Reportage Afrique

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Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent chaque jour en deux minutes une photographie sonore d'un événement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jo…

Rfi - Yves-Laurent Goma


    • Sep 29, 2026 LATEST EPISODE
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    Nigeria: à Bille, des lenteurs administratives causent des tensions [3/3]

    Play Episode Listen Later Sep 29, 2026 2:33


    Dernier épisode de cette série de Reportage Afrique, à Bille dans le delta du Niger. Depuis fin octobre 2025, une pollution au gaz touche ce grand village de pêcheurs accessible uniquement par bateau. Si beaucoup ont quitté cette communauté pour se reloger ailleurs, la majorité des 41 000 habitants estimés vivent toujours sur place à Bille, où colère et frustration montent à cause de la lenteur des réponses institutionnelles. Fin septembre 2026, Bille n'est toujours pas déclaré en état d'urgence, ni en localité victime d'une catastrophe. Malgré les promesses et les multiples visites d'officiels d'agences fédérales et de l'industrie pétrolière et gazière, aucune évacuation n'a été organisée, presque un an après cette crise écologique. À chaque instant, la survie de chaque habitant de cette localité est en jeu à cause de la toxicité de l'air et de l'eau. De notre envoyé spécial de retour de Port Harcourt, Pas loin du palais du monarque de Bille, quelques personnes célèbrent l'allumage d'un groupe électrogène. Via un raccordement de bric et de broc, cet appareil est relié à une canalisation abandonnée d'où s'échappe du gaz. Pourtant proche du Conseil des chefs de Bille, Boma Paul se garde d'intervenir. « Même sur le groupe WhatsApp de la communauté, dès la première publication, les gens ont commencé à réagir car ils y voyaient une source de lumière. Certains donnaient des conseils, y compris les chefs, mais d'autres répliquaient en disant : ''Personne ne doit s'en mêler.'' Le gouvernement ne nous aide pas en matière d'électricité. Les entreprises pétrolières ne nous aident pas non plus. Maintenant que les gens ont de la lumière, vous voulez venir les en empêcher ? Vous allez voir, vous, ce qui va se passer si quelqu'un ose venir les empêcher d'utiliser ce gaz pour leur générateur », lâche-t-il. Boma Paul sort de sa poche son smartphone pour montrer une vidéo datant de mai 2026. On y voit des hommes luttant avec des seaux d'eau contre des flammes s'échappant de canalisations. Depuis ce sinistre, les esprits sont à fleur de peau, en particulier ceux de la jeunesse de Bille. « La plupart des jeunes sont en colère. En fait, il a fallu que les chefs interviennent pour les calmer suffisamment pour que les gens puissent continuer à venir. Même vous, vous avez pu venir à Bille en ce moment. Car cela ne ferait qu'aggraver la situation et poserait des problèmes si on empêchait les gens de venir », souligne Boma Paul. Cette colère consume également Erewarifagha Sokeipiri. Plusieurs mangroves, où cette quinquagénaire avait ses habitudes, sont polluées à cause du gaz. Erewarifagha ne pêche plus et n'a donc plus de revenu. Elle est désenchantée face à la lenteur des institutions nigérianes et au silence des entreprises pétrolières exploitant l'or noir autour de Bille. « Quoi qu'il arrive dans ta vie, tu continues d'avancer, tant que Dieu est là. Les autorités d'ici peuvent être cruelles. On est au Nigeria. Elles ne se soucient pas de savoir où se trouvent ceux qui sont dans le besoin. Elles n'aident que ceux qui ont des relations. Je ne peux donc pas quitter ma maison. Que la situation soit bonne ou mauvaise, je m'en sortirai », confie-t-elle. Tous les jours, Erewarifagha et ses voisins passent devant le camion de pompier offert par la Compagnie nationale du pétrole. Ce véhicule rouge est garé en permanence, car trop massif pour les ruelles et les cours étroites. À lire aussiBille, village du delta du Niger que le gaz menace

    Nigeria: à Bille, la pollution au gaz est une bombe à retardement pour la santé des habitants [2/3]

    Play Episode Listen Later Sep 28, 2026 2:07


    Depuis octobre 2025, les habitants d'un gros village de pêcheurs, Bille, proche de Port Harcourt au sud du Nigeria, respirent du gaz s'échappant à travers des canalisations vétustes enfouies sous terre depuis des décennies. Aucune déclaration d'état d'urgence ou de catastrophe n'a été déclarée à ce jour malgré plusieurs décès dans Bille suite à cette pollution majeure combinant des émanations de méthane, dioxyde de carbone et hydrogène, selon plusieurs expertises scientifiques. De notre envoyé spécial de retour de Port Harcourt, Bille Town est l'île principale d'un archipel hébergeant des installations pétrolières ayant longtemps appartenu à Shell et revendues depuis une dizaine d'années à des repreneurs nigérians. Si beaucoup de familles ont fui Bille, plusieurs milliers de personnes vivent toujours sur place alors que leur espérance de vie se réduit jour après jour avec les risques d'explosion, et surtout l'air et l'eau pollués. Des nuits agitées à cause des cauchemars, d'autres sans sommeil, Remember Martins est perturbée depuis que Bille est envahie par le gaz. « Parfois, le matin, j'ai les lèvres ou le visage enflés, témoigne-t-elle. La plupart du temps, après la douche, on commence à ressentir des démangeaisons sur le corps. Aujourd'hui, je me suis plainte de ça. Ma fille m'a répondu : "D'accord, ça veut dire que ça ne vient pas de moi". Elle en souffre aussi. Mais elle n'en parlait pas jusque là. » Habitante d'une modeste maison en bois, donc inflammable en cas d'explosion, Remember s'inquiète pour sa fille adolescente et pour ses deux jumeaux, trop petits pour comprendre le dange de vivre actuellement à Bille. Cette quadragénaire garde en tête l'impact de la pollution au gaz sur des enfants de l'école primaire où elle enseigne. « Nous sommes confrontés à un autre type de maladie, comme des vomissements, décrit-elle. Ces symptômes s'intensifient. Parfois, les enfants avaient de la fièvre. Un enfant saignait du nez à cause du gaz, ce que je n'avais jamais vu auparavant. » À lire aussiNigeria: une fuite massive de gaz toxique menace l'existence du village de Bille dans le Delta du Niger [1/3] Ni médecins, ni installations adéquates Depuis le déclenchement de la crise, Boma Paul assure une veille dans Bille, beaucoup d'habitants le sollicitent alors qu'il n'est que parapharmacien, le centre de santé de Bille ne fonctionne qu'avec des agents communautaires incapables de gérer les cas de détresse sanitaire. « Le centre de santé n'est pas en activité. Le médecin a été muté il y a peu, déplore ce parapharmacien. Il n'y a donc pas de médecin pour l'instant. Il n'y a pas d'installations adéquates pour effectuer des examens fiables. Nous ne savons donc pas ce qu'il adviendra des personnes vivant à proximité de ces sources bouillonnantes. » Début septembre 2026, une explosion souffle la chambre de Joy Amos. Cette jeune femme se plaignait de la chaleur émanant du sol de son logement. Prise en charge par une voisine sage-femme, Joy Amos est évacuée de Bille vers Port Harcourt, où elle succombe à ses profondes blessures le 21 septembre 2026. À écouter dans Grand reportageBille, village du delta du Niger que le gaz menace

    Nigeria: une fuite massive de gaz toxique menace l'existence du village de Bille dans le Delta du Niger [1/3]

    Play Episode Listen Later Sep 27, 2026 2:10


    Le gouvernement fédéral du Nigeria a ordonné, il y a plusieurs mois, une enquête diligentée par la Commission nationale de régulation des activités d'exploration et de production pétrolières (NUPRC) dans une communauté abritant des installations de Shell. Depuis octobre 2025, du gaz s'est soudainement mis à jaillir dans le village de Bille à la surface, s'échappant à travers des canalisations vétustes, enfouies sous terre depuis des décennies. Ce qui semblait au départ être un incident isolé s'est rapidement propagé dans toute la localité : aujourd'hui un bruit constant, des bulles de gaz provenant des profondeurs sont devenus partie intégrante du quotidien. Notre correspondant au Nigeria, Moïse Gomis, s'est donc rendu à Bille, dans ce grand village de pêcheurs, accessible uniquement par bateau à 45 km de Port Harcourt. De notre correspondant au Nigeria, D'un pas alerte, Diri Tomitonwa se dirige vers une grande villa blanche avec des colonnes et des balcons dorés. Chaussé de sandales en plastique, ce trentenaire zigzague pour éviter le sol glissant ou vaseux. D'un geste de la main, Diri fait signe de s'arrêter : « Je vous assure que si vous restez moins de 30 secondes, vous ne pourrez pas rester ici. Je vous donne 30 secondes, vous ne pourrez pas rester. À cause de l'odeur, qui est vraiment insupportable. Mais si vous jetez un œil dans la maison, vous verrez qu'il n'y a personne. Ils sont tous partis ailleurs. Peut-être qu'ils reviendront plus tard dans la soirée », explique-t-il. Diri est un des leaders de la fédération des jeunes de Bille. Dès qu'une odeur de gaz est signalée, il se déplace souvent sans masque pour se rendre compte de la situation. Comme devant la maison d'Anthony Digbani où des sons étranges sont perceptibles. « Vous voyez, quand cette chose émet ce bruit, ça envahit toute la pièce. La vapeur, l'odeur, c'est insupportable. J'ai alors pris un bloc de ciment et je l'ai mis au-dessus de ce trou, pour que le gaz ne puisse plus sortir. Mais ça n'a pas marché ; ça continue de sortir. On a peur. On a vraiment peur », déclare l'habitant. Plus de la moitié des puits touchés par la pollution Ces grondements sourds proviennent du sol de Bille. Ils s'échappent des canalisations et aussi des puits. Diri désigne un puits proche de la maison d'Anthony Blessing. À la surface de l'eau, des bulles se forment sous l'effet du gaz. Diri Tomitonwa raconte : « La première chose que nous avons constatée, c'était la présence d'algues spirogyras. Nous avons donc pris notre temps. Nous avons nettoyé le puits à plusieurs reprises. Moins de deux ou trois semaines plus tard, ces mêmes algues étaient de nouveau visibles. Nous avons donc également fourni de nouveaux seaux. Mais soudain, nous avons commencé à voir des bulles sortir des puits. C'était l'année dernière. À partir de là, pour ce puits en particulier, nous avons simplement demandé aux gens de ne plus boire son eau. » Et selon Diri, plus de la moitié des puits de Bille sont touchés par cette pollution. Beaucoup de ses voisins n'ont pas les moyens de s'acheter des packs de sachets d'eau, vendus à moins de 2 euros l'unité. À lire aussiPollution du delta du fleuve Niger: «Les compagnies pétrolières au Nigeria, pour la plupart, ont la responsabilité première»

    Tchad: l'artiste Soléa Damas renforce le lien entre instruments traditionnels et musique moderne

    Play Episode Listen Later Sep 26, 2026 2:28


    Au Tchad, des artistes musiciens s'emploient à renforcer le lien entre instruments traditionnels tels que la harpe, la cithare et le balafon et la musique moderne. C'est le cas de Soléa Damas, originaire du Sud, musicien sculpteur, harpiste et cithariste, auteur de plusieurs titres dominés par ces sonorités patrimoniales. Son œuvre, saluée pour son originalité après son premier album de 2018, inspire de nombreux jeunes qui imitent ses pas, se forment à la pratique et fabriquent eux-mêmes ces instruments. Notre correspondant Olivier Monodji a suivi une séance de formation au centre culturel et artistique « Kaya Kendé » (Les pro de la harpe) où la connaissance des instruments traditionnels continue de se transmettre. « Vouloir, c'est pouvoir », dit-on. Pour Soléa Damas, l'idée de fabriquer des instruments traditionnels ne date pas d'hier : c'est la concrétisation de son rêve, disposer de ses propres instruments pour mieux composer et interpréter ses chansons. « C'était parti, d'abord, d'une remarque. Plus tard, en 2019, je suis reparti chez les parents, certains détenteurs du savoir. Je travaille avec eux sur la fabrication, sur l'utilisation. Après, l'idée de faire des recherches est venue », explique-t-il.  Dans son atelier du 7ᵉ arrondissement de N'Djamena, vêtu de sa tenue de travail, deux morceaux de bois en main et un crayon posé sur l'oreille, il fredonne quelques-uns de ses titres tout en s'affairant au rythme des marteaux, scies et rabots. Les sons du réglage des instruments se mêlent à ce vacarme artisanal. « Ça, c'est la Sanza. Ça, c'est une innovation. On a récupéré quelques organes d'une guitare morte pour fabriquer la harpe. Là, elle est électro-acoustique », précise Soléa Damas.  À lire aussiLa sanza, un piano à pouces aux multiples noms Toujours entouré de ses apprenants, une dizaine au total. Parmi eux, Menda Benjamin, diplômé mais au chômage, découvre un métier porteur. Quant à la plus jeune, Sanglar Patricia, 15 ans, elle se distingue par sa motivation et sa passion : « J'ai adhéré pour motiver d'autres personnes. » Les matières premières se raréfient. « Il faut parcourir de longues distances pour s'en procurer, se lamente l'artiste Soléa Damas. Parfois, au mois de juillet ou autre, on rentre en province avec une autorisation, on taille du bois mort, c'est ce qui permet de fabriquer aussi les tambours, les tambourins. C'est beaucoup de difficultés et à l'heure où le monde fait face au réchauffement climatique, nous sommes aussi en train de chercher à innover, à réinventer la fabrication des instruments. » Fabriquer, oui, mais surtout concilier ces instruments avec sa musique : c'est ce qui révèle l'identité de l'artiste. C'est son défi. « Un peu ailleurs, partout, les artistes brillent avec les instruments patrimoniaux, avec les instruments de chez eux. Mais, pourquoi pas au Tchad ? Pourtant, il y a une panoplie d'instruments », regrette-t-il. Âgé de 38 ans et enseignant de carrière, Soléa Damas ambitionne de transformer le centre de formation et de fabrication des instruments traditionnels en une véritable académie, afin de promouvoir davantage le patrimoine musical tchadien. À lire aussiLe balafon, une histoire d'héritage

    Côte d'Ivoire: Grand-Bassam déjà dans les préparatifs de la Fête de l'Abissa

    Play Episode Listen Later Sep 25, 2026 2:13


    En Côte d'Ivoire, se tiendra dans un mois, à partir du 25 octobre, la fête de l'Abissa. Deux semaines de festivités qui se déroulent dans la ville balnéaire de Grand-Bassam, à une trentaine de kilomètres d'Abidjan pour célébrer le nouvel an du peuple N'Zima Kôtôkô. Sur place, les habitants sont déjà à pied d'œuvre pour préparer la ville à recevoir les dizaines de milliers de festivaliers. Reportage à Grand-Bassam.  De notre correspondante en Côte d'Ivoire, Dans sa boutique située au quartier France, Jean Ndouba Kouamé vend des produits de tous les jours, divers articles qu'ils commencent à stocker en plus grand nombre, en prévision de la fête. « C'est un grand moment pour nous parce que tous les commerçants arrivent à s'en sortir. Peu importe ce que tu vends, ça va marcher. Même si tu es un mauvais dessinateur, dessine n'importe quoi sur un tableau et les gens vont aimer et acheter ! Parce que ce moment est un moment sacré pour nous, c'est notre nouvel an ! Les gens viennent de partout. Pendant cette période, si tu es un commerçant et que tu as l'habitude de vendre pour 50 000 francs CFA par mois, là en une semaine, tu vas atteindre près de 350 000 francs CFA. Tu multiplies ton chiffre d'affaires par 5 », explique-t-il. L'Abissa est une fête traditionnelle qui célèbre le nouvel an chez le peuple N'zima Kôtôkô. L'événement rassemble chaque fin octobre des dizaines de milliers de visiteurs, venus admirer les danses rituelles, de célébration et de cohésion. Elles se déroulent sur une place exiguë, près du palais royal, où les ouvriers sont à pied d'œuvre. « Il va y avoir une tribune ici qui est en train d'être installée…, raconte Binlin Ndamoulé, président de la Commission Tradition et Valorisation culturelle de l'Abissa. On sent la frénésie, parce qu'habituellement quand on vient, c'est calme. Mais vous voyez, à tous les coins de rue, des petites constructions sont en train d'être faites. C'est ça aussi, ça participe de la préparation de l'événement ». Un pagne créé spécialement pour le festival Si les tambours traditionnels rythment les danses de l'Abissa, les pagnes, eux, les habillent. Chaque année, le festival crée un modèle spécial. Sur des tons de bleu cette année, avec les attributs traditionnels – équivalent des armoiries – des 7 familles qui composent les N'zima. « Le pagne cette année est vraiment beau. On est sorti de l'ordinaire. On a changé la couleur, il est magnifique », précise Binlin Ndamoulé. Et ils se vendent plutôt bien, explique Dédé Kouamé Jean-Jacques, l'un des fournisseurs : « On peut vendre plus de 300 000 à 400 000 francs CFA par jour. Une année, j'ai même vendu plus de 1 400 000 francs CFA en une journée seulement. Ce n'est pas obligatoire [d'en porter, NDLR], mais quand on dit "l'Abissa", et que tu portes une tenue en pagne, c'est bien beau ». Vêtu du pagne officiel, maquillé de kaolin, comme il est de coutume à l'Abissa, il ne reste plus qu'à attendre le début des festivités. Elles sont prévues dans un mois. À lire aussiCôte d'Ivoire: quand les ainés N'Zima transmettent leur patrimoine culturel lors de l'Abissa

    Une jeunesse malgache en plein doute, un an après le soulèvement contre le régime d'Andry Rajoelina

    Play Episode Listen Later Sep 24, 2026 2:29


    Il y a un an, la jeunesse malgache descendait dans la rue pour protester contre les coupures d'eau et d'électricité, la corruption galopante et les restrictions à la liberté d'expression. Cette mobilisation historique avait conduit trois semaines plus tard à la chute d'Andry Rajoelina et à la prise de pouvoir des militaires du Capsat. Un an après, la Gen Z entrevoit-elle de meilleures perspectives pour son avenir ? Son quotidien s'est-il amélioré ? Se sent-elle écoutée par les autorités de transition ? Témoignage de jeunes Malgaches à Antananarivo. De notre correspondant à Antananarivo, Ils sont des centaines, ce 25 septembre 2025, à quitter la cité universitaire d'Ankatso pour tenter de rejoindre la place d'Ambohijatovo dans le centre de la capitale. Des jeunes, vêtus de noir, ayant le plus grand mal depuis des semaines à apprendre, se laver, cuisiner, faute d'eau et d'électricité. Octave Herinandrasana en fait partie. D'autres étudiants, excédés comme lui, l'ont encouragé à se mobiliser. Un an plus tard, il nous invite dans sa chambre de 9 m² qu'il partage avec deux amis. « Je suis fier d'être allé dans la rue pour revendiquer le changement. J'ai manifesté par rapport à nos conditions de vie très précaires : les délestages, l'insécurité, la vétusté des infrastructures… Le positif ici, aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus tellement de coupures d'eau et d'électricité. Mais quand je parle de vétusté, regardez : les canaux d'évacuation dégagent de mauvaises odeurs, c'est poussiéreux, les fenêtres ne sont pas étanches, déplore le jeune homme. Les rénovations ne sont faites qu'à moitié. Ils attendent de futures grèves pour continuer, ça a toujours été comme ça. » Si les coupures d'électricité ont baissé, la jeunesse malgache n'a guère plus de perspectives aujourd'hui qu'il y a un an, estime Marie-Laurence Andonirina, étudiante en économie. « Je ne suis pas très confiante, surtout par rapport aux débouchés. Beaucoup d'étudiants ont des diplômes mais ne peuvent pas travailler après leurs études, alerte-t-elle. Les étudiants ont cette parole ancrée dans leur tête qu'il faut partir, que Madagascar n'a pas d'avenir. Et pour moi, c'est un peu la même chose. » À lire aussiMadagascar: six mois de pouvoir militaire, quel bilan pour les jeunes? Éviter « un éternel recommencement » À quelques kilomètres de la cité universitaire d'Ankatso, Elliot Randriamandrato a donné rendez-vous dans un café surplombant la place du 13-Mai : « C'est la place que l'on a fini par prendre à la fin des événements, le 12 octobre 2025, une place très symbolique pour toutes les mobilisations dans l'histoire de Madagascar et qui est signe de changement, de révolution pour le peuple malgache », explique-t-il. Porte-parole du mouvement Gen Z, il a participé à de nombreuses réunions avec le gouvernement depuis un an. « On nous invite beaucoup pour les rencontres, mais il n'y a pas de réelle prise en compte, dénonce le jeune homme. Ce que je demanderais aux autorités, ce serait de mener à bien la concertation nationale et que celle-ci soit réellement prise en compte pour que l'on passe vers une Constitution qui défende la souveraineté citoyenne, la souveraineté locale, que la voix des jeunes soit réellement écoutée, que ce ne soit pas juste une mascarade. Ce serait un bon signe. » Elliot Randriamandrato espère maintenant que la Gen Z et la société civile sauront trouver un profil capable « d'incarner le changement » à la prochaine élection présidentielle. Pour éviter à Madagascar, dit-il, « un éternel recommencement ». À lire aussiÀ Madagascar, la Gen Z interpelle les autorités sur la démocratie

    Côte d'Ivoire: à Sokoro, l'arrivée de l'énergie solaire change le quotidien

    Play Episode Listen Later Sep 23, 2026 2:25


    La Côte d'Ivoire s'est engagée à porter à 45 % la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique d'ici 2035. À Ferkessédougou, dans le nord du pays, la centrale Ferké Solar, développée par PFO Énergie, est l'un des symboles de cette ambition. Mise sous tension en juillet 2026, elle doit injecter chaque année près de 90 gigawattheures d'électricité dans le réseau national. Une contribution encore modeste à l'échelle du pays, mais qui traduit la volonté de diversifier les sources de production d'électricité. Au-delà des chiffres, la nouvelle centrale a déjà des impacts sur le quotidien des populations de la région. De notre envoyé spécial à Ferkessédougou, À Sokoro, un village d'environ 500 habitants à l'entrée de Ferkessedougou, le bruit du moulin de Lamoussa se fait entendre dès les premières habitations. Chaque jour, ce jeune homme y transforme céréales et autres produits pour les villageois. Mais il y a encore quelques mois, son activité était régulièrement paralysée : « Il y avait beaucoup de coupures de courant ici à Sokoro, ça grillait même les moteurs. Mon activité s'arrêtait. J'arrivais à peine à gagner 1 000 francs CFA. » Mais depuis quelques semaines, Lamoussa dit constater une amélioration. Les coupures sont moins fréquentes et son moulin tourne désormais davantage. Conséquence : ses revenus augmentent. « Grâce à la centrale, le nombre de coupures de courant a nettement diminué durant la journée. Aujourd'hui je peux gagner 8 500 francs CFA. Je n'ai même plus le temps de m'occuper de mes activités champêtres. Je suis la plupart du temps au moulin. » À quelques pas de là, même constat. Dans sa boutique, Méyérégué diversifie désormais son activité. Aux produits de première nécessité s'ajoute la vente de boissons fraîches : « J'ai deux frigos. S'il y a du monde, je fais marcher les deux. Un jour comme aujourd'hui où il n'y a pas de cérémonie, là c'est un seul frigo qui fonctionne. Ça me permet de vendre les marchandises parce que quand les gens viennent, ils veulent ce qui est glacé. » L'amélioration de la fourniture en électricité profite aussi à l'école primaire publique de Sokoro. Les cours peuvent désormais se poursuivre dans de meilleures conditions, même lorsque le ciel s'assombrit. Zié Konaté est l'un des directeurs de l'établissement : « Les après-midi lorsqu'il pleut, les enfants ne peuvent pas exploiter leurs documents parce que la lumière est faible. Il fait sombre dans les salles. Avec l'arrivée de l'électricité, on n'a plus ce problème. Quelle que soit la météo, on a l'électricité en permanence maintenant. On peut continuer à dispenser notre cours correctement au grand bonheur des apprenants. » L'école dispose également d'une salle informatique équipée d'une trentaine d'ordinateurs. Plus de 200 élèves pourront ainsi s'initier à l'outil informatique. À lire aussiÀ Ferkessédougou, la Côte d'Ivoire accélère sa transition vers le solaire

    Cameroun: la prise en charge chirurgicale des blessés de guerre de Boko Haram [3/3]

    Play Episode Listen Later Sep 22, 2026 2:14


    Parmi les communautés impactées par la présence du groupe terroriste Boko Haram dans la région de l'Extrême-Nord, au Cameroun, l'arrondissement de Kolofata, limitrophe du Nigeria, a longtemps été le théâtre d'attentats kamikazes faisant de nombreux blessés civils et militaires. Leur transfert vers les centres de santé ou les hôpitaux plus éloignés a parfois été fatal. Un hôpital de district, à Mora, assure désormais la prise en charge chirurgicale des blessés de guerre grâce à un partenariat entre le ministère de la Santé et Médecins sans frontières. De notre envoyé spécial à Mora, D'un pas alerte, le docteur Abali Malloum, directeur de l'hôpital de district de Mora, conduit vers un pavillon. « Nous allons visiter le service des urgences, c'est la première porte d'entrée de l'hôpital », explique le médecin. Devant, trois lits sont disposés dans la salle de soins. « C'est ici que les blessés de guerre ou par balles présentant des hémorragies sont admis, explique-t-il. Là, vous avez une équipe d'infirmiers qui est en train de s'occuper de deux personnes. » Dans la salle du bloc postopératoire, les onze lits sont occupés. « Chaque jour, on reçoit au moins deux à trois blessés avec des plaies balistiques. Ce sont des patients qui sont immédiatement pris en charge au bloc opératoire. Toute la zone est pauvre, les gens ne peuvent pas s'offrir le luxe de soins coûteux. S'il n'y avait pas MSF, ce serait compliqué », confie le Dr Abali Malloum. À lire aussiCameroun: comment la guerre contre Boko Haram a ruiné le tourisme à Maroua [1/3] Réduire le taux de mortalité Ibrahima est sorti du bloc opératoire il y a dix jours. Personne à mobilité réduite, il a été attaqué nuitamment à Sandawadjiri, un village situé à 11 kilomètres de Kolofata, à la frontière avec le Nigeria : « Dans la même nuit, après avoir reçu les balles, un membre du comité de vigilance m'a aidé à être évacué vers le centre de santé de Kerawa, à la frontière avec le Nigeria. Et puis, dans la matinée, on m'a porté pour m'emmener ici, à Mora, pour la prise en charge. » Depuis cinq ans, la prise en charge est gratuite selon certains critères : « Nous avons opté pour la prise en charge chirurgicale des cas qui sont beaucoup plus urgents afin de réduire le taux de mortalité, parce que c'est là qu'il faut vraiment agir, souligne le Dr Aboubacar Sow, chef du projet MSF-Mora. En plus, il y a ici l'insécurité et la pauvreté, donc les besoins humanitaires sont réels. Aujourd'hui, on a pu mettre en place une unité de chirurgie capable de prendre en charge une bonne part des urgences sur place. » Plus de 500 interventions chirurgicales ont été effectuées depuis le début de l'année à l'hôpital de district de Mora, la plupart au profit des blessés de guerre civils et militaires. La structure sanitaire est équipée depuis 2024 d'un bloc opératoire flambant neuf offert par Médecins sans frontières. À lire aussiCameroun: à la rencontre de femmes victime des exactions de Boko Haram

    Cameroun: à la rencontre de femmes victime des exactions de Boko Haram

    Play Episode Listen Later Sep 21, 2026 2:09


    Suite de notre série de reportages sur les conséquences de la présence de Boko Haram sur le quotidien des populations dans la région de l'Extrême-Nord, au Cameroun, où sont recensés 510 000 déplacés internes, selon l'Office international des migrations (OIM). De nombreuses femmes sont comptées dans ces effectifs, leur intégration dans les communautés hôtes est parfois difficile au même titre que leurs conditions de vie. Malgré les années qui passent, elles portent encore en elles le souvenir des jours et des nuits de terreur vécus lors des exactions de Boko Haram. À Kourgui, une localité proche de la frontière nigériane, l'une d'elles s'est confiée à notre correspondant. De notre envoyé spécial à Kourgui, Recouverte d'un voile aux motifs fleuris, Fana est une déplacée interne, elle raconte assise sur une pierre, la nuit où tout a basculé dans le village de Ndélé, à proximité de Banki dans l'État de Borno au Nigeria : « Les hommes armés nous ont assaillis, ils ont tout pillé, tout saccagé, incendié les cases. Mon mari, les enfants et moi, on a pris nos affaires et on a trouvé refuge ici à Kourgui. » Mère de cinq enfants, elle n'est jamais revenue dans le village qu'elle a quitté précipitamment, il y a 11 ans. À Kourgui, son quotidien se résume à ces deux activités : « Je vais souvent en brousse chercher du bois que je vends, je fais aussi du petit commerce, je vends la pâte d'arachide, après avoir extrait l'huile d'arachide. » Au sein de la communauté hôte, Fana fait face à plusieurs défis, parmi lesquels l'accès à la terre. Jodelle Kuenbou travaille pour le réseau de lutte contre la faim, Relufa. Cette ONG a initié un programme sur la production agricole et la création des banques de céréales dans la région de l'Extrême-Nord : « Les femmes déplacées n'ont déjà pas de moyens pour s'offrir un repas par jour, du coup s'imaginer qu'elles auront les moyens pour louer la terre, c'est très difficile. Par contre, pour celles qui ont un peu de moyens, elles peuvent louer la terre, qu'elles vont cultiver pendant un à deux ans puis la rendre. » Pour échapper aux exactions, certaines femmes sont contraintes de participer à l'économie de guerre, d'après Celestin Delanga, expert sécurité et chercheur à l'Institut d'études de sécurité : « Dans le Logone et Chari, les femmes sont obligées de revendre dans les marchés communautaires ou les marchés environnants les poissons issus de l'extorsion ou de la pêche par les groupes armés. En retour, elles doivent repartir avec des vivres, des vêtements, du carburant ou d'autres biens. Et en contrepartie, elles ont la vie sauve, leur mari ou leur communauté sont épargnés des exactions. » En juin dernier, selon ONU Femmes, la moitié des déplacés internes dans la région de l'Extrême-Nord étaient des femmes et des filles. À lire aussiCameroun: comment la guerre contre Boko Haram a ruiné le tourisme à Maroua [1/3]

    Cameroun: comment la guerre contre Boko Haram a ruiné le tourisme à Maroua [1/3]

    Play Episode Listen Later Sep 20, 2026 2:13


    Cette semaine, RFI explore les conséquences de la présence du groupe terroriste Boko Haram sur la vie des populations de l'extrême-nord du Cameroun. Premier arrêt, les impacts du conflit sur le tourisme. Guides touristiques, pisteurs, artisans, et les autorités sont unanimes : la guerre a ruiné le tourisme dans l'extrême nord du pays. À Maroua, les lieux touristiques, pics de montagnes, les lacs et les parcs ne sont plus autant visités. De notre envoyé spécial à Maroua, Au marché central de Maroua, 150 marchands sont installés sous un bâtiment nouvellement construit. En cette mi-journée, pas l'ombre d'un seul visiteur. Et pourtant, le lieu a toujours été un point de chute incontournable des touristes occidentaux : « Je m'appelle Alidou Mohamadou, nous sommes au centre artisanal de Maroua. Je vends les samaras, les habits, les sacs, les objets de décoration, ça fait des années, entre 10 ou 12 ans que nous n'avons plus vu de touristes ici. » Abdourahmane Baba connaît les raisons par cœur : « On est dans la zone rouge, avant l'impact de Boko Haram, il y avait beaucoup de touristes, maintenant, on vient ici juste pour chercher de quoi nourrir nos familles », explique cet artisan. D'une voix posée, Denis Kodji, délégué régional du tourisme de l'Extrême Nord du pays, égrène les chiffres du déclin : « À partir de 2013, nous avons enregistré plus de 10 000 touristes occidentaux qui sont arrivés dans la région de l'Extrême Nord. À partir de 2015, on est passé de 10 000 à pratiquement zéro. » Escorter les touristes  En face du stade de Maroua, Nicolas Vendi discute avec une autorité de la ville. Depuis 2014, ce guide touristique n'a plus organisé un seul voyage vers les villages Rhumsiki et Kapsiki, des joyaux de la région, où les touristes se pressaient pour voir les montagnes et les cases en terre : « Beaucoup de jeunes qui sont guides touristiques ont quitté Rhumsiki, Waza, Maga, Pouss. Boko Haram s'est installé et vient de temps en temps nous attaquer au niveau du village, beaucoup de jeunes ont pris peur. » Aujourd'hui Nicolas est intermédiaire dans la location des véhicules et perçoit des commissions : « On est perdus, ça ne fonctionne pas, beaucoup de jeunes vadrouillent dans les quartiers, on prend de l'âge, ça rend les gens stressés. » La région de l'Extrême Nord a enregistré 26 touristes occidentaux en 2025 et deux depuis le début de l'année, d'après le délégué régional du tourisme : « Nous prenons l'initiative d'escorter les touristes pour qu'ils soient en sécurité, ce sont des initiatives spontanées. » Plus d'une décennie après le début de l'insurrection de Boko Haram, la sécurité n'est toujours pas revenue dans les zones à forte potentialité touristique. À Maroua, les autorités espèrent pouvoir former les guides touristiques pour qu'ils se déplacent vers d'autres régions du Cameroun, où le tourisme reste florissant. À lire aussiComment les factions issues de Boko Haram s'appuient de plus en plus sur des cadres camerounais

    Mauritanie: à Dar Naim, une salinisation des terres destructrice pour l'habitat [3/3]

    Play Episode Listen Later Sep 19, 2026 2:31


    En Mauritanie, un fléau silencieux gagne du terrain et détruit un peu plus chaque jour : salinisation des terres. Dans certains quartiers périphériques de Nouakchott, comme à Dar Naim par exemple, des maisons se désagrègent, le sel qui remonte du sol ronge les murs et fait tomber les briques une à une, jusqu'à rendre les habitations inhabitables. Dans ce quartier, des rues entières se vident car de nombreuses familles ont fui. De notre correspondant à Nouakchott,  Des centaines de maisons alignées à Dar Naim, mais la plupart abandonnées. À l'intérieur, des familles vivent encore dans la détresse. Le sel gagne du terrain et ronge les maisons, tout le monde en parle. Mais personne n'a de solution. Une situation qui se dégrade de jour en jour, comme nous l'explique Amadou Samba Ba, habitant du quartier : « Cela s'aggrave de jour en jour. Nous habitons sous des toits et le sel ronge les maisons sans que l'on s'en rende compte. Tout Dar Naim est attaqué par ce fléau ». Adama Ndiaye a presque 60 ans. Assise devant sa maison, le visage marqué par l'inquiétude. Faute d'argent, elle ne peut pas partir. Elle est condamnée à rester avec le sel qui monte : « Nous vivons une situation difficile, mais nous sommes obligés de faire avec. Parce que nous ne pouvons pas mettre toute notre famille à la rue. Et comme nous n'avons pas les moyens de partir, nous sommes obligés de rester. Nous sommes vraiment inquiets. » Ceux qui avaient les moyens de partir, sont partis. Hadja Tounkara, habitante de Dar Naim témoigne : « Toutes les maisons d'en face sont vides. Les habitants les ont quittées à cause du sel. Parfois, les maisons s'écroulent sur les gens et certaines personnes y perdent même la vie. Des murs se sont écroulés sur plusieurs jeunes ici, et certains ont fini par perdre la vie. Nous n'avons aucune solution pour faire face à cette situation. » À lire aussiLa salinisation des sols, un risque pour le maraichage au Bénin Nous nous sommes rendus dans la maison de Fatimetou Mint Cheikh, cicatrice à la main, elle affirme avoir vécu un douloureux souvenir : « Notre maison s'est écroulée. Une partie du mur m'est tombée sur l'épaule et j'ai été aussi blessé à la main. Tout le quartier est témoin de la situation que nous avons vécue. Jusqu'à présent le sel ronge les murs, comme vous pouvez le constater. » Les causes de la détérioration de l'eau salée relèvent de plusieurs facteurs. La principale est la remontée capillaire de la nappe phréatique peu profonde, surtout dans les zones littorales à faible pente comme Nouakchott, selon l'architecte Ahmed Mohamed Sidi. Il propose cependant des solutions pour faire face à ce fléau : « Cela suppose d'adapter les systèmes de drainage aux réalités des aménagements urbains et agricoles, de privilégier des matériaux de construction résistants à la salinité dans les zones touchées. Face à l'intensification des contraintes climatiques, l'architecture et la construction ne peuvent plus se contenter de réagir, elles doivent désormais anticiper les risques et les intégrer pleinement dès la phase de conception. » En attendant des solutions, à Dar Naim, le sel continue de remonter. D'autres quartiers périphériques de la capitale, sont également touchés par cette salinisation destructrice. À lire aussiQuand la terre devient salée...

    Mauritanie: le ngomu, couscous traditionnel, plus qu'un plat, un patrimoine culinaire [2/3]

    Play Episode Listen Later Sep 18, 2026 2:24


    C'est un plat, un patrimoine culinaire très prisé par les Mauritaniens : le couscous, appelé aussi ngomu. Chaque jour, dans plusieurs cuisines, la vapeur monte au-dessus des couscoussières, répandant la douce odeur du ngomu à travers les quartiers. Ce plat requiert des heures de préparation. Avec délicatesse. De notre correspondant à Nouakchott, Moussa Oumar Barry Dans ce carrefour, du matin au soir, des femmes se retrouvent pour faire et vendre leur couscous. Du fait de ce plat, l'endroit est tellement prisé qu'il a été nommé le Carrefour Couscous. Mariame Mint Ahmed, assise, des plats de semoule bien tamisée autour d'elle, explique les procédures à suivre pour bien préparer le ngomu. « La semoule est tamisée, humidifiée et roulée à la main, puis cuite à la vapeur sur une couscoussière, détaille-t-elle. La viande est mijotée avec les épices et les légumes. Pour finir, on dresse la semoule dans un plat, on ajoute la viande et les légumes, puis on verse le bouillon avant de servir. » Elle donne aussi les raisons qui font que ce plat est si courtisé par les Mauritaniens. « Le couscous fait partie du patrimoine culinaire mauritanien. Il est préparé avec soin, surtout lors des mariages et des grands événements, rappelle-t-elle. Apprécié par les invités, il suscite souvent leur curiosité sur les endroits où on peut le déguster. » Ce plat, qui se prépare avec beaucoup de délicatesse, fait aussi l'objet de convoitise à l'extérieur. Selon Izzé Mint Brahim, chaque année, des milliers de sachets de couscous sec sont exportés du pays. « Pour le couscous sec que nous exportons, on utilise la semoule et la farine. Au lieu de la couscoussière, on l'étale sur un torchon propre pour le faire sécher puis nous le mettons en sachets, explique Izzé Mint Brahim. Il est ensuite expédié dans la sous-région. Certains clients nous appellent et nous mettent en contact avec des chauffeurs et d'autres envoient des proches pour l'acheter et l'envoyer à leur famille. » À lire aussiLe couscous: une tradition millénaire entre lieu de mémoire et syncrétisme culturel Un plat de partage Walid, lui, n'est pas venu pour acheter, mais il confirme la saveur du ngomu. « C'est un très bon plat mauritanien. Surtout, il est accompagné par des légumes, sourit-il. C'est délicieux. » Pour mieux conserver ce patrimoine culinaire et assurer sa transmission de génération en génération, l'État mauritanien a mis en place en 2021 l'École nationale des métiers du tourisme. « Le premier objectif, c'est de recenser notre patrimoine, ensuite de former des formatrices sur la technique pédagogique pour pouvoir transmettre ce savoir-faire à des jeunes générations, liste Mohamedou Zein El Abidine, son directeur général, et le troisième objectif, c'est que ce patrimoine-là soit reconnu au niveau de l'Unesco comme un patrimoine culinaire propre à la Mauritanie. » Le ngomu est plus qu'un simple repas. C'est aussi un plat de partage et de convivialité. Il rassemble les familles et les invités autour d'une même table.  À lire aussiEn Mauritanie, le thé, loin d'être une simple boisson, est une langue [1/3]

    En Mauritanie, le thé, loin d'être une simple boisson, est une langue [1/3]

    Play Episode Listen Later Sep 17, 2026 2:30


    En Mauritanie, le thé se vit et se boit au quotidien. Partout dans le pays, c'est la première chose servie à un visiteur. Derrière cette boisson se cache un aspect culturel très prisé par les populations, il est utilisé pour honorer les invités. Le thé rassemble les familles, accueille les invités et rythme les journées. Immersion dans le rituel le plus sacré des Mauritaniens. De notre correspondant à Nouakchott, Moussa Oumar Barry Dans cette maison, Mariam El Medou et quelques membres de sa famille sont assis dans le salon. Devant elle, il y a tout le matériel nécessaire pour préparer le thé. À côté, un plateau avec du pain, du lait et des arachides. Les discussions vont bon train, accompagnées par de la musique. Pour Mariam, le thé est essentiel dans le quotidien des Mauritaniens. « Le thé, c'est quelque chose qui honore les Mauritaniens. Il fait partie de notre culture. C'est la première boisson qu'on sert dès qu'on a une visite, explique Mariam. Partout où tu vas, on te servira du thé, peu importe la maison dans laquelle tu entres. Pour préparer le thé, nous utilisons trois théières. Le thé est une boisson que nous avons héritée de nos ancêtres. Si nous avons mal à la tête, nous comprenons immédiatement que c'est un signal qui indique qu'il faut boire du thé. » Le thé est loin d'être une simple boisson en Mauritanie. Selon Ba Adama Moussa, il joue aussi un rôle de fédérateur. « Le thé rapproche les Mauritaniens. C'est quelque chose que les Mauritaniens prennent pratiquement à toutes les heures de la journée, précise-t-il. Dans les bureaux mauritaniens, il est pratiquement pris à toutes les heures. Quand les Mauritaniens vous disent quoi de neuf ? En général, les langues se délient autour de ce thé-là. » À écouter dans 8 milliards de voisinsCuisine : thés et infusions du continent africain Une façon de recevoir Mohamed Zein Albidina décrit la spécificité du thé et le moment idéal pour le préparer. « On dit que le thé mauritanien, il a ses trois J. Le premier J, c'est qu'il faut un nombre de personnes pour que le thé soit agréable, liste-t-il. Le deuxième J, ce sont les braises. Aujourd'hui, on élabore le thé sur le feu à gaz, mais la saveur du thé, son goût, c'est lorsqu'il est fait sur des braises ou le feu de bois. Et le troisième J, c'est celui de la lenteur parce qu'il y a un premier verre et il y a un deuxième verre, et il y a un troisième verre. Et entre chacun des verres, il faut un temps qui va donner l'occasion de discuter. Et on dit que le dernier est le mieux apprécié. » C'est souvent autour du thé que se prennent les décisions les plus importantes. « En général, on décide ensemble. C'est comme des gens qui veulent faire un travail en Occident : les gens s'invitent autour d'un resto, autour d'un verre, ils commencent à discuter, à échanger. Voilà, ils commencent à prendre des décisions ou en tout cas à échanger et finissent par se connaître, par casser la glace, illustre Ba Adama Moussa. Le thé joue exactement ce rôle-là en Mauritanie. » En Mauritanie, le thé n'est pas qu'une boisson. C'est une langue, une façon de recevoir, une façon d'aimer. À écouter dans C'est pas du ventThé : du champ à la tasse

    RDC: à Kinshasa, le Service national, composé surtout d'anciens délinquants, lutte contre l'insalubrité

    Play Episode Listen Later Sep 16, 2026 2:17


    À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi mise sur le Service national pour lutter contre l'insalubrité. Cette task force a déployé plus de 4 500 recrues dans les rues de la capitale, qui produit près de 15 000 tonnes de déchets chaque jour. Des hommes, pour la plupart d'anciens délinquants condamnés par la justice, sont aujourd'hui chargés de nettoyer la ville et d'y faire régner l'ordre.  De notre correspondante à Kinshasa,  5 heures du matin au stade Tata Raphaël. Dans la pénombre, 1 500 hommes avancent au pas. Vêtus de combinaisons bleues et de bottes jaunes, ils chantent à l'unisson, avant de se déployer dans Kinshasa. Leur rôle : débarrasser la capitale de ses montagnes de déchets. « Avant, j'étais kuluna, un délinquant, témoigne Nzaba Mubiala, aujourd'hui commandant de compagnie. La formation que j'ai suivie dans le centre m'a transformé. Ce que l'État a fait de moi, j'en suis très fier. Quand je vois ce que je suis devenu, je n'ai même pas les mots, c'est la joie. » Dans d'énormes camions-bennes, les hommes chargent pelles, balais et brouettes, direction les grands axes de la capitale. Avec une cinquantaine de camarades, Guillaume Kapuya, pelle à la main. débouche un caniveau : « Regarde, il y a du béton qui a été versé dans le caniveau. Avec les déchets, ça bloque l'eau, ça va tout inonder, montre-t-il. On est en train de l'enlever. Et le locataire de la maison juste à côté nous aide car c'est lui qui a versé le béton. » À écouter dans C'est pas du ventExplosion des déchets ménagers : pourquoi tous les pays sont concernés? Des méthodes qui font polémique Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrent des membres de cette task force infligeant des coups de fouet ou imposant du travail forcé. « On ne peut pas mettre d'amende ou prendre de l'argent. On n'est pas violent, conteste un membre de la compagnie. Si quelqu'un jette un déchet, on lui donne un peu de travail pour qu'il ne recommence pas. » Les membres du Service national sont rémunérés entre 250 et 500 dollars par mois. Dans les rues, les habitants observent le travail accompli. « Le Service national fait un superbe travail. Ils travaillent pour nous tous, car la ville est dans un état de saleté incroyable. C'est très bien ce qu'ils font », s'enthousiasme une personne. Une autre explique que depuis, elle garde ses bouteilles d'eau pour les jeter chez elle. Mais nettoyer ne suffit pas, selon les urbanistes. Sans véritable politique d'assainissement, les tas d'ordures risquent de vite réapparaitre. À écouter dans 8 milliards de voisinsDéchets urbains : ce que le propre et le sale disent de nos sociétés

    Gabon: À Mayumba, la première victoire du général De Gaulle sur le maréchal Pétain en 1940

    Play Episode Listen Later Sep 15, 2026 2:33


    Au Gabon, ancienne colonie française, s'est joué un épisode méconnu de l'histoire de France. Au début de la Seconde Guerre mondiale, le territoire gabonais était sous le contrôle des hommes du maréchal Pétain. Après l'appel du général de Gaulle, le 18 juin 1940, plusieurs colonies françaises d'Afrique se rallient à la France libre, mais pas le Gabon. Une bataille sera lancée à Mayumba qui deviendra, selon un historien gabonais, la première victoire du général de Gaulle sur le maréchal Pétain. De notre envoyé spécial à Mayumba, au sud du Gabon, Septembre 1940. Il y a 86 ans, le territoire du Gabon est encore sous le contrôle du maréchal Pétain. « Après l'appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, les colonies de l'Afrique équatoriale française ont rapidement rejoint le mouvement gaulliste de libération. Mais il n'y a que le Gabon qui a fait de la résistance », explique l'historien Chérubin Délicat. L'assaut sur Mayumba, comptoir colonial très prospère grâce à l'exploitation forestière, est en préparation depuis Brazzaville, capitale de la France libre. De son côté, l'administration de Pétain amasse au large de Mayumba des dizaines de soldats venus de Dakar. Le 15 septembre 1940, le colonel Parant, à la tête d'un commando de 10 personnes venues de Pointe-Noire, se pose nuitamment à Mayumba. Le 16 septembre au petit matin, Parant et ses hommes attaquent par surprise. « Ils passent par l'arrière de la maison. Poeydomenge se trouvait en train de prendre le petit déjeuner, décrit l'historien. Le commandant Parant arrive à l'improviste, sort son revolver, le braque à la tempe de Poeydomenge et lui demande de capituler. Il lui dit : "Moi, j'ai plusieurs bataillons et détachements à l'aéroport qui sont déjà rentrés dans la ville et vous n'avez aucune chance de vous en sortir". Donc, c'est sur la base d'un canular que Poeydomenge a dû capituler. » À lire aussiSeconde Guerre mondiale: le rôle de l'Afrique dans la victoire de 1945 Une croix de Lorraine à Mayumba Sur le site de la capitulation, les vainqueurs érigent une croix de Lorraine. « Les partisans du général de Gaulle ont érigé cette stèle, montre Éric André Zue, préfet de Mayumba. À partir de là, il était indéniable que les partisans du général de Gaulle s'étaient installés à Mayumba, en lieu et place des Pétainistes. » Mayumba est selon l'historien Délicat la première victoire militaire de de Gaulle sur le maréchal Pétain. « Mayumba symbolise la montée de la deuxième division Leclerc jusqu'en Tunisie, au Maroc, où en 1944, les troupes coloniales vont rejoindre la Bretagne et la Provence pour libérer la France », précise-t-il. En reconnaissance de cette belle épopée, les amis de la Fondation de Gaulle ont érigé en 2010 sur les hauteurs de Mayumba une réplique de la croix de Lorraine, semblable à celle de Colombey-les-Deux-Églises où repose le général de Gaulle. À lire aussiGabon: de nombreux Sénégalais se rendent à Mayumba, lieu de captivité de Cheikh Amadou Bamba

    Afrique du Sud: au Cap, les pompiers bénévoles se préparent pour une saison placée sous le signe d'El Niño

    Play Episode Listen Later Sep 15, 2026 2:21


    Le retour du phénomène climatique El Niño, qui s'annonce très intense, inquiète particulièrement en Afrique australe où certaines zones pourraient être touchées par de grandes sécheresses. La ville et la région du Cap, en Afrique du Sud, anticipent déjà un été très chaud et sec, favorable au déclenchement d'incendies. Une organisation de pompiers bénévoles spécialisés en feux de forêt et collabore avec les autorités dans la zone.   De notre envoyée spéciale au Cap,  Le mois de novembre approche, et avec lui le début de la saison des feux. C'est l'heure de vérifier le matériel pour les pompiers bénévoles du Cap, tels que Rouvanne van den Berg, qui compte 13 ans d'expérience : « Voici ce qui se trouve à l'arrière de notre véhicule. Avec cette pompe, on peut attaquer des incendies à proximité des routes. Nous avons aussi ces outils que nous emportons avec nous jusqu'à la ligne de feu ». La ville est particulièrement exposée aux feux de végétation puisqu'elle est bâtie au pied de la montagne de la Table, comme l'explique Thane Masureik : « À partir de cette clôture, là-haut, à environ 50 mètres de nous, c'est le début de forêt. Et là en-bas, à une centaine de mètres, se trouve une grande autoroute et une zone résidentielle très peuplée ». En 2021 déjà, un grand incendie s'était déclaré non loin de cette base, ainsi que s'en souvient Rouvanne van den Berg : « Il a dévasté la grande bibliothèque de l'université du Cap. Des conditions météorologiques extrêmes ont contribué à son embrasement et à sa propagation très rapide. Nous avons passé la journée à le combattre, là-bas, puis je suis rentré chez moi. Le lendemain matin, vers 7h, le feu avait franchi la montagne jusqu'à atteindre mon propre jardin ! On combat des incendies dans des espaces naturels, mais ils peuvent immédiatement menacer les quartiers résidentiels qui entourent la montagne ». À lire aussiEl Niño «va s'intensifier»: pourquoi les prochains mois inquiètent les climatologues Les services météorologiques prévoient que le phénomène El Niño devrait fortement toucher l'Afrique du Sud cette année, de quoi renforcer le niveau de vigilance. Lee Kleynhans est en charge de la communication de ce groupe de pompiers bénévoles : « Bien sûr, je crains que la saison soit difficile. Et ce n'est pas seulement à cause d'El Niño : le dérèglement climatique a globalement changé la donne pour nous. On ne sait jamais vraiment ce qui peut arriver au cours d'une saison. La réalité, c'est qu'il existe toujours un risque que les équipes soient fatiguées et se retrouvent débordées », regrette-t-il.  Pour se préparer au mieux, il faut aussi étudier la végétation très particulière de la zone : « Nous avons beaucoup de plantes fynbos dans la région, et c'est une végétation qui a naturellement besoin du feu afin de pouvoir germer. Dans le cadre des préparatifs menés en collaboration avec les autorités, nous recueillons donc des données pour savoir quand une zone a brûlé pour la dernière fois et à quel moment elle pourrait être amenée à brûler de nouveau », précise Lee Kleynhans.  Les quelque 350 bénévoles, répartis sur quatre bases, vont aussi profiter des dernières semaines pour parfaire leur entraînement et se tenir prêts à intervenir dès les premiers départs de feu.   À écouter aussiEl Niño : pourquoi l'Afrique australe sera-t-elle plus touchée par ce phénomène?

    Au Cameroun, la commune d'Esse privée d'électricité depuis 12 ans

    Play Episode Listen Later Sep 13, 2026 2:15


    À Esse, une petite localité à environ 80 km de Yaoundé, les habitants n'ont plus accès à l'électricité depuis 12 ans à cause de factures impayées. En 2018, le gouvernement avait installé une centrale solaire qui alimentait le centre-ville et ses environs. Aujourd'hui cette centrale laissée à l'abandon ne fonctionne plus. Une situation qui divise. Certains critiquent même l'équipe communale en place depuis 2020 de ne pas vouloir entretenir la centrale solaire.   De notre correspondant à Yaoundé, Assis sur la véranda de son domicile, Emmanuel Tsala aperçoit à une centaine mètres la centrale solaire aujourd'hui à l'abandon. Inconditionnel de la radio, ce sexagénaire a dû acheter un petit poste récepteur qu'il recharge au soleil, comme ce matin : « Quand il y avait l'énergie solaire, nous étions comme à Yaoundé, c'était comme l'énergie électrique, il y avait les poteaux électriques et les compteurs et on payait les factures chaque mois. Quand ça s'est gâté, on aurait dû arranger la situation. » Depuis, les herbes ont poussé tout autour des installations. Plusieurs panneaux ont été dérobés. Dans les rues et quartiers du centre-ville d'Esse, les poteaux sont toujours debout. Mais les câbles qui reliaient la centrale aux ménages ont été sectionnés. « J'ai mal, j'ai vraiment mal. » Ambroise Evina a été maire de la commune d'Esse entre 2018 et 2020. C'est lui qui est à l'origine du projet de construction de la centrale solaire, sur financement du ministère de l'Eau et de l'Energie. Le projet a couté 200 millions de FCFA (environ 305 000 euros). « On a fonctionné avec ça durant pratiquement 4 ans et pour l'entretien, c'est la commune qui payait et faisait venir les techniciens après deux ou trois mois. Malheureusement quand je suis parti en 2020, le projet a été saboté, je ne voudrais attribuer le tort à qui que ce soit, mais vous pouvez constater qu'il n'y a plus de panneaux, il n'y a plus rien pratiquement, ce qui me fait tellement mal. » Depuis 2020, une nouvelle équipe dirige la commune et n'a plus assuré l'entretien. Martin Ndongo Bouné, le maire d'Esse : « Dans le cadre de ce projet, la commune n'était ni de près, ni de loin associée à la gestion, tant sur le suivi des équipements, la maintenance, le gardiennage et autres, mais dans le cadre de la maintenance qui est annoncée, la commune fera désormais partie du suivi et tout ce qu'on peut imaginer. » En attendant, tout Esse s'éclaire au groupe électrogène ou avec de petits panneaux solaires. Le retour de l'énergie solaire et du courant électrique, c'est pour bientôt, grâce à un nouveau financement du gouvernement, indique le maire.  À lire aussiNord du Cameroun: une cimenterie majeure à l'arrêt par manque d'électricité

    Kenya: une biennale panafricaine d'architecture à Nairobi pour réfléchir aux villes de demain

    Play Episode Listen Later Sep 12, 2026 2:23


    Penser l'architecture de demain pour le continent africain, c'est tout l'objectif de la Biennale panafricaine qui s'est tenue du 7 au 11 septembre à Nairobi, au Kenya. Cinq jours durant lesquels les architectes et urbanistes du continent ont pu confronter leurs idées et présenter leurs projets. C'était la première fois qu'un tel évènement était organisé sur le continent. Alors que l'Afrique connait la croissance urbaine la plus rapide au monde, les architectes et urbanistes réunis à Nairobi se sont penchés sur une question : à quoi pourrait ressembler l'habitat, la ville de demain ? Un village culturel pour valoriser le patrimoine des Pygmées Aka en Centrafrique ou un arbre à palabres fait de bambous en Guinée : à Nairobi, des architectes de l'ensemble du continent sont venus présenter leurs projets. De quoi inspirer les participants pour penser la ville de demain, où les idées ont fusé. Christian Benimana, qui travaille pour un studio d'architecture et de design basé à Kigali, au Rwanda, imagine des villes résolument tournées vers le partage et la nature. « Si cela ne tenait qu'à moi, il y aurait, je ne sais pas, des voitures volantes et de belles plantes partout. Il y aurait de nombreux espaces partagés qui rapprochent les gens, plutôt que de continuer à nous isoler dans nos habitations individuelles, qui ne nous permettent pas vraiment de créer du lien. » Timothy Abong'o, architecte à Nairobi, partage cette vision, mais avec une touche de réalisme teinté d'espoir. « Ce que je vois arriver malheureusement, c'est davantage de ce que nous avons aujourd'hui : des constructions en dur, des bâtiments plus hauts, moins d'espaces verts. Mais ce que j'espère, c'est de voir des villes avec moins de bâtiments, plus piétonnes, avec plus d'espaces communs, où la nature est omniprésente. Et la nature, ce n'est pas nécessairement un arbre planté. C'est aussi utiliser des matériaux issus des arbres. » Il cite en exemple le chaume, traditionnellement utilisé pour les toitures sur la côte kényane. Aboubacar Sidiki Komara, venu de Guinée, met quant à lui en avant les atouts du bambou. « La Guinée est considérée comme le château d'eau d'Afrique de l'Ouest. Cela veut dire que nous avons assez de rivières. Le bambou aime les rivières, donc nous avons assez de bambous. C'est l'un des matériaux de construction les plus renouvelables. Cela prend environ 3 à 5 ans pour que le bambou puisse grandir et être prêt à être utilisé comme structure dans un bâtiment. La majeure partie des arbres prennent plus de 10 ans. Le bambou représente vraiment une opportunité. Cela nous permet aussi de créer des espaces futuristiques intéressants, on peut créer des innovations qui sont un peu différentes de ce qu'on a aujourd'hui. » Utiliser les matériaux disponibles localement est également un principe défendu par Chadrac Agbodjogbe, architecte béninois. « La manière de construire à Nairobi peut être différente de la manière de construire au Mali, parce que ce ne sont pas les mêmes climats. Il faut adapter la construction en fonction de l'environnement et des matériaux qui sont disponibles. Nous avons besoin de décoloniser les mentalités parce que, malheureusement, beaucoup de cadres de nos sociétés pensent que la modernité que l'on construit, c'est copier ce qui vient de l'extérieur. Ce qui n'est pas adapté à leur milieu. Donc ils sont amenés à avoir des bâtiments énergivores où la clim doit être allumée tout le temps. » Une exposition, organisée durant toute la semaine à Nairobi, a mis en lumière des projets d'architecture issus de différents pays du continent africain, illustrant cette quête d'innovation ancrée dans les réalités locales. À lire aussiChangement climatique: à la Biennale panafricaine, une réflexion sur une architecture plus adaptée en Afrique

    Au Cameroun, la passion Céline Dion traverse les générations

    Play Episode Listen Later Sep 11, 2026 2:19


    Étudiantes, chanteuses en herbe, élèves... Au Cameroun, les titres de Céline Dion sont de véritables hymnes. Ses fans les écoutent dans leur maison, certaines les ont interprétés lors des concerts scolaires, d'autres les reprennent lors des karaokés. Une passion qui traverse les âges et les générations, alors que Céline Dion s'apprête à retrouver la scène en France. À lire aussiLe retour évènement de Céline Dion à Paris

    Centrafrique: la cinquième édition de la Causerie éducative pour aider les jeunes à construire leur avenir

    Play Episode Listen Later Sep 10, 2026 2:31


    À Bangui, plusieurs centaines de jeunes filles et garçons, âgés de 15 à 30 ans, prennent part à la 5e édition de la Causerie éducative. Une initiative de l'association Jeunes Filles, Lumière pour un Monde d'Avenir, JEFLUMA, placée cette année sous le thème : « Jeunesse sans limites : brisons les stéréotypes, développons le leadership, innovons pour l'avenir ». Jusqu'au 15 septembre, les participants échangent avec des leaders, des formateurs et des personnalités issues des milieux socio-économique et politique. Objectif : partager des expériences, susciter l'engagement et renforcer le leadership d'une nouvelle génération de Centrafricains.  À lire aussiCentrafrique: des ateliers de danse à Bangui aident des jeunes à s'épanouir

    En RDC, les poissons fuient le fleuve Congo à cause des déchets plastique

    Play Episode Listen Later Sep 9, 2026 2:18


    Plus de 60 000 tonnes de poissons sont pêchées chaque année dans le fleuve Congo, selon les autorités de République démocratique du Congo (RDC). Grâce à la pêche, ce sont des millions de personnes qui vivent du fleuve. Mais aux abords de Kinshasa, les pêcheurs constatent une raréfaction du poisson et dans leurs filets, ils retrouvent désormais de plus en plus de plastique. À tel point que certains ont délaissé la pêche pour récupérer ces déchets et les revendre à des entreprises locales de recyclage. De notre correspondante à Kinshasa,  Le jour se lève à peine sur le fleuve Congo. À bord de sa pirogue en bois défraîchi, Jilby Mwanufioti longe les rives de Kinshasa. Le pêcheur relève ses filets. Cela fait 40 ans qu'il effectue les mêmes gestes et, au fil des années, un constat alarmant : les prises sont de plus en plus maigres. « Il n'y a que du fretin, des petits poissons... Avant, je pêchais des gros poissons, mais les poissons ont fui à cause du plastique, déplore-t-il, excédé. Il y a plus de plastique que de poissons dans l'eau maintenant, il y a des couches de bébés usagées, des bouteilles de jus... C'est triste », conclut le pêcheur.  Selon des experts environnementaux, la capitale congolaise produit au moins 15 tonnes de déchets plastiques chaque jour. « Moins de 20 % de ces déchets sont traités correctement et le reste est déversé dans le fleuve Congo, ce fleuve qui est la colonne vertébrale de notre pays, alerte Vincent Kunda, directeur de l'ONG Kongo River. Il y a beaucoup à faire, mais sans prise de conscience, on risque quand même de perdre tout ce patrimoine. » À lire aussiPourquoi le plastique est dramatique pour les animaux? 150 kg de plastique pêchés par semaine À Kinshasa, la pêche artisanale fait vivre plus de 600 familles, mais cette pollution a aussi un impact sur les revenus des pêcheurs qui s'amenuisent : à peine une vingtaine de dollars par semaine contre 100 dollars il y a quelques années. Pour s'en sortir, certains pêcheurs ne pêchent plus seulement du poisson, mais aussi du plastique, plus rentable. Pagaie en main, Charles Moluwa, 60 années de pêche à son actif, détaille sa prise du jour : « Regarde ce plastique, j'en pêche énormément. Je stocke tout à la maison jusqu'à 150 kilos, précise le pêcheur, puis je le vends à des entreprises de recyclage. Je gagne à peu près 80 dollars par semaine. » Mais derrière cette activité qui lui permet de survivre se cache une autre réalité : celle d'un savoir-faire artisanal aujourd'hui menacé de disparaître. À écouter dans 8 milliards de voisinsEmballage : peut-on se passer de plastique?

    En Tanzanie, Okota recycle des déchets sur la route des safaris

    Play Episode Listen Later Sep 8, 2026 2:31


    C'est une route iconique en Tanzanie, l'autoroute du Ngorongoro mène aux parcs nationaux les plus beaux et peuplés de vie sauvage. Un axe incontournable pour les amoureux de safari avec un bémol tout de même : ses alentours jonchés de déchets en tout genre. Un problème que la société de recyclage Okota, en partenariat avec des professionnels du tourisme, ont décidé de combattre sur les trois prochaines années, notamment grâce à l'aide des communautés locales.   À Muriet, dans le sud d'Arusha, la gigantesque décharge à ciel ouvert est visible de loin, mais certains camions poubelles empruntent un autre chemin : celui de l'usine de recyclage Okota. « Le camion arrive ici, ensuite les déchets doivent être pesés, et ensuite le camion est vidé et les déchets vont sur les tapis roulants », précise Béatrice Ngunjiri, responsable des opérations dans la société. Le but : donner une seconde vie aux produits jetés. « Je dirais qu'on arrive à recycler 70 à 90 % des déchets que nous récoltons. Mais la quantité de déchets ne cesse d'augmenter. Nous traitons six fois plus de déchets qu'au début », affirme-t-elle.  Chaque année, la Tanzanie produit plus de 14 millions de tonnes de déchets et le nombre augmente au fur et à mesure que la population croit. Des détritus qui se retrouvent jusque dans les moindres recoins du pays, y compris autour de la route qui mène aux parcs du Ngorongoro et du Serengeti, célèbres pour leurs safaris. Un objectif à long terme : responsabiliser la population Ce jour-là, Andrew Wallace, fondateur et directeur d'Okota, va à la rencontre de celles et ceux qui vont l'aider à nettoyer la route de 150 km, une fois le projet lancé au cours du mois de septembre. « L'objectif sur le long terme, c'est que les gens se débarrassent de leurs déchets de façon responsable. C'est peut-être bête de commencer juste en ramassant les ordures au bord de la route pendant trois ans, mais il faut bien commencer quelque part », explique-t-il. Okota a découpé cet axe en 13 tronçons avec un point de dépôt dans chacun d'entre eux. Parmi les participants, l'école secondaire Tumaini qui recevra un budget mensuel d'environ 300€ pour embaucher et gérer trois personnes pour le ramassage des ordures. Un projet qui enthousiasme Selina Leyan, professeur dans l'établissement : « En tant que professeur, je veux que mes étudiants apprennent que quand on jette les déchets par terre, on n'impacte pas seulement l'environnement, mais mère Nature n'est pas contente. Sur le long terme ça provoquera des dérèglements qui vont tous nous affecter ». Les élèves seront sensibilisés à ces problématiques et l'école, qui doit aujourd'hui brûler ses déchets faute de collecte, pourra les donner à Okota lors du ramassage hebdomadaire. Le projet est financé principalement par des professionnels du tourisme dans la région ; le gouvernement n'ayant pas voulu s'impliquer pour l'instant. En reprenant la route du Ngorongoro, une file de voitures de safari s'arrête soudainement sur le côté. Un éléphant mâle majestueux pause le trafic pour traverser la route. Un rappel que la pollution de cet axe impacte bien plus que les êtres humains qui le traversent. À lire aussiLes villes africaines face à leurs déchets

    Afrique du Sud: le succès des challenges de danse amapiano en ligne

    Play Episode Listen Later Sep 7, 2026 2:20


    En musique, l'amapiano sud-africain, qui a déjà conquis le monde, continue d'évoluer et de se réinventer. Et de nouveaux artistes émergent sans cesse, parfois mis en lumière grâce à des « dance challenges », de petites chorégraphies mises en ligne sur les réseaux sociaux qui deviennent virales et que tout le monde s'amuse à reproduire. À tel point que ces vidéos sont devenues des outils pour les artistes émergents qui souhaitent gagner en visibilité. De notre correspondante à Johannesburg,  Dans les rues du township d'Alexandra, des rythmes d'amapiano s'échappent de partout : d'un salon de coiffure, des enceintes d'une voiture, et de la petite pièce dans laquelle vit, avec toute sa famille, Olanna, 15 ans, qui se filme en train de danser : « Moi, un challenge, ça me demande juste 2 minutes pour l'apprendre, et ensuite je filme. C'est facile, et des fois, j'invente même mes propres pas. Ça me rend heureuse de danser, et ça me détend, même quand je suis triste », explique-t-elle.  La vidéo est ensuite directement postée sur les réseaux. Il n'y a donc pas besoin de grand-chose pour participer, et c'est ce qui plait aussi à Angie, qui, à quelques rues de là, reproduit également des chorégraphies vues en ligne. « À l'école, dans la cour de la maison, à l'intérieur : je danse partout. Même dans les centres commerciaux. Et des fois, des gens me rejoignent. J'aime ces défis, la variété des danses qui existent. Et ça permet de découvrir de nouveaux artistes, de nouvelles musiques et des genres que je ne connaissais pas », raconte-t-elle.  À lire aussiL'amapiano, cette musique électronique sud-africaine en train de conquérir le monde Même si ces chorégraphies naissent souvent sans qu'on s'y attende, ceux qui produisent de l'amapiano s'y intéressent de près, comme DJ Nastor, artiste installé à Johannesburg. « J'ai récemment publié un nouveau morceau, et j'ai encouragé les gens sur TikTok à créer des challenges autour. Donc ça fait partie des stratégies pour promouvoir notre musique, et ce format est aussi très courant chez nous. Et puis de voir des gens danser sur ma musique, ça montre qu'elle est bien reçue et qu'elle fait plaisir », se réjouit-il.   Et régulièrement, un « dance challenge » partagé au-delà des frontières permet au monde entier de s'enthousiasmer pour la musique sud-africaine. Boniswa Sidwaba est conseillère en stratégie digitale et ancienne responsable de contenu pour la plateforme TikTok en Afrique du Sud : « La raison pour laquelle ces vidéos voyagent autant et sont devenues des phénomènes en ligne, c'est grâce aux algorithmes qui permettent aux contenus d'émerger en fonction des centres d'intérêt, et non de la localisation. Ça a joué un grand rôle dans la distribution, afin que des gens, partout dans le monde, puissent être exposés à de tels contenus ». La fin de l'année et l'approche de l'été austral promettent en tout cas d'être un terrain fertile pour voir émerger de nouveaux sons et leurs chorégraphies. À lire aussi«A-Pop»: Tyla, la pop mondiale à l'heure sud-africaine

    En Côte d'Ivoire, quel sort pour les victimes du déguerpissement illégal à Koumassi?

    Play Episode Listen Later Sep 6, 2026 2:15


    Le 3 juin dernier, les habitants de la cité Houphouët-Boigny du quartier Campement de Koumassi, commune d'Abidjan, étaient réveillés par les bulldozers et les pelleteuses. En quelques heures, leurs maisons ont été détruites, le site rasé. Un déguerpissement illégal a été mené par un particulier, Jacques Brou Alloui, depuis arrêté et placé sous mandat de dépôt. L'instruction judiciaire est toujours en cours. Trois mois après, le sort des habitants est toujours extrêmement précaire.  De notre correspondante à Abidjan, De ce quartier populaire au bord de la lagune, il ne reste qu'un immense tas de gravats. Près de 9 hectares ont été presque entièrement rasés et Issouf tient à montrer l'abri dans lequel il vit actuellement : « Il n'y a rien ! », interpelle-t-il en montrant son logement. Il y a trois mois, il a tout perdu, il ne lui reste qu'une natte au sol pour dormir, deux tenues pour seuls vêtements et la charité pour subsister. « Il y a un gars qui m'a donné 100 francs, je vais prendre ça pour aller payer de la banane grillée pour manger. Ce n'est pas facile », déplore-t-il. Comme Issouf, ils sont quelques dizaines à dormir sous des bâches et des planches de bois faute de solutions, des logements de fortune construits dans les jours qui ont suivi le déguerpissement illégal. Pour les habitantes et habitants, il est impossible de rebâtir les maisons détruites car depuis l'ouverture d'une instruction judiciaire, le site est placé sous scellé. Toutes les responsabilités seront établies et elles donneront lieu aux sanctions prévues par la loi, a promis, début août, le président ivoirien Alassane Ouattara. Rassuré par cette déclaration, Mamadou souhaite néanmoins voir le processus s'accélérer. « Ça a trop duré !, s'exclame-t-il, excédé. Ça fait trois mois qu'on est dans cette histoire-là. On nous dit que c'est une affaire juridique, mais on ne sait pas quand est-ce qu'on aura gain de cause. Vous voyez, pour quelqu'un qui est pauvre, il ne peut pas attendre tout ce temps-là ». À lire aussiCôte d'Ivoire: un particulier à l'origine de destructions dans un quartier d'Abidjan arrêté Une rentrée scolaire sous tension Le temps presse, surtout que dans une semaine, le 14 septembre, ce sera la rentrée scolaire en Côte d'Ivoire. Faute de moyens et de logement, Moussa ne sait pas s'il pourra scolariser ses enfants. « Comment les enfants vont aller à l'école ?, interroge ce père. C'est à ça qu'on pense. Les enfants m'appellent tout le temps : "Papa, la rentrée c'est bientôt, on fait comment ?" Je ne sais même pas quoi leur dire… Il n'y a pas de solution ! » La rentrée inquiète aussi les familles qui ont trouvé refuge dans une école du quartier, l'école Bad. Des dizaines de femmes et d'enfants y sont installés. « Regardez sur les murs, ce sont les moustiques. C'est là-bas qu'on dort tous, avec des bébés », pointe Nadège qui, tout comme Fatima à ses côtés, craint d'être délogée. « Si nous on est encore ici, est-ce que les enfants pourront aller à l'école ? Ils ne pourront pas ! Mais on n'a pas de dortoir. Il nous faut des moyens pour avoir un dortoir et que nos enfants viennent fréquenter l'école. Qui peut nous venir en aide n'a qu'à nous aider pour qu'on puisse quitter l'école ! », s'exclame cette mère inquiète. Selon le ministère ivoirien de la Solidarité, 400 familles identifiées sur des sites d'accueil temporaire ont reçu une aide au relogement. À écouter dans Appels sur l'actualitéDéguerpissements : quelles conséquences pour les personnes concernées?

    Centrafrique: à Zamboï, un village qui vacille avec la fermeture de la mine [3/3]

    Play Episode Listen Later Sep 5, 2026 2:30


    À Zamboï, dans l'ouest de la République centrafricaine, à la frontière avec le Cameroun, le silence et la précarité ont remplacé l'effervescence qui régnait autrefois autour du chantier minier. Plus de deux semaines après le terrible éboulement qui a endeuillé la localité, le site reste fermé. Avec lui, c'est toute l'activité économique du village qui est à l'arrêt. De notre correspondant de retour de Zamboï, À Zamboï, l'agriculture, la pêche, la chasse et le commerce restent peu développés. La majorité des habitants dépend directement ou indirectement de l'exploitation minière pour subvenir à ses besoins. C'est d'ailleurs autour de cette activité que Zamboï s'est progressivement développée. Alors, lorsque le chantier s'arrête, c'est tout un village qui vacille. Zamboï, c'est une localité isolée, presque coupée du monde. Ici, pas de réseau téléphonique. Dans les rues, le calme domine. Sous les manguiers, la plupart des jeunes passent la journée autour d'une partie de cartes, de ludo ou de dames. Un peu plus loin, d'autres, assis sur des bancs, forment un cercle autour d'une vendeuse de vin de palme et de boissons locales. Depuis la fermeture du chantier minier, le quotidien a changé, témoigne Alban Kongbo, un habitant. « Depuis que le chantier est fermé, nous n'avons plus rien à faire, à part jouer aux jeux de société, dormir et boire pour oublier nos soucis, déplore-t-il. Nous n'arrivons plus à prendre en charge nos familles ni à subvenir à nos besoins. Nos projets sont à l'arrêt. La vie est devenue très difficile pour nous, et cette misère n'est pas facile à supporter. » Ce matin, Pélagie Yelemo, cheffe du village de Zamboï, réunit les responsables de la société Douakouzou et les autorités locales de la Nana-Mambéré. L'objectif : porter les doléances des habitants et tenter de trouver une solution à cette situation qui paralyse le village. « Nous supplions le gouvernement de nous venir en aide. La population ne cesse d'augmenter. Depuis la fermeture, nous sommes plongés dans la misère, alerte la cheffe du village. Nous sommes désormais prêts à respecter les règles d'exploitation fixées par les autorités. Sans ce chantier, nous ne pouvons pas vivre. » À lire aussiZamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3] Vers une sortie de crise ? Conscient des difficultés rencontrées par la population, Aliou Garga, responsable de la société Douakouzou, accepte de recevoir plusieurs centaines de doléances destinées au gouvernement. « Tous ces documents contiennent les doléances de la population. Elles remplissent mon pick-up. Je vais rencontrer le gouvernement pour plaider en faveur des habitants, mais le dernier mot lui revient, précise-t-il. J'ai créé ma société pour en tirer profit, pas pour la voir faire faillite. Mais le pouvoir de décision appartient au gouvernement. » Face à la multiplication des accidents sur les sites miniers, la société civile « I Gwe », qui signifie « Allons-y », propose des actions concrètes. « La proposition que nous faisons, c'est de mener une étude approfondie sur la gouvernance minière, déclare Quentin Ngbouando, son coordonnateur. C'est à partir de ce travail que nous aurons la possibilité de faire une campagne de sensibilisation auprès des détenteurs de permis miniers et peut-être aussi de saisir le parquet pour qu'une enquête soit ouverte, parce que les cas d'accidents miniers sont énormes. » Pour les autorités, toute reprise des activités devra impérativement s'accompagner d'un renforcement des mesures de sécurité et d'une sensibilisation accrue des exploitants. À lire aussiCentrafrique: à Zamboï, les travailleurs sont de retour à la mine malgré l'accident [2/3]

    Centrafrique: à Zamboï, les travailleurs sont de retour à la mine malgré l'accident [2/3]

    Play Episode Listen Later Sep 4, 2026 2:30


    En Centrafrique, plus de deux semaines après l'éboulement meurtrier survenu sur le site minier de Zamboï, à la frontière avec le Cameroun, les autorités locales ont ouvert une enquête. L'accès au site reste interdit. Selon les informations recueillies sur place, le chantier, propriété de la société Douakouzou, avait pourtant été fermé deux semaines avant le drame. Malgré cette interdiction, des groupes de jeunes auraient incité d'autres habitants à reprendre l'exploitation du site. Avant l'accident, Zamboï attirait des milliers de travailleurs venus de plusieurs régions de Centrafrique et de différents pays africains. Le village était ainsi devenu un important carrefour humain et économique, porté par l'exploitation de l'or. De notre correspondant de retour de Zamboï, Vêtus de gilets orange et de casques, quelques habitants et des membres de la société Douakouzou reviennent sur le chantier. Les traces de l'éboulement sont encore visibles : le sol est éventré, de gigantesques trous béants s'ouvrent dans le sol et des blocs de terre continuent de s'effondrer sous l'effet des pluies. Aliou Garga, propriétaire de la société Douakouzou, montre les zones considérées comme dangereuses et revient sur les circonstances du drame : « Vous voyez ces tôles ? C'est avec ça que j'ai clôturé le périmètre du chantier. Comme vous le voyez, ils ont tout cassé pour forcer le passage. Il y a eu des pluies torrentielles pendant trois jours sur le chantier. Le sol était fragile. Les 20 militaires qui surveillaient le site avaient interdit aux artisans d'y accéder. Mais les artisans étaient plusieurs milliers. C'est donc de manière illégale qu'ils ont accédé au chantier. » Pour reconstituer les faits, la délégation monte à une cinquantaine de mètres, jusqu'au premier bloc de terre qui s'est effondré. Rufin Benam Beltoungou, ministre des Mines de Centrafrique, explique : « Il y avait eu une première alerte où les stériles qui étaient en haut commençaient à s'affaisser. Ceux qui avait obtempéré et qui étaient sortis ont commencé à crier pour demander aux autres de sortir. Malheureusement, quand ils ont vu que ces stériles qui descendaient s'étaient arrêtés à un moment donné, ils se sont entêtés de continuer à travailler. Ensuite, il y a encore d'autres stériles qui étaient descendus. Et finalement, comme les travailleurs étaient dans un sol qui est un peu boueux, c'était difficile pour eux de pouvoir courir et sortir. Il y a eu un éboulement sur eux. » Une atmosphère de deuil Quarante-neuf personnes ont trouvé la mort, selon le bilan officiel du gouvernement. Mais les familles des victimes avancent un bilan beaucoup plus lourd : une centaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Anicet Bawaka, artisan minier, se trouvait dans l'un des trous au moment de l'éboulement : « J'ai couru pour sortir. Mais tout allait très vite. J'ai échappé de justesse à la mort. Ce sont les habitants de la localité qui ont commencé à sortir les corps. Presque tous les corps ont été enterrés ici, à l'exception de quelques-uns que certaines familles ont ramené dans leur village natal. Il y a eu beaucoup de pertes. » À Zamboï, la tristesse et l'atmosphère de deuil continuent de peser sur la localité. Pour prévenir une nouvelle catastrophe, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures. Selon le ministre Rufin Benam Beltoungou, « il s'agit de continuer la pédagogie. Nous allons non seulement continuer à faire de la communication, à les informer, à les éduquer, mais en même temps, nous allons renforcer la répression ». Quelques auteurs présumés, qui auraient incité les autres artisans à descendre dans les trous malgré les interdictions, ont été identifiés. Mais ils sont toujours en fuite. Les enquêtes se poursuivent et le chantier reste fermé jusqu'à nouvel ordre. À lire aussiZamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3]

    Zamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3]

    Play Episode Listen Later Sep 3, 2026 2:39


    Direction la Centrafrique pour le premier volet de notre série de trois reportages consacrés à Zamboï, un village né de l'activité minière, à la frontière avec le Cameroun. Autrefois occupé par des groupes rebelles après les crises sécuritaires qu'a connues le pays en 2013, le site a été rebaptisé Moscou-RCA après sa reprise, ces dernières années, par les forces russes de Wagner et les Forces armées centrafricaines. Aujourd'hui, le site attire des milliers de travailleurs venus de plusieurs régions du pays et d'autres pays africains. Il y a deux semaines, un terrible éboulement a fait 49 morts, selon le gouvernement, tandis que les familles des victimes évoquent une centaine de décès. Aujourd'hui, le chantier reste fermé. Rolf Steve Domia-leu nous raconte l'histoire de ce jeune village. Au cœur du village, Aliou Garga, responsable de la Société Douakouzou, propriétaire du chantier, gravit lentement une petite colline. Depuis les hauteurs, il observe Zamboï. Les maisons en bâche, les pistes poussiéreuses et l'immensité du village se dévoilent peu à peu. Du bout de l'index, il désigne les différents espaces du village et raconte son histoire, née au cœur d'une vaste forêt : « Pendant sept ans, cette zone était occupée par les rebelles. C'était une grande forêt. Les rebelles ont finalement été chassés par les Russes et des Faca. L'endroit a alors été baptisé Moscou RCA. Les artisans miniers ont commencé à s'y installer. J'ai obtenu deux permis auprès du gouvernement et je suis ici depuis un an et sept mois. » À Zamboï, plusieurs milliers de personnes vivent désormais au rythme de l'or. Venus de plusieurs régions de Centrafrique et d'autres pays africains, chercheurs d'or et commerçants affluent dans ce village en pleine expansion. À la tête de cette population grandissante, Pélagie Yelemo tente d'organiser la vie du village. « Aujourd'hui, 20 000 personnes vivent ici. J'étais commerçante à Garoua-Boulaï. Je suis venue ici pour gagner ma vie dans la mine d'or. Je me suis installée ici avec toute ma famille. Les habitants ont vu ma sociabilité, ma bravoure et mon engagement. Depuis un an et trois mois, ils m'ont élue cheffe de Moscou-RCA », explique-t-elle.  À lire aussiCentrafrique-Cameroun: après l'éboulement de Zamboï, la fermeture de la mine paralyse l'économie locale Ici, les services déconcentrés de l'État restent quasiment absents. On note toutefois la présence de policiers, de gendarmes et d'une équipe d'inspecteurs des mines, mais en effectifs limités. Prince Divine Ngaïbiro, président de la jeunesse de Zamboï, raconte : « C'est l'affaire de l'or qui nous a amenés ici. Tout le monde ici vit de l'or. Moi, par exemple, je viens de la capitale pour chercher ma vie ici. On ne sait pas faire le commerce, ni la pêche, ni la chasse. La plupart des habitants sont des jeunes désœuvrés qui ont abandonné l'école. Nous sommes dans les mines pour gagner de l'argent et avancer. » Depuis son installation, la société Douakouzou accompagne l'émancipation de Zamboï. Autour du chantier, quelques infrastructures ont ainsi vu le jour. Aliou Garga est son responsable. « Nous avons créé une société, une station-service, des hôtels, une école, un marché et un centre de santé. J'ai également créé la route pour contribuer au développement de la région. Avant d'installer cette société, j'ai commencé par une coopérative », déclare-t-il.  À Zamboï, seule la rivière Kadéï marque la frontière naturelle entre la Centrafrique et le Cameroun. Des deux côtés, l'or attire les hommes, fait vivre des familles et façonne peu à peu ce territoire frontalier. À lire aussiÉboulement meurtrier de Zamboï: «Le débat au Cameroun pour assainir le secteur minier va reprendre de plus belle»

    Tanzanie: les Masaï, les guerriers de la faune sauvage

    Play Episode Listen Later Sep 2, 2026 2:24


    Dans le nord de la Tanzanie, des guerriers Masaï ont troqué leurs lances pour des smartphones. Grâce à l'association African People and Wildlife, de nouvelles générations de villageois sont entraînées à anticiper les risques de conflit entre faune sauvage et humains et à mieux les gérer en cas d'incident. Résultat : les populations mieux informées vivent désormais en harmonie avec leurs voisins sauvages à quatre pattes. Le pas est léger et la concentration à son maximum. Dans le village de Mswakini, situé en plein passage d'animaux sauvages vers le parc national du Tarangire célèbre pour ses safaris, les wildlife warriors (« guerriers de la faune sauvage ») patrouillent. Parmi eux, il y a Lomayani. « Là, vous voyez, c'est une empreinte d'éléphant », montre-t-il. Chaque matin et soir, Lomayani et son collègue patrouillent pendant deux heures autour du village. Leur rôle : prévenir les habitants s'ils voient des signes qu'un prédateur est dans les parages. Une méthode d'anticipation bien différente du passé, comme l'explique Ezekiel Moolel, en charge du programme de coexistence entre l'homme et la faune sauvage à l'ONG African People and Wildlife : « Avant, on voyait les animaux sauvages comme des ennemis parce qu'on savait qu'ils allaient manger nos bêtes. Donc, on les combattait avec nos lances ou avec du poison. En un mois, on pouvait tuer jusqu'à trois ou quatre lions. » Désormais, les patrouilleurs n'ont plus de lances mais simplement leur bâton et leur petite machette, équipement traditionnel des Masaï qu'ils utilisent pour faire fuir les bêtes sauvages s'ils en voient. Autre accessoire désormais indispensable : un smartphone. Démonstration avec Loother, guerrier Maasaï : « Quand je patrouille, si je trouve une empreinte de lion comme celle-ci, je m'arrête et j'ouvre l'application. Ça me demande la date, le lieu, s'il s'agit d'un lion... Je dois choisir si j'ai entendu un rugissement, s'il s'agit d'une empreinte ou encore d'excréments. » À lire aussiTanzanie: le sort des populations massaï, menacées par le développement du tourisme, préoccupe l'ONU Au total, il y a une quinzaine de questions créées par l'ONG African People and Wildlife. L'objectif est de mêler communautés locales et technologie, comme l'explique Neovitus Sianga, responsable de la conservation et de l'environnement à l'association : « Dès le début, nous avons consulté les guerriers et les aînés. C'est très utile pour organiser le programme. Ce que vous voyez sur cet écran montre où ont lieu les conflits avec la faune sauvage, quels sont les principaux prédateurs responsables. Toutes ces informations nous permettent de savoir dans quoi investir notre argent exactement. » Entre 2019 et 2025, les attaques liées au bétail ont baissé de 38% dans le village de Mswakini, une amélioration en partie liée au travail des Masaï. Les conflits entre humains et faune sauvage restent malgré tout encore fréquents en Tanzanie. Selon le gouvernement, entre 2021 et 2024, plus de 8 000 incidents ont été enregistrés à travers le pays. À lire aussiEn Tanzanie, des Masaï allient tradition et technologie pour préserver les sols

    Sénégal: une initiative pour améliorer la gestion des ordures ménagères dans un quartier de Rufisque

    Play Episode Listen Later Sep 1, 2026 2:26


    À Thiawlène, un quartier de la commune de Rufisque, dans l'ouest du Sénégal, l'insalubrité a longtemps empoisonné le quotidien des habitants. Pour y remédier, une équipe engagée dans la protection de l'environnement a créé un point de collecte et de recyclage des déchets. Une initiative qui contribue aujourd'hui à changer les habitudes de la population en matière de gestion des ordures. Au début, ce lieu en bord de mer, à Thiawlène au Sénégal, n'était qu'un dépotoir sauvage. Idrissa Thiaw et son équipe l'ont transformé en un point de collecte et de recyclage des ordures : « Nous procédons à la collecte des déchets à travers nos charrettes qui font un premier tri. Et quand les déchets arrivent, nous faisons un second tri pour séparer le plastique et tout ce qui est élément ferreux. Nous avisons nos repreneurs pour venir collecter les matières valorisables. Il nous arrive de faire la récupération de tout ce qui est biodégradable pour faire du compost. Nous organisons aussi des séances de formation avec nos techniciens en agroécologie, des formations sur les cultures des sols. » Le projet associe de nombreux habitants de la localité. C'est le cas d'Aliou Konaré, qui contribue au ramassage des ordures, à l'aide d'une charrette. Il circule dans les quartiers une à deux fois par semaine : « Chaque matin d'un jour de collecte, je me lève tôt, je prépare la charrette pour me rendre dans les concessions, afin de ramasser les poubelles. Je préviens les femmes à l'avance pour qu'elles les sortent devant leurs portes. Au début, elles jetaient les déchets un peu partout, surtout au bord de la mer. Mais depuis que la zone écologique communautaire (ZEC) existe, on ne voit quasiment plus d'ordures dans les rues. » Les femmes du quartier sont elles aussi associées, notamment à travers des séances de formation et par le financement de leurs projets. Fatou Dieng est une habitante de Thiawlène : « Ils ont commencé par des séances de sensibilisation pour que les femmes sachent séparer les différents types de déchets. Ils ont aussi offert par la suite à chaque ménage une poubelle. Les femmes sont de plus en plus impliquées parce que la ZEC les aide aussi dans le financement de leurs projets. Cela a encouragé les femmes du quartier à changer de comportement dans la gestion des ordures ménagères. » Ce projet de recyclage des ordures a été mis en place avec l'aide de la mairie de Rufisque et celle de Le Soler, en France. Idrissa Thiaw et son équipe souhaitent élargir ce projet qui concerne le quartier de Thiawlène à toute la commune qui compte plus de 290 000 habitants.

    Sénégal: une start-up rend accessible l'intelligence artificielle aux locuteurs du wolof et du pulaar

    Play Episode Listen Later Aug 31, 2026 2:21


    Et si demain vous pouviez dialoguer avec une intelligence artificielle en wolof ou en pulaar ? C'est le pari de deux jeunes entrepreneurs sénégalais qui ont développé Awa, un assistant conversationnel capable de comprendre et de répondre dans ces langues africaines. Une innovation qui ambitionne de rendre les outils d'intelligence artificielle plus accessibles aux locuteurs des langues locales. Habib Diao nous fait visiter leur société Andakia avant le lancement officiel de l'outil. Reportage.  De notre correspondant à Dakar,  À première vue, elle ressemble à n'importe quelle intelligence artificielle conversationnelle. Mais contrairement à la plupart des outils numériques disponibles aujourd'hui, Awa comprend et répond en Wolof et en Pulaar. Une innovation développée par deux jeunes entrepreneurs sénégalais : Alioune Badara Mbengue et Pape Gorgui Ndoye. « On a une intelligence artificielle qui s'appelle Awa. Awa se veut être le compagnon, l'ami de tout le monde et qui vous aide à faire tout ce que vous avez besoin de faire. Et cette application là se veut vraiment être ce qu'on appelle une super app. Tout ce dont l'usager a besoin, il doit pouvoir le demander à Awa. Que ce soit une information, que ce soit l'accès à un service, commander à manger, je veux me déplacer, j'ai besoin d'envoyer un colis parce que pour nous, l'intelligence artificielle va devenir une couche, j'ai envie de dire invisible, dans toutes les interactions que les humains ont », présente Alioune Badara Mbengue. À lire aussiEn Afrique, les modèles chinois bousculent les géants américains de l'IA L'idée de création de cette intelligence artificielle est née d'un constat simple, explique-t-il : « AI for development, qui a publié cette étude, montre que la somme de toutes les langues africaines, les données qu'elles représentent sur Internet, c'est moins de 0,02 % de l'ensemble des données disponibles sur Internet. Aujourd'hui, quand vous avez des modèles d'intelligence artificielle, sans en citer, ils s'entraînent justement sur ces données. Et du coup, c'est normal que ces modèles ne soient pas très aptes à s'exprimer dans les langues africaines, justement parce qu'elles sont sous-représentées en termes de données. Donc, c'est le défi principal. Et lorsque nous, on travaille sur ces modèles là, justement, le premier défi est d'avoir de la donnée de qualité, de traiter ces données pour pouvoir entraîner des modèles qui soient aptes à comprendre ces langues-là ». Avant même son lancement officiel, cette IA suscite déjà un vif intérêt auprès du public. C'est ce qu'affirme Pape Gorgui Ndoye, co-fondateur d'Awa : « Le 18 juillet. On compte enfin lancer Awa. Là on est très optimistes parce qu'on a vu en tout cas beaucoup de retours de beaucoup de gens qui attendent impatiemment l'arrivée d'Awa, qui pourra en tout cas avoir un impact très fort sur leur quotidien ». Après le Wolof et le Pulaar, les créateurs d'Awa comptent élargir les capacités de leur outil et intégrer d'autres langues africaines. Une étape importante pour cette jeune pousse sénégalaise qui ambitionne de rendre l'intelligence artificielle plus accessible aux locuteurs des langues locales africaines. À lire aussiCampus de légende: à Rabat, l'UM6P, pôle de l'IA africaine [5/6]

    Crise post-électorale de 2016 au Gabon: quel a été le rôle de la France?

    Play Episode Listen Later Aug 30, 2026 2:15


    Il y a 10 ans, le Gabon connaissait la pire crise post-électorale de son histoire. Dans la nuit du 31 août au 1ᵉʳ septembre 2016, dans la foulée de l'annonce extrêmement contestée de la réélection d'Ali Bongo, un assaut armé était lancé contre le QG de son adversaire, Jean Ping. Le début d'une semaine de chaos à Libreville entre pillages et répression féroce dont on ne connaît toujours pas le bilan réel. Autre question toujours en suspens : quel rôle a joué la France à cette époque ? À Paris, où des plaintes sont toujours en cours d'instruction, la question embarrasse.  En septembre 2016, un chef d'entreprise franco-gabonais, qui souhaite rester discret, dépose plainte en France, notamment pour crime contre l'humanité. À l'époque gardé à vue puis libéré, il est encore marqué par les scènes d'horreur qu'il a vécues au QG de Jean Ping. « Je me souviens d'un jeune homme, je pense qu'il avait pris une balle dans la clavicule et ça sortait comme si on avait brisé une baguette de pain en deux », se rappelle-t-il, ému. Aujourd'hui, il espère toujours voir la procédure aboutir. « Ce qui me ravit, c'est que l'enquête dix ans après soit toujours en cours, souligne-t-il. Ce qui veut dire qu'on aura la vérité sur cette affaire. » D'autres plaintes ont été déposées en France, la justice doit notamment se pencher sur les allégations de crime contre l'humanité, mais aussi sur l'implication de ressortissants français dans les violences. En effet, certains Français étaient alors sous contrat avec la Garde républicaine gabonaise, qui a participé à l'assaut de la nuit du 31 août, et plusieurs d'entre eux sont mentionnés dans une plainte que RFI a pu consulter. Deux personnes présentes au QG affirment à RFI avoir entendu des soldats parlant français avec des intonations françaises. « Ces voix venaient du haut du bâtiment, précisent-elles, certainement venant d'un hélicoptère, et d'autres venaient du bas du bâtiment. C'est comme s'ils donnaient des ordres à leurs coéquipiers. » À lire aussiCoup d'État au Gabon: les victimes de la crise post-électorale de 2016 espèrent vérité et justice Un manque de collaboration des autorités françaises ? En juillet 2020, dans le cadre des enquêtes, la gendarmerie française adresse une réquisition judiciaire au ministère des Affaires étrangères et lui demande tous les documents sur 2016. À la tête de la direction Afrique du Quai d'Orsay, c'est alors Christophe Bigot, venu des renseignements extérieurs, la DGSE. Sous ses ordres, la direction Afrique n'aurait fait parvenir initialement que 35 documents sur les 315 disponibles. C'est ce que dénonce un haut fonctionnaire, qui a fait un signalement au parquet en 2024. Il nous a parlé sous anonymat. « J'ai été indigné du fait que des personnes au sein de l'administration se croient autorisées à passer outre les règles. Pourquoi cette limitation ? », interroge-t-il. Dans le signalement que RFI a pu consulter, un mail interne de Christophe Bigot indique que les documents fournis doivent être centrés sur les victimes françaises. « Il est en train de limiter, d'interpréter la réquisition », fustige le haut fonctionnaire. Contacté par RFI, le Quai d'Orsay affirme qu'il ne « commente pas une enquête judiciaire actuellement en cours et collabore pleinement avec les autorités judiciaires ». La plupart des Gabonais gardent aujourd'hui en tête le silence de Paris sur la réélection contestée d'Ali Bongo et la crise post-électorale. Une inaction qu'ils ont perçue comme une forme de soutien au régime. La France n'a pris aucune sanction contre le Gabon, se retranchant souvent derrière l'Union européenne. À lire aussiBergès Mietté: «Le Gabon s'inscrit résolument dans une trajectoire de continuité affichée et assumée avec la France»

    Histoire de la nuit africaine: le club DjaDja, la boîte afro la plus célèbre du Maroc [10/10]

    Play Episode Listen Later Aug 29, 2026 4:40


    Ouvert en 2019, seulement un an après la sortie du tube éponyme, le DjaDja Afro Club, boîte branchée de Casablanca, est devenu le symbole d'un pays en plein bouleversement démographique, où les Africains d'origine subsaharienne se comptent désormais par dizaines de milliers. Le nombre de résidents étrangers au Maroc a augmenté de 76 % en 10 ans. Les Sénégalais et les Ivoiriens sont en tête des nations les plus représentées.  De notre correspondant à Casablanca, Au DjaDja, des clients venus de toute l'Afrique se pressent pour écouter les derniers sons afro en vogue, mais le lieu s'est donné pour but d'ouvrir ses portes au plus grand nombre et de participer à ce grand mouvement d'expansion culturelle de la musique africaine dans le monde. À 30 minutes de l'ouverture des portes, Konaté Vamory, le créateur ivoirien de la boite de nuit afro la plus célèbre du pays, est détendu sur une banquette en skaï, aux côtés d'un buste géant d'une femme noire qui trône au-dessus du DJ booth. L'établissement vient de fêter ses 7 ans d'existence et il est devenu une référence de la nuit casablancaise. « C'est la fête abidjanaise que j'ai voulu apporter ici, et voilà, on l'a fait et ça a été très bien fait. Toute la semaine, je suis moi-même émerveillé, rit le gérant du DjaDja club, de l'ambiance que les DJ produisent et de comment ça se défoule sur la piste de danse… Je suis émerveillé tous les soirs, donc tous les soirs, c'est une nouvelle histoire au DjaDja. » La boîte de nuit est devenue le symbole d'un Maroc devenu pays de destination et plus seulement de transit pour les travailleurs migrants venus d'Afrique subsaharienne. Sénégalais, Ivoiriens, Congolais – sapés comme jamais – se pressent déjà devant les portes de l'établissement situé sur la corniche Aïn Diab en bord d'océan. Le club propose une diversité inédite de musiques venues de toute l'Afrique. Konaté Vamory, le patron originaire de Boundiali en Côte d'Ivoire, veut faire du DjaDja une vitrine internationale de la musique afro. « Il y a des gens de toutes les communautés et de tous les continents, s'exclame-t-il. Parfois, le weekend, tu as des Asiatiques, des Saoudiens, des Blacks bien sûr, des Afros, des Marocains, même des Arabes… donc tout le monde vient. » À lire aussiFestival Gnaoua 2026: les ponts à travers l'Afrique de Richard Bona et des maâlems marocains « Une sorte d'expansion culturelle africaine » Pour convaincre le propriétaire des lieux d'accepter son projet, Konaté Vamory a tablé sur le haut de gamme : achat d'une bouteille plus que recommandé pour pouvoir entrer et cocktail à 150 dirhams, près de 15 euros. L'équipe est très qualifiée, comme ce barman congolais, Cheryl qui est « artiste barman jongleur, donc je jongle avec des ustensiles du bar, des shakers, des bouteilles… ». Un DJ sénégalais, des danseuses marocaines, ou encore un superviseur camerounais, qui répond au nom de Joseph-Renault Bagel, complètent l'équipe. « C'est l'Afrique et nous essayons d'avoir cette mixité, histoire que tout le monde s'y retrouve et nous partageons toutes les musiques », s'enthousiasme ce dernier. L'homme jovial, au look inimitable, évoque un lieu refuge, ouvert à tous, où les propos racistes et irrespectueux restent à la porte d'entrée. « Le racisme, il est présent, mais chez nous, au DjaDja, l'une de nos missions, c'est de mettre de côté tout ce qui est divergence culturelle, tout ce qui est divergence de couleur de peau, explique Joseph-Renault Bagel. Il y a beaucoup de populations, beaucoup de communautés, des musiques qu'elles ne connaissaient pas, et le DjaDja a cette mission d'apporter, au-delà de la bonne musique, de la culture aussi, une sorte d'expansion culturelle africaine. » Le DjaDja a accueilli des stars de la musique afro : Roseline Layo, Singuila, Didi B ou encore Himra. Mais la Queen Aya Nakamura, dont le tube « DjaDja » a baptisé le club, est encore attendue. « Je ne sais pas si elle est au courant, rit Konaté Vamory, on n'a pas encore les moyens pour la faire venir mais quand elle sera là, on lui racontera l'histoire pour lui faire plaisir. »

    Histoire de la nuit africaine: à Antananarivo, 15 ans de fête et de brassage culturel au Jao's Pub[9/10]

    Play Episode Listen Later Aug 28, 2026 2:26


    À Antananarivo, sur les Hautes Terres, une salle de concert fait résonner depuis quinze ans maintenant les sonorités et les rythmes des côtes malgaches, bien au-delà de leurs régions d'origine. Jaojoby et sa fille Eusébia sont les rois et reines du salegy, le genre de musique traditionnelle le plus populaire sur l'île. En 2011, ils ouvrent l'emblématique Jao's Pub, devenu un lieu de rayonnement culturel et un tremplin pour de nombreux artistes. De notre correspondante à Antananarivo, À la nuit tombée, en ce jour de juin, malgré le froid mordant de l'hiver austral, les trottoirs d'Ambohipo, quartier populaire et enclave côtière au cœur de la capitale, ont vu fleurir tables, tabourets et surtout barbecues pour faire griller les maskita, ces brochettes de viande à la bosse de zébu. Les commerçants ont laissé place aux noctambules en mini-jupes à paillettes et blousons de soirée. Vers 21 h, à l'entrée du Jao's Pub, les clients commencent à s'amasser. « Aujourd'hui, c'est le 15ᵉ anniversaire du Jao's Pub, se réjouit Odèque, 30 ans, surexcité en entrant dans le cabaret. Et je sais qu'ils vont valoriser les traditions de chez moi, la Sava : le salegy, le begina, le malesa… Des rythmes de ce genre, moi, ça m'émerveille ! Surtout le trotrobe, parce que le trotrobe, c'est le rythme par excellence de ma ville, Sambava. » Dans leur loge, les fondateurs du lieu, Jaojoby, 70 ans, et Eusébia, sa fille, se préparent. « Mon rêve, c'était ça : créer un lieu pour les jeunes, pour la promotion de la culture, des musiques de Madagascar. Pas que pour le salegy, précise Jaojoby. C'est pour les rythmes qui bougent, les rythmes tropicaux. » « On a même eu des concerts de jazz ici, rit sa fille, Eusébia. Il y a des artistes côtiers mais aussi tananariviens qui ont fait leur première scène ici, au Jao's Pub, et qui par la suite ont pu avoir une carrière à l'international. » Un succès dont père et fille sont fiers. « Trouver un endroit pour se produire, si tu es quelqu'un qui n'est pas très, très connu, c'est très difficile, souligne Eusébia. Il faut que tu sois connu pour que tu puisses jouer dans des lieux. Et au Jao's Pub, on a toujours accueilli de nouveaux groupes qui n'étaient pas connus. On ne refuse personne. Et donc le lieu est fait pour ça aussi. » À lire aussiHistoire de la nuit africaine: au Sénégal, la montée en puissance des soirée reggae «sound system» [8/10] « Ça fait oublier tous les problèmes » Vers 23h, père et fille arrivent sur scène. Dans le public, on est loin du millier de spectateurs des grandes heures du Jao's Pub. Mais Odèque, lui, ne cache pas son enthousiasme et interpelle son idole. « Je suis un grand fan de vous, Jaojoby, depuis mes 4 ans, s'exclame-t-il. Je n'aime pas trop les bars dans la vie, mais le 15ᵉ anniversaire du Jao's Pub, je ne pouvais pas le manquer ! On va rester ici jusqu'à l'aube ! » Au pied de la scène, Patricia, originaire de la côte ouest, se déhanche avec ses amies. « Il y a de l'ambiance, de la bonne musique, ça fait oublier tous les problèmes, souffle-t-elle. C'est un lieu célèbre et dès qu'il y a un grand événement, je fais le déplacement. » Quinze ans après son ouverture, le Jao's Pub continue de faire vivre les rythmes des côtes malgaches au cœur de la capitale. Plus qu'une salle de concert, le lieu est devenu un espace de rencontre entre les différentes régions de la Grande Île, une scène ouverte aux jeunes artistes et un point de passage pour des influences venues d'ailleurs. Un lieu de brassage culturel, devenu au fil des années l'un des symboles des nuits malgaches. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l'apartheid[4/10]

    Science-fiction africaine: Sun Xa Experiment, héritiers sud-africains de l'afrofuturiste Sun Ra [5/5]

    Play Episode Listen Later Aug 27, 2026 3:16


    La musique de Sun Ra, le roi de l'afrofuturisme, continue de résonner et d'inspirer des artistes, tels que la chanteuse américaine Janelle Monáe ou le producteur Flying Lotus. En Afrique du Sud, le jazzman étatsunien disparu en 1993 et sa mythologie cosmique – il disait venir de Saturne – ont notamment influencé un groupe actuel du township de Soweto : le Sun Xa Experiment. Il tente de prolonger sa philosophie de la musique, en y mêlant les traditions africaines. De notre correspondante à Johannesburg,  Le lieu de répétition du Sun Xa Experiment se trouve au cœur du township, dans un bâtiment à l'arrière d'une maisonnette tout ce qu'il y a de plus banal. Le bassiste, Tebogo Mkhize, nous entraîne dans une grande pièce à l'ambiance feutrée, pleine de trésors, suspendue hors de l'espace et du temps. « Si vous avancez un peu, sur la gauche, il y a des platines, avec plein de vinyles. Puis, si vous regardez tout autour de vous, on trouve de l'art et même des accessoires comme ce crâne, vous nous verrez parfois avec sur scène, d'autres fois sans, raconte-t-il. Et encore sur la gauche, c'est la partie studio, où on a nos boîtes à rythmes, nos contrôleurs, des enceintes et des écrans. » Lebohang More a participé à la fondation du collectif, il y a plus de 10 ans. Et c'est bien la découverte de Sun Ra, lorsqu'il avait la vingtaine, qui a agi comme une révélation. « On a d'abord regardé son film, Space is the place, puis un de nos frères à l'époque nous a amené tout son catalogue musical. On s'est plongé là-dedans pendant deux ans !, se rappelle-t-il. On se disait : "C'est quoi ce truc ?" Le morceau sur le cosmos, par exemple, les sonorités, les chœurs… C'est comme ça que tout a commencé. » À écouter aussi#Afrofuturismes 3/5 : Littérature et musique, les bras ailés de l'afrofuturisme « Retrouver la place qui nous revient en tant que peuple » L'héritage de ce pionnier de l'Afrofuturisme a été combiné, par le groupe, à une autre référence du free jazz : le Sud-Africain Ndikho Xaba, lui aussi depuis décédé. C'est de là que vient le nom Sun Xa. « Ils jouaient tous les deux du piano, et ils se sont même rencontrés. Ndikho Xaba a quitté l'Afrique du Sud et a vécu en exil à partir des années 70, continuant à jouer sa musique d'avant-garde, explique Buyisiwe Njoko, la chanteuse du groupe. Et avec Sun Ra, tout ça influence ce qu'on fait. » Le groupe a fait de ces inspirations quelque chose qui lui est propre, une musique qui guérit, selon ses mots, qui en appelle au pouvoir des ancêtres et aux forces cosmiques, et qui se veut aussi novatrice. Sur scène, les corps peints des cinq musiciens font partie du spectacle, mêlant théâtre et danse. Et les messages de redéfinition de l'identité noire portés à l'époque aux États-Unis par Sun Ra ont une résonance particulière en Afrique du Sud. « Nous avons une chanson qui parle de récupérer nos terres, de retrouver la place qui nous revient en tant que peuple, pointe Tebogo Mkhize. Il ne s'agit pas d'aller faire la guerre, ou quoi que ce soit, notre mission est plutôt de révéler qui nous sommes réellement, de réaffirmer notre identité. C'est l'un des messages que nous cherchons à faire passer. » La vision de Sun Ra continue donc d'être refaçonnée par ce collectif, pour imaginer, au travers de la musique, un futur plus libérateur et positif.

    Science-fiction africaine: au Cameroun, les bandes-dessinées afro-futuristes de Nathanaël Ejob [4/5]

    Play Episode Listen Later Aug 26, 2026 2:07


    Il est considéré par beaucoup comme le père des webtoons africains, pour avoir introduit et développé ce format de lecture à travers l'application Zebra Comics, produite par le studio du même nom, qui revendique aujourd'hui une centaine d'ouvrages adaptés aux habitudes de lecture des jeunes sur smartphone. Nathanaël Ejob développe une constellation d'histoires, de genres et de mythologies africaines réinventées pour le public d'aujourd'hui. Dans son univers, on passe de la fantasy africaine à la science-fiction, mais surtout de l'afro-futurisme avec des récits comme celui d'Anaki, son best-seller. De notre correspondant à Yaoundé, Derrière son bureau, dans le quartier Biyem Assi, Paterson relit Anaki, une œuvre de Nathanaël Ejob, pour la énième fois. « C'est surtout l'aventure de la jeune Anaki qui est de la tribu des Balemba, tel qu'il a appelé son univers. Les Balemba sont des humains aux pouvoirs surnaturels qui sont doués par rapport au commun ordinaire et aux autres populations », détaille-t-il. De l'avis de cet amateur de bandes dessinées et directeur du Mboa BD Festival, Nathanaël Ejob est la référence du genre au Cameroun et sur le continent. « Nathanaël Ejob est la meilleure "success story" du milieu de la bande dessinée de la décennie en cours », affirme-t-il. Anaki, publié en 2019, est le best-seller de Nathanaël Ejob. L'œuvre a connu une percée spectaculaire, notamment au Nigeria voisin. « C'est une œuvre qui a eu un impact important et qui a généré 16 millions de nairas. "Anaki" a également mené avec succès quatre campagnes de crowdfunding aux États-Unis. C'est un exemple fort du potentiel commercial de création africaine. Lorsqu'ils sont bien développés et bien distribués », raconte le créateur. Cet univers puise également dans son parcours personnel. Auteur, dessinateur, scénariste, entrepreneur et membre fondateur de Zebra Comics, il est aujourd'hui considéré par beaucoup comme l'un des créateurs de bande dessinée les plus productifs d'Afrique. Nathanaël s'est lancé après un constat : il voyait très peu de héros africains modernes capables de parler à la fois à sa génération et au reste du monde. « L'Afrique est souvent racontée à travers certains clichés comme la guerre, la pauvreté. Je voulais montrer que l'Afrique a une source d'idées, de puissance, de beauté, de conflits, de spiritualités, de technologies et du futur », souligne-t-il. Avec neuf de ses amis, il a lancé en 2016 Zebra Comics, un studio de création, d'édition et de diffusion de « webtoon » basé à Douala, la capitale économique camerounaise. Zebra Comics revendique une centaine d'ouvrages et le plus grand catalogue de titres originaux créés par un même studio sur le continent. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10]

    Science-fiction africaine: la série futuriste kenyane qui aborde les défis sociétaux contemporains [3/5]

    Play Episode Listen Later Aug 25, 2026 2:37


    Cette semaine, RFI vous emmène à la découverte de l'imaginaire de science-fiction africain. Aujourd'hui, rendez-vous au Kenya, avec Subterranea, une série mêlant SF et psychologie, dont les huit épisodes sont sortis en 2024 sur Showmax. Le pitch : huit Kényans coincés dans un bunker qui tentent de survivre, persuadés qu'à l'extérieur, le monde s'effondre. Une série qui explore un genre encore peu exploité au Kenya. De notre correspondante à Nairobi, Une alarme d'autodestruction, des personnages assassinés... Dès les premières secondes, Subterranea plonge dans le feu de l'action. La série suit huit Kényans coincés dans un bunker, persuadés que Nairobi subit une attaque. Très vite, le spectateur apprend qu'ils font en réalité l'objet d'une expérience psychologique. Subterranea assume la science-fiction, un genre encore peu exploré au Kenya, reconnaît Brian Munene, scénariste et producteur. « Notre marché est largement saturé de drames familiaux et de comédies familiales. On se demandait donc si le public allait comprendre ce projet et si nous serions capables de le réaliser comme nous l'avions imaginé, compte tenu des contraintes budgétaires. Mais finalement, nous nous sommes dit : "Faisons-le". Ce que nous avons cherché à faire, c'est ancrer la série dans des personnages auxquels les Kényans peuvent facilement s'identifier, des situations qu'ils peuvent comprendre et envers lesquelles ils peuvent éprouver de l'empathie. » Dérives sectaires, avortement, dépression ou encore problèmes d'addiction... Les personnages soulèvent divers enjeux sociétaux qui permettent aussi de parler, dans la série, du Kenya d'aujourd'hui. « Beaucoup de gens sont confrontés à ces difficultés, mais elles sont rarement mises en avant à la télévision ou au cinéma, en particulier en Afrique de l'Est. Lorsque nous avons choisi les huit personnages que nous voulions placer dans le bunker, nous avons donc été très attentifs à représenter ces Kényans qui ont besoin que leur voix soit entendue », ajoute Brian Munene. Pour survivre dans le bunker, les huit Kényans doivent s'entraider. C'est tout le message de la série selon Likarion Wainaina, réalisateur et producteur. Il s'exprime depuis la terrasse d'un café à Nairobi. « Les Kényans parviennent à se mobiliser lorsqu'ils poursuivent un objectif commun, et cela naît souvent d'une situation de pression. On l'a vu avec le mouvement Gen Z. Nous nous sommes demandé : comment mettre en lumière cette idée de communauté, alors même qu'elle est en train de s'effriter aujourd'hui, notamment à cause de l'urbanisation croissante ? L'idée est venue : et si nous mettions des Kényans dans un bunker et les forcions à former une communauté ? Des personnes issues de différents groupes ethniques, de différents âges et de différentes religions, qui finissent malgré tout par se comprendre les unes les autres. » Ce producteur espère voir de plus en plus de science-fiction naître du continent africain, par exemple en adaptant les contes locaux sur grand écran. À lire aussiLes séries télés qui ont fait le buzz [2/4]: «Country Queen», une production kényane

    Science-fiction africaine: au Rwanda, la bande dessinée rêve d'indépendance énergétique [2/5]

    Play Episode Listen Later Aug 24, 2026 2:26


    Au Rwanda, une maison d'édition fait émerger de nouveaux récits afro-futuristes à travers des bandes dessinées. Parmi celles-ci, l'histoire de Kinyaga, une intrigue reprenant les thèmes de l'indépendance énergétique et des nouvelles technologies. De notre correspondante à Kigali, En 2100, une forêt de gratte-ciels domine l'horizon de Kigali. À l'origine du développement de la capitale du Rwanda, une mystérieuse énergie, explique l'illustrateur de Kinyaga, Tresor Dushime. « Le livre raconte l'histoire d'une jeune femme qui essaie de sauver son pays, avec une énergie qui s'appelle l'impulsion Kinyaga. C'est une énergie qui vient des volcans des Virunga, et dans ce futur, on a découvert que les Virunga abritent cette énergie qui sert à alimenter tout le pays. » détaille-t-il. Des dessins épurés aux couleurs ocre et pourpres illustrent une station futuriste, un laboratoire ultra-technologique où la jeune ingénieure doit se replonger dans un héritage passé pour résoudre des pannes inexpliquées. « C'est là que la majorité de l'action se passe. Vous pouvez voir que c'est une centrale qui est installée directement sur le volcan. J'ai voulu imaginer cette technologie et la centrer sur ce que nous avons ici au Rwanda. » précise Tresor Dushime. Son œuvre lance un avertissement contre la surexploitation, tout en portant le rêve d'un Rwanda autosuffisant, où les ressources naturelles du pays sont protégées et mises à profit. « On est dépendant de différents pays pour le pétrole, par exemple. Alors je voulais imaginer à quoi le Rwanda ressemblerait si on pouvait s'alimenter nous-mêmes en énergie. C'est un livre sur comment investir sur soi-même plutôt que de dépendre des autres. » souligne l'illustrateur. Kinyaga est publié par Imagine We Publishers, une maison d'édition rwandaise créée en 2015 par Dominique Uwase Alonga. Son objectif : proposer une série de bandes dessinées sur le thème de la réimagination, afin de promouvoir de nouveaux récits, plus positifs, dans un pays marqué par un passé douloureux. « À l'époque, il y avait plus de livres ou d'histoires sur le génocide contre les Tutsis de 1994. Notre identité sociale et culturelle était plus basée sur un traumatisme qu'un espoir de joie et de productivité. Je me suis dit que le livre serait une avenue par laquelle on peut partager nos histoires et nos peines, mais aussi nos espoirs et nos joies. » explique Dominique Uwase Alonga. La maison d'édition a pour ambition de porter des univers et des personnages littéraires dans lesquels la jeunesse rwandaise pourra se reconnaître et s'identifier. À lire aussiEn Côte d'Ivoire, la boîte à histoires Akissa puise dans les contes et légendes africains

    Science-fiction africaine: au Nigeria, les séries afro-futuristes de Nollywood [1/5]

    Play Episode Listen Later Aug 23, 2026 2:37


    Lorsqu'on pense au cinéma et au Nigeria, vient tout de suite en tête le célèbre Nollywood et ses films et séries dramatiques au ton théâtral. Mais parmi les 2 500 réalisations produites, aucune œuvre de science-fiction. Le genre est en revanche bien présent en ligne avec des réalisations à l'opposé du blockbuster américain Black Panther et qui revendiquent ces racines africaines. Ce mélange d'influences entre tradition africaine et science-fiction est défini par l'autrice nigériane Nnedi Okorafor comme l'afro-futurisme. L'intelligence artificielle générative a aussi donné « aux créateurs africains des superpouvoirs sans budgets hollywoodiens », selon le fondateur du premier festival du film d'intelligence artificielle africain, Obinna Okerekeocha. De notre correspondante à Lagos, Ola, un jeune homme qui naviguait dans les tumultes de l'adolescence se retrouve également à composer avec les super-pouvoirs d'une divinité Yoruba dont il est la réincarnation. C'est l'intrigue du court métrage Ogun Ola: the war is coming, réalisé par le collectif nigérian The Critics. Victor Josiah, l'un des cinq réalisateurs du groupe, revendique l'appartenance à ce genre où les imaginaires sont inspirés et racontés par des Africains. « Nous avions une passion ou un intérêt similaire pour les films hollywoodiens, ce sont les films de super-héros que nous avons regardés : Spiderman, Superman, et les autres. Et nous voulions cela dans un sens pour Nollywood. Nous voulions ça pour le Nigeria. Et nous voulions aussi avoir nos propres super-héros, nous voulions avoir nos propres films dont nous pourrions nous vanter et en être fiers », explique-t-il. Nollywood, deuxième industrie cinématographique mondiale, n'a vu émerger son premier long métrage de science-fiction qu'en 2020 : Ratnik, du regretté réalisateur Dimeji Ajibola, qui plonge Lagos dans un univers post-apocalyptique. En revanche, la production est bien plus développée en ligne, où de jeunes réalisateurs s'essayent au genre, parfois uniquement munis de leurs téléphones et de logiciels gratuits. C'est le cas de Divine Xaendra Odera, diplômée en art théâtral à l'université de Benin City. Elle écrit, produit et monte ses propres réalisations. « Le genre lui-même est déjà quelque chose qui nécessite généralement un énorme budget juste pour être exécuté. Je réalise que si nous avions plus de gens qui osaient commencer avec ce qu'ils avaient, malgré les détails techniques qu'il faudrait pour le genre, alors cela inspirerait la prochaine génération de cinéastes à faire plus », détaille-t-elle. L'intelligence artificielle, une aide à la création ? À Lagos, l'agence créative Vortex, fondée en 2013, a d'abord été une maison d'édition de bandes dessinées avant de devenir un studio d'animation mettant en avant la science-fiction africaine. Pour Somto Ajuluchukwu, son fondateur, l'intelligence artificielle peut favoriser la création. « Ce que vous imaginez peut prendre vie, vous savez, peu importe à quel point c'est fou, c'est aussi ce qui m'excite dans l'IA. Ce même niveau de flexibilité pour créer. Je pense donc que l'IA fournit en quelque sorte cette solution pour pouvoir imaginer et voir à quoi peut ressembler l'imagination », souligne-t-il. En septembre prochain se tiendra la seconde édition du Naija AI Festival, dédiée aux films africains créés à l'aide de l'intelligence artificielle. L'an dernier, plus de 300 productions y avaient été présentées. À lire aussiÉtats généraux du film documentaire: l'occasion «de raconter l'Afrique sous différents regards»

    Histoire de la nuit africaine: au Sénégal, la montée en puissance des soirée reggae «sound system» [8/10]

    Play Episode Listen Later Aug 22, 2026 2:46


    À Dakar et en région, il ne se passe pas un week-end sans « sound system », du nom de ces soirées reggae de la scène underground. Autrefois marginalisées, elles se font une place dans les nuits sénégalaises et gagnent en reconnaissance. De notre correspondante à Dakar, À Dakar, sur une piste à ciel ouvert, les corps se laissent porter par les vibrations reggae. Aux platines, le DJ enchaîne des titres venus d'Europe, des États-Unis et de Jamaïque, bien sûr. « Ici, on aime le dancehall, on aime le reggae et la culture rasta », confie Omar. Ce dernier appartient à la communauté des Baye Fall, une branche du mouridisme connue au Sénégal pour ses valeurs communes avec le mouvement rasta, comme le sens du service et l'amour de la nature. Chez lui, le reggae a toujours résonné comme une prière. Ces dernières années, il a vu peu à peu les « sound system » s'ouvrir au reste de la société. « Il y a des pères et des mères de famille, il y a des couples mariés. Il y a des responsables et cadres d'entreprise qui viennent ici juste pour profiter de la musique. Plus de personnes sont conscientes du message qu'il y a derrière », explique-t-il. Au Sénégal, les premiers « sound system » datent des années 1990, impulsés par le travail du célèbre animateur radio Cheikh Amala Doucouré. Dès 1985, ce dernier consacre chaque samedi une émission reggae sur les ondes de la radio-télévision nationale (RTS). Mais le mouvement ne prend pas vraiment, associé à une forme de déviance morale et religieuse. Aujourd'hui, les réseaux sociaux changent la donne : la rébellion pacifique de Bob Marley ou la résistance radicale de Peter Tosh trouvent un nouvel écho chez les jeunes. « Moi, ce qui m'intéresse, c'est que les gens puissent voir les messages au lieu de voir la marijuana, la fumette, etc. Tous les rastas revendiquent l'indépendance de l'Afrique en général. Il y a encore le système Babylone qui règne partout dans le monde. Moi, en tant que Sénégalais, je rejoins leur mode de pensée », souligne Omar. Dreadlocks, code vestimentaire vert-or-noir aux couleurs de la Jamaïque… Ici, chacun affiche les symboles du reggae et revendique toute l'histoire qui y est rattachée. Arame Ndiaye est responsable chez Sen Reggae, l'entité qui organise les « sound system ». « Les Jamaïcains se sentent Africains. Ce sont des descendants d'esclaves, ils sont vraiment très attachés à leur terre ici. Je vous donne un exemple : un artiste reggae qui vient au Sénégal. Il veut aller à Gorée et voir la Porte du Chemin sans retour. Pourquoi ? Parce que c'est le sang », explique-t-elle. Les « sound system » veulent désormais sortir de l'ombre du mbalax et de l'afrobeats, plus populaires au Sénégal. Bien plus que de simples fêtes, Arame Ndiaye y voit un espace de cohésion sociale. « C'est un message de paix et d'harmonie. Par exemple, avec la situation politique actuelle du pays, si plus de gens écoutaient du reggae, ils seraient beaucoup plus apaisés, comprendraient mieux les choses et agiraient différemment », estime-t-elle. À Dakar, le « sound system » a rassemblé plus d'un millier de personnes le 11 mai dernier, date anniversaire de la mort de la légende Bob Marley. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: l'Afrika Shrine, la salle mythique de Fela Kuti [7/10]

    Histoire de la nuit africaine: l'Afrika Shrine, la salle mythique de Fela Kuti [7/10]

    Play Episode Listen Later Aug 21, 2026 2:23


    RFI continue d'explorer les histoires de la nuit en Afrique. L'Afrika Shrine est la salle mythique créé par le musicien Fela Kuti en 1974. Lieu incontournable pour écouter de l'Afrobeat à Lagos. Un espace de divertissement mais aussi militant, où celui surnommé « the black president » véhiculait ses messages politiques. Dans ce club qui a plusieurs fois déménagé est entretenue la mémoire de ce passé.  De notre correspondante à Lagos, L'Afrika Shrine est la salle mythique créée par le musicien Fela Kuti en 1974, lieu incontournable pour écouter de l'afro-beat à Lagos. Un espace de divertissement mais aussi militant, où celui surnommé « the Black president » véhiculait ses messages politiques. Dans ce club qui a plusieurs fois déménagé, est entretenue la mémoire de ce passé. Une fois passés les tourniquets en métal de ce hangar en plein air, les volutes de fumée de cannabis envahissent les narines, aussi vite que les notes d'afro-beat, un mélange de highlife, de jazz et de funk mêlé à des rythmes traditionnels yoruba. Dès son ouverture en 1974, le club a mauvaise réputation : mœurs légères, substances illicites. Situé dans un quartier populaire, Mushin, tout près de la résidence de Fela, Kalakuta Republic. L'Afrika Shrine, c'est un lieu qui ne dort jamais, se souvient Kola Onasanya, percussionniste du groupe Egypt 80 : « Toutes les nuits étaient toujours géniales parce que tout le monde vient chez Fela tous les jours et c'est là que la plupart des gens terminent leurs nuits et c'est là que les gens commencent leurs matins. Certains gars viennent du club vers 3 ou 4 heures du matin jusqu'à 5 ou 6 heures et à partir de là commencent leur journée ». À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10] Mais le chanteur n'est pas seulement là pour distraire. Il s'affiche constamment, les deux poings, en l'air, combattant. Inspiré des leaders africains comme le Ghanéen Kwame Nkrumah, il affiche ses ambitions politiques. Fela le raconte dans un documentaire en 1982 : « Je vois un avenir avec mon propre parti politique. Le panafricanisme est dans l'esprit de tout le monde maintenant, inconsciemment. Tout le monde sait qu'il doit être africain maintenant ». En 1979, il crée le Movement of the People (MOP), son propre parti politique. Il tente même de se présenter à l'élection présidentielle. Mais le pouvoir en place l'en empêche. Les militaires au pouvoir n'apprécient guère ses « Yabis », des sessions de moqueries qu'il organise avant ses concerts où il s'en prend à la dictature en place, à la corruption, et aux élites. Son fils Kunle Kuti, directeur du Kalakuta Museum, décrit l'esprit rebelle de son père : « Il a interprété la plupart de ses chansons au Shrine pour sensibiliser à la mauvaise gouvernance et aussi éclairer les gens sur leurs droits. Je n'ai jamais vu un artiste aussi engagé politiquement que Fela avec ses chansons, peut-être qu'ils ont tous peur de défier le gouvernement. » En représailles, le Shrine est fermé à plusieurs reprises. Après la mort de Fela, en 1997, la famille Kuti rouvre le lieu sous un nouveau nom : le New Afrika Shrine. Depuis, ses fils Femi et Seun ont pris la relève et y performent chaque semaine. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Abidjan, la rue Princesse, mythique royaume des fêtes ivoiriennes [5/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: en Tunisie, Halima al-Zaïma, une proche de Bourguiba [10/10]

    Play Episode Listen Later Aug 20, 2026 2:21


    En Tunisie, la figure d'Halima al-Zaïma a été oubliée de l'histoire de l'indépendance du pays. Pourtant cette militante noire originaire de Gabès, au sud de la Tunisie, a joué un rôle important sur le plan politique dans les années 50. Patriote et soutien de l'ancien leader Bourguiba, cette vendeuse de vêtements et d'or, analphabète, transportait des tracts du parti du Néo-Destour, opposant à l'occupation française. Très connue dans sa ville natale, elle manque encore d'une reconnaissance nationale. De notre envoyée spéciale à Gabès, Au café Polygone, en face de la mer à Gabès, Fakhredine et Houda, les deux petits-enfants de Halima al-Zaïma, se remémorent leurs souvenirs d'enfance et l'image de leur grand-mère, morte il y a 25 ans. Fakhreddine se rappelle d'une mamie costaud aux multiples facettes : « Pour moi, ce n'était pas une femme mais plusieurs femmes en une. Elle était très imposante dans sa façon de s'habiller, sa posture, son élocution, se rappelle-t-il, c'était une grande dame ». Houda se souvient d'une femme qui parlait peu de son passé. Mais le souvenir de l'engagement anticolonial d'Halima al-Zaïma s'est transmis dans la famille. « Vu que Halima était une vendeuse de vêtements qui faisait aussi le commerce des bijoux en or entre les familles, elle était très connue et respectée à Gabès. Quand est venu le moment de la lutte pour l'indépendance, elle s'est mise à transporter des tracts du parti de Bourguiba pour les militants, explique Houda. Elle leur ramenait aussi des vêtements pour ceux qui se cachaient des Français. On a toujours entendu parler de son courage et de son amour pour Bourguiba. » Les rares photos d'Halima la montrent en compagnie de l'ancien leader qui l'avait fait monter dans sa décapotable, lors d'un défilé dans la ville. « C'est comme si on l'avait oubliée » Devant l'ancienne maison d'Halima, ses voisins, qui se reposent à l'ombre, se souviennent très bien d'elle. « Ici, on arrive dans son ancien quartier, à El Manara, à Gabès, montre l'un d'eux, ça, c'est ce qui reste de sa maison. » Fakri Chagra, retraité, déplore qu'elle n'ait même pas le nom d'une rue à son nom. « Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais eu quelque chose pour elle dans la ville, interroge-t-il. Que fait la municipalité ? C'est comme si on l'avait oubliée alors que moi, je me souviens encore d'elle à cheval avec Habib Bourguiba. » Et son souvenir s'étend au-delà de son quartier. Dans la foire d'artisanat, les commerçants parlent spontanément d'elle dès que l'on évoque son surnom, al-Zaïma, la leader. « Moi, je me souviens qu'enfant, on prenait le car avec elle pour aller dans la ville natale du leader à l'occasion de son anniversaire, se souvient Amor, artisan et musicien, elle était toujours avec nous. »  Un héritage qui risque de s'étioler sans trace officielle de l'engagement de cette femme, notamment pour les plus jeunes générations.

    Les actrices des luttes anticoloniales: Zèle Rasoanoro, la première femme journaliste de Madagascar [9/10]

    Play Episode Listen Later Aug 19, 2026 2:29


    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'elle est âgée d'à peine 20 ans, Zèle Rasoanoro écrit dans les journaux nationalistes de la Grande Île pour dénoncer l'ordre colonial et imaginer un Madagascar indépendant. Sa lutte prendra aussi la forme du syndicalisme et des actions de solidarité. Mais à l'idéalisme de la jeune militante aux convictions marxistes succéderont, après la décolonisation, la résignation et la solitude face à une indépendance inachevée.  De notre correspondant à Antananarivo, À la fin des années 1940, les journaux nationalistes malgaches fleurissent, une effervescence intellectuelle et militante s'empare d'Antananarivo. Une femme, Zèle Rasoanoro, prend la plume. Elle n'est entourée que de rédacteurs masculins. « Zèle Rasoanoro est la première femme malgache journaliste, explique l'historien Georges Radebason. Elle publiait ses idéaux nationalistes, ses idéaux indépendantistes, à travers ses articles dans les journaux du MDRM, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache. » Après l'insurrection du 29 mars 1947 contre la domination française, des milliers de militants du MDRM sont arrêtés. Zèle Rasoanoro échappe dans un premier temps à la prison avant d'être incarcérée en 1948. « À sa sortie de prison en 1950, elle ne se laisse pas intimider par la répression coloniale, poursuit l'historien. Elle rejoint le comité de solidarité de Madagascar, une organisation qui militait pour l'amnistie des prisonniers politiques, liés à l'événement de 1947. » « Syndicalisme, journalisme, activités politiques nationalistes étaient étroitement mêlés » La journaliste se nourrit de théories marxistes et milite aussi dans une section du syndicat CGT aux côtés de la militante malgache Gisèle Rabesahala et d'un groupe de communistes français. « Syndicalisme, journalisme, activités politiques nationalistes étaient étroitement mêlés à l'époque, souligne l'historienne Lucile Rabearimanana. Zèle Rasoanoro faisait une genèse des structures politiques de Madagascar, avant et pendant la colonisation, et ce qu'elle préconisait pour l'avenir d'un Madagascar indépendant. Des analyses politiques que j'ai vraiment admirées pour l'époque. Elle était hardie et audacieuse. » En 1956, épuisée par le harcèlement des forces coloniales, Zèle Rasoanoro rejoint le Parti social-démocrate du futur président malgache Philibert Tsiranana, un anticommuniste notoire. Une trahison pour ses amis. Lucile Rabearimanana a rencontré Mama Zèle, comme elle était surnommée, dans les années 1980. « Malgré les changements politiques, elle ne trouvait pas qu'il y avait des progrès sur le plan idéologique, politique, social, pointe l'historienne. Ce n'était pas l'indépendance pour laquelle ils avaient milité de manière passionnée. Elle se sentait impuissante et résignée devant l'évolution sociale et politique de l'époque. » Seule et indigente, Zèle Rasoanoro s'éteint en 1987. Son nom, aujourd'hui, reste inconnu de la majorité des Malgaches.

    Les actrices des luttes anticoloniales: au Sénégal, Thioumbé Samb, première détenue politique [8/10]

    Play Episode Listen Later Aug 18, 2026 2:29


    C'est l'une des « mamans de l'indépendance » au Sénégal : Adja Arame Thioumbé Samb, née en 1928 à Dakar, a été tour à tour l'une des militantes anticolonialistes venues réclamer l'indépendance immédiate au général de Gaulle en 1958, mais aussi la première femme détenue politique en 1960, arrêtée après avoir contesté une tentative de fraude électorale dans un bureau de vote de Saint-Louis et membre pendant 25 ans du Parti africain pour l'indépendance. De notre correspondante à Dakar,  « Le nom de Thioumbé Samb résonne. Très jeune, j'ai entendu mon père parler d'elle, se rappelle Penda Mbow, historienne. Il disait qu'elle était une bagarreuse et une femme qui ne se laissait pas faire, forte, battante. C'est le modèle de la femme militante. » L'historienne est trop jeune pour avoir connu Thioumbé Samb. Mais très tôt, la militante féministe s'est intéressée à cette cheville ouvrière de la lutte pour l'indépendance. « Certaines réunions se passaient chez elle, poursuit l'historienne, elle gardait des tracts chez elle, elle organisait des réunions clandestines. Cette femme avait tout donné à son parti. » Engagée en politique dès 1957, membre active du Parti africain de l'indépendance avec son mari, elle a continué même quand le parti a été interdit et contraint à la clandestinité en 1960. « Elle a pris tous les risques. Elle a créé le PAI clandestin qu'elle a abrité, raconte Diabou Bessane, une journaliste qui a réalisé un documentaire sur les mères de l'indépendance. Elle a même fait installer une imprimerie dans son salon pour continuer à imprimer les tracts : “Oui à l'indépendance, oui à l'indépendance immédiate.” » « Elle a eu le courage de continuer à militer » Deux ans plus tôt, en 1958, lors de la visite du général de Gaulle à Dakar, Thioumbé Samb faisait partie des militantes anticolonialistes, qui portaient des pancartes qu'elle avait en partie rédigées. « Et tout ça pour une femme qui n'avait pas été scolarisée, souligne Diabou Bessane. Elle a eu le courage de le faire. Elle a eu le courage de continuer à militer. » Avec les militantes Sellé Gueye et Adja Rose Basse, elle fonde également l'Union des femmes du Sénégal et laboure le terrain. Leur slogan : « L'indépendance avant tout. » « Elles allaient dans les hôpitaux, dans les maternités. Elles aidaient les femmes indigentes en leur expliquant pourquoi il était essentiel que le pays accède à l'indépendance, ajoute Diabou Bessane. Elles organisaient des manifestations dans les cinémas pour éveiller leurs sœurs, pour éveiller leurs frères sur cette question de l'indépendance. Donc je pense qu'elle a joué un rôle essentiel. » Arrêtée à Saint-Louis en 1960, Thioumbé Samb est emprisonnée pendant six mois pour s'être opposée à des tentatives de fraude dans un bureau de vote aux élections municipales. Elle devient la première femme détenue politique au Sénégal après l'indépendance. La militante est régulièrement traitée de communiste, déconsidérée par les hommes politiques. Invisibilisée, Thioumbé Samb meurt en 2001. Aujourd'hui, son nom figure sur une liste de cent femmes proposées à la ville de Dakar pour rebaptiser ses rues.  

    Les actrices des luttes anticoloniales: l'impératrice Taytu d'Éthiopie [7/10]

    Play Episode Listen Later Aug 17, 2026 2:15


    Bien que l'Éthiopie soit toujours restée indépendante, elle a tout de même échappé de peu au joug colonial de l'Italie. À la fin du 19e siècle, Rome, qui a pris le contrôle de l'Érythrée, cherche à étendre son influence dans la Corne de l'Afrique. Mais jamais le pays ne parviendra à s'implanter en Éthiopie – du moins, jusqu'à l'occupation italienne de 1935 à 1941 fomentée par Benito Mussolini. L'empereur éthiopien Ménélik II, au pouvoir à l'époque, devient alors un symbole de la lutte contre la colonisation, éclipsant l'impératrice Taytu Betul, son épouse, dont le rôle a pourtant été déterminant. De notre correspondante à Addis-Abeba, À Addis-Abeba, Bezawit contemple la statue ocre de l'empereur Ménélik II sur l'immense esplanade du musée d'Adwa. À ses côtés, tout aussi imposante, l'impératrice Taytu pointe du doigt la fontaine qui lui fait face, comme un clin d'œil à l'Histoire, explique Tigist Angasu, guide au musée. « Pendant le siège de Mekelle, Taytu a coupé l'approvisionnement en eau de la rivière, rendant l'accès à la ressource extrêmement difficile pour les Italiens, raconte-t-elle. La situation est ensuite devenue extrêmement ardue pour les forces italiennes qui, après six jours de siège, ont capitulé et quitté le champ de bataille. » Bezawit l'avoue : elle ne connaissait pas le rôle décisif de Taytu dans cet épisode clé de l'invasion italienne de janvier 1896. « J'ai entendu dire qu'elle a fait beaucoup de bien aux femmes et que c'était une héroïne. Mais je dois avouer que mes connaissances à ce sujet sont limitées », confie-t-elle. L'impératrice Taytu a pourtant largement contribué à l'échec de l'Italie en Éthiopie, explique l'anthropologue Alula Pankhurst : « Son mari, l'empereur, avait commencé à avoir beaucoup de relations avec les Européens et à passer des accords avec eux parce qu'il voulait importer des armes. Mais elle, elle disait toujours que si les Européens venaient avec des cadeaux, c'était parce qu'ils avaient des intentions ultérieures. Elle se méfiait beaucoup d'eux. » Le rôle de Taytu dans la bataille d'Adwa, qui a chassé les Italiens le 1er mars 1896, a été déterminant. « Premièrement, elle a créé un bataillon, une équipe de soldats de femmes sur des mules, détaille-t-il. Elle était donc aussi dans les stratagèmes, elle a donné beaucoup d'avis et aussi des soins, elle y a même participé activement lorsqu'il y a eu des opérations chirurgicales, après la bataille. C'est quelqu'un qui a, en quelque sorte, permis à l'Éthiopie de garder son indépendance vis-à-vis des pouvoirs européens à la fin du 19e siècle, tandis que les autres pays africains étaient colonisés. » Taytu a aussi marqué de son influence la capitale éthiopienne. C'est elle qui, en 1886, a choisi de la nommer Addis-Abeba, « Nouvelle Fleur » en amharique. À lire aussiÉthiopie: un ouvrage éclaire le rôle majeur des femmes dans l'histoire du pays

    Les actrices des luttes anticoloniales: Élisabeth Domitien en Centrafrique [6/10]

    Play Episode Listen Later Aug 16, 2026 2:14


    Cap sur la Centrafrique pour notre série consacrée aux actrices oubliées des luttes anticoloniales, à la rencontre d'Élisabeth Domitien. Née dans la région de la Lobaye vers 1925, cette militante s'engage très jeune au sein du Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (Mesan) fondé par Barthélemy Boganda. Longtemps restée dans l'ombre des grandes figures masculines de l'histoire centrafricaine, elle fut pourtant l'une des artisanes de l'indépendance. Responsable des femmes au sein du Mesan, elle a contribué à diffuser les idéaux du mouvement indépendantiste auprès des populations. Alors que son nom semble peu à peu s'effacer de la mémoire collective, certains plaident pour une meilleure reconnaissance de son héritage. De notre correspondant à Bangui, Sous les arbres et sur les banquettes aménagées dans l'enceinte de l'Alliance française, quelques visiteurs consultent des ouvrages d'histoire et de vieux albums photographiques consacrés à la République centrafricaine. Sur plusieurs clichés jaunis par le temps apparaît le visage d'Élisabeth Domitien, une femme au regard déterminé souvent entourée de militantes ou de responsables politiques de l'époque. Maurice Guimendego, professeur d'histoire, s'arrête longuement sur une photographie datant des années précédant l'indépendance.  « Élisabeth Domitien fut un véritable leader politique féminin. Elle entre en politique dans le Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (Mesan) créé par Barthélemy Boganda, à la fin des années 1940. Elle était commerçante et femme d'affaires, comme on le dit, même si elle ne parlait pas français. Elle prononçait ses discours en sango. Elle avait quelque chose de l'ordre du charisme naturel », explique-t-il. À quelques mètres de là, Yvon Yangana parcourt un album consacré aux pionniers de la nation. Il vient de découvrir cette histoire d'Élisabeth Domitien. « Lorsque l'on évoque l'indépendance de notre pays, les noms des grands leaders masculins reviennent souvent. Pourtant, derrière cette conquête de la liberté se trouvait aussi cette femme courageuse. Responsable des femmes au sein du Mesan, elle parcourait les villages, mobilisait les mères, les commerçantes et les agricultrices, en expliquant l'importance de l'émancipation du peuple centrafricain », confie-t-il. Dans la médiathèque, un groupe de jeunes observe des photographies montrant Élisabeth Domitien lors de plusieurs cérémonies officielles. Parmi eux se trouve Antoine Gonda, un agriculteur d'une vingtaine d'années. « J'ai compris que c'était une femme de caractère. On raconte qu'elle n'hésitait pas à dire ce qu'elle pensait, même face aux plus hautes autorités. Bien avant que les questions de représentation féminine ne deviennent un enjeu mondial, elle avait déjà tracé la voie. Aujourd'hui, même si un hôpital porte son nom, je trouve qu'elle est tombée dans l'oubli », déplore-t-il. Après l'indépendance de la République centrafricaine, en 1960, Élisabeth Domitien poursuit son engagement politique. Son influence grandit progressivement au sein du Mesan. En 1972, elle devient vice-présidente du parti. Trois ans plus tard, le président Jean-Bedel Bokassa la nomme Première ministre, faisant d'elle la première femme à occuper cette fonction en Afrique subsaharienne. À lire aussiNuits africaines en Centrafrique: le célèbre bar dancing ABC de Bangui[02/10]

    Histoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10]

    Play Episode Listen Later Aug 15, 2026 2:21


    Dans ce nouvel épisode de notre série sur l'histoire de la nuit africaine, direction le Cameroun sur les traces d'un rythme qui a pris d'assaut Yaoundé. Mariages, anniversaires, remises de diplômes : dans la capitale camerounaise, rien ou presque ne se célèbre plus sans le mbolé. Pourtant, il y a une quinzaine d'années, ce genre musical était réservé à une toute autre atmosphère : celle des veillées funéraires. Des nuits du quartier de Mvog-Ada aux célébrations populaires, le mbolé s'est transformé pour devenir, à la tombée du jour, la musique phare de la jeunesse du pays.  De notre correspondant à Yaoundé, Le djembé, un instrument de percussion joué à mains nues, résonne dans le quartier Ekounou. Ce soir-là, il ne s'agit pas d'une veillée mais d'un casting. Une vingtaine de jeunes rivalisent de mélodies devant DJ Lexus, surnommé « Le Monstre », l'un des pionniers du mbolé. « Le plus difficile a été fait : faire connaître le mouvement, nous faire accepter par nos pairs. Maintenant, il faut qu'il perdure. Ça doit passer par les générations futures », affirme celui-ci.  DJ Lexus, l'enfant des veillées des quartiers Mvog-Ada et Anguissa, organise ce type d'événements partout dans la ville. L'idée : dénicher la nouvelle pépite du mbolé et continuer la modernisation d'un genre qui, selon lui, est en pleine mutation : « Chaque jour, un nouveau concept sort, une nouvelle basse, la compétition est rude. Même les arrangeurs doivent être prêts. Aujourd'hui, nous donnons davantage de couleurs à ce rythme. Quand on a commencé, on frappait dans nos mains, c'était juste acoustique, alors que maintenant on ajoute des nappes de synthé, des basses profondes. Mais on garde l'âme, l'énergie du mbolé ». Ce sont de véritables magiciens de la composition qui ont fait le succès de cette musique, comme DJ Lexus et aujourd'hui, Junior Abega, dit « Sa Majesté ». Ce fils de musicien renommé a contribué à la fabrication de plusieurs hits mbolé depuis son studio du quartier Efoulan. En studio, il a fallu trouver à ce genre musical une vraie identité sonore : « Au départ, c'était un mouvement très spontané, très local, porté par les quartiers populaires. Les premières chansons du mbolé étaient faites dans la rue, à l'arrache. Puis, certains artistes ont compris qu'il fallait améliorer la qualité des enregistrements et qu'il fallait une rythmique qui donne immédiatement envie de bouger, parce que c'est ça le mbolé. Et puis le texte doit parler aux gens. On a travaillé les fréquences, la profondeur. Le mbolé, aujourd'hui, ça doit taper dans le cœur et dans les enceintes ».  Malgré le succès, les soirées mbolé continuent Pour garder la flamme allumée, chaque dimanche, musiciens, DJ, artistes mbolemen et simples passionnés se retrouvent à ce carrefour mouvementé du quartier Emombo, dans l'un des lieux de rassemblement les plus emblématiques des amoureux du mbolé. Il s'agit d'une vaste structure en bois à l'entrée de laquelle sont installés de nombreux équipements de musique. Parmi les habitués, Aline, une fan de la première heure qui a vu cette musique prendre de l'ampleur et passer de la rue aux événements les plus importants du pays. « J'ai l'habitude d'aller aux soirées mbolé parce que c'est un mouvement du pays. C'est propre à nous. Le mbolé, c'est une histoire de ghetto. Les artistes portent leur vécu, leur ressenti. J'aime cette musique parce qu'à travers elle, dans les paroles, je me retrouve », raconte-t-elle.  Le mbolé a connu son véritable décollage au début des années 2010, après les premières chansons enregistrées par des artistes comme Petit Malo, surnommé « le pape du mbolé ».    À lire aussiLe difficile export de la musique camerounaise

    Histoire de la nuit africaine: à Abidjan, la rue Princesse, mythique royaume des fêtes ivoiriennes [5/10]

    Play Episode Listen Later Aug 14, 2026 3:28


    RFI continue d'explorer les histoires de la nuit en Afrique. Dans cet épisode, direction la Côte d'Ivoire, à Abidjan, où la capitale de « l'enjaillement » - le fait de s'amuser - doit en bonne partie sa réputation à une artère mythique de la commune de Yopougon, la rue Princesse, rasée il y a 15 ans, le 5 août 2011, au nom de la salubrité urbaine.  De notre correspondant à Abidjan, L'histoire de la rue Princesse, « temple des nuits chaudes de la capitale économique » ivoirienne avec ses « boissons qui coulent à flot, [sa] musique à profusion, et le monde qui bouge », comme le rappelle une archive sonore de l'époque, a duré vingt ans.  Aujourd'hui, les nuits se sont refroidies. Mais si les commerces ont pris la place des maquis dans la célèbre artère, Charlie Beaux-Yeux garde encore en mémoire l'ambiance festive qui l'a longtemps animée. En 1991, cet entrepreneur avait ouvert L'Image, la toute première boîte de la rue Princesse et le début d'un mythe. « On s'est dit qu'il fallait réveiller la commune, et cela en créant une image, l'image de la commune de Yopougon. Comme nous étions dans le milieu du show-biz, on attirait tous les artistes qui passaient en Côte d'Ivoire. Même les footballeurs venaient, c'était le rendez-vous des grands ! », se remémore celui-ci.  Dans la foulée de L'Image, d'autres boîtes comme La Clinique, Le Sérum, La Pharmacie de garde cimentent la réputation de la rue Princesse. L'artère de deux kilomètres de long devient un maquis géant et le passage obligé des fêtards. Le producteur de musique Claude Bassolé était le propriétaire de L'Image. Pour lui, la rue Princesse a même redéfini la culture ivoirienne. « On a inversé la tendance ! Les gens quittaient Cocody, Treichville, Marcory, pour aller danser à Yopougon. Une boîte de nuit qui jouait à l'époque du zouglou était considérée comme une boîte folklorique. On a imposé cette musique qui est devenue notre identité nationale », raconte-il. Les stars du zouglou comme Magic System ou Yodé et Siro ont donné leurs premiers concerts rue Princesse dans les années 1990. Celle-ci a aussi vu l'émergence du coupé-décalé avec son roi, DJ Arafat, qui a fait ses premiers pas au Shangaï.  Preuve de l'importance du lieu, le président Laurent Gbagbo en personne y a passé une soirée en 2008, au Queen's, la discothèque de la star du foot Didier Drogba. La fin d'une rue, la fin d'un mythe  La médaille a son revers : le vacarme et la prostitution. En 2011, la rue Princesse est rasée au nom de la salubrité, quelques mois après l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara. Le mythe tombe, mais son esprit demeure. Il a même infusé dans tout le quartier de Yopougon, selon Léo Montaz, ethnologue spécialiste de la musique ivoirienne : « Je ne pense pas qu'il y ait des lieux qui aient la même image que la rue Princesse, qui soient aussi importants dans l'imaginaire ivoirien d'aujourd'hui. Yopougon reste un quartier central des cultures musicales ivoiriennes et un haut lieu de la fête, notamment pour les classes moyennes et les classes populaires qui n'ont pas les moyens d'aller dans les boîtes branchées de Cocody ».  Yopougon reste habité par la rue Princesse. Aujourd'hui, le biama, la version survoltée du coupé-décalé, ressuscite les nuits de la commune la plus populaire d'Abidjan.

    Les actrices des luttes anticoloniales: en 1960 à Ibadan, «la femme africaine trace son avenir» [5/10]

    Play Episode Listen Later Aug 13, 2026 2:16


    Suite de la série qu'RFI consacre aux actrices oubliées de la décolonisation sur le continent africain. Dans l'ombre des grands leaders masculins, des femmes se sont organisées pour penser la décolonisation au féminin. Il y a 66 ans, en août 1960, à Ibadan, au Nigeria, 55 déléguées de huit pays se réunissaient pour un congrès intitulé « La femme africaine trace son avenir ». S'il ne reste que peu d'archives des 12 jours de débats qui l'animèrent, l'événement est resté comme un moment fondateur de la pensée féministe panafricaine. Avec notre correspondante à Lagos, Elles étaient ghanéennes, maliennes, sénégalaises ou guinéennes issues de tous les milieux socio-professionnels. Parmi elles, des femmes de ménage, des commerçantes, des politiques ou des sages-femmes qui se sont réunies dans le but de réfléchir communément à leur place dans leur pays nouvellement indépendant, mais aussi à leur place sur le continent.  L'historienne Sara Panata s'est penchée sur les rares traces qui subsistent de la conférence d'Ibadan et explique quelles étaient les problématiques évoquées alors par les femmes : « On parlait de questions qui n'étaient pas liées à la politique formelle avec des sujets sur la place des femmes dans la famille, les droits reproductifs, le rôle social des femmes dans les nations indépendantes. Les déléguées se demandaient aussi comment créer des ponts entre femmes d'Afrique de l'Ouest, comment continuer le dialogue, et comment se penser en tant qu'Africaine et sortir des spécificités nationales portées par la colonisation ». Les débats portaient sur la conciliation d'une vie moderne tout en préservant la société traditionnelle africaine et sur la façon dont la liberté de travailler ou d'entreprendre pouvait améliorer le statut de citoyenne. Les femmes africaines, « pierres angulaires » des nations indépendantes Au Nigeria, depuis les années 1940, ces luttes passent souvent par des associations féminines fondées sur des critères religieux ou économiques. C'est l'une d'entre elles, la Women's Improvement Society of Nigeria, qui fut à l'initiative de la conférence d'Ibadan. Sa présidente de l'époque, Felicia Adetowun Ogunsheye, aujourd'hui âgée de 99 ans, se remémore ces combats : « Avant l'indépendance, nous n'étions pas traitées de manière égale, nous étions toujours reléguées au second plan, nous n'étions pas aux avant-postes... Notre préoccupation, c'était l'égalité salariale pour un travail égal. À cette époque, pour faire le même travail, j'étais payée le tiers de moins qu'un homme. Nous avons combattu cela et nous avons gagné ». Les femmes se considéraient alors prêtes à assumer de nouveaux rôles au-delà de leurs foyers, comme l'expliquait dans son discours au congrès une représentante de l'Union des femmes togolaises : « Maintenant que l'indépendance est acquise, les Africaines devraient faire face à de nouvelles tâches pour l'édification de la nation. Le rang de la femme est, dans leur société, la pierre angulaire. L'avancement se basera sur le progrès que fera la femme ». Toutefois l'unité féminine panafricaine née à Ibadan n'a pas survécu aux indépendances. Les logiques nationales ont vite pris le pas sur les discours unitaires. Même si des alliances féminines subsistent, fondées cette fois sur des affinités politiques.

    Les actrices des luttes anticoloniales: Andrée Blouin, influente conseillère et mobilisatrice de réseaux féminins [4/10]

    Play Episode Listen Later Aug 12, 2026 2:32


    La suite de notre série sur les actrices oubliées de la décolonisation. Nous nous penchons aujourd'hui sur le parcours d'Andrée Blouin, enfant métisse née en Centrafrique, qui a fait ses premiers pas en politique en Guinée et est devenue une influente conseillère de Patrice Lumumba au moment de l'indépendance du Congo. Le récit de Laurent Correau. Enfant métisse enlevée à sa mère, Andrée Blouin passe quatorze ans dans un orphelinat de Brazzaville, véritable prison pour « filles de sang mêlé », comme l'explique Subha Xavier, professeure en études françaises et africaines à l'université d'Emory, aux États-Unis : « Elle a vécu des années extrêmement difficiles au couvent. Elle les décrit comme des moments terribles d'oppression, d'aliénation, de malnutrition. On essayait de les assimiler à la culture française en les dénaturalisant de leurs origines africaines. » Au début de l'âge adulte, la mort de son fils René, auquel on refuse la quinine parce qu'il est Noir, la politise définitivement et l'ancre dans la lutte contre le système colonial. Elle suit son mari en Guinée où elle s'engage dans les années 1950 aux côtés du PDG-RDA, le Parti démocratique de Guinée, conduit par Ahmed Sékou Touré. Elle contribue à y mobiliser les femmes, notamment dans la campagne du « non » au référendum de 1958… Les explications de l'historienne Elisabeth Dikizeko : « Sékou Touré fut le catalyseur de son engagement politique. Et en Guinée, elle va adhérer au R.D.A. (Rassemblement démocratique africain), un parti anticolonialiste très important. Et là-bas, à Conakry, elle fera la rencontre de plusieurs grandes figures nationalistes camerounaises ou congolaises qui vont la pousser vers un engagement panafricaniste beaucoup plus important ».  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: au Maroc, les anonymes oubliées [3/10] Elle est appelée au Congo par les leaders nationalistes Pierre Mulele et Antoine Gizenga. Elle y organise une campagne de mobilisation populaire, structure des réseaux féminins, rédige des discours. Et comme en témoigne sa fille, Eve Blouin, elle devient cheffe du protocole du gouvernement de Patrice Lumumba après l'indépendance :  « Elle ouvrait son courrier, elle organisait les priorités des dossiers en cours, elle orchestrait les délégations étrangères et du corps diplomatique parce que c'était un véritable ballet. Mais elle avait fort à faire, car les forces adverses lui sabotaient le travail. Il y avait des dossiers qui disparaissaient, des clés qui disparaissaient. Elle arrivait, la porte de son bureau était grande ouverte. Même chose pour le bureau de Lumumba ». Elle affronte alors la presse coloniale, les diplomates et les puissances occidentales, qui voient en elle une agent du communisme international. Elle est expulsée du Congo et doit connaître l'exil… Andrée Blouin meurt en 1986, après avoir incarné l'une des voix féminines puissantes des décolonisations africaines.  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: au Maroc, les anonymes oubliées [3/10]

    Play Episode Listen Later Aug 11, 2026 2:24


    Nous poursuivons notre série d'été sur les actrices méconnues de la décolonisation. Au Maroc, le roman national met en valeur l'action des hommes : seule une poignée de femmes est mentionnée comme ayant participé à la lutte pour l'indépendance. Tout cela donne l'impression que les Marocaines auraient joué un rôle mineur. La réalité est bien différente et l'étude de leur contribution à la libération du royaume par les historiens n'en est qu'à ses balbutiements. Matthias Raynal a enquêté sur ces figures oubliées. De notre correspondant de retour de Rabat,  Voici ce qu'écrit la sociologue marocaine Fadma Aït Mous dans un article paru en 2021 : « La place des femmes dans l'Histoire marocaine, notamment durant le protectorat, reste très peu visible. Les quelques écrits qui y sont consacrés ont conclu à l'absence de reconnaissance du rôle des femmes dans la lutte anti-coloniale ». Mustapha Qadery, professeur d'histoire à l'université Mohammed V de Rabat, explique : « Si j'ose dire, les hommes s'accaparent le rôle et ce sont les hommes qui parlent d'eux-mêmes. Parce qu'on a énormément de mémoires de résistant ». Mustapha Qadery est l'un des spécialistes de la résistance marocaine au joug colonial. La conquête en elle-même dure plusieurs décennies ; les soldats français font la guerre aux tribus qui se soulèvent contre leur domination. Des conflits auxquels participent les Marocaines. « Elles avaient le henné pour entacher les lâches qui s'échappaient du champ de bataille. Elles s'occupent de la logistique de repli de leurs hommes, quand ils sont en attaque. On en a des témoignages un peu partout. Depuis la fin du XIXᵉ siècle jusqu'en 1934, c'est vraiment très costaud au niveau de la participation. Sans elles, je ne crois pas qu'il y aurait eu cette résistance acharnée », poursuit-il.  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10] Des poétesses marocaines ont aussi contribué à conserver le souvenir de ces guerres, raconte le chercheur : « On a des traces de femmes qui ont laissé curieusement leur nom par des couplets, qui évoquent les malheurs de cette guerre. On a quelques femmes qui émergent, en tout cas sur le plan local, mais on ne les voit pas dans le récit national ». Dans les années 1940-50, la lutte pour l'indépendance s'intensifie dans les villes : « On sait que dans le monde urbain, la lutte était dans le sens politique : la revendication par la presse, par des groupements, y compris la mise en place de partis politiques autorisés après la deuxième Guerre mondiale. C'est là qu'on voit l'apparition de la djellaba féminine pour les femmes urbaines qui n'avaient pas trop le droit – si j'ose dire – de sortir. L'invention de la djellaba féminine est associée, un petit peu, à ce début de sortie des femmes dans l'espace public ». Dans son article Les femmes dans le mouvement nationaliste marocain, l'historienne Assia Benadada écrit en 1999 : « Des femmes de toutes les catégories sociales et de toutes les régions se sont investies dans le mouvement nationaliste. (…) On peut constater que même le discours nationaliste a marginalisé leur rôle ».  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Play Episode Listen Later Aug 10, 2026 2:44


    Au Kenya, Field Marshall Muthoni wa Kirima est reconnue comme l'une des figures des Mau Mau. Ce mouvement d'insurrection s'est battu pour l'indépendance du Kenya dans les années 1950. Il a été très violemment réprimé par les colons britanniques. Au moins 10 000 Kényans ont été tués, jusqu'à 90 000 selon certains chiffres. Le mouvement a largement contribué à pousser le Kenya vers l'indépendance, déclarée le 12 décembre 1963. Née en 1930, décédée en septembre 2023, Field Marshal Muthoni wa Kirima est l'une des femmes qui ont combattu dans les rangs des Mau Mau. De notre correspondante à Nairobi,  Muthoni wa Kirima avait à peine plus de 20 ans lorsqu'elle a rejoint le mouvement d'insurrection des Mau Mau. Elle raconte son parcours dans un entretien diffusé sur la chaîne YouTube Mau Mau Chronicles : « J'ai pris part à cette guerre pour une bonne raison : mon père travaillait pour un Européen. Vous savez, les Européens disaient que le Kenya leur appartenait. Nous étions en réalité comme des esclaves au service des Blancs. Nous travaillions dans leurs plantations de pyrèthre. » Les Mau Mau se battent alors pour l'indépendance et pour récupérer les terres qui leur ont été volées. Le mouvement multiplie les attaques, notamment contre les fermes des colons. Les Britanniques déclarent l'état d'urgence en 1952. Une répression d'une extrême violence s'ensuit. Les Mau Mau se réfugient en forêt. Muthoni wa Kirima leur passe des informations. Découverte, elle est battue, et rejoint elle aussi la forêt. Elle n'en sortira qu'à l'indépendance, en 1963. Elle sera la seule femme à avoir reçu le haut grade de Field Marshal au sein des Mau Mau, comme le rappelle Margaret Gachihi, historienne et enseignante à l'université de Nairobi : « Field Marshal Muthoni est restée onze ans dans la forêt. Cette longévité témoigne de son engagement envers la cause Mau Mau. Elle se distinguait, non seulement en tant que femme, mais surtout par la force de son caractère. Si l'on regarde ses activités, elle a pris la tête de raids, sortant de la forêt pour mener des attaques contre les fermes des colons. » Les combattants ont dû survivre en pleine forêt, traqués par les Britanniques. Le rôle des femmes a alors été clé, pourtant longtemps sous-estimé, rappelle l'historienne : « Ce sont elles qui ont permis au mouvement de perdurer aussi longtemps. Elles fournissaient de la nourriture, servaient de messagères et transportaient du matériel pour les Mau Mau. Et certaines d'entre elles, comme Field Marshal Muthoni et d'autres, ont même rejoint la forêt et endossé des rôles de combattantes. » De nombreux survivants Mau Mau ont déploré un manque de reconnaissance après l'indépendance du Kenya, et continuent de demander compensation pour la perte de leurs terres. « Nous avons vraiment souffert pour le pays », rappelait Field Marshal Muthoni wa Kirima auprès de la chaîne YouTube Mau Mau Chronicles. Il a fallu attendre 2003 pour que l'interdiction du mouvement soit officiellement levée. À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10]

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