et de traite d'enfants risquent d'augmenter. À lire aussiCrue dans l'Himalaya: la jeunesse népalaise réclame «justice» aux pays pollueurs

Les élections israéliennes se dérouleront le 27 octobre prochain. Le président Isaac Herzog a mis en garde ses concitoyens au mois de juillet : il assure que diverses menaces pèsent sur le scrutin, il leur demande d'être vigilants face aux violences qui pourraient compromettre l'intégrité du vote, aux fausses informations, à la remise en question des résultats. La société civile s'organise pour surveiller une élection qui s'annonce cruciale pour l'avenir du pays. De notre envoyée spéciale à Herzliya, Les locaux du Centre civil des opérations électorales sont situés dans un parc technologique au nord de Tel-Aviv. Installés devant des écrans d'ordinateur, des volontaires de la société civile se préparent au pire. « En raison de la direction que prend le pays, nous nous inquiétons du manque de transparence et du niveau de violence », alerte Michal Beinisch, l'une des fondatrices du centre. Le vote du 27 octobre sera crucial, le premier en Israël depuis le massacre du 7 octobre 2023 et les guerres qui ont suivi. « C'est la première fois que nous avons le sentiment que les élections peuvent vraiment être biaisées et inéquitables, martèle Eyal Naveh, qui co-dirige le projet. Nous allons mettre 100 000 personnes dans les rues, dans les bureaux de vote et autour, l'objectif est de pouvoir si nécessaire signaler des problèmes à la police, au Shin Bet, aux autorités, aux médias. Nous voulons que les citoyens d'Israël votent, nous voulons un Israël démocratique. » À lire aussiLégislatives en Israël: aux primaires du Likoud, Benyamin Netanyahu maintient son emprise sur le parti malgré l'incertitude Lutter contre les infox Les équipes se préparent à tous les scénarios. « Par exemple, le jour des élections, quelqu'un pourrait descendre dans la rue, jeter des pétards, faire croire à un attentat et créer la panique pour empêcher les gens de s'approcher des bureaux de vote, prévient Eyal Naveh, qui est un vétéran des forces spéciales israéliennes. Nous voulons faire de la pédagogie autour des fausses informations, expliquer aux gens ce qui peut se produire et les rassurer. » Le Centre civil des opérations électorales dispose aussi d'une application qui s'appelle Hamal. « Nous comptons déjà 30 000 personnes inscrites sur l'application, explique Michal Beinisch. Concernant le numérique et la lutte contre les fausses informations, nous avons plus de 500 personnes qui travaillent actuellement bénévolement, à temps plein. » À l'heure des infox, les réseaux sociaux sont en première ligne, il y a des patrouilles numériques. « Par exemple, la Commission électorale a déclaré récemment que toutes les vidéos électorales qui contiennent de l'intelligence artificielle doivent être signalées, marquées automatiquement pour ne pas mentir au public, rappelle Eyal Naveh. Donc, nous avons des gens qui surveillent, qui regardent tout ce qui se passe sur les réseaux. » Michal et Eyal l'assurent, leur mouvement est apolitique, mais ils sont convaincus que si Benyamin Netanyahu est en baisse dans les sondages, si le Premier ministre et ses alliés d'extrême droite n'ont plus rien à perdre, alors la situation peut vite devenir tendue. À lire aussiLégislatives en Israël: un scrutin polarisé autour de Benyamin Netanyahu et l'onde de choc du 7-Octobre

À Séoul, face au phénomène de harcèlement qui s'intensifie, les agresseurs connus des autorités sont surveillés et géolocalisés. Lorsqu'ils s'approchent à moins de 2 km d'une victime, une alerte est déclenchée. De notre correspondant à Séoul, Au Centre de surveillance numérique du ministère de la Justice, un écran géant traque en permanence la position des victimes et des agresseurs déjà connus des autorités. Yoon Hyun-bong, son directeur, présente le fonctionnement de ce système de surveillance : « Ici, c'est la victime, là, l'agresseur. On constate que l'agresseur et la victime se rapprochent de plus en plus, une première alerte est donnée à 2 km de distance mais l'agresseur continue de se rapprocher, montre-t-il, ce qui conduit au déploiement de l'agence de probation pour protéger la victime lorsque la distance est de moins d'un kilomètre. » Le dispositif fait suite à plusieurs féminicides retentissants, notamment celui d'une femme poignardée en mars par un homme porteur d'un bracelet. Le ministère de la Justice savait où il se trouvait, mais la police en charge du dossier l'ignorait. Un échec des administrations que tente de corriger ce dispositif. Aujourd'hui, plus de 5 000 porteurs de bracelets sont surveillés et 19 000 alertes sont envoyées chaque jour. En cas d'alerte, un membre du centre de contrôle de géolocalisation contacte l'agence de probation pour qu'ils se rendent sur place. À lire aussiCorée du Sud: les «nettoyeuses du Net» viennent en aide aux victimes de violences sexuelles en ligne Près de 45 000 cas de harcèlement en 2025 Les signalements pour harcèlement ont triplé en quatre ans, atteignant près de 45 000 cas en 2025, dont 80% des victimes sont des femmes. Cela fait donc beaucoup d'agresseurs à surveiller pour les services du ministère de la Justice. « Aujourd'hui, nous gérons environ 5 300 personnes, et ce chiffre continue d'augmenter car nous l'étendons également aux auteurs de violences conjugales, explique Kang Shin-won, chef de l'équipe de surveillance. Côté effectifs, le nombre de personnes suivies a été multiplié par plus de 30, mais le nombre de nos agents n'a pas augmenté dans les mêmes proportions : chaque agent gère actuellement un peu plus de 20 personnes en moyenne pour la surveillance électronique standard. » Malgré le manque d'effectif, le système de surveillance semble montrer ses preuves. Depuis sa mise en place au mois de juin, le taux de récidive est passé de 14 % à 0,7 %. À lire aussiCorée du Sud: des étudiantes défendent le maintien d'universités réservées aux femmes

C'est un verdict qui sera suivi de près dans l'ensemble des Balkans. Mercredi, à La Haye, les chambres spécialisées du Kosovo, un tribunal kosovar composé de juges internationaux, doivent dire si Hashim Thaçi, l'ancien président du Kosovo, et trois autres anciens dirigeants de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) sont coupables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Les anciens commandants sont notamment accusés de meurtres commis pendant et après la guerre de 1998-1999, entre les forces serbes et l'UCK, alors soutenue par l'Otan. À Pristina, les anciens commandants de la guérilla sont toujours considérés comme des héros. Reportage dans la capitale où la tension est vive. Le reportage de notre correspondant à Kosovo, Louis Seiller est à écouter dans son intégralité dans Accents d'Europe À écouter aussiHéros ou criminels, les leaders de l'UCK face aux juges

Dublin, c'est le fief des géants de la tech : Google, Amazon, Meta s'y sont tous installés et ont construit aux alentours leurs data centers, ces gros centres de données indispensables à leur fonctionnement. Résultat : l'Irlande compte aujourd'hui 89 data centers ! De quoi offrir à la République irlandaise le titre de premier hébergeur européen de ces centres. Et avec l'essor de l'intelligence artificielle, les annonces de nouveaux chantiers s'enchaînent à un rythme effréné, au risque de saturer le réseau électrique du pays. Au point que les Nations unies ont récemment cité l'Irlande comme un « signal d'alarme » pour le reste du monde. Le reportage de notre correspondante Clémence Pénard est à retrouver dans son intégralité dans Accents d'Europe. À lire aussiEconomie: Apple renonce à construire son centre de données en Irlande

La présence simultanée de Xi Jinping et Narendra Modi en Inde, à l'occasion du sommet des Brics, illustre le réchauffement des relations entre les deux pays les plus peuplés du monde. L'étau se desserre doucement entre les deux économies, avec l'autorisation de nouveaux investissements chinois sur le territoire indien, notamment dans un secteur clé : la fabrication de téléphones portables. Si la Chine reste de loin le plus grand fabricant mondial, l'Inde progresse rapidement. Une alliance, où une « joint venture » entre deux géants du secteur, a été annoncée en juillet. L'entreprise chinoise Vivo et l'indienne Dixon ont ainsi scellé leur collaboration, comme en témoigne la visite de l'une de leurs usines en banlieue de New Delhi. De notre envoyé spécial à New Delhi, Environ 1,2 million de téléphones par mois sont produits dans les usines que supervise Lalit Choudhary, directeur général des opérations pour Dixon Electronics, leader indien de la fabrication de téléphones. Avant d'entrer dans l'usine, passage obligé par la clean room : un sas où une gigantesque soufflerie élimine toutes les poussières. « Pas de poussière, contrôle de la température, contrôle de l'humidité, des décharges électrostatiques, il faut un environnement spécifique », explique-t-il. Chaque employé surveille avec attention les larges machines blanches. Elles gravent, assemblent et vérifient que chaque pièce fonctionne. « Cette machine-là, on l'appelle le pilote. Et là, c'est une carte mère, mais pas encore fonctionnelle. Une fois qu'elle est passée dans la machine, avec tous les composants, on dit que c'est bon, elle est assemblée. Tout ce qui permet ensuite de pouvoir contrôler et utiliser le téléphone, c'est grâce à cela », détaille le directeur des opérations. Une plaque métallique sur laquelle sont installés les semi-conducteurs et composants électroniques du téléphone. Après être passée dans une dizaine de machines, la carte mère peut monter à l'étage supérieur. C'est là, au micro-assemblage, que le téléphone prend forme. « En moyenne, il y a 75-80 personnes par ligne de production selon les modèles », précise Lalit Choudhary. « En Inde, cela fait plus de 15 ans que nous assemblons des portables, les gens ici en Inde sont des experts », ajoute-t-il. Samsung, Motorola, Apple : la plupart des constructeurs mondiaux veulent réduire leur dépendance à la Chine et se tournent vers l'Inde, attirés par le faible coût du travail et les débouchés de l'immense marché indien. C'est aussi ce que vient chercher l'entreprise chinoise Vivo, dont la production conjointe avec Dixon doit débuter à l'automne. « Vivo, c'est le leader du marché des téléphones portables dans le marché indien, ils ont près de 20 % de part de marché, c'est une grande entreprise avec des capacités technologiques », souligne Saurabh Gupta, directeur financier du groupe. Vivo, spécialisé dans la conception des portables, fabrique une large partie de sa production en Chine, un savoir-faire utile pour Dixon. Mais il a fallu convaincre durant plus de 15 mois les autorités indiennes pour qu'elles acceptent le projet. « Dans une joint-venture, les entreprises indiennes doivent avoir la majorité des parts, il doit y avoir des bénéfices concrets pour l'industrie et le pays en termes de transferts de technologies, de savoir-faire, des bonnes pratiques à adopter », explique Saurabh Gupta. Des transferts de technologies loin d'être évidents. Beaucoup doutent de la volonté des entreprises chinoises de vouloir réellement aider à former leurs concurrents de demain. À lire aussiSommet des Brics+: le «multi-alignement» de l'Inde au défi de son rapprochement avec la Chine

Céline Dion retrouve la scène parisienne ce samedi, pour son premier véritable concert depuis six ans. Au Québec, ce retour ravive aussi les souvenirs de celle qui a grandi à Charlemagne avant de devenir une star mondiale et remet aussi en lumière la place qu'occupe encore Céline Dion dans la mémoire collective. « Dans 150 mètres, tourner à droite sur la rue Céline-Dion... », dit le GPS. La chanteuse a son boulevard à Charlemagne, où elle a grandi. Mais pour retrouver les lieux de son enfance, il faut davantage d'imagination. Sa maison natale a été démolie. Le bar voisin où elle chantait déjà devant un public à huit ou neuf ans, a lui aussi disparu. « Comme vous voyez, maintenant, c'est un stationnement vide », présente Sylvain Crévier, maire suppléant, fait la visite. « C'est juste à côté que la famille Dion a élevé ses 14 enfants et fait de nombreuses soirées festives et musicales. Et puis, c'est la rivière. Donc, elle a été bercée par le son des grenouilles de nombreuses soirées chaudes d'été », ajoute-t-il. Depuis, le décor bucolique a laissé place à la banlieue. Et au bruit des voitures sur le boulevard Céline-Dion. Du moins, c'est comme ça que tout le monde l'appelle. « Selon les règles québécoises, pour donner un nom à un boulevard, il faut être décédé, donc ils ne l'ont pas permis. Mais on en est très fiers, donc on le fait pareil. Et puis Google Maps l'a enregistré. Donc, c'est un fait maintenant », affirme-t-il. À lire aussiConcerts de Céline Dion à Paris: «C'est une star qui est une business woman, elle a su se faire attendre» Le boulevard rejoint l'autoroute. Trente kilomètres plus loin, à Montréal, une robe blanche se détache dans la pénombre du musée McCord Stewart. Celle que Céline Dion portait aux Jeux olympiques de Paris 2024. Sur les écrans, sa prestation repasse en boucle. « C'est assez émouvant de voir ça », précise Lucie. Pour elle, la robe compte moins que ce qu'elle lui rappelle : le retour de Céline sur scène. « Ça donne la chair de poule. C'est la patrimonialisation, en quelque sorte, d'un moment incroyable. C'est tout ce qui nous émeut aussi », explique-t-elle. Devant la vitrine, une autre visiteuse essuie ses yeux. « J'ai versé quelques larmes de joie, de bonheur, d'émotion », reconnaît-elle. Les lieux qui racontent Céline Dion sont rares au Québec, rappelle Lorraine. À ses côtés, sa famille n'y voit pourtant pas un manque. « On la vénère pour son talent, on n'a pas besoin de monument. La planète est à ses pieds. […] Céline Dion dans cette robe-là, c'est un monument en elle-même. C'est elle-même, sa personnalité, sa voix. Juste de l'entendre. C'est un tout. C'est vraiment sublime », raconte un membre de la famille. À Charlemagne pourtant, certains voudraient lui faire davantage de place. « Ça revient souvent dans les consultations citoyennes que la ville fasse quelque chose pour dire que c'est le lieu de naissance de Céline », souligne un habitant. Car les lieux se sont effacés. Pas la curiosité. « Il y a encore beaucoup de touristes qui arrivent ici à Charlemagne pour voir où est-ce qu'elle a été élevée, donc c'est bizarre », s'étonne-t-il. Plusieurs idées sont à l'étude, dit le maire, mais rien ne sera décidé sans l'accord de la famille Dion. À lire aussiLe retour évènement de Céline Dion à Paris

Donald Trump a pris la parole à la convention nationale des républicains. Deux jours de prises de parole de figures conservatrices et de candidats, avec l'objectif de mobiliser les électeurs à moins de deux mois des élections de mi-mandat. Un événement tourné autour de Donald Trump, malgré sa baisse de popularité, notamment pour sa guerre menée en Iran. Et une partie de ces critiques proviennent d'influenceurs conservateurs qui ont publiquement, dans leurs podcasts et émissions en ligne, critiqué Donald Trump. Ces influenceurs conservateurs sont pourtant un pilier du mouvement MAGA et certains tentent de maintenir l'unité au sein mouvement. Dans les coursives de l'arène où se déroule la convention, Benny Johnson a du mal à avancer, pris d'assaut par des fans. L'influenceur conservateur, dont la chaîne YouTube compte plus de six millions d'abonnés, pose pour les photos. « J'aime le travail de Benny parce qu'il est toujours authentique, sincère, et qu'on sait que ses infos sont vraies. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui sont achetés. Malheureusement, aujourd'hui, les médias sont tous bidons et achetés. » Benny Johnson, lunettes rondes et cheveux brossés en arrière reste lui fidèle à Donald Trump. et même avec la guerre en Iran, contrairement à d'autres figures plus critiques comme Tucker Carlson. « Bien sûr qu'il y a une fracture. La guerre est impopulaire chez les jeunes. Elle est aussi impopulaire auprès d'une très grande partie de la base électorale. Mais je dirais que ce qu'il faut vraiment regarder, ce sont les résultats. » Benny Johnson regrette ces divisions au sein de son mouvement: « Je n'aime pas ces méthodes. Je connais tellement de ces gens. Je les connais personnellement. J'ai travaillé pour eux, j'ai travaillé avec eux. Donc, je n'aime pas les attaques personnelles. Je déteste ça. Je ne le supporte pas. Ce n'est pas sain. Mais oui, ça divise le parti, et c'est vraiment dommage. J'aimerais que davantage de gens prennent un peu de recul, peut-être qu'ils prennent un calmant, et essaient de travailler de l'intérieur du parti, vous voyez, pour tenter de rapprocher les différents camps, de combler ces divisions. C'est ce que j'essaie de faire. » « On attend beaucoup de cette convention » Et pour couvrir cette convention, vous avez les médias qualifiés de « traditionnels » ou « mainstream » par les républicains, puis ces émissions en ligne, très populaires, qui assument leur proximité idéologique avec Donald Trump, comme l'émission « War Room », animée par la figure Steve Bannon, qui n'est pas présent à cette convention. Mais sa fille, Maureen Bannon, qui dirige l'émission, en attend beaucoup de cette convention pour le mouvement MAGA de Donald Trump : « C'est très important, surtout pour la base militante, de rappeler aux électeurs républicains qu'il faut rester mobilisés dans ce mouvement, notamment à l'approche des élections de mi-mandat. Tout le monde pense que quelqu'un d'autre va mener ce combat à notre place. Mais si nous ne continuons pas à nous battre pour faire élire des candidats conservateurs et MAGA, les démocrates prendront le contrôle de la Chambre et du Sénat. Et nous ne pouvons pas laisser cela arriver. » D'autre influenceurs locaux sont aussi présents, comme P. Rae Easley. Avec son chapeau de cowboy rouge Make America Great Again, une personnalité de radio à Chicago, destinée notamment aux afro-américains. Elle ne voit pas d'effets durables de ces divisons : « Le mouvement MAGA est toujours bien vivant. Vous savez, je pense que la gauche essaie vraiment de faire croire que le mouvement MAGA est mort. » Pendant ces deux jours de convention, les orateurs, y compris Donald Trump, ont fustigé à plusieurs reprises les médias dits « mainstreams », les accusant d'être contre le président.

Le risque que la Belgique devienne un narco-État a été évoqué par le directeur des douanes devant l'extension des réseaux criminels dont les trafics gravitent autour des ports d'Anvers et Rotterdam. Les réseaux se livrent à une lutte de territoires et n'hésitent plus à ouvrir le feu. Près de 300 fusillades ont été comptabilisées en cinq ans, dont plusieurs cet été. Devant la pizzeria de Salvatore, dix-sept impacts de balles témoignent encore de la rafale de kalachnikov : « C'était tous les jours comme ça, le bruit. On avait l'habitude de voir les vendeurs, tout simplement, et les clients, qui embêtaient le voisinage. Pas les rafales, tu vois. Ça ne tirait pas comme maintenant. » Place de Bethléem, 100 mètres plus loin, les petits jouent à nouveau près des jets d'eau, à la grande joie de Camille Mottet. Son association « La Ville aux enfants » a co-organisé une manifestation après les fusillades. « Là où on est, avant le Covid, la place, c'était les familles. Et puis il y avait les dealers qui étaient un peu plus haut, mais ce n'était pas des drogues dures, je pense. Tout ce petit monde arrivait quand même à cohabiter et, en fait, depuis le Covid, les familles ont quand même été retirées de l'espace public. Il n'y avait plus que des hommes sur cette place. Et voilà, il y a tout un engrenage qui s'est mis en place », explique-t-elle. Pour le bourgmestre de Saint-Gilles, il faut mettre les bouchées doubles sur la prévention et la répression. « On a un deal de rue qui est devenu autre chose que le deal de rue à l'ancienne, où on vendait un peu d'herbe à la sauvette. On est dans des organisations criminelles. On pourrait être sur un décor de GTA ou de Fortnite. En fait, ils se tirent dessus pour se faire peur avec des armes automatiques. Heureusement que, jusqu'à présent, ils n'ont pas fait de dégâts, mais ça ne saurait tarder », craint Jean Spinette. Prévention et répression Le procureur du roi, Julien Moinil, réclame à cor et à cri des dizaines d'enquêteurs pour faire face et traquer les dirigeants des réseaux, seul moyen de gagner ce qu'il appelle une guerre : « C'est très bien de faire des actions pour rassurer la population, montrer que la police est là et procéder à des arrestations de petits dealers en flagrant délit. Mais ce qui compte, c'est que la police fédérale ait cette puissance qui me permette de couvrir le crime organisé bruxellois dans sa totalité. » Mehdi Kassou est le directeur général de BelRefugees, qui héberge bon an mal an 6 000 personnes, et il tire la sonnette d'alarme, car les associations subissent des coupes budgétaires drastiques : « La suppression de ces moyens va inéluctablement amener minimum 1 000 personnes à aller rejoindre les milliers de personnes qui sont aujourd'hui en errance ou sans abri à Bruxelles. En créant donc une masse de personnes ultra-précarisées, avec, selon nous, deux conséquences potentielles assez immédiates. La première, c'est que ce public est un oiseau pour le chat, et donc ils sont déjà, pour une grande partie, victimes de trafic d'êtres humains. Ils seront aujourd'hui plus que probablement, en plus d'être victimes d'un trafic d'êtres humains aussi au sein d'organisations criminelles. » Pendant ce temps-là, dans le bas de Saint-Gilles, le quartier autour de la gare du Midi est peuplé de consommateurs de crack qui ne tentent même pas de se cacher au passage des policiers. À lire aussiLa justice belge alerte sur les fusillades liées au narcotrafic qui se multiplient à Bruxelles

À trois jours des élections législatives en Suède, un sujet s'impose au cœur de la campagne : l'immigration. Il y a dix ans, la Suède était l'un des pays européens les plus ouverts à l'immigration. Depuis, le pays a opéré un virage spectaculaire. Le gouvernement revendique une hausse de plus de 60 % des expulsions de personnes migrantes depuis son arrivée au pouvoir en 2022. Un tournant largement porté par les Démocrates de Suède, l'extrême droite anti-immigration. Deuxièmes dans les intentions de vote à quelques jours des législatives, ils soutiennent le gouvernement depuis quatre ans. Mais cette fois-ci, ils veulent entrer au gouvernement, et la droite leur ouvre la porte en cas de victoire. Un reportage de notre correspondante à Stockholm à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiÉlections en Suède: les sociaux-démocrates favoris dans un pays marqué par le discours de l'extrême droite

Des drones contre un pétrolier au large du Yémen, des pirates qui abordent un cargo dans le golfe de Guinée, un tanker frappé dans le détroit d'Ormuz, les grandes routes maritimes du commerce mondial sont sous tension ces derniers mois. Et un incident suffit à perturber les chaînes logistiques. À Brest, dans le centre de la Marine nationale, des officiers veillent sur les mers du globe. Leur mission est de collecter des informations, les vérifier, et surtout,alerter les armateurs et les équipages. Reportage au Mica Center. Dans une petite salle sans fenêtre, sur les écrans, une carte du golfe de Guinée. Dessus, des dizaines de points colorés se déplacent : des cargos, des pétroliers, des bateaux de pêche. Ils sont suivis en temps réel par l'officier marinier Pierrick. Il est ce qu'on appelle ici un « watch keeper », un veilleur de quart. « Chaque point est un bateau dans lequel nous avons ce qu'on appelle une datacarte, donc une fiche avec différentes informations comme ses identifiants, ses contacts, s'il est plus ou moins vulnérable et par exemple les personnes qui sont à bord », présente-t-il. Sur ces écrans, les officiers de marine suivent les navires, mais ils sont aussi là pour traiter les incidents. L'appel ici n'est qu'un exercice, mais à chaque alerte la procédure est la même. « À partir de là, nous allons prendre un maximum d'informations, confirmer si on peut l'incident, contacter la compagnie, contacter directement les autorités locales. Nous ne sommes vraiment, en soi, que la porte d'entrée de l'information et à partir de là, essayer de partager un maximum d'informations avec eux, récupérer des informations de notre côté avec les autres bateaux sur zone, pour essayer de mettre en place le plus rapidement possible une aide pour le navire si celui-ci est vraiment en danger », explique Pierrick. À lire aussiExail, pépite française des drones sous-marins, s'impose dans la guerre des mines Car si le rôle du Mica center est d'aider les navires en difficulté, son autre mission est de collecter les informations puis de les diffuser à ses adhérents. Quelques 1 700 navires répartis sur les mers du globe. Dans le golfe de Guinée, les actes de piraterie sont en baisse, bien loin du pic des années 2020 avec 240 incidents répertoriés, on est redescendu à 30 à 40 actes par an. Et depuis six mois et le conflit entre l'Iran, les États-Unis et Israël, le regard des opérateurs s'est déplacé sur l'une des routes les plus stratégiques de la planète : vers le Moyen-Orient et le détroit d'Ormuz. « Ça a intensifié le travail, ça nous a focalisés avec une attention particulière et naturelle sur l'évaluation sécuritaire de la zone, explique le capitaine de frégate Emmanuel, commandant du Mica center. Dans le cas concret de la zone Ormuz -situation extrêmement volatile - ce que nos adhérents nous demandent : c'est "Quelle est notre appréciation de la situation ? Est-ce qu'ils peuvent faire passer leurs navires ? Est-ce qu'ils peuvent avoir confiance pour passer à droite ou à gauche du détroit ?" Et notre travail, de la manière la plus neutre possible, la plus objective possible, c'est de leur dire ce que nous voyons, d'analyser avec nos opérateurs sur place, qu'est-ce qu'il se passe pour leur permettre de prendre une décision en faisant leur propre analyse du risque ? Et ça, c'est du quotidien. » À lire aussiDans le golfe d'Aden, la piraterie somalienne refait surface Pour cela le Mica Center s'appuie sur les données en sources ouvertes, mais il dispose aussi d'informations plus confidentielles. « Là, vous avez par exemple un bateau de pêche, on va zoomer un petit peu plus. Et sur cette cartographie, vous avez la typologie des bateaux, vous avez leur pavillon, leur pays d'origine, etc. Et là, c'est ce que vous voyez. Bien évidemment, c'est ce que tout le monde peut voir sur une carte. Et il y a évidemment ce que vous ne voyez pas, puisque face à des situations sécuritaires compliquées, certains navires décident de couper leurs émissions », précise le commandant du Mica Center. Il ajoute : « Le Mica Center, par le biais de son lien avec les autorités militaires et les opérations militaires qui se déroulent dans certaines zones, peut voir certaines choses qu'on ne voit pas sur les sites publics. Ça nous sert à mieux appréhender la situation de la zone. Et éventuellement, à partir du moment où vous savez où sont les personnes, vous êtes capables d'intervenir ou de faciliter l'intervention ». Est-ce grâce à l'aide de la Marine ? Le commandement français ne le confirmera pas. Reste que plusieurs navires sous intérêts français ont réussi à sortir du détroit d'Ormuz sans encombre, au plus fort de la crise. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient met la Marine nationale française dans le rouge

C'est une affaire judiciaire inédite qui se déroule en Belgique. Un paysan poursuit la multinationale TotalEnergies en justice pour les effets du dérèglement climatique sur sa ferme. La justice belge a déjà jugé l'affaire recevable en mars dernier, mais Total conteste et a fait appel. C'est ce mardi 8 septembre que le procès en appel reprend. La justice Belge doit maintenant décider quelle juridiction doit s'occuper du dossier et établir un calendrier concernant ce que les soutiens de l'agriculteur ont appelé le « Farmer Case », ou « l'Affaire du paysan ». Tout n'est pas perdu après cet été de canicules et de sécheresse pour Hugues Falys, agriculteur et militant en Belgique depuis près de 30 ans. Mais pour lui, c'est clair, il faut désormais affronter des évènements extrêmes, signe d'un dérèglement climatique profond : « En 2016, on a eu un orage stationnaire avec des gros dégâts dans les cultures de fraises et de pommes de terre notamment. Et puis en 2018, 2020 et 2022, là, on a eu des très grosses sécheresses, donc avec des conséquences importantes au niveau financier, au niveau organisationnel. Et c'est vraiment le rapprochement entre ces événements climatiques exceptionnels qui a été, en fait, le moteur d'une prise de conscience du fait que le climat change ». À lire aussiTotalEnergies double ses bénéfices et relance le débat sur la taxation des multinationales polluantes L'impact est aussi psychologique. « Sur le moral, c'est compliqué. Surtout qu'on se dit, mais si ça continue à empirer, vers quoi va-t-on et comment est-ce qu'on va arriver à gérer ? », interroge-t-il. Et c'est de loin la combustion de pétrole, de gaz et de charbon, la première cause du réchauffement climatique. Hugues Falys a donc décidé de poursuivre TotalEnergies, principal raffineur et distributeur en Belgique. Il est soutenu par une coalition d'ONG, dont la Ligue des droits humains dirigée par Pierre Arnaud Perrouty. « Total, c'est une carbone major comme on l'appelle, c'est-à-dire une des principales compagnies du monde, la cinquième ou la sixième. Donc, elle a un impact majeur. Une entreprise comme ça, c'est quand même autant d'émissions que la France entière sur une année. Donc c'est gigantesque », explique-t-il. « Des militants fatigués d'attendre que la solution vienne des gouvernements » Et c'est pour cela, selon lui, que dans le monde, les procès climatiques se multiplient contre l'impunité des multinationales et l'inaction des États. « Les militants sont un peu fatigués d'attendre que la solution vienne des gouvernements. Il y a eu des petites actions, mais globalement, les gouvernements en Europe et ailleurs dans le monde ne prennent pas la mesure du dérèglement climatique. Chaque année, il y a de nouveaux rapports, de nouvelles données qui nous montrent que le dérèglement s'aggrave. Et pourtant, la réponse politique n'est pas à la hauteur. Et donc, ces procès, c'est une manière comme une autre de faire pression à la fois sur les pouvoirs publics, mais à la fois sur les multinationales aussi, pour obtenir un changement du réel. En fait, ce n'est pas simplement une condamnation de principe, c'est de faire que les pratiques se transforment », poursuit Pierre Arnaud Perrouty. C'est le principe du pollueur/payeur, résume Marie Doutrepont, l'avocate d'Hugues Falys : « Concrètement, on demande à TotalEnergies d'arrêter tout nouveau puits de pétrole et de gaz pour toujours, partout dans le monde, et une baisse de sa production de pétrole et de gaz pour limiter le réchauffement climatique ». De son côté, TotalEnergies répond que l'entreprise n'a pas à porter seule la responsabilité d'un système énergétique international vieux de plus d'un siècle, ni d'une crise climatique mondiale. À lire aussiFrance: TotalEnergies condamné dans un procès climatique inédit

Près de 20 ans après avoir supprimé le service militaire, le gouvernement croate a réintroduit mi-mars la conscription pour toute une classe d'âge. Pour l'instant, seuls les garçons de 19 ans sont concernés par la mesure, soit 5 000 conscrits par an. Dans trois ans, ils devraient être 18 000. Pour ne pas effrayer la jeunesse, le service se limite à une durée de deux mois, payé très correctement : 1 100 euros par mois. Une prudence motivée par la faiblesse des infrastructures disponibles et par la crainte d'une mobilisation des jeunes antimilitaristes. Un reportage à Pozega de notre envoyée spéciale à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiService militaire: obligatoire ou volontaire, tour d'Europe d'un retour en grâce

Malgré la destruction massive de la bande de Gaza par l'armée israélienne, le championnat des clubs de football reprend dans l'enclave après trois années de suspension. Ce sont 50 clubs de football gazaouis qui participent au tournoi et RFI a pu assister au premier match. Il s'est tenu à Deir el-Balah, dans le centre de l'enclave palestinienne. De notre envoyé spécial à Deir el-Balah et de notre correspondante à Jérusalem, Pour le match inaugural, ce sont les équipes de foot de Rafah qui s'affrontent : les bleus foncés contre les bleus ciel. Le public, attentif, est assis sur des chaises en plastique grises autour d'un terrain recouvert d'une pelouse synthétique fatiguée. « Ah, quel sentiment de joie immense ! Ces matchs nous donnent à nouveau espoir, force et volonté, se réjouit Moath qui n'aurait raté la reprise du championnat sous aucun prétexte. Le retour des activités sportives nous rappelle des souvenirs de la vie avant la guerre. On nous a privés de bien des choses pendant trois ans, notamment de regarder des matchs et de jouer au football. De nombreux talents sont morts pendant cette période. » Un coup de sifflet sportif pour l'événement, mais c'est aussi l'occasion pour les Gazaouis de rendre hommage à ceux qui sont morts pendant la guerre : un millier de footballeurs et de supporters. « Je trouve que c'est un très beau moment. Nous reprenons les matchs mais nous pensons aussi aux familles qui sont endeuillées, souligne Abderhamane Saleh, qui a remis les crampons pour l'occasion. Je me sens vraiment bien de jouer à nouveau après plus de trois ans d'absence, nous aimons tellement le football, mais c'est vrai que la guerre nous a fatigués, épuisés. Mais ça va mieux grâce à Dieu. » À lire aussiEn deux ans, la bande de Gaza a été transformée en champ de ruines « Le sport palestinien est confronté à une guerre existentielle menée par Israël » Le responsable de la communication de la fédération, Mustafa Siam, délivre un message plus politique. « Plus de 240 clubs palestiniens participent à cette compétition. Nous voulons dire au monde entier : le peuple palestinien est victime d'un génocide, et le sport palestinien est confronté à une guerre existentielle menée par Israël. Par conséquent, chaque joueur qui tape dans le ballon à Gaza, en Cisjordanie, et dans la diaspora porte ce message et l'histoire d'une souffrance qui dure depuis plus de trois ans maintenant. » La fédération espère que le club champion de la bande de Gaza pourra à l'avenir affronter celui de Cisjordanie, un espoir qui s'avère compliqué puisque les territoires palestiniens sont occupés et morcelés, la bande de Gaza, isolée. Khalil a bien joué pour le match d'ouverture mais il n'arrive pas à se réjouir complètement. Ses sentiments sont mitigés : « Je ne sais pas trop comment expliquer ce que je ressens… Est-ce que nous sommes heureux ? Ou tristes ? Pour les personnes qu'on a perdues, pour l'ampleur des dégâts de ces dernières années… Nous avons perdu beaucoup de jeunes, des amis sportifs, que ce soient des entraîneurs, des joueurs ou des supporters. Franchement, on a vraiment perdu beaucoup de monde. Mais le football, c'est toute notre vie. » La compétition va se poursuivre au cours des prochaines semaines. À lire aussiVisa pour l'image: le drame des civils de la bande de Gaza sous les projecteurs

La Corée du Sud est confrontée au fléau des « crimes sexuels en ligne » : des photos ou des vidéos à caractère sexuel, prises à l'insu de femmes, dans des espaces publics ou à domicile, qui finissent sur internet. Un phénomène amplifié par le boom de l'intelligence artificielle, qui facilite la création de deepfakes, des vidéos pornographiques réalisées par IA en incrustant le visage d'une victime bien réelle. Le gouvernement a créé, en 2018, un centre composé uniquement de femmes chargées de traquer et de supprimer ces contenus illicites en ligne. Dans un petit bureau du centre-ville de Séoul arborant des banderoles de soutien aux victimes de violences sexuelles, travaillent les « nettoyeuses du Net ». Elles sont 23 femmes à supprimer ces vidéos à caractère sexuel à la demande des victimes. Kim Hyojung est à la tête de cette équipe : « La plupart des victimes viennent nous voir après qu'un proche leur a dit qu'une vidéo d'elles circulait en ligne. Nous avons un programme d'intelligence artificielle qui détecte les republications de cette même vidéo sur internet, ce qui permet d'effacer ces contenus aussi bien sur les réseaux sociaux que sur des sites pornographiques. » Outre le retrait des contenus, le centre et ses 17 antennes régionales proposent un accompagnement psychologique et juridique aux victimes. Ces dernières sont de plus en plus nombreuses. Depuis son ouverture, le centre a déjà reçu 53 000 victimes et supprimé d'internet plus d'un million de contenus sexuels illicites. Des suppressions parfois difficiles, poursuit Kim Hyojung : « La majorité des vidéos sont hébergées sur des sites illégaux. L'hébergeur n'approuve donc pas notre demande de suppression. Dans ce cas, la police peut intervenir et faire fermer le site en question. Il y a aussi le problème des sites hébergés à l'étranger, mais, dans 80% des cas, ils le sont aux États-Unis et les autorités américaines collaborent avec nous pour supprimer ces contenus hébergés sur leur territoire. » Un impact sur la santé psychologique Ce sont des contenus pornographiques, parfois violents, parfois pédopornographiques, que les femmes du centre doivent consulter chaque jour pour les supprimer. Mme Park, qui doit garder l'anonymat pour effectuer son travail, nous explique l'impact que cela peut avoir sur sa santé : « Tout le monde est assez affecté émotionnellement et psychologiquement par ce travail. D'après l'expérience de collègues avec qui j'ai travaillé, certaines ont développé des insomnies, d'autres se sont mises à pleurer en voyant certains contenus filmés ou ont perdu l'appétit au point de sauter des repas. » Pour aider les 23 femmes chargées de supprimer ces contenus, le centre a mis en place un accompagnement psychologique permanent, explique Mme Park : « Nous avons, à raison d'une ou deux fois par mois, des consultations individuelles avec un psychologue pour prévenir les burn-out. Ce qui nous pousse également à continuer, c'est le soutien des victimes. Quand nous recevons des messages de remerciement de la part des personnes concernées, disant que cela les a aidées à retrouver leur vie quotidienne, je ressens que, même modestement, j'ai pu contribuer à ce que ces personnes surmontent une épreuve aussi lourde dans leur vie. » On estime que plus de la moitié des victimes de deepfakes pornographiques dans le monde seraient sud-coréennes. Cette tendance est en augmentation dans toutes les tranches d'âge. À lire aussiCorée du Sud: la législation à la traîne face à un harcèlement sexuel en ligne massif contre les femmes

C'est une élection régionale très attendue qui se tiendra, dimanche 6 septembre, en Allemagne. En Saxe-Anhalt, dans l'Est du pays, l'extrême droite pourrait arriver au pouvoir pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale. Une des raisons du succès de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne), créditée de plus de 40% dans les sondages, c'est le sentiment d'identité des Allemands de l'Est et les frustrations accumulées depuis la réunification, que le parti met en avant avec succès. L'air est irrespirable. Des centaines de vieilles mobylettes et motos est-allemandes – Simson, Schwalbe et autres MZ – démarrent. À cette pollution d'un autre temps s'ajoutent celles des Trabant, les fameuses voitures pétaradantes aux moteurs à deux temps. La scène est impressionnante. En ce dimanche ensoleillé, l'AfD a rassemblé plusieurs milliers de personnes pour une grande kermesse populaire à Quedlinburg. Si la ville dans la région du Harz en Allemagne est un petit bijou architectural, avec ses maisons à colombage rénovées à la perfection, la vie n'y est pas trépidante. Avec l'Alternative pour l'Allemagne, enfin un dimanche où il se passe quelque chose. Mike a ressorti sa vieille Simson. Il précise : « C'est une histoire de famille. On a grandi avec. Mon père en avait une. C'est une affaire de sentiment et c'est culte. » Des motos portent des autocollants « Ostdeutschland / Allemagne de l'Est ». Des Trabant arborent le drapeau est-allemand. On aperçoit même les couleurs russes. La tête de liste de l'AfD, Ulrich Siegmund, qui enthousiasme les foules, a compris comment utiliser cette nostalgie et l'identité est-allemande. « Oui, on était enfermé en RDA. Ça n'était pas parfait, bien sûr. Même cette culture Simson, elle symbolise la liberté de mouvement que nous avions. Elle symbolise une époque où nous étions solidaires. C'est cette communauté que je veux restaurer car nous sommes un peuple. Nous voulons regagner notre liberté », explique-t-il. À lire aussiL'Allemagne, les yeux rivés sur l'extrême droite Sur une Trabant flotte un drapeau de l'AfD. On peut y lire les mots « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple »). Le parti a récupéré le slogan de la révolution pacifique de l'automne 1989 qui a conduit à la chute du mur de Berlin et du régime communiste. Reprendre ce slogan, c'est établir un parallèle entre la dictature est-allemande et l'Allemagne d'aujourd'hui. C'est faire de l'AfD le parti de la liberté contre la nomenklatura des partis établis. « L'Allemagne de l'Est est ma patrie », explique cette chanson jouée à Quedlinburg. Cette identité est très forte également chez les plus jeunes, alors que leurs parents ont d'abord dû s'intégrer dans l'Allemagne réunifiée. Steffen Mau est le sociologue qui explique l'Est : « Dans l'ex-RDA, six personnes sur dix affirment être des citoyens de seconde classe. Et quand on leur explique "vous êtes l'avant-garde de l'Allemagne", on retourne leur complexe d'infériorité. On redonne un espoir à un groupe qui se sent déclassé. » Lors d'un meeting AfD cet été, un humoriste sur scène aux côtés de Ulrich Siegmund a chanté l'hymne de la RDA communiste. Surprenant au premier abord pour un parti d'extrême droite. À lire aussiÉlections régionales en Allemagne : vers un retour de l'extrême droite au pouvoir ?

Au Népal, après les inondations meurtrières et les glissements de terrain du 26 août, le bilan s'établit, au 3 septembre, à 1 280 morts et 5 624 disparus. Pour leurs proches, l'attente est insoutenable. Et la plupart ont perdu espoir de retrouver les leurs vivants. Symbole du drame humain derrière cette catastrophe climatique : Barathpur, dans le district de Chitwan, située à près de 300 kilomètres en aval de l'origine des crues. Cette ville a vu affluer les cadavres. Environ cinq corps sont encore repêchés chaque jour et la police pense qu'il y en a encore plus dans le fond de la rivière. Pour tenter d'identifier les corps, déjà méconnaissables, la police et les autorités népalaises lancent des opérations de collecte d'ADN chez les survivants. Une course contre la montre douloureuse pour les familles. Après plus d'une semaine sans nouvelle de son fils de 22 ans, parti travailler près de la frontière tibétaine, Kulmaya Tamang, une paysanne, se présente au centre d'information de Barathpur. Sous un barnum, elle remplit des formulaires, donne des photos, dépose ses empreintes et s'approche d'un homme en blouse blanche, pour une prise de sang. « Serrez bien le poing (…) nous ne pouvons pas encore vous dire quand cela sera fait, mais tous ces dons vont être envoyés à Katmandou. Si votre ADN correspond à un corps, vous serez prévenue », lui annonce-t-il. Venir ici, c'est accepter l'idée que son fils est mort. Son mari Rajkumar a perdu espoir. « S'il était vivant, je pense qu'il nous aurait déjà contactés. Donc je pense qu'il n'a pas survécu », déclare-t-il. D'autres familles, parfois venues de très loin, attendent aussi de savoir. Ajay Mandal a fait 11 heures de bus avec sa femme, Pratima, et son beau-père âgé. « Nous n'avons pu arriver qu'à 17 heures et on nous a dit de revenir que demain matin à 10 heures », déplore-t-il. « Le gouvernement devrait être plus rapide à retrouver les disparus. Cela nous soulagerait, nous sommes tous à bout et tellement stressés », ajoute sa femme. À lire aussiCrue dans l'Himalaya: l'heure du recueillement pour les proches des disparus, désormais sans espoirs La famille cherche un fils et un frère ingénieur coincé dans l'un des tunnels du nord du pays. Elle veut croire que son corps a peut-être été repêché ici, près de Barathpur, dans la rivière. Là, avec des centaines de bénévoles, Fanendra, un entrepreneur local, raconte avoir participé aux recherches de la police : « Avec mon équipe, on a trouvé 50-70 cadavres. Ça brise le cœur, on aurait jamais imaginé ça. Tant de familles ont perdu leurs proches. » L'hôpital gouvernemental de Barahtpur, seul habilité à faire des autopsies, s'est retrouvé débordé. Son responsable, Dr Bishwabandhu Bagale, témoigne : « En vingt ans de carrière, je n'ai jamais vu d'hôpital qui doive faire 350 autopsies en quelques jours. Avec ces conditions climatiques si chaudes, humides, la décomposition s'est accélérée. Tout le monde s'inquiétait de l'odeur. Donc le choix de faire des enterrements "temporaires" a été rapide. Mais on n'avait pas d'autres options. » À Barathpur, les corps ont en effet été numérotés et entreposés sous une bâche, dans la terre rouge d'une forêt de la ville. Devant la grille de ce cimetière, des fleurs orange et des dizaines d'offrandes. Ce n'est qu'une solution temporaire, assure le gouvernement, en attendant de mettre un nom derrière chaque corps retrouvé. Même si pour l'instant, d'après la police, seules 12 familles ont pu identifier un proche à la morgue de Barathpur. À lire aussiÀ la Une: au Népal, les témoignages de femmes endeuillées par la catastrophe

Direction la Thaïlande, tout au nord du pays, à la rencontre d'un groupe ethnique qui vit dans les montagnes : les Lahu. Victime de plusieurs années de négligence de la part de l'État thaïlandais, c'est une communauté autochtone très pauvre et vulnérable, notamment face au trafic de drogue frontalier, devenu conséquent depuis le coup d'État de 2021 en Birmanie. Les premières victimes sont les jeunes de la communauté lahu. Beaucoup d'entre eux sont analphabètes et ne vont pas à l'école. Sans perspectives d'avenir, ils consomment et vendent de plus en plus de substances. Face à ce fléau, peu de choses sont mises en place par le gouvernement, mais une famille de la communauté a décidé de ne pas les laisser tomber et d'essayer de les faire sortir de cet engrenage. De notre correspondante en Thaïlande, À quelques mètres de la maison de Yupin, se dessine entre les arbres la chaîne de montagnes du Daen Lao, qui sépare la Thaïlande de la Birmanie. « En traversant les montagnes que vous voyez ici, de l'autre côté, c'est la Birmanie. Avant, les Lahu pouvaient faire des allers-retours entre les deux côtés », raconte Yupin. Cette dernière fait partie de la communauté lahu. Elle habite avec son mari et ses deux enfants dans un petit village très pauvre, au nord du pays. Depuis près de 20 ans, elle se bat pour prendre soin des enfants et des adolescents de sa communauté. « Ici, les enfants lahu font face à beaucoup de problèmes, tous imbriqués les uns dans les autres », précise-t-elle. En Thaïlande, de nombreux Lahu n'ont même pas la nationalité thaïlandaise. Dans les villages, les possibilités d'emploi sont rares et l'économie locale, l'agriculture, ne suffit pas à faire vivre les familles. « Cette pauvreté favorise le décrochage scolaire et les problèmes liés à la consommation de drogues, chez les jeunes comme chez les adultes », explique Yupin. Le village de Yupin se trouve dans la célèbre région du « Triangle d'or », un lieu qui a été au cœur de la production mondiale d'opium dans les années 1960 et 1970. Après des années de campagnes anti-drogue en Thaïlande, la production et le trafic avaient ralenti. Mais le coup d'État militaire de 2021 en Birmanie leur a donné un nouvel élan. À lire aussiRavagée par la guerre civile, la Birmanie est devenue un narco-État « Chaque année, la consommation de drogue chez les jeunes augmente un peu plus », déplore Yupin. Pour y faire face, elle et son mari leur offrent un refuge : chez eux. Un endroit où se réunir, où manger, où dormir, et surtout, où apprendre. « Les enfants voulaient avoir une salle de classe. Alors, ils se sont regroupés, sont allés chercher du bois dans la forêt, puis ils l'ont rapporté pour la construire eux-mêmes », ajoute-t-elle. Cette salle de classe, c'est un préau en bambou. En dessous, il y a une petite bibliothèque remplie de livres et une grande table. Aujourd'hui, certains enfants du village sont venus manger. « Au menu : soupe Tom Yum », annonce Yupin. Parmi eux, il y a Siithikon, 19 ans. Il a commencé très tôt à « faire la mule », à transporter des comprimés d'amphétamine pour sa mère, puis à consommer lui-même de la drogue. « Quand j'en prenais, je ne pensais qu'à ça, à être ivre et défoncé », se souvient-il. Et puis, il y a aussi David, 17 ans. Lui a commencé par le cannabis, puis le kratom et la méthamphétamine. « Acheter de la drogue ici, c'est aussi simple qu'acheter des œufs dans une épicerie », lâche-t-il. Depuis qu'ils sont pris en charge par Yupin et son mari, les deux garçons ont tout arrêté et sont en formation pour apprendre un métier. Mais il y a encore des dizaines d'autres enfants et de familles dans leur situation. Aujourd'hui, le couple dénonce un abandon de leur communauté par les pouvoirs publics : « Est-ce que le gouvernement, les agences publiques, les organisations viennent vraiment aider ces enfants ? La réponse est : non. La plupart du temps, ils viennent, ils parlent, ils demandent des informations, ils trouvent des excuses, puis ils disparaissent. » Il y a un an, après des dizaines d'années de lutte, une loi historique pour la protection des communautés ethniques de Thaïlande a été adoptée dans le pays. Yupin et sa famille, eux, depuis leur village, n'en avaient même pas entendu parler. À lire aussiRefuge précaire sur le sol thaïlandais pour les exilés birmans

En Ukraine, le manque de main-d'œuvre pèse lourd sur l'économie. Avec l'émigration massive, la loi martiale et la mobilisation des hommes, plusieurs secteurs essentiels manquent de bras : les transports, la logistique, les mines ou encore le bâtiment, alors que se profile la reconstruction du pays après la guerre. Pour combler ces pénuries, ces secteurs s'organisent pour recruter de nouveaux profils : des femmes, mais aussi des vétérans. À Kiev, Lucas Lazo nous emmène à un stage de formation au permis poids lourd un peu particulier. Le reportage de notre correspondant en Ukraine, Lucas Lazo est à retrouver dans son intégralité dans l'émission Accents d'Europe. Pour aller plus loin : L'association How she drives soutient les femmes conductrices de poids lourds

C'est une élection régionale extrêmement attendue qui se tient en Allemagne dimanche prochain. Pour la première fois depuis la guerre, l'extrême droite pourrait prendre le contrôle d'un Land, celui de Saxe-Anhalt dans l'est du pays. L'AfD est créditée dans les sondages d'environ 40% des voix et frôle la majorité en sièges au parlement régional. Quelles conséquences aurait une telle victoire pour l'économie et que pensent les milieux d'affaires d'un gouvernement AfD ? De notre correspondant à Berlin, « Je n'ai pas peur de l'AfD. On nous parle beaucoup d'un cordon sanitaire contre le parti. Ça ne sert à rien. Dans une démocratie, il faut accepter que la majorité de la population soutienne un parti », explique Mike Gärtner, PDG d'une petite entreprise métallurgique à Halle, en Saxe-Anhalt. Comme beaucoup, il ne fait pas dans l'alarmisme. Une discussion organisée par la chambre de commerce et d'industrie avec les têtes de liste des différents partis vient de s'achever. Les milieux d'affaires présents restent devant un micro, souvent prudents, et cherchent leurs mots. Contrairement à d'autres régions, peu de fédérations industrielles ont pris position contre l'AfD. La défiance à l'égard des responsables politiques est particulièrement importante parmi les PME et chez les artisans. L'AfD touche une corde sensible en dénonçant la bureaucratie et en prônant plus de liberté. Cet entrepreneur est séduit par l'AfD, synonyme pour lui d'un vent d'optimisme : « Il règne un optimisme, un espoir. Les gens veulent être écoutés, avoir le sentiment qu'ils jouent un rôle actif. » D'autres entrepreneurs sont résolument hostiles à l'AfD. Stephan Korneck, dont la société travaille dans les énergies renouvelables, critique les conséquences de la politique anti-immigration de l'AfD alors que des secteurs comme la santé et d'autres déjà ne peuvent plus se passer de migrants dans une région qui a perdu un tiers de sa population depuis la réunification : « Nous avons besoin de ces talents, peu importe d'où ils viennent. Réduire l'immigration de la main-d'œuvre qualifiée sera très négatif pour la région. Se sentir bienvenu, c'est essentiel pour attirer ces personnes. » À lire aussiÀ la veille de l'élection en Saxe-Anhalt, l'AfD cible la culture et le Bauhaus Le chancelier Friedrich Merz a également dénoncé dimanche soir à la télévision les conséquences négatives pour l'économie d'un succès de l'AfD : « Si l'AfD arrive au pouvoir en Saxe-Anhalt, cette région aura de graves problèmes. Je ne crois pas que des investisseurs internationaux débarquent pour poser la première pierre d'une usine et investir avec un président de région AfD ». Hormis sa politique migratoire restrictive, le parti d'extrême droite plaide dans son programme en faveur de mesures pour les familles et la natalité. Les PME et les artisans sont favorisés, les multinationales rejetées. L'institut Leibniz pour la recherche économique de Halle a passé le programme au crible et table prudemment sur des dépenses supplémentaires de deux milliards d'euros pour un budget de 15 milliards. Le directeur de l'institut Reint Gropp précise : « L'AfD a elle-même reconnu que ses objectifs ne sont pas réalistes et nous explique qu'il s'agit d'un objectif à long terme. Ce programme est purement électoraliste pour satisfaire une clientèle qui rêve d'un nouveau monde. Et comme ces mesures ne sont pas réalistes, elles ne sont pas très dangereuses. » Dans son programme pour les 100 premiers jours, l'AfD a mis de l'eau dans sa bière. Le parti ne prévoit en cas de victoire que des mesures symboliques peu coûteuses. À lire aussiAllemagne: le parti d'extrême droite AfD aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt

Après des décennies de paix, la Suède remet toute sa défense civile sur pied. Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, la préparation à un éventuel conflit est devenue une priorité. Une commune à 40 kilomètres au sud de Stockholm développe un modèle inédit de stocks alimentaires de guerre, une « réserve alimentaire locale et vivante ». Objectif : garantir une alimentation de qualité à la population en cas de crise majeure ou de guerre. Un reportage de notre envoyée spéciale à Sodertalje à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À écouter aussi dans Accents d'EuropeEn Suède, des bunkers pour se protéger en cas de guerre

À Bangkok, les autorités souhaitent mieux encadrer les vendeurs de rue. Depuis 2022, leur nombre aurait chuté de plus de 60 % dans la capitale thaïlandaise. L'administration métropolitaine met en avant l'ordre et l'hygiène. Mais pour de nombreux vendeurs, cette réorganisation, disent-ils, risque de les couper de leurs clients, et parfois de leur seul moyen de subsistance. De notre correspondant à Bangkok, Mangue, fruit du dragon, goyave et noix de coco : derrière son petit chariot, Samrong, 61 ans, vend des fruits coupés dans une ruelle de Silom, un quartier animé de Bangkok. Quand elle est arrivée, le bâtiment derrière elle n'existait pas encore. « Ça fait plus de 30 ans que je suis installée ici, depuis que ce centre commercial a commencé à être construit », explique-t-elle. Les vendeurs de rue sont de plus en plus poussés vers la sortie. Depuis 2022, leur nombre aurait chuté de plus de 60 %, soit environ 10 000 en moins, selon l'administration métropolitaine. La mairie dit vouloir rendre les trottoirs aux piétons et améliorer l'hygiène. « À l'avenir, il n'y aura sans doute presque plus de vendeurs sur les trottoirs », déplore Samrong. Dans les zones non autorisées, l'amende peut monter jusqu'à 2 000 bahts, un peu plus de 50 euros. Non loin d'ici, un vendeur réputé de saucisses frites d'Isan, le Nord-Est thaïlandais, a fini par accepter de quitter le trottoir après plusieurs verbalisations. Samrong, elle, se demande quand son tour viendra : « Oui, je suis inquiète. Ça fait longtemps que je vends ici. Mais si ce jour arrive vraiment, il faudra bien rendre l'espace. » Si elle doit partir, elle rentrera dans sa province natale, à Buriram. À lire aussiVoyage dans l'âme de la Thaïlande: sa cuisine, son peuple Bangkok teste un nouveau modèle Ce que Samrong redoute est déjà arrivé à d'autres. Dans le même quartier, Yui et Ning, une mère et sa fille, ont vu de nombreux stands voisins disparaître. « Avant, il y avait bien plus de vendeurs. Beaucoup sont rentrés en province », regrette Yui. Leur stand familial vend des plats simples : riz, omelettes, boulettes de viande… de quoi nourrir les employés du quartier. Mais elles aussi craignent de devoir partir. « Si on doit aller dans un espace organisé par la mairie, il faudra louer un emplacement. Donc on devra payer plus, alors qu'en ce moment, l'économie est mauvaise », poursuit Yui. Leur crainte : perdre leur coin de trottoir dans cette zone de bureaux, et, avec lui, leurs habitués. « Si on doit partir ailleurs, on ne sait pas si on pourra vendre autant qu'avant », s'inquiète Ning. Près du parc Lumphini, à quelques centaines de mètres, Bangkok teste son nouveau modèle : un centre couvert, avec stands alignés, zones de lavage et horaires encadrés. Ae fait griller des brochettes de porc. Elle, de son côté, y voit une amélioration. « Avant, sur les trottoirs, ce n'était pas très organisé. Cela pouvait donner l'impression d'être un peu sale. Maintenant, c'est plus joli, ça donne envie de venir goûter », juge-t-elle. Sous le toit du centre, les allées sont dégagées. Bangkok veut mettre sa street-food au propre. Mais pour certains vendeurs, ce désordre faisait aussi son charme : une cuisine populaire, abordable, et indissociable de la culture du royaume. À lire aussiAu Vietnam, la vente sur les trottoirs, emblématique de la ville d'Hanoï, est en sursis

Conséquence du réchauffement climatique, la mer du Nord devient le nouveau paradis des poulpes, calamars et autres seiches. Les céphalopodes s'épanouissent dans des eaux qui se sont réchauffées de quatre degrés en une centaine d'années. Aujourd'hui, les seiches communes, calmars côtiers et poulpes communs, représentent plus d'une capture sur cinq des pêcheurs flamands – 23 % des tonnages, selon les autorités flamandes. Et ces chiffres sont en constante augmentation. De notre envoyé spécial à Ostende et Zeebruges, 18 h au marché aux poissons d'Ostende, Mario ferme la boutique et nettoie son étal au jet. « Les calamars ? Il y en a plein sur la côte belge, s'exclame le poissonnier. Avant, ça n'existait pas ici. Maintenant, ce sont des quantités énormes de calamars qui débarquent, et il y a moins de crevettes. Il y a des poulpes aussi ! » Ce phénomène s'explique par le réchauffement de quatre degrés en cent ans de la partie sud de la mer du Nord, peu profonde. « Les œufs de poulpe, il leur faut une température comprise entre 9 et 11 degrés pour éclore, explique Hans Polet, directeur scientifique à l'Institut flamand de recherche pour l'agriculture et la pêche. Avant, c'était beaucoup plus froid que ça ici, mais maintenant, on observe que les œufs de céphalopodes survivent très bien. » Par ailleurs, les céphalopodes disposent d'une grande quantité de nourriture : des crevettes, du crabe et du hareng, dont ils sont friands, car les grands prédateurs très gourmands, comme le cabillaud, sont moins nombreux. Pour eux, c'est l'inverse, ils n'arrivent plus à se reproduire dans des eaux devenues trop chaudes. Ce qu'ils mangeaient finit maintenant dans les estomacs des céphalopodes. Tout est allé très vite. « Il y a encore 8 ou 9 ans, on ne voyait aucune seiche, aucun calamar ou poulpe. Et maintenant ils représentent nos principaux volumes de pêche, souligne Tom Premereur, directeur général des ventes à la criée flamande, les seiches et les calamars principalement. Les poulpes, les gros, on ne les voit que depuis deux ans. Et l'année dernière, pendant l'hiver, un patron de pêche m'a appelé pour me dire qu'il en avait pêché plus de deux tonnes. » À lire aussiCanicule marine: les eaux européennes en surchauffe à cause du changement climatique Des quotas de pêche sur les céphalopodes ? Aujourd'hui, les pêcheurs comme les professionnels du secteur refusent toute idée de quotas de pêche pour des seiches, poulpes et calamars vendus entre 5 et 9 euros le kilo en ce moment. « On ne connaît pas assez l'impact de ces espèces sur l'écosystème. Certaines recherches montrent que les Octopus vulgaris, les gros poulpes, sont de très grands prédateurs qui mettent une grosse pression sur les espèces marines, alerte Sarah Vandamme, commissaire-priseur à la criée flamande. Ils savent entrer dans les casiers à crabes pour les manger, ils savent aussi ouvrir les coquilles Saint-Jacques. » « Il y a déjà assez de mesures pour réguler la pêche aux céphalopodes. D'abord, il faut avoir une licence de pêche, vous ne pouvez pas partir comme ça en mer avec votre bateau et vous mettre à pêcher, il y a une limitation de capacité, rappelle Emiel Brouckaert, directeur général de l'Organisation des producteurs de la pêche belge et représentant des armateurs. Ensuite, il y a l'accès aux zones de pêche qui est très limité. Et puis mettre en place des quotas, c'est très compliqué, surtout pour les céphalopodes, qui vivent très peu de temps. » L'idée est pourtant en discussion dans les couloirs de Bruxelles alors que le marché est en pleine expansion. L'essentiel des ventes est exporté vers la France, l'Italie ou l'Espagne, là où les céphalopodes se font rares à cause de la surpêche en Méditerranée, pour garnir d'un peu de belgitude les paellas et autres risottos locaux. À écouter dans C'est pas du ventLa vie privée du poulpe

Diohine, un village sérère d'un peu plus de 2 000 habitants, est situé au cœur du bassin arachidier sénégalais. Ici, l'agriculture occupe une place essentielle dans la vie des communautés. Mais la dégradation des sols fragilise les terres agricoles. Pour tenter d'inverser cette tendance, les habitants s'appuient sur une pratique ancienne : la jachère. Elle consiste à laisser certaines terres au repos pendant une période donnée, afin de favoriser leur régénération. De notre correspondant de retour de Diohine, Dans le village, l'agriculture rythme encore le quotidien des habitants. Mais au fil des années, les terres s'épuisent. La baisse de leur fertilité et la disparition progressive du couvert végétal compliquent le travail des agriculteurs. « On sent quand même que le sol s'est appauvri, témoigne Pierre Mayokor Diagne, natif du village. Raison pour laquelle on utilise beaucoup d'engrais maintenant. Ce changement, je peux dire qu'on l'a observé depuis une quinzaine d'années. » Face à cette situation, les habitants tentent de faire revivre une vieille tradition : la jachère communautaire, appelée « Toss » en langue sérère. « Cette pratique, on l'a héritée de nos ancêtres. La jachère a une importance capitale car pendant la saison des pluies, on peut laisser le bétail pâturer, explique Edouard Sene, chef du village de Diohine. On fait le choix de laisser un espace pour ça une année et la suivante, on le délocalise. Ça favorise le repos des terres, car si on continue de les cultiver tous les ans, on finit par les dégrader. » À lire aussiFemmes de la terre: au Sénégal, Mariama Sonko redonne le pouvoir aux femmes [5/5] La jachère comme lieu de vie Mais la mise en jachère des terres ne se décide pas individuellement. Elle repose sur une organisation collective qui implique différents acteurs de la communauté. « Il y a la rencontre de tous les quartiers pour pouvoir décider exactement quelle zone réserver à la jachère, détaille Paul Sene, agropasteur. Il peut arriver à un moment que quelqu'un ait pratiquement toutes ses terres en jachère. Alors à celui-ci, on donne quelque chose pour cette année-là, c'est une compensation sociale durant laquelle vraiment tout le monde s'entend. » Une organisation collective qui vise à favoriser la régénération naturelle des sols. Mais pas que. Pour Maryame Diakité, agronome en service dans la zone, la jachère est avant tout un lieu de vie du village. « C'est déjà un lieu de vie pour les animaux qui y circulent. On a vu des vaches, on entend beaucoup mieux les oiseaux, etc., décrit-elle. On a vu des enfants aussi qui circulent sur la jachère. Donc c'est un lieu de vie du village. C'est aussi un lieu de biodiversité où on laisse le temps à certaines espèces et à certaines plantes de pousser. C'est un lieu qui permet aussi d'enrichir le sol. » Cette pratique traditionnelle apparaît ainsi comme une réponse collective à un problème devenu préoccupant : la dégradation des sols. En laissant aujourd'hui certaines terres au repos, ces habitants espèrent préserver leur capacité à produire demain. Une tradition ancienne, remise au goût du jour pour restaurer la terre. À écouter dans 8 milliards de voisinsComprendre l'agriculture urbaine à Dakar

En Corée du Sud, 76 ans après la fin des combats, la guerre de Corée continue chaque année de faire des victimes à cause des mines. Il y en aurait plus de deux millions le long de la frontière entre les deux Corées - la plus grande concentration au monde. Cette situation rend la frontière dangereuse alors que de nombreux Sud-Coréens y vivent et y travaillent encore. Face aux risques, un militaire à la retraite s'est donné pour mission de déminer les lieux. De notre correspondant à Séoul, Passé le checkpoint militaire, nous entrons au cœur de la zone démilitarisée. Ici, le silence n'est interrompu que par le bruit des tirs venant des bases militaires. Nous rejoignons Kim Ki-ho, 76 ans, dans son travail, au cœur d'un champ de mines. « Là, il y en a une près de l'arbre, ne bougez pas. Il faut creuser un peu, attention quand même. La M7, c'est une mine antichar américaine qui contient sept kilos de TNT. Elle est encore active. Souvent, elles viennent par grappe. Normalement, seul un véhicule lourd peut les faire exploser, mais comme la mine est très vieille, elle devient très sensible. Là, si je mets mon pied, on est morts », explique-t-il. En une trentaine de minutes, Kim Ki-ho a récupéré quatre mines dans un rayon de 50 mètres : « Rien que dans la zone où on est et à laquelle les civils ont accès, il y aurait environ 500 000 mines. À cela s'ajoutent environ 200 000 mines qui ont été placées sans être cartographiées, donc même l'armée ne sait pas où elles peuvent être. 99% d'entre elles sont des mines américaines et sud-coréennes ». Ces engins explosifs continuent de faire des victimes. Depuis la fin de la guerre, on dénombre 6 400 personnes blessées ou tuées par des mines, comme Ahn Mijae, 73 ans. Cette agricultrice, qui vit au cœur de la zone démilitarisée, est aujourd'hui en situation de handicap à cause de ces armes. « J'étais venue dans cette région pour cultiver des terres et j'avais commencé à faire pousser du ginseng. Au bord du champ, une courge était arrivée à maturité. J'ai voulu la cueillir. Au moment où j'ai posé le pied pour la prendre, il y a eu une énorme explosion. Je me suis effondrée immédiatement, ma jambe ne tenait plus qu'à un bout de chair. C'était cette mine-là, une M14 coupe-cheville, comme les Américains l'appellent », se souvient-elle. Chaque été, les pluies torrentielles de la mousson provoquent des glissements de terrain, déplaçant les mines et augmentant le danger aux abords des habitations. Ces conditions rendent le travail de déminage de Kim Ki-ho toujours plus difficile et périlleux. À lire aussiLe président sud-coréen propose un dialogue à Pyongyang pour mettre formellement fin à la guerre de Corée

Du 17 au 28 août, la Mongolie accueille à Oulan-Bator la COP17 contre la désertification, un sommet international pour tenter de trouver des solutions et des financements pour contrer ce phénomène exacerbé par le dérèglement climatique qui touche une grande partie de la planète. La Mongolie en est l'une des victimes les plus emblématiques : 76,9% de ses terres sont touchées par la désertification. Rendant les pâturages inexploitables, le phénomène est source de migrations importantes. À Oulan-Bator, les quartiers des yourtes ne cessent de se remplir de réfugiés climatiques. Des quartiers pauvres qui représentent 58,8% de la population de la capitale... De notre correspondant à Oulan-Bator, Étienne Cholez De leur vie d'éleveurs, il ne reste que des figurines de chevaux au-dessus de leur lit. Les animaux ont disparu du quotidien d'Enkhtuvshin et Tsogzolmaa, un couple d'une trentaine d'années. « L'été a été très dur : une sécheresse, et presque plus d'herbe. Nous avions 800 chevaux, moutons et chèvres. Ils n'avaient rien mangé. L'hiver a commencé et on a presque tout perdu en quelques jours. Alors on est partis en laissant derrière nous les derniers animaux, dans la nature. Ça nous a fait beaucoup de mal », racontent-ils. Le couple et ses deux enfants ont quitté leur province du Khentii, à 500 km à l'est de la capitale mongole. Leur yourte est désormais installée sur une parcelle de tôle et de bois appartenant à l'un de leurs proches, le long de la route qui sort d'Oulan-Bator. Tsogzolmaa travaille désormais dans une station-service, tandis que son mari a trouvé un emploi dans une compagnie de transport routier. « Le plus dur, à la ville, c'est le temps. On doit tout faire à la minute entre l'école et le travail… On doit payer nos dettes aussi. Nous, on rêve de pouvoir redevenir éleveurs, de vivre à la campagne, avec nos animaux, comme avant. Mais c'est impossible. Alors, dans les prochaines semaines, on va s'installer sur une autre parcelle, à nous, mais plus loin, dans un autre quartier. Et on va essayer de construire une petite maison avec des parpaings pour les murs et des tôles pour le toit », explique le couple. Cette situation illustre l'une des spécificités de la loi mongole, qui contribue à la formation de ces quartiers de yourtes : l'installation dans ces zones confère un droit de propriété aux citoyens. Selon la mairie d'Oulan-Bator, sur une population d'1,7 million d'habitants, un million de Mongols vivent dans ces quartiers précaires, dépourvus d'eau courante. Un défi de taille pour Khosbayar, membre du conseil municipal en charge des constructions dans la capitale. « Ces quartiers engendrent beaucoup de pollution car ils ne sont pas reliés à nos systèmes de chauffage. Le trafic aussi s'en retrouve de plus en plus encombré. On a lancé de grands programmes de relogement il y a deux ans. On prévoit d'installer 40 000 familles d'ici à 2030 dans des appartements tout neufs », précise-t-il. Parallèlement, des projets d'éco-quartiers sont en cours, visant à permettre à près de 10 000 familles de se séparer de leur poêle à charbon et de leurs toilettes à fosse. À lire aussiAvant la COP17 contre la désertification, des éleveurs pastoraux réunis en Mongolie pour protéger leurs terres

Au Vietnam, près de 70 000 tonnes de déchets ménagers sont produites chaque jour, un volume appelé à augmenter dans un pays en pleine croissance. Alors que le tri à la source reste peu développé, une grande partie de ces déchets est enfouie ou incinérée. Dans cet écosystème, les « đồng nát », les récupérateurs de matériaux autonomes, jouent un rôle essentiel. Le secteur informel collecte plus de 30% des plastiques recyclables du pays. Indispensables au système, ces travailleurs exercent pourtant le plus souvent sans contrat ni véritable protection sociale. De notre correspondant à Hanoï À moto, à vélo ou à pied, les collecteurs s'activent pour racheter aux habitants ou récupérer dans les poubelles le plastique, le carton et la ferraille. Masque intégral sur le visage, gants remontés sur les manches de sa chemise à motifs fleuris, Phuong, 40 ans, tire une benne montée sur deux roues. Originaire d'une zone rurale, elle travaille à son compte depuis 20 ans. « Je travaille entre huit et dix heures par jour. Je collecte des objets et des matériaux usagés afin qu'ils soient recyclés, puis je les revends à des dépôts qui les achètent au poids. Je gagne environ sept à huit millions de dôngs par mois [250 euros] », déclare-t-elle. Faute de pension ou de revenus suffisants, de nombreuses personnes âgées participent aussi à ce système de collecte informel. Huyên, 78 ans, arpente les rues du centre-ville, le dos scié par deux sacs débordant de plastique et de métaux en tout genre. « Cela me permet de gagner quelques sous, même si ce n'est vraiment pas grand-chose. Et cela rend l'environnement plus propre. En me voyant ramasser ainsi, les gens peuvent penser que je suis pauvre ou que je souffre de la faim, mais en réalité, ce n'est pas le cas », affirme Huyên. La grand-mère rejoint un hangar d'où elle revend son plastique entre 3 000 et 4 000 dôngs le kilo, une dizaine de centimes. De ces dépôts, tenus par des particuliers, les matériaux repartent en camion vers des villages spécialisés. À Xà Cầu, à une heure de Hanoï, le plastique est trié, lavé et broyé avant d'être vendu à des entreprises de recyclage. Des montagnes de déchets s'élèvent jusqu'aux toits. Chi supervise l'un des hangars. Des travailleurs précaires sans protection sociale « Nous trions les différentes catégories de plastique. Nous effectuons seulement un pré-traitement, pas le recyclage. Nous les lavons, les broyons pour qu'ils prennent moins de place, puis nous les classons. Après cela, nous les vendons au poids à des entreprises », raconte Chi. La sexagénaire travaille sans masque alors qu'une odeur de produits ménagers se mêle à celle du crottin. Ces travailleurs exercent souvent sans contrat et avec une protection sociale limitée. En face, une mère de famille travaille avec son jeune fils, en vacances scolaires. « Ici, on trie les différentes sortes de plastiques. Par exemple, ces bouteilles de Coca-Cola sont mises à part. Ensuite, on les sépare : le plastique souple, le plastique rigide, le plastique cassant. Il y a toutes sortes de catégories », explique-t-elle. Ces dernières années, les autorités ont affiché leur volonté d'intégrer progressivement ces travailleurs à un système mieux encadré. D'ici au début de 2027, 5 500 travailleurs informels du nord du pays devraient recevoir des formations et des équipements de protection. Le projet doit permettre de collecter et de traiter plus proprement 20 000 tonnes de déchets plastiques. À lire aussiVietnam: Hanoï se rêve en capitale mondiale avec sa «nouvelle ère» d'urbanisation

En Inde, les ventes de deux-roues électriques explosent face à la hausse du prix des carburants. Le calcul économique est devenu simple pour les foyers. Dans les villes saturées, le scooter reste le moyen de transport le plus pratique.Désormais électrique, il s'impose même comme le véhicule familial par excellence. De notre correspondant à New Delhi, Au cœur de la rue commerçante d'Adchini, dans le sud de New-Delhi, les concessions de deux-roues s'enchaînent. Prakash, 64 ans, est venu chercher dans l'une d'elles les clés de sa nouvelle acquisition. Pour lui, tourner la page du thermique est devenu une évidence : « C'est la première fois que j'achète un scooter électrique, on verra ce que ça donne... L'essence est devenue trop chère : elle a dépassé les 100 roupies le litre, c'est pour ça que je franchis le pas », explique-t-il. Un choix partagé par des milliers d'Indiens. Portées par la flambée du prix des carburants, les ventes de deux-roues électriques ont bondi de près de 63% en un an dans la capitale indienne, soit 170 000 nouvelles immatriculations mensuelles. Derrière son comptoir de la marque indienne Hero, Sanoj a du mal à suivre la cadence. « Le mois dernier, j'ai reçu 20 scooters et tout s'est vendu. Là, j'en ai reçu 20 nouveaux et ils seront tous partis d'ici une semaine ! », s'exclame le vendeur. L'achat d'un scooter électrique représente un sacré budget pour les familles indiennes : les modèles d'entrée de gamme s'affichent autour de 100 000 roupies, soit environ 1 000 euros, un tarif comparable aux motos traditionnelles. C'est donc surtout à l'usage que les économies que permet de réaliser ce moyen de transport frappent les esprits selon Rahul, un autre revendeur de la rue : « Pour faire 45 kilomètres avec une moto traditionnelle, il faut compter 102 roupies. En scooter électrique, ça ne coûte que 10 à 12 roupies ». Le scooter, l'indispensable de la vie quotidienne À califourchon sur son nouveau modèle, Jyoti se définit comme une mère au foyer hyperactive. Cet engin lui permet de se déplacer où et quand elle veut pour ses activités quotidiennes. « Avec, je vais chercher ma fille, je la dépose. Je vais à mes cours. J'achète des légumes, je fais les courses », se réjouit-elle. En Inde, le deux-roues s'étire parfois au maximum pour devenir un vrai véhicule familial. Dans les avenues de la capitale, il n'est pas rare de le voir chargé à l'extrême. Et quand on demande à Jyoti avec combien de personnes au maximum elle accepte de rouler, elle le confesse en riant : « À quatre ! Les amis, la famille, tout le monde ! ». Pourtant interdite, cette pratique est révélatrice du quotidien de la population : ici, le scooter doit s'adapter à toutes les situations. Un équilibre permanent entre sécurité, débrouillardise et économies.