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Les Portugais sont appelés aux urnes ce dimanche 18 janvier 2026 pour élire leur président. Pour la première fois depuis plus de 50 ans et l'arrivée de la démocratie, un candidat d'extrême droite est en bonne position. André Ventura, leader du Chega, a pourtant été au cœur d'un énorme scandale lors de la précampagne en fin d'année dernière. De notre correspondante à Lisbonne, Aux ronds-points des villes portugaises, les grands panneaux politiques ne passent pas inaperçus au moment des élections. À la fin de 2025, ce sont les affiches d'André Ventura, candidat du parti d'extrême droite Chega, qui ont provoqué un énorme scandale. On y lisait des slogans visant les minorités du Portugal, tels que « Ici, ce n'est pas le Bangladesh » ou encore « Les Tziganes doivent respecter la loi ». Des formules jugées inacceptables par Nuno, rencontré au Rato : « C'est offensant. Le Portugal n'est pas un pays raciste et ne l'a jamais été. Ce candidat fait émerger ce qu'il y a de pire dans la société. Nous sommes un pays d'émigrés ; on ne peut pas s'opposer aux immigrés. » Face à l'impact violent des provocations d'André Ventura, de nombreux citoyens ont spontanément écrit aux autorités pour protester. Comme. Ana Luisa Rodrigues : « Il est essentiel que nous fassions entendre notre voix en tant que citoyens pour dire que ce discours ne mène nulle part, qu'il nourrit la haine et porte atteinte au bien-être de la société. Chacun a désormais pleinement conscience de l'impact de ce discours de haine permanent. » Slogans racistes Les 465 plaintes citoyennes ont été adressées à la Commission nationale des élections. Mais c'est au tribunal que tout s'est joué. La plateforme des droits des Tziganes, partie civile, a gagné le procès contre Chega. Paulo Domingos, dirigeant de la plateforme : « Le tribunal a été très clair : il a estimé que les affiches comportant les slogans en question dépassaient le cadre de la critique politique pour entrer dans celui du racisme. Cette décision a eu un impact symbolique, social et politique considérable. » André Ventura a dû retirer sa propagande. Cependant, sa stratégie a fonctionné. Rodrigo Viana de Freitas, directeur de l'agence de communication Central Information : « La stratégie consiste à instaurer une tension maîtrisée en s'appuyant sur un discours de victimisation, du type : " On nous oblige à retirer les affiches pour nous réduire au silence. Nous ne nous laisserons pas faire". En réalité, une partie de l'électorat de Chega aspire précisément à la rupture ». André Ventura a réussi à se positionner dans le peloton des cinq candidats susceptibles de se placer pour un second tour. La fracture semble se préciser, il n'y a jamais eu autant d'indécision au Portugal. À lire aussiPortugal: la droite au pouvoir remporte les élections municipales et les villes de Lisbonne et Porto

Depuis l'arrivée au pouvoir de Trump pour son deuxième mandat l'année dernière, des plus en plus d'américains s'installent en Espagne disant fuir l'ambiance MAGA. À Barcelone, ils découvrent une nouvelle vie et une ville où ils se sentent, disent-ils, enfin en sécurité… de notre correspondante à Barcelone, Elle a choisit un café fréquenté par les anglophones dans le centre de Barcelone… Originaire du Sud-Est des Etats-Unis, cette États-Unienne préfère rester anonyme et nous explique les raisons de son emménagement ici, fin 2024 avec son mari, Espagnol, et son fils : « Déjà le fait qu'on parle espagnol entre nous. Et puis, dans ma profession, je savais que ça allait être difficile de gérer certains changements avec les lois diversité et inclusion supprimées et ce qu'il se passe dans le domaine de la santé... Ça allait forcément rendre encore plus compliqué mon travail dans ce secteur de la santé. » Ancienne responsable des opérations dans une entreprise de santé, elle exerce désormais comme consultante et apprécie sa nouvelle vie barcelonaise. « On se sent reconnaissants d'être ici, d'être en sécurité… Mais, ce que je n'avais pas anticipé c'est ce deuil, de regarder d'ici les choses changer, les gens et les valeurs avec lesquels j'ai grandi disparaître…» Benjamin Gorman lui vient d'Oregon. Il a emménagé à quelques pas de la Placa Real avec sa femme et sa fille, il y a tout juste un an, après avoir reçu des menaces de mort pour son activisme politique. « C'est dur d'être loin, j'aimerais être dans la rue, là-bas, avec les gens qui manifestent ». D'ici, il a écrit un livre de rupture avec son pays natal, expliquant les raisons de sa fuite. « J'étais prêt à m'engager et à rester dans ce type de lutte politique quand j'estimais que c'était viable. Mais je me suis rendu compte que les gens de centre gauche ne prenaient pas la menace suffisamment au sérieux, et qu'on allait se retrouver très, très isolés ». Mais en raison de problèmes familiaux, le couple doit rentrer au pays dans les prochaines semaines… Une situation qui angoisse sa femme, Chrys. « Je pense que les dégâts causés par l'administration Trump et le mouvement MAGA aux États-Unis sont tels que pour que je me sente de nouveau en sécurité il faudra plus d'une génération », confie-telle. Benjamin espère que l'Europe développera des visas spécifiques pour ce qu'il appelle les nouveaux « réfugiés politiques » américains…

En Syrie, après la reprise des deux quartiers kurdes d'Alep la semaine dernière, les forces gouvernementales préparent un nouvel assaut contre les territoires administrés par les Forces démocratiques syriennes. Les chances d'une issue diplomatique sont minces après l'échec des négociations qui prévoyaient l'intégration de leurs institutions à l'État centralisé. Mardi 13 janvier, la province de Deir Hafer, porte d'entrée vers le nord-est syrien, qu'ils contrôlent, a été déclarée « zone militaire fermée ». Des combats sporadiques ont commencé. Les civils, eux, tentent de fuir la zone avant qu'un véritable assaut ne soit lancé. Reportage de notre correspondante en Syrie, Manon Chapelain. Vacillantes, épuisées, des centaines de familles traversent un pont à moitié brisé. Il faut faire attention. Il faut faire vite, surtout. La province de Deir Hafer a été déclarée un peu plus tôt zone militaire. Une offensive des forces gouvernementales pour la récupérer aux mains des Forces démocratiques syriennes se prépare. Ici, une vieille dame. Elle se fait porter par deux hommes, serre contre sa poitrine son petit sac. Là, des enfants. Ils pleurent, cherchent leurs parents… « Mon mari est encore bloqué de l'autre côté », répète cette femme. Elle porte lové contre son sein, son bébé. Il a cinq mois à peine, une bouche en cœur, ses yeux clos. « Il n'a pas l'âge de vivre tout ça, dit-elle, c'est beaucoup trop tôt …» Une femme :« On a fuit les frappes, il y avait des frappes tout autour de nous. Un obus de mortier est même tombé sur ma maison. Il y a deux jours ». Ahmad est venu du village voisin pour aider la foule à évacuer sous la pression des snipers kurdes, positionnés de l'autre côté du canal. Ahmad : « Je suis arrivé ce matin pour aider les déplacés et les transporter en lieu sûr. Il y a des milliers de personnes qui sont passés, et ça continue ! Les Forces démocratiques syriennes ont fermé les routes habituelles. Les familles sont obligées de passer par ce pont détruit ». À lire aussiSyrie: l'armée demande aux forces kurdes de se retirer d'une zone située à l'est d'Alep Des routes fermées, cela, tous les habitants rencontrés nous l'ont rapporté. Les Forces démocratiques syriennes sont accusées de ne pas les laisser sortir afin d'empêcher tout assaut de l'armée. Un peu plus loin, justement, sur la route qui relie Alep à Deir Hafer, un couloir humanitaire a officiellement été ouvert. Aucun convoi de civils ne passera de la journée. Des familles inquiètes attendent, reçoivent des messages vocaux désespérés… Message vocal : « Salut mon oncle, comment vas-tu ? Désolé de t'embêter. Mais sais-tu si des procédures sont en cours pour ouvrir d'autres routes ? Nous ne pouvons pas passer ». L'oncle : « J'attends ma famille ici. Ils sont tous à l'intérieur de Deir Hafer, dans les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes. On m'a dit qu'ils empêchaient quiconque de sortir. Qu'ils menaçaient avec des armes ». À l'entrée de la zone tampon, proche des positions, les quelques habitants qui vivent là assurent entendre depuis quelques jours le sifflement des drones kurdes. On en a marre de cette guerre qui dure depuis 14 ans Premier homme : « Ils ont frappé dans le village d'à côté. On a peur d'être frappé par un missile. Il y a une semaine, c'est tombé juste à côté de la maison. On a peur, on ne veut pas être tués ! » Deuxième homme: « Ça fait 14 ans qu'on vit la guerre. On en a marre. » Après le succès militaire de l'armée dans les deux quartiers kurdes d'Alep. Après l'échec des négociations qui prévoyaient l'intégration de leurs institutions dans l'État centralisé, bons connaisseurs du dossier, sources diplomatiques et politiques affirment que les discussions sont au point mort. Afin de récupérer le Nord-est, les nouvelles autorités semblent avoir opté pour la solution armée.

Dans le sud de l'Ukraine, la viticulture résiste. L'activité aurait pu s'effondrer dès 2014, lorsque l'annexion de la Crimée a fait disparaître plus de la moitié de la production nationale. Mais c'est l'inverse qui s'est produit : un réflexe patriotique a encouragé les Ukrainiens à boire local, faisant même émerger de nouveaux domaines. Et malgré l'invasion russe généralisée, la dynamique ne s'est pas brisée. Cerise Sudry-Ledu nous emmène dans le vignoble de Beykush, près de Mykolaïv, dans le sud du pays, qui continue à produire alors que les vignes sont situées à une dizaine de kilomètres des positions russes. De notre correspondante à Mykolaïv, C'est sous escorte militaire et après avoir traversé plusieurs check-points qu'on atteint la propriété. Beykush s'étend sur plusieurs hectares, tout près de la mer Noire, et l'équipe nous accueille du côté production. Il est impossible de visiter les vignes aujourd'hui pour des questions de sécurité car, à une dizaine de kilomètres sur l'autre rive, les Russes lancent des attaques régulières. Pourtant, après le 24 février 2022, alors que Mykolaïv, la ville voisine, est en proie à d'intenses combats, la production ne s'arrête que pendant un mois. La cheffe vigneronne se souvient : « Au début de la guerre, le travail était la seule chose qui permettait de garder le moral. Il offrait de quoi se concentrer au lieu de penser au danger permanent. » L'or pour un vin orange du domaine Beykush Presque chaque soir et parfois en pleine journée, des drones russes survolent la zone, s'écrasant quelques kilomètres plus loin ou filant vers Odessa. Ils ne sont plus que quatre à assurer la production. Olha habite sur place, les autres salariés sont des voisins, tandis que les vendanges sont menées tambour battant avec l'aide des habitants. « Nous sommes en contact permanent avec l'armée. Pour la sécurité, nous leur faisons des dons. Certains QR codes sur nos bouteilles permettent par exemple de soutenir la rééducation des soldats », explique-t-elle. Beykush produit près de 19 000 bouteilles par an et la marque engrange de nombreuses médailles à l'international. « Voici par exemple une médaille obtenue cette année au concours le plus prestigieux de Londres. Un de nos vins dans la catégorie des vins orange à remporter l'or. Ils se vendent tellement bien que certains sont déjà épuisés », raconte fièrement la vigneronne. « Ce vin, c'est comme le sang de la région de Mykolaïv » À Mykolaïv, Vino Mania, la boutique de Marina, est l'une des seules de la ville. Pour la vendeuse, si, en 2022, la guerre a dynamisé des importateurs étrangers soucieux d'aider l'Ukraine, ce n'est plus le cas. Et les vignerons locaux entendent bien faire valoir leur savoir-faire. Elle désigne une étagère à l'entrée. « Ça, c'est seulement la section de Mykolaïv. Là-bas, il y a une étagère avec beaucoup d'autres vins ukrainiens. » Et c'est peu dire qu'ils ont du succès. Au fond du magasin, une salle a été aménagée pour des dégustations. Et un architecte de Mykolaïv a justement convié des collègues étrangers à venir déguster des vins du coin. « Vous, vous venez de France. Vous avez donc votre identité, votre personnalité. Pour notre vin, c'est la même chose. L'identité, c'est notre point fort. » Et son conseil est toujours le même. « Un Kara Kermen du domaine Beykush. Ce vin, c'est comme le sang de la région de Mykolaïv », vante-t-il fièrement. À l'extérieur, une alerte retentit. Mais ici, le petit groupe trinque comme pour dire : « Avec ce vin, on tient bon ! » À lire aussiBeykush, le vin ukrainien primé au concours Decanter à Londres

Face au recours de plus en plus fréquent et incontrôlé des élèves à des outils comme Mistral, Claude ou Chat GPT, un collège-lycée privé de la City de Londres a voulu prendre les devants : l'établissement a ouvert l'an dernier une classe où l'enseignement est entièrement dispensé par un agent d'intelligence artificielle. Les jeunes étudient pour l'équivalent du brevet des collèges et du baccalauréat. Ils n'ont pas de professeurs mais des coachs pour suivre leur progression. Si les résultats sont là, une question se pose : qui contrôle le contenu de ces outils ? De notre correspondante à Londres, Quatorze adolescents les yeux rivés sur leurs écrans. Rien d'étonnant à première vue, sauf qu'ils sont en classe et qu'ils sont en train d'apprendre. « Je n'enseigne pas les matières au programme. Mais enseigner, c'est aussi donner aux élèves l'envie d'apprendre, les aider à comprendre le fonctionnement du cerveau dans l'apprentissage et leur donner les méthodes les plus efficaces. Nous avons des rendez-vous individuels chaque semaine et nous vérifions leurs données en continu : c'est un soutien beaucoup plus intensif parce que je n'ai pas à planifier une centaine de cours ou à préparer ou corriger des tests. Tout se fait automatiquement ! », explique Alexander, coach éducatif au sein de l'établissement David Game à Londres. À lire aussiIntelligence artificielle à l'école: «La notion de devoirs à la maison n'a plus aucun sens» S'ils ont une question, les élèves la posent à l'agent intelligent appelée Violette. S'ils n'ont pas compris, ils peuvent lui demander de répéter ou bien d'expliquer plus simplement les choses. Cela enlève la timidité ou la honte devant ses camarades, assure Alexander. Heymans est, lui, même en plein cours de biologie sur les ganglions lymphatiques. Il étudie pour l'examen que les élèves du Royaume-Uni passent à 16 ans. « C'est une méthode très intéressante. Vraiment, j'adore. Chaque plateforme a son propre type d'apprentissage. On ne s'ennuie pas », renchérit-il. À lire aussiComment l'IA transforme l'enseignement et l'apprentissage ? « D'où viennent les données utilisées pour nourrir ces moteurs d'intelligence artificielle » ? Principal du collège, David Dalton est celui qui a lancé l'idée de cette classe 100% IA, quand Chat GPT est monté en popularité. Conscient du pouvoir de perturbation de cette nouvelle technologie dans l'éducation, il a, dit-il, voulu au contraire prendre les devants. L'école a alors investi environ un million d'euros pour développer sa propre plateforme. « Ce n'est pas une expérience, dans le sens où nous savions déjà qu'on pouvait obtenir des résultats supérieurs avec un enseignement individuel sous cette forme. Mais les résultats sont spectaculaires », souligne-t-il. Selon l'établissement, tous les élèves de l'an passé ont amélioré leurs résultats d'au moins deux points. Mais à l'heure qu'il est, il n'y a aucun mécanisme, aucune structure gouvernementale qui surveille l'utilisation de l'IA dans les écoles. Pourtant, selon Lili Villard, chercheuse à l'Institut des politiques éducatives, environ la moitié des enseignants des écoles secondaires britanniques utilisent l'IA et environ les trois quarts des élèves le font aussi. « Leurs algorithmes sont souvent construits à partir de différents sous-ensembles de données. Or, nous ne savons pas nécessairement d'où viennent les données utilisées pour nourrir ces moteurs d'intelligence artificielle. Il y a un réel manque de recherches et de données », déplore-t-elle. Un comité d'évaluation des technologies pédagogiques a été mis en place par le ministère de l'Éducation britannique, mais pour l'instant, il n'en est qu'à la phase de recueil des informations. À lire aussiL'intelligence artificielle dans l'enseignement: seuls 20% des enseignants l'utilisent

En Colombie, un groupe dissident des Farc a appelé, jeudi 8 janvier, à un « sommet des guérillas » à la suite de l'intervention militaire américaine au Venezuela et à la chute de Nicolas Maduro. Cette initiative fait figure de main tendue en vue de faire front commun face aux États-Unis, alors que les combats entre différents groupes rebelles font rage dans la région du Catatumbo, dans le nord-est de la Colombie. Des affrontements qui font des centaines de déplacés : depuis le 24 décembre, les autorités de la ville de Cucuta ont ainsi recensé l'arrivée de près de 2 300 réfugiés. De nos envoyées spéciales à Cucuta, Au centre régional d'aide aux victimes de Cucuta, Maria, 32 ans, attend de la nourriture et du lait pour son bébé. Le 25 décembre dernier, elle a fui son village sans rien emporter. Aujourd'hui, ses trois enfants sont traumatisés. « La petite, dès qu'elle voit quelqu'un en uniforme, elle a peur. Mes fils de 8 et 14 ans ont déjà vu des morts. D'ailleurs, le jour où on est parti, il y avait des corps sur la route », raconte ainsi Maria. Entre les Farc et l'ELN, les combats se sont intensifiés Depuis un an, la guérilla de l'ELN et un groupe dissident des Farc s'affrontent pour contrôler le Catatumbo. Depuis trois semaines, les combats - avec des drones - s'y sont de nouveau intensifiés, alors que certains villageois ne sortent plus de chez eux depuis des mois déjà. Une situation intenable pour Maria : « Ils nous ont dit qu'ils ne voulaient voir personne dehors, qu'on devait rester enfermés chez nous. Mais comme ils ont coupé l'électricité et que les enfants étaient malades, c'était impossible de rester. Mon fils de 8 ans avait de la fièvre et la petite tousse : il fallait qu'on parte. Sur la route, ils nous ont arrêtés. Mais quand ils vont vu mon fils très malade, ils nous ont laissé passer », reprend celle-ci. Interrogée sur l'identité de ceux qui l'ont arrêtée, elle évoque simplement « les deux groupes qui se battent », n'osant pas prononcer leurs noms. « Si le Catatumbo était pauvre, il n'y aurait pas de guérilla » Bien que réfugié à Cucuta, Maria continue d'avoir peur car les deux guérillas ont des informateurs dans la ville. C'est dire combien cette région est stratégique pour elles, comme l'explique ce leader communautaire qui tient à garder l'anonymat : « Si le Catatumbo était pauvre, il n'y aurait pas de guérilla. Les groupes armés sont ici à cause des richesses qu'ils s'accaparent : les mines illégales, le charbon, l'élevage, l'huile de palme, les pierres précieuses, les champs pétroliers, et bien sûr la drogue. Mais si leur seule source de financement était la drogue, alors le conflit serait sur le point de se terminer car avec ce qui se passe dans les Caraïbes, les envois ont diminué ». Zone de production mais aussi zone de transit, le Catatumbo est un point névralgique du trafic de drogue dont tire profit une partie de l'armée vénézuélienne. C'est d'ailleurs de ce côté-là de la frontière que vivent les chefs des guérillas colombiennes. Mais depuis la chute de Nicolas Maduro, ils envisageraient de rentrer en Colombie. « Évidemment que ça m'inquiète, mais pas à cause des chefs. Eux, ils ne participent pas aux combats. Ils vont passer par ici et aller se cacher. Le problème, c'est qu'ils ont des hommes avec eux qui vont venir grossir les rangs des combattants ici. Du coup, le conflit pourrait continuer indéfiniment », développe le leader communautaire. À moins, espèrent plusieurs acteurs de cette crise, que la pression des États-Unis sur la Colombie fasse effet. Jeudi 8 janvier, Gustavo Petro et Donald Trump se sont engagés à mener des actions conjointes à la frontière. À lire aussiDonald Trump invite Gustavo Petro à Washington: les États-Unis amorcent-ils une désescalade avec la Colombie?

Menaces de faire du Canada le "51e Etat américain", guerre commerciale et droits de douane… Près d'un an après son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a sérieusement refroidi les relations avec son voisin. Les tensions entre les deux pays se sont même parfois invitées au coeur du sport national canadien : le hockey sur glace, avec l'hymne américain sifflé ou des rivalités exacerbées…Mais le hockey reste un espace de coopération où rien, ou presque n'a encore changé. De notre envoyé spécial à London, À London, dans l'Ontario, près de la frontière avec les États-Unis, sur la glace, l'affiche du soir oppose deux franchises junior de hockey. Les Canadiens des London Knights, en vert et jaune, reçoivent les Erie Otters, en blanc et bleu, venus de Pennsylvanie, aux États-Unis. Et jouer contre des Américains, ce n'est plus tout à fait anodin, expliquent ces deux fans. « Il y a longtemps, quand j'étais plus jeune, ce n'était pas très important. Mais maintenant, ça l'est devenu, surtout si le Canada joue contre les États-Unis. C'est devenu une affaire personnelle, en quelque sorte, à cause de la politique. Quand on entend Trump dire qu'il veut faire de nous le 51e État des États-Unis, évidemment, en tant que Canadien et souverainiste, ça ne passe pas », affirme le premier. « Oh oui, on veut les battre pour envoyer un message politique ! », réagit le second. L'hymne américain sifflé Dans les gradins pourtant, pas de message hostile. Comme avant chaque rencontre contre une franchise américaine, une trentaine d'enfants entonnent l'hymne des États-Unis. Ailleurs dans le pays, au plus fort des tensions, l'hymne américain a parfois été sifflé. « Mais ce n'est jamais arrivé ici, à London », raconte Johan, un fidèle supporter des Knights. « C'est une forme de respect. Nous, on veut juste voir du bon hockey et là, on parle d'enfants qui jouent. Ce ne sont même pas des adultes. On essaie de laisser le plus possible la politique en dehors du hockey... » Il faut dire que malgré les crispations politiques, le hockey reste aussi - et surtout - un espace de coopération entre les deux pays. La ligue junior de l'Ontario, l'OHL, compte trois franchises américaines. Et dans l'effectif des London Knights, deux jeunes joueurs viennent des États-Unis. Mais « c'est assez fluide. Ils viennent ici, ils vivent ici, ils sont logés chez l'habitant. Nous leur obtenons un visa étudiant pour qu'ils puissent venir jouer pour nous. C'est donc un bon arrangement, déclare Rick Steadman, l'un des entraîneurs des Knights. Et c'est la même chose dans l'autre sens : aux États-Unis, ils font venir des joueurs canadiens. Cela fonctionne très bien pour tous les joueurs de hockey, qui pouvent aller d'un pays à l'autre ». À lire aussiJustin Trudeau jubile et tacle Donald Trump après la victoire du Canada en hockey sur glace « À cause de Trump, on ne voyage plus autant qu'avant aux États-Unis » Mais si les joueurs vont et viennent de part et d'autre de la frontière, ce n'est plus forcément le cas de tous les fans. « À cause de Trump, on ne voyage plus autant qu'avant aux États-Unis. Les fans des London Knights ont l'habitude d'aller voir les matchs un peu partout. Mais désormais, ils se rendent beaucoup moins aux États-Unis parce qu'ils s'inquiètent de la situation à la frontière. Moi, par exemple, en tant que journaliste, j'y réfléchis à deux fois avant d'aller aux États-Unis parce que je me dis : est-ce que je veux vraiment me prendre la tête avec les gardes-frontières ? C'est juste une sorte de barrière que nous n'avons jamais connue, même lors du premier mandat de Trump », analyse Ryann Pyette, journaliste sportif au London Free Press. Comme beaucoup de fans, celui-ci espère néanmoins retrouver les États-Unis sur la glace, le mois prochain, en finale des JO, dans le match pour la médaille d'or. À lire aussiLe hockey sur glace, terrain des tensions entre le Canada et les États-Unis

Au Royaume-Uni, des centaines de proches aidants - ces parents, enfants, amis qui s'occupent d'un proche handicapé, malade ou en fin de vie - ont été poursuivis en justice pour fraude. Leur tort : avoir dépassé le plafond de revenus maximum pour toucher des aides, parfois de quelques centimes seulement... Fin novembre, un rapport pointait la responsabilité du gouvernement britannique dans ce scandale. Emeline Vin a rencontré l'une des victimes. De notre correspondante à Londres , Institutrice, Elizabeth Taite a arrêté de travailler à temps plein il y a 22 ans, lors de la naissance de son fils Oliver, porteur de trisomie 21. Elle s'est ensuite occupée de son mari, atteint d'un cancer. C'est alors qu'elle commence à demander l'allocation pour les proches aidants d'un montant d'environ 100 euros par semaine. « J'ai fait des remplacements dans les écoles. Avec tout ce stress à la maison, j'étais moins sérieuse avec mes comptes, j'ai dépassé le plafond. Les autorités ont fait une moyenne sur l'année alors que je faisais des moyennes mensuelles de mes revenus et que je ne demandais pas l'allocation tous les mois », raconte-t-elle avant d'ajouter : en 2018, « j'ai reçu une lettre m'indiquant que je devais rembourser 2500 livres, soit près de 3000 euros ». Des années de trop-perçus réclamées aux proches aidants Devenue veuve mais toujours aidante d'Oliver, Elizabeth rassemble ses économies et rembourse la dette. « J'avais l'impression d'être une criminelle. J'étais très contrariée car ma vie à l'époque était sens dessus dessous, ce n'était pas délibéré. Nous n'avions aucune autre aide, et il fallait bien que je nourrisse ma famille », reprend-t-elle. Parmi les 134 000 aidants concernés depuis 2016, certains ont accumulé des années de trop-perçus, jusqu'à plus de 20 000 euros. En novembre, un rapport a accusé le gouvernement d'avoir conservé un logiciel qui a échoué à informer les demandeurs qu'ils dépassaient les seuils. Pour John Perryman, de l'association Carers UK, tout cela était évitable. « Les conditions autour de l'allocation proche aidant sont techniques et peu claires. Beaucoup de ces aidants ont été dévastés à l'idée de devoir rembourser de telles sommes. Les gouvernements successifs savaient, et n'ont rien fait », affirme-t-il. John Perryman espère que le scandale va permettre une refonte du système : « 69% des gens qui perçoivent l'allocation proche aidant vivent sous le seuil de pauvreté. Un nouveau système va être mis en place pour remplacer ces procédures complexes. Nous, les associations, allons devoir nous assurer que tout est fait pour que les aidants comprennent les règles et les seuils et qu'ils soient informés rapidement en cas de dépassement ». À lire aussiLes aidants : 9,3 millions de Français concernés « Nous ne sommes pas des criminels, simplement des gens qui essaient de s'en sortir » La culture nationale, très critique envers les récipiendaires d'allocations, a renforcé le tabou autour du scandale. Elizabeth, le bras autour des épaules de son fils Oliver, se sent invisibilisée en tant qu'aidante. « Cela m'a fait mal de me sentir aussi peu valorisée par la société. J'espère que les histoires comme la mienne vont faire changer le regard sur les aidants : nous ne sommes pas des criminels, juste des gens qui essaient de s'en sortir.» Les dettes de 26 000 personnes devraient être réduites ou annulées. Mais aucune excuse officielle n'est prévue. À lire aussiJournée nationales des aidants: le témoignage de Jean-Louis, proche aidant, et de son fils

Entrée en vigueur le 7 décembre, un mois après sa publication dans la Gazette Royale, une nouvelle législation étend la durée du congé maternité à 120 jours, contre 98 auparavant. Les pères disposent désormais de 15 jours de congé payé après la naissance de leur enfant. Une mesure sociale encourageante dans l'un des pays les plus inégalitaires, confronté à une société vieillissante et à une économie stagnante. De notre correspondant à Bangkok, Sa silhouette annonce l'arrivée prochaine d'un nouveau-né. Enceinte de six mois, Kingkarn se réjouit de l'allongement du congé maternité : « C'est une excellente mesure pour les mères, on a presque quatre mois de congé. » Le congé maternité passe donc de 98 à 120 jours, dont 60 rémunérés par l'employeur, contre 45 auparavant. Autre avancée majeure de la législation thaïlandaise, qui ravit cette future mère de 31 ans : après la naissance de l'enfant, les conjoints ont aussi droit à 15 jours de congé payés. « Un bébé, c'est la responsabilité des deux parents. C'est bien que les pères aient du temps pour nous aider, surtout quand l'enfant est malade. » D'ailleurs, 15 jours de congé supplémentaires, indemnisés à demi-salaire, sont prévus si le nouveau-né souffre de complications. Quant au congé paternité, Kan, père dans quelques mois, entend bien en profiter : « Avoir plus de temps pour se préparer, puis passer plus de temps à la maison avec sa femme et son enfant, c'est très important. D'autant que la plupart des entreprises n'autorisent pas le télétravail : ces jours de congé auprès du nouveau-né sont essentiels. » Pour Christine Arab, directrice de ONU Femmes pour l'Asie-Pacifique, il s'agit d'une avancée significative pour les femmes, les familles et l'ensemble de la société en Thaïlande : « Ce progrès reflète une prise de conscience partagée : le travail de prise en charge, qu'il soit rémunéré ou non, est l'un des piliers de notre société et de notre économie. En prolongeant le congé maternité, la Thaïlande reconnaît que ce travail influence directement la capacité des femmes à entrer sur le marché du travail, à s'y maintenir et à s'y épanouir. » Un premier pas face au vieillissement C'est certes un bon début, estime Thanaporn, 30 ans, mais clairement pas suffisant : « J'ai lu que dans les pays scandinaves, le congé maternité peut durer jusqu'à un an et qu'il est largement pris en charge. Moi, j'aimerais au moins six mois de congé maternité et que l'entreprise couvre l'intégralité du revenu, pour que la mère puisse rester à la maison sans inquiétude. Ce serait une bonne chose, pas seulement pour les femmes, mais pour tout le monde en Thaïlande. » Mère d'une fillette de 2 ans, elle a dû arrêter de travailler pour s'en occuper : « Quand on devient mère, on a parfois l'impression de devoir abandonner tous ses rêves, de tout sacrifier. Mais nous aussi, on a une vie. Les mères ont des sentiments, des rêves, et nous voulons pouvoir les poursuivre. » Pour beaucoup de jeunes en Thaïlande, ce coup de pouce ne suffira pas à les encourager à avoir des enfants, alors que le taux de natalité est en chute libre dans le royaume, confronté à une société vieillissante et des plus inégalitaires. À lire aussiLa Thaïlande décriminalise l'avortement pour les femmes enceintes de moins de 12 semaines

En Ukraine, alors que les bombardements russes continuent quotidiennement le long de la ligne de front, les évacuations de civils de ces zones rouges se poursuivent et des milliers de personnes arrivent chaque mois dans des villes moins exposées. Dans l'est du pays, la région de Kharkiv est particulièrement touchée par les déplacements de population. Reportage de notre correspondante à Kharkiv, dans l'un des hébergements d'urgence où sont accueillis ces personnes. Suivez nos dernières infos, reportages et émissions sur la guerre en Ukraine

C'est le troisième jour d'affrontements entre les forces gouvernementales de Damas et les combattants kurdes des Forces démocratiques syriennes, retranchés dans deux quartiers kurdes de la ville d'Alep. Cette nouvelle flambée de violences témoigne de l'impasse politique dans laquelle se trouvent les négociations, censées aboutir à l'intégration des institutions kurdes au sein de l'État syrien centralisé. L'armée est parvenue, à pénétrer dans l'un de ces deux quartiers déclarés « zone militaire », après une intense journée de combats. À lire aussiAffrontements en Syrie: des couloirs humanitaires ouverts pour évacuer les civils à Alep

Pendant que les négociations se poursuivent, la Russie continue de frapper l'Ukraine à l'arrière. Sur ses villes et ses infrastructures. On parle beaucoup de l'électricité, mais tout l'appareil économique ukrainien est touché. Les trains, les routes et les ports. La ville d'Odessa, à 150 kilomètres du front, accueille le plus grand complexe portuaire du pays où presque toutes les exportations transitent, principalement des céréales type blé et maïs. Sans compter les minerais de fer. Résultat : la cité d'un million d'habitants a subi davantage d'alertes aériennes que Kiev en 2025. Le reportage de notre correspondant à Odessa est à retrouver dans son intégralité dans notre podcast Accents d'Europe. À lire aussiUkraine: Odessa, la cité des bords de la mer Noire, frappée au quotidien par la Russie

Le mouvement de protestation qui se déroule en Iran témoigne de la forte dégradation de la situation économique causée par les sanctions américaines, mais aussi par la corruption et la mauvaise gestion du pays. Alors que l'inflation y dépasse les 50%, la hausse des prix des produits de consommation courante atteint même 80%, touchant de plein fouet les Iraniens dans leur quotidien. De notre correspondant à Téhéran, Les marchés municipaux sont chaque jour bondés à Téhéran. Il en existe dans tous les quartiers de la capitale de l'Iran. Créés par la mairie, ils proposent des produits alimentaires et des fruits et légumes moins chers que dans les magasins privés. Mehdi et Farideh, un couple de cinquantenaires, ont l'habitude de venir faire leurs courses ici même s'ils ne font pas partie des catégories les moins aisées. « Voilà plusieurs années que nous faisons nos courses dans ce marché. Nous y venions même lorsque les prix n'étaient pas aussi élevés. Ici, les prix sont moins chers qu'ailleurs car les produits sont de moins bonne qualité. On doit regarder notre porte-monnaie quand nous faisons nos courses. Si on voulait acheter ces mêmes fruits et légumes ailleurs, nous devrions payer 50% plus cher. Lorsqu'il est venu nous rendre visite récemment, mon fils qui vit à l'étranger n'arrivait pas à croire que les prix avaient autant augmenté. Par exemple, le prix du poulet est sans commune mesure avec son niveau d'il y a deux ou trois ans », expliquent-ils. De nombreux Iraniens des classes les plus pauvres n'ont pas les moyens d'acheter de la viande ou du poulet et beaucoup doivent faire des choix lorsqu'ils font leurs courses. « Les gens achètent ce dont ils ont vraiment besoin » C'est également le cas de Mehdi et Farideh : « Pour certains produits, on en achète moins. Pour d'autres, on les a supprimés. On achète d'abord ce dont nous avons réellement besoin. Pour pouvoir continuer de vivre et manger comme avant, nous avons dû vendre des biens, un terrain par exemple ». Abbas, le gérant de l'épicerie d'à côté, se plaint aussi de la situation économique et de la baisse du pouvoir d'achat de ses clients qui ont fait baisser ses ventes : « Nos ventes ont baissé de 30% à 50%, en particulier les produits laitiers comme le fromage qui a fortement baissé. Les gens achètent ce dont ils ont vraiment besoin. Même constat pour le riz devenu très cher lui aussi : les gens n'en achètent plus. Ou si, auparavant, un client en prenait un sac de plusieurs kilos, désormais il en achète une quantité bien moindre : 500 grammes ou un kilo. » Le riz fait partie des principaux aliments des Iraniens mais son prix a augmenté de près de 300% depuis un an. Nombreux sont ceux qui ont donc été contraints d'en réduire leur consommation. À lire aussiEn Iran, la monnaie au plus bas entraîne une hausse spectaculaire de l'inflation

Officiellement, les frontières des Balkans sont fermées et tellement bien gardées que les exilés ne tenteraient presque plus de les franchir. Mais dans les faits, les migrants sont surtout devenus indétectables et entièrement à la merci des passeurs prêts à tout pour maximiser leurs gains. Un reportage à retrouver en entier dans l'émission Accents d'Europe. De notre correspondant à Belgrade, Personne ne sait combien d'exilés empruntent actuellement la route des Balkans, notamment parce que la plupart évitent les camps officiels où ils sont identifiés. Shaheer, un jeune Afghan de 21 ans, préfère lui la jungle d'Obrenovac, au sud de Belgrade. « J'espère qu'on va finir par me laisser entrer en Hongrie. Ce n'est pas une vie ici, c'est dangereux. On doit se cacher de la police, des gens. Aujourd'hui, il y a un type d'ici, un Serbe, qui m'a frappé. Il m'a dit : "Dégage, tu n'as rien à faire ici". On doit toujours fuir. Ça me rend fou, littéralement », témoigne le jeune homme qui vit dans la rue depuis un mois et demi, n'ayant plus d'argent pour poursuivre son périple vers l'Union européenne. Sur la route des Balkans, les prix flambent depuis l'entrée de la Croatie dans l'espace Schengen et le déploiement des gardes frontières de Frontex dans le pays. Les trafiquants font leur pub ouvertement sur TikTok et sont aussi prêts à tout - même aux pires exactions - pour maximiser leurs profits. Les risques pris par les sans-papiers se matérialisent dans les cimetières « Dans les Balkans, les gangs sont surtout tenus par des Afghans, tandis qu'en Libye, ils le sont par des Libyens. Mais le système est le même : ils kidnappent, torturent, violent, brisent les os et envoient des vidéos aux familles pour leur réclamer des rançons de 3 000 ou 4 000 euros. Cela peut paraître peu, mais pour eux, c'est beaucoup d'argent. Une fois que les familles ont payé, les personnes sont libérées. Les transferts se font par Western Union ou MoneyGram », détaille Silvia Maraone, une humanitaire italienne basée de longue date en Bosnie-Herzégovine. Dans les Balkans, les risques toujours plus grands pris par les sans-papiers se matérialisent concrètement dans les cimetières. Les tombes portant l'inscription « N. N. », pour « Nomen nescio » (« Nom inconnu », en latin), se multiplient dans ceux qui se trouvent près des frontières. Régulièrement sollicitée par des familles de disparus, l'ONG serbe KlikAktiv a lancé cette année un projet pour tenter de les identifier, comme l'explique Milica Svabic. « Des dizaines de personnes sont mortes noyées dans la rivière Drina, entre la Serbie et la Bosnie-Herzégovine. Malheureusement, personne n'en parle et ces victimes sont mal identifiées », déplore-t-elle. Aujourd'hui, les ONG de la route des Balkans font ce qu'elles peuvent pour continuer à porter assistance à ceux qui la rejoignent, alors que les autorités les ignorent. Un reportage à retrouver en entier dans l'émission Accents d'Europe.

En Palestine, malgré les attaques de colons à répétition, le grignotage des terres, les raids quotidiens de l'armée israélienne et Gaza dans toutes les têtes, l'espoir vient peut-être de la musique qui permet de s'évader du quotidien au fil des notes. Tel est quoi qu'il en soit l'objectif de la chorale Amwaj, un chœur d'enfants palestiniens venus de Bethléem et d'Hébron, en Cisjordanie occupée. Les 60 enfants qui le composent pratiquent la musique six heures par semaine avec des musiciens qui viennent du monde entier et participent à des masterclass. L'une d'elles a notamment été animée par une jeune cheffe d'orchestre palestinienne qui vit désormais en France venue transmettre bien plus que des techniques vocales : une confiance, une discipline, et l'idée que la musique peut encore faire rêver. De notre envoyée spéciale à Bethléem, Dans une vaste salle de béton, une chorale d'une soixantaine d'enfants venus d'Hébron et de Bethléem s'échauffe la voix en attendant l'arrivée du public. Devant eux, une rangée de musiciens : cinq violons, un violoncelle, une flûte traversière. Tous attendent une jeune violoniste et cheffe d'orchestre professionnelle, Lamar Elias, originaire de Bethléem. Mathilde Vittu a créé et cofondé le chœur Amwaj de Palestine. C'est elle qui a pensé à cette co-création : « On connaît bien Lamar Elias. Mon mari lui a enseigné le violon quand elle était enfant. Elle a grandi, elle a voulu devenir cheffe d'orchestre. Elle est partie en France réaliser son rêve et, peu à peu, elle a fait carrière. Elle a été sélectionnée pour le concours de la Maestra qui va se passer bientôt à la Philharmonie de Paris. Quand est né le chœur Amwaj, il y a dix ans, elle a été à nos côtés pour nous soutenir dans ce projet. Récemment, j'ai proposé à Lamar d'enseigner la direction à mes jeunes ». Car dans la chorale, plusieurs d'entre eux se forment pour devenir des chefs de chœur. « Avoir la transmission d'une jeune cheffe brillante qui fait déjà carrière comme Lamar Elias dans leur propre langue, en arabe, c'était une manière, pour moi, de montrer qu'on a plein de jeunes chefs en Palestine qui ne demandent qu'à être formés », explique-t-elle. La masterclass aborde tous les registres : baroque, classique, ou chansons arabes. Tous les enfants et les adolescents de la chorale Amwaj défilent un à un au pupitre. Tous veulent s'essayer à la direction. « Aujourd'hui, on répétait avec la chorale. On apprenait à se placer pour faire un orchestre, comment chanter en groupe. Quand j'ai pris la place de la cheffe, franchement, j'ai senti que la chorale était dans ma main. Je veux apprendre à faire ça quand je serai plus grande, parce que c'est quelque chose de très beau », raconte Naïf Hijazi, 11 ans, qui vient d'Hébron. En Palestine, les chefs d'orchestre sont rares. Par manque d'orchestre d'abord, alors qu'il y a un véritable besoin car des ensembles se créent et les musiciens ne manquent pas. Mais peu de chefs sont formés. Il n'y a pas de véritable cursus de direction. Lamar Elias le précise : cette masterclass était inimaginable à ses débuts dans la musique. « Je n'aurais jamais dit qu'on pouvait avoir un chœur qui chante à quatre voix à Bethléem. Ce n'est pas un manque de culture, c'est juste que ce n'est pas la même éducation. On n'a pas accès à ces moyens. On a des super musiciens mais qui ne peuvent pas vivre ici. Je suis très émue de voir cela et de former des chefs de chœur, quelle chance », se réjouit-elle avec émotion. « Ce que l'on fait, c'est dire : "Oui, il y a un futur. Il y a des jeunes Palestiniens, des musiciens, des chœurs. Il y a des gens qui jouent, qui dirigent. C'est vers ce futur que nous avons envie d'aller ensemble », abonde Mathilde Vittu. À lire aussiCisjordanie: face aux attaques de colons, les Palestiniens forcés de quitter Mu'arrajat

La police équatorienne a saisi plus de 211 tonnes de drogue entre le mois de janvier et le 17 décembre 2025, ce qui devrait priver les organisations criminelles de plus de 400 millions d'euros, selon les autorités. Près de 9 000 opérations sur les ports, aéroports, routes et zones côtières ont permis d'arrêter cette année 11 000 personnes et de désarticuler 74 organisations criminelles. Au centre de ces opérations anti-drogue se trouve le Groupe spécial mobile antinarcotiques (Gema) de la police nationale. Les aspirants à ce groupe d'élite s'entraînent dans la base de Baeza qui contrôle le trafic entre la capitale Quito et l'Amazonie. De notre envoyé spécial à Baeza, Simulacres d'attaques, descentes en rappel, orientation : les exercices sont constants sur la base de Baeza, en Équateur. Deux véhicules sont utilisés pour entraîner les aspirants comme Jonathan Quishpe à détecter les caches de drogue. « On a un poinçon avec des stries un peu plus bas sur la lame. On l'utilise pour piquer les caches naturelles ou fabriquées dans un véhicule. Si on traverse un paquet de drogue, on en retrouvera des traces sur le poinçon », explique-t-il. Les succès sont fréquents, immortalisés sur des photos que le lieutenant Christian Carrasco montre avec fierté. « Un cas important cette année, pour nous à Baeza, a été la saisie de 500 kilos de drogue. Les trafiquants se déplaçaient en camion, près de Tena, sur une route secondaire qu'ils utilisent pour éviter les contrôles. On a fait lever la benne et, grâce à notre entraînement, on a repéré un endroit où la peinture était neuve. C'était l'entrée de la cache où la drogue était dissimulée », raconte-t-il. À quelques mètres du terrain d'exercice, la route qui mène à la capitale permet de passer de la théorie à la pratique, comme l'explique le lieutenant-colonel Edwin Fierro, commandant du Groupe spécial mobile antinarcotiques (Gema) de la police nationale. « On travaille à base de profils et de renseignements. Bus, camions ou voitures : on choisit les véhicules que l'on va fouiller 50 mètres avant leur arrivée au point de contrôle. Si c'est nécessaire, on fait intervenir les chiens », détaille-t-il. Beaucoup d'appelés et peu d'élus Comme souvent, la psychologie est aussi une arme pour détecter les possibles trafiquants. « Parmi les profils de potentiels suspects, il y a ceux qui restent impassibles. On les appelle les “nerfs d'acier”. Ils sont capables de cacher la drogue à pleine vue, par exemple dans la boîte à gants », indique Jonathan Quishpe. À Baeza, les aspirants au Gema ont aussi à leur disposition la réplique d'un laboratoire dans lequel les étudiants comme Ariel Chiquiranda se familiarisent avec les différentes phases de la production du chlorhydrate de cocaïne. « Ici, la feuille de coca triturée est mélangée avec différents précurseurs chimiques : de l'acide sulfurique, de l'essence et du bicarbonate de soude. Dans la vie réelle, il faudrait travailler avec des masques et des gants », précise-t-il. Une formation pour laquelle il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus. Au début du 13e cours de commandos Gema, plus de 100 policiers se sont présentés. Ils ne sont plus aujourd'hui qu'une trentaine – les autres ont rejoint leurs unités après avoir fait sonner une cloche, synonyme d'échec. Ils seront bientôt sur le terrain où ils sont plus attendus que jamais. Car seules 211 tonnes de drogue ont été saisies cette année, 80 tonnes de moins que l'an dernier. À lire aussiÉquateur: des militaires condamnés à 35 ans de prison pour la disparition forcée de quatre garçons

New York a officiellement un nouveau maire en la personne de Zohran Mamdani, investi jeudi 1ᵉʳ janvier lors d'une grande cérémonie suivie d'une grande fête populaire dans les rues de la ville. Ce dernier a prêté serment accompagné de son épouse, Rama Duwaji, avec laquelle il forme un couple qui a déjà souvent fait parler de lui et qui fascine les électeurs. De notre correspondante à New York, « J'aime beaucoup leur style, ils sont géniaux ! » Comme Maria et Calvin, de nombreux New-Yorkais se disent fascinés par le nouveau couple à la mode et dont tout le monde parle, celui formé par le nouveau maire et la « première dame » de la ville, Zohran Mamdani et Rama Duwaji. Lui a 34 ans et est issu d'une famille indienne d'intellectuels et d'artistes renommés. Elle a 28 ans, est née dans une famille syrienne, a grandi entre Dubaï et le Texas et est diplômée d'une école d'art. L'un et l'autre se sont connus sur une application de rencontres. Les photos de leur mariage, très simple, célébré durant la campagne, ont fait sensation. Comme la dédicace du jeune démocrate à sa femme, le soir de sa victoire : « À mon incroyable femme Rama. Mon amour. Je ne voudrais célébrer ce moment avec personne d'autre que toi à mes côtés ». « C'est quelqu'un qui a beaucoup d'énergie. Cela se voit qu'il veut bien faire. Et Rama, elle, a cette attitude de fille cool, d'artiste branchée de Brooklyn. Ils ont quelque chose de magnétique », selon cette électrice rencontrée dans la rue. « Beaucoup de New-Yorkais se reconnaissent en eux » Lisa Burns est professeure spécialiste des couples en politique et des premières dames. Pour elle, le succès des Mamdani réside dans les valeurs qu'ils incarnent. Lui, avec ses idées socialistes. Elle, avec son art engagé, exposé dans de prestigieux musées et publié dans de nombreux magazines. « Beaucoup de New-Yorkais se reconnaissent en eux : les minorités, les musulmans, les jeunes, etc. car quand on regarde nos politiciens d'aujourd'hui, une grande majorité sont des hommes blancs âgés dans lesquels une grande partie du pays ne se reconnaît pas. Alors voir la diversité que ce couple représente, ça fait du bien », estime Lisa Bruns. Un avis partagé, en effet, par les nombreux New-Yorkais qui ont voté pour Zohran Mamdani. « Les voir au pouvoir nous donne espoir. Nous avons enfin des personnes qui nous défendent et nous écoutent au lieu des vieux politiciens qui nous disent qu'on ne comprend rien parce qu'on est jeunes », s'enthousiasme une jeune femme. « C'est super d'avoir enfin quelqu'un de mon âge qui change l'image classique du politicien », abonde un jeune homme. En posant leurs valises cette semaine à la résidence officielle du maire de New York, Zohran Mamdani et Rama Duwaji deviennent l'un des plus jeunes couples à la tête de la ville. Leurs partisans espèrent qu'ils resteront fidèles aux idées et aux engagements qui ont fait leur popularité. À lire aussiLe nouveau maire de New York attendu au tournant

Ce 1ᵉʳ janvier se tient le traditionnel concert du Nouvel An de l'Orchestre philharmonique de Vienne, dirigé cette année par Yannick Nézet-Séguin. Suivi par des millions de téléspectateurs à travers le monde, c'est le plus grand événement de musique classique. Pour la première fois, deux compositrices sont au programme. Réputés conservateurs, l'Orchestre philharmonique de Vienne et le concert du Nouvel An veulent aujourd'hui davantage s'ouvrir aux femmes, compositrices et musiciennes. C'est lors de la dernière édition du concert du Nouvel An que, pour la première fois, une compositrice a été jouée. Cette année, le programme va plus loin en incluant deux œuvres de deux compositrices. La Rainbow Waltz de l'Afro-Américaine Florence Price et le Sirenen Lieder de l'Autrichienne Josephine Weinlich, qu'on entend ici jouée par quatre musiciens de l'Orchestre philharmonique de Vienne : Lara Kusztrich, Raimund Lissy, Robert Bauerstatter et Raphael Flieder. Cela montre une volonté d'ouverture, selon le directeur de l'Orchestre philharmonique de Vienne Daniel Froschauer. « Nous voulons montrer cette diversité. Il y a beaucoup d'excellentes cheffes d'orchestre et compositrices. Et il n'y a aucune raison de ne pas ajouter au concert du Nouvel An toutes ces couleurs qui sont intéressantes, et qui méritent d'y figurer. Il est réjouissant de pouvoir présenter encore davantage de compositrices. Cela va continuer à se développer », affirme-t-il. Une évolution que salue l'historien Oliver Rathkolb, mais en soulignant qu'elle arrive tard. Selon lui, en Autriche, ce ne sont pas uniquement les orchestres, mais tout un système qui a conduit à l'exclusion des femmes musiciennes et compositrices. « Il a fallu beaucoup de temps avant que la musicologie, y compris dans le milieu universitaire, ne s'intéresse à ce sujet, et on constate que très peu de compositions ont été conservées. Aujourd'hui, on est à la recherche d'archives. On voit qu'il y a donc plusieurs aspects à cette question de l'exclusion des femmes du monde de la musique, qui concerne le domaine de la composition, mais aussi celui de l'appartenance à un orchestre. Mais c'est en train d'évoluer », explique-t-il. À lire aussiEn Autriche, des concerts thérapeutiques pour les personnes atteintes de démence Lara Kusztrich, jeune violoniste de 31 ans, est l'une des 24 femmes des 148 membres de l'Orchestre philharmonique de Vienne et jouera lors du concert du Nouvel An. Si les femmes sont encore peu nombreuses au sein de l'orchestre, cela est en train de changer selon la musicienne. « J'ai des collègues qui ont été les toutes premières femmes à rejoindre l'orchestre. C'est dû au fait que cette ouverture a eu lieu relativement tard. Et aussi au fait qu'un poste se libère uniquement lorsque quelqu'un prend sa retraite ou quitte l'orchestre. Il ne peut donc pas y avoir beaucoup de nouvelles recrues en peu de temps. Mais ma génération a passé des auditions à une époque où cela n'était plus un sujet. On constate lors des auditions qu'il y a aujourd'hui un équilibre entre hommes et femmes. Je dirais que c'est environ 50-50 pour les nouveaux postes à pourvoir », estime-t-elle. Le concert du Nouvel An n'a encore jamais été dirigé par une femme-cheffe. À lire aussiChristian Merlin et la légende du Philharmonique de Vienne

Au Mexique, l'État de Sinaloa est depuis plus d'un an le théâtre d'une guerre qui oppose deux clans rivaux du cartel du Sinaloa. Depuis l'arrestation aux États-Unis du chef de cartel El Mayo, son groupe affronte celui des fils d'El Chapo accusés de trahison. Résultat : la région a plongé dans une violence extrême. Officiellement, le conflit a fait plus de 2 000 morts, et au moins autant de disparus. La ville de Culiacan est l'épicentre de cette guerre intestine et son million d'habitants est pris entre les feux croisés. Les conséquences sont aussi sociales et économiques. Culiacan, qui était une ville réputée pour son opulence et pour la fête, vit désormais dans la terreur. Avant le coucher du soleil, il y a encore de la vie dans le centre de Culiacan. Quelques commerces ouverts et du monde dans la rue. Plongé dans ses pensées, Jesus prend un verre sur une terrasse de café. Le jeune homme sort de son service dans un hôtel chic pratiquement vide depuis des mois. « J'ai commencé mon tour à 6 h du matin alors je voulais me détendre un peu, jusqu'à la tombée de la nuit. Là, ça devient dangereux », affirme-t-il. Il raconte que l'établissement est pratiquement vide depuis des mois. « On a tous peur qu'il y ait des coupes dans le personnel parce que ça a déjà eu lieu. Moi, j'ai un peu d'ancienneté, je suis parmi les plus vieux, mais pourtant je ne suis pas à l'abri. Des collègues ont été renvoyés à cause de la vague de violence », explique-t-il. Là où vit Jesus, dans le sud de la ville, les fusillades sont quotidiennes. Récemment, un de ses amis a perdu la vie dans un restaurant à cause d'une balle perdue. Pour sa famille, la vie est au jour le jour et la peur omniprésente. Il raconte : « On se réveille chaque matin dans l'incertitude. D'ailleurs, aujourd'hui, l'école de ma fille a lancé un message pour nous demander si on allait ou non l'envoyer à l'école. Parce qu'il y a eu une fusillade à 5 h du matin juste à un pâté de maisons de l'école. Clairement, je ne l'ai pas emmené. J'ai dû aller chez ma belle-mère pour qu'elle nous aide à s'en occuper. » « Fini le luxe, les voitures, les excès, la drogue » L'économie de Culiacan, qui reposait essentiellement sur les services et le commerce, s'est effondrée. Les autorités du Sinaloa comptent les pertes en milliards d'euros, estiment que plus de 25 000 emplois formels et informels ont disparu. Les habitants du Sinaloa limitent leurs déplacements, réduisent leurs activités. Alfredo a fermé deux restaurants sur les trois qu'il possédait. « C'est horrible, c'est encore pire que pendant la pandémie. On avait deux restaurants qui étaient faits pour travailler la nuit, mais on n'a pas pu tenir car personne ne sort plus la nuit », regrette-t-il. Il espère ne pas avoir à quitter la ville comme l'ont fait tant d'autres. Mais, pour cela, il sait qu'il doit faire preuve de résilience. Selon lui, une bulle vient d'éclater dans la ville qui ne reviendra pas en arrière. « Ceux qui maintenaient l'économie faisaient partie du crime organisé. Ils ne sont plus là ou du moins leur argent ne circule plus comme avant. C'était une économie fictive. Elle existait grâce au crime organisé. Elle était informelle. Elle a augmenté les prix de tout parce que nous sommes dans une ville très chère. Les restaurants étaient chers, mais les salaires étaient bons. Et donc tous ceux qui avaient offert un service, moi y compris : nous vivions de tout cela. Maintenant on se rend compte qu'il n'y a rien d'autre qui puisse soutenir suffisamment l'économie à Culiacan pour revenir comme avant. On pourrait devenir une ville moins développée peut-être… On va revenir à la réalité parce que les personnes qui sortent maintenant, ce sont des gens qui travaillent normalement. Fini le luxe, les voitures, les excès, la drogue… Je veux dire que la paix sera le véritable luxe maintenant », conclut-il. À lire aussiAu Mexique : le violent déchirement du Cartel de Sinaloa

Donald Trump a confirmé lundi 29 décembre que les États-Unis avaient détruit une zone de mise à quai pour des bateaux présentés comme impliqués dans le narcotrafic au Venezuela, dans ce qui pourrait être la première frappe au sol. Au nom de la lutte contre le narcotrafic, les États-Unis ont déjà mené des frappes contre plusieurs dizaines de navires. Une centaine de personnes ont été tuées sans que les États-Unis puissent présenter des preuves de leurs liens avec le trafic de drogue. Dans l'archipel de San Andrés, qui appartient à la Colombie, cette opération fait craindre le pire aux pêcheurs artisanaux. De notre correspondante en Colombie, Le soleil pointe à peine lorsque les premières embarcations quittent le rivage de Providencia, petite île colombienne des Caraïbes. Les pêcheurs s'éloignent en mer, mais jamais seuls : depuis plusieurs semaines, leurs habitudes ont changé. « On sort désormais en groupes. C'est mieux d'être ensemble, parce qu'en voyant plusieurs bateaux réunis, ils ne peuvent pas dire que c'est du narcotrafic, n'est-ce pas ? », raconte Joan Peñalosa, un pêcheur. Depuis début septembre, les frappes américaines contre des embarcations soupçonnées de narcotrafic se multiplient dans les Caraïbes. La peur s'est installée parmi les 220 pêcheurs de cette communauté. José Manuel est l'un d'entre eux : il pêche « aux poumons », sans bouteilles, harpon à la main. Et ce matin il est parti près du littoral avec deux collègues. « Ça nous inquiète d'aller vers les cayes les plus éloignées à cause de la situation. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Mais en tant que pêcheurs, on n'a pas le choix : on doit continuer à travailler », regrette-t-il. Par crainte d'être pris pour des trafiquants, certains pêcheurs renoncent désormais aux zones les plus riches en poissons. Un sacrifice : toute la communauté dépend de ce revenu. Dans les cayes, cela représente plus de 100 euros par jour, contre à peine 30 près de l'île. Joan Penalosa se veut tout de même rassurant. « Nos embarcations n'ont rien à voir avec celles des trafiquants : elles sont plus petites, avec moins de tirant d'eau et des moteurs beaucoup moins puissants », affirme-t-il. À lire aussiÉtats-Unis: Donald Trump menace Nicolas Maduro et met en garde le président colombien Gustavo Petro Pour l'instant, la zone autour de Providencia n'a pas été frappée. Mais cela n'empêche pas Elizabeth Cabezas, pêcheuse de 63 ans d'angoisser quotidiennement. Elle prépare le déjeuner pour ses deux fils partis en mer. « Ce sont nos enfants qui risquent leur vie là-dehors, s'inquiète-t-elle. Eux ils bombardent en disant que c'est de la drogue. Et quand ils bombardent, si ce sont des pécheurs et qu'il n'y a pas de drogue, on ne peut pas leur rendre la vie… » Pour Edgar Jay, président de l'association des pêcheurs afrodescendants de Providencia, ces opérations américaines vont bien au-delà de la lutte antidrogue. « C'est une stratégie d'intimidation. Est-ce que les États-Unis peuvent appliquer la peine de mort de façon extrajudiciaire, partout dans le monde ? C'est une invasion », s'indigne-t-il. Et cette colère contre l'administration Trump est largement partagée sur l'île. « Ces Américains se croient les maîtres du monde ! », s'exclament certains. Pour dénoncer la situation, Edgar Jay a adressé une lettre aux Nations unies. Avec les pêcheurs de son village, il exige le droit de travailler en toute sécurité. « Nous pensons que l'ONU doit servir la paix mondiale et défendre les populations les plus vulnérables », revendique-t-il. Les pêcheurs artisanaux de l'île espèrent désormais une intervention de la communauté internationale. À lire aussiDes frappes américaines contre trois navires liés au «narcotrafic» font huit morts dans le Pacifique À lire aussiÀ la Une: la légalité des frappes américaines dans les Caraïbes

La CAN au Maroc, c'est aussi un grand rassemblement de supporters d'Afrique et du monde. Les diasporas sont au rendez-vous. À titre d'exemple, près de 110 000 billets avaient été achetés depuis la France après la deuxième phase de mise en vente fin octobre. Ce sont les avantages d'une compétition organisée cette année en période de congés, dans une destination touristique abordable et déjà prisée en Europe. Le chœur des Comores, en plein cœur de Casa. Sur le terrain du stade Mohammed V, les Cœlacanthes peinent face à la Zambie. En tribune, le match est gagné largement. « La diaspora est motivée, déterminée. Moi, je suis prêt à aller au Vélodrome de Paris, donc à aller au Maroc pour ma patrie. Franchement, j'y vais tous les jours », explique Laris, un supporter marseillais. À l'entraînement, aussi, Laris et sa bande poussent derrière l'équipe nationale. Ils sont venus de Paris, de Marseille, de Brest. Impossible pour eux de ne pas être là. « Une fois qu'on a su qu'on était qualifiés et que c'était au Maroc, à proximité, on a décidé de mettre les moyens. On a pris un Airbnb comme n'importe qui, on est très simple, voire très très simple. On reste pour les phases de poule, donc c'est dix jours. On est dix personnes, donc cela fait deux cents euros par tête. Le billet d'avion, en fonction de quand il a été pris, c'est entre deux cents et cinq cents euros. On en a pour huit cents, mille euros, grand maximum », raconte Laris. Et en plus, ce début de CAN colle sur les congés de fin d'année. Résultat, le Maroc est un vrai carrefour des diasporas africaines. « On a l'habitude de se chamailler, de se charrier quand on est en France. Là, on peut le faire dans un pays où on se rejoint tous. Il y a des Maliens, des Sénégalais, des Burkinabè, des Algériens, c'est comme si on était en France un peu », affirme-t-il. À lire aussiÀ la Une: la CAN, un instrument de soft power pour le Maroc Des supporters de l'Algérie, dans un train en partance de Kénitra, racontent : « On vient de Lyon et ça serait bien plus compliqué d'aller en Afrique du Sud. Ça serait plus compliqué de s'intégrer à la ville et au pays. Le train, c'est la même chose qu'en France. Il y a des TER, des TGV. C'est exactement la même chose. On va voir trois matchs du Maroc, trois matchs de l'Algérie, un match du Sénégal et un match de la Tunisie. Ça fait un total de huit matchs. On est venus pour du football. » Certains viennent aussi en famille pour profiter de l'ambiance et du pays, comme Bourama, un Sénégalais de région parisienne. « Moi, c'est la première fois que j'amène mes enfants au Maroc. La photo avec la mascotte, je vais la garder en souvenir. C'est quelque chose de très marquant. On va garder chaque souvenir, comme la photo qu'on a prise aujourd'hui, elle va rester dans notre mémoire collective à jamais », assure Bourama. Et puis, il y a des visiteurs, plus inattendus, comme Zach et Alex. Ils viennent de Leeds en Angleterre, deux fans de football sans attache particulière avec l'Afrique. « C'est une super occasion pour découvrir ce tournoi. On peut voir cinq matchs internationaux pour le même prix qu'une rencontre de Premier League », dit l'un. « On s'amuse beaucoup. On a vu RDC - Bénin hier, aujourd'hui Guinée équatoriale - Burkina Faso. C'est une ambiance de fête. Pour moi, le football, c'est d'abord un sport qui rassemble. Et la CAN nous permet de découvrir différentes communautés de ce continent fantastique qu'est l'Afrique », ajoute l'autre. Selon des estimations relayées par les médias nationaux, le Maroc pourrait accueillir plus de 500 000 visiteurs étrangers supplémentaires sur la période de la CAN. À lire aussiCAN 2025 : le Maroc, nouvel Eldorado du foot !

Elles s'installent dans les étals des supermarchés du monde entier, les nouilles instantanées sud-coréennes. Nouvelle étape de la vague culturelle coréenne qui déferle sur le monde, après les films et la musique, voici la K-Food. Ces nouilles aux saveurs épicées ont su s'exporter bien au-delà de la péninsule avec une recette savamment préparée. Un paquet de nouilles, un sachet de sauce pimentée et un peu d'eau chaude, une recette simple mais résolument efficace. Les nouilles instantanées sud-coréennes ou ramyeon sont devenues un incontournable de la K-Food, la gastronomie sud-coréenne. Voilà, il n'y a plus qu'à mélanger et à déguster. Et quoi de mieux pour essayer que de se rendre à la Ramyun Library, une supérette spécialisée qui recense plus de 250 types de nouilles différentes et de quoi les cuisiner sur place. Emily, touriste américaine, est venue exprès dans ce magasin pour faire l'expérience des nouilles coréennes. « C'est fou le nombre de nouilles différentes qu'il y a ici, s'exclame Emily. C'est vraiment une expérience unique d'essayer des nouilles instantanées ici, en Corée. Je recommande vraiment à quiconque d'essayer. » Et quand on lui demande si elle mange déjà des nouilles coréennes aux États-Unis, elle répond : « J'ai déjà vu ici et là des nouilles dans des films et des séries. Mais je viens d'une petite ville aux États-Unis, donc ce n'était pas facile d'en trouver dans les supermarchés, mais j'en avais déjà mangé certaines. C'est pour ça que je suis vraiment contente de pouvoir essayer ici ce que j'ai vu à la télé ». À lire aussiTteokkboki, poulet frit: en Corée, la K culture a un goût de revanche sur l'histoire Pour mieux comprendre le succès de ces nouilles dans le monde entier, direction Gumi, à 200 km de Séoul. Chaque jour, 6,5 millions de paquets de nouilles sortent de l'usine Nongshim, le numéro 1 des nouilles instantanées en Corée du Sud. Un dédale de tapis roulants sur 62 000 mètres carrés, et une production à 95 % automatisée surveillée par quelque 600 employés. Pour conquérir le marché international, les nouilles de la marque surfent sur la vague culturelle coréenne, comme l'explique Choi Youngkab, chargé du marketing international de l'entreprise : « La stratégie mondiale de Nongshim s'articule principalement autour d'une approche plus attractive à travers divers contenus liés à la K-culture que le public affectionne. C'est le cas récemment du film "KPop Demon Hunters" qui a fortement popularisé notre marque en y incluant nos paquets de nouilles que les héroïnes mangent. Nous allons continuer dans cette stratégie et il y aura d'autres partenariats comme celui fait avec le film "KPop Demon Hunters". » Une stratégie payante pour l'entreprise qui réalise déjà 40 % de ses ventes à l'étranger. Un succès qui ne devrait que s'amplifier, assurent les cadres de l'entreprise. À lire aussiCorée du Sud: le succès phénoménal du film d'animation «KPop Demon Hunters» sur Netflix

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a entraîné une diminution du nombre de Canadiens se rendant en vacances en Floride. Les raisons sont nombreuses : l'opposition à ses valeurs, l'augmentation des droits de douane, mais également son hostilité manifeste envers le Canada. Donald Trump ayant argué que le Canada devrait devenir un État américain. De quoi toucher la Floride, qui voit d'habitude chaque année des Canadiens affluer à la saison hivernale pour échapper au froid et pour profiter du soleil, surnommés les « snowbirds » (les oiseaux migrateurs, en français). Le long du rivage, dans la ville balnéaire de Fort Lauderdale en Floride, les touristes se promènent et profitent de la plage. De l'autre côté de la rue, les hôtels de luxe sont alignés pour offrir une vue imprenable sur l'océan Atlantique. Des conditions de séjour a priori idéales et prisées par les voyageurs. Pourtant l'hôtel The Atlantic a vu récemment son taux d'occupation baisser de 4,9 %. Une chute directement imputée au marché canadien, selon la directrice des ventes, Amy Faulkner. « Même si une baisse de 4,9 % ne semble pas beaucoup, elle l'est pour notre hôtel. C'est d'autant plus important pour nous car, quand les Canadiens voyagent ici restent pour une longue durée. Ils peuvent rester jusqu'à six mois, donc cela touche réellement notre hôtel », déplore-t-elle. Cette diminution du tourisme s'ajoute à un contexte économique déjà difficile aux États-Unis, explique-t-elle. « Je le ressens un peu comme l'année du Covid. Pas aussi difficile que le covid, mais l'année a été très dure », soupire-t-elle. Les hôteliers font les comptes Son collègue Don Ciarlillo, courtier dans l'immobilier, affirme qu'il est néanmoins trop tôt pour connaître les conséquences dans le secteur immobilier, dans lequel les Canadiens investissaient également. « Je ne l'ai pas vu du côté de l'immobilier. Je préfère regarder comment va la saison. Je regarderai à la fin du mois d'avril, vers début mai. Quand la saison touristique de l'hiver se calmera, on aura les chiffres », temporise-t-il. À l'entrée du Motel de Richard, le néon indique qu'il reste des chambres disponibles, tandis qu'une fleur de lys souhaite la bienvenue aux touristes québécois. Le propriétaire Richard Clavet dit percevoir un changement depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche pour un second mandat. « L'année passée, l'hiver avait bien commencé. Trump est arrivé au pouvoir en janvier et là les politiques se sont mises en place. Ce qui fait qu'en février, on a commencé à noter une baisse pour mars. Puis la baisse, elle était quand même forte pour mars et avril. Je peux pas dire de chiffres exacts, mais ça avait été assez important », détaille-t-il. Certains ont ouvertement justifié ces annulations à cause de la personnalité politique de Donald Trump. Tel ce client prêt à perdre 1 000 dollars déjà payés, se souvient Richard Clavet : « Il a tout simplement traité Trump de dictateur et a choisi de prendre ses vacances à Cuba plutôt qu'ici. Alors, moi je lui ai dit : "Tu salueras de notre part les dictateurs de Cuba." » À lire aussiL'économie mondiale retient son souffle : rétrospective de l'année 2025

En Syrie, il n'est pas rare de croiser dans les villages des habitants, pioches à la main, à la recherche du fameux butin. « Des pièces d'or », répètent-ils tous, enfouies sous terre par pilleurs et ancêtres de civilisations antérieures. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses rumeurs d'hommes devenus millionnaires poussent à la pratique. Interdite du temps du régime de Bachar el-Assad, elle se propage depuis sa chute dans tout le pays. Ce qui n'est pas sans risque : plusieurs personnes sont décédées ces derniers mois alors qu'elles creusaient des tunnels. Une poignée de touristes, une cité antique et trois hommes qui vident sur une table un petit sac en plastique. À l'intérieur, des pièces. Du bronze, de l'argent, de l'acier, qu'ils viennent tout juste de trouver dans les ruines d'à côté. Un homme montre aux étrangers une pièce de monnaie ancienne : « C'est une pièce grecque. Celle-ci date de l'Empire byzantin. Je les vends 50 dollars au moins, mais on peut discuter », leur affirme-t-il. Quelques mètres plus loin s'étend Bosra et son antique cité. Ces derniers mois, le sol a été retourné, les pierres tombales, ouvertes, brisées. Les traces d'hommes venus chercher un soi-disant trésor à la nuit tombée. L'un d'eux accepte anonymement de témoigner : « Bosra est sous l'égide de l'Unesco. Il se peut qu'à l'avenir, ils interdisent ces fouilles. Car, on le sait, ces pièces devraient être dans un musée. C'est la faim qui nous conduit à faire cela. Sans la faim, personne n'aurait songé à creuser. » Recrudescence de la recherche d'or Interdite du temps de Bachar el-Assad, la recherche d'or a connu une recrudescence après sa chute, en décembre, avant d'être à nouveau interdite par le gouvernement. Ahmad, c'est un prénom d'emprunt, n'en a que faire. Détecteur de métaux dans une main, pioche dans l'autre, il fouille régulièrement les alentours de chez lui. « Regardez ! C'est un fragment de boulon datant de la période ottomane », s'exclame-t-il soudain. « Je suis comme mon père, complètement obsédé par ce sujet. Lui est comme ça depuis toujours, il a 75 ans. Mais lui comme moi n'avons jamais rien trouvé », regrette-t-il. Sur les réseaux sociaux, dans les villages, les rumeurs vont bon train en Syrie. Certains parlent de signes : des croix, des trous, que seuls certains experts pourraient reconnaître. D'autres affirment qu'ils seraient devenus millionnaires grâce à des caisses d'or trouvées sous la terre. « Dans mon village, 90 % des personnes cherchent. Ce trou, nous avons travaillé dur pendant trois, quatre jours, à creuser, et au final ça n'a servi à rien. Tout ça à cause de ce détecteur de métaux. L'écran s'allume et vous indique : "C'est ici qu'il faut chercher." Au final, vous ne trouvez qu'un caillou », déplore-t-il. Assis entre les membres de sa famille, une photo entre les mains, Ibrahim al Ahmad témoigne. Son fils, 40 ans, est mort le 9 juin dernier, étouffé avec un ami dans le tunnel qu'ils avaient creusé. « Ce jour-là, ils sont restés quatre ou cinq heures sous terre, jusqu'à l'arrivée des secours. Forcément… Une personne privée d'oxygène meurt en trois minutes. Tout ça parce qu'il a fait la connaissance d'un groupe qui lui a dit : "cette terre recèle d'or, tu y trouveras forcément quelque chose." Ça l'a convaincu. C'est du gâchis », soupire-t-il, endeuillé. Un gâchis, répète-t-il, provoqué par l'ennui. Alors que 80% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté en Syrie, cette interminable chasse au trésor illustre surtout la misère de centaines de familles. À lire aussiSyrie: face à la possible résurgence de l'EI, des civils s'organisent

En Corée du Sud, un monument classé au patrimoine mondial de l'Unesco pourrait être exclu de cette prestigieuse liste. En cause, le projet du maire de la capitale coréenne de construire d'immenses tours de 142 mètres de haut, juste à côté du monument. Un projet qui serait contraire à la nomenclature de l'Unesco. En plein cœur de Séoul, 600 ans d'histoire se font face sur le boulevard Jongno. Nous sommes devant l'entrée du sanctuaire de Jongmyo, un complexe de pavillons en bois datant du XIVe siècle abritant les reliques des rois coréens. Le chantier de tours à proximité du site pourrait nuire à sa mise en valeur, d'après Kim Anji, conservatrice au service du patrimoine coréen. « Ce qui nous inquiète le plus, c'est le dommage potentiel à la valeur du sanctuaire. C'est un site sacré construit en harmonie avec la nature. Construire une tour à côté, entre 100 à 200 mètres de haut, comme la tour Montparnasse à Paris, cela serait entacher un patrimoine resté intact depuis des siècles », déplore-t-elle. Inscrit depuis 1995 au patrimoine mondial de l'Unesco, le monument pourrait être retiré de la liste si le chantier se poursuit, avertit l'organisation internationale dans une lettre adressée à la mairie, restée sans réponse. Mais il reste difficile d'arrêter le chantier du maire Oh Se-hoon à cause d'un vide juridique concernant la protection du patrimoine, selon Kim Anji. « L'amendement de la loi de protection du patrimoine mondial, votée en novembre 2024, stipule que les projets immobiliers à proximité de ces sites doivent faire l'objet d'une étude d'impact sur le patrimoine. Mais le décret d'application de cette loi n'a jamais été signé », regrette-t-elle. « Des quartiers entiers ont été rasés » avec le développement urbain La conservation du patrimoine est une affaire compliquée en Corée du Sud. Dans l'effervescence du miracle économique d'après-guerre, le pays s'est habitué à raser ses monuments pour laisser place aux bâtiments modernes, comme l'explique Jack Greenberg, chercheur en urbanisme. « En général, à cause de la manière dont le développement urbain s'est réalisé, des quartiers entiers ont été rasés, il n'en reste rien. Une grande partie du bâti a aussi été détruite pour des raisons politiques, notamment les édifices de la période coloniale japonaise afin d'effacer certaines parties de l'histoire », explique-t-il. Le service du patrimoine coréen et le ministère de la Culture ont annoncé qu'ils utiliseraient tous les recours possibles pour mettre à l'arrêt le chantier devant le sanctuaire de Jongmyo. À lire aussiCorée du Sud: «Renforcer le système immunitaire et stimuler l'esprit» par la thérapie forestière

Avant le Covid-19 et la guerre à Gaza, Bethléem accueillait deux millions de pèlerins chaque année. C'est la ville où la tradition chrétienne situe la naissance de Jésus-Christ. Pour la première fois depuis le 7-Octobre, la municipalité a prévu un timide retour à la normale pour les festivités de Noël. Au programme, il y a la messe de minuit et le marché de Noël dans ce territoire occupé par Israël. Le cessez-le-feu à Gaza redonne un peu d'espoir aux habitants qui attendent que les touristes reviennent. De notre envoyée spéciale à Bethléem, La fanfare des scouts palestiniens accompagne l'illumination du sapin géant sur la Place de la Mangeoire, devant la Basilique de la nativité. La saison de Noël est lancée à Bethléem, où les dernières années ont été difficiles. La pandémie du Covid-19, les massacres du 7-Octobre et la guerre à Gaza ont coupé net l'afflux des touristes. On observe désormais un timide retour. « On m'a dit que cet évènement n'avait pas pu avoir lieu ces deux dernières années à cause de la guerre. Personne ne pouvait venir ici. C'est émouvant, la guerre n'est pas terminée, mais on ressent un peu d'espoir en étant ici », affirme Liu, une touriste chinoise de passage. Pour atteindre Bethléem en Cisjordanie occupée, Jawal, Palestinien de Jérusalem, a dû patienter aux points de contrôle avec sa famille. Sa femme est chrétienne et il tenait absolument à être présent. « C'est tellement important de revenir à une vie normale après deux années de guerre. Cela envoie le message que les choses vont aller mieux, ça nous rend optimistes », confie-t-il. « Bethléem, c'est une ville de tourisme » Ces deux dernières années, la municipalité de Bethléem avait annulé les festivités par solidarité avec les Palestiniens de Gaza. Mais aujourd'hui, le marché de Noël est de retour dans une ville où 80 % de la population se déclare de confession musulmane. Comme Sahida, tout sourire : « Bethléem était comme endormie depuis deux ans avec la guerre à Gaza et là, c'est très important. On aime Bethléem, nous sommes Palestiniens et c'est la ville de nos racines. C'est une ville importante pour les trois religions : les musulmans, les chrétiens et les juifs. Bethléem, c'est une ville de tourisme, mais c'est important pour les gens, pas seulement pour l'économie ». Pourtant, le taux de chômage a explosé jusqu'à 60 % de la population. Avant, Hazim travaillait dans une agence de voyage qui a fermé. Désormais, le jeune homme aide un peu dans l'épicerie de son grand-père, près de la vieille ville. Il est très ému de témoigner : « Regardez-moi bien. Je suis jeune et j'ai l'air d'avoir 50 ans. Je suis vraiment fatigué de cette situation. Il faut que j'en parle sinon je vais exploser. Nous n'avons pas la possibilité de vivre notre vie normalement. Nous souffrons beaucoup, la situation est mauvaise, c'est pourquoi nous espérons que les touristes vont revenir. » Hazim ravale ses larmes. Ce chrétien orthodoxe célèbrera Noël début janvier. À lire aussiÀ Bethléem, le plus ancien orgue de la chrétienté résonne à nouveau

Direction l'Argentine, qui s'est convertie ces dernières années en refuge pour la communauté LGBTQ+ russe. Ces dernières années, Vladimir Poutine a mené une répression de plus en plus sévère contre les droits de cette communauté, et elle s'est accélérée depuis l'invasion de l'Ukraine. En 2023, la Russie a placé le « mouvement international LGBT » sur sa liste des personnes déclarées « terroristes et extrémistes ». À l'autre bout du monde, l'Argentine offre à des milliers de Russes un lieu où ils peuvent être eux-mêmes sans craindre d'être jugés, agressés, ou emprisonnés. À Buenos Aires, le reportage de notre correspondant. Iana Kostinskaia se souvient très bien de sa surprise la première fois qu'elle a vu un couple homosexuel s'embrasser dans la rue à Buenos Aires. Deux ans après avoir quitté Moscou pour l'Argentine avec sa compagne Eli, la jeune femme de 29 ans continue d'apprendre à vivre son amour au grand jour. « J'aime beaucoup sortir avec ma femme, la prendre par la main et l'embrasser, et que cela ne soit pas un problème. Parfois j'ai un peu peur, puis je me rappelle que maintenant, tout va bien. Je ne vois pas comment je pourrais avoir la même vie en Russie », raconte Iana. Ces dernières années, Vladimir Poutine a accentué sa persécution contre les minorités sexuelles. En 2023, la Cour suprême russe a classé le mouvement LGBT comme « organisation extrémiste », au même titre que l'État islamique. Mariano Ruiz est le directeur de l'ONG Droits humain & diversité, qui accompagne des centaines de réfugiés LGBT russes en Argentine chaque année. « Ces vingt dernières années, l'Argentine a été un pays pionnier dans la région. C'est deuxième pays des Amériques à avoir légalisé le mariage homosexuel en 2010 après le Canada », précise-t-il. À lire aussiLGBT+ en Russie: «J'ai le sentiment de vivre perpétuellement avec une guillotine au-dessus de la tête» En Argentine, le statut de réfugié est par ailleurs plus facile à obtenir qu'en Europe ou aux États-Unis. Et le pays sud-américain a aussi d'autres atouts à faire valoir. « Moi, je suis venu ici pour étudier, explique Vladimir Zikeev, arrivé de Moscou il y a 18 mois. Lunettes rectangulaires, visage juvénile, cet étudiant en langues explique que c'est l'université publique et gratuite argentine qui l'a convaincu de jeter son dévolu sur ce pays. « J'ai trouvé quelque chose à faire pour ne pas seulement être en fuite. Chercher ma place, mais en faisant quelque chose », poursuit-il. Vitalii Panferov est arrivé à Buenos Aires début 2023. Quelques mois plus tard, il a été diagnostiqué séropositif. « Je n'avais aucune assurance. Mais jusqu'à présent je reçois mon traitement gratuitement, car en Argentine il y a un système de santé publique », L'accès des étrangers à l'université et au système de santé publique est aujourd'hui remis en cause par Javier Milei, qui a aussi durci les conditions pour obtenir le statut de réfugié. Le président argentin s'est par ailleurs lancé dans une bataille culturelle contre le « wokisme », qui n'est pas sans rappeler la rhétorique de Vladimir Poutine sur la décadence morale de l'Occident. « J'espère que ce qui s'est passé en Russie ne va pas se reproduire ici », s'inquiète Vitalii. Début 2025, Vitalii s'est joint aux centaines de milliers d'Argentins qui sont descendus dans les rues pour protester contre une saillie homophobe de Javier Milei. « Ce que j'aime le plus en Argentine, c'est que je peux être moi-même et m'exprimer. Et ça, conclut-il, je ne veux pas le perdre. » À lire aussiRussie: Vladimir Poutine promulgue la loi renforçant la censure et la surveillance sur internet

Pendant qu'à Miami les États-Unis tiennent depuis trois jours des pourparlers séparément avec les délégations ukrainienne et russe, dans l'espoir de mettre un fin au conflit en Ukraine, sur le front, la situation est toujours aussi difficile. Les pertes des deux côtés ne sont pas communiquées mais elles semblent lourdes. Plusieurs centaines de milliers de soldats tués depuis le début de la guerre. Côté ukrainien, chaque homme entre 25 et 60 ans peut être mobilisé. Il peut l'être de force. Dans tout le pays, la police ukrainienne fait la chasse aux potentiels soldats qui ne sont pas en règle ou qui n'ont pas répondu à leur ordre de mobilisation. Alors pour échapper au front et à la mort, beaucoup d'hommes se cachent. Probablement des dizaines de milliers. Pour RFI, notre correspondant a rencontré l'un d'entre eux. Alexandre, c'est le prénom qu'il s'est choisi pour cette interview, nous a donné rendez-vous quelque part en Ukraine, au fin fond d'un tout petit village. Routes en terre, toits en tôle, maisons en bois. C'est ici qu'il a décidé de se cacher. « La dernière fois que je suis sorti d'ici, c'était le 7 mars. Exactement, il y a neuf mois. Neuf mois que je ne suis pas allé une seule fois en ville. Quand j'y étais, je ne sortais presque pas dehors. Seulement pour aller au magasin. Sans nécessité je ne sortais pas du tout, explique Alexandre. À n'importe quel moment, quand tu marches dehors, tu peux être enlevé et mobilisé par des militaires ou par la police.» Quand on lui demande les raisons pour lesquelles il fuit l'armée et la mobilisation, il répond : « Je ne veux pas aller à la guerre. Parce que j'ai peur de mourir ». Il soupire et ajoute : « Pour moi, la vie, c'est plus important que…Je ne sais pas ». « Mais pour moi c'est plus important que de "défendre", défendre "leurs intérêts" », poursuit-il, après un rire gêné. « C'est toujours mieux que le front » Pour vivre, Alexandre s'est trouvé un télétravail. Pour le reste, il vit normalement. « Ici, je ne me cache pas vraiment des militaires. Ils ne passent jamais par là. Je peux sortir dehors. Dans le jardin. Dans le quartier. Il n'y a personne. Je peux aussi aller sans peur dans le village voisin pour acheter quelque chose. Ici, il n'y a pas de problème. Maman vient en voiture. Elle achète tout. Elle apporte tout. Et elle cuisine pour moi. Même si bon ! C'est vrai que je pourrais cuisiner moi-même sans sortir d'ici. Donc, voilà comment je vis », dit-il en riant. La fin de la guerre, Alexandre l'attend. Mais il craint de nombreux problèmes après avoir fui les combats. Des problèmes qui disparaîtront selon lui avec le temps. « C'est toujours mieux que le front », souffle l'Ukrainien, qui risque d'ores et déjà la prison pour s'être caché. À lire aussiUkraine: une vaste opération policière lancée contre des réfractaires à la mobilisation À lire aussiUkraine: la société civile se soulève contre la criminalisation des soldats

Depuis le mois de février, près de 32 000 Palestiniens des camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nour Shams, au nord de la Cisjordanie occupée, ont été déplacés de force par l'armée israélienne. Un exil imposé qui bouleverse les gestes les plus simples du quotidien. Pour les femmes, cette violence prend souvent la forme d'une double peine. Perdre un toit, c'est perdre aussi l'intimité, les repères, l'espace du soin et du quotidien. Surtout dans la société traditionnelle palestinienne. Raghad Lafi a 25 ans. Elle est mère de trois enfants et vit avec son mari et quinze autres personnes de sa famille élargie dans un appartement de Tulkarem. Sa maison, dans le camp de réfugiés, a été démolie en juin dernier par l'armée israélienne. Depuis, sa vie a changé du tout au tout. « Ici, il n'y a pas d'intimité. Pas de repos. On ne se sent pas bien entourée non plus. La maison, c'est tout pour un être humain. Là, on doit payer un loyer cher… et les écoles sont loin pour les enfants… Et je ne sors pas. Je reste dans cet appartement depuis, et je reste enfermée vingt-quatre heures sur vingt-quatre », raconte-t-elle. Ce sont des femmes comme Raghad que Nehaya al Jundi essaie d'aider au quotidien. Elle est la responsable du comité populaire pour les services du camp de réfugiés de Nour Shams. Elle aussi, à 54 ans, a été déplacée de force. Elle n'a pas vu sa maison depuis environ dix mois et le précise : pour les femmes, ces évictions sont une double peine. « Aujourd'hui, la femme palestinienne traverse la période la plus difficile de sa vie. Elle souffre d'une crise immense, parce qu'elle est le pilier du foyer », explique-t-elle. « J'en suis arrivée au point où, par manque d'intimité, j'ai peur de me laver » Car dans la société traditionnelle palestinienne, la femme est celle qui assure que le foyer est un lieu où l'on se sent bien. Celle qui assure l'éducation, la nourriture. Tout repose sur elle. Nehaya al Jundi ajoute : « Aujourd'hui, les femmes se retrouvent dans des logements très simples, impropres à l'habitation. Certaines vivent dans des maisons sans fenêtres, où l'on a simplement tendu une bâche. D'autres louent des maisons très anciennes, abandonnées dans les villages par leurs propriétaires, qui ont construit des maisons neuves ailleurs. Les familles ont été contraintes de louer ces logements, juste pour se cacher, pour se couvrir. Aujourd'hui, des femmes viennent, elles me disent sans cesse : "J'ai l'impression d'être à la rue." Et moi aussi, je le dis : "J'ai l'impression d'être à la rue, même quand je suis dans ma maison". J'étais quelqu'un avant qui, été comme hiver, prenait une douche tous les matins. Aujourd'hui, je ne peux même plus. J'en suis arrivée au point où, par manque d'intimité, j'ai peur de me laver. Imagine jusqu'où on en est arrivés. » Le plus grand déplacement forcé de Palestiniens de Cisjordanie depuis 1967 C'est ça la souffrance de chaque femme palestinienne déplacée, dit-elle. Celles de Nour Shams, où elle vivait, mais celles du camp de réfugiés de Tulkarem, de Jénine. Ces camps vidés de leurs habitants en février par l'armée israélienne. Le plus grand déplacement forcé de Palestiniens de Cisjordanie depuis 1967. « Je fais partie de ces femmes qui souffrent rien qu'à cause du mot déplacement. Je le déteste. Je le déteste profondément et je n'aime pas que quelqu'un le répète, ou dise que je suis une déplacée. Mais on est obligés de l'utiliser avec les médias pour qu'ils comprennent ce que signifie le déplacement. Mais celui qui ne l'a pas vécu, pas expérimenté, ne pourra jamais nous comprendre », affirme-t-elle. « Beaucoup veulent avant tout aider les autres », précise Nehaya. « Parfois, dit-elle, en s'oubliant soi-même. » À lire aussiEn Cisjordanie, les Palestiniens de Nour Shams face aux démolitions annoncées par l'armée israélienne

C'est une enquête du département américain du Commerce sur la concurrence déloyale qui aurait poussé l'administration Trump à frapper dur sur la pasta, une icône de l'art de vie des Italiens qui se raconte même en chansons. Des producteurs de grandes marques comme Barilla ou Garofalo auraient vendu leurs produits à un prix inférieur à celui du marché national. Les droits de douane sur les pâtes pourraient donc augmenter de 91,74% à partir de 2026, en plus des 15% déjà appliqués. Or les États-Unis sont le deuxième pays d'importation derrière l'Allemagne. Pour l'Italie, cela représente 281 000 tonnes de pâtes destinées aux USA et un chiffre d'affaires de 671 millions d'euros en 2024. À Rome, on oscille entre espoir et colère. De notre correspondante à Rome, Député du Parti démocrate, Andrea Rossi n'affiche pas le même optimisme. Il s'inquiète beaucoup pour sa région, l'Émilie-Romagne. Un temple historique de la filière des pâtes. À titre d'exemple, le groupe Barilla, qui destine un quart de ses produits au pays de l'Oncle Sam, est implanté à Parme depuis 1877. « Actuellement, l'Émilie-Romagne exporte la valeur d'un milliard d'euros de produits agroalimentaires aux États-Unis, soit 10% de ses exportations vers ce pays. Une augmentation de plus de 90% des droits de douane sur les pâtes serait évidemment délétère pour la filière dans notre région. Mais à ce jour, l'Italie n'a pas eu la capacité diplomatique nécessaire pour négocier cette taxe supplémentaire avec l'administration Trump. » La surtaxe ferait passer le prix de 500g de pâtes, exportées par un fabricant italien aux États-Unis, de 4 à 10 euros, environ. En Italie, 500g de rigatoni ou de spaghetti de bonne qualité sont vendus, en moyenne, à 1,60 euro. Mais nos cousins transalpins ne sont pas à l'abri d'une hausse sensible. Explications de Gabriele Melluso, président de l'association de protection des consommateurs Assoutenti. « Si les producteurs de pâtes ne parvenaient pas à compenser la majoration des droits de douane avec les exportations en dehors des États-Unis, cela provoquerait une flambée des prix dans nos rayons. On pourrait parler de crime ! ». Un différend qui doit être résolu La pimpante retraitée Alessandra Cardelli lui fait écho : pas question de toucher à un aliment aussi sacré ! « Pour les Italiens, une augmentation du prix de la pasta est inconcevable ! C'est la base de notre alimentation. Tout le monde, riche ou pauvre, mange des pâtes. Ce problème entre l'Italie et les États-Unis doit être résolu . » Filippo Schiavone est producteur de blé dur – la matière première des pâtes italiennes, mais aussi dirigeant de Confagricoltura, la principale organisation représentant les agriculteurs en Italie. Il considère que le gouvernement Meloni a tous les atouts pour obtenir un allègement des droits de douane : « Le blé dur est la première culture en Italie, plus de 1,3 million d'hectares. C'est peu ou prou comme Fiat à Turin dans ses belles années. Toutefois le secteur des pâtes traverse une crise, principalement à cause des changements climatiques. Mais nous avons totalement confiance dans notre gouvernement et espérons donc que les négociations au niveau international sur la surtaxe de pâtes donneront des résultats. » Alors, attendons de voir si Donald Trump sera, pour une fois, une bonne pâte. À lire aussiL'Europe toujours aussi divisée face à l'accord commercial avec le Mercosur

Les marchés de Noël sont omniprésents en Allemagne et constituent une tradition centrale de la période de l'Avent, durant le mois qui précède les fêtes. L'attentat à la voiture bélier l'an dernier à Magdebourg a, entre autres, rendu nécessaires des mesures de sécurité supplémentaires. D'autres coûts pèsent sur les organisateurs et les visiteurs se plaignent de la hausse des prix sur les marchés. À lire aussiL'Allemagne annonce avoir déjoué un projet d'attentat visant un marché de Noël

En Afghanistan, le changement climatique est désormais la première cause de déplacement interne. Le pays compte plus de 500 000 déplacés liés aux crues et à la sécheresse, et près de dix millions de personnes sont impactées par le réchauffement climatique, ce qui aggrave la crise humanitaire, déjà très profonde. Les causes sont à la fois des catastrophes ponctuelles, mais aussi l'effet à long terme de la sécheresse. Lorsqu'ils sont arrivés au pouvoir en 2021, les talibans ont relancé l'ambitieux chantier du canal de Qosh Tepa, destiné à irriguer les provinces du nord. Mais certains villages, comme celui de Bulaku dans la province de Balkh, en sont exclus. De notre envoyée spéciale à Bulaku, Les petites maisons de terre se dressent au loin et se confondent avec la terre ocre et aride. Quelques ânes demeurent çà et là, épars. Afin d'abreuver leurs animaux, les villageois ont creusé des réservoirs dans la roche. Un petit groupe d'hommes s'est rassemblé autour. Les femmes se chargent de récupérer l'eau quand il y en a. Le système fonctionne comme un puits. Muhammad, l'un des paysans du village, producteur de blé, commente les difficultés auxquelles il doit faire face : « Depuis 10-15 ans, le climat change et la situation ne fait qu'empirer. Ces dernières années, la sécheresse ne fait que s'aggraver, et nous n'avons pas d'eau. Disons que nous avons de l'eau la moitié de l'année, au maximum. Le reste de l'année, nous n'en avons pas. Ça devient très difficile de s'approvisionner en eau, il faut aller la chercher très loin, et les routes sont vétustes. Elles sont poussiéreuses et cahoteuses, donc rapporter de l'eau n'est pas aisé. » Pour les habitants de Bulaku, récupérer de l'eau implique de marcher plusieurs heures sous le soleil harassant. La mission dure toute une journée. Le manque d'eau affecte aussi les récoltes et entraîne appauvrissement et insécurité alimentaire : « Comme l'eau, nos récoltes nous permettent de survivre six mois. Les six mois de l'année restants, nous sommes obligés de quitter le village, d'aller dans les villes, d'essayer de trouver un autre travail, au moins pour pouvoir manger jusqu'à l'année suivante, déplore Muhammad. Nous sommes autosuffisants pour six mois, ensuite il faut trouver une autre manière de se nourrir. » À lire aussiL'Afghanistan en proie à une sécheresse sans précédent À la recherche d'eau et de meilleures cultures En conséquence, nombreux sont les habitants à avoir tenté leur chance ailleurs. « Beaucoup de gens sont partis à la recherche d'eau et de meilleures cultures. Ils se sont installés dans d'autres localités, voire dans d'autres pays. Environ 150 familles sont parties d'ici, constate Muhammad. Chaque famille compte entre cinq et sept personnes. La majorité des personnes sont parties parce que c'est impossible, c'est vraiment trop difficile de vivre ici. Dans le village, on voit que les maisons sont partiellement détruites parce que plus personne ne vit ici. Abdul s'est installé dans un autre village, Sitchtemal : « J'ai tout essayé pour nourrir ma famille : j'ai travaillé dans les champs, comme ouvrier sur des chantiers. J'ai fait tout ce que je pouvais, mais l'expérience s'est mal terminée. Nous n'avions pas d'endroit pour vivre, donc nous sommes revenus ici, il y a deux ans. Mais nous souffrons toujours. Il ne pleut jamais. J'essaie de trouver des boulots journaliers. » Pour survivre financièrement, Abdul a fini par marier l'une de ses filles. Elle avait huit ans. À lire aussiAfghanistan: faits marquants de quatre années de régime taliban

Depuis le début de la guerre, rares sont les décisions du président ukrainien à pouvoir être contestées dans le pays. En octobre dernier, grâce aux pouvoirs que lui confère la loi martiale, Volodymyr Zelensky a limogé Gennadi Troukhanov, le maire d'Odessa. Accusé d'avoir la nationalité de l'ennemi après la publication de la photo d'un passeport russe à son nom, il a été déchu de la nationalité ukrainienne. Le maire nie en bloc. Sur place, son renvoi a ému une grande partie de la population et scandalisé la classe politique locale. Théo Renaudon a recueilli leur sentiment ainsi que la réaction de Gennadi Troukhanov. ► Un reportage à retrouver en version longue sur la page Accents d'Europe. À lire aussiCorruption en Ukraine: des perquisitions visent Andriy Iermak, le puissant bras droit du président Zelensky

En Colombie, les marques françaises sont très présentes dans l'industrie de la beauté. Alors que les Colombiennes figurent parmi les plus grandes consommatrices de produits cosmétiques au monde, les entreprises françaises multiplient les stratégies pour s'implanter durablement dans ce territoire prometteur, où la beauté est un secteur économique en pleine expansion. De notre correspondante à Medellin, Au congrès international de la médecine esthétique à Medellín, des dizaines de stands proposent des démonstrations des dernières technologies anti-âge. Une machine de cryothérapie et un traitement dermatologique par le froid sont présentés par le distributeur français Odella. « L'investissement des gens dans leur revenu disponible sur la santé-beauté-bien-être est de 35%. Un tiers du revenu aujourd'hui [en Colombie], contrairement à l'Europe, est dédié à ma peau, à mon cheveu, à mon bien-être », affirme Emmanuel Denis, le cofondateur d'Odella. Le groupe est présent dans huit pays d'Amérique latine. Il a débuté son aventure par le Mexique il y a 15 ans : « Aujourd'hui, nous sommes un groupe qui a plus de 300 employés, qui facture 60 millions de dollars ». Son voisin de stand, un autre groupe français, propose les produits du laboratoire Vivacy Paris depuis six mois. « Historiquement, sur les produits d'injectables, la France a toujours eu une très bonne image, retrace Grégory Blanc, le propriétaire de la société de distribution Elaia Dermascience. On a été vraiment les créateurs. Dans les laboratoires d'acide hyaluronique et de produits d'injectables, les produits ont presque tous été créés en France ou en Suisse. Le début du marché mondial est vraiment parti de la France. » Un nouveau sur le marché vient d'ouvrir deux boutiques dans la région d'Antioquia, dans les villes de Medellin et Envigado, ainsi qu'une troisième boutique à Bogota. Au deuxième étage du centre commercial Viva Envigado, un kiosque vert avec des écrans géants fait défiler les produits de la marque Yves Rocher. « C'est un marché et une culture [colombienne] qui apprécient beaucoup les bénéfices et les atouts des plantes, explique Susana Hernandez, la représentante de la marque en Colombie. Nous avons une culture qui traditionnellement a toujours été très connectée avec ce thème de la médecine des plantes. » Ce kiosque a ouvert il y a tout juste un mois. Plus de 150 références de soins du visage, de traitements pour les cheveux et de parfums sont proposées aux clientes comme Daniela Orozco. « Je ne connaissais pas cette marque, et maintenant que je la connais elle me semble incroyable, les produits capillaires surtout. C'est spectaculaire, ils sont vraiment efficaces », s'enthousiasme la jeune femme. La Colombie est le quatrième pays en termes de ventes dans l'industrie de la beauté en Amérique latine. Selon les données de l'organisme Mordor Intelligence, son marché des cosmétiques représente environ 301 millions d'euros [351,72 millions de dollars] en 2025 et devrait atteindre plus 424 millions d'euros [494,93 millions de dollars] d'ici à 2030. À lire aussiLa mode pour la paix en Colombie

En Bulgarie, le président a commencé les consultations pour essayer de former un nouveau gouvernement après la démission du Premier ministre sur fond de manifestations monstres contre le budget 2026. Le pays s'apprête à adopter la monnaie européenne, mais il est miné par l'instabilité politique et une corruption endémique aux multiples formes. Parmi les pratiques qui se répandent, l'appropriation d'entreprises est en plein essor. Exemple à Sunny Beach, au cœur du tourisme balnéaire bulgare. L'hôtel Paradise Beach est le symbole d'une autre époque : des centaines de chambres sur plusieurs étages, plusieurs restaurants, bars et boîtes de nuit, sans oublier la tour sur la plage. Il fait partie du parc immobilier de Venelin Tachev, qui est propriétaire de cinq hôtels pour une capacité totale de 3 000 lits. C'est après avoir revendu un terrain à son voisin que les ennuis commencent. Après avoir déposé une demande auprès de la mairie pour mieux délimiter sa propriété, Venelin Tashev et ses clients sont harcelés. « Ils ont commencé à mettre de la musique à fond entre minuit et six heures du matin. Et de la musique horrible. Avec mes clients, on a dû appeler les autorités des milliers de fois. Sans aucune conséquence pour ce voisin. Les institutions ne font rien, ni la police, ni le parquet », relate le propriétaire de l'hôtel. Ce voisin n'est pas n'importe qui, c'est un mafieux suspecté de trafic de drogue. Le terrain racheté a été transformé en villa luxueuse avec un restaurant qui accueille des invités d'honneur. « Je n'ai jamais voulu de conflit avec cette personne, parce que je vois bien qui lui rend visite, poursuit Venelin Tashev. Des personnes très haut placées dans le pays, des personnalités connues, des politiques... Je ne veux pas donner de nom. Tout ça pour qu'on s'approprie mon business, pour mettre la main sur l'hôtel. C'est un des meilleurs hôtels de Sunny Beach. C'est un hôtel cinq étoiles, sur la plage. » « Je m'inquiète [...] des proportions que la corruption va atteindre si on ne fait rien » Le mercredi 10 décembre, à Sofia, 150 000 personnes étaient mobilisées pour protester contre la corruption. Le récit de Venelin Tachev est loin d'être un cas isolé. C'est même devenu chose courante, en Bulgarie. C'est également une des raisons pour lesquelles Yoanna, la vingtaine, est venue protester : « Je m'inquiète surtout de l'avenir et des proportions que la corruption va atteindre si on ne fait rien. Combien de fois des proches de mes parents m'ont raconté comment des responsables politiques faisaient pression sur eux. C'est vraiment démotivant. » Le budget 2026 a remis de l'huile sur le feu d'un paysage politique déjà tendu. Dimitar, la quarantaine, travaille dans la finance. Pour lui, une chose est évidente : quelqu'un veut se remplir les poches sur le dos du contribuable. « La raison pour laquelle je suis ici, c'est la corruption et le budget. Il est évident qu'il a été conçu pour que Boïko Borissov, Delyan Peevski et leur clique continuent à s'approprier des millions, voire des milliards. Le fait qu'ils contrôlent tout le système judiciaire en appliquant le principe de la carotte et du bâton, c'est inacceptable. Et c'est pour cela qu'on veut leur démission », assène-t-il. Finalement, les manifestants ont obtenu gain de cause : le gouvernement de Rossen Jéliazkov, en fait contrôlé par Borissov et Peevski, a démissionné. Mais les législatives anticipées qui suivront risquent de reproduire le même problème que les sept élections qui se sont succédées depuis 2021 : un Parlement fragmenté, une majorité ingouvernable et un gouvernement instable. À lire aussiBulgarie : le Premier ministre Rossen Jéliazkov démissionne sous la pression de la rue

Après le bannissement en 2022 de Facebook et d'Instagram, réseaux emblématiques du groupe Meta, les autorités russes renforcent leur emprise sur les espaces de l'internet et des applications étrangères. Depuis cet été, les appels via WhatsApp, FaceTime et Telegram sont bloqués, au nom de la lutte contre le fléau des fraudeurs. D'autres coupures et interdictions sont, quant à elles, justifiées au nom de la sécurité nationale, et notamment les attaques de drones. « Désolé de ne pas avoir donné signe de vie, mon téléphone s'est soudainement éteint et l'écran est devenu tout noir. Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé. » Casquette sur la tête, bouille bienveillante et souriante, Nicolas Maschourov arrive tout essoufflé et un poil en retard au rendez-vous sur une place du centre de Yaroslavl, face à l'un des monastères les plus célèbres de cette ville au riche passé historique. Au fond, ce mystérieux incident du jour n'est pour lui qu'un de ceux qui s'ajoutent à une longue liste, tant la vie quotidienne est déjà bien compliquée localement. Dans cette ville-étape incontournable pour les touristes, cela fait en effet de longs mois que les liaisons téléphoniques et internet sont perturbées. Yaroslavl est en effet aussi une ville industrielle importante, ce qui fait d'elle une cible dans le conflit avec l'Ukraine. « On a ici une raffinerie très importante, elle fournit du pétrole à de nombreuses régions de l'Ouest du pays, explique Nicolas Maschourov. À l'heure actuelle, les règles y sont très strictes à l'intérieur, car il y a un risque de sabotage. Lorsque vous entrez dans l'usine, vous n'êtes même pas autorisé à prendre votre téléphone, vous devez le laisser dans votre voiture. Et si jamais vous avez oublié et qu'il est resté dans votre poche, l'amende que vous encourez atteint 30 000 roubles. Si on vous attrape une deuxième fois avec, vous êtes viré. Tout ça, c'est parce que cette raffinerie est périodiquement attaquée par des drones. Heureusement, jusque-là, les attaques ne se sont produites que vers 5 ou 6 heures du matin, lorsque les travailleurs n'étaient pas là. Mais la situation là-bas est quand même assez tendue. L'Internet mobile y est généralement désactivé. » Ce vendredi 12 décembre, selon les médias locaux, une attaque contre la raffinerie a été à l'origine d'un incendie. Une partie des routes y menant ont été fermées, causant des bouchons de plusieurs kilomètres. Mais le plus fréquent pour parer aux attaques reste de couper le réseau. « L'Internet mobile dans toute la ville est de toute façon souvent en mauvais état désormais, avance le professeur d'histoire et guide touristique. De temps en temps, c'est même totalement coupé ». À lire aussiRussie: le contrôle étatique de l'expression publique sur les réseaux sociaux s'accélère « J'ai envie de hurler tellement je suis furieux et tellement je trouve ça injuste. » Première conséquence : impossible d'utiliser la géolocalisation, très répandue en Russie. Mais d'autres usages sont désormais limités. Dans sa cuisine, avec sa bouilloire qui siffle sur le gaz pour chauffer l'eau du thé, Andrey Akimov explique qu'il aimerait pouvoir publier à sa guise sur les réseaux sociaux. « Je gère plusieurs chaînes Telegram, explique cet avocat et secrétaire d'un petit parti, qui tente d'être officiellement enregistré par les autorités. J'y poste diverses choses, et tout est légal et officiel. Mais parfois c'est impossible à faire. J'essaie une fois, deux fois. Puis je me dis : “Ok, je réessaie dans 10 minutes", et c'est peut-être à ce moment-là que j'ai un ressenti de 5% d'inconfort. Je réessaie trois- quatre fois. Et si, à la cinquième tentative, une demi-heure plus tard, je ne peux toujours pas publier, je commence à ressentir de l'anxiété et de la colère. À ce moment-là, bien sûr, mon inconfort est à 100%. J'ai envie de hurler tellement je suis furieux et tellement je trouve ça injuste ». Pour lui, les exigences sécuritaires d'un pays en conflit ne sont pas les seuls motifs à ces restrictions de plus en plus importantes. Avec prudence et des mots très pesés, il avance : « Je vais dire les choses de cette façon : je comprends un peu la stratégie des autorités. Il y a une tendance à réduire les libertés, à contrôler les ressources Internet. Mais c'est beaucoup plus facile de le faire si on procède progressivement, pas à pas, en supprimant une partie des droits et libertés des citoyens petit à petit, de telle sorte que l'indignation soit étalée dans le temps et qu'il n'y ait pas de pic soudain ». Depuis cet été, les autorités ont mis en place une messagerie nationale, Max, et tentent de convaincre les citoyens d'y migrer, la présentant comme plus sûre. Les critiques avancent qu'il s'agit d'une stratégie visant à surveiller les contenus, car Max est présentée comme totalement transparente pour les services de sécurité. Entre blocage des messageries étrangères et coupures de l'internet, de plus en plus de Russes vivent depuis plusieurs mois à l'heure des restrictions de communication. À lire aussiVers un «goulag numérique»: comment la Russie développe le contrôle et la surveillance de ses citoyens Yaroslavl est très loin d'être la seule ville touchée. Aux derniers décomptes effectués mi-décembre, une quarantaine de régions sur les 89 que compte la Russie ont souffert depuis le printemps d'incidents de types variés. Toutes les régions frontalières ou proches de la zone de combat sont plus ou moins touchées, de Rostov à Koursk et Voronej, ainsi que des villes de garnison comme Pskov ou des régions abritant d'importantes usines du complexe militaro-industriel comme celle de Sverdlovsk. D'autres villes et régions à des milliers de kilomètres à l'est ont aussi enregistré des plaintes d'usagers au sujet de très longues coupures : en Sibérie, à Omsk ou en Yakoutie, jusqu'à Khabarovsk, le Kamchatka et Sakhaline dans l'Extrême-Orient. Même Saint-Pétersbourg, deuxième ville du pays, a été le théâtre de deux jours consécutifs de perturbations. À Moscou, depuis mai dernier, des pannes régulières mais courtes sont observées. Comme à Yaroslavl, les autorités régionales expliquent en général ces coupures comme des « mesures de sécurité visant à se protéger contre les attaques de drones ». Selon le groupe de travail du kraï de Krasnodar, « un adversaire peut utiliser l'internet mobile à haut débit pour contrôler des drones et perpétrer des attentats terroristes ». Ces restrictions sont imposées dès réception d'un signal de « menace drone » et sont techniquement temporaires. Wikipedia.ru a fait ce décompte : 69 coupures avaient déjà été enregistrées en mai, mais en juin, ce nombre était passé à 655, et en juillet, il a atteint le chiffre record de 2 099 coupures à travers le pays. Ce chiffre a dépassé le total mondial des blocages d'internet pour toute l'année 2024 (296 incidents dans 54 pays), faisant de la Russie le pays le plus touché par les pannes de communications numériques. « Notre pays est en état de guerre, [...] nous ne pouvons pas revendiquer les libertés que nous avions auparavant. » À quelques kilomètres de Moscou, la ville de Balachika est une zone connue pour abriter notamment une importante base de l'armée russe. Une tradition ancienne : sous l'Union soviétique, la ville était d'ailleurs interdite aux étrangers. Zina, 42 ans, m'accueille dans la cour en bas de son immeuble, dans cette ville où elle a déménagé il y a trois ans « pour la nature et la vue sur le canal ». Pour elle, toutes les mesures de restrictions prises pour internet sont justifiées, y compris cette autre, récente, qui bloque l'usage des cartes SIM, russes comme étrangères, pendant 24 heures à tout retour de l'étranger. « Je comprends très bien qu'une carte SIM pourrait soudainement ne plus être entre les mains de son propriétaire officiel. Elle pourrait être volée, avec le téléphone ou pas d'ailleurs. Et cette carte SIM pourrait être utilisée par d'autres personnes à leurs propres fins. Moi, je compare cette décision à la quarantaine temporaire obligatoire pendant le Covid-19 ou à l'usage des masques. On peut quand même trouver le moyen de s'organiser et préparer un retour de vacances. Je comprends que des gens soient très énervés, mais notre pays est en état de guerre, alors pour moi, c'est évident, nous ne pouvons pas revendiquer les libertés que nous avions auparavant », affirme-t-elle. Pour elle, le vrai problème, qui la concerne de près, est ailleurs. « Je vais vous dire qui traverse, à cause de tout ça, de vraies difficultés, avance-t-elle. Ce sont ceux qui ne gagnaient leur vie que grâce au blogging, en vendant des publicités, par exemple, ou en monétisant leurs publications. C'est vrai, il existe des plateformes alternatives à celles qu'on avait avant, mais avec celles-là, on ne peut pas gagner autant d'argent. Elles sont mal conçues. Et cela a un impact sur toutes ces personnes, tous ces entrepreneurs, qui pendant de nombreuses années ont construit un système de diffusion en continu, produisaient du contenu. En fait, chaque blogueur avait en quelque sorte créé sa propre petite agence. C'est un système qui s'est effondré ». Sans Instagram, classé extrémiste en Russie, et avec l'interdiction depuis cet automne d'y faire de la publicité, Internet qui rame est le dernier clou dans le cercueil de son activité professionnelle de bloggeuse-coiffure. Sur un an, Zina chiffre sa perte de revenu à 80%. À lire aussiLa Russie resserre encore son contrôle sur internet

Ce qui aurait pu relever de la science-fiction il y a encore quelques années est bien réel à Dublin, la capitale irlandaise : des repas peuvent désormais arriver par les airs. Pizza, cafés, repas... Certaines commandes sont aujourd'hui livrées directement chez l'habitude, à l'aide de drones. Pour l'instant, une seule entreprise propose ce service. Mais cette petite révolution technologique est loin de plaire à tout le monde. De notre correspondante à Dublin, Seamus Doyle vit dans un quartier résidentiel, à l'ouest de Dublin, là où s'est installée une start-up spécialisée dans la livraison par drones. Depuis, son quotidien a changé : il ne supporte plus les vols incessants au-dessus de sa maison. « Il y en a un autre qui passe maintenant ! Ça fait dix minutes qu'on est là et on en a vu quatre passer ! On entend un bourdonnement constamment, qui passe au-dessus, c'est comme si une voiture traversait votre jardin ! C'est agaçant quand vous aviez l'habitude de simplement profiter de votre extérieur et de la faune,qui désormais est effrayée par les drones ! Nous avons un arbuste fruitier dans le jardin qu'on doit toujours protéger des oiseaux et maintenant, on n'a plus besoin de le protéger, car les oiseaux ne nichent plus ici », déplore-t-il. Seamus n'est pas le seul à être agacé. Avec d'autres habitants, il a fondé le collectif « Drone Action Dublin 15 » : « Les drones perturbent des personnes sensibles au bruit, des gens qui essaient de dormir pendant la journée parce qu'ils travaillent la nuit. Mais il y a aussi des préoccupations concernant la vie privée : ces drones ont des caméras. On nous dit qu'ils n'enregistrent pas, mais ils regardent bien dans les jardins pour déposer les livraisons ! » À lire aussiEn Inde, la livraison ultra-rapide des objets du quotidien et des repas explose Une réglementation qui reste à établir La start-up derrière ce service prévoit déjà de s'étendre au sud de Dublin. Elle n'est pas seule : Iona, arrivée il y a quelques mois, tente, elle aussi, de s'implanter. Or ici, pas de pizzas ou de fast-food, leurs drones transportent des colis de 10 à 20 kilos, ciblant les zones rurales et mal desservies, comme l'explique le dirigeant français, Étienne Louvet : « Il y a de plus en plus de e-commerce, de plus en plus de colis, mais c'est la chose la plus compliquée à livrer pour les logisticiens, surtout dans les zones qui n'ont pas une densité de population élevée. Donc, on va laisser une partie des zones rurales sans accès à des produits ! » Le secteur de la livraison par drones décolle donc à toute vitesse en Irlande, ce qui pousse certains politiques à réclamer une réglementation rapide. « En réalité, les habitants du quartier ont été traités comme des cobayes, pour un service non testé et non réglementé, condamne John Walsh, conseiller municipal à l'ouest de Dublin. Je pense que certaines livraisons par drone – par exemple de produits sanguins ou de produits médicaux – sont tout à fait acceptables, mais ce dont nous parlons ici, c'est d'une livraison à grande échelle de fast-food ! Ce n'est donc certainement pas un service essentiel ou nécessaire ! » Amazon et Google veulent aussi se lancer dans la livraison par drones, pour tout type de produits. Fixer des règles devient nécessaire, afin d'éviter avant que le ciel irlandais ne se transforme en jungle aérienne. À lire aussiLivraisons à domicile : un modèle déjà à bout de souffle ?

Au Japon, la nouvelle Première ministre, Sanae Takaichi, a déclenché une véritable tempête. Elle qui est ultralibérale sur le plan économique exige que les Japonais travaillent davantage. Elle a donc ordonné que l'on rehausse, voire que l'on supprime, le plafond maximal d'heures supplémentaires exigibles des salariés. Actuellement, il est fixé à 45 heures par mois ou 300 par an – contre 220 seulement en France, à titre de comparaison. Sauf que, tous les ans, d'innombrables Japonais sont victimes du surtravail. Jusqu'à en mourir, souvent. De notre correspondant à Tokyo, Il y a dix ans, Matsuri Takahashi s'est suicidée. Le soir de Noël, cette jeune fille de 24 ans s'est jetée du toit de l'immeuble où elle habitait, épuisée physiquement et nerveusement, car son employeur l'avait contrainte à faire une centaine d'heures supplémentaires. Depuis, une loi portant son nom limite le nombre maximal d'heures de ce type que l'on peut exiger des salariés. C'est ce dispositif que la Première ministre veut abroger ou, à tout le moins, considérablement assouplir. Cela désespère Yukimi Takahashi, la mère de Matsuri: « Le plafond des heures supplémentaires ne peut pas être haussé, et encore moins supprimé. Cela mettrait en danger des millions de salariés. Ce serait donc irresponsable, voire criminel. Mais enfin, le gouvernement a-t-il donc oublié ce qui est arrivé à ma fille ? Elle est morte pour rien, tuée par son travail et son employeur. Dix ans ont beau avoir passé, je m'en veux toujours énormément de ne pas avoir pu lui venir en aide, à l'époque. C'était une jeune fille admirable. Radieuse, aussi, jusqu'à ce qu'elle commence à travailler. Mais ensuite, elle a été détruite, broyée, anéantie. Pourquoi ? C'est terrible. Elle me manque tellement. » Les sondages indiquent que seuls 6% des Japonais souhaitent travailler plus. Ces salariés tokyoïtes, en tout cas, ne sont pas demandeurs : - « Assouplir la loi, donner plus de libertés aux employeurs, ça augmenterait la pression qui pèse sur les salariés et les oblige à se dépenser sans compter pour leur entreprise, explique cette employée. Pour nous, ce serait encore plus difficile de refuser de travailler jusqu'à la déraison. » - « À la fin des années 1980, comme tous mes collègues, je ne rentrais du boulot qu'à 23 heures, se remémore cet autre employé. Mais, depuis, les entreprises ont fait des efforts pour humaniser les rythmes de travail. Cela paraît la moindre des choses, donc, selon moi, il n'y a pas à revenir en arrière. » - « Moi, je veux profiter à fond de ma jeunesse: ma priorité, dans la vie, ce sont mes relations sociales et mes loisirs, pas le travail. Du coup, continuer à en faire le moins possible au bureau, ça me convient très bien. » – « Je fais énormément d'heures supplémentaires, cela m'épuise mais je n'ai pas le choix: si je refusais, ce serait considéré comme un manque de dévouement à mon employeur, donc cela nuirait à ma carrière. » Chaque année, plusieurs dizaines de Japonais meurent d'avoir trop travaillé: ils sont victimes, par exemple, d'un AVC ou d'un infarctus fatal survenu au bureau. L'an dernier, plus de 200 salariés se sont aussi suicidés ou ont tenté de mettre fin à leurs jours car ils n'en pouvaient plus sur le plan professionnel. Enfin, on a dénombré près de 4 000 demandes d'indemnisation pour de graves problèmes de santé mentale liés au travail. C'est trois fois plus qu'il y a quinze ans. À lire aussiJapon: Sanae Takaichi, une Première ministre face à une montagne de défis

Le Royaume-Uni célèbre ce week-end l'une de ses autrices les plus célèbres : Jane Austen, née le 16 décembre 1775. Il y a 250 ans. On lui doit six romans, dont Orgueil et Préjugés, Raison et Sentiments, Emma. De sa vie, on connaît peu de choses, mais son œuvre a chroniqué la période de la Régence anglaise. Une période qui connaît un regain de popularité depuis quelques années, aidée par les adaptations télévisuelles et les séries comme Bridgerton. Comme l'a constaté Emeline Vin à Londres. À lire aussi«Love and Friendship», la Lady Susan de Whit Stillman

L'Ukraine est sous pression russe alors que les négociations se poursuivent. Sur le front, l'armée ukrainienne recule franchement. Le mois dernier, les troupes russes ont avancé de plus de 300 km2, soit le double d'octobre. À l'arrière, la Russie fait pleuvoir chaque jour des centaines de missiles et de drones. Des frappes devenues le quotidien des Ukrainiens qui se sont adaptés et ont mis en place une « météo des drones » sur la messagerie mobile Telegram. De notre correspondant à Odessa, Dans le sud de l'Ukraine, une alerte aérienne retentit dans toute la région d'Odessa. Mais pas de mouvement de foule vers les abris. Les gens regardent leur téléphone. Sur l'écran, des fils Telegram indiquent en temps réel la nature de la menace : si c'est un drone ou un missile et où vont les projectiles. En clair, s'il faut se mettre à l'abri ou non : « Moi, d'habitude, explique une jeune femme, je surveille trois ou quatre canaux en même temps pour vérifier l'information. Ça permet d'avoir quelque chose d'à peu près exact. » Ces canaux Telegram ne sont pas tenus par des institutions, mais des bénévoles. Dans un café au sud d'Odessa, nous rencontrons Nikita, 23 ans. C'est un pseudo qu'il s'est donné. Son canal est suivi jour et nuit par 170 000 internautes dans la région. C'est devenu le monsieur météo des drones : « D'où vient l'information ? Qui me l'a donnée ? Comment et pourquoi ? Je ne peux pas vous le dire. Pour avoir ces données, il faut un certain niveau d'accès. Des militaires y ont accès, parce qu'ils sont impliqués, connectés à certains systèmes. C'est de là que proviennent ces informations et moi, je les reçois d'une certaine manière. » Comment vous organisez-vous ? Quand les alertes arrivent le matin, l'après-midi ou la nuit, quand dormez-vous ? « Mon organisation du temps est un peu chaotique. Comme vous l'avez dit, une alerte peut survenir à n'importe quel moment : la nuit, le matin, le midi. J'ai un job en télétravail. Souvent, les attaques surviennent en soirée ou la nuit. Parfois, je dois me faire remplacer, mais j'essaie de maintenir le rythme. Généralement, je m'endors vers six heures du matin. » Des fils Telegram qui peuvent faire des erreurs. Le mieux c'est de se mettre à l'abri dès qu'il y a une alerte. Mais, après quatre ans d'une guerre usante, aucun Ukrainien ne suit réellement ces consignes. À lire aussiUkraine: Odessa, la cité des bords de la mer Noire, frappée au quotidien par la Russie

Au début de la guerre en Ukraine, les collections du musée d'art Khanenko, situé au cœur de Kiev, ont été évacuées dans des zones plus sûres. Depuis 2022, le musée a tout traversé : des explosions ont endommagé le bâtiment, et le personnel doit désormais jongler avec les coupures d'électricité quotidiennes. Pourtant, il reste dynamique grâce à une équipe qui a pris la décision de mettre en avant des espaces géographiques et culturels encore peu connus des Ukrainiens. L'exposition actuelle du musée, Africa Direct, fait partie de cette démarche d'ouverture de l'Ukraine sur le monde. Elle révèle aussi des points communs entre des cultures et des pays qui, bien qu'éloignés géographiquement, partagent certaines luttes, et certaines aspirations. Le reportage de notre correspondante Emanuelle Chaze à Kiev est à retrouver dans son intégralité dans le podcast Accents d'Europe. À lire aussiGuerre en Ukraine: la spoliation des biens culturels par la Russie est «systématique, généralisée et organisée»

Il y a deux semaines, l'armée israélienne a lancé une opération majeure dans le nord de la Cisjordanie occupée contre les groupes armés palestiniens. Notre correspondante s'est rendue dans la région de Tubas lorsque le bouclage de la zone a été levé. Un studio sens dessus dessous, du mobilier cassé, des bris de verres au sol, et à la place de la fenêtre un trou béant, le mur a été dynamité. Nous sommes au troisième étage de la maison de la famille Abadi. Visage tuméfié, Mahmoud, 75 ans, raconte l'intervention de l'armée israélienne à son domicile fin novembre, une opération antiterroriste disent les Israéliens, les soldats cherchaient des armes. « J'ai dit " que se passe-t-il ", il a commencé à me frapper, il m'a dit de lever les mains, j'ai levé les mains. Et il a dit " où sont les armes ". Alors, j'ai dit moi, je ne suis qu'un civil, je n'ai pas d'armes, je ne connais rien aux armes. » Mahmoud Abadi a été interrogé pendant 2 heures, puis les militaires ont fait exploser le studio de son fils. Le fil détonateur pend encore sur la commode. Le vieil homme l'assure, il n'a aucune activité politique ou militaire : « Je ne suis ni du Fatah ni du Hamas. Je le jure, je ne suis pas du Hamas et j'ai dit au soldat : tu sais pourquoi ? parce que c'est le Hamas qui t'a amené ici après le 7-Octobre. Je ne suis ni du Hamas ni du Fatah. » Omar Abu el Hassan, le responsable de la communauté d'al Faara raconte comment s'est déroulé l'opération : « Vers 3 heures du matin environ, ils ont envahi le camp de réfugiés et ils sont partis vers 21 heures. Ils ont bloqué les rues. Ils ont occupé certaines maisons dans ces cas-là, ils les transforment en casernes militaires. Personne ne peut ni sortir ni entrer du camp, et ils ont commencé à fouiller les maisons, à vandaliser, à casser des choses. Les communications étaient coupées. » Sur la totalité de la région de Tubas, l'opération a duré six jours. Le gouverneur Ahmad Asaad fait le bilan du raid israélien : « C'est une opération militaire dans tous les sens du terme. Des hélicoptères Apache ont bombardé des maisons avec des mitrailleuses lourdes. On parle d'environ mille soldats, trois brigades de l'armée étaient présentes dans le gouvernorat de Tubas. » Au cours de l'opération, 200 personnes ont été arrêtées, douze sont restées détenues par l'armée israélienne.

La Finlande vient d'achever un nouveau tronçon de clôture à sa frontière avec la Russie, qu'elle accuse de déstabilisation migratoire. En décembre 2023, Vladimir Poutine aurait, en effet, fait passer près de 1 000 migrants clandestinement via cette frontière, longue en tout de 1 340 kilomètres. Reportage au cœur des pays nordiques, dans la petite ville frontalière de Salla, en Laponie finlandaise, où se trouve cette toute nouvelle clôture. De notre correspondante à Salla, Une immense clôture haute de cinq mètres, dont au moins un mètre de barbelés, se dresse le long de la frontière. Cette barrière est à l'image du paysage environnant, entièrement prise dans la glace. Ce jour-là, il fait -20°C. À lire aussiFinlande: la frontière avec la Russie demeure fermée «jusqu'à nouvel ordre» « Au-delà de cette clôture, ce sont des terres totalement sauvages » « On a installé des mâts avec des caméras vidéo, des détecteurs de mouvement ainsi que des caméras infrarouges. Il y a aussi des éclairages, comme vous pouvez le voir, et des haut-parleurs permettant de donner des ordres à distance. Par exemple : ''Arrêtez-vous'' ou ''restez où vous êtes''. On sera ainsi informé en temps réel de ce qui se passe à la frontière. Le but est de renforcer notre surveillance des frontières, notamment dans les zones où nous constatons que la probabilité de migration illégale instrumentalisée est la plus élevée », explique Mikko Kauppila, commandant adjoint des garde-frontières de Laponie, qui pointe du doigt l'arsenal de cette clôture. Elle a coûté 56,8 millions d'euros et ne fait que huit kilomètres. Mais le major Jani Brännare indique qu'elle a été construite sur un point de passage stratégique. « Au-delà de cette clôture, ce sont des terres totalement sauvages. Donc, la nature et les températures négatives nous aident aussi à empêcher l'immigration clandestine. Si on rouvre les frontières, on sait que cette immigration clandestine reprendra. » À lire aussiFrontière entre Finlande et Russie: l'ombre de la guerre en Ukraine « Il se pourrait que de nouvelles clôtures émergent » Les garde-frontières finlandais confient qu'ils ne coopèrent quasiment plus avec leurs homologues russes. Des deux côtés, on se surveille clairement en chiens de faïence. Alors, même si les yeux sont tournés vers la frontière, on garde, ici, la tête froide. « Nous vivons dans l'inconnue la plus totale. Mais le personnel ici est formé et équipé comme jamais auparavant. La Finlande est bien préparée », confie un premier garde-frontière. « On n'est pas inquiet et on dort sur nos deux oreilles la nuit », renchérit un second. Selon Helsinki, ces « migrants hybrides », comme ils ont été surnommés, ont été escortés par la Russie pour passer la frontière vers l'Union européenne en 2015 et 2023. Une frontière qu'il est interdit de franchir à pied. Seppo Selkälä, l'adjoint au maire de Salla, s'en rappelle très bien. Il raconte que beaucoup de Russes avaient l'habitude de venir en vacances ici. En 2013, la frontière a été franchie pas moins de 250 000 fois. « À l'heure actuelle, il n'est pas prévu que la frontière rouvre, et il se pourrait même que de nouvelles clôtures émergent à la lisière russe », assure Seppo Selkälä. À lire aussiLa Finlande prépare de nouvelles mesures contre l'arrivée de migrants, sur fond de tensions avec la Russie

En Syrie, un an après la chute de la dictature de Bachar el-Assad, près de trois millions de familles déplacées par la guerre ont fait le choix de rentrer dans leur ville d'origine. À leur retour, nombre d'entre elles font face à des logements occupés et à des terres expropriées, le plus souvent par des familles alaouites, minorité accusée d'être liée au clan Assad. À Moadamiyeh, dans la Ghouta occidentale, ces expropriations participent à la montée des tensions communautaires. De notre envoyée spéciale à Damas, De l'autre côté d'un barbelé, deux hommes regardent les étendues de terres qui appartenaient autrefois à leurs grands-parents. Des terres expropriées il y a 40 ans par l'ancien régime Assad, avant d'accueillir la macabre prison de l'aéroport militaire de Mezzeh. « Ma plus grande blessure, c'est que mon frère et mon fils, qui étaient propriétaires de ces terres, y ont été emmenés, torturés, écrasés, puis tués. Tués sur leurs propres terres ! », raconte le premier. « Voler la terre d'un être humain, c'est comme voler son âme », renchérit le second. À (re)lire aussiBachar el-Assad amende une loi qui menaçait d'exproprier des millions de Syriens 83% des habitants expropriés de leurs terres À Moadamiyeh, ville historiquement révolutionnaire de Syrie, les expropriations auraient concerné, selon ses habitants, 83% des terres. À l'époque, elles visaient à loger des familles d'officiers du régime et à construire des infrastructures militaires. « Le régime a fait ça partout, tout autour de Damas. Pour que, si jamais une révolution éclate – comme ce fut le cas –, ils puissent nous assiéger », poursuit l'un de nos interlocuteurs. Au total, ces deux hommes affirment avoir été privés de 22 000 m², pour une valeur estimée, disent-ils, à près de 15 millions de dollars, soit plus de 12 millions d'euros. Une partie de ces terres est aujourd'hui recouverte par les maisons de tôle du quartier alaouite de Somoriyeh : « Le quartier commence au niveau de cette gare jusqu'à la route qui mène à Beyrouth, là-bas. Ce sont tous des partisans de l'ancien régime. À l'époque, ils arrêtaient les habitants de Moadamiyeh et de Daraya pour les ramener ici, les torturer, voire les tuer. » Tout autour du quartier, une clôture a été érigée il y a une dizaine de jours par les autorités. Officiellement, elle vise à séparer les familles alaouites des logements destinés aux nouveaux officiers. Une version à laquelle les habitants ne croient pas. « C'est une manière de nous compliquer la vie, pour qu'on quitte nos maisons par nous-mêmes », avance un habitant alaouite. À écouter aussiSyrie : après la chute de Bachar el-Assad, la difficile unification du pays « À l'époque du régime, personne ne nous réclamait ces terres ! » La plupart redoutent d'être délogés, voire de subir des représailles. « Cet été, des hommes sont venus en nous disant que ces terres appartenaient aux familles de Moadamiyeh. Ils criaient et essayaient de nous dégager. Ils avaient des armes et ils sont entrés dans nos maisons », raconte un second habitant. Ahmad – prénom d'emprunt –, âgé de 25 ans, affirme avoir été interpellé par la Sécurité générale : « Ils m'ont frappé avec des bâtons dans le dos et à la tête. » Sa mère, assise à ses côtés, se balance nerveusement sur sa chaise : « J'ai peur qu'ils me sortent de chez moi. Je n'ai pas d'autre maison. » À ses côtés, un vieil homme sort alors un document, se disant propriétaire de son logement depuis 40 ans. En réalité, sur la feuille, une décision non officielle d'un comité lié à l'ancien régime. « Je les ai achetées à un homme dans la rue qui disait vendre des terrains. Je ne comprends pas : à l'époque du régime, personne ne nous réclamait ces terres ! », assure-t-il. Pour tenter d'apaiser les tensions, le gouverneur de Damas a assuré que personne ne serait expulsé tant qu'une solution de relogement n'aura pas été trouvée. À lire aussiSyrie: dans la ville frontalière d'Al-Hamidiyeh, des maisons détruites par les bulldozers israéliens

Discuté depuis 2021, le projet danois de location de places de prison au Kosovo pour y envoyer des criminels condamnés, originaires de pays non membres de l'Union européenne, prend petit à petit forme. Contre 200 millions d'euros, l'un des pays les plus riches d'Europe veut envoyer 300 prisonniers vers l'un des plus pauvres. Le Danemark, qui avait soutenu l'intervention de l'Otan en 1999 et l'indépendance du Kosovo, voit dans ce projet une coopération gagnant-gagnant. Mais sur place, le sujet divise. Surtout que ce genre de projets se multiplient dans des pays des Balkans, toujours tenus à la porte de l'UE. De notre correspondant à Gjilan dans le sud du Kosovo, La route goudronnée s'arrête à quelques dizaines de mètres des miradors. Perchée sur une colline sans arbres, juste au-dessus d'un village et de sa mosquée, la prison de Gjilan surplombe la deuxième ville du Kosovo. Une fois passé les portiques et les grilles de sécurité, le bruit des clés des gardiens résonne dans des couloirs particulièrement propres. Selon l'accord ratifié en 2024 à une large majorité par le Parlement, les prisonniers kosovars qui font aujourd'hui les 100 pas dans la prison de Gjilan devraient laisser la place à des détenus condamnés par la justice danoise, à 2 000 kilomètres du Kosovo. À lire aussiDanemark: premier accord pour envoyer 300 détenus dans une prison du Kosovo « C'est un mauvais accord » « Ces transferts de prisonniers ne concerneront pas les personnes condamnées pour extrémisme, extrémisme religieux ou terrorisme. Ce seront principalement des personnes condamnées à des peines de 5 à 10 ans de prison et originaires de pays tiers. On espère que cette collaboration sera un succès et un modèle pour d'autres pays », précise Ismaïl Dibrani, directeur général du système pénitentiaire du Kosovo. Les premiers détenus en provenance de Copenhague ne sont annoncés que pour avril 2027. Mais déjà, de nombreux pays comme la France ou la Belgique auraient demandé à pouvoir eux aussi louer des places de prison au Kosovo. À quelques kilomètres de la prison, le projet danois n'anime pas vraiment les conversations du centre piéton de Gjilan. Zarife Asllani en veut au gouvernement kosovar d'avoir signé un tel accord. Pour cette psychologue sociale de 38 ans, « c'est un mauvais accord. Nous ne sommes pas contre ces prisonniers. Mais ces 200 millions d'euros, cela aurait été mieux de les investir autrement au Kosovo ». À lire aussiEnvoyer ses détenus dans des prisons étrangères: une idée en vogue en Scandinavie Un geste de reconnaissance envers les États-Unis Comme plusieurs pays membres de l'Otan, le Danemark a soutenu l'indépendance et la construction du nouvel État kosovar. Les autorités de Pristina présentent cet accord comme un moyen de rembourser une dette historique et de conforter ses soutiens diplomatiques. Originaire de Gjilan, l'activiste Donika Emini dénonce une dérive honteuse. « Ces accords transforment les Balkans en dépotoir des pays riches, qui font ici ce qu'ils ne peuvent pas faire chez eux. C'est vraiment très problématique et hypocrite. Par exemple, dans le cas du Danemark, qui est un pays qui est toujours au sommet des classements internationaux pour son respect des droits humains. » À la demande de Washington, le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, a également accepté d'accueillir 50 ressortissants latino-américains expulsés des États-Unis. Un geste de reconnaissance éternelle envers le principal soutien du Kosovo, mais qui n'a pour l'instant pas dépassé l'effet d'annonce.

Pour sortir leur économie du tout-pétrole, les Émirats arabes unis ont décidé de mettre leur population au travail. Le gouvernement a imposé des quotas d'embauche de ses citoyens dans le secteur privé, afin qu'ils constituent 10% de la main-d'œuvre d'ici 2026. Comment les entreprises se plient-elles à ces nouvelles règles, et comment changer les habitudes d'une population longtemps habituée aux subventions généreuses et aux emplois gouvernementaux peu contraignants ? De notre envoyée spéciale à Abou Dhabi, À Ras al-Khaimah, à l'extrême nord des Émirats arabes unis, une station balnéaire gigantesque sort de terre sur un littoral jusque-là peu exploité. Wafa el-Hassani, une architecte émirienne de 26 ans, participe à l'un des chantiers. « Le projet sur lequel je travaille est un ensemble d'habitations composé de deux immeubles », explique l'architecte chez Dewan Architects. Il s'agit d'un complexe à 351 millions d'euros impliquant plus de 800 employés. Gilet jaune et casque vissé sur la tête, Wafa incarne une nouvelle génération d'Émiriens. « Si par exemple, on pense à la génération de nos mères : à leur époque, les femmes ne travaillaient pas en dehors de la maison. Si on revient dix ans en arrière ou plus, c'était impossible de voir une Émirienne travailler sur un chantier. » À l'avenir, la jeune professionnelle ambitionne de diriger des projets de construction. « Trouver un vivier de talents est compliqué » À 100 kilomètres de là, entre les gratte-ciel, le quartier du design de Dubaï héberge Dewan Architects, le cabinet qui emploie Wafa, fondé il y a 41 ans par la famille de l'actuel PDG, Ammar al-Assam. « C'est un métier difficile, qui demande beaucoup de temps et de formation », confie celui-ci. Sur les 700 employés, 40 sont Émiriens, et les autres viennent de 50 pays du monde entier. L'entreprise applique les quotas, mais non sans défi. « Trouver un vivier de talents est donc compliqué, et fidéliser le personnel local l'est encore plus. La meilleure façon d'attirer les talents, c'est de les recruter dès la fin de leurs études », développe le PDG. Ouvrir des horizons professionnels aux étudiants À Abou Dhabi, la capitale, l'université de La Sorbonne a ouvert ses portes il y a vingt ans. Là-bas, 60% des étudiants sont émiriens. « En grande majorité, les administrations de Sécurité sociale sont financées grâce aux cotisations sociales », précise Antoine Lebrun, maître de conférences en droit public à La Sorbonne Abou Dhabi. Ce cours de droit public français a pour objectif d'ouvrir les horizons des étudiants comme Shaikha al-Ali, qui se préparent à conduire leur pays vers une sortie de la dépendance aux hydrocarbures. C'est le cas de Shaikha al-Ali, 20 ans. « J'aimerais être une avocate qualifiée et travailler dans un organisme semi-gouvernemental ou dans le secteur privé », ambitionne l'étudiante en Licence 2 de droit. L'enjeu est de taille dans ce pays où les nationaux ne représentent qu'un million d'habitants pour 10 millions d'étrangers, travailleurs migrants et expatriés. Nathalie Martial Braz, chancelière de l'université, éclaire : « Il faut que leur population soit formée, ils n'ont pas le choix. Il y a cette compréhension nationale de la nécessité de compenser la faiblesse du nombre par la qualité de leur enseignement supérieur et de leurs élites. » Pour autant, les Émiriens ne sont pas prêts à se passer des petites mains qui font tourner l'économie. À lire aussiÀ Dubaï, l'émiratisation pour pousser l'emploi des locaux dans les entreprises privées

En Grèce, la situation dans les hôpitaux publics est jugée « misérable » par les professionnels de santé qui y travaillent. Le mois dernier, les médecins hospitaliers ont observé une grève de deux jours, suivie, fin novembre, d'une autre grève, de la part cette fois des infirmiers. Tous tirent la sonnette d'alarme sur un système public en ruines, qui ne s'est jamais relevé d'une décennie de crise économique. Pour les patients, le résultat, ce sont de longues heures d'attente sur place ou des mois pour obtenir un rendez-vous. En surplomb des décorations de Noël qui illuminent déjà la place Syntagma, au cœur d'Athènes, une tribune éphémère. C'est là, en face du Parlement, qu'infirmières et infirmiers se succèdent au micro en cette journée de grève. « Nous travaillons six jours par semaine au lieu de cinq », se lamente ainsi cette infirmière qui évoque une intensification « gigantesque » du travail à l'hôpital en raison du manque criant de personnel. Ces infirmiers se disent « épuisés » et appellent à la fois à des « recrutements massifs » et des augmentations de salaires. Toujours à Athènes, direction l'hôpital public d'Evangelismos, le plus grand du pays. À la tête du syndicat des employés, Giorgos Ferentinos est cardiologue-réanimateur. Pour lui, la situation des hôpitaux publics grecs ne cesse de se dégrader. Dans son seul hôpital, il y a plus de mille postes vacants. « Avant la pandémie, en Grèce, huit hôpitaux ont fermé en raison de la crise économique. Et, depuis, ces hôpitaux sont restés fermés. Résultat : les autres hôpitaux publics encore en fonctionnement font face à un volume de travail énorme. On estime actuellement qu'il manque plus de 6 000 médecins dans tout le pays. Un grand nombre de collègues médecins ont choisi de partir travailler soit à l'étranger, soit dans le secteur privé, justement à cause de la dégradation de nos conditions de travail : un rythme, à l'hôpital, de plus en plus intense avec, en parallèle, des salaires très bas. » Un système public à bout de souffle, poussé vers la privatisation Ici, faute de personnel, sept salles d'opération sont fermées et 35 lits de soins intensifs restent inutilisables. Et ceux qui en souffrent, ce sont les patients. Illustration avec cette trentenaire, hôtesse d'accueil au cœur d'Athènes. Pendant près de 10 ans – et jusqu'à son décès en 2023 –, elle a accompagné sa mère, atteinte d'un cancer du poumon, dans presque tous les hôpitaux publics de la région. « Quand ma mère a été hospitalisée, les infirmiers n'étaient tout simplement pas assez nombreux pour s'occuper des patients. Il fallait donc que nous assumions nous-mêmes en partie la responsabilité de la soigner. Même pour quelque chose d'aussi basique que demander à changer les draps, il fallait supplier, parce qu'ils n'en avaient pas. On devait aussi se charger de tout ce qui concernait l'hygiène, appeler les infirmières et attendre des heures, parce qu'elles étaient débordées. Et pour les médecins, c'était la même chose. » À l'agonie, le système hospitalier public grec, qui subsiste en partie grâce aux sacrifices du personnel soignant, se privatise progressivement. Depuis un an et demi, des interventions chirurgicales payantes l'après-midi et le soir permettent d'éviter les listes d'attente qui s'étalent sur des mois, voire des années. Un système de santé « public » où la priorité va dorénavant à ceux qui peuvent payer. À lire aussiGrèce: le Parlement grec adopte la possibilité d'une journée de travail de 13 heures

En Inde, le Kerala affirme depuis peu en avoir fini avec l'extrême pauvreté. C'est une première parmi les États d'Inde, un pays qui reste encore souvent associé aux scènes de misère. Le Kerala est un État communiste, avec de fortes politiques publiques dans la santé ou l'éducation. Sur place, certains jugent cependant que l'annonce de la fin de la pauvreté est précipitée. De notre correspondant à Kerala, La maison de Rajan et Jayanthi, au carrelage impeccable, a été inaugurée il y a moins d'une semaine. Le couple, qui habite la région montagneuse et tropicale de Wayanad, en Inde, revient de loin. « J'étais conducteur d'auto rickshaw. Mais durant le Covid-19, j'ai eu un grave accident. Je suis resté en chaise roulante. Ma femme et mes deux enfants ont été soudainement privés de revenus. Nous survivions dans une cabane, sans espoir. Heureusement, le gouvernement est venu nous aider », raconte Rajan. Grâce au programme d'éradication de la pauvreté, Rajan et Jayanthi achètent une mini-échoppe, puis reçoivent un apport pour construire leur maison. Aujourd'hui, le couple relève la tête, comme d'autres, explique un élu local. « Dans le district, nous avons identifié 118 familles comme extrêmement pauvres. Avec notre aide, 22 ont pu construire une maison, six ont eu des terres à cultiver, 43 ont bénéficié d'aide alimentaire, 14 ont pu trouver un boulot, etc. » Sarojini, une femme isolée, en a aussi bénéficié. « J'ai 60 ans et je travaillais dans l'agriculture, en gagnant un peu plus d'un euro par jour. Désormais employée dans des toilettes publiques, je gagne plus de trois euros. Ça a vraiment changé ma vie. » « Plus personne ne fait face à une pauvreté extrême » Le plan contre la pauvreté du Kerala, encore aujourd'hui dirigé par le Parti Communiste, remonte à 1997. En ce mois de novembre, le dirigeant de cet État du Sud affirme qu'il a atteint cet objectif fondamental. « Il y a 50 ans, les chercheurs nous classaient parmi les États les plus défavorisés de l'Inde. Aujourd'hui, plus personne ne fait face à une pauvreté extrême au Kerala », souligne Pinarayi Vijayan. Mais comment définir la pauvreté extrême ? Si la Banque mondiale se base sur le salaire quotidien, le Kerala mélange critères économiques, sanitaires et alimentaires. L'économiste P. R. Kannan déplore un manque de transparence : « Le Kerala avance, c'est indéniable. Mais avant d'affirmer que la pauvreté a disparu, le gouvernement doit publier ses données, sa méthodologie et les experts qui ont encadré ces statistiques. » Les aides du gouvernement échappent aux personnes isolées Nusrath, une élue de l'opposition à Wayanad, nous a emmenés rencontrer des habitants ignorés, selon elle, par les programmes du gouvernement. « Il y a des gens qui, parce qu'ils sont trop isolés, échappent encore aux aides gouvernementales. Si nous, dans l'opposition, validons que la pauvreté a disparu, les budgets vont disparaître alors qu'ils en ont encore grand besoin ! » Pour l'instant, le gouvernement du Kerala n'a pas clairement répondu aux experts et opposants qui jugent qu'il crie victoire trop rapidement.

Pas d'eau chaude ni de chauffage pendant une à deux semaines par mois, voire plus : C'est le quotidien de centaines de milliers d'habitants de la capitale roumaine Bucarest. Le réseau de chauffage municipal construit sous le communisme est un des plus grands au monde, mais souffre de vétusté. Les réparations traînent, sur fond de divisions des responsabilités entre la ville et le gouvernement, et sur fond également de tensions politiques. Pour les Bucarestois, qui s'apprêtent à élire leur maire dimanche 7 décembre 2025, cette question de l'accès au chauffage est essentielle. Le reportage de Marine Leduc est à écouter dans son intégralité dans le podcast Accent d'Europe. À lire aussiRoumanie: le pro-européen Nicusor Dan remporte l'élection présidentielle

Les premières neiges de cet hiver en Ukraine ont un goût amer. L'armée ukrainienne a reculé de plus de 700 km2 au mois de novembre, selon un décompte de l'AFP, un record depuis un an. Alors que les perspectives d'une paix concrète semblent lointaines, de nombreux Ukrainiens veulent quitter le pays. Mais impossible de partir pour la plupart des hommes de plus de 25 ans mobilisables dans l'armée. Toutefois, partir est possible pour les adultes de 18 à 22 ans, grâce à une nouvelle loi signée fin août. Celle-ci crispe pourtant la population, plongée dans la guerre depuis bientôt quatre ans. De notre correspondant à Odessa, La société ukrainienne est très partagée sur la loi autorisant les 18-22 ans à quitter le territoire. Beaucoup comprennent ceux qui veulent partir, mais ils regrettent un certain manque de nationalisme en temps de guerre. Car les bras pourraient manquer plus tard à l'armée. « Moi, je trouve ça vraiment nul. Les hommes, c'est fait pour défendre leur pays, estime une habitante d'Odessa. Ils doivent protéger leurs femmes et leurs enfants. Ils doivent construire leur propre pays et pas un autre. Qu'ils restent seuls avec leur propre conscience ! En ce qui concerne cette loi, c'est du délire. Elle a été signée par nos dirigeants pour que leurs fils puissent partir. Pas pour ceux qui défendent l'Ukraine. » Misha fait partie de ceux qui veulent partir d'Ukraine. « Je n'ai absolument pas envie d'aller sur le front en ce moment, explique le jeune de 20 ans dans un café de la ville. Vous avez vu ce qui s'y passe ? Même ici, en ville, c'est très angoissant lors des bombardements et des alertes aériennes. Il n'y a pas longtemps, ma famille a même failli y passer lors d'un bombardement. Et c'est sans doute ça qui a renforcé mon désir absolu de partir. » « Commencer une nouvelle vie » « Quand j'ai vu que la loi [autorisant les jeunes de 18-22 ans à quitter le pays] allait entrer en vigueur, j'ai cru que c'était une blague, ou que le texte allait être immédiatement abrogé, poursuit Misha. Mais un mois plus tard, la loi était toujours là. Alors, j'ai compris que c'était ma chance de quitter ce pays. Et de commencer une nouvelle vie. » Dans la famille même de Micha, certains s'opposent à son départ, comme sa belle-mère. « Elle n'aime vraiment pas l'idée que je m'en aille, c'est une femme très patriotique, dit-il. Mais elle ne peut rien y faire, son avis et sa volonté n'ont aucune influence sur moi. Je lui dis que c'est ma vie, ma décision, que c'est moi seul qui décrète de ce que je veux faire. C'est mon choix à moi. » Misha, partira juste après les fêtes, les dernières qu'il passera en Ukraine, selon lui. À lire aussiUkraine: les 18-22 ans autorisés de nouveau à sortir du territoire relance le débat sur la mobilisation

Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, le gouvernement travailliste a mis en place des politiques qui ont surpris à gauche au Royaume-Uni. La plus récente est la remise à plat du statut de réfugiés, qui durcit radicalement l'accès au droit d'asile et au regroupement familial. Le Labour a-t-il changé d'identité ? Beaucoup de militants peinent en tout cas à se reconnaître dans cette nouvelle gauche britannique. Le reportage de notre correspondante à Londres est à retrouver dans son intégralité sur notre site, dans le podcast Accents d'Europe ou sur notre antenne à 17h10 TU. À lire aussiLe Royaume-Uni menace de restreindre l'octroi de visas à trois pays africains À lire aussiLondres annonce des mesures «historiques» pour dissuader les migrants de rejoindre le Royaume-Uni