Une émission consacrée à la langue française dans le monde et aux cultures orales. Un rendez-vous quotidien du lundi au jeudi, pour rendre plus vivant notre rapport à la langue, et être la vitrine des initiatives en faveur de la francophonie. Une émission

Dans son premier roman, Adèle Haenel nous fait suivre les métamorphoses d'un enfant fantôme lancé sur les traces de sa propre disparition au travers de la vie et de l'art. Elle est celle qui parle : elle avait témoigné en 2019 des violences qu'elle a subies dans l'enfance, celle qui a dénoncé aussi la complicité du milieu du cinéma. Elle publie aujourd'hui « Viser juste » pour faire taire le silence, briser le déni. Elle y parle de la possibilité de construction ou de reconstruction. Invitée : Adèle Haenel, artiste, interprète. Elle a collaboré au cinéma avec les frères Dardenne et Céline Sciamma. Elle est également metteuse en scène. « Viser juste » est publié aux éditions de l'Arche. Programmation musicale : Les artistes Supremnova & Jemma's Palace avec le titre « La Var ».

« L'art de la chute » est une mise en voix qui réunit sept auteurices sur scène. Tour à tour, ils livrent un récit à la première personne où s'entremêlent joyeusement vécu et fiction, poésie et politique. Quand écrire devient aussi l'art de tenir sur ses jambes. Tantôt drôles, absurdes, inquiets, tendres, et toujours percutants, les textes qui composent L'Art de la chute font résonner des voix singulières pour transformer l'espace théâtral en lieu d'affirmation et de réinvention de soi. Les thèmes abordés sont les violences économiques et sexuelles, la transidentité, le racisme systémique, les troubles psychiques. Ainsi, Pierre Koestel, écrivain de théâtre et dramaturge, endosse le rôle de maître de cérémonie et imagine plusieurs façons de faire vibrer les textes du collectif. « Avec le stand-up, on tend vers le comique, pourtant c'est une technique d'écriture assez rigide ! Il y a des règles de musicalité de la langue. » Il utilise la chute comme fil conducteur. C'est un art qui peut paraître minoré, et pourtant c'est très politique. « Une vanne, ça se construit, ça doit être saillant. Il faut parfois réécrire la punchline jusqu'à ce qu'elle fasse mouche ! » Marie de Dinechin est comédienne et autrice. Elle axe son travail autour de la bipolarité. Elle même atteinte de ce trouble psychique, elle joue avec les codes de l'autofiction. Son écriture est tournée vers le public pour tenter de lui raconter cette maladie, avec beaucoup d'humour et de joie. Invités : Pierre Koestel et Marie de Dinechin. La puce à l'oreille Et comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup décortique les expressions de la langue française dans sa chronique La puce à l'oreille. Cette semaine, elle nous met dans « de beaux draps » avec Benjamin Rouxe, lexicographe aux éditions Le Robert. La chronique La puce à l'oreille, en partenariat avec les éditions Le Robert. À retrouver sur le blog Dis-moi Robert. Programmation musicale : L'artiste Eddy de Pretto avec le titre « Sous influence ».

Neuf ans après Ouï, Camille sort un nouvel album The Sound of Milk, un disque enregistré sur plus de 15 ans autour de la maternité, de l'enfance et de l'adolescence, et des chansons qui grandissent en même temps. Il aura fallu près de quinze ans à Camille pour composer ce nouvel album. Pensé comme un triptyque, il se déploie comme un véritable hommage à la maternité. Tout commence avec le titre « The Sound of Milk », choisi en anglais parce qu'elle redoutait la polysémie du mot « lait » en français. « C'est aussi la douceur du son milk qui m'a décidée », confie-t-elle. Articulé en trois volets — naissance, enfance, adolescence — l'album est une suite de récits intimes. Camille a attendu que ses enfants grandissent avant de poser un regard distancié sur la maternité et sur eux. Elle y célèbre la joie, comme force vitale dans une époque troublée « Dans cet état d'anxiété, on peut rester tendre. J'aime croire qu'une chanson pourrait avoir la possibilité de sauver le monde. » Pour écrire ses textes, elle puise parfois dans un mot d'enfant, une onomatopée, une phrase lâchée au hasard. Elle se dit « plus sensible aux sons qu'aux images » et évoque « une montée en sons à partir de mots simples », comme si le langage se réinventait à hauteur d'enfant. Camille est une chanteuse, auteure-compositrice et musicienne française reconnue pour son univers singulier, mêlant pop expérimentale, chanson française et recherches vocales contemporaines. Révélée au début des années 2000, notamment avec l'album Le Fil, elle s'est imposée par sa façon de traiter la voix comme un véritable instrument, en jouant sur les textures, les boucles et les percussions vocales. Parmi ses titres marquants, on peut citer « Ta douleur », « Au Port », « Pale Yellow » ou encore « Je ne mâche pas mes mots ». Au fil de sa carrière, elle a exploré des univers variés à travers des albums comme Le Sac des filles, Music Hole ou Ilo Veyou, où l'on trouve des chansons telles que « Paris », « Gospel With No Lord » ou « L'Étourderie ». Elle a aussi participé à des projets collectifs et à des bandes originales, théâtre et performance vocale. Invitée : la chanteuse Camille. Son album triptyque « The sound of milk » sortira le 18 septembre 2026. Programmation musicale : - Comptine extraite du volet 1 Naissance - La terre du volet 2 Enfance - Monsieur Garçon du volet 3 Adolescence - GTB du volet 3 Adolescence.

Chaque soir, la metteuse en scène Andrea Jiménez invite un nouvel acteur à monter sur scène pour endosser le rôle du Roi Lear… mais sans aucune répétition préalable et sans avoir appris le texte : un véritable saut dans le vide ! Le comédien est uniquement guidé par la metteuse en scène en direct… à l'aide d'un acteur souffleur. Mathieu Amalric, Nicolas Bouchaud, Pascal Gregory, Arthur Nauziciel, Laurent Pointrenaux, Pascal Reneric et Dorcy Rugmaba, Marcel Bozonnet : un casting de luxe avec des acteurs majeurs du théâtre et très célèbres qui acceptent de se jeter dans le vide pour jouer le Roi Lear ! le spectateur ne sait pas à l'avance quel comédien jouera le vieux roi shakespearien « c'est pour créer cet effet de surprise de l'irrépétible, de l'unique », explique Andrea Jimenez. « Les comédiens eux-mêmes acceptent pour ce désir d'être toujours surpris, de faire face à quelque chose de nouveau. » « C'est même plus qu'une expérience, c'est un voyage. », précise Marcel Bozonnet. Sur scène, Andrea Jimenez joue le rôle de Cordélia, la fille de Lear, et il y a un acteur qui souffle le texte à l'acteur qui joue Lear avec une oreillette... Cet acteur ne sait rien du texte... La metteuse en scène a appliqué ce dispositif 135 fois avec 135 acteurs différents et notamment au festival d'Avignon. Le Roi Lear, tragédie de Shakespeare, a été écrite entre 1603 et 1606. La pièce raconte l'histoire d'un vieux roi qui décide de partager son royaume entre ses trois filles en échange de déclarations d'amour. Trompé par les flatteries de Goneril et Regan, il déshérite Cordélia, la seule sincère. Les deux aînées, une fois au pouvoir, l'humilient et le chassent, tandis qu'un complot parallèle oppose le duc de Gloucester à son fils légitime Edgar, trahi par l'ambitieux Edmund. Lear sombre alors progressivement dans la folie en découvrant la trahison de ses deux filles et la fragilité du pouvoir. Cordélia revient avec une armée pour le sauver, mais la défaite, les exécutions et les meurtres se succèdent, aboutissant à la mort de Cordélia et de Lear, et à une fin profondément tragique qui interroge la justice humaine et divine... Avec cette pièce, la metteuse en scène Andrea Jimenez entend faire le lien entre son histoire personnelle et celle contée par William Shakespeare : ainsi que le Roi Lear a répudié Cordélia, la metteuse en scène a elle-même été répudiée par son père... Invités : Andrea Jiménez, autrice et metteuse en scène de Casting Lear et Marcel Bozonnet, l'un des comédiens qui joue le rôle du Roi Lear. Andrea Jiménez est metteuse en scène, interprète, auteure et productrice espagnole. Marcel Bozonnet est un acteur, metteur en scène et pédagogue français né à Semur-en-Auxois, le 18 mai 1944. Ancien directeur du Conservatoire national, ancien administrateur de la Comédie française, il a joué des dizaines de rôles sur toutes les scènes d'Europe avec les plus grands metteurs en scène. Il joue le rôle du Roi Lear. Casting Lear, d'après Le Roi Lear, de William Shakespeare : à voir au Théâtre de la Ville, aux Abbesses jusqu'au 18 septembre 2026. Et la chronique Ailleurs au Canada avec Sherry Simon, professeure émérite de l'Université Concordia. Elle participe à une conférence consacrée aux Langues minorisées, pour fêter les 30 ans de la Déclaration universelle des droits linguistiques qui aura lieu le jeudi 17 septembre 2026 à l'Université Concordia Montréal. Programmation musicale : Le groupe Java et Winston « Macanuf » avec le titre En fait.

Jonas voit son quartier de Port-au-Prince s'embraser. Il quitte Haïti, pour fuir vers le Canada en emportant quelques objets dans un sac plastique. Un périple à travers les Amériques commence alors, où les dangers se mêlent aux élans de solidarité. Après l'embrasement de son quartier de Port-au-Prince, Jonas n'emporte presque rien avec lui en quittant Haïti. Se réfugiant d'abord en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique, ce professeur d'histoire franchit les frontières dans l'espoir d'atteindre le Canada et le peu de famille qu'il lui reste, Jonas se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l'ICE et d'une administration prête à tout pour mener sa chasse aux migrants. Lorsque Jonas, professeur d'histoire et poète fuit Haïti, ce n'est pas pour devenir riche mais pour vivre, pour fuir la vie dans un « pays mort » aux mains des gangs. Il emporte dans un sac plastique Carrefour, la photo de sa mère, une brosse à dents, un savon et un recueil de poèmes de René Depestre à qui il rend hommage en écrivant ce roman, un modèle pour l'auteur « un refuge en papier, un abri pour mes pensées », écrit-il. Il connait les épreuves mais aussi des choses joyeuses d'ailleurs le héros rit beaucoup dans le livre : un rire pour tenir, « je ris pour ne pas tomber », fait-il dire à Jonas. Thélyson Orélien met la langue au cœur du roman : lorsque Jonas parle, il parle en créole, c'était essentiel pour l'auteur. Il y a beaucoup d'étapes dans ce périple terrible et plein de mots car le personnage est d'abord un fuyard, puis un migrant, puis un clandestin, puis un dossier quand il demande l'asile... Chaque étape lui demande de rester debout. Ce roman n'est pas à proprement parler autobiographique même si l'auteur a certains points communs avec son héros qui a aussi connu le rejet et la violence administrative. L'auteur se dit, avec ce roman, « engagé mais pas militant ». Invité : Thélyson Orélien. Son roman C'était ça ou mourir est publié aux éditions Grasset. Né aux Gonaïves en Haïti en 1988, Thélyson Orélien quitte son pays en 2010 après le terrible séisme qui a touché le pays et s'installe au Québec où il vit toujours. C'était ça ou mourir a été publié en 2026 aux Éditions du Boréal, une maison d'édition canadienne, basée à Montréal, qui publie en langue française de la littérature générale. Le succès a été tel qu'il a été publié chez Grasset en cette rentrée littéraire. Une trentaine de traductions sont déjà en cours. L'ouvrage fait partie des premières sélections des prix Goncourt 2026, prix Décembre 2026, Prix Renaudot 2026 et prix Femina 2026. Thélyson Orélien sera présent pour une rencontre, au festival littéraire Maillage au Palais de la Porte Dorée le 27 septembre 2026. Programmation musicale : La chanteuse Alma Rechtman avec le titre « Papa la maison s'effondre ».

Cent ans après la parution de Nadja, Gallimard publie la correspondance échangée entre André Breton et la jeune femme qui inspira le livre, Nadja — de son vrai nom Léona Delcourt — entre octobre 1926 et février 1927. Une exposition vient également mettre en lumière ces lettres, longtemps conservées à la Bibliothèque nationale de France. André Breton (1896–1966) est un écrivain et poète français, surtout connu comme le principal théoricien et fondateur du surréalisme, mouvement artistique et littéraire du XXè siècle. Nourri par la psychiatrie, la psychanalyse freudienne et son expérience de la Première Guerre mondiale, il rejette le rationalisme et les valeurs bourgeoises pour promouvoir une littérature tournée vers le rêve. Il a notamment publié le Manifeste du surréalisme (1924). Au cœur de son œuvre se trouve également Nadja publié en 1928, un récit hybride mêlant autobiographie, enquête, journal intime et photographies. L'auteur y raconte sa rencontre avec une femme mystérieuse, Nadja, figure à la fois réelle et fantomatique. Cette femme qui s'appelle Léona Delcour a réellement existé. Elle connaitra un destin tragique puisqu'elle deviendra folle et sera internée avant de décéder à l'asile, en 1941 à l'âge de 38 ans. Invité : Alban Cerisier, historien, archiviste. À lire : Nadja d'André Breton, 1928. Nadja : Lettres à André Breton. Suivi d'autres textes et d'un choix de dessins. Édition d'Olivier Wagner À voir : Nadja « Ma main écrit ce que tu penses... ». À voir à la Galerie Gallimard du 4 septembre au 3 octobre. La puce à l'oreille Et comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup décortique les expressions de la langue française dans sa chronique La puce à l'oreille. Cette semaine, elle nous propose de «vider son sac» avec Géraldine Moinard, lexicographe aux éditions Le Robert. Mais de quel sac parle-t-on au juste ? La chronique La puce à l'oreille, en partenariat avec les éditions Le Robert. À retrouver sur le blog Dis-moi Robert. Programmation musicale : L'artiste Philippe Katerine avec le titre «Je te donnerais».

Dans son premier roman, l'autrice, essayiste, poète Douce Dibondo imagine un groupe de jeunes femmes qui passent à l'action et se rêvent révolutionnaires pour imaginer un monde nouveau... Douce Dibondo ne cache pas ses engagements militants : queer, décolonial, anti-raciste et pour un monde meilleur ! Elle milite également pour les droits des enfants, des femmes, des personnes LGBTQIA+, pour qu'iels aient le choix de leur propre autonomie. Elle milite pour un monde plus juste et «veut ouvrir les utopies». Avec le Mouvement, l'autrice a voulu témoigner de ce qu'elle vit ou a vécu dans sa propre vie, et dénonce ce qu'on appelle la kyriarchie : les amas d'oppressions (patriarcat, homophobie, racisme) qui s'entrecroisent... mais toujours avec ce désir de remonter vers quelque chose de salvateur « quand on est allé puiser les émotions les plus négatives ». Une manière de transformer la rage en force politique et poétique. « J'ai fait de la colère, de la vengeance et de toutes les émotions dites négatives un chemin à reconquérir » Dans son roman, elle utilise le pronom inclusif « iel » comme un choix politique, mettre à l'action ce militantisme à travers leurs arts. Mais le militantisme se lit aussi dans la ponctuation : pas de majuscule après les points, les phrases s'enchainent, frénétiquement. Le mot « France » est écrit sans majuscule, mais les mots « Aimer » et « Conscience » en ont toujours une : un véritable choix politique assène Douce Dibondo. Invitée : Douce Dibondo, écrivaine, autrice, essayiste et ancienne journaliste. Son roman Le Mouvement est publié aux éditions Rivages. Programmation musicale : La chanteuse Auren avec le titre « Coup droit ».

Sous les traits de Samuel Labarthe revient Nicolas Bouvier ! Après nous avoir entraînés à travers les Balkans, l'Afghanistan et l'Inde, l'écrivain-voyageur fait halte à Ceylan. Quand Nicolas Bouvier arrive à Ceylan (actuel Sri Lanka) en 1955, il tombe malade. Cloué dans sa chambre, il délaisse la présence humaine pour s'entourer d'insectes étranges et de rêves hallucinés... Il édite le récit Poisson-scorpion vingt-cinq ans après avoir vécu ce voyage immobile. C'est la deuxième fois que le comédien Samuel Labarthe interprète Nicolas Bouvier, après L'usage du monde, une pièce qui a été jouée plus de 200 fois. Le comédien a « un coup de foudre » pour cet auteur qu'il a découvert « un vrai choc émotionnel et artistique » nous explique-t-il, avec cette façon de « remplir les moments d'extase avec les mots ». Nicolas Bouvier (1929-1998) est un écrivain, voyageur, photographe et iconographe suisse. Passionné très tôt par la géographie et les langues, il entreprend dans les années 1950 de longs voyages qui nourriront son œuvre. Son parcours le mène notamment de Genève aux confins de l'Asie, en passant par la Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, le Pakistan, l'Afghanistan et le Japon, dont il devient un fin connaisseur. Son livre le plus célèbre, L'usage du monde (1963), récit de son voyage en voiture avec le peintre Thierry Vernet jusqu'en Afghanistan, est devenu un classique de la littérature de voyage. Il écrit ensuite Chronique japonaise, Le poisson-scorpion ou encore Journal d'Aran et d'autres lieux, qui prolongent sa réflexion sur le voyage, l'altérité et le regard. Photographe et iconographe, il travaille aussi sur des images et des archives, prolongeant par l'image ce qu'il explore par le texte. Le poisson-Scorpion, mis en scène par Catherine Schaub. À voir au Théâtre de Poche Montparnasse. Invité : Samuel Labarthe. Samuel Labarthe est un acteur franco-suisse né en 1963 à Paris. Formé au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, il commence sa carrière au théâtre avant de se faire remarquer au cinéma et à la télévision. Il a joué sous la direction de metteurs en scène reconnus et s'est imposé comme un comédien solide, à l'aise aussi bien dans le registre dramatique que dans des rôles plus populaires. Le grand public le connaît surtout pour son rôle du commissaire Laurence dans la série télévisée Les Petits meurtres d'Agatha Christie, où il incarne un enquêteur charismatique et ironique. Parallèlement, Samuel Labarthe poursuit une carrière régulière au théâtre et dans divers films et séries, confirmant au fil des années son statut d'acteur respecté, apprécié pour sa présence, sa diction et son élégance de jeu. Et la chronique Ailleurs nous emmène à Chiapas au Mexique pour parler de la Journée mondiale de l'alphabétisation qui aura lieu les 8 et 9 septembre. Programmation musicale : l'artiste Cascadeur avec le titre Les temps perdus.

Dans À voix haute, l'enquête d'une jeune femme sur les non-dits de sa famille devient une plongée dans les silences de tout un pays. Comment faire pour se souvenir de ce qu'on ne nous dit pas ? Dans ce roman qui traverse trois décennies, Polina Panassenko plonge dans le passé de la Russie, à l'époque du stalinisme et des purges. Elle y interroge la manière dont cette histoire collective continue de résonner intimement dans le corps, la vie, les gestes, les peurs et les mots des jeunes générations. La narratrice a vingt ans lorsqu'elle part à Moscou pour intégrer l'École du Théâtre national. Elle y retrouve son grand-père, mais comprend rapidement qu'une zone de silence entoure sa famille. Lorsqu'elle pose des questions sur le passé familial, son grand-père lui répond de manière énigmatique : plutôt que de raconter, il lui confie des objets – une photographie, un vêtement, une pièce de monnaie ayant appartenu à un ancêtre. Dans cette famille, on a appris à ne pas parler. À parler doucement. À se méfier. À ne pas poser certaines questions. Le silence n'est donc pas seulement une absence de mots : il devient une manière de vivre, un héritage invisible qui se transmet de génération en génération. Peu à peu, la jeune femme découvre que le grand-père de son grand-père a été victime de la machine répressive soviétique. Cette découverte devient le point de départ d'une enquête qui la conduit jusqu'à la Kolyma, dans l'Extrême-Orient russe, sur les traces de cet homme dont l'histoire a été effacée. « Il faut effacer tout ce qui est dangereux » Polina Panassenko dessine alors ce qu'elle appelle une « cartographie de la peur » : remonter à l'origine des silences, comprendre ce qui n'a pas été transmis, et saisir comment la peur de parler peut se transmettre de génération en génération. Le théâtre occupe une place essentielle dans la vie de la narratrice. Comme un miroir de cette pratique, elle découvre ce que signifie véritablement parler lorsque l'on vient d'une famille, et plus largement d'un pays marqué par tant de silences. Jouer, chercher, nommer, écrire deviennent alors autant de façons de résister à l'effacement. Invitée : Polina Panassenko, écrivaine et comédienne franco-russe. En 2022, elle publie son premier roman, Tenir sa langue, aux éditions de L'Olivier, qui explore des thèmes comme l'identité, l'exil, la langue, la mémoire et l'appartenance. Elle travaille également comme traductrice du russe vers le français, notamment pour des œuvres théâtrales. Polina Panassenko a remporté le Prix littéraire « Le Monde » 2026 pour son livre À voix haute. Il a été décerné, jeudi 3 septembre au soir, à l'hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, à Paris. Programmation musicale : La Grande Sophie - Le Large Youri Chevtchouk - Chanson sur la liberté / Песня о свободе À lire aussiLittérature: Polina Panassenko, entre deux langues, deux pays, deux identités

À l'occasion de l'évènement « La fabrique de la diplomatie » qui aura lieu les 4 et 5 septembre 2026 à la Sorbonne : comment la place de la langue française a-t-elle évolué dans la diplomatie ? Faire le tour des grandes questions internationales, dévoiler les coulisses de la diplomatie, tel est l'enjeu de ces deux journées de tables rondes qui vont avoir lieu à la Sorbonne à Paris en cette fin de semaine à la Fabrique de la diplomatie, un évènement organisé par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Parmi ces tables rondes : la question du français, la langue parlée dans les instances politiques et dans le monde… Xavier North rappelle que la diplomatie s'est longtemps faite en français. Jusqu'au XIXe siècle, les traités étaient rédigés en français, car cette langue était considérée comme particulièrement précise. Depuis le traité de Versailles en 1919, les textes diplomatiques sont rédigés en deux langues. Aujourd'hui, la diplomatie se pratique dans plusieurs langues, dont le français, même si l'anglais occupe une place dominante. Xavier North insiste sur le fait que les langues restent des instruments de pouvoir : leur usage reflète des rapports de force, elles illustrent des rapports de force dans leur pratique ! Aujourd'hui, le français s'apprend et séduit toujours autant. « C'est une langue qui reste assise sur un patrimoine littéraire, un patrimoine de pensée qui reste très attirant. » Bérangère Denizeau insiste, elle aussi, sur le rôle des langues dans la diplomatie. Elle est directrice adjointe de l'ESIT (École supérieure d'interprètes et de traducteurs), un établissement qui va bientôt fêter ses 70 ans et qui forme de nombreux étudiants amenés à travailler dans les grandes instances diplomatiques. Bérangère Denizeau défend le plurilinguisme dans ces institutions. Son école forme des étudiants francophones, mais aussi des étudiants non francophones : « La grande idée de notre école est de leur donner une méthodologie pour pouvoir traduire dans tous les domaines, nous ne voulons pas cloisonner. » Invités : Xavier North, président de l'Alliance française de Paris, et Bérangère Denizeau, maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle et directrice adjointe de l'ESIT, l'École supérieure d'interprétation et de traduction de la Sorbonne Nouvelle. La puce à l'oreille Et comme chaque mercredi Lucie Bouteloup décortique les expressions de la langue française dans sa chronique La puce à l'oreille. Cette semaine, elle nous raconte avec Géraldine Moinard, lexicographe aux éditions Le Robert, les origines de l'expression « peigner la girafe ». Mais pourquoi une girafe ? La chronique La puce à l'oreille, en partenariat avec les éditions Le Robert. À retrouver sur le blog Dis-moi Robert. Programmation musicale : l'artiste Welox avec le titre « For Sure (Macron Remix) ».

Dans Choses que je croyais perdues, l'autrice Clémentine Mélois nous raconte les souvenirs et les histoires dont sont lestés les objets. C'est l'histoire d'un verre à moutarde Musclor avec un prince sous stéroïdes mal imprimé, accompagné d'un tigre vert. C'est l'histoire d'une rupture, celle d'Emilie avec son conjoint – et d'un déménagement, donc elle trie, elle range et parfois elle casse. Ce verre à moutarde est brisé : il avait été acheté par son ex-conjoint dans un vide-grenier. Et c'est le premier objet d'une longue liste qui constitue la trame du roman de Clémentine Mélois… car les souvenirs remontent. Clémentine Mélois se définit comme une « gardeuse » d'objets, « cela permet d'avoir toujours de quoi bricoler et d'être entouré d'histoires. Les intérieurs vides m'angoissent ». Selon l'autrice, les objets n'existent que s'ils sont liés à des histoires et ces histoires font de nous ce que nous sommes. Pour autant, elle ne considère pas que ce roman soit nostalgique. Elle fait le récit de ce qui a eu lieu, en regardant vers l'avenir. Elle parle ainsi d'objets « insignifiants », ces choses auxquelles on ne fait pas attention, ce que Georges Perec appelait l'« infraordinaire ", le contraire de l'« extraordinaire » à l'image de ces pots de confiture vides qui racontent tellement de choses sur notre humanité et nos histoires personnelles. Invitée : Clémentine Mélois Clémentine Mélois est une autrice, artiste et plasticienne française née en 1980. Normalienne, elle est connue pour ses détournements visuels de couvertures de livres et son travail mêlant humour, culture populaire et références littéraires. Elle a publié notamment des ouvrages de littérature jeunesse et des recueils autour de la lecture et des objets du quotidien, et collabore régulièrement avec des institutions culturelles. Elle a été membre de l'Oulipo de 2017 à mai 2026. Choses que je croyais perdues est publié chez Gallimard. Également publié chez Hoebeke – Gallimard : Rêve d'évasion. À lire : Les choses de Georges Perec Programmation musicale : Les artistes Vincent Delerm et Voyou avec la reprise du titre « Évidemment » de France Gall.

Dans Mots de passe, l'auteur, traducteur et éditeur Laurent Nunez déniche treize mots d'autres langues intraduisibles en français... Un essai sur les mots qui nous manquent ! En anglais, « eye-servant » désigne celui qui n'est zélé que lorsqu'on l'observe. En néerlandais, « kutzwager » nomme le lien étrange entre deux inconnus qui ont aimé la même personne. En islandais, « gluggaveður » dit le plaisir de regarder l'orage, ou n'importe quel désastre, depuis un lieu où l'on ne risque rien. Le français ne sait pas dire ces choses. Et ce qu'une langue ne sait pas dire, comment pourrait-on le vivre tout à fait ? Saviez-vous qu'on utilisait le terme « Mo-Ki-Ta » en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour désigner une vérité que tout le monde connait mais que personne n'ose dire ? C'est pour combler de tels silences que Laurent Nunez braque avec beaucoup d'humour treize autres langues, avec cette idée qu'on peut « changer sa vie avec des mots nouveaux et des mots d'ailleurs ». Pour Laurent Nunez, les mots apportent les idées à l'image du mot « boycott » qui vient de l'histoire du fermier britannique Charles Cunningham Boycott contre qui est lancé le premier blocus répertorié de l'histoire contemporaine, et qui donna plus tard naissance au mot « boycott » en 1880. Emporter l'ailleurs, c'est absolument essentiel. Des mots venus d'ailleurs, traduits en français tels quels, comme « féminicide » – terme forgé en 1976 par la militante et sociologue féministe sud‑africaine Diana Russell – contribuent à nommer et à officialiser ce crime. Le mot « féminicide » a ainsi fait son entrée dans le Petit Robert en 2015, puis dans le Larousse en 2020. Invité : Laurent Nunez est écrivain et éditeur. Ancien rédacteur en chef du Magazine littéraire, il est l'auteur de plusieurs essais sur la littérature, parmi lesquels L'Énigme des premières phrases (Grasset, 2017) et Il nous faudrait des mots nouveaux (Cerf, 2018). Il a publié un roman, Le Mode avion (Actes Sud, 2021 ; Rivages poche, 2025), et deux récits autobiographiques, Les Récidivistes (Champ Vallon, 2008 ; Rivages poche, 2014) et Tout ira bien (Rivages, 2025 ; Rivages poche, 2026). Et la chronique Ailleurs nous emmène à Cotonou, au Bénin, où Gildas Hassidé, juriste, entrepreneur, nous présente le programme du Kids Speaker Program dont il est le fondateur. Une initiative éducative déployée au Togo et au Bénin et dédiée à l'autonomisation des enfants et des jeunes à travers la prise de parole en public. Programmation musicale : l'artiste Angèle avec le titre « Une seule vie ».

Vanasay Khamphommala et le Collectif XY proposent des spectacles et performances portés sur la voix et le corps. Deux manières d'exposer nos fragilités. L'artiste Vanasay Khamphommala propose deux performances : l'une, Songs of Grief, pour se préparer au décès de son père. Son père lui a demandé de chanter la chanson « Love Me Tender » d'Elvis Presley, à sa mort. « Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre. » Dans « Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre », le public est assis à moins de deux mètres, ce qui instaure une grande proximité. Cette idée de performance est née pendant le Covid-19, avec l'émotion de se rencontrer, de se retrouver. Elle se retrouve seule et nue face à un tout petit groupe pour chanter une chanson différente à chaque session. « Chanter nue change le regard des gens. » Et tout commence par le souffle. L'artiste désire tisser avec le souffle une nappe sonore. Dans sa performance, il entend célébrer la « chance d'être vivant ensemble ». Le collectif XY est né il y a vingt ans. Ils sont 22 sur scène de toutes nationalités. Ils sont acrobates et chanteurs. Brésil, Colombien, Argentin, Europe. C'est la première fois qu'on peut voir un spectacle de cirque dans la cour d'honneur du festival d'Avignon. Ce spectacle qui puise son influence dans la danse contemporaine défend un « éloge du vivant » : on va exposer nos fragilités avec « des océans de corps, des forêts de colonnes humaines ». Un travail collectif dans lequel chaque artiste apporte ses imaginaires et trouve un chemin commun pour trouver du sens collectivement. Sur ces 600 m² de plateaux, ils créent de grandes formes. Les corps deviennent paysages ou minéraux et interrogent notre rapport au temps. « On incarne des métamorphoses du vivant. On va puiser dans des fragilités, on cherche à déployer notre intimité. On aime bien que le spectateur puisse avoir sa propre lecture de ce qu'il voit. » Invités : Amaia Valle et Pedro Guera du collectif XY. Après Möbius (2019), Les Voyages (2018), Il n'est pas encore minuit… (2014), Le Grand C (2009) et Laissez-Porter (2005), Le Pas du Monde est la sixième création du collectif XY. Ce spectacle de cirque contemporain rassemble 22 acrobates et chanteurs qui interrogent les métamorphoses du vivant et la course du temps, en faisant des pyramides humaines de véritables paysages. Vanasay Khamphommala est une artiste française queer, metteuse en scène, dramaturge et chanteuse, née à Rennes en 1980. Elle a été formée à la Maîtrise de Bretagne. Son travail interroge les identités genrées et racisées. Depuis 2018, elle crée des performances, parmi lesquelles L'Invocation à la muse (Festival d'Avignon 2018 dans le cadre de Sujet à vif), Écho, ou ສຽງຂອງຍ່າ (La Voix de ma grand-mère). Cette année, elle présente deux spectacles-performances : Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre et Songs of Grief [Love Me Tender]. Et dans le OFF, Fanny Imbert est allée voir la pièce Hchouma blues de Hicham Boutahar qui raconte les violences policières. Moha fait sa première année à l'université quand un adolescent de sa cité est tué par un policier. À voir au théâtre des Carmes du 4 au 25 juillet. Programmation musicale : L'artiste Benjamin Clementine avec « Pizza mind ».

À Avignon, les grands classiques du théâtre gardent leur place aux côtés du théâtre contemporain.Thibault Perrenoud met en scène une version « épurée » de Hamlet de William Shakespeare.Quant au collectif belge tg STAN, ils offrent un « marathon Molière » avec leur pièce 1,2,3 Poquelin. Qu'est-ce qu'un « classique » au théâtre ? Une pièce vieux style ou intemporelle ? Qui traverse les époques ou qui vieillit ? Qui peut se rejouer sans cesse et résiste aux siècles et qui continue, malgré tout, à parler au présent ? Cette année à Avignon, des auteurs classiques tels que Molière et Shakespeare, pour ne citer qu'eux, sont encore adaptés et joués ! Est-il encore possible de les renouveler ? Hamlet de Thibault Perrenoud, une « version à l'os » Thibault Perrenoud adapte Hamlet de William Shakespeare, une « version à l'os » adaptée d'une nouvelle traduction de Clément Camar-Mercier avec seulement trois comédiens et l'ambition d'aller à l'essentiel en 1h30, avec très peu de moyens techniques. Il se défend de trahir Shakespeare : « La traduction est de toute façon déjà une trahison. » On retrouve donc le célèbre monologue avec « Être ou ne pas être », qui est pour Thibault Perrenoud une réplique assez naïve, une question qu'on peut se poser à l'aube ou au crépuscule de sa vie selon le metteur en scène. « C'est LA question qui regroupe toutes les autres. Qu'est-ce qu'il y a après ? C'est une question buvard. » L'intrigue s'articule autour de trois cérémonies : celle du mariage entre Claudius et Gertrude, celle du théâtre dans le théâtre, et celle des funérailles... La pièce, itinérante, est jouée en extérieur tous les jours dans un endroit différent à la manière d'un « théâtre de tréteaux ». 1, 2, 3 Poquelin : un marathon Molière à Boulbon L'autre grand classique d'Avignon, c'est Molière. À la Carrière de Boulbon, le collectif belge tg STAN, fondé à Anvers il y a trente ans, présente 1, 2, 3, Poquelin, après Poquelin (2003) et Poquelin II (2017). Cette fois, Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver s'attaquent aux farces de Molière : une compilation de cinq pièces, dont L'Avare et Le Médecin malgré lui. Au total, 4h30 de spectacle, un véritable « marathon Molière ». Le monde de Molière reste vivant! « On a coupé, mais sans toucher à la langue : c'est du Molière pur sang », revendiquent-ils. Farces burlesques, comédies qui rient avec goût de l'humanité et de la condition humaine, ils y jouent une dizaine de personnages, guidés par une envie simple : divertir et reprendre les farces les plus drôles. Invités : Thibault Perrenoud. Il met en scène Hamlet de Shakespeare. À voir jusqu'au 25 juillet. Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver de tg STAN, collectif de théâtre belge flamand. Et dans le OFF, Fanny Imbert a assisté au spectacle Molière et ses masques de Simon Falguières, qui retrace la vie de Molière. À voir au théâtre du Train Bleu. Programmation musicale : L'artiste Alissa Wenz avec le titre Pardon. Elle est en concert à Avignon.

Dans Capra (une chèvre), Jeanne Candel nous propose d'entrer dans la tête d'une poétesse, sur les chemins de la mémoire… « Capra » : ça veut dire chèvre en latin. C'est aussi le pseudonyme que s'est trouvé la poétesse dont il est question dans la pièce mise en scène par Jeanne Candel. Le nom n'est pas choisi au hasard: la chèvre, c'est l'animal qui cherche sa liberté dans l'enclos. Ils sont huit comédiens et chanteurs sur scène et nous font entrer dans la tête de Capra pour regarder à l'intérieur d'une femme. Dans ce spectacle, des morts se sont logés dans son corps et ils parlent à travers elle. « On rentre à travers son corps, son esprit, ses obsessions. » Mais le vrai fil directeur de l'histoire, c'est la mémoire. Jeanne Candel et son collectif ont puisé des anecdotes sur la mémoire en lisant L'Art de la mémoire de l'historienne britannique des arts du 19ᵉ siècle, Frances Yates. Dans son essai, elle relate notamment les techniques des anciens pour « se souvenir ». Elle narre Simonide de Céos, poète « à la langue de miel », lyrique grec né en 556 av. J.-C. à Céos et mort en 467 av. J.-C. à Agrigente. Selon la tradition grecque, il est le premier auteur d'épigrammes. Il passe pour avoir inventé l'Art de mémoire. En effet, ses facultés d'observation et de mémorisation lui permirent, après l'effondrement d'une salle où avait lieu un banquet, de contribuer à l'identification de victimes dont les corps étaient extrêmement abîmés, grâce au souvenir très précis qu'il gardait de la disposition des invités et de leurs vêtements avant la catastrophe. Elle affirme même que cet événement aurait incité le poète à rédiger le premier traité de la mémoire. Il comparait sa mémoire à un tableau et disait que « la peinture, c'est de la poésie muette, la peinture, c'est de la poésie qui parle ». La technique de mémorisation des Anciens est simple mais terriblement efficace: il s'agit d'utiliser un lieu qu'on connaît parfaitement et d'y ranger des images très frappantes, avant de composer une image de ces souvenirs. Invitée : Jeanne Candel est une metteuse en scène et actrice. Elle a fondé la compagnie La Vie brève en 2009. L'écriture collective et sa recherche sur l'enchevêtrement entre la musique et le théâtre façonnent ses créations comme notamment Robert Plankett en 2010, Le Crocodile trompeur / Didon et Énée co-mis en scène avec Samuel Achache en 2013, Baùbo – De l'art de n'être pas mort en 2023 ou Fusées présenté au Festival d'Avignon 2025. Depuis 2019, La Vie brève dirige le théâtre de l'Aquarium à la Cartoucherie, à Paris. Capra (une chèvre) est à voir jusqu'au 25 juillet. Et dans le OFF, Fanny Imbert nous emmène voir Médusée, une pièce cabaretique dans laquelle la créature mythologique Médusa réclame justice après avoir été violée par Zeus. Médusa et ses sœurs gorgones nomment tout : les rêves romantiques, les viols, les combats, les métamorphoses tout en chantant des tubes pop (Dalida, Juliette Armanet...). Programmation musicale : Le groupe LAS ONDAS MARTELES avec le titre Y despues de todo.

Politique de logement et ségrégation, immigration et urbanisme, constructions et représentations : dans « Bâtir », Salim Djaferi interroge l'influence du colonialisme sur la façon de concevoir les villes en France. Dans « Rumba », David Murgia conclut une trilogie sur la précarité et l'exclusion sociale, après Laïka et Pueblo. Deux spectacles sont à l'honneur aujourd'hui ! Leur point commun ? Mettre en récit l'exclusion sociale. Côté « IN » Bâtir de Samir Djaferi Le metteur en scène retrace l'histoire de la politique urbaine en France, celle qui a vu surgir les grands ensembles de banlieue. Il nous entraîne dans les archives du département de la Seine-Saint-Denis autant que dans la mémoire familiale, pour mettre en lumière la dimension raciale des politiques de logement social depuis les années 1950. Côté « OFF », Rumba de David Murgia David Murgia nous plonge dans l'histoire d'un spectacle joué sur les parkings de la périphérie. Un acteur et un musicien y répètent une pièce sur Saint-François d'Assise. Au fil de leurs rencontres, ils donnent voix à des hommes et des femmes relégués aux marges, écartés de la société et rendus invisibles. C'est le troisième volet de la « Trilogie des pauvres diables », que David Murgia et l'auteur italien Ascanio Celestini, au regard presque anthropologique, consacrent à l'exclusion sociale après Laïka (2017) et Pueblo (2020). Ils ont à cœur de raconter les invisibles : « Ils n'ont pas d'auteurs à proximité, pas de réalisateur pour raconter leurs histoires, ne savent pas forcément les écrire, mais des histoires, ils en ont un tas. » Rumba suit deux personnages qui observent les gens, inventent leurs vies, puis se rendent sur un parking pour y jouer un spectacle autour de Saint-François d'Assise. Saint François d'Assise (1181/1182–1226), fondateur de l'ordre des Franciscains et grande figure de la spiritualité chrétienne, issu d'une famille aisée, renonce à toutes ses richesses pour vivre dans la pauvreté, la simplicité et au service des plus démunis, à l'imitation du Christ. Je me sens chanteur de récit. Le spectacle fait surgir une galerie de pauvres, de figures marginalisées : ceux qui affirment qu'il faut se souvenir du nom des morts en Méditerranée pour les enterrer dans le cœur des vivants, mais aussi les racistes, comme Giovanni, personnage qui tient des propos ouvertement haineux contre les gitans. Dans Bâtir, Salim Djaferi mène l'enquête. À partir de l'histoire de sa propre famille, il déploie un récit plus large. Sur un ton doux, toujours souriant, il raconte pourtant l'implacable : les assignations, les orientations forcées, qu'il rejoue inlassablement par des gestes – à droite, à gauche, les deux bras tendus pour indiquer la direction – comme les stewards et hôtesses de l'air dans un avion. Il choisit de ne montrer aucune image des cités ni des immeubles : tout passe par le corps. "Je raconte la périphérie mais aussi le centre, s'il y a une périphérie, il y a forcément un centre" Il raconte la politique raciale mise en place pour loger les immigrés à partir des Trente Glorieuses, cette période de prospérité qui suit la Seconde Guerre mondiale en France. Il raconte la manière dont les bidonvilles ont été « résorbés » dans les années 1950, et sa découverte, aux archives départementales, de notes administratives où l'on classe les demandeurs de logement social selon « leur distance culturelle vis-à-vis de la France ». Un spectacle très politique, qui n'accuse pas un gouvernement plutôt qu'un autre, mais met en lumière un cadre racial, une sorte de pensée collective structurante. Invités: Salim Djaferi, metteur en scène de Bâtir, et David Murgia, co-auteur et comédien. Rumba est à voir au théâtre des Doms. Programmation musicale : L'artiste Lisette Lombe et Marc Namour sur RFI avec le titre « Ma langue » : un extrait de leur spectacle Ce que le ventre dit qui se joue au théâtre des Doms et que l'on verra la saison prochaine à Paris au 104.

Dans Oiseau tiré du roman Impossibles adieux, Julie Deliquet propose une lecture-performance du premier chapitre du roman de l'autrice et prix Nobel de littérature Han Kang. Après l'anglais, l'espagnol et l'arabe, c'est le coréen qui était la langue invitée pour cette 80è édition du Festival d'Avignon. À cette occasion et sur commande de Tiago Rodrigues, Julie Deliquet a mis en lecture en français et en coréen, le premier chapitre Oiseau, tiré du roman Impossibles adieux de la Coréenne Han Kang et pour lequel elle a remporté en 2021 le Prix Nobel de Littérature. Dans ce roman, elle tente d'approcher par la fiction, la tragédie du soulèvement de Jeju en République de Corée... Un matin, Gyeongha reçoit un message de son amie Inseon, qui vit sur l'île de Jeju. Elle s'est sectionné les doigts et elle est hospitalisée sur le continent. Elle demande de se rendre à Jeju afin de nourrir son petit perroquet blanc laissé à son domicile. Gyeongha prend l'avion. Elle arrive sur l'île dont la végétation luxuriante a été envahie par une tempête de neige. Gyeongha découvre à son arrivée comment l'histoire familiale d'Inseon s'entremêle à l'un des pires massacres de l'histoire coréenne - le massacre de Jeju, une île coréenne - et dont le nombre de victimes est estimé à 30 000. Le massacre de Jeju désigne une répression sanglante menée en Corée du Sud sur l'île de Jeju après la Seconde Guerre mondiale après que la Corée s'est libérée du joug japonais. À l'origine, des habitants et des groupes de gauche protestent contre la division de la Corée et contre les élections séparées au Sud. Le soulèvement est alors écrasé par l'armée et les forces de sécurité sud-coréennes. De très nombreux civils sont arrêtés, torturés et exécutés, des villages sont détruits. Les historiens précisent que des dizaines de milliers de personnes ont été tuées sans qu'un chiffre exact puisse être donné. Longtemps censuré et tabou, cet épisode n'a été officiellement reconnu que tardivement, et fait aujourd'hui l'objet de commémorations et de travaux de mémoire. L'actrice française Isabelle Huppert et l'actrice coréenne Hyeyoung Lee mettent en voix en français et en coréen ce texte mémoriel, révélant les motifs récurrents qui traversent l'œuvre de Han Kang : traumatismes de l'histoire, fragilité de l'être, croyance absolue en la vie... Han Kang ou Han Gang (en coréen : 한강), née le 27 novembre 1970 à Gwangju, est une romancière sud-coréenne. Elle reçoit le prix Nobel de littérature en 2024. Invitée : Julie Deliquet, metteuse en scène française, fondatrice du collectif In Vitro, Julie Deliquet crée des pièces à l'inspiration cinématographique : Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman à la Comédie-Française en 2019, Un conte de Noël d'après le film d'Arnaud Desplechin. Elle crée en 2025 La guerre n'a pas un visage de femme de l'autrice prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch. Elle a dirigé le Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis en 2020, avant de prendre la direction du Théâtre national de la Colline en mars 2026. Et Fanny Imbert nous emmène voir le spectacle Neige, neige, neige, de Lee Jaram d'après Maître et serviteur de Léon Tolstoï. Un spectacle qui suit l histoire d'un marchand cupide et de son serviteur pris dans la tempête... Programmation musicale : L'artiste Claire Diterzi avec le titre Ma bouche, ton écluse.

Dans cette émission, Etienne Minoungou et Israël Nzila parlent de leurs pièces respectives. Ils ne se seraient jamais rencontrés mais grâce à Etienne Minoungou, ils dialoguent grâce au théâtre dans «L'intraitable beauté du monde», un titre inspiré d'une lettre écrite par Glissant et Chamoiseau à Barack Obama après son élection en 2008. Etienne Minoungou s'est rendu sur la tombe d'Edouard Glissant en Martinique pour lui demander l'autorisation d'emprunt de cette formule ! Avec cette pièce, il fait dialoguer deux grands auteurs Edouard Glissant et Sony Labou Tansi. Il définit son spectacle comme un « théâtre de conversation »: « une dramaturgie traditionnelle où les vivants se retrouvent sans distinction, célèbrent le quotidien et l'invisible. L'acteur principal c'est la parole de l'imagination ». Deux auteurs dont il a apprivoisé les textes : « Glissant, c'est touffu, complexe mais c'est comme une forêt, on s'y habitude, on reconnait les chemins, les lianes et cette forêt devient une clairière. » Edouard Glissant, écrivain martiniquais disparu en 2011, était romancier mais aussi philosophe et poète. C'était l'homme du « tout monde », de la relation et du concept de « créolisation » Sony Labou Tansi, né en 1947, écrivain congolais décédé en 1995, était un auteur de théâtre prolifique et d'un roman essentiel La vie et demie. L'auteur et dramaturge congolais Israël Nzila a ouvert la saison du cycle « Ça va, ça va le monde ». Lauréat du prix RFI théâtre 2025, sa pièce « Clipping » raconte l'histoire de Do, une femme qui cherche son enfant, dans un marché de Lubumbashi, elle a connu la guerre, les viols, les violences et tout cela est dans sa tête, dans sa psyché. A-t-elle vraiment perdu son enfant ou revit-elle son propre abandon, comme un cauchemar ? Un texte où il est question de folie et dont la fin reste ouverte. Le son y occupe une place centrale. Le titre lui-même, Clipping, désigne en technique audio la saturation du signal : dans la pièce, les voix se bousculent et se chevauchent — celle de Do, de sa mère, de l'enfant, du père, mais aussi le brouhaha du marché, qui devient personnage à part entière. Le metteur en scène, Jean-Paul Delore a choisi de faire dire le texte par une seule comédienne : Lindiwe Martchykiza. « toute cette pièce, je l'ai écrite en voyant Do dans son cachot », explique le dramaturge. Invités : - Etienne Minoungou, acteur, conteur, fondateur du festival « Les Récréâtrales » à Ouagadougou. Sa pièce « L'intraitable beauté du monde » est à voir à Avignon jusqu'au 19 juillet. - Israël Nzila, auteur et dramaturge congolais né en 1995 à Kinshasa. Il est lauréat du prix RFI Théâtre en 2025 pour son texte « Clipping ». La pièce sera prochainement disponible en replay et en podcast sur le site de RFI. Programmation musicale : L'artiste GYSLAIN N avec le titre Tout à l'amour. Il sera en concert ce jour dans le cadre du « off » au théâtre de l'Arrache-Coeur. .

Valérie Dréville et Guy Cassiers adaptent le roman de Camille de Toledo, Thésée, sa nouvelle vie. Qui commet le meurtre d'un homme qui se tue ? C'est la question qui ouvre le spectacle de Valérie Dréville et Guy Cassiers qui mettent en scène Thésée, sa nouvelle vie de Camille de Toledo, paru en 2020, aux éditions Verdier. Après le suicide de son frère Jérôme en 2005 et la mort de ses parents, Camille de Toledo devient « Thésée » et s'installe en Allemagne avec trois cartons d'archives, qu'il explore en espérant comprendre ce qui a poussé son frère à se tuer. Il s'interroge : le suicide est-il un problème sociétal ? Un acte libre ? Aucune réponse ne lui convient. Il entame une enquête, à la fois documentaire et fictionnelle, qui circule entre les trajectoires de ses ancêtres et les transformations sociales et politiques de l'Europe. Ce n'est pas la première fois que Valérie Dréville et Guy Cassiers travaillent ensemble. La tragédienne est à l'origine de ce projet. « Quand j'ai lu le roman de Camille de Toledo, j'ai immédiatement pensé au théâtre. » Elle se souvient avoir été frappée par cette phrase de l'écrivain : « Quand j'écris, je pense pas à la littérature, mais j'entends des voix. » Avec Guy Cassiers, formé aux Beaux-Arts d'Anvers et habitué à inventer un langage très visuel, ils construisent un dispositif où les photos et les images se figent sur l'écran et se mêlent à sa présence… Seule, filmée en permanence, dans une sorte de kaléidoscope visuel, elle pense être une intermédiaire entre le texte scénique et le public : « Je passe à travers les personnages et les différents points de vue sur leur histoire. » La dramaturgie se déploie autant dans les images que dans le jeu Guy Cassiers, lui, entend « la polyphonie des voix. Valérie était la seule à pouvoir nous guider dans ces voix et nous faire entrer dans chaque pensée de chaque personnage », explique-t-il. Ainsi, en 1h40, le spectacle traverse l'histoire personnelle de Camille de Toledo mais aussi celle de l'Europe, comme un voyage dans le labyrinthe du XXè siècle. Le texte remonte la généalogie de l'auteur, qui fait des découvertes et trouve des réponses. La fin se veut optimiste : la pièce se définit comme une tragédie, mais qui s'ouvre vers la lumière. Elle invente la notion de « revivance » et se clôt sur un mot : avenir. Invitée : Valérie Dréville, metteuse en scène et comédienne, et Guy Cassiers. Valérie Dréville est une actrice et metteuse en scène française née en 1962. Elle a été formée au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris. Elle entre au théâtre au début des années 1980 et collabore régulièrement avec quelques figures importantes du théâtre public, comme Antoine Vitez, Claude Régy, Alain Françon ou Stanislas Nordey. Elle traverse aussi bien des textes classiques que contemporains. Guy Cassiers est un metteur en scène belge, principalement actif en Flandre, connu pour un travail qui mêle textes, arts visuels et technologies numériques. Camille de Toledo est un écrivain français né en 1975. Il est également plasticien et vidéaste. Il vit aujourd'hui à Berlin. Thésée, sa vie nouvelle vie d'après le roman de Camille de Toledo à voir à Avignon jusqu'au 24 juillet. Et Fanny Imbert a assisté au spectacle Le projet Barthes qu'on peut voir du 4 au 24 juillet au Train Bleu. Programmation musicale : La reprise de la chanson de Barbara « Du bout des lèvres », une chanson de 1968 et tirée du spectacle Barbara (par Barbara) joué à Avignon. Une mise en scène d'Emmanuel Noblet qu'on peut voir à la Scala Provence.

Dans Mon frère, le comédien François Gremaud déroule, sur scène, la trajectoire de son frère Christian, sourd de naissance, entre injustices, fierté et engagement. François Gremaud et son frère Christian Gremaud évoquent leur création théâtrale Mon frère, une pièce où la langue des signes et la langue parlée se répondent et se complètent. Deux frères, deux langues : la naissance de Mon frère Sourd de naissance, Christian raconte sans complexe son rapport à la surdité : « Je ne me suis pas senti handicapé. Je suis né sourd mais je n'ai jamais vraiment eu conscience de cela. C'est plus tard que j'ai compris, mais je m'accepte tel que je suis. » François Gremaud nous confie la genèse de cette création : « J'ai imaginé ce spectacle car, à un moment de la vie de Christian, je l'ai retrouvé très affecté par la série d'injustices qu'il a vécues. Je voulais lui donner la possibilité d'exprimer tout ce qu'il avait gardé durant ces années. » Fort de ses nombreuses expériences, Christian n'a pas eu peur d'être sur scène : « J'aime m'exprimer, car quand je parle, personne ne m'écoute ! », explique-t-il non sans humour. Créer entre français et LSF : réécrire plutôt que traduire Écrire entre deux langues n'a pourtant pas été simple. François a d'abord rédigé un corpus en français, avec des jeux de mots et des phrases littéraires, mais ce texte n'était pas toujours adapté à la langue des signes, parfois intraduisible en LSF : un texte « trop entendant ». Les deux frères ont ensuite non pas traduit, mais recréé le spectacle en langue des signes, sur la base de ce corpus. Et cette fois, certains jeux de signes étaient très difficiles à rendre en français pour son frère François. Christian a également tenu à montrer la pluralité des langues des signes : par exemple, signer « Donald Trump » – un signe inventé par les Sourds américains, main sur le front pour mimer sa mèche – qu'il faut voir pour comprendre… et sourire. Une histoire personnelle devenue combat militant Christian a appris la langue des signes à deux ans, au moment du Réveil sourd, ce mouvement social et culturel majeur de l'histoire des Sourds en France, qui émerge dans les années 1970. Ce n'était pas encore la LSF telle qu'on la connaît aujourd'hui, devenue une langue à part entière, mais une gestuelle que François a apprivoisée à quatre ans et qui est devenue leur langue à eux. Christian parvient à mettre des mots sur le silence : « Le silence, c'est tous les jours, c'est mon quotidien. Je ressens des vibrations. Quand je vois une foule bruyante, je vois les expressions sur les visages, les sensations visuelles. » Aujourd'hui, selon lui, il y a bien une petite évolution, mais encore largement insuffisante. Trop peu d'inclusivité dans le travail, par exemple : « On court après l'accessibilité. On nous dit que ça coûte trop cher, que nous ne sommes pas assez nombreux, que c'est possible… mais trop cher. » François, lui, a envie d'inverser cette phrase : « C'est compliqué, mais c'est possible ». Le spectacle propose d'ailleurs au public d'apprendre ces quatre mots signés : résister, égalité, union et amour. Invités : François Gremaud, comédien suisse et metteur en scène de théâtre, et Christian Gremaud. Un grand merci à Sylvie Dhailly pour l'interprétation LSF/français. Mon frère : à voir à Avignon, puis au Théâtre du Rond-Point à partir du 18 septembre 2026. Et, le reportage de Fanny Imbert avec la compagnie Minute Papillon spécialisée dans l'art lyrique, qui présente La Cuisine musicale, un spectacle ludique pour tout public. Programmation musicale : L'artiste Suzanne Belaubre avec le titre C'est quoi la suite ?

Née en 1994, la Franco-Brésilienne Gildaa, de son vrai nom Camille Constantin Da Silva, dévoile son premier album éponyme, Gildaa. Un mélange envoûtant de jazz, chanson, funk et électro, porté par douze titres en français et en portugais. Gildaa : quand le Brésil et la France dialoguent en musique Gildaa, artiste franco-brésilienne, incarne une dualité où le cœur et la raison se répondent. Née et grandie en France, elle est allée chaque année au Brésil - le pays de sa mère - pour y puiser chaque année une nostalgie et une émotion brute, bercée par les mélodies de sa famille et les sons du violon, qui ont marqué son entrée en musique. « Le Brésil, c'est mon cœur, l'émotion, la nostalgie ; la France, c'est plus le mental, la raison », confie-t-elle. Cette double culture se reflète dans ses chansons, où les mots et les mélodies s'entrelacent en français et en portugais. Sur scène, Gildaa devient une autre personnalité, une incarnation artistique. Un projet artistique aux multiples visages Son album s'inscrit dans un projet artistique global, où chaque média – clips, film, scène – raconte une partie de l'histoire. Gildaa joue avec les héteronymes. « Chaque média raconte une partie du projet. L'album fait partie d'un grand tout », explique-t-elle. Une autobiographie plus ou moins dissimulée se dessine entre les lignes mais la « pudeur me garde de tout dire ». Parmi ses titres, l'un reprend le mythe grec de Perséphone, raconté comme un écho à une emprise subie... Mélodies et mots : un pont entre deux mondes Sa voix, elle la définit comme « versatile ». Avec des chansons en français et en portugais, Gildaa tisse un lien unique entre deux langues, deux cultures, et deux émotions. Son violon, premier vecteur de sa passion musicale, porte les souvenirs d'une enfance partagée entre deux pays. Son art explore les thèmes de l'identité, de la mémoire et de la résilience, tout en laissant une place à l'imaginaire et à la mythologie. Que ce soit à travers le mythe de Perséphone ou les récits familiaux, son œuvre invite à une réflexion sur ce qui nous lie aux autres, aux absents, et à nous-mêmes. Invitée : La chanteuse Gildaa, de son vrai nom Camille Constantin Da Silva, née en 1994 à Paris, est une chanteuse, musicienne, autrice-compositrice et comédienne franco-brésilienne. Titres de Gildaa diffusés - Perséphone - Pensées diluviennes - Et vous - Mainha.

Du 3 juillet au 8 août 2026, La 8è édition de l'opération « Lire, c'est voyager ; voyager, c'est lire », organisée par la Fondation VINCI Autoroutes, s'installe sur 12 aires du réseau VINCI Autoroutes du 3 juillet au 8 août 2026 ! Le but ? Inciter les vacanciers à faire une pause en leur proposant de proposer de repartir avec un livre... Cette 8è édition de l'opération « Lire, c'est voyager ; voyager, c'est lire » qui reprend un aphorisme de Victor Hugo, est menée en partenariat avec Folio (Gallimard), le Centre national du livre (CNL) avec son opération « Partir en Livre », le ministère de l'Éducation nationale avec son opération « Cet été, je lis » et l'association « Lire et faire lire ». Elle est parrainée par l'auteur Hervé Le Tellier très attaché à ces « livres de vacances ». « Je trouve que c'est un très joli projet de faire lire des livres à des gens qui ne vont pas être forcément ceux qui entrent dans les librairies ». Parmi cette sélection de quatorze livres en format poche et dont les thèmes gravitent autour du thème du voyage: des récits, reportages, romans ou poésie « pour faire voyager le lecteur ! ». Est proposé l'un des premiers romans de Hervé Le Tellier, Le Voleur de nostalgie qui est un hommage à Italo Calvino, un des auteurs préférés de Hervé Le Tellier. A retrouver également : Alors c'est bien de l'autrice Clémentine Mélois sur les derniers jours de la vie son père mais également pas mal de classiques : Les Voyages de Gulliver, de Jonathan Swift, Les neiges du Kilimandjaro de Joseph Kessel, La tour de la prison de Marguerite Yourcenar, Miss Dalloway de Virginia Wolf... Mais on tpeut aussi découvrir la poésie persane, avec le recueil J'irai jusqu'au rivage du soleil de Forough Farrokhzâd, une poétesse iranienne, icône de l'émancipation féminine, disparue prématurément à l'âge de 32 ans dans un accident de voiture.Selon Hervé Le Tellier, cette diversité permet de faire dénicher des livres qu'on n'aurait jamais eu l'idée ou - l'envie ! - d'ouvrir « On voyage dans la langue de l'autre ! ». Invité : Hervé Le Tellier, écrivain français né en 1957 et membre de l'Oulipo. Il a publié une trentaine d'ouvrages, dont le roman L'Anomalie qui a obtenu le prix Goncourt en 2020. Il est le parrain de cette huitième opération « Lire, c'est voyager ; voyager, c'est lire ». Il vient également de publier Jardin sauvage et autres parcs parisiens, une promenade dans quinze jardins et parcs de Paris. Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup revient sur les origines et la signification d'une expression française bien connue (ou pas !) en complicité avec la lexicographe Géraldine Moinard des éditions Le Robert et les CM1 A de l'École Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris. Et si jamais, vous vous sentez « dans vos petits souliers » quand vous entendez une expression, alors cette chronique est vraiment faite pour vous ! Programmation musicale : L'artiste Pomme avec le titre Le village.

Après avoir décortiqué les grandes œuvres de la peinture dans Les yeux de Mona, l'auteur Thomas Schlesser nous transmet l'amour de la nature et de la poésie dans Le chat du jardinier. Louis est jardinier en Provence. Solitaire, sa vie s'effondre quand il découvre que son chat a une tumeur. Sa nouvelle voisine, Thalie, professeure de lettres à la retraite, la soixantaine passée lui redonne le goût de vivre en lui faisant déclamer devant ses arbres les textes des grands poètes d'hier et d'aujourd'hui. Elle va alors transmettre le goût des mots. Ce n'est pas la première fois que cet auteur raconte l'art au travers d'une histoire: en 2024, son roman Les Yeux de Mona connait un grand succès. Il a été traduit environ quarante fois. Dans ce roman, l'apprentissage de la vie passe par la découverte de l'art. À travers la description d'œuvres, l'auteur propose une initiation accessible à l'histoire de l'art. Il y narre l'histoire d'une fillette menacée de cécité, que son grand-père accompagne pendant un an dans les musées parisiens. Avec ce nouveau roman d'initiation, Thomas Schlesser nous initie à la poésie: « Moi je crois beaucoup aux vertus existentielles des grands productions humaines. Elles infusent notre être ». La poésie, il l'a découverte au lycée grâce à Guillaume Apollinaire. Dès lors, elle ne l'a jamais abandonnée. Avec Le chat du jardinier, l'auteur entend rendre ce langage accessible. « La poésie qui semble élitiste est un adjudant merveilleux pour se faciliter la parole. C'est le langage qui unit tout le monde. » Invité : Thomas Schlesser est historien de l'art, directeur de la Fondation Hartung-Bergman, professeur à l'École polytechnique et auteur de nombreux essais. Le chat du jardinier est publié aux éditions Albin Michel. Programmation musicale : L'artiste Grand Corps Malade en duo avec Styleto avec le titre Le prochain rêve.

Jamais l'émission n'aura autant mérité son titre qu'aujourd'hui ! La revue d'anthropologie et de sciences sociales Terrain consacre son dernier numéro à l'illusion vocale. Invités : Vincent Hirtzel, chargé de recherche au Cnrs, directeur du centre d'Enseignement et de recherches en Études amérindiennes et Aïssatou Mbodj-Pouye, anthropologue, directrice de recherche au CNRS et membre de l'Institut des mondes africains. Et la chronique Ailleurs nous emmène à Lomé au Togo avec Frédérick Mawupenkor TSATSU, délégué général des 11èmes Joutes Verbales Francophones qui va désigner le meilleur orateur ou la meilleure oratrice du pays ! Et la finale aura lieu ce 11 juillet 2026 à l'Institut français du Togo. Programmation musicale : L'artiste Vicky R feat. Ebokolo avec le titre Djolo.

Dans son roman, NyxX, l'auteur Julien Perez raconte la rencontre d'un journaliste vieillissant et d'une jeune femme de 25 ans qui a fait fortune en imaginant une plateforme numérique pour échanger nos rêves. Dans la mythologie grecque, Nyx est une déesse grecque de la Nuit. Dans le seconde roman de Julien Perez, il s'agit d'un réseau social en 2029 qui permet de capter ses rêves durant la nuit, puis de les transformer en vidéo comme si ont regardait un film, avant de pouvoir les partager sur les réseaux sociaux. Pauline Grandgeorges, la créatrice de cette application technologique embauche Karol Malik, un ancien journaliste et auteur de trois romans passés inaperçus pour écrire sa biographie... Le roman va osciller sans cesse entre réalité et souvenirs. La thématique du rêve est très importante pour l'auteur « J'avais un rapport très compliqué au sommeil lorsque j'étais enfant. Je rêvais beaucoup des rêves effrayants, j'appréhendais beaucoup les moments d'endormissement. » Invité : Julien Perez, auteur français né en 1986. Il est également musicien, auteur et compositeur, il signe de nombreux albums sous le nom de PEREZ (Rex, Vert Vert, Un album de collection, Surex, Cavernes, L'Hôte, Saltos). Il travaille avec les arts plastiques, le cinéma et le théâtre. En compagnie de l'artiste Dominique Gonzalez-Foerster, il forme le duo Exotourisme. En 2025, il publie Hommages, son premier roman. NyxX, son second roman est paru aux éditions POL. Programmation musicale : L'artiste Julien Perez avec son titre « 7 lav » extrait de son album Rev.

Depuis mars 2025, sous l'impulsion de Donald Trump, l'anglais est devenu, par décret, la seule langue officielle aux États-Unis rompant ainsi avec l'histoire du pays qui a toujours plaidé, pour le plurilinguisme. Et pour cause, plus de 350 langues sont parlées dans le pays. Selon certaines projections démographiques, l'espagnol pourrait devenir la langue majoritaire dans le pays d'ici la fin du siècle. Pourquoi instaurer une langue officielle 250 ans après ? Ce décret est-il le point de début d'une politique linguistique offensive ? Quelles langues parle-t-on aujourd'hui aux États-Unis ? Les États-Unis, une tour de Babel sans langue officielle Dès les premières colonies, l'anglais s'impose comme langue dominante, mais sans jamais être officiellement consacrée. Néerlandais, allemand, espagnol ou langues amérindiennes coexistent sans que les autorités ne jugent utile d'imposer un cadre. Au XIXè siècle, l'afflux d'immigrants européens (allemands, italiens) et asiatiques (mandarins) ne change pas la donne : l'anglais reste de facto la langue commune. Ce n'est qu'à partir des années 1960, avec l'explosion de l'immigration hispanophone et asiatique, que le débat aurait dû s'imposer. Mais le « culte de la liberté » l'emporte : les États-Unis ne légifèrent pas. Aujourd'hui, plus de 350 langues y sont parlées, avec une domination écrasante de l'anglais et de l'espagnol. Certains États, comme Hawaï ou le Nouveau-Mexique, adoptent des langues co-officielles, mais ces mesures restent symboliques. Du melting-pot vire au communautarisme ? L'absence de langue officielle a-t-elle accéléré la fragmentation des États-Unis ? À partir des années 1980, le melting-pot semble céder la place à un repli communautaire : les crises économiques, l'ultra-libéralisme reaganien et l'effondrement de l'ascenseur social ont creusé les inégalités. Résultat ? Des quartiers entiers où l'anglais disparaît au profit du polonais, du russe ou de l'espagnol. Il n'est pas rare de croiser à New York, des jeunes de 25 ans ne parlant pas un mot d'anglais, précise Romuald Sciora. À Los Angeles, des écoles enseignent exclusivement en espagnol. Les médias et les publicités s'adaptent, renforçant l'isolement : chaînes de télé en mandarin, journaux en russe, cours de récréation où l'anglais est minoritaire. Bill Clinton avait envisagé une légifération dans les années 1990, mais cela ne s'est jamais concrétisé. Aujourd'hui, imposer l'anglais comme langue unique est perçu comme une provocation et un acte réactionnaire : comment justifier une telle mesure alors que l'espagnol est parlé par près de 50 millions de personnes ? Les tentatives de Donald Trump pour promouvoir l'anglais ont été vues comme une attaque contre les hispanophones. Cinquante ans de tergiversations ont transformé un débat pragmatique en sujet explosif. Vers un bilinguisme ou un multilinguisme officiel ? Aujourd'hui, l'enjeu n'est plus de savoir si les États-Unis doivent légiférer, mais comment le faire sans braquer une partie de leur population. Face à cette fragmentation, les États-Unis devraient-ils s'inspirer du Canada en adoptant deux langues officielles, l'anglais et l'espagnol ? Les hispanophones, qui représentent près de 20% de la population : une telle mesure aurait le mérite de reconnaître une réalité démographique tout en apaisant les tensions. Un cadre bilingue permettrait d'imposer l'apprentissage des deux langues dès l'école, brisant ainsi les barrières entre communautés. Invité : Romuald Sciora, essayiste, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'Iris, auteur de America 250, une histoire graphique des États-Unis. Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup revient sur les origines et la signification d'une expression française bien connue, en complicité avec la lexicographe Géraldine Moinard des éditions Le Robert et les CM1 A de l'École Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris. Et, je peux vous assurer que, malgré la chaleur, Lucie « se porte comme un charme » aujourd'hui ! Programmation musicale : L'artiste Cécile McLorin Salvant avec la reprise de la chanson extraite du film «Les parapluie de Cherbourg».

Marcel Benabou publie un essai hommage consacré à François Le Lionnais, créateur de l'OULIPO, l'ouvroir de littérature potentielle. François Le Lionnais, « FLL » était un ingénieur, mathématicien et écrivain est né en 1901 et disparu en 1984. Il est surtout connu pour avoir été le « fraisident-pondateur » de l'Oulipo (l'Ouvroir de Littérature Potentielle) en 1960 avec l'écrivain Raymond Queneau. Ce mouvement réunit des écrivains, des traducteurs, des universitaires, dont Marcel Benabou fut longtemps le « secrétaire définitivement provisoire » avant de cumuler cette fonction avec celle de « secrétaire provisoirement définitif ». Dans cet essai, Marcel Benabou commente en quelque 400 pages les poèmes de François Le Lionnais, qui visaient à être le plus court possible puisque telle était son ambition. François Le Lionnais était un passionné par les liens entre sciences, mathématiques et littérature, il a joué un rôle-clé dans la promotion d'une approche ludique et contrainte de la création littéraire, où les auteurs utilisent des règles formelles (comme les lipogrammes ou les palindromes) pour stimuler leur imagination. Il a peu écrit : des poèmes avec le minimum de mots, le minimum de lettres, et même, sommet de la réduction, un poème sans lettres. Il disait de lui-même qu'il avait une certaine « constipation de plume » « Symétriquement, j'ai voulu commenter de manière la plus longue possible ces très courts poèmes », nous explique Marcel Benabou. Ainsi, il nous raconte les dessous du poème composé du seul mot « Fenouil » ou de la réduction d'un poème à une seule lettre « T. » : une lettre qui a finalement tant de choses à dire et qui ouvre un très grand champ d'interprétations... FLL est notamment l'auteur de La Littérature potentielle (1973), un ouvrage fondateur coécrit avec Raymond Queneau, qui explore les contraintes formelles comme outil de création littéraire. On lui doit aussi Les Nombres remarquables (1983), un livre dédié aux propriétés mathématiques singulières, ou encore Le Second Manifeste de l'Oulipo (1973), où il théorise les principes de ce mouvement. Par ailleurs, il a rédigé des essais sur les échecs, comme L'Ouverture française (1935), et des textes plus personnels, tels que Le Temps (1963), mêlant réflexions scientifiques et philosophiques. L'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle) est un groupe littéraire fondé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l'écrivain Raymond Queneau. Ce dernier a déjà beaucoup publié dont le fameux Zazie dans le métro, ce ne sont donc pas des jeunes gens en mal de reconnaissance et d'aventures ! Leur objectif est d'explorer les possibilités de la création littéraire à travers des contraintes formelles, souvent inspirées des mathématiques ou des jeux de langage. Ces contraintes, comme l'écriture sans la lettre e (lipogramme) dans La disparition de Georges Perec ou la structure en s+7 (remplacer chaque substantif d'un texte par le septième suivant dans un dictionnaire), stimulent l'imagination et donnent naissance à des œuvres originales. Invité : Marcel Benabou, né en 1939 au Maroc, est un écrivain et historien français, membre de l'Oulipo depuis 1970. Il en était le « secrétaire définitivement provisoire » avant de cumuler cette fonction avec celle de « secrétaire provisoirement définitif ». Ses travaux littéraires s'inscrivent dans la tradition oulipienne, utilisant des contraintes formelles pour explorer des thèmes comme le langage, la mémoire et la création. Parallèlement à son activité d'auteur, il a mené une carrière d'historien, spécialisé dans l'Antiquité romaine. Ses ouvrages, tels que Pourquoi je n'ai écrit aucun de mes livres (1986) ou Jette ce livre avant qu'il ne soit trop tard (1992), illustrent son approche à la fois structurée et réflexive de l'écriture. Aux franges du silence, glose pour FLL est publié aux éditions du Seuil. Programmation musicale : L'artiste Dali avec le titre Parler fort.

Sommes-nous égaux devant le langage ? Dans Le capital Linguistique, Frédéric Lebaron interroge le concept de capital linguistique. Mais qu'est-ce qu'un capital linguistique ? Pour le sociologue du langage, « chacun a des compétences linguistiques : ce qui m'intéresse, c'est comprendre la manière dont ces ressources intériorisées fonctionnent et sont dotées d'une valeur sociale. Les ressources linguistiques sont immédiatement évaluées : la valeur du langage va déterminer la valeur d'une personne. » L'auteur fait la différence entre sociolinguistique et sociologie du langage. Pour faire simple, la sociologie du langage étudie le rôle du langage dans la structuration de la société et les enjeux sociaux liés aux langues quand la sociolinguistique étudie les relations entre la langue et la société, en se concentrant sur l'usage concret des langues dans les interactions sociales. La sociologie du langage existait avant la sociolinguistique : l'un des pionniers était Marcel Cohen qui a écrit Pour une sociologie du langage en 1956. Dans son essai, Frédéric Lebaron évoque également la question de la hiérarchie des langues, de la place et de la dominance de l'anglais dans l'espace francophone : la présence des anglicismes par exemples. Invité : Frédéric Lebaron, sociologue, professeur à l'École Normale Supérieure Paris Saclay, il a notamment travaillé sur les discours économiques. Auteur de Le Capital Linguistique: une sociologie du langage, publié aux éditions CNRS. Et la chronique Ailleurs nous emmène à Abidjan, en Côte d'Ivoire, Adam Mots présentera son spectacle «La calebasse n'a pas de couvercle» entre théâtre, slam, poésie et « griotisme » à l'Institut français d'Abidjan, le 4 juillet. Programmation musicale : L'artiste Zaho avec Alonzo & Magic System - pour le titre « Mauvais caractère ».

Claire Lasne Darcueil et Feroz Sahoulamide mettent en scène « Chez Samy », un spectacle collectif gratuit pour et avec les habitants qui raconte l'histoire d'une famille élargie, d'un café et d'un quartier de Bobigny, ville très métissée de la Seine-Saint-Denis. Le spectacle, une commande d'Hortense Archambault, directrice de la MC 93 a pour but de faire une vraie création avec les habitants. Ils sont une cinquantaine sur scène à raconter l'histoire d'un café disparu à Bobigny, c'est une histoire inventée mais basée sur de faits réels : la MC 93 a été construite sur un ancien quartier. La pièce raconte l'histoire fictive d'un couple, tout aussi fictif, Samir et Samy, qui a eu dix enfants ! Aucun ne se ressemble, aucun ne parle la même langue... viennent s'ajouter les oncles, les tantes et puis... les amis ! On retrouve des amateurs, mais aussi des professionnelles comme ces trois chanteuses lyriques qui chantent aussi bien « La Traviata » que les chansons des Demoiselles de Rochefort. « Le principe est de sortir des stéréotypes et de plaider la diversité », plaide Claire Lasne. Les cinquante comédiens couvrent tous les âges, cultures, choix de vie, couleur de peau... ! La pièce raconte également par les « petites histoires », l'histoire des immigrés de la première génération. Dans le spectacle, sont parlées une quantité de langues, les langues des locuteurs/acteurs sur scène. Le spectacle, fait avec peu de moyens : quelques tables, quelques chaises, un vidéaste qui filme quelques scènes projetées sur grand écran. À voir jusqu'au 28 juin 2026 à la MC 93. Invitée : Claire Lasne Darcueil, ancienne directrice du Conservatoire national supérieur d'art dramatique. Autrice et metteuse en scène de la pièce Chez Samy à la MC 93. Programmation musicale : L'artiste Sarahmée avec le titre « Ratata ».

Pour son premier essai en solo, le journaliste et désormais écrivain Anthony Vincent s'attelle à décortiquer l'insulte et surtout à analyser comment les communautés dénigrées par les structures masculinistes, blanches et hétéronormées se réapproprient aujourd'hui, et ce depuis longtemps, les injures pour les transformer en symboles de regroupement et d'émancipation. Chaque insulte n'est pas qu'un simple mot. Même si, à la base, l'insulte est « un acte de langage bref, à visée offensive », cet acte prend quasiment toujours sa base sur un stigmate que l'auteur français définit comme le renvoi à « un statut social négatif, attribué et perpétué ». En effet, chaque insulte a une histoire. Et c'est cette histoire qu'il faut absolument connaître pour passer de l'injure à un élan de solidarité communautaire quasiment naturel, en se réappropriant le stigmate. Ce « retournement du stigmate », d'abord défini sociologiquement par Louis Gruel, l'un des disciples de Bourdieu, apparaît donc comme nécessaire et inévitable, puisque « les insultes que nous utilisons et/ou subissons nous situent socialement », explique Vincent dans son livre. En effet, parce que ces insultes marquent à vie ceux qui les reçoivent, elles leur permettent également de s'identifier, de se reconnaître, de se rallier et de se renforcer contre « l'ordre cishétéroblantriarcal et validiste », comme le constate le journaliste français. L'insulte : de l'injure à la solidarité se présente aujourd'hui comme un ouvrage transversal essentiel à la sociologie linguistique actuelle et questionne, malgré tout, la réappropriation du stigmate. « En retournant un mot stigmatisant, ne sommes-nous pas en train de réactiver la domination qu'il cristallise ? » Une question légitime qui se doit d'être posée, selon Anthony Vincent, puisque, premièrement, toute thèse sociologique se doit de faire face à sa propre réfutabilité, mais surtout parce que le risque de la réappropriation serait de figer les identités des communautés insultées et peut-être même de perpétuer un socle de domination. Néanmoins, pour Vincent, la réappropriation est inévitable, car la récupération d'une insulte vaut tout de même bien mieux que sa dépolitisation, « afin de transformer la cicatrice des injures en force collective », comme nous l'a dédicacé notre invité du jour. Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup revient sur les origines et la signification d'une expression française bien connue, en complicité avec la lexicographe Sarah Decottignies des éditions Le Robert et les CM1 A de l'école Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris. Et, je peux vous assurer que, malgré la chaleur, Lucie « se porte comme un charme » aujourd'hui ! Invité : Anthony Vincent, journaliste, écrivain, animateur de podcasts et spécialiste mode. Son premier ouvrage en solo L'insulte : de l'injure à la solidarité est d'ores et déjà disponible aux éditions Les Liens qui Libèrent. Programmation musicale : Angèle avec son nouveau titre Dis-le.

Le recueil Sous le règne du fouet rassemble les témoignages de 27 parcours de vie, anciens esclaves : 14 femmes et 13 hommes. Au cœur de la crise économique qui ravage les États-Unis au début des années 1930, le Federal Writers' Project, une agence fédérale du New Deal, lance une entreprise de collecte de la voix des sans-voix dont l'ampleur n'a jamais été égalée : près de 2 300 témoignages d'anciens esclaves sont recueillis, transcrits et édités. Cette source inestimable et sans équivalent dans le monde restait jusqu'à ce jour largement inédite en français. Invitée : Elsa Queré, traductrice du recueil Sous le règne du fouet, une histoire orale de l'esclavage aux éditions Ici-Bas. Avec la préface de Françoise Vergès. Programmation musicale : L'artiste Fatoumata Diwara avec le titre "Fala" qui veut dire "orphelin" en bambara.

Depuis plus d'un siècle, à Hauterives, dans la Drôme, dans le sud-est de la France, se visite le palais idéal du Facteur Cheval. Dimitri Delmas, illustrateur, designer et écrivain vient de publier J'avais bâti dans un rêve un palais, un roman consacré au facteur Ferdinand Cheval. Ferdinand Cheval est né en 1836 dans une famille modeste de la Drôme, à Charmes sur l'Herbasse, dans un petit village très rural. Après avoir quitté l'école à 13 ans, il devient boulanger, puis facteur en 1867 à Hauterives. C'est un homme ordinaire, discret, qui effectue chaque jour sa tournée à pied dans les campagnes autour de Hauterives. Il ne quittera jamais son département. En 1879, alors qu'il trébuche sur une pierre de forme étrange, il a une révélation : il décide de construire un palais, seul, avec ses mains et les pierres qu'il ramasse pendant ses tournées. Chaque soir, après ses longues journées de travail, Cheval se consacre à la construction de son Palais idéal. Est-ce un rêve ou une façon de fuir la dureté du monde ? Car il aura eu une vie douloureuse... marquée par des deuils. Armé d'une brouette, d'une pelle et d'une lampe à pétrole, il transporte des centaines de kilos de pierres qu'il façonne avec des outils rudimentaires. Il mélange ciment, chaux et fil de fer pour donner vie à un monument inspiré par les cartes postales, les magazines illustrés et ses propres rêves. Et tout cela dans une période marquée par la naissance du capitalisme, par l'industrialisation et le colonialisme. Son palais, mélange de grottes, de tours, de sculptures d'animaux et de motifs exotiques, devient une œuvre démesurée : 26 mètres de long, 12 mètres de haut et 10 mètres de large. Malgré les moqueries de ses voisins et les difficultés techniques, il achève son œuvre en 1912. Il décède en 1924. Le Palais idéal du Facteur Cheval se visite à Hauterives, dans la Drôme. Invité : Dimitri Delmas, auteur et illustrateur français. Son roman J'avais bâti dans un rêve un palais est publié aux éditions Actes Sud. Et la chronique Ailleurs nous emmène en Australie ou Jacques Bernard, créateur du Van du Livre, une librairie ambulante francophone qui parcourt l'Australie depuis 12 ans pour transmettre le goût des livres. Le livre La GRANDE histoire du Van du Livre est disponible à la commande sur son site. Programmation musicale : La Grande Sophie avec Philippe Katerine pour le titre Un duo avec moi.

Emily est une jeune femme qui vit seule avec sa chienne Loyse dans la maison héritée de sa grand-mère. C'est là qu'elle a grandi, quand son père est parti fonder une nouvelle famille. Un jour, une lettre arrive : elle doit vendre la maison, en indivision. Pauline Peyrade nous offre avec Les Habitantes l'histoire d'Émilie, une femme qui vit depuis toujours dans la maison de sa grand-mère, Moon. C'est là qu'elle a grandi, là qu'elle reste, comme si ce lieu faisait partie d'elle. Pas par nostalgie, mais parce que cette maison est un refuge, un monde à part où chaque détail compte : le bruissement des feuilles, le vol des insectes, la lumière sur l'étang. Pourtant, un jour, des lettres arrivent. On lui demande de vendre. Émilie se retrouve menacée de perdre, ce qui la rattache à la vie. L'autrice aura mis trois ans pour écrire Les habitantes. Pauline Peyrade n'aime pas les romans explicatifs : avec ce roman, elle n'avait pas en tête d'écrire de grands affrontements mais plutôt de raconter la vie d'une femme qui fait face à une violence systémique. Je ne voulais pas que l'écologie soit le sujet central du roman, mais plutôt une manière de l'écrire. Elle ne concentre pas l'intrigue sur le combat intrafamilial mais cherche à raconter un autre rapport au monde en lutte contre le patriarcat et le capitalisme. Elle reconstitue le lieu qui habite le roman : insectes, végétaux : par la lecture, on le ressent, on les rencontre, elle créé des présences dans le livre et raconter des histoires par les sensations. Invitée : Pauline Peyrade, écrivaine et dramaturge. Formée à l'écriture théâtrale, elle se consacre à des récits où les émotions et les relations humaines occupent une place centrale. Son premier roman, L'Âge de détruire publié aux éditions de Minuit remporte le prix Goncourt du premier roman en 2023. « Les habitantes » également publié aux éditions de Minuit, vient de remporter le Prix du Livre Inter 2026. Programmation musicale : l'artiste Étienne Daho en duo avec l'artiste Alan Stivell avec le titre « An hanv » (qui veut dire « L'été ») une chanson en hommage à Frank Darcel du groupe Marquis de Sade disparu en 2024.

Avec plus de 3 millions d'exemplaires vendus, Ariol le petit ânon le plus célèbre de la bande dessinée confirme son statut de héros des enfants et des familles. Emmanuel Guibert, auteur et dessinateur a été désigné comme parrain de la 12è édition de Partir en Livre. Ce n'est pas par hasard si Emmanuel Guibert a été choisi comme parrain de cette douzième édition de Partir en Livre qui aura lieu du 17 juin au 19 juillet 2026. Depuis tout petit, l'auteur et dessinateur est passionné de lecture. La lecture finit toujours par engendrer la lecture ! C'est une adresse du bonheur donc on y retourne. À l'initiative du CNL (Centre national du Livre), et sous l'impulsion du ministère de la Culture, le grand festival du livre pour la jeunesse a pour thème « Nos petits et grands héros » avec un clin d'oeil particulier au petit ânon Ariol dont le recueil Les vacances chez papy et mamie est paru le 10 juin 2026. Avec beaucoup d'humour et de subtilité, Emmanuel Guibert a fait de cet ânon, un véritable héros pour la jeunesse. On suit, depuis 26 ans, maintenant les aventures du petit âne bigleux, éternel élève de CM1 avec ses copains Ramono le cochon, Pétula, Batégaille ou Tiburge ! Un personnage que son auteur a voulu pour toutes les tranches d'âge. Emmanuel Guibert s'amuse également beaucoup avec les manières de parler et les accents et parsème ses scénarios de jeux de mots : « internet » devient par exemple « interbête ». Invité : Emmanuel Guibert, auteur et dessinateur français, né en 1964. Il s'est fait remarquer avec des œuvres comme La Guerre d'Alan qui relate les souvenirs d'un soldat durant la Seconde Guerre mondiale, Le Photographe (avec Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier) ou des ouvrages jeunesse tels que les Sardines de l'Espace ou Ariol (avec Marc Boutavant), où il mêle une grande sensibilité humaine à une narration très maîtrisée. Merci à Lucie et Emile pour leur lecture. Et comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup décrypte une expression bien connue de la langue française dans sa chronique « La puce à l'oreille ». Cette semaine encore, on découvre les dessous de l'expression « Être coiffé au poteau » avec Sarah Decottignies, lexicographe aux éditions Le Robert et toujours avec la complicité des élèves de CM1 A de l'École Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris ! Programmation musicale : L'artiste Minou avec le titre « Différent ».

Vingt ans après la disparition de l'humoriste Raymond Devos : y a-t-il des héritiers aujourd'hui dans ce domaine si particulier de l'humour absurde ? La Scala organisait une soirée spéciale Devos 2.0, ce lundi 15 juin 2026... Il y a 20 ans, disparaissait l'artiste Raymond Devos. Maître incontesté du jeu de mots et des absurdités du langage, il transformait les expressions du quotidien en situations loufoques où le sérieux basculait dans le burlesque. Qui sont aujourd'hui les héritiers de Devos ? Comment faire vivre ce patrimoine exceptionnel auprès de nouvelles générations sans céder à l'imitation ? Invités : - François Rollin, auteur, comédien, scénariste, metteur en scène, Prix Raymond Devos 2009, un prix qui récompense « une personne dont l'œuvre contribue au progrès de la langue française, à son rayonnement ou à sa promotion » - Geneviève Meley Othoniel, directrice de l'École Supérieure des Arts du Rire (ESAR) une école ouverte en 2024 qui forme des humoristes - Aliocha, étudiant humoriste à l'ESAR. Une soirée spéciale Devos 2.0 a eu lieu à la Scala le 15 juin 2026. Programmation musicale : L'artiste Voyou en duo avec Tuerie pour le titre « Hula Hoop ».

Connaissez-vous l'algospeak ? L'algospeak désigne un ensemble de mots codés, détournés ou modifiés que les internautes utilisent pour contourner les systèmes de modération automatisée des plateformes... Sur les réseaux sociaux, parler de « sekksse » plutôt que de « sexe » ou écrire « v1olence » pour évoquer la violence n'est pas une simple fantaisie, mais une stratégie pour déjouer la censure. En effet, YouTube, Instagram ou encore TikTok filtrent et masquent systématiquement les publications contenant des termes jugés sensibles ou enclins à heurter la sensibilité des internautes ! Comme l'argot des faubourgs du XIXè siècle, né pour échapper à la compréhension des autorités, l'algospeak – mot valise, contraction d'algorithm et speak – est un langage crypté (un cryptolecte) façonné par les utilisateurs des médias sociaux les internautes. Une ruse linguistique qui interroge : jusqu'où ira cette guerre des mots contre les machines ? Invitée : Anne Gensane, enseignante chercheuse en sciences du langage, Université d'Artois. Et la chronique Ailleurs nous emmène à Dakar au Sénégal pour parler de la 9è édition du Festival International des Arts de la marionnette au Sénégal qui aura lieu du 16 au 21 juin. Organisé par l'association DJARAMA (un mot peul qui signifie à la fois « bonjour » et « merci »), ce festival a lieu depuis 2013. C'est un festival itinérant qui réunit des compagnies nationales et internationales : Sénégal, Guinée Bissau, Belgique, Canada, France. Le but est de faire réunir un jeune public à des spectacles parfois sans paroles. Avec Mamby Mawine, comédienne, directrice artistique du Pôle culturel Djaram'Arts, metteuse en scène et formatrice en théâtre jeune public. Programmation musicale : Les artistes Stromae et Tove Lo avec le titre « Des fleurs ».

Dans Pourquoi le football publié en 2021, le philosophe Stéphane Floccari noue la pratique sportive du foot et la philosophie... et convoque Michel Platini et Vladimir Jankélévitch, Pelé et Pasolini, Cantona et Cioran. Le peu de morale que je sais, je l'ai appris sur les scènes de théâtre et dans les stades de football, disait le philosophe Albert Camus, prix Nobel de littérature en 1959. Depuis, le football a changé de visage, des centaines de milliards se sont déversés sur les terrains, avec des débordements en tout genre mais le foot reste une passion puissante à l'échelle planétaire, avec des fans venus de tous les horizons... Et les intellectuels ont aussi leur mot à dire sur le sport ! Rabelais ou Ronsard, écrivains et poètes de la Renaissance jouaient déjà à un jeu qui ne s'appelait pas encore football, à une période où la Coupe du monde n'existait pas... Avec les sons d'archives de : - Jacques Derrida, grand philosophe, penseur de la déconstruction. Il confie sa passion pour le foot, une passion née pendant la guerre alors qu'il vivait jeune homme en Algérie - Denis Podalydès, de la Comédie française. Il raconte à l'occasion de la victoire de la France en 1998 que sa journée commence par la lecture du journal l'Équipe - Daniel Picouly, écrivain qui parle du « vrai football ». Avec également le reportage de Jérémie Lanche, à Genève, en Suisse. Invité : Stéphane Floccari est agrégé et docteur en philosophie, professeur au lycée Marcelin Berthelot, à Saint-Maur-des Fossés, et à l'INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance), à Paris, chargé d'enseignement à la Sorbonne, Stéphane Floccari est, depuis l'enfance, un passionné de football, qu'il a pratiqué dans l'équipe de France des écrivains sportifs. Il est l'auteur de Pourquoi le football ? aux éditions des Belles Lettres en 2021. Il a également publié plus récemment, Le Sport émoi aux éditions Amphora. Le calendrier de la Coupe du Monde. Programmation musicale : L'artiste Lescop avec le titre Comète.

Julie Glikman a fait des messages vocaux son objet de recherche ! Les notes vocales ! On les adore... ou on les abhorre ! Elles se suffisent tantôt à un laconique « Ok, ça marche » de trois secondes, elles peuvent aussi devenir de véritables « podcasts » de trois, dix ou quinze minutes ! Pourtant, ces notes ne sont-elles pas aussi un moyen de saisir la langue telle qu'elle se parle aujourd'hui ? Et d'archiver nos manières de parler ? Pourquoi s'écrire quand on peut se parler et, inversement, pourquoi se lancer dans une conversation quand on peut s'envoyer un message rapide et efficace… ? Tel était le dilemme entre le SMS et l'appel téléphonique. Mais depuis, les notes vocales ont pris le relais : « un véritable sujet d'étude pour les linguistes ! » Il y aurait « sept milliards de messages vocaux échangés par jour ». Tout le monde ou presque s'y est mis. Une langue parlée, naturelle, sans chevauchement de parole « Ce qui nous intéresse, c'est que c'est de la langue parlée, naturelle. On peut ainsi comprendre comment les gens parlent au quotidien ! », explique Julie Glikman. Et, particularité des vocaux, il n'y a « pas de chevauchement de parole comme dans une conversation normale ». Les linguistes ont recueilli des données sur la base du volontariat, en proposant aux gens (beaucoup d'étudiants !) de participer en partageant leurs messages : 1 950 fichiers audio, vingt heures d'écoute et des vocaux qui parlent de tout. « Jusqu'à maintenant, l'étude de la langue se faisait grâce aux œuvres écrites ». « Le français, comme toutes les langues, change au fil du temps, les vocaux peuvent être un moyen de percevoir ces changements plus rapidement ! » « Voilà », disfluences et gros mots : ce que révèlent les vocaux Ce qui a été remarqué, ce sont des usages de la langue parfois peu documentés . Le mot « voilà », par exemple, n'est pas toujours un mot de discours terminatif. Les vocaux permettent aussi de documenter et d'archiver les gros mots qui sont dits, mais aussi ce qu'on appelle les disfluences : « les blancs » ou les « euh », les répétitions. Mais est-ce que ça reste de la communication ? Oui, selon la linguiste car « on envoie à un destinataire choisi mais il y a parfois une séparation spatio-temporelle. » Avec les vocaux, on peut s'arrêter plus facilement qu'une communication par téléphone classique. Invitée : Julie Glikman, professeure en linguistique française diachronique à l'Université de Lorraine et membre du Laboratoire de recherche UL ATILF soit Analyse et Traitement Automatique de la Langue Française. Pour retrouver le corpus des vocaux, RDV ici. Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup décrypte une expression bien connue de la langue française dans sa chronique « La puce à l'oreille ». Cette semaine encore, on découvre les dessous de l'expression « Tirer les vers du nez » avec Sarah Decottignies, lexicographe aux éditions Le Robert et toujours avec la complicité des élèves de CM1 A de l'École Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris ! Programmation musicale : L'artiste franco-guinéenne Annie Lalalove avec le titre Let it be blue.

Avec son seul en scène « Mérou », qui se joue actuellement à la Scala de Paris, l'humoriste Lou Trotignon devient l'un des premiers comédiens français à consacrer un spectacle entier à la transidentité, via son expérience personnelle. En plus de cette représentation fraîche et intimiste, une collection d'archives sélectionnée en collaboration avec le Centre d'archives, des mémoires et des cultures LGBTQI+ est également visible sur place. « Les minorités, et pas simplement les LGBTQIA+, ont cette capacité à prendre soin des archives de manière différente, de manière plus collective et de manière communautaire », explique le spécialiste des transféminismes Sam Bourcier, quant à la nécessité de l'existence en France d'un centre d'archives LGBTQIA+. Objets, documents et même des archives orales sont récoltées par le Centre d'archives LGBTQI+, logé pour le moment à Césure (dans le 5è arrondissement de Paris), pour lequel Sam Bourcier œuvre à la programmation. Contrairement à d'autres archives plus conventionnelles, n'importe qui peut alimenter et consulter ces archives, pour la simple et bonne raison que « chaque archive compte », d'après Bourcier, pour qui la France est encore en retard sur la conservation d'archives LGBTQIA+. C'est l'une des raisons pour laquelle l'humoriste Lou Trotignon a décidé de collaborer avec le Centre d'Archives LGBTQI+ de Paris et de les mettre à l'honneur autour de son stand-up sur la transidentité. « Le stand-up, l'humour, c'est juste raconter son histoire et il s'avère que mon histoire, c'est que je suis trans », précise le comédien. J'ai créé ce spectacle pour que des gens comme moi ne se sentent pas seuls. Je parle de transition mais les autres peuvent également se sentir concernés. Trouver son chemin dans ce monde peut être difficile. — Lou Trotignon Trotignon a d'ailleurs choisi de nommer son spectacle « Mérou » en référence à la nature hermaphrodite du mérou, un poisson au sexe indéterminé pendant les premières années de sa vie. « Être trans, pour moi, c'est l'identité du doute, si on doute, c'est qu'on avance », ajoute-t-il. Invités : Lou Trotignon, comédien et humoriste. Son spectacle « Mérou » se joue actuellement à la Scala de Paris, du 9 au 19 juin 2026. Sam Bourcier, sociologue, figure de l'activisme queer, spécialiste des subcultures sexuelles, des féminismes et des transféminismes, collecteur d'archives orales, responsable de la programmation du Centre d'archives LGBTQI+ de Paris et professeur des universités. Programmation musicale : Alma Rechtman et son titre Corps tambour.

Dans Et si on arrêtait de penser au masculin ?, publié aux éditions Le Robert, le psycholinguiste Pascal Gygax démonte les mécanismes de la masculinisation de la langue et montre en quoi ils influencent en profondeur notre vision de la société. Un père et son fils partent en voiture à la campagne. Sur le chemin, ils ont un accident. Le père meurt, mais le fils survit et est amené aux urgences. Arrivé à l'hôpital, le chirurgien de garde dit : « Je ne peux pas opérer car c'est mon fils ! » Comment cette situation est possible ? C'est par cette devinette, qui s'avère être une question assez structurante, que commence l'essai co-écrit par Pascal Gygax ! La réponse est la « mère » mais beaucoup de gens testés ont eu beaucoup de peine à trouver la solution, comme si notre cerveau ne pouvait le capter immédiatement ! « Il y a un stéréotype ! On n'est pas habitué à l'association « chirurgien/femme ». En langue française, on a un autre problème : on utilise le masculin pour parler de personnes qui ne sont pas homme (médecin, professeur....) ». C'est ce qu'on appelle le masculin générique... Pour le chercheur, le cerveau a du mal à envisager spontanément le féminin lorsqu'il doit souvent lever une ambiguïté entre un féminin et un masculin. « Mais notre cerveau n'aime pas laisser des cases vides : lorsqu'il doit trancher, il va plutôt se tourner vers le masculin. C'est une forme d'androcentrisme. Nous voyons le monde à travers un prisme plutôt masculin, parce que nous y avons été exposés depuis tout petits. » Mais, comment on est ont arrivé là ? Tout d'abord, il y a eu des vagues de « masculinisation de la langue » notamment à partir du XVIIè siècle : des mots comme « autrice » ont disparu. « Une manière de dire aux femmes que les métiers tels que docteur, philosophe, sont réservés aux hommes ! C'est très assumé. » Comment faire un langage plus inclusif ? Pascal Gygax nous apprend que les premières théories sur l'écriture inclusives apparaissent dans le livre de Nancy Hardesty Inclusive Language in the Church. Dans cet ouvrage, l'autrice proposait d'utiliser des termes épicènes « enfant de Dieu » plutôt que « fils de Dieu ». « Il ne faut pas confondre écriture inclusive et point médian qui est juste une des formes possibles de l'écriture inclusive », précise Pascal Gygax. D'autres stratégies existent : changer la fonction grammaticale, utiliser le pluriel ou encore recourir à la forme passive. On peut aussi employer des doublets : « Françaises, Français », « les femmes et les hommes ». Mais est-ce que cela peut fonctionner ? « C'est surtout une question d'habitude. Certaines formes, comme les néologismes, mettront sans doute plus de temps à entrer dans les mœurs ». Et la chronique Ailleurs nous emmène à Kinshasa en République démocratique du Congo où Israël Tshipamba, directeur du festival Ça se passe à Kin. Invité : Pascal Gygax, psycholinguiste, directeur de recherches à l'université de Fribourg en Suisse. Co-auteur avec de Et si on arrêtait de penser au masculin ? publié aux éditions Le Robert. Programmation musicale : Les artistes Sébastien Tellier & Juliette Armanet avec le titre « Attraction ».

Dans Holopherne doit mourir, l'avocate Chirinne Ardakani met en scène le procès fictif du Patricarcat. Un procès pour féminicide, un procès de masse historique au nom de toutes les femmes et pour toutes les victimes pour juger du patriarcat qui gouverne nos sociétés depuis des décennies voire des siècles. Une œuvre pensée pour créer du débat. "J'ai imaginé ce procès du patriarcat car c'est une nécessité de savoir ce que des siècles nous ont laissé en héritage : le quotidien nous le montre, des femmes continuent à mourir car elles sont des femmes" explique Chirinne Ardakani. Mêlant droit, théâtre et histoire de l'art, le Théâtre de la Concorde propose avec ce spectacle de rendre justice aux vies. Dans cette audience hors norme, des figures multiples– anonymes, historiques ou symboliques – sont appelées à comparaître. Toutes sont suspectées d'avoir participé, à des degrés divers, à une organisation criminelle tentaculaire : le Patriarcat incarné par Holopherne. Holopherne est un personnage du livre de Judith, dans la Bible. C'est un général sanguinaire chargé de piller les cités puis des violer les femmes. Il va tomber amoureux de Judith, une veuve magnifique qui va le séduire, le faire boire, puis le tuer en le décapitant. Au cœur du procès, il y a Holopherne mais aussi un tableau célèbre, Judith décapitant Holopherne signé par l'artiste italienne Artemisia Gentileschi du début du 17eme siècle. Très tôt dans le spectacle, il y a un montage vidéo ou sont incriminés tous les puissants de ce monde et de tous les pays, de l'Afghanistan au Soudan : "De tout temps, les lois, les états estiment que e corps des femmes est un sujet de législation. Qu'on peut disposer comme on veut de leurs corps." L'avocate rappelle que le Code civil a longtemps été très misogyne en France avec de grandes inégalités qui perdurent encore dans de nombreux pays. Dans la vraie vie, Chirinne Ardanaki est avocate pénaliste à la Défense : je défends des hommes accusés de crimes sexuels mais dans la vie de tous les jours, elle est engagée pour la défense des femmes "Je défends l'homme mais je combat le mâle, le théâtre est un moyen pour cela." Invitée : Chirinne Ardakani, avocate en droit pénal et en droit des étrangers, autrice et militante pour les droits humains. Elle est l'avocate du Prix Nobel de la paix Narges Mohammadi. Et le reportage de Fanny Imbert avec des spectateurs. Programmation musicale : L'artiste Yamé avec le titre Ne reviens pas.

Dans Le loup de la famille, l'auteur libanais Souhaib Ayoub raconte la vie d'une famille traversée par la guerre. Le loup de la famille raconte l'histoire d'une famille sur trois générations mais aussi la vie d'un immeuble dans un quartier pauvre de Tripoli, la deuxième ville du Liban au nord du pays. Le roman n'est pas daté et c'est volontaire « il y a aussi beaucoup de guerres locales : à Tripoli par exemple, entre les Sunnites et les Alaouites, on a aussi la guerre civile et toutes les guerres personnelles de chaque famille ! » L'appartement familial a été bombardé et le narrateur, Hassan, un ado muet le raconte comme une légende, et pour cause, le narrateur n'était pas né ! La famille de cet immeuble est atypique : il y a Shamzé, la grand-mère, une femme bédouine qui a vécu de nombreux drames, Zied, le père amant de DolceVita, une femme transgenre. Le roman est traversé de bout en bout par la guerre... « La guerre, cette fille de pute ! ». Souhaib Ayoub définit la guerre actuelle comme une guerre insupportable. « On est attaqués chaque jour par Israël ». Même en exil, il porte la douleur de la guerre et éprouve une forme de culpabilité à vivre loin de son pays. « Au Liban, on ne vit jamais de vraie paix, il y a juste des moments d'espoirs de paix. C'est un peuple qui vit en résistance tout le temps ! Chaque Libanais vit la guerre n'importe où, comme un acte de fuite. » Invité : Souhaib Ayoub, écrivain, peintre et comédien, est né en 1989 à Tripoli, au Liban. Il réside à Paris depuis 2015. Il est à l'origine du projet « Ta'a naktob » (« Écrivons ensemble ») visant à promouvoir l'écriture créative auprès des jeunes. Il est l'auteur de Rajul min sâtân (« Un homme de satin » sorti en 2019) et de « Le loup de la famille », aux éditions Actes Sud, son premier récit traduit en France. Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup décrypte une expression bien connue de la langue française dans sa chronique « La puce à l'oreille ». Cette semaine encore, on découvre les dessous de l'expression « se faire du mouron » avec Sarah Decottignies, lexicographe aux éditions Le Robert et toujours avec la complicité des élèves de CM1 A de l'École Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris ! Programmation musicale : Les artistes JeanJass & Chilly Gonzales avec le titre « IMAX ».