Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro. Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

Comme le textile ou la construction, le secteur agricole en Turquie est de plus en plus dépendant d'une main-d'œuvre étrangère, migrante. Chez les éleveurs en particulier, les Afghans prennent peu à peu la place des locaux comme ouvriers agricoles ou bergers. Les jeunes générations de Turcs se détournent de l'agriculture, durement touchée ces dernières années par l'hyperinflation dont souffre le pays. Mais pour ces paysans afghans, les conditions de travail sont souvent très précaires. Un reportage près d'Ankara d'Anne Andlauer. À lire aussiEn Turquie, les agriculteurs à bout de souffle face à l'inflation

En Argentine, les petits-enfants de disparus reprennent le flambeau de la mémoire. Leurs grands-parents ont lutté contre la dictature dans les années 1970, leurs parents contre l'impunité dans les années 1990, eux luttent aujourd'hui contre l'oubli. Alors que le pays commémore ce mardi les 50 ans du coup d'État de 1976 sur fond de révisionnisme historique de la part du président Javier Milei, notre correspondant Théo Conscience est allé à la rencontre de cette nouvelle génération. De notre correspondant à Buenos Aires, On les reconnait au foulard blanc noué autour de leur tête. Comme chaque semaine depuis près de 50 ans, les Mères de la place de Mai entament une nouvelle ronde pour réclamer la vérité sur le sort de leurs enfants disparus pendant la dictature. « C'est la ronde nᵒ 2501. Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, elles n'ont jamais arrêté de venir. » Lucas Pedulla se joint régulièrement aux rondes hebdomadaires des Mères de la place de Mai. À 35 ans, il appartient au collectif Nietes, qui regroupe depuis 2019 des petits-enfants de disparus de la dictature. Son grand-père Juan Jorge Wehitt a été enlevé par les militaires en 1978. « Le crime de disparition forcée est un crime qui continue de se perpétuer jour après jour, car chaque jour, ma mère attend de savoir ce qui est arrivé à son père. Donc pour moi venir ici, c'est une manière d'inscrire ce combat sur la durée », complète-t-il. À écouter aussiGéopolitique - Argentine : mémoire en danger ? « La mémoire, c'est quelque chose qui se transmet » Selon les organisations de défense des droits humains, la dictature a fait disparaître plus de 30 000 opposants entre 1976 et 1983. Un chiffre aujourd'hui remis en cause par le président ultralibéral Javier Milei, qui promeut une réécriture historique du récit de la dictature. « Les discours négationnistes gagnent beaucoup de terrain, que ce soit au sein du gouvernement ou avec le président qui réhabilite de vieilles théories pour justifier ce qui s'est passé. » Rocco Bianchi Bolzan, 21 ans, est lui aussi petit-fils de disparu. Face au révisionnisme de Javier Milei, et alors que les Mères de la Place de Mai sont chaque année un peu moins nombreuses, le collectif Nietes se prépare à reprendre le flambeau de la mémoire, explique Lucas. « Nous pouvons interpeller, raconter et expliquer l'importance de cette cause à des générations pour qui la dictature est quelque chose de lointain », explique Lucas Pedulla. Pour toucher cette génération qui ne connaît la dictature qu'à travers les livres d'histoire, le collectif Nietes organise régulièrement des rencontres avec des collégiens et des lycéens. L'enjeu, explique Rocco, c'est de transformer l'Histoire en mémoire. « La mémoire, c'est quelque chose qui se transmet. Rien qu'en racontant une histoire à la première personne, on livre un témoignage qui permet l'empathie et l'identification, et on peut profondément toucher les gens. » À côté de Rocco, Lucas Pedulla approuve. « Il faut cultiver la sensibilité », conclut-il. À lire aussiArgentine: 45 ans après, les Grands-Mères de la place de Mai toujours à la recherche des enfants disparus

Dans le nord de la Norvège, au-delà du cercle polaire, des milliers de soldats s'entraînent dans le froid et la neige. L'exercice de l'Otan Cold Response 2026 réunit 14 pays alliés pour tester leur capacité à combattre et à coopérer dans des conditions arctiques. Le chancelier allemand et le Premier ministre canadien ont fait le déplacement pour saluer leurs troupes. Dans un contexte de tensions accrues avec la Russie, ces manœuvres prennent en effet une importance stratégique particulière. Un reportage de notre envoyée spéciale à Bardufoss, aux côtés des soldats en plein exercice militaire, à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiMission «Sentinelle arctique»: l'Otan muscle sa présence dans le Grand Nord

Il y a dix ans jour pour jour – le 22 mars 2016 – avaient lieu les attentats de Bruxelles, quelques mois après les attentats de Paris, perpétrés par la même équipe de terroristes et revendiqués par l'organisation État islamique. Une tragédie qui a profondément marqué les Belges et la capitale européenne. Alors que les cérémonies officielles de commémoration se déroulent ce 22 mars, comment la ville vit-elle avec les souvenirs de la tragédie ? De notre correspondant à Bruxelles, Un peu avant 8 heures ce 22 mars 2016, les kamikazes faisaient exploser deux bombes à l'aéroport de Bruxelles, soufflant une partie du hall des départs de l'aéroport de Zaventem. Une heure plus tard, une section du deuxième wagon de la rame de métro qui s'apprêtait à quitter la station Maelbeek, au cœur du quartier européen, volait en éclats. Un kamikaze venait de se faire sauter avec son sac à dos. Bilan de ces attentats, attaques les plus meurtrières de l'histoire de la Belgique : 35 morts et 340 blessés. Au mur de la station de métro Maelbeek, une plaque vitrée de plusieurs mètres de long abrite depuis 10 ans des messages de soutien et d'espoir rédigés quelques semaines après les attentats. Au niveau inférieur, sur le quai, Georges, 84 ans – 74 à l'époque –, se souvient : « Moi, j'étais à 6,5 mètres de la bombe. Je crois que j'étais un des plus proches de ceux qui sont sortis vivants de là. Et la chance que j'ai eue, c'est qu'il y avait des sièges et ils m'ont un peu protégé. » Ses souvenirs se font plus précis : « J'avais le crâne brûlé au troisième degré, mes mains brûlées et la figure brûlée au deuxième degré. Je me suis évanoui peut-être une fraction de seconde, mais je me suis retrouvé, je ne sais pas comment, debout. Et comme mes jambes étaient plus ou moins intactes, j'ai couru tout en haut. Comment je m'en suis sorti ? Je n'en sais rien », conclut l'octogénaire. Sur place, à Maelbeek, tout est désorganisé avec des secours qui sont à l'aéroport, là où les premières bombes ont explosé une heure plus tôt. Gaëtan Meuleman, secouriste occasionnel, intervient et participe à la mise en place d'un hôpital de guerre au rez-de-chaussée d'un hôtel voisin. « C'est le chaos, c'est le chaos total. Les premières victimes ont été posées à même le sol, sans matériel. Il faut attendre que les secours arrivent, se rappelle-t-il. On a fait le maximum de ce qu'on a pu avec les moyens qu'on avait. Mettre des perfusions pour pouvoir mettre des voies d'entrée, il faut compenser les hémorragies, les brûlures, mettre les anti-douleurs. On est face à des plaies qu'on n'a pas l'habitude de voir. » À lire aussiUn an après, Bruxelles se souvient des pires attentats de son histoire « On n'est pas indemne, on a perdu des plumes » Et puis il y a l'après. « Tous les intervenants, quels qu'ils soient, ont été confrontés à l'horreur. Personne, personne n'était prêt ce jour-là. Personne. Mon entourage, ma famille ont essayé de me dire que je n'allais pas bien, confie le secouriste. Mais moi, je pensais : foutez-moi la paix. Et puis j'ai vu un psychologue. Je n'avais jamais vu de psychiatres et de psychologues avant le 22 mars. Puis on se rend compte que ben non, on n'est pas indemne, on a perdu des plumes. » 10 ans plus tard, la date du 22 mars résonne pour chaque Bruxellois, chacun, chacune se rappelle où il était à ce moment-là, et ce qu'il faisait lorsque les bombes ont explosé. « On croise dans les couloirs des collègues qui gardent des séquelles des attentats, des personnes défigurées », témoigne Nathalie, qui travaille au sein des institutions européennes voisines. « Nous nous souvenons de ceux et celles qui étaient ici. Nous continuerons à nous en souvenir et nous espérons que quelque chose comme ça ne se reproduira jamais », poursuit Gina, sa collègue. Un message d'espoir partagé par de nombreuses victimes avec un mot qui revient souvent, celui de résilience. Mais aussi une peur : celle de l'oubli et la crainte que peu à peu, le nom des victimes s'efface des mémoires. À lire aussiAttentats de Bruxelles: Abrini condamné à 30 ans de prison, pas de peine additionnelle pour Abdeslam

On l'appelle l'« île d'émeraude ». Pourtant, l'Irlande est l'un des pays les moins boisés d'Europe. À l'occasion de la Journée internationale des forêts, direction cette terre particulière : seul 11% de son territoire est recouvert de forêts. Mais le gouvernement irlandais veut augmenter cette surface à 18% d'ici 2050. L'Irlande se reboise donc à marche forcée. De notre correspondante à Dublin, Niall Charleton montre comment planter un arbre : « Alors, je vais creuser un trou carré. Je soulève simplement la motte du sol, j'y place les racines, puis je remets un peu de terre par-dessus. Et voilà, notre arbre est planté ! » Sa pelle à la main, Niall, 68 ans, est prêt à se retrousser les manches. Et le programme s'annonce chargé pour cette quarantaine de bénévoles. Objectif : planter 1 000 arbres en une seule journée, dans ce parc du sud du comté de Dublin. Mais il faut viser haut, explique Niall. L'Irlande accuse un retard considérable en matière de couverture forestière : seulement 11% de son territoire est boisé, contre une moyenne européenne à 35%. « C'est une véritable honte ! Et en matière de forêts naturelles, à peine 2% de notre territoire en est couvert. Tout le reste, ce sont des plantations industrielles, dominées par l'épicéa de Sitka. Une filière du bois florissante, mais un désastre pour la biodiversité : c'est toxique, ça étouffe le reste du vivant ! Mais nous vivons sur une île humide : alors, ces arbres poussent plus vite ici que partout ailleurs en Europe, grâce à des pluies quasi permanentes, vous l'avez peut-être remarqué », conclut Niall, un brin ironique. Cette espèce, qui pousse donc rapidement en Irlande, est entièrement destinée à être coupée et commercialisée. L'Irlande compte en fait très peu d'arbres indigènes. Or, selon les bénévoles, seules des forêts mixtes favorisent vraiment la biodiversité. À lire aussiReforestation: oui mais pas n'importe comment Si un agriculteur plante des arbres, « la terre est dédiée à la forêt » Ce jour-là, c'est le conseil municipal de Dublin qui a financé les jeunes pousses, comme du frayssinet de Killarney et de l'aubépine. Un geste qui s'inscrit dans un plan bien plus ambitieux : le gouvernement souhaite planter 8 000 hectares d'arbres chaque année, soit l'équivalent d'une forêt de la taille de Strasbourg. Et pour y parvenir, des incitations encouragent les agriculteurs à planter sur leurs terres. Mais selon Martha O'Hagan, professeure de finance durable à l'université Trinity de Dublin, plusieurs freins persistent : « Il existe cette règle, selon laquelle une fois qu'un agriculteur plante des arbres, la terre est définitivement dédiée à la forêt. Il prend ainsi une décision sur l'usage de ses terres pour les générations futures, ses enfants et petits-enfants. En plus, la valeur à l'hectare de cette parcelle chute, puisqu'elle ne peut plus servir qu'à la sylviculture ! De quoi faire hésiter les agriculteurs. » Et pourtant, il y a urgence. Sans baisse des émissions d'ici 2030, l'Union européenne pourrait infliger à l'Irlande jusqu'à 26 milliards d'euros d'amende. Et les forêts, on le sait, restent l'un des meilleurs puits de carbone pour lutter contre le réchauffement climatique. À lire aussiAdapter le paysage face au réchauffement climatique

Il y a un an, le 19 mars 2025, un séisme politique secouait la Turquie. Le maire d'Istanbul, la plus grande ville du pays, et principal opposant du président Erdogan, était arrêté pour des allégations de corruption, puis incarcéré quatre jours plus tard. Sa détention a déclenché une vague de manifestations massives et une mobilisation inédite dans les rangs de son parti, le CHP, qui dénonce un complot visant à saboter la candidature d'Ekrem Imamoglu à la prochaine présidentielle. Depuis un an, la branche jeunesse du parti est particulièrement mobilisée derrière lui et ne perd pas espoir. Ankara, siège du CHP, Parti républicain du peuple. Özgür Özel, son dirigeant, tient une conférence de presse consacrée à ce qu'il appelle « le gang judiciaire » derrière l'arrestation d'Ekrem Imamoglu et son procès pour « corruption ». Cela fait un an que le maire d'Istanbul, le principal rival de Recep Tayyip Erdogan, est derrière les barreaux. Au fond de la salle, téléphone à la main, Dogukan Koçoglu retranscrit l'événement sur les réseaux sociaux. Sur sa veste de costume bleue, il porte un drapeau rouge orné de six flèches blanches, le symbole du CHP. Il a 23 ans. Il se souvient très bien du 19 mars 2025, le matin de l'arrestation d'Ekrem Imamoglu. « Je ne me suis jamais senti aussi désespéré… J'ai pensé que tout était fini, que ce pays n'avait plus d'avenir », dit-il. Du désespoir à la mobilisation Un an plus tard, ce membre de la branche jeunesse du CHP n'est plus dans le même état d'esprit. Il parle avec excitation des manifestations massives qui ont suivi l'arrestation, puis des rassemblements hebdomadaires du CHP dans tout le pays, jusqu'au 99e, cette semaine, devant la mairie d'Istanbul. « Je sens qu'on est beaucoup plus forts qu'il y a un an. Le CHP, Ekrem Imamoglu, moi, les autres militants… Parce qu'on a quand même traversé des épreuves inimaginables ! Le pouvoir a fait emprisonner une quinzaine de nos maires. Il a même essayé de mettre le parti sous tutelle, mais il a échoué. Au CHP, on est conscients qu'on est à l'aube d'une renaissance, mais que l'accouchement se fait dans la douleur. On attend avec impatience les élections, le jour où ce pouvoir devra rendre des comptes ». « Si on ne fait rien maintenant, demain il ne restera rien à défendre » Cette élection présidentielle aura lieu au plus tard en mai 2028. Mais la candidature d'Ekrem Imamoglu semble plus que compromise. Non seulement il est en prison et accablé par les procès, mais son diplôme universitaire a été annulé la veille de son arrestation au prétexte d'irrégularités, ce qui l'empêche légalement de briguer la fonction suprême. Pourtant, le CHP refuse d'envisager un autre candidat. Okan Apan, rapporteur pour la jeunesse au sein du QG de campagne d'Ekrem Imamoglu, l'explique avec un proverbe turc. « C'est l'histoire du loup qui s'approche du troupeau et dit : "Je ne veux que le bœuf roux, après je vous laisse tranquille". Mais bien sûr, le loup ne cesse de revenir, d'exiger toujours plus… À la fin, il n'y a plus de troupeau. Si on laisse tomber Imamoglu, tout autre candidat sérieux se trouvera empêché à son tour. Ce serait jeter le CHP dans une impasse ». Ce militant signale aussi que les rangs de la branche jeunesse du CHP n'ont fait que croître depuis un an, malgré la répression. « Chez beaucoup de jeunes, il y a ce sentiment très fort que si on ne prend pas de risque maintenant, si on ne fait rien maintenant, demain il ne restera rien à défendre ». D'ici aux élections, le CHP a l'intention de continuer à manifester, mais aussi d'être plus présent sur le terrain, auprès des électeurs. Et notamment auprès des jeunes. À lire aussiTurquie: Ekrem Imamoglu, l'ancien maire d'Istanbul et rival d'Erdogan, face à ses juges

Ce vendredi 20 mars sort The Immortal Man sur Netflix, film qui raconte la suite de Peaky Blinders. Quatre ans après la dernière saison de cette série, qui suit l'histoire d'un groupe de gangsters dans le Birmingham des années 1910 à 1930. On a pu y voir de grands noms : Cillian Murphy, Stephen Graham, Adrien Brody ou encore Anya Taylor-Joy. Malgré des histoires sombres, violentes dans la classe ouvrière anglaise du siècle dernier, le succès de la série a entraîné une revitalisation du secteur touristique dans la deuxième ville du pays. De notre correspondante de retour de Birmingham, Dans l'ancien quartier industriel de Birmingham, un grand hangar abrite des studios de cinéma. La fresque sur les murs indique que Peaky Blinders, la série à succès de Netflix, y a été tournée. Depuis, elle attire des touristes du monde entier, comme Maninder : « Nous sommes originaires d'Inde, mais on vit à Northampton depuis trois ans. J'ai découvert Birmingham avec ''Peaky Blinders'', et ça m'a donné envie de visiter. Il y a plein de choses : l'aquarium, les canaux... » Tout un ciné-tourisme autour des Peaky Après la première saison, sortie en 2013, le nombre de touristes étrangers a bondi de 20% dans la région. Cette popularité s'est maintenue. Costume trois-pièces et casquette gavroche distinctive, Edward Gostick anime dix visites guidées par semaine sur le thème des gangsters de Birmingham : « Nous sommes ici au Bull, l'un des pubs les plus anciens de Birmingham, au cœur du quartier où l'on fabriquait les armes. Et voici une photo de Samuel Sheldon, un véritable gangster. C'est lui qu'on envoyait quand les gangs rivaux venaient lancer des pierres dans le quartier, semer la terreur. Il avait 10 ans. » Escape games, expositions, magasins de souvenirs... Longtemps perçue comme grise et pauvre, toute la ville s'est mise aux couleurs de la série. « L'impact sur la ville a été très positif. Comme Robin des Bois pour Nottingham, ou Shakespeare pour Stratford-upon-Avon, ça nous a donné une identité : 40% de mes visiteurs viennent du Royaume-Uni. Pour le reste, j'ai déjà eu des touristes de 60 pays différents », raconte Edward Gostick. « Partout où je vais dans le monde, les gens ont vu ''Peaky Blinders'' » À 15 kilomètres de la ville, Andrew Lovett a accueilli une partie des tournages dans son écomusée du Black Country. « Il y a eu un avant et un après : on accueille aujourd'hui 400 000 visiteurs par an, des visiteurs plus jeunes, plus internationaux. On organise des soirées ''Peaky Blinders'', avec 2 500 personnes en costumes ! », s'enthousiasme-t-il. Au-delà de l'effet Peaky, il y a Harry Potter tourné en Écosse, Paddington à Londres, Game of Thrones au Pays de Galles… La tendance du ciné-tourisme profite à tout le pays, explique Patricia Yates, PDG de Visit Britain : « D'après nos recherches, sept touristes étrangers sur dix viennent pour voir "en vrai" des endroits qu'ils ont vus à l'écran. C'est grâce au développement des plateformes internationales de streaming. Partout où je vais dans le monde, les gens ont vu ''Peaky Blinders'', ''Harry Potter''... Le rayonnement est mondial. » Après le film The Immortal Man, deux autres saisons des aventures des gangsters de Birmingham sont prévues. De quoi soutenir les 114 000 emplois liés au tourisme dans la région.

Les 22 et 23 mars 2026, les Italiens doivent se prononcer par référendum sur une réforme de la justice portée par le gouvernement de Giorgia Meloni. La principale innovation vise à instaurer une stricte séparation des carrières des magistrats entre le siège et le parquet. Le gouvernement et ses promoteurs y voient une façon de lutter contre des magistrats qu'ils jugent politisés, tandis que l'opposition dénonce une menace pour la séparation des pouvoirs. Le référendum s'est cristallisé sur la personnalité de la présidente du Conseil italien. À lire aussiItalie: la réforme de la justice passe une étape importante devant le Sénat

Le procès de Sabri Essid, jihadiste français présumé mort en Syrie, s'est ouvert à Paris ce lundi 16 mars pour génocide et crime contre l'humanité, commis contre la communauté yézidie. Un premier procès pour « génocide » qui ouvre la voie, en France, à la reconnaissance des crimes subis par cette petite communauté irakienne principalement rassemblée dans le nord-est du pays, et ce, douze ans après l'opération lancée par l'État islamique au Sinjar en août 2014. Des victimes irakiennes témoignent dans ce procès en France, mais en Irak, la communauté yézidie réclame toujours justice. En janvier, Bagdad a accueilli 5 704 prisonniers soupçonnés d'appartenance à l'État islamique et détenus jusqu'alors en Syrie. Les autorités se sont engagées à les juger. Mais entre méfiance et peur, la communauté yézidie doute que ce soit une réelle nouvelle occasion de voir ses bourreaux jugés pour les crimes qu'ils ont commis. Reportage auprès de la communauté yézidie en Irak. Au Kurdistan irakien, c'est dans un village à l'écart de la ville de Dohouk, que vit Weedad. En 2014, tous ses proches, son mari et trois de ses quatre enfants ont été tués par les combattants de l'État islamique au Sinjar. À 52 ans, elle peine à se déplacer, résultat des sévices que cette femme yézidie a subi au cours de sa captivité aux mains de Daech. « Mon fils et moi, on a essayé de s'enfuir trois fois, mais ils nous ont rattrapé. Ils m'ont tout fait subir. Ils m'ont électrocutée, mon dos souffre encore des séquelles des câbles électriques », dit-elle. Réduite en esclavage pendant trois ans, elle a été vendue plus de vingt fois à différents combattants. « Ils faisaient commerce de nous. Sur Facebook, ils postaient l'âge, le nombre d'enfant qu'une femme avait, ils décrivaient sa beauté, son apparence, tout. Et quelqu'un arrivait pour la récupérer », explique-t-elle. « Je veux les voir réduits en pièces devant nous » La violence qu'elle a subie la ronge. Quand elle a appris que 5 700 détenus soupçonnés d'appartenance à l'État islamique ont été transférés de Syrie en Irak pour être jugés, où ils risquent la peine de mort; cela n'a fait qu'alimenter sa colère. Car c'est un tout autre châtiment qu'elle attend. « La peur ne nous quitte jamais. Je veux que ceux qui ont commis ces crimes contre nous, devant nous, je veux les voir réduits en pièces devant nous. Je ne veux pas qu'ils soient juste exécutés simplement ». « Les gens ont peur que justice ne soit jamais rendue » Pour être entourée, elle se rend régulièrement dans les bureaux de Yazda. Cette ONG internationale défend les droits de la communauté yézidie. En Irak, elle milite pour faire changer la législation. Car en 2019, les membres présumés de l'État islamique ont été jugés selon l'article 4 de la loi antiterroriste, et condamné à mort ou à perpétuité pour leur affiliation à l'organisation terroriste. « Si vous les poursuivez en vertu de l'article 4, vous ne montrez pas toute la réalité », explique Riadh Khairi, directeur de Yazda en Irak. « Mais s'il existe une loi condamnant le génocide, alors toute la vérité peut être faite. Ils n'ont pas été seulement les victimes du terrorisme. Les gens ont peur que justice ne soit jamais rendue, alors s'il n'y a pas de procès basés sur les véritables crimes commis, cette peur restera », ajoute-t-il. À Bagdad, le centre national pour la coopération judiciaire internationale assure que les preuves du génocide seront incluses dans les actes d'accusation, même sans loi spécifique disponible. « Ils seront jugés pour leur affiliation à une organisation terroriste mais aussi pour les crimes qu'ils ont commis alors qu'ils étaient membres de l'État islamique », indique Ali Dhia, directeur adjoint du centre national pour la coopération judiciaire internationale. Les premiers procès de ces détenus ne devraient pas s'ouvrir avant au moins un an. Dix ans après la chute de l'État islamique en Irak. À lire aussi«Il fallait garder des traces, pour ancrer ce génocide des Yézidis dans l'histoire»

Aux premiers jours de la guerre au Liban, les déplacés de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, ont cherché refuge dans la capitale. D'autres ont tenté leur chance à quelques kilomètres de là dans la montagne qui jouxte la capitale libanaise. Mais dans ce fief chrétien, ces déplacés n'ont pas trouvé le meilleur accueil. Illustration à Wadi Chahrour avec ce reportage signé Aabla Jounaïdi et Jad El Khoury nos envoyés spéciaux au Liban. Wadi Chahrour al-Soufla, ici pas d'école accueillant des déplacés. La population fuyant la banlieue sud à majorité chiite n'a pas de point de chute dans le village à majorité chrétienne. Une aubaine pour Jean, un commerçant du village. « Cette guerre, nous n'en voulons pas. Je ne veux pas faire de politique, mais nous payons toujours le prix des guerres causées par les autres sur notre sol. C'est le Hezbollah qui nous amené là. Notre village veut juste éviter qu'un intrus nous apporte des problèmes comme on a vu dans les hôtels ou ailleurs ». À Wadi Chahrour, on dit vouloir éviter les frappes israéliennes qui à Beyrouth et ailleurs ont touché des civils auxquels s'étaient mêlés des personnalités du Hezbollah. Barrières érigées à l'entrée, caméra de surveillance, et contrôles des identités sont le lot désormais de tous ceux qui traversent la vallée. Le maire Georges Abou Rached défend le dispositif décidé aux premiers jours de la guerre par sa municipalité. « Pendant la guerre de 2006, notre village avait été bombardé parce qu'un camion avec des missiles du Hezbollah a été la cible des Israéliens. Alors oui, ce sont des mesures drastiques, et les gens doivent faire des détours pour rentrer chez eux, mais nous n'avons pas le choix. Il faut protéger notre vallée ». Dans ce bastion des Forces libanaises, parti issu de l'ancienne milice chrétienne durant la guerre civile, on assure que ces mesures ne visent pas la population chiite. Le maire en veut pour preuve la présence de Mahmoud. Après un contrôle de leurs documents par la municipalité puis l'armée, le jeune homme a pu accueillir des proches chez lui. « Je loue ici depuis des années. Je m'attendais à cette guerre. Ma famille a quitté la banlieue sud pour venir ici. On aimerait être protégé par un État fort et des institutions souveraines et pas des partis confessionnels ». Ces barrières érigées entre Libanais évoquent malgré tout l'époque noire de la guerre civile. Partout dans la ville, des affiches placardées invitent ceux qui souhaitent s'installer au village à se déclarer aux autorités pour une vérification auprès des autorités. Jusqu'ici, une centaine de personnes ont pu s'installer à Wadi Chahrour.

Musées, statues, monuments, noms de rue... La Russie s'installe de plus en plus dans l'espace géographique des parties des régions de Donetsk et de Zaporijia sous son contrôle, y compris le plus quotidien. Objectif : toujours mieux diffuser son récit historique. Un récit pivot dans sa narration officielle pour justifier son offensive en Ukraine. Marioupol, une rue tranquille dans le centre, et une maison aux allures neuves mais sans tapage : le musée Jdanov. 154 mètres carrés dédiés au natif de la ville, cadre important de la construction puis du maintien de l'Union soviétique, et proche de Staline. Vitrine du Kremlin dans cette partie de la région de Donetsk sous drapeau russe, Marioupol portait d'ailleurs sous l'URSS, de 1948 à 1989, le nom de Jdanov. Un immense buste de cette figure historique est visible dans le petit jardin du musée. Viktor Ignatyevich Mikhalenko, guide du musée, accueille et fait la visite. Antenne du Musée mémorial d'État de Saint-Pétersbourg dédié à la défense et au siège de Léningrad (NDLR Léningrad était le nom de Saint-Pétersbourg sous l'URSS), le lieu a été installé dans les décombres de l'ancien musée de la culture populaire, très abîmé par les combats lors du siège de la ville en 2022. Ce siège a fait au moins 22 000 morts civils d'après la municipalité ukrainienne en exil de Marioupol, et détruit ou endommagé 90% des bâtiments résidentiels, selon l'ONU. « En novembre 2023, Vladimir Vladimirovitch Poutine a chargé les autorités de Saint-Pétersbourg de reconstruire le bâtiment et de créer ce musée », explique Viktor Mikhalenko. « Des spécialistes de Saint-Pétersbourg ont tout créé, de la façade aux équipements informatiques en passant par les expositions que vous voyez ici ». Dans les deux premières pièces, des photos d'enfance et de famille, les livres lus et les médailles reçues par Jdanov, ainsi que de nombreux éléments sur le siège de Léningrad dont Jdanov a dirigé la défense pendant la Seconde Guerre mondiale (« la grande guerre patriotique » pour les Russes). Sont présentées, entre autres, des cartes militaires. Depuis l'envoi de ses soldats en Ukraine, le pouvoir russe promeut particulièrement une image qu'il souhaite « plus positive » de Staline – et de ses proches comme Jdanov –, comme celle notamment d'un dirigeant présenté, tout particulièrement dans les manuels d'histoire scolaire, comme un bon chef de guerre. Promouvoir une image « plus positive » de Staline « Le musée a ouvert ses portes le 15 février 2025 », précise Viktor Mikhalenko. « Vous pouvez même lire ici le discours d'inauguration d'Alexandre Dmitrievitch Beglov, le gouverneur de Saint-Pétersbourg, dans lequel il a notamment dit : "Nous nous efforçons de transmettre aux visiteurs la vérité historique sur notre compatriote Andreï Alexandrovitch Jdanov." » La vérité selon la Russie se trouve dans l'inversion des termes, dans son effort de comparaison historique entre la Seconde Guerre mondiale et son « opération spéciale » en Ukraine. Dans ce musée, un projet limpide : faire l'analogie historique entre le siège de Marioupol en 2022 et celui de Léningrad sous la Seconde Guerre mondiale. Svetlana Alexandrovna Seledet, conservatrice du musée, résume : « Depuis la fin des événements militaires, Saint-Pétersbourg participe activement à la reconstruction de la ville. L'ouverture de ce musée en témoigne. Les deux villes sont aussi jumelées, et elles ont ce lien : elles ont survécu aux combats pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous, nous avons survécu aux événements de 2022. Les populations ont souffert dans les deux villes ». Changer certains noms de rue Sur un des murs à l'entrée, quelques témoignages d'une autre facette et d'un autre rôle de Jdanov que celui qui y est célébré par la Russie de Vladimir Poutine : des photos de ce bras droit de Staline lors du premier congrès des écrivains soviétiques en 1934. Jdanov y fixa la ligne culturelle du Parti communiste : l'art doit servir l'État. Les descendants des familles d'artistes réprimés sous l'Union soviétique, déportés au goulag ou exécutés, et ceux qui protègent leur mémoire, comme celle de la célèbre poétesse Akhmatova, ont qualifié l'ouverture du musée « d'insulte à leur mémoire ». Nina Popova, présidente de la Fondation caritative des Amis du Musée Anna Akhmatova de la Maison de la Fontaine à Saint-Pétersbourg et son ancienne directrice pendant 30 ans, a elle déclaré : « C'est comme gifler une femme qui a tant résisté, qui a surmonté l'épreuve et qui n'a jamais oublié l'humiliation terrible qu'elle a subie. » Anna Akhmatova a évité la déportation, mais s'est vue réduite au silence. Viktor Mikhalenko affirme lui que les équipes du musée « ont fait des recherches » et « qu'à ce jour, il n'existe aucun document où Andreï Jdanov ait personnellement signé une quelconque liste d'exécution ». Comme dans de nombreuses villes des territoires sous drapeau russe depuis 2022, certaines des rues de Marioupol ont été rebaptisées. Aujourd'hui encore, certains habitants affirment se perdre dans leur propre ville, quand d'autres se montrent fatalistes et préfèrent souligner : « Quand ici c'est devenu l'Ukraine, [après la chute de l'URSS, NDLR], des noms de rues issus de l'Union soviétique ont été changés, pour des noms de héros ukrainiens. Et maintenant, les Russes reviennent aux anciens noms. » Installer ou réinstaller des statues Peut-être la conviction qu'il s'agit là d'un simple flux et reflux de l'histoire, avec chaque camp renvoyé à l'autre, comme s'il n'y avait ni responsables, ni coupables. Peut-être aussi une manière de se retrancher dans le propos le plus prudent possible, tant chacun mesure la sensibilité du sujet et tant les propos sont, partout, mesurés au trébuchet. Quand on ne refuse pas, et c'est souvent, de s'exprimer tout court. L'évitement et la méfiance face aux questions d'un interlocuteur inconnu sont devenus une règle. À Mélitopol, devenue la capitale administrative de cette partie de la région de Zaporijia sous contrôle russe, se dresse dans le centre-ville une statue dorée haute de plusieurs mètres : celle de Lénine. Devenue un lieu de rassemblement des pro-russes en 2014-2015, elle avait été enlevée de l'espace public par les autorités ukrainiennes, puis retrouvée par les fonctionnaires mis en place par Moscou qui l'ont réinstallée le 5 novembre 2022. Quelques semaines plus tard, le 17 décembre, elle était, de nuit, aspergée de peinture rouge. À l'époque, une babouchka rencontrée à proximité se permettait encore de rire de ce geste d'un : « C'est la jeunesse, ils sont énervés. » Certains passants évoquaient alors encore, sans filtre, le rôle de « partisans » dans des attentats contre les représentants des autorités russes ou leurs infrastructures, laissant en un mot échapper sans aucune équivoque leur opposition à la présence de Moscou. Plus de trois ans sous drapeau russe plus tard, c'en est terminé des allusions ironiques au geste de colère devant la remise en place de la statue de Lénine. L'évoquer, c'est s'entendre répondre le plus souvent de très évasifs : « Je ne me souviens pas. » Ou à peine un très timide : « Lénine était une personnalité ambivalente. » Un passant se fait un peu plus direct : « Aujourd'hui, de tels excès seraient certainement très improbables ». La Société d'histoire militaire russe partout à la manœuvre L'antenne locale du KPRF, le Parti communiste russe, a lui installé à Mélitopol le 9 mai 2025 la première et à ce jour seule statue de Staline dans les régions passées sous contrôle russe en 2022. « Staline est le vainqueur de la Seconde Guerre mondiale », dit Oleg Aleksandrovich Slusarenko, premier secrétaire du comité local du KPRF et élu local. « Sur le piédestal de sa statue, il est donc écrit : Au généralissime de l'Union soviétique, inspirateur et organisateur de la victoire du peuple soviétique sur les envahisseurs nazis, à Joseph Vissarionovitch Staline, ses descendants reconnaissants. » Visiblement très rodé à répondre aux critiques sur le bilan du dirigeant, Oleg Slusarenko affirme aussi : « Le système soviétique était jeune [à l'époque de Staline,NDLR]. Comme dans toute jeune civilisation, il s'y passait beaucoup de choses qui, en général, plaisaient à certains, mais pouvaient en contrarier d'autres ». Une affirmation dans la ligne des autorités russes qui ne nient pas les répressions soviétiques mais les minimisent, en les présentant comme une tragédie sans réel coupable, tout en glorifiant chaque jour un peu plus la puissance géopolitique et militaire de l'URSS. Reste que sur la question de la mémoire, on retrouve surtout à la manœuvre la Société d'histoire militaire russe. Fondée en 2012, là encore sur demande de Vladimir Poutine, elle est aujourd'hui dirigée par Vladimir Médinsky, l'historien préféré du chef de l'État russe. Certains observateurs vont jusqu'à lui prêter une proximité idéologique telle avec Vladimir Poutine qu'ils avancent qu'il serait à l'origine de l'essai du président publié en 2021 et titré : De l'unité historique des Russes et des Ukrainiens. Y est développé tout l'argumentaire tant mis en avant par le Kremlin pour justifier l'envoi de ses soldats en Ukraine, comme celui que Russes et Ukrainiens ne formeraient qu'un seul peuple ; ou encore que l'Ukraine n'est pas un pays mais une création artificielle des bolcheviks, et ne peut donc avoir d'aspiration propre. Vladimir Médinsky est aussi l'inflexible chef de file des négociateurs russes sur les pourparlers de la fin de la guerre en Ukraine. Dans les régions prises par Moscou depuis 2022, ses hommes sont en tout cas partout. À Mélitopol, ils installent très activement de nombreux monuments et des statues, comme un buste de Pavel Soudoplatov en plein centre-ville. Sous Staline, Soudoplatov était un haut responsable féroce des services de renseignements. Ce natif de Mélitopol est notamment connu pour avoir réprimé avec acharnement le mouvement national ukrainien et ses militants, y compris hors des frontières de l'Union soviétique. Pour l'un des membres de la société historique russe locale, Valeri Vladimirovitch Belostennyi : « Avant nous, on a essayé ici d'inculquer aux enfants une culture différente, un intérêt pour les héros Marvel ou James Bond. Mais nous avons notre propre James Bond, un vrai héros, et il faut montrer ses activités aux enfants, pour leur apprendre à aimer leur histoire. Après tout, bon nombre d'opérations importantes ont été menées directement sous sa supervision et parfois par lui-même directement. Personne ne lui avait jamais appris comment être un officier du renseignement, mais lui, il a formé une galaxie colossale de personnes ». Depuis 2023, Volodymyr Zelensky a pris de nombreuses sanctions contre la Société d'histoire militaire russe en tant qu'entité, ainsi que contre certains de ses membres. Au début de ce mois de mars 2026, le président de l'Ukraine a également placé sur sa liste de sanctions tous les responsables des branches de la Société d'histoire militaire russe dans les régions passées sous drapeau russe en 2022, ainsi que ceux de la Crimée. Kiev qualifie l'organisation d'« outil de propagande révisionniste, contribuant à justifier l'invasion à grande échelle ». À Mélitopol, Yuriy Petrovich Volodovsky, directeur exécutif de la branche de Zaporijia, fait lui déjà la liste de tous ses prochains projets. Beaucoup d'entre eux visent la jeunesse.

La pratique de la boxe dans une école d'un quartier défavorisé de la capitale mexicaine aide les jeunes adolescents à s'en sortir. De notre correspondante à Mexico, La voiture grimpe péniblement la côte jusqu'à un petit terrain où se garer. Quelques mètres plus bas, la route bétonnée s'arrête devant l'école David Paul Ausubel, où un ouvrier pose des pavés. Yair Ruiz, pédagogue et fondateur du collectif « Boxeo por la Paz » (« Boxe pour la paix »), vient chaque jour sur les hauteurs de Chimalhuacán donner volontairement un entraînement de boxe aux collégiens. « Bonjour prof ! », il est reçu avec enthousiasme par la quinzaine de jeunes âgés de 11 à 17 ans qui étudient là, tous niveaux confondus, dans une petite pièce où s'infiltrent la poussière et la lumière. « La porte doit rester ouverte, car nous n'avons pas d'électricité, explique l'enseignante Karin Pache Bautista, même si le bruit des travaux dans la rue distrait les élèves ». La petite école est située sur le flanc d'une montagne qui borde l'État de Mexico. L'est de la capitale mexicaine s'étend en contrebas, mais ce quartier où près de 70 % de la population vit en situation de pauvreté et où le sentiment d'insécurité est très fort se trouve à la marge. Boxer pour étudier Les après-midis, Yair Ruiz prend le relais de la classe traditionnelle avec des cours de boxe, pour autant, « le but n'est pas de former des boxeurs ». Depuis 2023, ce sport sert avant tout à retenir l'attention des jeunes de cette école et à éviter le décrochage scolaire : « On se concentre sur la boxe, mais il ne s'agit pas seulement de donner des coups, les jeunes doivent étudier pour garantir leur avenir. » Boxeo por la Paz est un projet communautaire, porté par quelques bénévoles, sans aucun soutien des pouvoirs publics. « Je n'avais jamais vu une école comme celle-ci, confie Araceli Tellez, mère d'élève, qui apprécie les effets de la méthode sur son fils. Christopher est très réservé, mais depuis qu'il fréquente la classe, il est plus motivé. Et surtout, il aime y aller. » Gants de boxe aux poignets, l'adolescent confirme son goût pour le sport et le fait d'« apprendre à se défendre ». Pour l'avenir, il promet vouloir « continuer à étudier » afin de devenir chirurgien. « Prenez de l'élan et ne regardez pas l'obstacle, ne laissez pas la peur vous arrêter ! », crie l'entraîneur dans la cour. Karin Pache Bautista, qui regarde ses élèves s'échauffer en sautant un parcours improvisé à partir de larges tubes en PVC, assure « qu'ils s'amusent et que cela aide beaucoup l'aspect pédagogique ». La jeune étudiante en psychologie apporte son soutien à l'école en focalisant son attention sur « les jeunes qui ne savent toujours ni lire ni écrire ». Elle explique qu'en plus des conditions matérielles précaires, la situation familiale de certains élèves est difficile et complique l'apprentissage : « Ils sont parfois tristes, bagarreurs ou agressifs, c'est à cause de ce qui se passe à la maison. » À lire aussi«Un fleuve d'acier»: comment les armes américaines nourrissent la violence des cartels mexicains Une initiative communautaire Soulevant la poussière du sol, les adolescents répètent en duo un enchaînement de coups montré par leur professeur. « Ça nous permet de diminuer notre stress et d'évacuer nos émotions », affirme Andrea, 15 ans. L'adolescente aux cheveux teints en rouge regarde son amie frapper avec énergie les gants d'un autre camarade : « Même quand elle se fatigue ou qu'elle prend un coup qui lui fait mal, sa volonté ne diminue pas. » Une fois l'exercice terminé, Jana, 13 ans, s'approche avec un grand sourire : « La boxe m'a beaucoup servi, si tu as des problèmes à la maison, tu peux les décharger ici. » La jeune fille, coiffée d'un nœud blanc, s'illustre parmi les meilleures élèves de la classe. « Le Maître Yair veut que l'on sache se défendre dans une situation dangereuse si le dialogue ne fonctionne pas. Il veut aussi que l'on communique entre nous et que l'on soit toujours unis. » Équipé d'un gilet de protection, Yair Ruiz encaisse les frappes des adolescents qui défilent devant lui, les encourageant par des surnoms affectueux. Il raconte volontiers comment la pratique des arts martiaux l'a lui-même aidé à surmonter une période difficile de sa vie. À son tour, il s'efforce aujourd'hui de transmettre à ces jeunes les valeurs et la discipline du sport. Un combat dans « cette zone exclue et abandonnée » qui revêt une dimension préventive : « Ces jeunes ne sont pas tentés d'approcher des groupes délinquants ou de consommer de la drogue. » Comme preuve de cette réussite, il compte les jeunes qui parviennent à aller au lycée : « À la première génération, il y en a eu un, dans la suivante, ils étaient trois, l'an dernier, ils étaient neuf. Maintenant, ils pensent à l'université ! » En mars 2026, le gouvernement mexicain a lancé un programme national proposant des milliers de cours de boxe gratuits à des jeunes dans des gymnases à travers le pays, afin de les éloigner de la drogue et de la violence. L'initiative porte elle aussi le nom de « Boxe pour la paix ». « Un excellent nom », s'amuse Yair Ruiz, plaisantant d'être fier d'avoir peut-être pu inspirer le gouvernement. Le collectif de Chimalhuacán n'a toutefois rien à voir avec ce programme et n'en bénéficiera pas. Non sans une légère amertume, l'instructeur de boxe, qui rêve de réunir un jour assez de fonds pour construire un gymnase dans ce quartier, glisse : « Ce serait bien que les institutions se tournent enfin vers les initiatives communautaires et voient ce que nous faisons. » À écouter dans Grand reportageLes corridos, ces chansons prohibées que le Mexique adore

C'est l'une des hantises du Qatar : se retrouver isolé du reste du monde par une guerre ou un événement géopolitique majeur, comme lors du blocus mis en place par ses voisins en 2017 pour protester contre sa politique étrangère. L'offensive israélo-américaine sur l'Iran a rappelé cette menace. Mais depuis 2017, le pays a constitué des stocks stratégiques et il a surtout encouragé la production locale. De notre envoyée spéciale de retour de Doha, Tomates, concombres, poivrons ou encore champignons, depuis quelques années, l'agriculture locale est en plein boom et manger qatarien est même devenu, pour certains, un devoir national. Il fait déjà près de 30°C ce matin dans cette ferme au milieu du désert. Paré d'une dishdasha – cette longue tunique blanche portée dans le Golfe –, Nasser Al Khalaf fait le tour de son exploitation. « Là, c'est de la menthe qu'on fait pousser à même l'eau, sans terre. Les eaux comprennent les nutriments nécessaires aux racines. Au Qatar, on utilise la menthe pour le thé mais aussi dans les salades », explique le directeur d'Agrico. À une heure de Doha, des concombres et des champignons germent dans des salles qui ressemblent à des datacenters. À quelques mètres de là, 700 000 tilapias – des poissons d'eau douce – s'ébattent dans des cuves. « Comme dit mon père, si c'est possible au Qatar, c'est possible sur la Lune ! », s'exclame Nasser Al Khalaf. À grand recours de climatiseurs, de ventilateurs et de technologies de pointe, l'impossible surgit en plein désert. Premier émetteur de CO₂ par habitant, le Qatar fait passer sa sécurité alimentaire avant les considérations écologiques. « C'est de notre devoir de participer à la sécurité alimentaire du Qatar, je suis très heureux et très fier d'y participer, affirme celui qui dirige Agrico. 10 tonnes de légumes sortent d'ici chaque jour. En tout, dans la ferme, on a une production de 5 000 tonnes par an. Et notre ambition, c'est d'arriver à 7 000 tonnes de production annuelle. » Désormais autosuffisant en lait, le Qatar espère produire 55 % de ses fruits et légumes d'ici 2030. À lire aussiSommet des océans: l'aquaculture peut-elle empêcher la surpêche? Un secteur hautement stratégique Dans les allées de l'université du Qatar, nous retrouvons Kamal Usman, un chercheur nigérian. Après le blocus décrété en 2017 par des voisins du Qatar, il a été désigné pour prendre la tête du pôle de recherche agricole de l'établissement. « C'est un secteur hautement stratégique pour le pays. Les autorités nous demandent de fournir des informations qui peuvent les aider à définir leurs politiques, indique le chercheur. Les investissements ont atteint de nouveaux paliers. L'université débloque des fonds importants. On reçoit aussi des subventions étatiques. L'intérêt pour ce secteur augmente et les investissements aussi. » Depuis le début des frappes iraniennes sur plusieurs pays du Golfe et la fermeture de son espace aérien, le Qatar, situé juste en face de la République islamique, semble plus que jamais convaincu de son choix. À lire aussiMondial au Qatar: gazon maudit

Une terre de conteurs et de chansons, partagées dans l'atmosphère feutrée d'un pub… La musique traditionnelle fait partie de cet imaginaire que l'on associe tous à l'Irlande ! Des airs transmis de génération en génération, portés par des instruments traditionnels… le tin whistle, le bodhrán, le violon, qui racontent l'âme d'un peuple. Et aujourd'hui, la folk irlandaise connaît un véritable renouveau. En ces temps incertains, les histoires difficiles d'autrefois trouvent un nouvel écho. De notre correspondante à Dublin, Eux, ce sont Madra Salach, les nouveaux chouchous du pays ! C'est dans un pub bien sûr que Paul, le chanteur du groupe, nous a donné rendez-vous : « Madra, ça veut dire “chien” et Salach veut dire “sale” ». Donc, on s'appelle « sale clébard » ! « Je voulais choisir un nom en langue irlandaise ! » À part le nom, toutes leurs chansons sont pour l'instant en anglais. Comme leur dernier titre, « Blue and Gold », qui parle de jeux à gratter ! Un geste peut-être anodin, mais plein d'espoir, et qui peint en réalité un portrait très actuel de la société irlandaise : « Tu achètes ce genre de tickets et tu te mets à rêver : si je gagnais beaucoup d'argent, qu'est-ce que j'en ferais ? En fait à Dublin c'est quasi impossible de faire quoi que ce soit sans argent, et puis la crise du logement est hors de contrôle ! », explique-t-il. « L'histoire irlandaise a été profondément marquée par l'exil. Or, encore aujourd'hui, à cause du coût de la vie, même s'il y a du travail ici, les jeunes quittent le pays en masse à cause du coût de la vie ! Même si ce n'est pas aussi traumatisant qu'à l'époque de la Grande Famine, des personnes sont contraintes de partir aujourd'hui, alors qu'elles préféreraient peut-être rester. » Et c'est pour ça, d'après Paul, que les vieilles chansons traditionnelles résonnent avec toujours autant de force aujourd'hui. Trad Fest à Dublin en est un exemple. Avec 150 concerts en cinq jours, le festival montre que la musique irlandaise est tout sauf un héritage figé. Martin Harte est l'un de ses organisateurs : « La musique folk, la musique traditionnelle, repose avant tout sur l'art du récit. Beaucoup de chansons du répertoire folk parlent de guerre, de famine, de discrimination et de répression. Ce sont des thèmes qui trouvent un écho aujourd'hui, dans un monde traversé par tant d'angoisses… Des groupes comme Madra Salach ou Lankum se sont ré-appropriés ce style, à leur manière, le tout accompagné d'instruments traditionnels. Et c'est devenu très populaire auprès d'une nouvelle génération, qui n'a pas forcément grandi en écoutant ces sonorités. » À la Waltons School of Music de Dublin, John, enseignant, a d'ailleurs observé un engouement croissant chez les jeunes pour l'apprentissage du bodhrán, ce tambour traditionnel irlandais : « La musique trad, c'est un peu comme le blues au Sud des États-Unis. Ça vient de la pauvreté. En Irlande, il suffisait de deux ou trois personnes réunies dans une pièce pour faire la fête ! Tant qu'il y avait un feu, une flûte, un violon ou bien un bodhrán ! » Pas de bodhran chez Madra Salach, mais un harmonium, une sorte d'accordéon. Preuve que les instruments traditionnels reviennent aussi en force.

Ce dimanche 22 mars, l'ONU célèbre la Journée mondiale de l'eau alors que 1,8 milliard de personnes n'ont pas d'accès direct à l'eau potable dans le monde. En Europe, un territoire se démarque pour son savoir-faire en matière de désalinisation, l'archipel espagnol des îles Canaries. Dans cette région sèche et très prisée des touristes, les usines de dessalement sont légion. L'une d'elles, située sur l'île de Grande Canarie, a fait la Une de l'actualité en décrochant le record du monde de l'usine de dessalement la plus efficace énergétiquement. De notre correspondant à Las Palmas, En Espagne, aux îles Canaries, l'eau potable passe très souvent par l'étape « dessalement ». Une technologie exploitée depuis 60 ans et qui est devenue depuis quelques semaines un savoir-faire reconnu avec l'établissement d'un nouveau record du monde officiel : celui de l'usine de dessalement la moins énergivore. « Avant ce record, l'usine de dessalement la plus efficace au monde se trouvait en Arabie saoudite avec 2,21 kilowattheures par mètre cube d'eau. Cela signifie que pour chaque 1 000 litres d'eau dessalée, il faut injecter 2,21 kWh d'énergie dans le système », indique Baltasar Peñate Suarez, le responsable du département de l'eau à l'Institut technologique des Canaries. « De notre côté, nous avons commencé en 2021 avec nos premières conceptions et nous obtenions toujours une consommation d'énergie inférieure à 2 kWh. Avec ce concept, nous nous sommes dit : “Si nous pouvons descendre sous la barre de 2, nous avons peut-être une chance de battre le record”, se rappelle-t-il. Ensuite, nous avons construit l'usine expérimentale, nous avons commencé à obtenir des résultats et on a alors constaté que nous étions non seulement en dessous de 2, mais même en dessous de 1,9. La plus faible consommation d'énergie que nous avons obtenue — et que nous avons enregistrée comme record — est de 1,794 kWh. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: les usines de dessalement de l'eau, des infrastructures vitales et sensibles Des solutions d'appui en cas de crise Une performance unique rendue possible en grande partie grâce à une parfaite optimisation de l'espace. Petite, l'usine est installée à l'intérieur de quatre conteneurs transportables. « De ce côté-ci, ce qu'on voit, c'est la filtration de l'eau de mer, parce qu'il peut y avoir du sable ou de la terre qui entrent avec l'eau, détaille Baltasar Peñate Suarez. Au fond, on a le système de pompage à haute pression, qui est l'élément clé : c'est là qu'une partie de l'eau de mer qu'on capte entre dans le système. Et ici, à gauche, on a la partie de récupération d'énergie. » Pensée pour réduire au maximum la consommation énergétique, sa production se limite à 2 500 mètres cubes d'eau par jour, soit la consommation moyenne de 15 000 personnes. Trop peu pour des zones densément peuplées, mais une solution d'appui en cas de crises sur des territoires secs et isolés comme celui des Canaries. « Il y a des îles comme Lanzarote ou Fuerteventura où 90 % de l'eau potable, voire plus, vient du dessalement, explique Juan Antonio de la Fuente, chef de projet spécialisé dans la désalinisation. Et récemment, il y a quelques années, il y a eu une éruption volcanique sur l'île de La Palma. On a donc déplacé des usines de ce type, avec cette technologie, pour les installer là-bas afin de dessaler de l'eau pour l'irrigation des plantations de bananes. » Avec l'obtention de ce record mondial, les îles Canaries se placent comme un territoire avant-gardiste du dessalement de l'eau de mer. Depuis l'officialisation de son record, l'Institut technologique des Canaries assure recevoir des appels du monde entier. À lire aussiScience : comment fonctionne une usine de dessalement de l'eau de mer?

Le groupe israélien de défense des droits humains Yesh Din a signalé une hausse de la violence des colons, dans le contexte de la guerre en Iran qui a débuté le 28 février. Environ 50 incidents ont été enregistrés au cours des quatre premiers jours du conflit, et cinq Palestiniens ont été tués en Cisjordanie occupée. Une violence en toute impunité. Reportage dans un village endeuillé entre Ramallah et Naplouse. De notre envoyée spéciale à Qaryut, village entre Ramallah et Naplouse « La trace de sang que vous voyez là par terre, c'est celle du sang de Muhammad. Il a été atteint par une balle en pleine tête. C'est la première victime », confie Bachar. La première victime d'une attaque meurtrière, le 3 mars, dans le village de Qaryut, en Cisjordanie occupée. Une scène de guerre avec 40 minutes de combats que décrit Bachar, secouriste. Les villageois palestiniens ont tenté de se défendre contre un groupe d'une bonne vingtaine de colons israéliens armés. Les deux frères, Mohamed et Fahim Mouammar, sont morts. Ils étaient âgés de 48 et 52 ans. « Les tireurs venaient de ce verger-là. L'un d'entre eux était un colon qui portait un uniforme militaire », nous indique Bachar. L'identité du tireur et les circonstances de l'incident font l'objet d'une « enquête », a déclaré l'armée israélienne, qui condamne sévèrement les faits. Bachar ramasse des cartouches au sol et nous explique : « Son arme, c'était un fusil d'assaut M16, et ça, la marque rouge sur la cartouche, c'est la marque des balles explosives. » Jamil, le frère des deux victimes, a été touché au pied par une de ces munitions. Il se rappelle de ce jour : « Fahim est mort dans l'ambulance qui le transportait à l'hôpital. La balle a touché l'artère, il s'est vidé de son sang. » L'attaque a eu lieu en pleine journée, à midi. Pour Jamil, les assaillants étaient là pour tuer : « Ils devaient avoir l'intention de tuer puisqu'ils sont venus avec une arme et ils ont tiré directement sur nous. Ce n'était pas juste pour nous faire peur. » Bachar traverse le verger de la famille Mouamar et nous apprend que « cette zone est l'une des plus dangereuses de Qaryut. Toutes les maisons ici sont entourées de grillages pour se protéger, comme une prison. Ici, c'est la colonie de Shilo, et là, la colonie d'Eli ». Le secouriste raconte que, le matin de l'attaque, un des colons équipé d'un bulldozer a voulu tracer une piste pour relier ces colonies illégales au regard du droit international. Les villageois palestiniens sont intervenus pour le chasser. L'homme est revenu avec un groupe ultra-violent pour une opération punitive. Jamil a reconnu un des assaillants. La police et l'armée israéliennes sont arrivées presque une heure après la confrontation. « Le tireur est reconnaissable à 100%. L'armée est venue et a pris ses affaires et ses moutons. Le lendemain, il est revenu s'installer au même endroit », déplore Jamil. L'Autorité palestinienne dénonce « l'escalade majeure du terrorisme des colons à la faveur de l'attaque israélo-américaine contre l'Iran ».

En Turquie, une sécheresse record a récemment privé la capitale, Ankara, d'une large partie de ses ressources en eau. Une pénurie qui s'est muée en polémique politique. Le gouvernement accuse la mairie, aux mains de l'opposition, d'être responsable de la situation et la taxe d'« incompétence ». Mais le maire d'Ankara, possible rival du président Erdogan à la prochaine présidentielle, renvoie la balle au gouvernement. Des rivalités politiques qui n'aident pas à résoudre la crise, alors que le changement climatique risque d'aggraver la situation. Reportage de notre correspondante à Ankara. À retrouver dans la longueur sur Accents d'Europe.

À la peine dans les sondages, Viktor Orban joue la carte anti-Ukraine. À moins de deux mois des élections législatives, prévues le 12 avril 2026, le Premier ministre hongrois intensifie sa campagne en prenant pour cible l'Ukraine alors que son parti, le Fidesz, est en difficulté. Le dirigeant accuse la Commission européenne de vouloir installer au pouvoir le parti d'opposition Tisza, mené par le conservateur Péter Magyar. Et selon Viktor Orban, Tisza serait un agent de Bruxelles et de l'Ukraine. Selon lui, cette coalition Bruxelles-Kiev voudrait augmenter les impôts afin de financer et d'armer Kiev et d'envoyer les Hongrois se battre aux côtés de l'Ukraine. Reportage de notre correspondante à Budapest. À retrouver dans la longueur sur Accents d'Europe. À lire aussiHongrie: Viktor Orban promet de chasser du pays «tous les agents de Bruxelles» s'il est réélu

Israël et les États-Unis poursuivent leur guerre contre l'Iran. L'armée israélienne mène aussi une offensive dans le sud-Liban, contre le Hezbollah, allié du régime de Téhéran. Des dizaines de milliers de Libanais ont dû fuir les combats. De l'autre côté de la frontière, les Israéliens se retrouvent eux aussi, encore une fois, en première ligne, deux ans après la dernière guerre avec le Liban. Notre envoyé spécial en Israël est allé à leur rencontre, à quelques kilomètres du front. De notre envoyé spécial en Israël, Johanna nous emmène dans son sous-sol. Un abri y a été aménagé. Son mamad – nom donné à ce genre d'abri – est devenu l'une des pièces principales de la maison. « Ici, dorment mon mari et mon fils », montre Johanna. Nous sommes à Ma'alot, une petite ville à seulement sept kilomètres de la frontière. La menace est très proche. Les alertes aériennes sonnent plusieurs fois par jour. « On a celle des tirs qui viennent du Liban et là, on a une alerte directement et il faut tout de suite se mettre à l'abri. Le délai, c'est zéro seconde. Et on a les alertes des tirs qui viennent d'Iran. Et là, on a un avertissement. » Une guerre pour « finir le travail » Prise entre deux feux, cette professeure d'hébreu, mère de quatre enfants, en a vu d'autres : « Il y a une espèce de sensation "encore une fois", et en même temps, on est peut-être plus à même de réagir correctement. On est moins dans la panique, on fait tout de suite ce qu'il faut. Les enfants, ils le prennent, ils le gèrent mieux. » Mieux préparée mais aussi plus inquiète pour l'avenir, Johanna soutient quand même la guerre pour « finir le travail ». « Je ne crois pas qu'il n'y ait aucune intervention extérieure qui ait jamais été faite que par des motivations très altruistes, etc. Mais on ne peut pas nier quand même que ça soit nécessaire de le faire. Et là tout de suite, je soutiens entièrement ce qui est en train d'être fait », appuie-t-elle. À lire aussiEn Iran, un quotidien rythmé par les bombes et une répression toujours aussi brutale À quelques collines de la frontière, le danger est omniprésent À 20 minutes de route, la journée est encore calme au kibboutz de Sasa, 250 habitants. Le front n'est plus qu'à trois kilomètres. On y retrouve Yaëlle dans la grande salle commune, totalement vide. « La salle à manger joue un très grand rôle dans notre vie sociale. On y rencontre des gens », explique-t-elle. Yaëlle a quitté la France pour s'installer ici, il y a 50 ans. Déplacée pendant la dernière guerre, elle ne repartira plus. Elle ne se fait plus d'illusions : « On a pensé ça après chaque opération, après chaque guerre qu'il y a eu. Et malheureusement, ça ne se passe pas vraiment comme on espérait. Je ne suis pas très optimiste. C'est notre vie, je pense : angoissante et qui ne nous rend pas très optimistes. » Quelques collines nous séparent désormais de la frontière. Dans les hauteurs de Kyriat Shmona, le danger est omniprésent. La guerre pourrait durer encore plusieurs semaines, prévient le gouvernement israélien. Les habitants du nord d'Israël sont prêts à tenir encore, angoissés mais résignés, sans savoir quand ils pourront retrouver une vie normale. À lire aussi«On en ressortira plus forts»: en Israël, une déplacée raconte le bombardement de son habitation

En Corée du Sud, le 16 janvier 2026, un gigantesque incendie ravageait la majeure partie du dernier bidonville de Séoul. En contraste avec l'image moderne de la capitale coréenne et ses luxueux immeubles du quartier de Gangnam, les maisons de tôle du village de Guryong abritent encore entre 1 500 et 2 000 personnes vivant dans la misère. Des Sud-Coréens oubliés du gouvernement qui attendent depuis plus de trois décennies d'être relogés. De notre correspondant à Séoul, Il ne reste que des cendres des 160 foyers détruits par le plus grand incendie de ces 40 dernières années à Guryong. Il n'a fait aucune victime, mais près de 200 habitants ont été déplacés après le sinistre. « Cela faisait plus de 30 ans que je vivais là », témoigne l'une d'entre elles, Park Chansoo, 76 ans. Elle prend le thé dans un abri de fortune, installé à l'entrée du village : « Je ne vis pas sur les aides, je travaille tous les jours à frotter les gens dans les bains publics. C'est toute ma vie qui vient de brûler, les photos de ma fille quand elle a eu son diplôme. Il ne reste plus rien », déplore-t-elle. Comme la plupart des habitants de Guryong, à mesure que la ville de Séoul se développait à la fin des années 1980, les plus précaires, ne pouvant s'offrir un logement, furent repoussés à la marge jusqu'à construire ce bidonville adossé à la colline. Pour la première fois depuis l'incendie, Park Chansoo visite ce qui était autrefois sa maison et son quartier, et peine à contenir son émotion. « Là, il y avait l'épicerie, se souvient-elle. Ici, c'était le salon de coiffure. Ça, c'était ma vaisselle la plus précieuse, je ne voulais m'en servir que le jour où j'aurais enfin un appartement, mais il n'en reste que des morceaux. » « On nous demande de quitter notre maison sans rien nous donner en retour » Depuis plus de dix ans, la mairie de Séoul annonce des plans pour détruire le bidonville. Pourtant, aucun n'a réellement porté ses fruits, notamment à cause de disputes entre les habitants et la mairie. « Nous voulons que nos habitations soient reconnues comme des logements, certes illégaux, et nous partirons, explique Park Chansoo. Mais la ville considère notre village comme un terrain d'élevage d'animaux, ce qui nous empêche de vendre le terrain ou d'avoir droit à une compensation ou un logement social si l'on part d'ici. C'est absurde, on nous demande de quitter notre maison sans rien nous donner en retour. » En trente ans, trente incendies ont été recensés à Guryong. L'insalubrité des logements, le réseau électrique improvisé ou les poêles à charbon sont souvent à l'origine de ces drames. Si Park Chansoo et ses voisins ont perdu leur maison, ils souhaitent garder leur dignité et enfin obtenir de la mairie de Séoul la reconnaissance de leur situation et une compensation pour vivre en sécurité. À lire aussiCorée du Sud: à Séoul, un projet immobilier menace un monument classé par l'Unesco

Le racisme touche tous les secteurs et tous les pays. En Catalogne, en Espagne, alors que la crise du logement fait rage plusieurs associations dénoncent un racisme presque systématique dans le secteur de l'immobilier et pour la première fois en Catalogne une agence immobilière vient d'être condamnée par le gouvernement à une amende.

Ce 8 mars 2026, les Colombiens sont appelés aux urnes pour renouveler le Congrès. Parmi les candidats, nombreux sont ceux qui se sont d'abord fait connaître sur les réseaux sociaux. Ces créateurs de contenu, ancrés à gauche ou à droite, sont devenus de véritables références politiques pour leur génération, au point de façonner les opinions et de mobiliser les foules. Entre mèmes, threads éducatifs et lives militants, une nouvelle forme d'engagement politique est en train de naître. De notre correspondante à Medellín, Smartphone en main, en mode selfie, Hernan Muriel ne rate rien du cortège qui défile ce jour-là pour défendre les 23 % de hausse du salaire minimum. Flanqué d'un t-shirt noir au logo du Pacte historique, la coalition de gauche du président Gustavo Petro, Hernan Muriel commente la scène à ses centaines de milliers d'abonnés. « Allez, cessons d'être si complaisants, interpelle-t-il sur la vidéo. Soit on penche du côté de ceux qui sont en train de faire s'effondrer le pays, en augmentant la pauvreté, en creusant les écarts d'inégalité, soit nous penchons de l'autre côté, du côté du peuple, et de celui qui veut augmenter le salaire minimum, celui qui a historiquement réduit la pauvreté monétaire et l'extrême pauvreté.» Avant de s'engager dans la campagne électorale en cours, Hernan Muriel, 28 ans, militait déjà sur les réseaux sociaux. Il s'est d'ailleurs appuyé sur eux pour fonder le mouvement Cofradía para el Cambio : « Aujourd'hui, je suis candidat pour le Pacte historique. Je veux représenter le Pacte historique à la Chambre des représentants du département d'Antioquia ». Son compte TikTok affiche aujourd'hui près de 400 000 abonnés et celui d'Instagram plus de 195 000, essentiellement des jeunes. Certaines de ses vidéos sont vues des millions de fois. À lire aussiColombie: la violence s'intensifie à l'approche des élections législatives « D'une certaine manière, cela a permis le triomphe de Petro » Le phénomène intéresse les chercheurs de la fondation Pares. « En Colombie, YouTube, Facebook et TikTok sont devenus les principaux moyens d'information de la population en général, analyse Isaac Morales, spécialiste des questions de la démocratie et de la gouvernance au sein de la fondation. Et un grand nombre de jeunes ont accès à ces réseaux ou aux réseaux sociaux en général. Cela permet d'avoir une audience bien plus grande que celle d'il y a cinq ou dix ans. » L'influence directe de ces candidats issus des réseaux sociaux reste difficile à mesurer. Pour le chercheur, leur pouvoir de mobilisation auprès des électeurs est indéniable : « Non seulement en Colombie, mais dans plusieurs pays d'Amérique latine et du monde, les partis politiques sont conscients de la grande influence des réseaux sociaux et se tournent vers ce type de profils et de personnages qui peuvent apporter des votes. Mais, ce que nous avons vu, c'est que ce n'est pas toujours le cas. En effet, lors des élections de 2022, beaucoup d'influenceurs se sont lancés en politique et beaucoup n'ont pas réussi à obtenir de mandat. Mais lors de la grève nationale en 2019 et 2021, on a vu une grande couverture de l'évènement sur les réseaux sociaux et surtout de la part des jeunes très proches du projet du président Gustavo Petro. D'une certaine manière, cela a permis le triomphe de Petro. » Dimanche 8 mars, plus de 3 000 candidats se disputeront les 103 sièges du Sénat et les 183 sièges de la Chambre des représentants, une bataille qui s'annonce serrée. À lire aussiLes influenceurs ont-ils trop de pouvoir ?

Depuis 2013, le quartier populaire de Matareya, à l'est du Caire, organise le plus grand iftar de la capitale égyptienne. Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de personnes se retrouvent le temps d'une soirée au milieu du ramadan pour rompre le jeûne ensemble. Pour les jeunes organisateurs, c'est l'occasion de redorer l'image de ce quartier souvent méprisé. Pour les invités, c'est un moment pour oublier, le temps d'une soirée, les conflits qui déchirent la région. De notre correspondant au Caire, Derrière son petit stand de sandwichs, au milieu de la foule, Marwa n'arrête pas. « Je fais du foie sauté, je ne les compte plus, Dieu soit béni ! », s'exclame-t-elle. À une heure de la rupture du jeûne, l'ambiance est déjà surchauffée à Matareya : « Vous ne trouverez pas meilleure ambiance ! La vie est belle chez nous ! » Taha, en pull blanc floqué du logo de l'événement, s'affaire à distribuer les portions et à coordonner ses bénévoles. Il participe à l'organisation depuis le début, en 2013. « Au début on était juste un groupe de jeunes qui voulaient rompre le jeûne ensemble. Il n'y avait que trois ou quatre tables, se rappelle-t-il. Et maintenant, comme vous pouvez le voir, ça a grandi ! C'est devenu un jour saint pour Matareya. » À lire aussiL'iftar, le repas de rupture du jeûne musulman, inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco Un quartier populaire qui redore son image Ce quartier populaire des faubourgs du Caire traîne depuis longtemps une mauvaise réputation. Beaucoup le perçoivent encore comme une ashwā'iyya, ces zones d'habitat informel marquées par la pauvreté et l'insécurité. Son nom reste aussi associé, pour certains, aux affrontements sanglants qui ont éclaté pendant la révolution de 2011. « Nous voulons montrer une image différente. Les quartiers populaires ne sont pas comme les gens l'imaginent. Aujourd'hui, on montre qu'un quartier populaire peut accueillir des milliers de personnes, se réjouit Tahar. Ses habitants sont généreux. Venez nous rendre visite et vous verrez le respect, la politesse et les bonnes valeurs des gens, très loin de l'image que vous en avez peut-être. Et ça nous rend heureux ! » Mission réussie, à en juger par le sourire de cette dame et de ses voisines, venues de l'autre bout de la ville. « Les habitants de Matareya sont les plus aimables et les plus gentils ici, vraiment », affirme-t-elle. Cette année, alors que le fracas des armes vient perturber le mois sacré, elle adresse une pensée pour les guerres qui frappent la région : « Que Dieu protège l'Égypte et que Dieu protège toute la communauté musulmane. Qu'il protège tous les pays arabes de ce qu'ils traversent, demande-t-elle. Ce ramadan, c'est la communauté du peuple musulman : nous nous tenons les uns aux côtés des autres, unis, comme une seule main. » C'est d'ailleurs par un chant en soutien à la Palestine que se terminera la soirée. À lire aussiÀ Gaza, les difficiles célébrations du ramadan en temps de guerre

Ce jeudi 5 mars, c'est jour de vote au Népal. Un scrutin décisif, près de six mois après le soulèvement historique de la jeunesse, mais une élection qui se heurte aussi à la guerre qui fait rage au Moyen-Orient. Dans un pays au chômage des jeunes très élevé, des millions de Népalais sont partis travailler dans les pays du Golfe. Mais depuis l'attaque américaine et israélienne sur l'Iran et la riposte iranienne, les proches de ces travailleurs népalais vivent dans la peur. De notre envoyé spécial à Katmandou, À Katmandou, les vidéos filmées par des Népalais inquiets montrant les interceptions de missiles dans le ciel de Doha, Dubaï ou Abou Dhabi défilent sur les portables. 1,7 million de Népalais travaillent légalement dans les pays du Golfe, bien plus dans la réalité. Dans certains villages, chaque famille a un proche expatrié au Moyen-Orient. Susma Baral revient tout juste des Émirats arabes unis, elle nous accueille dans sa maison. « Avec mon mari, nous sommes partis, car ici on ne pouvait pas s'offrir de vraie maison, notre situation financière était trop précaire, raconte-t-elle. Comme c'est l'aîné de la famille, il doit aussi assurer la charge financière pour ses frères et sœurs… » Enceinte de sept mois, elle est rentrée pour accoucher au Népal, aux Émirats arabes unis, les factures de santé étaient trop élevées. Son mari, Bibik Dhakal, est encore sur place. « Quand je vois tout ce qui se passe là-bas, sur les réseaux sociaux, dans les médias internationaux, ça m'inquiète énormément... J'ai peur que les missiles tombent sur son appartement, son quartier. À cause de cela, je ne dors plus depuis trois nuits », se désole-t-elle. Et elle l'appelle chaque jour : « J'ai entendu les explosions, je n'ai pas vu de missiles en train de descendre dans le ciel, mais j'ai vu la fumée après qu'ils soient tombés au sol », témoigne son mari au téléphone. À lire aussiÀ Dubaï, la peur de ressortissants africains: «On voit les missiles interceptés qui viennent d'Iran» « La peur les tient éveillés » Depuis la banlieue de Katmandou, son épouse reste connectée avec la communauté de travailleurs népalais. Pour l'association Shramik Sanjal, elle anime des émissions en direct sur les réseaux sociaux. Elle répond aux questions, et les informe de l'évolution du conflit. « Je parle avec beaucoup de travailleurs népalais au Moyen-Orient. Ces trois/quatre derniers jours ont été particulièrement durs. Ils sont réveillés par les bruits des missiles et des interceptions. Même lorsqu'ils essaient de s'endormir, ils n'y arrivent pas, la peur les tient éveillés. » Susma travaille dans l'enseignement et son mari est analyste alimentaire. Le couple se dit chanceux par rapport aux Népalais qu'ils connaissent sur place, car ils occupent des emplois extrêmement précaires dans l'hôtellerie, l'agriculture, la construction ou la restauration. « Ils ont peur, ils passent leur temps à regarder des vidéos en direct, ils ne mangent pas, décrit Bibik Dhakal. Ils n'ont aucun choix. Ils n'ont pas leur passeport, c'est leur employeur, ou quelqu'un d'autre, qui le détient… Ensuite, ils n'ont pas d'argent pour partir… » Ces travailleurs envoient chaque mois une grande partie de leur salaire à leurs proches, gardant le strict minimum. Ces transferts d'argent représentent un quart du PIB du Népal. C'est un sacrifice vital pour l'économie, mais qui ne leur offre pas de droits civiques. Tous ces travailleurs ne peuvent participer au scrutin de ce jeudi 5 mars : le vote dans les ambassades ou consulats à l'étranger n'est pas autorisé au Népal. À lire aussiFrappes contre l'Iran: le dilemme des alliés américains du Golfe entraînés dans le conflit

L'affaire Epstein n'a pas fini de secouer la monarchie britannique. L'ex-prince Andrew, déjà accusé d'agression sexuelle, a été arrêté le 19 février dernier. Soupçonné de faute professionnelle dans l'exercice de ses fonctions lorsqu'il était représentant spécial du commerce entre 2001 et 2011, il a passé 11 h dans un poste de police. Andrew Mountbatten Windsor n'a pas été inculpé mais s'il l'est et qu'il est reconnu coupable, il risque la prison à vie. Le roi Charles III a beau lui avoir retiré son titre de prince en fin d'année, les liens de son frère avec Jeffrey Epstein éclaboussent Buckingham Palace et la popularité de la royauté britannique est au plus bas. Un reportage de notre correspondante à Londres à retrouver en intégralité sur le podcast d'Accents d'Europe. À lire aussiAffaire Epstein: Andrew, l'interminable chute d'un prince déchu

À Pékin, un artisanat vieux de plus de deux siècles est aujourd'hui classé patrimoine culturel immatériel. Les lanternes de palais, autrefois réservées aux cours impériales, sont toujours fabriquées à la main, mais par une poignée d'artisans vieillissants. Les lanternes de la place Tiananmen viennent d'un petit atelier situé en plein cœur de la capitale. Entre transmission fragile et attachement populaire, reportage sur une tradition qui tente de survivre. De notre envoyée spéciale à Pékin, À Pékin, certaines lumières viennent de très loin dans le temps. Elles éclairaient autrefois les palais impériaux. Aujourd'hui, elles pendent encore dans quelques maisons et dans un atelier, où presque plus personne ne sait les fabriquer. Tang, thé au jasmin entre ses mains burinées, nous reçoit dans la pièce maîtresse de l'atelier. Il nous montre une lanterne. « L'hexagone au milieu, c'est le modèle traditionnel de lanterne de palais. Elle est entièrement sculptée dans du bois de rose massif et elle représente deux dragons jouant avec une perle. Dans le passé, dans les anciennes cours impériales, toutes les lanternes suspendues étaient de ce type. Elles symbolisaient le luxe, la richesse », décrit le vieil homme. Pendant des siècles, ces lanternes indiquaient le statut social d'une personne. Ici, chaque pièce est sculptée et assemblée à la main, un travail long et minutieux. « C'est un métier délicat qui demande beaucoup de savoir-faire. Nous avons été officiellement désignés comme patrimoine culturel immatériel. Ce que nous fabriquons appartient à ces anciennes traditions, et nous ne pouvons pas les laisser disparaître. Tous ces anciens métiers artisanaux de Pékin, pour être honnête, ont pratiquement disparu. Quand on en arrive là, c'est la fin », se désole notre hôte. Un savoir-faire protégé Aujourd'hui, ce savoir-faire est officiellement protégé. Mais dans l'atelier, ce sont aussi les artisans qui disparaissent, comme nous l'explique l'un des derniers d'entre eux, Liu, âgé de 78 ans : « Il n'y a pas d'employés officiels dans cet atelier. Tout le monde est à la retraite. Même les plus jeunes ont déjà plus de soixante ans et ils continuent à venir ici pour travailler. L'industrie artisanale reste un secteur assez difficile. Les jeunes n'aiment pas faire ce genre de travail. » C'est un métier exigeant et difficile à transmettre. Et pourtant, les lanternes continuent d'être achetées. Pour la fête des lanternes, cette acheteuse choisit le bois. « C'est pour le Nouvel An. Pour ma maison, je veux quelque chose de meilleure qualité qui puisse être accroché plus longtemps. Même si les décorations en plastique sont jolies, elles ne dureront pas », nous dit-elle. Liu souligne qu'à présent, dans les appartements modernes, ces lanternes n'éclairent plus des empereurs, mais des repas de famille : « Beaucoup de gens qui achètent des lanternes aujourd'hui cherchent ce sentiment de nostalgie, ce lien émotionnel. C'est ce qui compte. ». Les lanternes de palais ont traversé les dynasties, les révolutions, les transformations de la ville. Aujourd'hui, leur avenir dépend de deux choses : des mains qui savent encore les fabriquer et des maisons qui choisissent encore de les accrocher.

En Suisse, la loi oblige chaque habitant à avoir une place dans un abri antiatomique. Certains de ces bunkers, construits pendant la guerre froide, vieillissent. Échaudé par la guerre en Ukraine et le contexte géopolitique explosif, le gouvernement suisse veut les rénover. De notre correspondant à Genève, Un bunker, c'est un peu comme une maison : ça s'entretient. Christian Sinigaglia est à la tête d'une PME spécialisée dans la construction et la rénovation d'abris antiatomiques. Le bunker que nous visitons près de l'aéroport est totalement à refaire car le béton, même lorsqu'il est armé, peut s'user avec le temps. Cela sans compter les nombreuses interventions des Suisses, qui ont tendance à s'approprier leurs abris comme une pièce supplémentaire de leur habitation. « Ce qui se fait beaucoup aussi, c'est ce qu'on appelle des ''carnotzet'', précise Christian Sinigaglia. Vous avez un petit bar, et puis, les gens viennent boire l'apéritif, jouer aux cartes… Il faut amener de l'eau, de l'électricité, des choses qui ne sont pas prévues initialement, donc les gens font un peu tout et n'importe quoi ! Ils percent à travers les murs, mais on n'a pas le droit de toucher à l'enveloppe de l'abri. C'est ça qui pose un gros problème. » Et pourtant, la loi suisse oblige les propriétaires d'abri à les entretenir pour qu'ils soient utilisables. Hier, c'était en cas de conflit nucléaire entre l'Union soviétique et les États-Unis. Le risque n'est toujours pas totalement écarté. On le voit avec la guerre en Ukraine, même si on ne construit pas forcément des abris aujourd'hui comme on le faisait au temps de la guerre froide. « Les Américains ont développé des bombes qui exposent non plus à l'impact, mais qui peuvent pénétrer jusqu'à certaines profondeurs et ensuite exploser, détaille le spécialiste. Donc, c'est vraiment de travailler sur une cellule qui, elle, résiste à toute déflagration, toute onde de choc. » À lire aussiAllemagne: face à la crainte de la Russie et de la guerre, un plan pour recenser les abris 370 000 abris antiatomiques en Suisse Il s'agit donc moins de construire des abris antiatomiques, avec tout le nécessaire pour survivre pendant de longs mois, que des abris antibombes, voire anticatastrophes tout court. Ces dernières années, les bunkers ont servi par exemple à protéger la population lors d'accidents industriels et chimiques. Le cabinet d'architectes de Tanguy Caversaccio se trouve à Lausanne. Ce jeune professeur à l'École polytechnique fédérale de Zurich a beaucoup travaillé sur le sujet des abris antiatomiques. Il leur a même consacré une exposition : « La guerre en Ukraine déclenche des intérêts beaucoup plus importants chez le Suisse de savoir s'il est en sécurité ou pas, et qu'il puisse aller se cacher sous terre. Cette espèce de thermomètre de l'anxiété du Suisse grandit ou diminue selon le contexte géopolitique. » Entre les abris publics et les abris privés, on estime que les neuf millions de Suisses ont tous une place garantie dans ces infrastructures. Le gouvernement a fait passer de 800 à 1 400 francs suisses [1 530 euros environ] le montant de la taxe dont il faut s'acquitter si on ne veut pas construire un abri avec sa maison. La somme alimente un fonds national destiné aux bunkers. Il approche aujourd'hui le milliard d'euros, mais on sait qu'il ne suffira pas pour rénover les 370 000 abris antiatomiques répartis dans le sous-sol de la Suisse. ► Un reportage à retrouver en version longue sur Accents d'Europe À lire aussiIsraël: à Tel-Aviv, la ruée vers les abris antimissiles privés fait grimper le prix de l'immobilier

En Corée du Sud, un concours d'éloquence en anglais est dédié aux réfugiés nord-coréens. L'association Freedom Speakers International permet aux réfugiés du régime d'apprendre l'anglais et de parler devant un public, dans le but de partager leur histoire au monde entier. Une langue à laquelle ils ont été très peu exposés en Corée du Nord et avec laquelle ils tentent de se familiariser. De notre correspondant à Séoul, Prendre le micro et parler devant un public, c'est un exercice qui n'est pas donné à tout le monde, d'autant plus dans une langue que l'on apprend encore. Mais c'est le défi qu'a tenté de relever Ahn Sumin. Arrivée en Corée du Sud en 2011, la jeune femme de 32 ans est aujourd'hui devenue artiste-peintre. Elle raconte ce qui l'a motivée à participer à ce concours : « Quand j'étais à l'université, je voulais apprendre l'anglais. Puis, on m'a recommandé de m'entraîner à faire des discours. Au début, je n'aimais pas ça. Puis, j'ai compris que je voulais partager mon histoire en anglais, car c'est la langue internationale. Alors, cela m'a motivé à partager mon histoire. C'est quelque chose d'important et puissant pour moi. » Casey Lartigue est le co-fondateur de Freedom Speaker International et accompagne Ahn Sumin dans l'apprentissage de l'anglais. Il nous explique en quoi consiste son association : « On a réalisé que des Nord-Coréens avaient besoin d'aide avec l'anglais, donc on a commencé un projet de mentorat en anglais en mars 2013. Et on a eu beaucoup de réfugiés nord-coréens qui sont venus nous voir en disant qu'ils voulaient vraiment apprendre l'anglais. En février 2015, on a organisé notre premier concours d'éloquence en anglais, et on en fait deux par an depuis. L'objectif, c'est qu'ils puissent nous rejoindre sans pression et qu'ils puissent améliorer leurs compétences à l'oral. » Un défi qui transforme Sept semaines d'écriture et d'entraînement pour présenter son discours devant un jury : pour Casey Lartigue, la maîtrise de l'anglais d'Ahn Sumin a complètement transformé la jeune artiste. « Elle nous a rejoints en 2018 et elle avait un niveau très faible à ce moment-là. Mais elle a décidé qu'elle voulait apprendre de façon intensive et elle est partie au Royaume-Uni. Maintenant, mon dieu, c'est une personne différente. Avant, elle était timide, réservée, discrète ; aujourd'hui, elle est plus forte, active, elle dit qu'elle veut devenir une artiste célèbre. Cette expérience l'a vraiment changé », assure-t-elle. Un regain de confiance en elle qui a permis à Ahn Sumin d'atteindre la troisième place du concours. Et elle est bien décidée à poursuivre son apprentissage pour partager son histoire.

Avez-vous déjà entendu parler de l'agrivoltaïsme ? Cette pratique consiste à combiner, sur le même terrain, la production d'énergies renouvelables et de produits agricoles. En Australie, on compte ainsi de plus en plus d'élevages de moutons paissant sous des panneaux solaires. Et le plus étonnant, c'est que dans ces conditions, la production de laine ou de viande est plus importante et de meilleure qualité que sur une prairie vierge. Reportage à Dubbo, à environ 400 kilomètres à l'ouest de Sydney. De notre correspondant à Sidney, De loin, cela ressemble à n'importe quelle centrale photovoltaïque. Sur une cinquantaine d'hectares, plus de 30 000 panneaux solaires suivent du matin au soir la course du soleil. Mais en y regardant de plus près, une centaine de moutons broutent et se reposent à l'ombre de ces panneaux. Pour leur éleveur, Tom Warren, le mariage de ces deux activités, c'est d'abord une nouvelle source de revenus : les loyers versés par l'entreprise qui exploite la centrale solaire, qui ne dépend ni de la météo ni des prix du marché. Mais très vite, il y a vu d'autres bénéfices : « Quand il pleut, l'eau tombe sur les panneaux solaires puis coule depuis leurs extrémités, ce qui crée de longues bandes de très bonne herbe verte grâce à la concentration de l'eau le long de chacune des rangées de panneaux solaires. » Qui plus est, l'ombre apportée permet à cette herbe de rester verte plus longtemps et à la terre de conserver un certain niveau d'humidité, même en plein été. Résultat : pour Tom Warren, les affaires n'ont jamais été aussi bonnes. « La laine est plus propre et de meilleure qualité. Et dans l'ensemble, notre chiffre d'affaires issu des moutons qui paissent sur la ferme solaire a augmenté de 15% », apprécie-t-il. L'agrivoltaïsme, une pratique en plein essor Une association gagnante également pour l'entreprise française qui exploite la centrale solaire, Neoen, car les moutons, en broutant, réduisent considérablement ses frais d'entretien. À tel point d'ailleurs que des élevages de moutons sont désormais présents sur toutes les centrales solaires qu'exploite Neoen en Australie, tout comme la plupart de leurs concurrents. C'est ce qu'affirme Emily Walker, directrice de Neoen pour la Nouvelle-Galles du Sud : « Tout le secteur bouge très vite sur ce sujet, car nous vivons dans un monde où il n'est plus possible de découpler la terre de son usage agricole historique et de la production d'énergie solaire. » D'ailleurs, l'agrivoltaïsme en Australie ne se limite plus à l'élevage. Des panneaux solaires ont ainsi été déployés sur des vignes dans différentes parties du pays, pour l'instant à titre expérimental. Mais les agriculteurs ont beaucoup à y gagner. Selon un rapport du Clean Energy Council, entre les loyers perçus et les gains de productivité, ces derniers pourraient générer, grâce aux énergies renouvelables, 600 millions d'euros de revenus supplémentaires d'ici à 2030, et plus de 6 milliards à l'horizon 2050. À lire aussiSix États à surveiller pour l'équilibre agricole et alimentaire mondial

Alors que 2025 a été une mauvaise année pour le whisky, 2026 pourrait s'annoncer semblable, voire pire. Depuis trois ans, la boisson écossaise perd chaque année une part de son chiffre d'affaires. En cause : la diminution de la consommation d'alcool dans le monde, et en particulier celle des jeunes générations, mais il y a aussi les taxes douanières états-uniennes, premier pays d'exportation du whisky écossais. De 10 % en 2025, elles sont passées à 15 % la semaine dernière. Ces atermoiements économiques de Donald Trump mettent à mal une industrie vitale pour l'Écosse et lucrative pour Londres. Dans un des entrepôts de la distillerie Fettercairn, dans les Highlands, des milliers de barils vieillissent 16, 22, voire 46 ans avant d'être mis en bouteille. Ce whisky, qui vient de fêter son 200e anniversaire est parti à l'assaut des États-Unis l'an dernier avec ses productions les plus rares, et ce malgré les taxes douanières imposées par Donald Trump « On s'est lancé aux États-Unis avec des whisky de plus de 24 ans. Donc nos bouteilles de 24, 28, 40, 46 ans. Et honnêtement ça a vraiment bien marché et nos whiskies ont reçu de bonnes critiques », dit Stewart Walker, responsable de la distillerie. Avec des prix allant de 675 livres, qui peuvent rapidement monter à 3 450, 9 000, et 20 000 livres, la marque a ciblé les États les plus riches avec des clients qui pouvaient se permettre 10 % de plus sur ces prix déjà élevés : New York, la Californie, et la Floride. Cette année, Fettercairn tente le reste du catalogue, dont le premier prix est à 60 dollars. Mais d'autres exportateurs de whisky ont beaucoup plus de difficultés. Le géant Diageo - qui possède les marques Johnny Walker ou Talisker - a réduit sa production à cause du recul de la demande. Au sein du groupe Suntory, deux distilleries (Laphroaig et Bowmore) ont même ouvert des plans de départ volontaire. En cause : une baisse de la consommation d'alcool dans le monde et la baisse significative des ventes de whisky écossais aux États-Unis. « Nous avons évidemment subi l'imposition des nouvelles taxes de 10 % en avril dernier, explique Emily Weaver Roads qui fait partie de l'association écossaise du whisky. Depuis cette date, nos exportations de whisky ont chuté de 15 % en volume. Les grandes distilleries ont des investissements et des connexions importantes aux États-Unis, mais nos petits producteurs ont aussi des employés et des investissements aux États-Unis. Alors, ces taxes ont un impact en particulier sur les plus petits producteurs pour qui les États-Unis sont vraiment un marché essentiel », explique-t-elle. À lire aussiEn Écosse, les droits de douane états-uniens inquiètent le marché du whisky « Parler de crise dans l'industrie du whisky est un peu fort » Reste que, selon Carolyn Watt, qui travaille pour le groupe Whyte and Mackay, derrière la distillerie de Fettercairn, la crise n'est peut-être que conjoncturelle : « Parler de crise dans l'industrie du whisky est un peu fort. Je pense que cela a ralenti, mais avec le Covid-19, les ventes étaient au plus haut, et peut-être que des gens pensaient que cela allait toujours durer, et du coup ils ressentent une crise. Mais je pense que l'on retourne à un niveau plus stable. Vous savez, c'est une industrie du long terme. Même si on a des fluctuations, il faut toujours penser sur 20 ans. » Mais pour les distilleries qui n'exportent pas outre-Atlantique, là aussi les temps sont durs. La distillerie de Angus, à Dundee, a annoncé une perte de 25 % de son chiffre d'affaires, par exemple. Les ventes ont beau augmenter, mais les taxes britanniques ont, elles, triplé. Ces taxes représentent aujourd'hui 70 % du prix d'une bouteille de whisky. À lire aussi«Dry January»: le marché mondial de l'alcool face à un tournant économique historique

Jeudi 26 février à Buenos Aires, une dizaine de militants de Greenpeace ont été interpellés après s'être brièvement introduits dans le Parlement argentin pour protester contre un projet de loi qui vise à réduire la protection des glaciers du pays. Déjà menacés par le changement climatique, les glaciers argentins sont dans le collimateur de Javier Milei. Climatosceptique notoire, le président ultralibéral veut passer la loi de protection des glaciers à la tronçonneuse pour ouvrir la voie à l'industrie minière. Jeudi, les sénateurs argentins devaient examiner un projet de flexibilisation de la loi. Dans la province de San Juan, la population locale se mobilise pour préserver l'eau face aux appétits miniers. De notre correspondant de retour de San Juan, Nous sommes au cœur de la cordillère des Andes, à plus de 4 000 mètres d'altitude. Le vent souffle fort, mais l'oxygène commence à se faire rare. Autour de nous, des montagnes aux tons ocre, brun, presque pourpre. Et, au fond, une grande tache blanche : le glacier de San Lorenzo, au sud de l'Argentine. Silvio Pastore est glaciologue à l'université de San Juan : « Aujourd'hui, il est dans un processus continu de dégradation, et nous allons le voir disparaître presque entièrement. » Des roches aux reflets ambrés attirent son attention. Leur couleur, leurs textures, leur poids : tout indique que la zone est riche en minerais, assure-t-il, et pas n'importe lesquels. Cuivre, or, argent… À écouter aussiLes glaciers argentins : la fièvre de l'or rouge Pour Silvio Pastore, la présence de ces minerais pose un dilemme. Depuis 2010, les 17 000 glaciers argentins sont protégés par la loi, tout comme les sols congelés des zones périglaciaires. Or, ces dernières sont souvent riches en cuivre, un métal crucial pour la transition énergétique, et donc pour la lutte contre le réchauffement climatique et la fonte des glaciers : « Je suis actuellement dans une zone périglaciaire, la loi interdit l'activité minière ici. Mais je peux voir à l'œil nu et démontrer scientifiquement qu'une grande partie de ces montagnes ne contiennent ni eau ni glace. Donc logiquement, il y a des zones qui peuvent être libérées. » Silvio Pastore est membre d'un think tank proche du lobby de l'industrie minière, qui assure que 17 milliards de dollars d'investissements dépendent de la flexibilisation de la loi voulue par Javier Milei. En aval, des habitants inquiets et méfiants À une cinquantaine de kilomètres en aval du glacier de San Lorenzo, les habitants de la petite ville de Jachal se sont organisés en assemblée citoyenne pour défendre leur rivière. Après 20 ans de cohabitation avec la mine d'or Veladero, Carolina Caliva ne croit plus aux promesses de l'industrie minière : « Ils sont arrivés avec leur petit refrain sur le plein emploi et le développement durable. La réalité, c'est que notre ville est aussi pauvre qu'avant, si ce n'est plus. » Carolina fait référence aux scandales de contamination au mercure de la rivière Jachal qui ont éclaboussé la mine Veladero à plusieurs reprises. À lire aussiArgentine : des opposants au président Milei se mobilisent pour la protection des glaciers Omar Aciar est agriculteur. Il nous montre la terre sèche et craquelée de son champ de luzerne. Si l'industrie minière continue de se développer dans la région, dans dix ans, il sera impossible de cultiver quoi que ce soit à Jachal, assure-t-il : « Que va-t-on laisser à nos enfants ? Nous n'avons déjà presque plus d'eau potable, les puits sont quasiment à sec. Dans ce contexte, comment pourrait-on sacrifier nos glaciers ? C'est pourtant évident que l'eau, c'est la vie. »

L'attentat antisémite de Bondi, qui a endeuillé l'Australie le 14 décembre dernier, pourrait fracturer plus profondément le pays. Malgré une politique migratoire très stricte, l'Australie se faisait le champion du multiculturalisme. Ainsi, certains signes inquiètent : forte progression du parti d'extrême droite One Nation, progression des groupuscules néo-nazis, mais aussi une multiplication des actes racistes, ciblant en particulier la communauté musulmane. De notre correspondant à Sidney, À la mosquée de Lakemba, la plus grande d'Australie, située dans la banlieue ouest de Sydney, c'est la dernière prière du vendredi avant le début du ramadan. Cette année, le cœur n'est pas à la fête. La mosquée a reçu deux lettres de menaces en à peine dix jours et sa page Facebook est noyée sous les commentaires haineux et insultants. D'après Jamal Kio, le porte-parole de l'association qui gère le lieu de culte, les fidèles aussi sont victimes de cette haine. « Certains se font insulter, d'autres se font cracher dessus et des femmes se font arracher leur voile, témoigne-t-il. Cette forme de racisme direct, qui devient violent, est inquiétante. » Lubna, qui fréquente régulièrement la mosquée, n'a pour sa part pas subi ce genre de violences, mais cela ne l'empêche pas de vivre dans la peur. « Je vis dans un quartier musulman, donc je ne me sens pas rejetée ou mise à l'écart. Mais si je devais sortir de ce quartier, je ne me sentirais pas en sécurité, affirme-t-elle, et je me sentirais en danger parce qu'après ce qui s'est passé en décembre, tout le monde accuse les musulmans. » À lire aussiAustralie: au moins 16 morts dans une fusillade visant la communauté juive à Sydney, dont un assaillant Un racisme ancré historiquement Ce sentiment, partagé par la communauté musulmane, se traduit également dans les intentions de vote. Un récent sondage crédite ainsi One Nation de 26 % des voix, un niveau encore jamais atteint par ce parti d'extrême droite, qui, depuis trente ans, dénonce l'immigration non européenne. Plus inquiétant encore, des groupuscules néo-nazis gagnent eux aussi en popularité. « Ils ont probablement doublé leur nombre en 2025 et pour eux, Bondi, c'était comme un trophée, analyse Kaz Ross, qui étudie depuis des années l'activité de ces groupes en ligne. Parce que leur argument, c'est de dire que ce massacre n'aurait pas eu lieu s'il n'y avait pas eu de juifs et de musulmans. Nous devons réintégrer tous ceux en Australie qui ne sont pas des Blancs d'ascendance européenne. » Face à ce danger et suite à l'attentat de Bondi, le gouvernement a durci ses lois réprimant les discours de haine, ce qui a entraîné la dissolution du plus connu des groupes néo-nazis, le Réseau national socialiste. Reste que pour Jordan McSwiney, spécialiste de l'extrême droite, le gouvernement pourrait mieux faire pour combattre le racisme : « On ne peut pas combattre efficacement le racisme en isolant une forme particulière de racisme, comme l'antisémitisme ou l'islamophobie, défend-il. Elles font partie d'une forme plus large de racisme et de suprématisme blanc qu'il faut absolument combattre. » De fait, la forme la plus négligée de racisme est aussi la plus ancienne, c'est le racisme qui cible les Aborigènes. Le 26 janvier dernier, à Perth, un homme a jeté une bombe artisanale en plein milieu d'un rassemblement aborigène, qui n'a heureusement pas explosé. Animé par des idées racistes, il a été inculpé pour terrorisme. À lire aussiAustralie: les Aborigènes victimes d'un «génocide», l'État du Victoria face à son histoire

Sécheresse, record de températures, incendies… En Espagne, le changement climatique est particulièrement inquiétant ces dernières années. Le pays se veut le potager de l'Europe, et ses agriculteurs sont les premiers touchés par ces changements. Depuis 20 ans, ils constatent une dégradation de leur production : baisse de production, altération de la texture… En Catalogne, la production de pommes a baissé de 8 % en 2025. C'est pour pallier à cette crise que les producteurs ont demandé aux scientifiques de les aider à pérenniser leurs cultures en créant des variétés de fruits résistantes aux multiples effets de l'évolution du climat, comme des températures de 40 degrés ou la prolifération de parasites. À lire aussiEn France, la recherche de nouvelles variétés de pommes pour diminuer les pesticides

Depuis l'invasion de l'Ukraine il y a 4 ans, Belgrade a accueilli entre 200 000 et 300 000 Russes, attirés par une politique de visa souple, des liaisons aériennes quotidiennes ainsi que certains liens historiques et culturels entre ces pays de religion orthodoxe. Beaucoup y ont ouvert des entreprises, des restaurants, et tous disent profiter d'une nouvelle liberté et d'un accueil chaleureux. Même si les relations de la Serbie avec Moscou pèsent sur leur avenir. Un reportage de notre correspondant de retour de Belgrade à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe. À lire aussiÀ la Une : la fuite autoritaire s'accélère en Serbie

En Équateur, seules trois entreprises sont habilitées à recycler les déchets électroniques. C'est ainsi qu'ils s'accumulent, du continent jusqu'aux Galapagos. L'une d'entre elles, Vertmonde, a recyclé 680 tonnes de déchets électroniques l'an dernier à Quito. De notre correspondant à Quito, En Équateur comme ailleurs, les appareils électroniques, tels que les ordinateurs ou les portables, passent souvent des parents aux enfants. Mais tous finissent par arriver à la fin de leur vie. « Les études montrent que l'Équatorien moyen achète quatre appareils technologiques et produit six kilos de déchets électroniques à l'année, explique Belén Rosales, gérante des opérations de l'entreprise Vertmonde. Cela va de la montre intelligente à la télécommande qui ne marchent plus, les nouveaux écouteurs, le téléphone portable ou un nouvel ordinateur. » Résultat, des dizaines de milliers de tonnes de déchets électroniques dont le pays ne sait trop que faire. Et ce d'autant qu'il ne compte que sur trois compagnies spécialisées dans ce domaine et une culture tout juste naissante du recyclage, selon l'ingénieure environnementale Melyna Terán. « Je crois que notre éducation ne nous a pas habitués au recyclage, analyse-t-elle. Récemment, les gens ont commencé à récupérer les cartons, les résidus organiques et les plastiques, mais pas les déchets électroniques alors que c'est définitivement plus nécessaire que jamais. » À écouter dans 8 milliards de voisinsDéchets: comment passer du «tout jetable» au «tout réparé» ? Une loi qui encadre les activités de recyclage Rendre notre monde plus vert, c'est l'objectif des trois fondatrices de Vertmonde, Belén, Jhoanna et leur mère. En Équateur, la loi dite REP, pour Responsabilité étendue du producteur, encadre les activités de recyclage de déchets électroniques. « Selon la loi REP, les entreprises ont l'obligation de payer pour le recyclage de 0,5 % des déchets électroniques qu'elles produisent, ajoute Belén Rosales. C'est très peu. Pour le reste, elles souhaitent être payées. Elles savent qu'il y a des éléments précieux à l'intérieur des appareils électroniques et elles veulent en tirer parti. » Un chiffre de 0,5% qui peut être révisé à la hausse tous les 4 ans. Eduardo Vera, technicien de l'entreprise, reconditionne également les ordinateurs qui arrivent en bon état. « Je révise composant par composant les ordinateurs, les processeurs et les écrans. J'évalue l'état du ventilateur, de la mémoire RAM, je vois s'il est possible de reconditionner la machine, décrit le technicien. Si c'est possible, je vais récolter les pièces manquantes des autres ordinateurs qui arrivent au laboratoire. » Vertmonde s'est également mobilisée pour aider les collectivités isolées des Galapagos. « Aux Galapagos, nous avons un projet avec des entreprises privées, la Chambre de commerce et d'industrie et des mairies, liste Belén Rosales. Toutes ont des déchets électroniques mais elles les accumulent car elles ne savent pas quoi en faire. Donc chaque fois que Latam a de la place dans ses avions, elle amène des déchets sur le continent où nous les traitons. » Aujourd'hui, l'Équateur ne recycle que de 3 à 5 % de ses déchets électroniques contre 8 % pour le Costa Rica ou 25 % pour la Colombie. À lire aussiEnvironnement: les déchets électroniques et dangereux au centre d'une conférence internationale à Genève

Au Québec, le Premier ministre, François Legault, s'apprête à quitter le pouvoir après sept ans à la tête de la province. Il laisse derrière lui une réforme linguistique majeure qui impose le français au monde des affaires. Des enseignes extérieures aux logiciels et communications internes, tout doit être disponible dans la langue officielle. Présentée comme un rempart pour la survie du français en Amérique du Nord, cette réforme bouscule aujourd'hui certaines entreprises longtemps portées par le bilinguisme à Montréal. De notre correspondante au Québec, Dans les studios de jeux vidéo à Montréal, comme dans de nombreuses entreprises internationales, l'anglais était souvent la langue commune de travail. Aujourd'hui, même les messages internes doivent être en français. « On est à la recherche de traducteurs, explique Arielle Mathieu du Conseil du patronat du Québec. Dans le contexte d'une pénurie de main-d'œuvre, c'est encore plus difficile pour les entreprises de s'adapter à cette nouvelle réglementation. » Cette obligation découle de la réforme linguistique adoptée par le gouvernement québécois en 2022. Elle fait du français, déjà langue officielle de cette province du Canada, la langue officielle de l'entreprise. Depuis juin 2025, aucune société de 25 employés et plus ne peut y échapper. « On avait énormément d'entreprises qui n'étaient pas prêtes, qui n'avaient pas commencé leur démarche de francisation », poursuit Arielle Mathieu. En fait, ce n'est pas la langue des salariés qui change, mais celle de l'entreprise. Elles peuvent toujours embaucher un ingénieur venu de Berlin ou de San Francisco, mais désormais, c'est à lui de s'adapter au français et non l'inverse. « Ce sont de réels freins pour recruter des talents étrangers sur notre territoire », assure encore Arielle Mathieu. La loi s'impose aussi dans l'affichage commercial. Elle concerne tout ce que voient les clients : emballages, sites internet et vitrines, où le français doit maintenant être prédominant. « Il faut changer l'affichage. Ça coûte cher », précise l'avocat Me Jean-Philippe Mikus. Il accompagne des dirigeants dans leur mise en conformité : « Pour un client, on était dans les centaines de milliers de dollars, parfois plus d'un million. Évidemment, lorsqu'on parle de chaînes, ça démultiplie les frais. » Jusqu'à 30 000 dollars d'amende À ces coûts s'ajoute la pression de l'Office québécois de la langue française, chargé de faire respecter la loi. Pour l'instant, il privilégie l'accompagnement. Mais la menace est réelle : jusqu'à 30 000 dollars d'amende, qui peuvent se répéter tant que l'infraction persiste. « C'est un fardeau extrêmement lourd, explique Me Mikus. Il y a plusieurs entreprises qui se disent : "Je ne vendrai pas au Québec" tout simplement », ajoute l'avocat. Certaines marques ont retiré le Québec de leurs boutiques en ligne, faute de site en français. Un signal d'alarme pour Michel Rochette, du Conseil canadien du commerce de détail : « Ça met un grand cercle rouge autour du Québec. C'est beaucoup de règles qui sont uniques au monde et qui rendent extrêmement périlleux le fait de faire affaire ici. » Mais pour le Premier ministre québécois, François Legault, toutefois, l'enjeu dépasse l'économie : « Le Québec forme une nation, mais qui est, en proportion, petite en Amérique du Nord, qui sera toujours vulnérable. » Son pari politique pour la survie culturelle bouscule l'écosystème d'affaires de Montréal, une ville habituée à faire du bilinguisme sa marque de commerce. À lire aussiCanada: la langue française en perte de vitesse au Québec

À l'heure des changements géopolitiques, l'Autriche, pays neutre, entend renforcer son armée. Le pays est l'un des rares en Europe où le service militaire est encore obligatoire. À partir de 18 ans, chaque jeune Autrichien doit effectuer six mois de service militaire ou, s'il le refuse, neuf mois de service civil. Une commission nommée par le ministère de la Défense préconise aujourd'hui d'allonger à huit mois ce service militaire et d'y ajouter deux mois d'exercices militaires obligatoires à faire avant leurs 30 ans. Une réforme urgente et nécessaire, selon cette commission, sur laquelle le chancelier autrichien s'est dit favorable à un référendum. Dans la caserne viennoise Maria-Theresien, Lorenz, 18 ans, nous montre fièrement sa chambre, qu'il partage avec ses camarades. Lits impeccables, placards rangés : tout y est très ordonné. Le jeune homme effectue son service militaire depuis octobre dernier, comme 16 000 recrues chaque année en Autriche. La commission nommée par le ministère de la Défense souhaite faire passer de six à huit mois le service militaire et de neuf à douze mois le service civil. Un allongement conséquent donc, mais que Lorenz juge nécessaire aujourd'hui, bien conscient, malgré son jeune âge, que la situation actuelle l'exige. « Après quelques mois de service militaire, ma mère m'a demandé : "Lorenz, te sens-tu prêt avec cette formation ? Penses-tu que tu en auras besoin un jour ?" Ça fait réfléchir, surtout en cette période de tension. Défendre ma patrie, que ce soit l'Autriche ou l'Europe, me tient énormément à cœur, car quand on a quelque chose qui offre autant de liberté, autant de possibilités, je trouve qu'on doit apporter sa contribution. » Disposer de plus d'hommes et mieux formés L'armée autrichienne repose sur un système de milice, c'est-à-dire de soldats non professionnels, mobilisables en cas de besoin. Mais aujourd'hui, seule une partie des conscrits rejoignent ensuite la milice. La commission recommande qu'à l'avenir, cela soit automatique en imposant à tous les conscrits deux mois d'exercices de milice obligatoires qu'ils devront effectuer dans les dix ans suivant leur service militaire. L'objectif est clair : disposer de plus d'hommes et mieux formés. C'est la clé pour un changement de paradigme, selon le lieutenant-colonel Norbert Lick. « Nous avons déjà obtenu une augmentation du budget de la défense. C'était une première étape. Le personnel en est une deuxième. Mettre en place ces changements amènerait une prise de conscience au sein de la population, car ils concernent tous les citoyens de sexe masculin, tout le monde réalisera alors que les choses bougent. » « Pourquoi notre génération devrait-elle payer ? » Mais tous les jeunes ne sont pas favorables à cette réforme, à l'instar de Lorenz, lycéen viennois de 18 ans qui s'apprête, dans quelques mois, à faire son service civil. « Je doute fortement qu'une prolongation du service militaire puisse avoir un effet positif. Tout simplement parce que j'ai remarqué que de moins en moins de gens s'y intéressent et que de plus en plus préfèrent effectuer un service civil. Les temps ont changé, le monde a évolué, c'est vrai, mais je trouve que demander cela n'est pas tout à fait juste. Pourquoi notre génération devrait-elle payer pour les erreurs des générations précédentes ? » La commission, qui a travaillé six mois sur ce sujet, espère une loi rapide. Le chancelier autrichien, Christian Stocker, s'est dit pour cela favorable à un référendum.

La forêt amazonienne est encore perçue comme une jungle luxuriante, sauvage, peuplée de tribus autochtones. Mais la réalité est loin de cette image fantasmée. Elle souffre des activités humaines : près d'un quart de l'ancien poumon de la planète a déjà été déforesté. Elle est désormais proche d'un point de bascule, selon certains chercheurs. Un point de non-retour où la forêt serait définitivement perdue. Un risque pour le climat mondial, pour les ressources en eau de la région et pour la sécurité des populations, selon une note que vient de publier l'Observatoire défense et climat français. Jeanne Richard a survolé dans un petit avion à basse altitude l'État du Pará, en pleine Amazonie brésilienne. À 400 mètres d'altitude, ce qui frappe d'abord, c'est l'immensité de l'Amazonie qui s'étend à perte de vue. Mais de la forêt, ici, il ne reste que des bribes : « Cette zone-là, c'est ce qu'on appelle l'arc de déforestation où la plupart de la forêt a disparu. Il ne reste que très peu de forêt primaire, voire aucune. » Andrew Murchie travaille chez Greenpeace au Brésil. À bord du petit avion de l'ONG, ordinateur sur les genoux et l'œil rivé à son hublot, il est chargé de cartographier l'avancée de la déforestation. Au loin, il repère un panache de fumée : « Voilà un feu. Ils coupent la forêt et mettent ensuite le feu aux souches pour nettoyer et faire du pâturage pour le bétail. S'ils ne le font pas, la végétation repousse. Ils brûlent pour empêcher la forêt de se régénérer. » En-dessous de nous, sur la terre en friche, on voit d'innombrables petits points blancs. Ce sont des bovins vus du ciel. Le pays est le premier exportateur de viande de bœuf au monde. Un steak sur cinq consommé dans le monde est brésilien : « L'élevage est le premier facteur de déforestation en Amazonie. Ça a toujours été ainsi et ça va continuer. » En trois heures de vol, nous aurons vu la terre éventrée par les mines d'or, des parcelles de soja de centaines d'hectares, et encore et toujours des pâturages. Seul le survol de terres appartenant aux peuples autochtones nous a donné un aperçu de la grande forêt et de ses arbres majestueux. L'Amazonie pourrait se transformer en savane Une fois à terre, Christiane Mazzetti, spécialiste des forêts chez Greenpeace Brésil, nous attend sur le tarmac. Elle explique qu'en trois ans, depuis le retour du président Lula à la tête du pays, la déforestation a chuté de moitié. Mais 6 000 km² de forêt amazonienne ont quand même été détruits en 2025. Aux activités humaines s'ajoute la pression du réchauffement climatique : « Quand le bassin amazonien atteindra 20 à 25% de dégradation, alors des régions entières vont se transformer en un autre écosystème, beaucoup plus sec. On perdrait donc la biodiversité et plusieurs services environnementaux que nous rend la forêt, comme la captation du CO2 et les pluies… Et on se rapproche de ce point de non-retour. On en est très proche. » Passé ce cap, près de la moitié de la forêt amazonienne pourrait se transformer en savane. Selon l'Observatoire défense et climat, le bouleversement de l'environnement de l'économie et les conflits qui en découleraient représentent un risque majeur pour la sécurité de quelque 43 à 47 millions de personnes.

Depuis 30 ans, l'ONG israélienne Save a Child's Heart (Sauvez le cœur d'un enfant) soigne les enfants atteints de problèmes cardiaques originaires de différents pays, notamment africains. Les équipes soignantes forment également des médecins qui deviendront spécialisés en chirurgie cardiaque pédiatrique. RFI s'est rendu à l'hôpital pour enfants Sylvan Adams du Wolfson Medical Center à Holon, près de Tel-Aviv. De notre envoyée spéciale à Holon, Katherine a les traits tirés. Assise au chevet de son fils, hospitalisé dans l'unité de soins intensifs pédiatriques, elle raconte à voix basse comment elle est arrivée de Bangui, la capitale de la Centrafrique, quelques jours plus tôt, avec le petit Ebenzer. « Les docteurs ont dit qu'il a la tétralogie de Fallot, une malformation cardiaque congénitale. Il a un an et deux mois. Il va mieux, ils ont sauvé la vie de mon fils », raconte-t-elle. Le docteur Muulu fait partie de l'équipe de soignants. Ce chirurgien zambien est arrivé en Israël grâce à une bourse d'études, il y a deux ans. « Certains enfants ont besoin d'une chirurgie cardiaque en urgence. Hier, nous avons opéré un nouveau-né de huit jours. Il faut ouvrir la poitrine, réparer le cœur. Si vous n'agissez pas, l'enfant meurt », explique-t-il. Le docteur Muulu complète sa formation en chirurgie cardiaque, enchaîne les gardes, l'apprentissage de l'hébreu, mais garde le sourire : « On soigne tout le monde ici. Des enfants israéliens, mais aussi africains, palestiniens. Peu importe la couleur, la religion, un enfant est un enfant et il doit être soigné. » Après l'opération, les enfants poursuivent leur convalescence dans une maison d'accueil gérée par l'ONG Save a Child's Heart, près de Tel-Aviv, où nous rencontrons Sara. « Je suis la maman de Manu. Nous venons du Rwanda. Cela fait pratiquement trois ans et demi que nous sommes ici. Nous avons passé beaucoup de temps à l'hôpital, aux soins intensifs, parce qu'il a subi plusieurs opérations. Nous sommes avec lui, nous combattons », affirme-t-elle. Pour aider les parents déracinés, des volontaires israéliens comme Laxi viennent distraire les enfants malades. « On fait des gâteaux, de la peinture, etc. Je suis volontaire ici depuis trois mois. Je viens trois fois par semaine et c'est très chouette », s'enthousiasme-t-elle. Dans la maison d'accueil, la cuisine est commune, et les plats rappellent le pays. Toutes les mamans s'entraident malgré la barrière de la langue. Pour Sara, ce sont des moments de joie : « C'est à toi de préparer ce que tu veux, selon votre culture. Il y a toujours cinq ou six mamans. Tu demandes le sel, l'autre te montre le sucre. C'est du fun. » Depuis le tournage du reportage, Ebenzer et Catherine sa maman ont quitté les soins intensifs. La convalescence du petit garçon se passe bien. À lire aussiSoudan du Sud: l'ONG Save the Children suspend à son tour ses activités dans l'est du pays

Des négociations ont eu lieu à Genève, en Suisse, entre représentants russes, américains et ukrainiens, mardi 17 février 2026. Sur la table, il reste vraisemblablement des points sensibles. Parmi eux : un éventuel partage de l'oblast de Zaporijjia, l'un des territoires qui a le plus difficilement résisté à l'invasion russe en 2025. Ces dernières semaines, Moscou avance dangereusement vers la ville de Zaporijjia, à moins d'une quinzaine de kilomètres de la ligne de front. Les villages au sud de la cité sont évacués au fur et à mesure que les combats se déplacent. De notre envoyé spécial à Zaporijjia, En Ukraine, au sud de la ville de Zaporijjia, à sept kilomètres du front, un centre de réfugiés accueille les tout derniers déplacés par les combats. Une femme attend devant un bureau, des sacs sur ses genoux et son bonnet sur la tête. « Je viens d'une zone proche du front, à quelques kilomètres. La situation est terrible. Il y a sans arrêt des drones qui nous cherchent pour nous tuer. Même si on est habitué, c'est effrayant. Quand tu sors de ta maison, tu regardes le ciel et ça vole. Ou alors ça explose, lorsqu'il s'agit de l'aviation. Dans le centre de mon village, tous les magasins ont fermé. Il n'y a plus personne, seulement une petite épicerie et c'est tout. Les gens partent. Tous les enfants ont déjà évacué avec leurs parents », témoigne-t-elle. Un nouveau bus arrive chaque heure, apportant les derniers réfugiés. Le bâtiment accueille de nombreux services administratifs pour les préparer à la vie d'après. Les autorités ont donné une chambre à Vladimir, un homme arrivé il y a quelques jours, après avoir été forcé par les militaires à quitter sa maison. « Ils vont me reloger, je ne sais pas où. Je n'ai nulle part où aller. Je n'ai personne, se désole-t-il. La ligne de front est déjà au niveau de mon village. J'ai été évacué par les soldats ukrainiens. Jusqu'ici, j'étais resté chez moi. J'étais en train de me réchauffer près du poêle. D'un coup, la porte s'est ouverte. J'ai vu le canon d'une arme avec une lampe éblouissante. Je ne voulais pas partir, mais les militaires m'ont forcé à venir avec eux. On a fait des kilomètres, on est passé par plusieurs villages jusqu'à ce qu'ils me déposent ici. » Interrogé sur un éventuel retour dans son village, Vladimir se dit incertain : « Un jour peut-être. Quand la guerre se terminera. Mais je ne sais pas quand ça va se finir. Peut-être dans 20 ans. » À lire aussiGuerre en Ukraine: contre-offensive ukrainienne inédite depuis 2023, sur fond de coupures Starlink côté russe

Depuis la réouverture le 1ᵉʳ février du point de passage de Rafah entre l'Égypte et la bande de Gaza, les Palestiniens qui avaient trouvé refuge dans le pays voisin depuis le début de la guerre peuvent envisager un retour chez eux. Au Caire, l'ambassade de l'Autorité palestinienne enregistre les demandes de départ. Mais pour l'instant, les autorisations arrivent au compte-gouttes et la décision de rentrer reste lourde à prendre. De notre correspondant au Caire, Mahmoud Mohsen, 65 ans, visage résigné et djellaba usée, reçoit sur la banquette arrière de la voiture d'un ami, faute de mieux. « Chaque jour je dors dans un endroit différent. En Égypte, on vit comme des mendiants. Aucune organisation ne nous aide, il n'y a pas de travail, il n'y a rien. » Cet ouvrier agricole originaire de Jabaliya, dans le nord de l'enclave, avait été évacué il y a un an pour soigner un cancer du larynx dans un hôpital à deux heures du Caire. Sorti depuis six mois, il désespère de retrouver un jour ses proches. « Je souffre, je souffre, je souffre… Et je veux rentrer chez moi. Ça suffit les déplacements forcés. On a eu 1948, on a eu 1967. Ça suffit. Je veux rentrer même si je n'ai plus rien. Même si je sais que c'est pour aller sous une tente. Car ma maison de quatre étages a été détruite. Comme la ferme que je venais de construire. » À lire aussiRéouverture du passage de Rafah: rentrer ou rester, le dilemme des réfugiés gazaouis en Égypte « Je dois revenir. Je veux être sur place, pas agir à distance » Inscrit dès l'ouverture sur la plateforme de l'ambassade de l'Autorité palestinienne au Caire, il doit prendre son mal en patience. Car les entrées pour l'instant se font au compte-gouttes, quelques dizaines de personnes par jour, jamais plus. Dix jours après la réouverture du point de passage, seules 213 personnes avaient pu regagner l'enclave. Attablée dans un café de la banlieue chic du Caire, Andaleeb Adwan ne se fait pas d'illusion. « Si on doit attendre un ou deux mois, ce sera déjà une bonne chose. Mais je crains que ce soit bien plus long. J'ai le sentiment qu'ils laissent d'abord rentrer les blessés venus se faire soigner, en priorité ceux qui sont à Al Arish. Au Caire, je n'ai entendu parler de personne qui ait pu rentrer pour le moment. » Fondatrice et directrice d'une organisation citoyenne à destination des jeunes gazaouis, elle fait de son retour dans l'enclave un impératif moral. « Je dois revenir. Je veux être sur place, pas agir à distance, pour voir comment l'institution fonctionne. Je sais que je ne resterai pas directrice éternellement, mais j'ai besoin d'être rassurée sur sa capacité à continuer car beaucoup de compétences ont été perdues, tuées sous les bombardements ou ont quitté Gaza. » Sur environ 100 000 Gazaouis réfugiés en Égypte, près de 20 000 se sont inscrits pour rentrer. À lire aussiRéouverture du passage de Rafah: une vingtaine de personnes a pu entrer en Égypte et à Gaza

En Suède, le gouvernement veut abaisser l'âge de la responsabilité pénale à 13 ans, face à la montée de la violence juvénile et au recrutement de mineurs par les réseaux criminels. Un projet de loi très critiqué, qui bouscule un modèle fondé sur la protection de l'enfance. Il a cependant de grandes chances d'être voté. En effet, le gouvernement dispose d'une majorité parlementaire. Un reportage de notre correspondante à Stockholm à retrouver en version longue dans Accents d'Europe. À lire aussiSuède: face au phénomène d'enfants embrigadés dans des gangs, le gouvernement cherche des solutions

À Guadalajara, ville de l'ouest du Mexique et l'une des trois villes hôtes nationales du Mondial de football 2026, des centaines de sacs poubelles contenant des restes humains ont été retrouvés ces derniers mois dans des fosses clandestines autour du stade qui accueillera la compétition. Alors que le Mondial se rapproche et que le pays se prépare à recevoir des touristes du monde entier, ces découvertes macabres rappellent la triste réalité des disparitions forcées au Mexique. De notre correspondante à Mexico, Le 4x4 avance sur un chemin de terre et s'arrête devant trois grands chênes. Derrière, les champs s'étendent à perte de vue. Carmen Ponce coupe le contact et saute du véhicule. « Quand on est arrivés, tout n'était que hautes herbes. On nous a dit qu'on allait trouver vers ces arbres, donc on s'est frayé un chemin et on a commencé à chercher vers cette pierre », montre-t-elle. La jeune femme de 26 ans marche vers un terrain débroussaillé. À côté des arbres, la terre fraîche indique l'emplacement de la fosse clandestine désormais recouverte : « De ce côté, à gauche, la tige en métal est entrée très facilement et, en la retirant de la terre, on a senti cette odeur fétide d'être humain en décomposition. » C'est un appel anonyme qui l'a guidée, elle et son collectif de recherche, vers cette fosse commune, en septembre dernier. Au bout de ce chemin, on leur a dit qu'ils trouveraient huit corps. Au final, une trentaine de sacs ont été déterrés. « Ce sont des sacs plastiques noirs, entourés de gros scotch, décrit Carmen Ponce. En les ouvrant, on a trouvé trois bras avec des tatouages qui nous ont été très utiles pour les identifier. Il y avait des sacs qui contenaient un bras, une jambe. Dans d'autres, juste le torse et un seul bras. » À lire aussiMexique: des marches de deuil pour les disparus à Mexico et dans plusieurs villes « On marche sur une terre où sont enterrés nos enfants » Aussi macabre soit-elle, la découverte de cette fosse n'a pas surpris le collectif de recherche. Ces derniers mois, plusieurs charniers comme celui-ci ont été localisés à Zapopan, à quelques kilomètres du stade qui accueillera quatre matchs du mondial de football en juin 2026. « Le cas de Zapopan est emblématique car c'est une zone où circule beaucoup d'argent, notamment du blanchiment d'argent, explique Jonathan Avila. Membre du Centre de justice pour la paix et le développement, il surveille cette zone depuis plusieurs années déjà. Le crime organisé y est présent depuis les années 1980. Et puis, cette zone autour du stade regroupe des champs et des terrains abandonnés, donc c'est plus simple d'y enterrer des corps. » En 2025, presque 500 sacs ont été déterrés aux alentours du stade. Des exhumations en masse, devant lesquelles les autorités locales ont gardé le silence. Seule prise de parole officielle, le maire de Zapopan a annoncé une réunion avec les représentants de la Fifa au Mexique pour évoquer le sujet des fosses. Ces déclarations sont loin d'être suffisantes pour les proches de disparus, comme la mère de Carmen Ponce qui cherche toujours son fils : « On marche sur une terre où sont enterrés nos enfants. Et toutes ces personnes qui vont venir découvrir la belle Guadalajara, je veux qu'elles sachent qu'elles marchent sur un cimetière. » Au total, plus de 130 000 personnes sont portées disparues au Mexique selon les chiffres du gouvernement fédéral. À lire aussiAu Mexique, les familles de disparus se lancent à la recherche de leurs proches

En Birmanie, près de cinq ans après le coup d'État du 1ᵉʳ février 2021, les organisations de défense des droits humains continuent d'alerter. Ces cinq dernières années, 64 des 73 médias indépendants de Birmanie ont été bannis du pays et contraints à l'exil, principalement en Thaïlande. Entre incertitude, pressions et recherche de financements, les défis sont grands. De notre correspondante de retour de Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, Dans son dernier rapport, Human Rights Watch dénombre 30 000 prisonniers politiques arrêtés par la junte en Birmanie, une répression renforcée lors des élections du mois dernier, du 28 décembre 2025 au 25 janvier 2026, et plus de 2 200 personnes mortes en garde à vue. Des témoignages font état de torture et violences sexuelles par la junte. Cette répression s'acharne également contre la presse, une presse qui était déjà fragilisée avant le coup d'État. Derrière un haut portail, dans une rue calme de Chiang Mai, la rédaction d'Irrawaddy est en pleine réunion. L'un des principaux médias indépendants birmans a été fondé dans les années 1990 par Aung Zaw, déjà en exil à cette époque, avant un retour en Birmanie entre 2012 et 2021. « Après le coup d'État, le régime a ciblé en priorité les médias. Notre responsable administratif, mon ami, est encore en prison », explique le journaliste. La rédaction, une quarantaine de journalistes, a trouvé refuge en Thaïlande. Il reste une dizaine de correspondants en Birmanie, ils travaillent incognito et sous pression. « Notre site en birman subit des cyberattaques, ça arrive beaucoup ces temps-ci, poursuit Aung Zaw. Le régime a aussi créé de nombreux petits médias qui diffusent des rumeurs, ça nous demande plus de travail, car nos lecteurs veulent connaître la vérité. » Ce journal garde aussi un œil critique sur l'opposition. « On est connu pour ça, l'opposition nous adore et nous déteste… », s'amuse le fondateur d'Irrawaddy. À lire aussi«Les armes sont dans leurs mains»: en Birmanie, le deuil et l'impuissance d'un père face à la répression Des médias qui s'entraident Depuis un an, Irrawady, comme ses concurrents Mizzima ou DVB, doit faire sans les aides au développement des États-Unis et d'autres pays européens. « On a perdu 20 à 25 % des financements. L'an passé a été très dur et il reste beaucoup d'incertitudes pour cette année… », confie Aung Zaw, qui a dû licencier une dizaine d'employés. Les médias en exil cherchent donc des solutions ensemble. « On est toujours concurrents, mais on se partage les informations, positive le journaliste. J'en suis très heureux. On cherche le soutien de fondations privées, de philanthropes… c'est comme ça qu'on essaie de survivre dans ce monde en crise. » Des journalistes en situation de précarité Les journalistes indépendants sont encore plus précaires, en particulier les femmes. Ma Zee, c'est un surnom, les accompagne grâce à son ONG Exile Hub, fondée il y a 5 ans. Son réseau, discret, a d'abord aidé des dizaines de journalistes à fuir. Désormais, elle les aide à reconstruire leur vie, en Thaïlande ou ailleurs. « Les salaires dans la presse ici sont très faibles. Certains travaillent donc à côté, dans des cafés, dans la construction, témoigne la directrice de l'ONG. Beaucoup ont dû changer d'identité, ils ont besoin d'aide sur tous les plans. » Ma Zee et son réseau financent des bourses de reportages et des formations. L'ONG accompagne aussi celles et ceux qui sortent de prison. La Birmanie est le deuxième pays dans le monde qui emprisonne le plus de journalistes. À lire aussiEn Birmanie: Sai Zaw écope de 20 ans de prison pour avoir fait du journalisme

La Banque centrale russe se réunit ce vendredi 13 février. Au menu : une baisse de son taux directeur. Officiellement, l'inflation est en recul, mais les Russes disent être contraints de toujours regarder davantage les étiquettes. La Banque centrale va-t-elle continuer sa politique des petits pas sur son taux directeur ? Après avoir atteint un plus haut de 21 % en octobre 2024, pour contrer une économie en surchauffe en raison de l'explosion des dépenses, celui-ci a été abaissé graduellement en 2025 pour atteindre 16 % le 19 décembre dernier. Sur le papier, l'inflation est enfin redescendue en dessous des 10 % en rythme mensuel et la croissance, elle, a très fortement décéléré : elle est prévue à 0,8 % en 2026, selon la dernière analyse du FMI publiée le 19 janvier dernier. Les Russes, eux, au quotidien, disent pourtant faire de plus en plus attention à leurs dépenses en raison de prix élevés. En raison notamment de l'augmentation de la TVA de 20 à 22 % le 1ᵉʳ janvier dernier, mais pas que. Rencontré dans une rue piétonne et commerçante du centre d'Irkoutsk, un jeune homme explique : « La chose la plus remarquable pour moi, personnellement, c'est le tarif du ticket de transport en mini-bus ; il a doublé depuis 4 ans que je vis ici. C'est beaucoup, c'est vraiment beaucoup. À un moment, je me suis même dit : "Mais, tout mon argent liquide a disparu ?!" Je me suis même dit qu'on m'avait volé. En fait, c'est juste que les tickets sont passés de 25 à 50 roubles chacun ». Que faire ? Pas grand-chose à ses yeux : « C'est l'hiver, il fait -20°C, je ne vais pas aller à l'université à pied. » À lire aussiComment le conflit en Ukraine change la société et l'économie de la région d'Irkoutsk Faire des choix dans son budget D'autres, dans cette rue dotée de petites boutiques et d'un grand centre commercial au bout, ont en tête que chacun doit désormais faire des choix dans son budget. Comme cette mère de famille venue de la ville de Tchita, à près d'un millier de kilomètres d'Irkoutsk, avec son fils adolescent : « Quand je fais des cadeaux, explique-t-elle, j'essaie que ce soit quelque chose de pratique, par exemple pour la maison. En général, j'offre du textile, des serviettes, des torchons, quelque chose de pratique pour la cuisine. Que ça soit utile, pas juste pour le fun. » Quelques mètres plus loin, on croise une jeune fille pour qui les cadeaux, c'est sacré, et tant pis si elle doit se serrer la ceinture ailleurs. « Quand il s'agit de cadeaux, personnellement, je suis absolument sans limites, parce que je veux vraiment faire plaisir à ceux que j'aime, avec ce que je peux trouver de mieux, dit-elle dans un sourire. En revanche, je suis beaucoup plus prudente quand je fais mes courses au jour le jour. Surtout pour la nourriture. Après tout, on mange tous les jours, autant faire attention à ça. Sinon, il n'y a pas d'issue. » Le petit parti d'opposition Rasvët notait lui, hier, sur son réseau social : « En réalité, les prix peuvent fluctuer considérablement en fonction de la région, du réseau commercial ou de la catégorie de produits. » Ainsi, le coût des concombres dans la région de la Volga peut dépasser 400 roubles, à Omsk, c'est 500 roubles par kilogramme, et à Moscou, certaines variétés de tomates sont à 1 500 roubles. Pour la jeune fille en tout cas : « Cette hausse des prix, c'est vraiment inquiétant. On se demande quand ça va s'arrêter. Et si d'ailleurs ça va s'arrêter un jour. Ce sentiment d'instabilité, ça me préoccupe vraiment. » « On ne voit pas ce que l'avenir nous réserve » Dans la ville d'Angasrk, à deux heures de route, certains s'inquiètent particulièrement pour les plus fragiles. Dimitri [il a demandé à n'être cité que par son prénom, NDLR] note : « Le prix pour un morceau de pain d'environ 400 grammes était de 44 roubles en décembre et il est passé à 49 en janvier. C'est +22 %, et encore, on parle d'un produit dont le prix est régulé. Et c'est pareil avec le lait, alors que ce sont des produits essentiels. Les prix ont déjà tellement bondi que c'est difficile pour les retraités, avec leur pension de 17 000 roubles. Et que va-t-il encore se passer ensuite ? On ne voit pas ce que l'avenir nous réserve. » Et quand ce n'est pas, encore une fois, l'incertitude sur l'avenir qui est soulevée, c'est une question plus précise qui pointe, comme chez Oleg [lui aussi a demandé à n'être cité que par son prénom, NDLR] : « Je m'inquiète que la population s'appauvrisse. Je pense qu'il va y avoir de moins en moins d'argent en Russie, que les budgets publics vont devoir être revus à la baisse plus d'une fois. Et plus la pression sera élevée, moins il y aura d'argent et plus la nourriture sera chère. » Il y a 10 jours, Vladimir Poutine annonçait que la croissance 2025 avait bien été de 1 %, très en dessous des performances des deux années précédentes. Et demandait à son gouvernement de tout mettre en œuvre pour la faire repartir. À lire aussiNouvelles coupes à venir dans les forêts du lac Baïkal

Comment continuer d'informer les Iraniens en pleine répression et au milieu d'un blackout informationnel ? Informer et soutenir les Iraniens, c'est la mission que s'est fixée la chaîne de télévision Iran International, en langue persane et considérée comme une entité terroriste par le régime des Gardiens de la Révolution. Iran International revendique des millions de téléspectateurs à travers le monde. Sa particularité : elle émet depuis Londres. Visite de la rédaction ultra-sécurisée. De notre correspondante à Londres, Nichés au cœur d'une zone industrielle, les studios d'Iran International sont cachés derrière des barrières opaques. Sharareh Azizi vient de présenter son dernier JT de la journée. La journaliste a les traits tirés, après un mois à couvrir la répression en Iran : « C'est un poison, jour après jour, de voir les images, d'écrire des articles, de monter des vidéos en floutant le sang, puis de prendre l'antenne. Parfois, je me mets à pleurer face caméra. Ça me rend triste, parce que c'est mon pays, que j'aime. Nous traversons un traumatisme collectif. » Établie en 2017 et financée par un investisseur saoudien, la chaîne emploie des journalistes iraniens, qui assistent de loin à ce qui se passe dans leur pays. Depuis le début des manifestations, le rédacteur en chef Aliasghar Ramezanpoor a dû réorganiser ses équipes : « Nous avons dû demander du renfort pour notre couverture, par exemple au service des sports. Mais le problème, c'est qu'on doit forcer les journalistes à prendre leur repos hebdomadaire ! Ils se sentent coupables de prendre un jour de repos à la maison et de ne pas pouvoir couvrir ce qui se passe en Iran. » La rédaction a mis en place un soutien psychologique. Surtout que la chaîne fait partie des ennemis du régime : « Nous recevons des menaces, nos familles en Iran sont convoquées et le régime sait où nous vivons. C'est devenu une habitude : ne pas quitter nos domiciles toujours à la même heure, limiter nos sorties en public. » À écouter aussi«Iran, la révolte massacrée»: une enquête exclusive de France 24 sur la répression massive Une carte qui recense les victimes En bas de l'écran, des messages défilent pour donner des nouvelles à la diaspora. Ainsi que les photos des victimes identifiées. Au rez-de-chaussée de la rédaction, Roland West, le directeur créatif, a créé une carte pour recenser les milliers d'Iraniens tués. « Cette base de données contient toutes les victimes vérifiées, à travers tout l'Iran. C'est assez simple pour l'instant : on a une photo pour la majorité des gens, un nom, un endroit, parfois leur âge. J'aimerais qu'on traduise cette carte en anglais, parce que c'est un outil puissant. » Une sorte de monument aux morts virtuel, au-delà de la dimension informative. Le projet pourrait avoir un intérêt futur, explique Adam Baillie, porte-parole d'Iran International. « Certes, nous ne sommes pas un tribunal, ni une ONG, mais toutes ces informations vérifiées que nous avons, nous les tenons à disposition si le conseil des droits humains des Nations unies veut poursuivre des membres du régime. » Avec ses 50 millions de téléspectateurs hebdomadaires, Iran International se revendique comme la voix du peuple iranien, de l'extérieur. À lire aussiIran: le 47e anniversaire de la révolution islamique célébré sur fond de crises politiques

Arrestations brutales et arbitraires souvent au faciès, la police de l'immigration toujours présente à Minneapolis et dans l'État du Minnesota suscitent la peur, notamment dans la communauté somalienne. Le Minnesota regroupe la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. En décembre dernier, le président Trump avait dit ne plus vouloir d'eux dans le pays : il a révoqué le statut de protection temporaire pour les Somaliens en janvier. La communauté somalienne de Minneapolis a été prise pour cible à cause d'une affaire de fraude aux fonds publics autour de programmes sociaux. Des cas de fraudes avérés dont des ressortissants somaliens étaient responsables et qui ont légitimé, aux yeux de Donald Trump, de s'en prendre à cette diaspora. À lire aussiÉtats-Unis: pour les habitants de Minneapolis, le retrait de 700 agents de l'ICE n'est pas suffisant

Les Jeux olympiques d'hiver 2026 ont commencé. Derrière les images spectaculaires des montagnes du nord de l'Italie se cache une réalité bien différente : l'impact environnemental. La candidature italienne promettait des Jeux « durables », à l'impact nul ou presque. Mais le bilan s'avère bien moins reluisant. Les acteurs de la protection de l'environnement dénoncent un manque de concertation et de transparence. Reportage de notre correspondante à Cortina d'Ampezzo. À lire aussiCollectif «NO JO»: aux Jeux olympiques d'hiver, «on est arrivés au terme d'un modèle sportif et économique»

Les relations diplomatiques Honduras-Taïwan furent coupées en 2023 par la présidente Xiomara Castro au profit de la Chine. Le nouveau président hondurien, Nasry Asfura, soutenu par Donald Trump, a évoqué à de nombreuses reprises son souhait de tourner le dos à Pékin. Pour Taïwan, ce serait une opportunité de pouvoir peut-être regagner un de ses rares alliés sur la scène internationale. Rencontre à Taïpei avec la diaspora hondurienne, installée à Taïwan avant la rupture des liens diplomatiques. De notre correspondant à Taipei, Aldo Balsamo vit depuis cinq ans à Taïwan. Arrivé sur l'île grâce à une bourse d'études offerte par le gouvernement taïwanais, il a décidé de poursuivre ses études malgré la rupture diplomatique entre le Honduras et Taïwan en 2023 : « Si je devais donner un pourcentage, je dirais entre 70 et 80% de chances que le président rétablisse une relation avec Taïwan. Mais il y a toujours la possibilité que la Chine le séduise avec un accord, ce qu'ils ont souvent fait dans la région. » Une possibilité qu'il n'envisage pas sereinement : « J'aime Taïwan. Mais l'idée que nous puissions arrêter de reconnaître la Chine au profit de Taïwan me fait un peu peur. Je sens qu'il y a de bonnes chances que la Chine puisse riposter contre le Honduras. Chez nous, tout est chinois de nos jours… C'est assez effrayant. » Si Aldo a pu rester à Taïwan malgré l'arrêt de sa bourse d'études, c'est en partie grâce au soutien de la communauté hondurienne, menée par Fernando Ramos. Avocat et journaliste, il est à Taïwan depuis plus de dix ans. C'est une figure très active de la petite communauté hondurienne sur l'île. « Économiquement, c'était désastreux pour nous. L'industrie de la crevette est morte, le nombre de bourses d'études a été réduit, nous n'avons vu aucun bénéfice pour le café ou quelque produit agricole que ce soit. De l'autre côté, ajoute Fernando Ramos, nous avions Taïwan qui offrait trois fois plus de bourses d'études, achetait 40% de notre production de crevettes. Je ne vois pas de raisons qui indiqueraient pourquoi le gouvernement hondurien devrait rester avec la Chine. » « Des raisons économiques, diplomatiques » Pour lui, les raisons de rétablir une relation diplomatique avec Taïwan seraient donc économiques, mais aussi politiques, voire idéologiques : « Je pense que Nasry Asfura doit beaucoup à Trump pour son élection, et qu'il fera ce que Trump veut. Ni les Honduriens ni le gouvernement du Honduras ne se laisseront convaincre par de simples promesses chinoises. » Si revirement il y a, ce serait une défaite diplomatique difficile à encaisser pour la Chine, dans un contexte politique régional tendu, comme le rappelle Florencia Huang, universitaire taïwanaise spécialiste de l'Amérique latine : « La Chine n'accorde peut-être pas beaucoup d'importance au Honduras. Mais nous devons également tenir compte du fait que la Chine se trouve actuellement dans une situation très difficile en raison du cas Maduro au Venezuela. Si la Chine souhaite conserver son influence dans ce moment critique, elle tentera de ne pas perdre un autre allié en Amérique centrale. Elle va donc surement essayer de négocier et de tenir ses promesses faites en 2023. » Depuis le début des années 2000, neuf pays d'Amérique centrale et des Caraïbes ont reconnu la Chine au détriment de Taïwan : parmi eux, aucun n'est revenu sur sa décision. À lire aussiHonduras: les ONG inquiètes après la victoire du nationaliste Nasry Asfura à la présidentielle

Grâce à une fiscalité avantageuse, l'Irlande a su attirer les géants pharmaceutiques, au point d'en faire l'un des piliers de son économie. Mais Donald Trump brandit désormais la menace de droits de douane, pour pousser ces entreprises à relocaliser aux Etats-Unis. Or, les médicaments représentent près de la moitié des exportations irlandaises, avec les États-Unis comme premier client ! En Europe, l'Irlande serait ainsi le pays le plus exposé. Près de Cork, Ringaskiddy, surnommé le « village du Viagra », retient son souffle. Reportage de Clémence Pénard. John n'avait que 22 ans quand Pfizer s'est installé à Ringaskiddy. C'était en 1969 : « Tu vois, juste là, le château d'eau ? L'espèce de champignon, là ! Ça appartient à Pfizer ! » Le succès est tel que l'entreprise s'empresse de construire deux autres usines. Si bien qu'aujourd'hui, sous les coups de 8 heures, le site devient une véritable fourmilière : « Le matin, les routes sont totalement saturées : les files de voitures s'étendent sur des kilomètres. Et c'est la même chose le soir ! Une autoroute devait être construite il y a trente ans… Bon, elle doit être terminée d'ici trois ans. On vit dans l'espoir ! » Le « Pfizer Stop » Un arrêt de bus, le « Pfizer Stop », a tout de même été créé, rien que pour les salariés qui produisent, depuis 1998, le médicament le plus tonique de la région : le viagra ! « À l'époque, on n'arrivait même pas à prononcer le nom : "Pf i zeur" ! Mais tout le monde voulait y travailler, absolument tout le monde. Les salaires étaient multipliés par quatre ! Même le fournisseur de papier toilette était devenu riche ! » Et il n'a pas fallu longtemps pour que le « village du Viagra » attire d'autres géants pharmaceutiques. Aujourd'hui, les Américains Johnson & Johnson, Thermo Fisher ou encore BioMarin profitent eux aussi du port de cet ancien village de pêcheurs, idéal pour exporter leurs médicaments ! Et à seulement 20 km de là, Lilly fabrique Mounjaro et Zepbound, deux médicaments anti-obésité, best-sellers aux États-Unis ! Ambiance à Ringaskiddy et dans les villages voisins Ainsi, dans Ringaskiddy et les villages voisins, ce sont plus de 20 000 personnes qui travaillent pour ces mastodontes, souvent de génération en génération. Audrey Buckley est élue locale du Fianna Fáil, le parti au pouvoir : « S'il arrivait quoi que ce soit à l'industrie pharmaceutique ici, ce serait tout simplement dévastateur pour toute la région. Dévastateur… Aujourd'hui, au dîner autour de la table, les mêmes questions reviennent sans cesse : est-ce que tels travaux ont démarré à l'usine? Est-ce qu'il y a de nouveaux projets ? Or, tout semble à l'arrêt. C'est une énorme source d'angoisse, les gens repoussent l'achat d'une voiture, l'extension de la maison, et ainsi de suite. Ils dépensent moins, c'est sûr, donc on voit déjà des effets ! » Économiste à l'université de Cork, Eleanor Doyle voit aussi un ralentissement du secteur, mais tente tout de même de rassurer : « Pour les usines pharmaceutiques, les délais pour obtenir les autorisations de construction sont si longs, qu'à moyen terme, une délocalisation est peu envisageable ! » Pour l'instant, l'Irlande profite d'un répit, l'administration américaine semblant se concentrer sur d'autres régions du monde.

Le 8 février, plus de 50 millions de Thaïlandais sont appelés à voter à la fois pour renouveler leur Parlement et pour dire oui ou non à une révision de la Constitution de 2017, rédigée sous la junte militaire issue du coup d'État de 2014. Le référendum est jugé crucial par l'ONG de défense des droits civiques iLaw, qui a choisi une méthode de campagne originale : sensibiliser les électeurs à travers des événements autour de la course à pied, une activité en plein essor dans le royaume. De notre correspondant à Bangkok, « Pour une nouvelle Constitution, et pour faire avancer le pays — votez oui ! », scande la foule. « Allez, mettez-vous en place, le départ de la course va être donné ! », lance un organisateur de l'événement. Ils sont une cinquantaine, ce soir-là, à courir dans le célèbre parc Lumpini, en plein cœur de Bangkok. Pas un simple footing collectif : ces joggeurs, comme ce jeune homme à bout de souffle, participent à une opération de sensibilisation au référendum constitutionnel, organisé le même jour que les élections du 8 février. « Je suis là parce que je veux un nouvel avenir pour la Thaïlande », lâche ce jeune joggeur. « J'ai deux enfants : j'ai envie que ce pays soit stable pour leur avenir » Jan, 23 ans, porte un t-shirt appelant à voter « oui » au changement de Constitution : « Je soutiens cette campagne à 100 %, car l'actuelle Constitution de 2017 a été écrite par le régime militaire, et certains articles freinent la démocratie. » Coureur régulier, Pap espère lui aussi une réécriture de la Constitution pour les générations futures : « Il en faut une nouvelle pour plus de transparence et pour réduire, je l'espère, la corruption. J'ai deux enfants : j'ai envie que ce pays soit stable pour leur avenir. Je suis plutôt confiant, même ma mère m'a dit qu'elle voterait "oui" pour ses petits-enfants. » Depuis le début de l'année, des courses se déroulent chaque semaine dans les grands parcs de la capitale, mais aussi dans d'autres provinces, pour mobiliser les électeurs autour du scrutin. C'est l'ONG de défense des droits civiques iLaw, dont Jib fait partie, qui est à la manœuvre : « En ce moment, la génération Z et beaucoup de gens prennent soin de leur santé, il y a de nombreux clubs de course. On voulait en profiter pour sensibiliser au scrutin. La dernière fois, ça a vraiment dépassé nos attentes : on ne s'attendait pas à voir autant de monde. » Un référendum constitutionnel plus important que les élections Des élus de l'opposition, des personnalités publiques et des artistes ont rejoint le camp du « oui », lors de ces courses souvent prolongées par des débats ou des concerts. À Benjasiri, un autre parc de la capitale, John Winyu, présentateur d'une émission de satire politique suivie par plusieurs millions de personnes sur les réseaux sociaux, n'a pas couru, mais il est venu apporter son soutien : « Les gens veulent un nouvel espoir. Ils attendent de ces élections un gouvernement qu'ils auront choisi, et bien sûr, espèrent se débarrasser de cette Constitution. » Après deux tours de parc, Yingcheep Atchanont, directeur de iLaw, rappelle à quel point le référendum constitutionnel est crucial : « Pour nous, ce référendum est plus important que les élections. Quel que soit le vainqueur, gouverner avec cette Constitution restera très compliqué, car elle a été pensée pour réprimer n'importe quel gouvernement élu qui entend mener des réformes structurelles. » Selon lui, un « non » maintiendrait la Thaïlande dans ce cycle d'instabilité politique pour des décennies encore. À lire aussiRéférendum constitutionnel en Thaïlande: un vote sous contrôle de la junte