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Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro. 

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    • Feb 25, 2026 LATEST EPISODE
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    En Australie, la forte progression des actes racistes et des groupuscules néo-nazis inquiète

    Play Episode Listen Later Feb 25, 2026 2:39


    L'attentat antisémite de Bondi, qui a endeuillé l'Australie le 14 décembre dernier, pourrait fracturer plus profondément le pays. Malgré une politique migratoire très stricte, l'Australie se faisait le champion du multiculturalisme. Ainsi, certains signes inquiètent : forte progression du parti d'extrême droite One Nation, progression des groupuscules néo-nazis, mais aussi une multiplication des actes racistes, ciblant en particulier la communauté musulmane. De notre correspondant à Sidney, À la mosquée de Lakemba, la plus grande d'Australie, située dans la banlieue ouest de Sydney, c'est la dernière prière du vendredi avant le début du ramadan. Cette année, le cœur n'est pas à la fête. La mosquée a reçu deux lettres de menaces en à peine dix jours et sa page Facebook est noyée sous les commentaires haineux et insultants.  D'après Jamal Kio, le porte-parole de l'association qui gère le lieu de culte, les fidèles aussi sont victimes de cette haine. « Certains se font insulter, d'autres se font cracher dessus et des femmes se font arracher leur voile, témoigne-t-il. Cette forme de racisme direct, qui devient violent, est inquiétante. »  Lubna, qui fréquente régulièrement la mosquée, n'a pour sa part pas subi ce genre de violences, mais cela ne l'empêche pas de vivre dans la peur. « Je vis dans un quartier musulman, donc je ne me sens pas rejetée ou mise à l'écart. Mais si je devais sortir de ce quartier, je ne me sentirais pas en sécurité, affirme-t-elle, et je me sentirais en danger parce qu'après ce qui s'est passé en décembre, tout le monde accuse les musulmans. »  À lire aussiAustralie: au moins 16 morts dans une fusillade visant la communauté juive à Sydney, dont un assaillant Un racisme ancré historiquement Ce sentiment, partagé par la communauté musulmane, se traduit également dans les intentions de vote. Un récent sondage crédite ainsi One Nation de 26 % des voix, un niveau encore jamais atteint par ce parti d'extrême droite, qui, depuis trente ans, dénonce l'immigration non européenne.  Plus inquiétant encore, des groupuscules néo-nazis gagnent eux aussi en popularité. « Ils ont probablement doublé leur nombre en 2025 et pour eux, Bondi, c'était comme un trophée, analyse Kaz Ross, qui étudie depuis des années l'activité de ces groupes en ligne. Parce que leur argument, c'est de dire que ce massacre n'aurait pas eu lieu s'il n'y avait pas eu de juifs et de musulmans. Nous devons réintégrer tous ceux en Australie qui ne sont pas des Blancs d'ascendance européenne. »  Face à ce danger et suite à l'attentat de Bondi, le gouvernement a durci ses lois réprimant les discours de haine, ce qui a entraîné la dissolution du plus connu des groupes néo-nazis, le Réseau national socialiste.  Reste que pour Jordan McSwiney, spécialiste de l'extrême droite, le gouvernement pourrait mieux faire pour combattre le racisme : « On ne peut pas combattre efficacement le racisme en isolant une forme particulière de racisme, comme l'antisémitisme ou l'islamophobie, défend-il. Elles font partie d'une forme plus large de racisme et de suprématisme blanc qu'il faut absolument combattre. » De fait, la forme la plus négligée de racisme est aussi la plus ancienne, c'est le racisme qui cible les Aborigènes. Le 26 janvier dernier, à Perth, un homme a jeté une bombe artisanale en plein milieu d'un rassemblement aborigène, qui n'a heureusement pas explosé. Animé par des idées racistes, il a été inculpé pour terrorisme.  À lire aussiAustralie: les Aborigènes victimes d'un «génocide», l'État du Victoria face à son histoire

    Espagne: de nouvelles variétés de pommes adaptées au réchauffement climatique

    Play Episode Listen Later Feb 24, 2026 2:33


    Sécheresse, record de températures, incendies… En Espagne, le changement climatique est particulièrement inquiétant ces dernières années. Le pays se veut le potager de l'Europe, et ses agriculteurs sont les premiers touchés par ces changements. Depuis 20 ans, ils constatent une dégradation de leur production : baisse de production, altération de la texture… En Catalogne, la production de pommes a baissé de 8 % en 2025. C'est pour pallier à cette crise que les producteurs ont demandé aux scientifiques de les aider à pérenniser leurs cultures en créant des variétés de fruits résistantes aux multiples effets de l'évolution du climat, comme des températures de 40 degrés ou la prolifération de parasites. À lire aussiEn France, la recherche de nouvelles variétés de pommes pour diminuer les pesticides

    La Serbie, un havre de liberté pour les exilés russes

    Play Episode Listen Later Feb 22, 2026 2:37


    Depuis l'invasion de l'Ukraine il y a 4 ans, Belgrade a accueilli entre 200 000 et 300 000 Russes, attirés par une politique de visa souple, des liaisons aériennes quotidiennes ainsi que certains liens historiques et culturels entre ces pays de religion orthodoxe. Beaucoup y ont ouvert des entreprises, des restaurants, et tous disent profiter d'une nouvelle liberté et d'un accueil chaleureux. Même si les relations de la Serbie avec Moscou pèsent sur leur avenir. Un reportage de notre correspondant de retour de Belgrade à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiÀ la Une : la fuite autoritaire s'accélère en Serbie

    L'Équateur face au défi du recyclage des déchets électroniques

    Play Episode Listen Later Feb 21, 2026 2:35


    En Équateur, seules trois entreprises sont habilitées à recycler les déchets électroniques. C'est ainsi qu'ils s'accumulent, du continent jusqu'aux Galapagos. L'une d'entre elles, Vertmonde, a recyclé 680 tonnes de déchets électroniques l'an dernier à Quito. De notre correspondant à Quito, En Équateur comme ailleurs, les appareils électroniques, tels que les ordinateurs ou les portables, passent souvent des parents aux enfants. Mais tous finissent par arriver à la fin de leur vie. « Les études montrent que l'Équatorien moyen achète quatre appareils technologiques et produit six kilos de déchets électroniques à l'année, explique Belén Rosales, gérante des opérations de l'entreprise Vertmonde. Cela va de la montre intelligente à la télécommande qui ne marchent plus, les nouveaux écouteurs, le téléphone portable ou un nouvel ordinateur. » Résultat, des dizaines de milliers de tonnes de déchets électroniques dont le pays ne sait trop que faire. Et ce d'autant qu'il ne compte que sur trois compagnies spécialisées dans ce domaine et une culture tout juste naissante du recyclage, selon l'ingénieure environnementale Melyna Terán. « Je crois que notre éducation ne nous a pas habitués au recyclage, analyse-t-elle. Récemment, les gens ont commencé à récupérer les cartons, les résidus organiques et les plastiques, mais pas les déchets électroniques alors que c'est définitivement plus nécessaire que jamais. » À écouter dans 8 milliards de voisinsDéchets: comment passer du «tout jetable» au «tout réparé» ? Une loi qui encadre les activités de recyclage Rendre notre monde plus vert, c'est l'objectif des trois fondatrices de Vertmonde, Belén, Jhoanna et leur mère. En Équateur, la loi dite REP, pour Responsabilité étendue du producteur, encadre les activités de recyclage de déchets électroniques.  « Selon la loi REP, les entreprises ont l'obligation de payer pour le recyclage de 0,5 % des déchets électroniques qu'elles produisent, ajoute Belén Rosales. C'est très peu. Pour le reste, elles souhaitent être payées. Elles savent qu'il y a des éléments précieux à l'intérieur des appareils électroniques et elles veulent en tirer parti. » Un chiffre de 0,5% qui peut être révisé à la hausse tous les 4 ans. Eduardo Vera, technicien de l'entreprise, reconditionne également les ordinateurs qui arrivent en bon état.  « Je révise composant par composant les ordinateurs, les processeurs et les écrans. J'évalue l'état du ventilateur, de la mémoire RAM, je vois s'il est possible de reconditionner la machine, décrit le technicien. Si c'est possible, je vais récolter les pièces manquantes des autres ordinateurs qui arrivent au laboratoire. » Vertmonde s'est également mobilisée pour aider les collectivités isolées des Galapagos. « Aux Galapagos, nous avons un projet avec des entreprises privées, la Chambre de commerce et d'industrie et des mairies, liste Belén Rosales. Toutes ont des déchets électroniques mais elles les accumulent car elles ne savent pas quoi en faire. Donc chaque fois que Latam a de la place dans ses avions, elle amène des déchets sur le continent où nous les traitons. » Aujourd'hui, l'Équateur ne recycle que de 3 à 5 % de ses déchets électroniques contre 8 % pour le Costa Rica ou 25 % pour la Colombie. À lire aussiEnvironnement: les déchets électroniques et dangereux au centre d'une conférence internationale à Genève

    Québec: l'obligation d'utiliser la langue française dans les entreprises «est un fardeau»

    Play Episode Listen Later Feb 20, 2026 2:32


    Au Québec, le Premier ministre, François Legault, s'apprête à quitter le pouvoir après sept ans à la tête de la province. Il laisse derrière lui une réforme linguistique majeure qui impose le français au monde des affaires. Des enseignes extérieures aux logiciels et communications internes, tout doit être disponible dans la langue officielle. Présentée comme un rempart pour la survie du français en Amérique du Nord, cette réforme bouscule aujourd'hui certaines entreprises longtemps portées par le bilinguisme à Montréal. De notre correspondante au Québec, Dans les studios de jeux vidéo à Montréal, comme dans de nombreuses entreprises internationales, l'anglais était souvent la langue commune de travail. Aujourd'hui, même les messages internes doivent être en français. « On est à la recherche de traducteurs, explique Arielle Mathieu du Conseil du patronat du Québec. Dans le contexte d'une pénurie de main-d'œuvre, c'est encore plus difficile pour les entreprises de s'adapter à cette nouvelle réglementation. » Cette obligation découle de la réforme linguistique adoptée par le gouvernement québécois en 2022. Elle fait du français, déjà langue officielle de cette province du Canada, la langue officielle de l'entreprise. Depuis juin 2025, aucune société de 25 employés et plus ne peut y échapper. « On avait énormément d'entreprises qui n'étaient pas prêtes, qui n'avaient pas commencé leur démarche de francisation », poursuit Arielle Mathieu. En fait, ce n'est pas la langue des salariés qui change, mais celle de l'entreprise. Elles peuvent toujours embaucher un ingénieur venu de Berlin ou de San Francisco, mais désormais, c'est à lui de s'adapter au français et non l'inverse. « Ce sont de réels freins pour recruter des talents étrangers sur notre territoire », assure encore Arielle Mathieu. La loi s'impose aussi dans l'affichage commercial. Elle concerne tout ce que voient les clients : emballages, sites internet et vitrines, où le français doit maintenant être prédominant. « ​​​​​​​Il faut changer l'affichage. Ça coûte cher », précise l'avocat Me Jean-Philippe Mikus. Il accompagne des dirigeants dans leur mise en conformité : « Pour un client, on était dans les centaines de milliers de dollars, parfois plus d'un million. Évidemment, lorsqu'on parle de chaînes, ça démultiplie les frais. » Jusqu'à 30 000 dollars d'amende À ces coûts s'ajoute la pression de l'Office québécois de la langue française, chargé de faire respecter la loi. Pour l'instant, il privilégie l'accompagnement. Mais la menace est réelle : jusqu'à 30 000 dollars d'amende, qui peuvent se répéter tant que l'infraction persiste. « ​​​​​​​C'est un fardeau extrêmement lourd, explique Me Mikus. Il y a plusieurs entreprises qui se disent : "Je ne vendrai pas au Québec" tout simplement », ajoute l'avocat. Certaines marques ont retiré le Québec de leurs boutiques en ligne, faute de site en français. Un signal d'alarme pour Michel Rochette, du Conseil canadien du commerce de détail : « Ça met un grand cercle rouge autour du Québec. C'est beaucoup de règles qui sont uniques au monde et qui rendent extrêmement périlleux le fait de faire affaire ici. » Mais pour le Premier ministre québécois, François Legault, toutefois, l'enjeu dépasse l'économie : « Le Québec forme une nation, mais qui est, en proportion, petite en Amérique du Nord, qui sera toujours vulnérable. » Son pari politique pour la survie culturelle bouscule l'écosystème d'affaires de Montréal, une ville habituée à faire du bilinguisme sa marque de commerce. À lire aussiCanada: la langue française en perte de vitesse au Québec

    L'Autriche envisage un référendum sur l'allongement du service militaire

    Play Episode Listen Later Feb 20, 2026 2:36


    À l'heure des changements géopolitiques, l'Autriche, pays neutre, entend renforcer son armée. Le pays est l'un des rares en Europe où le service militaire est encore obligatoire. À partir de 18 ans, chaque jeune Autrichien doit effectuer six mois de service militaire ou, s'il le refuse, neuf mois de service civil. Une commission nommée par le ministère de la Défense préconise aujourd'hui d'allonger à huit mois ce service militaire et d'y ajouter deux mois d'exercices militaires obligatoires à faire avant leurs 30 ans. Une réforme urgente et nécessaire, selon cette commission, sur laquelle le chancelier autrichien s'est dit favorable à un référendum. Dans la caserne viennoise Maria-Theresien, Lorenz, 18 ans, nous montre fièrement sa chambre, qu'il partage avec ses camarades. Lits impeccables, placards rangés : tout y est très ordonné. Le jeune homme effectue son service militaire depuis octobre dernier, comme 16 000 recrues chaque année en Autriche. La commission nommée par le ministère de la Défense souhaite faire passer de six à huit mois le service militaire et de neuf à douze mois le service civil. Un allongement conséquent donc, mais que Lorenz juge nécessaire aujourd'hui, bien conscient, malgré son jeune âge, que la situation actuelle l'exige. « Après quelques mois de service militaire, ma mère m'a demandé : "Lorenz, te sens-tu prêt avec cette formation ? Penses-tu que tu en auras besoin un jour ?" Ça fait réfléchir, surtout en cette période de tension. Défendre ma patrie, que ce soit l'Autriche ou l'Europe, me tient énormément à cœur, car quand on a quelque chose qui offre autant de liberté, autant de possibilités, je trouve qu'on doit apporter sa contribution. » Disposer de plus d'hommes et mieux formés L'armée autrichienne repose sur un système de milice, c'est-à-dire de soldats non professionnels, mobilisables en cas de besoin. Mais aujourd'hui, seule une partie des conscrits rejoignent ensuite la milice. La commission recommande qu'à l'avenir, cela soit automatique en imposant à tous les conscrits deux mois d'exercices de milice obligatoires qu'ils devront effectuer dans les dix ans suivant leur service militaire. L'objectif est clair : disposer de plus d'hommes et mieux formés. C'est la clé pour un changement de paradigme, selon le lieutenant-colonel Norbert Lick. « Nous avons déjà obtenu une augmentation du budget de la défense. C'était une première étape. Le personnel en est une deuxième. Mettre en place ces changements amènerait une prise de conscience au sein de la population, car ils concernent tous les citoyens de sexe masculin, tout le monde réalisera alors que les choses bougent. » « Pourquoi notre génération devrait-elle payer ? » Mais tous les jeunes ne sont pas favorables à cette réforme, à l'instar de Lorenz, lycéen viennois de 18 ans qui s'apprête, dans quelques mois, à faire son service civil. « Je doute fortement qu'une prolongation du service militaire puisse avoir un effet positif. Tout simplement parce que j'ai remarqué que de moins en moins de gens s'y intéressent et que de plus en plus préfèrent effectuer un service civil. Les temps ont changé, le monde a évolué, c'est vrai, mais je trouve que demander cela n'est pas tout à fait juste. Pourquoi notre génération devrait-elle payer pour les erreurs des générations précédentes ? » La commission, qui a travaillé six mois sur ce sujet, espère une loi rapide. Le chancelier autrichien, Christian Stocker, s'est dit pour cela favorable à un référendum.

    Entre la déforestation et le changement climatique, l'Amazonie «se rapproche du point de non-retour»

    Play Episode Listen Later Feb 19, 2026 2:29


    La forêt amazonienne est encore perçue comme une jungle luxuriante, sauvage, peuplée de tribus autochtones. Mais la réalité est loin de cette image fantasmée. Elle souffre des activités humaines : près d'un quart de l'ancien poumon de la planète a déjà été déforesté. Elle est désormais proche d'un point de bascule, selon certains chercheurs. Un point de non-retour où la forêt serait définitivement perdue. Un risque pour le climat mondial, pour les ressources en eau de la région et pour la sécurité des populations, selon une note que vient de publier l'Observatoire défense et climat français. Jeanne Richard a survolé dans un petit avion à basse altitude l'État du Pará, en pleine Amazonie brésilienne. À 400 mètres d'altitude, ce qui frappe d'abord, c'est l'immensité de l'Amazonie qui s'étend à perte de vue. Mais de la forêt, ici, il ne reste que des bribes : « Cette zone-là, c'est ce qu'on appelle l'arc de déforestation où la plupart de la forêt a disparu. Il ne reste que très peu de forêt primaire, voire aucune. » Andrew Murchie travaille chez Greenpeace au Brésil. À bord du petit avion de l'ONG, ordinateur sur les genoux et l'œil rivé à son hublot, il est chargé de cartographier l'avancée de la déforestation. Au loin, il repère un panache de fumée : « Voilà un feu. Ils coupent la forêt et mettent ensuite le feu aux souches pour nettoyer et faire du pâturage pour le bétail. S'ils ne le font pas, la végétation repousse. Ils brûlent pour empêcher la forêt de se régénérer. » En-dessous de nous, sur la terre en friche, on voit d'innombrables petits points blancs. Ce sont des bovins vus du ciel. Le pays est le premier exportateur de viande de bœuf au monde. Un steak sur cinq consommé dans le monde est brésilien : « L'élevage est le premier facteur de déforestation en Amazonie. Ça a toujours été ainsi et ça va continuer. » En trois heures de vol, nous aurons vu la terre éventrée par les mines d'or, des parcelles de soja de centaines d'hectares, et encore et toujours des pâturages. Seul le survol de terres appartenant aux peuples autochtones nous a donné un aperçu de la grande forêt et de ses arbres majestueux. L'Amazonie pourrait se transformer en savane  Une fois à terre, Christiane Mazzetti, spécialiste des forêts chez Greenpeace Brésil, nous attend sur le tarmac. Elle explique qu'en trois ans, depuis le retour du président Lula à la tête du pays, la déforestation a chuté de moitié. Mais 6 000 km² de forêt amazonienne ont quand même été détruits en 2025. Aux activités humaines s'ajoute la pression du réchauffement climatique : « Quand le bassin amazonien atteindra 20 à 25% de dégradation, alors des régions entières vont se transformer en un autre écosystème, beaucoup plus sec. On perdrait donc la biodiversité et plusieurs services environnementaux que nous rend la forêt, comme la captation du CO2 et les pluies… Et on se rapproche de ce point de non-retour. On en est très proche. » Passé ce cap, près de la moitié de la forêt amazonienne pourrait se transformer en savane. Selon l'Observatoire défense et climat, le bouleversement de l'environnement de l'économie et les conflits qui en découleraient représentent un risque majeur pour la sécurité de quelque 43 à 47 millions de personnes.

    Save a Child's Heart, l'association qui soigne les enfants cardiaques du monde entier

    Play Episode Listen Later Feb 18, 2026 2:52


    Depuis 30 ans, l'ONG israélienne Save a Child's Heart (Sauvez le cœur d'un enfant) soigne les enfants atteints de problèmes cardiaques originaires de différents pays, notamment africains. Les équipes soignantes forment également des médecins qui deviendront spécialisés en chirurgie cardiaque pédiatrique. RFI s'est rendu à l'hôpital pour enfants Sylvan Adams du Wolfson Medical Center à Holon, près de Tel-Aviv. De notre envoyée spéciale à Holon, Katherine a les traits tirés. Assise au chevet de son fils, hospitalisé dans l'unité de soins intensifs pédiatriques, elle raconte à voix basse comment elle est arrivée de Bangui, la capitale de la Centrafrique, quelques jours plus tôt, avec le petit Ebenzer. « Les docteurs ont dit qu'il a la tétralogie de Fallot, une malformation cardiaque congénitale. Il a un an et deux mois. Il va mieux, ils ont sauvé la vie de mon fils », raconte-t-elle. Le docteur Muulu fait partie de l'équipe de soignants. Ce chirurgien zambien est arrivé en Israël grâce à une bourse d'études, il y a deux ans. « Certains enfants ont besoin d'une chirurgie cardiaque en urgence. Hier, nous avons opéré un nouveau-né de huit jours. Il faut ouvrir la poitrine, réparer le cœur. Si vous n'agissez pas, l'enfant meurt », explique-t-il. Le docteur Muulu complète sa formation en chirurgie cardiaque, enchaîne les gardes, l'apprentissage de l'hébreu, mais garde le sourire : « On soigne tout le monde ici. Des enfants israéliens, mais aussi africains, palestiniens. Peu importe la couleur, la religion, un enfant est un enfant et il doit être soigné. » Après l'opération, les enfants poursuivent leur convalescence dans une maison d'accueil gérée par l'ONG Save a Child's Heart, près de Tel-Aviv, où nous rencontrons Sara. « Je suis la maman de Manu. Nous venons du Rwanda. Cela fait pratiquement trois ans et demi que nous sommes ici. Nous avons passé beaucoup de temps à l'hôpital, aux soins intensifs, parce qu'il a subi plusieurs opérations. Nous sommes avec lui, nous combattons », affirme-t-elle. Pour aider les parents déracinés, des volontaires israéliens comme Laxi viennent distraire les enfants malades. « On fait des gâteaux, de la peinture, etc. Je suis volontaire ici depuis trois mois. Je viens trois fois par semaine et c'est très chouette », s'enthousiasme-t-elle. Dans la maison d'accueil, la cuisine est commune, et les plats rappellent le pays. Toutes les mamans s'entraident malgré la barrière de la langue. Pour Sara, ce sont des moments de joie : « C'est à toi de préparer ce que tu veux, selon votre culture. Il y a toujours cinq ou six mamans. Tu demandes le sel, l'autre te montre le sucre. C'est du fun. » Depuis le tournage du reportage, Ebenzer et Catherine sa maman ont quitté les soins intensifs. La convalescence du petit garçon se passe bien. À lire aussiSoudan du Sud: l'ONG Save the Children suspend à son tour ses activités dans l'est du pays

    Guerre en Ukraine: les évacuations de civils continuent dans l'oblast de Zaporijjia

    Play Episode Listen Later Feb 17, 2026 2:37


    Des négociations ont eu lieu à Genève, en Suisse, entre représentants russes, américains et ukrainiens, mardi 17 février 2026. Sur la table, il reste vraisemblablement des points sensibles. Parmi eux : un éventuel partage de l'oblast de Zaporijjia, l'un des territoires qui a le plus difficilement résisté à l'invasion russe en 2025. Ces dernières semaines, Moscou avance dangereusement vers la ville de Zaporijjia, à moins d'une quinzaine de kilomètres de la ligne de front. Les villages au sud de la cité sont évacués au fur et à mesure que les combats se déplacent. De notre envoyé spécial à Zaporijjia, En Ukraine, au sud de la ville de Zaporijjia, à sept kilomètres du front, un centre de réfugiés accueille les tout derniers déplacés par les combats. Une femme attend devant un bureau, des sacs sur ses genoux et son bonnet sur la tête. « Je viens d'une zone proche du front, à quelques kilomètres. La situation est terrible. Il y a sans arrêt des drones qui nous cherchent pour nous tuer. Même si on est habitué, c'est effrayant. Quand tu sors de ta maison, tu regardes le ciel et ça vole. Ou alors ça explose, lorsqu'il s'agit de l'aviation. Dans le centre de mon village, tous les magasins ont fermé. Il n'y a plus personne, seulement une petite épicerie et c'est tout. Les gens partent. Tous les enfants ont déjà évacué avec leurs parents », témoigne-t-elle. Un nouveau bus arrive chaque heure, apportant les derniers réfugiés. Le bâtiment accueille de nombreux services administratifs pour les préparer à la vie d'après. Les autorités ont donné une chambre à Vladimir, un homme arrivé il y a quelques jours, après avoir été forcé par les militaires à quitter sa maison. « Ils vont me reloger, je ne sais pas où. Je n'ai nulle part où aller. Je n'ai personne, se désole-t-il. La ligne de front est déjà au niveau de mon village. J'ai été évacué par les soldats ukrainiens. Jusqu'ici, j'étais resté chez moi. J'étais en train de me réchauffer près du poêle. D'un coup, la porte s'est ouverte. J'ai vu le canon d'une arme avec une lampe éblouissante. Je ne voulais pas partir, mais les militaires m'ont forcé à venir avec eux. On a fait des kilomètres, on est passé par plusieurs villages jusqu'à ce qu'ils me déposent ici. » Interrogé sur un éventuel retour dans son village, Vladimir se dit incertain : « Un jour peut-être. Quand la guerre se terminera. Mais je ne sais pas quand ça va se finir. Peut-être dans 20 ans. » À lire aussiGuerre en Ukraine: contre-offensive ukrainienne inédite depuis 2023, sur fond de coupures Starlink côté russe

    Après l'ouverture du point de passage de Rafah, les Gazaouis réfugiés en Égypte candidats au retour

    Play Episode Listen Later Feb 16, 2026 2:26


    Depuis la réouverture le 1ᵉʳ février du point de passage de Rafah entre l'Égypte et la bande de Gaza, les Palestiniens qui avaient trouvé refuge dans le pays voisin depuis le début de la guerre peuvent envisager un retour chez eux. Au Caire, l'ambassade de l'Autorité palestinienne enregistre les demandes de départ. Mais pour l'instant, les autorisations arrivent au compte-gouttes et la décision de rentrer reste lourde à prendre. De notre correspondant au Caire, Mahmoud Mohsen, 65 ans, visage résigné et djellaba usée, reçoit sur la banquette arrière de la voiture d'un ami, faute de mieux. « Chaque jour je dors dans un endroit différent. En Égypte, on vit comme des mendiants. Aucune organisation ne nous aide, il n'y a pas de travail, il n'y a rien. » Cet ouvrier agricole originaire de Jabaliya, dans le nord de l'enclave, avait été évacué il y a un an pour soigner un cancer du larynx dans un hôpital à deux heures du Caire. Sorti depuis six mois, il désespère de retrouver un jour ses proches. « Je souffre, je souffre, je souffre… Et je veux rentrer chez moi. Ça suffit les déplacements forcés. On a eu 1948, on a eu 1967. Ça suffit. Je veux rentrer même si je n'ai plus rien. Même si je sais que c'est pour aller sous une tente. Car ma maison de quatre étages a été détruite. Comme la ferme que je venais de construire. » À lire aussiRéouverture du passage de Rafah: rentrer ou rester, le dilemme des réfugiés gazaouis en Égypte  « Je dois revenir. Je veux être sur place, pas agir à distance » Inscrit dès l'ouverture sur la plateforme de l'ambassade de l'Autorité palestinienne au Caire, il doit prendre son mal en patience. Car les entrées pour l'instant se font au compte-gouttes, quelques dizaines de personnes par jour, jamais plus. Dix jours après la réouverture du point de passage, seules 213 personnes avaient pu regagner l'enclave.  Attablée dans un café de la banlieue chic du Caire, Andaleeb Adwan ne se fait pas d'illusion. « Si on doit attendre un ou deux mois, ce sera déjà une bonne chose. Mais je crains que ce soit bien plus long. J'ai le sentiment qu'ils laissent d'abord rentrer les blessés venus se faire soigner, en priorité ceux qui sont à Al Arish. Au Caire, je n'ai entendu parler de personne qui ait pu rentrer pour le moment. » Fondatrice et directrice d'une organisation citoyenne à destination des jeunes gazaouis, elle fait de son retour dans l'enclave un impératif moral. « Je dois revenir. Je veux être sur place, pas agir à distance, pour voir comment l'institution fonctionne. Je sais que je ne resterai pas directrice éternellement, mais j'ai besoin d'être rassurée sur sa capacité à continuer car beaucoup de compétences ont été perdues, tuées sous les bombardements ou ont quitté Gaza. » Sur environ 100 000 Gazaouis réfugiés en Égypte, près de 20 000 se sont inscrits pour rentrer. À lire aussiRéouverture du passage de Rafah: une vingtaine de personnes a pu entrer en Égypte et à Gaza

    En Suède, les prisons pourraient accueillir des enfants de 13 ans dès juillet prochain

    Play Episode Listen Later Feb 15, 2026 2:35


    En Suède, le gouvernement veut abaisser l'âge de la responsabilité pénale à 13 ans, face à la montée de la violence juvénile et au recrutement de mineurs par les réseaux criminels. Un projet de loi très critiqué, qui bouscule un modèle fondé sur la protection de l'enfance. Il a cependant de grandes chances d'être voté. En effet, le gouvernement dispose d'une majorité parlementaire.  Un reportage de notre correspondante à Stockholm à retrouver en version longue dans Accents d'Europe. À lire aussiSuède: face au phénomène d'enfants embrigadés dans des gangs, le gouvernement cherche des solutions

    Au Mexique, à quelques mois du Mondial de football, des sacs de restes humains ont été retrouvés

    Play Episode Listen Later Feb 14, 2026 2:42


    À Guadalajara, ville de l'ouest du Mexique et l'une des trois villes hôtes nationales du Mondial de football 2026, des centaines de sacs poubelles contenant des restes humains ont été retrouvés ces derniers mois dans des fosses clandestines autour du stade qui accueillera la compétition. Alors que le Mondial se rapproche et que le pays se prépare à recevoir des touristes du monde entier, ces découvertes macabres rappellent la triste réalité des disparitions forcées au Mexique.  De notre correspondante à Mexico,  Le 4x4 avance sur un chemin de terre et s'arrête devant trois grands chênes. Derrière, les champs s'étendent à perte de vue. Carmen Ponce coupe le contact et saute du véhicule. « Quand on est arrivés, tout n'était que hautes herbes. On nous a dit qu'on allait trouver vers ces arbres, donc on s'est frayé un chemin et on a commencé à chercher vers cette pierre », montre-t-elle. La jeune femme de 26 ans marche vers un terrain débroussaillé. À côté des arbres, la terre fraîche indique l'emplacement de la fosse clandestine désormais recouverte : « De ce côté, à gauche, la tige en métal est entrée très facilement et, en la retirant de la terre, on a senti cette odeur fétide d'être humain en décomposition. » C'est un appel anonyme qui l'a guidée, elle et son collectif de recherche, vers cette fosse commune, en septembre dernier. Au bout de ce chemin, on leur a dit qu'ils trouveraient huit corps. Au final, une trentaine de sacs ont été déterrés. « Ce sont des sacs plastiques noirs, entourés de gros scotch, décrit Carmen Ponce. En les ouvrant, on a trouvé trois bras avec des tatouages qui nous ont été très utiles pour les identifier. Il y avait des sacs qui contenaient un bras, une jambe. Dans d'autres, juste le torse et un seul bras. » À lire aussiMexique: des marches de deuil pour les disparus à Mexico et dans plusieurs villes « On marche sur une terre où sont enterrés nos enfants » Aussi macabre soit-elle, la découverte de cette fosse n'a pas surpris le collectif de recherche. Ces derniers mois, plusieurs charniers comme celui-ci ont été localisés à Zapopan, à quelques kilomètres du stade qui accueillera quatre matchs du mondial de football en juin 2026. « Le cas de Zapopan est emblématique car c'est une zone où circule beaucoup d'argent, notamment du blanchiment d'argent, explique Jonathan Avila. Membre du Centre de justice pour la paix et le développement, il surveille cette zone depuis plusieurs années déjà. Le crime organisé y est présent depuis les années 1980. Et puis, cette zone autour du stade regroupe des champs et des terrains abandonnés, donc c'est plus simple d'y enterrer des corps. » En 2025, presque 500 sacs ont été déterrés aux alentours du stade. Des exhumations en masse, devant lesquelles les autorités locales ont gardé le silence. Seule prise de parole officielle, le maire de Zapopan a annoncé une réunion avec les représentants de la Fifa au Mexique pour évoquer le sujet des fosses. Ces déclarations sont loin d'être suffisantes pour les proches de disparus, comme la mère de Carmen Ponce qui cherche toujours son fils : « On marche sur une terre où sont enterrés nos enfants. Et toutes ces personnes qui vont venir découvrir la belle Guadalajara, je veux qu'elles sachent qu'elles marchent sur un cimetière. » Au total, plus de 130 000 personnes sont portées disparues au Mexique selon les chiffres du gouvernement fédéral.  À lire aussiAu Mexique, les familles de disparus se lancent à la recherche de leurs proches

    Les médias indépendants de Birmanie exilés en Thaïlande font face à de nombreux défis

    Play Episode Listen Later Feb 13, 2026 2:33


    En Birmanie, près de cinq ans après le coup d'État du 1ᵉʳ février 2021, les organisations de défense des droits humains continuent d'alerter. Ces cinq dernières années, 64 des 73 médias indépendants de Birmanie ont été bannis du pays et contraints à l'exil, principalement en Thaïlande. Entre incertitude, pressions et recherche de financements, les défis sont grands.  De notre correspondante de retour de Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, Dans son dernier rapport, Human Rights Watch dénombre 30 000 prisonniers politiques arrêtés par la junte en Birmanie, une répression renforcée lors des élections du mois dernier, du 28 décembre 2025 au 25 janvier 2026, et plus de 2 200 personnes mortes en garde à vue. Des témoignages font état de torture et violences sexuelles par la junte. Cette répression s'acharne également contre la presse, une presse qui était déjà fragilisée avant le coup d'État. Derrière un haut portail, dans une rue calme de Chiang Mai, la rédaction d'Irrawaddy est en pleine réunion. L'un des principaux médias indépendants birmans a été fondé dans les années 1990 par Aung Zaw, déjà en exil à cette époque, avant un retour en Birmanie entre 2012 et 2021. « Après le coup d'État, le régime a ciblé en priorité les médias. Notre responsable administratif, mon ami, est encore en prison », explique le journaliste. La rédaction, une quarantaine de journalistes, a trouvé refuge en Thaïlande. Il reste une dizaine de correspondants en Birmanie, ils travaillent incognito et sous pression. « Notre site en birman subit des cyberattaques, ça arrive beaucoup ces temps-ci, poursuit Aung Zaw. Le régime a aussi créé de nombreux petits médias qui diffusent des rumeurs, ça nous demande plus de travail, car nos lecteurs veulent connaître la vérité. » Ce journal garde aussi un œil critique sur l'opposition. « On est connu pour ça, l'opposition nous adore et nous déteste… », s'amuse le fondateur d'Irrawaddy. À lire aussi«Les armes sont dans leurs mains»: en Birmanie, le deuil et l'impuissance d'un père face à la répression Des médias qui s'entraident Depuis un an, Irrawady, comme ses concurrents Mizzima ou DVB, doit faire sans les aides au développement des États-Unis et d'autres pays européens.  « On a perdu 20 à 25 % des financements. L'an passé a été très dur et il reste beaucoup d'incertitudes pour cette année… », confie Aung Zaw, qui a dû licencier une dizaine d'employés. Les médias en exil cherchent donc des solutions ensemble. «​​​​​​​ On est toujours concurrents, mais on se partage les informations, positive le journaliste. J'en suis très heureux. On cherche le soutien de fondations privées, de philanthropes… c'est comme ça qu'on essaie de survivre dans ce monde en crise. ​​​​​​​» Des journalistes en situation de précarité Les journalistes indépendants sont encore plus précaires, en particulier les femmes. Ma Zee, c'est un surnom, les accompagne grâce à son ONG Exile Hub, fondée il y a 5 ans. Son réseau, discret, a d'abord aidé des dizaines de journalistes à fuir. Désormais, elle les aide à reconstruire leur vie, en Thaïlande ou ailleurs.  «​​​​​​​ Les salaires dans la presse ici sont très faibles. Certains travaillent donc à côté, dans des cafés, dans la construction, témoigne la directrice de l'ONG. Beaucoup ont dû changer d'identité, ils ont besoin d'aide sur tous les plans. ​​​​​​​»  Ma Zee et son réseau financent des bourses de reportages et des formations. L'ONG accompagne aussi celles et ceux qui sortent de prison. La Birmanie est le deuxième pays dans le monde qui emprisonne le plus de journalistes.  À lire aussiEn Birmanie: Sai Zaw écope de 20 ans de prison pour avoir fait du journalisme

    L'inflation du quotidien inquiète les Russes

    Play Episode Listen Later Feb 12, 2026 2:48


    La Banque centrale russe se réunit ce vendredi 13 février. Au menu : une baisse de son taux directeur. Officiellement, l'inflation est en recul, mais les Russes disent être contraints de toujours regarder davantage les étiquettes. La Banque centrale va-t-elle continuer sa politique des petits pas sur son taux directeur ? Après avoir atteint un plus haut de 21 % en octobre 2024, pour contrer une économie en surchauffe en raison de l'explosion des dépenses, celui-ci a été abaissé graduellement en 2025 pour atteindre 16 % le 19 décembre dernier. Sur le papier, l'inflation est enfin redescendue en dessous des 10 % en rythme mensuel et la croissance, elle, a très fortement décéléré : elle est prévue à 0,8 % en 2026, selon la dernière analyse du FMI publiée le 19 janvier dernier. Les Russes, eux, au quotidien, disent pourtant faire de plus en plus attention à leurs dépenses en raison de prix élevés. En raison notamment de l'augmentation de la TVA de 20 à 22 % le 1ᵉʳ janvier dernier, mais pas que. Rencontré dans une rue piétonne et commerçante du centre d'Irkoutsk, un jeune homme explique : « La chose la plus remarquable pour moi, personnellement, c'est le tarif du ticket de transport en mini-bus ; il a doublé depuis 4 ans que je vis ici. C'est beaucoup, c'est vraiment beaucoup. À un moment, je me suis même dit : "Mais, tout mon argent liquide a disparu ?!" Je me suis même dit qu'on m'avait volé. En fait, c'est juste que les tickets sont passés de 25 à 50 roubles chacun ».  Que faire ? Pas grand-chose à ses yeux : « C'est l'hiver, il fait -20°C, je ne vais pas aller à l'université à pied. »  À lire aussiComment le conflit en Ukraine change la société et l'économie de la région d'Irkoutsk Faire des choix dans son budget D'autres, dans cette rue dotée de petites boutiques et d'un grand centre commercial au bout, ont en tête que chacun doit désormais faire des choix dans son budget. Comme cette mère de famille venue de la ville de Tchita, à près d'un millier de kilomètres d'Irkoutsk, avec son fils adolescent : « Quand je fais des cadeaux, explique-t-elle, j'essaie que ce soit quelque chose de pratique, par exemple pour la maison. En général, j'offre du textile, des serviettes, des torchons, quelque chose de pratique pour la cuisine. Que ça soit utile, pas juste pour le fun. » Quelques mètres plus loin, on croise une jeune fille pour qui les cadeaux, c'est sacré, et tant pis si elle doit se serrer la ceinture ailleurs. « Quand il s'agit de cadeaux, personnellement, je suis absolument sans limites, parce que je veux vraiment faire plaisir à ceux que j'aime, avec ce que je peux trouver de mieux, dit-elle dans un sourire. En revanche, je suis beaucoup plus prudente quand je fais mes courses au jour le jour. Surtout pour la nourriture. Après tout, on mange tous les jours, autant faire attention à ça. Sinon, il n'y a pas d'issue. » Le petit parti d'opposition Rasvët notait lui, hier, sur son réseau social : « En réalité, les prix peuvent fluctuer considérablement en fonction de la région, du réseau commercial ou de la catégorie de produits. » Ainsi, le coût des concombres dans la région de la Volga peut dépasser 400 roubles, à Omsk, c'est 500 roubles par kilogramme, et à Moscou, certaines variétés de tomates sont à 1 500 roubles. Pour la jeune fille en tout cas : « Cette hausse des prix, c'est vraiment inquiétant. On se demande quand ça va s'arrêter. Et si d'ailleurs ça va s'arrêter un jour. Ce sentiment d'instabilité, ça me préoccupe vraiment. » « On ne voit pas ce que l'avenir nous réserve »   Dans la ville d'Angasrk, à deux heures de route, certains s'inquiètent particulièrement pour les plus fragiles. Dimitri [il a demandé à n'être cité que par son prénom, NDLR] note : « Le prix pour un morceau de pain d'environ 400 grammes était de 44 roubles en décembre et il est passé à 49 en janvier. C'est +22 %, et encore, on parle d'un produit dont le prix est régulé. Et c'est pareil avec le lait, alors que ce sont des produits essentiels. Les prix ont déjà tellement bondi que c'est difficile pour les retraités, avec leur pension de 17 000 roubles. Et que va-t-il encore se passer ensuite ? On ne voit pas ce que l'avenir nous réserve. » Et quand ce n'est pas, encore une fois, l'incertitude sur l'avenir qui est soulevée, c'est une question plus précise qui pointe, comme chez Oleg [lui aussi a demandé à n'être cité que par son prénom, NDLR] : « Je m'inquiète que la population s'appauvrisse. Je pense qu'il va y avoir de moins en moins d'argent en Russie, que les budgets publics vont devoir être revus à la baisse plus d'une fois. Et plus la pression sera élevée, moins il y aura d'argent et plus la nourriture sera chère. » Il y a 10 jours, Vladimir Poutine annonçait que la croissance 2025 avait bien été de 1 %, très en dessous des performances des deux années précédentes. Et demandait à son gouvernement de tout mettre en œuvre pour la faire repartir. À lire aussiNouvelles coupes à venir dans les forêts du lac Baïkal

    «Nous recevons des menaces»: Iran International, une chaîne en persan face au défi d'informer depuis Londres

    Play Episode Listen Later Feb 11, 2026 2:27


    Comment continuer d'informer les Iraniens en pleine répression et au milieu d'un blackout informationnel ? Informer et soutenir les Iraniens, c'est la mission que s'est fixée la chaîne de télévision Iran International, en langue persane et considérée comme une entité terroriste par le régime des Gardiens de la Révolution. Iran International revendique des millions de téléspectateurs à travers le monde. Sa particularité : elle émet depuis Londres. Visite de la rédaction ultra-sécurisée. De notre correspondante à Londres, Nichés au cœur d'une zone industrielle, les studios d'Iran International sont cachés derrière des barrières opaques. Sharareh Azizi vient de présenter son dernier JT de la journée. La journaliste a les traits tirés, après un mois à couvrir la répression en Iran : « C'est un poison, jour après jour, de voir les images, d'écrire des articles, de monter des vidéos en floutant le sang, puis de prendre l'antenne. Parfois, je me mets à pleurer face caméra. Ça me rend triste, parce que c'est mon pays, que j'aime. Nous traversons un traumatisme collectif. » Établie en 2017 et financée par un investisseur saoudien, la chaîne emploie des journalistes iraniens, qui assistent de loin à ce qui se passe dans leur pays. Depuis le début des manifestations, le rédacteur en chef Aliasghar Ramezanpoor a dû réorganiser ses équipes : « Nous avons dû demander du renfort pour notre couverture, par exemple au service des sports. Mais le problème, c'est qu'on doit forcer les journalistes à prendre leur repos hebdomadaire ! Ils se sentent coupables de prendre un jour de repos à la maison et de ne pas pouvoir couvrir ce qui se passe en Iran. » La rédaction a mis en place un soutien psychologique. Surtout que la chaîne fait partie des ennemis du régime : « Nous recevons des menaces, nos familles en Iran sont convoquées et le régime sait où nous vivons. C'est devenu une habitude : ne pas quitter nos domiciles toujours à la même heure, limiter nos sorties en public. » À écouter  aussi«Iran, la révolte massacrée»: une enquête exclusive de France 24 sur la répression massive Une carte qui recense les victimes En bas de l'écran, des messages défilent pour donner des nouvelles à la diaspora. Ainsi que les photos des victimes identifiées. Au rez-de-chaussée de la rédaction, Roland West, le directeur créatif, a créé une carte pour recenser les milliers d'Iraniens tués. « Cette base de données contient toutes les victimes vérifiées, à travers tout l'Iran. C'est assez simple pour l'instant : on a une photo pour la majorité des gens, un nom, un endroit, parfois leur âge. J'aimerais qu'on traduise cette carte en anglais, parce que c'est un outil puissant. » Une sorte de monument aux morts virtuel, au-delà de la dimension informative. Le projet pourrait avoir un intérêt futur, explique Adam Baillie, porte-parole d'Iran International. « Certes, nous ne sommes pas un tribunal, ni une ONG, mais toutes ces informations vérifiées que nous avons, nous les tenons à disposition si le conseil des droits humains des Nations unies veut poursuivre des membres du régime. » Avec ses 50 millions de téléspectateurs hebdomadaires, Iran International se revendique comme la voix du peuple iranien, de l'extérieur. À lire aussiIran: le 47e anniversaire de la révolution islamique célébré sur fond de crises politiques

    À Minneapolis, la communauté somalienne vit dans la «peur constante» des descentes de l'ICE

    Play Episode Listen Later Feb 10, 2026 2:29


    Arrestations brutales et arbitraires souvent au faciès, la police de l'immigration toujours présente à Minneapolis et dans l'État du Minnesota suscitent la peur, notamment dans la communauté somalienne. Le Minnesota regroupe la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. En décembre dernier, le président Trump avait dit ne plus vouloir d'eux dans le pays : il a révoqué le statut de protection temporaire pour les Somaliens en janvier. La communauté somalienne de Minneapolis a été prise pour cible à cause d'une affaire de fraude aux fonds publics autour de programmes sociaux. Des cas de fraudes avérés dont des ressortissants somaliens étaient responsables et qui ont légitimé, aux yeux de Donald Trump, de s'en prendre à cette diaspora. À lire aussiÉtats-Unis: pour les habitants de Minneapolis, le retrait de 700 agents de l'ICE n'est pas suffisant

    «Aucune évaluation environnementale stratégique»: aux JO de Milan-Cortina, la colère des écologistes

    Play Episode Listen Later Feb 8, 2026 2:38


    Les Jeux olympiques d'hiver 2026 ont commencé. Derrière les images spectaculaires des montagnes du nord de l'Italie se cache une réalité bien différente : l'impact environnemental. La candidature italienne promettait des Jeux « durables », à l'impact nul ou presque. Mais le bilan s'avère bien moins reluisant. Les acteurs de la protection de l'environnement dénoncent un manque de concertation et de transparence. Reportage de notre correspondante à Cortina d'Ampezzo.  À lire aussiCollectif «NO JO»: aux Jeux olympiques d'hiver, «on est arrivés au terme d'un modèle sportif et économique»

    Pourquoi le Honduras veut rétablir ses relations diplomatiques avec Taïwan

    Play Episode Listen Later Feb 7, 2026 2:32


    Les relations diplomatiques Honduras-Taïwan furent coupées en 2023 par la présidente Xiomara Castro au profit de la Chine. Le nouveau président hondurien, Nasry Asfura, soutenu par Donald Trump, a évoqué à de nombreuses reprises son souhait de tourner le dos à Pékin. Pour Taïwan, ce serait une opportunité de pouvoir peut-être regagner un de ses rares alliés sur la scène internationale. Rencontre à Taïpei avec la diaspora hondurienne, installée à Taïwan avant la rupture des liens diplomatiques. De notre correspondant à Taipei, Aldo Balsamo vit depuis cinq ans à Taïwan. Arrivé sur l'île grâce à une bourse d'études offerte par le gouvernement taïwanais, il a décidé de poursuivre ses études malgré la rupture diplomatique entre le Honduras et Taïwan en 2023 : « Si je devais donner un pourcentage, je dirais entre 70 et 80% de chances que le président rétablisse une relation avec Taïwan. Mais il y a toujours la possibilité que la Chine le séduise avec un accord, ce qu'ils ont souvent fait dans la région. » Une possibilité qu'il n'envisage pas sereinement : « J'aime Taïwan. Mais l'idée que nous puissions arrêter de reconnaître la Chine au profit de Taïwan me fait un peu peur. Je sens qu'il y a de bonnes chances que la Chine puisse riposter contre le Honduras. Chez nous, tout est chinois de nos jours… C'est assez effrayant. » Si Aldo a pu rester à Taïwan malgré l'arrêt de sa bourse d'études, c'est en partie grâce au soutien de la communauté hondurienne, menée par Fernando Ramos. Avocat et journaliste, il est à Taïwan depuis plus de dix ans. C'est une figure très active de la petite communauté hondurienne sur l'île. « Économiquement, c'était désastreux pour nous. L'industrie de la crevette est morte, le nombre de bourses d'études a été réduit, nous n'avons vu aucun bénéfice pour le café ou quelque produit agricole que ce soit. De l'autre côté, ajoute Fernando Ramos, nous avions Taïwan qui offrait trois fois plus de bourses d'études, achetait 40% de notre production de crevettes. Je ne vois pas de raisons qui indiqueraient pourquoi le gouvernement hondurien devrait rester avec la Chine. » « Des raisons économiques, diplomatiques » Pour lui, les raisons de rétablir une relation diplomatique avec Taïwan seraient donc économiques, mais aussi politiques, voire idéologiques : « Je pense que Nasry Asfura doit beaucoup à Trump pour son élection, et qu'il fera ce que Trump veut. Ni les Honduriens ni le gouvernement du Honduras ne se laisseront convaincre par de simples promesses chinoises. » Si revirement il y a, ce serait une défaite diplomatique difficile à encaisser pour la Chine, dans un contexte politique régional tendu, comme le rappelle Florencia Huang, universitaire taïwanaise spécialiste de l'Amérique latine : « La Chine n'accorde peut-être pas beaucoup d'importance au Honduras. Mais nous devons également tenir compte du fait que la Chine se trouve actuellement dans une situation très difficile en raison du cas Maduro au Venezuela. Si la Chine souhaite conserver son influence dans ce moment critique, elle tentera de ne pas perdre un autre allié en Amérique centrale. Elle va donc surement essayer de négocier et de tenir ses promesses faites en 2023. » Depuis le début des années 2000, neuf pays d'Amérique centrale et des Caraïbes ont reconnu la Chine au détriment de Taïwan : parmi eux, aucun n'est revenu sur sa décision. À lire aussiHonduras: les ONG inquiètes après la victoire du nationaliste Nasry Asfura à la présidentielle

    Industrie pharmaceutique: l'Irlande redoute la pilule amère de Trump!

    Play Episode Listen Later Feb 7, 2026 2:35


    Grâce à une fiscalité avantageuse, l'Irlande a su attirer les géants pharmaceutiques, au point d'en faire l'un des piliers de son économie. Mais Donald Trump brandit désormais la menace de droits de douane, pour pousser ces entreprises à relocaliser aux Etats-Unis. Or, les médicaments représentent près de la moitié des exportations irlandaises, avec les États-Unis comme premier client ! En Europe, l'Irlande serait ainsi le pays le plus exposé. Près de Cork, Ringaskiddy, surnommé le « village du Viagra », retient son souffle. Reportage de Clémence Pénard. John n'avait que 22 ans quand Pfizer s'est installé à Ringaskiddy. C'était en 1969 : « Tu vois, juste là, le château d'eau ? L'espèce de champignon, là ! Ça appartient à Pfizer !  » Le succès est tel que l'entreprise s'empresse de construire deux autres usines. Si bien qu'aujourd'hui, sous les coups de 8 heures, le site devient une véritable fourmilière : « Le matin, les routes sont totalement saturées : les files de voitures s'étendent sur des kilomètres. Et c'est la même chose le soir ! Une autoroute devait être construite il y a trente ans… Bon, elle doit être terminée d'ici trois ans. On vit dans l'espoir ! » Le « Pfizer Stop » Un arrêt de bus, le « Pfizer Stop », a tout de même été créé, rien que pour les salariés qui produisent, depuis 1998, le médicament le plus tonique de la région : le viagra !  « À l'époque, on n'arrivait même pas à prononcer le nom : "Pf i zeur" ! Mais tout le monde voulait y travailler, absolument tout le monde. Les salaires étaient multipliés par quatre ! Même le fournisseur de papier toilette était devenu riche ! » Et il n'a pas fallu longtemps pour que le « village du Viagra » attire d'autres géants pharmaceutiques. Aujourd'hui, les Américains Johnson & Johnson, Thermo Fisher ou encore BioMarin profitent eux aussi du port de cet ancien village de pêcheurs, idéal pour exporter leurs médicaments !  Et à seulement 20 km de là, Lilly fabrique Mounjaro et Zepbound, deux médicaments anti-obésité, best-sellers aux États-Unis !  Ambiance à Ringaskiddy et dans les villages voisins Ainsi, dans Ringaskiddy et les villages voisins, ce sont plus de 20 000 personnes qui travaillent pour ces mastodontes, souvent de génération en génération. Audrey Buckley est élue locale du Fianna Fáil, le parti au pouvoir : « S'il arrivait quoi que ce soit à l'industrie pharmaceutique ici, ce serait tout simplement dévastateur pour toute la région. Dévastateur… Aujourd'hui, au dîner autour de la table, les mêmes questions reviennent sans cesse : est-ce que tels travaux ont démarré à l'usine? Est-ce qu'il y a de nouveaux projets ? Or, tout semble à l'arrêt. C'est une énorme source d'angoisse, les gens repoussent l'achat d'une voiture, l'extension de la maison, et ainsi de suite. Ils dépensent moins, c'est sûr, donc on voit déjà des effets ! »  Économiste à l'université de Cork, Eleanor Doyle voit aussi un ralentissement du secteur, mais tente tout de même de rassurer : « Pour les usines pharmaceutiques, les délais pour obtenir les autorisations de construction sont si longs, qu'à moyen terme, une délocalisation est peu envisageable ! » Pour l'instant, l'Irlande profite d'un répit, l'administration américaine semblant se concentrer sur d'autres régions du monde.

    Thaïlande: courir pour sensibiliser au référendum sur la Constitution de 2017

    Play Episode Listen Later Feb 6, 2026 2:33


    Le 8 février, plus de 50 millions de Thaïlandais sont appelés à voter à la fois pour renouveler leur Parlement et pour dire oui ou non à une révision de la Constitution de 2017, rédigée sous la junte militaire issue du coup d'État de 2014. Le référendum est jugé crucial par l'ONG de défense des droits civiques iLaw, qui a choisi une méthode de campagne originale : sensibiliser les électeurs à travers des événements autour de la course à pied, une activité en plein essor dans le royaume. De notre correspondant à Bangkok, « Pour une nouvelle Constitution, et pour faire avancer le pays — votez oui ! », scande la foule. « Allez, mettez-vous en place, le départ de la course va être donné ! », lance un organisateur de l'événement. Ils sont une cinquantaine, ce soir-là, à courir dans le célèbre parc Lumpini, en plein cœur de Bangkok. Pas un simple footing collectif : ces joggeurs, comme ce jeune homme à bout de souffle, participent à une opération de sensibilisation au référendum constitutionnel, organisé le même jour que les élections du 8 février. « Je suis là parce que je veux un nouvel avenir pour la Thaïlande », lâche ce jeune joggeur. « J'ai deux enfants : j'ai envie que ce pays soit stable pour leur avenir » Jan, 23 ans, porte un t-shirt appelant à voter « oui » au changement de Constitution : « Je soutiens cette campagne à 100 %, car l'actuelle Constitution de 2017 a été écrite par le régime militaire, et certains articles freinent la démocratie. » Coureur régulier, Pap espère lui aussi une réécriture de la Constitution pour les générations futures : « Il en faut une nouvelle pour plus de transparence et pour réduire, je l'espère, la corruption. J'ai deux enfants : j'ai envie que ce pays soit stable pour leur avenir. Je suis plutôt confiant, même ma mère m'a dit qu'elle voterait "oui" pour ses petits-enfants. » Depuis le début de l'année, des courses se déroulent chaque semaine dans les grands parcs de la capitale, mais aussi dans d'autres provinces, pour mobiliser les électeurs autour du scrutin. C'est l'ONG de défense des droits civiques iLaw, dont Jib fait partie, qui est à la manœuvre : « En ce moment, la génération Z et beaucoup de gens prennent soin de leur santé, il y a de nombreux clubs de course. On voulait en profiter pour sensibiliser au scrutin. La dernière fois, ça a vraiment dépassé nos attentes : on ne s'attendait pas à voir autant de monde. » Un référendum constitutionnel plus important que les élections Des élus de l'opposition, des personnalités publiques et des artistes ont rejoint le camp du « oui », lors de ces courses souvent prolongées par des débats ou des concerts. À Benjasiri, un autre parc de la capitale, John Winyu, présentateur d'une émission de satire politique suivie par plusieurs millions de personnes sur les réseaux sociaux, n'a pas couru, mais il est venu apporter son soutien : « Les gens veulent un nouvel espoir. Ils attendent de ces élections un gouvernement qu'ils auront choisi, et bien sûr, espèrent se débarrasser de cette Constitution. »  Après deux tours de parc, Yingcheep Atchanont, directeur de iLaw, rappelle à quel point le référendum constitutionnel est crucial : « Pour nous, ce référendum est plus important que les élections. Quel que soit le vainqueur, gouverner avec cette Constitution restera très compliqué, car elle a été pensée pour réprimer n'importe quel gouvernement élu qui entend mener des réformes structurelles. » Selon lui, un « non » maintiendrait la Thaïlande dans ce cycle d'instabilité politique pour des décennies encore. À lire aussiRéférendum constitutionnel en Thaïlande: un vote sous contrôle de la junte

    Haïti: au cœur d'une brigade d'autodéfense à Port-au-Prince

    Play Episode Listen Later Feb 6, 2026 2:34


    En 2025, un phénomène a pris de l'ampleur en Haïti, pays secoué par la violence des groupes armés : celui des « brigades d'autodéfense ». Face à l'absence - ou la faiblesse - des forces de l'ordre étatiques, les habitants de certains quartiers ont mis en place des milices locales pour se défendre contre les gangs. Composées de policiers et de civils armés, ces brigades contrôlent les entrées et sorties des quartiers et assurent une forme de sécurité. Mais elles sont de plus en plus critiquées pour des bavures et des violences, au point que certains les comparent déjà… aux gangs qu'elles prétendent combattre. De nos envoyés spéciaux à Port-au-Prince, Sur la place centrale de Canapé-Vert, dans un petit amphithéâtre, le danseur de hip-hop Paniko tourne une vidéo. Cela ne fait pas très longtemps qu'il habite dans le quartier. Comme beaucoup d'habitants de Port-au-Prince, il a fui un secteur de la capitale tombé aux mains des gangs. Ici, à Canapé-Vert, il se sent en sécurité. « Les brigades contrôlent la zone. Elles vérifient qui entre et qui sort du quartier », explique-t-il. Pour accéder à Canapé-Vert, les habitants doivent présenter une pièce d'identité prouvant qu'ils résident bien sur place. À lire aussiHaïti, l'impossible transition La naissance de la brigade La brigade d'autodéfense de Canapé-Vert existe depuis plus de deux ans. Par l'intermédiaire d'un contact, nous rencontrons son chef, Samuel. Après une première réunion informelle, il accepte de nous parler. Les prises de parole médiatiques sont rares. Jean noir, T-shirt blanc, pistolet à la ceinture, il nous conduit à l'endroit où tout a commencé. Le 24 avril 2023, lors de la fouille d'un minibus, des policiers interpellent 14 personnes, dont certaines portaient des armes d'après eux. Ils les soupçonnaient de vouloir prêter main-forte à un gang actif dans un autre quartier. Ces hommes sont ensuite brûlés vifs par des habitants devant le sous-commissariat de Canapé-Vert. Un épisode violent, que Samuel Joasil - policier en service - décrit comme le point de départ d'une mobilisation citoyenne ayant mené à la création de la brigade. « Les brigadiers sont des jeunes qui ont voulu se défendre. Ils n'ont pas d'armes à feu. Nous les soutenons, parce que nous sommes policiers et militaires, et ainsi nous pouvons défendre ensemble notre quartier », affirme-t-il. Samuel Joasil assure que les membres civils de la brigade ne sont pas armés. Avant l'interview, il nous apprend qu'un de ses hommes vient d'être blessé lors d'un échange de tirs avec un gang, dans un autre quartier. Cela arrive-t-il souvent ? « Oui », répond-il, sans plus de détails. Il refuse en revanche de communiquer le nombre exact de brigadiers, se contentant d'un laconique : « Nous sommes nombreux. » Les brigades critiquées pour des violences La brigade joue un rôle stratégique, y compris pour les autorités haïtiennes. En sécurisant Canapé-Vert, elle garantit l'accès à Pétion-Ville et empêche cette commune située sur les hauteurs de Port-au-Prince de tomber sous le contrôle des gangs. Samuel Joasil nous conduit ensuite au quartier général de la brigade, où l'on prépare une fête de pré-carnaval. On perçoit ici une autre facette du rôle joué par la brigade, celui de bienfaiteur local. Nous y rencontrons un jeune étudiant qui a décidé de rejoindre le groupe. Pour des raisons de sécurité, il souhaite rester anonyme. « Je suis entré dans la brigade à cause de l'insécurité que nous vivons au quotidien », explique-t-il, avant d'ajouter. « Je veux que mon quartier reste sûr. Tous mes amis sont ici, nous avons grandi ici. Nous ne voulons pas perdre ce que nos parents ont construit. Nous avons vu ce que les gangs ont fait ailleurs. Nous ne voulons pas être obligés de partir et de ne pas être à l'aise dans un nouvel endroit. » Ce jeune brigadier affirme s'occuper uniquement de la logistique et ne pas participer aux opérations sur le terrain. Il faut dire que ces milices sont de plus en plus critiquées pour des assassinats, des exactions, des lynchages et des viols. Que répond le chef de la brigade ? « Ce sont des cas isolés. Les viols ou autres exactions se produisent dans d'autres zones, pas ici. » Canapé-Vert reste pourtant un quartier où tout le monde n'est pas le bienvenu. Pour les journalistes notamment, couvrir cette zone peut s'avérer dangereux. Le reporter Pierrevil Théas en témoigne. Alors qu'il couvrait une manifestation à Canapé-Vert, il a été agressé par des hommes cagoulés qui lui ont lancé des pierres. « Heureusement, je portais un gilet pare-balles et un casque. Sinon, je ne serais peut-être plus là aujourd'hui », raconte-t-il. Pour échapper à la foule, il a trouvé refuge dans un garage avant de contacter son rédacteur en chef, qui a alerté la police. Celle-ci l'a finalement escorté hors du quartier. Depuis, explique-t-il, il n'y est jamais retourné, par crainte pour sa vie. Quel avenir pour les brigades ? Que deviendront ces brigades si un jour la situation sécuritaire s'améliore ? Pour Samuel Joasil, les hommes armés pourraient être intégrés aux forces de l'ordre, dans l'armée, ou des « groupes de soutien » pour assurer la sécurité du pays. Mais ONG et observateurs restent sceptiques. Dans certaines brigades, des civils sont bel et bien armés. Certains groupes seraient financés par des entreprises ou des notables qui auraient intérêt à maintenir une force armée privée pour défendre leurs intérêts. L'histoire haïtienne rappelle que les milices ont souvent servi les puissants, comme ce fut le cas avec les tontons macoutes sous la dictature Duvalier. « Mon inquiétude, c'est que les brigadiers ne déposent pas leurs armes, qui sont des armes de guerre », estime Pierrevil Théas qui s'interroge : « Va-t-on dire aux gangs comme aux brigadiers : maintenant, vous déposez tous vos armes ? » Selon lui, « il ne faut pas oublier que parmi les brigadiers se trouvent aussi des criminels. Si on ne parvient pas à les canaliser, cela peut générer encore plus de chaos, ajoute le journaliste. Le brigadier d'aujourd'hui peut devenir le membre de gang de demain ». À écouter dans 8 milliards de voisinsEn Haïti, l'école face à la violence des gangs - 8 milliards de voisins - RFI À lire aussiEn Haïti, la «ville-refuge» de Cap-Haïtien est saturée 

    En Irlande, des technologies de pointe pour former les joueurs de rugby de demain

    Play Episode Listen Later Feb 4, 2026 2:35


    À l'approche du Tournoi des Six Nations — dont le premier choc verra la France affronter l'Irlande ce jeudi 5 février — cap sur le pays du trèfle ! En Irlande, le rugby scolaire n'est pas pris à la légère : c'est là-bas que se forment les talents qui feront le rugby irlandais de demain. Et aujourd'hui, dans les meilleures écoles du pays, tout repose sur des technologies de pointe. Entre capteurs high-tech et protège-dents intelligents, immersion au Wesley College de Dublin. De notre correspondante à Dublin, Sur les 900 élèves du Wesley College, dans le sud de Dublin, 400 vivent chaque jour au rythme du ballon ovale. Pour aller plus loin, l'école a misé sur la technologie : chaque mouvement de ces jeunes athlètes est analysé à l'aide de capteurs connectés à une application, des capteurs accrochés aux pieds, par exemple, pour mesurer la hauteur d'un saut, ainsi que des capteurs sur toutes les barres de musculation. « Si je mets plus de 0,7 seconde à soulever la barre, la charge est trop légère, explique Rich Andreucetti, le préparateur physique de l'école. À l'inverse, en dessous de 0,3 seconde, c'est trop lourd. Par exemple, je vais mettre 50 kg et faire trois répétitions. Pendant que je pousse, je vois : 0,72 seconde ; en rouge, je suis trop lent ! 0,55 seconde, parfait, ça passe au vert ! Maintenant, il faut que je reste dans cette zone tout l'entraînement. » Comme un feu tricolore : vert, orange ou rouge donc, les résultats s'affichent en direct sur des iPads. Thibault Campbell, 17 ans, regarde l'écran attentivement : « Évidemment, tout le monde veut être en tête du classement ! Du coup, tu te retrouves à te mesurer à tes coéquipiers, ça motive à travailler plus dur, s'amuse le jeune sportif. Avant, sans ça, chacun faisait son entraînement dans son coin. Maintenant, c'est plus fun, plus compétitif, et on cherche vraiment à se dépasser les uns les autres. » Depuis la mise en place de ces équipements high-tech, les élèves s'impliquent davantage, selon Craig Ronaldson, directeur du rugby au Wesley College. « C'est la génération TikTok, s'exclame-t-il. Nos adolescents ont parfois du mal à rester attentifs, on le constate par exemple dans l'analyse vidéo de leur jeu : plutôt que de leur faire revoir de longues séquences vidéo, on privilégie désormais des formats courts, dix secondes ici, trente secondes là… Et ils adorent ces gadgets. D'ailleurs, ils les maîtrisent mieux que nous ! » À lire aussiJO 2024: «Avec la technologie, Usain Bolt aurait certainement fait moins de 9''58 au 100m»  La prévention des lésions cérébrales L'école fait aussi partie des tout premiers établissements d'Irlande à participer à une étude sur l'efficacité des protections à la tête dans la prévention des lésions cérébrales. C'est un enjeu majeur dans le rugby aujourd'hui. Ainsi, à chaque entraînement et à chaque match, les joueurs portent des protège-dents sur mesure avec des puces électroniques intégrées. « Ça enregistre toutes tes collisions et à quel point elles sont violentes », explique Thibault, troisième ligne. Si le jeune homme est assez exposé aux chocs, il se dit désormais plus serein : « Du coup, grâce au protège-dents, on peut détecter immédiatement si tu as pris un choc et te faire soigner avant que ça ne s'aggrave. Je trouve ça vraiment rassurant. » Cet entraînement d'élite au Wesley College n'est pas pour toutes les bourses : l'école facture 8 000 euros pour les externes. Pour les internes, c'est plus de 18 000 euros l'année. À lire aussiAprès une commotion cérébrale, «le repos est fondamental pendant 48 heures» 

    En Haïti, la «ville-refuge» de Cap-Haïtien est saturée

    Play Episode Listen Later Feb 3, 2026 2:29


    Ces dernières années, la deuxième ville d'Haïti, Cap-Haïtien, a vu sa population augmenter de près de 30 %. La raison : l'arrivée massive de personnes déplacées qui ont fui les violences des gangs à Port-au-Prince et dans d'autres régions. Ces familles sont contraintes de tout recommencer, dans une ville qui n'a pourtant ni les moyens, ni les infrastructures pour les accueillir. De nos envoyés spéciaux à Cap-Haïtien, Franz, chauffeur de minibus, s'apprête à prendre la route vers Port-au-Prince depuis la gare routière de Cap-Haïtien. À bord : quelques passagers, de la marchandise… et beaucoup d'inquiétude. Car pendant les huit heures de trajet, les dangers sont nombreux. « Il n'y a aucune sécurité. Avant même d'arriver au soi-disant péage, des membres de gangs pointent leurs armes sur nous pour nous forcer à ralentir et à payer, s'inquiète Franz. Donc, non, on ne peut pas parler de sécurité. » Et cette insécurité permanente a fait exploser le coût du transport. Il y a cinq ans, un billet Cap-Haïtien – Port-au-Prince coûtait 2 500 gourdes, environ 19 dollars. Aujourd'hui, il faut compter 6 000 gourdes, soit plus du double. Et près de la moitié de cette somme sert à payer les différents groupes armés qui bloquent les routes et l'accès à Port-au-Prince.  À lire dans le Journal d'Haïti et des Amériques En Haïti, la fin du TPS inquiète les familles des ressortissants installés aux États-Unis « Les gangs de Mirebalais m'ont forcé à repartir de zéro » Ce sont ces gangs qui ont obligé Franz à quitter sa maison, à Mirebalais, dans le centre du pays. Il y a neuf mois, il est venu à Cap-Haïtien, avec sa femme et ses enfants. « Avant, j'avais mon appartement, j'avais mon entreprise, regrette Franz. Aujourd'hui, on est six à vivre dans une seule pièce. Les gangs de Mirebalais m'ont forcé à repartir de zéro. » Comme Franz, Saradjine Darius a elle aussi fui la violence. L'an dernier, la jeune fille de 22 ans a quitté Port-au-Prince avec sa famille pour venir s'installer à Cap-Haïtien. « Un soir, tout le monde dormait, un voisin est venu frapper à la porte, témoigne-t-elle. Il passait de maison en maison pour prévenir que des bandits avaient envahi la zone. On a réveillé les enfants en pleine nuit, pris quelques affaires et on est partis. » Le défi de la gestion des déchets L'arrivée massive de personnes déplacées depuis deux ans représente un défi immense pour Cap-Haïtien. Alors que la ville croulait déjà sous les déchets, leur volume a doublé en deux ans. « Là, maintenant, avec la surpopulation, on a des constructions anarchiques partout, explique la mairesse Angeline Bell. Il y a aussi les constructions sur les ravines, les constructions dans les montagnes et donc, à cause de cela, quand il pleut, tous les débris, peu importe si on nettoie ou pas, descendent dans la ville. » Ces dernières années, Cap-Haïtien est devenue une ville-refuge. Tant que la situation à Port-au-Prince et dans d'autres régions du pays ne s'améliorera pas, les déplacés continueront d'affluer dans une ville déjà saturée. À lire aussiHaïti: l'hélicoptère de l'ONU, unique moyen de transport sûr face aux gangs de Port-au-Prince

    «On fait tout pour protéger nos civils et nos terres»: ces Ukrainiens qui chassent les drones russes

    Play Episode Listen Later Feb 2, 2026 2:30


    En Ukraine, les drones sont devenus le nerf de la guerre, après bientôt quatre ans d'invasion russe à grande échelle. Chaque nuit, des dizaines voire des centaines d'engins sont envoyés par Moscou sur les grandes villes ukrainiennes et leurs infrastructures énergétiques. Le plus important conflit depuis la Seconde guerre mondiale est marqué par cette nouvelle arme moderne, inhumaine dans le premier sens du terme, et redoutable. Alors, pour défendre leurs civils, les Ukrainiens ont notamment mis en place des unités de défense aérienne mobile. Des unités qui guettent toute la nuit le ciel pour tirer sur les drones. Le reportage de notre correspondant à Odessa, en Ukraine est à écouter dans son intégralité sur notre site dans Accents d'Europe.

    Birmanie: la jeunesse vit dans la peur de la conscription, sous l'autorité de la junte militaire

    Play Episode Listen Later Feb 1, 2026 2:43


    En Birmanie, cinq ans après le coup d'État, une large partie de la population vit sous le contrôle sans partage de la junte. La guerre civile continue de faire rage, entre les forces rebelles pro démocratie et l'armée. Cette dernière manque d'hommes. Pour y pallier, les militaires ont recourt, depuis 2024, à la conscription de force, qui vise tous les hommes de 18 à 35 ans et les femmes de leur majorité à 27 ans. Une épée de Damoclès au-dessus de la tête d'une jeunesse qui peine à s'imaginer un avenir dans le pays. De notre envoyé spécial de retour de Birmanie, On se trouve dans une institution locale, une petite échoppe de thé où les gens partagent un morceau et discutent. Un jeune homme en âge d'être conscrit, présent dans ce lieu, confie : « Évidemment, savoir que je peux être recruté dans l'armée à n'importe quel moment, ça m'inquiète. Mais je ne peux rien faire, je dois juste composer avec cette situation, voir comment les choses évoluent. Pour mes amis, c'est pareil. Je n'en connais pas qui ont été enrôlés, mais ils ont tous peur de l'être. La plupart d'entre eux sont déjà partis du pays. » Une option qu'envisage le jeune homme : « Oui, je me prépare aussi à partir. Je veux aller au Japon, pour étudier et travailler là-bas en même temps. J'espère partir cette année. La première barrière, c'est la langue, donc j'étudie le japonais. Mais notre problème, ce sont aussi les changements permanents de règles ici. D'un coup, ils peuvent nous interdire d'aller à l'étranger. Ils empêchent aussi les jeunes hommes d'avoir un passeport facilement. Et même si on l'obtient, que nous avons tous les papiers nécessaires, ils peuvent nous empêcher de passer à l'aéroport, simplement parce qu'on est en âge d'être conscrit. Et là, tout l'argent que tu as investi est jeté par la fenêtre. » « On a envoyé mon frère dans la jungle, dans un camp d'entraînement de la résistance » Alors que des hommes sont raflés dans les rues pour partir au front, impossible de savoir combien ont choisi la fuite. Partir étudier à l'étranger est un privilège. La plupart traversent illégalement la frontière vers la Thaïlande. Mais certains choisissent de rester en Birmanie. C'est le cas du frère de Suzy (nom d'emprunt) : « Dès qu'ils ont annoncé la mise en place de la conscription, le nom de mon frère est apparu sur les listes et le responsable du quartier est venu à la maison pour nous poser des questions. Ma mère m'a demandé de prendre mon frère chez moi pour que l'on trouve une solution. On lui a demandé ce qu'il voulait et on a décidé de l'envoyer dans la jungle, dans un camp d'entraînement de la résistance. Il est parti juste avant la première vague de conscription. »   À lire aussiEn Birmanie, vivre sous la junte « Nous sommes obligés de vivre au jour le jour » « Je lui ai demandé trois fois s'il voulait partir pour la Thaïlande, il a refusé à chaque fois. II la dit qu'il veut se battre contre l'armée », poursuit la jeune femme, inquiète des frappes aériennes qui ne cessent de s'intensifier. La jungle, le front ou la fuite : ce choix terrible ne s'impose pas à tous. Certains peuvent se permettre de payer ou de faire jouer leur carnet d'adresses. Une option impossible pour les plus pauvres comme cette femme de 37 ans qui, à la mort de sa sœur, a dû s'occuper de son neveu : « Pour nous, c'est impossible de mettre de l'argent de côté. Tout coûte tellement cher. Les prix n'arrêtent pas de grimper. Et toutes les solutions pour qu'il évite le service militaire – partir à l'étranger, payer une taxe aux autorités ou un pot-de-vin pour qu'il ne soit pas sur les listes de conscription –, tout cela coûte énormément d'argent. Donc, nous sommes obligés de vivre au jour le jour, et c'est impossible de nous projeter. » À lire aussiRefuge précaire sur le sol thaïlandais pour les exilés birmans

    «Jusqu'où va-t-on tomber?»: les coupes budgétaires de l'Unrwa asphyxient les réfugiés palestiniens au Liban

    Play Episode Listen Later Jan 31, 2026 2:37


    À compter de ce samedi 1er février, l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, va être contrainte de réduire de 20% ses opérations dans la région, faute de dons suffisants. Le Liban en est l'illustration. Dans les douze camps de réfugiés que compte le pays, les Palestiniens dépendent de l'agence onusienne pour l'éducation, la santé et la gestion des infrastructures. Ces coupes budgétaires mettent en péril encore un peu plus l'avenir de ces réfugiés, dont les ancêtres ont dû fuir leurs terres au moment de la création d'Israël en 1948. De notre correspondante de retour de Chatila, Dans les ruelles étroites du camp de Chatila, un chaos de fils électriques ne laisse passer que quelques rayons de soleil. Noha et Kaouthar viennent de récupérer leurs enfants de l'école Ramallah de l'Unrwa, dont les coupes budgétaires sont sur toutes les lèvres. Noha Mouhaisin, une mère de famille de 44 ans, est habitante de Chatila. Elle a cinq enfants. « Je devais faire une opération nécessaire et urgente, ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas la prendre en charge. Si je n'avais pas trouvé des gens pour m'aider, j'y serais passée honnêtement, car c'était sérieux. Et les étudiants, c'est la même chose : nos enfants risquent de perdre leur éducation. Nous, on veut qu'ils soient éduqués. Jusqu'où va-t-on tomber ? », se demande-t-elle. Cette autre habitante de Chatila, âgée de 45 ans, explique sa situation. « Mon fils a un handicap et je recevais une aide de 50 dollars tous les trois mois, et même ça, ils nous l'ont enlevée. Ça nous aidait vraiment », souligne Kaouthar el Hayek, mère de quatre enfants et couturière de formation. « Il manque 220 millions de dollars de budget à l'Unrwa » Au Liban, les réfugiés palestiniens sont privés de nombreux droit,s comme l'exercice de métiers qualifiés ou l'accès à la propriété et aux services publics. À cause de ces restrictions, 80% d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. L'Unrwa est leur seul filet de sécurité. Mais, l'agence doit réduire de 20% ses opérations et ses salaires. Dorothée Klaus, directrice de l'UNRWA au Liban, s'alarme de ces conséquences : « Il manque 220 millions de dollars de budget à l'Unrwa sur son budget global et nous n'avons pas reçu d'indication selon laquelle il pourrait y avoir des solutions pour combler ce déséquilibre budgétaire. Ici, au Liban, il n'y a absolument pas d'alternative à l'Unrwa. Les réfugiés dépendent de nous. Sans nous, il n'y aurait plus d'éducation pour 70% des enfants palestiniens qui vont dans nos écoles, plus de soins pour les 200 000 patients qui dépendent de nos hôpitaux et centres de santé primaire. » À lire aussiL'ONU dévoile son plan de réforme et de réduction budgétaire, avec des conséquences pour ses membres « En finir avec l'Unrwa, c'est en finir avec le dossier des réfugiés » Au-delà de l'humanitaire, l'Unrwa revêt une importance politique pour les Palestiniens, synonyme de droit au retour. Car de génération en génération, l'agence leur délivre une carte de réfugiés. Un symbole que cherche à détruire le gouvernement de Benyamin Netanyahu, fort de représentants de l'extrême droite israélienne. Khaled Abou Nour, membre du comité populaire affilié à l'Organisation de libération de la Palestine à Chatila, réagit : « Bien sûr, les Israéliens se disent que tant que l'Unrwa existera, il y aura des réfugiés palestiniens. En finir avec l'UNRWA, c'est en finir avec le dossier des réfugiés, et c'est ce qui se passe en Palestine, en particulier à Jérusalem, où le siège de l'Unrwa a été détruit. Et à Gaza, où ils empêchent l'Unrwa de faire entrer de l'aide. Tout ça est une manière pour eux d'essayer d'en finir avec la question des réfugiés palestiniens, et d'en faire des citoyens lambda que l'on peut expulser n'importe où dans le monde. » Face à l'urgence, l'Unrwa en appelle au soutien des pays donateurs. À lire aussiDestruction des bâtiments de l'Unrwa à Jérusalem: «Israël piétine les règles les plus élémentaires du droit international»

    Avec l'OFC Pro League, l'Océanie veut se faire une place sur le terrain du football

    Play Episode Listen Later Jan 30, 2026 3:05


    L'Océanie est le dernier continent à se doter d'une compétition de clubs de football professionnel. L'OFC Pro League est composée de huit nouvelles équipes issues de sept pays différents comme les îles Fidji, les îles Salomon ou la Nouvelle-Zélande. Tous ont l'objectif de se faire une place comme terres de football. Plongée au cœur des premiers matchs. De notre correspondante à Auckland, Incarner la diversité des îles du Pacifique tout en s'inscrivant dans les standards internationaux du football de haut niveau, c'est le pari de cette nouvelle compétition, l'OFC Pro League. Le Fidjien Roy Krishna fait partie des joueurs déjà professionnels qui ont accepté le défi : « Normalement, pour jouer au football, il faut aller à l'étranger. Mais aujourd'hui, on peut jouer à domicile ! C'est un rêve d'avoir un club professionnel. Surtout aux Fidji, car le rugby est roi. Mais je pense que nous sommes sur la bonne voie, avec le bon entraîneur. » C'est Stéphane Auvray, coach et ancien joueur français, qui a été nommé entraîneur du Bula FC, le club qui représente les Fidji. Et pendant ses entraînements, la discipline est palpable : « Le niveau d'exigence est tel qu'ils ne sont pas habitués. Je parlais aujourd'hui des passes appuyées. Ça, c'est quelque chose que tu fais en France, en centre de formation, tous les jours. Ce sont des joueurs qui n'ont pas eu de transition semi-professionnelle pour la majorité, donc ils sont passés d'amateur à professionnel. Donc je suis un peu aussi le policier, plus que l'entraîneur, pour leur apprendre plein de choses, et justement installer cette culture et ce niveau d'exigence. » La culture football confrontée au rugby, sport-roi du Pacifique Les jours de match, il faut aussi réussir à installer la culture foot, surtout chez les supporters. Un spectateur venu supporter l'équipe de football, Bula FC, porte un maillot des All Blacks, la fameuse équipe de rugby de Nouvelle-Zélande. Les Fidji étant une terre de l'ovalie, il n'est pas facile d'introduire le football dans les habitudes. Entre le rugby ou le football, les cœurs balancent. « Moi, je préfère le football, mais les Fidji sont meilleures au rugby », lâche ce supporter. Pour cette supportrice, le rugby l'emporte haut la main : « Je suis néo-zélandaise, donc c'est évident ! Les All Blacks ! » À l'image de ce couple, le stade est rempli de différents maillots de foot et de rugby. Mais l'effervescence est commune, ainsi que l'impression de marquer l'histoire en faisant partie de la toute première compétition de clubs de football professionnel. À lire aussiFoot: la Nouvelle-Zélande qualifiée pour son troisième Mondial « Un jour, je deviendrai footballeur professionnel » « C'est une véritable bénédiction. Quand j'ai commencé à me donner à fond pour m'entraîner, tôt le matin, je courais au moins trois ou quatre kilomètres. Les gens se demandaient tous ce que je faisais, mais moi, je me disais toujours en secret : "Un jour, je deviendrai footballeur professionnel" », confie Gabriel. Aujourd'hui âgé de 30 ans, Gabriel évolue au sein du Bula FC. Son prochain défi sera de remporter la compétition avec son équipe afin de se qualifier pour la Coupe intercontinentale de la FIFA et de disputer les barrages pour la prochaine Coupe du monde des clubs. À lire aussiMondial des clubs: le nouveau tournoi qui divise mais peut rapporter gros Les huit clubs qui participent à l'OFC Pro League 2026 Auckland FC (Nouvelle-Zélande) Bula FC (Fidji) PNG Hekari (Papouasie-Nouvelle-Guinée) Solomon Kings (Îles Salomon) South Island United (Nouvelle-Zélande) South Melbourne (Australie) Tahiti United (Tahiti) Vanuatu United (Vanuatu)

    Pologne: des avatars féminins sur TikTok militent pour le Polexit

    Play Episode Listen Later Jan 30, 2026 2:31


    En Pologne, la désinformation russe continue de se frayer un chemin sur les réseaux sociaux. Depuis plusieurs semaines, des contenus générés par l'intelligence artificielle font la promotion du Polexit, c'est-à-dire la sortie de la Pologne de l'Union européenne. Ces vidéos sont devenues si virales qu'à Varsovie, les autorités se sont saisies de la question.  De notre correspondant à Varsovie, Sûre d'elle, le regard face caméra, la jeune influenceuse s'adresse directement aux spectateurs, les emblèmes nationaux imprimés sur son t-shirt blanc. « Je veux le Polexit, car je veux la liberté de choisir. Même si ça doit nous coûter plus cher. Je n'ai pas connu la Pologne avant l'Union européenne, mais j'ai le sentiment qu'elle était davantage polonaise qu'aujourd'hui ». Ce visage séduisant, créé par l'intelligence artificielle, a rassemblé plus de 200 000 vues et plus de 20 000 likes sur le compte TikTok Prawilne Polki (« les vraies Polonaises » en français). L'apparence de ses pseudo-influenceuses leur a notamment permis d'atterrir sur l'algorithme des plus jeunes utilisateurs et des utilisatrices de la plateforme. « Je veux le Polexit. Il y en a marre que la Pologne soit dirigée depuis Bruxelles. Il y en a marre d'entendre qu'on ne peut pas se débrouiller sans une bénédiction venue de l'extérieur. C'est notre droit, notre argent et nos décisions ». Une campagne de désinformation ciblée L'objectif de ces vidéos est clairement affiché : convaincre les internautes Polonais des bienfaits du Polexit en décrédibilisant l'Union européenne et inciter à la haine contre le gouvernement de Donald Tusk. « Quand je parle du Polexit, on me répond "peur, catastrophe, fin du monde". C'est toujours la même musique. Aucune discussion sur "qui décide réellement à notre place", et "pourquoi". Il est grand temps que l'on puisse en parler tranquillement ».  À un an des élections européennes, les autorités polonaises prennent la menace de ces vidéos très au sérieux, et ont elles-mêmes demandé à TikTok de bloquer le compte de Prawilne Polki. Pour le porte-parole du gouvernement, l'entité derrière cette campagne de désinformation ne fait aucun mystère. « Cela ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un acte de désinformation russe. D'abord parce que ça ne va pas dans le sens des intérêts de la Pologne, mais 100% sans le sens des intérêts russes. Et ensuite parce qu'en regardant attentivement, on remarque la grammaire russe ».  TikTok dans le viseur des autorités Signataire du « Code de pratique européen sur la désinformation », TikTok est censée identifier et empêcher la propagation de ce type de contenu. Le vice-ministre du Numérique, Dariusz Standerski, s'est tourné vers Bruxelles pour mettre à jour d'éventuels manquements de la part de la plateforme. « J'ai adressé une requête à la vice-présidente de la Commission européenne, (...) pour enquêter et savoir si TikTok remplit sa mission d'évaluation des risques liés à la propagation de la désinformation, (...) et si elle a réagi assez et assez vite pour bloquer des contenus qui vont à l'encontre de son règlement ». Selon un sondage paru début décembre, un quart des Polonais se déclare aujourd'hui en faveur du Polexit.

    Syrie: un ancien des Forces démocratiques syriennes raconte l'enfer des conscriptions forcées

    Play Episode Listen Later Jan 30, 2026 2:47


    En Syrie, après l'annonce du cessez-le-feu entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les autorités de Damas, des centres de réconciliation ont été ouverts pour les anciens membres des FDS qui souhaitent se rendre. En creux, s'y raconte le système de conscription obligatoire des populations arabes et kurdes sur le territoire. La défection rapide d'une partie d'entre eux a précipité la chute des FDS. De notre correspondante à Raqqa, Sourire timide, Suleyman, 26 ans, s'avance au milieu d'une rangée d'hommes en armes. Il est kurde et est un ancien membre des Forces démocratiques syriennes. Il est venu aujourd'hui se rendre et participer au processus de réconciliation en Syrie : « Au début, quand l'armée gouvernementale est arrivée, nous avons eu peur. Nous ne savions pas ce qui allait arriver. Mais jusqu'à présent, nous n'avons pas eu de problème. Je voulais surtout participer au processus de réconciliation pour apaiser la situation avec mes voisins arabes. Ils m'accusent d'être toujours affilié aux FDS. »  « J'étais soldat de garde » pour les Forces démocratiques syriennes Dans les rangs de ceux venus se rendre, figurent d'anciens membres de la sécurité intérieure, d'anciens combattants. « J'étais soldat de garde pour les FDS, dans la 17ème base, au nord de Raqqa », explique Yazan, 19 ans. Lui est arabe. Et il raconte, comme beaucoup d'autres, avoir été obligé de s'enrôler au sein des forces à dominante kurdes. « Il y avait le service obligatoire à partir de 18 ans. Si tu n'y allais pas, ils t'arrêtaient sur les points de contrôle. Ils avaient des listes de personnes recherchées », développe-t-il. Ses amis, qui avaient fait le choix de déserter, « restaient cachés à l'intérieur de chez eux, ils ne sortaient plus ». Au micro, Yazan raconte la différence de traitement, au sein des FDS. « Ils disaient ''moi je suis Kurde, donc je suis supérieur à toi, parce que tu es arabe''. Les valeurs de fraternité dont ils faisaient la promotion n'étaient pas appliquées. Le pouvoir était entre les mains des Kurdes. » Un chef l'obligeait chaque matin à faire des pompes pour obtenir un café. « Je n'étais vraiment pas à l'aise, je n'aime pas être humilié », poursuit-il. Puis, sa désertion, qui lui a valu deux mois de prison : « Il y avait beaucoup de corruption au sein des FDS. Cela marchait aussi quand tu étais en prison. Il suffisait de connaître un Kurde bien placé pour se faire libérer. Moi, j'ai payé un pot-de-vin, et j'ai été réintégré au centre de commandement militaire des FDS. » À lire aussiSyrie: «Nous étions 33 dans 20 mètres carrés», un jeune ex-détenu de la prison d'Al-Aqtan témoigne Un document en guise de « réconciliation » Escorté, Yazan déambule patiemment dans les différentes salles du bâtiment. Il passe un entretien, se fait prendre en photo, avant de récupérer un document. « Voilà, ça c'est une garantie quand tu passeras sur les points de contrôle, comme quoi tu as été "réconcilié". C'est un retour à la vie normale, une nouvelle page qui s'ouvre, où tous les liens avec les FDS ont été coupés », lui explique un soldat. La procédure est la même que celle qui avait été imposée aux anciens membres de l'armée de Bachar el-Assad, explique le responsable du centre de réconciliation à Raqqa, qui a souhaité rester anonyme. « Nous avons un fichier complet avec les informations de tous les combattants FDS. Le service de renseignement de l'État syrien a pu se les procurer et les rassembler dans une base de données. Ceux qui se rendent seront "réconciliés" avec l'État. Ils pourront encore être jugés s'il y a une plainte personnelle contre eux. » « Nous laisserons ces portes ouvertes le temps qu'il faut, ajoute-t-il. Nous attendons l'ensemble des FDS jusqu'au dernier. » À lire aussiSyrie: le gouvernement et les Kurdes parviennent à un accord, sur fond de tensions

    Comment le conflit en Ukraine change la société et l'économie de la région d'Irkoutsk

    Play Episode Listen Later Jan 28, 2026 2:47


    Près de quatre ans après que Vladimir Poutine a envoyé ses soldats en Ukraine, la nouvelle donne en Russie se précise et s'installe. Ascenseur social pour certains vétérans, la guerre fait aussi sentir ses effets sur les finances nationales et locales. C'est notamment le cas pour le budget 2026 de la région d'Irkoutsk, difficile à boucler. Au sommet d'une colline, une petite église aux bulbes dorés qui se découpent dans le ciel de neige. Un cercueil recouvert du drapeau russe franchit la sortie, pendant que le long du chemin, des femmes, chacune un drapeau à la main, l'escorte pour un hommage : c'est l'enterrement d'un soldat russe mort en Ukraine, annoncé dans la presse locale par le comité des mères de combattants. Quelques centaines de mètres plus bas, le long d'une voie rapide, un atelier de réparation de pneus. Entre les deux, en pente douce, une petite allée arborée, bordée de portraits de combattants décédés : on l'appelle ici « l'allée des héros ». « Je les connais presque tous personnellement », confie Artëm, lui-même vétéran de « l'opération spéciale ». « Il y en a un avec qui je me suis battu côte à côte. Il y en a qui étaient avec Wagner, et il y en a d'autres du ministère de la Défense. Leurs portraits ont été ajoutés à ceux morts au combat en Tchétchénie et en Afghanistan. » Artëm est le propriétaire d'un atelier de réparation, 20 mètres carrés à la sortie de Baïkalsk, une petite localité en déclin depuis une dizaine d'années et qui comptait 13 000 habitants au dernier décompte officiel de 2021. Une agglomération sur les rives du lac Baïkal dans laquelle « on ne trouve pas de travail décent », dit-il. Recruté par Evgueni Prigojine Entre les scies visseuses, marteaux, clous et pneus, Artëm accueille ses clients avec, dès l'entrée, le drapeau de Wagner déployé sur un pan de mur. « Certains posent des questions, d'autres ne reconnaissent même pas le drapeau ; pour eux, ce n'est qu'une image. Certains sont tout simplement trop loin de cette réalité. Pour moi, bien sûr, c'est le souvenir d'y avoir participé. Même si, avec le bout de métal que j'ai désormais à la place d'une partie du bras et de l'épaule, j'ai une mémoire pour toujours. » Artëm a été blessé lors de la bataille de Bakhmout en 2023, dans un bataillon d'assaut. « Certains clients m'embrassent et me félicitent », raconte-t-il, « mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Beaucoup de gens, je dirais à peu près 50 %, se fichent de savoir qu'il y a une guerre qui se déroule en ce moment. » À écouter dans Grand reportageSyndrome afghan : le pouvoir russe face à ses vétérans de la guerre d'Ukraine  Quant au fait que le groupe paramilitaire fondé par Evgueni Prigojine ait été sanctionné par les États-Unis et l'Union européenne ainsi que d'autres pays pour — notamment — crimes de guerre et activités déstabilisatrices en Ukraine, en Syrie et en Afrique, peu importe en Russie, tant le groupe s'est banalisé et même parfois romantisé dans certains esprits. Artëm, lui, a choisi Wagner plutôt que l'armée régulière en juin 2023 « parce que ses hommes y ont leur propre loi ». Artëm dit aussi avoir été à l'époque « épuisé mentalement » par sept années passées derrière les barreaux, sept d'une peine de dix ans pour « consommation de drogue », affirme-t-il. Les prisons russes sont réputées pour leur implacable brutalité, et celles de la région d'Irkoutsk, très nombreuses, ont été secouées en 2021 par un scandale de tortures et d'abus tels que le comité d'enquête, organe qui répond directement au Kremlin, s'en était officiellement saisi. Combattre en Ukraine : « Une deuxième chance dans sa vie » pour un prisonnier Au printemps 2023, alors qu'Artëm est derrière les barreaux, une rumeur traverse la prison « comme une radio interne », dit-il : les recruteurs de Wagner arrivent. C'est Evgueni Prigojine lui-même qui se présente. Le dirigeant du groupe paramilitaire est précédé par un bus d'Omon, les forces anti-émeutes, pour garantir l'ordre, et est arrivé dans la cour de la prison en hélicoptère, une arrivée « spectaculaire » se rappelle Artëm. Ses souvenirs sont très précis. Il décrit Prigojine qu'il surnomme « Oncle Génia » au milieu des prisonniers en cercle, posant les conditions du contrat, « ne cachant rien des pour et des contre ». Précisant aussi que n'étaient pas concernés pour le recrutement « les condamnés pour viol et pédophilie », dit Artëm, qui ajoute : « les orphelins étaient prioritaires ». À lire aussiRussie: après les funérailles, l'amertume des partisans d'Evgueni Prigojine  À 33 ans à l'époque, Artëm avait de toute façon déjà pris sa décision. « Il me restait encore beaucoup de temps à passer en prison et je n'en pouvais plus. Et pour moi, signer, c'était une deuxième chance, une chance de réparer ma vie, et il fallait la prendre. Quand on a traversé la guerre, on recommence sa vie à zéro, on est gracié par décret du président de la Fédération de Russie. On a un document officiel signé par Vladimir Poutine lui-même, qui dit qu'on est pardonné pour héroïsme et pour bravoure. C'est quelque chose qui encourage à signer. » Sorti de prison au terme de sa peine, Artëm sait qu'il aurait été en difficulté dans une société russe sans concessions pour les anciens « taulards ». Aujourd'hui, avec la somme généreuse que lui a versée Wagner pendant la guerre, Artëm a investi dans un commerce rentable. Il a aussi désormais un statut symbolique dans la société, tant les combattants sont glorifiés et présentés par le pouvoir comme des modèles à suivre, et rencontre régulièrement des gradés au sein de la société locale des vétérans. À lire aussiL'armée russe recrute aussi à la télévision  À 38 ans aujourd'hui, Alexander a lui signé à l'automne 2023 pour deux ans pour le ministère de la Défense. Sans prévenir sa famille ni ses amis, leur envoyant une simple photo de lui en uniforme. Pourquoi s'engager ? « C'est une question difficile », répond-il. Avant d'avancer que c'est la décision d'« un homme, un vrai ». C'est d'ailleurs un motif d'engagement régulièrement mis en avant par le ministère russe de la Défense dans ses spots de campagne de recrutement. Alexander affirme aussi avoir voulu « voir ce qu'était la guerre ». Il refuse de parler de ce qu'il a fait et vu, « vous ne comprendriez rien », dit-il d'un air de défi ; et ne dit pas un mot de la blessure qui lui a valu de longs mois d'hospitalisation et une démobilisation au bout d'un an et demi. Avant de s'engager, cet ancien commandant d'une unité d'assaut dirigeait une entreprise de bâtiment de taille moyenne. De retour d'un long séjour à l'hôpital après les combats, avec essentiellement l'argent de son contrat et les indemnités pour blessure, il a construit puis ouvert en décembre un restaurant de grillades, « un rêve qu'il avait depuis plusieurs années » Quant au terrain pour le construire, Alexander a fait valoir ses droits auprès de l'administration locale : un décret de Vladimir Poutine accorde gratuitement un terrain à tous ceux décorés, comme lui, de l'ordre du Courage. Il est normalement dédié à la construction de la résidence principale, mais, dit Alexander avec un sourire en coin, « avec moi, l'administration locale regarde ailleurs ». La valeur du terrain est estimée à 1,5 million de roubles, presque 20 000 euros au cours actuel. Une somme particulièrement difficile à emprunter dans une Russie où le taux directeur de la Banque centrale est à 16%. La région ne se contente pas d'appliquer les décisions du pouvoir central. Par décret régional signé le 30 décembre dernier, elle a augmenté la prime de signature d'un contrat pour aller se battre en Ukraine aux volontaires résidant dans la région à 1,4 million de roubles (près de 17 000 euros au cours actuel), allant jusqu'à 2,4 millions (près de 30 000 euros) si le contrat est signé entre le 1ᵉʳ et le 31 janvier. Nombreuses prisons et tradition militaire, double vivier de recrutement Soldats de métier, mobilisés ou volontaires, dans la région d'Irkoutsk, ils sont nombreux à être partis pour l'Ukraine, mais les chiffres précis sont inconnus : ils sont classés secret défense. Les indices d'un large engagement sont cependant nombreux. « Dans presque chaque famille, il y a des gens qui connaissent quelqu'un lié d'une manière ou d'une autre à la guerre. Ou ils ont des amis qui se sont battus, qui sont en quelque sorte impliqués », explique Alexey Petrov, historien local, désigné agent de l'étranger en 2021. « Et parce que beaucoup de Sibériens se battent là-bas [en Ukraine, NDLR], Irkoutsk se classe parmi les plus gros contributeurs régionaux en termes de montant d'argent collecté pour la guerre, mais aussi en termes d'aide directe aux soldats, sans doute la première sur les dix régions de Sibérie. Toutes les organisations et fondations qui y sont liées sont très actives ici, envoient constamment de l'aide, des cadeaux pour la nouvelle année, des cartes, toutes sortes de choses ». Les nombreuses prisons, vivier de recrutement, y sont évidemment pour quelque chose — deux ont déjà été fermées en presque quatre ans de conflit, et il en reste 21. L'argent, évidemment, aussi : « Hier, vous étiez conducteur de tracteur, et aujourd'hui, vous êtes conducteur de camion sur le front. Et vous gagnerez cinq fois plus », dit Alexey Petrov. Mais l'histoire régionale joue aussi un rôle décisif, explique-t-il, et elle prend ses racines sous l'Union soviétique : « Irkoutsk était le centre du district militaire sibérien jusqu'en 1953, date de la mort de Staline. Toutes les troupes stationnées sur le front de l'Est ont été formées ici. Le défilé de la Victoire de 1945 dans la ville chinoise de Harbin [défilé militaire solennel de troupes de l'Armée rouge soviétique le 16 septembre 1945, NDLR] était dirigé par le général Beloborodov, originaire d'Irkoutsk. Jusqu'à sa fermeture en 2011, nous avions une très grande école, l'École d'aviation militaire d'Irkoutsk. Et il y a des dizaines de milliers de soldats qui se sont toujours entraînés ici. » Rare alerte budgétaire L'attaque de drones ukrainiens le 1er juin dernier, à plus de 4 000 kilomètres de la ligne de front, a, elle, marqué les esprits. Kiev a affirmé avoir visé la base aérienne stratégique de Belaïa, à une quinzaine de kilomètres d'Irkoutsk, une cible non confirmée par la Russie. Le gouverneur de la région a évoqué une unité militaire stationnée dans un village. Mais ce dont on parle le plus facilement à Irkoutsk cet hiver, c'est de la hausse des prix, manifeste partout en Russie. Le budget 2025 de la région, qui a été si difficile à boucler, a aussi suscité des réactions. Selon le journal Védomosti, daté du 25 novembre dernier, les plus larges déficits régionaux en valeur absolue sur les 89 régions que compte le territoire national concernaient deux régions de Sibérie : celle de Kemerovo (-43.9 milliards de roubles) et Irkoutsk (-41.1 milliards de roubles). À lire aussiLe charbon russe connaît sa pire crise depuis trente ans  Kemerovo, au sud, est une région industrielle réputée pour être en crise depuis deux ans, car elle dépend d'une filière charbon qui ne trouve plus de débouchés. Pour expliquer les difficultés de celle d'Irkoutsk, Nadejda Grosheva, docteur en économie, directeur de la Baikal International Business School de l'université d'État d'Irkoutsk, et membre du Conseil stratégique de la région d'Irkoutsk, avance par exemple qu'en Russie, les entreprises paient leurs impôts sur le lieu de leur siège. « Si vous avez une société enregistrée à Moscou, l'impôt sur les bénéfices est payé à Moscou. Ils sont tous intégrés verticalement. » De nombreuses grandes entreprises comme Gazprom ou Rosneft opèrent en effet dans la région. Chute libre des investissements dans les infrastructures Face à la grogne suscitée par certains paiements publics en retard cet automne et au début de l'hiver, et notamment le salaire des professeurs, le gouverneur Igor Kobzev, lui, a notamment expliqué dans la presse locale la baisse des recettes de cette manière : « Des signes avant-coureurs sont apparus en 2024, car nous sommes une région tournée vers l'exportation avec des produits à forte valeur ajoutée qui représentent la part du lion du budget. » Derrière cet euphémisme, cette réalité : le budget de la région est fortement dépendant des impôts des entreprises des secteurs de l'aluminium, du diamant et du gaz, des secteurs tous sous sanctions occidentales depuis la guerre en Ukraine. Autrement dit : si le budget de la région souffre, c'est que les recettes de ces entreprises ont baissé. La région dispose bien d'un gisement de gaz, le gisement de Kavytkinskoye, qui doit être exploité pour le gazoduc « Force de Sibérie 2 », pour fournir la Chine. Mais le projet tarde toujours à se concrétiser. De quoi faire monter dans une partie de la population une question sensible sur le contrat social et la répartition des efforts. Dimitri et Oleg, deux habitants de la région qui ont demandé à rester anonymes, ont effleuré ce sujet tabou au micro de RFI. « Il y a un déséquilibre qui est en train d'apparaître au sein de la population », a avancé Oleg. « Parce que, si on compare de manière relative, les participants à l'opération spéciale reçoivent beaucoup d'argent, tandis que les travailleurs du secteur public reçoivent des kopecks. Et ce déséquilibre n'apporte rien de bon ».  Dimitri a tiqué et avancé : « Combattre est un métier dangereux. C'est pour ça qu'il est si bien payé. » Oleg s'est contenté de répondre : « Je comprends pourquoi ceux qui sont à l'opération spéciale gagnent beaucoup d'argent. Je dis juste que ceux qui sont restés ici, ceux qui élèvent de jeunes enfants notamment, ne reçoivent pas beaucoup d'argent. C'est un déséquilibre qui est en train de naître, je n'ai rien de plus à dire. » Fin de l'échange. On n'est jamais trop prudents. Le gouverneur a promis de ne pas couper dans les dépenses sociales, mais la région a dû prendre un prêt pour boucler son budget 2025. Il a aussi annoncé un grand coup de frein pour l'investissement dans les infrastructures. En 2026, les financements passeront dans ce domaine de 18 milliards de roubles en 2025 à 4,3 milliards. Et encore, ce montant sera dépensé essentiellement dans les projets éligibles à un cofinancement fédéral. Tous les autres projets de construction et de réparation seront suspendus ou mis en sommeil. Cela concerne notamment les écoles et les centres sportifs.

    En Allemagne, les agriculteurs divisés sur les accords de libre échange

    Play Episode Listen Later Jan 26, 2026 2:39


    À New Delhi, Ursula von der Leyen et Antonio Costa espèrent concrétiser un accord de libre-échange avec un marché de près d'un milliard et demi d'habitants.Le chancelier allemand appelle de tous ses vœux cet accord, de la même façon qu'il avait mis tout son poids dans la balance en faveur du traité Mercosur - aujourd'hui suspendu à la décision de la justice européenne.  De notre correspondante dans la région de Berlin, Contrairement aux Français, les agriculteurs allemands sont profondément divisés sur le dossier. Dans un pays où les très grandes exploitations intensives sont largement majoritaires, les principaux syndicats de l'agro-industrie, réunis à Berlin pour le Salon de l'agriculture qui a fermé ses portes dimanche, ont soutenu le Mercosur et sont favorables à davantage de partenariats économiques. Mais les petits agriculteurs, eux, sont à la peine et manifestent leur inquiétude. Malgré les températures négatives de ce mois de janvier, Lilli Haule est à la ferme depuis 7 h 15 ce matin-là. La jeune femme de 27 ans termine son apprentissage dans une exploitation du Brandebourg.  « Nous avons environ 120 animaux, il y a environ 45 vaches allaitantes et leur progéniture. » Passionnée, elle a toujours su qu'elle voulait devenir agricultrice et suivre les pas de son grand-père. Mais Lilli est aussi engagée. Depuis plusieurs années, elle participe au mouvement « On n'en peut plus », qui réunit agriculteurs, consommateurs et activistes – pour une agriculture plus raisonnée dans une Allemagne où la profession est très divisée, entre petits et gros exploitants. Une bataille entre petits et gros exploitants « Les dirigeants des grandes fermes-entreprises ont d'autres intérêts que les nôtres, et ils considèrent la profession comme une industrie, et non comme une activité paysanne. Nous ne sommes pas d'accord avec eux. Nous sommes certifiés bio et ce que je trouve particulièrement intéressant ici, c'est que nous cultivons de nombreuses céréales. Mais sans miser sur un seul type de culture – d'autant plus qu'actuellement le prix des céréales permet difficilement d'en vivre. Nous devons aussi produire suffisamment de fourrage pour pouvoir nourrir les animaux en été, car l'herbe ne repousse pas assez dans les pâturages », explique Lilli Haule.  Sa ferme se trouve en effet dans l'une des régions les plus sèches d'Allemagne.  Alors comme des milliers d'autres agriculteurs, Lilli Haule est montée en tracteur à Berlin pour manifester son ras-le-bol – et son rejet de l'accord avec le Mercosur par la même occasion. La jeune femme a laissé ses vaches pour la journée mais elle est déçue que le mouvement ici ne prenne pas davantage d'ampleur, comme en France : « Oui, l'accord Mercosur est tout simplement dramatique pour les agriculteurs !  Et il y a une chose que je trouve particulièrement intéressante : c'est que tous les agriculteurs européens s'accordent à dire que c'est stupide, mais tous ceux des pays du Mercosur aussi ! » Le nombre de fermes a baissé de 12 % en 10 ans Car les petits exploitants ont peur de se faire manger par l'agro-business. Selon le journal The Guardian, l'Allemagne est l'un des pays européens avec le plus de fermes-usines, notamment des élevages porcins. Malgré tout, la moitié des exploitations ici sont familiales – et ont du mal à joindre les deux bouts. Le nombre de fermes a baissé de 12 % entre 2010 et 2020, un chiffre qui ne devrait pas aller en s'améliorant avec le départ à la retraite de milliers de baby-boomers comme ces retraités, Jürgen et Anke, rencontrés dans le cortège. À la tête d'une petite exploitation, ils se battent pour leurs enfants et petits-enfants, « et pour que nos descendants aient un avenir !  En 2015, l'Organisation des Nations unies, la FAO avait déjà averti que si on continuait à pratiquer l'agriculture intensive, il ne resterait plus que 60 années de récoltes. Dix ans plus tard, on voit malheureusement que le système n'a pas beaucoup changé. » En cause, la baisse de la biodiversité, l'acidité des sols qui contiennent de moins en moins de nutriments et la hausse des quantités de nitrates dans l'eau. À lire aussiAccord UE-Mercosur: des milliers d'agriculteurs européens expriment leur colère à Strasbourg Le puissant syndicat Raiffeisenverband salue l'accord avec le Mercosur  À l'autre bout de Berlin, au salon de l'agriculture Grüne Woche, on est loin de ces considérations. Il a réuni mi-janvier plus de 1 500 exposants, dont les principaux syndicats agricoles, la grande distribution et de grands groupes de l'industrie agro-alimentaire. Malgré des intérêts qui divergent, ces derniers sont d'accord sur un point : le traité avec le Mercosur est une bonne chose pour l'Allemagne et son économie, comme le résume Jörg Migende, le secrétaire général du très puissant syndicat agricole allemand Raiffeisenverband. « Je comprends les inquiétudes de nos agriculteurs, mais elles sont moins liées au Mercosur qu'à leurs conditions générales de travail aujourd'hui en Allemagne et en France : bureaucratie excessive, normes environnementales strictes, mépris, denrées alimentaires à prix cassés dans les supermarchés. » À l'annonce de la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne sur l'accord avec le Mercosur, voté par le Parlement européen le 21 janvier, le syndicat a rapidement appelé le chancelier Merz à demander une application provisoire du traité, pour « limiter les dégâts » d'un tel recours à la justice. À lire aussiMercosur: le Parlement européen vote en faveur d'une saisine de la justice de l'UE Car, pour lui, pas de doute : le traité est aussi une façon pour l'Europe de renforcer ses alliances avec d'autres pays, alors que ses alliés de toujours lui tournent de plus en plus le dos :  « Nous avons besoin d'accords de libre-échange, car nous disposons d'une agriculture performante qui produit des produits de qualité, très demandés dans le monde entier. Nous en avons également besoin sur le plan géopolitique, car l'Europe est forte et a besoin d'amis dans le monde, ce que les accords de libre-échange permettent à merveille de réaliser », explique Jörg Migende. Lilli Haule n'est pas convaincue par cet argument et elle sera de retour à Berlin pour la prochaine édition de la grande manifestation contre la politique agricole du gouvernement. À lire aussiAccord UE-Mercosur: «il est nécessaire de signer des accords de libre échange pour nos exportateurs»

    Ukraine: à Odessa, parler de la guerre aux enfants

    Play Episode Listen Later Jan 25, 2026 2:44


    En Ukraine, voilà déjà bientôt quatre ans que l'invasion russe bouleverse le quotidien des familles. Le soir, à table, la guerre est souvent un sujet tabou. Alors c'est à l'école que le dialogue est initié, par des questions et des réponses entre professeurs et enfants, ou encore des activités artistiques. Théo Renaudon, correspondant en Ukraine, nous immerge aujourd'hui dans la classe de Madame Olikova, institutrice pour des enfants ukrainiens de 10 à 11 ans dans l'école primaire n°19 d'Odessa, dans le sud du pays. Chaque matin, la journée commence par une minute de silence. Puis, la classe commence. Un reportage à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiEn Ukraine le port d'Odessa, une cible privilégiée des frappes russes

    Au Brésil, le bois du Pernambouc, utilisé en musique, est en voie de disparition

    Play Episode Listen Later Jan 24, 2026 2:30


    Symbole national, le « bois Brésil », connu à l'étranger sous le nom de bois de Pernambouc, est utilisé pour la fabrication d'archets d'instruments de musique dans le monde entier. Mais l'essence, en voie de disparition, fait l'objet de trafic illégal. Gabriela Queiroz est premier violon de l'orchestre symphonique brésilien. Elle a commencé à jouer à l'âge de 4 ans. Dès qu'elle est devenue professionnelle, à 17 ans, elle a eu son premier archet en bois de Pernambouc. Depuis, elle n'utilise que ce type d'archet. « L'élasticité de ce bois nous permet de réaliser des mouvements techniques, ce qu'on appelle les "coups", de manière beaucoup plus efficace, explique-t-elle, et le son est d'une grande qualité. » Selon le Centre national de conservation de la flore, 84 % de ce bois sauvage brésilien aurait déjà disparu malgré l'interdiction de son commerce international depuis 2007. « Est-ce qu'on veut assister à l'extinction du bois de Pernambouc en écoutant de la musique classique et en applaudissant ?, s'indigne Felipe Guimarães, agent de l'Ibama, l'institut environnemental brésilien, et spécialiste du bois de Pernambouc. On ne peut pas en arriver là et c'est justement à ça que sert l'Ibama : pour la conservation et le contrôle. Nous nous battrons jusqu'au bout, pour que cet arbre ne disparaisse pas. » En 2018, cet agent a participé à l'opération « Do-Ré-Mi » et a découvert un vaste réseau international de trafic illégal de ce bois sauvage. Car les archets peuvent valoir jusqu'à 25 000 euros quand ils sont vendus en Europe ou aux États-Unis. À écouter dans Grand reportageAmazonie: restaurer la forêt en imitant la nature L'ipê à la place du bois de Pernambouc À São Paulo, Daniel Lombardi confectionne des archets dans une autre essence de bois dotée des mêmes caractéristiques : l'ipê. « Ce que vous voyez là, ce sont les fils du bois, montre cet artisan. Vous voyez comme ils suivent le sens de la baguette ? Il n'y a pas de nœuds, ni de croisement. Donc, ce bois est idéal pour faire un archet. » Mais les archets en pernambouc restent les plus demandés, regrette-t-il : « C'est dû à une certaine tradition, à un conservatisme, mais aussi à l'ignorance, au fait de ne pas connaître d'autres bois et de penser que le pernambouc est ce qu'il y a de mieux. Mais ce n'est pas le cas. C'est un très bon bois, tout comme l'ipê ou le massaranduba, qui sont aussi de grande qualité. » Si Daniel Lombardi estime difficile de retracer l'origine du bois qu'on lui fournit, l'archetier préfère miser sur l'éducation et le changement des mentalités des musiciens. Il rêverait de pouvoir confectionner des archets en ipê pour tout un orchestre de musique de chambre et faire apprécier la qualité des essences de bois alternatives.  À écouter dans Grand reportageAmazonie: les défis autour des concessions forestières durables 

    Birmanie: les Rohingyas en exil observent avec inquiétude les élections organisées par la junte

    Play Episode Listen Later Jan 23, 2026 2:30


    La Birmanie va débuter la troisième et dernière phase des élections générales dimanche 25 janvier. La junte au pouvoir depuis le coup d'État de 2021 organise le scrutin et tente de se légitimer aux yeux de la communauté internationale. Elles sont toutefois qualifiées de « mascarade » par la plupart des ONG et observateurs. De nombreux réfugiés birmans regardent cette élection depuis l'extérieur et notamment les Rohingyas, majoritairement musulmans et victimes de graves persécutions depuis l'indépendance du pays. Alors que la Gambie a saisi la Cour internationale de justice pour accuser la Birmanie du génocide de la communauté, plusieurs d'entre eux, exilés en Malaisie, ont accepté de témoigner. De notre envoyée spéciale à Kuala Lumpur, Dans le sud de Kuala Lumpur, un bâtiment discret se fond dans le quartier. À l'intérieur : les locaux d'une association d'aide aux réfugiés birmans, et notamment aux Rohingyas. Rafik Ismaël est originaire de l'État birman d'Arakan. Lui et sa famille ont fui les persécutions il y a presque 30 ans. « Mon père était un leader local, donc il essayait d'aider les communautés qui avaient besoin de nourriture. Mais les militaires n'aimaient pas ça, et ils ont pris mon père pour le mettre dans un camp de détention. Ensuite, ils s'en sont pris à ma mère, et puis à mon grand-père. Notre communauté s'est battue pour ma famille, mais après les avoir libérés, les militaires nous ont dit : "Il vaut mieux que vous partiez, sinon on tuera toute la famille." » À lire aussiÉlections en Birmanie: «C'est un effort visant à légitimer un pouvoir qui va se succéder à lui-même» Un problème qui dure depuis 70 ans Malgré l'exil, Rafik Ismaël regarde attentivement le déroulement des élections organisées en Birmanie dans les médias : « Le problème en Birmanie dure déjà depuis 70 ans, donc je ne vois aucun avenir possible. Sauf si on fait partir la junte. L'élection pourrait alors permettre la démocratie, peut-être qu'on aurait une chance, mais cette élection-là ne sert à rien. Pour nous Rohingyas, que ce soit la junte ou Aung San Suu Kyi, c'est pareil. Parce qu'ils ne nous soutiennent pas. La dernière fois, parce qu'elle a obtenu le prix Nobel de la paix, vous savez, on a cru qu'elle pouvait faire quelque chose de meilleur pour le pays, mais malheureusement non, on n'a vu rien bon de sa part. » Dans un coin de la pièce, Katija regarde attentivement deux réfugiés endormis sur des matelas posés au sol. Elle a fui la Birmanie il y a cinq ans. Certains de ses proches rohingyas sont toujours sur place : « Mon beau-frère a été pris par l'armée d'Arakan en 2024, c'était l'an dernier. Il a été battu pendant environ deux mois, donc il ne peut presque plus bouger, il est quasiment paralysé maintenant. Je crois à l'unité, mais je ne pense pas que la situation en Birmanie va s'améliorer. On sait que beaucoup de pays soutiennent la junte avec des armes et aussi de l'argent. Nous connaissons la plus longue guerre de l'histoire, donc je ne pense pas que ça ira mieux. » D'autres difficultés font désormais le quotidien de ces Rohingyas, exilés en Malaisie : le pays n'est pas signataire de la convention de l'ONU pour les réfugiés. L'accès à l'emploi, la santé et l'éducation sont notamment limités. À lire aussiBirmanie: la junte organise la deuxième phase des élections législatives

    Sarah Mullally, nouvelle archevêque de Canterbury, face aux défis de l'Église anglicane

    Play Episode Listen Later Jan 23, 2026 2:39


    C'est l'équivalent du pape pour la communauté anglicane : Sarah Mullally deviendra, mercredi 28 janvier, la nouvelle archevêque de Canterbury. C'est la première femme élue à ce poste – son prédécesseur, Justin Welby, a dû démissionner il y a un an, accusé d'avoir mal géré un scandale d'abus sexuels au sein de l'Église anglicane. Sarah Mullally va devoir reconstruire la confiance dans l'institution, et surtout réunifier une communauté divisée sur les grandes questions sociales (comme l'acceptation des couples de même sexe). De notre correspondante à Londres ,  Trois matins par semaine, les fidèles prient dans l'Église St Mary, au cœur de la City de Londres. Le diocèse de Sarah Mullally. Agnès et Alan, en chaussettes sur le sol en pierre, n'ont pas été surpris de sa nomination.  « Ça ne va pas changer ma vie religieuse, mais c'est l'ancienne patronne des infirmières des hôpitaux publics. Par conséquent elle a une expérience administrative, en plus de son expérience ecclésiastique, qui va lui être utile », dit Alan. « Beaucoup pensent qu'avoir une femme à ce poste est une avancée, mais il reste beaucoup de dossiers à traiter », estime Agnès. Une Église anglicane traversée par de profondes divisions Comme l'inclusion des minorités, la protection des victimes d'abus sexuels... Pour le prêtre de la paroisse, Paul Kennedy, Sarah Mullally ne pourra pas plaire aux 110 millions de fidèles anglicans dans le monde. « Elle a été une bonne évêque à Londres, mais elle pourrait causer des frictions à l'étranger. L'Église anglicane est très large, et inclut des ailes très conservatrices, qui ne seront pas d'accord avec ses idées. Il y aura des tensions ». L'Église du Nigeria par exemple, rejette déjà l'autorité de Sarah Mullally. En visite à Sainte-Mary, Paul Shaw est recteur dans l'ouest du pays. Pour lui, même en Angleterre, les questions liées à la sexualité divisent, d'ailleurs, le prêtre qui l'accompagne préfère s'éloigner, pour ne pas s'agacer explique-t-il. « À l'échelle nationale, même au sein d'une église, d'une paroisse, c'est un sujet très clivant. Et bien sûr, il y a aussi le fait que ce soit une femme : certains pans de notre Eglise sont mal à l'aise à ce sujet, mais je n'en fais pas partie ». Réparer la confiance  Unifier une Église mondiale, pour Linda Woodhead, sociologue des religions, l'ancienne infirmière devra aussi réparer la confiance après une série de scandales sexuels. « Il faut qu'il y ait un système de compensations, à l'écoute des victimes et qui leur convienne, sans avoir à passer par des procédures judiciaires longues et horribles. Il s'agit de retisser le lien entre l'Église d'Angleterre et la population d'Angleterre ». Une reconnexion nécessaire pour prévenir la montée de l'extrême droite, menée sur les réseaux sociaux par l'influenceur anti-immigration et islamophobe Tommy Robinson. « Les voix d'extrême droite comme Tommy Robinson se présentent comme les seules capables de représenter une chrétienté anglaise, patriote. Or, jusqu'à maintenant, l'Église anglicane ne s'est pas demandé comment incarner, au XXIè siècle, une religion nationale. [Sarah Mullally] va devoir prendre position ». Sarah Mullally devra quitter son poste à 70 ans. Elle a six ans pour réunifier son Église. À lire aussiRoyaume-Uni: la «bergère» Sarah Mullally sera la première femme archevêque de Canterbury

    Guerre en Ukraine: à Kiev, les habitants face à la pire crise humanitaire depuis 2022

    Play Episode Listen Later Jan 23, 2026 2:28


    En Ukraine, les campagnes de frappes russes sur les infrastructures énergétiques se poursuivent quotidiennement. Depuis le 10 octobre, pas une journée ne s'est passée sans que missiles ou drones ne se soient abattus sur des centrales énergétique ou thermiques, plongeant le pays dans le noir et dans le froid au cœur de l'hiver. La situation est particulièrement critique à Kiev. De notre correspondante à Kiev, Depuis 2022, des millions d'Ukrainiens se sont trouvés sous le danger constant des attaques aériennes russes. À Kiev, des raids de grande ampleur, combinant missiles et drones, se succédaient presque régulièrement, toutes les deux ou trois semaines. Cette année, la Russie est passée à la vitesse supérieure et semble vouloir plonger l'Ukraine dans un hiver sans fin : désormais, plus un seul jour ne se passe sans que les attaques se succèdent sur Kiev. Le but de ces frappes est clair : mettre à genoux la capitale et procéder à l'anéantissement total des capacités énergétiques de l'Ukraine. Alors que Moscou nie cibler les civils ukrainiens, ils sont pourtant, quotidiennement, les premières victimes de ces frappes : à Kiev, plus de trois millions de résidents se trouvent, en plein hiver, face à des pénuries prolongées d'électricité, d'eau et de chauffage. Le tout, alors que l'Ukraine est en proie à une vague de froid polaire, où les températures, qui ont avoisiné les -20°C ces deux dernières semaines, se stabilisent désormais à - 10°C. À lire aussiUkraine: en pleine vague de froid, des frappes russes plongent à nouveau Kiev dans le noir Devant l'ampleur des dégâts, et suite à une frappe dévastatrice sur les centrales énergétiques de la ville le 9 janvier dernier, le maire Vitali Klitschko a même enjoint ceux des habitants qui le pouvaient à quitter la ville. Deux semaines plus tard, il affirme que selon des estimations basées sur les bornages téléphoniques, près de 600 000 personnes ont quitté la capitale ukrainienne. Les quartiers populaires en première ligne Tous ne peuvent cependant pas quitter la ville, et pour une grande majorité de la population, il s'agit de survivre à la fois aux frappes et à leurs conséquences. Sur la rive gauche de la ville, où les quartiers populaires sont les plus affectés, les résidents des barres d'immeubles de grande hauteur sont particulièrement exposés : ils vivent tout près de centrales visées par les Russes, et leur approvisionnement en électricité, chauffage et eau est devenu plus qu'aléatoire. Oksana, une mère de famille explique : « La situation est très difficile, on se retrouve sans électricité pendant dix heures, vingt heures d'affilée. Et lorsqu'elle apparaît, c'est au milieu de la nuit, alors je me lève pour charger toutes nos batteries. Sans électricité, il n'y a pas d'eau non plus, et comme l'immeuble a plusieurs étages, elle n'arrive plus aux étages supérieurs ». L'immeuble en question a déjà été éventré par une frappe de drones, et les fenêtres des étages inférieurs ont été remplacées par des panneaux en bois. Pourtant, Oksana n'envisage pas de quitter Kiev : « Nous avons bien de la famille dans l'ouest, où nous nous étions réfugiés début 2022, mais mon mari est en situation de handicap et en attente d'une opération, je ne me vois donc pas partir maintenant. En plus, nous avons ici tous nos proches, dont mes parents, dans des immeubles voisins ». Tout comme Oksana, Valentina, une retraitée, tente de survivre malgré les conditions difficiles : « Dieu merci, une partie de l'immeuble est encore chauffée, et chez moi, je conserve mon manteau pour ne pas avoir froid ». Pour ceux des résidents qui restent dans la capitale, le quotidien s'organise autour de rares heures d'électricité pendant lesquelles il faut recharger ses appareils électriques et batteries, faire tourner une machine à laver, ou encore faire des provisions d'eau courante. Les nuits, au cours desquelles les frappes sont plus fréquentes, se passent dans le froid, dans des caves, parkings ou encore stations de métro, pour ceux qui ont encore l'énergie de s'abriter des bombes. Les « points d'invincibilité », îlots de chaleur dans une ville à l'arrêt Devant cette crise humanitaire qui s'accentue à mesure que la Russie continue de frapper Kiev, la ville a déployé une cinquantaine de générateurs mobiles. Dans certaines cours d'immeubles affectés, des milliers, qui sitôt reconnectés au réseau énergétique sont à nouveau plongés dans le froid et le noir après chaque nouvelle frappe, les secouristes ont mis en place de grandes tentes oranges qui constituent des « points d'invincibilité », des îlots énergétiques dans lesquels les habitants peuvent venir se réchauffer, travailler à distance ou bien encore passer la nuit si les conditions ne leur permettent plus de dormir chez eux. Ces îlots ne sont pas une nouveauté : depuis le début des raids aériens à l'hiver 2022, les bâtiments publics dotés de générateurs, administrations, restaurants, écoles, se sont constitués eux aussi « points d'invincibilité ». Dans le centre historique de la ville, en face de l'université Taras Shevchenko, une yourte installée par une association ukraino-kazakhe en 2023 a rouvert ses portes comme îlot de chaleur et d'électricité. Ici, Natacha, ukrainienne, reçoit ceux qui entrent avec un thé chaud et des pâtisseries kazakhes. Elle explique : « Les Kazakhes croient en notre victoire, et avec cette yourte ils nous apportent un peu d'amour et leur soutien. Ils ne peuvent pas nous fournir d'armes, mais ils montrent par d'autres gestes qu'ils sont nos côtés ». Pourtant, après plusieurs hivers où le pire avait été évité, nombre de ces « îlots » ne sont plus en mesure d'accueillir temporairement les résidents de la capitale. Dans le centre historique de la ville, berceau des administrations, ambassades et organisations internationales et jusqu'à cette année relativement épargné par les coupures d'électricité, la situation s'est fortement dégradée. Si les cafés et restaurants fonctionnent encore, en sous-régime, grâce à de petits générateurs diesels au bruit assourdissant et à la forte odeur de diesel, et souvent dans une semi-obscurité, des bâtiments publics répertoriés sur l'application municipale comme ouvertes en principe 24/7 pour servir de refuge de chaleur et d'électricité aux résidents, gardent porte close, comme le déplore Alla, concierge d'une école déserte : « Ici, il n'y a pas de chauffage, ni de connexion internet, ou d'électricité, et personne pour venir remplir le réservoir du générateur, alors on reste fermés ». Face à la crise, les écoles de Kyiv resteront d'ailleurs fermées pour les jours à venir : les vacances scolaires ont été prolongées jusqu'à début février, afin que les élèves puissent rester hors de la ville s'ils en ont la possibilité. À lire aussiUkraine: à Kiev, les écoles fermées jusqu'au 1er février après des frappes sur les infrastructures énergétiques Dans l'un de ses derniers communiqués, l'entreprise DTEK, premier fournisseur privé d'électricité, prévient ses usagers : « Les calendriers de coupures d'électricité ne sont pas valables actuellement : la grille énergétique de la ville fonctionne toujours en état d'urgence, il n'y a pas assez d'énergie. (...) Jamais une telle chose ne s'est produite à l'échelle mondiale. Depuis un mois, il n'y a pas eu un seul jour sans panne d'électricité, et nos ingénieurs ont la charge historique de nous remettre sur pied ». Du côté du gouvernement, Denys Shmyhal, nouveau Ministre de l'Énergie, promet de restaurer les infrastructures au plus vite, mais met également en garde contre de nouvelles frappes russes, « y compris sur l'infrastructure qui garantit le fonctionnement des centrales nucléaires ».

    Deux compositrices au programme du concert du Nouvel An 2026 de Vienne

    Play Episode Listen Later Dec 31, 2025 2:35


    Ce 1ᵉʳ janvier se tient le traditionnel concert du Nouvel An de l'Orchestre philharmonique de Vienne, dirigé cette année par Yannick Nézet-Séguin. Suivi par des millions de téléspectateurs à travers le monde, c'est le plus grand événement de musique classique. Pour la première fois, deux compositrices sont au programme. Réputés conservateurs, l'Orchestre philharmonique de Vienne et le concert du Nouvel An veulent aujourd'hui davantage s'ouvrir aux femmes, compositrices et musiciennes. C'est lors de la dernière édition du concert du Nouvel An que, pour la première fois, une compositrice a été jouée. Cette année, le programme va plus loin en incluant deux œuvres de deux compositrices. La Rainbow Waltz de l'Afro-Américaine Florence Price et le Sirenen Lieder de l'Autrichienne Josephine Weinlich, qu'on entend ici jouée par quatre musiciens de l'Orchestre philharmonique de Vienne : Lara Kusztrich, Raimund Lissy, Robert Bauerstatter et Raphael Flieder. Cela montre une volonté d'ouverture, selon le directeur de l'Orchestre philharmonique de Vienne Daniel Froschauer.  « Nous voulons montrer cette diversité. Il y a beaucoup d'excellentes cheffes d'orchestre et compositrices. Et il n'y a aucune raison de ne pas ajouter au concert du Nouvel An toutes ces couleurs qui sont intéressantes, et qui méritent d'y figurer. Il est réjouissant de pouvoir présenter encore davantage de compositrices. Cela va continuer à se développer », affirme-t-il. Une évolution que salue l'historien Oliver Rathkolb, mais en soulignant qu'elle arrive tard. Selon lui, en Autriche, ce ne sont pas uniquement les orchestres, mais tout un système qui a conduit à l'exclusion des femmes musiciennes et compositrices. « Il a fallu beaucoup de temps avant que la musicologie, y compris dans le milieu universitaire, ne s'intéresse à ce sujet, et on constate que très peu de compositions ont été conservées. Aujourd'hui, on est à la recherche d'archives. On voit qu'il y a donc plusieurs aspects à cette question de l'exclusion des femmes du monde de la musique, qui concerne le domaine de la composition, mais aussi celui de l'appartenance à un orchestre. Mais c'est en train d'évoluer », explique-t-il. À lire aussiEn Autriche, des concerts thérapeutiques pour les personnes atteintes de démence Lara Kusztrich, jeune violoniste de 31 ans, est l'une des 24 femmes des 148 membres de l'Orchestre philharmonique de Vienne et jouera lors du concert du Nouvel An. Si les femmes sont encore peu nombreuses au sein de l'orchestre, cela est en train de changer selon la musicienne. « J'ai des collègues qui ont été les toutes premières femmes à rejoindre l'orchestre. C'est dû au fait que cette ouverture a eu lieu relativement tard. Et aussi au fait qu'un poste se libère uniquement lorsque quelqu'un prend sa retraite ou quitte l'orchestre. Il ne peut donc pas y avoir beaucoup de nouvelles recrues en peu de temps. Mais ma génération a passé des auditions à une époque où cela n'était plus un sujet. On constate lors des auditions qu'il y a aujourd'hui un équilibre entre hommes et femmes. Je dirais que c'est environ 50-50 pour les nouveaux postes à pourvoir », estime-t-elle. Le concert du Nouvel An n'a encore jamais été dirigé par une femme-cheffe.  À lire aussiChristian Merlin et la légende du Philharmonique de Vienne

    Mexique: les conséquences sociales de la guerre des cartels à Culiacan

    Play Episode Listen Later Dec 30, 2025 2:42


    Au Mexique, l'État de Sinaloa est depuis plus d'un an le théâtre d'une guerre qui oppose deux clans rivaux du cartel du Sinaloa. Depuis l'arrestation aux États-Unis du chef de cartel El Mayo, son groupe affronte celui des fils d'El Chapo accusés de trahison. Résultat : la région a plongé dans une violence extrême. Officiellement, le conflit a fait plus de 2 000 morts, et au moins autant de disparus. La ville de Culiacan est l'épicentre de cette guerre intestine et son million d'habitants est pris entre les feux croisés. Les conséquences sont aussi sociales et économiques. Culiacan, qui était une ville réputée pour son opulence et pour la fête, vit désormais dans la terreur.  Avant le coucher du soleil, il y a encore de la vie dans le centre de Culiacan. Quelques commerces ouverts et du monde dans la rue. Plongé dans ses pensées, Jesus prend un verre sur une terrasse de café. Le jeune homme sort de son service dans un hôtel chic pratiquement vide depuis des mois. « J'ai commencé mon tour à 6 h du matin alors je voulais me détendre un peu, jusqu'à la tombée de la nuit. Là, ça devient dangereux », affirme-t-il.  Il raconte que l'établissement est pratiquement vide depuis des mois. « On a tous peur qu'il y ait des coupes dans le personnel parce que ça a déjà eu lieu. Moi, j'ai un peu d'ancienneté, je suis parmi les plus vieux, mais pourtant je ne suis pas à l'abri. Des collègues ont été renvoyés à cause de la vague de violence », explique-t-il.  Là où vit Jesus, dans le sud de la ville, les fusillades sont quotidiennes. Récemment, un de ses amis a perdu la vie dans un restaurant à cause d'une balle perdue. Pour sa famille, la vie est au jour le jour et la peur omniprésente. Il raconte : « On se réveille chaque matin dans l'incertitude. D'ailleurs, aujourd'hui, l'école de ma fille a lancé un message pour nous demander si on allait ou non l'envoyer à l'école. Parce qu'il y a eu une fusillade à 5 h du matin juste à un pâté de maisons de l'école. Clairement, je ne l'ai pas emmené. J'ai dû aller chez ma belle-mère pour qu'elle nous aide à s'en occuper. » « Fini le luxe, les voitures, les excès, la drogue » L'économie de Culiacan, qui reposait essentiellement sur les services et le commerce, s'est effondrée. Les autorités du Sinaloa comptent les pertes en milliards d'euros, estiment que plus de 25 000 emplois formels et informels ont disparu. Les habitants du Sinaloa limitent leurs déplacements, réduisent leurs activités. Alfredo a fermé deux restaurants sur les trois qu'il possédait. « C'est horrible, c'est encore pire que pendant la pandémie. On avait deux restaurants qui étaient faits pour travailler la nuit, mais on n'a pas pu tenir car personne ne sort plus la nuit », regrette-t-il.  Il espère ne pas avoir à quitter la ville comme l'ont fait tant d'autres. Mais, pour cela, il sait qu'il doit faire preuve de résilience. Selon lui, une bulle vient d'éclater dans la ville qui ne reviendra pas en arrière. « Ceux qui maintenaient l'économie faisaient partie du crime organisé. Ils ne sont plus là ou du moins leur argent ne circule plus comme avant. C'était une économie fictive. Elle existait grâce au crime organisé. Elle était informelle. Elle a augmenté les prix de tout parce que nous sommes dans une ville très chère. Les restaurants étaient chers, mais les salaires étaient bons. Et donc tous ceux qui avaient offert un service, moi y compris : nous vivions de tout cela. Maintenant on se rend compte qu'il n'y a rien d'autre qui puisse soutenir suffisamment l'économie à Culiacan pour revenir comme avant. On pourrait devenir une ville moins développée peut-être… On va revenir à la réalité parce que les personnes qui sortent maintenant, ce sont des gens qui travaillent normalement. Fini le luxe, les voitures, les excès, la drogue… Je veux dire que la paix sera le véritable luxe maintenant », conclut-il.  À lire aussiAu Mexique : le violent déchirement du Cartel de Sinaloa

    À Providencia, les pêcheurs colombiens face aux bombardements américains

    Play Episode Listen Later Dec 29, 2025 2:27


    Donald Trump a confirmé lundi 29 décembre que les États-Unis avaient détruit une zone de mise à quai pour des bateaux présentés comme impliqués dans le narcotrafic au Venezuela, dans ce qui pourrait être la première frappe au sol. Au nom de la lutte contre le narcotrafic, les États-Unis ont déjà mené des frappes contre plusieurs dizaines de navires. Une centaine de personnes ont été tuées sans que les États-Unis puissent présenter des preuves de leurs liens avec le trafic de drogue. Dans l'archipel de San Andrés, qui appartient à la Colombie, cette opération fait craindre le pire aux pêcheurs artisanaux.  De notre correspondante en Colombie,  Le soleil pointe à peine lorsque les premières embarcations quittent le rivage de Providencia, petite île colombienne des Caraïbes. Les pêcheurs s'éloignent en mer, mais jamais seuls : depuis plusieurs semaines, leurs habitudes ont changé. « On sort désormais en groupes. C'est mieux d'être ensemble, parce qu'en voyant plusieurs bateaux réunis, ils ne peuvent pas dire que c'est du narcotrafic, n'est-ce pas ? », raconte Joan Peñalosa, un pêcheur.  Depuis début septembre, les frappes américaines contre des embarcations soupçonnées de narcotrafic se multiplient dans les Caraïbes. La peur s'est installée parmi les 220 pêcheurs de cette communauté. José Manuel est l'un d'entre eux : il pêche « aux poumons », sans bouteilles, harpon à la main. Et ce matin il est parti près du littoral avec deux collègues. « Ça nous inquiète d'aller vers les cayes les plus éloignées à cause de la situation. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Mais en tant que pêcheurs, on n'a pas le choix : on doit continuer à travailler », regrette-t-il. Par crainte d'être pris pour des trafiquants, certains pêcheurs renoncent désormais aux zones les plus riches en poissons. Un sacrifice : toute la communauté dépend de ce revenu. Dans les cayes, cela représente plus de 100 euros par jour, contre à peine 30 près de l'île. Joan Penalosa se veut tout de même rassurant. « Nos embarcations n'ont rien à voir avec celles des trafiquants : elles sont plus petites, avec moins de tirant d'eau et des moteurs beaucoup moins puissants », affirme-t-il.   À lire aussiÉtats-Unis: Donald Trump menace Nicolas Maduro et met en garde le président colombien Gustavo Petro Pour l'instant, la zone autour de Providencia n'a pas été frappée. Mais cela n'empêche pas Elizabeth Cabezas, pêcheuse de 63 ans d'angoisser quotidiennement. Elle prépare le déjeuner pour ses deux fils partis en mer. « Ce sont nos enfants qui risquent leur vie là-dehors, s'inquiète-t-elle. Eux ils bombardent en disant que c'est de la drogue. Et quand ils bombardent, si ce sont des pécheurs et qu'il n'y a pas de drogue, on ne peut pas leur rendre la vie… » Pour Edgar Jay, président de l'association des pêcheurs afrodescendants de Providencia, ces opérations américaines vont bien au-delà de la lutte antidrogue. « C'est une stratégie d'intimidation. Est-ce que les États-Unis peuvent appliquer la peine de mort de façon extrajudiciaire, partout dans le monde ? C'est une invasion », s'indigne-t-il. Et cette colère contre l'administration Trump est largement partagée sur l'île. « Ces Américains se croient les maîtres du monde ! », s'exclament certains. Pour dénoncer la situation, Edgar Jay a adressé une lettre aux Nations unies. Avec les pêcheurs de son village, il exige le droit de travailler en toute sécurité. « Nous pensons que l'ONU doit servir la paix mondiale et défendre les populations les plus vulnérables », revendique-t-il. Les pêcheurs artisanaux de l'île espèrent désormais une intervention de la communauté internationale. À lire aussiDes frappes américaines contre trois navires liés au «narcotrafic» font huit morts dans le Pacifique À lire aussiÀ la Une: la légalité des frappes américaines dans les Caraïbes

    La CAN au Maroc, destination tendance des vacanciers

    Play Episode Listen Later Dec 28, 2025 2:39


    La CAN au Maroc, c'est aussi un grand rassemblement de supporters d'Afrique et du monde. Les diasporas sont au rendez-vous. À titre d'exemple, près de 110 000 billets avaient été achetés depuis la France après la deuxième phase de mise en vente fin octobre. Ce sont les avantages d'une compétition organisée cette année en période de congés, dans une destination touristique abordable et déjà prisée en Europe. Le chœur des Comores, en plein cœur de Casa. Sur le terrain du stade Mohammed V, les Cœlacanthes peinent face à la Zambie. En tribune, le match est gagné largement. « La diaspora est motivée, déterminée. Moi, je suis prêt à aller au Vélodrome de Paris, donc à aller au Maroc pour ma patrie. Franchement, j'y vais tous les jours », explique Laris, un supporter marseillais.   À l'entraînement, aussi, Laris et sa bande poussent derrière l'équipe nationale. Ils sont venus de Paris, de Marseille, de Brest. Impossible pour eux de ne pas être là. « Une fois qu'on a su qu'on était qualifiés et que c'était au Maroc, à proximité, on a décidé de mettre les moyens. On a pris un Airbnb comme n'importe qui, on est très simple, voire très très simple. On reste pour les phases de poule, donc c'est dix jours. On est dix personnes, donc cela fait deux cents euros par tête. Le billet d'avion, en fonction de quand il a été pris, c'est entre deux cents et cinq cents euros. On en a pour huit cents, mille euros, grand maximum », raconte Laris. Et en plus, ce début de CAN colle sur les congés de fin d'année. Résultat, le Maroc est un vrai carrefour des diasporas africaines.  « On a l'habitude de se chamailler, de se charrier quand on est en France. Là, on peut le faire dans un pays où on se rejoint tous. Il y a des Maliens, des Sénégalais, des Burkinabè, des Algériens, c'est comme si on était en France un peu », affirme-t-il.  À lire aussiÀ la Une: la CAN, un instrument de soft power pour le Maroc Des supporters de l'Algérie, dans un train en partance de Kénitra, racontent : « On vient de Lyon et ça serait bien plus compliqué d'aller en Afrique du Sud. Ça serait plus compliqué de s'intégrer à la ville et au pays. Le train, c'est la même chose qu'en France. Il y a des TER, des TGV. C'est exactement la même chose. On va voir trois matchs du Maroc, trois matchs de l'Algérie, un match du Sénégal et un match de la Tunisie. Ça fait un total de huit matchs. On est venus pour du football. » Certains viennent aussi en famille pour profiter de l'ambiance et du pays, comme Bourama, un Sénégalais de région parisienne. « Moi, c'est la première fois que j'amène mes enfants au Maroc. La photo avec la mascotte, je vais la garder en souvenir. C'est quelque chose de très marquant. On va garder chaque souvenir, comme la photo qu'on a prise aujourd'hui, elle va rester dans notre mémoire collective à jamais », assure Bourama. Et puis, il y a des visiteurs, plus inattendus, comme Zach et Alex. Ils viennent de Leeds en Angleterre, deux fans de football sans attache particulière avec l'Afrique. « C'est une super occasion pour découvrir ce tournoi. On peut voir cinq matchs internationaux pour le même prix qu'une rencontre de Premier League », dit l'un. « On s'amuse beaucoup. On a vu RDC - Bénin hier, aujourd'hui Guinée équatoriale - Burkina Faso. C'est une ambiance de fête. Pour moi, le football, c'est d'abord un sport qui rassemble. Et la CAN nous permet de découvrir différentes communautés de ce continent fantastique qu'est l'Afrique », ajoute l'autre. Selon des estimations relayées par les médias nationaux, le Maroc pourrait accueillir plus de 500 000 visiteurs étrangers supplémentaires sur la période de la CAN. À lire aussiCAN 2025 : le Maroc, nouvel Eldorado du foot !

    Le succès international des nouilles coréennes

    Play Episode Listen Later Dec 27, 2025 2:33


    Elles s'installent dans les étals des supermarchés du monde entier, les nouilles instantanées sud-coréennes. Nouvelle étape de la vague culturelle coréenne qui déferle sur le monde, après les films et la musique, voici la K-Food. Ces nouilles aux saveurs épicées ont su s'exporter bien au-delà de la péninsule avec une recette savamment préparée. Un paquet de nouilles, un sachet de sauce pimentée et un peu d'eau chaude, une recette simple mais résolument efficace. Les nouilles instantanées sud-coréennes ou ramyeon sont devenues un incontournable de la K-Food, la gastronomie sud-coréenne. Voilà, il n'y a plus qu'à mélanger et à déguster. Et quoi de mieux pour essayer que de se rendre à la Ramyun Library, une supérette spécialisée qui recense plus de 250 types de nouilles différentes et de quoi les cuisiner sur place. Emily, touriste américaine, est venue exprès dans ce magasin pour faire l'expérience des nouilles coréennes. « C'est fou le nombre de nouilles différentes qu'il y a ici, s'exclame Emily. C'est vraiment une expérience unique d'essayer des nouilles instantanées ici, en Corée. Je recommande vraiment à quiconque d'essayer. » Et quand on lui demande si elle mange déjà des nouilles coréennes aux États-Unis, elle répond : « J'ai déjà vu ici et là des nouilles dans des films et des séries. Mais je viens d'une petite ville aux États-Unis, donc ce n'était pas facile d'en trouver dans les supermarchés, mais j'en avais déjà mangé certaines. C'est pour ça que je suis vraiment contente de pouvoir essayer ici ce que j'ai vu à la télé ». À lire aussiTteokkboki, poulet frit: en Corée, la K culture a un goût de revanche sur l'histoire Pour mieux comprendre le succès de ces nouilles dans le monde entier, direction Gumi, à 200 km de Séoul. Chaque jour, 6,5 millions de paquets de nouilles sortent de l'usine Nongshim, le numéro 1 des nouilles instantanées en Corée du Sud. Un dédale de tapis roulants sur 62 000 mètres carrés, et une production à 95 % automatisée surveillée par quelque 600 employés. Pour conquérir le marché international, les nouilles de la marque surfent sur la vague culturelle coréenne, comme l'explique Choi Youngkab, chargé du marketing international de l'entreprise : « La stratégie mondiale de Nongshim s'articule principalement autour d'une approche plus attractive à travers divers contenus liés à la K-culture que le public affectionne. C'est le cas récemment du film "KPop Demon Hunters" qui a fortement popularisé notre marque en y incluant nos paquets de nouilles que les héroïnes mangent. Nous allons continuer dans cette stratégie et il y aura d'autres partenariats comme celui fait avec le film "KPop Demon Hunters". » Une stratégie payante pour l'entreprise qui réalise déjà 40 % de ses ventes à l'étranger. Un succès qui ne devrait que s'amplifier, assurent les cadres de l'entreprise. À lire aussiCorée du Sud: le succès phénoménal du film d'animation «KPop Demon Hunters» sur Netflix

    Aux États-Unis, le tourisme des Canadiens en berne depuis le retour au pouvoir de Donald Trump

    Play Episode Listen Later Dec 27, 2025 2:24


    Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a entraîné une diminution du nombre de Canadiens se rendant en vacances en Floride. Les raisons sont nombreuses : l'opposition à ses valeurs, l'augmentation des droits de douane, mais également son hostilité manifeste envers le Canada. Donald Trump ayant argué que le Canada devrait devenir un État américain. De quoi toucher la Floride, qui voit d'habitude chaque année des Canadiens affluer à la saison hivernale pour échapper au froid et pour profiter du soleil, surnommés les « snowbirds » (les oiseaux migrateurs, en français). Le long du rivage, dans la ville balnéaire de Fort Lauderdale en Floride, les touristes se promènent et profitent de la plage. De l'autre côté de la rue, les hôtels de luxe sont alignés pour offrir une vue imprenable sur l'océan Atlantique. Des conditions de séjour a priori idéales et prisées par les voyageurs. Pourtant l'hôtel The Atlantic a vu récemment son taux d'occupation baisser de 4,9 %. Une chute directement imputée au marché canadien, selon la directrice des ventes, Amy Faulkner. « Même si une baisse de 4,9 % ne semble pas beaucoup, elle l'est pour notre hôtel. C'est d'autant plus important pour nous car, quand les Canadiens voyagent ici restent pour une longue durée. Ils peuvent rester jusqu'à six mois, donc cela touche réellement notre hôtel », déplore-t-elle. Cette diminution du tourisme s'ajoute à un contexte économique déjà difficile aux États-Unis, explique-t-elle. « Je le ressens un peu comme l'année du Covid. Pas aussi difficile que le covid, mais l'année a été très dure », soupire-t-elle. Les hôteliers font les comptes Son collègue Don Ciarlillo, courtier dans l'immobilier, affirme qu'il est néanmoins trop tôt pour connaître les conséquences dans le secteur immobilier, dans lequel les Canadiens investissaient également. « Je ne l'ai pas vu du côté de l'immobilier. Je préfère regarder comment va la saison. Je regarderai à la fin du mois d'avril, vers début mai. Quand la saison touristique de l'hiver se calmera, on aura les chiffres », temporise-t-il. À l'entrée du Motel de Richard, le néon indique qu'il reste des chambres disponibles, tandis qu'une fleur de lys souhaite la bienvenue aux touristes québécois. Le propriétaire Richard Clavet dit percevoir un changement depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche pour un second mandat. « L'année passée, l'hiver avait bien commencé. Trump est arrivé au pouvoir en janvier et là les politiques se sont mises en place. Ce qui fait qu'en février, on a commencé à noter une baisse pour mars. Puis la baisse, elle était quand même forte pour mars et avril. Je peux pas dire de chiffres exacts, mais ça avait été assez important », détaille-t-il. Certains ont ouvertement justifié ces annulations à cause de la personnalité politique de Donald Trump. Tel ce client prêt à perdre 1 000 dollars déjà payés, se souvient Richard Clavet : « Il a tout simplement traité Trump de dictateur et a choisi de prendre ses vacances à Cuba plutôt qu'ici. Alors, moi je lui ai dit : "Tu salueras de notre part les dictateurs de Cuba." » À lire aussiL'économie mondiale retient son souffle : rétrospective de l'année 2025

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