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Au Népal, trois semaines après des inondations dévastatrices qui ont fait plus de 1 403 morts et plus de 6 100 disparus, les besoins sont encore nombreux. Plusieurs milliers de rescapés ont tout perdu : des proches mais aussi leur maison, leur terrain, leur travail et leurs économies. Le gouvernement népalais a annoncé un programme de bourse pour garantir l'éducation des enfants orphelins ou déplacés à cause de la catastrophe. Des enfants qui, pour beaucoup, ont assisté aux crues meurtrières et nécessitent un soutien psychologique. Dans un centre d'accueil temporaire de Bidur, ville sinistrée du district de Nuwakot, à une cinquantaine de kilomètres de Katmandou, les professionnels essaient de soutenir les enfants. De notre envoyée spéciale de retour de Bidur, Assise sur un banc devant le gymnase de l'association de taekwondo de Bidur, Suchita, 36 ans, berce son neveu. « Il a 15 mois, il était allaité, il cherche encore le lait de sa mère », s'émeut-elle. La mère du garçon est morte dans les inondations, c'est la grand-mère qui a sauvé l'enfant. « Elle est encore très traumatisée d'avoir perdu ses deux belles-filles et deux petits-enfants », poursuit Suchita. L'enfant et la grand-mère vivent désormais dans ce gymnase sur des tapis de sol avec 200 autres rescapés. Et Suchita peine à réconforter le petit garçon. « La première nuit, il n'a pas dormi, on avait peur de déranger les autres autour, témoigne-t-elle. Mon fils de 7 ans aussi, il pleure souvent, il me dit que ses cousins qui sont morts lui manquent beaucoup, ils étaient très proches. » Dehors, une quinzaine d'enfants jouent sur un rectangle de gazon. Il y a un tourniquet, un toboggan. À côté, des tentes blanches dressées par l'ONG Save The Children et d'autres associations. Ces espaces sont réservés aux plus jeunes pour leur redonner une routine, des repères, dans un lieu sûr. On y trouve des coloriages, des imagiers, des jeux de société. « De ce que j'ai pu voir, ici c'est un peu mieux que dans d'autres centres, explique Achita Thieng, qui intervient au nom d'une association de psychologie transculturelle, TPO Nepal. Pour l'instant on se concentre sur les premiers secours psychologiques. » À lire aussiCrue dans l'Himalaya: le Népal commence les enterrements de masse de victimes impossibles à identifier Soigner aussi dans le futur Le but : écouter, observer, empêcher les traumatismes de s'ancrer à long terme. « Certains enfants restent très silencieux, ils semblent ne pas encore avoir compris ce qu'il s'était passé, poursuit Achita Thieng. Un autre enfant croit, à chaque fois qu'il voit passer un hélicoptère, que ses parents sont dedans et vont revenir, alors qu'il les a vus mourir sous ses yeux. » Plusieurs associations, ONG et le ministère de la Santé ont déployé des psychiatres, psychologues, conseillers. Reste à bien répartir cette aide, surtout dans les zones sinistrées isolées. Et après l'urgence, il faudra prendre en charge d'éventuels troubles durables : dépression, anxiété, stress post-traumatique…, explique Achita Thieng. « Dans un, deux, trois mois, il faudra pouvoir proposer un suivi régulier », plaide-t-elle. D'après l'Unicef, plus de 17 000 enfants ont un besoin urgent d'aide et de soutien psychologique après ces inondations dévastatrices survenues au Népal le 26 août, l'une des plus grandes catastrophes des dernières décennies dans le pays. Toujours d'après l'Unicef, 541 mineurs sont seuls et n'ont pas pu être réunis avec leurs proches. Plusieurs ONG comme Save The Children alertent : après un tel désastre et l'appauvrissement soudain de nombreuses familles, les risques de travail infantile, de mariages précoces et de traite d'enfants risquent d'augmenter. À lire aussiCrue dans l'Himalaya: la jeunesse népalaise réclame «justice» aux pays pollueurs

Les élections israéliennes se dérouleront le 27 octobre prochain. Le président Isaac Herzog a mis en garde ses concitoyens au mois de juillet : il assure que diverses menaces pèsent sur le scrutin, il leur demande d'être vigilants face aux violences qui pourraient compromettre l'intégrité du vote, aux fausses informations, à la remise en question des résultats. La société civile s'organise pour surveiller une élection qui s'annonce cruciale pour l'avenir du pays. De notre envoyée spéciale à Herzliya, Les locaux du Centre civil des opérations électorales sont situés dans un parc technologique au nord de Tel-Aviv. Installés devant des écrans d'ordinateur, des volontaires de la société civile se préparent au pire. « En raison de la direction que prend le pays, nous nous inquiétons du manque de transparence et du niveau de violence », alerte Michal Beinisch, l'une des fondatrices du centre. Le vote du 27 octobre sera crucial, le premier en Israël depuis le massacre du 7 octobre 2023 et les guerres qui ont suivi. « C'est la première fois que nous avons le sentiment que les élections peuvent vraiment être biaisées et inéquitables, martèle Eyal Naveh, qui co-dirige le projet. Nous allons mettre 100 000 personnes dans les rues, dans les bureaux de vote et autour, l'objectif est de pouvoir si nécessaire signaler des problèmes à la police, au Shin Bet, aux autorités, aux médias. Nous voulons que les citoyens d'Israël votent, nous voulons un Israël démocratique. » À lire aussiLégislatives en Israël: aux primaires du Likoud, Benyamin Netanyahu maintient son emprise sur le parti malgré l'incertitude Lutter contre les infox Les équipes se préparent à tous les scénarios. « Par exemple, le jour des élections, quelqu'un pourrait descendre dans la rue, jeter des pétards, faire croire à un attentat et créer la panique pour empêcher les gens de s'approcher des bureaux de vote, prévient Eyal Naveh, qui est un vétéran des forces spéciales israéliennes. Nous voulons faire de la pédagogie autour des fausses informations, expliquer aux gens ce qui peut se produire et les rassurer. » Le Centre civil des opérations électorales dispose aussi d'une application qui s'appelle Hamal. « Nous comptons déjà 30 000 personnes inscrites sur l'application, explique Michal Beinisch. Concernant le numérique et la lutte contre les fausses informations, nous avons plus de 500 personnes qui travaillent actuellement bénévolement, à temps plein. » À l'heure des infox, les réseaux sociaux sont en première ligne, il y a des patrouilles numériques. « Par exemple, la Commission électorale a déclaré récemment que toutes les vidéos électorales qui contiennent de l'intelligence artificielle doivent être signalées, marquées automatiquement pour ne pas mentir au public, rappelle Eyal Naveh. Donc, nous avons des gens qui surveillent, qui regardent tout ce qui se passe sur les réseaux. » Michal et Eyal l'assurent, leur mouvement est apolitique, mais ils sont convaincus que si Benyamin Netanyahu est en baisse dans les sondages, si le Premier ministre et ses alliés d'extrême droite n'ont plus rien à perdre, alors la situation peut vite devenir tendue. À lire aussiLégislatives en Israël: un scrutin polarisé autour de Benyamin Netanyahu et l'onde de choc du 7-Octobre

À Séoul, face au phénomène de harcèlement qui s'intensifie, les agresseurs connus des autorités sont surveillés et géolocalisés. Lorsqu'ils s'approchent à moins de 2 km d'une victime, une alerte est déclenchée. De notre correspondant à Séoul, Au Centre de surveillance numérique du ministère de la Justice, un écran géant traque en permanence la position des victimes et des agresseurs déjà connus des autorités. Yoon Hyun-bong, son directeur, présente le fonctionnement de ce système de surveillance : « Ici, c'est la victime, là, l'agresseur. On constate que l'agresseur et la victime se rapprochent de plus en plus, une première alerte est donnée à 2 km de distance mais l'agresseur continue de se rapprocher, montre-t-il, ce qui conduit au déploiement de l'agence de probation pour protéger la victime lorsque la distance est de moins d'un kilomètre. » Le dispositif fait suite à plusieurs féminicides retentissants, notamment celui d'une femme poignardée en mars par un homme porteur d'un bracelet. Le ministère de la Justice savait où il se trouvait, mais la police en charge du dossier l'ignorait. Un échec des administrations que tente de corriger ce dispositif. Aujourd'hui, plus de 5 000 porteurs de bracelets sont surveillés et 19 000 alertes sont envoyées chaque jour. En cas d'alerte, un membre du centre de contrôle de géolocalisation contacte l'agence de probation pour qu'ils se rendent sur place. À lire aussiCorée du Sud: les «nettoyeuses du Net» viennent en aide aux victimes de violences sexuelles en ligne Près de 45 000 cas de harcèlement en 2025 Les signalements pour harcèlement ont triplé en quatre ans, atteignant près de 45 000 cas en 2025, dont 80% des victimes sont des femmes. Cela fait donc beaucoup d'agresseurs à surveiller pour les services du ministère de la Justice. « Aujourd'hui, nous gérons environ 5 300 personnes, et ce chiffre continue d'augmenter car nous l'étendons également aux auteurs de violences conjugales, explique Kang Shin-won, chef de l'équipe de surveillance. Côté effectifs, le nombre de personnes suivies a été multiplié par plus de 30, mais le nombre de nos agents n'a pas augmenté dans les mêmes proportions : chaque agent gère actuellement un peu plus de 20 personnes en moyenne pour la surveillance électronique standard. » Malgré le manque d'effectif, le système de surveillance semble montrer ses preuves. Depuis sa mise en place au mois de juin, le taux de récidive est passé de 14 % à 0,7 %. À lire aussiCorée du Sud: des étudiantes défendent le maintien d'universités réservées aux femmes

C'est un verdict qui sera suivi de près dans l'ensemble des Balkans. Mercredi, à La Haye, les chambres spécialisées du Kosovo, un tribunal kosovar composé de juges internationaux, doivent dire si Hashim Thaçi, l'ancien président du Kosovo, et trois autres anciens dirigeants de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) sont coupables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Les anciens commandants sont notamment accusés de meurtres commis pendant et après la guerre de 1998-1999, entre les forces serbes et l'UCK, alors soutenue par l'Otan. À Pristina, les anciens commandants de la guérilla sont toujours considérés comme des héros. Reportage dans la capitale où la tension est vive. Le reportage de notre correspondant à Kosovo, Louis Seiller est à écouter dans son intégralité dans Accents d'Europe À écouter aussiHéros ou criminels, les leaders de l'UCK face aux juges

Dublin, c'est le fief des géants de la tech : Google, Amazon, Meta s'y sont tous installés et ont construit aux alentours leurs data centers, ces gros centres de données indispensables à leur fonctionnement. Résultat : l'Irlande compte aujourd'hui 89 data centers ! De quoi offrir à la République irlandaise le titre de premier hébergeur européen de ces centres. Et avec l'essor de l'intelligence artificielle, les annonces de nouveaux chantiers s'enchaînent à un rythme effréné, au risque de saturer le réseau électrique du pays. Au point que les Nations unies ont récemment cité l'Irlande comme un « signal d'alarme » pour le reste du monde. Le reportage de notre correspondante Clémence Pénard est à retrouver dans son intégralité dans Accents d'Europe. À lire aussiEconomie: Apple renonce à construire son centre de données en Irlande

La présence simultanée de Xi Jinping et Narendra Modi en Inde, à l'occasion du sommet des Brics, illustre le réchauffement des relations entre les deux pays les plus peuplés du monde. L'étau se desserre doucement entre les deux économies, avec l'autorisation de nouveaux investissements chinois sur le territoire indien, notamment dans un secteur clé : la fabrication de téléphones portables. Si la Chine reste de loin le plus grand fabricant mondial, l'Inde progresse rapidement. Une alliance, où une « joint venture » entre deux géants du secteur, a été annoncée en juillet. L'entreprise chinoise Vivo et l'indienne Dixon ont ainsi scellé leur collaboration, comme en témoigne la visite de l'une de leurs usines en banlieue de New Delhi. De notre envoyé spécial à New Delhi, Environ 1,2 million de téléphones par mois sont produits dans les usines que supervise Lalit Choudhary, directeur général des opérations pour Dixon Electronics, leader indien de la fabrication de téléphones. Avant d'entrer dans l'usine, passage obligé par la clean room : un sas où une gigantesque soufflerie élimine toutes les poussières. « Pas de poussière, contrôle de la température, contrôle de l'humidité, des décharges électrostatiques, il faut un environnement spécifique », explique-t-il. Chaque employé surveille avec attention les larges machines blanches. Elles gravent, assemblent et vérifient que chaque pièce fonctionne. « Cette machine-là, on l'appelle le pilote. Et là, c'est une carte mère, mais pas encore fonctionnelle. Une fois qu'elle est passée dans la machine, avec tous les composants, on dit que c'est bon, elle est assemblée. Tout ce qui permet ensuite de pouvoir contrôler et utiliser le téléphone, c'est grâce à cela », détaille le directeur des opérations. Une plaque métallique sur laquelle sont installés les semi-conducteurs et composants électroniques du téléphone. Après être passée dans une dizaine de machines, la carte mère peut monter à l'étage supérieur. C'est là, au micro-assemblage, que le téléphone prend forme. « En moyenne, il y a 75-80 personnes par ligne de production selon les modèles », précise Lalit Choudhary. « En Inde, cela fait plus de 15 ans que nous assemblons des portables, les gens ici en Inde sont des experts », ajoute-t-il. Samsung, Motorola, Apple : la plupart des constructeurs mondiaux veulent réduire leur dépendance à la Chine et se tournent vers l'Inde, attirés par le faible coût du travail et les débouchés de l'immense marché indien. C'est aussi ce que vient chercher l'entreprise chinoise Vivo, dont la production conjointe avec Dixon doit débuter à l'automne. « Vivo, c'est le leader du marché des téléphones portables dans le marché indien, ils ont près de 20 % de part de marché, c'est une grande entreprise avec des capacités technologiques », souligne Saurabh Gupta, directeur financier du groupe. Vivo, spécialisé dans la conception des portables, fabrique une large partie de sa production en Chine, un savoir-faire utile pour Dixon. Mais il a fallu convaincre durant plus de 15 mois les autorités indiennes pour qu'elles acceptent le projet. « Dans une joint-venture, les entreprises indiennes doivent avoir la majorité des parts, il doit y avoir des bénéfices concrets pour l'industrie et le pays en termes de transferts de technologies, de savoir-faire, des bonnes pratiques à adopter », explique Saurabh Gupta. Des transferts de technologies loin d'être évidents. Beaucoup doutent de la volonté des entreprises chinoises de vouloir réellement aider à former leurs concurrents de demain. À lire aussiSommet des Brics+: le «multi-alignement» de l'Inde au défi de son rapprochement avec la Chine

Céline Dion retrouve la scène parisienne ce samedi, pour son premier véritable concert depuis six ans. Au Québec, ce retour ravive aussi les souvenirs de celle qui a grandi à Charlemagne avant de devenir une star mondiale et remet aussi en lumière la place qu'occupe encore Céline Dion dans la mémoire collective. « Dans 150 mètres, tourner à droite sur la rue Céline-Dion... », dit le GPS. La chanteuse a son boulevard à Charlemagne, où elle a grandi. Mais pour retrouver les lieux de son enfance, il faut davantage d'imagination. Sa maison natale a été démolie. Le bar voisin où elle chantait déjà devant un public à huit ou neuf ans, a lui aussi disparu. « Comme vous voyez, maintenant, c'est un stationnement vide », présente Sylvain Crévier, maire suppléant, fait la visite. « C'est juste à côté que la famille Dion a élevé ses 14 enfants et fait de nombreuses soirées festives et musicales. Et puis, c'est la rivière. Donc, elle a été bercée par le son des grenouilles de nombreuses soirées chaudes d'été », ajoute-t-il. Depuis, le décor bucolique a laissé place à la banlieue. Et au bruit des voitures sur le boulevard Céline-Dion. Du moins, c'est comme ça que tout le monde l'appelle. « Selon les règles québécoises, pour donner un nom à un boulevard, il faut être décédé, donc ils ne l'ont pas permis. Mais on en est très fiers, donc on le fait pareil. Et puis Google Maps l'a enregistré. Donc, c'est un fait maintenant », affirme-t-il. À lire aussiConcerts de Céline Dion à Paris: «C'est une star qui est une business woman, elle a su se faire attendre» Le boulevard rejoint l'autoroute. Trente kilomètres plus loin, à Montréal, une robe blanche se détache dans la pénombre du musée McCord Stewart. Celle que Céline Dion portait aux Jeux olympiques de Paris 2024. Sur les écrans, sa prestation repasse en boucle. « C'est assez émouvant de voir ça », précise Lucie. Pour elle, la robe compte moins que ce qu'elle lui rappelle : le retour de Céline sur scène. « Ça donne la chair de poule. C'est la patrimonialisation, en quelque sorte, d'un moment incroyable. C'est tout ce qui nous émeut aussi », explique-t-elle. Devant la vitrine, une autre visiteuse essuie ses yeux. « J'ai versé quelques larmes de joie, de bonheur, d'émotion », reconnaît-elle. Les lieux qui racontent Céline Dion sont rares au Québec, rappelle Lorraine. À ses côtés, sa famille n'y voit pourtant pas un manque. « On la vénère pour son talent, on n'a pas besoin de monument. La planète est à ses pieds. […] Céline Dion dans cette robe-là, c'est un monument en elle-même. C'est elle-même, sa personnalité, sa voix. Juste de l'entendre. C'est un tout. C'est vraiment sublime », raconte un membre de la famille. À Charlemagne pourtant, certains voudraient lui faire davantage de place. « Ça revient souvent dans les consultations citoyennes que la ville fasse quelque chose pour dire que c'est le lieu de naissance de Céline », souligne un habitant. Car les lieux se sont effacés. Pas la curiosité. « Il y a encore beaucoup de touristes qui arrivent ici à Charlemagne pour voir où est-ce qu'elle a été élevée, donc c'est bizarre », s'étonne-t-il. Plusieurs idées sont à l'étude, dit le maire, mais rien ne sera décidé sans l'accord de la famille Dion. À lire aussiLe retour évènement de Céline Dion à Paris

Donald Trump a pris la parole à la convention nationale des républicains. Deux jours de prises de parole de figures conservatrices et de candidats, avec l'objectif de mobiliser les électeurs à moins de deux mois des élections de mi-mandat. Un événement tourné autour de Donald Trump, malgré sa baisse de popularité, notamment pour sa guerre menée en Iran. Et une partie de ces critiques proviennent d'influenceurs conservateurs qui ont publiquement, dans leurs podcasts et émissions en ligne, critiqué Donald Trump. Ces influenceurs conservateurs sont pourtant un pilier du mouvement MAGA et certains tentent de maintenir l'unité au sein mouvement. Dans les coursives de l'arène où se déroule la convention, Benny Johnson a du mal à avancer, pris d'assaut par des fans. L'influenceur conservateur, dont la chaîne YouTube compte plus de six millions d'abonnés, pose pour les photos. « J'aime le travail de Benny parce qu'il est toujours authentique, sincère, et qu'on sait que ses infos sont vraies. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui sont achetés. Malheureusement, aujourd'hui, les médias sont tous bidons et achetés. » Benny Johnson, lunettes rondes et cheveux brossés en arrière reste lui fidèle à Donald Trump. et même avec la guerre en Iran, contrairement à d'autres figures plus critiques comme Tucker Carlson. « Bien sûr qu'il y a une fracture. La guerre est impopulaire chez les jeunes. Elle est aussi impopulaire auprès d'une très grande partie de la base électorale. Mais je dirais que ce qu'il faut vraiment regarder, ce sont les résultats. » Benny Johnson regrette ces divisions au sein de son mouvement: « Je n'aime pas ces méthodes. Je connais tellement de ces gens. Je les connais personnellement. J'ai travaillé pour eux, j'ai travaillé avec eux. Donc, je n'aime pas les attaques personnelles. Je déteste ça. Je ne le supporte pas. Ce n'est pas sain. Mais oui, ça divise le parti, et c'est vraiment dommage. J'aimerais que davantage de gens prennent un peu de recul, peut-être qu'ils prennent un calmant, et essaient de travailler de l'intérieur du parti, vous voyez, pour tenter de rapprocher les différents camps, de combler ces divisions. C'est ce que j'essaie de faire. » « On attend beaucoup de cette convention » Et pour couvrir cette convention, vous avez les médias qualifiés de « traditionnels » ou « mainstream » par les républicains, puis ces émissions en ligne, très populaires, qui assument leur proximité idéologique avec Donald Trump, comme l'émission « War Room », animée par la figure Steve Bannon, qui n'est pas présent à cette convention. Mais sa fille, Maureen Bannon, qui dirige l'émission, en attend beaucoup de cette convention pour le mouvement MAGA de Donald Trump : « C'est très important, surtout pour la base militante, de rappeler aux électeurs républicains qu'il faut rester mobilisés dans ce mouvement, notamment à l'approche des élections de mi-mandat. Tout le monde pense que quelqu'un d'autre va mener ce combat à notre place. Mais si nous ne continuons pas à nous battre pour faire élire des candidats conservateurs et MAGA, les démocrates prendront le contrôle de la Chambre et du Sénat. Et nous ne pouvons pas laisser cela arriver. » D'autre influenceurs locaux sont aussi présents, comme P. Rae Easley. Avec son chapeau de cowboy rouge Make America Great Again, une personnalité de radio à Chicago, destinée notamment aux afro-américains. Elle ne voit pas d'effets durables de ces divisons : « Le mouvement MAGA est toujours bien vivant. Vous savez, je pense que la gauche essaie vraiment de faire croire que le mouvement MAGA est mort. » Pendant ces deux jours de convention, les orateurs, y compris Donald Trump, ont fustigé à plusieurs reprises les médias dits « mainstreams », les accusant d'être contre le président.

Le risque que la Belgique devienne un narco-État a été évoqué par le directeur des douanes devant l'extension des réseaux criminels dont les trafics gravitent autour des ports d'Anvers et Rotterdam. Les réseaux se livrent à une lutte de territoires et n'hésitent plus à ouvrir le feu. Près de 300 fusillades ont été comptabilisées en cinq ans, dont plusieurs cet été. Devant la pizzeria de Salvatore, dix-sept impacts de balles témoignent encore de la rafale de kalachnikov : « C'était tous les jours comme ça, le bruit. On avait l'habitude de voir les vendeurs, tout simplement, et les clients, qui embêtaient le voisinage. Pas les rafales, tu vois. Ça ne tirait pas comme maintenant. » Place de Bethléem, 100 mètres plus loin, les petits jouent à nouveau près des jets d'eau, à la grande joie de Camille Mottet. Son association « La Ville aux enfants » a co-organisé une manifestation après les fusillades. « Là où on est, avant le Covid, la place, c'était les familles. Et puis il y avait les dealers qui étaient un peu plus haut, mais ce n'était pas des drogues dures, je pense. Tout ce petit monde arrivait quand même à cohabiter et, en fait, depuis le Covid, les familles ont quand même été retirées de l'espace public. Il n'y avait plus que des hommes sur cette place. Et voilà, il y a tout un engrenage qui s'est mis en place », explique-t-elle. Pour le bourgmestre de Saint-Gilles, il faut mettre les bouchées doubles sur la prévention et la répression. « On a un deal de rue qui est devenu autre chose que le deal de rue à l'ancienne, où on vendait un peu d'herbe à la sauvette. On est dans des organisations criminelles. On pourrait être sur un décor de GTA ou de Fortnite. En fait, ils se tirent dessus pour se faire peur avec des armes automatiques. Heureusement que, jusqu'à présent, ils n'ont pas fait de dégâts, mais ça ne saurait tarder », craint Jean Spinette. Prévention et répression Le procureur du roi, Julien Moinil, réclame à cor et à cri des dizaines d'enquêteurs pour faire face et traquer les dirigeants des réseaux, seul moyen de gagner ce qu'il appelle une guerre : « C'est très bien de faire des actions pour rassurer la population, montrer que la police est là et procéder à des arrestations de petits dealers en flagrant délit. Mais ce qui compte, c'est que la police fédérale ait cette puissance qui me permette de couvrir le crime organisé bruxellois dans sa totalité. » Mehdi Kassou est le directeur général de BelRefugees, qui héberge bon an mal an 6 000 personnes, et il tire la sonnette d'alarme, car les associations subissent des coupes budgétaires drastiques : « La suppression de ces moyens va inéluctablement amener minimum 1 000 personnes à aller rejoindre les milliers de personnes qui sont aujourd'hui en errance ou sans abri à Bruxelles. En créant donc une masse de personnes ultra-précarisées, avec, selon nous, deux conséquences potentielles assez immédiates. La première, c'est que ce public est un oiseau pour le chat, et donc ils sont déjà, pour une grande partie, victimes de trafic d'êtres humains. Ils seront aujourd'hui plus que probablement, en plus d'être victimes d'un trafic d'êtres humains aussi au sein d'organisations criminelles. » Pendant ce temps-là, dans le bas de Saint-Gilles, le quartier autour de la gare du Midi est peuplé de consommateurs de crack qui ne tentent même pas de se cacher au passage des policiers. À lire aussiLa justice belge alerte sur les fusillades liées au narcotrafic qui se multiplient à Bruxelles

À trois jours des élections législatives en Suède, un sujet s'impose au cœur de la campagne : l'immigration. Il y a dix ans, la Suède était l'un des pays européens les plus ouverts à l'immigration. Depuis, le pays a opéré un virage spectaculaire. Le gouvernement revendique une hausse de plus de 60 % des expulsions de personnes migrantes depuis son arrivée au pouvoir en 2022. Un tournant largement porté par les Démocrates de Suède, l'extrême droite anti-immigration. Deuxièmes dans les intentions de vote à quelques jours des législatives, ils soutiennent le gouvernement depuis quatre ans. Mais cette fois-ci, ils veulent entrer au gouvernement, et la droite leur ouvre la porte en cas de victoire. Un reportage de notre correspondante à Stockholm à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiÉlections en Suède: les sociaux-démocrates favoris dans un pays marqué par le discours de l'extrême droite

Des drones contre un pétrolier au large du Yémen, des pirates qui abordent un cargo dans le golfe de Guinée, un tanker frappé dans le détroit d'Ormuz, les grandes routes maritimes du commerce mondial sont sous tension ces derniers mois. Et un incident suffit à perturber les chaînes logistiques. À Brest, dans le centre de la Marine nationale, des officiers veillent sur les mers du globe. Leur mission est de collecter des informations, les vérifier, et surtout,alerter les armateurs et les équipages. Reportage au Mica Center. Dans une petite salle sans fenêtre, sur les écrans, une carte du golfe de Guinée. Dessus, des dizaines de points colorés se déplacent : des cargos, des pétroliers, des bateaux de pêche. Ils sont suivis en temps réel par l'officier marinier Pierrick. Il est ce qu'on appelle ici un « watch keeper », un veilleur de quart. « Chaque point est un bateau dans lequel nous avons ce qu'on appelle une datacarte, donc une fiche avec différentes informations comme ses identifiants, ses contacts, s'il est plus ou moins vulnérable et par exemple les personnes qui sont à bord », présente-t-il. Sur ces écrans, les officiers de marine suivent les navires, mais ils sont aussi là pour traiter les incidents. L'appel ici n'est qu'un exercice, mais à chaque alerte la procédure est la même. « À partir de là, nous allons prendre un maximum d'informations, confirmer si on peut l'incident, contacter la compagnie, contacter directement les autorités locales. Nous ne sommes vraiment, en soi, que la porte d'entrée de l'information et à partir de là, essayer de partager un maximum d'informations avec eux, récupérer des informations de notre côté avec les autres bateaux sur zone, pour essayer de mettre en place le plus rapidement possible une aide pour le navire si celui-ci est vraiment en danger », explique Pierrick. À lire aussiExail, pépite française des drones sous-marins, s'impose dans la guerre des mines Car si le rôle du Mica center est d'aider les navires en difficulté, son autre mission est de collecter les informations puis de les diffuser à ses adhérents. Quelques 1 700 navires répartis sur les mers du globe. Dans le golfe de Guinée, les actes de piraterie sont en baisse, bien loin du pic des années 2020 avec 240 incidents répertoriés, on est redescendu à 30 à 40 actes par an. Et depuis six mois et le conflit entre l'Iran, les États-Unis et Israël, le regard des opérateurs s'est déplacé sur l'une des routes les plus stratégiques de la planète : vers le Moyen-Orient et le détroit d'Ormuz. « Ça a intensifié le travail, ça nous a focalisés avec une attention particulière et naturelle sur l'évaluation sécuritaire de la zone, explique le capitaine de frégate Emmanuel, commandant du Mica center. Dans le cas concret de la zone Ormuz -situation extrêmement volatile - ce que nos adhérents nous demandent : c'est "Quelle est notre appréciation de la situation ? Est-ce qu'ils peuvent faire passer leurs navires ? Est-ce qu'ils peuvent avoir confiance pour passer à droite ou à gauche du détroit ?" Et notre travail, de la manière la plus neutre possible, la plus objective possible, c'est de leur dire ce que nous voyons, d'analyser avec nos opérateurs sur place, qu'est-ce qu'il se passe pour leur permettre de prendre une décision en faisant leur propre analyse du risque ? Et ça, c'est du quotidien. » À lire aussiDans le golfe d'Aden, la piraterie somalienne refait surface Pour cela le Mica Center s'appuie sur les données en sources ouvertes, mais il dispose aussi d'informations plus confidentielles. « Là, vous avez par exemple un bateau de pêche, on va zoomer un petit peu plus. Et sur cette cartographie, vous avez la typologie des bateaux, vous avez leur pavillon, leur pays d'origine, etc. Et là, c'est ce que vous voyez. Bien évidemment, c'est ce que tout le monde peut voir sur une carte. Et il y a évidemment ce que vous ne voyez pas, puisque face à des situations sécuritaires compliquées, certains navires décident de couper leurs émissions », précise le commandant du Mica Center. Il ajoute : « Le Mica Center, par le biais de son lien avec les autorités militaires et les opérations militaires qui se déroulent dans certaines zones, peut voir certaines choses qu'on ne voit pas sur les sites publics. Ça nous sert à mieux appréhender la situation de la zone. Et éventuellement, à partir du moment où vous savez où sont les personnes, vous êtes capables d'intervenir ou de faciliter l'intervention ». Est-ce grâce à l'aide de la Marine ? Le commandement français ne le confirmera pas. Reste que plusieurs navires sous intérêts français ont réussi à sortir du détroit d'Ormuz sans encombre, au plus fort de la crise. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient met la Marine nationale française dans le rouge

C'est une affaire judiciaire inédite qui se déroule en Belgique. Un paysan poursuit la multinationale TotalEnergies en justice pour les effets du dérèglement climatique sur sa ferme. La justice belge a déjà jugé l'affaire recevable en mars dernier, mais Total conteste et a fait appel. C'est ce mardi 8 septembre que le procès en appel reprend. La justice Belge doit maintenant décider quelle juridiction doit s'occuper du dossier et établir un calendrier concernant ce que les soutiens de l'agriculteur ont appelé le « Farmer Case », ou « l'Affaire du paysan ». Tout n'est pas perdu après cet été de canicules et de sécheresse pour Hugues Falys, agriculteur et militant en Belgique depuis près de 30 ans. Mais pour lui, c'est clair, il faut désormais affronter des évènements extrêmes, signe d'un dérèglement climatique profond : « En 2016, on a eu un orage stationnaire avec des gros dégâts dans les cultures de fraises et de pommes de terre notamment. Et puis en 2018, 2020 et 2022, là, on a eu des très grosses sécheresses, donc avec des conséquences importantes au niveau financier, au niveau organisationnel. Et c'est vraiment le rapprochement entre ces événements climatiques exceptionnels qui a été, en fait, le moteur d'une prise de conscience du fait que le climat change ». À lire aussiTotalEnergies double ses bénéfices et relance le débat sur la taxation des multinationales polluantes L'impact est aussi psychologique. « Sur le moral, c'est compliqué. Surtout qu'on se dit, mais si ça continue à empirer, vers quoi va-t-on et comment est-ce qu'on va arriver à gérer ? », interroge-t-il. Et c'est de loin la combustion de pétrole, de gaz et de charbon, la première cause du réchauffement climatique. Hugues Falys a donc décidé de poursuivre TotalEnergies, principal raffineur et distributeur en Belgique. Il est soutenu par une coalition d'ONG, dont la Ligue des droits humains dirigée par Pierre Arnaud Perrouty. « Total, c'est une carbone major comme on l'appelle, c'est-à-dire une des principales compagnies du monde, la cinquième ou la sixième. Donc, elle a un impact majeur. Une entreprise comme ça, c'est quand même autant d'émissions que la France entière sur une année. Donc c'est gigantesque », explique-t-il. « Des militants fatigués d'attendre que la solution vienne des gouvernements » Et c'est pour cela, selon lui, que dans le monde, les procès climatiques se multiplient contre l'impunité des multinationales et l'inaction des États. « Les militants sont un peu fatigués d'attendre que la solution vienne des gouvernements. Il y a eu des petites actions, mais globalement, les gouvernements en Europe et ailleurs dans le monde ne prennent pas la mesure du dérèglement climatique. Chaque année, il y a de nouveaux rapports, de nouvelles données qui nous montrent que le dérèglement s'aggrave. Et pourtant, la réponse politique n'est pas à la hauteur. Et donc, ces procès, c'est une manière comme une autre de faire pression à la fois sur les pouvoirs publics, mais à la fois sur les multinationales aussi, pour obtenir un changement du réel. En fait, ce n'est pas simplement une condamnation de principe, c'est de faire que les pratiques se transforment », poursuit Pierre Arnaud Perrouty. C'est le principe du pollueur/payeur, résume Marie Doutrepont, l'avocate d'Hugues Falys : « Concrètement, on demande à TotalEnergies d'arrêter tout nouveau puits de pétrole et de gaz pour toujours, partout dans le monde, et une baisse de sa production de pétrole et de gaz pour limiter le réchauffement climatique ». De son côté, TotalEnergies répond que l'entreprise n'a pas à porter seule la responsabilité d'un système énergétique international vieux de plus d'un siècle, ni d'une crise climatique mondiale. À lire aussiFrance: TotalEnergies condamné dans un procès climatique inédit

Près de 20 ans après avoir supprimé le service militaire, le gouvernement croate a réintroduit mi-mars la conscription pour toute une classe d'âge. Pour l'instant, seuls les garçons de 19 ans sont concernés par la mesure, soit 5 000 conscrits par an. Dans trois ans, ils devraient être 18 000. Pour ne pas effrayer la jeunesse, le service se limite à une durée de deux mois, payé très correctement : 1 100 euros par mois. Une prudence motivée par la faiblesse des infrastructures disponibles et par la crainte d'une mobilisation des jeunes antimilitaristes. Un reportage à Pozega de notre envoyée spéciale à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiService militaire: obligatoire ou volontaire, tour d'Europe d'un retour en grâce

Malgré la destruction massive de la bande de Gaza par l'armée israélienne, le championnat des clubs de football reprend dans l'enclave après trois années de suspension. Ce sont 50 clubs de football gazaouis qui participent au tournoi et RFI a pu assister au premier match. Il s'est tenu à Deir el-Balah, dans le centre de l'enclave palestinienne. De notre envoyé spécial à Deir el-Balah et de notre correspondante à Jérusalem, Pour le match inaugural, ce sont les équipes de foot de Rafah qui s'affrontent : les bleus foncés contre les bleus ciel. Le public, attentif, est assis sur des chaises en plastique grises autour d'un terrain recouvert d'une pelouse synthétique fatiguée. « Ah, quel sentiment de joie immense ! Ces matchs nous donnent à nouveau espoir, force et volonté, se réjouit Moath qui n'aurait raté la reprise du championnat sous aucun prétexte. Le retour des activités sportives nous rappelle des souvenirs de la vie avant la guerre. On nous a privés de bien des choses pendant trois ans, notamment de regarder des matchs et de jouer au football. De nombreux talents sont morts pendant cette période. » Un coup de sifflet sportif pour l'événement, mais c'est aussi l'occasion pour les Gazaouis de rendre hommage à ceux qui sont morts pendant la guerre : un millier de footballeurs et de supporters. « Je trouve que c'est un très beau moment. Nous reprenons les matchs mais nous pensons aussi aux familles qui sont endeuillées, souligne Abderhamane Saleh, qui a remis les crampons pour l'occasion. Je me sens vraiment bien de jouer à nouveau après plus de trois ans d'absence, nous aimons tellement le football, mais c'est vrai que la guerre nous a fatigués, épuisés. Mais ça va mieux grâce à Dieu. » À lire aussiEn deux ans, la bande de Gaza a été transformée en champ de ruines « Le sport palestinien est confronté à une guerre existentielle menée par Israël » Le responsable de la communication de la fédération, Mustafa Siam, délivre un message plus politique. « Plus de 240 clubs palestiniens participent à cette compétition. Nous voulons dire au monde entier : le peuple palestinien est victime d'un génocide, et le sport palestinien est confronté à une guerre existentielle menée par Israël. Par conséquent, chaque joueur qui tape dans le ballon à Gaza, en Cisjordanie, et dans la diaspora porte ce message et l'histoire d'une souffrance qui dure depuis plus de trois ans maintenant. » La fédération espère que le club champion de la bande de Gaza pourra à l'avenir affronter celui de Cisjordanie, un espoir qui s'avère compliqué puisque les territoires palestiniens sont occupés et morcelés, la bande de Gaza, isolée. Khalil a bien joué pour le match d'ouverture mais il n'arrive pas à se réjouir complètement. Ses sentiments sont mitigés : « Je ne sais pas trop comment expliquer ce que je ressens… Est-ce que nous sommes heureux ? Ou tristes ? Pour les personnes qu'on a perdues, pour l'ampleur des dégâts de ces dernières années… Nous avons perdu beaucoup de jeunes, des amis sportifs, que ce soient des entraîneurs, des joueurs ou des supporters. Franchement, on a vraiment perdu beaucoup de monde. Mais le football, c'est toute notre vie. » La compétition va se poursuivre au cours des prochaines semaines. À lire aussiVisa pour l'image: le drame des civils de la bande de Gaza sous les projecteurs

La Corée du Sud est confrontée au fléau des « crimes sexuels en ligne » : des photos ou des vidéos à caractère sexuel, prises à l'insu de femmes, dans des espaces publics ou à domicile, qui finissent sur internet. Un phénomène amplifié par le boom de l'intelligence artificielle, qui facilite la création de deepfakes, des vidéos pornographiques réalisées par IA en incrustant le visage d'une victime bien réelle. Le gouvernement a créé, en 2018, un centre composé uniquement de femmes chargées de traquer et de supprimer ces contenus illicites en ligne. Dans un petit bureau du centre-ville de Séoul arborant des banderoles de soutien aux victimes de violences sexuelles, travaillent les « nettoyeuses du Net ». Elles sont 23 femmes à supprimer ces vidéos à caractère sexuel à la demande des victimes. Kim Hyojung est à la tête de cette équipe : « La plupart des victimes viennent nous voir après qu'un proche leur a dit qu'une vidéo d'elles circulait en ligne. Nous avons un programme d'intelligence artificielle qui détecte les republications de cette même vidéo sur internet, ce qui permet d'effacer ces contenus aussi bien sur les réseaux sociaux que sur des sites pornographiques. » Outre le retrait des contenus, le centre et ses 17 antennes régionales proposent un accompagnement psychologique et juridique aux victimes. Ces dernières sont de plus en plus nombreuses. Depuis son ouverture, le centre a déjà reçu 53 000 victimes et supprimé d'internet plus d'un million de contenus sexuels illicites. Des suppressions parfois difficiles, poursuit Kim Hyojung : « La majorité des vidéos sont hébergées sur des sites illégaux. L'hébergeur n'approuve donc pas notre demande de suppression. Dans ce cas, la police peut intervenir et faire fermer le site en question. Il y a aussi le problème des sites hébergés à l'étranger, mais, dans 80% des cas, ils le sont aux États-Unis et les autorités américaines collaborent avec nous pour supprimer ces contenus hébergés sur leur territoire. » Un impact sur la santé psychologique Ce sont des contenus pornographiques, parfois violents, parfois pédopornographiques, que les femmes du centre doivent consulter chaque jour pour les supprimer. Mme Park, qui doit garder l'anonymat pour effectuer son travail, nous explique l'impact que cela peut avoir sur sa santé : « Tout le monde est assez affecté émotionnellement et psychologiquement par ce travail. D'après l'expérience de collègues avec qui j'ai travaillé, certaines ont développé des insomnies, d'autres se sont mises à pleurer en voyant certains contenus filmés ou ont perdu l'appétit au point de sauter des repas. » Pour aider les 23 femmes chargées de supprimer ces contenus, le centre a mis en place un accompagnement psychologique permanent, explique Mme Park : « Nous avons, à raison d'une ou deux fois par mois, des consultations individuelles avec un psychologue pour prévenir les burn-out. Ce qui nous pousse également à continuer, c'est le soutien des victimes. Quand nous recevons des messages de remerciement de la part des personnes concernées, disant que cela les a aidées à retrouver leur vie quotidienne, je ressens que, même modestement, j'ai pu contribuer à ce que ces personnes surmontent une épreuve aussi lourde dans leur vie. » On estime que plus de la moitié des victimes de deepfakes pornographiques dans le monde seraient sud-coréennes. Cette tendance est en augmentation dans toutes les tranches d'âge. À lire aussiCorée du Sud: la législation à la traîne face à un harcèlement sexuel en ligne massif contre les femmes

C'est une élection régionale très attendue qui se tiendra, dimanche 6 septembre, en Allemagne. En Saxe-Anhalt, dans l'Est du pays, l'extrême droite pourrait arriver au pouvoir pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale. Une des raisons du succès de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne), créditée de plus de 40% dans les sondages, c'est le sentiment d'identité des Allemands de l'Est et les frustrations accumulées depuis la réunification, que le parti met en avant avec succès. L'air est irrespirable. Des centaines de vieilles mobylettes et motos est-allemandes – Simson, Schwalbe et autres MZ – démarrent. À cette pollution d'un autre temps s'ajoutent celles des Trabant, les fameuses voitures pétaradantes aux moteurs à deux temps. La scène est impressionnante. En ce dimanche ensoleillé, l'AfD a rassemblé plusieurs milliers de personnes pour une grande kermesse populaire à Quedlinburg. Si la ville dans la région du Harz en Allemagne est un petit bijou architectural, avec ses maisons à colombage rénovées à la perfection, la vie n'y est pas trépidante. Avec l'Alternative pour l'Allemagne, enfin un dimanche où il se passe quelque chose. Mike a ressorti sa vieille Simson. Il précise : « C'est une histoire de famille. On a grandi avec. Mon père en avait une. C'est une affaire de sentiment et c'est culte. » Des motos portent des autocollants « Ostdeutschland / Allemagne de l'Est ». Des Trabant arborent le drapeau est-allemand. On aperçoit même les couleurs russes. La tête de liste de l'AfD, Ulrich Siegmund, qui enthousiasme les foules, a compris comment utiliser cette nostalgie et l'identité est-allemande. « Oui, on était enfermé en RDA. Ça n'était pas parfait, bien sûr. Même cette culture Simson, elle symbolise la liberté de mouvement que nous avions. Elle symbolise une époque où nous étions solidaires. C'est cette communauté que je veux restaurer car nous sommes un peuple. Nous voulons regagner notre liberté », explique-t-il. À lire aussiL'Allemagne, les yeux rivés sur l'extrême droite Sur une Trabant flotte un drapeau de l'AfD. On peut y lire les mots « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple »). Le parti a récupéré le slogan de la révolution pacifique de l'automne 1989 qui a conduit à la chute du mur de Berlin et du régime communiste. Reprendre ce slogan, c'est établir un parallèle entre la dictature est-allemande et l'Allemagne d'aujourd'hui. C'est faire de l'AfD le parti de la liberté contre la nomenklatura des partis établis. « L'Allemagne de l'Est est ma patrie », explique cette chanson jouée à Quedlinburg. Cette identité est très forte également chez les plus jeunes, alors que leurs parents ont d'abord dû s'intégrer dans l'Allemagne réunifiée. Steffen Mau est le sociologue qui explique l'Est : « Dans l'ex-RDA, six personnes sur dix affirment être des citoyens de seconde classe. Et quand on leur explique "vous êtes l'avant-garde de l'Allemagne", on retourne leur complexe d'infériorité. On redonne un espoir à un groupe qui se sent déclassé. » Lors d'un meeting AfD cet été, un humoriste sur scène aux côtés de Ulrich Siegmund a chanté l'hymne de la RDA communiste. Surprenant au premier abord pour un parti d'extrême droite. À lire aussiÉlections régionales en Allemagne : vers un retour de l'extrême droite au pouvoir ?

Au Népal, après les inondations meurtrières et les glissements de terrain du 26 août, le bilan s'établit, au 3 septembre, à 1 280 morts et 5 624 disparus. Pour leurs proches, l'attente est insoutenable. Et la plupart ont perdu espoir de retrouver les leurs vivants. Symbole du drame humain derrière cette catastrophe climatique : Barathpur, dans le district de Chitwan, située à près de 300 kilomètres en aval de l'origine des crues. Cette ville a vu affluer les cadavres. Environ cinq corps sont encore repêchés chaque jour et la police pense qu'il y en a encore plus dans le fond de la rivière. Pour tenter d'identifier les corps, déjà méconnaissables, la police et les autorités népalaises lancent des opérations de collecte d'ADN chez les survivants. Une course contre la montre douloureuse pour les familles. Après plus d'une semaine sans nouvelle de son fils de 22 ans, parti travailler près de la frontière tibétaine, Kulmaya Tamang, une paysanne, se présente au centre d'information de Barathpur. Sous un barnum, elle remplit des formulaires, donne des photos, dépose ses empreintes et s'approche d'un homme en blouse blanche, pour une prise de sang. « Serrez bien le poing (…) nous ne pouvons pas encore vous dire quand cela sera fait, mais tous ces dons vont être envoyés à Katmandou. Si votre ADN correspond à un corps, vous serez prévenue », lui annonce-t-il. Venir ici, c'est accepter l'idée que son fils est mort. Son mari Rajkumar a perdu espoir. « S'il était vivant, je pense qu'il nous aurait déjà contactés. Donc je pense qu'il n'a pas survécu », déclare-t-il. D'autres familles, parfois venues de très loin, attendent aussi de savoir. Ajay Mandal a fait 11 heures de bus avec sa femme, Pratima, et son beau-père âgé. « Nous n'avons pu arriver qu'à 17 heures et on nous a dit de revenir que demain matin à 10 heures », déplore-t-il. « Le gouvernement devrait être plus rapide à retrouver les disparus. Cela nous soulagerait, nous sommes tous à bout et tellement stressés », ajoute sa femme. À lire aussiCrue dans l'Himalaya: l'heure du recueillement pour les proches des disparus, désormais sans espoirs La famille cherche un fils et un frère ingénieur coincé dans l'un des tunnels du nord du pays. Elle veut croire que son corps a peut-être été repêché ici, près de Barathpur, dans la rivière. Là, avec des centaines de bénévoles, Fanendra, un entrepreneur local, raconte avoir participé aux recherches de la police : « Avec mon équipe, on a trouvé 50-70 cadavres. Ça brise le cœur, on aurait jamais imaginé ça. Tant de familles ont perdu leurs proches. » L'hôpital gouvernemental de Barahtpur, seul habilité à faire des autopsies, s'est retrouvé débordé. Son responsable, Dr Bishwabandhu Bagale, témoigne : « En vingt ans de carrière, je n'ai jamais vu d'hôpital qui doive faire 350 autopsies en quelques jours. Avec ces conditions climatiques si chaudes, humides, la décomposition s'est accélérée. Tout le monde s'inquiétait de l'odeur. Donc le choix de faire des enterrements "temporaires" a été rapide. Mais on n'avait pas d'autres options. » À Barathpur, les corps ont en effet été numérotés et entreposés sous une bâche, dans la terre rouge d'une forêt de la ville. Devant la grille de ce cimetière, des fleurs orange et des dizaines d'offrandes. Ce n'est qu'une solution temporaire, assure le gouvernement, en attendant de mettre un nom derrière chaque corps retrouvé. Même si pour l'instant, d'après la police, seules 12 familles ont pu identifier un proche à la morgue de Barathpur. À lire aussiÀ la Une: au Népal, les témoignages de femmes endeuillées par la catastrophe

Direction la Thaïlande, tout au nord du pays, à la rencontre d'un groupe ethnique qui vit dans les montagnes : les Lahu. Victime de plusieurs années de négligence de la part de l'État thaïlandais, c'est une communauté autochtone très pauvre et vulnérable, notamment face au trafic de drogue frontalier, devenu conséquent depuis le coup d'État de 2021 en Birmanie. Les premières victimes sont les jeunes de la communauté lahu. Beaucoup d'entre eux sont analphabètes et ne vont pas à l'école. Sans perspectives d'avenir, ils consomment et vendent de plus en plus de substances. Face à ce fléau, peu de choses sont mises en place par le gouvernement, mais une famille de la communauté a décidé de ne pas les laisser tomber et d'essayer de les faire sortir de cet engrenage. De notre correspondante en Thaïlande, À quelques mètres de la maison de Yupin, se dessine entre les arbres la chaîne de montagnes du Daen Lao, qui sépare la Thaïlande de la Birmanie. « En traversant les montagnes que vous voyez ici, de l'autre côté, c'est la Birmanie. Avant, les Lahu pouvaient faire des allers-retours entre les deux côtés », raconte Yupin. Cette dernière fait partie de la communauté lahu. Elle habite avec son mari et ses deux enfants dans un petit village très pauvre, au nord du pays. Depuis près de 20 ans, elle se bat pour prendre soin des enfants et des adolescents de sa communauté. « Ici, les enfants lahu font face à beaucoup de problèmes, tous imbriqués les uns dans les autres », précise-t-elle. En Thaïlande, de nombreux Lahu n'ont même pas la nationalité thaïlandaise. Dans les villages, les possibilités d'emploi sont rares et l'économie locale, l'agriculture, ne suffit pas à faire vivre les familles. « Cette pauvreté favorise le décrochage scolaire et les problèmes liés à la consommation de drogues, chez les jeunes comme chez les adultes », explique Yupin. Le village de Yupin se trouve dans la célèbre région du « Triangle d'or », un lieu qui a été au cœur de la production mondiale d'opium dans les années 1960 et 1970. Après des années de campagnes anti-drogue en Thaïlande, la production et le trafic avaient ralenti. Mais le coup d'État militaire de 2021 en Birmanie leur a donné un nouvel élan. À lire aussiRavagée par la guerre civile, la Birmanie est devenue un narco-État « Chaque année, la consommation de drogue chez les jeunes augmente un peu plus », déplore Yupin. Pour y faire face, elle et son mari leur offrent un refuge : chez eux. Un endroit où se réunir, où manger, où dormir, et surtout, où apprendre. « Les enfants voulaient avoir une salle de classe. Alors, ils se sont regroupés, sont allés chercher du bois dans la forêt, puis ils l'ont rapporté pour la construire eux-mêmes », ajoute-t-elle. Cette salle de classe, c'est un préau en bambou. En dessous, il y a une petite bibliothèque remplie de livres et une grande table. Aujourd'hui, certains enfants du village sont venus manger. « Au menu : soupe Tom Yum », annonce Yupin. Parmi eux, il y a Siithikon, 19 ans. Il a commencé très tôt à « faire la mule », à transporter des comprimés d'amphétamine pour sa mère, puis à consommer lui-même de la drogue. « Quand j'en prenais, je ne pensais qu'à ça, à être ivre et défoncé », se souvient-il. Et puis, il y a aussi David, 17 ans. Lui a commencé par le cannabis, puis le kratom et la méthamphétamine. « Acheter de la drogue ici, c'est aussi simple qu'acheter des œufs dans une épicerie », lâche-t-il. Depuis qu'ils sont pris en charge par Yupin et son mari, les deux garçons ont tout arrêté et sont en formation pour apprendre un métier. Mais il y a encore des dizaines d'autres enfants et de familles dans leur situation. Aujourd'hui, le couple dénonce un abandon de leur communauté par les pouvoirs publics : « Est-ce que le gouvernement, les agences publiques, les organisations viennent vraiment aider ces enfants ? La réponse est : non. La plupart du temps, ils viennent, ils parlent, ils demandent des informations, ils trouvent des excuses, puis ils disparaissent. » Il y a un an, après des dizaines d'années de lutte, une loi historique pour la protection des communautés ethniques de Thaïlande a été adoptée dans le pays. Yupin et sa famille, eux, depuis leur village, n'en avaient même pas entendu parler. À lire aussiRefuge précaire sur le sol thaïlandais pour les exilés birmans

En Ukraine, le manque de main-d'œuvre pèse lourd sur l'économie. Avec l'émigration massive, la loi martiale et la mobilisation des hommes, plusieurs secteurs essentiels manquent de bras : les transports, la logistique, les mines ou encore le bâtiment, alors que se profile la reconstruction du pays après la guerre. Pour combler ces pénuries, ces secteurs s'organisent pour recruter de nouveaux profils : des femmes, mais aussi des vétérans. À Kiev, Lucas Lazo nous emmène à un stage de formation au permis poids lourd un peu particulier. Le reportage de notre correspondant en Ukraine, Lucas Lazo est à retrouver dans son intégralité dans l'émission Accents d'Europe. Pour aller plus loin : L'association How she drives soutient les femmes conductrices de poids lourds

C'est une élection régionale extrêmement attendue qui se tient en Allemagne dimanche prochain. Pour la première fois depuis la guerre, l'extrême droite pourrait prendre le contrôle d'un Land, celui de Saxe-Anhalt dans l'est du pays. L'AfD est créditée dans les sondages d'environ 40% des voix et frôle la majorité en sièges au parlement régional. Quelles conséquences aurait une telle victoire pour l'économie et que pensent les milieux d'affaires d'un gouvernement AfD ? De notre correspondant à Berlin, « Je n'ai pas peur de l'AfD. On nous parle beaucoup d'un cordon sanitaire contre le parti. Ça ne sert à rien. Dans une démocratie, il faut accepter que la majorité de la population soutienne un parti », explique Mike Gärtner, PDG d'une petite entreprise métallurgique à Halle, en Saxe-Anhalt. Comme beaucoup, il ne fait pas dans l'alarmisme. Une discussion organisée par la chambre de commerce et d'industrie avec les têtes de liste des différents partis vient de s'achever. Les milieux d'affaires présents restent devant un micro, souvent prudents, et cherchent leurs mots. Contrairement à d'autres régions, peu de fédérations industrielles ont pris position contre l'AfD. La défiance à l'égard des responsables politiques est particulièrement importante parmi les PME et chez les artisans. L'AfD touche une corde sensible en dénonçant la bureaucratie et en prônant plus de liberté. Cet entrepreneur est séduit par l'AfD, synonyme pour lui d'un vent d'optimisme : « Il règne un optimisme, un espoir. Les gens veulent être écoutés, avoir le sentiment qu'ils jouent un rôle actif. » D'autres entrepreneurs sont résolument hostiles à l'AfD. Stephan Korneck, dont la société travaille dans les énergies renouvelables, critique les conséquences de la politique anti-immigration de l'AfD alors que des secteurs comme la santé et d'autres déjà ne peuvent plus se passer de migrants dans une région qui a perdu un tiers de sa population depuis la réunification : « Nous avons besoin de ces talents, peu importe d'où ils viennent. Réduire l'immigration de la main-d'œuvre qualifiée sera très négatif pour la région. Se sentir bienvenu, c'est essentiel pour attirer ces personnes. » À lire aussiÀ la veille de l'élection en Saxe-Anhalt, l'AfD cible la culture et le Bauhaus Le chancelier Friedrich Merz a également dénoncé dimanche soir à la télévision les conséquences négatives pour l'économie d'un succès de l'AfD : « Si l'AfD arrive au pouvoir en Saxe-Anhalt, cette région aura de graves problèmes. Je ne crois pas que des investisseurs internationaux débarquent pour poser la première pierre d'une usine et investir avec un président de région AfD ». Hormis sa politique migratoire restrictive, le parti d'extrême droite plaide dans son programme en faveur de mesures pour les familles et la natalité. Les PME et les artisans sont favorisés, les multinationales rejetées. L'institut Leibniz pour la recherche économique de Halle a passé le programme au crible et table prudemment sur des dépenses supplémentaires de deux milliards d'euros pour un budget de 15 milliards. Le directeur de l'institut Reint Gropp précise : « L'AfD a elle-même reconnu que ses objectifs ne sont pas réalistes et nous explique qu'il s'agit d'un objectif à long terme. Ce programme est purement électoraliste pour satisfaire une clientèle qui rêve d'un nouveau monde. Et comme ces mesures ne sont pas réalistes, elles ne sont pas très dangereuses. » Dans son programme pour les 100 premiers jours, l'AfD a mis de l'eau dans sa bière. Le parti ne prévoit en cas de victoire que des mesures symboliques peu coûteuses. À lire aussiAllemagne: le parti d'extrême droite AfD aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt

Après des décennies de paix, la Suède remet toute sa défense civile sur pied. Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, la préparation à un éventuel conflit est devenue une priorité. Une commune à 40 kilomètres au sud de Stockholm développe un modèle inédit de stocks alimentaires de guerre, une « réserve alimentaire locale et vivante ». Objectif : garantir une alimentation de qualité à la population en cas de crise majeure ou de guerre. Un reportage de notre envoyée spéciale à Sodertalje à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À écouter aussi dans Accents d'EuropeEn Suède, des bunkers pour se protéger en cas de guerre

À Bangkok, les autorités souhaitent mieux encadrer les vendeurs de rue. Depuis 2022, leur nombre aurait chuté de plus de 60 % dans la capitale thaïlandaise. L'administration métropolitaine met en avant l'ordre et l'hygiène. Mais pour de nombreux vendeurs, cette réorganisation, disent-ils, risque de les couper de leurs clients, et parfois de leur seul moyen de subsistance. De notre correspondant à Bangkok, Mangue, fruit du dragon, goyave et noix de coco : derrière son petit chariot, Samrong, 61 ans, vend des fruits coupés dans une ruelle de Silom, un quartier animé de Bangkok. Quand elle est arrivée, le bâtiment derrière elle n'existait pas encore. « Ça fait plus de 30 ans que je suis installée ici, depuis que ce centre commercial a commencé à être construit », explique-t-elle. Les vendeurs de rue sont de plus en plus poussés vers la sortie. Depuis 2022, leur nombre aurait chuté de plus de 60 %, soit environ 10 000 en moins, selon l'administration métropolitaine. La mairie dit vouloir rendre les trottoirs aux piétons et améliorer l'hygiène. « À l'avenir, il n'y aura sans doute presque plus de vendeurs sur les trottoirs », déplore Samrong. Dans les zones non autorisées, l'amende peut monter jusqu'à 2 000 bahts, un peu plus de 50 euros. Non loin d'ici, un vendeur réputé de saucisses frites d'Isan, le Nord-Est thaïlandais, a fini par accepter de quitter le trottoir après plusieurs verbalisations. Samrong, elle, se demande quand son tour viendra : « Oui, je suis inquiète. Ça fait longtemps que je vends ici. Mais si ce jour arrive vraiment, il faudra bien rendre l'espace. » Si elle doit partir, elle rentrera dans sa province natale, à Buriram. À lire aussiVoyage dans l'âme de la Thaïlande: sa cuisine, son peuple Bangkok teste un nouveau modèle Ce que Samrong redoute est déjà arrivé à d'autres. Dans le même quartier, Yui et Ning, une mère et sa fille, ont vu de nombreux stands voisins disparaître. « Avant, il y avait bien plus de vendeurs. Beaucoup sont rentrés en province », regrette Yui. Leur stand familial vend des plats simples : riz, omelettes, boulettes de viande… de quoi nourrir les employés du quartier. Mais elles aussi craignent de devoir partir. « Si on doit aller dans un espace organisé par la mairie, il faudra louer un emplacement. Donc on devra payer plus, alors qu'en ce moment, l'économie est mauvaise », poursuit Yui. Leur crainte : perdre leur coin de trottoir dans cette zone de bureaux, et, avec lui, leurs habitués. « Si on doit partir ailleurs, on ne sait pas si on pourra vendre autant qu'avant », s'inquiète Ning. Près du parc Lumphini, à quelques centaines de mètres, Bangkok teste son nouveau modèle : un centre couvert, avec stands alignés, zones de lavage et horaires encadrés. Ae fait griller des brochettes de porc. Elle, de son côté, y voit une amélioration. « Avant, sur les trottoirs, ce n'était pas très organisé. Cela pouvait donner l'impression d'être un peu sale. Maintenant, c'est plus joli, ça donne envie de venir goûter », juge-t-elle. Sous le toit du centre, les allées sont dégagées. Bangkok veut mettre sa street-food au propre. Mais pour certains vendeurs, ce désordre faisait aussi son charme : une cuisine populaire, abordable, et indissociable de la culture du royaume. À lire aussiAu Vietnam, la vente sur les trottoirs, emblématique de la ville d'Hanoï, est en sursis

Conséquence du réchauffement climatique, la mer du Nord devient le nouveau paradis des poulpes, calamars et autres seiches. Les céphalopodes s'épanouissent dans des eaux qui se sont réchauffées de quatre degrés en une centaine d'années. Aujourd'hui, les seiches communes, calmars côtiers et poulpes communs, représentent plus d'une capture sur cinq des pêcheurs flamands – 23 % des tonnages, selon les autorités flamandes. Et ces chiffres sont en constante augmentation. De notre envoyé spécial à Ostende et Zeebruges, 18 h au marché aux poissons d'Ostende, Mario ferme la boutique et nettoie son étal au jet. « Les calamars ? Il y en a plein sur la côte belge, s'exclame le poissonnier. Avant, ça n'existait pas ici. Maintenant, ce sont des quantités énormes de calamars qui débarquent, et il y a moins de crevettes. Il y a des poulpes aussi ! » Ce phénomène s'explique par le réchauffement de quatre degrés en cent ans de la partie sud de la mer du Nord, peu profonde. « Les œufs de poulpe, il leur faut une température comprise entre 9 et 11 degrés pour éclore, explique Hans Polet, directeur scientifique à l'Institut flamand de recherche pour l'agriculture et la pêche. Avant, c'était beaucoup plus froid que ça ici, mais maintenant, on observe que les œufs de céphalopodes survivent très bien. » Par ailleurs, les céphalopodes disposent d'une grande quantité de nourriture : des crevettes, du crabe et du hareng, dont ils sont friands, car les grands prédateurs très gourmands, comme le cabillaud, sont moins nombreux. Pour eux, c'est l'inverse, ils n'arrivent plus à se reproduire dans des eaux devenues trop chaudes. Ce qu'ils mangeaient finit maintenant dans les estomacs des céphalopodes. Tout est allé très vite. « Il y a encore 8 ou 9 ans, on ne voyait aucune seiche, aucun calamar ou poulpe. Et maintenant ils représentent nos principaux volumes de pêche, souligne Tom Premereur, directeur général des ventes à la criée flamande, les seiches et les calamars principalement. Les poulpes, les gros, on ne les voit que depuis deux ans. Et l'année dernière, pendant l'hiver, un patron de pêche m'a appelé pour me dire qu'il en avait pêché plus de deux tonnes. » À lire aussiCanicule marine: les eaux européennes en surchauffe à cause du changement climatique Des quotas de pêche sur les céphalopodes ? Aujourd'hui, les pêcheurs comme les professionnels du secteur refusent toute idée de quotas de pêche pour des seiches, poulpes et calamars vendus entre 5 et 9 euros le kilo en ce moment. « On ne connaît pas assez l'impact de ces espèces sur l'écosystème. Certaines recherches montrent que les Octopus vulgaris, les gros poulpes, sont de très grands prédateurs qui mettent une grosse pression sur les espèces marines, alerte Sarah Vandamme, commissaire-priseur à la criée flamande. Ils savent entrer dans les casiers à crabes pour les manger, ils savent aussi ouvrir les coquilles Saint-Jacques. » « Il y a déjà assez de mesures pour réguler la pêche aux céphalopodes. D'abord, il faut avoir une licence de pêche, vous ne pouvez pas partir comme ça en mer avec votre bateau et vous mettre à pêcher, il y a une limitation de capacité, rappelle Emiel Brouckaert, directeur général de l'Organisation des producteurs de la pêche belge et représentant des armateurs. Ensuite, il y a l'accès aux zones de pêche qui est très limité. Et puis mettre en place des quotas, c'est très compliqué, surtout pour les céphalopodes, qui vivent très peu de temps. » L'idée est pourtant en discussion dans les couloirs de Bruxelles alors que le marché est en pleine expansion. L'essentiel des ventes est exporté vers la France, l'Italie ou l'Espagne, là où les céphalopodes se font rares à cause de la surpêche en Méditerranée, pour garnir d'un peu de belgitude les paellas et autres risottos locaux. À écouter dans C'est pas du ventLa vie privée du poulpe

Diohine, un village sérère d'un peu plus de 2 000 habitants, est situé au cœur du bassin arachidier sénégalais. Ici, l'agriculture occupe une place essentielle dans la vie des communautés. Mais la dégradation des sols fragilise les terres agricoles. Pour tenter d'inverser cette tendance, les habitants s'appuient sur une pratique ancienne : la jachère. Elle consiste à laisser certaines terres au repos pendant une période donnée, afin de favoriser leur régénération. De notre correspondant de retour de Diohine, Dans le village, l'agriculture rythme encore le quotidien des habitants. Mais au fil des années, les terres s'épuisent. La baisse de leur fertilité et la disparition progressive du couvert végétal compliquent le travail des agriculteurs. « On sent quand même que le sol s'est appauvri, témoigne Pierre Mayokor Diagne, natif du village. Raison pour laquelle on utilise beaucoup d'engrais maintenant. Ce changement, je peux dire qu'on l'a observé depuis une quinzaine d'années. » Face à cette situation, les habitants tentent de faire revivre une vieille tradition : la jachère communautaire, appelée « Toss » en langue sérère. « Cette pratique, on l'a héritée de nos ancêtres. La jachère a une importance capitale car pendant la saison des pluies, on peut laisser le bétail pâturer, explique Edouard Sene, chef du village de Diohine. On fait le choix de laisser un espace pour ça une année et la suivante, on le délocalise. Ça favorise le repos des terres, car si on continue de les cultiver tous les ans, on finit par les dégrader. » À lire aussiFemmes de la terre: au Sénégal, Mariama Sonko redonne le pouvoir aux femmes [5/5] La jachère comme lieu de vie Mais la mise en jachère des terres ne se décide pas individuellement. Elle repose sur une organisation collective qui implique différents acteurs de la communauté. « Il y a la rencontre de tous les quartiers pour pouvoir décider exactement quelle zone réserver à la jachère, détaille Paul Sene, agropasteur. Il peut arriver à un moment que quelqu'un ait pratiquement toutes ses terres en jachère. Alors à celui-ci, on donne quelque chose pour cette année-là, c'est une compensation sociale durant laquelle vraiment tout le monde s'entend. » Une organisation collective qui vise à favoriser la régénération naturelle des sols. Mais pas que. Pour Maryame Diakité, agronome en service dans la zone, la jachère est avant tout un lieu de vie du village. « C'est déjà un lieu de vie pour les animaux qui y circulent. On a vu des vaches, on entend beaucoup mieux les oiseaux, etc., décrit-elle. On a vu des enfants aussi qui circulent sur la jachère. Donc c'est un lieu de vie du village. C'est aussi un lieu de biodiversité où on laisse le temps à certaines espèces et à certaines plantes de pousser. C'est un lieu qui permet aussi d'enrichir le sol. » Cette pratique traditionnelle apparaît ainsi comme une réponse collective à un problème devenu préoccupant : la dégradation des sols. En laissant aujourd'hui certaines terres au repos, ces habitants espèrent préserver leur capacité à produire demain. Une tradition ancienne, remise au goût du jour pour restaurer la terre. À écouter dans 8 milliards de voisinsComprendre l'agriculture urbaine à Dakar

En Corée du Sud, 76 ans après la fin des combats, la guerre de Corée continue chaque année de faire des victimes à cause des mines. Il y en aurait plus de deux millions le long de la frontière entre les deux Corées - la plus grande concentration au monde. Cette situation rend la frontière dangereuse alors que de nombreux Sud-Coréens y vivent et y travaillent encore. Face aux risques, un militaire à la retraite s'est donné pour mission de déminer les lieux. De notre correspondant à Séoul, Passé le checkpoint militaire, nous entrons au cœur de la zone démilitarisée. Ici, le silence n'est interrompu que par le bruit des tirs venant des bases militaires. Nous rejoignons Kim Ki-ho, 76 ans, dans son travail, au cœur d'un champ de mines. « Là, il y en a une près de l'arbre, ne bougez pas. Il faut creuser un peu, attention quand même. La M7, c'est une mine antichar américaine qui contient sept kilos de TNT. Elle est encore active. Souvent, elles viennent par grappe. Normalement, seul un véhicule lourd peut les faire exploser, mais comme la mine est très vieille, elle devient très sensible. Là, si je mets mon pied, on est morts », explique-t-il. En une trentaine de minutes, Kim Ki-ho a récupéré quatre mines dans un rayon de 50 mètres : « Rien que dans la zone où on est et à laquelle les civils ont accès, il y aurait environ 500 000 mines. À cela s'ajoutent environ 200 000 mines qui ont été placées sans être cartographiées, donc même l'armée ne sait pas où elles peuvent être. 99% d'entre elles sont des mines américaines et sud-coréennes ». Ces engins explosifs continuent de faire des victimes. Depuis la fin de la guerre, on dénombre 6 400 personnes blessées ou tuées par des mines, comme Ahn Mijae, 73 ans. Cette agricultrice, qui vit au cœur de la zone démilitarisée, est aujourd'hui en situation de handicap à cause de ces armes. « J'étais venue dans cette région pour cultiver des terres et j'avais commencé à faire pousser du ginseng. Au bord du champ, une courge était arrivée à maturité. J'ai voulu la cueillir. Au moment où j'ai posé le pied pour la prendre, il y a eu une énorme explosion. Je me suis effondrée immédiatement, ma jambe ne tenait plus qu'à un bout de chair. C'était cette mine-là, une M14 coupe-cheville, comme les Américains l'appellent », se souvient-elle. Chaque été, les pluies torrentielles de la mousson provoquent des glissements de terrain, déplaçant les mines et augmentant le danger aux abords des habitations. Ces conditions rendent le travail de déminage de Kim Ki-ho toujours plus difficile et périlleux. À lire aussiLe président sud-coréen propose un dialogue à Pyongyang pour mettre formellement fin à la guerre de Corée

Du 17 au 28 août, la Mongolie accueille à Oulan-Bator la COP17 contre la désertification, un sommet international pour tenter de trouver des solutions et des financements pour contrer ce phénomène exacerbé par le dérèglement climatique qui touche une grande partie de la planète. La Mongolie en est l'une des victimes les plus emblématiques : 76,9% de ses terres sont touchées par la désertification. Rendant les pâturages inexploitables, le phénomène est source de migrations importantes. À Oulan-Bator, les quartiers des yourtes ne cessent de se remplir de réfugiés climatiques. Des quartiers pauvres qui représentent 58,8% de la population de la capitale... De notre correspondant à Oulan-Bator, Étienne Cholez De leur vie d'éleveurs, il ne reste que des figurines de chevaux au-dessus de leur lit. Les animaux ont disparu du quotidien d'Enkhtuvshin et Tsogzolmaa, un couple d'une trentaine d'années. « L'été a été très dur : une sécheresse, et presque plus d'herbe. Nous avions 800 chevaux, moutons et chèvres. Ils n'avaient rien mangé. L'hiver a commencé et on a presque tout perdu en quelques jours. Alors on est partis en laissant derrière nous les derniers animaux, dans la nature. Ça nous a fait beaucoup de mal », racontent-ils. Le couple et ses deux enfants ont quitté leur province du Khentii, à 500 km à l'est de la capitale mongole. Leur yourte est désormais installée sur une parcelle de tôle et de bois appartenant à l'un de leurs proches, le long de la route qui sort d'Oulan-Bator. Tsogzolmaa travaille désormais dans une station-service, tandis que son mari a trouvé un emploi dans une compagnie de transport routier. « Le plus dur, à la ville, c'est le temps. On doit tout faire à la minute entre l'école et le travail… On doit payer nos dettes aussi. Nous, on rêve de pouvoir redevenir éleveurs, de vivre à la campagne, avec nos animaux, comme avant. Mais c'est impossible. Alors, dans les prochaines semaines, on va s'installer sur une autre parcelle, à nous, mais plus loin, dans un autre quartier. Et on va essayer de construire une petite maison avec des parpaings pour les murs et des tôles pour le toit », explique le couple. Cette situation illustre l'une des spécificités de la loi mongole, qui contribue à la formation de ces quartiers de yourtes : l'installation dans ces zones confère un droit de propriété aux citoyens. Selon la mairie d'Oulan-Bator, sur une population d'1,7 million d'habitants, un million de Mongols vivent dans ces quartiers précaires, dépourvus d'eau courante. Un défi de taille pour Khosbayar, membre du conseil municipal en charge des constructions dans la capitale. « Ces quartiers engendrent beaucoup de pollution car ils ne sont pas reliés à nos systèmes de chauffage. Le trafic aussi s'en retrouve de plus en plus encombré. On a lancé de grands programmes de relogement il y a deux ans. On prévoit d'installer 40 000 familles d'ici à 2030 dans des appartements tout neufs », précise-t-il. Parallèlement, des projets d'éco-quartiers sont en cours, visant à permettre à près de 10 000 familles de se séparer de leur poêle à charbon et de leurs toilettes à fosse. À lire aussiAvant la COP17 contre la désertification, des éleveurs pastoraux réunis en Mongolie pour protéger leurs terres

Au Vietnam, près de 70 000 tonnes de déchets ménagers sont produites chaque jour, un volume appelé à augmenter dans un pays en pleine croissance. Alors que le tri à la source reste peu développé, une grande partie de ces déchets est enfouie ou incinérée. Dans cet écosystème, les « đồng nát », les récupérateurs de matériaux autonomes, jouent un rôle essentiel. Le secteur informel collecte plus de 30% des plastiques recyclables du pays. Indispensables au système, ces travailleurs exercent pourtant le plus souvent sans contrat ni véritable protection sociale. De notre correspondant à Hanoï À moto, à vélo ou à pied, les collecteurs s'activent pour racheter aux habitants ou récupérer dans les poubelles le plastique, le carton et la ferraille. Masque intégral sur le visage, gants remontés sur les manches de sa chemise à motifs fleuris, Phuong, 40 ans, tire une benne montée sur deux roues. Originaire d'une zone rurale, elle travaille à son compte depuis 20 ans. « Je travaille entre huit et dix heures par jour. Je collecte des objets et des matériaux usagés afin qu'ils soient recyclés, puis je les revends à des dépôts qui les achètent au poids. Je gagne environ sept à huit millions de dôngs par mois [250 euros] », déclare-t-elle. Faute de pension ou de revenus suffisants, de nombreuses personnes âgées participent aussi à ce système de collecte informel. Huyên, 78 ans, arpente les rues du centre-ville, le dos scié par deux sacs débordant de plastique et de métaux en tout genre. « Cela me permet de gagner quelques sous, même si ce n'est vraiment pas grand-chose. Et cela rend l'environnement plus propre. En me voyant ramasser ainsi, les gens peuvent penser que je suis pauvre ou que je souffre de la faim, mais en réalité, ce n'est pas le cas », affirme Huyên. La grand-mère rejoint un hangar d'où elle revend son plastique entre 3 000 et 4 000 dôngs le kilo, une dizaine de centimes. De ces dépôts, tenus par des particuliers, les matériaux repartent en camion vers des villages spécialisés. À Xà Cầu, à une heure de Hanoï, le plastique est trié, lavé et broyé avant d'être vendu à des entreprises de recyclage. Des montagnes de déchets s'élèvent jusqu'aux toits. Chi supervise l'un des hangars. Des travailleurs précaires sans protection sociale « Nous trions les différentes catégories de plastique. Nous effectuons seulement un pré-traitement, pas le recyclage. Nous les lavons, les broyons pour qu'ils prennent moins de place, puis nous les classons. Après cela, nous les vendons au poids à des entreprises », raconte Chi. La sexagénaire travaille sans masque alors qu'une odeur de produits ménagers se mêle à celle du crottin. Ces travailleurs exercent souvent sans contrat et avec une protection sociale limitée. En face, une mère de famille travaille avec son jeune fils, en vacances scolaires. « Ici, on trie les différentes sortes de plastiques. Par exemple, ces bouteilles de Coca-Cola sont mises à part. Ensuite, on les sépare : le plastique souple, le plastique rigide, le plastique cassant. Il y a toutes sortes de catégories », explique-t-elle. Ces dernières années, les autorités ont affiché leur volonté d'intégrer progressivement ces travailleurs à un système mieux encadré. D'ici au début de 2027, 5 500 travailleurs informels du nord du pays devraient recevoir des formations et des équipements de protection. Le projet doit permettre de collecter et de traiter plus proprement 20 000 tonnes de déchets plastiques. À lire aussiVietnam: Hanoï se rêve en capitale mondiale avec sa «nouvelle ère» d'urbanisation

En Inde, les ventes de deux-roues électriques explosent face à la hausse du prix des carburants. Le calcul économique est devenu simple pour les foyers. Dans les villes saturées, le scooter reste le moyen de transport le plus pratique.Désormais électrique, il s'impose même comme le véhicule familial par excellence. De notre correspondant à New Delhi, Au cœur de la rue commerçante d'Adchini, dans le sud de New-Delhi, les concessions de deux-roues s'enchaînent. Prakash, 64 ans, est venu chercher dans l'une d'elles les clés de sa nouvelle acquisition. Pour lui, tourner la page du thermique est devenu une évidence : « C'est la première fois que j'achète un scooter électrique, on verra ce que ça donne... L'essence est devenue trop chère : elle a dépassé les 100 roupies le litre, c'est pour ça que je franchis le pas », explique-t-il. Un choix partagé par des milliers d'Indiens. Portées par la flambée du prix des carburants, les ventes de deux-roues électriques ont bondi de près de 63% en un an dans la capitale indienne, soit 170 000 nouvelles immatriculations mensuelles. Derrière son comptoir de la marque indienne Hero, Sanoj a du mal à suivre la cadence. « Le mois dernier, j'ai reçu 20 scooters et tout s'est vendu. Là, j'en ai reçu 20 nouveaux et ils seront tous partis d'ici une semaine ! », s'exclame le vendeur. L'achat d'un scooter électrique représente un sacré budget pour les familles indiennes : les modèles d'entrée de gamme s'affichent autour de 100 000 roupies, soit environ 1 000 euros, un tarif comparable aux motos traditionnelles. C'est donc surtout à l'usage que les économies que permet de réaliser ce moyen de transport frappent les esprits selon Rahul, un autre revendeur de la rue : « Pour faire 45 kilomètres avec une moto traditionnelle, il faut compter 102 roupies. En scooter électrique, ça ne coûte que 10 à 12 roupies ». Le scooter, l'indispensable de la vie quotidienne À califourchon sur son nouveau modèle, Jyoti se définit comme une mère au foyer hyperactive. Cet engin lui permet de se déplacer où et quand elle veut pour ses activités quotidiennes. « Avec, je vais chercher ma fille, je la dépose. Je vais à mes cours. J'achète des légumes, je fais les courses », se réjouit-elle. En Inde, le deux-roues s'étire parfois au maximum pour devenir un vrai véhicule familial. Dans les avenues de la capitale, il n'est pas rare de le voir chargé à l'extrême. Et quand on demande à Jyoti avec combien de personnes au maximum elle accepte de rouler, elle le confesse en riant : « À quatre ! Les amis, la famille, tout le monde ! ». Pourtant interdite, cette pratique est révélatrice du quotidien de la population : ici, le scooter doit s'adapter à toutes les situations. Un équilibre permanent entre sécurité, débrouillardise et économies.

En Syrie, le pays tente de renouer avec une forme de normalité, près d'un an et demi après la chute du clan Assad. Parmi les signes de cette reprise timide : le retour progressif des touristes sur certains sites emblématiques. À Palmyre, joyau archéologique classé au patrimoine mondial de l'Unesco, quelques visiteurs viennent de nouveau admirer les vestiges de l'antique cité de la reine Zénobie. Mais aussi les destructions laissées par l'organisation État islamique. De notre envoyée spéciale à Palmyre, C'est à moto qu'on entre sur le site antique de Palmyre et c'est par ce moyen de transport qu'une partie des touristes visitent aujourd'hui la cité. Khaldoum, guide touristique, est né et a grandi à Palmyre. Il fait la visite et explique : « On est dans le théâtre. Le théâtre romain. Toutes les destructions que vous voyez, c'est l'État islamique qui en est responsable. Je me rappelle comme c'était beau avant. Daech a détruit toute la beauté de ce site. J'espère qu'un jour, il sera rénové et qu'il sera plus beau encore. Il y a eu ici de longues années de guerre. Les gens sont curieux de voir ce qu'elle a fait. Avant, ils venaient visiter les antiquités de la reine Zénobie. Maintenant, ils viennent voir les traces laissées par les combats et par l'État islamique ». Ce jour là, quelques touristes sont présents, notament une Italienne subjuguée par ce qu'elle voit - « C'est un site archéologique romain exceptionnel ! » - et un Australien pour qui les événements contemporains ont un intérêt particulier : « Il y a aussi toute l'histoire récente, on voit ce qui a été détruit ou non. C'est ce qui rend cet endroit si particulier, n'est-ce pas ? Et vous voyez aussi au sol les restes de bombes, les balles ». « Vous remarquez tout de suite que quelque chose d'important s'est passé ici », renchérit la touriste italienne. La vie est plus facile aujourd'hui Durant la visite, nous rencontrons un marchand qui vend des colliers, des souvenirs de Palmyre. « On les fabrique avec ma famille depuis longtemps. On a commencé avant 2008 », explique-t-il. Mais celui-ci a dû arrêter sa production pendant 15 ans. « J'ai dû fuir dans le désert à cause de la guerre. C'était une vie difficile. Ce n'était pas facile de ramener de la nourriture à ma famille. Maintenant, la vie est plus facile. Je suis content de faire à nouveau ce travail », raconte-t-il. Le petit hôtel de Khaldoum est en pleine reconstruction, on y entend le bruit des travaux. Celui-ci explique comment l'idée de revenir travailler à Palmyre a germé en lui : « Au début, quand les touristes sont revenus, il n'y avait aucun service ici. Pas d'aire de repos, pas de toilettes, même pas d'eau fraîche à boire. Tout était détruit, tout était rasé. Peu après la chute du régime, des visiteurs ont commencé à arriver de Damas, de Homs, d'Alep. Ils venaient par groupes, nombreux. Parfois, nous avons accueilli entre 500 et 700 visiteurs par semaine. Alors des gens comme moi ont commencé à investir. On a ouvert des hôtels et des restaurants ». Malgré le retour timide des visiteurs, Palmyre reste suspendue aux soubresauts de la région. Depuis le mois de mars, la guerre entre l'Iran et les États-Unis a déjà fait reculer la fréquentation touristique. Après la guerre, après les occupations et les chantiers de reconstruction, Palmyre se relève lentement. Petit à petit, vers un retour à la vie.

Votre Botox ne vient pas de Beverly Hills en Californie, mais d'une petite ville battue par les vents, à l'ouest de l'Irlande. C'est à Westport qu'en 1977 le géant américain Allergan s'installe, pour produire la célèbre toxine qui lisse les rides. Dans cette usine, chaque étape est minutieusement contrôlée, selon des normes strictes. Mais un contraste saisissant émerge ailleurs dans le pays. En Irlande, sur les réseaux sociaux, les annonces d'injections se multiplient, proposées parfois par des personnes non qualifiées. Les créatrices de contenu irlandaises exposent désormais sans filtre leur recours au botox. « Petit aperçu du résultat juste après mon rendez-vous ! Si vous voulez savoir ce que je me fais injecter, laissez simplement un commentaire, je vous mettrai en contact avec la clinique qui me suit ! », annonce une influenceuse en ligne. « Quand vous dites aux gens que vous faites du botox, ils vous répondent : "Oh, mais tu n'en as pas besoin !" Si j'ai l'air de ne pas en avoir besoin, c'est parce que j'en fais ! », déclare une autre. Et sur les réseaux sociaux, les « bons plans » défilent, des offres alléchantes qui séduisent surtout les jeunes, comme Rochelle, jolie brune aux yeux bleus, âgée de 26 ans seulement : « On voit ça partout sur les réseaux, c'est devenu tendance presque ! Des influenceurs vont dans différentes cliniques, et c'est comme ça qu'on découvre des endroits. Sur Instagram, on voit des pubs partout. Des gens sont payés pour en parler. C'est complètement normalisé aujourd'hui. » Alors, on s'y met de plus en plus tôt : Rochelle, elle a franchi le pas dès 22 ans. « Je me fais injecter au niveau du front. J'en ai aussi fait autour des yeux, et au-dessus de la bouche, pour relever ma lèvre ! Tout le monde autour de moi le faisait, et j'ai lu que c'était mieux de commencer jeune plutôt que d'attendre la trentaine. » Le problème, c'est que la tendance gagne aussi les mineures. Le Dr Caitriona Kieran est à la tête d'une clinique esthétique à Dublin : « Quand j'avais 16 ans, on se faisait percer les oreilles ! Aujourd'hui, à cet âge-là, les jeunes vont plutôt se faire injecter, entre copines ! » Les dangers du marché noir Car contrairement au Royaume-Uni, en Irlande, aucune loi n'interdit ces injections chez les moins de 18 ans. Mais quand le prix paraît trop beau pour être vrai, c'est qu'il l'est. Caitriona Kieran a récemment dû intervenir en urgence sur une patiente de 15 ans, pour éviter une occlusion de sa lèvre, quand le sang ne circule plus. Elle raconte : « Elle avait payé 60 euros pour une injection des lèvres. Rien que pour moi, acheter les produits que j'utilise, ça coûte bien plus de 60 euros ! Et malgré tout, la personne qui a injecté cette jeune fille a fait un bénéfice… alors imaginez la qualité du produit utilisé au départ ! J'ai réussi à en dissoudre une partie, mais j'ai finalement dû ouvrir l'arrière de sa lèvre pour tout retirer. Aujourd'hui, sa lèvre est déformée. Et c'est irréversible. » L'essor d'un marché noir du Botox inquiète les professionnels de santé, comme Kathy Maher, présidente de l'Union des pharmaciens irlandais : « Ces personnes qui proposent leurs services sur les réseaux sociaux n'ont pas accès aux circuits officiels : elles ne sont ni médecins, ni pharmaciens, donc elles doivent se fournir ailleurs. Résultat : elles injectent des produits dont elles ignorent la composition ! » Les députés travaillistes irlandais veulent légiférer sans attendre : ils voudraient d'abord imposer l'affichage obligatoire d'une licence et prévoir des sanctions claires en cas de mise en danger des patients. À lire aussiBoom de la médecine esthétique : l'âge d'or de l'anti-âge

En Chine, pendant des décennies, les jeunes Chinois quittaient les campagnes pour les grandes villes. Aujourd'hui, certains font le chemin inverse. Non par contrainte, mais par choix, pour entreprendre, innover ou simplement vivre autrement. Dans la province du Zhejiang, à quelques heures de Shanghai, reportage de Clea Broadhurst et Lei Yang. De notre envoyée spéciale dans le Zhejiang, À Yaoli, petit village entouré de rizières, les cafés et ateliers ont remplacé les maisons abandonnées. Huang Binbin fait partie de ces jeunes diplômés qui ont choisi de quitter la grande ville pour participer à la renaissance des campagnes chinoises. « J'ai passé sept ans à Pékin. Pendant mon master, je passais déjà plus de temps à la campagne qu'en ville. Peu à peu, je n'ai plus supporté le rythme urbain et j'ai pris goût à la vie rurale », explique-t-elle. Avec son équipe, elle a redonné vie à ce village en créant un concept original : un village entièrement tourné vers les enfants et les familles. « Aujourd'hui, le village compte près de trente commerces. Beaucoup de jeunes viennent ici travailler et vivre. Certains rentrent en ville le soir, d'autres restent. Ils trouvent un équilibre entre vie professionnelle et personnelle », s'enthousiasme Huang Binbin. Ancien salarié à Shanghai, Bao Xin a, lui, choisi de revenir dans son village natal lorsque les autorités locales lui ont demandé de participer à sa relance. En quelques années, un terrain envahi par les déchets est devenu un site de camping très fréquenté. « La première année, les revenus du village sont passés de 80 000 à plus de 2 millions de yuans. Les habitants ont retrouvé confiance », déclare-t-il. « Aujourd'hui, je me sens plus heureux et plus libre ici qu'à Shanghai » Et pour lui, le calcul ne se limite pas au salaire. « Mon salaire a beaucoup baissé, mais les dépenses sont aussi bien plus faibles. Aujourd'hui, je me sens plus heureux et plus libre ici qu'à Shanghai. » Mais tous ne viennent pas à la campagne pour revitaliser les territoires ruraux. Aaron Zhang y a installé son entreprise de drones pour une raison beaucoup plus pragmatique : à Shanghai, il ne pouvait tout simplement plus tester ses appareils. Installée au milieu des collines, sa start-up expérimente désormais des drones capables de livrer des colis, de surveiller les rivières ou de participer à des opérations de secours. « Auparavant, il fallait entre 70 et 100 personnes par semaine pour surveiller la pollution, les déchets flottants ou les parcelles agricoles, se souvient l'entrepreneur. Aujourd'hui, cinq personnes suffisent, grâce aux données recueillies par les drones. Les personnes âgées du village recevaient leurs colis tous les trois jours. Aujourd'hui, les drones assurent une livraison quotidienne. » Grâce au télétravail, aux livraisons à domicile et à de meilleures infrastructures, la campagne chinoise n'est plus forcément synonyme d'isolement. Pour ces jeunes entrepreneurs, elle devient même un terrain d'innovation et, parfois, une alternative assumée aux grandes métropoles. À lire aussiLa Chine met ses universités à l'heure de l'IA et bouleverse ses cursus

Au sud du Liban, les habitants de Zawtar el-Gharbiyeh rentrent chez eux après des mois d'exil. Leur village est l'une des premières « zones pilotes » prévues par l'accord conclu entre Israël et le Liban sous médiation américaine. Mais derrière ce retour présenté comme un test, ils découvrent un paysage de ruines, vivent toujours à quelques centaines de mètres des soldats israéliens et tentent de reconstruire leur vie sous la protection de l'armée libanaise. Reportage d'Amélie David, qui a été autorisée à entrer dans le village seulement sous escorte de l'armée libanaise et pendant deux heures. De notre envoyée spéciale à Zawtar el-Gharbiyeh, Sur la route qui mène au cœur du village, les terres agricoles sont en friche, brûlées par le soleil. Les immeubles bombardés sont à terre. Enfin, une maison tient encore debout mais les murs sont criblés de balles. À l'intérieur : du verre brisé, de la nourriture pourrie de marque israélienne et des inscriptions en hébreu sur les murs. Le propriétaire de la maison, Abbas Azzedinne, raconte : « Nous étions fonctionnaires. Moi et mes fils avons servi dans l'armée. Nous avons travaillé pendant vingt ou trente ans pour construire cette maison, pour enfin pouvoir nous reposer et vivre tranquillement. Quand nous sommes revenus… Nous sommes restés sans voix ». Abbas Azzedinne fait partie des 25 familles revenues il y a quatre jours. « Nous sommes partis avec les vêtements que nous portions. Mais je n'aurais jamais imaginé qu'ils iraient jusque-là. Même aujourd'hui, après une dizaine de jours, je n'arrive toujours pas à réaliser que les Israéliens sont réellement entrés ici et ont fait tout cela. Je n'arrive toujours pas à y croire », explique-t-il. Plus bas, sur la place du village, habitants et secouristes sont à pied d'œuvre pour déblayer les décombres, couper les arbres brûlés par les soldats de l'armée israélienne. Mais ici, tout le monde vit encore dans la peur. L'armée israélienne est juste en face dans le village de Zawtar el-Charqyieh. Les coups de feu résonnent dans les maisons, les dynamitages. Le maire Abed Azzedinne explique : « Les tirs proviennent du côté de ces véhicules. Ils ratissent actuellement les quartiers résidentiels de Zawtar el-Gharbiyeh (Zawtar-Est). Dans quelques instants, vous verrez aussi leurs patrouilles à l'œil nu. Ils sont seulement à quelques mètres de nous. Voilà pourquoi nous ne nous sentons pas réellement en sécurité. Seule la présence de l'armée libanaise nous rassure. » Une partie du village reste inaccessible en raison de la présence de l'armée israélienne. Mais peu importe pour Khalil et Warde Turkiye. Le couple dort dans les décombres de leur demeure depuis quatre jours. Khalil Turquyie affirme : « Pour revenir à cette opération pilote, ce qui nous importe, c'est que notre armée nationale fasse son travail. Nous souhaitons que l'armée reste présente ici en permanence. Cette opération a été une réussite. Nous sommes revenus, grâce à Dieu, que Dieu les protège. Sans l'armée, nous n'aurions jamais pu revenir. » À Zawtar el-Gharbiyeh, les habitants reconstruisent déjà leurs maisons. Mais chaque détonation venue du village voisin leur rappelle que, dans cette « zone pilote », le retour des civils a commencé avant celui de la sécurité. À lire aussiFace aux violations du cessez-le-feu, Beyrouth menace de cesser les négociations directes avec Israël

Depuis le double séisme qui a touché le Venezuela le 24 juin dernier, les besoins sont gigantesques dans les zones les plus touchées. Les sinistrés doivent pouvoir manger, dormir dans un endroit sûr, se vêtir et évidemment, se soigner. Il faut prendre soin du corps mais aussi de la tête, les besoins psychologiques sont grands. De notre correspondante à Caracas, Dans le refuge dit du terrain de golf, un campement provisoire où plus de 300 sinistrés vivent dans la municipalité dévastée de Caraballeda, à La Guaira, une équipe de professionnels de Première urgence passe de tente en tente pour faire connaître son travail. « On vous offre un espace d'écoute, un espace où vous pouvez parler, où vous pouvez découvrir des outils pour canaliser vos émotions… », expliquent-ils. Les besoins sont nombreux, ici la souffrance est partout. Foyers détruits, familles disparues, perspectives d'avenir limitées et souvent l'état de choc. Stefanie Guevara est psychologue, elle s'est isolée quelques instants avec une jeune femme dont elle a perçu le mal-être. « Le problème, c'est qu'elle était en train de cuisiner pour toute la famille, donc elle nous a demandé de repasser ou bien elle-même viendra jusqu'à nous. Mais elle m'a raconté qu'elle avait perdu toute sa famille, confie la psychologue, qu'elle venait à peine de retrouver les cadavres. Et c'est difficile d'en parler pour elle, car elle veut protéger ses proches. » À lire aussiÀ La Guaira, des vétérinaires soignent les animaux de compagnie dans les décombres du double séisme « Cette douleur, elle va rester avec moi pour toujours » Mais pour certains, la douleur est trop grande, comme cette mère de famille qui se demande comment affronter le deuil de son fils. « J'ai parlé avec… quatre psychologues en tout. Ils m'ont tous dit la même chose. Si je veux aller mieux, je dois le laisser partir. Comment je vais le laisser partir ?, s'étrangle-t-elle. Cette douleur, elle va rester avec moi pour toujours. Je peux parler avec 50 000 psychologues, je n'arriverai pas à accepter la mort de mon fils et encore moins vu les conditions dans lesquelles il est parti. » De retour dans l'espace psychosocial de Première Urgence, Maria Baez, une autre psychologue de l'équipe, attend les patients. Quelques paravents permettent un peu d'intimité pour qui veut venir parler. Et tous les usagers ne sont pas des sinistrés. « Lundi, j'étais avec une secouriste qui, depuis le lendemain du séisme, travaille sous les décombres. Et je lui ai parlé de l'importance de prendre soin d'elle, insiste la professionnelle. Les sauveteurs passent leur temps à s'occuper des autres, à extraire des cadavres, mais c'est essentiel pour eux de se libérer un peu. Souvent, ils oublient que, dans tout ce processus, ils doivent s'écouter pour pouvoir continuer à aider. » Au Venezuela, les marques qu'a laissées le séisme sont profondes et les esprits mettront certainement des années avant de s'apaiser. À écouter dans Priorité santéQuestions de femmes : le deuil au féminin

Le plus grand festival de musique traditionnelle irlandaise, le Fleadh, a fait vibrer Belfast pendant une semaine. C'est une première pour la capitale nord-irlandaise et seulement la deuxième fois, en 75 ans d'existence, que le festival se tient en Irlande du Nord. C'est un symbole fort dans une région longtemps marquée par les divisions communautaires et où la culture gaélique, y compris la langue irlandaise, s'affichent désormais au grand jour. De notre correspondante à Belfast, Les violons et les flûtes résonnent aux quatre coins de la capitale nord-irlandaise. « Chaque année, j'allais au Fleadh de la République d'Irlande, alors imaginer qu'il se tienne aujourd'hui ici, à Belfast, c'est assez incroyable, se réjouit Ray, lui-même professeur de musique traditionnelle. Et personnellement, je trouve que c'est une bien meilleure ville que Dublin pour la musique traditionnelle, il y a tellement plus de pubs ici qui accueillent des sessions de musique traditionnelle ! » Auparavant, l'Irlande du Nord n'avait accueilli le Fleadh qu'une seule fois, à Derry, en 2013. Cette édition à Belfast est donc une preuve de l'engouement grandissant dans la région pour la culture gaélique : la musique bien sûr, mais aussi la langue. Ce regain d'intérêt est porté notamment par une nouvelle génération d'artistes, avec Kneecap en figure de proue, ce trio originaire de Belfast qui rappe exclusivement en irlandais. Au centre culturel MAC, Stiofn anime un cours de langue irlandaise, organisé spécifiquement pendant le festival. Et il affiche complet. « À Belfast, on assiste aujourd'hui à un nouvel élan pour la langue irlandaise, indique-t-il, le nombre d'enfants scolarisés en irlandais augmente, de plus en plus de jeunes l'utilisent au quotidien, et beaucoup d'adultes redécouvrent cette langue, ou se lancent dans son apprentissage pour la première fois. » À lire aussiEn Irlande, l'engouement pour la musique traditionnelle Un marqueur identitaire Mais en Irlande du Nord, la langue irlandaise demeure un marqueur identitaire fort, associé à la communauté catholique et républicaine. Un héritage des Troubles, ce conflit qui a opposé pendant trois décennies les républicains, favorables à la réunification de l'Irlande, aux unionistes protestants, attachés eux au Royaume-Uni. « Ce festival est un moment assez extraordinaire, et ce que j'apprécie particulièrement, c'est que toutes les cultures de l'île y trouvent leur place, souligne Padraig, l'un des élèves du jour qui a grandi à Belfast dans les années 80. On y croise aussi des joueurs de tambours Lambeg, des cornemuses écossaises, qui font elles aussi partie de l'histoire de cette île. Et c'est important qu'elles soient représentées aux côtés de ce que l'on considère comme la tradition irlandaise plus classique. » Un message d'inclusion que porte Sorcha, l'une des organisatrices du Fleadh. « Si certaines personnes lui donnent une dimension politique, c'est leur propre interprétation. Mais cette langue est notre langue maternelle, c'est la langue de l'île d'Irlande, insiste-t-elle. Elle n'est donc pas politique : ce n'est pas une langue républicaine, nationaliste. Non, tous les Irlandais possèdent cette langue. Et ça n'a rien de menaçant. C'est une langue magnifique, une occasion de renouer avec sa terre, avec son héritage à l'échelle de toute l'île, et avec notre communauté dans son ensemble. C'est ouvert à tout le monde. » Il y a encore quelques années, une telle célébration de la culture gaélique aurait été impensable à Belfast. Cette année, le Fleadh y a pourtant réuni plus de 800 000 visiteurs. À lire aussiIrlande du Nord: les souvenirs du «Bloody Sunday», à la veille du jugement d'un soldat britannique

La coalition de droite au pouvoir au Japon durcit sa politique migratoire. La Première ministre nationaliste Sanae Takaichi juge que « les étrangers mettent à vif les nerfs des Japonais ». Le secteur de la restauration est particulièrement touché par ce tour de vis. Par exemple, les critères pour bénéficier d'un visa de gérant d'entreprise sont désormais beaucoup plus contraignants qu'avant. Résultat : on ne compte plus les restaurants tenus par des immigrés qui doivent fermer car leurs exploitants ne sont pas parvenus à obtenir le renouvellement de leur titre de séjour, et sont donc priés de rentrer dans leur pays. De notre correspondant à Tokyo, Les immigrés ayant un visa de gérant d'entreprise doivent désormais disposer d'un capital d'au moins 30 millions de yens [165 000 euros, NDLR]. C'est six fois plus qu'auparavant. S'ils ne parviennent pas à réunir une telle somme, leur titre de séjour n'est pas renouvelé et ils sont priés de quitter le pays dans les 30 jours. Casey, qui tient un petit restaurant indien depuis 15 ans, est particulièrement inquiet. « Ayant dû beaucoup investir dans cet établissement – pour les frigos, les climatiseurs et tout cela –, j'ai très peu d'économies. En plus, c'est un restaurant familial, pas cher, donc je ne roule pas sur l'or. Du coup, réunir 30 millions de yens, pour sûr, je n'y arriverai pas. Que l'on change les règles du jour au lendemain et sans prévenir, franchement, ce n'est pas correct », confie-t-il. Cet employé de bureau japonais vient de déguster un curry dans un restaurant népalais qui fermera à la fin de l'été, comme l'indique un écriteau sur sa devanture. Car le titre de séjour de son exploitant n'a pas été renouvelé, les banques lui ayant refusé un emprunt de 30 millions de yens. « Tous ces restaurateurs étrangers sont de bons pères de famille qui n'ont jamais fait de mal à personne et nous préparent des petits plats délicieux. Donc pourquoi leur chercher noise ? Je ne comprends pas », s'interroge-t-il. Une pétition en ligne réclamant l'abrogation de cette réforme a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures. Pour autant, les sondages indiquent que les Japonais se crispent concernant les étrangers : près de 60% des personnes interrogées voient d'un mauvais œil l'augmentation, ces dernières années, du nombre d'immigrés. Une augmentation qui est à relativiser, car ils ne sont jamais que quatre millions, pour 120 millions de Japonais. Surtout, selon une économiste, l'archipel n'a pas le choix : « La plupart de nos entreprises sont en sous-effectifs comme jamais. Face à cette pénurie de main-d'œuvre historique, due à la dénatalité et au vieillissement de la population – deux phénomènes qui s'aggravent d'année en année –, la seule solution, pour le Japon, c'est de recourir à des travailleurs immigrés. Sans eux, la quatrième économie mondiale ira droit dans le mur. » La Première ministre Sanae Takaichi est sourde à de telles mises en garde. Surfant sur sa popularité – une cote de confiance autour de 65%, soit 30 points de plus que tous ses prédécesseurs –, elle a ordonné que plus aucun visa ne soit accordé aux nombreux jeunes d'Asie du Sud-Est qui souhaitent venir travailler dans la restauration au Japon, car ce secteur emploie déjà 300 000 immigrés. C'est peu par rapport à ses quatre millions de salariés au total, mais pour la cheffe du gouvernement, c'est suffisant : il faut réserver ces emplois aux Japonais. L'argument paraît doublement spécieux. D'abord, le taux de chômage n'est que de 2,6% dans l'archipel, qui est donc quasiment en situation de plein emploi. En plus, les Japonais ne se pressent pas pour travailler dans la restauration, les salaires y étant peu élevés : moins de 1 500 euros mensuels bruts. À lire aussiJapon: une semaine après le violent séisme, la solidarité ne se tarit pas grâce aux collectes de dons

L'avocat d'extrême droite Abelardo de la Espriella prend ses fonctions de président de la Colombie vendredi 7 août 2026. Il a promis une lutte plus ferme contre les groupes armés et les narcotrafiquants. Dans les zones rurales, meurtries par la violence de ces groupes, les habitants attendent beaucoup de l'État. C'est le cas à Betulia, dans la région d'Antioquia, où une école avait dû fermer ses portes il y a quelques semaines pour garantir la sécurité des enfants. Le maire de la ville, lui, a renforcé les mesures pour ramener le calme. De notre envoyée spéciale à Betulia, Betulia est une petite ville du nord-ouest de la Colombie, nichée au milieu de collines couvertes de caféiers. Sur la place principale, tout juste rénovée, de nouvelles cabanes servent de points de vente. Une sculpture proclame « J'aime Betulia », cœur inclus, prisée pour les photos souvenirs. Dans le bureau du maire, les rendez-vous avec les habitants s'enchaînent. Ce matin, c'est au tour de l'assemblée communale du quartier El Nariño de venir faire le point. Quatre représentants des résidents sont regroupés autour de l'édile. Jaime De Jesus Muñoz Ruiz préside l'action communale de Betulia. Il raconte comment ce quartier est, depuis plusieurs années, le théâtre d'une guerre de territoire entre deux bandes criminelles : le Gang du 20-Juillet et le Clan del Golfo, le plus puissant groupe de narcotrafiquants du pays. « Le quartier Nariño, à Betulia, c'est un quartier populaire, pauvre. Dans ces quartiers, c'est là que l'on vend et que l'on consomme le plus de drogue. Avant, sans exagérer, on comptait un mort, parfois deux, chaque semaine… [Il pleure] Pardon, je n'arrive pas à en parler sans pleurer, à chaque fois », se lamente-t-il. Pour mieux comprendre la situation, le maire nous emmène dans ce quartier qu'il décrit comme « pris en otage ». Depuis deux ans, l'édile tente de reprendre le contrôle en aidant à la rénovation des maisons et en étant plus présent auprès des habitants. À quelques mètres de la place principale, une rangée de maisons aux toits de tôle : certaines sont encore en travaux. Dans celle où nous entrons, on refait le sol. Bientôt, il y aura un carrelage tout neuf. Camilo Serna, maire de la ville de Betulia, explique : « Avant, on ne pouvait même pas entrer ici. Quand on le faisait, c'était toujours fortement escorté par l'armée, par la police. » L'élu ne cache pas son souhait de voir la nouvelle politique sécuritaire nationale se montrer plus offensive. En parallèle, la ville mise sur de nouveaux événements et sur son identité de terre de café pour relancer un tourisme freiné par son image négative en termes de sécurité. « Notre région a souvent été mise de côté par l'ancien gouvernement de Gustavo Petro parce qu'il détestait Antioquia. Le nouveau président élu a montré son intérêt pour Antioquia. Nous avons besoin de plus de sécurité et qu'il y ait plus d'investissements dans les projets sociaux et agricoles », souligne-t-il. Selon le maire, le calme serait revenu à Betulia. Mais l'exil de plusieurs dirigeants sociaux locaux rappelle que la situation reste fragile. Ici, tous attendent de voir ce que changera l'entrée en fonction du nouveau président. À lire aussiColombie: au moins 14 blessés dans l'explosion d'un camion piégé, à six jours de l'investiture du président élu

À Berlin, le centre du pouvoir nazi a largement disparu après la Seconde Guerre mondiale. Un grand bunker, sous l'ancienne chancellerie d'Adolf Hitler, est menacé par un projet immobilier. Historiens et experts se mobilisent pour sauver ce vestige qui pourrait servir de mémorial consacré au pouvoir nazi. « Le seul élément qui vous indique que le bunker de Hitler se tenait ici, c'est ce panneau. C'est ici qu'il va se donner la mort le 30 avril 1945. » Vincent Simon se tient devant un panneau qui donne quelques informations sur l'ancien bunker d'Adolf Hitler. Il faut beaucoup d'imagination pour se représenter, juste à côté, la gigantesque nouvelle chancellerie de Hitler, qui faisait plus de 400 mètres de long. Depuis la chute du mur, le no man's land qui séparait Berlin à cet endroit a été complètement reconstruit. Un terrain vague, quelques dizaines de mètres plus loin, a échappé à la reconstruction du centre de Berlin depuis 35 ans. Il se trouve sur le site de la chancellerie de Hitler. Un projet immobilier prévoit des bureaux et des logements. Mais en sous-sol se trouve l'un des plus grands bunkers encore existants : 1 200m2 en bon état subsistent encore, plus de 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le plan d'occupation des sols prévoit la destruction de ces restes. Historiens et experts protestent. La ville de Berlin reste inflexible, alors que l'on peut sans problème construire un immeuble sur un bunker nazi quasi indestructible. Uwe Neumärker est le directeur de la fondation qui gère le mémorial pour les Juifs d'Europe victimes de l'Holocauste, à quelques dizaines de mètres de là. « Je suis résolument pour la sauvegarde de ce bunker, qui est un témoin de notre histoire que l'on ne peut pas détruire brutalement. Il y a un grand intérêt pour ce passé et un grand besoin d'informations. Quatre-vingts ans après la guerre, les connaissances s'amenuisent. Nous devons faire quelque chose pour lutter contre une glorification de ce passé », explique-t-il. Un tel bunker sauvegardé pourrait-il être un lieu de pèlerinage pour nostalgiques ? Uwe Neumärker n'y croit pas. Dietmar Arnold non plus. Le responsable de l'association Berliner Unterwelten propose depuis des années aux touristes des visites de bunkers de l'époque nazie. Il a déjà un plan pour celui qu'il veut sauver sous l'ancienne chancellerie de Hitler : « Notre projet consiste en une exposition sur la fin de la guerre. La chancellerie était un bâtiment de prestige de Hitler, même s'il n'y a presque jamais travaillé. Ce sont les derniers vestiges du pouvoir nazi. » Après la chute du mur, les restes du IIIe Reich, comme les vestiges de la RDA communiste, ont été très vite éliminés en Allemagne, ce que les experts regrettent. Beaucoup a été fait autour des victimes du régime nazi. Les symboles de ce pouvoir méritent une mise en valeur critique. À lire aussiEn Allemagne, le magazine «Die Zeit» permet de savoir en quelques clics si ses ancêtres étaient nazis

Le 25 avril 1998 survint la plus grande catastrophe écologique de l'histoire de l'Espagne. Aux abords de Séville, près de la bourgade d'Aznalcollar, la digue du bassin de décantation minière se rompt. Résultat : six millions de mètres cubes de boue toxique déversés dans le bassin du fleuve Guadiamar, contaminant 4 600 hectares sur 63 kilomètres. Le gisement ferma en 2022. L'entreprise suédoise Boliden n'a jamais remboursé un sou. Aujourd'hui, le groupe minier Mexico, troisième producteur de cuivre dans le monde, a reçu l'autorisation de la région Andalousie de rouvrir cette mine. Il y a de la joie et de l'enthousiasme chez les uns, mais de la résistance chez d'autres. Nous sommes tout à côté de la commune d'Aznalcollar, 6 000 habitants, écrasée sous la chaleur. Devant nous, un cratère empli d'eau de couleur turquoise. Une beauté trompeuse, car elle est toxique après des dizaines d'années de contamination minière. Un désastre, pour le militant écologiste Isidoro Albarreal : « Par ici se sont déversées toutes les boues toxiques causant une contamination qui est toujours présente. » D'après le groupe minier Grupo Mexico, qui a racheté ces gisements, tout va s'arranger, car il promet de récupérer les eaux toxiques de deux bassins de décantation et de nettoyer ces eaux par un système d'épuration. Luis, porte-parole du groupe à Séville, explique : « L'objectif, ce n'est pas seulement de rouvrir la mine, de créer des emplois et d'extraire des matières premières basiques. C'est aussi que l'opérateur s'est engagé à réaliser une restauration environnementale. » Ce projet rencontre localement l'enthousiasme. Avant l'accident de 1998 et la fermeture de la mine, 4 000 à 5 000 personnes y travaillaient. Elles sont aujourd'hui au chômage ou bien avec des emplois précaires, loin de la bourgade. Le maire, Juan José Fernandez, n'y voit que des avantages : « Le premier bénéfice pour la population d'Aznalcollar, c'est de l'emploi. Enfin, la promesse va devenir réalité, car une fois que les eaux seront épurées et la mine sanctuarisée, l'activité pourra recommencer tout en nettoyant les montagnes de décombres. » Sur place, dans les bars d'Aznalcollar, l'immense majorité applaudit cette réouverture. Comme Carmin, un ancien mineur à la retraite : « La mine doit beaucoup de vie au village. Beaucoup de vie, car plein de gens vont y travailler de nouveau. Actuellement, ils ont un emploi précaire à Séville ou dans les environs, et s'ils peuvent travailler à la mine, ce sera un travail mieux payé et plus stable. » Le projet du groupe minier, approuvé par la région andalouse, est de construire une canalisation de 35 kilomètres pour reverser les eaux supposément épurées vers le grand fleuve Guadalquivir. Les écologistes, comme Isidoro, craignent le pire : « Effectivement, cette eau n'est apte ni pour l'irrigation ni pour un usage domestique. C'est une eau pleine de métaux lourds, en dépit du processus d'épuration. Cette eau va envenimer, plus encore que contaminer, le fleuve Guadalquivir. Et va donc empoisonner les activités en aval de Séville, telles que les rizières et les activités de pêche et de ramassage des fruits de mer. » Pour l'heure, le projet devrait se faire, car il a toutes les autorisations. Quatre organisations écologistes importantes ont déposé un recours pour « possible contamination », en espérant bloquer le déversement vers le Guadalquivir et l'activité minière dans son ensemble.

Six ans jour pour jour. Ce mardi, le Liban commémore la terrible explosion du port de Beyrouth qui a eu lieu le 4 août 2020. La catastrophe a tué 235 personnes, fait 6 500 blessés et ravagé un tiers de la capitale libanaise. C'est l'une des plus grandes explosions non nucléaires de l'histoire. Après avoir été bloquée pendant de longues années à cause de l'hostilité de la classe politique, l'enquête du juge d'instruction Tarek Bitar est aujourd'hui terminée. Que sait-on de l'explosion du port de Beyrouth ? Quelles sont les zones d'ombre ? Quand aura lieu ce procès historique ? De notre correspondante à Beyrouth, C'est un dossier devenu le symbole de l'impunité de la classe politique libanaise. Pendant des années, l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth est restée au point mort. Plus d'une quarantaine de recours judiciaires visant le juge d'instruction Tarek Bitar, mais aussi de nombreux blocages institutionnels, ont empêché les investigations d'avancer. Le tournant intervient en janvier 2025, avec l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice. Les nominations de magistrats qui étaient bloquées sont relancées. Les juridictions examinent et rejettent les recours qui paralysaient l'enquête. « Le juge d'instruction a fini son dossier, il l'a transféré au procureur, le procureur prépare ses réquisitions, nous espérons que les réquisitions seront prêtes dans un délai qui pourrait varier dans un délai de 60 à 90 jours, explique Adel Nassar, ministre libanais de la Justice. Les réquisitions n'ont pas une force obligatoire à l'égard du juge d'instruction. Le juge d'instruction, une fois ses réquisitions faites, transférera le dossier au tribunal compétent, et à ce moment-là on passera à l'étape du procès en attendant le jugement. » À lire aussiExplosion du port de Beyrouth: l'instruction du juge Tarek Bitar malmenée par le Hezbollah « On ne peut pas se dire que la justice n'arrivera pas, parce que ce serait juste invivable » En 2021, Human Rights Watch avait mené sa propre enquête. Ramzi Kaiss, chercheur pour l'ONG, raconte ce que l'on sait et les zones d'ombre qui persistent autour de l'acheminement de plus de 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium au port de Beyrouth : « Plusieurs officiels libanais savaient que du nitrate d'ammonium arrivait au port de Beyrouth, savaient les dégâts que ça pouvait causer aux populations civiles autour, ils avaient le pouvoir de le faire enlever ou de le stocker de manière à ne pas mettre la vie d'autrui en danger. Ils ont failli à le faire. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas. Le nitrate d'ammonium devait-il aller à Beyrouth et y être déchargé ? Le nitrate d'ammonium devait-il servir à autre chose qu'à être stocké au port de Beyrouth ? Utilisé par qui ? Qui voulait que ce nitrate d'ammonium soit à Beyrouth ? » À lire aussiExplosion au port de Beyrouth: «La justice doit dire la vérité» sur cet «acte criminel et volontaire», selon Melhem Khalaf Paul Naggear, père d'Alexandra, une petite fille de trois ans tuée dans l'explosion, ne cesse de se battre pour qu'un jour la justice soit rendue et pour connaître la vérité. « On ne peut pas se dire que la justice n'arrivera pas, parce que ce serait juste invivable. Et on vit comme ça depuis le 4 août 2020. Donc, on continuera à lutter jusqu'à ce que ça arrive. C'est vrai qu'il y a un gouvernement aujourd'hui qui est en mesure d'exercer ses fonctions, mais ça peut changer très rapidement, c'est pour ça aussi qu'on a ces craintes et qu'on veut faire avancer les choses le plus rapidement possible. C'est une crainte qui reste, mais l'optimisme sera toujours là. » Le président de la République, Joseph Aoun, a appelé le juge d'instruction à publier l'acte d'accusation, une nécessité qui ne peut plus attendre, a-t-il estimé. À lire aussiL'explosion du port de Beyrouth raconté par Hala Moughanie, lauréate du Prix France-Liban

Alors que l'Europe et la France en particulier traversent une période de canicule sans précédent, dans des pays déjà habitués aux fortes chaleurs, on tente également de s'adapter au réchauffement climatique. C'est notamment le cas de la ville de Sydney, en Australie, où l'un des moyens envisagés pour faire baisser la température, c'est d'aménager des voies vertes, autrement dit, des pistes cyclables couvertes par des arbres, pour relier entre eux les différents quartiers d'une ville qui reste essentiellement pensée pour l'automobile. Loin de seulement apporter du confort et de la fraîcheur aux habitants, ces voies vertes pourraient également réduire les dépenses de santé de plusieurs centaines de millions d'euros par an. De notre correspondant à Sydney, Et si le secret, pour survivre dans une jungle de béton, c'était de planter des arbres ? Ce ne sont en tout cas pas les utilisateurs de la Inner West Greenway, une voie verte de 6 km ouverte en décembre dernier, presque entièrement abritée sous des arbres, qui longe d'anciennes canalisations, qui diront le contraire. À l'image de Lili, qui y passe une bonne partie de son temps libre. « Je viens marcher ici quasiment tous les jours, c'est super ! Depuis l'ouverture, il y a tellement de gens qui l'utilisent, ça fait prendre conscience à quel point nous avions besoin de ce genre d'espace. En particulier, ici, proche du centre-ville, pour les gens qui vivent en appartement. » C'est également le constat du comité pour Sydney, un laboratoire d'idées qui a récemment appelé les autorités à construire beaucoup plus de voies vertes, à la fois pour rendre la ville plus cyclable, mais aussi, et surtout, pour la rendre plus fraîche. En particulier dans les banlieues ouest, à la fois très bétonnées et éloignées du littoral, où les coûts engendrés par les journées de forte chaleur sont énormes. C'est ce que rappelle Sam Kernaghan, directeur de la politique de résilience au comité pour Sydney. « Les coûts économiques, seulement pour l'ouest de Sydney, des journées de chaleur extrême, sont de 900 millions d'euros par an. Cela inclut les dépenses de santé pour les familles, les dépenses supplémentaires pour se rafraichir, comme la climatisation, mais aussi les coûts en termes de baisse de productivité. » À lire aussiLe changement climatique s'accélère en Australie, où le réchauffement dépasse le seuil de 1,5°C Des îlots et des corridors de fraîcheur face à l'urbanisation galopante Des journées de chaleur extrême, c'est-à-dire où le thermomètre affiche plus de 35 degrés, il pourrait y en avoir deux fois plus qu'aujourd'hui d'ici à 2050 dans l'ouest de Sydney, où, en période de canicule, la température est déjà 5 à 10 degrés plus élevée qu'à l'est de la ville, situé en bord de mer. Et alors que la population augmente et que la ville se densifie, il est essentiel pour Sam Kernaghan d'accompagner ce développement avec des îlots et des corridors de fraîcheur. « Il nous faut donner à cette population qui grandit accès à des endroits où ils peuvent nager, marcher, faire de l'exercice, qui sont au frais, accessibles à tous. » Les villes, et leurs habitants, ont tout à y gagner. Avoir accès à des espaces verts a de fait un impact positif scientifiquement prouvé sur la santé mentale. Et leur démultiplication à Sydney pourrait également y faire considérablement réduire les dépenses de santé. De l'ordre de 600 millions d'euros par an selon le Comité pour Sydney, dont l'estimation ne prend en compte que les maladies cardiovasculaires, aggravées par la chaleur.

Le Pakistan n'est sans doute pas le premier pays qui vient à l'esprit quand on parle de musique électronique. Et, pourtant, à Karachi, la plus grande ville du pays, une scène « underground » s'est développée ces dernières années. Avec une nouveauté : l'arrivée de femmes DJ, de plus en plus nombreuses malgré les tabous. Car dans ce pays aux valeurs traditionnelles, la musique religieuse et dévotionnelle occupe une place centrale, et la scène électronique reste souvent associée à des comportements jugés immoraux et aux influences occidentales. De notre correspondante à Karachi, Ondine de Gaulle En pleine nuit, dans les environs de Karachi, les basses résonnent sur la plage. Une centaine de jeunes dansent dans une villa face à la mer, éclairés par les stroboscopes. Ici, les invités ont été soigneusement sélectionnés : la fête est clandestine. Aux platines, Chiara. Casque sur les oreilles, la DJ de 23 ans fait monter le rythme. Il y a encore quelques années, les femmes DJ se comptaient sur les doigts d'une main au Pakistan. Aujourd'hui, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer. Mais, pour beaucoup, la scène électronique reste associée au monde de la nuit et à la débauche, comme l'explique Chiara, après son set. « Comme nous vivons en République islamique du Pakistan, beaucoup de gens ici considèrent la fête comme une activité illicite. Le fait que des filles portent des vêtements courts, que des filles et des garçons se mélangent ou dansent, c'est mal vu. Une partie de la société considère que ces soirées relèvent presque de l'œuvre du diable. » Un nouveau concept pour continuer la fête : les fêtes sobres, ou « halal » Ces fêtes clandestines sont aussi dans le collimateur des autorités. La police multiplie les descentes au nom de la lutte contre l'alcool, les drogues ou les atteintes à la morale publique. Depuis un commissariat du centre-ville, Syed Ali Hassan, officier de police, assume cette politique de tolérance zéro. « Ce n'est pas seulement illégal, ce sont des activités démoniaques. Même si ces fêtes sont organisées clandestinement, nous prendrons des mesures. » Pour continuer à faire la fête, un nouveau concept s'est développé ces derniers mois : les fêtes sobres, ou « halal », organisées en journée. Dans une rue d'un quartier huppé de Karachi, en plein milieu de l'après-midi, la façade d'un café ne laisse rien deviner. Mais, une fois la porte franchie, changement d'ambiance : des dizaines de jeunes hommes et femmes dansent sur de la musique pop, café à la main. C'est Sarah Aijaz qui mixe aujourd'hui. Pour cette actrice et DJ, ces événements, tolérés par les autorités, offrent un cadre plus viable pour la scène électronique. « Ces fêtes sobres qui se développent sont accessibles à plus de monde, les gens s'amusent quand même, et ça apprend aussi aux gens à ne pas associer systématiquement la musique à la drogue. On voit des femmes DJ qui jouent dans les "coffee rave", mais il n'y en a pas beaucoup sur la scène underground, parce que ces événements finissent souvent tard. Mais, ici, je pense que c'est assez sûr pour les femmes. » Dans un pays où les femmes disposent rarement des mêmes libertés que les hommes, celles qui mixent aujourd'hui sont souvent issues de la jeunesse urbaine anglophone et aisée, qui a les moyens de s'affranchir des normes sociales. À lire aussiAu Pakistan, chanter peut vous coûter la vie

En Bolivie, on cultive la feuille de coca depuis des siècles et sa production est en partie légale. Pendant 20 ans, la gauche a mené des politiques favorables à cette culture, mais depuis plusieurs années, la production illégale pour le narcotrafic est en augmentation. Avec le retour de la droite au pouvoir fin 2025, c'est une nouvelle stratégie qui est mise en place : discours de fermeté et rapprochement idéologique et financier avec les États-Unis pour lutter plus frontalement contre le narcotrafic. Comment cette évolution se traduit-elle sur le terrain ? Nils Sabin a suivi des policiers et des militaires qui réalisaient une opération d'éradication de cultures de coca. De notre correspondant à La Paz, Le jour se lève à peine dans cette région de jungle de montagne, à plusieurs heures de route de La Paz. Et, déjà, le campement militaire temporaire fourmille d'activités. Pendant cinq jours, militaires et policiers réalisent des opérations d'éradication de cultures de coca illégales dans la zone. Ernesto est l'un des gradés en charge de ce travail, il a requis l'anonymat : « On forme notre colonne de sécurité et ensuite, on se rend sur le site d'éradication. Là-bas, nous, les policiers, avons la charge de la sécurité et les soldats sont ceux qui s'occupent de l'éradication ». Un tiers de la production de coca en Bolivie est illégal Derrière nous, on entend les soldats qui déracinent les plants de coca avec des pioches. Ils vont travailler sur cette parcelle toute la matinée, nous explique un autre soldat : « Ils se sont mis en ligne d'un point à un autre, et ils vont éradiquer jusqu'en haut. Je pense sur une distance d'environ 100 mètres ». Ces opérations sont essentielles pour limiter la production de coca dans le pays : en 2024, la Bolivie en comptait 35 000 hectares, dont un tiers est illégal et donc à destination de la production de cocaïne. Ici, l'éradication est réalisée en concertation avec les producteurs locaux pour limiter les tensions, c'est l'une des mesures qui ont été mises en place par la gauche dans les années 2000. « Dans les zones où un accord a été conclu, comme vous pouvez le voir, le propriétaire de la plantation de coca est présent. C'est donc lui qui indique quelle parcelle va être rationalisée. Il y a donc un consentement de la part des membres de la communauté, mais dans les zones rouges, cet accord n'existe généralement pas et les gens réagissent de manière hostile », explique Ernesto. À lire aussiBolivie: le pays rêve d'exporter sa production de feuille de coca Éradication de coca : « Quel que soit le gouvernement, c'est pareil » Malgré le revirement opéré par le président Rodrigo Paz sur les questions de narcotrafic, ces opérations coordonnées d'éradication de coca n'ont pas été modifiées. C'est ce qu'explique Gonzalo, le représentant des producteurs de coca de la zone : « J'ai vu passer Morales, Arce, Añez, quel que soit le gouvernement, c'est pareil. Avec Rodrigo Paz, le fonctionnement est le même, on n'a pas vu de changements ». Quant au rapprochement avec les États-Unis, il a conduit au retour de la DEA, l'agence antidrogue américaine, dans le pays. Et, fin juillet, une aide de 20 millions de dollars à la Bolivie pour lutter contre le narcotrafic a été signée. Mais cela ne s'est pas encore traduit par des changements concrets. Daniel est l'un des fonctionnaires qui vient vérifier les superficies de culture de coca des producteurs : « C'est presque pareil qu'avant, nous sommes toujours 25 fonctionnaires pour toute la région de La Paz ». Si les discours et le ton du gouvernement ont bien changé, sur le terrain, ces évolutions se font encore attendre. À lire aussiLe retour de la droite au pouvoir en Bolivie, promesse d'une lutte frontale contre le narcotrafic?