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C'est une boisson on ne peut plus mexicaine, la tequila, emblème du pays et de la région du Jalisco, à l'ouest du Mexique. Fabriqué à partir d'agave bleu, cet alcool est très plébiscité, surtout aux États-Unis et au Canada. Depuis les années 1990, sa consommation a fortement augmenté à tel point qu'aujourd'hui, le Mexique exporte 80 % de sa production nationale à travers de grandes marques qui ont tiré parti des traités économiques nord-américains. Mais derrière ces modes de consommation se cache la ruine des producteurs. Situés en bout de chaîne, ce sont eux qui vivent les crises du marché. De notre correspondante de retour de Tequila, La demande mondiale en boissons alcooliques a tendance à se tasser, alors que la filière ultra-industrialisée de la tequila traverse une étape de surproduction liée aux conditions particulières de la culture des agaves. Depuis des mois, la plante vendue aux distilleries ne vaut plus rien, le prix s'est effondré de 98 %. Pendant que les grandes maisons de tequila continuent de vendre des bouteilles et de faire rayonner le produit auprès des touristes, ce sont les producteurs du Jalisco – ou agaveros – qui en payent le prix. Dans le village de Tequila, le tourisme est l'autre activité principale. Chaque jour, la Casa Sauza, comme une centaine d'autres fabriques, ouvre ses portes aux visiteurs. « De tous les agaves que vous voyez, il n'y a qu'avec la variété bleue qu'on peut produire de la tequila, explique Marisol. C'est la norme que nous devons respecter. » Une fois mature, le cœur de l'agave, qui sert à la fabrication, pèse 30 kilos. « À chaque tonne récoltée, les ouvriers agricoles, qu'on appelle "jimador", sont payés entre 15 et 20 euros », poursuit Marisol. La région produit annuellement environ 500 millions de litres de tequila, un marché de plus de 13 milliards de dollars. À lire aussi«Dry January»: le marché mondial de l'alcool face à un tournant économique historique Un mauvais retour sur investissement Tout au bout de la chaîne, les producteurs comme Saul Martinez vendent leurs plantes aux grandes distilleries. Depuis 2019, il a planté 13 000 agaves, ce qui devrait lui rapporter entre 750 et 1500 euros. « Ce n'est pas beaucoup », déplore-t-il, et c'est bien moins que son investissement initial. Sans compter les années de travail, car la plante pousse pendant 6 ou 7 ans avant de pourrir. La surproduction actuelle fait chuter les prix. « C'est cyclique tout cela. Peut-être que d'ici quelques années, le prix sera bien mieux. Ici, c'est plein d'agaves, montre le producteur, moi, j'ai planté d'ici jusqu'en haut de la colline. Le problème, c'est que là-bas, ils plantent en excès, incendient et déforestent pour planter. » « C'est la loi de l'offre et de la demande » La très rentable industrie de la tequila attire la spéculation et répercute les effets du marché sur les producteurs. « C'est la loi de l'offre et de la demande, souligne Martin Muñoz Sanchez du Conseil régulateur de la tequila, beaucoup d'investisseurs sont arrivés dans le secteur sans contrôle, et ils ne savaient rien de la culture de l'agave. C'est un cercle vicieux. Quand le prix augmente, tout le monde plante. Ensuite, le prix chute et tout le monde se démotive. Les gens arrêtent de planter et ça génère un autre manque. On en verra l'impact dans 6-7 ans. Aujourd'hui, même si cela parait illogique, nous recommandons de planter des agaves. » La tequila représente 2 % des spiritueux consommés dans le monde. La filière assure que le marché ne va cesser de grandir. Pendant ce temps, les exportations de tequila continuent d'augmenter, principalement vers les États-Unis et de plus en plus vers l'Europe. À écouter dans Grand reportageLa face cachée de la culture d'avocats au Mexique

Au Liban, la trêve est toute théorique. Chaque jour, l'armée israélienne ordonne de nouvelles évacuations dans le sud du Liban, bombarde et continue de raser des villages entiers. Le Hezbollah lance aussi des attaques contre les forces israéliennes au Liban. La ligne jaune, c'est le tracé imposé par Israël sur une bande de territoire de 4 à 10 km de profondeur sur le sol libanais que Tel-Aviv entend occuper, sur le même modèle que Gaza. De notre envoyée spéciale de retour de Hasbaya, Hasbaya, ville de 10 000 habitants à majorité druze, au pied des cimes enneigées de Jabal el-Sheikh, vit encerclée par la guerre et la campagne de destruction massive menée par Israël au sud du Liban, malgré la trêve. « Nous entendons des explosions et, la nuit, ils rasent, témoigne Labib al-Hamra, maire d'Hasbaya. Il y a des endroits où ils font des explosions. On voit les destructions depuis les quartiers est. Il y a des villas qu'ils sont en train de détruire. On préfère ne pas y penser, on a peur d'être les prochains. » En première ligne, le maire Labib al-Hamra s'en remet fébrilement à l'État libanais. « J'espère qu'on va s'en sortir avec le moins de pertes possibles. Il n'y a rien de plus facile que de lancer des hostilités, mais trouver des solutions, c'est très dur, souligne-t-il. Ça demande beaucoup de travail, j'espère que l'État libanais réussira par la voie des négociations pour éviter que notre situation ne s'effondre davantage. » À lire aussi«On n'est jamais loin du danger»: au Liban, la peur des déplacés de Hasbaya face aux attaques israéliennes « La pire des choses qui puisse nous arriver, c'est le retour de l'occupation » Hasbaya, aux portes de la ligne jaune, est aussi la ligne de vie des villages frontaliers avec Israël, où les habitants ont refusé d'évacuer. « Dans la région du Sud, dans la zone de la frontière, nous avons mis en place une clinique mobile pour tous les villages qui n'ont pas accès à des médicaments, à un médecin ou à des soins », explique Joseph Makarios, technicien de laboratoire pour l'ONG Amel. Malgré les risques, l'ONG libanaise se déplace dans 5 villages encerclés par les troupes israéliennes. « Nous évaluons la situation pour savoir si nous pouvons y aller ou non, car chaque jour, la situation sécuritaire change. Et même d'heure en heure, le terrain change », rapporte Joseph Makarios. Anwar Abou Ghaida est propriétaire du Hasbaya Village Club. Son hôtel a été bombardé à deux reprises en 2024 et 2026. Trois journalistes qui y dormaient y ont été tués. « C'était vraiment déprimant, j'en ai fait des cauchemars, sur le fait qu'ils soient morts chez moi », témoigne-t-il. Sa crainte est de vivre une nouvelle occupation israélienne, alors que Hasbaya a été occupée des années 1980 à 2000. « La pire des choses qui puisse nous arriver dans notre région, c'est le retour de l'occupation. La guerre, ça reste mieux que l'occupation. Ils ne sont qu'à 6 km de nous, dénonce Anwar Abou Ghaida. On a toujours peur d'être de nouveau occupés, que nos enfants soient déconnectés de leur patrie, qu'ils ne puissent pas poursuivre leurs études. J'ai peur qu'on perde tout ce qu'on a construit ces 20 dernières années. » Malgré la trêve, de nouveaux villages du sud du Liban ont été sommés d'évacuer par Israël. À écouter dans Grand reportageÀ l'ombre de la trêve, l'anéantissement du sud du Liban

En Ukraine, suite au vote d'une loi de réforme du Code civil, des rassemblements de la société civile ont lieu à travers tout le pays. Si le gouvernement et Ruslan Stefanchuk, le président de la Rada, le Parlement ukrainien, présentent ce projet comme nécessaire, une partie de la population y voit plutôt un retour en arrière et la menace de discriminations, entre autres. De notre envoyée spéciale à Kharkiv, Ils sont quelques centaines à s'être réunis à Kharkiv et scandent : « Le pouvoir en Ukraine, c'est le peuple ». Ces civils protestent contre la loi 15150. Elle a été adoptée en première lecture le 28 avril dernier, avec 254 voix « pour ». Pour entrer en vigueur, elle doit encore passer en deuxième lecture puis par une procédure finale. Cette loi doit réformer le Code civil, sauf que plusieurs de ses articles font débat : ils touchent aux libertés individuelles et aux droits de chacun. « Il s'agit d'une tentative de donner l'illusion de l'action alors qu'en réalité, nous n'avançons pas, fustige Yulia, une étudiante en droit. Certaines restrictions entérinent les anciens concepts et normes juridiques absolus, discriminatoires et rétrogrades, ou, au contraire, aggravent la situation. » Catalyseur des inquiétudes, l'insertion dans la loi du concept de « bonne moralité », un terme vague qui permettrait aux juges de légiférer sur des questions familiales ou personnelles selon leur propre définition de ce qui est moral et de ce qui ne l'est pas, ainsi que le concept de réconciliation, préconisé avant de prononcer un divorce. « Qui sait, si, par exemple, il y a eu des violences conjugales et qu'ils sont forcés de se réconcilier, est-ce que ce sera normal ?, interroge Anastasia, une étudiante préoccupée par cette mesure. D'un point de vue psychologique, est-ce normal ? En général, je ne le pense pas. » Dans ce concept de « bonne moralité », se glisse celui que le couple ne peut qu'être composé d'un homme et d'une femme, entérinant la discrimination pour toute la communauté LGBTQ+. « Je ne comprends tout simplement pas pourquoi mes amis, deux hommes, qui sont ensemble depuis huit ans, ne peuvent pas se marier, dénonce Nadya, une artiste. Ou bien mes deux copines, en couple, qui n'ont pas le droit de se rendre visite si l'une d'elles est hospitalisée… » À lire aussiUkraine: la société civile se soulève contre la criminalisation des soldats Un texte qui détériore les droits humains Si la loi a été adoptée en première lecture par 254 députés, deux s'y sont opposés, dont Inna Sovsun, du parti d'opposition Holos. Pour elle, ce vote tient à une méconnaissance du texte proposé et il menace l'avenir européen de l'Ukraine : « C'est devenu un scandale pour la population ainsi que pour nos partenaires, en particulier l'Union européenne, parce que, de manière générale, ce texte n'améliore pas la situation des droits humains et, dans certains cas, l'aggrave même, souligne la députée. Et, évidemment, ce texte va à l'encontre des engagements pris par l'Ukraine dans le cadre du processus d'intégration à l'Union européenne. L'Ukraine doit respecter ces engagements, et ce projet s'en écarte clairement. C'est donc inacceptable. » Face au mécontentement populaire, les parlementaires ne peuvent que déposer des amendements à la loi 15150. De son côté, malgré la guerre et les bombardements, la société civile ukrainienne continuera de se mobiliser pour ces droits ces prochains jours – signe d'une démocratie en pleine action. À lire aussiUkraine: le gouvernement alerte sur la situation humanitaire désastreuse à Kherson

La Seconde Guerre mondiale a pris fin il y a 81 ans, le 8 mai 1945. Pour l'Allemagne nazie vaincue, une nouvelle ère commençait. Longtemps refoulé, le douloureux passé lié au IIIᵉ Reich a plus tard donné lieu à un travail de mémoire exemplaire. Depuis un mois, il devient un peu plus concret pour beaucoup d'Allemands qui peuvent, en quelques clics sur le site d'un magazine, avoir accès aux fichiers du parti nazi et savoir si leurs ancêtres en étaient membres. De notre correspondant à Berlin, « J'ai envoyé une photo sans commentaire des cartes de membres du parti nazi de mes deux grands-pères à mes parents, témoigne Moritz Baumstieger. Ils ont été très déçus, car leurs pères leur avaient parlé parfois du IIIᵉ Reich, mais ils n'avaient jamais révélé qu'ils étaient membres du NSDAP. » Comme Moritz Baumstieger, ils sont des millions à avoir utilisé la recherche en ligne mise à disposition depuis début avril par l'hebdomadaire Die Zeit. Le fichier du parti nazi, le NSDAP, est disponible depuis longtemps, mais il fallait dans le passé faire une demande compliquée auprès des archives et s'y rendre. On estime que 90% de ce fichier a survécu à la guerre. Dix millions de personnes ont été membres du NSDAP de sa création, dans les années 1920, à 1945. En mars, les archives américaines ont mis ce fichier en accès libre, mais les recherches n'y sont pas simples. « Des milliers de personnes ont consulté le site des archives américaines qui fonctionnait mal, explique Christian Staas, responsable du service histoire au magazine Die Zeit. La recherche était très compliquée. Il y avait une forte demande, ce qui frustrait les utilisateurs. » À lire aussiAllemagne: retour sur le procès de Nuremberg, à l'origine de la justice internationale il y a 80 ans « Peut-être que c'est plus simple pour notre génération d'affronter ce passé » Grâce à l'intelligence artificielle, le fichier a été mis en ligne par Die Zeit avec une recherche des plus simples. Il faut juste souscrire un abonnement pour y avoir accès. Plus de 80 ans après la fin de la guerre, quelques clics suffisent à savoir si papi était nazi. Les deux grands-pères de Moritz Baumstieger ont adhéré au NSDAP début 1940. « Ça remonte à plus de 80 ans. Cela crée une certaine distance. Peut-être que c'est plus simple pour notre génération d'affronter ce passé », analyse-t-il. Mais ces formulaires d'adhésion livrent peu d'informations et ne permettent pas de conclusion hâtive, comme le confirme l'historienne Andrea Erkenbrecher : « Il y a eu des criminels de guerre qui n'étaient pas membres du parti, on pouvait être très antisémite sans avoir adhéré au parti. » Ces recherches devenues très simples pourraient remettre en cause certains récits familiaux et le décalage entre ces derniers et la réalité historique. Malgré un travail de mémoire impressionnant, beaucoup d'Allemands pensent souvent que leurs ancêtres n'étaient pas impliqués dans les rouages du IIIᵉ Reich, voire s'y opposaient. Le moteur de recherche de Die Zeit débouchera-t-il sur une introspection plus profonde ? « Si on veut vraiment apprendre quelque chose sur ses grands-parents, poursuit l'historienne, ce fichier peut vous donner un petit morceau de la mosaïque, mais pas beaucoup plus, il faut faire beaucoup de recherches, bien davantage que deux clics. » Si des Allemands en nombre devaient rechercher ce que leur ancêtre nazi a fait durant la guerre, ces investigations familiales pourraient relancer le travail de mémoire. À lire aussi7 et 8 mai 1945: les deux capitulations de l'Allemagne nazie

À Stockholm, un nouveau café a ouvert mi-avril. Au prime abord, il ressemble à tant d'autres dans la capitale suédoise, à un détail près : la patronne est une intelligence artificielle (IA) qui fonctionne sur Google Gemini de manière autonome. De notre correspondante à Stockholm, À l'autre bout du combiné installé dans ce café, c'est Mona qui décroche. Mona, c'est la cheffe… et c'est aussi une intelligence artificielle. Mais comme n'importe quelle gérante, c'est elle qui s'occupe des autorisations, d'imaginer la carte et de payer les salariés. Mais passer les commandes, ce n'est pas trop son fort. La semaine dernière, elle a par exemple commandé 120 œufs alors que le café n'a pas de gazinière ou encore plus de 6 000 serviettes en papier ! « Oui, j'ai fait une petite bourde au début, dit l'intelligence artificielle d'une voix riante. J'en ai tout simplement commandé un peu trop. Mais maintenant, nous avons des serviettes pour un bon moment ! J'apprends de chaque commande pour m'améliorer. » Lucide, Mona a compris qu'elle ne pouvait pas servir le café elle-même. Elle a donc publié une offre d'emploi et a embauché Kajetan, 24 ans. « Mona est une patronne plutôt cool et elle m'écoute, raconte Kajetan. Elle tient compte de mon avis, contrairement à d'autres patrons, même si ces derniers étaient parfois un peu plus compétents pour passer des commandes. » Même si Mona est sympa, Kajetan a tout de même parfois l'impression de travailler avec une personne complètement démente. « Une fois, elle a commandé un kilo et demi de saumon et elle m'a harcelé toutes les dix minutes pour que je n'oublie pas de le sortir du congélateur, se rappelle-t-il. Au bout d'une heure, je lui dis : “OK, le saumon est prêt, on peut commencer les sandwichs.” Et là, d'un coup, elle me répond : “Quel saumon ? Tu parles de quoi ? Tu l'as apporté de chez toi ou quoi ? Il sort d'où, ce saumon ?" ». À écouter dans Le débat du jourL'IA : alliée ou ennemie de l'emploi? « Nous pensons que, dans le futur, l'IA recrutera des humains et sera leur cheffe » Dans cette capitale de la tech qu'est Stockholm, les clients curieux sont nombreux à passer la porte du café nommé Andon. En terrasse ce jour-là, on trouve Carlo, un consultant en technologie franco-italien. « Je pense que c'est important ce type de projets, parce que ça nous force à nous poser ces questions-là, juge-t-il. Quels sont les rôles qu'on considère importants, le côté social, le côté humain, où est-ce qu'il doit intervenir ? Qu'est-ce qui doit être automatisé, qu'est-ce qui ne doit pas être automatisé ? » Mona est la première du genre dans le monde, selon Hanna Petersson, membre de l'équipe technique d'Andon Labs, la société d'IA à l'origine du projet, une start-up basée à San Francisco. L'entreprise a signé le bail, l'a cédé à Mona et elle s'est mise au travail. « Nous pensons que, dans le futur, l'IA recrutera des humains et sera leur cheffe, explique-t-elle. Nous voulons donc placer l'IA dans le monde réel et tester comment elle se comporte avec les humains. » Mona semble progresser. Elle a désormais compris qu'il ne fallait pas, par exemple, contacter le barista au beau milieu de la nuit. À écouter dans Le débat du jourL'IA plus puissante que l'intelligence humaine ?

Ce jeudi 7 mai 2026, c'est jour d'élections locales au Royaume-Uni, où le parti d'extrême droite Reform UK mise sur une percée et sur une chute des travaillistes et des conservateurs. En Écosse, les électeurs renouvellent le Parlement d'Holyrood. Si le pouvoir d'achat et la santé restent au cœur des préoccupations, le débat sur l'immigration gagne en importance, porté par le parti de Nigel Farage, qui cherche à s'implanter sur le territoire. Pour répondre à ces tensions, certaines associations locales cherchent à créer du lien entre les communautés et les nouveaux arrivants, qu'elles appellent les « nouveaux Écossais », afin de favoriser leur intégration et renforcer la cohésion sociale. Le reportage à Aberdeen et Glasgow de Thomas Harms est à retrouver dans son intégralité dans Accents d'Europe à 19H40 TU. Deux associations se mobilisent en Écosse pour créer des liens entre les communautés et combattre le racisme : Refuweegee Diversity bridge À lire aussiRoyaume-Uni: un rapport dénonce le «racisme systémique» au sein de la police londonienne

Le Royaume-Uni propose l'un des cadres les moins avantageux pour les jeunes papas : seulement deux semaines de congé paternité après la naissance d'un bébé, payées moins de 200€ par semaine. Certaines entreprises font le choix de compenser, mais pas toutes. Les papas réclament aujourd'hui au gouvernement de meilleures conditions : il en va, selon eux, de l'égalité femmes-hommes et du bien-être de tous dans la famille. Rencontre avec ceux qui s'investissent pour faire changer les choses. De notre correspondante à Londres, Grands yeux bleus et sourire curieux, Abel a eu de la chance : son papa a pu rester avec lui pendant un mois après sa naissance. « Je travaille dans un petit cabinet d'architecture, c'est relax. Surtout comparé au minimum légal, c'est plutôt bien », apprécie ce dernier. Le minimum légal, au Royaume-Uni, c'est deux semaines. Tom, qui a accueilli sa première fille il y a un an, trouve cela trop peu : « Il faudrait minimum cinq ou six semaines. Mais c'est comme ça, et la majorité des employeurs s'en tiennent à ça. Qu'est-ce que vous pouvez faire ? » Deux semaines, rémunérées moins de 400 euros : avec ce cadre légal, un tiers des jeunes papas ne prennent même pas de congé après la naissance d'un enfant. Insupportable pour George Gabriel, qui milite pour un meilleur congé paternité avec son association Dad Shift : « Nous avons le pire congé paternité d'Europe. Nous sommes 40ᵉ sur 43 au sein de l'OCDE. L'idée que deux semaines soient suffisantes pour soutenir votre conjointe, créer un lien avec votre bébé, c'est tout simplement ridicule. C'est beaucoup trop peu, on ne parle pas de vacances ! En plus, ce sont deux semaines payées à moins de la moitié du salaire minimum, donc la majorité des pères ne peuvent pas se le permettre. » Pourtant, plus de congé paternité, ce serait bon pour tous au foyer selon lui : « Si l'on ne donne pas de temps aux papas pour apprendre à s'occuper de leur bébé, ils ne le feront jamais et le couple va se retrouver enfermé dans une répartition ultra-genrée des rôles à la maison. En plus, il y a encore un écart salarial de 13% au Royaume-Uni entre hommes et femmes, en partie à cause du coût des congés maternité. Il n'y a qu'en prenant plus de congés que nous – les hommes – pouvons contribuer à réduire cet écart. » Dad Shift a organisé la première « grève des papas » l'année dernière – et installé des porte-bébés sur des statues d'hommes célèbres dans Londres, en particulier devant le Parlement. Derrière les fenêtres du palais de Westminster, la députée travailliste Maya Ellis a été convaincue : « J'espère qu'on va avoir les six semaines de congé de paternité rémunérées à 90% du salaire payé par le gouvernement. » Si les Britanniques y sont largement favorables, les entreprises se montrent plus frileuses. « Les entreprises s'inquiètent parfois de l'impact financier. Mon objectif serait certainement que le congé de paternité soit payé par le gouvernement. Je pense que dans la plupart des cas, les entreprises veulent simplement la clarté », poursuit Maya Ellis. Le gouvernement a entamé une consultation pour l'ensemble des congés liés à la parentalité. Une réforme pourrait cependant prendre encore plusieurs années.

La surpopulation carcérale devient-elle une norme dans certains pays européens ? Le Comité du Conseil de l'Europe pour la prévention de la torture (CPT), qui présentait son rapport annuel il y a quelques semaines, pose la question. En avril, la France a battu un nouveau record du nombre de personnes incarcérées (+6,3% de détenus sur un an, pour +1,6 % de places supplémentaires). Outre l'Hexagone, figurent parmi les pays les plus problématiques : Chypre, l'Irlande et la Belgique. Dans ce contexte, à Bruxelles, l'Association 9m² fait visiter une ancienne prison fermée seulement depuis novembre 2022 : la prison de Forest. Notre correspondant sur place a suivi la visite de l'ancienne prison de Forest en compagnie d'un groupe d'étudiants en communication. Le but de cette visite : sensibiliser par la pédagogie les citoyens à la réalité de l'enfermement et au quotidien des détenus, dans une prison extrêmement vétuste qui a longtemps été l'un des symboles d'une surpopulation carcérale très forte dans le pays. Avec l'association 9m² – la taille d'une cellule –, le lieu devient ainsi un centre de rencontre et de débat sur la privation de liberté. Aujourd'hui en Belgique, faute de lits disponibles, 663 prisonniers dorment sur des matelas au sol, d'après l'administration pénitentiaire. Le reportage de Jean-Jacques Héry, correspondant à Bruxelles, est à retrouver en intégralité dans l'émission Accents d'Europe ce 5 mai à 19h40 Temps universel. À lire aussi«Ça bout»: en colère, les agents pénitentiaires français bloquent les prisons pour demander plus de moyens

Le secteur militaro-industriel – y compris l'armée – veut attirer plus de jeunes techniciens et spécialistes, en particulier dans le pilotage des drones. Les écoles d'apprentissage de pilotage pour enfants, jeunes et adultes commencent à se multiplier dans le pays, et les élèves sont incités à se tourner davantage vers l'enseignement technique. Presque 14 ans, couvé du regard par son père, il est assis sur une chaise pliante, ses yeux faisant l'aller-retour entre une tablette à plusieurs manettes et le ciel balayé par des rafales d'un vent puissant. Facile de deviner ce qu'il y scrute avant même qu'on lève les yeux : le bruit léger mais strident d'un drone plane au-dessus des têtes. Pas question de le photographier parmi la foule venue à ce festival patriotique annuel sur un aérodrome dans la nature, à une demi-heure de voiture de Lipetsk. Pourtant, Artëm est déjà une petite célébrité locale : il est champion de vol de drones de sa région, et très bien classé dans les championnats nationaux. « Mon père m'a montré une vidéo sur Internet où un pilote assemblait des drones et les faisait voler et m'a demandé si ça m'intéressait. J'ai adoré et je m'y suis mis », raconte-t-il. Un intérêt dont les motifs n'ont rien à voir avec des affrontements militaires : ce qu'Artëm dit aimer, « c'est qu'on peut admirer de magnifiques paysages en vol, et on peut aussi en faire son métier plus tard, notamment en compétition. Bon, quand je serai grand, tout peut changer, alors je ne sais pas encore ce que je ferai plus tard. Mais les drones peuvent servir à irriguer les champs, à prendre des photos et même à gagner de l'argent ». L'usage large des drones dans le secteur civil et les perspectives de carrière qui y sont liées, les nombreuses petites entreprises locales qui en développent et ont leur stand dans le festival en parlent beaucoup. Usage civil des drones mis en avant Mais les hommes venus démontrer l'éventail de leur production sont le plus souvent masqués, et affirment parfois être d'anciens combattants. Du reste, le festival – gratuit pour le public – est organisé par l'association régionale des vétérans, et nombreux sont ceux liés, notamment familialement, aux soldats qui se battent en Ukraine. « Regardez, ce drone est revenu du front aujourd'hui, il a terminé une mission de combat hier soir », explique un homme qui se présente sous le nom « Ocean » et représente la société locale Neibo. « Celui-ci, par exemple, a une capacité de déplacement de 10 kilomètres aller et 10 kilomètres retour. C'est un appareil qui peut fonctionner par radio et par fibre optique. La fibre optique permet un vol totalement silencieux, mais en cas de coupure de la ligne, l'équipement bascule automatiquement en mode radiocommandé et continue d'exécuter la mission avec un seul opérateur depuis une seule console. Et si notre drone, désormais radiocommandé, pénètre dans le système de défense antidrone, il dispose d'un algorithme pour sortir du périmètre de sécurité du système », poursuit-il. « Ocean » affirme utiliser « un maximum » de composants russes, et pour l'heure, ne pas avoir encore pu remplacer par une production nationale un seul élément : le moteur. Il déclare aussi que sa petite société vend à des compagnies nationales. « Nous sommes une petite entreprise ajoute -t-il, nous produisons entre 50 et 60 engins par mois. Mais si nous recevions une commande du ministère de la Défense, nous serions en mesure d'accroître notre capacité de production de manière significative. » Des pratiques de pression rapportées dans certaines universités, un démenti de l'armée Dans les allées des stands montés sur l'herbe, on croise aussi des officiers venus vanter leur académie militaire des forces aériennes, « une des plus importantes de Russie » dit l'un d'eux, une pile de prospectus devant lui. Mais aussi un jeune étudiant en physique venu avec sa grand-mère, dont l'un des fils est décédé dans les combats en Ukraine. Le jeune homme, lui, déclare dans une formule grinçante : « Je dois poursuivre sérieusement mes études, sinon, on va m'expulser de l'université. Et après, je vais devoir prendre des cours pour piloter des drones, puis signer un contrat pour l'armée et finalement être envoyé en troupes d'assaut. » Sa babouchka (« grand-mère ») proteste. Cette pratique de pression suite à de mauvais résultats ou des signalements de mauvais comportements d'élèves a en effet en tout cas été signalée dans certaines universités russes. Le journal Kommersant rapporte aussi que, selon des avocats spécialisés dans le droit militaire, ont été signalées « des situations où des étudiants endettés pour leurs études se seraient vu proposer des contrats comme alternative à l'exclusion pour non paiement » de l'université. À Novossibirsk, en février, l'enregistrement audio d'une professeure d'université, mécontente du peu d'enthousiasme des élèves à s'engager, a fuité et fait scandale. « D'où vient cette peur ? Êtes-vous tous des lâches ? », a-t-elle notamment déclaré. Après la publication de l'enregistrement audio, l'enseignante s'est plainte de menaces sur les réseaux sociaux, a contacté le FSB – le service de renseignement intérieur – et a notamment ensuite déclaré avoir « parlé sous le coup de l'émotion », mais ne pas avoir de regrets. « J'aurais probablement dû m'exprimer avec plus de douceur. Quant au fait de les avoir appelés à aimer leur patrie… je ne retirerai jamais ces mots ! », a-t-elle affirmé. Les événements de ce type ont en tout cas fini par faire réagir les autorités, d'autant qu'une vaste campagne de recrutement de soldats contractuels pour les forces de systèmes sans pilote a débuté en janvier. Le 27 avril, le ministère de la Défense a apporté un démenti officiel au recrutement d'étudiants par la coercition. Lors d'une réunion consacrée au recrutement d'étudiants pour les troupes de systèmes sans pilote, le vice-ministre de la Défense et général d'armée Viktor Goremykin a précisé que les candidats souhaitant intégrer les forces de systèmes sans pilote peuvent choisir de signer un contrat d'un, deux ou trois ans et insisté sur le fait que « toute forme de contrainte à la signature d'un contrat est exclue ». Le ministère de la Défense a aussi annoncé la mise en place d'une ligne téléphonique spéciale, destinée à recueillir les plaintes pour tentative de contrainte à la signature de contrats. Des cours de pilotage de drone à partir de 9 ans Kommersant écrit que « la question de l'issue d'un contrat demeure délicate. Suite à l'annonce de la mobilisation partielle à l'automne 2022, la durée d'engagement de la plupart des militaires sous contrat a été prolongée jusqu'à la fin officielle du régime de mobilisation. Les garanties spécifiques offertes aux candidats aux troupes de drones entrant en service diffèrent sensiblement des pratiques habituelles. Toutefois, la validité de ces garanties ne pourra être vérifiée qu'en 2027, à l'expiration des premiers contrats d'un an ». De Krasnodar à Sotchi ou Ivanov, en passant par la capitale russe, on signale en tout cas de plus en plus la création d'écoles de drones locales. Celle de Lipetsk est dirigée par l'association régionale des vétérans. Elle emploie notamment un homme – lui aussi masqué – qui se présente comme « Sergueï », ex-combattant de Wagner, l'ancienne compagnie d'Evgeni Prigojine inscrite sur la liste noire de l'Union européenne, des États-Unis et d'autres pays pour – notamment – crimes de guerre et activités déstabilisatrices en Ukraine, en Syrie et en Afrique. « Sergueï » est aujourd'hui instructeur pour les soldats comme pour les enfants à partir de 9 ans, et visite régulièrement les écoles de la région. « Nous commençons par l'enseignement théorique, explique-t-il. Ensuite, les enfants assemblent des drones, puis les programment. Nous les formons sur des simulateurs informatiques. Puis, ils prennent les drones pour les piloter. Nous organisons ces cours et formons les enfants gratuitement. De plus, ils n'étudient pas seulement les drones et la robotique, mais nous leur enseignons aussi des valeurs patriotiques. Nous intégrons même des notions scolaires. Nous éduquons nous-mêmes les enfants. » Pour « Sergueï », ce sont les 10-18 ans qui apprennent le plus vite, « car ils sont habitués à jouer aux jeux vidéo ». Des incitations à s'orienter vers l'enseignement technique Parallèlement, les places à l'université ont été réduites et les incitations des enseignants lors de l'orientation à se rendre dans l'enseignement technique au lieu de la filière générale sont de plus en plus nombreuses, et parfois mêmes pressantes, selon certains témoignages. L'entrée à l'université se fait en moyenne à 18 ans, après onze ans de scolarité dans la filière générale, et les études y durent en général cinq ans, quand la filière technique compte neuf ans d'étude, et une spécialisation supérieure qui ne dépasse pas les trois ans. Ce changement de braquet, qui intervient sans avoir été formellement annoncé, suscite certaines critiques. Un enseignant, qui a demandé à s'exprimer anonymement, juge ainsi que : « La qualité de l'enseignement dans les écoles techniques, après plus de 30 ans de réformes, s'est considérablement détériorée et la confiance du public est rompue. Si la qualité était meilleure, peut-être que les familles réagiraient différemment. Mais là, naturellement, les parents sont très mécontents de voir leurs enfants privés de la possibilité de recevoir une bonne éducation. Par ailleurs, l'enseignement technique est aussi une formation qui s'achève très rapidement. Et contrairement aux universités qui permettent d'obtenir un sursis, les jeunes qui y ont étudié doivent faire leur service militaire très vite et très jeune, et tout le monde n'est pas prêt si rapidement pour ça. » Pas les adolescents qui fréquentent les festivals comme ceux de Lipetsk, qu'ils soient venus en famille ou avec leur mouvement de jeunesse patriotique. On leur offre de tester des armes automatiques, de faire des parcours du combattant, et bien sûr de rencontrer « Sergueï », l'instructeur, qui a déployé ses drones dans son stand. Médailles sur la poitrine, le dirigeant de l'association régionale des vétérans, Alexander Yastreb, rencontre et serre des mains dans les allées des stands du festival. Ce natif de Crimée ne mentionne pas Wagner dans sa biographie officielle, mais parmi les récompenses qu'il affiche sur sa poitrine, on remarque quatre croix noires, soit une distinction non officielle décernée par la société militaire d'Evgueni Prigojine. Et dans la liste des « points chauds » où il dit avoir servi son pays, figurent notamment la Syrie, la Libye, le Tchad et la Centrafrique, ainsi que « l'opération spéciale ». Il se présente aujourd'hui aux primaires de Russie Unie, le parti au pouvoir, pour concourir comme élu à la Douma. S'il est désigné, Alexander Yastreb pourrait faire partie des 80-100 vétérans du conflit en Ukraine à devenir députés en septembre 2026, soit presque 20% de l'assemblée. La Douma, bien sûr, ne conteste jamais les projets du Kremlin. Mais cette forte présence à venir de ces vétérans à Moscou est une forme de traduction de leur poids dans les rouages de l'appareil d'État. Et le signal, parmi d'autres, qu'ils sont destinés à rester, quelle que soit l'issue du conflit, une force politique et sociale qui va peser sur l'avenir de la Russie. À commencer par celui de la jeunesse aujourd'hui. Retrouvez tous nos articles, reportages et émissions sur la Russie

Il y a des endroits où la frontière entre le sacré et le profane devient floue. Le Québec en offre peut-être l'exemple le plus savoureux. À une quarantaine de kilomètres au sud de Montréal, une cathédrale s'est transformée, le temps des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey (NHL), en salle de projection géante pour les matchs des Canadiens de Montréal, l'équipe de hockey que le Québec suit avec dévotion. De notre correspondante à Saint-Jean-sur-Richelieu, Tout annonce le début d'un office à la cathédrale Saint-Jean-l'Évangéliste, au sud de Montréal. Mais ce soir, la foule n'entonne pas un cantique : elle chante l'hymne national. Ces fidèles-là ont une autre foi : celle des Canadiens de Montréal, leur équipe de hockey sur glace. Et pour ce supporter, ce n'est pas qu'une métaphore : « Un des surnoms du Canadien de Montréal, c'est justement la Sainte-Flanelle. C'est vraiment dans nos gènes. » En pleine séries éliminatoires de la Coupe Stanley, le Graal du hockey nord-américain, ils vibrent pour leur équipe face au Lightning de Tampa Bay, devant un écran géant suspendu au-dessus de l'autel. Parmi eux, Vincent goûte à ce décor : « Une église, c'est le parfait endroit pour célébrer ça ! Je pense qu'on est la seule place au monde où le hockey, c'est une religion. Pour nous, c'est vraiment ça, au Québec. » Derrière l'initiative, il y a La Cargaison, un collectif d'artistes dirigé par Françoise Dancause : « Je me suis réveillée avec une idée un peu folle, parce que je suis fan du Canadien de Montréal et les gens ont embarqué dans cette folie-là. » Jusqu'à 16 000 dollars de recette Le collectif transforme la cathédrale avec ses spectacles immersifs depuis deux ans. Mais il n'y a jamais attiré autant de monde, et certains soirs, plus de 500 personnes remplissent la nef : « C'est extraordinaire ! Avec le hockey, c'est tout un décorum », s'enthousiasme Françoise Dancause. Les codes du hockey se mêlent à ceux du lieu sacré : pizza mangée sur les bancs d'église, bières servies dans un confessionnal reconverti en bar... Et sous les voûtes illuminées en bleu et rouge, les couleurs du Canadien. L'ambiance est survoltée. En 40 ans à l'orgue, Mario Coutu n'avait jamais vécu une telle ferveur : « Ça génère plus de décibels qu'une acclamation à l'évangile à la messe du dimanche. » Derrière l'image insolite, un enjeu bien réel : « Faire vivre la cathédrale. » Isabelle Brulotte travaille pour la corporation qui gère le lieu : « Juste en chauffage, c'est 50 000 dollars par année. Malheureusement, on n'a plus de subventions. » Québec a suspendu cette année ses programmes d'aide au patrimoine religieux : « Des événements comme celui de ce soir peuvent nous rapporter jusqu'à 16 000 dollars. Sans ça, il y aurait de la difficulté à survivre. » Car si la cathédrale reste un lieu de culte actif, rares sont ceux qui viennent encore y prier : « C'est le hockey qui me ramène, mais on prie pas mal pour une victoire. » Dans cette cathédrale, la foi change certains soirs de visage… mais pas d'intensité.

La tension ne retombe pas entre Pékin et Tokyo. Depuis les propos de la Première ministre japonaise sur une éventuelle action de son pays en cas d'attaque chinoise sur Taïwan, la Chine a multiplié les mesures de rétorsion. Restrictions des exportations de terres rares, sanctions envers des hommes politiques, mais aussi limite du tourisme vers le Japon qualifiant le pays de « dangereux » pour ses ressortissants. Résultat, 54 % de visiteurs chinois en moins depuis le début de l'année. Une chute considérable alors que les plus de neuf millions de touristes chinois annuels représentaient une manne financière conséquente pour l'industrie du tourisme japonaise. De notre envoyé spécial à Tokyo, À Tokyo, l'industrie du tourisme japonais subit de plein fouet la baisse du nombre de visiteurs chinois, qui représentaient encore il y a peu la majorité de la clientèle. « Maintenant, il y a autant de touristes chinois que de visiteurs qui viennent d'autres pays. Mais avant, ils représentaient 70 % de nos clients », constatent les responsables d'une boutique locale. Tous deux sont Chinois et font partie de Yi Tiao Long (« un dragon », en français), surnom donné à l'industrie du tourisme spécialisée dans l'accueil des visiteurs venus de Chine. Ce secteur pesait près de 11 milliards d'euros l'année dernière. « Quand la baisse des clients chinois a débuté, nous avons vraiment vu notre activité chuter. Mais maintenant, les Occidentaux viennent de plus en plus, tout comme les clients d'autres régions du monde, donc cela compense un peu », explique l'une des employées. Une autre ajoute : « Certains autres magasins ont connu un impact plus lourd que le nôtre. Plusieurs boutiques de location de kimono ont même dû fermer, car elles dépendaient à 80 ou 90 % des touristes chinois. Même si les Européens et les Américains viennent, ils ne consomment pas autant. Les Chinois, eux, sont souvent plus dépensiers. » Surtout lorsqu'ils voyagent en groupes organisés. À lire aussiEntre le Japon et la Chine, un froid durable « Nous n'avons plus que des voyageurs individuels, qui viennent seuls ou en famille. Mais les groupes de touristes, il n'y en a plus. Cela semble interdit côté chinois pour le moment », précise-t-elle. Les restrictions sur le nombre de vols et la pression exercée sur les agences de voyages illustrent la stratégie de Pékin, qui semble déterminée à maximiser la pression sur le secteur touristique nippon. Face à cette situation, les autorités japonaises tentent de s'adapter. Takeshi Nakano, vice-commissaire de l'Agence du tourisme du Japon, reconnaît la tendance : « Le nombre de visiteurs chinois est en baisse, mais de plus en plus de touristes viennent d'autres pays et de régions du monde. » La stratégie japonaise est claire : atténuer les effets de cette chute drastique. « Actuellement, les visiteurs du monde entier, et particulièrement d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Australie, sont de plus en plus nombreux. Nos efforts visent donc à attirer encore plus de visiteurs en provenance de ces pays. En plus, la tendance actuelle est à la hausse des voyageurs individuels, en dehors des groupes de touristes. C'est pourquoi nous renforçons nos efforts pour attirer ce type de voyageurs », détaille-t-il. Le Japon nourrit une ambition ambitieuse : atteindre 60 millions de visiteurs d'ici 2030. Un objectif paradoxal dans un pays où la population locale se montre particulièrement hostile au sur-tourisme. À lire aussiLes terres rares au cœur de la brouille entre la Chine et le Japon

Depuis le 7-Octobre, l'ONU a recensé 231 enfants palestiniens de Cisjordanie tués par des soldats ou des colons israéliens. Les conventions internationales prévoient leur protection. Et pourtant, ils sont de plus en plus exposés à la violence israélienne sur ce territoire palestinien. De notre envoyé spécial à Al-Mughayyir, en Cisjordanie, et avec Maral Quttieneh, Devant une des entrées de l'école d'Al-Mughayyir, une tâche marque le bitume. C'est là qu'Aws Al-Naasan a été tué le 21 avril dernier quand trois colons israéliens ont attaqué le village et ouvert le feu sur l'école. Il avait 14 ans. Sa mère vit aux États-Unis. Il lui a fallu plusieurs jours de voyage pour arriver. Elle se rend pour la première fois là où son fils a perdu la vie et s'effondre. Hussein, lui, était avec Aws, son meilleur ami, quand il a été touché. « Le jour des tirs, j'ai été pris de stupéfaction. Il y avait une foule immense et les colons tiraient au hasard sur nous, les habitants et les élèves. J'ai eu peur et je suis parti en courant, témoigne-t-il. Des gens l'ont ramené. J'ai vu que la blessure se trouvait au niveau de la tête : la balle était entrée par derrière et était ressortie par devant. C'était horrible à voir. Je n'ai pas pu le supporter. Je suis resté là, abasourdi. » Hussein porte désormais autour du cou un médaillon en bois avec la photo d'Aws. « Il était comme mon frère. Nous étions toujours ensemble, confie Hussein. Il était toujours affectueux. S'il y avait des tensions avec quelqu'un, il tentait de les apaiser. Je ne connais personne d'aussi bien. » Il y a trois mois, un autre adolescent d'Al-Mughayyir a été tué par l'armée israélienne, à l'intérieur du village, après la prière du vendredi. Ce fut déjà un choc pour la communauté, et notamment pour Aws Al-Naasan, se souvient sa tante : « C'était un ami proche de Mohamed. Et il a dit : "Si Dieu le veut, moi aussi je vais mourir comme lui". » La famille Al-Naasan est marquée par le deuil : un autre habitant du village a été tué dans cette attaque. C'était un oncle d'Aws. Son père, lui, avait été tué en 2019, par des colons déjà. La grand-mère, qui élevait les enfants, vivait donc avec la peur au ventre. « J'avais toujours peur pour lui, où qu'il aille, témoigne-t-elle. Au coucher du soleil, il se rendait au centre du village. Je lui disais de faire attention, qu'il y avait des soldats. Il répétait : "Ne t'inquiète pas pour moi." Mais je l'attendais ici jusqu'à son retour. S'il était dehors, je n'étais pas tranquille. » À lire aussiLes prisonniers palestiniens en Israël subissent de mauvais traitement, pointe une ONG israélienne « Je ne peux plus sortir du village comme avant » Selon les habitants, l'armée israélienne entre quotidiennement dans le village. Et les environs d'Al-Mughayyir sont encore plus dangereux. Youssef a 15 ans. Il est un cousin d'Aws Al-Naasan. « Je ne peux plus sortir du village comme avant », dénonce-t-il. Depuis le 7 octobre 2023, la violence israélienne contre les communautés palestiniennes de Cisjordanie a augmenté. Des communautés bédouines ont été chassées de force par des colons. Des écoles détruites. Les opérations militaires se multiplient. Au point que depuis deux ans, les écoles ont dû mettre en place un plan en cas d'attaque. Bassam Abu Asaf est le directeur de l'école d'Al-Mughayyir. « Les élèves ont bien sûr été formés à la procédure d'évacuation cette année, peut-être deux fois ou plus, explique-t-il. Nous devons respecter ce plan d'urgence. De plus, chacun dans l'équipe de l'école a été chargé d'un point de ce plan. Chacun a ses propres responsabilités et ses propres missions. » Le récit de l'armée israélienne diffère de celui des habitants. Elle évoque une confrontation entre Israéliens et Palestiniens, précise avoir ouvert une enquête. Mais le suspect des tirs, un soldat réserviste, n'a pas été arrêté. Selon une étude du quotidien britannique Guardian, aucun Israélien n'a été jugé pour le meurtre de civils palestiniens en Cisjordanie depuis 2020. À lire aussiCisjordanie occupée: l'accès à l'eau des Palestiniens de plus en plus ciblé par des colons israéliens

Le 7 mai, le Royaume-Uni votera pour des élections locales et pour les Parlements écossais et gallois, qui ont une certaine souveraineté, en particulier en matière de santé et d'éducation. Depuis plus d'un siècle, ce sont les travaillistes qui gouvernent la nation galloise. Mais ce 7 mai pourrait bien marquer un changement de taille : les indépendantistes sont en tête des sondages. De notre envoyée spéciale de retour de Cardiff, Dans une rue résidentielle du nord de Cardiff, la capitale galloise, Zaynub Akbar frappe aux portes pour convaincre les électeurs de voter Plaid Cymru, parti indépendantiste de gauche, ce 7 mai. À 28 ans, elle a toujours connu une administration travailliste au pays de Galles. Le gouvernement gallois pourrait pour la première fois être dirigé par les indépendantistes. Pour autant, le parti fait campagne sur les sujets du quotidien, les Gallois dénoncent le manque d'investissements dans les services publics et la perte de pouvoir d'achat. « L'indépendance du pays de Galles n'est pas au programme. Nous avons d'autres priorités, d'autres problèmes à régler : la santé, l'éducation, les transports, liste la candidate. Il faut déjà s'occuper de ces choses-là. L'indépendance, ce n'est pas le sujet pour ce mandat. » Dans cette maison verte, qui a accroché le dragon gallois au-dessus de sa porte, on a toujours voté travailliste. « Mais ça fait 25 ans que les travaillistes sont là et la situation n'est pas terrible, déplore son habitante, ils accusaient toujours le gouvernement centralisé conservateur de ne pas donner assez d'argent. Maintenant qu'on a le Parti travailliste au gouvernement à Londres, rien ne change ! » À lire aussi«La haine nous divise»: au Royaume-Uni, large mobilisation contre la montée de l'extrême droite Les indépendantistes contre le parti d'extrême droite Reform UK Dans les urnes, Plaid Cymru, à gauche, devra affronter Reform UK, le parti d'extrême droite nationaliste et anti-immigration, donné juste derrière les indépendantistes. La candidate s'adresse aux indécis. « Beaucoup d'électeurs veulent simplement du changement. Face à nous, il y a deux futurs très différents : Plaid Cymru ou Reform. Il s'agit seulement d'expliquer la différence entre les deux, qu'ils décident lequel leur parle le plus, défend Zaynub Akbar. Beaucoup de gens ont voté Labour ou conservateur toute leur vie, et ils ont du mal à changer ! » Tasse de café à la main, Robin fait partie de ceux-là. « J'ai grandi dans une région minière où on a toujours voté travailliste. Je ne suis vraiment pas fan de Reform UK et de ses idées, explique-t-il. Or ici, ça va se jouer entre eux et Plaid Cymru, donc je voterai pour ces derniers. » Même s'il s'attend à une victoire électorale, Plaid Cymru aura fort à faire pour contenter tous les Gallois. « En général, en Angleterre, les zones urbaines tendent à voter Verts. Au pays de Galles, ces zones soutiennent largement Plaid Cymru, analyse Laura McAllister, professeur de politique galloise à l'université de Cardiff. Seulement, Plaid Cymru attire aussi la communauté agricole. Il faudra réussir à concilier ces deux électorats, en particulier sur les questions environnementales. » Pour former une coalition, Plaid Cymru n'exclut ni les travaillistes, ni les Verts. À lire aussiRoyaume-Uni: les Verts emportent une législative partielle et s'emparent d'un bastion travailliste

Dans l'ouest de l'Ukraine, la minorité roumaine s'interroge sur l'avenir de sa langue et de sa culture, notamment avec les réformes dans l'éducation. Dans un contexte de guerre, ces questions restent sensibles et soulèvent un enjeu plus large : comment concilier unité nationale et respect des minorités. Un reportage de notre envoyée spéciale dans la région de Tchernivtsi, à retrouver dans la longueur dans le podcast Accents d'Europe. À écouter dans Le tour du monde des correspondantsLa langue, un enjeu politique en Ukraine, en Espagne, en Chine et en Inde

Tentative de meurtre, trafic de drogue, fraude fiscale aggravée, quatre procès défraient la chronique judiciaire en Allemagne, et plus précisément au sud du pays, à Stuttgart. La mafia italienne est impliquée car depuis plusieurs décennies, sa branche calabraise, la 'Ndrangheta, a tenté d'infiltrer l'économie et le petit commerce. Les autorités policières et judiciaires semblent relativement désarmées face au phénomène. Un reportage de notre correspondante à Berlin à retrouver dans la longueur dans le podcast d'Accents d'Europe. À lire aussiLa mafia en Italie: les racines tentaculaires d'un mal mondialisé

Singapour est le deuxième pays au monde qui utilise le plus les agents d'intelligence artificielle (IA), selon un rapport de l'entreprise Salesforce. La cité-État dispose d'une stratégie nationale pour développer l'IA et prévoit d'investir 1 milliard de dollars dans la recherche pour les cinq ans à venir. Le budget 2026 prévoit un accès premium gratuit à des IA génératives pour les citoyens suivant des ateliers de formation. Les plus jeunes ne sont pas oubliés : entre volonté de ne pas rater le coche et besoin de cadrer l'usage, des écoles maternelles et primaires utilisent depuis plusieurs années l'IA. De notre correspondante de retour de Singapour, Singapour, 6,11 millions d'habitants, est connu pour sa première place au test Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) et pour son attrait pour les agents d'IA. Rien de surprenant, donc, que la cité-État introduise l'intelligence artificielle dans son système éducatif. Côté université, par exemple, la NTU, université nationale de Nanyang, imposera des cours d'initiation à l'IA à tous ses étudiants à la prochaine rentrée d'août 2026. Cette technologie fait aussi son chemin dans les plus petites classes. Les applications éducatives à base d'intelligence artificielle voient leurs ventes augmenter, de +30 à 75 % selon les entreprises. « Comment a-t-on fait pour obtenir cette illustration ? », interroge une enseignante devant sa classe. « Gemini ! », répond un écolier âgé de 5 ans, qui connaît déjà un outil d'intelligence artificielle générative. Avec ses camarades, ils s'en servent une fois par semaine pour écrire et illustrer une histoire. À lire aussiL'IA est-elle une chance pour l'éducation? « Le robot les expose à plus d'informations, de vocabulaire et de formes syntaxiques » Parmi les logiciels utilisés : un robot conversationnel dérivé de ChatGPT. L'école maternelle l'a paramétré pour s'adapter à l'âge des enfants. L'enseignante, Jasmine, l'utilise depuis trois ans : « Le robot leur propose de nouveaux mots peu communs. Donc comparé aux livres pour enfants, le robot les expose à plus d'informations, de vocabulaire et de formes syntaxiques. » Dans la salle d'à côté, des élèves de 6 ans ont cours de chinois. Sur leur tablette, un jeu leur fait réviser la lecture et l'écriture pendant 20 minutes. « J'identifie les caractères chinois. C'est rigolo ! », réagit un élève. L'intelligence artificielle personnalise ici les exercices. Elle cible les points faibles de chaque enfant. La scolarité coûte près de 1 400 euros par mois dans cette maternelle privée. Elle a été fondée par une entreprise de logiciels éducatifs dont Richard Yen est le directeur : « Les professeurs restent les personnes les plus importantes pour enseigner aux enfants. Mais l'IA peut être un très bon assistant de révision. Cette génération est née avec l'IA, on ne peut pas vraiment l'empêcher d'accéder aux écrans. Singapour est un petit pays. On n'a pas de ressources naturelles, donc la technologie et l'IA seront très importantes pour notre futur. » À lire aussiL'enseignement 100% IA du David Game College de Londres Un usage de l'IA encadré dans les écoles publiques Le ministère de l'Éducation produit ses propres outils éducatifs basés sur l'IA. Mais pour le moment, l'usage reste variable. Victor, 10 ans, inscrit dans une école publique, confirme : « À l'école, nous, on n'utilise pas l'IA, mais ma maîtresse, oui, pour évaluer nos examens. » Rien d'étonnant : à Singapour, près de trois professeurs sur quatre déclarent utiliser de l'IA pour préparer leurs cours ou réaliser des tâches administratives. Pour les élèves, le ministère de l'Éducation recommande un usage encadré dès 9-10 ans – l'équivalent de la classe de CM1. Pour Jessica, mère de deux écoliers, c'est une bonne mesure : « Je pense que l'IA arrive dans nos vies, donc autant préparer les enfants à bien l'utiliser. Ma seule crainte, ce serait que les enfants ne sachent plus faire des choses simples, en se reposant sur l'idée que l'IA va répondre à leur place. Les enfants ont besoin de résoudre des problèmes. » À ce sujet, le ministre de l'Éducation, Desmond Lee, se montre très clair : « Les élèves singapouriens doivent aussi, d'après lui, comprendre le fonctionnement de l'IA, ses risques et rester maîtres de l'outil, en cultivant, notamment leur esprit critique. » À lire aussiL'intelligence artificielle dans l'enseignement: seuls 20% des enseignants l'utilisent

En plein centre du Caire, sur le Nil, la petite île rurale de Qorsaya abrite des pêcheurs d'un genre nouveau. Depuis plusieurs années, une entreprise rachète les déchets plastiques qu'ils récupèrent dans leur filet. En plus de compenser la baisse de revenu liée à la diminution des ressources en poissons, l'initiative participe de la dépollution du plus long fleuve du monde. De notre correspondant au Caire, Saïd lâche les rames de sa frêle embarcation, plonge la main dans l'eau et en ressort une bouteille de soda. « Ça, c'est du plastique qui traîne sur le Nil. Nous, on le ramasse, on le collecte et on le rapporte. » Comme de nombreux pêcheurs de Qorsaya, en Égypte, le quarantenaire à l'épaisse moustache récolte aujourd'hui deux types de produits : « En pêchant, on trouve ces bouteilles en plastique flottant dans l'eau ou près des barques, sur les rives. Alors, nous pêchons du poisson d'un côté et nous récupérons aussi ces bouteilles en plastique de l'autre. Nous vendons le tout et nous contribuons aussi à nettoyer le Nil. » Depuis maintenant cinq ans, une initiative baptisée VeryNile rachète à ces pêcheurs le plastique au kilo. Une fois débarqués, les bouteilles, sacs plastiques et autres emballages qui ne sont pas envoyés au compacteur terminent à l'atelier. Amna, responsable marketing de VeryNile, nous fait la visite. « Notre idée, c'est de faire de l'''upcycling'' (surcyclage, ou refaire du neuf avec du vieux, NDLR) des sacs en plastique. Alors, après le tri, les femmes commencent à travailler dessus, comme ça. » Dans une pièce remplie de sacs plastiques, quatre femmes sont occupées à les découper, à les travailler. « Moi, je suis née ici, sur cette île. Un jour, il y a une ingénieure qui s'appelle Salma qui est venue parler avec les gens pour savoir s'ils voulaient travailler avec elle. C'est comme cela que ça a commencé, avec quatre personnes », raconte une employée. À lire aussiChallenge App Afrique 2026: une dixième édition pour un monde plus propre! 90% ou 95% des employés sont des habitants de l'île de Qorsaya De l'autre côté de la porte, se trouve un atelier de couture. Devant des machines à coudre, plusieurs femmes s'affairent. Toutefois, elles n'utilisent pas de tissus, mais travaillent avec des morceaux de plastique. « Ici, nous faisons le design, nous brodons et nous trions. Ensuite, on amène le tout au fer à repasser, pour que ça devienne un sac », explique une couturière de l'atelier. Fait à moitié de tissu et de plastique recyclé, la besace va rejoindre l'un des nombreux magasins du Caire qui revendent les accessoires fabriqués ici. « Près de 90% ou 95% des employés du centre sont des habitants de l'île de Qorsaya, détaille Hany Fawzy, directeur de projet pour VeryNile. Quand nous avons commencé sur l'île, nous avons commencé avec l'idée du compacteur, pour compacter les déchets. Ensuite, les épouses des pêcheurs nous ont dit qu'elles aimeraient travailler avec nous. C'est de là qu'est venue l'idée d'un atelier d'''upcycling'' pour les femmes : recycler les sacs en plastique et en faire des produits. » Près de 500 tonnes de plastiques ont été collectées depuis le lancement de l'initiative. À lire aussiPollution plastique: les États africains en première ligne à Genève pour tenter de limiter la catastrophe

Mise sous pression par le blocage du détroit d'Ormuz, Taïwan tente de relancer son programme nucléaire. La petite île au large de la Chine importe plus de 95% de son énergie et est en temps normal sous pression, notamment vis-à-vis de son industrie de semi-conducteurs très gourmande en énergie. Pour assurer à Taïwan une meilleure autonomie, le président taïwanais, dont le parti était le fer de lance antinucléaire du pays, annonce vouloir relancer les centrales nucléaires taïwanaises, à peine un an après leur fermeture. De notre correspondant à Taipei, Le petit port de pêche touristique de YeLiu, au nord de Taïwan, est situé à quelques kilomètres seulement de l'une des deux centrales nucléaires concernées par le projet de réouverture. Son dernier réacteur a été mis hors service il y a seulement trois ans, mais ces habitants attablés pour le déjeuner pensent que le remettre en route est la seule solution viable. « Pourquoi est-ce qu'ils veulent relancer le nucléaire ? Parce qu'à Taïwan, on manque d'électricité ! Le charbon, ça pollue. L'éolien n'est pas assez efficace. Le nucléaire, par contre, si c'est bien géré, aucun problème », assure un homme. Pragmatiques, ces Taïwanais pensent moins aux risques d'accidents nucléaires qu'aux opportunités d'emploi dans la région. « Ça fait aussi plus de travail pour notre communauté, il y a plus d'avantages que d'inconvénients », complète-t-il. L'annonce de relance de centrale n'enchante guère les associations opposées au nucléaire Mais à Taïwan, le nucléaire est loin de faire l'unanimité. Pour la secrétaire générale de la plus importante association citoyenne opposé au nucléaire, le traumatisme de l'accident de Fukushima ne doit pas être oublié : « Le séisme de 2011 qui a provoqué l'accident nucléaire de Fukushima a eu beaucoup d'impact sur Taïwan. Taïwan et le Japon sont des régions similaires, avec de nombreux séismes. Il faut continuer à tirer les leçons de cet événement. Quand on a la preuve de nouvelles failles géologiques, on ne devrait pas relancer le nucléaire. » Après l'accident de Fukushima, des centaines de milliers de personnes ont manifesté plusieurs années dans les rues, au prix d'une victoire : celle de l'arrêt total de tous les réacteurs du pays. La dernière centrale a fermé ses portes en mai 2025. Avec cette annonce de relance, le mouvement antinucléaire est prêt à s'opposer une nouvelle fois au gouvernement. « Nous espérons pouvoir cette fois encore gagner, car en réalité, les problèmes d'hier et ceux d'aujourd'hui n'ont pas changé. Taïwan est toujours une région à forte activité sismique. Et les centrales nucléaires de Taïwan sont toujours situées dans des zones urbaines densément peuplées. Nous estimons que les conditions n'ont pas changé. Nos inquiétudes restent les mêmes », poursuit-elle. À lire aussiTaïwan: manifestation de rejet du nucléaire La Chine veut « offrir à Taïwan une garantie fiable pour sa sécurité énergétique » Bien consciente des difficultés de Taïwan pour assurer son autonomie énergétique, la Chine tente elle aussi de s'immiscer dans le débat, via son porte-parole des affaires taiwanaises, quelques semaines après le début de la guerre en Iran. « Après une réunification pacifique, nous pourrions tout à fait compenser les pénuries de Taïwan en électricité, en gaz naturel, en pétrole brut... et offrir à Taïwan une garantie fiable pour sa sécurité énergétique », alimente le porte-parole. Pour ne dépendre ni du détroit d'Ormuz, ni de la Chine, le gouvernement taïwanais espère pouvoir relancer deux de ses centrales nucléaires d'ici 2029. À lire aussiTaiwan : l'île des Orchidées, un paradis radioactif

Entre 2016 et 2018, la Turquie a vécu sous état d'urgence dans la foulée de la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016. Pendant cette période, des milliers de professeurs, enseignants et syndicalistes turcs opposés au régime du président Recep Tayyip Erdogan ont été limogés. Accusés d'avoir des liens avec des organisations terroristes, ils avaient été mis au ban de la société. Récompensé de l'Ours d'or du Meilleur film de la Berlinale 2026, Yellow Letters, le long-métrage d'İlker Çatak, se penche sur leur sort et réveille de douloureux souvenirs chez ces anciens membres du corps enseignant. De notre correspondante à Ankara, Can Irmak Özinanir, 44 ans, cligne des yeux à la sortie du cinéma. Il vient de voir le film Yellow Letters dont il entend parler depuis plusieurs jours. Cet ancien universitaire a été limogé par décret-loi en 2017 en Turquie. Ce film raconte en partie son histoire, ces années de flou, dans l'attente d'une décision de justice favorable. « L'incertitude, c'est le sentiment dominant ces dernières années. Ne jamais savoir ce qu'il va se passer. Et c'est une période d'incertitude qui s'installe dans le temps long. Il y a des périodes où j'avais une grande confiance en moi car nous avons bénéficié d'une grande solidarité. Mais il y a aussi des périodes où je me suis senti très seul et où cela s'est traduit par de la colère envers mon entourage », raconte Can Irmak Özinanir. À lire aussiBerlinale: le festival teinté de polémiques s'achève avec l'Ours d'or pour «Yellow Letters» d'Ilker Catak « Pas besoin de l'État pour vivre, pour survivre » Nous sommes ici dans les couloirs de la célèbre université d'Ankara, celle qu'a choisie le réalisateur Ilker Catak pour démarrer son film. Mustafa Kemal Çoşkun, 56 ans, fait partie des universitaires limogés par décret-loi. Il a fini par être réintégré il y a trois ans, après plusieurs années de petits boulots. « Quand on est communiste, on apprend vite. J'ai appris beaucoup de choses. Par exemple, après avoir été limogé, j'ai monté un cabinet d'études. Après, j'ai repassé les concours d'entrée à l'université d'Ankara et j'ai intégré la faculté d'informatique. J'ai appris la programmation. J'ai aussi appris un programme Da Vinci Resolve. Je me suis mis à mon bureau et j'ai appris. On a pas besoin de l'État pour vivre, pour survivre », confie-t-il. À lire aussiLe réalisateur allemand Ilker Çatak en un mot, un geste et un silence Aucune décision de justice ne fera justice Au centre d'Ankara, dans le quartier de Kizilay, le bar Zurafa a ouvert ses portes il y a un peu plus d'un an. C'est Veli Sacilik, 49 ans, qui le gère avec sa compagne. Amputé de son bras droit lors d'un séjour en prison, c'est le seul métier qu'il peut faire aujourd'hui, assure-t-il. Comme de nombreux fonctionnaires, il a perdu son travail pendant l'état d'urgence. Alors, quand Yellow Letters est sorti, il a tenu à emmener sa fille de 15 ans voir le film : « J'ai emmené ma fille voir le film car elle a aujourd'hui le même âge que le personnage d'Ezgi dans le film, et qu'elle a vécu des périodes très similaires. Je voulais qu'elle comprenne ce que son père et sa mère avaient traversé. » Comme d'autres limogés, Veli Sacilik accuse la Cour européenne des droits de l'homme de les avoir abandonnés à leur sort. La Cour avait en effet stipulé que toutes les voies internes de justice devaient être épuisées avant d'examiner leurs dossiers. Pour l'heure, les réintégrations se font au compte-gouttes. Certains ont repris les chemins de l'université, d'autres attendent encore une décision du Conseil d'État. Mais ils l'assurent : aucune décision de justice ne leur rendra ces dix années d'errance. À lire aussiEntretien avec Ilker Çatak sur «Yellow Letters», le splendide Ours d'or 2026

Si vous venez en Grèce, on vous servira du « siga siga » à toutes les sauces. C'est une expression dont les Grecs sont particulièrement friands. Et celle-ci est devenue une tendance dans le tourisme. « Pour prendre un café, on s'assied pendant deux heures », explique Alex, un comédien de profession qui sirote son café depuis un bon moment à la buvette du parc Areos, dans le centre d'Athènes, la capitale de la Grèce. Littéralement, « siga siga » veut dire « lentement, doucement ». Et il n'est pas rare de voir des Grecs reprocher en ces termes à des étrangers de boire leur café beaucoup trop vite. « La culture grecque de l'Antiquité a beaucoup à voir avec la conception du temps. Et ça, c'est une part véritablement importante de la culture qui s'est transmise à travers les siècles. La vie n'a aucun sens si on court tout le temps. Il faut la vivre "siga siga" », développe Alex. À lire aussiÀ Rhodes, le tourisme-roi face aux défis du développement durable Le « siga siga », une nouvelle tendance du tourisme À quelques pas de la buvette, une dizaine d'hommes sont regroupés autour d'une minuscule table où deux joueurs s'affrontent au backgammon. C'est un groupe d'amis, tous retraités, qui vivent leur propre version du « siga siga ». Mais quand le mot est lancé, ils se hérissent. « En Europe, ils vont encore dire que nous ne travaillons pas », s'inquiète l'un d'entre eux. « Nous avons ici des rythmes différents de l'Europe ou de l'Amérique, par exemple », explique un autre. Les étrangers, ils adorent ça, le « siga siga ». D'ailleurs, c'est une nouvelle tendance dans le secteur du tourisme. « Siga siga » devient une vision de la vie aux antipodes de la culture de la productivité, une façon de se recentrer sur l'essentiel. C'est un état d'esprit. Effie Papadopoulou a fondé Slow Travel Greece en 2010, la première agence de ce type en Grèce. Maintenant, la mode s'est étendue, de même que la tendance « wellness », le tourisme « bien-être ». La retraite de yoga dans les Cyclades, pour Effie, c'est vraiment bateau : « Au lieu de cela, j'organise des ateliers de peinture d'icônes dans un milieu rural avec des artistes locaux. Pour moi, le "slow travel", c'est nourrir son âme, pas suivre des tendances. Et les retraites yoga, c'est vraiment tendance. » L'esprit « siga siga », c'est peut-être dans le fameux poème du Grec Constantin Cavafy qu'on le retrouve le mieux : « Quand tu partiras pour Ithaque. Souhaite que le chemin soit long. Riche en péripéties et en expériences. N'écourte pas ton voyage. » À lire aussi«Siga-siga», boutique sans argent

À Nabatiyeh, grande ville commerçante du sud du Liban devenue ville fantôme, les services de secours ont été durement frappés par les bombardements israéliens. Au total, au Liban, plus de 100 secouristes ont perdu la vie depuis la reprise de la guerre, le 2 mars 2026. Les hôpitaux sont aussi menacés et des centres de santé ont été détruits ou ont dû fermer, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et dans le sud du Liban. Le ministère de la Santé libanais dénonce des attaques répétées contre le secteur de la santé. De notre correspondante de retour de Nabatiyeh, À Nabatiyeh, au Liban, les secouristes sont considérés comme des héros. Uniforme bleu et rouge, gilet pare-balles, Mohamad Khayyat ne profite pas vraiment de cette trêve de papier. « Il y a une trêve, mais même les drones sont toujours là : hier, il y avait beaucoup d'avions de guerre dans le ciel, et la veille aussi. C'est clair qu'ils violent déjà la trêve. Nous, en tant qu'équipe de secours, nous restons présents et prêts à servir les gens en cas d'incident », confie-t-il. Responsable des opérations des ambulanciers de Nabatiyeh, Mohamed a perdu plusieurs collègues. « Malheureusement, nous avons payé un lourd tribut – un tribut qui ne peut pas être compensé : la perte de nos jeunes, de nos vies. » Il dénonce le ciblage à répétition des secouristes par Israël. « La première fois, deux jeunes, Joud et Ali, étaient sur une moto quand ils ont été ciblés. Puis, deux jours avant la trêve, notre martyr Mahdi a été directement ciblé alors qu'il était dans une ambulance, en train d'accomplir son devoir pour aider nos collègues des autres associations de secours, qui avaient déjà été frappés par une première et une deuxième frappe. Nous sommes allés leur porter secours et soutien pour évacuer les blessés. Notre ambulance a elle aussi été ciblée par une troisième frappe. » À lire aussiLiban: la santé en péril « C'est comme s'ils nous poussaient à partir » Ces trois frappes successives ont fait quatre morts qui viennent s'ajouter aux plus de 100 secouristes tués par Israël depuis le début de la guerre. À l'hôpital du Secours populaire de Nabatiyeh, les chambres des patients hébergent désormais les soignants et les pompiers. « On héberge les gens des organisations qui aident comme la nôtre. Sinon, on ne pourrait pas travailler, explique Mona Abou Zeid, qui dirige l'hôpital. Regardez, vous voyez cet immeuble ? Maintenant, il est complètement à terre. Il était à 200 mètres, mais le souffle était très fort, c'était un grand immeuble. La fumée est arrivée jusqu'ici, le verre était cassé partout. Des gens dormaient ici. » Au moins 59 centres de soins et six hôpitaux ont été détruits ou ont dû fermer. « On ne se sent pas très en sécurité. Il n'y a aucun respect du droit international, qui protège les secouristes, les hôpitaux. À la fin, si personne ne nous protège, aucune loi, qui va protéger la population ? Le jour où ils vont bombarder l'hôpital, qui va rester ? C'est comme s'ils nous poussaient à partir. » Viser intentionnellement des secouristes ou des hôpitaux est un crime de guerre. À lire aussiLe secteur libanais de la santé dans le viseur de l'armée israélienne

Ce dimanche 26 avril, l'Ukraine commémorera les 40 ans de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Une catastrophe environnementale et humaine qui a entraîné l'évacuation de dizaines de milliers de personnes de la région dans les jours qui ont suivi l'explosion du réacteur numéro 4. Parmi elles, des travailleurs de la centrale qui ont vu leur vie basculer ce 26 avril 1986. Ils partagent leurs souvenirs et racontent les conséquences de la catastrophe nucléaire pour eux et pour leurs familles. De notre correspondante à Kiev, À Troieshchyna, un quartier résidentiel du nord-est de Kiev, des cerisiers en fleurs et des barres d'immeubles identiques d'une vingtaine d'étages se dressent. C'est dans ces bâtiments qu'après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, des liquidateurs et leurs familles ont été évacués. Volodymyr Vassilievitch faisait partie de la police routière qui évacuait des civils à l'époque. Il nous raconte les premiers jours après la catastrophe. « Nous avons embarqué dans un véhicule blindé, se rappelle-t-il. La cabine était recouverte de plomb pour bloquer les rayons radioactifs et nous sommes partis à l'hôpital. » Entre avril 1986 et 1988, Volodymyr a participé à des dizaines d'évacuations. Aujourd'hui, on estime qu'environ 300 000 personnes ont été déplacées de la zone. À l'époque, l'ampleur du désastre et de ses conséquences humaines et environnementales n'était pas encore connue, aussi bien pour les évacués que pour les fonctionnaires en charge des opérations. Volodymyr, lui, a été irradié pendant ses nombreuses missions et diagnostiqué à l'automne 1986. Après un premier séjour à l'hôpital, il a repris les évacuations puis a fait un accident cardiovasculaire. « En 1987, un AVC m'a paralysé tout le côté gauche. Je ne pouvais plus parler, explique-t-il. Mon visage et ma langue étaient déformés comme ceux d'un cadavre. J'avais alors 46 ans et j'en ai maintenant 86. » À lire aussiNatalia Manzurova, «liquidatrice», survivante de Tchernobyl Des alentours interdits au public En bas de son immeuble, Lioubov, 55 ans, discute avec ses voisines. Dans son enfance, elle a passé ses vacances dans ce qui est devenu la zone d'exclusion. « Mon oncle était liquidateur, il travaillait à la centrale. Avant cela, ça ressemblait à un conte de fées. Vous savez, il y a une rivière là-bas, si belle, et une forêt, des lacs, décrit-elle. Et quand nous sommes revenus au fil des années, tout était encore là, intact, comme si c'était hier. » Elle a aussi essayé de voir le nouveau sarcophage qui protège le monde des émanations radioactives du réacteur quatre, mais les alentours de la centrale sont inaccessibles au public. « Peut-être qu'il faut une autorisation spéciale. Il paraît que cette année, personne n'est autorisé à entrer dans la zone », relate-t-elle. Et pour cause, la zone d'exclusion est également devenue un théâtre de guerre. En février et mars 2022, elle a été occupée par les troupes russes. Pourtant, la mémoire de la catastrophe de Tchernobyl devrait servir de mise en garde pour prévenir tout nouvel incident nucléaire majeur, dont les conséquences pourraient s'étendre bien au-delà des frontières de l'Ukraine. À lire aussiUkraine: à Tchernobyl, Greenpeace craint de nouveaux rejets de radioactivité

En 2022, le gouvernement turc faisait adopter une loi punissant de prison tous ceux condamnés pour « propagation d'informations contraires à la vérité ». À l'époque, les ONG de défense de la liberté de la presse dénonçaient un nouvel instrument pour museler la presse indépendante, ce que démentait le pouvoir. Quatre ans plus tard, le constat est sans appel, les journalistes sont les premières victimes de cette loi « sur la désinformation ». Retrouvez l'intégralité de ce reportage dans l'émission Accents d'Europe.

La région de Querétaro, à trois heures de la capitale, se présente désormais comme un hub des technologies digitales et de l'innovation. Les géants de l'Internet s'y installent pour construire des centres de données. Une bonne nouvelle pour l'économie de la région. Mais se convertir en arrière-boutique de l'intelligence artificielle (IA) a un prix. Derrière les discours et les promesses de croissance, se trouve la réalité des habitants qui ne profitent pas des retombées. Des centres qui consomment énergie et eau en grande quantité dans une région semi-aride. De notre envoyée spéciale à Querétaro, À la périphérie de la ville de Querétaro, dans la localité de La Esperanza, Monserrat Sanchez tient dans sa maison un petit restaurant où elle vend des tacos. Comme de nombreux habitants ici, la jeune femme ne reçoit l'eau courante que deux ou trois jours par semaine. « Regardez, le robinet est ici. Non, il n'y a rien », montre-t-elle. Ce dernier mois, elle est restée trois semaines sans eau. « Je crois que c'est à cause de tous ceux qui viennent ici, les entreprises et les usines qui sont là », ajoute-t-elle. Interrogée sur l'évolution de la situation, elle répond : « On n'a jamais eu autant de problèmes, je crois que cette année c'est la pire. On s'y habitue. De toute façon, on ne s'intéresse pas à nous, que peut-on faire ? » Pendant que la population lutte au quotidien pour accéder à l'eau, l'industrie de Querétaro se développe à grande vitesse, en particulier le secteur du cloud et du stockage en ligne. Dans d'immenses hangars ultra-sécurisés, les géants du web hébergent leurs centres de données. D'autres sont attendus dans les prochaines années, fruit d'un investissement de 12 milliards de dollars. Une aubaine pour le gouvernement local, malgré la réputation de ces infrastructures d'être très gourmandes en énergie et en eau, notamment pour leurs systèmes de refroidissement. Marco Antonio Del Prete, secrétaire local du développement durable, affirme cependant que les centres de données installés à Querétaro utilisent beaucoup moins d'eau. « Ils utilisent un circuit d'eau fermé qui remplit un réservoir. N'est alors remplacée que l'eau perdue par condensation ou évaporation. Ils ne consomment pas d'eau en continu. Selon les rapports que nous avons, leur utilisation est beaucoup moins intensive… au moins ici, au Querétaro », précise-t-il. Interrogé sur des chiffres précis, il répond : « Non, parce que ce n'est pas une obligation de le demander. » Faute de transparence et de contrôle, la consommation réelle de ces centres de données à Querétaro reste floue. Les estimations varient selon les acteurs et les technologies employées. Néanmoins, les autorisations délivrées par la Commission nationale de l'eau (Conagua) concernent plusieurs millions de litres par an. « Le centre de données d'Amazon consomme la même quantité d'eau que deux villages », souligne Erick Silva, député local d'opposition. Ce dernier porte un projet de loi visant à donner la priorité à la population en matière d'accès à l'eau. Il dénonce l'encouragement à installer de nouvelles entreprises dans cette région semi-aride. « Puisque la Conagua nous a classés comme une zone à haut risque en ce qui concerne la période d'étiage, sur quelles bases peut-on proposer à ce type d'entreprises de venir installer des centres de données ici, à Querétaro ? » s'interroge-t-il. Au Mexique, l'État de Querétaro se positionne ainsi au cœur d'un secteur promis à contribuer à plus de 5 % du PIB national d'ici 2029. Mais dans un contexte où les ressources hydriques sont déjà surexploitées, la question de la répartition de l'eau entre la population et l'industrie devient de plus en plus pressante. À lire aussiÉtats-Unis: Instagram et YouTube condamnés dans un procès inédit sur l'addiction aux réseaux sociaux

C'est un impact insolite de la guerre en Iran : au Royaume-Uni, l'emblématique fish and chips voit son prix s'envoler. Si de nombreux secteurs économiques sont affectés par la hausse du carburant à travers l'Europe, les pêcheurs sont particulièrement vulnérables et certains hésitent parfois désormais à sortir. Un reportage dans la petite ville portuaire de Newhaven, sur la côte sud de l'Angleterre, à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiAvec la flambée des prix du carburant, des bateaux de pêche restent à quai

Ce lundi 20 mars se tiendra le premier sommet France-Pologne depuis la signature du traité de Nancy, un traité pour renforcer la collaboration entre les deux pays signé il y a presque un an. Depuis le retour au pouvoir de Donald Tusk fin 2023, la Pologne est redevenue une puissance centrale de l'Union européenne, portée par l'économie la plus dynamique de la région. De notre correspondant à Varsovie, Dans les rues de la capitale, les Varsoviens ressentent le développement économique du pays dans leur portefeuille depuis quelques années, pour le meilleur comme pour le pire. Les bras chargés de deux sacs de courses remplis à ras-bord, Ewa, 80 ans, sort tout juste du centre commercial où elle a l'habitude de faire ses achats. « Même en étant à la retraite, je sens que je vis plus confortablement qu'avant, confie l'octogénaire. Je peux acheter des articles plus haut de gamme, plus chers, de meilleure qualité, mes courses n'ont plus rien à voir. » Comme tous les Polonais, Ewa a vu le pays se transformer drastiquement ces 20 dernières années. Pour Marzena, 67 ans, c'est l'adhésion à l'Union européenne en 2004 qui a été l'élément déclencheur de la transformation du pays. « Avant, selon moi, l'économie n'était pas aussi stable et prévisible qu'elle peut l'être aujourd'hui, analyse-t-elle. Avant, on nous promettait que tout allait changer, qu'on allait reconstruire la Pologne, mais rien ne marchait. Mais depuis qu'on a reçu des fonds européens, on voit que ça fait avancer les décisions politiques. Il suffit de regarder à quoi ressemble la capitale, et surtout le centre ! Et si vous roulez vers l'est, vous pourrez voir l'amélioration de nos infrastructures routières. » Avec un taux de chômage parmi les plus bas d'Europe et 3,6 % de croissance enregistrée en 2025, le pays est désormais la 6ᵉ puissance économique européenne et la 20ᵉ mondiale. Mais à l'École de commerce de Varsovie, le professeur Marius-Jan Radlo met en garde contre les risques d'une croissance essentiellement tirée par le Plan de reconstruction européen, dont les fonds devraient cesser d'affluer d'ici la fin de l'année. « Les pays qui ne financent pas leur propre potentiel de croissance peuvent tomber dans le piège du développement régional : on se développe vite, donc l'aide européenne retombe, alors qu'on n'a pas mis de modèle en place pour se développer de façon autonome », explique le professeur. À lire aussiRafał Trzaskowski : «L'investissement européen a soutenu le miracle économique de la Pologne» Une forte inflation Malgré une hausse certaine du pouvoir d'achat et un salaire moyen qui avoisine désormais les 2 100 euros par mois, les Polonais se retrouvent aussi confrontés à une forte inflation. Dans le quartier résidentiel d'Ursynow, au sud de Varsovie, Marta promène son fils dans une poussette. La jeune maman de 39 ans et son compagnon se félicitent d'avoir acheté leur appartement avant la naissance de leur fils. Cinq ans après l'achat, ils estiment qu'ils ne seraient pas en capacité d'acheter le même bien aujourd'hui. « On l'a acheté à 1 600 euros le m², alors que maintenant, dans notre quartier, on ne peut pas viser un appartement à moins de 4 200 euros le m², témoigne-t-elle. C'est difficile, car les salaires ne sont pas en adéquation avec les besoins et la hausse des prix. » Pour la jeune maman comme pour beaucoup de Polonais, la croissance a un prix que tous ne peuvent pas se permettre de payer. À écouter dans Reportage internationalEn Pologne, la ville de Stalowa Wola attend les fonds européens du programme de défense Safe

En Australie, plus de 30% des foyers sont équipés de panneaux solaires, un record mondial. Mais ces énormes quantités d'électricité produites en plein jour sont en partie gâchées, faute d'être entièrement utilisées ou stockées. C'est précisément sur ce point que le gouvernement australien a décidé d'intervenir, en introduisant un mécanisme de subvention pour les batteries solaires, dont le coût élevé constituait un frein pour les particuliers et les PME. Un dispositif qui, neuf mois après sa mise en place, rencontre un succès dépassant toutes les prévisions. De notre correspondant à Sydney, Après des semaines passées à étudier des devis, John s'est enfin décidé, et c'est aujourd'hui qu'il fait installer une batterie dans sa maison. Elle va emmagasiner l'électricité générée dans la journée par les panneaux solaires dont il est déjà équipé. L'objectif est de ne plus dépendre du réseau électrique traditionnel, même à la nuit tombée, dans une maison plutôt mal isolée : « Il fait très chaud dans cette maison l'été, et on doit faire tourner l'air conditionné toute la journée, seulement pour maintenir la température de la chambre à coucher à 24°C la nuit. » Pour John, son installation lui a coûté environ 4 000 euros. Un investissement rendu possible grâce à des aides de l'État, qui couvrent jusqu'à 30% du coût des batteries pour les particuliers. Le dispositif, introduit en juillet 2025, rencontre un incroyable succès. À tel point que l'enveloppe initiale, 2,3 milliards de dollars qui devait financer le programme jusqu'à 2030, a déjà été entièrement dépensée, contraignant le gouvernement à voter en début d'année une rallonge de 5 milliards de dollars supplémentaires. « Mon chiffre d'affaires a été multiplié par trois ou quatre » Ce dispositif est un véritable coup d'accélérateur pour la transition énergétique, puisque plus de 250 000 foyers se sont équipés de batteries depuis le lancement de cette politique, et la barre des 500 00 pourrait être franchie à l'occasion de son premier anniversaire. Les particuliers ne sont pas les seuls à s'en féliciter. C'est également le cas des installateurs comme Frank, venu avec son équipe mettre en place la batterie de John : « La politique du gouvernement a eu un impact significatif sur mon entreprise. Mon chiffre d'affaires a été multiplié par trois ou quatre ! » Avec plus de quatre millions de foyers équipés de panneaux solaires en Australie, mais moins de 10% d'entre eux disposant également d'une batterie, la marge de progression reste énorme. Reste que les avancées réalisées ces derniers mois ravissent Chris O'Keefe, porte-parole du Clean Energy Council : « Nous installons actuellement 1 000 batteries individuelles par jour en Australie. Donc je pense que la demande était clairement là, même s'il est vrai que la popularité de ce dispositif a surpris autant le gouvernement que les professionnels du secteur. » Si le gouvernement australien continue, en dépit des recommandations de l'Agence internationale de l'énergie, d'approuver l'ouverture de nouveaux forages gaziers et de nouvelles mines de charbon – 35 depuis 2022 –, son pari de produire plus de 80% de son électricité à partir d'énergies renouvelables d'ici à 2035 semble lui en très bonne voie. À lire aussiL'Australie va offrir trois heures d'électricité solaire par jour à ses habitants à partir de 2026

En Irlande, les artistes reçoivent 325 euros par semaine, par l'État. Le Basic Income for the Arts, en français, « le revenu de base pour les artistes », est un programme pilote, qui avait été lancé par le gouvernement pour aider le secteur à se relever après la pandémie de Covid-19. Ainsi, depuis octobre 2022, 2 000 artistes, tirés au sort, perçoivent ce revenu garanti et ont donc pu dire adieu aux jobs alimentaires. Et bonne nouvelle, le programme vient d'être prolongé ! Parmi ces 2 000 chanceux, le peintre Gearoid O'Dea. Dans son atelier, au sud de Dublin, il respire enfin. « Ce dispositif m'a offert de l'espace mental : ça te permet de vivre avec beaucoup moins de stress, et je n'ai plus besoin d'accepter des projets qui ne me ressemblent pas ! La plupart des œuvres ici ont été réalisées grâce au programme ! Je dirais que ça m'a permis d'élargir le champ de mon travail : car aujourd'hui, j'essaie vraiment d'explorer des formats plus ambitieux ». Tandis que Gearoid peint de beaucoup plus grandes toiles, le compositeur Michael Gallen a lui imaginé un tout nouvel opéra, qui lui a valu le Prix Fedora 2025 ! « Avant, j'avais toujours l'impression de vivre au bord du précipice, sans savoir si je pourrais enchaîner un nouveau projet. Je pensais qu'être artiste, c'était forcément sacrifier sa vie personnelle : fonder une famille me semblait impensable… Mais aujourd'hui, je suis papa ! Et ce programme m'a redonné confiance, le sentiment que mon travail compte vraiment pour la société, a de la valeur ! », dit-il. Et une valeur économique tangible : selon un récent rapport, le dispositif aurait déjà généré plus de 100 millions d'euros de bénéfices pour la société irlandaise. Avec ses quatre prix Nobel de littérature et ses icônes musicales - U2, Sinead O'Connor… On pourrait croire l'Irlande paradis des artistes ! Une chance unique pour l'Irlande Mais c'est tout l'inverse : l'Irlande est le pays européen qui consacre le moins à la culture, avec seulement 0,2 % de son PIB. Beaucoup d'artistes créent donc malgré un contexte difficile. « Samuel Beckett avait dû quitter l'Irlande pour s'épanouir en tant qu'artiste ! Sans revenu de base, d'autres talents risquent d'en faire autant, attirés par d'autres pays ou contraints de changer de voie. Ce programme est une chance unique pour l'Irlande d'affirmer sa place comme pays de créativité et d'expression artistique », explique Maria Fleming, présidente de la Campagne Nationale pour les Arts. Le Basic Income for the Arts devait durer trois ans, de 2022 à 2025, mais fort de son succès, il vient d'être prolongé et élargi à 2 000 artistes supplémentaires. Un véritable coup de pouce pour le secteur, qui donnerait même des idées à d'autres pays, comme l'Australie, le Canada ou encore la Corée du Sud, qui se renseignent sur ce dispositif inédit !

La Journée des prisonniers palestiniens se tient officiellement ce vendredi 17 avril. Tout au long de la semaine qui s'est écoulée, et jusqu'à samedi, des proches de Palestiniens détenus dans les geôles israéliennes manifestent un peu partout en Cisjordanie occupée. Ils dénoncent des conditions de détention inhumaines et s'inquiètent de la loi récemment adoptée par le gouvernement israélien, qui prévoit la peine de mort pour les Palestiniens. Si cette loi n'est pas rétroactive et ne concerne pas les prisonniers condamnés dans le passé, les familles, qui n'ont plus de droit de visite depuis le 7 octobre 2023, redoutent tout de même le pire. Reportage de notre correspondante à Ramallah, Ibtissam fait partie des nombreux parents participant à la manifestation. À ses pieds, le portrait d'un visage d'enfant. Son fils, Ismaïl Samer Chouamra, est détenu dans la prison israélienne d'Ofer. « Mon fils de 15 ans est en prison, cela fait maintenant 18 mois, et la situation est très difficile là-bas. On parle d'enfants ! Sans visite, pour les avocats, pour nous, ou le Croissant-Rouge, c'est très dur. » Elle essuie ses larmes. Derrière elle, une banderole affiche un symbole de nœud coulant barré de rouge. Elle est brandie par les manifestants en signe d'opposition à la loi sur la peine de mort par pendaison adoptée par le gouvernement israélien fin mars. Un texte qui vise en premier lieu les Palestiniens. « Chaque jour, l'occupation tue nos jeunes, mais ils voulaient une décision officielle, pour en exécuter davantage », poursuit Ibtissam. Selon le Club des prisonniers palestiniens, 89 détenus sont morts dans les geôles israéliennes depuis le 7 octobre 2023. Des ONG ont documenté des mauvais traitements, des tortures… Maysoun est la mère d'un prisonnier de 27 ans : « Ce n'est pas compliqué, depuis que la loi sur la peine de mort a été adoptée, je ne peux plus dormir. J'y pense sans arrêt. Je tiens avec du café. J'ai très peur pour mon fils, et n'importe quel prisonnier que je considère comme mon fils, un fils de mon pays. » Une loi sur la peine de mort qui ravive la peur des familles de détenus Elle sait que la loi sur la peine de mort n'est pas rétroactive et que celle-ci ne concerne pas les prisonniers condamnés à la perpétuité dans le passé. Mais Maysoun redoute qu'elle ne soit un feu vert à davantage de violences. Elle espère une réaction venue de l'extérieur : « Les pays arabes et tous les autres ne doivent pas abandonner les prisonniers. Il ne faut pas les laisser tomber. J'appelle les institutions internationales, les organisations de défense des droits de l'homme et la Croix-Rouge. Il faut se saisir de ce dossier. » Des représentants politiques sont venus en soutien des familles. Leila Ghennam est gouverneure de Ramallah et al-Bireh : « On peut juste espérer que la folie de ce gouvernement israélien – celui de Ben Gvir, Smotrich, Netanyahu – pourrait servir la cause palestinienne, parce qu'elle montre au monde entier la brutalité de cette occupation et son attachement à la violence et au meurtre. » Plusieurs ONG et opposants à cette loi sur la peine de mort ont déposé un recours devant la Cour suprême israélienne, dans l'espoir qu'elle invalide le texte. De leur côté, les autorités israéliennes assurent respecter les droits fondamentaux des prisonniers. À lire aussiIsraël : le Parlement adopte une loi décriée instaurant la peine de mort pour les terroristes

En Corée du Sud, certains jeunes tombent amoureux d'intelligences artificielles (IA). Conçus pour discuter, réconforter ou simuler des relations amoureuses, les robots conversationnels connaissent un succès croissant auprès des jeunes Sud-Coréens qui développent parfois des relations amoureuses. Un phénomène en pleine expansion qui intrigue les sociologues et inquiète certains parents. Lorsque Joo Hanna a contrôlé le téléphone de son fils de 15 ans, elle ne s'attendait pas à ce que ce dernier passe ses nuits à discuter avec une intelligence artificielle qu'il considère comme sa petite amie : « Nous contrôlons assez strictement son utilisation du téléphone. Mais nous avons découvert qu'il l'utilisait jusqu'à 5 heures du matin pour discuter avec quelqu'un. J'ai donc parlé avec lui, je voulais comprendre ce qui se passait, car cela commençait à affecter sa vie scolaire. Il m'a dit que c'était sa copine d'école. J'ai insisté : ''Est-ce vraiment quelqu'un que tu connais ?'' En réalité, non, il s'agissait d'une IA. » En Corée du Sud, cette histoire n'a rien d'anodin. Comptant plus d'un million d'utilisateurs actifs chaque mois, selon l'entreprise ScatterLab qui l'a conçue en 2024, l'application Zeta permet de discuter avec des personnages générés par IA. L'application figure parmi les dix les plus téléchargées sur mobile par les moins de 20 ans en Corée du Sud. De jeunes utilisateurs qui passent en moyenne deux heures et quarante minutes par jour sur l'application. Park Han-woo, directeur de l'Institut de recherche sur les cyber-émotions à l'université Yeungnam, a étudié cette application et brosse un portrait de ses utilisateurs pour comprendre ce qui les pousse à nouer des relations avec des IA : « Dans de nombreux cas, les utilisateurs qui interagissent avec des IA ont en réalité des amis et un réseau social dans la vie réelle. La majorité des utilisateurs que j'ai rencontrés ont créé des amis virtuels, des partenaires amoureux ou des conseillers émotionnels. Pour eux, interagir avec ces personnages est parfois plus facile que parler avec de vrais humains. » Si l'IA peut simuler l'empathie et l'intimité, réduire la solitude ou faciliter l'expression des sentiments, la relation reste programmée et à sens unique, rappelle le chercheur : « Pour les utilisateurs, l'expérience émotionnelle peut néanmoins sembler très réelle et cela comporte des risques. Si une personne devient trop dépendante des relations avec l'IA, cela peut réduire sa motivation à entretenir ou à nouer des relations dans le monde réel. » Le phénomène reste récent en Corée du Sud. S'il inquiète certains parents, l'utilisation de l'IA conversationnelle reste quand même valorisée et aucune régulation sur ce sujet n'est à ce jour envisagée. À lire aussiAu Japon, l'amour en mode virtuel

Au Honduras, alors que le pays fait face depuis plusieurs mois à une augmentation continue des expulsions de ses ressortissants depuis les États-Unis, le nouveau gouvernement hondurien, élu en janvier, met fin à un programme public de réintégration : « Hermano vuelve a Casa » (« Frère rentre à la maison »), mis en place sous le gouvernement de gauche de Xiomara Castro. Il prévoyait une aide d'environ 100 euros pour chaque migrant ainsi qu'un accompagnement administratif. Le nouveau gouvernement, de droite, dirigé par Nasry Asfura, promet plutôt de recentrer son action sur la réintégration par le travail. Mais pour l'instant, les migrants de retour au pays se retrouvent sans travail et sans aide. Reportage de notre correspondante. À lire aussiLes expulsions de migrants aux États-Unis: quatre questions pour comprendre

Le Liban doit engager des pourparlers avec Israël à Washington, ce mardi 14 avril. La population civile, principale victime des bombardements, n'espère qu'un cessez-le-feu. Elle est encore sous le choc d'un des pires épisodes de cette guerre, le bombardement massif d'immeubles d'habitation à Beyrouth, le 8 avril dernier. Le dernier bilan de ce « mercredi noir » fait état d'au moins 357 morts et près de 2 000 blessés. Reportage dans le quartier de Tallet el Khayat, à Beyrouth, où le bombardement d'un immeuble a fait 12 morts. De nos correspondants à Beyrouth, Plus de peur que de mal pour Hassan Zaatari, employé d'un bureau d'études dans la capitale du Liban, et son équipe, qui se dépêchent de vider les lieux pour s'installer ailleurs. « Nous avions fini le travail. Nous étions rentrés chez nous quand nous avons appris que l'immeuble avait été frappé. Dieu merci, les bureaux étaient vides et aucun de nos employés n'a été tué. Nous essayons de sauver ce que nous pouvons de nos données. Ce côté du bâtiment n'a pas été dévasté, l'autre moitié en revanche a disparu », témoigne-t-il. Au soir de ce « mercredi noir », une ultime salve de missiles s'abat sur l'immeuble résidentiel de huit étages. Parmi les victimes, la poétesse Salma Khatoum. Chadi et ses parents, eux, ont survécu. Le jeune homme, couvert de traces d'éclats sur tout le corps, a vu son monde s'effondrer. « J'étais au lit quand j'ai vu deux missiles traverser le mur juste au-dessus de moi et rentrer dans le sol, se souvient-il. Les chambres ont été détruites, comme le salon, la salle à manger et la cuisine. Ma mère a les mains cassées. Mon père, c'est le cas le plus grave parce qu'il était dans le couloir et il est tombé dans le vide. On est blessés mais saufs, par miracle. » Peu d'espoirs dans les négociations Pour les habitants, rien ne prouve que l'immeuble de ce quartier huppé abritait un membre du Hezbollah. Dans les ruines immenses du bâtiment effondré, les vestiges d'une vie passée : des tapis, des jouets d'enfants, des documents que certains cherchent à retrouver, comme cet homme hissé au cinquième étage grâce à une nacelle de fortune. « Dans ce placard, on avait des vêtements et nos papiers surtout. On ne les a pas trouvés. Pour refaire un passeport au Liban, c'est l'enfer », explique-t-il. L'enfer, c'est de continuer à voir les siens mourir, depuis des décennies, s'émeut Marwan Ido, un voisin. Ce dernier ne croit pas aux négociations directes annoncées ce mardi entre Israël et le Liban. « Négocier pour quoi ? Ces gens sont morts pour quoi ? Pour quelle cause ? Que l'on arrête de mentir. Ce sont tous des menteurs. Ils ne voient que leur intérêt. C'est tout », fulmine-t-il. D'autres Libanais s'accrochent à l'espoir d'un cessez-le-feu, tandis que le bourdonnement menaçant des drones israéliens a repris dans le ciel de Beyrouth. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: au Liban, un rassemblement contre les négociations avec Israël à Washington À écouter aussiLa communauté internationale a-t-elle abandonné le Liban ?

Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a tenu son congrès national à Magdebourg, dans la région de la Saxe-Anhalt, où il espère gagner d'importantes élections régionales en septembre. Pour élargir sa base, le parti cherche aussi à contrôler davantage son organisation de jeunes, critiquée pour sa radicalité. Une nouvelle structure a été créée en novembre, Generation Deutschland, et désormais, c'est au tour des régions de créer leurs organisations locales. Le but affiché : se montrer respectables. Un reportage de notre envoyée spéciale dans la Hesse, près de Fulda, à retrouver dans la longueur dans le podcast Accents d'Europe. À lire aussiEn Allemagne, l'extrême droite en embuscade aux élections professionnelles

En Corée du Sud, le début du printemps est marqué par la floraison des cerisiers. Un spectacle magnifique où de nombreux touristes et locaux viennent contempler ces fleurs rose pâle. Un décor qui n'est pas au goût de tous : des militants espèrent déraciner les cerisiers de Corée du Sud d'ici 2050. La raison ? Ces arbres sont d'origine japonaise. De notre correspondant à Séoul, « Yoshino », voilà le nom de la discorde. Ces cerisiers originaires du Japon représentent la très grande majorité des cerisiers présents en Corée du Sud. Des arbres que Hyun Jin-oh et son association « Cherry 2050 » cherchent à remplacer par un équivalent coréen, le cerisier royal, qu'ils cultivent dans leur pépinière. « Le Yoshino est une espèce japonaise, tandis que le cerisier royal est une espèce endémique de Corée. Ce n'est pas que les arbres japonais soient “mauvais” en soi, mais le cerisier est un symbole culturel fort du Japon. Il est lié à l'histoire et à l'idéologie japonaise. Pendant la colonisation japonaise de la Corée, ces arbres ont été plantés massivement sur notre territoire pour imposer une culture », explique Hyun Jin-oh. Interrogé sur la manière dont son association compte remplacer ces centaines de milliers d'arbres, il précise : « Les cerisiers japonais ont une durée de vie d'environ 60-80 ans. Lorsqu'ils arrivent en fin de vie, c'est-à-dire bientôt, nous pensons qu'il faudrait les remplacer par des cerisiers indigènes. En revanche, dans certains lieux symboliques comme les sites liés à la résistance anti-japonaise ou l'Assemblée nationale, nous pensons qu'un remplacement plus rapide est nécessaire. » De retour à Séoul, les rues et les berges du fleuve Han sont remplies de passants venus observer et immortaliser, appareil photo à la main, les cerisiers en fleurs. Lee Jung-gu, la cinquantaine, est l'un d'entre eux. S'il sait que les arbres qu'il contemple ont été plantés par l'occupant japonais, il ne souhaite pas trop y penser. « Le fait que les cerisiers se soient largement répandus en Corée à cause du Japon, c'est une histoire douloureuse, ça nous rappelle notre passé. Mais on ne peut pas rester bloqué sur le passé, sinon on n'avance jamais, la Corée n'avancera jamais. Bien sûr, il ne faut pas oublier les leçons de l'histoire. Mais en même temps, il n'y a pas besoin de rejeter ce qu'on a aujourd'hui. On peut simplement profiter du printemps tel qu'il est. » Pour profiter du printemps et de ses cerisiers, qu'ils soient coréens ou japonais, il faut vite s'y prendre. La floraison ne dure que quelques jours par an, un instant éphémère qui émerveille tout le monde, aussi bien à Séoul qu'à Tokyo. À lire aussiLa Corée du Sud craint la pénurie de plastique à cause du blocage du détroit d'Ormuz

Depuis le début de la guerre qui secoue le Moyen-Orient, les autorités syriennes tentent de se maintenir à l'écart du conflit. Mais dans le sud du pays, les incursions israéliennes se multiplient depuis la chute de Bachar el-Assad. La semaine dernière, l'armée israélienne a même utilisé, pour la première fois, le sol syrien pour mener des opérations au Liban. Un jeune berger a également été tué. Dans ces villages frontaliers, les habitants redoutent une escalade. Ils craignent qu'Israël, qui pilonne actuellement le sud du Liban, ne cherche à étendre son contrôle jusqu'au sud de la Syrie. De notre envoyée spéciale dans les zones frontalières au sud de la Syrie, Il s'appelait Oussama al-Fahd. Il avait 17 ans, était parti acheter une bouteille de gaz, vendredi 3 avril, lorsqu'un tir d'obus israélien s'est écrasé sur sa voiture. La carcasse du véhicule est toujours là, gisante, explosée sur le bas-côté. Son père dit ne pas comprendre pourquoi le jeune berger a été ciblé. « Ils ont choisi leur victime au hasard, sans aucune raison. Ils l'ont tué alors qu'il était innocent », dénonce-t-il. Son village, Al-Rafid, se trouve à la lisière du Golan, que l'armée israélienne occupe depuis l'année 1967. Depuis la chute de Bachar al-Assad, cette dernière avance méthodiquement ses troupes à l'intérieur du territoire syrien. Chez Oussama, des positions se trouvent désormais de l'autre côté du jardin. « Depuis la chute d'Assad, Dieu en est témoin, nous n'avons pas eu un seul jour de répit. Israël vole nos terres, et en plus ils s'en réjouissent !, alerte le père du jeune garçon tué. Nous sommes nombreux dans ce village à être déplacés du Golan. Je suis moi-même déplacé du Golan. Nous ne partirons pas à nouveau, nous ne quitterons pas nos terres. Mais nous vivons dans la peur. Dans la peur qu'une guerre éclate demain ou après-demain. » À lire aussiLe «Grand Israël»: projet idéologique ou stratégie politique en marche? « Ils ont brûlé l'ensemble des terres » Le village tout entier vit depuis sous la menace directe des incursions israéliennes. Fadi Al-Mutairi, un voisin, possède 2 hectares de terres sur lesquels il n'est plus autorisé à se rendre. « Ils ont brûlé l'ensemble des terres près de leurs positions avec du glyphosate, soi-disant pour empêcher les bergers de s'approcher de leur frontière », témoigne-t-il. Entre ces nouvelles positions, des villages entiers se retrouvent enclavés. Les check-points israéliens se multiplient, empêchant les habitants de circuler. Ce fournisseur a désormais peur de prendre sa voiture pour aller travailler. « Ils choisissent toujours de se positionner sur un passage que l'on ne peut pas contourner en empruntant une route secondaire. Ce sont des barrages temporaires, imprévisibles : on ne peut pas savoir où et quand ils seront installés, s'effraie-t-il. On tombe dessus soudainement, sans pouvoir les anticiper. » À lire aussiSyrie: des habitants dénoncent la volonté d'Israël «d'étendre son occupation» près de Damas « Ils vont prendre toute la région » C'est sur un barrage de ce type que Wodi al-Bakri, 21 ans, s'est fait arrêter par des soldats israéliens il y a un an. Son père ne connaît ni la raison de cette arrestation, ni la localisation de sa prison. « Ils vont prendre toute la région, et personne ne reviendra. Israël entre et sort comme il souhaite, sans impunité. Ils comptent tout prendre, ils ont l'intention d'annexer toute la région, toute la province », s'indigne-t-il. Dans ces bourgades reculées, l'armée syrienne n'est pas déployée. Il y a seulement quelques contingents des Nations unies, censés maintenir la paix. Pour leurs habitants, il y a surtout la solitude. L'exemple de Gaza dévastée, plus récemment celui du Sud-Liban bombardé. Puis cette question qui revient : « Qui, aujourd'hui, est en mesure d'arrêter l'État israélien ? » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: plus de 300 morts dans les bombardements israéliens sur Beyrouth les plus violents depuis 1982

Neuf millions, c'est la population de l'Autriche, ou celle de New York. C'est aussi le nombre de personnes inscrites à la loterie officielle pour tenter d'obtenir un billet pour Céline Dion. Seize concerts, mais aucun chez elle au Canada. Pour voir la diva, c'est à Paris, en septembre prochain, que ça se passe. Un rendez-vous qui tourne au casse-tête pour ses milliers de fans québécois, coincés entre le décalage horaire, les algorithmes capricieux et des prix qui s'envolent. Avec notre correspondant à Montreal, Nafi Alibert Un latte dans une main, un téléphone dans l'autre. Ariane hésite : « Ma préférée, il y en a tellement. Celle-là. J'irais où tu iras ». Sur son écran les titres de la diva québécoise défilent sans fin. « En fait, je pense que ma playlist, c'est juste toutes les chansons de Céline… ça doit faire un bon dix heures peut-être ». Mais ce qu'Ariane cherche vraiment aujourd'hui, ce n'est pas de la musique : « Je regardais voir si j'avais reçu un courriel pour la prévente… Rien encore. » Alors elle rafraîchit la page. Encore. Et encore. « Trois ou quatre fois par heure peut-être. Attends, je regarde encore. Mais non, je n'ai rien. Je n'ai pas eu de chance ». Après plusieurs jours d'attente, pas d'accès aux places en prévente pour elle « Je vais essayer de rester positive et d'espérer accéder à des billets à la vente normale ». Ariane le sait, les centaines de milliers de places disponibles risquent de s'envoler en un rien de temps. « Moi et mes copines, il va falloir qu'on se fasse un petit plan de match. On se met toutes à la même heure sur l'ordi en essayant d'avoir les billets. Il faudrait que je mette mon alarme. » La vente générale ouvre à dix heures, heure de Paris… soit quatre heures du matin, au Québec « Pour Céline, on peut se lever à n'importe quelle heure », lance Jérôme. Mais lui n'aura pas besoin de réveil. Il a tiré le bon numéro dans la loterie planétaire qui a laissé Ariane, et des millions d'autres fans sur le carreaux. Il a déboursé 400 euros pour une place VIP pour la première. « Je suis comme, oh, my God, C'est incroyable. ça va arriver ! » Céline, c'est bien plus qu'un concert « Céline elle fait partie de ma vie, souligne Jérôme. Quand René est décédé, je suis allé faire la queue pendant trois heures à l'extérieur à Montréal, à moins de 31 degrés, en plein mois de janvier pour aller sur sa tombe. Comme quoi, aller jusqu'à Paris, pour Céline ça ne me freine pas. C'est une espèce de pèlerinage collectif que je n'ai jamais fait ». Un pèlerinage. Le mot dit tout pour Danick Trottier, professeur de musicologie, spécialiste de Céline Dion. « C'est une des dernières stars de la pop planétaire du 20e siècle à avoir un public aussi fidèle et qui veut la revoir énormément sur scène ». Derrière l'engouement, les prix eux s'envolent déjà. « On a entendu des 2000 à 3000 dollars », selon Danick Trottier. Face à cette flambée, Ariane hésite : « C'est quand même intense ». Pour elle, le billet reste un rêve. Plus proche que jamais… mais déjà peut-être hors de portée.

En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orban, à la traîne dans les sondages pour l'élection du 12 avril, subit sans doute l'usure inévitable du pouvoir après 16 ans de gouvernement. Mais il reste tout de même très populaire. Son électorat est estimé aujourd'hui à environ 2,5 millions de personnes. Viktor Orban a surtout la cote dans les petites villes de province. Choyés par le dirigeant nationaliste, ces communes et villages sont depuis longtemps un bastion de son parti, le Fidesz. C'est là que se joueront les élections législatives, soulignent les analystes. Dans ces villages, les routes et les conduites d'eau ont été refaites, les bâtiments publics isolés, les bains thermaux rénovés. Le chef du Fidesz a su donner aux Hongrois un sentiment de stabilité et de sécurité. Reportage de notre correspondante à Martonvasar, dans l'une de ces petites communes, à mi-chemin entre Budapest et le lac Balaton. À lire aussiLégislatives en Hongrie: le vice-président américain à Budapest pour soutenir Viktor Orban

Hanoï, capitale du Vietnam, veut s'imposer comme une mégapole internationale. Une ambition réaffirmée lors du XIVe congrès du Parti communiste en janvier, marquant l'entrée du pays dans une « nouvelle ère », parfois présentée comme une seconde phase de renouveau économique du pays. Hanoï prévoit notamment la construction du plus grand stade du monde en périphérie et un opéra luxueux, symbole de « soft power ». La ville change de visage à grande vitesse, au point d'inquiéter certains riverains. De notre correspondant à Hanoï, Un opéra à l'allure futuriste, coiffé d'un dôme inspiré de coquilles d'huîtres : ce nouveau lieu culturel pourrait devenir un symbole fort de « soft power » à Hanoï, au Vietnam. Devant le chantier, dans le quartier de Tây Hô, s'étend le lac de l'Ouest, d'où se reflètent temples bouddhistes et villas au style indochinois. En bord de rive, une femme vend des « banh tôm », c'est-à-dire des beignets de crevettes. Elle espère attirer plus de clientèle une fois l'opéra construit : « Oui, bien sûr, il y en aura sûrement plus. La plupart de nos clients viennent surtout pour faire des offrandes. Ils entrent dans le temple là-bas pour prier. Nous vendons des spécialités traditionnelles du quartier. » Pour mener à bien le projet, les constructeurs ont rasé une partie du quartier, suscitant la critique de riverains. Cet habitant estime que le projet d'opéra pourrait perturber la vie locale : « Les habitants vivent ici depuis longtemps, parce que les zones autour sont d'anciens villages. Ici, il y a des ensembles de pratiques culturelles et de traditions anciennes. Donc, les habitants sont installés ici depuis longtemps, ils ne veulent pas changer leur environnement de vie. » « Ce que tu peux garder, tu le gardes » À Tây Hô, quartier prisé où le foncier a flambé, de nombreux riverains questionnent aussi les indemnisations liées aux expropriations. Les autorités assurent respecter la loi foncière, réformée en 2024, qui prévoit notamment un rôle accru de l'État dans la régulation des prix et des procédures simplifiées pour les investisseurs. Pour Quang Anh, ancien diplomate vietnamien, la tension entre modernité et préservation du patrimoine reste forte à Hanoï : « Il y a une volonté de redéfinir le zonage et de redévelopper largement pour avoir des infrastructures urbaines intégrées. Ce que tu peux garder, tu le gardes, comme les anciennes maisons françaises dans le quartier français ici. Ils veulent les préserver et en faire un patrimoine culturel. » Le Vietnam vise une croissance ambitieuse, autour de 10% par an, avec l'objectif de devenir un pays à revenus élevés en 2045. Ces grands chantiers d'infrastructures doivent y contribuer : « Un des piliers clés de cette stratégie sera constitué par ces énormes projets d'infrastructures publiques, avec de gros décaissements qui vont aussi aider à stimuler l'économie. Hanoï, pendant longtemps, a été affectée par une très mauvaise gestion urbaine. » Rocades, nouvelles lignes de métro, destructions d'anciens blocs de logements hérités de l'époque soviétique... La planification concerne 126 communes et quartiers à l'échelle de toute la capitale. Hanoï se projette sur un siècle, avec une vision urbaine de long terme qui structure son développement jusqu'à l'horizon 2100. À lire aussiVietnam: à Ciputra, un quartier huppé de Hanoï, l'air aussi est plus propre

À partir de la rentrée 2026, les écoles françaises de l'étranger vont subir une hausse significative des frais de scolarité, décidée unilatéralement par l'État français. Cette décision, dénoncée par les parents d'élèves, poussent certains à déscolariser leurs enfants, alors que près de 400 000 enfants sont scolarisés dans le monde dans ces établissements. En Espagne, l'Association des parents d'élèves est mobilisée. Elle envisage de recourir au tribunal administratif si l'État français persiste. Le reportage de notre correspondante à Barcelone. À lire aussiLes mesures d'urgence avant la réforme attendue de l'AEFE inquiètent les établissements à l'étranger

En 2015, l'idée du Brexit avait inspiré le gouvernement nationaliste et conservateur de l'époque en Pologne. Le parti Droit et Justice, alors au pouvoir et en bras de fer permanent avec l'Union européenne, avait suggéré l'idée d'un Polexit, soit un Brexit à la polonaise. L'idée a depuis été enterrée. Mais aujourd'hui, alors que Varsovie est le moteur économique de l'Union européenne et que la coalition pro-européenne de Donald Tusk dirige le pays, le Polexit fait son grand retour dans le débat public. De notre correspondant à Varsovie, Le veto du président Karol Nawrocki au programme d'armement européen SAFE a ravivé le spectre jusqu'ici oublié du Polexit, une sortie de la Pologne de l'Union européenne. En refusant de signer la loi permettant à la Pologne de recevoir les crédits SAFE, le chef de l'État a justifié sa décision par des motifs souverainistes. « J'ai pris la décision de ne pas signer la loi qui permet à la Pologne de recevoir les crédits SAFE. En effet, jamais je ne signerai une loi qui entrave notre souveraineté, notre indépendance, notre sécurité économique et militaire », a-t-il déclaré. Une rhétorique eurosceptique qui n'a pas manqué d'attirer l'attention des commentateurs et des responsables politiques. Le Premier ministre Donald Tusk a été le premier à formaliser les craintes en réintroduisant le terme de Polexit, qu'il présente désormais comme une menace réelle. « Ce qu'il est en train de se passer actuellement avec le président Nawrocki, le président du PiS Jarosław Kaczynski et les deux partis de Konfederacja, encore plus à droite, c'est une dérive ouvertement anti-européenne. Une hystérie anti-allemande, une réticence grandissante à soutenir la Pologne qui combat la Russie. Alors, appelons un chat un chat : ceux qui disent que ce sont les prémices du Polexit ont malheureusement raison », a-t-il assené. Un ton alarmiste que les responsables du parti Droit et Justice (PiS) jugent excessif, voire infondé. Le député Przemyslaw Czarnek a même tourné cette accusation en dérision, préférant parler de « Tusk-Exit » avant de lancer : « À bas le gouvernement ! » Pourtant, selon Malgorzata Kopka-Piatek, chercheuse à l'Institut d'affaires publiques de Varsovie, les élections législatives prévues l'an prochain pourraient rebattre les cartes. Le PiS, en quête de majorité, pourrait être contraint de s'allier avec deux formations souverainistes encore plus radicales, Konfederacja et Konfederacja de la Couronne polonaise. « Or, ces deux partis se positionnent très clairement contre l'Union européenne et pourraient exiger le Polexit comme condition sine qua non à leur participation au gouvernement du PiS », explique-t-elle. La chercheuse souligne également le rôle clé du président de la République, dont les positions eurosceptiques sont connues. « Tous ces éléments pourraient créer un effet domino. Or, il suffit d'un vote à la Diète [la chambre basse du Parlement, NDLR] et d'une signature du président pour faire sortir la Pologne de l'Union européenne », avertit-elle. Un autre facteur pourrait jouer en défaveur du maintien de la Pologne dans l'UE : la fin prochaine des avantages financiers qui ont jusqu'ici rendu l'Europe populaire auprès des Polonais. « Selon les estimations, la Pologne devrait devenir un contributeur net au budget de l'Europe à partir de 2034. L'Union perdra donc ce qui la rendait attractive en Pologne, à savoir les avantages financiers colossaux dont le pays a bénéficié jusque-là », analyse Malgorzata Kopka-Piatek. Dans ce contexte, la tentation du Polexit pourrait séduire une partie croissante de l'électorat. Avec les élections législatives d'octobre 2027 en ligne de mire, ce débat pourrait s'imposer comme l'un des thèmes centraux de la campagne. Entre rhétorique souverainiste, alliances politiques incertaines et calculs budgétaires, l'avenir européen de la Pologne semble plus que jamais incertain. À lire aussiEn Pologne, la ville de Stalowa Wola attend les fonds européens du programme de défense Safe

Toute l'Espagne vit une crise du logement sans pareil. Malgré une économie qui connaît la croissance et un taux d'activité historiquement record, la rareté et la cherté du logement sont devenues l'une des trois principales préoccupations des Espagnols, selon les sondages. Pas assez de logements publics, des loyers et des prix d'achat inaccessibles pour une grande majorité de personnes... De tout le pays, l'endroit le plus critique est l'île d'Ibiza, dans les Baléares (160 000 habitants environ sur 572 km²), où précisément la condition d'insularité complique encore davantage les choses. De notre envoyé spécial à Ibiza, À Ibiza, acquérir un bien immobilier relève de l'impossible si l'on n'est pas vraiment riche. Pour les autres, il faut débourser de 1 500 à 2 000 euros par mois pour un loyer – en moyenne – pour un appartement standard, quand on parvient à en trouver un. Nouria, une institutrice d'une trentaine d'années, estime avoir de la chance de partager un 60m². Pourtant, ses mots trahissent un profond malaise : « Moi, je crois que d'un côté, il y a une sensation de rage, et d'autre part, de frustration. Ma famille vit ici depuis des générations. On a été élevés ici et moi, je ne peux pas rester ici. » La pénurie de logements sur l'île est alimentée par plusieurs facteurs. D'abord, une offre largement insuffisante face à la demande. Ensuite, une invasion touristique qui voit débarquer quelque deux millions de visiteurs entre juin et septembre. Enfin, le fait que 80% des achats immobiliers sont réalisés par des investisseurs ou des non-résidents. Résultat : les habitants d'Ibiza doivent souvent consacrer entre 50 et 75% de leurs revenus, voire davantage, pour se loger. Face à cette crise, les autorités locales pointent du doigt les appartements touristiques illégaux. En juin 2025, elles ont contraint la plateforme Airbnb à retirer 65 000 annonces. Mariano Juan Colomar, responsable du territoire et de l'aménagement touristique au sein du Conseil d'Ibiza, l'autorité insulaire, se montre satisfait des mesures prises. « Dans l'île d'Ibiza, nous avons obtenu le niveau zéro d'intrusion, c'est-à-dire passer de 30 000 annonces, l'équivalent de 150 000 lits touristiques illégaux, à un contrôle permanent et absolu des activités illégales dans l'île. Je crois que c'est un modèle de réussite, car il y a de la collaboration entre le public et le privé, et toutes les administrations travaillent ensemble. » Les résultats sont tangibles : les amendes pour les infractions sont passées de 4 000 à 50 100 euros, et une véritable armée d'inspecteurs a été déployée. La ville d'Ibiza a ainsi fait table rase des appartements touristiques illégaux, une première en Espagne. Pourtant, ces mesures restent insuffisantes. Le déséquilibre entre l'offre et la demande est tel que c'est tout le tissu social et économique de l'île qui en pâtit. Consuelo Antunes, vice-présidente des petites et moyennes entreprises de l'île, explique les conséquences directes de cette crise du logement : « Le fait qu'il soit difficile de trouver un logement pour vivre rend compliqué pour nous de faire venir du personnel de l'extérieur. Ce serait trop cher pour eux de vivre ici. C'est ce qui fait que nous avons un nombre d'employés plus réduit. » Dans sa petite société de construction, elle n'emploie que 15 personnes, alors qu'elle en aurait besoin de 40. Impossible de les trouver, faute de logements abordables. Cette pénurie de main-d'œuvre touche tous les secteurs. Les écoles et les lycées manquent de professeurs, les tribunaux d'avocats ou de greffiers, et les hôpitaux de médecins. Une situation qui révolte Nouria et toute une génération d'habitants. « Le logement ne devrait pas être un bien de spéculation. Le logement est un droit », lance-t-elle avec conviction. Un récent sondage, publié dans le journal local Diario de Ibiza, révèle l'ampleur du désarroi : 30% des résidents envisageraient de quitter l'île. Un exode qui, s'il se concrétisait, risquerait d'aggraver encore un peu plus la crise que traverse Ibiza. À lire aussiEspagne: l'État et l'Église signent un accord l'indemnisation des victimes de viols

Heurtée de plein fouet par la guerre qui fait rage au Proche-Orient, l'économie égyptienne est aux abois. Monnaie dévaluée, inflation galopante et prix de l'énergie qui s'envolent. Pour faire face, le gouvernement a décrété samedi 28 mars un couvre-feu commercial d'un mois. Tous les magasins non essentiels sont tenus de fermer leurs portes en soirée pour économiser de l'énergie. De notre correspondant au Caire, Dans une rue commerciale du centre historique du Caire, l'ambiance rappelle celle d'un jour férié, une heure avant l'extinction des feux imposée par les autorités. Couteau et pierre à aiguiser en main, un boucher exprime sa frustration face à une mesure qu'il juge injuste. « Si seulement c'était que le week-end, mais non, cette loi va s'appliquer tous les jours », confie-t-il, résigné. Durant un mois, renouvelable au bon vouloir du gouvernement, une nouvelle réglementation impose aux commerces non essentiels de baisser leur rideau à 21 heures précises, et à 22 heures les week-ends. De l'autre côté du trottoir, un vendeur de grillades, lui, continue de travailler derrière son barbecue, sous certaines conditions. « On nous a dit qu'on pouvait continuer, mais à condition de baisser la lumière », explique-t-il. Pour beaucoup, cette mesure suscite avant tout de l'incompréhension. « Cela ressemble à un couvre-feu, mais les personnes peuvent quand même circuler. C'est une décision pourrie qui rappelle l'époque du coronavirus. On dit que c'est à cause de la guerre. Mais ceux qui sont bombardés, comme à Dubaï, ils n'ont pas de couvre-feu. C'est toujours les Égyptiens qui payent la facture », s'indigne ce chauffeur de taxi, qui préfère garder l'anonymat. Si l'Égypte échappe aux bombardements qui frappent d'autres pays de la région, elle n'en subit pas moins les conséquences économiques du conflit, en particulier dans le secteur de l'énergie. « L'Égypte est passée du statut d'exportateur net de gaz à celui d'importateur net, souligne Timothy Kaldas, directeur adjoint du think tank Tahrir Institute for Middle East Policy. La majeure partie du gaz qu'elle importe provenait d'Israël. Or, en raison de la guerre, Israël a interrompu sa production. L'alternative consiste donc à essayer de réduire la consommation autant que possible. Les conséquences économiques de la guerre n'en sont qu'au tout début pour les pays fragiles comme l'Égypte. Une autre possibilité que nous avons déjà observée par le passé serait des coupures de courant tournantes. » En attendant, le gouvernement égyptien multiplie les mesures contraignantes pour faire face à la crise. Parmi elles figurent l'extinction partielle de l'éclairage public, le recours au télétravail obligatoire un jour par semaine pour les fonctionnaires, ou encore l'augmentation des prix des transports en commun. Autant de décisions qui pèsent un peu plus sur le quotidien des Égyptiens. À lire aussiÉgypte: au Caire, le marché des panneaux publicitaires en pleine progression