Reportage Afrique

Follow Reportage Afrique
Share on
Copy link to clipboard

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent chaque jour en deux minutes une photographie sonore d'un événement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jo…

Rfi - Yves-Laurent Goma


    • Aug 17, 2026 LATEST EPISODE
    • daily NEW EPISODES
    • 2m AVG DURATION
    • 1,573 EPISODES


    Search for episodes from Reportage Afrique with a specific topic:

    Latest episodes from Reportage Afrique

    Les actrices des luttes anticoloniales: l'impératrice Taytu d'Éthiopie [7/10]

    Play Episode Listen Later Aug 17, 2026 2:15


    Bien que l'Éthiopie soit toujours restée indépendante, elle a tout de même échappé de peu au joug colonial de l'Italie. À la fin du 19e siècle, Rome, qui a pris le contrôle de l'Érythrée, cherche à étendre son influence dans la Corne de l'Afrique. Mais jamais le pays ne parviendra à s'implanter en Éthiopie – du moins, jusqu'à l'occupation italienne de 1935 à 1941 fomentée par Benito Mussolini. L'empereur éthiopien Ménélik II, au pouvoir à l'époque, devient alors un symbole de la lutte contre la colonisation, éclipsant l'impératrice Taytu Betul, son épouse, dont le rôle a pourtant été déterminant. De notre correspondante à Addis-Abeba, À Addis-Abeba, Bezawit contemple la statue ocre de l'empereur Ménélik II sur l'immense esplanade du musée d'Adwa. À ses côtés, tout aussi imposante, l'impératrice Taytu pointe du doigt la fontaine qui lui fait face, comme un clin d'œil à l'Histoire, explique Tigist Angasu, guide au musée. « Pendant le siège de Mekelle, Taytu a coupé l'approvisionnement en eau de la rivière, rendant l'accès à la ressource extrêmement difficile pour les Italiens, raconte-t-elle. La situation est ensuite devenue extrêmement ardue pour les forces italiennes qui, après six jours de siège, ont capitulé et quitté le champ de bataille. » Bezawit l'avoue : elle ne connaissait pas le rôle décisif de Taytu dans cet épisode clé de l'invasion italienne de janvier 1896. « J'ai entendu dire qu'elle a fait beaucoup de bien aux femmes et que c'était une héroïne. Mais je dois avouer que mes connaissances à ce sujet sont limitées », confie-t-elle. L'impératrice Taytu a pourtant largement contribué à l'échec de l'Italie en Éthiopie, explique l'anthropologue Alula Pankhurst : « Son mari, l'empereur, avait commencé à avoir beaucoup de relations avec les Européens et à passer des accords avec eux parce qu'il voulait importer des armes. Mais elle, elle disait toujours que si les Européens venaient avec des cadeaux, c'était parce qu'ils avaient des intentions ultérieures. Elle se méfiait beaucoup d'eux. » Le rôle de Taytu dans la bataille d'Adwa, qui a chassé les Italiens le 1er mars 1896, a été déterminant. « Premièrement, elle a créé un bataillon, une équipe de soldats de femmes sur des mules, détaille-t-il. Elle était donc aussi dans les stratagèmes, elle a donné beaucoup d'avis et aussi des soins, elle y a même participé activement lorsqu'il y a eu des opérations chirurgicales, après la bataille. C'est quelqu'un qui a, en quelque sorte, permis à l'Éthiopie de garder son indépendance vis-à-vis des pouvoirs européens à la fin du 19e siècle, tandis que les autres pays africains étaient colonisés. » Taytu a aussi marqué de son influence la capitale éthiopienne. C'est elle qui, en 1886, a choisi de la nommer Addis-Abeba, « Nouvelle Fleur » en amharique. À lire aussiÉthiopie: un ouvrage éclaire le rôle majeur des femmes dans l'histoire du pays

    Les actrices des luttes anticoloniales: Élisabeth Domitien en Centrafrique [6/10]

    Play Episode Listen Later Aug 16, 2026 2:14


    Cap sur la Centrafrique pour notre série consacrée aux actrices oubliées des luttes anticoloniales, à la rencontre d'Élisabeth Domitien. Née dans la région de la Lobaye vers 1925, cette militante s'engage très jeune au sein du Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (Mesan) fondé par Barthélemy Boganda. Longtemps restée dans l'ombre des grandes figures masculines de l'histoire centrafricaine, elle fut pourtant l'une des artisanes de l'indépendance. Responsable des femmes au sein du Mesan, elle a contribué à diffuser les idéaux du mouvement indépendantiste auprès des populations. Alors que son nom semble peu à peu s'effacer de la mémoire collective, certains plaident pour une meilleure reconnaissance de son héritage. De notre correspondant à Bangui, Sous les arbres et sur les banquettes aménagées dans l'enceinte de l'Alliance française, quelques visiteurs consultent des ouvrages d'histoire et de vieux albums photographiques consacrés à la République centrafricaine. Sur plusieurs clichés jaunis par le temps apparaît le visage d'Élisabeth Domitien, une femme au regard déterminé souvent entourée de militantes ou de responsables politiques de l'époque. Maurice Guimendego, professeur d'histoire, s'arrête longuement sur une photographie datant des années précédant l'indépendance.  « Élisabeth Domitien fut un véritable leader politique féminin. Elle entre en politique dans le Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (Mesan) créé par Barthélemy Boganda, à la fin des années 1940. Elle était commerçante et femme d'affaires, comme on le dit, même si elle ne parlait pas français. Elle prononçait ses discours en sango. Elle avait quelque chose de l'ordre du charisme naturel », explique-t-il. À quelques mètres de là, Yvon Yangana parcourt un album consacré aux pionniers de la nation. Il vient de découvrir cette histoire d'Élisabeth Domitien. « Lorsque l'on évoque l'indépendance de notre pays, les noms des grands leaders masculins reviennent souvent. Pourtant, derrière cette conquête de la liberté se trouvait aussi cette femme courageuse. Responsable des femmes au sein du Mesan, elle parcourait les villages, mobilisait les mères, les commerçantes et les agricultrices, en expliquant l'importance de l'émancipation du peuple centrafricain », confie-t-il. Dans la médiathèque, un groupe de jeunes observe des photographies montrant Élisabeth Domitien lors de plusieurs cérémonies officielles. Parmi eux se trouve Antoine Gonda, un agriculteur d'une vingtaine d'années. « J'ai compris que c'était une femme de caractère. On raconte qu'elle n'hésitait pas à dire ce qu'elle pensait, même face aux plus hautes autorités. Bien avant que les questions de représentation féminine ne deviennent un enjeu mondial, elle avait déjà tracé la voie. Aujourd'hui, même si un hôpital porte son nom, je trouve qu'elle est tombée dans l'oubli », déplore-t-il. Après l'indépendance de la République centrafricaine, en 1960, Élisabeth Domitien poursuit son engagement politique. Son influence grandit progressivement au sein du Mesan. En 1972, elle devient vice-présidente du parti. Trois ans plus tard, le président Jean-Bedel Bokassa la nomme Première ministre, faisant d'elle la première femme à occuper cette fonction en Afrique subsaharienne. À lire aussiNuits africaines en Centrafrique: le célèbre bar dancing ABC de Bangui[02/10]

    Histoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10]

    Play Episode Listen Later Aug 15, 2026 2:21


    Dans ce nouvel épisode de notre série sur l'histoire de la nuit africaine, direction le Cameroun sur les traces d'un rythme qui a pris d'assaut Yaoundé. Mariages, anniversaires, remises de diplômes : dans la capitale camerounaise, rien ou presque ne se célèbre plus sans le mbolé. Pourtant, il y a une quinzaine d'années, ce genre musical était réservé à une toute autre atmosphère : celle des veillées funéraires. Des nuits du quartier de Mvog-Ada aux célébrations populaires, le mbolé s'est transformé pour devenir, à la tombée du jour, la musique phare de la jeunesse du pays.  De notre correspondant à Yaoundé, Le djembé, un instrument de percussion joué à mains nues, résonne dans le quartier Ekounou. Ce soir-là, il ne s'agit pas d'une veillée mais d'un casting. Une vingtaine de jeunes rivalisent de mélodies devant DJ Lexus, surnommé « Le Monstre », l'un des pionniers du mbolé. « Le plus difficile a été fait : faire connaître le mouvement, nous faire accepter par nos pairs. Maintenant, il faut qu'il perdure. Ça doit passer par les générations futures », affirme celui-ci.  DJ Lexus, l'enfant des veillées des quartiers Mvog-Ada et Anguissa, organise ce type d'événements partout dans la ville. L'idée : dénicher la nouvelle pépite du mbolé et continuer la modernisation d'un genre qui, selon lui, est en pleine mutation : « Chaque jour, un nouveau concept sort, une nouvelle basse, la compétition est rude. Même les arrangeurs doivent être prêts. Aujourd'hui, nous donnons davantage de couleurs à ce rythme. Quand on a commencé, on frappait dans nos mains, c'était juste acoustique, alors que maintenant on ajoute des nappes de synthé, des basses profondes. Mais on garde l'âme, l'énergie du mbolé ». Ce sont de véritables magiciens de la composition qui ont fait le succès de cette musique, comme DJ Lexus et aujourd'hui, Junior Abega, dit « Sa Majesté ». Ce fils de musicien renommé a contribué à la fabrication de plusieurs hits mbolé depuis son studio du quartier Efoulan. En studio, il a fallu trouver à ce genre musical une vraie identité sonore : « Au départ, c'était un mouvement très spontané, très local, porté par les quartiers populaires. Les premières chansons du mbolé étaient faites dans la rue, à l'arrache. Puis, certains artistes ont compris qu'il fallait améliorer la qualité des enregistrements et qu'il fallait une rythmique qui donne immédiatement envie de bouger, parce que c'est ça le mbolé. Et puis le texte doit parler aux gens. On a travaillé les fréquences, la profondeur. Le mbolé, aujourd'hui, ça doit taper dans le cœur et dans les enceintes ».  Malgré le succès, les soirées mbolé continuent Pour garder la flamme allumée, chaque dimanche, musiciens, DJ, artistes mbolemen et simples passionnés se retrouvent à ce carrefour mouvementé du quartier Emombo, dans l'un des lieux de rassemblement les plus emblématiques des amoureux du mbolé. Il s'agit d'une vaste structure en bois à l'entrée de laquelle sont installés de nombreux équipements de musique. Parmi les habitués, Aline, une fan de la première heure qui a vu cette musique prendre de l'ampleur et passer de la rue aux événements les plus importants du pays. « J'ai l'habitude d'aller aux soirées mbolé parce que c'est un mouvement du pays. C'est propre à nous. Le mbolé, c'est une histoire de ghetto. Les artistes portent leur vécu, leur ressenti. J'aime cette musique parce qu'à travers elle, dans les paroles, je me retrouve », raconte-t-elle.  Le mbolé a connu son véritable décollage au début des années 2010, après les premières chansons enregistrées par des artistes comme Petit Malo, surnommé « le pape du mbolé ».    À lire aussiLe difficile export de la musique camerounaise

    Histoire de la nuit africaine: à Abidjan, la rue Princesse, mythique royaume des fêtes ivoiriennes [5/10]

    Play Episode Listen Later Aug 14, 2026 3:28


    RFI continue d'explorer les histoires de la nuit en Afrique. Dans cet épisode, direction la Côte d'Ivoire, à Abidjan, où la capitale de « l'enjaillement » - le fait de s'amuser - doit en bonne partie sa réputation à une artère mythique de la commune de Yopougon, la rue Princesse, rasée il y a 15 ans, le 5 août 2011, au nom de la salubrité urbaine.  De notre correspondant à Abidjan, L'histoire de la rue Princesse, « temple des nuits chaudes de la capitale économique » ivoirienne avec ses « boissons qui coulent à flot, [sa] musique à profusion, et le monde qui bouge », comme le rappelle une archive sonore de l'époque, a duré vingt ans.  Aujourd'hui, les nuits se sont refroidies. Mais si les commerces ont pris la place des maquis dans la célèbre artère, Charlie Beaux-Yeux garde encore en mémoire l'ambiance festive qui l'a longtemps animée. En 1991, cet entrepreneur avait ouvert L'Image, la toute première boîte de la rue Princesse et le début d'un mythe. « On s'est dit qu'il fallait réveiller la commune, et cela en créant une image, l'image de la commune de Yopougon. Comme nous étions dans le milieu du show-biz, on attirait tous les artistes qui passaient en Côte d'Ivoire. Même les footballeurs venaient, c'était le rendez-vous des grands ! », se remémore celui-ci.  Dans la foulée de L'Image, d'autres boîtes comme La Clinique, Le Sérum, La Pharmacie de garde cimentent la réputation de la rue Princesse. L'artère de deux kilomètres de long devient un maquis géant et le passage obligé des fêtards. Le producteur de musique Claude Bassolé était le propriétaire de L'Image. Pour lui, la rue Princesse a même redéfini la culture ivoirienne. « On a inversé la tendance ! Les gens quittaient Cocody, Treichville, Marcory, pour aller danser à Yopougon. Une boîte de nuit qui jouait à l'époque du zouglou était considérée comme une boîte folklorique. On a imposé cette musique qui est devenue notre identité nationale », raconte-il. Les stars du zouglou comme Magic System ou Yodé et Siro ont donné leurs premiers concerts rue Princesse dans les années 1990. Celle-ci a aussi vu l'émergence du coupé-décalé avec son roi, DJ Arafat, qui a fait ses premiers pas au Shangaï.  Preuve de l'importance du lieu, le président Laurent Gbagbo en personne y a passé une soirée en 2008, au Queen's, la discothèque de la star du foot Didier Drogba. La fin d'une rue, la fin d'un mythe  La médaille a son revers : le vacarme et la prostitution. En 2011, la rue Princesse est rasée au nom de la salubrité, quelques mois après l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara. Le mythe tombe, mais son esprit demeure. Il a même infusé dans tout le quartier de Yopougon, selon Léo Montaz, ethnologue spécialiste de la musique ivoirienne : « Je ne pense pas qu'il y ait des lieux qui aient la même image que la rue Princesse, qui soient aussi importants dans l'imaginaire ivoirien d'aujourd'hui. Yopougon reste un quartier central des cultures musicales ivoiriennes et un haut lieu de la fête, notamment pour les classes moyennes et les classes populaires qui n'ont pas les moyens d'aller dans les boîtes branchées de Cocody ».  Yopougon reste habité par la rue Princesse. Aujourd'hui, le biama, la version survoltée du coupé-décalé, ressuscite les nuits de la commune la plus populaire d'Abidjan.

    Les actrices des luttes anticoloniales: en 1960 à Ibadan, «la femme africaine trace son avenir» [5/10]

    Play Episode Listen Later Aug 13, 2026 2:16


    Suite de la série qu'RFI consacre aux actrices oubliées de la décolonisation sur le continent africain. Dans l'ombre des grands leaders masculins, des femmes se sont organisées pour penser la décolonisation au féminin. Il y a 66 ans, en août 1960, à Ibadan, au Nigeria, 55 déléguées de huit pays se réunissaient pour un congrès intitulé « La femme africaine trace son avenir ». S'il ne reste que peu d'archives des 12 jours de débats qui l'animèrent, l'événement est resté comme un moment fondateur de la pensée féministe panafricaine. Avec notre correspondante à Lagos, Elles étaient ghanéennes, maliennes, sénégalaises ou guinéennes issues de tous les milieux socio-professionnels. Parmi elles, des femmes de ménage, des commerçantes, des politiques ou des sages-femmes qui se sont réunies dans le but de réfléchir communément à leur place dans leur pays nouvellement indépendant, mais aussi à leur place sur le continent.  L'historienne Sara Panata s'est penchée sur les rares traces qui subsistent de la conférence d'Ibadan et explique quelles étaient les problématiques évoquées alors par les femmes : « On parlait de questions qui n'étaient pas liées à la politique formelle avec des sujets sur la place des femmes dans la famille, les droits reproductifs, le rôle social des femmes dans les nations indépendantes. Les déléguées se demandaient aussi comment créer des ponts entre femmes d'Afrique de l'Ouest, comment continuer le dialogue, et comment se penser en tant qu'Africaine et sortir des spécificités nationales portées par la colonisation ». Les débats portaient sur la conciliation d'une vie moderne tout en préservant la société traditionnelle africaine et sur la façon dont la liberté de travailler ou d'entreprendre pouvait améliorer le statut de citoyenne. Les femmes africaines, « pierres angulaires » des nations indépendantes Au Nigeria, depuis les années 1940, ces luttes passent souvent par des associations féminines fondées sur des critères religieux ou économiques. C'est l'une d'entre elles, la Women's Improvement Society of Nigeria, qui fut à l'initiative de la conférence d'Ibadan. Sa présidente de l'époque, Felicia Adetowun Ogunsheye, aujourd'hui âgée de 99 ans, se remémore ces combats : « Avant l'indépendance, nous n'étions pas traitées de manière égale, nous étions toujours reléguées au second plan, nous n'étions pas aux avant-postes... Notre préoccupation, c'était l'égalité salariale pour un travail égal. À cette époque, pour faire le même travail, j'étais payée le tiers de moins qu'un homme. Nous avons combattu cela et nous avons gagné ». Les femmes se considéraient alors prêtes à assumer de nouveaux rôles au-delà de leurs foyers, comme l'expliquait dans son discours au congrès une représentante de l'Union des femmes togolaises : « Maintenant que l'indépendance est acquise, les Africaines devraient faire face à de nouvelles tâches pour l'édification de la nation. Le rang de la femme est, dans leur société, la pierre angulaire. L'avancement se basera sur le progrès que fera la femme ». Toutefois l'unité féminine panafricaine née à Ibadan n'a pas survécu aux indépendances. Les logiques nationales ont vite pris le pas sur les discours unitaires. Même si des alliances féminines subsistent, fondées cette fois sur des affinités politiques.

    Les actrices des luttes anticoloniales: Andrée Blouin, influente conseillère et mobilisatrice de réseaux féminins [4/10]

    Play Episode Listen Later Aug 12, 2026 2:32


    La suite de notre série sur les actrices oubliées de la décolonisation. Nous nous penchons aujourd'hui sur le parcours d'Andrée Blouin, enfant métisse née en Centrafrique, qui a fait ses premiers pas en politique en Guinée et est devenue une influente conseillère de Patrice Lumumba au moment de l'indépendance du Congo. Le récit de Laurent Correau. Enfant métisse enlevée à sa mère, Andrée Blouin passe quatorze ans dans un orphelinat de Brazzaville, véritable prison pour « filles de sang mêlé », comme l'explique Subha Xavier, professeure en études françaises et africaines à l'université d'Emory, aux États-Unis : « Elle a vécu des années extrêmement difficiles au couvent. Elle les décrit comme des moments terribles d'oppression, d'aliénation, de malnutrition. On essayait de les assimiler à la culture française en les dénaturalisant de leurs origines africaines. » Au début de l'âge adulte, la mort de son fils René, auquel on refuse la quinine parce qu'il est Noir, la politise définitivement et l'ancre dans la lutte contre le système colonial. Elle suit son mari en Guinée où elle s'engage dans les années 1950 aux côtés du PDG-RDA, le Parti démocratique de Guinée, conduit par Ahmed Sékou Touré. Elle contribue à y mobiliser les femmes, notamment dans la campagne du « non » au référendum de 1958… Les explications de l'historienne Elisabeth Dikizeko : « Sékou Touré fut le catalyseur de son engagement politique. Et en Guinée, elle va adhérer au R.D.A. (Rassemblement démocratique africain), un parti anticolonialiste très important. Et là-bas, à Conakry, elle fera la rencontre de plusieurs grandes figures nationalistes camerounaises ou congolaises qui vont la pousser vers un engagement panafricaniste beaucoup plus important ».  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: au Maroc, les anonymes oubliées [3/10] Elle est appelée au Congo par les leaders nationalistes Pierre Mulele et Antoine Gizenga. Elle y organise une campagne de mobilisation populaire, structure des réseaux féminins, rédige des discours. Et comme en témoigne sa fille, Eve Blouin, elle devient cheffe du protocole du gouvernement de Patrice Lumumba après l'indépendance :  « Elle ouvrait son courrier, elle organisait les priorités des dossiers en cours, elle orchestrait les délégations étrangères et du corps diplomatique parce que c'était un véritable ballet. Mais elle avait fort à faire, car les forces adverses lui sabotaient le travail. Il y avait des dossiers qui disparaissaient, des clés qui disparaissaient. Elle arrivait, la porte de son bureau était grande ouverte. Même chose pour le bureau de Lumumba ». Elle affronte alors la presse coloniale, les diplomates et les puissances occidentales, qui voient en elle une agent du communisme international. Elle est expulsée du Congo et doit connaître l'exil… Andrée Blouin meurt en 1986, après avoir incarné l'une des voix féminines puissantes des décolonisations africaines.  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: au Maroc, les anonymes oubliées [3/10]

    Play Episode Listen Later Aug 11, 2026 2:24


    Nous poursuivons notre série d'été sur les actrices méconnues de la décolonisation. Au Maroc, le roman national met en valeur l'action des hommes : seule une poignée de femmes est mentionnée comme ayant participé à la lutte pour l'indépendance. Tout cela donne l'impression que les Marocaines auraient joué un rôle mineur. La réalité est bien différente et l'étude de leur contribution à la libération du royaume par les historiens n'en est qu'à ses balbutiements. Matthias Raynal a enquêté sur ces figures oubliées. De notre correspondant de retour de Rabat,  Voici ce qu'écrit la sociologue marocaine Fadma Aït Mous dans un article paru en 2021 : « La place des femmes dans l'Histoire marocaine, notamment durant le protectorat, reste très peu visible. Les quelques écrits qui y sont consacrés ont conclu à l'absence de reconnaissance du rôle des femmes dans la lutte anti-coloniale ». Mustapha Qadery, professeur d'histoire à l'université Mohammed V de Rabat, explique : « Si j'ose dire, les hommes s'accaparent le rôle et ce sont les hommes qui parlent d'eux-mêmes. Parce qu'on a énormément de mémoires de résistant ». Mustapha Qadery est l'un des spécialistes de la résistance marocaine au joug colonial. La conquête en elle-même dure plusieurs décennies ; les soldats français font la guerre aux tribus qui se soulèvent contre leur domination. Des conflits auxquels participent les Marocaines. « Elles avaient le henné pour entacher les lâches qui s'échappaient du champ de bataille. Elles s'occupent de la logistique de repli de leurs hommes, quand ils sont en attaque. On en a des témoignages un peu partout. Depuis la fin du XIXᵉ siècle jusqu'en 1934, c'est vraiment très costaud au niveau de la participation. Sans elles, je ne crois pas qu'il y aurait eu cette résistance acharnée », poursuit-il.  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10] Des poétesses marocaines ont aussi contribué à conserver le souvenir de ces guerres, raconte le chercheur : « On a des traces de femmes qui ont laissé curieusement leur nom par des couplets, qui évoquent les malheurs de cette guerre. On a quelques femmes qui émergent, en tout cas sur le plan local, mais on ne les voit pas dans le récit national ». Dans les années 1940-50, la lutte pour l'indépendance s'intensifie dans les villes : « On sait que dans le monde urbain, la lutte était dans le sens politique : la revendication par la presse, par des groupements, y compris la mise en place de partis politiques autorisés après la deuxième Guerre mondiale. C'est là qu'on voit l'apparition de la djellaba féminine pour les femmes urbaines qui n'avaient pas trop le droit – si j'ose dire – de sortir. L'invention de la djellaba féminine est associée, un petit peu, à ce début de sortie des femmes dans l'espace public ». Dans son article Les femmes dans le mouvement nationaliste marocain, l'historienne Assia Benadada écrit en 1999 : « Des femmes de toutes les catégories sociales et de toutes les régions se sont investies dans le mouvement nationaliste. (…) On peut constater que même le discours nationaliste a marginalisé leur rôle ».  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Play Episode Listen Later Aug 10, 2026 2:44


    Au Kenya, Field Marshall Muthoni wa Kirima est reconnue comme l'une des figures des Mau Mau. Ce mouvement d'insurrection s'est battu pour l'indépendance du Kenya dans les années 1950. Il a été très violemment réprimé par les colons britanniques. Au moins 10 000 Kényans ont été tués, jusqu'à 90 000 selon certains chiffres. Le mouvement a largement contribué à pousser le Kenya vers l'indépendance, déclarée le 12 décembre 1963. Née en 1930, décédée en septembre 2023, Field Marshal Muthoni wa Kirima est l'une des femmes qui ont combattu dans les rangs des Mau Mau. De notre correspondante à Nairobi,  Muthoni wa Kirima avait à peine plus de 20 ans lorsqu'elle a rejoint le mouvement d'insurrection des Mau Mau. Elle raconte son parcours dans un entretien diffusé sur la chaîne YouTube Mau Mau Chronicles : « J'ai pris part à cette guerre pour une bonne raison : mon père travaillait pour un Européen. Vous savez, les Européens disaient que le Kenya leur appartenait. Nous étions en réalité comme des esclaves au service des Blancs. Nous travaillions dans leurs plantations de pyrèthre. » Les Mau Mau se battent alors pour l'indépendance et pour récupérer les terres qui leur ont été volées. Le mouvement multiplie les attaques, notamment contre les fermes des colons. Les Britanniques déclarent l'état d'urgence en 1952. Une répression d'une extrême violence s'ensuit. Les Mau Mau se réfugient en forêt. Muthoni wa Kirima leur passe des informations. Découverte, elle est battue, et rejoint elle aussi la forêt. Elle n'en sortira qu'à l'indépendance, en 1963. Elle sera la seule femme à avoir reçu le haut grade de Field Marshal au sein des Mau Mau, comme le rappelle Margaret Gachihi, historienne et enseignante à l'université de Nairobi : « Field Marshal Muthoni est restée onze ans dans la forêt. Cette longévité témoigne de son engagement envers la cause Mau Mau. Elle se distinguait, non seulement en tant que femme, mais surtout par la force de son caractère. Si l'on regarde ses activités, elle a pris la tête de raids, sortant de la forêt pour mener des attaques contre les fermes des colons. » Les combattants ont dû survivre en pleine forêt, traqués par les Britanniques. Le rôle des femmes a alors été clé, pourtant longtemps sous-estimé, rappelle l'historienne : « Ce sont elles qui ont permis au mouvement de perdurer aussi longtemps. Elles fournissaient de la nourriture, servaient de messagères et transportaient du matériel pour les Mau Mau. Et certaines d'entre elles, comme Field Marshal Muthoni et d'autres, ont même rejoint la forêt et endossé des rôles de combattantes. » De nombreux survivants Mau Mau ont déploré un manque de reconnaissance après l'indépendance du Kenya, et continuent de demander compensation pour la perte de leurs terres. « Nous avons vraiment souffert pour le pays », rappelait Field Marshal Muthoni wa Kirima auprès de la chaîne YouTube Mau Mau Chronicles. Il a fallu attendre 2003 pour que l'interdiction du mouvement soit officiellement levée. À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10]

    Play Episode Listen Later Aug 9, 2026 2:24


    En décembre 1949, plusieurs centaines de femmes quittent Abidjan pour marcher jusqu'à Grand-Bassam afin d'exiger la libération des dirigeants emprisonnés du parti de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, mis derrière les barreaux par l'administration coloniale française. Une mobilisation historique, brutalement réprimée, mais qui demeure aujourd'hui un symbole de courage et de résistance. Plus de 75 ans après, que reste-t-il de l'héritage des Dames glorieuses de Grand-Bassam ? Comment leur combat est-il transmis aux nouvelles générations ?  De notre correspondant de retour de Grand-Bassam, À 106 ans, Amlan Dan N'Guessan est l'une des dernières survivantes de la marche des femmes de Grand-Bassam. Ces femmes s'étaient mobilisées pour réclamer la libération de leurs époux, frères ou proches détenus par l'administration coloniale. Dans sa famille, cette histoire est devenue un héritage. « Moi, ma maman préparait à manger, elle apportait de l'eau. Ces femmes ont reçu des coups de fusil, de l'eau sale et des coups de matraque, souligne Leonni, sa fille. Mais ce sont des mamans qui ont été courageuses. Si elles avaient eu peur, nos grands-pères seraient morts en prison. » À l'époque, plusieurs dirigeants du PDCI-RDA sont détenus depuis près d'un an au camp pénal de Grand-Bassam, sans jugement. Parmi eux figure le père d'Aminata Traoré Camara. Sa mère aussi a participé à la marche. Plus de sept décennies plus tard, elle mesure encore l'importance de cet engagement. « C'est une grande fierté de savoir que nous avons eu notre mère qui n'a pas baissé les bras, confie-t-elle, avec les autres femmes qui les ont accompagnées dans ce mouvement. Elle nous a laissé un héritage. » Pour préserver cette mémoire, Aminata a créé avec sa famille une fondation dédiée aux marcheuses de Grand-Bassam. En 2020, l'organisation a recensé une vingtaine de survivantes et œuvre à faire connaître leur histoire. « On a un devoir de mémoire, des obligations vis-à-vis de ces personnes qui, pour la plupart aujourd'hui, sont presque centenaires, insiste Aminata Camara. Celles qui sont parties, comment honorer leur mémoire pour éviter qu'elles ne tombent dans l'oubli ? » À lire aussiCôte d'Ivoire: la marche à reculons vers l'indépendance Un moment décisif Pour l'historien Nandouhard Akueson, auteur du livre La marche des Dames glorieuses sur Bassam, cette mobilisation a constitué un moment décisif dans la lutte pour l'émancipation politique de la Côte d'Ivoire. « Il y a eu une négociation. Le mandat d'arrêt qui pesait notamment sur le député Houphouët-Boigny a été levé, rappelle-t-il. Il a alors pu discuter avec l'administration coloniale. Quelques mois plus tard, il y a eu l'instruction du dossier et la libération partielle des premiers prisonniers. » À l'entrée de Grand-Bassam, le monument des Dames glorieuses, érigé en 1995, veille sur la mémoire de ces femmes qui ont défié le pouvoir colonial. Un peu plus loin, au Musée national du costume, une exposition photographique retrace leur combat et perpétue le souvenir de ces héroïnes longtemps restées dans l'ombre. À écouter dans Archives d'AfriqueFélix Houphouët-Boigny (1/6)

    Histoire de la nuit africaine: à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l'apartheid[4/10]

    Play Episode Listen Later Aug 8, 2026 2:37


    Son nom n'est désormais connu que des plus anciens, mais à Soweto, le Club Pelican était, dans les années 1970, un endroit incontournable pour ceux qui aimaient la musique et la fête. En plein apartheid, ce night-club, l'un des premiers du genre dans le township, offrait un espace afin de décompresser, faisant fi des lois de ségrégation, et permettait à des populations quotidiennement séparées de se croiser, le temps d'une soirée. De notre correspondante à Johannesburg, Il ne reste plus que l'enseigne couverte de rouille sur la façade délabrée pour deviner que c'est ici, derrière les rails de chemin de fer, non loin du stade d'Orlando, que se trouvait l'un des lieux mythiques de Soweto pour faire la fête. Le Club Pelican, premier night-club du township, était une scène incontournable pour tous les musiciens, et c'est là que le saxophoniste Khaya Mahlangu a fait ses premières armes. « Le club était tout petit, se rappelle-t-il, seule la section rythmique pouvait tenir sur scène. Les cuivres étaient dans un coin, mais si on était quatre ou cinq, on se retrouvait à jouer collés aux tables du premier rang. » Lieu de choix, à l'époque, pour écouter de la musique live, du jazz au funk en passant par la soul, le Club Pelican a attiré beaucoup de grands noms mais a aussi permis de former nombre de musiciens en devenir. « C'était une institution, poursuit Khaya Mahlangu. Les plus jeunes venaient jouer lorsque l'orchestre résident faisait une pause. On a appris à la dure là-bas, si on n'arrivait pas à suivre les changements d'accords, on nous criait dessus : "Mec, tu n'entends pas la mélodie ou quoi ?". Et c'est aussi là que tous les musiciens de passage venaient, après avoir joué leur concert, car il y avait une grande culture de faire des bœufs. »  À lire aussiLes archives étonnantes sur les «années cachées» de la musique sud-africaine [2/3] Un endroit unique La boîte de nuit a été ouverte par les frères Michaels : Lucky, et sa personnalité très charismatique, aujourd'hui décédé ; et Leo, qui gérait l'établissement avec lui. « C'était l'un des premiers clubs multiraciaux d'Afrique du Sud, se rappelle Leo. Vous savez que le pays était très ségrégué à l'époque, et nous, nous avions des personnes blanches qui venaient même si c'était interdit pour elles de se rendre à Soweto. Cet endroit était vraiment unique. » C'est après avoir découvert des boîtes du Mozambique, avec des noms comme Flamingo, que les frères Michaels ont opté pour Pelican. L'établissement vendait illégalement de l'alcool et offrait aux habitants un rare espace de liberté. « On pouvait y aller pour échapper un peu à la pression de l'apartheid, pointe l'ancien propriétaire du club. Cela attirait des gens de tous horizons, des docteurs, des avocats, mais aussi de simples passants. La police faisait souvent des descentes, et on se retrouvait derrière les barreaux. Mais on payait une amende, et ensuite on recommençait comme avant. » Le Club Pelican a finalement fermé ses portes dans les années 1980, avec la montée des violences dans le township. Mais sa bande-son peut toujours s'écouter grâce à une compilation éditée par le label Matsuli Music. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: l'African Jazz Village, lieu mythique de l'éthio-jazz

    Histoire de la nuit africaine: l'African Jazz Village, lieu mythique de l'éthio-jazz [3/10]

    Play Episode Listen Later Aug 7, 2026 2:06


    À Addis-Abeba en Éthiopie, un lieu mythique fait renaître depuis une dizaine d'années l'éthio-jazz, genre musical mélange de gamme pentatonique éthiopienne et de jazz nord-américain. L'African Jazz Village, située au sous-sol du Ghion Hotel, accueille quatre soirs par semaine des artistes de l'ancienne et de la nouvelle génération, sous le regard du père du genre, Mulatu Astatke. Immersion dans ce club de musique historique. De notre correspondante à Addis-Abeba, Le nom de l'African Jazz Village clignote sur les néons verts. La musique, de l'extérieur, se fait déjà entendre. Passé l'entrée, le club mythique se découvre : la scène surplombe une salle en rotonde, à la lumière tamisée. Les murs sont tapissés de photos de grands noms de l'éthio-jazz et d'affiches de concert de Mulatu Astatke. Chaque soir de concert, le père de l'éthio-jazz et créateur du lieu, Mulatu Astatke, 82 ans, prend place dans le public. « Quand vous entrez ici, vous êtes dans un autre monde. Vous êtes en Afrique, en Éthiopie, telle qu'elle est aujourd'hui. Vous voyez ce public ? Ici, c'est toujours un lieu où il y a des étincelles, ça a toujours été magnifique, je l'adore. J'essaie de promouvoir et de montrer au monde entier comment les Africains contribuent à la culture mondiale. C'est ce que je m'efforce de faire », confie-t-il. À lire aussiMulatu Astatke, père de l'éthio-jazz, revient avec un album et une tournée d'adieux Ce soir-là, le pianiste Tewodros Aklilu, du groupe mythique Admas, assure le show avec d'autres musiciens. Jouer à l'African Jazz Village est toujours un moment émouvant pour lui. « Ce lieu a près de 60 ans d'histoire. Si vous regardez à votre droite, vous verrez la salle dans laquelle les dirigeants africains se sont réunis pour proclamer l'Union africaine. C'est important pour nous. Chaque fois que nous jouons, je le ressens. Je ressens cette énergie qui animait ceux qui disaient : "Nous devons nous rassembler, former une union." C'est ce que nous incarnons », explique-t-il. Pour le pianiste, la mission de l'African Jazz Village est aussi de transmettre cette musique, créée dans les années 1950 puis interdite sous le régime communiste du Derg, à la jeunesse éthiopienne. « Toutes ces mélodies, ils ont grandi avec, leurs parents aussi. Certains les entendaient déjà bébés, bercés par leur mère, alors cela réveille des souvenirs. Et aujourd'hui, cette génération est folle de l'éthio-jazz », ajoute Tewodros Aklilu. Dans le public, Selam, 23 ans, est venue accompagnée d'une amie. « Nous sommes allés à un autre concert, mais je trouve celui-ci plus sympa, alors nous sommes revenues. L'ambiance est bonne. On adore le jazz, c'est pour cela que nous venons ici », raconte-t-elle. Le club peut accueillir jusqu'à 300 personnes par soir. À lire aussiComment l'éthio-jazz a ressuscité pour se démultiplier à travers le monde

    Congolais de Paris: la deuxième génération et les langues du Congo [5/5]

    Play Episode Listen Later Aug 6, 2026 2:03


    Pour ce cinquième épisode, nous parlons ce matin d'héritage linguistique. En France, de nombreux parents du Congo-Brazzaville ont choisi de ne pas transmettre les langues de leur pays à leurs enfants, ce que ces derniers remettent parfois en question aujourd'hui, souhaitant se connecter à la culture de leur famille. Du lari au kiluba, ces descendants d'immigrés congolais comptent sur la langue pour se rapprocher du pays dont ils sont éloignés. Un reportage de Naïma Dieunou Simo Cathy Bitounti est assise à table, face à ses parents. Entre deux chips avalées sur le pouce, elle les écoute parler lari, la langue congolaise pratiquée chez elle depuis qu'elle est toute petite. Sa mère et son père viennent du Congo-Brazzaville. Ils sont arrivés en France en 1999 et vivent à Melun, au sud de la banlieue parisienne. « Mbote Nzago Cathy », dit son père à son intention, en lari. « Il m'a dit ''bonjour à toi'' », traduit-elle. Cathy Bitounti est la seule des cinq enfants d'Irénée Cyriaque et d'Armelle Bitounti à comprendre cette langue. « Mes parents ne m'ont jamais appris à le parler, mais à la maison, ils ont toujours parlé le lari. Et je pense qu'inconsciemment, il y a des choses que j'ai commencé à décortiquer. C'est ce qui fait que maintenant, je le comprends très bien », explique-t-elle. Mais cette transmission n'a pas été chose facile. Comme dans de nombreuses familles venues du Congo, le français est la seule langue que les parents ont souhaité transmettre à leurs enfants. Armelle Bitounti, la mère, l'explique par l'éducation qu'elle a reçue au pays. « Quand on grandissait, nos parents nous obligeaient à parler français. Même nos grands-parents qui quittaient le village, quand ils venaient en ville et qu'ils nous parlaient en lari, on leur répondait en français », raconte-t-elle. Aujourd'hui, cependant, ces parents réalisent que c'est une part de leur histoire qui risque de se perdre. « C'est quelque chose qu'on a hérité des parents et de nos grands-parents, et qu'on est en train de déconstruire aujourd'hui », regrette Irénée Cyriaque. Toujours en région parisienne, dans un parc, Raphaël Dzouolo, 17 ans, partage ce constat. Comme Cathy, il voit dans l'apprentissage de la langue un moyen d'être en phase avec sa culture congolaise. Il écoute régulièrement sa mère parler kiluba et lui pose des questions. Mais pour l'instant, Raphaël ne peut prononcer que quelques mots. « J'ai ce rapport compliqué parce que ça me coupe d'une partie de mes racines, forcément, de ne pas savoir transmettre ni même penser dans cette langue », confie-t-il. « Ce n'est pas quelque chose qui est dit aussi frontalement, mais ça se ressent par rapport à toutes les actions que notre mère peut mettre en place. Je sais que parfois, elle nous envoie des vidéos, un peu de musique, de chant, pour tenter de réapprendre. Mais ça reste quand même un regret », ajoute-t-il. Pour Raphaël, comme pour de nombreux jeunes, la langue parlée par les parents et les grands-parents est un héritage qu'il souhaite préserver. Et peut-être, le transmettre à son tour aux générations futures. À lire aussiCongolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

    Congolais de Paris: les femmes pasteures des églises évangéliques de réveil [4/5]

    Play Episode Listen Later Aug 5, 2026 2:19


    Dans les Églises de réveil de la région parisienne, les femmes montent de plus en plus en chaire et prennent la parole. Face à des assemblées composées en grande partie de fidèles issus des diasporas africaines, elles prêchent et prophétisent. C'est une évolution qui bouscule les codes d'un monde religieux longtemps dominé par les hommes. Tom Schneider est allé dans ces églises évangéliques animées, où la foi se décline de plus en plus au féminin. Dans un petit local préfabriqué d'une zone industrielle de Bussy-Saint-Georges, commune de Seine-et-Marne en région parisienne, Grace Babela officie le culte au Centre évangélique de Paris. Elle est pasteure et prophétesse depuis 2021 et donne de sa voix pendant plus d'une heure et demie. Robe blanche argentée et micro en main, elle prêche au milieu des chaises dorées et des quelques dizaines de fidèles réunis ce jour-là. Son église est fortement fréquentée par les diasporas africaines. Bien que les églises de réveil permettent aux femmes de devenir pasteures, Grace a tout de même fait face à certains préjugés sexistes. « Je suis un blasphème pour certains chrétiens. Il y a des personnes, même au sein des églises évangéliques, qui estiment que la femme ne devrait pas "prendre autorité sur des hommes". Parce qu'ils estiment qu'une femme qui prêche sur le pupitre et qui enseigne la parole dans une assemblée où il y a des hommes et des femmes, c'est comme si elle prend autorité sur les hommes. Beaucoup ne l'acceptent pas encore, en 2026 », regrette-t-elle. La chercheuse en sociologie Sarah Demart écrivait, dans un article publié en 2017, que les femmes sont de véritables piliers de ces économies religieuses, notamment par leur insistance à convertir les hommes. Fanny fréquente les églises de réveil depuis quatre ans, et depuis quelques mois, elle vient avec son mari : « J'ai réussi à l'emmener. Au début, il ne voulait pas du tout venir justement parce que c'était animé par des femmes. Une fois que je l'ai traîné, ça lui a beaucoup parlé. Maintenant, on y va ensemble et il aime beaucoup. » Ce que Fanny apprécie, c'est la proximité qu'elle ressent avec les femmes qui officient le culte. « Cela me touche plus. Elle parle avec le cœur de ce que tu vis. Elle me parle de mon quotidien. J'ai l'impression qu'elle m'aide aussi à comprendre mes problèmes et comment les résoudre. Pour moi, c'est une autre approche, moins dogmatique », explique-t-elle. Suivies par plusieurs dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux, leur influence dépasse la sphère religieuse. Elles prodiguent conseils patrimonial, professionnel et financier. Naviguant entre les continents, certaines sont ainsi devenues de véritables célébrités. À lire aussiCongolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

    Congolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

    Play Episode Listen Later Aug 4, 2026 2:18


    Feuilles de manioc, arachides et patates douces : tous ces produits frais du Congo-Brazzaville manquent aux Congolais de la diaspora. Dans le quartier de Château Rouge, la boutique Les Terroirs du Congo fait le pari d'importer des produits bio tout droit du pays, du champ à l'étal parisien, sans intermédiaire ou presque. Lydie, la patronne, a créé une filière qui soutient des dizaines de familles au Congo. Reportage de Tom Schneider dans une boutique bio pas comme les autres. Les cartons de produits frais s'empilent à l'entrée des Terroirs du Congo, une petite boutique nichée aux abords de Château Rouge à Paris. « Dans la semaine, on a trois arrivages : deux de Brazzaville et un de Pointe-Noire », explique Lydie, la patronne. Lunettes de soleil et pagne coloré, elle organise la livraison et oriente les clients fidèles, comme Shelly. « Aujourd'hui, je vais acheter le manioc et l'huile de palme. Mon produit préféré, c'est le saka saka », explique cette dernière. Le saka saka, préparé à base de feuilles de manioc pilé, est l'un des plats les plus populaires du Congo-Brazzaville. Il est aussi apprécié par une autre habituée, qui se fait appeler Joy Manioc : « Je fais acheter la nourriture du pays. Il y a tout ici pour le Congo. Raison pour laquelle je viens le jour même de la livraison. » Le succès de sa boutique, Lydie le doit à sa renommée. Sa sœur était l'une des premières Congolaises à vendre des produits africains dans le quartier, au début des années 1990. Bien qu'il n'existe que très peu de labels certifiant de la qualité au Congo, Lydie s'assure elle-même de la fraîcheur de ses produits : « C'est naturel, c'est frais, juste cueilli, emballé dans des cartons la veille et le lendemain matin, c'est arrivé à Roissy. Ce sont des produits bio. L'huile de palme, par exemple, c'est de l'huile bio sans rien d'ajouté, faite artisanalement par des paysans. » Lydie a pu construire un modèle d'approvisionnement durable et circulaire qui profite aux productrices du Congo-Brazzaville. « J'ai recensé quelques mamans qui vendaient au marché et qui font du très bon manioc. Cela leur évite d'aller rester au marché, de ne pas terminer leur quantité de marchandises à vendre. Elles ont des commandes toutes les semaines, cela leur fait un complément de revenus », confie-t-elle. Un kilo de feuilles de manioc acheté environ deux euros à Brazzaville est souvent revendu près de dix fois plus cher à Paris. Le fret aérien constitue souvent plus de la moitié du prix final. Lydie avoue donc se fournir auprès d'autres pays africains, même si c'est une situation qu'elle aimerait voir évoluer ces prochaines années. À lire aussiCongolais de Paris: les jeunes de la diaspora font vivre la rumba congolaise [2/5]

    Congolais de Paris: les jeunes de la diaspora font vivre la rumba congolaise [2/5]

    Play Episode Listen Later Aug 3, 2026 2:29


    La rumba congolaise, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco en 2021, continue de faire vibrer bien au-delà des frontières de la République démocratique du Congo. Dans la diaspora en France et en Belgique, une nouvelle génération d'artistes et de créateurs fait résonner cet héritage musical pour le faire évoluer en y mêlant ses propres influences et son époque. Reportage sur ces jeunes qui font de la rumba un art en mouvement, par Tom Schneider. Dans sa chanson « Ewumela », l'artiste belgo-congolais Adam La Nuit chante l'espoir d'un amour éternel, l'un des thèmes les plus populaires de la rumba congolaise. Mélangeant le français et le lingala, il s'est beaucoup interrogé sur son rapport à la langue dans sa musique. « Maintenant, j'ai commencé à écrire clairement des chansons en lingala parce que j'ai pu faire un travail sur les réseaux sociaux où j'ai montré aux gens tout ce qu'on avait déjà comme héritage avec la poésie de la rumba congolaise. » Adam La Nuit s'est progressivement affranchi d'un besoin de compréhension pour embrasser sa culture et chanter en lingala. Il utilise les réseaux sociaux pour toucher un large public et véhiculer son amour de la musique congolaise. « Je n'ai plus besoin de vouloir être compris. Je pense que les gens ressentent directement les choses, c'est le plus important. Et s'il faut absolument comprendre les choses, je ferai des vidéos avec des traductions. » À lire aussiD'une histoire de la rumba congolaise aux 5 morceaux de rêve d'un p'tit Breton ! Dans sa « rumba moderne », l'artiste Bruzer célèbre un lingala irréprochable Adam La Nuit définit son style comme de la fusion, de par les influences rumba avec lesquelles il a grandi et des styles plus pop qu'il a découverts lorsqu'il est arrivé en France. Bruzer, lui, est un jeune chanteur qui s'est lancé récemment dans ce qu'il nomme la « rumba moderne ». Son titre « Boma Love » est le premier qu'il sort en lingala. Bruzer a beaucoup travaillé sur ses intonations et sa prononciation. « Je travaille sur mes accents, sur ma manière de prononcer les mots, etc. De sorte que le jour où je sortirai un son chanté totalement en lingala, on ne va pas me dire que, comme les Français disent, je suis un "bana poto". » Le « bana poto », c'est l'enfant de l'étranger en lingala. Lui qui a grandi en France, il sait qu'il doit se faire accepter d'un public congolais exigeant. Grâce à sa musique, il espère pouvoir se rendre au Congo pour la première fois de sa vie. « Là-bas, il y a ma tante qui fait une grosse promo. Là-bas, partout où elle va, elle n'hésite pas à dire que "oui, j'ai mon neveu en Europe qui fait de la musique en lingala, qui fait de la rumba", tout ça. Si je peux aller là-bas grâce à ça, ça serait magnifique. » À lire aussi«Borumba», premier album de Balu: une rumba congolaise héritée « C'est vraiment plus une sorte de devoir de mémoire. » Grâce à ses vidéos sur les réseaux sociaux, Nsayie, une créatrice de contenu franco-congolaise, vulgarise l'histoire des grands artistes de la rumba. « C'est vraiment plus une sorte de devoir de mémoire. À la base, ça partait du fait que j'aime la musique et que je voulais partager la musique que j'aime. Mais au fur et à mesure, c'est devenu plus que ça. » La jeunesse de la diaspora s'est ainsi emparée de la rumba pour en faire un art vivant, qui s'enrichit au gré des époques et des continents. À lire aussi«Rumba Africa»: Syran Mbenza plante un drapeau au sommet de la musique congolaise

    Congolais de Paris: les sapeurs de la diaspora congolaise [1/5]

    Play Episode Listen Later Aug 2, 2026 2:23


    Originaire du Congo-Brazzaville, la Sape est un marqueur identitaire puissant pour les Congolais de la diaspora. Plus qu'une passion pour une forme d'élégance, c'est aussi un trait d'union entre les continents. Costumes trois pièces, pantalon zébré et démarche millimétrée, les sapeurs de la diaspora font aussi de ce mouvement un divertissement atypique. Un reportage haut en couleurs signé Tom Schneider.  Au milieu des bars d'immeubles, sur un parking des Mureaux en banlieue parisienne, Maman Clarisse fête son anniversaire. Pour l'occasion, ce groupe d'amis originaire du Congo-Brazzaville fait griller quelques brochettes. Ils ont en commun le plaisir de s'habiller, ce sont des sapeurs qui, eux seuls, ont le secret pour accorder couleurs, coupes et motifs parfois extravagants. Jean-Marie a opté aujourd'hui pour un look monochrome. « Je suis habillé tout en écologie, tout en vert. »  Mais s'habiller avec des habits de marque coûte très cher. Jean-Marie, cariste de profession, en fait pourtant une priorité. « Oui, ça coûte cher, c'est une fortune. Et si tu gagnes 1 200 €, tu feras comment ? Donc, j'ai dit : "Écoute, je fais le sacrifice parce que je veux une paire de chaussures qui coûte 300 €." J'ai dit : "Écoute, je ne mange pas pour acheter le vêtement." » À lire aussiCongo-Brazzaville: à la rencontre de passionnés, durant la 7e édition du Festival de la Sape Dans la sape, chacun a son sobriquet pour affirmer son style Le groupe de sapeurs a recours à des moyens informels de financement, comme la tontine. C'est un système très répandu en Afrique dans lequel des particuliers versent de l'argent dans une caisse commune. Les bénéficiaires en profitent ensuite de manière cyclique. Freddy Nkouka est l'une des grosses têtes du groupe. « C'est compliqué parce qu'il y en a d'autres qui font des tontines. Ils cotisent : le mois là, il peut toucher par exemple 5 000 € ou 10 000 € ; le mois prochain, ça sera toi. Moi, c'est comme ça. » Dans la Sape, acronyme pour Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes, chacun a son sobriquet, c'est-à-dire son surnom. Une manière de se distinguer et d'affirmer son style. « Moi, Freddy Nkouka, le roi des Croco, je suis le premier sapeur congolais qui a commencé à porter du croco. C'est moi qui commande tous les animaux de la forêt. Freddy, le roi des crocos. » C'est que la sape et l'humilité ne sont pas vraiment synonymes. Les sapeurs parlent souvent d'eux à la troisième personne. Ce n'est aussi pas qu'une affaire d'hommes. Les femmes vantent fièrement leur sobriquet, comme Prisca. « La fille qui dérange. J'aime être sexy. Moi, je m'habille comme des Beyoncé, Rihanna. J'aime les habits, donc même si je mets un sac à patates, ça me va. »  Sur les réseaux sociaux, Freddy le roi des crocos et son ami Jerome Loufoua font de courtes vidéos du style de leurs amis. Des vidéos qui atteignent parfois plusieurs centaines de milliers de vues. Ils espèrent ainsi que la Sape soit enfin reconnue comme patrimoine immatériel de l'humanité à l'Unesco. À lire aussiAprès la rumba congolaise, la Sape veut être inscrite au patrimoine de l'humanité

    Nuits africaines en Centrafrique: le célèbre bar dancing ABC de Bangui[02/10]

    Play Episode Listen Later Aug 1, 2026 2:17


    Direction aujourd'hui la Centrafrique, où nous entrons dans le célèbre bar-dancing ABC. C'est dans ce lieu emblématique qu'est née la musique centrafricaine moderne, des années 1960 jusqu'au début des années 2000. Situé au quartier du Km5, dans le troisième arrondissement de Bangui, l'ABC a été l'un des centres névralgiques de l'animation nocturne de la capitale. Chaque soir, durant cette période aujourd'hui empreinte de nostalgie, les habitants venaient assister aux prestations en direct des premiers orchestres de l'histoire de la musique centrafricaine.   De notre correspondant à Bangui, Lorsque le soleil disparaît derrière les collines du Bas-Oubangui, Ahmadou Ahmaxon Djahmey, ancien sportif, apparaît au bord de la route. Il observe les lumières qui s'allument devant ce vaste bâtiment. Tout autour, quelques buvettes et gargotes animent encore les lieux. Les parfums de viande grillée, les sonorités des guitares électriques, le rythme des batteries et les voix amplifiées par les micros semblent encore résonner dans les mémoires. L'endroit conserve une atmosphère particulière, et Ahmadou Ahmaxon Djahmey ressent une profonde nostalgie. « Au Congo-Kinshasa, il y avait un bar qui s'appelle ABC, là où jouaient les grands orchestres de l'époque. C'était comme ça que l'idée de créer ABC est venue à Thierry ABC, comme au Congo-Kinshasa. Parce que là-bas, il y avait l'ambiance », raconte Ahmadou Ahmaxon Djahmey. Le bar-dancing ABC fonctionnait comme un véritable incubateur culturel où se produisaient les anciennes gloires de la musique centrafricaine. Les artistes y trouvaient leur première scène et les orchestres leur premier public. « On dit le grand ABC Terre d'ambiance. C'est ça qui a fait en sorte que l'ambiance était quatre saisons. Les mots me manquent », lâche Ahmadou Ahmaxon Djahmey, le sourire empreint de nostalgie. À lire aussiNuits africaines en RDC: le Kimpwanza Bar, haut lieu de l'Abako et des grandes figures de la musique [1/10] « ABC, c'était le centre de l'ambiance » Chaque week-end, après une semaine de travail, de nombreux Banguissois se rendaient à l'ABC pour écouter de la musique, découvrir les nouveaux orchestres et profiter d'une ambiance unique. Alex Ballu, promoteur culturel, se souvient encore de cette époque. « ABC, c'était un carrefour, c'était le centre de l'ambiance. Il fallait aller danser au son de formidables musiques avec l'icône de la musique centrafricaine, le défunt Thierry Yaso. Et, mangez également les méchouis de ABC.» Des spectateurs venus de tous les quartiers de Bangui s'y retrouvaient pour écouter une rumba centrafricaine enrichie d'éléments folkloriques locaux, portée par des textes évoquant les réalités du quotidien, les amours contrariées, les difficultés sociales ou encore les espoirs de la jeunesse. Aujourd'hui, après les multiples crises qu'a traversées le pays, le bâtiment a été transformé en dépôt de marchandises au cœur du Km5. Chaque jour, de nombreux Centrafricains et ressortissants étrangers viennent découvrir ce lieu emblématique, chargé d'histoire et de souvenirs. À lire aussiCentrafrique: le plus célèbre dancing de Bangui rouvre ses portes malgré le couvre-feu

    Nuits africaines en RDC: le Kimpwanza Bar, haut lieu de l'Abako et des grandes figures de la musique [1/10]

    Play Episode Listen Later Jul 31, 2026 2:27


    En République démocratique du Congo, direction Kinshasa, dans la commune de Kasavubu. C'est là que se trouve un bar emblématique, ouvert au lendemain de l'indépendance. Une adresse chargée d'histoire, c'est l'un des bars les plus anciens de Kinshasa où se sont produits les plus grands noms de la rumba congolaise et où militants politiques et intellectuels avaient leurs habitudes. De notre correspondante à Kinshasa, Sur la scène du Kimpwanza Bar, l'orchestre de Werrason est en pleine répétition. Les portes du Kimpawanza bar ont ouvert dans les années 1950. À cette époque, les plus grands orchestres de rumba congolaise s'y produisent. Werrason est fier de s'inscrire dans cet héritage. « C'est un endroit historique où nos anciens ont commencé avant nous. Ils ont commencé à répéter là-bas. Les Zaïko Nyoka Longo, Viva La Musica aussi de Papa Wemba. Notre musique, là, qu'on fait, il y a des références. » Sur les murs du Kimpwanza Bar, de grands rideaux noirs et argentés créent une ambiance feutrée propice aux discussions politiques. Le bar était aussi un lieu de rendez-vous des intellectuels de l'époque. Explications de Christian Moleka, politologue. « Les bars à Kinshasa ont été l'ancêtre du café politique où les élites se rencontraient autour des mouvements culturels, puisque les partis politiques n'étaient pas autorisés avant 1955. Et donc, ce sont les mouvements culturels qui se réunissaient, où on lit à la fois mondanité, convivialité et jeu politique. » À lire aussiRDC: les autorités mettent un terme aux «folles nuits» de Kinshasa Les militants de l'Abako Kimpwanza bar Parmi les figures intellectuelles qui s'y retrouvaient, les militants de l'Abako, l'Alliance des Bakongo. D'ailleurs, juste en face du bar, trône la statue de l'ancien président Kasa-Vubu. « Il est habillé en uniforme de commandant suprême des armées et il a justement baptisé Kimpwanza. Ce bar, au nom de Kimpwanza, en kikongo signifie "l'indépendance".» Pierre Anatole Matusila avait 13 ans en 1960. Il est depuis devenu le président de l'Abako, un mouvement culturel qui s'est mué en parti politique. « Après les événements du 4 janvier 1959, quand notre parti était dissous et ses dirigeants arrêtés, les manifestations, les revendications contre l'ordre colonial se sont fait sentir plus au Bas-Congo. Donc, il y avait un grand mouvement pour contraindre la colonisation belge à fixer la date de l'indépendance. Donc, dans ces mouvements, en tout cas, les Bakongo avaient porté le flambeau de ces combats. » L'indépendance du pays est fixée au 30 juin 1960. Grand Kallé compose la célèbre chanson « Indépendance Cha Cha ». Et la légende dit qu'elle est jouée pour la première fois à Kinshasa au Kimpwanza Bar. À lire aussiAux origines de Nuits d'Afrique: le Club Balattou, lieu culturel mythique à Montréal

    À midi, on mange quoi: «le Komposé», le plat incontournable à Madagascar[5/5]

    Play Episode Listen Later Jul 30, 2026 2:30


    À Madagascar, en milieu urbain, c'est le plat du midi par excellence. Qu'il se déguste assis à la table d'un restaurant ou avalé debout dans la rue en quelques minutes, le Komposé – avec un K – est un incontournable des grandes villes de l'île. Accessible à presque toutes les bourses, ce mélange de salades accompagne le quotidien des citadins depuis près d'un siècle. Et, malgré ses déclinaisons pour suivre les goûts et les modes de consommation, il reste un plat emblématique de la gastronomie populaire malgache.Reportage à l'heure du déjeuner dans le quartier historique d'Analakely, à Antananarivo. « Ici ! Le Komposé spécial ! 5 000 francs ! Si vous voulez du Komposé, c'est ici ! Komposé au fromage, Komposé aux légumes. » Dans une ruelle bruyante et animée d'Analakely, un adolescent fait office de rabatteur. Montées sur des tréteaux, les mini-gargotes s'alignent et proposent toutes le même incontournable : le Komposé. Une base de macédoine, servie avec une salade de pâtes et une multitude d'accompagnements pour se démarquer de la concurrence. Derrière sa petite vitrine, Émile joint sa voix à celle de l'adolescent. « Approchez, monsieur ! hèle-t-il à un client. Aujourd'hui, j'ai Misao, salade de museau, macaroni, "patates mayo betterave" et tout ça ensemble, ça fait du Komposé. » À lire aussiMadagascar : Le Romazava d'Aïna « C'est le budget qui compte » Toky, 31 ans, avale à toute vitesse le contenu de son assiette. Prix du repas : 1 500 ariary, soit 30 centimes d'euro. Pour cet opérateur de call center, le principal atout du Komposé, c'est son rapport qualité-prix. « Je mange debout. Et ça va. J'ai l'habitude. Pour moi, le lieu importe peu. C'est le budget qui compte. Je choisis en fonction de ce que je vois dans les vitrines. Si le visuel me semble bon et que c'est plutôt propre, alors ça me va. » À une dizaine de mètres de la gargote d'Emile se trouve Sensunik. Une institution du Komposé. Depuis vingt ans, le restaurant revisite chaque jour son plat signature en proposant des variantes, pour tous les goûts. « Quels ingrédients souhaitez-vous, Madame ? », demande le serveur à la cliente. « Mexicain et œufs », répond Adolphine. Assise sur une banquette, tout de blanc vêtue et coiffée d'un chapeau en raphia, Adolphine savoure son Komposé mexicain. Cette commerçante du grand Sud-Est monte régulièrement à la capitale pour ses achats. Pour cette sexagénaire, l'arrêt chez Sensunik est devenu un rituel. « J'adore le Komposé. Ça remplace le repas de midi. Avec le Komposé, je peux ne pas manger de riz, c'est dire ! » À lire aussiPortraits de femmes: Bako, trois décennies aux fourneaux d'une gargote malgache devenue culte [1/2] Le Komposé nourrit aussi bien les employés de mairie que les vendeuses du marché Aussi loin que les anciens s'en souviennent, le Komposé fait partie du paysage culinaire malgache. Il a traversé les décennies sans jamais quitter les habitudes des citadins, quelle que soit leur classe sociale. « Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vus… Où étiez-vous passés ? Toujours dans le coin », demande cette vendeuse à un habitué. Vous voulez du sakay (sauce piment) avec ? » Colette est vendeuse ambulante. Dans la caisse en plastique qu'elle porte sur sa tête, le Komposé préparé à l'aube. Elle sillonne les trottoirs et s'arrête dès qu'on la hèle. Ici, des employés de mairie. « Nous, on a un très petit salaire. C'est le seul plat qu'on puisse se permettre. Je travaille à la commune. C'est rapide à trouver et rapide à manger. C'est notre repas de midi ; le prochain, ça sera le repas du soir à la maison. » Là, des vendeuses du marché. « Coucou toi, tu pars ou tu as le temps pour un Komposé ? », demande une vendeuse de collants. Je vais te prendre un pain garni Komposé ! Merci, commande-t-elle auprès de Colette. Moi, il faut que je puisse manger tout en vendant. J'achète tous les jours mon repas à Colette. J'aime bien parce qu'elle fait un mélange de plusieurs légumes. Franchement, le Komposé c'est parfait, pour un repas complet, ou juste un petit goûter. » Des trottoirs d'Analakely aux restaurants plus branchés de la capitale, le Komposé n'a jamais cessé de se réinventer. Longtemps considéré comme un simple casse-croûte populaire, il s'adapte aujourd'hui aux nouvelles tendances et aux nouveaux goûts. Une recette qui change, mais une place dans le quotidien des Malgaches qui, elle, reste intacte. À lire aussiHenintsoa Moretti, la cheffe qui met en lumière la diversité de Madagascar et de sa cuisine

    À midi, on mange quoi: le sandwich chrikat, icône de la street food marocaine, menacé par l'inflation [4/5]

    Play Episode Listen Later Jul 29, 2026 2:15


    Il y a un sandwich populaire par excellence que l'on consomme aux quatre coins du Maroc. Dans un pain rond, on glisse deux sardines ouvertes, farcies et collées l'une contre l'autre, c'est ce qu'on appelle les sardines « chrikat ». Elles incarnent tout un pan de l'histoire de la street food marocaine, aujourd'hui menacé. De notre correspondant à Casablanca, Il plonge les sardines dans l'huile bouillante. Le son creuse encore un peu plus les estomacs des clients alignés devant le kiosque ambulant de Hicham. « Généralement, les gens, avec les sardines, ils mettent de la coriandre, de la harissa, du citron, du paprika, de l'ail. Le chrikat, c'est typiquement marocain, "made in Morocco" ! Les clients commencent à venir dès le matin. Des fois, j'ai même pas encore commencé qu'ils font déjà la queue. Ils viennent à toute heure de la journée, certains les prennent au petit-déjeuner, d'autres pour le déjeuner, pour le goûter », explique-t-il. Hicham prépare ses sandwichs chrikat dans le quartier commerçant et très animé de Derb Omar. « Il y a des clients qui sortent du travail affamés. Ils viennent me voir pour vider leur sac. Moi, mon travail, c'est de vendre de la nourriture, mais je suis aussi un peu leur psychiatre. J'ai des clients très anciens, de plus de 10 ans. Il y a même une femme qui venait chez moi quand elle était enceinte ; maintenant, son fils est collégien et lui aussi, il vient ici », raconte-t-il. Ahmed se régale. Il est coursier et a très peu de temps pour manger. D'ailleurs, il répond aux questions tout en mâchant ses sardines chrikat. « C'est rapide et ça rappelle les plats de la maison. À chaque fois que le travail me conduit ici, je dois absolument venir chez Hicham. On est habitué à son sandwich, il se mange sans faim », clame-t-il. Il lui a fallu cinq minutes, top chrono, pour engloutir ses sardines, poisson qui occupe une place à part dans le panthéon gastronomique marocain. Hicham explique que « les Marocains entretiennent une relation forte avec les sardines. On a grandi avec, c'est notre culture, c'est notre nourriture, c'est un repas populaire ». Pourtant, quelques rues plus loin, Bouchra vend aussi des sandwichs, mais ici, pas de sardines. « Je les ai remplacées par les anchois. Ça me fait de la peine de ne pas faire les chrikats, parce que c'est ce que les gens préfèrent. Le chrikat, c'est quelque chose ! Ça leur manque. Il y en a moins maintenant parce que c'est de plus en plus cher. Ils ont augmenté les prix des sardines, on ne peut plus les acheter, le kilo coûte entre deux et trois euros, ce n'est pas possible », se désole-t-elle. La réduction du stock de sardines au large du Maroc, couplée à la hausse des prix imposée par les intermédiaires, explique pourquoi le sandwich chrikat se fait plus discret dans les rues marocaines ces derniers temps. À lire aussiÀ midi, on mange quoi: bon et pas cher, le garba est devenu le plat national ivoirien [3/5]

    À midi, on mange quoi: bon et pas cher, le garba est devenu le plat national ivoirien [3/5]

    Play Episode Listen Later Jul 28, 2026 2:20


    Nous continuons ce matin notre série de reportages sur les petits plats stars de la pause déjeuner... Direction la Côte d'Ivoire, où le champion incontesté de la catégorie est le garba – l'attiéké au « faux-thon », des restes de thon récupérés au port d'Abidjan. Très populaire, le garba est quasiment devenu un plat national grâce à un prix imbattable, environ 1 000 francs CFA (environ 1,50 euros) pour un repas. De notre correspondant à Abidjan, À Abidjan, le garbadrome de Cocody, tenu par Issa, ne désemplit pas chaque midi. Situé entre un lycée réputé et une université privée, ce petit restaurant de Côte d'Ivoire attire des dizaines de clients quotidiennement. Le patron, débordé, prépare des sachets à emporter composés de thon frit, de semoule de manioc – l'attiéké – et d'un condiment à base d'oignons, de tomates et de piment. Pour ce client nigérien, la fraîcheur des produits fait toute la différence. « Il y en a beaucoup qui disent que le garba d'ici est bon, parce que l'attiéké, c'est pas la même chose que chez les autres. Le poisson, on va le chercher au port de pêche. Chaque jour, on va le chercher là-bas », explique-t-il. Assises sur un banc devant une marmite d'huile frémissante, Emmanuelle et Alice, deux archivistes, attendent leur garba chaud. Elles sélectionnent avec soin leurs morceaux de thon. « C'est très important d'avoir un gros bout, pour bien manger, à cause de la taille du plat d'attiéké. Et c'est bon pour la popoche, il faut en avoir pour son argent », soulignent-elles. Le garba, un plat économique et nourrissant, doit son nom à Dicoh Garba, ancien ministre ivoirien de la production animale. Dans les années 1970, ce dernier a autorisé la redistribution des restes de thon récupérés au port d'Abidjan, auparavant destinés à la poubelle. Ces déchets sont ainsi devenus la base d'un véritable système antigaspi. Aujourd'hui, les mareyeurs rachètent ce « faux-poisson » pour environ 600 francs CFA le kilo (environ 0,90 euros), soit 30% moins cher que le thon normal. Neka, étudiant en droit, fréquente ce garbadrome quotidiennement, attiré par ses prix imbattables, mais pas seulement. « Il y a l'accessibilité au niveau du prix, mais il y a aussi le fait que tu es satisfait au niveau du ventre quand tu as fini de manger. Au niveau du goût, c'est très bon, ça se mélange avec plein de trucs, tu peux mettre du cube Maggi pour l'assaisonnement... C'est parfait, en fait ! Et c'est aussi un moment de convivialité. C'est ça, le truc », confie-t-il. En 2020, Abidjan comptait au moins 2 000 garbadromes similaires à celui d'Issa, certains servant jusqu'à 500 clients par jour. À lire aussiCôte d'Ivoire: à Abidjan, les livreurs à moto craignent toujours plus pour leur sécurité

    À midi, on mange quoi: à Kinshasa, les malewa, ces restaurants de rue qui nourrissent la ville [2/5]

    Play Episode Listen Later Jul 27, 2026 2:19


    En République démocratique du Congo, les malewa sont des petits restaurants de rue, prisés des Kinois pour la pause déjeuner. On y mange des plats locaux, populaires et surtout bon marché. De notre correspondante à Kinshasa, Bienvenue chez maman Mireille, la gérante d'un malewa, ces petits restaurants à ciel ouvert qui s'installent chaque midi sur les trottoirs de Kinshasa, la capitale de la RDC. Sur une table en bois brinquebalante sont disposées plusieurs casseroles, qui contiennent les plats du jour. « Pour le repas, nous avons aujourd'hui du porc, du gombo, de la courge, du poisson, des haricots et du poulet », explique-t-elle. Cela fait six ans que Mireille gère son malewa. Tous les matins, elle part au marché acheter ses produits et les cuisine directement sur place, avec du simple charbon de bois. « J'ai appris à cuisiner avec ma tante. Je partais avec elle à son malewa et je l'aidais à cuisiner. Je ne gagne pas beaucoup d'argent, mais au moins, j'ai un petit travail, sinon je n'ai rien. Je suis très fière quand les clients disent que c'est bon chez moi. C'est le bouche-à-oreille qui amène les clients », confie-t-elle. À lire aussiLes délices du continent [1/10]: en RDC, le poulet mayo, plat emblématique de Kinshasa Devant elle, les clients font la queue et, chacun leur tour, soulèvent les couvercles des casseroles pour faire leurs choix. Chaque plat a son prix pour s'adapter aux budgets les plus serrés. Pour Alphonse, chauffeur de bus, aller au malewa lui permet de manger un repas complet à moindre coût. « Par manque de moyens, j'ai mangé des boules de foufou et les feuilles de manioc et pour pas cher, avec 5 000 francs CFA [1,90 euros, NDLR]. J'ai bien mangé, c'est bien pour le ventre », témoigne-t-il. À ses côtés, Ange, une fonctionnaire qui travaille dans le quartier, est une habituée des lieux. « Elle prépare vraiment très bien. Elle met des épices comme on prépare à la maison à Kinshasa », assure-t-elle. Dans cette capitale tentaculaire, rares sont ceux qui ont le temps de rentrer chez eux pour le déjeuner. Le malewa est donc une solution pratique pour Christopher. « J'habite loin du centre-ville, et je quitte la maison très tôt le matin sans manger. À midi, j'ai faim, je mange quelque chose chez Mireille, c'est juste à côté du travail et ça me permet d'avoir de l'énergie pour le reste de la journée », explique-t-il. À 16 heures, les casseroles de Mireille sont généralement vides. Elle les range sous sa petite table en bois, prêtes à être utiliser. Chaque jour, Mireille cuisine pour une centaine de clients. À lire aussiÀ midi, on mange quoi: le sandwich dakarois se déguste dans les tanganas [1/5]

    À midi, on mange quoi: le sandwich dakarois se déguste dans les tanganas [1/5]

    Play Episode Listen Later Jul 26, 2026 2:19


    Au Sénégal, on connaît bien sûr les plats emblématiques comme le thiéboudiène. Mais la street food nourrit aussi des millions de personnes au quotidien. En tête : le sandwich dakarois, une demi-baguette farcie de tout ce que le cuisinier peut imaginer, du poisson aux spaghettis. Il se prépare et se déguste dans les tanganas, ces petites cantines de rue qui ouvrent à l'aube dans tous les quartiers de la capitale. De notre correspondante à Dakar, Le tangana d'Omar Diop, alias Omzo, ne désemplit pas. Derrière ses grandes marmites et ses plaques à gaz, il prépare et réchauffe depuis l'aube les garnitures du jour. Travailleurs et étudiants du centre-ville viennent prendre leur petit-déjeuner avant le boulot. Chacun a son préféré. Du plus classique comme le pain thon, une pâte de sardine pimentée, au plus surprenant, comme le sandwich petit pois ou spaghettis... Tout est possible. C'est le fast-food à la sénégalaise, bien mijoté, accompagné d'un café touba aux épices ou d'un thé sucré. Habib, commerçant, fait une petite pause : « C'est propre et c'est bon. Il le prépare comme on l'aime. Et tu es à l'aise, tu t'installes, tu manges vite fait. Après tu vas retourner au travail. » Chacun agrémente le sien de ses condiments : piment, ketchup-mayo, ou la fameuse sauce oignons qu'Omar prépare chaque matin. « Des oignons, du vinaigre avec un peu de sel pour mélanger avec de la moutarde, un peu de piment », énumère-t-il. Les assaisonnements, c'est le secret d'un bon sandwich et c'est ce qui différencie les cuisiniers pour Cheikh, conseiller commercial : « Ici chez Omar, le goût qu'on peut avoir peut être totalement différent du goût que l'on peut avoir chez une dame à côté. Cela a l'air simple, mais ce n'est pas si simple parce que tout dépend aussi du dosage. Si c'était simple, on irait nous-mêmes en préparer tous les jours chez nous. » Emballé dans sa feuille de journal, le sandwich se vend entre 200 et 800 francs CFA [0,30€ et 1,20€, NDLR] selon la garniture et la taille. De quoi expliquer son succès. L'art du chef de tangana, comme Omzo, c'est de plaire à tous les goûts. Ils innovent pour répondre aux différents modes : tacos, burgers... Le chef et consultant Tamsir Ndir, qui a dirigé plusieurs restaurants, observe le phénomène avec attention : « Les gens vont inventer les recettes en fonction du pouvoir d'achat des clients. Il y a quelques années, ils ont sorti le burger local. On va avoir tout ce qu'il y a dans l'hamburger sauf le steak haché. J'ai pour souvenir qu'il le vendait à 500 francs CFA à l'époque. On va faire une omelette, les oignons, les frites, la petite sauce qui va avec... » Omar a commencé par vendre simplement du thé et du café. Il tient aujourd'hui deux tanganas et rêve d'un grand restaurant en dur. À lire aussiAu Sénégal, une première obligation financière pour la transition et l'autosuffisance alimentaire

    Campus de légende: au Nigeria, le hub d'innovation «AI Unipod» de l'université de Lagos [6/6]

    Play Episode Listen Later Jul 25, 2026 2:25


    Et si le futur de l'intelligence artificielle (IA) africaine se préparait à Lagos ? C'est le pari du programme de l'ONU pour le développement (PNUD), du gouvernement fédéral nigérian et du Tetfund, une agence nigériane chargée de promouvoir la recherche et l'innovation dans les établissements publics d'enseignement supérieur, avec le lancement en avril 2026 de l'AI Unipod. Cette première unité servira de modèle pour cinq autres pôles répartis à travers le pays, et notamment spécialisés dans l'agriculture, l'économie bleue ou encore l'industrie des minerais. De notre correspondante à Lagos, Au cœur du campus de l'université de Lagos, au sein de l'AI Unipod, on ne retrouve pas de salles de classes classiques, ni d'amphithéâtres, mais plutôt un univers qui rappelle celui des start-up avec un open space sur deux niveaux et du mobilier coloré, ainsi que plusieurs ateliers pour l'impression 3D, la robotique ou la simulation de réalité virtuelle. Un environnement propice aux échanges et à la création, comme l'explique la professeure Chika Yinka-Bajo, directrice de l'AI Unipod. « Nous voulons créer une infrastructure de recherche sur l'IA pour l'Afrique de l'Ouest. Donc, si vous pensez à "Je veux faire de l'IA, où puis-je aller ?", si vous avez un problème à résoudre "Où puis-je aller ?", c'est la réponse que nous voulons que cet endroit soit », affirme-t-elle. L'espace accueille aussi bien des professionnels que d'anciens ou actuels étudiants pour concrétiser des projets qui nécessitent l'intelligence artificielle (IA). Entre ces murs, Kenneth Silva-Eboagwu, 22 ans, étudiant en physique de l'électronique, a conçu le prototype d'un robot détecteur de mouvement pour la vidéosurveillance. « L'accès à l'équipement, aux espaces de travail, aux personnes partageant les mêmes idées, des personnes avec lesquelles on peut collaborer et construire... Unipod essaie de combler cet écart en fournissant tout cela. Nous ne laissons pas les idées rester des idées, mais nous les transformons en vrais produits », détaille-t-il. À l'étage, dans l'AI Lab, John Hicks, étudiant en science des données, travaille lui aussi sur une technologie de vidéosurveillance capable d'identifier des objets, des comportements spécifiques au Nigeria et plus largement à l'Afrique. « À l'ère de l'IA, les choses évoluent rapidement et l'Afrique est exclue du jeu parce que nous n'avons pas d'ensembles de données qui aideraient à former des modèles. Nous n'avons pas d'ensembles de données qui aideraient à mener des recherches afro-centrées ou des choses qui sont propres à l'Afrique », rappelle-t-il. Solarin Akintunde, en dernière année d'ingénierie électronique, a fondé son agence de formation pour répondre aux besoins des professionnels nigérians qui souhaitent évoluer vers un business intelligent. « Une de mes étudiantes vend des vêtements, des tissus et tout ça. Elle attirait la plupart de son public par le bouche-à-oreille. Elle voulait faire évoluer sa plateforme vers le digital avec un site internet. Je lui ai appris la création de contenu, l'automatisation et même un peu de développement web avec l'IA et elle a été capable d'avoir son propre site internet, son propre chatbot », raconte-t-il. À lire aussiCampus de légende: à Yamoussoukro, les étudiants formés à la création d'outils d'IA [4/6]

    Campus de légende: à Rabat, l'UM6P, pôle de l'IA africaine [5/6]

    Play Episode Listen Later Jul 24, 2026 2:24


    Dans la région de Rabat au Maroc, l'université Mohammed VI Polytechnique s'est dotée depuis 2021 d'un pôle de recherche sur l'intelligence artificielle qui participe à l'effervescence en Afrique autour de cette révolution technologique.  De notre envoyé spécial de retour de Rabat, C'est en voiturette de golf que l'on transporte les visiteurs sur le campus. Au loin apparaît un bâtiment rectangulaire surmonté d'un dôme. Cette architecture de temple futuriste abrite le centre international d'intelligence artificielle du Maroc, Ai Movement. Btissam El Khamlichi est la directrice générale d'Ai Movement : « En fait, ici, on a des espaces, je dirais, d'apprentissage. D'apprentissage et de conférences aussi. On a deux amphis. » Ai Movement se veut comme un hub régional capable de développer des technologies pour le royaume, mais aussi le continent dans son ensemble. « Ce qui va nous permettre, sur le continent africain, d'adopter l'IA, de la développer en local, pour développer des technologies qui vont répondre à des problématiques locales, qui ne portent pas vraiment d'intérêt financier global, mais il faudra que ça soit développé en local. » Des recherches tournées vers l'impact social Sept enseignants-chercheurs et 34 doctorants sont rattachés au centre et planchent sur des solutions à des problématiques très diverses : inégalité, villes durables, préservation du patrimoine : « Par exemple, on a une application qui s'appelle TarjWomen. Ça a été développé justement pour des femmes qui ne peuvent pas lire et écrire et où la dame, par exemple, pourra prendre son téléphone, scanner un document et elle va avoir une interprétation audible du document. Ce n'est vraiment pas une lecture du document, mais une explication du document, c'est-à-dire que si, par exemple, c'était un ticket de train, lui dire "Madame, vous devez par exemple partir du point A au point B pour pouvoir être à temps". » Si les entreprises sollicitent le centre pour co-développer des solutions en intelligence artificielle, elles sont aussi intéressées par son programme de formation. Reda El Marhouch est doctorant. Il explique comment, à l'aide d'un petit robot, les principes de l'IA peuvent être enseignés de manière très ludique, notamment aux enfants. C'est également l'une des cibles du centre à travers son master junior : « Si vous mettez un obstacle ici, voilà, vous changez de direction. En fait, ici, c'est le cerveau et après on a des capteurs de proximité. On apprend un peu avec les enfants, on leur fait comprendre comment ils peuvent personnaliser leur programme. » Ai Movement a bénéficié en 2023 d'un budget de 3,5 millions d'euros, financé pour un tiers environ par le groupe OCP, le géant marocain des engrais. À écouter aussiCampus de légende : à Yamoussoukro, les étudiants formés à la création d'outils d'IA [4/6]

    Femmes de la terre: au Sénégal, Mariama Sonko redonne le pouvoir aux femmes [5/5]

    Play Episode Listen Later Jul 23, 2026 2:36


    À Niaguis, petite localité de la Casamance, Mariama Sonko milite pour l'autonomie financière des femmes via l'agriculture et l'agroécologie depuis plus de 30 ans. Fille de paysanne, elle est la présidente du mouvement panafricain Nous sommes la solution, qui rassemble plus de 800 associations membres à travers huit pays d'Afrique de l'Ouest. De notre correspondante à Dakar,  Mariama Sonko, comme lors de cette interview donnée il y a quelques mois à une chaîne de télévision africaine, n'a de cesse de le répéter : si l'on veut la souveraineté alimentaire, il faut s'appuyer sur les femmes rurales et leur savoir. En jeu : l'accès aux semences de qualité sans dépendance aux multinationales. « Si on ne s'organise pas, si on ne s'engage pas, demain on sera des étrangers, même chez nous, martèle Mariama Sonko. Donc, le travail que nous faisons, c'est comment reconstituer ce capital semencier qui est important pour la vie ou la souveraineté africaine. » En chemise large et pantalon, du haut de ses 59 ans, Mariama met en pratique cet engagement depuis plus de 20 ans. Petite-fille de paysan, elle grandit avec l'obsession de planter, inspirée par cette injustice de départ : la quasi-impossibilité pour les femmes de posséder de la terre, même si la loi leur en donne le droit. « Quand j'ai grandi, j'ai vu beaucoup de pression sur la femme et ça, ça me révoltait », confie-t-elle. À lire aussiFemmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5] Ne pas baisser les bras Vient la deuxième injustice, le décès de son père. Mariama assiste, impuissante, aux difficultés de sa mère pour nourrir ses 10 enfants. « C'est ce qui a fait qu'à un moment, quand j'étais en première, j'ai arrêté mes études. Mes oncles m'ont obligée à me marier pour dire que la place de la femme, c'est au foyer, se rappelle-t-elle. Mais ça ne m'a pas fait baisser les bras. » Du haut de ses 19 ans, Mariama continue de se battre. Elle obtient le droit de cultiver un lopin de terre avec d'autres femmes. Trois ans plus tard, elles sont expulsées. Mariama décide de tout faire pour réussir à devenir propriétaire. Il y a 10 ans, elle y parvient : 3 hectares d'une ferme expérimentale tout près de Ziguinchor. Pas de pesticide et seulement des semences locales. Trente femmes y travaillent. « Aujourd'hui, plus de 100 femmes ont un compte en banque individuel et elles épargnent. À partir de leurs recettes, elles font d'autres activités secondaires pour augmenter leurs revenus, et ça, ça me rend fière », se réjouit-elle. Désormais, Mariama promène son bâton de pèlerin en Afrique de l'Ouest. Huit cents associations sont membres du mouvement Nous sommes la solution, qui prône l'agroécologie et la préservation des semences locales, dans 10 pays. Deux cent mille femmes, analphabètes pour la plupart, en font partie. « Je suis très fière, quand je suis avec les femmes, je suis fière car je vois beaucoup de progrès », sourit la cinquantenaire. À lire aussiFemmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5]

    Femmes de la terre: en Centrafrique, Josiane Tambassoua contribue à la sécurité alimentaire [4/5]

    Play Episode Listen Later Jul 22, 2026 2:17


    En Centrafrique, Josiane Tambassoua incarne une génération de femmes engagées qui, à travers leur travail quotidien, participent activement à la sécurité alimentaire et à la dynamisation de l'économie locale. En valorisant le travail de la terre, elle démontre que l'agriculture peut être une activité rentable et porteuse d'avenir. Pour les jeunes générations, son parcours constitue une véritable source d'inspiration.  De notre correspondant à Bangui, Ce matin, une légère brume flotte au-dessus de la plantation. Les chants d'oiseaux accompagnent les agriculteurs déjà à l'œuvre. Au milieu des rangées verdoyantes de cultures, Josiane Tambassoua supervise les activités agricoles, organise les travaux et veille au bon développement des cultures. Ici, les plants de manioc s'étendent à perte de vue. Plus loin, des parcelles de maïs et d'arachides témoignent de la diversité des productions. Josiane a compris que la terre représente bien plus qu'un simple moyen de subsistance. « Depuis plusieurs années, je travaille la terre avec passion. Je suis convaincue que l'agriculture est l'un des moyens les plus efficaces pour nourrir nos familles et lutter contre l'insécurité alimentaire, souligne Josiane Tambassoua. Après les crises politico-sécuritaires, la RCA fait face à un important défi humanitaire. Nous nous battons pour lutter contre l'insécurité alimentaire qui touche la population de mon pays. » Chaque jour, les tâches sont nombreuses : désherbage, entretien des plantations, surveillance des cultures et préparation des futures semences rythment son quotidien. « Je suis fière de contribuer à la sécurité alimentaire de ma communauté. Lorsque je vois les produits de ma plantation sur les marchés ou dans les assiettes des familles, je ressens une grande satisfaction, se réjouit l'agricultrice. Cela me motive à produire davantage et à encourager d'autres femmes à s'investir dans l'agriculture. Chaque récolte représente une source d'espoir et de stabilité pour les populations. » À lire aussiFemmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5] « C'est une femme inspirante » Sous la chaleur de midi, les ouvriers poursuivent leurs activités entre les rangées de cultures. Le bruit des outils se mêle aux échanges entre les travailleurs. Malgré la fatigue, Romaric Ndotoloum, l'un des ouvriers, garde les yeux tournés vers la prochaine récolte, avec l'espoir d'une production abondante. « C'est une femme inspirante. Depuis des années, elle porte le flambeau de l'agriculture et nourrit un grand nombre de Centrafricains, explique-t-il. Une grande partie de nos productions est vendue sur les marchés locaux. Les revenus tirés de la vente des récoltes permettent de soutenir les dépenses familiales et d'améliorer les conditions de vie des ménages. » Josiane partage régulièrement son expérience avec d'autres femmes centrafricaines et étrangères, les encourageant à investir dans l'agriculture comme moyen d'autonomisation économique. Aujourd'hui, son plus grand projet est d'exporter ses produits dans la sous-région. Elle ambitionne également de créer un centre de formation destiné aux femmes afin de leur apprendre à produire, transformer et commercialiser leurs récoltes. À lire aussiFemmes de la terre: à Soweto, une ferme s'inspire de Nelson Mandela [1/5]

    Femmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5]

    Play Episode Listen Later Jul 21, 2026 2:20


    Wissal Ben Moussa a cofondé Sand to Green en 2022, une start-up qui s'appuie sur des technologies de pointe et s'inspire de la nature pour proposer aux paysans des solutions plus durables et mieux adaptées au changement climatique. Des pratiques qui permettent de régénérer les sols quand l'agriculture conventionnelle les appauvrit.  De notre envoyé spécial de retour de Guelmim, Une ferme à la végétation luxuriante, c'est l'exploitation familiale de Wissal Ben Moussa à Guelmim, dans le sud du Maroc, à la lisière du désert. « Je suis de formation ingénieure en agroalimentaire. Je bossais dans une multinationale, raconte-t-elle, j'étais responsable R&D, on formulait des cubes de bouillon et on devait utiliser des colorants, etc., que tout le monde jugeait assez toxiques. » Son attirance pour le vivant et la recherche d'un travail qui a du sens vont la conduire à changer de voie. « Donc, grosse prise de conscience écologique personnelle et d'une manière tout à fait automatique, je me suis dit que si j'avais un impact à faire quelque part, c'était vraiment au tout début de la filière, sur la partie agro, précise Wissal Ben Moussa, sauf que j'avais zéro connaissance en agro. » À lire aussiFemmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5] « On a vraiment démarré du terrain » Elle commence par un petit potager de 200 mètres carrés et découvre la permaculture et l'agroécologie. Sa ferme est un véritable jardin d'Éden. Pourtant, Wissal Ben Moussa est partie d'une terre aride, inhospitalière en apparence. Elle est parvenue à y semer de nouveau la vie. C'est ici qu'elle mène des expérimentations pour la start-up Sand to Green. « L'agriculture de régénération est la solution à la crise que l'agriculture est en train de vivre aujourd'hui face au changement climatique. C'est de là que l'idée de créer Sand to Green est née, explique l'ingénieure. L'idée de créer une expertise, une solution qui soit ancrée dans la terre. On n'a pas démarré dans des laboratoires, on a vraiment démarré du terrain. » Toutes les données du sol et des cultures sont collectées pour alimenter une plateforme qui permettra une standardisation des bonnes pratiques. Les agriculteurs du monde entier pourront ensuite les appliquer. « Il y a un mot en anglais que j'adore pour décrire un fermier, ils vont dire "land steward", du mot "stewardship", précise-t-elle. En tant qu'agriculteur, tu es juste là pour prendre soin de ce terrain-là. Tu fais partie de tout cet écosystème. » Aujourd'hui, la start-up Sand to Green accompagne des milliers d'agriculteurs à travers tout le continent, en Côte d'Ivoire, en Tanzanie ou encore en RDC.  À lire aussiFemmes de la terre: à Soweto, une ferme s'inspire de Nelson Mandela [1/5]

    Femmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5]

    Play Episode Listen Later Jul 20, 2026 2:22


    Focus sur les femmes plongées au cœur de l'agriculture. Direction le sud de la Côte d'Ivoire, à Divo, zone de production du cacao, à la rencontre d'Agathe Vanié. Cette femme de 62 ans milite depuis plusieurs années pour une agriculture sans pesticides et préside la société coopérative et l'Association de café-cacao dans sa région.  De notre envoyée spéciale à Divo, À l'origine, Agathe Vanié gère un maquis à Divo, au sud de la Côte d'Ivoire. En 2004, cette restauratrice décide de monter une association pour aider les femmes de sa région à commercialiser le cacao. Mais elle se heurte rapidement à une barrière sociologique : dans sa communauté, les femmes n'ont pas accès à la terre. Agathe Vanié se lance alors dans un premier combat. « J'ai sensibilisé les paysans pour que la femme ait accès à la terre. Cela a été difficile. Ils m'ont refusé, ils ont dit qu'ils ne peuvent pas accepter cette loi. J'ai dit "si, si". J'ai installé une femme présidente [de l'association] dans chaque village. Chaque fois, je discute avec eux. Ma mère est décédée parce qu'elle n'avait pas de revenus. Je me bats pour que la femme soit autonome. Il faut que la femme ait son champ de cacao », explique-t-elle. Depuis, Agathe Vanié cultive le manioc, l'igname, la banane et le cacao, avec un souci constant : éviter l'usage de pesticides. « J'ai dit aux gens de laisser la forêt telle quelle. Il ne faut pas traiter [avec des produits chimiques]. J'ai vu dedans, il y a des vers qui manquent. Là où on traite le sol, et là où on ne traite pas, ce n'est pas le même goût », souligne-t-elle. Les femmes de son organisation travaillent en groupe. Armées d'une petite pioche, elles nettoient les champs de manioc. Madame Gondo, l'une d'entre elles, trouve cette méthode particulièrement avantageuse : « C'est le travail en groupe qui est bien. On doit aller au champ, à 15 ou à 20 [personnes]. Et demain, on va chez l'autre. Il n'y a pas à pomper [des pesticides]. Ça va vite. Et puis, on est content. On est ensemble. Et le champ évolue », témoigne-t-elle. Même enthousiasme chez Florence, une autre productrice : « On travaille avec les dix doigts. On fait ce qu'on peut. Pour le manioc, ça donne bien. » Cependant, tous les producteurs ne suivent pas ces conseils. Agathe Vanié en a bien conscience : les paysans sont souvent réticents à adopter ces pratiques culturales, qui leur demandent plus d'efforts. « Tu leur parles, tu fais les réunions, tu tournes... C'est difficile pour qu'ils écoutent [les conseils]. Eux, ils vont te dire : ''Pourquoi voulez-vous qu'on applique ? Il n'y a plus de travailleurs !'' Comme ils ne veulent pas avoir de mauvaises herbes, ils répandent encore du produit », déplore-t-elle. Pour surmonter ces difficultés logistiques, de plus en plus de producteurs se forment désormais à l'agroécologie. Une démarche qui leur permet de mieux s'organiser et de mieux maîtriser les pratiques culturales. À lire aussiCôte d'Ivoire: à Yamoussoukro, le boom de l'immobilier ravit les investisseurs, inquiète les agriculteurs

    Femmes de la terre: à Soweto, une ferme s'inspire de Nelson Mandela [1/5]

    Play Episode Listen Later Jul 19, 2026 2:16


    À Soweto, au sud-ouest de Johannesburg, la Ubuntu Farm veut développer l'économie de ce township hérité des politiques ségrégationnistes de l'apartheid à travers l'agriculture. Francis Marsh s'est lancée seule dans cette aventure, sur le terrain de son ancien lycée. Rapidement, elle engage deux de ses voisines, et le trio de la Ferme Ubuntu est créé. Ensemble, elles créent de l'emploi, apprennent l'agriculture aux plus jeunes, avec comme seule boussole la philosophie Ubuntu chère à Nelson Mandela. De notre envoyé spécial à Soweto, En Afrique du Sud, la petite ferme Ubuntu accueille une vingtaine de volontaires, dans la bonne humeur, pour planter de nouveaux arbres : des citronniers ou encore des abricotiers. Cette ferme communautaire ne cesse de s'agrandir : en à peine deux ans, Francis Marsh et sa petite équipe ont déjà planté environ un hectare sur les quatre disponibles. « Nous avons commencé avec de la coriandre, un peu de chou et aussi des épinards. Dans cette serre, il y a aussi des betteraves ou des carottes. Notre rêve, c'est de voir ce champ entièrement planté », explique Francis. Avant les fruits et les légumes, c'est d'abord une idée qui germe dans la tête de Francis. Tous les jours, elle voit ce terrain vague que son ancien lycée n'entretient plus et décide de prendre les choses en main. Elle étudie les sciences de la terre, contacte le principal du lycée et lui propose ce projet agricole. « Nous travaillons au développement économique de nos townships. Nous voulons que les gens travaillent ici et gagnent leur vie ici. Car si nous parvenons à créer davantage d'emplois dans nos quartiers, je suis convaincue que la violence des gangs et tout ce qui va avec, la criminalité, diminueront à coup sûr », souligne-t-elle. Dans ces communautés marginalisées, frappées par le chômage de masse et en proie aux gangs, les habitants font face à un manque cruel d'opportunités. Pour Shaen Smith, aujourd'hui fière secrétaire d'Ubuntu Farm, l'agriculture lui a presque sauvé la vie. « Je traversais des épreuves personnelles et cette expérience, vous savez, mettre les mains dans la terre et manger les légumes que l'on a plantés, de ses propres mains, m'a vraiment transformée. Cela m'a redonné espoir », confie-t-elle. Ce n'est donc pas un hasard si, au moment de lancer le projet, Francis choisit sans aucune hésitation le nom Ubuntu : une philosophie qui prône des valeurs d'humanité, de respect et d'entraide, chères à Nelson Mandela. « Il était passionné par cet Ubuntu. C'est pourquoi je me suis dit : ''Utilisons cela'', parce qu'il y croyait vraiment, et cela faisait aussi partie de son héritage. Nous ne devons pas laisser cet héritage disparaître », rappelle Francis. Avec ses grandes bottes blanches tachées de terre, Francis marche alors dans les pas de l'ancien président, pour changer profondément le quotidien de sa communauté. À lire aussiCameroun: des avancées sur la sécurité alimentaire dans le nord du pays

    Campus de légende: à Yamoussoukro, les étudiants formés à la création d'outils d'IA [4/6]

    Play Episode Listen Later Jul 18, 2026 2:32


    Chaque jour, des millions de personnes à travers le monde utilisent l'intelligence artificielle (IA) pour rédiger un texte, créer une image, obtenir une réponse en quelques secondes... Mais derrière ces outils se cachent des ingénieurs capables de concevoir les algorithmes qui les font fonctionner. À Yamoussoukro, l'Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny forme justement cette nouvelle génération de spécialistes. Immersion dans une école qui veut faire de la Côte d'Ivoire un acteur à part entière de la révolution de l'IA. De notre envoyé spécial à Yamoussoukro, À l'International Data Science Institute, dans une salle informatique où les étudiants ont les yeux rivés sur leurs écrans, Doma Soro fait partie de ceux qui se forment aux enjeux de demain. Après une licence à l'École nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée, cette étudiante a choisi de poursuivre sa formation ici, en master sécurité, cybersécurité et intelligence artificielle. Une orientation née de sa découverte de la data science. « J'ai opté pour une spécialisation en data science. Là-bas, j'ai eu l'opportunité de voir tout ce qui a trait au métier. Ce qui a débloqué un engouement chez moi. Je ne regrette pas mon choix parce qu'on apprend beaucoup déjà. Nous avons beaucoup d'opportunités de travailler dans beaucoup d'autres domaines », explique-t-elle. Dans cette école, les étudiants apprennent, entre autres, à collecter, traiter et analyser d'immenses volumes de données. « À l'aide du numérique, nous avons beaucoup de données issues des réseaux sociaux, Facebook et autres. Nous avons vu comment regrouper ces données, comment les traiter et pouvoir les utiliser pour prédire éventuellement le comportement des personnes, par exemple sur les achats », précise Doma Soro. Au terme de chaque semestre, les étudiants, réunis en petits groupes, mettent ces connaissances en pratique à travers des projets concrets en intelligence artificielle : détecter des fraudes bancaires, améliorer des diagnostics médicaux ou encore anticiper les comportements des consommateurs. Début juin, deux équipes de l'International Data Science Institute ont d'ailleurs décroché la troisième place mondiale à la Huawei ICT Competition, organisée en Chine. Parmi les participants, on retrouve Bony Chris, étudiant en master. « Le projet que j'ai présenté au concours était un outil de conversation qui va permettre à l'utilisateur de pouvoir être guidé dans son parcours médical. Il arrive sur la plate-forme et l'intelligence artificielle est capable de lui fournir la clinique la plus proche et capable de répondre à son besoin », détaille-t-il. L'accès à l'institut se fait sur concours. Chaque année, 80 étudiants ivoiriens et africains sont sélectionnés. Depuis sa création en 2017, l'école revendique plus de 200 diplômés aujourd'hui insérés dans la vie professionnelle. L'enjeu est de former des experts capables de répondre aux besoins des entreprises. Le docteur Lambert Thanoh, coordonnateur de l'institut, souligne l'ambition de la formation. « C'est une formation complète qui permet à nos étudiants d'être des "data analystes", des "data scientifiques", d'être des "data ingénieurs", des experts dans le domaine du "machine learning" qui leur permet d'occuper des métiers dans tous les secteurs d'activité », indique-t-il. À l'avenir, l'International Data Science Institute souhaite renforcer ses activités dans la robotique appliquée à l'industrie. À lire aussiCentres de données aux États-Unis: «Leur démesure vient impacter beaucoup les habitants»

    Campus de légende: en Afrique du Sud, se réapproprier sa langue maternelle pour décoloniser le savoir [3/6]

    Play Episode Listen Later Jul 17, 2026 2:31


    On prend maintenant la direction de l'Afrique du Sud, à l'université de Witwatersrand, à Johannesburg, sur un campus qui date de 1896, devenue université de Wits en 1992. Cet établissement d'excellence, classé parmi les meilleurs du continent, est aussi connu pour son ancrage libéral et pour son activisme, notamment contre le régime de l'apartheid. Wits occupe aujourd'hui une place centrale dans la décolonisation des savoirs. De notre envoyé spécial à Johannesburg, À l'école d'architecture de l'université Wits, à Johannesburg en Afrique du Sud, le professeur Nnamdi Elleh marque les esprits dès les premiers instants. Dès notre arrivée, il s'arrête devant un grand escalier en colimaçon et présente son dernier projet, réalisé en décembre avant son départ à la retraite. « Ici, on retrouve Léonard de Vinci. Et à côté, une figure namibienne ; et d'autres figures du continent. Nulle part ailleurs dans le monde, on ne trouve l'homme de Vitruve de De Vinci aux côtés de figures africaines. Pourtant, quand on les regarde, on constate qu'elles ont aussi des proportions parfaites. C'est le dernier projet que j'ai réalisé en décembre, avant mon départ », explique-t-il. En sept ans à la tête de cette école, le professeur Elleh a œuvré pour inciter ses étudiants à réfléchir dans leurs langues africaines. Une démarche qu'il juge essentielle pour une véritable décolonisation des savoirs. « On ne peut pas parler de décolonisation si le soi, ou la façon de penser, restent étrangers. Les étudiants connaissent le récit. Ils connaissent l'histoire. Maintenant, on doit réfléchir à comment penser des concepts dans sa langue maternelle », détaille-t-il. C'est dans cet esprit qu'a été créée la plateforme Wits Innovations Vernaculaires (Wits-VITS), visant à élaborer un large lexique de notions complexes en langues locales. Le professeur Elleh partage l'un de ses exemples préférés : « L'un de mes exemples préférés, c'est quand un étudiant a travaillé sur le mot ''paysage''. Dans sa culture zouloue, le paysage englobe le ciel, la terre, le vent, l'air, ainsi que les vivants et les morts. Je n'avais jamais entendu une définition pareille ! » Cette initiative prend tout son sens dans un contexte où, dans la plupart des universités africaines, l'enseignement se fait encore en langues dominantes, principalement l'anglais et le français. Pour Nnamdi Elleh, les mots eux-mêmes sont un enjeu de pouvoir : « Souvent, quand quelque chose est nouveau, on parle d'occidentalisation. Mais le mot "occidentalisation" est déjà une arme. Il signifie : "Je possède. Tu n'es qu'un emprunteur." La plus grande arme, c'est d'abord le mot. Avec mon programme, je veux donc décoloniser les mots et les pensées. » Les résultats de cette approche sont tangibles. En décolonisant les mots dès leur entrée à l'école d'architecture, les étudiants voient leur cursus se transformer. Marie-Justine Mutabazi, 25 ans, étudiante en cinquième année, en témoigne : « Quand on arrive en première année, on pense que l'architecture, il s'agit de quelque chose qui se situe en dehors de l'expérience africaine. Mais M. Elleh nous a recentrés sur l'Afrique et sur les connaissances africaines. Alors, aujourd'hui, maintenant qu'on réalise nos projets de master, on est capables de puiser ce savoir au plus profond de nous-mêmes. Ce n'est plus quelque chose que l'on doit aller chercher à l'extérieur de soi. » À Wits, les langues vernaculaires, souvent reléguées au passé, deviennent ainsi des langues résolument modernes, des moteurs d'innovation au service de la connaissance. À lire aussiLe mouvement rastafarien en Afrique, entre tolérance et marginalisation

    Cameroun: le taro à la sauce jaune, trésor de la cuisine traditionnelle redécouvert par les jeunes influenceurs

    Play Episode Listen Later Jul 16, 2026 2:19


    Le reportage Afrique de ce jour nous conduit au Cameroun, pays d'une grande diversité culinaire traditionnelle, avec des spécialités tels que le taro à la sauce jaune, communément appelé « achu ». Ce plat a été vulgarisé ces derniers temps via les réseaux sociaux par les influenceurs locaux à travers le concept culinaire du « dimanche taro », sorte de brunch généralement à ciel ouvert et qui permet à la jeunesse camerounaise de redécouvrir la cuisine traditionnelle. À l'origine, ce plat issu des régions du Nord-ouest et de l'Ouest était servi lors des mariages traditionnels, des funérailles, des naissances ou encore certains rituels initiatiques. Grâce aux réseaux sociaux, le taro à la sauce jaune est plus qu'un facteur d'intégration culturelle pour la jeunesse. Reportage à Yaoundé avec notre correspondant Emmanuel Jules Ntap. De notre correspondant à Yaoundé, Emmanuel Jules Ntap Des sonorités musicales distillées par un disc-jockey accueillent, ce dimanche, quelques jeunes venus déguster le taro à la sauce jaune dans un restaurant situé au quartier Bastos, à Yaoundé. L'espace fait environ 100 mètres carrés où sont soigneusement rangées une trentaine de tables rectangulaires et carrées au milieu des chaises et canapés rembourrés. En cet après-midi, la présence de trois jeunes filles, la vingtaine révolue, ne passe pas inaperçue. Elles dansent, chantent et se prennent en selfies en attendant de passer à table. Larissa est l'une d'elles. « Nous sommes venues manger le taro comme d'habitude. Ce n'est pas un plat de mon aire culturelle, mais je trouve ce plat délicieux », confie-t-elle. La commande est prête au bout de dix minutes. C'est le moment de passer à table. Larissa est la première à déguster. « Regardez comment ma sauce déborde, humm c'est bon. Il y a le morceau de poulet, de viande, la peau de bœuf, le pistache, le piment. Je vais les déguster comme il faut », s'enthousiasme-t-elle. À lire aussiLes délices du continent au Cameroun: la sauce jaune du taro que l'on aime manger le dimanche La pâte grise du taro est servie sous forme circulaire dans le plat, de façon à former un creux à l'intérieur duquel est déversée la sauce jaune. Cette spécialité culinaire n'a pas besoin de couverts pour être consommée. Démonstration avec Lucie, une jeune entrepreneure. « Je ne connaissais pas ce plat, mais j'ai appris, à travers les dimanches taro, la façon de manger avec ça : avec deux doigts, on rapproche le plat vers nous, on penche la tête et voilà. C'est un plat qu'on mange seul, en fait, on ne le partage pas », explique-t-elle. C'est le concept du « dimanche taro », via les réseaux sociaux, qui a suscité l'engouement de la jeunesse pour ce mets traditionnel. Moustik le Karismatik, jeune influenceur, en est l'initiateur. « La vérité est que ça permet de reconnecter les uns et les autres à leur culture culinaire. Ça leur permet de redéfinir leur identité », affirme-t-il. Pour les experts de la gastronomie, la sauce jaune a aussi le mérite d'avoir des vertus dont on ne parle pas encore assez. Émile Engoulou, hôtelier-restaurateur et président de l'Association des chefs, cuisiniers et pâtissiers du Cameroun, souligne ses bienfaits. « Les 16 à 14 ingrédients qui constituent le mélange donnant la sauce jaune sont chacun un aliment. Donc, le ''achu'' est vraiment une bombe médicamenteuse, un ''alicament'', comme disent les savants », précise-t-il. Plus de dix caravanes culinaires pour la dégustation du taro à la sauce jaune ont d'ores et déjà été organisées dans trois villes du Cameroun, avec chaque fois une forte affluence de la jeunesse. À lire aussiLe potentiel inexploité de la culture des algues en Afrique

    Créer en langues africaines: la littérature en kiswahili [4/4]

    Play Episode Listen Later Jul 15, 2026 2:20


    Au Kenya, le kiswahili est désigné par la Constitution comme langue nationale. Il unifie les plus de 40 communautés du pays et il est enseigné à l'école. C'est donc naturellement qu'une littérature en kiswahili s'est constituée et enrichie dans le pays ces dernières décennies, même si les difficultés du secteur de l'édition limitent encore son développement.  De notre correspondante à Nairobi,  Chez Nuria, librairie du centre-ville de Nairobi, une section est dédiée à la littérature en kiswahili. Viviane Taura, libraire, présente quelques auteurs kényans : « Le premier est Kithaka wa Mberia. Il a écrit plusieurs ouvrages qui sont vraiment très captivants, comme Kifo Kisimani ou encore Doa… On trouve aussi Ken Walibora et son roman Kufa Kuzikana. Nous avons plein de livres ici ! » Malgré la compétition très forte avec les ouvrages en anglais, cette littérature trouve preneur. « Nous voyons principalement des parents qui viennent en acheter pour leurs enfants, poursuit la libraire, parce qu'ils veulent qu'ils se familiarisent avec des nouvelles en kiswahili. » Le genre connaît un essor marqué au Kenya depuis plusieurs décennies. « Il fut un temps, au début des années 1990, où les écrivains tanzaniens dominaient la scène, y compris au Kenya, explique Mwenda Mbatiah, professeur de littérature en kiswahili à l'université de Nairobi. Mais cela a changé. Les Kényans s'imposent désormais sur la scène littéraire kiswahili au Kenya. Cela s'explique en partie par la demande croissante de littérature en kiswahili dans notre système éducatif. » À lire aussiCréer en langues africaines: Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa [1/5]   Des publications qui ciblent le marché scolaire Mais ce succès a son revers. « Nous avons des maisons d'édition prêtes à publier des ouvrages en kiswahili. Le seul problème, c'est qu'elles ciblent principalement le marché scolaire, regrette Mwenda Mbatiah. Mon inquiétude est que la lecture en swahili reste confinée au système éducatif. Il serait plus utile que le kiswahili puisse attirer des lecteurs au-delà. C'est ainsi que nous pourrons encourager les écrivains à être créatifs et innovants. » Selon lui, cette dépendance tend à orienter les thèmes abordés afin de répondre aux exigences des programmes scolaires. Pour autant, le professeur, lui-même auteur, ne s'inquiète pas pour l'avenir. « Il n'y a pas de pénurie d'écrivains en kiswahili, rassure-t-il. Des livres en kiswahili continueront à être écrits. D'ailleurs, la tradition orale de la littérature kiswahili est toujours vivante : des récits sont racontés, des poèmes sont déclamés à la radio et à la télévision. Et cela est très important pour le développement de la littérature. » La production en kiswahili se retrouve aussi parfois au théâtre : Kifo Kisimani de Kithaka wa Mberia a ainsi été rejouée en août 2025. Publiée en 2001, à la fin du régime autoritaire de Daniel arap Moi, la pièce met en scène, dans un royaume fictif, un jeune homme arrêté et torturé pour avoir défié un pouvoir oppressif. À lire aussiKenya: la pièce de théâtre «Kifo Kisimani», sur l'autoritarisme, résonne avec l'actualité

    Créer en langues africaines: le théâtre en lingala [3/4]

    Play Episode Listen Later Jul 14, 2026 2:24


    À Kinshasa, les petites ruelles résonnent encore des mots du théâtre en lingala. Mais ces représentations se font de plus en plus rares, dans un paysage culturel largement dominé par le français. Malgré cette évolution, des auteurs et metteurs en scène poursuivent leur combat pour faire vivre et renouveler le répertoire théâtral congolais en langue nationale. De notre correspondante à Kinshasa, Dans les ruelles étroites du quartier Riguini, une troupe répète la pièce Juge président. Dans cette scène, un taxi-moto de Kinshasa et un client négocient le prix d'une course. Chris Ngazyeme, comédien : « Je joue le rôle du motard, c'est un motard qui a augmenté son prix alors que normalement il y a un prix fixé par la loi. Je pars en procès. Le juge président me condamne car je n'ai pas respecté le prix légal, donc il me condamne à une peine de prison. » Il nous explique pourquoi la pièce est jouée entièrement en lingala, l'une des langues nationales : « En fait, d'abord, c'est ma langue et je me sens plus à l'aise de jouer en lingala qu'en français. On peut m'expliquer la scène en lingala, je joue directement. » À écouter aussiCréer en langues africaines: les séries télévisées en pulaar [2/5] Et c'est bien la particularité des pièces jouées en lingala : offrir une liberté d'improvisation aux comédiens. Pour Olivier Castro, auteur et metteur en scène, l'objectif est aussi de créer une connexion avec le public : « J'écris souvent des pièces qui essaient d'éveiller les consciences. Donc, l'apport du lingala, c'est vraiment pour être en communion avec le public, qu'il se sente vraiment en communion avec une personne qui lui parle de ses réalités, de ce qu'il vit au jour le jour. Parce que je trouve qu'en français, il y a une distance. » Accompagner les écrivains en lingala Le théâtre en lingala a connu son âge d'or dans les années 1950 avec des œuvres jouées au théâtre national qui ont marqué les esprits comme Muana Nsusu et Diallo sans souci. Mais les œuvres en lingala sont de plus en plus rares, explique Israel Tshipamba, directeur du Tarmac des auteurs : « Il y a eu beaucoup de programmes à l'époque développés par l'Institut français, par l'organisation internationale de l'OIF, pour qu'il y ait des auteurs qui écrivent en français, mais je crois qu'aujourd'hui si l'État met en place un programme pour accompagner les écrivains en lingala, en tshiluba, en français, ça va marcher. » Les auteurs et metteurs en scène d'œuvres se sont adaptés pour continuer à faire vivre leurs pièces en lingala. Elles sont désormais filmées, puis diffusées à la télévision nationale. À écouter aussiCréer en langues africaines: Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa [1/5]

    Créer en langues africaines: les séries télévisées en pulaar [2/4]

    Play Episode Listen Later Jul 13, 2026 2:09


    La langue pulaar a désormais ses séries télévisées. Le secteur est même en développement et voit apparaître, en plus de petits producteurs isolés, des sociétés de production, comme la chaîne Marodi. À Dakar, Bokar Tall a assisté au tournage d'un épisode de Kaya, une toute nouvelle série en pulaar.  Reportage de notre correspondant à Dakar, Bokar Tall Il a fallu du temps à la production pour trouver la bonne maison, un décor reflétant la culture peule, à une quinzaine de kilomètres du centre-ville de Dakar. L'objectif de cette nouvelle série est de faire la promotion de la culture pulaar tout en reprenant les codes des télénovelas. Adama Oury Diallo, la réalisatrice : « On fait en sorte d'avoir un scénario solide qui reflète les réalités de la culture pulaar. Et aussi d'avoir des acteurs qui peuvent interpréter cela, pour qu'on arrive à emporter tous les téléspectateurs. On crée l'univers pulaar à travers l'image et le son, à travers les mises en scène, les jeux d'acteur. C'est comme auparavant, les gens regardaient les télénovelas alors qu'ils ne parlaient pas français. » Les scénarios des séries de Marodi associent traditions peules et modernité. Cette série en tournage, Kaya, raconte ainsi une histoire de têtes de bétail léguées par un patriarche et qui seront source de problèmes entre les héritiers. Pas besoin d'aller chercher loin : la scénariste, Fatoumata Seydou Mbodj, dit qu'elle écrit en s'inspirant du quotidien de son entourage : « Je m'inspire de tout mon environnement. Par exemple, pour la série L'épouse du Cheikh, je me suis inspirée de mon cousin qui a la trentaine et qui a deux épouses. C'est une série où on montre que les femmes ont le droit de choisir leur vie, de choisir leurs époux, le droit de choisir si elles veulent travailler ou être des femmes au foyer. La plupart des gens s'y retrouvent. » Les comédiens eux-mêmes sont convaincus de participer à la promotion de la culture pulaar. L'une des actrices, Fatou N'Diaye, le confie, à peine sortie d'une séquence de tournage : « C'est des séries qui tournent autour de notre culture. On joue sur beaucoup de thèmes, comme le mariage forcé, la polygamie, beaucoup de thèmes liés à la société. Si tu es haalpulaar et fier de ta culture, ça ne peut qu'être facile pour toi. Si je parle pulaar, je dégage de la fierté. »  Depuis 2024, la chaîne Marodi a produit une dizaine de séries en pulaar, après en avoir réalisé beaucoup d'autres en langue wolof. En plus de cette série en tournage, trois autres vont sortir avant la fin de l'année. Les professionnels veulent en faire une industrie cinématographique internationale, portée notamment par les plateformes numériques.

    Créer en langues africaines: Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa [1/4]

    Play Episode Listen Later Jul 12, 2026 2:07


    50 millions de personnes parlent yoruba à travers les pays d'Afrique de l'Ouest et leurs diasporas. C'est une langue essentiellement orale mais qui possède tout de même des œuvres littéraires. Daniel Olorunfemi Fagunwa publie le premier roman en langue autochtone en 1938, à une époque où seule la Bible était disponible en langue locale. Aujourd'hui, des acteurs de la culture œuvrent pour entretenir et encourager une production littéraire. De notre correspondante à Lagos,  Dans La Forêt aux mille démons, Daniel Olorunfẹmi Fagunwa conte en Yoruba l'épopée d'un héros confronté à des épreuves surnaturelles, entre le monde des vivants et celui des esprits. Un premier roman publié en 1938, dans le but de contribuer à l'alphabétisation de son peuple dans un Nigeria encore sous domination britannique, mais aussi de préserver et partager un patrimoine culturel.  Ce n'est que trente ans plus tard que ce roman pionnier sera traduit en anglais par Wole Soyinka, dramaturge et prix Nobel de littérature, considéré comme l'un des héritiers de Fagunwa. Dans sa note de traduction de l'ouvrage, il admet que : « Le plaisir que procure son talent verbal est sans aucun doute largement perdu dans la traduction, mais cela ne justifie pas pour autant de réserver la lecture de Fagunwa aux seuls locuteurs du yoruba ».  Cette réflexion résume le paradoxe des auteurs yorubas, tiraillés entre le désir de préserver la pureté de leur langue et la nécessité de traduire pour exister auprès d'autres publics. À lire aussiShoneyin rêve de ramener la littérature en pays yorouba Mettre en avant la littérature yoruba Rasaq Malik Gbolahan, poète et écrivain, a choisi et il a lancé Atelewo, un magazine en ligne en langue autochtone qui décerne chaque année un prix aux œuvres en yoruba : « L'un des principaux projets que nous avons réalisés lorsque nous avons lancé Atelewo, nous avons lancé un appel à soumission d'œuvres littéraires : poèmes, nouvelles, essais écrits en langue yoruba. Nous voulions nous concentrer uniquement sur la langue yoruba. » Au centre J. Randle pour la culture Yoruba, à Lagos, entre tenues et objets traditionnels sont également exposés les auteurs populaires de la littérature yoruba comme Amos Tutuola, Wole Soyinka ou plus récemment Lola Shoneyin. Le directeur du centre, Qudus Onikeku, prépare l'ouverture d'une bibliothèque entièrement dédiée à ce patrimoine : « Ce serait une énorme collection de livres sur la culture yoruba et nigériane principalement, mais aussi sur l'Histoire. » « Je veux redonner vie à la tradition orale, poursuit-il, parce que je pense que la littérature pour nous était surtout puissante lorsqu'elle était lue à haute voix. » Afin d'assurer de nouvelles générations de lecteurs, le centre culturel propose tout au long de l'année des cours de yoruba. À (ré)écouter, notre podcast :Littérature classique africaine

    Campus de légende: Sénégal, à l'université Cheikh Anta Diop la renaissance africaine en débat [2/6]

    Play Episode Listen Later Jul 11, 2026 2:39


    Dans les années 1970, l'université de Dakar vit un paradoxe : l'un des plus grands intellectuels africains travaille dans ses murs, mais n'a pas le droit d'y enseigner. Son nom : Cheikh Anta Diop. Face au président Léopold Sédar Senghor et à sa négritude, il défend une vision radicalement différente de ce que pourrait être une renaissance africaine. Notre série sur les campus africains de légende se rend aujourd'hui à Dakar, au cœur d'un des grands duels intellectuels du XXᵉ siècle.  De notre correspondante à Dakar, Dans les années 1970 du Sénégal post-indépendance, la pensée senghorienne domine, mais le campus de l'université de Dakar est déjà un lieu de contestation naissante. « Senghor et les étudiants, ce n'était pas facile, se rappelle Buuba Diop, historien, qui y était étudiant. Ceux qui contestaient Senghor en tant qu'étudiants étaient majoritaires. Les étudiants du Parti socialiste étaient minoritaires. C'est ainsi qu'on a dissous des organisations étudiantes. » Face à Senghor et sa négritude, un homme incarne une autre vision. Cheikh Anta Diop. C'est un intellectuel accompli. Son premier grand livre, Nations nègres et culture, est paru en 1955. Sa thèse : la civilisation égyptienne antique était une civilisation noire africaine, et c'est de cette vérité scientifique que doit partir toute renaissance du continent. « Pour Senghor, "l'émotion est nègre comme la raison est hellène". Alors là, Cheikh Anta Diop ne pouvait pas être d'accord », souligne l'historien. « La question essentielle a également été l'Égypte, l'origine de la civilisation africaine à partir de l'Égypte, etc. Ça, Senghor était tout à fait contre, explique Fatou Sow, sociologue, elle était elle aussi à l'université. Je pense que Senghor avait à la fois un respect pour cet homme intelligent et brillant quand même, et puis en même temps, une aversion pour ce qu'il écrivait. Et ils n'ont pas arrêté de se répondre l'un à l'autre. » À lire aussiCampus de légende: au Ghana, l'Institute of African Studies de Legon, lieu de rayonnement du panafricanisme [1/6] Un défenseur du wolof peu entendu Les deux hommes s'opposent aussi sur les langues : Senghor défend le français, Cheikh Anta Diop milite pour les langues africaines. Jusqu'en 1981, Diop n'aura pas le droit d'enseigner l'histoire à l'université. Relégué à l'Institut fondamental d'Afrique noire, il y crée un laboratoire de datation au carbone 14, mariant physique nucléaire et recherche sur les origines africaines. Sur le campus, dans ces années-là, les occasions de l'entendre sont rarissimes. « L'Association des historiens africains a organisé une conférence sur la haute antiquité et la Méditerranée, Cheikh Anta Diop n'était pas prévu au programme. Quelques amis sont allés voir l'association en leur disant : "Mais vous ne pouvez pas faire ce type de réflexion sans inviter Cheikh Anta Diop." Donc, ils sont allés l'inviter, raconte Fatou Sow. J'étais à cette conférence-là. Personne n'a bougé dans la salle. Il a parlé tout seul. Et ça, je pense que ça a été un moment très important parce que c'est la première fois qu'il parlait sur le campus. » Cheikh Anta meurt en 1986, à 62 ans. Un an plus tard, l'université prend son nom. L'Ifan, l'Institut fondamental d'Afrique noire, aussi. Une reconnaissance trop tardive pour Fatou Sow. Et aujourd'hui, le wolof qu'il défendait comme langue d'enseignement n'a toujours pas intégré l'université qui porte son nom. À écouter dans La marche du mondeÀ l'école de Cheikh Anta Diop

    Campus de légende: au Ghana, l'Institute of African Studies de Legon, lieu de rayonnement du panafricanisme [1/6]

    Play Episode Listen Later Jul 10, 2026 2:28


    Pendant les trois week-ends à venir, RFI visite des campus de légende en Afrique, qu'ils aient autrefois été témoins de débats intellectuels majeurs ou qu'ils soient les lieux où s'invente aujourd'hui l'Afrique de demain. Au Ghana, le campus de Legon abrite l'Institute of African Studies, créé par le père de l'indépendance, Kwame Nkrumah, pour développer une pensée africaine affranchie des modèles coloniaux. Plus de soixante ans après sa fondation, l'établissement reste très actif et s'implique dans les débats sur la décolonisation des savoirs ou les réparations.  De notre envoyée spéciale à Accra, La nuit tombe, au sommet du campus de Legon, l'historien Samuel Ntewusu, professeur à l'Institute of African Studies, montre la colline qui domine la capitale ghanéenne : « D'ici, c'est toute Accra qui s'étend à nos pieds. » Depuis ce promontoire, le regard porte jusqu'à l'aéroport et l'océan Atlantique. Pour Samuel Ntewusu, cette position dominante raconte aussi quelque chose de l'histoire de Legon. Une histoire intimement liée aux aspirations d'émancipation qui traversent alors la Gold Coast britannique. « À cette époque déjà, les habitants de la Gold Coast s'engageaient sur le chemin de l'indépendance, avec l'éducation comme moteur. » Fondée en 1948, l'université accompagne cette marche vers l'indépendance. Quelques années plus tard, Kwame Nkrumah fonde l'Institute of African Studies. Lors de son inauguration en 1962, il prononce un discours fondateur, The African Genius. Samuel Ntewusu : « Dans son discours The African Genius, Kwame Nkrumah explique comment l'institut doit fonctionner : il est créé pour étudier, enseigner et défendre l'Afrique à partir de méthodes de recherche centrées sur les réalités africaines. » Un « carrefour d'échanges intellectuels » Penser l'Afrique à partir de l'Afrique : l'ambition est révolutionnaire. Il a fallu pour cela faire de l'institut un lieu carrefour, comme l'explique Philip Owusu, conservateur du musée de l'Institute of African Studies : « L'Institute of African Studies est rapidement devenu un véritable carrefour d'échanges intellectuels. Grâce à ses publications, ses ateliers d'écriture et ses clubs littéraires, des chercheurs qui ne se seraient jamais rencontrés ont pu échanger leurs idées. L'institut est ainsi devenu un point de rencontre majeur pour les intellectuels du continent et de la diaspora. » Cette circulation des idées continue aujourd'hui d'alimenter les grands débats africains et de former une nouvelle génération de chercheurs. Comme Emmanuel Amoah Darkwah, doctorant en relations internationales : « À l'Institute of African Studies, les chercheurs travaillent sur les réparations, la colonisation ou encore l'esclavage. C'est un véritable centre de production des savoirs sur l'Afrique. » Parmi ces débats, celui des réparations. Emmanuel Amoah Darkwah rêve désormais de porter cette réflexion au sein des grandes institutions internationales : « Le développement de l'Afrique ne doit pas être pensé ailleurs pour les Africains. Les idées et les solutions aux problèmes du continent doivent être imaginées et mises en œuvre par les Africains eux-mêmes. » Plus de soixante ans après The African Genius, Legon continue de penser l'avenir du continent depuis l'Afrique.

    Football, les autres terrains: dans les townships sud-africains, le foot est synonyme de liberté [5/5]

    Play Episode Listen Later Jul 9, 2026 2:22


    Pour jouer au foot, il suffit d'avoir un ballon. Pour le reste, n'importe quelle rue peut se transformer en terrain. On connaît bien, par exemple, le foot des rues dans les favelas brésiliennes. Mais en Afrique du Sud aussi, dans les townships, on joue avec panache. Cela s'appelle le « Kasi Football », le foot des quartiers. De notre envoyé spécial à Soweto,  Le soleil s'apprête à se coucher sur Soweto, et dans les rues du quartier de Naledi, des jeunes jouent au football à chaque coin de rue. « Je veux devenir joueur professionnel. Pour rendre fière ma mère, et toute ma famille », confie l'un d'eux. Nous assistons à un entraînement de Kasi football, aux côtés du coach Elvis Radebe. « Le Kasi football, c'est une histoire de panache. Et ça ne veut pas forcément dire des dribbles ; plutôt un talent inné, que Dieu vous a donné. Ce qu'un entraîneur ne peut pas vous apprendre. Danser sur le ballon, embrasser le ballon… Parfois on se dit : “mais d'où il sort ça ?”. Et c'est justement ça, le Kasi football : se faire plaisir ! » Cette pratique est historique dans les townships sud-africains, transmise de génération en génération. Pour Thabang Mosia, 14 ans, sa figure signature consiste à se tenir debout sur le ballon pour provoquer son adversaire. « Ça me rend heureux parce que c'est quelque chose que j'aime faire. Je le fais surtout quand il y a du monde qui regarde, mais je ne joue pas pour les autres, je joue pour moi. » Sur les réseaux sociaux, des vidéos de joueurs qui dansent avec le ballon deviennent virales. Des internautes qualifient certains dribbles de séances d'hypnose pour endormir l'équipe adverse. Un phénomène qui donne des idées à Joseph Khoza, un enfant du quartier, qui a grandi avec un ballon dans le sac à dos. « On ne peut pas juste garder ça pour nous alors qu'il y a les réseaux sociaux maintenant. Il faut qu'on tire profit de tout ça. » Ce touche-à-tout, footballeur, entrepreneur, professionnel du marketing et plus encore, assiste aujourd'hui à l'entraînement pour créer du contenu. « Ici, tout le monde contribue à ce magnifique sport. C'est une plateforme qui nous permet de faire tout ce qu'on veut. Mon objectif ultime, c'est de développer cet écosystème tout entier. » La nuit tombe, les terrains se vident peu à peu. Au prochain match, quand ils entreront sur le terrain, Thabang et ses coéquipiers auront comme l'impression de monter sur scène, tout à fait libres le temps du match, prêts à défier l'équipe adverse en se tenant debout sur le ballon. À lire aussiAfrique du Sud: l'État gèle une dotation de 200 millions de dollars destinée Johannesburg, épinglée pour sa mauvaise gestion

    Football, les autres terrains: en Côte d'Ivoire, le football freestyle jongle entre sport, art et performance [4/5]

    Play Episode Listen Later Jul 8, 2026 2:38


    C'est une discipline libre mêlant sport et art. Le football freestyle consiste à réaliser des figures acrobatiques et des enchaînements créatifs à l'aide d'un ballon de foot. Le concept : deux freestylers, une scène, un ballon, une musique et trois rounds de 30 secondes pour le battle. La Côte d'Ivoire est le premier pays à avoir remporté le championnat d'Afrique de la discipline. Lumière sur le football freestyle à travers ses icônes ivoiriennes. De notre correspondant à Abidjan, Devant les yeux ébahis des enfants venus les admirer cet après-midi, des freestylers font virevolter un ballon de football sur une aire de jeu au Dokui, quartier situé à la lisière d'Abobo. Abobo, où la discipline connaît ses premiers adeptes à la fin des années 2000. Stéphane Bogui en est l'un des pionniers. Il est aujourd'hui président de la Fédération ivoirienne de football freestyle et des disciplines associées. « Nous avons débuté par une association, le collectif Donga Freestyle. En 2012, nous avons eu la septième vague de freestylers. À partir de là est né le club de Yopougon ainsi que celui de Marcory. » De ce noyau initial, semé par les précurseurs, naît la jeune fédération qui tente, tant bien que mal, de se faire une place. Objectifs : structurer la discipline et la faire rayonner dans le pays du football roi. « C'est à partir de là que nous avons eu cette stabilité et le tout premier championnat de Côte d'Ivoire, nous avons eu notre premier champion. » Auréolé du tout premier titre ivoirien, Abdoul Titi Koné enchaîne et en décroche deux autres, soit trois au total. Le jeune freestyler part ensuite à la conquête de l'Afrique et réussit à entrer dans l'histoire en remportant, cette fois-ci, le tout premier titre africain en 2018. Il récidive ensuite en 2019. « Remporter le championnat d'Afrique deux fois d'affilée, déjà, ce sont de grandes émotions parce que, quand tu es champion pour la première fois, on t'attend. Donc moi aussi, déjà dans ma tête, je suis préparé parce que le talent seul ne suffit pas. » Avec sa rigueur, Abdoul Titi Koné change peu à peu de dimension et bourlingue grâce à son talent. Il rencontre des personnalités du monde sportif telles que Zinédine Zidane. En février 2026, il est fait chevalier du Mérite sportif ivoirien. En reconversion de carrière, Titi Koné collabore désormais à divers projets internationaux liés au foot. « Quand ils voient qui tu connais, ils pensent directement au freestyle. Et forcément, il y a les gestes techniques, il y a des petits ponts et tout ça, ça fait partie du football, c'est vrai. Je n'ai pas réussi dans le foot à onze, mais je suis toujours dans l'écosystème du football. » « Le foot freestyle était fait pour moi » Sur les traces d'Abdoul Titi Koné, dont il affirme s'être inspiré à ses débuts, Kevin Mobio, dit Arshvane, est le nouveau champion du football freestyle. Sacré trois fois d'affilée, il s'est imposé comme le leader de la nouvelle vague des freestylers ivoiriens. Pour cet ancien footballeur, le freestyle est arrivé dans sa vie comme une évidence. « J'avais comme l'impression que le foot freestyle était fait pour moi, en fait. À peine quelques mois d'entraînement et j'ai assimilé rapidement les figures. J'avais vraiment envie de jouer au foot, mais je vois que là, je fais un truc qui me réussit facilement. Donc j'ai décidé de laisser le foot et de me concentrer sur le freestyle. » Résultat : trois sacres d'affilée. Mais en dehors des compétitions, le football freestyle se vit aussi comme un art de la scène. Arshvane : « On nous appelle souvent pour des prestations, pour freestyle est intacte en Côte d'Ivoire, mais elle jongle à petite échelle, à l'ombre du football roi que le monde puisse savoir que l'on a des freestylers. On a une fédération en Côte d'Ivoire. » Beaucoup ont découvert le football freestyle aux Jeux de la Francophonie d'Abidjan. Ignace Cassio, né avec un handicap moteur, y avait fait sensation. Il a ensuite participé aux Jeux de Kinshasa et s'apprête à disputer ceux d'Erevan : « C'est un grand plaisir de participer pour donner toujours le meilleur de soi en harmonie. J'ai obtenu une médaille de bronze, une médaille d'argent et, cette fois-ci, la médaille d'or. » La passion autour du football freestyle est intacte en Côte d'Ivoire, mais elle jongle à petite échelle, à l'ombre du football roi. À lire aussiFootball, les autres terrains: au Sénégal, le e-sport [1/5] À lire aussiFootball, les autres terrains: en RDC, le baby-foot, terrains en miniature [2/5] À lire aussiFootball, les autres terrains: au Maroc, le pari fou des fans de «Footgolf» [3/5]

    Football, les autres terrains: au Maroc, le pari fou des fans de «Footgolf» [3/5]

    Play Episode Listen Later Jul 7, 2026 2:22


    C'est un sport tout jeune mais en pleine essor sur le continent africain : le footgolf. C'est le même principe que le golf, mais une jambe et un ballon en lieu et place du club et de la balle. Une discipline qui mêle puissance et précision et où les Marocains excellent. Ils se sont qualifiés pour la Coupe du monde au Mexique. Pourtant l'équipe nationale a une existence légale depuis moins d'un an seulement. De notre correspondant à Mohammedia, Une dernière coupe de cheveux pour un client avant de s'envoler pour la Coupe du monde au Mexique. « Je m'appelle Badre Harmach, je suis vice-président de l'association marocaine de football... (rires) de footgolf ! C'est le lapsus, c'est vrai qu'on est très lié, mais pas du tout par les mêmes règles, au football. » Empruntant un peu du football et beaucoup du golf, c'est un sport très technique. « Un footgolfeur n'est pas forcément un très bon footeux, ça peut être un golfeur parce qu'à ce jour on joue sur un parcours de golfeur, vous avez des dénivelés, des bosses, des trous, des bunkers dans le sable. Comme on n'a pas le droit à l'élan, il y a des endroits où on est dans les roughs… C'est un peu plus compliqué, on joue avec le vent, on joue souvent avec des aléas comme les arbres, j'en ai tapé souvent dans ma carrière. Il y a beaucoup de choses qui rentrent en compte que l'on n'a pas au football. On n'a pas forcément besoin de doser au football comme on dose au footgolf. » L'homme, qui reçoit dans son salon de coiffure, a davantage le physique d'un deuxième ligne au rugby, mais c'est bien un des membres de l'équipe nationale du Maroc de footgolf, qualifié pour le Mondial dans un scénario ubuesque. Invité à un match de barrage au Zimbabwe par l'Afrique du Sud, pourtant déjà qualifié. « On a accepté l'invitation, on est parti avec sept joueurs. Ça s'est joué dans les derniers trous, on s'est qualifié aux dépens de l'Afrique du Sud, déjà qualifiée. Fair play ! On est contents d'y être et on va essayer de représenter le continent africain à Acapulco, au Mexique. »  Trois jours avant son départ, Badre Harmach reste détendu, déjà très content de participer à ce rendez-vous mondial. Dans ses valises, le maillot de l'équipe nationale, un tee, des crampons et son ballon dont il ne se sépare pas jamais : « La première chose c'est le ballon, c'est une taille 5. C'est mon compagnon de parcours parce qu'en fait chacun joue avec un ballon personnel. Ça c'est un speedcell, c'est un ballon rare et qui coûte cher. L'équipement est important aussi. » L'objectif de l'association désormais est d'enchaîner les bons résultats sportifs tout autant que de convaincre les 44 clubs de golfs marocains d'ouvrir leur parcours aux footgolfeurs. À lire aussiFootball, les autres terrains: au Sénégal, le e-sport [1/5] À lire aussiFootball, les autres terrains: en RDC, le baby-foot, terrains en miniature [2/5]

    Football, les autres terrains: en RDC, le baby-foot, terrains en miniature [2/5]

    Play Episode Listen Later Jul 6, 2026 2:18


    En République démocratique du Congo, le football ne se joue pas seulement avec les pieds. Dans les rues et sur les terrasses de Kinshasa, c'est le football de table, autrement dit le baby-foot, qui trône et rassemble aussi les passionnés. Un loisir pour certains, une véritable discipline pour d'autres, avec ses compétitions et ses joueurs professionnels.  De notre correspondante à Kinshasa, « Il faut avoir la maîtrise du ballon, il faut avoir la maîtrise du joueur ! » Moment de détente pour ce groupe d'amis. Ils ont pris l'habitude de se retrouver dans ce bar du quartier Kintambo pour quelques parties de baby-foot après le travail. « Baby-foot, en français, c'est la toute première fois que j'ai entendu ça. Ici, on l'appelle tout simplement kicker, c'est tout. » Les deux tables du bar sont prises d'assaut chaque soir. Autour du jeu, les plaisanteries fusent, les joueurs s'affrontent avec sérieux. Dieumerci se souvient encore de sa première partie de football de table : « Tu vas au quartier, il y a souvent le kicker. Mon grand-frère avait une table de baby-foot, il mettait ça dehors, les gens venaient jouer. Je voyais les grands jouer, s'intéresser au baby-foot. Moi, je me disais que je dois apprendre. » Du bar aux compétitions africaines À Kinshasa, la popularité du baby-foot dépasse largement le cadre du loisir. Certains joueurs sont devenus professionnels. Le pays en compte une dizaine. Comme Aaron Kalondji, qui est membre de la Fédération congolaise de kicker depuis cinq ans : « Moi, je suis devenu professionnel, c'est parce que j'ai été amoureux du jeu. Et puis une fois, tellement qu'on venait jouer là, un jour, le professeur de l'espace m'a appelé : “il y a des gens qui viennent chercher des joueurs d'équipes, des bafistes. Ils viennent de la Fédération". On a fait un test et puis on a été retenus. C'est à partir de là qu'on a commencé à jouer, à s'entraîner. Nous aussi, on est des champions. Je suis comme Dieumerci Mbokani, Cédric Bakambu. » Aaron est considéré comme le meilleur joueur congolais de la discipline. Mais faute de moyens, il a suspendu ses participations aux compétitions africaines. Dans les bars, ce sont les paris qui permettent à ses joueurs de vivre de leur passion. À chaque match, des sommes d'argent sont mises en jeu : « Je suis comme un caméléon, comme quelqu'un qui ne connaît pas le jeu, mais je fais le trick, paf ! 2 000, 5 000… C'est comme ça que je vis. Gagner, ça paye mes loyers, ma maison, tout ça… » Aaron s'entraîne énormément. Il joue au football de table au moins deux heures par jour. Pour conserver son niveau de champion congolais. À lire aussiFootball, les autres terrains: au Sénégal, le e-sport [1/5]

    Football, les autres terrains: au Sénégal, le e-sport [1/5]

    Play Episode Listen Later Jul 5, 2026 2:17


    Sur l'écran de leur téléphone, ils s'entraînent des heures chaque jour. eFootball, le jeu de football mobile édité par le studio japonais Konami, est devenu un phénomène en Afrique de l'Ouest, et particulièrement au Sénégal, pays où le ballon rond est une passion nationale. Plus accessible que les jeux sur console, il dépasse aujourd'hui leur succès. Ici, des équipes très organisées visent la professionnalisation et les titres de champion. À Dakar, plusieurs joueurs préparent les qualifications pour la Coupe du monde eFootball.  De notre correspondante à Dakar,  Téléphone à la main, les joueurs sont concentrés. Dans quelques heures, ils disputent les qualifications pour la Coupe du monde eFootball, le jeu de foot mobile le plus joué au monde, prévue en novembre à Riyad. Le sélectionneur de l'équipe nationale, Ibrahima Diop, alias Ibzo, donne ses dernières consignes. Il s'est entouré des meilleurs joueurs du pays : en mars dernier, son équipe s'est hissée pour la première fois à la première place du classement africain. Gratuit, le jeu dépasse aujourd'hui en popularité les productions sur console. « Ça permet de se faire plaisir déjà, confie Mohamed, alias Medzo, 17 ans, qui est venu de Saint-Louis pour disputer ces qualifications. Il y a de la compétition. On se dit : toi, tu vas pas me battre, par exemple. C'est facile à jouer. En plus, il n'y a pas besoin d'avoir des téléphones trop chers. Comme les consoles sont trop chères, il faut juste un petit téléphone RAM 3 Go, et tu peux jouer. Les joueurs sénégalais, ils sont bons, ils sont nombreux et surtout ils sont concentrés dans le jeu. » Le jeune homme rêve d'une carrière professionnelle, tout comme Pape Mouhamed Saloum Sow, étudiant en droit : « J'aimerais franchir un cap et jouer au plus haut niveau. Je pense que le eFootball est devenu plus qu'un jeu. On est là, on ne se connaissait pas, on est maintenant comme une famille. » À écouter dans Mondial sportsEsport au féminin? « Le problème des serveurs » Mais ces joueurs sénégalais doivent composer avec plusieurs handicaps. D'abord sur TikTok : la plateforme, sur laquelle ils publient analyses et conseils, ne permet pas encore de monétiser les contenus en Afrique, contrairement à l'Europe ou aux États-Unis. Et surtout, il y a des problèmes de connexion qui les désavantagent face à certains adversaires. « Nous, au Sénégal, on a le problème des serveurs, explique Ibzo. En Afrique, il n'y a qu'un seul serveur et il se trouve en Afrique du Sud. Et on souffre beaucoup parce qu'il y a trop de latence. Tu fais une passe, ça dure deux minutes pour que la passe s'effectue. » Pour structurer la filière, Ibzo a créé son propre club. Il peut aussi s'appuyer sur une fédération nationale des sports électroniques, la Fesseda, créée il y a deux ans. « Nous avons signé une convention pour mettre en place ce qu'on appelle les navétanes électroniques, les e-navétanes, détaille son président, El Hadji Mansour Jacques Sagna, qui permettra à un très grand nombre de jeunes de participer à des compétitions organisées sur le territoire national. » La fédération annonce par ailleurs le lancement prochain d'un centre d'analyse et de performance e-sport, qui sera installé au stade Léopold-Sédar-Senghor, pour accompagner la professionnalisation de la discipline. À lire aussieFootball: quand une CAN virtuelle révèle des problématiques réelles

    Dans le sud-est du Kenya, la Team Lioness défie les normes de genre [2/2]

    Play Episode Listen Later Jul 4, 2026 2:23


    Dans le sud-est du Kenya, les animaux sauvages circulent librement d'un parc à un autre, créant parfois des conflits avec les communautés. Dans cet écosystème, les rangers ont un rôle clé pour protéger aussi bien la vie sauvage que les populations. Près du parc d'Amboseli, proche de la frontière avec la Tanzanie, des femmes ont endossé ce rôle. Soutenue financièrement par l'Ifaw, le Fonds international pour la protection des animaux, l'équipe est née en 2019. Les rangers femmes, issues des communautés massaï, défient depuis les normes de genre.  De notre envoyée spéciale de retour d'Amboseli, Le jour se lève à peine dans les alentours d'Amboseli, au Kenya, l'équipe de rangers femmes enchaîne déjà les échauffements. La Team Lioness, comme elle se surnomme, s'apprête à partir. Purity Lakara donne les dernières instructions : « Nous allons partir faire nos patrouilles quotidiennes. Une fois sur le terrain, continuons à collaborer comme d'habitude. Le respect est essentiel. D'accord ? » Les rangers patrouillent sur plusieurs kilomètres pour assurer la protection de la faune sauvage. Et recenser les mouvements des animaux. Elles se déplacent aussi dans les communautés pour sensibiliser à la conservation ou régler des conflits. Un travail qui n'est pas sans danger rappelle Purity. « Nous ne sommes pas armées. Or il nous arrive de croiser des animaux dangereux. Par exemple, lorsque les éléphants sont en période de rut, ils sont souvent très agressifs, explique la ranger. Mais nous avons suivi une formation de ranger, et certaines ont également reçu une formation paramilitaire. Nous avons donc appris à nous protéger et à nous défendre. » À lire aussiKenya: un hôtel de luxe dans la réserve Masai Mara continue d'alimenter les polémiques « Briser les stéréotypes n'a pas été facile » À 28 ans, Purity Lakara fait partie des premières femmes de sa communauté à être devenue ranger. « Au début, c'était difficile, parce que c'est une communauté où les hommes occupent traditionnellement la place dominante. Briser les stéréotypes n'a pas été facile, confie-t-elle. Pour eux, accepter qu'une femme quitte la maison, laisse les tâches ménagères et les enfants pour partir trois semaines sans rentrer, alors qu'elle est mariée et a des enfants... c'était inconcevable. Mais nous avons été déployées et avons commencé à travailler. Nos rapports étaient excellents et la communauté a progressivement commencé à nous accepter. » Aujourd'hui, elles sont 17 rangers femmes sur les quelques 90 de cette région. Et Purity s'en félicite : de plus en plus de jeunes filles veulent rejoindre la Team Lioness. Pour ces communautés pastorales massaï, c'est aussi une opportunité d'emploi. « Cela permet à une personne de contribuer aux revenus du foyer. Comme moi, par exemple, ma famille sait qu'elle va recevoir quelque chose à la fin du mois, explique Evelyn Moinan, ranger depuis 2021. Ils sont très fiers de moi. Même les jeunes filles de nos communautés disent désormais : "Nous aimerions être comme Dorcas, comme Evelyne." Elles voient que les choses changent. » À à peine 4 ans, sa fille rêve déjà d'être une future ranger, comme sa maman. À lire aussiKenya: dans le Tsavo, les rangers au cœur de l'équilibre entre vie sauvage et communautés [1/2]

    Kenya: dans le Tsavo, les rangers au cœur de l'équilibre entre vie sauvage et communautés [1/2]

    Play Episode Listen Later Jul 3, 2026 2:19


    Au Kenya, les régions de Tsavo et de Taita-Taveta hébergent éléphants, lions ou encore hyènes. Une grande partie du territoire leur est réservée, et cette faune sauvage y circule pour aller de parc en parc. Rangers et gardes communautaires jouent un rôle central dans cette bonne cohabitation entre la faune et les communautés locales. Ils font de la prévention et de la médiation, et travaillent aux côtés du Kenya Wildlife Service, l'autorité en charge de la protection de la faune sauvage.  De notre envoyée spéciale de retour de Taita-Taveta, La région de Taita-Taveta, dans le sud-est du Kenya, compte 250 rangers répartis sur plusieurs aires de conservation. Ces gardes communautaires patrouillent régulièrement dans les réserves pour notamment lutter contre le braconnage. « C'est un métier difficile, il faut avoir le cœur et la volonté de le faire, témoigne Benson Klalaghe, ranger depuis plusieurs années dans la région. Sans cela, on pourrait abandonner dès le premier jour, rendre son uniforme et rentrer chez soi. » « Un jour, j'ai failli mourir, poursuit-il. Nous sommes tombés sur un groupe de braconniers armés qui avaient tué un animal et transportaient de la viande de brousse. Lorsque nous avons tenté de la confisquer, ils ont résisté. Ça s'est transformé en affrontement. Ils étaient armés de gourdins, mais nous avons finalement réussi. Nous en avons arrêté trois. » La chasse à l'ivoire a fortement diminué, mais la viande de brousse reste encore prisée pour le commerce. À lire aussiAu Kenya, des girafes «émissaires de la paix» rapprochent deux communautés rivales « Les rangers jouent un rôle de sensibilisation » Lors de leurs patrouilles, les rangers notent aussi les animaux observés. Leurs déplacements sont suivis. Il faut anticiper de potentiels conflits avec les populations locales. « Ici, il n'y a pas de clôture entre les aires de conservation et les communautés, explique Omaria Kenneth Anyang, le coordinateur sécurité du poste de Kasigau. Lorsque les pluies arrivent et que les habitants ont semé leurs cultures, les éléphants quittent les zones protégées pour se rendre dans les zones habitées, causant des destructions de cultures et des dégâts matériels, et mettant en danger les populations. L'année dernière, il me semble que nous avons eu trois personnes tuées par des éléphants. Il y a aussi des lions et des hyènes qui attaquent le bétail. » Ces incidents mènent parfois à des mesures de représailles. Omaria Kenneth Anyang explique avoir vu des éléphants blessés par des lances ou des carcasses empoisonnées pour tuer des lions. Les rangers, issus des communautés, ont donc aussi un rôle de médiation. « Il faut des personnes capables d'aller à la rencontre des communautés et de dialoguer avec elles afin d'éviter les représailles contre la faune, souligne le coordinateur sécurité. Les rangers jouent un rôle de sensibilisation : ils participent à des réunions dans les villages pour échanger avec les habitants et faire en sorte que tout le monde avance dans la même direction sur les questions de conservation. » L'association qui regroupe les réserves, la Taita Taveta Wildlife Conservancies Association, se félicite d'avoir vu passer le nombre d'éléphants de moins de 12 000 en 2005 à près de 16 000 aujourd'hui, dans l'écosystème du Grand Tsavo. À écouter dans Grand reportageKenya : les mammifères marins en danger

    De la place du village à la scène: des danseurs traditionnels stars à Mbaïki, en Centrafrique

    Play Episode Listen Later Jul 2, 2026 2:32


    Dans la préfecture de la Lobaye, à Mbaïki, la danse traditionnelle continue de faire vibrer les communautés. Jadis pratiquées essentiellement par des adultes lors des cérémonies coutumières, des fêtes familiales ou des rassemblements communautaires, ces expressions culturelles connaissent aujourd'hui un nouvel essor. Entre festivals, spectacles publics et diffusion sur les réseaux sociaux, les artistes traditionnels gagnent en visibilité et certains deviennent de véritables références locales. Des danseurs qui réussissent à préserver cet héritage culturel tout en attirant les jeunes générations. De notre envoyé spécial de retour de Mbaïki, Au signal du chef de groupe, la chorégraphie débute. Les danseurs du groupe Molika Ti Beafrika forment un demi-cercle. Leurs pieds frappent le sol en cadence, soulevant par moments de légers nuages de poussière. Progressivement, le rythme s'accélère. Deux danseurs s'avancent au centre du cercle pour exécuter une séquence plus complexe. « C'est une danse traditionnelle et nous chantons en patois », explique Juvenal Bissé, l'un des danseurs. Pour lui, la danse offre des opportunités de rencontres, d'échanges et de promotion culturelle. À Mbaïki, les groupes de danse se professionnalisent, attirent de nouveaux adeptes et deviennent de véritables ambassadeurs de la culture locale. Fabrice Tabaré, un spectateur, salue cet engagement. « En tant que peuple, nous reconnaissons leurs efforts. Ce sont nos vedettes et elles bénéficient de toute notre reconnaissance. Je les considère comme les gardiens de notre culture, souligne-t-il. À travers leurs chants et leurs danses, ils nous transmettent l'histoire, les valeurs et la mémoire collective de toute une communauté. Vive la danse traditionnelle ! » Au-delà de son aspect culturel, la danse traditionnelle génère également des revenus grâce aux prestations lors de cérémonies, de festivals ou d'événements publics. « Au début, les revenus étaient irréguliers et la vie était difficile, témoigne Teddy Pamo, chef du groupe Molika Ti Beafrika. Aujourd'hui, grâce à notre persévérance, je peux vivre de mon métier, soutenir ma famille et transmettre notre patrimoine culturel en sensibilisant la population. » À lire aussiTî-Ï Festival 2026: Bangui célèbre la renaissance culturelle d'un peuple « Chacun doit prendre ses responsabilités pour défendre nos traditions » Mais cette quête de visibilité ne doit pas faire oublier l'essentiel : le respect des traditions. Pendant les répétitions, les anciens veillent à la transmission fidèle des chants, des rythmes et des significations culturelles associés à chaque danse. « Il est important de protéger la biodiversité. Dans nos chansons, nous sensibilisons les populations à la préservation de la nature et les encourageons à ne pas pratiquer la pêche avec des produits chimiques, poursuit le leader du groupe. Aujourd'hui, les gens nous respectent en raison de notre noble engagement. Notre culture est de plus en plus influencée par la mondialisation. Chacun doit prendre ses responsabilités pour défendre et préserver nos traditions. » À travers leurs prestations, ces groupes de danse traditionnelle nourrissent désormais l'ambition de se produire sur la scène internationale afin de valoriser la culture centrafricaine au-delà des frontières. À lire aussiRCA/RDC: Bangui et Zongo, la culture en partage pour ces villes jumelles [2/3]

    En Côte d'Ivoire, préserver le tissage artisanal des pagnes baoulé malgré les difficultés

    Play Episode Listen Later Jul 1, 2026 2:31


    Le pagne baoulé est l'un des symboles du patrimoine culturel ivoirien. Mais derrière ces étoffes colorées se cache un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération. À Bomizambo, localité située à une trentaine de kilomètres de Yamoussoukro, les métiers à tisser résonnent encore grâce à des artisans qui refusent de laisser disparaître cet héritage, malgré les difficultés qu'ils rencontrent.  De notre envoyé spécial à Bomizambo, Victorien Kouamé actionne les pédales pour faire se croiser les fils, puis il fait glisser la navette d'un côté à l'autre avant de resserrer la trame avec le peigne : bande après bande, le pagne baoulé prend forme. À plus de cinquante ans, Victorien pratique cet art depuis l'école primaire. Un savoir-faire transmis par son père : « Au CM2 après l'école, c'est lui qui m'a appris le tissage, raconte-t-il. Et des parents m'ont aussi aidé à apprendre les motifs. Je sais comment tisser le pagne baoulé. Je connais toutes les qualités de pagnes baoulé ». Chaque pagne est entièrement tissé à la main. Un travail minutieux qui constitue aussi la principale source de revenus de nombreux artisans, même si le tissage ne suffit pas toujours à faire vivre une famille, reconnaît cet artisan : « Notre activité principale, c'est le tissage. Après le tissage, on peut ensuite aller au champ. Je peux prendre cinq jours pour tisser parce que c'est ça qui me procure l'argent. Puis, on se débrouille pour aller au champ, y chercher à manger ». Mais les tisserands de Bomizambo font face à de nombreux défis : le coût élevé des matières premières, et surtout la concurrence, qu'ils jugent déloyale, des tissus industriels. « Les gens produisent ces pagnes en masse, sous forme de tissus avec les photos de nos motifs. Lorsque de loin tu aperçois ces tissus portés, tu peux te dire que c'est un pagne baoulé que la personne a. Or, de près tu vois que c'est un tissu simple. Celaa nous fatigue beaucoup », déplore Richard Kouassi, à la tête d'une coopérative qui compte plus de 300 membres. Autre défi : la transmission de ce savoir-faire ancestral. Sur le site, quelques jeunes tentent malgré tout de s'y intéresser. Parmi eux, Martial, qui après un échec au baccalauréat, s'est tourné vers la confection du pagne baoulé. Une aubaine pour lui : « Moi, je m'en sors. Parce que quand tu t'organises bien, dans ce métier, tu peux t'en sortir. Dans le mois, je peux gagner la somme de 150 000 francs CFA », soit environ 228 euros. Le pagne baoulé bénéficie depuis 2023 d'un label Indication géographique protégée, délivré par l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Une reconnaissance qui vise à valoriser le savoir-faire des tisserands ivoiriens et à lutter contre la contrefaçon.

    Tanzanie: des écoles enseignent des chansons et danses locales pour protéger les petites communautés

    Play Episode Listen Later Jun 30, 2026 2:10


    En Tanzanie, le swahili n'est pas seulement une langue, mais aussi une culture. À 70 km au nord de la capitale économique Dar es Salaam, l'école historique TaSuBa à Bagamoyo forme les prochaines générations d'artistes tanzaniens venus de tout le pays. Les élèves et les professeurs de cette école unique en Afrique de l'Est poursuivent la transmission de chansons et danses des communautés locales, tout en les traduisant en kiswahili. De notre envoyée spéciale à Bagamoyo, « Cette chanson s'appelle Lekatulinge ; c'est une danse pour s'amuser, en swahili. Lekatulingue, cela veut dire "amusons-nous" », explique Epimack Luanda. Il est professeur de danse à TaSuBa, l'Institut des Arts et de la culture de Bagamoyo. Le regard concentré, il observe la cinquantaine d'élèves qui s'entraînent à l'ombre de manguiers gigantesques. Pour Epimack, ancien professeur de kiswahili à l'école primaire, la langue commune des Tanzaniens est essentielle dans la propagation des traditions artistiques du pays. « Nous avons plus de 125 tribus différentes mais nous sommes tous connectés grâce au kiswahili », souligne-t-il. « On ne connaît rien de notre culture, de notre langue » Parmi les élèves présents ce jour-là, il y a Fatuma : « Je suis tellement tellement fière d'étudier ici. » La jeune femme de 21 ans vient d'Arusha, au nord de la Tanzanie. Ces danses et chants traditionnels sont sa raison de vivre depuis toute petite. Selon elle, c'est aussi grâce à la langue kiswahili que ces traditions peuvent se transmettre. « La plupart des chansons sont en langue tribale, donc on ajoute un peu de kiswahili pour que tout le monde puisse comprendre », détaille-t-elle. Dans la même classe ce jour-là, Revellian, 29 ans, explique à quel point TaSuBa est un lieu d'apprentissage important. « La plupart d'entre nous est née en ville, on ne connaît rien de notre culture, de notre langue. Ici on apprend tout ça : les traditions, les chants, les rythmes et tout ça. » À lire aussiAu Xème siècle, l'extraordinaire essor de la culture swahilie Le théâtre swahili est historiquement accessible à tous Des arts sous toutes leurs formes que l'on appelle ici le théâtre swahili. Historiquement, il se veut accessible à tous, d'où l'usage de la langue commune des Tanzaniens. Mais si la forme est la même, le fond a changé ces derniers temps. Habituellement utilisés pour parler des problèmes sociétaux, les artistes font désormais profil bas lorsqu'il s'agit de parler politique. Une conséquence des tueries d'octobre 2025 lors de l'élection présidentielle, comme l'explique Shabani Mbatta, professeur et membre de la troupe Bagamoyo Players qui se produit partout dans le monde. « Si tu essaies de parler de choses négatives comme la corruption, alors tu es en danger. On faisait ça avant, mais plus maintenant. » À lire aussiLe swahili, une langue africaine au rayonnement mondial

    Au Sénégal à Vélingara, les difficultés vécues par les migrants de retour [2/2]

    Play Episode Listen Later Jun 29, 2026 2:22


    Chaque année, des milliers de Sénégalais rentrent au pays après une tentative de migration irrégulière. Retourner chez soi ne signifie pas toujours tourner la page. À Vélingara, dans le Sud du Sénégal, certains migrants de retour ont réussi à relancer une activité grâce à l'appui de partenaires comme l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). D'autres, en revanche, continuent de faire face à la précarité et aux jugements de la société. De notre envoyé spécial à Vélingara, Habib Diao Dans son atelier au marché de Vélingara, les clients se succèdent. Derrière sa machine à coudre, Abdourahmane Sow s'est construit un nouveau quotidien. Une activité qui contraste avec son parcours. Pendant trois ans, le vingtenaire a vécu en Libye avant d'être rapatrié au Sénégal. Grâce à un financement de l'OIM, il a pu ouvrir son atelier de couture. « J'ai eu la chance d'obtenir un financement pour mon retour. Ce qui m'a permis de reprendre mon activité. Aujourd'hui, je travaille pour mon propre compte et je m'en sors bien. Je ne pense plus à repartir à défaut d'avoir un visa, bien sûr. »  Mais tous les migrants de retour ne dressent pas le même bilan. Pathé Baldé en sait quelque chose : parti en 2016 pour la Libye, il y passera trois ans, dont un an et demi en prison. À son retour, il bénéficie lui aussi d'un financement de l'OIM pour relancer une activité. Une aide saluée, même s'il estime qu'il attendait davantage de l'État sénégalais. « J'ai été rapatrié et je suis arrivé chez moi les mains vides. J'ai reçu un financement de 650 000 francs CFA, une somme que j'ai utilisée pour relancer mes activités dans l'élevage et dans l'agriculture. Comme vous le voyez ici, c'est très compliqué de s'en sortir. J'essaye de survivre avec ma famille avec le peu que me rapporte cette activité, il faut quand même l'avouer, il y a un défaut d'accompagnement de l'État. » À lire aussiSénégal: la difficile réinsertion des migrants de retour d'exil Le retour est difficile : « Toute la famille t'abandonne »  Pour d'autres, le retour a été encore plus difficile. Rentré en 2009 sans accompagnement, Filly Baldé peine encore à se relever. À ces difficultés s'ajoutent les regards et préjugés qu'il subit depuis son retour. « Je suis retourné au pays depuis lors, on est là. On se débrouille seul parce que même dans la famille, les gens vraiment te détestent d'abord. Parce que si tu retournes au pays avec zéro franc, rien, là tu es considéré comme un vaurien. Tu es considéré comme quelqu'un qui n'a pas d'ambition. Surtout si tu étais accompagné d'un ami et que lui, il est arrivé en Espagne et toi tu es retourné. Toute la famille t'abandonne. »  Selon le bilan du bureau d'accueil, d'orientation et de suivi des Sénégalais de l'extérieur et des migrants, 3 080 Sénégalais en détresse ont été rapatriés au cours de l'année 2025, dont 1 197 ont bénéficié d'un accompagnement à caractère social. À lire aussiSénégal: l'armée intercepte 201 migrants en partance pour l'Espagne dans le delta du Sine Saloum

    Au Sénégal, l'inquiétude des familles de migrants disparus [1/2]

    Play Episode Listen Later Jun 28, 2026 2:16


    Partis pour regagner l'Europe dans l'espoir d'une vie meilleure, certains migrants disparaissent sans laisser de traces. Derrière eux, des familles vivent pendant des années dans l'attente et l'incertitude. Dans la commune de Vélingara, au sud du Sénégal, ces absences prolongées sont devenues une réalité qui plonge plusieurs foyers dans une résignation totale. Des familles continuent à chercher des nouvelles de leurs proches disparus sur les routes de la migration.  De notre envoyé spécial à Vélingara, Habib Diao À Vélingara, Assane Baldé est sans nouvelles de son frère Ndiaga depuis octobre 2016. Parti pour rejoindre l'Europe, il n'a plus jamais donné signe de vie.  « Le dernier message que j'ai reçu de lui, c'était vers le 24 octobre 2016, pour lui demander ce qui se passait, parce que nous étions tous inquiets. On voulait savoir dans quelles conditions il était. Il ne répondait pas. C'est vers le début du mois de novembre 2016 qu'on nous a fait savoir qu'il était porté disparu. Les gens dont on espérait pouvoir avoir des nouvelles de lui ne l'avaient pas vu », raconte-t-il.  Comme lui, d'autres continuent de chercher des réponses. Dans le village voisin de Kayel Bessel, Gnada Baldé attend le retour de son fils disparu depuis 2006. Une attente qui l'a même conduite à être victime d'une escroquerie après qu'un inconnu lui a promis des informations sur son enfant.  « L'année dernière, quelqu'un m'a appelé pour me dire qu'il savait où se trouvait mon fils disparu. Il m'a demandé le montant de 65 000 francs CFA pour le libérer de la prison dans laquelle il était détenu en Libye. Il disait qu'il était atteint de troubles mentaux. J'ai tout fait pour rassembler la somme et la lui envoyer. Mais depuis, cette personne ne m'a plus jamais donné de nouvelles. C'est comme ça que je me suis fait arnaquer », raconte-t-il. Les épouses des migrants disparus vivent elles aussi avec ce vide. Mariama Sabaly n'a plus reçu de nouvelles de son mari depuis 20 ans. Sans certitude sur son sort, elle poursuit sa vie avec résignation.  Elle expose sa situation et son désarroi : « Cela fait maintenant 20 ans qu'il est parti. La dernière fois que j'ai eu de ses nouvelles, il était encore à Dakar. C'était juste avant qu'il ne parte vers l'Europe. Depuis, personne n'a eu de ses nouvelles. J'ai quitté la maison conjugale pour retourner vivre chez mes parents avec nos deux enfants. On en avait quatre, deux sont décédés. Et, aujourd'hui, les deux qui restent sont au courant de la disparition de leur père. C'est très compliqué, là, je suis totalement perdue. Et rien ne me dit qu'il est toujours en vie ». Depuis 2014, la Croix-Rouge sénégalaise et le Comité international de la Croix-Rouge mettent en place un programme d'accompagnement de ces familles affectées par la disparition de proches sur les routes de la migration. Cela inclut, entre autres, un appui psychosocial, économique et un accompagnement juridique. 

    Claim Reportage Afrique

    In order to claim this podcast we'll send an email to with a verification link. Simply click the link and you will be able to edit tags, request a refresh, and other features to take control of your podcast page!

    Claim Cancel