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Avez-vous déjà entendu parler de l'agrivoltaïsme ? Cette pratique consiste à combiner, sur le même terrain, la production d'énergies renouvelables et de produits agricoles. En Australie, on compte ainsi de plus en plus d'élevages de moutons paissant sous des panneaux solaires. Et le plus étonnant, c'est que dans ces conditions, la production de laine ou de viande est plus importante et de meilleure qualité que sur une prairie vierge. Reportage à Dubbo, à environ 400 kilomètres à l'ouest de Sydney. De notre correspondant à Sidney, De loin, cela ressemble à n'importe quelle centrale photovoltaïque. Sur une cinquantaine d'hectares, plus de 30 000 panneaux solaires suivent du matin au soir la course du soleil. Mais en y regardant de plus près, une centaine de moutons broutent et se reposent à l'ombre de ces panneaux. Pour leur éleveur, Tom Warren, le mariage de ces deux activités, c'est d'abord une nouvelle source de revenus : les loyers versés par l'entreprise qui exploite la centrale solaire, qui ne dépend ni de la météo ni des prix du marché. Mais très vite, il y a vu d'autres bénéfices : « Quand il pleut, l'eau tombe sur les panneaux solaires puis coule depuis leurs extrémités, ce qui crée de longues bandes de très bonne herbe verte grâce à la concentration de l'eau le long de chacune des rangées de panneaux solaires. » Qui plus est, l'ombre apportée permet à cette herbe de rester verte plus longtemps et à la terre de conserver un certain niveau d'humidité, même en plein été. Résultat : pour Tom Warren, les affaires n'ont jamais été aussi bonnes. « La laine est plus propre et de meilleure qualité. Et dans l'ensemble, notre chiffre d'affaires issu des moutons qui paissent sur la ferme solaire a augmenté de 15% », apprécie-t-il. L'agrivoltaïsme, une pratique en plein essor Une association gagnante également pour l'entreprise française qui exploite la centrale solaire, Neoen, car les moutons, en broutant, réduisent considérablement ses frais d'entretien. À tel point d'ailleurs que des élevages de moutons sont désormais présents sur toutes les centrales solaires qu'exploite Neoen en Australie, tout comme la plupart de leurs concurrents. C'est ce qu'affirme Emily Walker, directrice de Neoen pour la Nouvelle-Galles du Sud : « Tout le secteur bouge très vite sur ce sujet, car nous vivons dans un monde où il n'est plus possible de découpler la terre de son usage agricole historique et de la production d'énergie solaire. » D'ailleurs, l'agrivoltaïsme en Australie ne se limite plus à l'élevage. Des panneaux solaires ont ainsi été déployés sur des vignes dans différentes parties du pays, pour l'instant à titre expérimental. Mais les agriculteurs ont beaucoup à y gagner. Selon un rapport du Clean Energy Council, entre les loyers perçus et les gains de productivité, ces derniers pourraient générer, grâce aux énergies renouvelables, 600 millions d'euros de revenus supplémentaires d'ici à 2030, et plus de 6 milliards à l'horizon 2050. À lire aussiSix États à surveiller pour l'équilibre agricole et alimentaire mondial

Alors que 2025 a été une mauvaise année pour le whisky, 2026 pourrait s'annoncer semblable, voire pire. Depuis trois ans, la boisson écossaise perd chaque année une part de son chiffre d'affaires. En cause : la diminution de la consommation d'alcool dans le monde, et en particulier celle des jeunes générations, mais il y a aussi les taxes douanières états-uniennes, premier pays d'exportation du whisky écossais. De 10 % en 2025, elles sont passées à 15 % la semaine dernière. Ces atermoiements économiques de Donald Trump mettent à mal une industrie vitale pour l'Écosse et lucrative pour Londres. Dans un des entrepôts de la distillerie Fettercairn, dans les Highlands, des milliers de barils vieillissent 16, 22, voire 46 ans avant d'être mis en bouteille. Ce whisky, qui vient de fêter son 200e anniversaire est parti à l'assaut des États-Unis l'an dernier avec ses productions les plus rares, et ce malgré les taxes douanières imposées par Donald Trump « On s'est lancé aux États-Unis avec des whisky de plus de 24 ans. Donc nos bouteilles de 24, 28, 40, 46 ans. Et honnêtement ça a vraiment bien marché et nos whiskies ont reçu de bonnes critiques », dit Stewart Walker, responsable de la distillerie. Avec des prix allant de 675 livres, qui peuvent rapidement monter à 3 450, 9 000, et 20 000 livres, la marque a ciblé les États les plus riches avec des clients qui pouvaient se permettre 10 % de plus sur ces prix déjà élevés : New York, la Californie, et la Floride. Cette année, Fettercairn tente le reste du catalogue, dont le premier prix est à 60 dollars. Mais d'autres exportateurs de whisky ont beaucoup plus de difficultés. Le géant Diageo - qui possède les marques Johnny Walker ou Talisker - a réduit sa production à cause du recul de la demande. Au sein du groupe Suntory, deux distilleries (Laphroaig et Bowmore) ont même ouvert des plans de départ volontaire. En cause : une baisse de la consommation d'alcool dans le monde et la baisse significative des ventes de whisky écossais aux États-Unis. « Nous avons évidemment subi l'imposition des nouvelles taxes de 10 % en avril dernier, explique Emily Weaver Roads qui fait partie de l'association écossaise du whisky. Depuis cette date, nos exportations de whisky ont chuté de 15 % en volume. Les grandes distilleries ont des investissements et des connexions importantes aux États-Unis, mais nos petits producteurs ont aussi des employés et des investissements aux États-Unis. Alors, ces taxes ont un impact en particulier sur les plus petits producteurs pour qui les États-Unis sont vraiment un marché essentiel », explique-t-elle. À lire aussiEn Écosse, les droits de douane états-uniens inquiètent le marché du whisky « Parler de crise dans l'industrie du whisky est un peu fort » Reste que, selon Carolyn Watt, qui travaille pour le groupe Whyte and Mackay, derrière la distillerie de Fettercairn, la crise n'est peut-être que conjoncturelle : « Parler de crise dans l'industrie du whisky est un peu fort. Je pense que cela a ralenti, mais avec le Covid-19, les ventes étaient au plus haut, et peut-être que des gens pensaient que cela allait toujours durer, et du coup ils ressentent une crise. Mais je pense que l'on retourne à un niveau plus stable. Vous savez, c'est une industrie du long terme. Même si on a des fluctuations, il faut toujours penser sur 20 ans. » Mais pour les distilleries qui n'exportent pas outre-Atlantique, là aussi les temps sont durs. La distillerie de Angus, à Dundee, a annoncé une perte de 25 % de son chiffre d'affaires, par exemple. Les ventes ont beau augmenter, mais les taxes britanniques ont, elles, triplé. Ces taxes représentent aujourd'hui 70 % du prix d'une bouteille de whisky. À lire aussi«Dry January»: le marché mondial de l'alcool face à un tournant économique historique

Jeudi 26 février à Buenos Aires, une dizaine de militants de Greenpeace ont été interpellés après s'être brièvement introduits dans le Parlement argentin pour protester contre un projet de loi qui vise à réduire la protection des glaciers du pays. Déjà menacés par le changement climatique, les glaciers argentins sont dans le collimateur de Javier Milei. Climatosceptique notoire, le président ultralibéral veut passer la loi de protection des glaciers à la tronçonneuse pour ouvrir la voie à l'industrie minière. Jeudi, les sénateurs argentins devaient examiner un projet de flexibilisation de la loi. Dans la province de San Juan, la population locale se mobilise pour préserver l'eau face aux appétits miniers. De notre correspondant de retour de San Juan, Nous sommes au cœur de la cordillère des Andes, à plus de 4 000 mètres d'altitude. Le vent souffle fort, mais l'oxygène commence à se faire rare. Autour de nous, des montagnes aux tons ocre, brun, presque pourpre. Et, au fond, une grande tache blanche : le glacier de San Lorenzo, au sud de l'Argentine. Silvio Pastore est glaciologue à l'université de San Juan : « Aujourd'hui, il est dans un processus continu de dégradation, et nous allons le voir disparaître presque entièrement. » Des roches aux reflets ambrés attirent son attention. Leur couleur, leurs textures, leur poids : tout indique que la zone est riche en minerais, assure-t-il, et pas n'importe lesquels. Cuivre, or, argent… À écouter aussiLes glaciers argentins : la fièvre de l'or rouge Pour Silvio Pastore, la présence de ces minerais pose un dilemme. Depuis 2010, les 17 000 glaciers argentins sont protégés par la loi, tout comme les sols congelés des zones périglaciaires. Or, ces dernières sont souvent riches en cuivre, un métal crucial pour la transition énergétique, et donc pour la lutte contre le réchauffement climatique et la fonte des glaciers : « Je suis actuellement dans une zone périglaciaire, la loi interdit l'activité minière ici. Mais je peux voir à l'œil nu et démontrer scientifiquement qu'une grande partie de ces montagnes ne contiennent ni eau ni glace. Donc logiquement, il y a des zones qui peuvent être libérées. » Silvio Pastore est membre d'un think tank proche du lobby de l'industrie minière, qui assure que 17 milliards de dollars d'investissements dépendent de la flexibilisation de la loi voulue par Javier Milei. En aval, des habitants inquiets et méfiants À une cinquantaine de kilomètres en aval du glacier de San Lorenzo, les habitants de la petite ville de Jachal se sont organisés en assemblée citoyenne pour défendre leur rivière. Après 20 ans de cohabitation avec la mine d'or Veladero, Carolina Caliva ne croit plus aux promesses de l'industrie minière : « Ils sont arrivés avec leur petit refrain sur le plein emploi et le développement durable. La réalité, c'est que notre ville est aussi pauvre qu'avant, si ce n'est plus. » Carolina fait référence aux scandales de contamination au mercure de la rivière Jachal qui ont éclaboussé la mine Veladero à plusieurs reprises. À lire aussiArgentine : des opposants au président Milei se mobilisent pour la protection des glaciers Omar Aciar est agriculteur. Il nous montre la terre sèche et craquelée de son champ de luzerne. Si l'industrie minière continue de se développer dans la région, dans dix ans, il sera impossible de cultiver quoi que ce soit à Jachal, assure-t-il : « Que va-t-on laisser à nos enfants ? Nous n'avons déjà presque plus d'eau potable, les puits sont quasiment à sec. Dans ce contexte, comment pourrait-on sacrifier nos glaciers ? C'est pourtant évident que l'eau, c'est la vie. »

L'attentat antisémite de Bondi, qui a endeuillé l'Australie le 14 décembre dernier, pourrait fracturer plus profondément le pays. Malgré une politique migratoire très stricte, l'Australie se faisait le champion du multiculturalisme. Ainsi, certains signes inquiètent : forte progression du parti d'extrême droite One Nation, progression des groupuscules néo-nazis, mais aussi une multiplication des actes racistes, ciblant en particulier la communauté musulmane. De notre correspondant à Sidney, À la mosquée de Lakemba, la plus grande d'Australie, située dans la banlieue ouest de Sydney, c'est la dernière prière du vendredi avant le début du ramadan. Cette année, le cœur n'est pas à la fête. La mosquée a reçu deux lettres de menaces en à peine dix jours et sa page Facebook est noyée sous les commentaires haineux et insultants. D'après Jamal Kio, le porte-parole de l'association qui gère le lieu de culte, les fidèles aussi sont victimes de cette haine. « Certains se font insulter, d'autres se font cracher dessus et des femmes se font arracher leur voile, témoigne-t-il. Cette forme de racisme direct, qui devient violent, est inquiétante. » Lubna, qui fréquente régulièrement la mosquée, n'a pour sa part pas subi ce genre de violences, mais cela ne l'empêche pas de vivre dans la peur. « Je vis dans un quartier musulman, donc je ne me sens pas rejetée ou mise à l'écart. Mais si je devais sortir de ce quartier, je ne me sentirais pas en sécurité, affirme-t-elle, et je me sentirais en danger parce qu'après ce qui s'est passé en décembre, tout le monde accuse les musulmans. » À lire aussiAustralie: au moins 16 morts dans une fusillade visant la communauté juive à Sydney, dont un assaillant Un racisme ancré historiquement Ce sentiment, partagé par la communauté musulmane, se traduit également dans les intentions de vote. Un récent sondage crédite ainsi One Nation de 26 % des voix, un niveau encore jamais atteint par ce parti d'extrême droite, qui, depuis trente ans, dénonce l'immigration non européenne. Plus inquiétant encore, des groupuscules néo-nazis gagnent eux aussi en popularité. « Ils ont probablement doublé leur nombre en 2025 et pour eux, Bondi, c'était comme un trophée, analyse Kaz Ross, qui étudie depuis des années l'activité de ces groupes en ligne. Parce que leur argument, c'est de dire que ce massacre n'aurait pas eu lieu s'il n'y avait pas eu de juifs et de musulmans. Nous devons réintégrer tous ceux en Australie qui ne sont pas des Blancs d'ascendance européenne. » Face à ce danger et suite à l'attentat de Bondi, le gouvernement a durci ses lois réprimant les discours de haine, ce qui a entraîné la dissolution du plus connu des groupes néo-nazis, le Réseau national socialiste. Reste que pour Jordan McSwiney, spécialiste de l'extrême droite, le gouvernement pourrait mieux faire pour combattre le racisme : « On ne peut pas combattre efficacement le racisme en isolant une forme particulière de racisme, comme l'antisémitisme ou l'islamophobie, défend-il. Elles font partie d'une forme plus large de racisme et de suprématisme blanc qu'il faut absolument combattre. » De fait, la forme la plus négligée de racisme est aussi la plus ancienne, c'est le racisme qui cible les Aborigènes. Le 26 janvier dernier, à Perth, un homme a jeté une bombe artisanale en plein milieu d'un rassemblement aborigène, qui n'a heureusement pas explosé. Animé par des idées racistes, il a été inculpé pour terrorisme. À lire aussiAustralie: les Aborigènes victimes d'un «génocide», l'État du Victoria face à son histoire

Sécheresse, record de températures, incendies… En Espagne, le changement climatique est particulièrement inquiétant ces dernières années. Le pays se veut le potager de l'Europe, et ses agriculteurs sont les premiers touchés par ces changements. Depuis 20 ans, ils constatent une dégradation de leur production : baisse de production, altération de la texture… En Catalogne, la production de pommes a baissé de 8 % en 2025. C'est pour pallier à cette crise que les producteurs ont demandé aux scientifiques de les aider à pérenniser leurs cultures en créant des variétés de fruits résistantes aux multiples effets de l'évolution du climat, comme des températures de 40 degrés ou la prolifération de parasites. À lire aussiEn France, la recherche de nouvelles variétés de pommes pour diminuer les pesticides

Depuis l'invasion de l'Ukraine il y a 4 ans, Belgrade a accueilli entre 200 000 et 300 000 Russes, attirés par une politique de visa souple, des liaisons aériennes quotidiennes ainsi que certains liens historiques et culturels entre ces pays de religion orthodoxe. Beaucoup y ont ouvert des entreprises, des restaurants, et tous disent profiter d'une nouvelle liberté et d'un accueil chaleureux. Même si les relations de la Serbie avec Moscou pèsent sur leur avenir. Un reportage de notre correspondant de retour de Belgrade à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiÀ la Une : la fuite autoritaire s'accélère en Serbie

En Équateur, seules trois entreprises sont habilitées à recycler les déchets électroniques. C'est ainsi qu'ils s'accumulent, du continent jusqu'aux Galapagos. L'une d'entre elles, Vertmonde, a recyclé 680 tonnes de déchets électroniques l'an dernier à Quito. De notre correspondant à Quito, En Équateur comme ailleurs, les appareils électroniques, tels que les ordinateurs ou les portables, passent souvent des parents aux enfants. Mais tous finissent par arriver à la fin de leur vie. « Les études montrent que l'Équatorien moyen achète quatre appareils technologiques et produit six kilos de déchets électroniques à l'année, explique Belén Rosales, gérante des opérations de l'entreprise Vertmonde. Cela va de la montre intelligente à la télécommande qui ne marchent plus, les nouveaux écouteurs, le téléphone portable ou un nouvel ordinateur. » Résultat, des dizaines de milliers de tonnes de déchets électroniques dont le pays ne sait trop que faire. Et ce d'autant qu'il ne compte que sur trois compagnies spécialisées dans ce domaine et une culture tout juste naissante du recyclage, selon l'ingénieure environnementale Melyna Terán. « Je crois que notre éducation ne nous a pas habitués au recyclage, analyse-t-elle. Récemment, les gens ont commencé à récupérer les cartons, les résidus organiques et les plastiques, mais pas les déchets électroniques alors que c'est définitivement plus nécessaire que jamais. » À écouter dans 8 milliards de voisinsDéchets: comment passer du «tout jetable» au «tout réparé» ? Une loi qui encadre les activités de recyclage Rendre notre monde plus vert, c'est l'objectif des trois fondatrices de Vertmonde, Belén, Jhoanna et leur mère. En Équateur, la loi dite REP, pour Responsabilité étendue du producteur, encadre les activités de recyclage de déchets électroniques. « Selon la loi REP, les entreprises ont l'obligation de payer pour le recyclage de 0,5 % des déchets électroniques qu'elles produisent, ajoute Belén Rosales. C'est très peu. Pour le reste, elles souhaitent être payées. Elles savent qu'il y a des éléments précieux à l'intérieur des appareils électroniques et elles veulent en tirer parti. » Un chiffre de 0,5% qui peut être révisé à la hausse tous les 4 ans. Eduardo Vera, technicien de l'entreprise, reconditionne également les ordinateurs qui arrivent en bon état. « Je révise composant par composant les ordinateurs, les processeurs et les écrans. J'évalue l'état du ventilateur, de la mémoire RAM, je vois s'il est possible de reconditionner la machine, décrit le technicien. Si c'est possible, je vais récolter les pièces manquantes des autres ordinateurs qui arrivent au laboratoire. » Vertmonde s'est également mobilisée pour aider les collectivités isolées des Galapagos. « Aux Galapagos, nous avons un projet avec des entreprises privées, la Chambre de commerce et d'industrie et des mairies, liste Belén Rosales. Toutes ont des déchets électroniques mais elles les accumulent car elles ne savent pas quoi en faire. Donc chaque fois que Latam a de la place dans ses avions, elle amène des déchets sur le continent où nous les traitons. » Aujourd'hui, l'Équateur ne recycle que de 3 à 5 % de ses déchets électroniques contre 8 % pour le Costa Rica ou 25 % pour la Colombie. À lire aussiEnvironnement: les déchets électroniques et dangereux au centre d'une conférence internationale à Genève

Au Québec, le Premier ministre, François Legault, s'apprête à quitter le pouvoir après sept ans à la tête de la province. Il laisse derrière lui une réforme linguistique majeure qui impose le français au monde des affaires. Des enseignes extérieures aux logiciels et communications internes, tout doit être disponible dans la langue officielle. Présentée comme un rempart pour la survie du français en Amérique du Nord, cette réforme bouscule aujourd'hui certaines entreprises longtemps portées par le bilinguisme à Montréal. De notre correspondante au Québec, Dans les studios de jeux vidéo à Montréal, comme dans de nombreuses entreprises internationales, l'anglais était souvent la langue commune de travail. Aujourd'hui, même les messages internes doivent être en français. « On est à la recherche de traducteurs, explique Arielle Mathieu du Conseil du patronat du Québec. Dans le contexte d'une pénurie de main-d'œuvre, c'est encore plus difficile pour les entreprises de s'adapter à cette nouvelle réglementation. » Cette obligation découle de la réforme linguistique adoptée par le gouvernement québécois en 2022. Elle fait du français, déjà langue officielle de cette province du Canada, la langue officielle de l'entreprise. Depuis juin 2025, aucune société de 25 employés et plus ne peut y échapper. « On avait énormément d'entreprises qui n'étaient pas prêtes, qui n'avaient pas commencé leur démarche de francisation », poursuit Arielle Mathieu. En fait, ce n'est pas la langue des salariés qui change, mais celle de l'entreprise. Elles peuvent toujours embaucher un ingénieur venu de Berlin ou de San Francisco, mais désormais, c'est à lui de s'adapter au français et non l'inverse. « Ce sont de réels freins pour recruter des talents étrangers sur notre territoire », assure encore Arielle Mathieu. La loi s'impose aussi dans l'affichage commercial. Elle concerne tout ce que voient les clients : emballages, sites internet et vitrines, où le français doit maintenant être prédominant. « Il faut changer l'affichage. Ça coûte cher », précise l'avocat Me Jean-Philippe Mikus. Il accompagne des dirigeants dans leur mise en conformité : « Pour un client, on était dans les centaines de milliers de dollars, parfois plus d'un million. Évidemment, lorsqu'on parle de chaînes, ça démultiplie les frais. » Jusqu'à 30 000 dollars d'amende À ces coûts s'ajoute la pression de l'Office québécois de la langue française, chargé de faire respecter la loi. Pour l'instant, il privilégie l'accompagnement. Mais la menace est réelle : jusqu'à 30 000 dollars d'amende, qui peuvent se répéter tant que l'infraction persiste. « C'est un fardeau extrêmement lourd, explique Me Mikus. Il y a plusieurs entreprises qui se disent : "Je ne vendrai pas au Québec" tout simplement », ajoute l'avocat. Certaines marques ont retiré le Québec de leurs boutiques en ligne, faute de site en français. Un signal d'alarme pour Michel Rochette, du Conseil canadien du commerce de détail : « Ça met un grand cercle rouge autour du Québec. C'est beaucoup de règles qui sont uniques au monde et qui rendent extrêmement périlleux le fait de faire affaire ici. » Mais pour le Premier ministre québécois, François Legault, toutefois, l'enjeu dépasse l'économie : « Le Québec forme une nation, mais qui est, en proportion, petite en Amérique du Nord, qui sera toujours vulnérable. » Son pari politique pour la survie culturelle bouscule l'écosystème d'affaires de Montréal, une ville habituée à faire du bilinguisme sa marque de commerce. À lire aussiCanada: la langue française en perte de vitesse au Québec

À l'heure des changements géopolitiques, l'Autriche, pays neutre, entend renforcer son armée. Le pays est l'un des rares en Europe où le service militaire est encore obligatoire. À partir de 18 ans, chaque jeune Autrichien doit effectuer six mois de service militaire ou, s'il le refuse, neuf mois de service civil. Une commission nommée par le ministère de la Défense préconise aujourd'hui d'allonger à huit mois ce service militaire et d'y ajouter deux mois d'exercices militaires obligatoires à faire avant leurs 30 ans. Une réforme urgente et nécessaire, selon cette commission, sur laquelle le chancelier autrichien s'est dit favorable à un référendum. Dans la caserne viennoise Maria-Theresien, Lorenz, 18 ans, nous montre fièrement sa chambre, qu'il partage avec ses camarades. Lits impeccables, placards rangés : tout y est très ordonné. Le jeune homme effectue son service militaire depuis octobre dernier, comme 16 000 recrues chaque année en Autriche. La commission nommée par le ministère de la Défense souhaite faire passer de six à huit mois le service militaire et de neuf à douze mois le service civil. Un allongement conséquent donc, mais que Lorenz juge nécessaire aujourd'hui, bien conscient, malgré son jeune âge, que la situation actuelle l'exige. « Après quelques mois de service militaire, ma mère m'a demandé : "Lorenz, te sens-tu prêt avec cette formation ? Penses-tu que tu en auras besoin un jour ?" Ça fait réfléchir, surtout en cette période de tension. Défendre ma patrie, que ce soit l'Autriche ou l'Europe, me tient énormément à cœur, car quand on a quelque chose qui offre autant de liberté, autant de possibilités, je trouve qu'on doit apporter sa contribution. » Disposer de plus d'hommes et mieux formés L'armée autrichienne repose sur un système de milice, c'est-à-dire de soldats non professionnels, mobilisables en cas de besoin. Mais aujourd'hui, seule une partie des conscrits rejoignent ensuite la milice. La commission recommande qu'à l'avenir, cela soit automatique en imposant à tous les conscrits deux mois d'exercices de milice obligatoires qu'ils devront effectuer dans les dix ans suivant leur service militaire. L'objectif est clair : disposer de plus d'hommes et mieux formés. C'est la clé pour un changement de paradigme, selon le lieutenant-colonel Norbert Lick. « Nous avons déjà obtenu une augmentation du budget de la défense. C'était une première étape. Le personnel en est une deuxième. Mettre en place ces changements amènerait une prise de conscience au sein de la population, car ils concernent tous les citoyens de sexe masculin, tout le monde réalisera alors que les choses bougent. » « Pourquoi notre génération devrait-elle payer ? » Mais tous les jeunes ne sont pas favorables à cette réforme, à l'instar de Lorenz, lycéen viennois de 18 ans qui s'apprête, dans quelques mois, à faire son service civil. « Je doute fortement qu'une prolongation du service militaire puisse avoir un effet positif. Tout simplement parce que j'ai remarqué que de moins en moins de gens s'y intéressent et que de plus en plus préfèrent effectuer un service civil. Les temps ont changé, le monde a évolué, c'est vrai, mais je trouve que demander cela n'est pas tout à fait juste. Pourquoi notre génération devrait-elle payer pour les erreurs des générations précédentes ? » La commission, qui a travaillé six mois sur ce sujet, espère une loi rapide. Le chancelier autrichien, Christian Stocker, s'est dit pour cela favorable à un référendum.

La forêt amazonienne est encore perçue comme une jungle luxuriante, sauvage, peuplée de tribus autochtones. Mais la réalité est loin de cette image fantasmée. Elle souffre des activités humaines : près d'un quart de l'ancien poumon de la planète a déjà été déforesté. Elle est désormais proche d'un point de bascule, selon certains chercheurs. Un point de non-retour où la forêt serait définitivement perdue. Un risque pour le climat mondial, pour les ressources en eau de la région et pour la sécurité des populations, selon une note que vient de publier l'Observatoire défense et climat français. Jeanne Richard a survolé dans un petit avion à basse altitude l'État du Pará, en pleine Amazonie brésilienne. À 400 mètres d'altitude, ce qui frappe d'abord, c'est l'immensité de l'Amazonie qui s'étend à perte de vue. Mais de la forêt, ici, il ne reste que des bribes : « Cette zone-là, c'est ce qu'on appelle l'arc de déforestation où la plupart de la forêt a disparu. Il ne reste que très peu de forêt primaire, voire aucune. » Andrew Murchie travaille chez Greenpeace au Brésil. À bord du petit avion de l'ONG, ordinateur sur les genoux et l'œil rivé à son hublot, il est chargé de cartographier l'avancée de la déforestation. Au loin, il repère un panache de fumée : « Voilà un feu. Ils coupent la forêt et mettent ensuite le feu aux souches pour nettoyer et faire du pâturage pour le bétail. S'ils ne le font pas, la végétation repousse. Ils brûlent pour empêcher la forêt de se régénérer. » En-dessous de nous, sur la terre en friche, on voit d'innombrables petits points blancs. Ce sont des bovins vus du ciel. Le pays est le premier exportateur de viande de bœuf au monde. Un steak sur cinq consommé dans le monde est brésilien : « L'élevage est le premier facteur de déforestation en Amazonie. Ça a toujours été ainsi et ça va continuer. » En trois heures de vol, nous aurons vu la terre éventrée par les mines d'or, des parcelles de soja de centaines d'hectares, et encore et toujours des pâturages. Seul le survol de terres appartenant aux peuples autochtones nous a donné un aperçu de la grande forêt et de ses arbres majestueux. L'Amazonie pourrait se transformer en savane Une fois à terre, Christiane Mazzetti, spécialiste des forêts chez Greenpeace Brésil, nous attend sur le tarmac. Elle explique qu'en trois ans, depuis le retour du président Lula à la tête du pays, la déforestation a chuté de moitié. Mais 6 000 km² de forêt amazonienne ont quand même été détruits en 2025. Aux activités humaines s'ajoute la pression du réchauffement climatique : « Quand le bassin amazonien atteindra 20 à 25% de dégradation, alors des régions entières vont se transformer en un autre écosystème, beaucoup plus sec. On perdrait donc la biodiversité et plusieurs services environnementaux que nous rend la forêt, comme la captation du CO2 et les pluies… Et on se rapproche de ce point de non-retour. On en est très proche. » Passé ce cap, près de la moitié de la forêt amazonienne pourrait se transformer en savane. Selon l'Observatoire défense et climat, le bouleversement de l'environnement de l'économie et les conflits qui en découleraient représentent un risque majeur pour la sécurité de quelque 43 à 47 millions de personnes.

Depuis 30 ans, l'ONG israélienne Save a Child's Heart (Sauvez le cœur d'un enfant) soigne les enfants atteints de problèmes cardiaques originaires de différents pays, notamment africains. Les équipes soignantes forment également des médecins qui deviendront spécialisés en chirurgie cardiaque pédiatrique. RFI s'est rendu à l'hôpital pour enfants Sylvan Adams du Wolfson Medical Center à Holon, près de Tel-Aviv. De notre envoyée spéciale à Holon, Katherine a les traits tirés. Assise au chevet de son fils, hospitalisé dans l'unité de soins intensifs pédiatriques, elle raconte à voix basse comment elle est arrivée de Bangui, la capitale de la Centrafrique, quelques jours plus tôt, avec le petit Ebenzer. « Les docteurs ont dit qu'il a la tétralogie de Fallot, une malformation cardiaque congénitale. Il a un an et deux mois. Il va mieux, ils ont sauvé la vie de mon fils », raconte-t-elle. Le docteur Muulu fait partie de l'équipe de soignants. Ce chirurgien zambien est arrivé en Israël grâce à une bourse d'études, il y a deux ans. « Certains enfants ont besoin d'une chirurgie cardiaque en urgence. Hier, nous avons opéré un nouveau-né de huit jours. Il faut ouvrir la poitrine, réparer le cœur. Si vous n'agissez pas, l'enfant meurt », explique-t-il. Le docteur Muulu complète sa formation en chirurgie cardiaque, enchaîne les gardes, l'apprentissage de l'hébreu, mais garde le sourire : « On soigne tout le monde ici. Des enfants israéliens, mais aussi africains, palestiniens. Peu importe la couleur, la religion, un enfant est un enfant et il doit être soigné. » Après l'opération, les enfants poursuivent leur convalescence dans une maison d'accueil gérée par l'ONG Save a Child's Heart, près de Tel-Aviv, où nous rencontrons Sara. « Je suis la maman de Manu. Nous venons du Rwanda. Cela fait pratiquement trois ans et demi que nous sommes ici. Nous avons passé beaucoup de temps à l'hôpital, aux soins intensifs, parce qu'il a subi plusieurs opérations. Nous sommes avec lui, nous combattons », affirme-t-elle. Pour aider les parents déracinés, des volontaires israéliens comme Laxi viennent distraire les enfants malades. « On fait des gâteaux, de la peinture, etc. Je suis volontaire ici depuis trois mois. Je viens trois fois par semaine et c'est très chouette », s'enthousiasme-t-elle. Dans la maison d'accueil, la cuisine est commune, et les plats rappellent le pays. Toutes les mamans s'entraident malgré la barrière de la langue. Pour Sara, ce sont des moments de joie : « C'est à toi de préparer ce que tu veux, selon votre culture. Il y a toujours cinq ou six mamans. Tu demandes le sel, l'autre te montre le sucre. C'est du fun. » Depuis le tournage du reportage, Ebenzer et Catherine sa maman ont quitté les soins intensifs. La convalescence du petit garçon se passe bien. À lire aussiSoudan du Sud: l'ONG Save the Children suspend à son tour ses activités dans l'est du pays

Des négociations ont eu lieu à Genève, en Suisse, entre représentants russes, américains et ukrainiens, mardi 17 février 2026. Sur la table, il reste vraisemblablement des points sensibles. Parmi eux : un éventuel partage de l'oblast de Zaporijjia, l'un des territoires qui a le plus difficilement résisté à l'invasion russe en 2025. Ces dernières semaines, Moscou avance dangereusement vers la ville de Zaporijjia, à moins d'une quinzaine de kilomètres de la ligne de front. Les villages au sud de la cité sont évacués au fur et à mesure que les combats se déplacent. De notre envoyé spécial à Zaporijjia, En Ukraine, au sud de la ville de Zaporijjia, à sept kilomètres du front, un centre de réfugiés accueille les tout derniers déplacés par les combats. Une femme attend devant un bureau, des sacs sur ses genoux et son bonnet sur la tête. « Je viens d'une zone proche du front, à quelques kilomètres. La situation est terrible. Il y a sans arrêt des drones qui nous cherchent pour nous tuer. Même si on est habitué, c'est effrayant. Quand tu sors de ta maison, tu regardes le ciel et ça vole. Ou alors ça explose, lorsqu'il s'agit de l'aviation. Dans le centre de mon village, tous les magasins ont fermé. Il n'y a plus personne, seulement une petite épicerie et c'est tout. Les gens partent. Tous les enfants ont déjà évacué avec leurs parents », témoigne-t-elle. Un nouveau bus arrive chaque heure, apportant les derniers réfugiés. Le bâtiment accueille de nombreux services administratifs pour les préparer à la vie d'après. Les autorités ont donné une chambre à Vladimir, un homme arrivé il y a quelques jours, après avoir été forcé par les militaires à quitter sa maison. « Ils vont me reloger, je ne sais pas où. Je n'ai nulle part où aller. Je n'ai personne, se désole-t-il. La ligne de front est déjà au niveau de mon village. J'ai été évacué par les soldats ukrainiens. Jusqu'ici, j'étais resté chez moi. J'étais en train de me réchauffer près du poêle. D'un coup, la porte s'est ouverte. J'ai vu le canon d'une arme avec une lampe éblouissante. Je ne voulais pas partir, mais les militaires m'ont forcé à venir avec eux. On a fait des kilomètres, on est passé par plusieurs villages jusqu'à ce qu'ils me déposent ici. » Interrogé sur un éventuel retour dans son village, Vladimir se dit incertain : « Un jour peut-être. Quand la guerre se terminera. Mais je ne sais pas quand ça va se finir. Peut-être dans 20 ans. » À lire aussiGuerre en Ukraine: contre-offensive ukrainienne inédite depuis 2023, sur fond de coupures Starlink côté russe

Depuis la réouverture le 1ᵉʳ février du point de passage de Rafah entre l'Égypte et la bande de Gaza, les Palestiniens qui avaient trouvé refuge dans le pays voisin depuis le début de la guerre peuvent envisager un retour chez eux. Au Caire, l'ambassade de l'Autorité palestinienne enregistre les demandes de départ. Mais pour l'instant, les autorisations arrivent au compte-gouttes et la décision de rentrer reste lourde à prendre. De notre correspondant au Caire, Mahmoud Mohsen, 65 ans, visage résigné et djellaba usée, reçoit sur la banquette arrière de la voiture d'un ami, faute de mieux. « Chaque jour je dors dans un endroit différent. En Égypte, on vit comme des mendiants. Aucune organisation ne nous aide, il n'y a pas de travail, il n'y a rien. » Cet ouvrier agricole originaire de Jabaliya, dans le nord de l'enclave, avait été évacué il y a un an pour soigner un cancer du larynx dans un hôpital à deux heures du Caire. Sorti depuis six mois, il désespère de retrouver un jour ses proches. « Je souffre, je souffre, je souffre… Et je veux rentrer chez moi. Ça suffit les déplacements forcés. On a eu 1948, on a eu 1967. Ça suffit. Je veux rentrer même si je n'ai plus rien. Même si je sais que c'est pour aller sous une tente. Car ma maison de quatre étages a été détruite. Comme la ferme que je venais de construire. » À lire aussiRéouverture du passage de Rafah: rentrer ou rester, le dilemme des réfugiés gazaouis en Égypte « Je dois revenir. Je veux être sur place, pas agir à distance » Inscrit dès l'ouverture sur la plateforme de l'ambassade de l'Autorité palestinienne au Caire, il doit prendre son mal en patience. Car les entrées pour l'instant se font au compte-gouttes, quelques dizaines de personnes par jour, jamais plus. Dix jours après la réouverture du point de passage, seules 213 personnes avaient pu regagner l'enclave. Attablée dans un café de la banlieue chic du Caire, Andaleeb Adwan ne se fait pas d'illusion. « Si on doit attendre un ou deux mois, ce sera déjà une bonne chose. Mais je crains que ce soit bien plus long. J'ai le sentiment qu'ils laissent d'abord rentrer les blessés venus se faire soigner, en priorité ceux qui sont à Al Arish. Au Caire, je n'ai entendu parler de personne qui ait pu rentrer pour le moment. » Fondatrice et directrice d'une organisation citoyenne à destination des jeunes gazaouis, elle fait de son retour dans l'enclave un impératif moral. « Je dois revenir. Je veux être sur place, pas agir à distance, pour voir comment l'institution fonctionne. Je sais que je ne resterai pas directrice éternellement, mais j'ai besoin d'être rassurée sur sa capacité à continuer car beaucoup de compétences ont été perdues, tuées sous les bombardements ou ont quitté Gaza. » Sur environ 100 000 Gazaouis réfugiés en Égypte, près de 20 000 se sont inscrits pour rentrer. À lire aussiRéouverture du passage de Rafah: une vingtaine de personnes a pu entrer en Égypte et à Gaza

En Suède, le gouvernement veut abaisser l'âge de la responsabilité pénale à 13 ans, face à la montée de la violence juvénile et au recrutement de mineurs par les réseaux criminels. Un projet de loi très critiqué, qui bouscule un modèle fondé sur la protection de l'enfance. Il a cependant de grandes chances d'être voté. En effet, le gouvernement dispose d'une majorité parlementaire. Un reportage de notre correspondante à Stockholm à retrouver en version longue dans Accents d'Europe. À lire aussiSuède: face au phénomène d'enfants embrigadés dans des gangs, le gouvernement cherche des solutions

À Guadalajara, ville de l'ouest du Mexique et l'une des trois villes hôtes nationales du Mondial de football 2026, des centaines de sacs poubelles contenant des restes humains ont été retrouvés ces derniers mois dans des fosses clandestines autour du stade qui accueillera la compétition. Alors que le Mondial se rapproche et que le pays se prépare à recevoir des touristes du monde entier, ces découvertes macabres rappellent la triste réalité des disparitions forcées au Mexique. De notre correspondante à Mexico, Le 4x4 avance sur un chemin de terre et s'arrête devant trois grands chênes. Derrière, les champs s'étendent à perte de vue. Carmen Ponce coupe le contact et saute du véhicule. « Quand on est arrivés, tout n'était que hautes herbes. On nous a dit qu'on allait trouver vers ces arbres, donc on s'est frayé un chemin et on a commencé à chercher vers cette pierre », montre-t-elle. La jeune femme de 26 ans marche vers un terrain débroussaillé. À côté des arbres, la terre fraîche indique l'emplacement de la fosse clandestine désormais recouverte : « De ce côté, à gauche, la tige en métal est entrée très facilement et, en la retirant de la terre, on a senti cette odeur fétide d'être humain en décomposition. » C'est un appel anonyme qui l'a guidée, elle et son collectif de recherche, vers cette fosse commune, en septembre dernier. Au bout de ce chemin, on leur a dit qu'ils trouveraient huit corps. Au final, une trentaine de sacs ont été déterrés. « Ce sont des sacs plastiques noirs, entourés de gros scotch, décrit Carmen Ponce. En les ouvrant, on a trouvé trois bras avec des tatouages qui nous ont été très utiles pour les identifier. Il y avait des sacs qui contenaient un bras, une jambe. Dans d'autres, juste le torse et un seul bras. » À lire aussiMexique: des marches de deuil pour les disparus à Mexico et dans plusieurs villes « On marche sur une terre où sont enterrés nos enfants » Aussi macabre soit-elle, la découverte de cette fosse n'a pas surpris le collectif de recherche. Ces derniers mois, plusieurs charniers comme celui-ci ont été localisés à Zapopan, à quelques kilomètres du stade qui accueillera quatre matchs du mondial de football en juin 2026. « Le cas de Zapopan est emblématique car c'est une zone où circule beaucoup d'argent, notamment du blanchiment d'argent, explique Jonathan Avila. Membre du Centre de justice pour la paix et le développement, il surveille cette zone depuis plusieurs années déjà. Le crime organisé y est présent depuis les années 1980. Et puis, cette zone autour du stade regroupe des champs et des terrains abandonnés, donc c'est plus simple d'y enterrer des corps. » En 2025, presque 500 sacs ont été déterrés aux alentours du stade. Des exhumations en masse, devant lesquelles les autorités locales ont gardé le silence. Seule prise de parole officielle, le maire de Zapopan a annoncé une réunion avec les représentants de la Fifa au Mexique pour évoquer le sujet des fosses. Ces déclarations sont loin d'être suffisantes pour les proches de disparus, comme la mère de Carmen Ponce qui cherche toujours son fils : « On marche sur une terre où sont enterrés nos enfants. Et toutes ces personnes qui vont venir découvrir la belle Guadalajara, je veux qu'elles sachent qu'elles marchent sur un cimetière. » Au total, plus de 130 000 personnes sont portées disparues au Mexique selon les chiffres du gouvernement fédéral. À lire aussiAu Mexique, les familles de disparus se lancent à la recherche de leurs proches

En Birmanie, près de cinq ans après le coup d'État du 1ᵉʳ février 2021, les organisations de défense des droits humains continuent d'alerter. Ces cinq dernières années, 64 des 73 médias indépendants de Birmanie ont été bannis du pays et contraints à l'exil, principalement en Thaïlande. Entre incertitude, pressions et recherche de financements, les défis sont grands. De notre correspondante de retour de Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, Dans son dernier rapport, Human Rights Watch dénombre 30 000 prisonniers politiques arrêtés par la junte en Birmanie, une répression renforcée lors des élections du mois dernier, du 28 décembre 2025 au 25 janvier 2026, et plus de 2 200 personnes mortes en garde à vue. Des témoignages font état de torture et violences sexuelles par la junte. Cette répression s'acharne également contre la presse, une presse qui était déjà fragilisée avant le coup d'État. Derrière un haut portail, dans une rue calme de Chiang Mai, la rédaction d'Irrawaddy est en pleine réunion. L'un des principaux médias indépendants birmans a été fondé dans les années 1990 par Aung Zaw, déjà en exil à cette époque, avant un retour en Birmanie entre 2012 et 2021. « Après le coup d'État, le régime a ciblé en priorité les médias. Notre responsable administratif, mon ami, est encore en prison », explique le journaliste. La rédaction, une quarantaine de journalistes, a trouvé refuge en Thaïlande. Il reste une dizaine de correspondants en Birmanie, ils travaillent incognito et sous pression. « Notre site en birman subit des cyberattaques, ça arrive beaucoup ces temps-ci, poursuit Aung Zaw. Le régime a aussi créé de nombreux petits médias qui diffusent des rumeurs, ça nous demande plus de travail, car nos lecteurs veulent connaître la vérité. » Ce journal garde aussi un œil critique sur l'opposition. « On est connu pour ça, l'opposition nous adore et nous déteste… », s'amuse le fondateur d'Irrawaddy. À lire aussi«Les armes sont dans leurs mains»: en Birmanie, le deuil et l'impuissance d'un père face à la répression Des médias qui s'entraident Depuis un an, Irrawady, comme ses concurrents Mizzima ou DVB, doit faire sans les aides au développement des États-Unis et d'autres pays européens. « On a perdu 20 à 25 % des financements. L'an passé a été très dur et il reste beaucoup d'incertitudes pour cette année… », confie Aung Zaw, qui a dû licencier une dizaine d'employés. Les médias en exil cherchent donc des solutions ensemble. « On est toujours concurrents, mais on se partage les informations, positive le journaliste. J'en suis très heureux. On cherche le soutien de fondations privées, de philanthropes… c'est comme ça qu'on essaie de survivre dans ce monde en crise. » Des journalistes en situation de précarité Les journalistes indépendants sont encore plus précaires, en particulier les femmes. Ma Zee, c'est un surnom, les accompagne grâce à son ONG Exile Hub, fondée il y a 5 ans. Son réseau, discret, a d'abord aidé des dizaines de journalistes à fuir. Désormais, elle les aide à reconstruire leur vie, en Thaïlande ou ailleurs. « Les salaires dans la presse ici sont très faibles. Certains travaillent donc à côté, dans des cafés, dans la construction, témoigne la directrice de l'ONG. Beaucoup ont dû changer d'identité, ils ont besoin d'aide sur tous les plans. » Ma Zee et son réseau financent des bourses de reportages et des formations. L'ONG accompagne aussi celles et ceux qui sortent de prison. La Birmanie est le deuxième pays dans le monde qui emprisonne le plus de journalistes. À lire aussiEn Birmanie: Sai Zaw écope de 20 ans de prison pour avoir fait du journalisme

La Banque centrale russe se réunit ce vendredi 13 février. Au menu : une baisse de son taux directeur. Officiellement, l'inflation est en recul, mais les Russes disent être contraints de toujours regarder davantage les étiquettes. La Banque centrale va-t-elle continuer sa politique des petits pas sur son taux directeur ? Après avoir atteint un plus haut de 21 % en octobre 2024, pour contrer une économie en surchauffe en raison de l'explosion des dépenses, celui-ci a été abaissé graduellement en 2025 pour atteindre 16 % le 19 décembre dernier. Sur le papier, l'inflation est enfin redescendue en dessous des 10 % en rythme mensuel et la croissance, elle, a très fortement décéléré : elle est prévue à 0,8 % en 2026, selon la dernière analyse du FMI publiée le 19 janvier dernier. Les Russes, eux, au quotidien, disent pourtant faire de plus en plus attention à leurs dépenses en raison de prix élevés. En raison notamment de l'augmentation de la TVA de 20 à 22 % le 1ᵉʳ janvier dernier, mais pas que. Rencontré dans une rue piétonne et commerçante du centre d'Irkoutsk, un jeune homme explique : « La chose la plus remarquable pour moi, personnellement, c'est le tarif du ticket de transport en mini-bus ; il a doublé depuis 4 ans que je vis ici. C'est beaucoup, c'est vraiment beaucoup. À un moment, je me suis même dit : "Mais, tout mon argent liquide a disparu ?!" Je me suis même dit qu'on m'avait volé. En fait, c'est juste que les tickets sont passés de 25 à 50 roubles chacun ». Que faire ? Pas grand-chose à ses yeux : « C'est l'hiver, il fait -20°C, je ne vais pas aller à l'université à pied. » À lire aussiComment le conflit en Ukraine change la société et l'économie de la région d'Irkoutsk Faire des choix dans son budget D'autres, dans cette rue dotée de petites boutiques et d'un grand centre commercial au bout, ont en tête que chacun doit désormais faire des choix dans son budget. Comme cette mère de famille venue de la ville de Tchita, à près d'un millier de kilomètres d'Irkoutsk, avec son fils adolescent : « Quand je fais des cadeaux, explique-t-elle, j'essaie que ce soit quelque chose de pratique, par exemple pour la maison. En général, j'offre du textile, des serviettes, des torchons, quelque chose de pratique pour la cuisine. Que ça soit utile, pas juste pour le fun. » Quelques mètres plus loin, on croise une jeune fille pour qui les cadeaux, c'est sacré, et tant pis si elle doit se serrer la ceinture ailleurs. « Quand il s'agit de cadeaux, personnellement, je suis absolument sans limites, parce que je veux vraiment faire plaisir à ceux que j'aime, avec ce que je peux trouver de mieux, dit-elle dans un sourire. En revanche, je suis beaucoup plus prudente quand je fais mes courses au jour le jour. Surtout pour la nourriture. Après tout, on mange tous les jours, autant faire attention à ça. Sinon, il n'y a pas d'issue. » Le petit parti d'opposition Rasvët notait lui, hier, sur son réseau social : « En réalité, les prix peuvent fluctuer considérablement en fonction de la région, du réseau commercial ou de la catégorie de produits. » Ainsi, le coût des concombres dans la région de la Volga peut dépasser 400 roubles, à Omsk, c'est 500 roubles par kilogramme, et à Moscou, certaines variétés de tomates sont à 1 500 roubles. Pour la jeune fille en tout cas : « Cette hausse des prix, c'est vraiment inquiétant. On se demande quand ça va s'arrêter. Et si d'ailleurs ça va s'arrêter un jour. Ce sentiment d'instabilité, ça me préoccupe vraiment. » « On ne voit pas ce que l'avenir nous réserve » Dans la ville d'Angasrk, à deux heures de route, certains s'inquiètent particulièrement pour les plus fragiles. Dimitri [il a demandé à n'être cité que par son prénom, NDLR] note : « Le prix pour un morceau de pain d'environ 400 grammes était de 44 roubles en décembre et il est passé à 49 en janvier. C'est +22 %, et encore, on parle d'un produit dont le prix est régulé. Et c'est pareil avec le lait, alors que ce sont des produits essentiels. Les prix ont déjà tellement bondi que c'est difficile pour les retraités, avec leur pension de 17 000 roubles. Et que va-t-il encore se passer ensuite ? On ne voit pas ce que l'avenir nous réserve. » Et quand ce n'est pas, encore une fois, l'incertitude sur l'avenir qui est soulevée, c'est une question plus précise qui pointe, comme chez Oleg [lui aussi a demandé à n'être cité que par son prénom, NDLR] : « Je m'inquiète que la population s'appauvrisse. Je pense qu'il va y avoir de moins en moins d'argent en Russie, que les budgets publics vont devoir être revus à la baisse plus d'une fois. Et plus la pression sera élevée, moins il y aura d'argent et plus la nourriture sera chère. » Il y a 10 jours, Vladimir Poutine annonçait que la croissance 2025 avait bien été de 1 %, très en dessous des performances des deux années précédentes. Et demandait à son gouvernement de tout mettre en œuvre pour la faire repartir. À lire aussiNouvelles coupes à venir dans les forêts du lac Baïkal

Comment continuer d'informer les Iraniens en pleine répression et au milieu d'un blackout informationnel ? Informer et soutenir les Iraniens, c'est la mission que s'est fixée la chaîne de télévision Iran International, en langue persane et considérée comme une entité terroriste par le régime des Gardiens de la Révolution. Iran International revendique des millions de téléspectateurs à travers le monde. Sa particularité : elle émet depuis Londres. Visite de la rédaction ultra-sécurisée. De notre correspondante à Londres, Nichés au cœur d'une zone industrielle, les studios d'Iran International sont cachés derrière des barrières opaques. Sharareh Azizi vient de présenter son dernier JT de la journée. La journaliste a les traits tirés, après un mois à couvrir la répression en Iran : « C'est un poison, jour après jour, de voir les images, d'écrire des articles, de monter des vidéos en floutant le sang, puis de prendre l'antenne. Parfois, je me mets à pleurer face caméra. Ça me rend triste, parce que c'est mon pays, que j'aime. Nous traversons un traumatisme collectif. » Établie en 2017 et financée par un investisseur saoudien, la chaîne emploie des journalistes iraniens, qui assistent de loin à ce qui se passe dans leur pays. Depuis le début des manifestations, le rédacteur en chef Aliasghar Ramezanpoor a dû réorganiser ses équipes : « Nous avons dû demander du renfort pour notre couverture, par exemple au service des sports. Mais le problème, c'est qu'on doit forcer les journalistes à prendre leur repos hebdomadaire ! Ils se sentent coupables de prendre un jour de repos à la maison et de ne pas pouvoir couvrir ce qui se passe en Iran. » La rédaction a mis en place un soutien psychologique. Surtout que la chaîne fait partie des ennemis du régime : « Nous recevons des menaces, nos familles en Iran sont convoquées et le régime sait où nous vivons. C'est devenu une habitude : ne pas quitter nos domiciles toujours à la même heure, limiter nos sorties en public. » À écouter aussi«Iran, la révolte massacrée»: une enquête exclusive de France 24 sur la répression massive Une carte qui recense les victimes En bas de l'écran, des messages défilent pour donner des nouvelles à la diaspora. Ainsi que les photos des victimes identifiées. Au rez-de-chaussée de la rédaction, Roland West, le directeur créatif, a créé une carte pour recenser les milliers d'Iraniens tués. « Cette base de données contient toutes les victimes vérifiées, à travers tout l'Iran. C'est assez simple pour l'instant : on a une photo pour la majorité des gens, un nom, un endroit, parfois leur âge. J'aimerais qu'on traduise cette carte en anglais, parce que c'est un outil puissant. » Une sorte de monument aux morts virtuel, au-delà de la dimension informative. Le projet pourrait avoir un intérêt futur, explique Adam Baillie, porte-parole d'Iran International. « Certes, nous ne sommes pas un tribunal, ni une ONG, mais toutes ces informations vérifiées que nous avons, nous les tenons à disposition si le conseil des droits humains des Nations unies veut poursuivre des membres du régime. » Avec ses 50 millions de téléspectateurs hebdomadaires, Iran International se revendique comme la voix du peuple iranien, de l'extérieur. À lire aussiIran: le 47e anniversaire de la révolution islamique célébré sur fond de crises politiques

Arrestations brutales et arbitraires souvent au faciès, la police de l'immigration toujours présente à Minneapolis et dans l'État du Minnesota suscitent la peur, notamment dans la communauté somalienne. Le Minnesota regroupe la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. En décembre dernier, le président Trump avait dit ne plus vouloir d'eux dans le pays : il a révoqué le statut de protection temporaire pour les Somaliens en janvier. La communauté somalienne de Minneapolis a été prise pour cible à cause d'une affaire de fraude aux fonds publics autour de programmes sociaux. Des cas de fraudes avérés dont des ressortissants somaliens étaient responsables et qui ont légitimé, aux yeux de Donald Trump, de s'en prendre à cette diaspora. À lire aussiÉtats-Unis: pour les habitants de Minneapolis, le retrait de 700 agents de l'ICE n'est pas suffisant

Les Jeux olympiques d'hiver 2026 ont commencé. Derrière les images spectaculaires des montagnes du nord de l'Italie se cache une réalité bien différente : l'impact environnemental. La candidature italienne promettait des Jeux « durables », à l'impact nul ou presque. Mais le bilan s'avère bien moins reluisant. Les acteurs de la protection de l'environnement dénoncent un manque de concertation et de transparence. Reportage de notre correspondante à Cortina d'Ampezzo. À lire aussiCollectif «NO JO»: aux Jeux olympiques d'hiver, «on est arrivés au terme d'un modèle sportif et économique»

Les relations diplomatiques Honduras-Taïwan furent coupées en 2023 par la présidente Xiomara Castro au profit de la Chine. Le nouveau président hondurien, Nasry Asfura, soutenu par Donald Trump, a évoqué à de nombreuses reprises son souhait de tourner le dos à Pékin. Pour Taïwan, ce serait une opportunité de pouvoir peut-être regagner un de ses rares alliés sur la scène internationale. Rencontre à Taïpei avec la diaspora hondurienne, installée à Taïwan avant la rupture des liens diplomatiques. De notre correspondant à Taipei, Aldo Balsamo vit depuis cinq ans à Taïwan. Arrivé sur l'île grâce à une bourse d'études offerte par le gouvernement taïwanais, il a décidé de poursuivre ses études malgré la rupture diplomatique entre le Honduras et Taïwan en 2023 : « Si je devais donner un pourcentage, je dirais entre 70 et 80% de chances que le président rétablisse une relation avec Taïwan. Mais il y a toujours la possibilité que la Chine le séduise avec un accord, ce qu'ils ont souvent fait dans la région. » Une possibilité qu'il n'envisage pas sereinement : « J'aime Taïwan. Mais l'idée que nous puissions arrêter de reconnaître la Chine au profit de Taïwan me fait un peu peur. Je sens qu'il y a de bonnes chances que la Chine puisse riposter contre le Honduras. Chez nous, tout est chinois de nos jours… C'est assez effrayant. » Si Aldo a pu rester à Taïwan malgré l'arrêt de sa bourse d'études, c'est en partie grâce au soutien de la communauté hondurienne, menée par Fernando Ramos. Avocat et journaliste, il est à Taïwan depuis plus de dix ans. C'est une figure très active de la petite communauté hondurienne sur l'île. « Économiquement, c'était désastreux pour nous. L'industrie de la crevette est morte, le nombre de bourses d'études a été réduit, nous n'avons vu aucun bénéfice pour le café ou quelque produit agricole que ce soit. De l'autre côté, ajoute Fernando Ramos, nous avions Taïwan qui offrait trois fois plus de bourses d'études, achetait 40% de notre production de crevettes. Je ne vois pas de raisons qui indiqueraient pourquoi le gouvernement hondurien devrait rester avec la Chine. » « Des raisons économiques, diplomatiques » Pour lui, les raisons de rétablir une relation diplomatique avec Taïwan seraient donc économiques, mais aussi politiques, voire idéologiques : « Je pense que Nasry Asfura doit beaucoup à Trump pour son élection, et qu'il fera ce que Trump veut. Ni les Honduriens ni le gouvernement du Honduras ne se laisseront convaincre par de simples promesses chinoises. » Si revirement il y a, ce serait une défaite diplomatique difficile à encaisser pour la Chine, dans un contexte politique régional tendu, comme le rappelle Florencia Huang, universitaire taïwanaise spécialiste de l'Amérique latine : « La Chine n'accorde peut-être pas beaucoup d'importance au Honduras. Mais nous devons également tenir compte du fait que la Chine se trouve actuellement dans une situation très difficile en raison du cas Maduro au Venezuela. Si la Chine souhaite conserver son influence dans ce moment critique, elle tentera de ne pas perdre un autre allié en Amérique centrale. Elle va donc surement essayer de négocier et de tenir ses promesses faites en 2023. » Depuis le début des années 2000, neuf pays d'Amérique centrale et des Caraïbes ont reconnu la Chine au détriment de Taïwan : parmi eux, aucun n'est revenu sur sa décision. À lire aussiHonduras: les ONG inquiètes après la victoire du nationaliste Nasry Asfura à la présidentielle

Grâce à une fiscalité avantageuse, l'Irlande a su attirer les géants pharmaceutiques, au point d'en faire l'un des piliers de son économie. Mais Donald Trump brandit désormais la menace de droits de douane, pour pousser ces entreprises à relocaliser aux Etats-Unis. Or, les médicaments représentent près de la moitié des exportations irlandaises, avec les États-Unis comme premier client ! En Europe, l'Irlande serait ainsi le pays le plus exposé. Près de Cork, Ringaskiddy, surnommé le « village du Viagra », retient son souffle. Reportage de Clémence Pénard. John n'avait que 22 ans quand Pfizer s'est installé à Ringaskiddy. C'était en 1969 : « Tu vois, juste là, le château d'eau ? L'espèce de champignon, là ! Ça appartient à Pfizer ! » Le succès est tel que l'entreprise s'empresse de construire deux autres usines. Si bien qu'aujourd'hui, sous les coups de 8 heures, le site devient une véritable fourmilière : « Le matin, les routes sont totalement saturées : les files de voitures s'étendent sur des kilomètres. Et c'est la même chose le soir ! Une autoroute devait être construite il y a trente ans… Bon, elle doit être terminée d'ici trois ans. On vit dans l'espoir ! » Le « Pfizer Stop » Un arrêt de bus, le « Pfizer Stop », a tout de même été créé, rien que pour les salariés qui produisent, depuis 1998, le médicament le plus tonique de la région : le viagra ! « À l'époque, on n'arrivait même pas à prononcer le nom : "Pf i zeur" ! Mais tout le monde voulait y travailler, absolument tout le monde. Les salaires étaient multipliés par quatre ! Même le fournisseur de papier toilette était devenu riche ! » Et il n'a pas fallu longtemps pour que le « village du Viagra » attire d'autres géants pharmaceutiques. Aujourd'hui, les Américains Johnson & Johnson, Thermo Fisher ou encore BioMarin profitent eux aussi du port de cet ancien village de pêcheurs, idéal pour exporter leurs médicaments ! Et à seulement 20 km de là, Lilly fabrique Mounjaro et Zepbound, deux médicaments anti-obésité, best-sellers aux États-Unis ! Ambiance à Ringaskiddy et dans les villages voisins Ainsi, dans Ringaskiddy et les villages voisins, ce sont plus de 20 000 personnes qui travaillent pour ces mastodontes, souvent de génération en génération. Audrey Buckley est élue locale du Fianna Fáil, le parti au pouvoir : « S'il arrivait quoi que ce soit à l'industrie pharmaceutique ici, ce serait tout simplement dévastateur pour toute la région. Dévastateur… Aujourd'hui, au dîner autour de la table, les mêmes questions reviennent sans cesse : est-ce que tels travaux ont démarré à l'usine? Est-ce qu'il y a de nouveaux projets ? Or, tout semble à l'arrêt. C'est une énorme source d'angoisse, les gens repoussent l'achat d'une voiture, l'extension de la maison, et ainsi de suite. Ils dépensent moins, c'est sûr, donc on voit déjà des effets ! » Économiste à l'université de Cork, Eleanor Doyle voit aussi un ralentissement du secteur, mais tente tout de même de rassurer : « Pour les usines pharmaceutiques, les délais pour obtenir les autorisations de construction sont si longs, qu'à moyen terme, une délocalisation est peu envisageable ! » Pour l'instant, l'Irlande profite d'un répit, l'administration américaine semblant se concentrer sur d'autres régions du monde.

Le 8 février, plus de 50 millions de Thaïlandais sont appelés à voter à la fois pour renouveler leur Parlement et pour dire oui ou non à une révision de la Constitution de 2017, rédigée sous la junte militaire issue du coup d'État de 2014. Le référendum est jugé crucial par l'ONG de défense des droits civiques iLaw, qui a choisi une méthode de campagne originale : sensibiliser les électeurs à travers des événements autour de la course à pied, une activité en plein essor dans le royaume. De notre correspondant à Bangkok, « Pour une nouvelle Constitution, et pour faire avancer le pays — votez oui ! », scande la foule. « Allez, mettez-vous en place, le départ de la course va être donné ! », lance un organisateur de l'événement. Ils sont une cinquantaine, ce soir-là, à courir dans le célèbre parc Lumpini, en plein cœur de Bangkok. Pas un simple footing collectif : ces joggeurs, comme ce jeune homme à bout de souffle, participent à une opération de sensibilisation au référendum constitutionnel, organisé le même jour que les élections du 8 février. « Je suis là parce que je veux un nouvel avenir pour la Thaïlande », lâche ce jeune joggeur. « J'ai deux enfants : j'ai envie que ce pays soit stable pour leur avenir » Jan, 23 ans, porte un t-shirt appelant à voter « oui » au changement de Constitution : « Je soutiens cette campagne à 100 %, car l'actuelle Constitution de 2017 a été écrite par le régime militaire, et certains articles freinent la démocratie. » Coureur régulier, Pap espère lui aussi une réécriture de la Constitution pour les générations futures : « Il en faut une nouvelle pour plus de transparence et pour réduire, je l'espère, la corruption. J'ai deux enfants : j'ai envie que ce pays soit stable pour leur avenir. Je suis plutôt confiant, même ma mère m'a dit qu'elle voterait "oui" pour ses petits-enfants. » Depuis le début de l'année, des courses se déroulent chaque semaine dans les grands parcs de la capitale, mais aussi dans d'autres provinces, pour mobiliser les électeurs autour du scrutin. C'est l'ONG de défense des droits civiques iLaw, dont Jib fait partie, qui est à la manœuvre : « En ce moment, la génération Z et beaucoup de gens prennent soin de leur santé, il y a de nombreux clubs de course. On voulait en profiter pour sensibiliser au scrutin. La dernière fois, ça a vraiment dépassé nos attentes : on ne s'attendait pas à voir autant de monde. » Un référendum constitutionnel plus important que les élections Des élus de l'opposition, des personnalités publiques et des artistes ont rejoint le camp du « oui », lors de ces courses souvent prolongées par des débats ou des concerts. À Benjasiri, un autre parc de la capitale, John Winyu, présentateur d'une émission de satire politique suivie par plusieurs millions de personnes sur les réseaux sociaux, n'a pas couru, mais il est venu apporter son soutien : « Les gens veulent un nouvel espoir. Ils attendent de ces élections un gouvernement qu'ils auront choisi, et bien sûr, espèrent se débarrasser de cette Constitution. » Après deux tours de parc, Yingcheep Atchanont, directeur de iLaw, rappelle à quel point le référendum constitutionnel est crucial : « Pour nous, ce référendum est plus important que les élections. Quel que soit le vainqueur, gouverner avec cette Constitution restera très compliqué, car elle a été pensée pour réprimer n'importe quel gouvernement élu qui entend mener des réformes structurelles. » Selon lui, un « non » maintiendrait la Thaïlande dans ce cycle d'instabilité politique pour des décennies encore. À lire aussiRéférendum constitutionnel en Thaïlande: un vote sous contrôle de la junte

En 2025, un phénomène a pris de l'ampleur en Haïti, pays secoué par la violence des groupes armés : celui des « brigades d'autodéfense ». Face à l'absence - ou la faiblesse - des forces de l'ordre étatiques, les habitants de certains quartiers ont mis en place des milices locales pour se défendre contre les gangs. Composées de policiers et de civils armés, ces brigades contrôlent les entrées et sorties des quartiers et assurent une forme de sécurité. Mais elles sont de plus en plus critiquées pour des bavures et des violences, au point que certains les comparent déjà… aux gangs qu'elles prétendent combattre. De nos envoyés spéciaux à Port-au-Prince, Sur la place centrale de Canapé-Vert, dans un petit amphithéâtre, le danseur de hip-hop Paniko tourne une vidéo. Cela ne fait pas très longtemps qu'il habite dans le quartier. Comme beaucoup d'habitants de Port-au-Prince, il a fui un secteur de la capitale tombé aux mains des gangs. Ici, à Canapé-Vert, il se sent en sécurité. « Les brigades contrôlent la zone. Elles vérifient qui entre et qui sort du quartier », explique-t-il. Pour accéder à Canapé-Vert, les habitants doivent présenter une pièce d'identité prouvant qu'ils résident bien sur place. À lire aussiHaïti, l'impossible transition La naissance de la brigade La brigade d'autodéfense de Canapé-Vert existe depuis plus de deux ans. Par l'intermédiaire d'un contact, nous rencontrons son chef, Samuel. Après une première réunion informelle, il accepte de nous parler. Les prises de parole médiatiques sont rares. Jean noir, T-shirt blanc, pistolet à la ceinture, il nous conduit à l'endroit où tout a commencé. Le 24 avril 2023, lors de la fouille d'un minibus, des policiers interpellent 14 personnes, dont certaines portaient des armes d'après eux. Ils les soupçonnaient de vouloir prêter main-forte à un gang actif dans un autre quartier. Ces hommes sont ensuite brûlés vifs par des habitants devant le sous-commissariat de Canapé-Vert. Un épisode violent, que Samuel Joasil - policier en service - décrit comme le point de départ d'une mobilisation citoyenne ayant mené à la création de la brigade. « Les brigadiers sont des jeunes qui ont voulu se défendre. Ils n'ont pas d'armes à feu. Nous les soutenons, parce que nous sommes policiers et militaires, et ainsi nous pouvons défendre ensemble notre quartier », affirme-t-il. Samuel Joasil assure que les membres civils de la brigade ne sont pas armés. Avant l'interview, il nous apprend qu'un de ses hommes vient d'être blessé lors d'un échange de tirs avec un gang, dans un autre quartier. Cela arrive-t-il souvent ? « Oui », répond-il, sans plus de détails. Il refuse en revanche de communiquer le nombre exact de brigadiers, se contentant d'un laconique : « Nous sommes nombreux. » Les brigades critiquées pour des violences La brigade joue un rôle stratégique, y compris pour les autorités haïtiennes. En sécurisant Canapé-Vert, elle garantit l'accès à Pétion-Ville et empêche cette commune située sur les hauteurs de Port-au-Prince de tomber sous le contrôle des gangs. Samuel Joasil nous conduit ensuite au quartier général de la brigade, où l'on prépare une fête de pré-carnaval. On perçoit ici une autre facette du rôle joué par la brigade, celui de bienfaiteur local. Nous y rencontrons un jeune étudiant qui a décidé de rejoindre le groupe. Pour des raisons de sécurité, il souhaite rester anonyme. « Je suis entré dans la brigade à cause de l'insécurité que nous vivons au quotidien », explique-t-il, avant d'ajouter. « Je veux que mon quartier reste sûr. Tous mes amis sont ici, nous avons grandi ici. Nous ne voulons pas perdre ce que nos parents ont construit. Nous avons vu ce que les gangs ont fait ailleurs. Nous ne voulons pas être obligés de partir et de ne pas être à l'aise dans un nouvel endroit. » Ce jeune brigadier affirme s'occuper uniquement de la logistique et ne pas participer aux opérations sur le terrain. Il faut dire que ces milices sont de plus en plus critiquées pour des assassinats, des exactions, des lynchages et des viols. Que répond le chef de la brigade ? « Ce sont des cas isolés. Les viols ou autres exactions se produisent dans d'autres zones, pas ici. » Canapé-Vert reste pourtant un quartier où tout le monde n'est pas le bienvenu. Pour les journalistes notamment, couvrir cette zone peut s'avérer dangereux. Le reporter Pierrevil Théas en témoigne. Alors qu'il couvrait une manifestation à Canapé-Vert, il a été agressé par des hommes cagoulés qui lui ont lancé des pierres. « Heureusement, je portais un gilet pare-balles et un casque. Sinon, je ne serais peut-être plus là aujourd'hui », raconte-t-il. Pour échapper à la foule, il a trouvé refuge dans un garage avant de contacter son rédacteur en chef, qui a alerté la police. Celle-ci l'a finalement escorté hors du quartier. Depuis, explique-t-il, il n'y est jamais retourné, par crainte pour sa vie. Quel avenir pour les brigades ? Que deviendront ces brigades si un jour la situation sécuritaire s'améliore ? Pour Samuel Joasil, les hommes armés pourraient être intégrés aux forces de l'ordre, dans l'armée, ou des « groupes de soutien » pour assurer la sécurité du pays. Mais ONG et observateurs restent sceptiques. Dans certaines brigades, des civils sont bel et bien armés. Certains groupes seraient financés par des entreprises ou des notables qui auraient intérêt à maintenir une force armée privée pour défendre leurs intérêts. L'histoire haïtienne rappelle que les milices ont souvent servi les puissants, comme ce fut le cas avec les tontons macoutes sous la dictature Duvalier. « Mon inquiétude, c'est que les brigadiers ne déposent pas leurs armes, qui sont des armes de guerre », estime Pierrevil Théas qui s'interroge : « Va-t-on dire aux gangs comme aux brigadiers : maintenant, vous déposez tous vos armes ? » Selon lui, « il ne faut pas oublier que parmi les brigadiers se trouvent aussi des criminels. Si on ne parvient pas à les canaliser, cela peut générer encore plus de chaos, ajoute le journaliste. Le brigadier d'aujourd'hui peut devenir le membre de gang de demain ». À écouter dans 8 milliards de voisinsEn Haïti, l'école face à la violence des gangs - 8 milliards de voisins - RFI À lire aussiEn Haïti, la «ville-refuge» de Cap-Haïtien est saturée

À l'approche du Tournoi des Six Nations — dont le premier choc verra la France affronter l'Irlande ce jeudi 5 février — cap sur le pays du trèfle ! En Irlande, le rugby scolaire n'est pas pris à la légère : c'est là-bas que se forment les talents qui feront le rugby irlandais de demain. Et aujourd'hui, dans les meilleures écoles du pays, tout repose sur des technologies de pointe. Entre capteurs high-tech et protège-dents intelligents, immersion au Wesley College de Dublin. De notre correspondante à Dublin, Sur les 900 élèves du Wesley College, dans le sud de Dublin, 400 vivent chaque jour au rythme du ballon ovale. Pour aller plus loin, l'école a misé sur la technologie : chaque mouvement de ces jeunes athlètes est analysé à l'aide de capteurs connectés à une application, des capteurs accrochés aux pieds, par exemple, pour mesurer la hauteur d'un saut, ainsi que des capteurs sur toutes les barres de musculation. « Si je mets plus de 0,7 seconde à soulever la barre, la charge est trop légère, explique Rich Andreucetti, le préparateur physique de l'école. À l'inverse, en dessous de 0,3 seconde, c'est trop lourd. Par exemple, je vais mettre 50 kg et faire trois répétitions. Pendant que je pousse, je vois : 0,72 seconde ; en rouge, je suis trop lent ! 0,55 seconde, parfait, ça passe au vert ! Maintenant, il faut que je reste dans cette zone tout l'entraînement. » Comme un feu tricolore : vert, orange ou rouge donc, les résultats s'affichent en direct sur des iPads. Thibault Campbell, 17 ans, regarde l'écran attentivement : « Évidemment, tout le monde veut être en tête du classement ! Du coup, tu te retrouves à te mesurer à tes coéquipiers, ça motive à travailler plus dur, s'amuse le jeune sportif. Avant, sans ça, chacun faisait son entraînement dans son coin. Maintenant, c'est plus fun, plus compétitif, et on cherche vraiment à se dépasser les uns les autres. » Depuis la mise en place de ces équipements high-tech, les élèves s'impliquent davantage, selon Craig Ronaldson, directeur du rugby au Wesley College. « C'est la génération TikTok, s'exclame-t-il. Nos adolescents ont parfois du mal à rester attentifs, on le constate par exemple dans l'analyse vidéo de leur jeu : plutôt que de leur faire revoir de longues séquences vidéo, on privilégie désormais des formats courts, dix secondes ici, trente secondes là… Et ils adorent ces gadgets. D'ailleurs, ils les maîtrisent mieux que nous ! » À lire aussiJO 2024: «Avec la technologie, Usain Bolt aurait certainement fait moins de 9''58 au 100m» La prévention des lésions cérébrales L'école fait aussi partie des tout premiers établissements d'Irlande à participer à une étude sur l'efficacité des protections à la tête dans la prévention des lésions cérébrales. C'est un enjeu majeur dans le rugby aujourd'hui. Ainsi, à chaque entraînement et à chaque match, les joueurs portent des protège-dents sur mesure avec des puces électroniques intégrées. « Ça enregistre toutes tes collisions et à quel point elles sont violentes », explique Thibault, troisième ligne. Si le jeune homme est assez exposé aux chocs, il se dit désormais plus serein : « Du coup, grâce au protège-dents, on peut détecter immédiatement si tu as pris un choc et te faire soigner avant que ça ne s'aggrave. Je trouve ça vraiment rassurant. » Cet entraînement d'élite au Wesley College n'est pas pour toutes les bourses : l'école facture 8 000 euros pour les externes. Pour les internes, c'est plus de 18 000 euros l'année. À lire aussiAprès une commotion cérébrale, «le repos est fondamental pendant 48 heures»

Ces dernières années, la deuxième ville d'Haïti, Cap-Haïtien, a vu sa population augmenter de près de 30 %. La raison : l'arrivée massive de personnes déplacées qui ont fui les violences des gangs à Port-au-Prince et dans d'autres régions. Ces familles sont contraintes de tout recommencer, dans une ville qui n'a pourtant ni les moyens, ni les infrastructures pour les accueillir. De nos envoyés spéciaux à Cap-Haïtien, Franz, chauffeur de minibus, s'apprête à prendre la route vers Port-au-Prince depuis la gare routière de Cap-Haïtien. À bord : quelques passagers, de la marchandise… et beaucoup d'inquiétude. Car pendant les huit heures de trajet, les dangers sont nombreux. « Il n'y a aucune sécurité. Avant même d'arriver au soi-disant péage, des membres de gangs pointent leurs armes sur nous pour nous forcer à ralentir et à payer, s'inquiète Franz. Donc, non, on ne peut pas parler de sécurité. » Et cette insécurité permanente a fait exploser le coût du transport. Il y a cinq ans, un billet Cap-Haïtien – Port-au-Prince coûtait 2 500 gourdes, environ 19 dollars. Aujourd'hui, il faut compter 6 000 gourdes, soit plus du double. Et près de la moitié de cette somme sert à payer les différents groupes armés qui bloquent les routes et l'accès à Port-au-Prince. À lire dans le Journal d'Haïti et des Amériques En Haïti, la fin du TPS inquiète les familles des ressortissants installés aux États-Unis « Les gangs de Mirebalais m'ont forcé à repartir de zéro » Ce sont ces gangs qui ont obligé Franz à quitter sa maison, à Mirebalais, dans le centre du pays. Il y a neuf mois, il est venu à Cap-Haïtien, avec sa femme et ses enfants. « Avant, j'avais mon appartement, j'avais mon entreprise, regrette Franz. Aujourd'hui, on est six à vivre dans une seule pièce. Les gangs de Mirebalais m'ont forcé à repartir de zéro. » Comme Franz, Saradjine Darius a elle aussi fui la violence. L'an dernier, la jeune fille de 22 ans a quitté Port-au-Prince avec sa famille pour venir s'installer à Cap-Haïtien. « Un soir, tout le monde dormait, un voisin est venu frapper à la porte, témoigne-t-elle. Il passait de maison en maison pour prévenir que des bandits avaient envahi la zone. On a réveillé les enfants en pleine nuit, pris quelques affaires et on est partis. » Le défi de la gestion des déchets L'arrivée massive de personnes déplacées depuis deux ans représente un défi immense pour Cap-Haïtien. Alors que la ville croulait déjà sous les déchets, leur volume a doublé en deux ans. « Là, maintenant, avec la surpopulation, on a des constructions anarchiques partout, explique la mairesse Angeline Bell. Il y a aussi les constructions sur les ravines, les constructions dans les montagnes et donc, à cause de cela, quand il pleut, tous les débris, peu importe si on nettoie ou pas, descendent dans la ville. » Ces dernières années, Cap-Haïtien est devenue une ville-refuge. Tant que la situation à Port-au-Prince et dans d'autres régions du pays ne s'améliorera pas, les déplacés continueront d'affluer dans une ville déjà saturée. À lire aussiHaïti: l'hélicoptère de l'ONU, unique moyen de transport sûr face aux gangs de Port-au-Prince

En Ukraine, les drones sont devenus le nerf de la guerre, après bientôt quatre ans d'invasion russe à grande échelle. Chaque nuit, des dizaines voire des centaines d'engins sont envoyés par Moscou sur les grandes villes ukrainiennes et leurs infrastructures énergétiques. Le plus important conflit depuis la Seconde guerre mondiale est marqué par cette nouvelle arme moderne, inhumaine dans le premier sens du terme, et redoutable. Alors, pour défendre leurs civils, les Ukrainiens ont notamment mis en place des unités de défense aérienne mobile. Des unités qui guettent toute la nuit le ciel pour tirer sur les drones. Le reportage de notre correspondant à Odessa, en Ukraine est à écouter dans son intégralité sur notre site dans Accents d'Europe.

En Birmanie, cinq ans après le coup d'État, une large partie de la population vit sous le contrôle sans partage de la junte. La guerre civile continue de faire rage, entre les forces rebelles pro démocratie et l'armée. Cette dernière manque d'hommes. Pour y pallier, les militaires ont recourt, depuis 2024, à la conscription de force, qui vise tous les hommes de 18 à 35 ans et les femmes de leur majorité à 27 ans. Une épée de Damoclès au-dessus de la tête d'une jeunesse qui peine à s'imaginer un avenir dans le pays. De notre envoyé spécial de retour de Birmanie, On se trouve dans une institution locale, une petite échoppe de thé où les gens partagent un morceau et discutent. Un jeune homme en âge d'être conscrit, présent dans ce lieu, confie : « Évidemment, savoir que je peux être recruté dans l'armée à n'importe quel moment, ça m'inquiète. Mais je ne peux rien faire, je dois juste composer avec cette situation, voir comment les choses évoluent. Pour mes amis, c'est pareil. Je n'en connais pas qui ont été enrôlés, mais ils ont tous peur de l'être. La plupart d'entre eux sont déjà partis du pays. » Une option qu'envisage le jeune homme : « Oui, je me prépare aussi à partir. Je veux aller au Japon, pour étudier et travailler là-bas en même temps. J'espère partir cette année. La première barrière, c'est la langue, donc j'étudie le japonais. Mais notre problème, ce sont aussi les changements permanents de règles ici. D'un coup, ils peuvent nous interdire d'aller à l'étranger. Ils empêchent aussi les jeunes hommes d'avoir un passeport facilement. Et même si on l'obtient, que nous avons tous les papiers nécessaires, ils peuvent nous empêcher de passer à l'aéroport, simplement parce qu'on est en âge d'être conscrit. Et là, tout l'argent que tu as investi est jeté par la fenêtre. » « On a envoyé mon frère dans la jungle, dans un camp d'entraînement de la résistance » Alors que des hommes sont raflés dans les rues pour partir au front, impossible de savoir combien ont choisi la fuite. Partir étudier à l'étranger est un privilège. La plupart traversent illégalement la frontière vers la Thaïlande. Mais certains choisissent de rester en Birmanie. C'est le cas du frère de Suzy (nom d'emprunt) : « Dès qu'ils ont annoncé la mise en place de la conscription, le nom de mon frère est apparu sur les listes et le responsable du quartier est venu à la maison pour nous poser des questions. Ma mère m'a demandé de prendre mon frère chez moi pour que l'on trouve une solution. On lui a demandé ce qu'il voulait et on a décidé de l'envoyer dans la jungle, dans un camp d'entraînement de la résistance. Il est parti juste avant la première vague de conscription. » À lire aussiEn Birmanie, vivre sous la junte « Nous sommes obligés de vivre au jour le jour » « Je lui ai demandé trois fois s'il voulait partir pour la Thaïlande, il a refusé à chaque fois. II la dit qu'il veut se battre contre l'armée », poursuit la jeune femme, inquiète des frappes aériennes qui ne cessent de s'intensifier. La jungle, le front ou la fuite : ce choix terrible ne s'impose pas à tous. Certains peuvent se permettre de payer ou de faire jouer leur carnet d'adresses. Une option impossible pour les plus pauvres comme cette femme de 37 ans qui, à la mort de sa sœur, a dû s'occuper de son neveu : « Pour nous, c'est impossible de mettre de l'argent de côté. Tout coûte tellement cher. Les prix n'arrêtent pas de grimper. Et toutes les solutions pour qu'il évite le service militaire – partir à l'étranger, payer une taxe aux autorités ou un pot-de-vin pour qu'il ne soit pas sur les listes de conscription –, tout cela coûte énormément d'argent. Donc, nous sommes obligés de vivre au jour le jour, et c'est impossible de nous projeter. » À lire aussiRefuge précaire sur le sol thaïlandais pour les exilés birmans

À compter de ce samedi 1er février, l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, va être contrainte de réduire de 20% ses opérations dans la région, faute de dons suffisants. Le Liban en est l'illustration. Dans les douze camps de réfugiés que compte le pays, les Palestiniens dépendent de l'agence onusienne pour l'éducation, la santé et la gestion des infrastructures. Ces coupes budgétaires mettent en péril encore un peu plus l'avenir de ces réfugiés, dont les ancêtres ont dû fuir leurs terres au moment de la création d'Israël en 1948. De notre correspondante de retour de Chatila, Dans les ruelles étroites du camp de Chatila, un chaos de fils électriques ne laisse passer que quelques rayons de soleil. Noha et Kaouthar viennent de récupérer leurs enfants de l'école Ramallah de l'Unrwa, dont les coupes budgétaires sont sur toutes les lèvres. Noha Mouhaisin, une mère de famille de 44 ans, est habitante de Chatila. Elle a cinq enfants. « Je devais faire une opération nécessaire et urgente, ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas la prendre en charge. Si je n'avais pas trouvé des gens pour m'aider, j'y serais passée honnêtement, car c'était sérieux. Et les étudiants, c'est la même chose : nos enfants risquent de perdre leur éducation. Nous, on veut qu'ils soient éduqués. Jusqu'où va-t-on tomber ? », se demande-t-elle. Cette autre habitante de Chatila, âgée de 45 ans, explique sa situation. « Mon fils a un handicap et je recevais une aide de 50 dollars tous les trois mois, et même ça, ils nous l'ont enlevée. Ça nous aidait vraiment », souligne Kaouthar el Hayek, mère de quatre enfants et couturière de formation. « Il manque 220 millions de dollars de budget à l'Unrwa » Au Liban, les réfugiés palestiniens sont privés de nombreux droit,s comme l'exercice de métiers qualifiés ou l'accès à la propriété et aux services publics. À cause de ces restrictions, 80% d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. L'Unrwa est leur seul filet de sécurité. Mais, l'agence doit réduire de 20% ses opérations et ses salaires. Dorothée Klaus, directrice de l'UNRWA au Liban, s'alarme de ces conséquences : « Il manque 220 millions de dollars de budget à l'Unrwa sur son budget global et nous n'avons pas reçu d'indication selon laquelle il pourrait y avoir des solutions pour combler ce déséquilibre budgétaire. Ici, au Liban, il n'y a absolument pas d'alternative à l'Unrwa. Les réfugiés dépendent de nous. Sans nous, il n'y aurait plus d'éducation pour 70% des enfants palestiniens qui vont dans nos écoles, plus de soins pour les 200 000 patients qui dépendent de nos hôpitaux et centres de santé primaire. » À lire aussiL'ONU dévoile son plan de réforme et de réduction budgétaire, avec des conséquences pour ses membres « En finir avec l'Unrwa, c'est en finir avec le dossier des réfugiés » Au-delà de l'humanitaire, l'Unrwa revêt une importance politique pour les Palestiniens, synonyme de droit au retour. Car de génération en génération, l'agence leur délivre une carte de réfugiés. Un symbole que cherche à détruire le gouvernement de Benyamin Netanyahu, fort de représentants de l'extrême droite israélienne. Khaled Abou Nour, membre du comité populaire affilié à l'Organisation de libération de la Palestine à Chatila, réagit : « Bien sûr, les Israéliens se disent que tant que l'Unrwa existera, il y aura des réfugiés palestiniens. En finir avec l'UNRWA, c'est en finir avec le dossier des réfugiés, et c'est ce qui se passe en Palestine, en particulier à Jérusalem, où le siège de l'Unrwa a été détruit. Et à Gaza, où ils empêchent l'Unrwa de faire entrer de l'aide. Tout ça est une manière pour eux d'essayer d'en finir avec la question des réfugiés palestiniens, et d'en faire des citoyens lambda que l'on peut expulser n'importe où dans le monde. » Face à l'urgence, l'Unrwa en appelle au soutien des pays donateurs. À lire aussiDestruction des bâtiments de l'Unrwa à Jérusalem: «Israël piétine les règles les plus élémentaires du droit international»

L'Océanie est le dernier continent à se doter d'une compétition de clubs de football professionnel. L'OFC Pro League est composée de huit nouvelles équipes issues de sept pays différents comme les îles Fidji, les îles Salomon ou la Nouvelle-Zélande. Tous ont l'objectif de se faire une place comme terres de football. Plongée au cœur des premiers matchs. De notre correspondante à Auckland, Incarner la diversité des îles du Pacifique tout en s'inscrivant dans les standards internationaux du football de haut niveau, c'est le pari de cette nouvelle compétition, l'OFC Pro League. Le Fidjien Roy Krishna fait partie des joueurs déjà professionnels qui ont accepté le défi : « Normalement, pour jouer au football, il faut aller à l'étranger. Mais aujourd'hui, on peut jouer à domicile ! C'est un rêve d'avoir un club professionnel. Surtout aux Fidji, car le rugby est roi. Mais je pense que nous sommes sur la bonne voie, avec le bon entraîneur. » C'est Stéphane Auvray, coach et ancien joueur français, qui a été nommé entraîneur du Bula FC, le club qui représente les Fidji. Et pendant ses entraînements, la discipline est palpable : « Le niveau d'exigence est tel qu'ils ne sont pas habitués. Je parlais aujourd'hui des passes appuyées. Ça, c'est quelque chose que tu fais en France, en centre de formation, tous les jours. Ce sont des joueurs qui n'ont pas eu de transition semi-professionnelle pour la majorité, donc ils sont passés d'amateur à professionnel. Donc je suis un peu aussi le policier, plus que l'entraîneur, pour leur apprendre plein de choses, et justement installer cette culture et ce niveau d'exigence. » La culture football confrontée au rugby, sport-roi du Pacifique Les jours de match, il faut aussi réussir à installer la culture foot, surtout chez les supporters. Un spectateur venu supporter l'équipe de football, Bula FC, porte un maillot des All Blacks, la fameuse équipe de rugby de Nouvelle-Zélande. Les Fidji étant une terre de l'ovalie, il n'est pas facile d'introduire le football dans les habitudes. Entre le rugby ou le football, les cœurs balancent. « Moi, je préfère le football, mais les Fidji sont meilleures au rugby », lâche ce supporter. Pour cette supportrice, le rugby l'emporte haut la main : « Je suis néo-zélandaise, donc c'est évident ! Les All Blacks ! » À l'image de ce couple, le stade est rempli de différents maillots de foot et de rugby. Mais l'effervescence est commune, ainsi que l'impression de marquer l'histoire en faisant partie de la toute première compétition de clubs de football professionnel. À lire aussiFoot: la Nouvelle-Zélande qualifiée pour son troisième Mondial « Un jour, je deviendrai footballeur professionnel » « C'est une véritable bénédiction. Quand j'ai commencé à me donner à fond pour m'entraîner, tôt le matin, je courais au moins trois ou quatre kilomètres. Les gens se demandaient tous ce que je faisais, mais moi, je me disais toujours en secret : "Un jour, je deviendrai footballeur professionnel" », confie Gabriel. Aujourd'hui âgé de 30 ans, Gabriel évolue au sein du Bula FC. Son prochain défi sera de remporter la compétition avec son équipe afin de se qualifier pour la Coupe intercontinentale de la FIFA et de disputer les barrages pour la prochaine Coupe du monde des clubs. À lire aussiMondial des clubs: le nouveau tournoi qui divise mais peut rapporter gros Les huit clubs qui participent à l'OFC Pro League 2026 Auckland FC (Nouvelle-Zélande) Bula FC (Fidji) PNG Hekari (Papouasie-Nouvelle-Guinée) Solomon Kings (Îles Salomon) South Island United (Nouvelle-Zélande) South Melbourne (Australie) Tahiti United (Tahiti) Vanuatu United (Vanuatu)

En Pologne, la désinformation russe continue de se frayer un chemin sur les réseaux sociaux. Depuis plusieurs semaines, des contenus générés par l'intelligence artificielle font la promotion du Polexit, c'est-à-dire la sortie de la Pologne de l'Union européenne. Ces vidéos sont devenues si virales qu'à Varsovie, les autorités se sont saisies de la question. De notre correspondant à Varsovie, Sûre d'elle, le regard face caméra, la jeune influenceuse s'adresse directement aux spectateurs, les emblèmes nationaux imprimés sur son t-shirt blanc. « Je veux le Polexit, car je veux la liberté de choisir. Même si ça doit nous coûter plus cher. Je n'ai pas connu la Pologne avant l'Union européenne, mais j'ai le sentiment qu'elle était davantage polonaise qu'aujourd'hui ». Ce visage séduisant, créé par l'intelligence artificielle, a rassemblé plus de 200 000 vues et plus de 20 000 likes sur le compte TikTok Prawilne Polki (« les vraies Polonaises » en français). L'apparence de ses pseudo-influenceuses leur a notamment permis d'atterrir sur l'algorithme des plus jeunes utilisateurs et des utilisatrices de la plateforme. « Je veux le Polexit. Il y en a marre que la Pologne soit dirigée depuis Bruxelles. Il y en a marre d'entendre qu'on ne peut pas se débrouiller sans une bénédiction venue de l'extérieur. C'est notre droit, notre argent et nos décisions ». Une campagne de désinformation ciblée L'objectif de ces vidéos est clairement affiché : convaincre les internautes Polonais des bienfaits du Polexit en décrédibilisant l'Union européenne et inciter à la haine contre le gouvernement de Donald Tusk. « Quand je parle du Polexit, on me répond "peur, catastrophe, fin du monde". C'est toujours la même musique. Aucune discussion sur "qui décide réellement à notre place", et "pourquoi". Il est grand temps que l'on puisse en parler tranquillement ». À un an des élections européennes, les autorités polonaises prennent la menace de ces vidéos très au sérieux, et ont elles-mêmes demandé à TikTok de bloquer le compte de Prawilne Polki. Pour le porte-parole du gouvernement, l'entité derrière cette campagne de désinformation ne fait aucun mystère. « Cela ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un acte de désinformation russe. D'abord parce que ça ne va pas dans le sens des intérêts de la Pologne, mais 100% sans le sens des intérêts russes. Et ensuite parce qu'en regardant attentivement, on remarque la grammaire russe ». TikTok dans le viseur des autorités Signataire du « Code de pratique européen sur la désinformation », TikTok est censée identifier et empêcher la propagation de ce type de contenu. Le vice-ministre du Numérique, Dariusz Standerski, s'est tourné vers Bruxelles pour mettre à jour d'éventuels manquements de la part de la plateforme. « J'ai adressé une requête à la vice-présidente de la Commission européenne, (...) pour enquêter et savoir si TikTok remplit sa mission d'évaluation des risques liés à la propagation de la désinformation, (...) et si elle a réagi assez et assez vite pour bloquer des contenus qui vont à l'encontre de son règlement ». Selon un sondage paru début décembre, un quart des Polonais se déclare aujourd'hui en faveur du Polexit.

En Syrie, après l'annonce du cessez-le-feu entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les autorités de Damas, des centres de réconciliation ont été ouverts pour les anciens membres des FDS qui souhaitent se rendre. En creux, s'y raconte le système de conscription obligatoire des populations arabes et kurdes sur le territoire. La défection rapide d'une partie d'entre eux a précipité la chute des FDS. De notre correspondante à Raqqa, Sourire timide, Suleyman, 26 ans, s'avance au milieu d'une rangée d'hommes en armes. Il est kurde et est un ancien membre des Forces démocratiques syriennes. Il est venu aujourd'hui se rendre et participer au processus de réconciliation en Syrie : « Au début, quand l'armée gouvernementale est arrivée, nous avons eu peur. Nous ne savions pas ce qui allait arriver. Mais jusqu'à présent, nous n'avons pas eu de problème. Je voulais surtout participer au processus de réconciliation pour apaiser la situation avec mes voisins arabes. Ils m'accusent d'être toujours affilié aux FDS. » « J'étais soldat de garde » pour les Forces démocratiques syriennes Dans les rangs de ceux venus se rendre, figurent d'anciens membres de la sécurité intérieure, d'anciens combattants. « J'étais soldat de garde pour les FDS, dans la 17ème base, au nord de Raqqa », explique Yazan, 19 ans. Lui est arabe. Et il raconte, comme beaucoup d'autres, avoir été obligé de s'enrôler au sein des forces à dominante kurdes. « Il y avait le service obligatoire à partir de 18 ans. Si tu n'y allais pas, ils t'arrêtaient sur les points de contrôle. Ils avaient des listes de personnes recherchées », développe-t-il. Ses amis, qui avaient fait le choix de déserter, « restaient cachés à l'intérieur de chez eux, ils ne sortaient plus ». Au micro, Yazan raconte la différence de traitement, au sein des FDS. « Ils disaient ''moi je suis Kurde, donc je suis supérieur à toi, parce que tu es arabe''. Les valeurs de fraternité dont ils faisaient la promotion n'étaient pas appliquées. Le pouvoir était entre les mains des Kurdes. » Un chef l'obligeait chaque matin à faire des pompes pour obtenir un café. « Je n'étais vraiment pas à l'aise, je n'aime pas être humilié », poursuit-il. Puis, sa désertion, qui lui a valu deux mois de prison : « Il y avait beaucoup de corruption au sein des FDS. Cela marchait aussi quand tu étais en prison. Il suffisait de connaître un Kurde bien placé pour se faire libérer. Moi, j'ai payé un pot-de-vin, et j'ai été réintégré au centre de commandement militaire des FDS. » À lire aussiSyrie: «Nous étions 33 dans 20 mètres carrés», un jeune ex-détenu de la prison d'Al-Aqtan témoigne Un document en guise de « réconciliation » Escorté, Yazan déambule patiemment dans les différentes salles du bâtiment. Il passe un entretien, se fait prendre en photo, avant de récupérer un document. « Voilà, ça c'est une garantie quand tu passeras sur les points de contrôle, comme quoi tu as été "réconcilié". C'est un retour à la vie normale, une nouvelle page qui s'ouvre, où tous les liens avec les FDS ont été coupés », lui explique un soldat. La procédure est la même que celle qui avait été imposée aux anciens membres de l'armée de Bachar el-Assad, explique le responsable du centre de réconciliation à Raqqa, qui a souhaité rester anonyme. « Nous avons un fichier complet avec les informations de tous les combattants FDS. Le service de renseignement de l'État syrien a pu se les procurer et les rassembler dans une base de données. Ceux qui se rendent seront "réconciliés" avec l'État. Ils pourront encore être jugés s'il y a une plainte personnelle contre eux. » « Nous laisserons ces portes ouvertes le temps qu'il faut, ajoute-t-il. Nous attendons l'ensemble des FDS jusqu'au dernier. » À lire aussiSyrie: le gouvernement et les Kurdes parviennent à un accord, sur fond de tensions

Près de quatre ans après que Vladimir Poutine a envoyé ses soldats en Ukraine, la nouvelle donne en Russie se précise et s'installe. Ascenseur social pour certains vétérans, la guerre fait aussi sentir ses effets sur les finances nationales et locales. C'est notamment le cas pour le budget 2026 de la région d'Irkoutsk, difficile à boucler. Au sommet d'une colline, une petite église aux bulbes dorés qui se découpent dans le ciel de neige. Un cercueil recouvert du drapeau russe franchit la sortie, pendant que le long du chemin, des femmes, chacune un drapeau à la main, l'escorte pour un hommage : c'est l'enterrement d'un soldat russe mort en Ukraine, annoncé dans la presse locale par le comité des mères de combattants. Quelques centaines de mètres plus bas, le long d'une voie rapide, un atelier de réparation de pneus. Entre les deux, en pente douce, une petite allée arborée, bordée de portraits de combattants décédés : on l'appelle ici « l'allée des héros ». « Je les connais presque tous personnellement », confie Artëm, lui-même vétéran de « l'opération spéciale ». « Il y en a un avec qui je me suis battu côte à côte. Il y en a qui étaient avec Wagner, et il y en a d'autres du ministère de la Défense. Leurs portraits ont été ajoutés à ceux morts au combat en Tchétchénie et en Afghanistan. » Artëm est le propriétaire d'un atelier de réparation, 20 mètres carrés à la sortie de Baïkalsk, une petite localité en déclin depuis une dizaine d'années et qui comptait 13 000 habitants au dernier décompte officiel de 2021. Une agglomération sur les rives du lac Baïkal dans laquelle « on ne trouve pas de travail décent », dit-il. Recruté par Evgueni Prigojine Entre les scies visseuses, marteaux, clous et pneus, Artëm accueille ses clients avec, dès l'entrée, le drapeau de Wagner déployé sur un pan de mur. « Certains posent des questions, d'autres ne reconnaissent même pas le drapeau ; pour eux, ce n'est qu'une image. Certains sont tout simplement trop loin de cette réalité. Pour moi, bien sûr, c'est le souvenir d'y avoir participé. Même si, avec le bout de métal que j'ai désormais à la place d'une partie du bras et de l'épaule, j'ai une mémoire pour toujours. » Artëm a été blessé lors de la bataille de Bakhmout en 2023, dans un bataillon d'assaut. « Certains clients m'embrassent et me félicitent », raconte-t-il, « mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Beaucoup de gens, je dirais à peu près 50 %, se fichent de savoir qu'il y a une guerre qui se déroule en ce moment. » À écouter dans Grand reportageSyndrome afghan : le pouvoir russe face à ses vétérans de la guerre d'Ukraine Quant au fait que le groupe paramilitaire fondé par Evgueni Prigojine ait été sanctionné par les États-Unis et l'Union européenne ainsi que d'autres pays pour — notamment — crimes de guerre et activités déstabilisatrices en Ukraine, en Syrie et en Afrique, peu importe en Russie, tant le groupe s'est banalisé et même parfois romantisé dans certains esprits. Artëm, lui, a choisi Wagner plutôt que l'armée régulière en juin 2023 « parce que ses hommes y ont leur propre loi ». Artëm dit aussi avoir été à l'époque « épuisé mentalement » par sept années passées derrière les barreaux, sept d'une peine de dix ans pour « consommation de drogue », affirme-t-il. Les prisons russes sont réputées pour leur implacable brutalité, et celles de la région d'Irkoutsk, très nombreuses, ont été secouées en 2021 par un scandale de tortures et d'abus tels que le comité d'enquête, organe qui répond directement au Kremlin, s'en était officiellement saisi. Combattre en Ukraine : « Une deuxième chance dans sa vie » pour un prisonnier Au printemps 2023, alors qu'Artëm est derrière les barreaux, une rumeur traverse la prison « comme une radio interne », dit-il : les recruteurs de Wagner arrivent. C'est Evgueni Prigojine lui-même qui se présente. Le dirigeant du groupe paramilitaire est précédé par un bus d'Omon, les forces anti-émeutes, pour garantir l'ordre, et est arrivé dans la cour de la prison en hélicoptère, une arrivée « spectaculaire » se rappelle Artëm. Ses souvenirs sont très précis. Il décrit Prigojine qu'il surnomme « Oncle Génia » au milieu des prisonniers en cercle, posant les conditions du contrat, « ne cachant rien des pour et des contre ». Précisant aussi que n'étaient pas concernés pour le recrutement « les condamnés pour viol et pédophilie », dit Artëm, qui ajoute : « les orphelins étaient prioritaires ». À lire aussiRussie: après les funérailles, l'amertume des partisans d'Evgueni Prigojine À 33 ans à l'époque, Artëm avait de toute façon déjà pris sa décision. « Il me restait encore beaucoup de temps à passer en prison et je n'en pouvais plus. Et pour moi, signer, c'était une deuxième chance, une chance de réparer ma vie, et il fallait la prendre. Quand on a traversé la guerre, on recommence sa vie à zéro, on est gracié par décret du président de la Fédération de Russie. On a un document officiel signé par Vladimir Poutine lui-même, qui dit qu'on est pardonné pour héroïsme et pour bravoure. C'est quelque chose qui encourage à signer. » Sorti de prison au terme de sa peine, Artëm sait qu'il aurait été en difficulté dans une société russe sans concessions pour les anciens « taulards ». Aujourd'hui, avec la somme généreuse que lui a versée Wagner pendant la guerre, Artëm a investi dans un commerce rentable. Il a aussi désormais un statut symbolique dans la société, tant les combattants sont glorifiés et présentés par le pouvoir comme des modèles à suivre, et rencontre régulièrement des gradés au sein de la société locale des vétérans. À lire aussiL'armée russe recrute aussi à la télévision À 38 ans aujourd'hui, Alexander a lui signé à l'automne 2023 pour deux ans pour le ministère de la Défense. Sans prévenir sa famille ni ses amis, leur envoyant une simple photo de lui en uniforme. Pourquoi s'engager ? « C'est une question difficile », répond-il. Avant d'avancer que c'est la décision d'« un homme, un vrai ». C'est d'ailleurs un motif d'engagement régulièrement mis en avant par le ministère russe de la Défense dans ses spots de campagne de recrutement. Alexander affirme aussi avoir voulu « voir ce qu'était la guerre ». Il refuse de parler de ce qu'il a fait et vu, « vous ne comprendriez rien », dit-il d'un air de défi ; et ne dit pas un mot de la blessure qui lui a valu de longs mois d'hospitalisation et une démobilisation au bout d'un an et demi. Avant de s'engager, cet ancien commandant d'une unité d'assaut dirigeait une entreprise de bâtiment de taille moyenne. De retour d'un long séjour à l'hôpital après les combats, avec essentiellement l'argent de son contrat et les indemnités pour blessure, il a construit puis ouvert en décembre un restaurant de grillades, « un rêve qu'il avait depuis plusieurs années » Quant au terrain pour le construire, Alexander a fait valoir ses droits auprès de l'administration locale : un décret de Vladimir Poutine accorde gratuitement un terrain à tous ceux décorés, comme lui, de l'ordre du Courage. Il est normalement dédié à la construction de la résidence principale, mais, dit Alexander avec un sourire en coin, « avec moi, l'administration locale regarde ailleurs ». La valeur du terrain est estimée à 1,5 million de roubles, presque 20 000 euros au cours actuel. Une somme particulièrement difficile à emprunter dans une Russie où le taux directeur de la Banque centrale est à 16%. La région ne se contente pas d'appliquer les décisions du pouvoir central. Par décret régional signé le 30 décembre dernier, elle a augmenté la prime de signature d'un contrat pour aller se battre en Ukraine aux volontaires résidant dans la région à 1,4 million de roubles (près de 17 000 euros au cours actuel), allant jusqu'à 2,4 millions (près de 30 000 euros) si le contrat est signé entre le 1ᵉʳ et le 31 janvier. Nombreuses prisons et tradition militaire, double vivier de recrutement Soldats de métier, mobilisés ou volontaires, dans la région d'Irkoutsk, ils sont nombreux à être partis pour l'Ukraine, mais les chiffres précis sont inconnus : ils sont classés secret défense. Les indices d'un large engagement sont cependant nombreux. « Dans presque chaque famille, il y a des gens qui connaissent quelqu'un lié d'une manière ou d'une autre à la guerre. Ou ils ont des amis qui se sont battus, qui sont en quelque sorte impliqués », explique Alexey Petrov, historien local, désigné agent de l'étranger en 2021. « Et parce que beaucoup de Sibériens se battent là-bas [en Ukraine, NDLR], Irkoutsk se classe parmi les plus gros contributeurs régionaux en termes de montant d'argent collecté pour la guerre, mais aussi en termes d'aide directe aux soldats, sans doute la première sur les dix régions de Sibérie. Toutes les organisations et fondations qui y sont liées sont très actives ici, envoient constamment de l'aide, des cadeaux pour la nouvelle année, des cartes, toutes sortes de choses ». Les nombreuses prisons, vivier de recrutement, y sont évidemment pour quelque chose — deux ont déjà été fermées en presque quatre ans de conflit, et il en reste 21. L'argent, évidemment, aussi : « Hier, vous étiez conducteur de tracteur, et aujourd'hui, vous êtes conducteur de camion sur le front. Et vous gagnerez cinq fois plus », dit Alexey Petrov. Mais l'histoire régionale joue aussi un rôle décisif, explique-t-il, et elle prend ses racines sous l'Union soviétique : « Irkoutsk était le centre du district militaire sibérien jusqu'en 1953, date de la mort de Staline. Toutes les troupes stationnées sur le front de l'Est ont été formées ici. Le défilé de la Victoire de 1945 dans la ville chinoise de Harbin [défilé militaire solennel de troupes de l'Armée rouge soviétique le 16 septembre 1945, NDLR] était dirigé par le général Beloborodov, originaire d'Irkoutsk. Jusqu'à sa fermeture en 2011, nous avions une très grande école, l'École d'aviation militaire d'Irkoutsk. Et il y a des dizaines de milliers de soldats qui se sont toujours entraînés ici. » Rare alerte budgétaire L'attaque de drones ukrainiens le 1er juin dernier, à plus de 4 000 kilomètres de la ligne de front, a, elle, marqué les esprits. Kiev a affirmé avoir visé la base aérienne stratégique de Belaïa, à une quinzaine de kilomètres d'Irkoutsk, une cible non confirmée par la Russie. Le gouverneur de la région a évoqué une unité militaire stationnée dans un village. Mais ce dont on parle le plus facilement à Irkoutsk cet hiver, c'est de la hausse des prix, manifeste partout en Russie. Le budget 2025 de la région, qui a été si difficile à boucler, a aussi suscité des réactions. Selon le journal Védomosti, daté du 25 novembre dernier, les plus larges déficits régionaux en valeur absolue sur les 89 régions que compte le territoire national concernaient deux régions de Sibérie : celle de Kemerovo (-43.9 milliards de roubles) et Irkoutsk (-41.1 milliards de roubles). À lire aussiLe charbon russe connaît sa pire crise depuis trente ans Kemerovo, au sud, est une région industrielle réputée pour être en crise depuis deux ans, car elle dépend d'une filière charbon qui ne trouve plus de débouchés. Pour expliquer les difficultés de celle d'Irkoutsk, Nadejda Grosheva, docteur en économie, directeur de la Baikal International Business School de l'université d'État d'Irkoutsk, et membre du Conseil stratégique de la région d'Irkoutsk, avance par exemple qu'en Russie, les entreprises paient leurs impôts sur le lieu de leur siège. « Si vous avez une société enregistrée à Moscou, l'impôt sur les bénéfices est payé à Moscou. Ils sont tous intégrés verticalement. » De nombreuses grandes entreprises comme Gazprom ou Rosneft opèrent en effet dans la région. Chute libre des investissements dans les infrastructures Face à la grogne suscitée par certains paiements publics en retard cet automne et au début de l'hiver, et notamment le salaire des professeurs, le gouverneur Igor Kobzev, lui, a notamment expliqué dans la presse locale la baisse des recettes de cette manière : « Des signes avant-coureurs sont apparus en 2024, car nous sommes une région tournée vers l'exportation avec des produits à forte valeur ajoutée qui représentent la part du lion du budget. » Derrière cet euphémisme, cette réalité : le budget de la région est fortement dépendant des impôts des entreprises des secteurs de l'aluminium, du diamant et du gaz, des secteurs tous sous sanctions occidentales depuis la guerre en Ukraine. Autrement dit : si le budget de la région souffre, c'est que les recettes de ces entreprises ont baissé. La région dispose bien d'un gisement de gaz, le gisement de Kavytkinskoye, qui doit être exploité pour le gazoduc « Force de Sibérie 2 », pour fournir la Chine. Mais le projet tarde toujours à se concrétiser. De quoi faire monter dans une partie de la population une question sensible sur le contrat social et la répartition des efforts. Dimitri et Oleg, deux habitants de la région qui ont demandé à rester anonymes, ont effleuré ce sujet tabou au micro de RFI. « Il y a un déséquilibre qui est en train d'apparaître au sein de la population », a avancé Oleg. « Parce que, si on compare de manière relative, les participants à l'opération spéciale reçoivent beaucoup d'argent, tandis que les travailleurs du secteur public reçoivent des kopecks. Et ce déséquilibre n'apporte rien de bon ». Dimitri a tiqué et avancé : « Combattre est un métier dangereux. C'est pour ça qu'il est si bien payé. » Oleg s'est contenté de répondre : « Je comprends pourquoi ceux qui sont à l'opération spéciale gagnent beaucoup d'argent. Je dis juste que ceux qui sont restés ici, ceux qui élèvent de jeunes enfants notamment, ne reçoivent pas beaucoup d'argent. C'est un déséquilibre qui est en train de naître, je n'ai rien de plus à dire. » Fin de l'échange. On n'est jamais trop prudents. Le gouverneur a promis de ne pas couper dans les dépenses sociales, mais la région a dû prendre un prêt pour boucler son budget 2025. Il a aussi annoncé un grand coup de frein pour l'investissement dans les infrastructures. En 2026, les financements passeront dans ce domaine de 18 milliards de roubles en 2025 à 4,3 milliards. Et encore, ce montant sera dépensé essentiellement dans les projets éligibles à un cofinancement fédéral. Tous les autres projets de construction et de réparation seront suspendus ou mis en sommeil. Cela concerne notamment les écoles et les centres sportifs.

À New Delhi, Ursula von der Leyen et Antonio Costa espèrent concrétiser un accord de libre-échange avec un marché de près d'un milliard et demi d'habitants.Le chancelier allemand appelle de tous ses vœux cet accord, de la même façon qu'il avait mis tout son poids dans la balance en faveur du traité Mercosur - aujourd'hui suspendu à la décision de la justice européenne. De notre correspondante dans la région de Berlin, Contrairement aux Français, les agriculteurs allemands sont profondément divisés sur le dossier. Dans un pays où les très grandes exploitations intensives sont largement majoritaires, les principaux syndicats de l'agro-industrie, réunis à Berlin pour le Salon de l'agriculture qui a fermé ses portes dimanche, ont soutenu le Mercosur et sont favorables à davantage de partenariats économiques. Mais les petits agriculteurs, eux, sont à la peine et manifestent leur inquiétude. Malgré les températures négatives de ce mois de janvier, Lilli Haule est à la ferme depuis 7 h 15 ce matin-là. La jeune femme de 27 ans termine son apprentissage dans une exploitation du Brandebourg. « Nous avons environ 120 animaux, il y a environ 45 vaches allaitantes et leur progéniture. » Passionnée, elle a toujours su qu'elle voulait devenir agricultrice et suivre les pas de son grand-père. Mais Lilli est aussi engagée. Depuis plusieurs années, elle participe au mouvement « On n'en peut plus », qui réunit agriculteurs, consommateurs et activistes – pour une agriculture plus raisonnée dans une Allemagne où la profession est très divisée, entre petits et gros exploitants. Une bataille entre petits et gros exploitants « Les dirigeants des grandes fermes-entreprises ont d'autres intérêts que les nôtres, et ils considèrent la profession comme une industrie, et non comme une activité paysanne. Nous ne sommes pas d'accord avec eux. Nous sommes certifiés bio et ce que je trouve particulièrement intéressant ici, c'est que nous cultivons de nombreuses céréales. Mais sans miser sur un seul type de culture – d'autant plus qu'actuellement le prix des céréales permet difficilement d'en vivre. Nous devons aussi produire suffisamment de fourrage pour pouvoir nourrir les animaux en été, car l'herbe ne repousse pas assez dans les pâturages », explique Lilli Haule. Sa ferme se trouve en effet dans l'une des régions les plus sèches d'Allemagne. Alors comme des milliers d'autres agriculteurs, Lilli Haule est montée en tracteur à Berlin pour manifester son ras-le-bol – et son rejet de l'accord avec le Mercosur par la même occasion. La jeune femme a laissé ses vaches pour la journée mais elle est déçue que le mouvement ici ne prenne pas davantage d'ampleur, comme en France : « Oui, l'accord Mercosur est tout simplement dramatique pour les agriculteurs ! Et il y a une chose que je trouve particulièrement intéressante : c'est que tous les agriculteurs européens s'accordent à dire que c'est stupide, mais tous ceux des pays du Mercosur aussi ! » Le nombre de fermes a baissé de 12 % en 10 ans Car les petits exploitants ont peur de se faire manger par l'agro-business. Selon le journal The Guardian, l'Allemagne est l'un des pays européens avec le plus de fermes-usines, notamment des élevages porcins. Malgré tout, la moitié des exploitations ici sont familiales – et ont du mal à joindre les deux bouts. Le nombre de fermes a baissé de 12 % entre 2010 et 2020, un chiffre qui ne devrait pas aller en s'améliorant avec le départ à la retraite de milliers de baby-boomers comme ces retraités, Jürgen et Anke, rencontrés dans le cortège. À la tête d'une petite exploitation, ils se battent pour leurs enfants et petits-enfants, « et pour que nos descendants aient un avenir ! En 2015, l'Organisation des Nations unies, la FAO avait déjà averti que si on continuait à pratiquer l'agriculture intensive, il ne resterait plus que 60 années de récoltes. Dix ans plus tard, on voit malheureusement que le système n'a pas beaucoup changé. » En cause, la baisse de la biodiversité, l'acidité des sols qui contiennent de moins en moins de nutriments et la hausse des quantités de nitrates dans l'eau. À lire aussiAccord UE-Mercosur: des milliers d'agriculteurs européens expriment leur colère à Strasbourg Le puissant syndicat Raiffeisenverband salue l'accord avec le Mercosur À l'autre bout de Berlin, au salon de l'agriculture Grüne Woche, on est loin de ces considérations. Il a réuni mi-janvier plus de 1 500 exposants, dont les principaux syndicats agricoles, la grande distribution et de grands groupes de l'industrie agro-alimentaire. Malgré des intérêts qui divergent, ces derniers sont d'accord sur un point : le traité avec le Mercosur est une bonne chose pour l'Allemagne et son économie, comme le résume Jörg Migende, le secrétaire général du très puissant syndicat agricole allemand Raiffeisenverband. « Je comprends les inquiétudes de nos agriculteurs, mais elles sont moins liées au Mercosur qu'à leurs conditions générales de travail aujourd'hui en Allemagne et en France : bureaucratie excessive, normes environnementales strictes, mépris, denrées alimentaires à prix cassés dans les supermarchés. » À l'annonce de la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne sur l'accord avec le Mercosur, voté par le Parlement européen le 21 janvier, le syndicat a rapidement appelé le chancelier Merz à demander une application provisoire du traité, pour « limiter les dégâts » d'un tel recours à la justice. À lire aussiMercosur: le Parlement européen vote en faveur d'une saisine de la justice de l'UE Car, pour lui, pas de doute : le traité est aussi une façon pour l'Europe de renforcer ses alliances avec d'autres pays, alors que ses alliés de toujours lui tournent de plus en plus le dos : « Nous avons besoin d'accords de libre-échange, car nous disposons d'une agriculture performante qui produit des produits de qualité, très demandés dans le monde entier. Nous en avons également besoin sur le plan géopolitique, car l'Europe est forte et a besoin d'amis dans le monde, ce que les accords de libre-échange permettent à merveille de réaliser », explique Jörg Migende. Lilli Haule n'est pas convaincue par cet argument et elle sera de retour à Berlin pour la prochaine édition de la grande manifestation contre la politique agricole du gouvernement. À lire aussiAccord UE-Mercosur: «il est nécessaire de signer des accords de libre échange pour nos exportateurs»

En Ukraine, voilà déjà bientôt quatre ans que l'invasion russe bouleverse le quotidien des familles. Le soir, à table, la guerre est souvent un sujet tabou. Alors c'est à l'école que le dialogue est initié, par des questions et des réponses entre professeurs et enfants, ou encore des activités artistiques. Théo Renaudon, correspondant en Ukraine, nous immerge aujourd'hui dans la classe de Madame Olikova, institutrice pour des enfants ukrainiens de 10 à 11 ans dans l'école primaire n°19 d'Odessa, dans le sud du pays. Chaque matin, la journée commence par une minute de silence. Puis, la classe commence. Un reportage à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiEn Ukraine le port d'Odessa, une cible privilégiée des frappes russes

Symbole national, le « bois Brésil », connu à l'étranger sous le nom de bois de Pernambouc, est utilisé pour la fabrication d'archets d'instruments de musique dans le monde entier. Mais l'essence, en voie de disparition, fait l'objet de trafic illégal. Gabriela Queiroz est premier violon de l'orchestre symphonique brésilien. Elle a commencé à jouer à l'âge de 4 ans. Dès qu'elle est devenue professionnelle, à 17 ans, elle a eu son premier archet en bois de Pernambouc. Depuis, elle n'utilise que ce type d'archet. « L'élasticité de ce bois nous permet de réaliser des mouvements techniques, ce qu'on appelle les "coups", de manière beaucoup plus efficace, explique-t-elle, et le son est d'une grande qualité. » Selon le Centre national de conservation de la flore, 84 % de ce bois sauvage brésilien aurait déjà disparu malgré l'interdiction de son commerce international depuis 2007. « Est-ce qu'on veut assister à l'extinction du bois de Pernambouc en écoutant de la musique classique et en applaudissant ?, s'indigne Felipe Guimarães, agent de l'Ibama, l'institut environnemental brésilien, et spécialiste du bois de Pernambouc. On ne peut pas en arriver là et c'est justement à ça que sert l'Ibama : pour la conservation et le contrôle. Nous nous battrons jusqu'au bout, pour que cet arbre ne disparaisse pas. » En 2018, cet agent a participé à l'opération « Do-Ré-Mi » et a découvert un vaste réseau international de trafic illégal de ce bois sauvage. Car les archets peuvent valoir jusqu'à 25 000 euros quand ils sont vendus en Europe ou aux États-Unis. À écouter dans Grand reportageAmazonie: restaurer la forêt en imitant la nature L'ipê à la place du bois de Pernambouc À São Paulo, Daniel Lombardi confectionne des archets dans une autre essence de bois dotée des mêmes caractéristiques : l'ipê. « Ce que vous voyez là, ce sont les fils du bois, montre cet artisan. Vous voyez comme ils suivent le sens de la baguette ? Il n'y a pas de nœuds, ni de croisement. Donc, ce bois est idéal pour faire un archet. » Mais les archets en pernambouc restent les plus demandés, regrette-t-il : « C'est dû à une certaine tradition, à un conservatisme, mais aussi à l'ignorance, au fait de ne pas connaître d'autres bois et de penser que le pernambouc est ce qu'il y a de mieux. Mais ce n'est pas le cas. C'est un très bon bois, tout comme l'ipê ou le massaranduba, qui sont aussi de grande qualité. » Si Daniel Lombardi estime difficile de retracer l'origine du bois qu'on lui fournit, l'archetier préfère miser sur l'éducation et le changement des mentalités des musiciens. Il rêverait de pouvoir confectionner des archets en ipê pour tout un orchestre de musique de chambre et faire apprécier la qualité des essences de bois alternatives. À écouter dans Grand reportageAmazonie: les défis autour des concessions forestières durables

La Birmanie va débuter la troisième et dernière phase des élections générales dimanche 25 janvier. La junte au pouvoir depuis le coup d'État de 2021 organise le scrutin et tente de se légitimer aux yeux de la communauté internationale. Elles sont toutefois qualifiées de « mascarade » par la plupart des ONG et observateurs. De nombreux réfugiés birmans regardent cette élection depuis l'extérieur et notamment les Rohingyas, majoritairement musulmans et victimes de graves persécutions depuis l'indépendance du pays. Alors que la Gambie a saisi la Cour internationale de justice pour accuser la Birmanie du génocide de la communauté, plusieurs d'entre eux, exilés en Malaisie, ont accepté de témoigner. De notre envoyée spéciale à Kuala Lumpur, Dans le sud de Kuala Lumpur, un bâtiment discret se fond dans le quartier. À l'intérieur : les locaux d'une association d'aide aux réfugiés birmans, et notamment aux Rohingyas. Rafik Ismaël est originaire de l'État birman d'Arakan. Lui et sa famille ont fui les persécutions il y a presque 30 ans. « Mon père était un leader local, donc il essayait d'aider les communautés qui avaient besoin de nourriture. Mais les militaires n'aimaient pas ça, et ils ont pris mon père pour le mettre dans un camp de détention. Ensuite, ils s'en sont pris à ma mère, et puis à mon grand-père. Notre communauté s'est battue pour ma famille, mais après les avoir libérés, les militaires nous ont dit : "Il vaut mieux que vous partiez, sinon on tuera toute la famille." » À lire aussiÉlections en Birmanie: «C'est un effort visant à légitimer un pouvoir qui va se succéder à lui-même» Un problème qui dure depuis 70 ans Malgré l'exil, Rafik Ismaël regarde attentivement le déroulement des élections organisées en Birmanie dans les médias : « Le problème en Birmanie dure déjà depuis 70 ans, donc je ne vois aucun avenir possible. Sauf si on fait partir la junte. L'élection pourrait alors permettre la démocratie, peut-être qu'on aurait une chance, mais cette élection-là ne sert à rien. Pour nous Rohingyas, que ce soit la junte ou Aung San Suu Kyi, c'est pareil. Parce qu'ils ne nous soutiennent pas. La dernière fois, parce qu'elle a obtenu le prix Nobel de la paix, vous savez, on a cru qu'elle pouvait faire quelque chose de meilleur pour le pays, mais malheureusement non, on n'a vu rien bon de sa part. » Dans un coin de la pièce, Katija regarde attentivement deux réfugiés endormis sur des matelas posés au sol. Elle a fui la Birmanie il y a cinq ans. Certains de ses proches rohingyas sont toujours sur place : « Mon beau-frère a été pris par l'armée d'Arakan en 2024, c'était l'an dernier. Il a été battu pendant environ deux mois, donc il ne peut presque plus bouger, il est quasiment paralysé maintenant. Je crois à l'unité, mais je ne pense pas que la situation en Birmanie va s'améliorer. On sait que beaucoup de pays soutiennent la junte avec des armes et aussi de l'argent. Nous connaissons la plus longue guerre de l'histoire, donc je ne pense pas que ça ira mieux. » D'autres difficultés font désormais le quotidien de ces Rohingyas, exilés en Malaisie : le pays n'est pas signataire de la convention de l'ONU pour les réfugiés. L'accès à l'emploi, la santé et l'éducation sont notamment limités. À lire aussiBirmanie: la junte organise la deuxième phase des élections législatives

C'est l'équivalent du pape pour la communauté anglicane : Sarah Mullally deviendra, mercredi 28 janvier, la nouvelle archevêque de Canterbury. C'est la première femme élue à ce poste – son prédécesseur, Justin Welby, a dû démissionner il y a un an, accusé d'avoir mal géré un scandale d'abus sexuels au sein de l'Église anglicane. Sarah Mullally va devoir reconstruire la confiance dans l'institution, et surtout réunifier une communauté divisée sur les grandes questions sociales (comme l'acceptation des couples de même sexe). De notre correspondante à Londres , Trois matins par semaine, les fidèles prient dans l'Église St Mary, au cœur de la City de Londres. Le diocèse de Sarah Mullally. Agnès et Alan, en chaussettes sur le sol en pierre, n'ont pas été surpris de sa nomination. « Ça ne va pas changer ma vie religieuse, mais c'est l'ancienne patronne des infirmières des hôpitaux publics. Par conséquent elle a une expérience administrative, en plus de son expérience ecclésiastique, qui va lui être utile », dit Alan. « Beaucoup pensent qu'avoir une femme à ce poste est une avancée, mais il reste beaucoup de dossiers à traiter », estime Agnès. Une Église anglicane traversée par de profondes divisions Comme l'inclusion des minorités, la protection des victimes d'abus sexuels... Pour le prêtre de la paroisse, Paul Kennedy, Sarah Mullally ne pourra pas plaire aux 110 millions de fidèles anglicans dans le monde. « Elle a été une bonne évêque à Londres, mais elle pourrait causer des frictions à l'étranger. L'Église anglicane est très large, et inclut des ailes très conservatrices, qui ne seront pas d'accord avec ses idées. Il y aura des tensions ». L'Église du Nigeria par exemple, rejette déjà l'autorité de Sarah Mullally. En visite à Sainte-Mary, Paul Shaw est recteur dans l'ouest du pays. Pour lui, même en Angleterre, les questions liées à la sexualité divisent, d'ailleurs, le prêtre qui l'accompagne préfère s'éloigner, pour ne pas s'agacer explique-t-il. « À l'échelle nationale, même au sein d'une église, d'une paroisse, c'est un sujet très clivant. Et bien sûr, il y a aussi le fait que ce soit une femme : certains pans de notre Eglise sont mal à l'aise à ce sujet, mais je n'en fais pas partie ». Réparer la confiance Unifier une Église mondiale, pour Linda Woodhead, sociologue des religions, l'ancienne infirmière devra aussi réparer la confiance après une série de scandales sexuels. « Il faut qu'il y ait un système de compensations, à l'écoute des victimes et qui leur convienne, sans avoir à passer par des procédures judiciaires longues et horribles. Il s'agit de retisser le lien entre l'Église d'Angleterre et la population d'Angleterre ». Une reconnexion nécessaire pour prévenir la montée de l'extrême droite, menée sur les réseaux sociaux par l'influenceur anti-immigration et islamophobe Tommy Robinson. « Les voix d'extrême droite comme Tommy Robinson se présentent comme les seules capables de représenter une chrétienté anglaise, patriote. Or, jusqu'à maintenant, l'Église anglicane ne s'est pas demandé comment incarner, au XXIè siècle, une religion nationale. [Sarah Mullally] va devoir prendre position ». Sarah Mullally devra quitter son poste à 70 ans. Elle a six ans pour réunifier son Église. À lire aussiRoyaume-Uni: la «bergère» Sarah Mullally sera la première femme archevêque de Canterbury

En Ukraine, les campagnes de frappes russes sur les infrastructures énergétiques se poursuivent quotidiennement. Depuis le 10 octobre, pas une journée ne s'est passée sans que missiles ou drones ne se soient abattus sur des centrales énergétique ou thermiques, plongeant le pays dans le noir et dans le froid au cœur de l'hiver. La situation est particulièrement critique à Kiev. De notre correspondante à Kiev, Depuis 2022, des millions d'Ukrainiens se sont trouvés sous le danger constant des attaques aériennes russes. À Kiev, des raids de grande ampleur, combinant missiles et drones, se succédaient presque régulièrement, toutes les deux ou trois semaines. Cette année, la Russie est passée à la vitesse supérieure et semble vouloir plonger l'Ukraine dans un hiver sans fin : désormais, plus un seul jour ne se passe sans que les attaques se succèdent sur Kiev. Le but de ces frappes est clair : mettre à genoux la capitale et procéder à l'anéantissement total des capacités énergétiques de l'Ukraine. Alors que Moscou nie cibler les civils ukrainiens, ils sont pourtant, quotidiennement, les premières victimes de ces frappes : à Kiev, plus de trois millions de résidents se trouvent, en plein hiver, face à des pénuries prolongées d'électricité, d'eau et de chauffage. Le tout, alors que l'Ukraine est en proie à une vague de froid polaire, où les températures, qui ont avoisiné les -20°C ces deux dernières semaines, se stabilisent désormais à - 10°C. À lire aussiUkraine: en pleine vague de froid, des frappes russes plongent à nouveau Kiev dans le noir Devant l'ampleur des dégâts, et suite à une frappe dévastatrice sur les centrales énergétiques de la ville le 9 janvier dernier, le maire Vitali Klitschko a même enjoint ceux des habitants qui le pouvaient à quitter la ville. Deux semaines plus tard, il affirme que selon des estimations basées sur les bornages téléphoniques, près de 600 000 personnes ont quitté la capitale ukrainienne. Les quartiers populaires en première ligne Tous ne peuvent cependant pas quitter la ville, et pour une grande majorité de la population, il s'agit de survivre à la fois aux frappes et à leurs conséquences. Sur la rive gauche de la ville, où les quartiers populaires sont les plus affectés, les résidents des barres d'immeubles de grande hauteur sont particulièrement exposés : ils vivent tout près de centrales visées par les Russes, et leur approvisionnement en électricité, chauffage et eau est devenu plus qu'aléatoire. Oksana, une mère de famille explique : « La situation est très difficile, on se retrouve sans électricité pendant dix heures, vingt heures d'affilée. Et lorsqu'elle apparaît, c'est au milieu de la nuit, alors je me lève pour charger toutes nos batteries. Sans électricité, il n'y a pas d'eau non plus, et comme l'immeuble a plusieurs étages, elle n'arrive plus aux étages supérieurs ». L'immeuble en question a déjà été éventré par une frappe de drones, et les fenêtres des étages inférieurs ont été remplacées par des panneaux en bois. Pourtant, Oksana n'envisage pas de quitter Kiev : « Nous avons bien de la famille dans l'ouest, où nous nous étions réfugiés début 2022, mais mon mari est en situation de handicap et en attente d'une opération, je ne me vois donc pas partir maintenant. En plus, nous avons ici tous nos proches, dont mes parents, dans des immeubles voisins ». Tout comme Oksana, Valentina, une retraitée, tente de survivre malgré les conditions difficiles : « Dieu merci, une partie de l'immeuble est encore chauffée, et chez moi, je conserve mon manteau pour ne pas avoir froid ». Pour ceux des résidents qui restent dans la capitale, le quotidien s'organise autour de rares heures d'électricité pendant lesquelles il faut recharger ses appareils électriques et batteries, faire tourner une machine à laver, ou encore faire des provisions d'eau courante. Les nuits, au cours desquelles les frappes sont plus fréquentes, se passent dans le froid, dans des caves, parkings ou encore stations de métro, pour ceux qui ont encore l'énergie de s'abriter des bombes. Les « points d'invincibilité », îlots de chaleur dans une ville à l'arrêt Devant cette crise humanitaire qui s'accentue à mesure que la Russie continue de frapper Kiev, la ville a déployé une cinquantaine de générateurs mobiles. Dans certaines cours d'immeubles affectés, des milliers, qui sitôt reconnectés au réseau énergétique sont à nouveau plongés dans le froid et le noir après chaque nouvelle frappe, les secouristes ont mis en place de grandes tentes oranges qui constituent des « points d'invincibilité », des îlots énergétiques dans lesquels les habitants peuvent venir se réchauffer, travailler à distance ou bien encore passer la nuit si les conditions ne leur permettent plus de dormir chez eux. Ces îlots ne sont pas une nouveauté : depuis le début des raids aériens à l'hiver 2022, les bâtiments publics dotés de générateurs, administrations, restaurants, écoles, se sont constitués eux aussi « points d'invincibilité ». Dans le centre historique de la ville, en face de l'université Taras Shevchenko, une yourte installée par une association ukraino-kazakhe en 2023 a rouvert ses portes comme îlot de chaleur et d'électricité. Ici, Natacha, ukrainienne, reçoit ceux qui entrent avec un thé chaud et des pâtisseries kazakhes. Elle explique : « Les Kazakhes croient en notre victoire, et avec cette yourte ils nous apportent un peu d'amour et leur soutien. Ils ne peuvent pas nous fournir d'armes, mais ils montrent par d'autres gestes qu'ils sont nos côtés ». Pourtant, après plusieurs hivers où le pire avait été évité, nombre de ces « îlots » ne sont plus en mesure d'accueillir temporairement les résidents de la capitale. Dans le centre historique de la ville, berceau des administrations, ambassades et organisations internationales et jusqu'à cette année relativement épargné par les coupures d'électricité, la situation s'est fortement dégradée. Si les cafés et restaurants fonctionnent encore, en sous-régime, grâce à de petits générateurs diesels au bruit assourdissant et à la forte odeur de diesel, et souvent dans une semi-obscurité, des bâtiments publics répertoriés sur l'application municipale comme ouvertes en principe 24/7 pour servir de refuge de chaleur et d'électricité aux résidents, gardent porte close, comme le déplore Alla, concierge d'une école déserte : « Ici, il n'y a pas de chauffage, ni de connexion internet, ou d'électricité, et personne pour venir remplir le réservoir du générateur, alors on reste fermés ». Face à la crise, les écoles de Kyiv resteront d'ailleurs fermées pour les jours à venir : les vacances scolaires ont été prolongées jusqu'à début février, afin que les élèves puissent rester hors de la ville s'ils en ont la possibilité. À lire aussiUkraine: à Kiev, les écoles fermées jusqu'au 1er février après des frappes sur les infrastructures énergétiques Dans l'un de ses derniers communiqués, l'entreprise DTEK, premier fournisseur privé d'électricité, prévient ses usagers : « Les calendriers de coupures d'électricité ne sont pas valables actuellement : la grille énergétique de la ville fonctionne toujours en état d'urgence, il n'y a pas assez d'énergie. (...) Jamais une telle chose ne s'est produite à l'échelle mondiale. Depuis un mois, il n'y a pas eu un seul jour sans panne d'électricité, et nos ingénieurs ont la charge historique de nous remettre sur pied ». Du côté du gouvernement, Denys Shmyhal, nouveau Ministre de l'Énergie, promet de restaurer les infrastructures au plus vite, mais met également en garde contre de nouvelles frappes russes, « y compris sur l'infrastructure qui garantit le fonctionnement des centrales nucléaires ».

En Lettonie, ni la radio ni la télévision du service public ne diffusent plus de nouvelles en russe. Une décision prise au nom de la sécurité nationale en 2023 et entrée en vigueur le 1er janvier de cette année. Le déclenchement de la guerre à grande échelle contre l'Ukraine a été le catalyseur de nombreuses décisions diminuant la place de la langue russe dans la société, qui compte une forte minorité russophone. Mais celle concernant les médias suscite des interrogations, surtout dans le milieu journalistique. De notre correspondante à Riga, Le reportage est à retrouver dans son intégralité sur le site de RFI dans le podcast Accents d'Europe. À lire aussiLettonie: Dojd, la chaîne russe en exil qui se bat pour sa licence

Pour lutter contre la baisse des naissances, l'Espagne a fait le pari d'une immigration légale et choisie. Deux millions d'étrangers pour la plupart originaires d'Amérique latine se sont installés en Espagne au cours des sept dernières années. C'est le cas dans la région de Zamora, en Castille-et-León, dans le nord de l'Espagne, où, depuis 2022, une entreprise céréalière fait venir des conducteurs de camions du Pérou ou de Colombie. Ces embauches ont permis de remettre à flot le céréalier et, au passage, de redonner vie au village de Bóveda de Toro. De notre envoyée spéciale à Zamora, Ce reportage est à retrouver dans son intégralité dans le podcast Accents d'Europe ou à écouter sur notre antenne à 17H10 TU. À lire aussiEspagne: vers une régularisation de près de 500 000 personnes en situation irrégulière

20 janvier, un an après son retour au pouvoir avec les droits de douane et l'immigration, Donald Trump a fait de la politique étrangère un marqueur de son deuxième mandat. Négociations agressives sur Gaza et l'Ukraine, frappes en Iran, intervention musclée au Venezuela… Douze mois plus tard, comment la diplomatie Trump résonne-t-elle auprès des électeurs républicains ? Tour de table avec Vincent Souriau à Charleston, la capitale de l'État de Virginie-Occidentale. De notre envoyé spécial à Charleston, Son coup d'éclat, c'est le Venezuela avec l'enlèvement de Nicolas Maduro. Ces électeurs qui ont voté Donald Trump à la présidentielle soutiennent sa décision et reprennent l'argument avancé par la Maison Blanche, celui de la lutte contre le trafic de drogue. « J'aime bien ce qu'il a fait au Venezuela. Je pense que c'est ce qu'on doit faire parfois : montrer les muscles. Ce type faisait entrer de la drogue chez nous et dans d'autres pays. Et quand vous portez atteinte aux intérêts des États-Unis, il faut y aller. On y va », lâche un électeur. « Le Venezuela faisait circuler plein de drogues qui tuaient des Américains. Je pense qu'il a bien fait. On a toujours eu l'audace d'être forts et on a toujours eu cette puissance. Mais ces quatre dernières années, on s'est affaibli à cause d'un dirigeant faible. Aujourd'hui, on a un président fort qui utilise tout le savoir-faire américain, qui valorise notre armée, nos militaires et c'est très bien comme ça », détaille un autre citoyen favorable à la politique de Donald Trump. À lire aussiIntervention américaine au Venezuela: «Une rupture totale avec la promesse de Trump de son premier mandat» « On devrait s'occuper de nos affaires » Beaucoup plus circonspecte, cette électrice républicaine a voté Trump, elle aussi. Mais ce n'était pas son premier choix. Elle a adoré, dit-elle, les deux présidents Bush. En 2024, elle aurait préféré élire Nikki Haley, l'ancienne ambassadrice américaine à l'ONU. Et elle ne comprend pas du tout le positionnement de la Maison Blanche. « Je suis une républicaine convaincue, mais sur le fond, essayer d'acheter d'autres pays ou ce genre de choses, je ne vois pas pourquoi on aurait besoin de ça. Il ne nous appartient pas d'acheter le Groenland. Et le Venezuela, je ne pense pas que ça soit notre place. Les États-Unis devraient rester dans leur couloir. On devrait s'occuper de nos affaires. J'imagine que c'est pour avoir de meilleurs prix sur le pétrole. Mais pourquoi on irait le prendre chez les autres ? Pourquoi on pense qu'on pourrait s'emparer d'un autre pays ? » Attention, prévient quant à lui cet électeur indépendant qui a voté Trump en 2016, mais pas en 2024. À force de provocations, le président américain, dit-il, est en train de provoquer l'isolement des États-Unis. « Au début, je pensais que ce serait un président focalisé sur l'économie qui mettrait sa connaissance du commerce au service des intérêts des États-Unis. Maintenant, je trouve qu'il essaie de contrôler des choses au-delà de ce qui devrait être sa sphère d'influence. Ma plus grande inquiétude, c'est qu'il nous fasse sortir de l'Otan. Un grand pays comme le nôtre doit conserver de bonnes relations avec les membres de l'Otan. » Le seul dénominateur commun chez l'ensemble de nos interlocuteurs : des doutes à propos des manières de Donald Trump à qui ils reprochent de manquer de tact et d'empathie. À lire aussiUn an après la deuxième élection de Donald Trump, la politique étrangère américaine redéfinie

Comme d'autres présidents des États-Unis, Donald Trump compte avoir un lieu dédié à l'histoire de sa présidence, un lieu ouvert au public avec des archives. Si ces institutions sont financées de manière privée, le lieu choisi dans le centre-ville de Miami fait polémique, car la bibliothèque se situerait à côté d'un lieu symbolique de l'immigration. De notre envoyé spécial à Miami, Sur un grand boulevard de Miami trône la « Freedom Tower », la tour de la Liberté. Ses couleurs ocre détonnent du reste des immeubles du centre-ville. Dans les années 1960-1970, le lieu accueillait le Centre pour les réfugiés cubains. Aujourd'hui, cette tour est un musée et un centre culturel. À côté se trouve un parking où devrait être construite la bibliothèque de Donald Trump. José se promène devant la tour. Pour lui qui soutient Donald Trump, il trouve l'emplacement idéal. José est né à Miami mais ses parents et grands-parents sont venus de Cuba, en rentrant justement dans ce hall à quelques pas pour demander l'asile. « Je trouve ça génial, se réjouit José. Donald Trump est très soutenu ici, à Miami, surtout de la part de la communauté cubaine-américaine. Et la tour de la Liberté est sûrement le symbole le plus important pour nous, ajoute-t-il. Donald Trump se bat pour la liberté, il lutte constamment pour cela. » À écouter dans GéopolitiqueTrump à la Maison Blanche : un an de révolution L'emplacement de la bibliothèque présidentielle ne fait pas l'unanimité Dans la ville, certains dénoncent la proximité avec ce lieu emblématique de l'immigration compte tenu des politiques d'expulsions de personnes migrantes menées par le président. « Je m'oppose à ce que le président ait sa bibliothèque dans ce lieu à Miami, car cette terre appartient à nos enfants, aux générations futures, pour leur éducation, s'émeut Marvin Dunn, historien. Donc, si cette bibliothèque est construite ici, ce serait voler cette terre à nos bébés et cela m'offense. » Cet historien est à l'origine d'une plainte en justice. Le terrain appartenait à l'université Miami Dade, elle l'a offert pour la construction de la bibliothèque et il critique un manque de transparence dans ce processus. La justice a finalement autorisé ce transfert. Marvin Dunn critique aussi la symbolique du lieu, même si cet argument ne faisait pas partie de la plainte. « Établir un monument pour le président des États-Unis qui a fait plus que n'importe quel autre président pour limiter l'immigration, pour lutter contre la liberté, c'est une ironie que je n'arrive pas à saisir », s'agace-t-il. Le projet de bibliothèque prévoit aussi des infrastructures économiques. Il n'est pas précisé leur nature, mais il pourrait s'agir d'un hôtel ou d'appartements. Dénoncé par les opposants comme un projet purement commercial, il est aussi vu comme fidèle à Donald Trump et à sa carrière d'homme d'affaires. À lire aussiÉtats-Unis: depuis le retour de Trump, une police de l'immigration aux méthodes de plus en plus violentes

La capitale indienne – qui compte plus de 33 millions d'habitants – est aussi le refuge de plus d'un million de chiens. Un véritable problème de santé publique alors qu'un tiers des cas de rage dans le monde sont recensés dans le pays le plus peuplé de la planète. En novembre, la Cour suprême a ordonné le retrait des chiens des lieux sensibles et leur placement dans des chenils. Une décision qui a lancé un vaste débat dans le pays. De notre envoyé spécial à New Delhi, Présence incontournable des rues de la capitale de l'Inde, compagnon du quotidien pour beaucoup. Une vingtaine de chiens dans des cages serrées attendent, anxieux, de passer sur la table d'opération d'un centre public de vaccination et de stérilisation, situé dans le quartier de Ghazipur. « Ce centre est l'un des meilleurs de Delhi. Nous offrons une méthode appropriée pour traiter et soigner ces animaux », affirme un vétérinaire. Le docteur nous emmène vers son modeste bloc opératoire. Après avoir endormi le chien, il le place sur un papier journal avant de lui retirer ses testicules ou ses ovaires. Un geste qu'il répète une vingtaine de fois par jour. Une goutte d'eau, alors qu'un million de chiens se trouvent dans les rues de la capitale. « Nous avons besoin de faire plus d'opérations. Pour cela, il nous faut plus de place et plus d'infrastructures », estime-t-il. « Le scénario le plus commun, c'est qu'on prend un chien non vacciné, non stérilisé. On l'opère, on le vaccine et, après trois jours de soins postopératoires, on le relâche à l'endroit où on l'a trouvé », raconte Anjana, qui travaille pour le centre de vaccination. Avec seulement 20 centres pour un million de chiens, il est impossible d'appliquer la décision de la Cour suprême qui prévoit leur retrait des rues une fois vaccinés et stérilisés. Une décision dangereuse pour les militants de la cause animale. L'ONG Save the Stray Dog (« sauve un chien errant », en français) nourrit chaque jour des centaines de chiens et en garde certains quelques semaines, quelques mois s'ils ont besoin d'assistance médicale. « Si vous ramassez tous les chiens et que vous les mettez dans un chenil pour qu'ils meurent, c'est inhumain et aussi irréalisable. Nous n'avons pas assez de place pour mettre autant de chiens dans des endroits confinés. Ainsi, ils vont mourir automatiquement à cause du manque de soutien, d'éducation, d'infrastructures et de médicaments. Qui va s'en occuper ? Qui sera responsable ? », interroge le fondateur de l'ONG. C'est aussi un débat sur l'agressivité de certains chiens, trop agressifs pour pouvoir retourner dans les rues. « Je comprends tout à fait. Cette peur sera toujours là et elle continuera d'exister. Si un chien est agressif, placez-le dans un chenil avec un vétérinaire expérimenté s'il a besoin d'un dressage spécifique », estime-t-il. Après une large campagne de mobilisation citoyenne, la Cour suprême doit de nouveau rendre une décision sur le sujet en janvier. À lire aussiÀ New Delhi, la grève des livreurs bridée par les faibles gains sociaux de leur mouvement

Les Portugais sont appelés aux urnes ce dimanche 18 janvier 2026 pour élire leur président. Pour la première fois depuis plus de 50 ans et l'arrivée de la démocratie, un candidat d'extrême droite est en bonne position. André Ventura, leader du Chega, a pourtant été au cœur d'un énorme scandale lors de la précampagne en fin d'année dernière. De notre correspondante à Lisbonne, Aux ronds-points des villes portugaises, les grands panneaux politiques ne passent pas inaperçus au moment des élections. À la fin de 2025, ce sont les affiches d'André Ventura, candidat du parti d'extrême droite Chega, qui ont provoqué un énorme scandale. On y lisait des slogans visant les minorités du Portugal, tels que « Ici, ce n'est pas le Bangladesh » ou encore « Les Tziganes doivent respecter la loi ». Des formules jugées inacceptables par Nuno, rencontré au Rato : « C'est offensant. Le Portugal n'est pas un pays raciste et ne l'a jamais été. Ce candidat fait émerger ce qu'il y a de pire dans la société. Nous sommes un pays d'émigrés ; on ne peut pas s'opposer aux immigrés. » Face à l'impact violent des provocations d'André Ventura, de nombreux citoyens ont spontanément écrit aux autorités pour protester. Comme. Ana Luisa Rodrigues : « Il est essentiel que nous fassions entendre notre voix en tant que citoyens pour dire que ce discours ne mène nulle part, qu'il nourrit la haine et porte atteinte au bien-être de la société. Chacun a désormais pleinement conscience de l'impact de ce discours de haine permanent. » Slogans racistes Les 465 plaintes citoyennes ont été adressées à la Commission nationale des élections. Mais c'est au tribunal que tout s'est joué. La plateforme des droits des Tziganes, partie civile, a gagné le procès contre Chega. Paulo Domingos, dirigeant de la plateforme : « Le tribunal a été très clair : il a estimé que les affiches comportant les slogans en question dépassaient le cadre de la critique politique pour entrer dans celui du racisme. Cette décision a eu un impact symbolique, social et politique considérable. » André Ventura a dû retirer sa propagande. Cependant, sa stratégie a fonctionné. Rodrigo Viana de Freitas, directeur de l'agence de communication Central Information : « La stratégie consiste à instaurer une tension maîtrisée en s'appuyant sur un discours de victimisation, du type : " On nous oblige à retirer les affiches pour nous réduire au silence. Nous ne nous laisserons pas faire". En réalité, une partie de l'électorat de Chega aspire précisément à la rupture ». André Ventura a réussi à se positionner dans le peloton des cinq candidats susceptibles de se placer pour un second tour. La fracture semble se préciser, il n'y a jamais eu autant d'indécision au Portugal. À lire aussiPortugal: la droite au pouvoir remporte les élections municipales et les villes de Lisbonne et Porto

Depuis l'arrivée au pouvoir de Trump pour son deuxième mandat l'année dernière, des plus en plus d'américains s'installent en Espagne disant fuir l'ambiance MAGA. À Barcelone, ils découvrent une nouvelle vie et une ville où ils se sentent, disent-ils, enfin en sécurité… de notre correspondante à Barcelone, Elle a choisit un café fréquenté par les anglophones dans le centre de Barcelone… Originaire du Sud-Est des Etats-Unis, cette États-Unienne préfère rester anonyme et nous explique les raisons de son emménagement ici, fin 2024 avec son mari, Espagnol, et son fils : « Déjà le fait qu'on parle espagnol entre nous. Et puis, dans ma profession, je savais que ça allait être difficile de gérer certains changements avec les lois diversité et inclusion supprimées et ce qu'il se passe dans le domaine de la santé... Ça allait forcément rendre encore plus compliqué mon travail dans ce secteur de la santé. » Ancienne responsable des opérations dans une entreprise de santé, elle exerce désormais comme consultante et apprécie sa nouvelle vie barcelonaise. « On se sent reconnaissants d'être ici, d'être en sécurité… Mais, ce que je n'avais pas anticipé c'est ce deuil, de regarder d'ici les choses changer, les gens et les valeurs avec lesquels j'ai grandi disparaître…» Benjamin Gorman lui vient d'Oregon. Il a emménagé à quelques pas de la Placa Real avec sa femme et sa fille, il y a tout juste un an, après avoir reçu des menaces de mort pour son activisme politique. « C'est dur d'être loin, j'aimerais être dans la rue, là-bas, avec les gens qui manifestent ». D'ici, il a écrit un livre de rupture avec son pays natal, expliquant les raisons de sa fuite. « J'étais prêt à m'engager et à rester dans ce type de lutte politique quand j'estimais que c'était viable. Mais je me suis rendu compte que les gens de centre gauche ne prenaient pas la menace suffisamment au sérieux, et qu'on allait se retrouver très, très isolés ». Mais en raison de problèmes familiaux, le couple doit rentrer au pays dans les prochaines semaines… Une situation qui angoisse sa femme, Chrys. « Je pense que les dégâts causés par l'administration Trump et le mouvement MAGA aux États-Unis sont tels que pour que je me sente de nouveau en sécurité il faudra plus d'une génération », confie-telle. Benjamin espère que l'Europe développera des visas spécifiques pour ce qu'il appelle les nouveaux « réfugiés politiques » américains…

En Syrie, après la reprise des deux quartiers kurdes d'Alep la semaine dernière, les forces gouvernementales préparent un nouvel assaut contre les territoires administrés par les Forces démocratiques syriennes. Les chances d'une issue diplomatique sont minces après l'échec des négociations qui prévoyaient l'intégration de leurs institutions à l'État centralisé. Mardi 13 janvier, la province de Deir Hafer, porte d'entrée vers le nord-est syrien, qu'ils contrôlent, a été déclarée « zone militaire fermée ». Des combats sporadiques ont commencé. Les civils, eux, tentent de fuir la zone avant qu'un véritable assaut ne soit lancé. Reportage de notre correspondante en Syrie, Manon Chapelain. Vacillantes, épuisées, des centaines de familles traversent un pont à moitié brisé. Il faut faire attention. Il faut faire vite, surtout. La province de Deir Hafer a été déclarée un peu plus tôt zone militaire. Une offensive des forces gouvernementales pour la récupérer aux mains des Forces démocratiques syriennes se prépare. Ici, une vieille dame. Elle se fait porter par deux hommes, serre contre sa poitrine son petit sac. Là, des enfants. Ils pleurent, cherchent leurs parents… « Mon mari est encore bloqué de l'autre côté », répète cette femme. Elle porte lové contre son sein, son bébé. Il a cinq mois à peine, une bouche en cœur, ses yeux clos. « Il n'a pas l'âge de vivre tout ça, dit-elle, c'est beaucoup trop tôt …» Une femme :« On a fuit les frappes, il y avait des frappes tout autour de nous. Un obus de mortier est même tombé sur ma maison. Il y a deux jours ». Ahmad est venu du village voisin pour aider la foule à évacuer sous la pression des snipers kurdes, positionnés de l'autre côté du canal. Ahmad : « Je suis arrivé ce matin pour aider les déplacés et les transporter en lieu sûr. Il y a des milliers de personnes qui sont passés, et ça continue ! Les Forces démocratiques syriennes ont fermé les routes habituelles. Les familles sont obligées de passer par ce pont détruit ». À lire aussiSyrie: l'armée demande aux forces kurdes de se retirer d'une zone située à l'est d'Alep Des routes fermées, cela, tous les habitants rencontrés nous l'ont rapporté. Les Forces démocratiques syriennes sont accusées de ne pas les laisser sortir afin d'empêcher tout assaut de l'armée. Un peu plus loin, justement, sur la route qui relie Alep à Deir Hafer, un couloir humanitaire a officiellement été ouvert. Aucun convoi de civils ne passera de la journée. Des familles inquiètes attendent, reçoivent des messages vocaux désespérés… Message vocal : « Salut mon oncle, comment vas-tu ? Désolé de t'embêter. Mais sais-tu si des procédures sont en cours pour ouvrir d'autres routes ? Nous ne pouvons pas passer ». L'oncle : « J'attends ma famille ici. Ils sont tous à l'intérieur de Deir Hafer, dans les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes. On m'a dit qu'ils empêchaient quiconque de sortir. Qu'ils menaçaient avec des armes ». À l'entrée de la zone tampon, proche des positions, les quelques habitants qui vivent là assurent entendre depuis quelques jours le sifflement des drones kurdes. On en a marre de cette guerre qui dure depuis 14 ans Premier homme : « Ils ont frappé dans le village d'à côté. On a peur d'être frappé par un missile. Il y a une semaine, c'est tombé juste à côté de la maison. On a peur, on ne veut pas être tués ! » Deuxième homme: « Ça fait 14 ans qu'on vit la guerre. On en a marre. » Après le succès militaire de l'armée dans les deux quartiers kurdes d'Alep. Après l'échec des négociations qui prévoyaient l'intégration de leurs institutions dans l'État centralisé, bons connaisseurs du dossier, sources diplomatiques et politiques affirment que les discussions sont au point mort. Afin de récupérer le Nord-est, les nouvelles autorités semblent avoir opté pour la solution armée.

Dans le sud de l'Ukraine, la viticulture résiste. L'activité aurait pu s'effondrer dès 2014, lorsque l'annexion de la Crimée a fait disparaître plus de la moitié de la production nationale. Mais c'est l'inverse qui s'est produit : un réflexe patriotique a encouragé les Ukrainiens à boire local, faisant même émerger de nouveaux domaines. Et malgré l'invasion russe généralisée, la dynamique ne s'est pas brisée. Cerise Sudry-Ledu nous emmène dans le vignoble de Beykush, près de Mykolaïv, dans le sud du pays, qui continue à produire alors que les vignes sont situées à une dizaine de kilomètres des positions russes. De notre correspondante à Mykolaïv, C'est sous escorte militaire et après avoir traversé plusieurs check-points qu'on atteint la propriété. Beykush s'étend sur plusieurs hectares, tout près de la mer Noire, et l'équipe nous accueille du côté production. Il est impossible de visiter les vignes aujourd'hui pour des questions de sécurité car, à une dizaine de kilomètres sur l'autre rive, les Russes lancent des attaques régulières. Pourtant, après le 24 février 2022, alors que Mykolaïv, la ville voisine, est en proie à d'intenses combats, la production ne s'arrête que pendant un mois. La cheffe vigneronne se souvient : « Au début de la guerre, le travail était la seule chose qui permettait de garder le moral. Il offrait de quoi se concentrer au lieu de penser au danger permanent. » L'or pour un vin orange du domaine Beykush Presque chaque soir et parfois en pleine journée, des drones russes survolent la zone, s'écrasant quelques kilomètres plus loin ou filant vers Odessa. Ils ne sont plus que quatre à assurer la production. Olha habite sur place, les autres salariés sont des voisins, tandis que les vendanges sont menées tambour battant avec l'aide des habitants. « Nous sommes en contact permanent avec l'armée. Pour la sécurité, nous leur faisons des dons. Certains QR codes sur nos bouteilles permettent par exemple de soutenir la rééducation des soldats », explique-t-elle. Beykush produit près de 19 000 bouteilles par an et la marque engrange de nombreuses médailles à l'international. « Voici par exemple une médaille obtenue cette année au concours le plus prestigieux de Londres. Un de nos vins dans la catégorie des vins orange à remporter l'or. Ils se vendent tellement bien que certains sont déjà épuisés », raconte fièrement la vigneronne. « Ce vin, c'est comme le sang de la région de Mykolaïv » À Mykolaïv, Vino Mania, la boutique de Marina, est l'une des seules de la ville. Pour la vendeuse, si, en 2022, la guerre a dynamisé des importateurs étrangers soucieux d'aider l'Ukraine, ce n'est plus le cas. Et les vignerons locaux entendent bien faire valoir leur savoir-faire. Elle désigne une étagère à l'entrée. « Ça, c'est seulement la section de Mykolaïv. Là-bas, il y a une étagère avec beaucoup d'autres vins ukrainiens. » Et c'est peu dire qu'ils ont du succès. Au fond du magasin, une salle a été aménagée pour des dégustations. Et un architecte de Mykolaïv a justement convié des collègues étrangers à venir déguster des vins du coin. « Vous, vous venez de France. Vous avez donc votre identité, votre personnalité. Pour notre vin, c'est la même chose. L'identité, c'est notre point fort. » Et son conseil est toujours le même. « Un Kara Kermen du domaine Beykush. Ce vin, c'est comme le sang de la région de Mykolaïv », vante-t-il fièrement. À l'extérieur, une alerte retentit. Mais ici, le petit groupe trinque comme pour dire : « Avec ce vin, on tient bon ! » À lire aussiBeykush, le vin ukrainien primé au concours Decanter à Londres

Face au recours de plus en plus fréquent et incontrôlé des élèves à des outils comme Mistral, Claude ou Chat GPT, un collège-lycée privé de la City de Londres a voulu prendre les devants : l'établissement a ouvert l'an dernier une classe où l'enseignement est entièrement dispensé par un agent d'intelligence artificielle. Les jeunes étudient pour l'équivalent du brevet des collèges et du baccalauréat. Ils n'ont pas de professeurs mais des coachs pour suivre leur progression. Si les résultats sont là, une question se pose : qui contrôle le contenu de ces outils ? De notre correspondante à Londres, Quatorze adolescents les yeux rivés sur leurs écrans. Rien d'étonnant à première vue, sauf qu'ils sont en classe et qu'ils sont en train d'apprendre. « Je n'enseigne pas les matières au programme. Mais enseigner, c'est aussi donner aux élèves l'envie d'apprendre, les aider à comprendre le fonctionnement du cerveau dans l'apprentissage et leur donner les méthodes les plus efficaces. Nous avons des rendez-vous individuels chaque semaine et nous vérifions leurs données en continu : c'est un soutien beaucoup plus intensif parce que je n'ai pas à planifier une centaine de cours ou à préparer ou corriger des tests. Tout se fait automatiquement ! », explique Alexander, coach éducatif au sein de l'établissement David Game à Londres. À lire aussiIntelligence artificielle à l'école: «La notion de devoirs à la maison n'a plus aucun sens» S'ils ont une question, les élèves la posent à l'agent intelligent appelée Violette. S'ils n'ont pas compris, ils peuvent lui demander de répéter ou bien d'expliquer plus simplement les choses. Cela enlève la timidité ou la honte devant ses camarades, assure Alexander. Heymans est, lui, même en plein cours de biologie sur les ganglions lymphatiques. Il étudie pour l'examen que les élèves du Royaume-Uni passent à 16 ans. « C'est une méthode très intéressante. Vraiment, j'adore. Chaque plateforme a son propre type d'apprentissage. On ne s'ennuie pas », renchérit-il. À lire aussiComment l'IA transforme l'enseignement et l'apprentissage ? « D'où viennent les données utilisées pour nourrir ces moteurs d'intelligence artificielle » ? Principal du collège, David Dalton est celui qui a lancé l'idée de cette classe 100% IA, quand Chat GPT est monté en popularité. Conscient du pouvoir de perturbation de cette nouvelle technologie dans l'éducation, il a, dit-il, voulu au contraire prendre les devants. L'école a alors investi environ un million d'euros pour développer sa propre plateforme. « Ce n'est pas une expérience, dans le sens où nous savions déjà qu'on pouvait obtenir des résultats supérieurs avec un enseignement individuel sous cette forme. Mais les résultats sont spectaculaires », souligne-t-il. Selon l'établissement, tous les élèves de l'an passé ont amélioré leurs résultats d'au moins deux points. Mais à l'heure qu'il est, il n'y a aucun mécanisme, aucune structure gouvernementale qui surveille l'utilisation de l'IA dans les écoles. Pourtant, selon Lili Villard, chercheuse à l'Institut des politiques éducatives, environ la moitié des enseignants des écoles secondaires britanniques utilisent l'IA et environ les trois quarts des élèves le font aussi. « Leurs algorithmes sont souvent construits à partir de différents sous-ensembles de données. Or, nous ne savons pas nécessairement d'où viennent les données utilisées pour nourrir ces moteurs d'intelligence artificielle. Il y a un réel manque de recherches et de données », déplore-t-elle. Un comité d'évaluation des technologies pédagogiques a été mis en place par le ministère de l'Éducation britannique, mais pour l'instant, il n'en est qu'à la phase de recueil des informations. À lire aussiL'intelligence artificielle dans l'enseignement: seuls 20% des enseignants l'utilisent

En Colombie, un groupe dissident des Farc a appelé, jeudi 8 janvier, à un « sommet des guérillas » à la suite de l'intervention militaire américaine au Venezuela et à la chute de Nicolas Maduro. Cette initiative fait figure de main tendue en vue de faire front commun face aux États-Unis, alors que les combats entre différents groupes rebelles font rage dans la région du Catatumbo, dans le nord-est de la Colombie. Des affrontements qui font des centaines de déplacés : depuis le 24 décembre, les autorités de la ville de Cucuta ont ainsi recensé l'arrivée de près de 2 300 réfugiés. De nos envoyées spéciales à Cucuta, Au centre régional d'aide aux victimes de Cucuta, Maria, 32 ans, attend de la nourriture et du lait pour son bébé. Le 25 décembre dernier, elle a fui son village sans rien emporter. Aujourd'hui, ses trois enfants sont traumatisés. « La petite, dès qu'elle voit quelqu'un en uniforme, elle a peur. Mes fils de 8 et 14 ans ont déjà vu des morts. D'ailleurs, le jour où on est parti, il y avait des corps sur la route », raconte ainsi Maria. Entre les Farc et l'ELN, les combats se sont intensifiés Depuis un an, la guérilla de l'ELN et un groupe dissident des Farc s'affrontent pour contrôler le Catatumbo. Depuis trois semaines, les combats - avec des drones - s'y sont de nouveau intensifiés, alors que certains villageois ne sortent plus de chez eux depuis des mois déjà. Une situation intenable pour Maria : « Ils nous ont dit qu'ils ne voulaient voir personne dehors, qu'on devait rester enfermés chez nous. Mais comme ils ont coupé l'électricité et que les enfants étaient malades, c'était impossible de rester. Mon fils de 8 ans avait de la fièvre et la petite tousse : il fallait qu'on parte. Sur la route, ils nous ont arrêtés. Mais quand ils vont vu mon fils très malade, ils nous ont laissé passer », reprend celle-ci. Interrogée sur l'identité de ceux qui l'ont arrêtée, elle évoque simplement « les deux groupes qui se battent », n'osant pas prononcer leurs noms. « Si le Catatumbo était pauvre, il n'y aurait pas de guérilla » Bien que réfugié à Cucuta, Maria continue d'avoir peur car les deux guérillas ont des informateurs dans la ville. C'est dire combien cette région est stratégique pour elles, comme l'explique ce leader communautaire qui tient à garder l'anonymat : « Si le Catatumbo était pauvre, il n'y aurait pas de guérilla. Les groupes armés sont ici à cause des richesses qu'ils s'accaparent : les mines illégales, le charbon, l'élevage, l'huile de palme, les pierres précieuses, les champs pétroliers, et bien sûr la drogue. Mais si leur seule source de financement était la drogue, alors le conflit serait sur le point de se terminer car avec ce qui se passe dans les Caraïbes, les envois ont diminué ». Zone de production mais aussi zone de transit, le Catatumbo est un point névralgique du trafic de drogue dont tire profit une partie de l'armée vénézuélienne. C'est d'ailleurs de ce côté-là de la frontière que vivent les chefs des guérillas colombiennes. Mais depuis la chute de Nicolas Maduro, ils envisageraient de rentrer en Colombie. « Évidemment que ça m'inquiète, mais pas à cause des chefs. Eux, ils ne participent pas aux combats. Ils vont passer par ici et aller se cacher. Le problème, c'est qu'ils ont des hommes avec eux qui vont venir grossir les rangs des combattants ici. Du coup, le conflit pourrait continuer indéfiniment », développe le leader communautaire. À moins, espèrent plusieurs acteurs de cette crise, que la pression des États-Unis sur la Colombie fasse effet. Jeudi 8 janvier, Gustavo Petro et Donald Trump se sont engagés à mener des actions conjointes à la frontière. À lire aussiDonald Trump invite Gustavo Petro à Washington: les États-Unis amorcent-ils une désescalade avec la Colombie?

Menaces de faire du Canada le "51e Etat américain", guerre commerciale et droits de douane… Près d'un an après son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a sérieusement refroidi les relations avec son voisin. Les tensions entre les deux pays se sont même parfois invitées au coeur du sport national canadien : le hockey sur glace, avec l'hymne américain sifflé ou des rivalités exacerbées…Mais le hockey reste un espace de coopération où rien, ou presque n'a encore changé. De notre envoyé spécial à London, À London, dans l'Ontario, près de la frontière avec les États-Unis, sur la glace, l'affiche du soir oppose deux franchises junior de hockey. Les Canadiens des London Knights, en vert et jaune, reçoivent les Erie Otters, en blanc et bleu, venus de Pennsylvanie, aux États-Unis. Et jouer contre des Américains, ce n'est plus tout à fait anodin, expliquent ces deux fans. « Il y a longtemps, quand j'étais plus jeune, ce n'était pas très important. Mais maintenant, ça l'est devenu, surtout si le Canada joue contre les États-Unis. C'est devenu une affaire personnelle, en quelque sorte, à cause de la politique. Quand on entend Trump dire qu'il veut faire de nous le 51e État des États-Unis, évidemment, en tant que Canadien et souverainiste, ça ne passe pas », affirme le premier. « Oh oui, on veut les battre pour envoyer un message politique ! », réagit le second. L'hymne américain sifflé Dans les gradins pourtant, pas de message hostile. Comme avant chaque rencontre contre une franchise américaine, une trentaine d'enfants entonnent l'hymne des États-Unis. Ailleurs dans le pays, au plus fort des tensions, l'hymne américain a parfois été sifflé. « Mais ce n'est jamais arrivé ici, à London », raconte Johan, un fidèle supporter des Knights. « C'est une forme de respect. Nous, on veut juste voir du bon hockey et là, on parle d'enfants qui jouent. Ce ne sont même pas des adultes. On essaie de laisser le plus possible la politique en dehors du hockey... » Il faut dire que malgré les crispations politiques, le hockey reste aussi - et surtout - un espace de coopération entre les deux pays. La ligue junior de l'Ontario, l'OHL, compte trois franchises américaines. Et dans l'effectif des London Knights, deux jeunes joueurs viennent des États-Unis. Mais « c'est assez fluide. Ils viennent ici, ils vivent ici, ils sont logés chez l'habitant. Nous leur obtenons un visa étudiant pour qu'ils puissent venir jouer pour nous. C'est donc un bon arrangement, déclare Rick Steadman, l'un des entraîneurs des Knights. Et c'est la même chose dans l'autre sens : aux États-Unis, ils font venir des joueurs canadiens. Cela fonctionne très bien pour tous les joueurs de hockey, qui pouvent aller d'un pays à l'autre ». À lire aussiJustin Trudeau jubile et tacle Donald Trump après la victoire du Canada en hockey sur glace « À cause de Trump, on ne voyage plus autant qu'avant aux États-Unis » Mais si les joueurs vont et viennent de part et d'autre de la frontière, ce n'est plus forcément le cas de tous les fans. « À cause de Trump, on ne voyage plus autant qu'avant aux États-Unis. Les fans des London Knights ont l'habitude d'aller voir les matchs un peu partout. Mais désormais, ils se rendent beaucoup moins aux États-Unis parce qu'ils s'inquiètent de la situation à la frontière. Moi, par exemple, en tant que journaliste, j'y réfléchis à deux fois avant d'aller aux États-Unis parce que je me dis : est-ce que je veux vraiment me prendre la tête avec les gardes-frontières ? C'est juste une sorte de barrière que nous n'avons jamais connue, même lors du premier mandat de Trump », analyse Ryann Pyette, journaliste sportif au London Free Press. Comme beaucoup de fans, celui-ci espère néanmoins retrouver les États-Unis sur la glace, le mois prochain, en finale des JO, dans le match pour la médaille d'or. À lire aussiLe hockey sur glace, terrain des tensions entre le Canada et les États-Unis