Reportage Afrique

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Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent chaque jour en deux minutes une photographie sonore d'un événement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jo…

Rfi - Yves-Laurent Goma


    • Sep 7, 2026 LATEST EPISODE
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    Afrique du Sud: le succès des challenges de danse amapiano en ligne

    Play Episode Listen Later Sep 7, 2026 2:20


    En musique, l'amapiano sud-africain, qui a déjà conquis le monde, continue d'évoluer et de se réinventer. Et de nouveaux artistes émergent sans cesse, parfois mis en lumière grâce à des « dance challenges », de petites chorégraphies mises en ligne sur les réseaux sociaux qui deviennent virales et que tout le monde s'amuse à reproduire. À tel point que ces vidéos sont devenues des outils pour les artistes émergents qui souhaitent gagner en visibilité. De notre correspondante à Johannesburg,  Dans les rues du township d'Alexandra, des rythmes d'amapiano s'échappent de partout : d'un salon de coiffure, des enceintes d'une voiture, et de la petite pièce dans laquelle vit, avec toute sa famille, Olanna, 15 ans, qui se filme en train de danser : « Moi, un challenge, ça me demande juste 2 minutes pour l'apprendre, et ensuite je filme. C'est facile, et des fois, j'invente même mes propres pas. Ça me rend heureuse de danser, et ça me détend, même quand je suis triste », explique-t-elle.  La vidéo est ensuite directement postée sur les réseaux. Il n'y a donc pas besoin de grand-chose pour participer, et c'est ce qui plait aussi à Angie, qui, à quelques rues de là, reproduit également des chorégraphies vues en ligne. « À l'école, dans la cour de la maison, à l'intérieur : je danse partout. Même dans les centres commerciaux. Et des fois, des gens me rejoignent. J'aime ces défis, la variété des danses qui existent. Et ça permet de découvrir de nouveaux artistes, de nouvelles musiques et des genres que je ne connaissais pas », raconte-t-elle.  À lire aussiL'amapiano, cette musique électronique sud-africaine en train de conquérir le monde Même si ces chorégraphies naissent souvent sans qu'on s'y attende, ceux qui produisent de l'amapiano s'y intéressent de près, comme DJ Nastor, artiste installé à Johannesburg. « J'ai récemment publié un nouveau morceau, et j'ai encouragé les gens sur TikTok à créer des challenges autour. Donc ça fait partie des stratégies pour promouvoir notre musique, et ce format est aussi très courant chez nous. Et puis de voir des gens danser sur ma musique, ça montre qu'elle est bien reçue et qu'elle fait plaisir », se réjouit-il.   Et régulièrement, un « dance challenge » partagé au-delà des frontières permet au monde entier de s'enthousiasmer pour la musique sud-africaine. Boniswa Sidwaba est conseillère en stratégie digitale et ancienne responsable de contenu pour la plateforme TikTok en Afrique du Sud : « La raison pour laquelle ces vidéos voyagent autant et sont devenues des phénomènes en ligne, c'est grâce aux algorithmes qui permettent aux contenus d'émerger en fonction des centres d'intérêt, et non de la localisation. Ça a joué un grand rôle dans la distribution, afin que des gens, partout dans le monde, puissent être exposés à de tels contenus ». La fin de l'année et l'approche de l'été austral promettent en tout cas d'être un terrain fertile pour voir émerger de nouveaux sons et leurs chorégraphies. À lire aussi«A-Pop»: Tyla, la pop mondiale à l'heure sud-africaine

    En Côte d'Ivoire, quel sort pour les victimes du déguerpissement illégal à Koumassi?

    Play Episode Listen Later Sep 6, 2026 2:15


    Le 3 juin dernier, les habitants de la cité Houphouët-Boigny du quartier Campement de Koumassi, commune d'Abidjan, étaient réveillés par les bulldozers et les pelleteuses. En quelques heures, leurs maisons ont été détruites, le site rasé. Un déguerpissement illégal a été mené par un particulier, Jacques Brou Alloui, depuis arrêté et placé sous mandat de dépôt. L'instruction judiciaire est toujours en cours. Trois mois après, le sort des habitants est toujours extrêmement précaire.  De notre correspondante à Abidjan, De ce quartier populaire au bord de la lagune, il ne reste qu'un immense tas de gravats. Près de 9 hectares ont été presque entièrement rasés et Issouf tient à montrer l'abri dans lequel il vit actuellement : « Il n'y a rien ! », interpelle-t-il en montrant son logement. Il y a trois mois, il a tout perdu, il ne lui reste qu'une natte au sol pour dormir, deux tenues pour seuls vêtements et la charité pour subsister. « Il y a un gars qui m'a donné 100 francs, je vais prendre ça pour aller payer de la banane grillée pour manger. Ce n'est pas facile », déplore-t-il. Comme Issouf, ils sont quelques dizaines à dormir sous des bâches et des planches de bois faute de solutions, des logements de fortune construits dans les jours qui ont suivi le déguerpissement illégal. Pour les habitantes et habitants, il est impossible de rebâtir les maisons détruites car depuis l'ouverture d'une instruction judiciaire, le site est placé sous scellé. Toutes les responsabilités seront établies et elles donneront lieu aux sanctions prévues par la loi, a promis, début août, le président ivoirien Alassane Ouattara. Rassuré par cette déclaration, Mamadou souhaite néanmoins voir le processus s'accélérer. « Ça a trop duré !, s'exclame-t-il, excédé. Ça fait trois mois qu'on est dans cette histoire-là. On nous dit que c'est une affaire juridique, mais on ne sait pas quand est-ce qu'on aura gain de cause. Vous voyez, pour quelqu'un qui est pauvre, il ne peut pas attendre tout ce temps-là ». À lire aussiCôte d'Ivoire: un particulier à l'origine de destructions dans un quartier d'Abidjan arrêté Une rentrée scolaire sous tension Le temps presse, surtout que dans une semaine, le 14 septembre, ce sera la rentrée scolaire en Côte d'Ivoire. Faute de moyens et de logement, Moussa ne sait pas s'il pourra scolariser ses enfants. « Comment les enfants vont aller à l'école ?, interroge ce père. C'est à ça qu'on pense. Les enfants m'appellent tout le temps : "Papa, la rentrée c'est bientôt, on fait comment ?" Je ne sais même pas quoi leur dire… Il n'y a pas de solution ! » La rentrée inquiète aussi les familles qui ont trouvé refuge dans une école du quartier, l'école Bad. Des dizaines de femmes et d'enfants y sont installés. « Regardez sur les murs, ce sont les moustiques. C'est là-bas qu'on dort tous, avec des bébés », pointe Nadège qui, tout comme Fatima à ses côtés, craint d'être délogée. « Si nous on est encore ici, est-ce que les enfants pourront aller à l'école ? Ils ne pourront pas ! Mais on n'a pas de dortoir. Il nous faut des moyens pour avoir un dortoir et que nos enfants viennent fréquenter l'école. Qui peut nous venir en aide n'a qu'à nous aider pour qu'on puisse quitter l'école ! », s'exclame cette mère inquiète. Selon le ministère ivoirien de la Solidarité, 400 familles identifiées sur des sites d'accueil temporaire ont reçu une aide au relogement. À écouter dans Appels sur l'actualitéDéguerpissements : quelles conséquences pour les personnes concernées?

    Centrafrique: à Zamboï, un village qui vacille avec la fermeture de la mine [3/3]

    Play Episode Listen Later Sep 5, 2026 2:30


    À Zamboï, dans l'ouest de la République centrafricaine, à la frontière avec le Cameroun, le silence et la précarité ont remplacé l'effervescence qui régnait autrefois autour du chantier minier. Plus de deux semaines après le terrible éboulement qui a endeuillé la localité, le site reste fermé. Avec lui, c'est toute l'activité économique du village qui est à l'arrêt. De notre correspondant de retour de Zamboï, À Zamboï, l'agriculture, la pêche, la chasse et le commerce restent peu développés. La majorité des habitants dépend directement ou indirectement de l'exploitation minière pour subvenir à ses besoins. C'est d'ailleurs autour de cette activité que Zamboï s'est progressivement développée. Alors, lorsque le chantier s'arrête, c'est tout un village qui vacille. Zamboï, c'est une localité isolée, presque coupée du monde. Ici, pas de réseau téléphonique. Dans les rues, le calme domine. Sous les manguiers, la plupart des jeunes passent la journée autour d'une partie de cartes, de ludo ou de dames. Un peu plus loin, d'autres, assis sur des bancs, forment un cercle autour d'une vendeuse de vin de palme et de boissons locales. Depuis la fermeture du chantier minier, le quotidien a changé, témoigne Alban Kongbo, un habitant. « Depuis que le chantier est fermé, nous n'avons plus rien à faire, à part jouer aux jeux de société, dormir et boire pour oublier nos soucis, déplore-t-il. Nous n'arrivons plus à prendre en charge nos familles ni à subvenir à nos besoins. Nos projets sont à l'arrêt. La vie est devenue très difficile pour nous, et cette misère n'est pas facile à supporter. » Ce matin, Pélagie Yelemo, cheffe du village de Zamboï, réunit les responsables de la société Douakouzou et les autorités locales de la Nana-Mambéré. L'objectif : porter les doléances des habitants et tenter de trouver une solution à cette situation qui paralyse le village. « Nous supplions le gouvernement de nous venir en aide. La population ne cesse d'augmenter. Depuis la fermeture, nous sommes plongés dans la misère, alerte la cheffe du village. Nous sommes désormais prêts à respecter les règles d'exploitation fixées par les autorités. Sans ce chantier, nous ne pouvons pas vivre. » À lire aussiZamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3] Vers une sortie de crise ? Conscient des difficultés rencontrées par la population, Aliou Garga, responsable de la société Douakouzou, accepte de recevoir plusieurs centaines de doléances destinées au gouvernement. « Tous ces documents contiennent les doléances de la population. Elles remplissent mon pick-up. Je vais rencontrer le gouvernement pour plaider en faveur des habitants, mais le dernier mot lui revient, précise-t-il. J'ai créé ma société pour en tirer profit, pas pour la voir faire faillite. Mais le pouvoir de décision appartient au gouvernement. » Face à la multiplication des accidents sur les sites miniers, la société civile « I Gwe », qui signifie « Allons-y », propose des actions concrètes. « La proposition que nous faisons, c'est de mener une étude approfondie sur la gouvernance minière, déclare Quentin Ngbouando, son coordonnateur. C'est à partir de ce travail que nous aurons la possibilité de faire une campagne de sensibilisation auprès des détenteurs de permis miniers et peut-être aussi de saisir le parquet pour qu'une enquête soit ouverte, parce que les cas d'accidents miniers sont énormes. » Pour les autorités, toute reprise des activités devra impérativement s'accompagner d'un renforcement des mesures de sécurité et d'une sensibilisation accrue des exploitants. À lire aussiCentrafrique: à Zamboï, les travailleurs sont de retour à la mine malgré l'accident [2/3]

    Centrafrique: à Zamboï, les travailleurs sont de retour à la mine malgré l'accident [2/3]

    Play Episode Listen Later Sep 4, 2026 2:30


    En Centrafrique, plus de deux semaines après l'éboulement meurtrier survenu sur le site minier de Zamboï, à la frontière avec le Cameroun, les autorités locales ont ouvert une enquête. L'accès au site reste interdit. Selon les informations recueillies sur place, le chantier, propriété de la société Douakouzou, avait pourtant été fermé deux semaines avant le drame. Malgré cette interdiction, des groupes de jeunes auraient incité d'autres habitants à reprendre l'exploitation du site. Avant l'accident, Zamboï attirait des milliers de travailleurs venus de plusieurs régions de Centrafrique et de différents pays africains. Le village était ainsi devenu un important carrefour humain et économique, porté par l'exploitation de l'or. De notre correspondant de retour de Zamboï, Vêtus de gilets orange et de casques, quelques habitants et des membres de la société Douakouzou reviennent sur le chantier. Les traces de l'éboulement sont encore visibles : le sol est éventré, de gigantesques trous béants s'ouvrent dans le sol et des blocs de terre continuent de s'effondrer sous l'effet des pluies. Aliou Garga, propriétaire de la société Douakouzou, montre les zones considérées comme dangereuses et revient sur les circonstances du drame : « Vous voyez ces tôles ? C'est avec ça que j'ai clôturé le périmètre du chantier. Comme vous le voyez, ils ont tout cassé pour forcer le passage. Il y a eu des pluies torrentielles pendant trois jours sur le chantier. Le sol était fragile. Les 20 militaires qui surveillaient le site avaient interdit aux artisans d'y accéder. Mais les artisans étaient plusieurs milliers. C'est donc de manière illégale qu'ils ont accédé au chantier. » Pour reconstituer les faits, la délégation monte à une cinquantaine de mètres, jusqu'au premier bloc de terre qui s'est effondré. Rufin Benam Beltoungou, ministre des Mines de Centrafrique, explique : « Il y avait eu une première alerte où les stériles qui étaient en haut commençaient à s'affaisser. Ceux qui avait obtempéré et qui étaient sortis ont commencé à crier pour demander aux autres de sortir. Malheureusement, quand ils ont vu que ces stériles qui descendaient s'étaient arrêtés à un moment donné, ils se sont entêtés de continuer à travailler. Ensuite, il y a encore d'autres stériles qui étaient descendus. Et finalement, comme les travailleurs étaient dans un sol qui est un peu boueux, c'était difficile pour eux de pouvoir courir et sortir. Il y a eu un éboulement sur eux. » Une atmosphère de deuil Quarante-neuf personnes ont trouvé la mort, selon le bilan officiel du gouvernement. Mais les familles des victimes avancent un bilan beaucoup plus lourd : une centaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Anicet Bawaka, artisan minier, se trouvait dans l'un des trous au moment de l'éboulement : « J'ai couru pour sortir. Mais tout allait très vite. J'ai échappé de justesse à la mort. Ce sont les habitants de la localité qui ont commencé à sortir les corps. Presque tous les corps ont été enterrés ici, à l'exception de quelques-uns que certaines familles ont ramené dans leur village natal. Il y a eu beaucoup de pertes. » À Zamboï, la tristesse et l'atmosphère de deuil continuent de peser sur la localité. Pour prévenir une nouvelle catastrophe, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures. Selon le ministre Rufin Benam Beltoungou, « il s'agit de continuer la pédagogie. Nous allons non seulement continuer à faire de la communication, à les informer, à les éduquer, mais en même temps, nous allons renforcer la répression ». Quelques auteurs présumés, qui auraient incité les autres artisans à descendre dans les trous malgré les interdictions, ont été identifiés. Mais ils sont toujours en fuite. Les enquêtes se poursuivent et le chantier reste fermé jusqu'à nouvel ordre. À lire aussiZamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3]

    Zamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3]

    Play Episode Listen Later Sep 3, 2026 2:39


    Direction la Centrafrique pour le premier volet de notre série de trois reportages consacrés à Zamboï, un village né de l'activité minière, à la frontière avec le Cameroun. Autrefois occupé par des groupes rebelles après les crises sécuritaires qu'a connues le pays en 2013, le site a été rebaptisé Moscou-RCA après sa reprise, ces dernières années, par les forces russes de Wagner et les Forces armées centrafricaines. Aujourd'hui, le site attire des milliers de travailleurs venus de plusieurs régions du pays et d'autres pays africains. Il y a deux semaines, un terrible éboulement a fait 49 morts, selon le gouvernement, tandis que les familles des victimes évoquent une centaine de décès. Aujourd'hui, le chantier reste fermé. Rolf Steve Domia-leu nous raconte l'histoire de ce jeune village. Au cœur du village, Aliou Garga, responsable de la Société Douakouzou, propriétaire du chantier, gravit lentement une petite colline. Depuis les hauteurs, il observe Zamboï. Les maisons en bâche, les pistes poussiéreuses et l'immensité du village se dévoilent peu à peu. Du bout de l'index, il désigne les différents espaces du village et raconte son histoire, née au cœur d'une vaste forêt : « Pendant sept ans, cette zone était occupée par les rebelles. C'était une grande forêt. Les rebelles ont finalement été chassés par les Russes et des Faca. L'endroit a alors été baptisé Moscou RCA. Les artisans miniers ont commencé à s'y installer. J'ai obtenu deux permis auprès du gouvernement et je suis ici depuis un an et sept mois. » À Zamboï, plusieurs milliers de personnes vivent désormais au rythme de l'or. Venus de plusieurs régions de Centrafrique et d'autres pays africains, chercheurs d'or et commerçants affluent dans ce village en pleine expansion. À la tête de cette population grandissante, Pélagie Yelemo tente d'organiser la vie du village. « Aujourd'hui, 20 000 personnes vivent ici. J'étais commerçante à Garoua-Boulaï. Je suis venue ici pour gagner ma vie dans la mine d'or. Je me suis installée ici avec toute ma famille. Les habitants ont vu ma sociabilité, ma bravoure et mon engagement. Depuis un an et trois mois, ils m'ont élue cheffe de Moscou-RCA », explique-t-elle.  À lire aussiCentrafrique-Cameroun: après l'éboulement de Zamboï, la fermeture de la mine paralyse l'économie locale Ici, les services déconcentrés de l'État restent quasiment absents. On note toutefois la présence de policiers, de gendarmes et d'une équipe d'inspecteurs des mines, mais en effectifs limités. Prince Divine Ngaïbiro, président de la jeunesse de Zamboï, raconte : « C'est l'affaire de l'or qui nous a amenés ici. Tout le monde ici vit de l'or. Moi, par exemple, je viens de la capitale pour chercher ma vie ici. On ne sait pas faire le commerce, ni la pêche, ni la chasse. La plupart des habitants sont des jeunes désœuvrés qui ont abandonné l'école. Nous sommes dans les mines pour gagner de l'argent et avancer. » Depuis son installation, la société Douakouzou accompagne l'émancipation de Zamboï. Autour du chantier, quelques infrastructures ont ainsi vu le jour. Aliou Garga est son responsable. « Nous avons créé une société, une station-service, des hôtels, une école, un marché et un centre de santé. J'ai également créé la route pour contribuer au développement de la région. Avant d'installer cette société, j'ai commencé par une coopérative », déclare-t-il.  À Zamboï, seule la rivière Kadéï marque la frontière naturelle entre la Centrafrique et le Cameroun. Des deux côtés, l'or attire les hommes, fait vivre des familles et façonne peu à peu ce territoire frontalier. À lire aussiÉboulement meurtrier de Zamboï: «Le débat au Cameroun pour assainir le secteur minier va reprendre de plus belle»

    Tanzanie: les Masaï, les guerriers de la faune sauvage

    Play Episode Listen Later Sep 2, 2026 2:24


    Dans le nord de la Tanzanie, des guerriers Masaï ont troqué leurs lances pour des smartphones. Grâce à l'association African People and Wildlife, de nouvelles générations de villageois sont entraînées à anticiper les risques de conflit entre faune sauvage et humains et à mieux les gérer en cas d'incident. Résultat : les populations mieux informées vivent désormais en harmonie avec leurs voisins sauvages à quatre pattes. Le pas est léger et la concentration à son maximum. Dans le village de Mswakini, situé en plein passage d'animaux sauvages vers le parc national du Tarangire célèbre pour ses safaris, les wildlife warriors (« guerriers de la faune sauvage ») patrouillent. Parmi eux, il y a Lomayani. « Là, vous voyez, c'est une empreinte d'éléphant », montre-t-il. Chaque matin et soir, Lomayani et son collègue patrouillent pendant deux heures autour du village. Leur rôle : prévenir les habitants s'ils voient des signes qu'un prédateur est dans les parages. Une méthode d'anticipation bien différente du passé, comme l'explique Ezekiel Moolel, en charge du programme de coexistence entre l'homme et la faune sauvage à l'ONG African People and Wildlife : « Avant, on voyait les animaux sauvages comme des ennemis parce qu'on savait qu'ils allaient manger nos bêtes. Donc, on les combattait avec nos lances ou avec du poison. En un mois, on pouvait tuer jusqu'à trois ou quatre lions. » Désormais, les patrouilleurs n'ont plus de lances mais simplement leur bâton et leur petite machette, équipement traditionnel des Masaï qu'ils utilisent pour faire fuir les bêtes sauvages s'ils en voient. Autre accessoire désormais indispensable : un smartphone. Démonstration avec Loother, guerrier Maasaï : « Quand je patrouille, si je trouve une empreinte de lion comme celle-ci, je m'arrête et j'ouvre l'application. Ça me demande la date, le lieu, s'il s'agit d'un lion... Je dois choisir si j'ai entendu un rugissement, s'il s'agit d'une empreinte ou encore d'excréments. » À lire aussiTanzanie: le sort des populations massaï, menacées par le développement du tourisme, préoccupe l'ONU Au total, il y a une quinzaine de questions créées par l'ONG African People and Wildlife. L'objectif est de mêler communautés locales et technologie, comme l'explique Neovitus Sianga, responsable de la conservation et de l'environnement à l'association : « Dès le début, nous avons consulté les guerriers et les aînés. C'est très utile pour organiser le programme. Ce que vous voyez sur cet écran montre où ont lieu les conflits avec la faune sauvage, quels sont les principaux prédateurs responsables. Toutes ces informations nous permettent de savoir dans quoi investir notre argent exactement. » Entre 2019 et 2025, les attaques liées au bétail ont baissé de 38% dans le village de Mswakini, une amélioration en partie liée au travail des Masaï. Les conflits entre humains et faune sauvage restent malgré tout encore fréquents en Tanzanie. Selon le gouvernement, entre 2021 et 2024, plus de 8 000 incidents ont été enregistrés à travers le pays. À lire aussiEn Tanzanie, des Masaï allient tradition et technologie pour préserver les sols

    Sénégal: une initiative pour améliorer la gestion des ordures ménagères dans un quartier de Rufisque

    Play Episode Listen Later Sep 1, 2026 2:26


    À Thiawlène, un quartier de la commune de Rufisque, dans l'ouest du Sénégal, l'insalubrité a longtemps empoisonné le quotidien des habitants. Pour y remédier, une équipe engagée dans la protection de l'environnement a créé un point de collecte et de recyclage des déchets. Une initiative qui contribue aujourd'hui à changer les habitudes de la population en matière de gestion des ordures. Au début, ce lieu en bord de mer, à Thiawlène au Sénégal, n'était qu'un dépotoir sauvage. Idrissa Thiaw et son équipe l'ont transformé en un point de collecte et de recyclage des ordures : « Nous procédons à la collecte des déchets à travers nos charrettes qui font un premier tri. Et quand les déchets arrivent, nous faisons un second tri pour séparer le plastique et tout ce qui est élément ferreux. Nous avisons nos repreneurs pour venir collecter les matières valorisables. Il nous arrive de faire la récupération de tout ce qui est biodégradable pour faire du compost. Nous organisons aussi des séances de formation avec nos techniciens en agroécologie, des formations sur les cultures des sols. » Le projet associe de nombreux habitants de la localité. C'est le cas d'Aliou Konaré, qui contribue au ramassage des ordures, à l'aide d'une charrette. Il circule dans les quartiers une à deux fois par semaine : « Chaque matin d'un jour de collecte, je me lève tôt, je prépare la charrette pour me rendre dans les concessions, afin de ramasser les poubelles. Je préviens les femmes à l'avance pour qu'elles les sortent devant leurs portes. Au début, elles jetaient les déchets un peu partout, surtout au bord de la mer. Mais depuis que la zone écologique communautaire (ZEC) existe, on ne voit quasiment plus d'ordures dans les rues. » Les femmes du quartier sont elles aussi associées, notamment à travers des séances de formation et par le financement de leurs projets. Fatou Dieng est une habitante de Thiawlène : « Ils ont commencé par des séances de sensibilisation pour que les femmes sachent séparer les différents types de déchets. Ils ont aussi offert par la suite à chaque ménage une poubelle. Les femmes sont de plus en plus impliquées parce que la ZEC les aide aussi dans le financement de leurs projets. Cela a encouragé les femmes du quartier à changer de comportement dans la gestion des ordures ménagères. » Ce projet de recyclage des ordures a été mis en place avec l'aide de la mairie de Rufisque et celle de Le Soler, en France. Idrissa Thiaw et son équipe souhaitent élargir ce projet qui concerne le quartier de Thiawlène à toute la commune qui compte plus de 290 000 habitants.

    Sénégal: une start-up rend accessible l'intelligence artificielle aux locuteurs du wolof et du pulaar

    Play Episode Listen Later Aug 31, 2026 2:21


    Et si demain vous pouviez dialoguer avec une intelligence artificielle en wolof ou en pulaar ? C'est le pari de deux jeunes entrepreneurs sénégalais qui ont développé Awa, un assistant conversationnel capable de comprendre et de répondre dans ces langues africaines. Une innovation qui ambitionne de rendre les outils d'intelligence artificielle plus accessibles aux locuteurs des langues locales. Habib Diao nous fait visiter leur société Andakia avant le lancement officiel de l'outil. Reportage.  De notre correspondant à Dakar,  À première vue, elle ressemble à n'importe quelle intelligence artificielle conversationnelle. Mais contrairement à la plupart des outils numériques disponibles aujourd'hui, Awa comprend et répond en Wolof et en Pulaar. Une innovation développée par deux jeunes entrepreneurs sénégalais : Alioune Badara Mbengue et Pape Gorgui Ndoye. « On a une intelligence artificielle qui s'appelle Awa. Awa se veut être le compagnon, l'ami de tout le monde et qui vous aide à faire tout ce que vous avez besoin de faire. Et cette application là se veut vraiment être ce qu'on appelle une super app. Tout ce dont l'usager a besoin, il doit pouvoir le demander à Awa. Que ce soit une information, que ce soit l'accès à un service, commander à manger, je veux me déplacer, j'ai besoin d'envoyer un colis parce que pour nous, l'intelligence artificielle va devenir une couche, j'ai envie de dire invisible, dans toutes les interactions que les humains ont », présente Alioune Badara Mbengue. À lire aussiEn Afrique, les modèles chinois bousculent les géants américains de l'IA L'idée de création de cette intelligence artificielle est née d'un constat simple, explique-t-il : « AI for development, qui a publié cette étude, montre que la somme de toutes les langues africaines, les données qu'elles représentent sur Internet, c'est moins de 0,02 % de l'ensemble des données disponibles sur Internet. Aujourd'hui, quand vous avez des modèles d'intelligence artificielle, sans en citer, ils s'entraînent justement sur ces données. Et du coup, c'est normal que ces modèles ne soient pas très aptes à s'exprimer dans les langues africaines, justement parce qu'elles sont sous-représentées en termes de données. Donc, c'est le défi principal. Et lorsque nous, on travaille sur ces modèles là, justement, le premier défi est d'avoir de la donnée de qualité, de traiter ces données pour pouvoir entraîner des modèles qui soient aptes à comprendre ces langues-là ». Avant même son lancement officiel, cette IA suscite déjà un vif intérêt auprès du public. C'est ce qu'affirme Pape Gorgui Ndoye, co-fondateur d'Awa : « Le 18 juillet. On compte enfin lancer Awa. Là on est très optimistes parce qu'on a vu en tout cas beaucoup de retours de beaucoup de gens qui attendent impatiemment l'arrivée d'Awa, qui pourra en tout cas avoir un impact très fort sur leur quotidien ». Après le Wolof et le Pulaar, les créateurs d'Awa comptent élargir les capacités de leur outil et intégrer d'autres langues africaines. Une étape importante pour cette jeune pousse sénégalaise qui ambitionne de rendre l'intelligence artificielle plus accessible aux locuteurs des langues locales africaines. À lire aussiCampus de légende: à Rabat, l'UM6P, pôle de l'IA africaine [5/6]

    Crise post-électorale de 2016 au Gabon: quel a été le rôle de la France?

    Play Episode Listen Later Aug 30, 2026 2:15


    Il y a 10 ans, le Gabon connaissait la pire crise post-électorale de son histoire. Dans la nuit du 31 août au 1ᵉʳ septembre 2016, dans la foulée de l'annonce extrêmement contestée de la réélection d'Ali Bongo, un assaut armé était lancé contre le QG de son adversaire, Jean Ping. Le début d'une semaine de chaos à Libreville entre pillages et répression féroce dont on ne connaît toujours pas le bilan réel. Autre question toujours en suspens : quel rôle a joué la France à cette époque ? À Paris, où des plaintes sont toujours en cours d'instruction, la question embarrasse.  En septembre 2016, un chef d'entreprise franco-gabonais, qui souhaite rester discret, dépose plainte en France, notamment pour crime contre l'humanité. À l'époque gardé à vue puis libéré, il est encore marqué par les scènes d'horreur qu'il a vécues au QG de Jean Ping. « Je me souviens d'un jeune homme, je pense qu'il avait pris une balle dans la clavicule et ça sortait comme si on avait brisé une baguette de pain en deux », se rappelle-t-il, ému. Aujourd'hui, il espère toujours voir la procédure aboutir. « Ce qui me ravit, c'est que l'enquête dix ans après soit toujours en cours, souligne-t-il. Ce qui veut dire qu'on aura la vérité sur cette affaire. » D'autres plaintes ont été déposées en France, la justice doit notamment se pencher sur les allégations de crime contre l'humanité, mais aussi sur l'implication de ressortissants français dans les violences. En effet, certains Français étaient alors sous contrat avec la Garde républicaine gabonaise, qui a participé à l'assaut de la nuit du 31 août, et plusieurs d'entre eux sont mentionnés dans une plainte que RFI a pu consulter. Deux personnes présentes au QG affirment à RFI avoir entendu des soldats parlant français avec des intonations françaises. « Ces voix venaient du haut du bâtiment, précisent-elles, certainement venant d'un hélicoptère, et d'autres venaient du bas du bâtiment. C'est comme s'ils donnaient des ordres à leurs coéquipiers. » À lire aussiCoup d'État au Gabon: les victimes de la crise post-électorale de 2016 espèrent vérité et justice Un manque de collaboration des autorités françaises ? En juillet 2020, dans le cadre des enquêtes, la gendarmerie française adresse une réquisition judiciaire au ministère des Affaires étrangères et lui demande tous les documents sur 2016. À la tête de la direction Afrique du Quai d'Orsay, c'est alors Christophe Bigot, venu des renseignements extérieurs, la DGSE. Sous ses ordres, la direction Afrique n'aurait fait parvenir initialement que 35 documents sur les 315 disponibles. C'est ce que dénonce un haut fonctionnaire, qui a fait un signalement au parquet en 2024. Il nous a parlé sous anonymat. « J'ai été indigné du fait que des personnes au sein de l'administration se croient autorisées à passer outre les règles. Pourquoi cette limitation ? », interroge-t-il. Dans le signalement que RFI a pu consulter, un mail interne de Christophe Bigot indique que les documents fournis doivent être centrés sur les victimes françaises. « Il est en train de limiter, d'interpréter la réquisition », fustige le haut fonctionnaire. Contacté par RFI, le Quai d'Orsay affirme qu'il ne « commente pas une enquête judiciaire actuellement en cours et collabore pleinement avec les autorités judiciaires ». La plupart des Gabonais gardent aujourd'hui en tête le silence de Paris sur la réélection contestée d'Ali Bongo et la crise post-électorale. Une inaction qu'ils ont perçue comme une forme de soutien au régime. La France n'a pris aucune sanction contre le Gabon, se retranchant souvent derrière l'Union européenne. À lire aussiBergès Mietté: «Le Gabon s'inscrit résolument dans une trajectoire de continuité affichée et assumée avec la France»

    Histoire de la nuit africaine: le club DjaDja, la boîte afro la plus célèbre du Maroc [10/10]

    Play Episode Listen Later Aug 29, 2026 4:40


    Ouvert en 2019, seulement un an après la sortie du tube éponyme, le DjaDja Afro Club, boîte branchée de Casablanca, est devenu le symbole d'un pays en plein bouleversement démographique, où les Africains d'origine subsaharienne se comptent désormais par dizaines de milliers. Le nombre de résidents étrangers au Maroc a augmenté de 76 % en 10 ans. Les Sénégalais et les Ivoiriens sont en tête des nations les plus représentées.  De notre correspondant à Casablanca, Au DjaDja, des clients venus de toute l'Afrique se pressent pour écouter les derniers sons afro en vogue, mais le lieu s'est donné pour but d'ouvrir ses portes au plus grand nombre et de participer à ce grand mouvement d'expansion culturelle de la musique africaine dans le monde. À 30 minutes de l'ouverture des portes, Konaté Vamory, le créateur ivoirien de la boite de nuit afro la plus célèbre du pays, est détendu sur une banquette en skaï, aux côtés d'un buste géant d'une femme noire qui trône au-dessus du DJ booth. L'établissement vient de fêter ses 7 ans d'existence et il est devenu une référence de la nuit casablancaise. « C'est la fête abidjanaise que j'ai voulu apporter ici, et voilà, on l'a fait et ça a été très bien fait. Toute la semaine, je suis moi-même émerveillé, rit le gérant du DjaDja club, de l'ambiance que les DJ produisent et de comment ça se défoule sur la piste de danse… Je suis émerveillé tous les soirs, donc tous les soirs, c'est une nouvelle histoire au DjaDja. » La boîte de nuit est devenue le symbole d'un Maroc devenu pays de destination et plus seulement de transit pour les travailleurs migrants venus d'Afrique subsaharienne. Sénégalais, Ivoiriens, Congolais – sapés comme jamais – se pressent déjà devant les portes de l'établissement situé sur la corniche Aïn Diab en bord d'océan. Le club propose une diversité inédite de musiques venues de toute l'Afrique. Konaté Vamory, le patron originaire de Boundiali en Côte d'Ivoire, veut faire du DjaDja une vitrine internationale de la musique afro. « Il y a des gens de toutes les communautés et de tous les continents, s'exclame-t-il. Parfois, le weekend, tu as des Asiatiques, des Saoudiens, des Blacks bien sûr, des Afros, des Marocains, même des Arabes… donc tout le monde vient. » À lire aussiFestival Gnaoua 2026: les ponts à travers l'Afrique de Richard Bona et des maâlems marocains « Une sorte d'expansion culturelle africaine » Pour convaincre le propriétaire des lieux d'accepter son projet, Konaté Vamory a tablé sur le haut de gamme : achat d'une bouteille plus que recommandé pour pouvoir entrer et cocktail à 150 dirhams, près de 15 euros. L'équipe est très qualifiée, comme ce barman congolais, Cheryl qui est « artiste barman jongleur, donc je jongle avec des ustensiles du bar, des shakers, des bouteilles… ». Un DJ sénégalais, des danseuses marocaines, ou encore un superviseur camerounais, qui répond au nom de Joseph-Renault Bagel, complètent l'équipe. « C'est l'Afrique et nous essayons d'avoir cette mixité, histoire que tout le monde s'y retrouve et nous partageons toutes les musiques », s'enthousiasme ce dernier. L'homme jovial, au look inimitable, évoque un lieu refuge, ouvert à tous, où les propos racistes et irrespectueux restent à la porte d'entrée. « Le racisme, il est présent, mais chez nous, au DjaDja, l'une de nos missions, c'est de mettre de côté tout ce qui est divergence culturelle, tout ce qui est divergence de couleur de peau, explique Joseph-Renault Bagel. Il y a beaucoup de populations, beaucoup de communautés, des musiques qu'elles ne connaissaient pas, et le DjaDja a cette mission d'apporter, au-delà de la bonne musique, de la culture aussi, une sorte d'expansion culturelle africaine. » Le DjaDja a accueilli des stars de la musique afro : Roseline Layo, Singuila, Didi B ou encore Himra. Mais la Queen Aya Nakamura, dont le tube « DjaDja » a baptisé le club, est encore attendue. « Je ne sais pas si elle est au courant, rit Konaté Vamory, on n'a pas encore les moyens pour la faire venir mais quand elle sera là, on lui racontera l'histoire pour lui faire plaisir. »

    Histoire de la nuit africaine: à Antananarivo, 15 ans de fête et de brassage culturel au Jao's Pub[9/10]

    Play Episode Listen Later Aug 28, 2026 2:26


    À Antananarivo, sur les Hautes Terres, une salle de concert fait résonner depuis quinze ans maintenant les sonorités et les rythmes des côtes malgaches, bien au-delà de leurs régions d'origine. Jaojoby et sa fille Eusébia sont les rois et reines du salegy, le genre de musique traditionnelle le plus populaire sur l'île. En 2011, ils ouvrent l'emblématique Jao's Pub, devenu un lieu de rayonnement culturel et un tremplin pour de nombreux artistes. De notre correspondante à Antananarivo, À la nuit tombée, en ce jour de juin, malgré le froid mordant de l'hiver austral, les trottoirs d'Ambohipo, quartier populaire et enclave côtière au cœur de la capitale, ont vu fleurir tables, tabourets et surtout barbecues pour faire griller les maskita, ces brochettes de viande à la bosse de zébu. Les commerçants ont laissé place aux noctambules en mini-jupes à paillettes et blousons de soirée. Vers 21 h, à l'entrée du Jao's Pub, les clients commencent à s'amasser. « Aujourd'hui, c'est le 15ᵉ anniversaire du Jao's Pub, se réjouit Odèque, 30 ans, surexcité en entrant dans le cabaret. Et je sais qu'ils vont valoriser les traditions de chez moi, la Sava : le salegy, le begina, le malesa… Des rythmes de ce genre, moi, ça m'émerveille ! Surtout le trotrobe, parce que le trotrobe, c'est le rythme par excellence de ma ville, Sambava. » Dans leur loge, les fondateurs du lieu, Jaojoby, 70 ans, et Eusébia, sa fille, se préparent. « Mon rêve, c'était ça : créer un lieu pour les jeunes, pour la promotion de la culture, des musiques de Madagascar. Pas que pour le salegy, précise Jaojoby. C'est pour les rythmes qui bougent, les rythmes tropicaux. » « On a même eu des concerts de jazz ici, rit sa fille, Eusébia. Il y a des artistes côtiers mais aussi tananariviens qui ont fait leur première scène ici, au Jao's Pub, et qui par la suite ont pu avoir une carrière à l'international. » Un succès dont père et fille sont fiers. « Trouver un endroit pour se produire, si tu es quelqu'un qui n'est pas très, très connu, c'est très difficile, souligne Eusébia. Il faut que tu sois connu pour que tu puisses jouer dans des lieux. Et au Jao's Pub, on a toujours accueilli de nouveaux groupes qui n'étaient pas connus. On ne refuse personne. Et donc le lieu est fait pour ça aussi. » À lire aussiHistoire de la nuit africaine: au Sénégal, la montée en puissance des soirée reggae «sound system» [8/10] « Ça fait oublier tous les problèmes » Vers 23h, père et fille arrivent sur scène. Dans le public, on est loin du millier de spectateurs des grandes heures du Jao's Pub. Mais Odèque, lui, ne cache pas son enthousiasme et interpelle son idole. « Je suis un grand fan de vous, Jaojoby, depuis mes 4 ans, s'exclame-t-il. Je n'aime pas trop les bars dans la vie, mais le 15ᵉ anniversaire du Jao's Pub, je ne pouvais pas le manquer ! On va rester ici jusqu'à l'aube ! » Au pied de la scène, Patricia, originaire de la côte ouest, se déhanche avec ses amies. « Il y a de l'ambiance, de la bonne musique, ça fait oublier tous les problèmes, souffle-t-elle. C'est un lieu célèbre et dès qu'il y a un grand événement, je fais le déplacement. » Quinze ans après son ouverture, le Jao's Pub continue de faire vivre les rythmes des côtes malgaches au cœur de la capitale. Plus qu'une salle de concert, le lieu est devenu un espace de rencontre entre les différentes régions de la Grande Île, une scène ouverte aux jeunes artistes et un point de passage pour des influences venues d'ailleurs. Un lieu de brassage culturel, devenu au fil des années l'un des symboles des nuits malgaches. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l'apartheid[4/10]

    Science-fiction africaine: Sun Xa Experiment, héritiers sud-africains de l'afrofuturiste Sun Ra [5/5]

    Play Episode Listen Later Aug 27, 2026 3:16


    La musique de Sun Ra, le roi de l'afrofuturisme, continue de résonner et d'inspirer des artistes, tels que la chanteuse américaine Janelle Monáe ou le producteur Flying Lotus. En Afrique du Sud, le jazzman étatsunien disparu en 1993 et sa mythologie cosmique – il disait venir de Saturne – ont notamment influencé un groupe actuel du township de Soweto : le Sun Xa Experiment. Il tente de prolonger sa philosophie de la musique, en y mêlant les traditions africaines. De notre correspondante à Johannesburg,  Le lieu de répétition du Sun Xa Experiment se trouve au cœur du township, dans un bâtiment à l'arrière d'une maisonnette tout ce qu'il y a de plus banal. Le bassiste, Tebogo Mkhize, nous entraîne dans une grande pièce à l'ambiance feutrée, pleine de trésors, suspendue hors de l'espace et du temps. « Si vous avancez un peu, sur la gauche, il y a des platines, avec plein de vinyles. Puis, si vous regardez tout autour de vous, on trouve de l'art et même des accessoires comme ce crâne, vous nous verrez parfois avec sur scène, d'autres fois sans, raconte-t-il. Et encore sur la gauche, c'est la partie studio, où on a nos boîtes à rythmes, nos contrôleurs, des enceintes et des écrans. » Lebohang More a participé à la fondation du collectif, il y a plus de 10 ans. Et c'est bien la découverte de Sun Ra, lorsqu'il avait la vingtaine, qui a agi comme une révélation. « On a d'abord regardé son film, Space is the place, puis un de nos frères à l'époque nous a amené tout son catalogue musical. On s'est plongé là-dedans pendant deux ans !, se rappelle-t-il. On se disait : "C'est quoi ce truc ?" Le morceau sur le cosmos, par exemple, les sonorités, les chœurs… C'est comme ça que tout a commencé. » À écouter aussi#Afrofuturismes 3/5 : Littérature et musique, les bras ailés de l'afrofuturisme « Retrouver la place qui nous revient en tant que peuple » L'héritage de ce pionnier de l'Afrofuturisme a été combiné, par le groupe, à une autre référence du free jazz : le Sud-Africain Ndikho Xaba, lui aussi depuis décédé. C'est de là que vient le nom Sun Xa. « Ils jouaient tous les deux du piano, et ils se sont même rencontrés. Ndikho Xaba a quitté l'Afrique du Sud et a vécu en exil à partir des années 70, continuant à jouer sa musique d'avant-garde, explique Buyisiwe Njoko, la chanteuse du groupe. Et avec Sun Ra, tout ça influence ce qu'on fait. » Le groupe a fait de ces inspirations quelque chose qui lui est propre, une musique qui guérit, selon ses mots, qui en appelle au pouvoir des ancêtres et aux forces cosmiques, et qui se veut aussi novatrice. Sur scène, les corps peints des cinq musiciens font partie du spectacle, mêlant théâtre et danse. Et les messages de redéfinition de l'identité noire portés à l'époque aux États-Unis par Sun Ra ont une résonance particulière en Afrique du Sud. « Nous avons une chanson qui parle de récupérer nos terres, de retrouver la place qui nous revient en tant que peuple, pointe Tebogo Mkhize. Il ne s'agit pas d'aller faire la guerre, ou quoi que ce soit, notre mission est plutôt de révéler qui nous sommes réellement, de réaffirmer notre identité. C'est l'un des messages que nous cherchons à faire passer. » La vision de Sun Ra continue donc d'être refaçonnée par ce collectif, pour imaginer, au travers de la musique, un futur plus libérateur et positif.

    Science-fiction africaine: au Cameroun, les bandes-dessinées afro-futuristes de Nathanaël Ejob [4/5]

    Play Episode Listen Later Aug 26, 2026 2:07


    Il est considéré par beaucoup comme le père des webtoons africains, pour avoir introduit et développé ce format de lecture à travers l'application Zebra Comics, produite par le studio du même nom, qui revendique aujourd'hui une centaine d'ouvrages adaptés aux habitudes de lecture des jeunes sur smartphone. Nathanaël Ejob développe une constellation d'histoires, de genres et de mythologies africaines réinventées pour le public d'aujourd'hui. Dans son univers, on passe de la fantasy africaine à la science-fiction, mais surtout de l'afro-futurisme avec des récits comme celui d'Anaki, son best-seller. De notre correspondant à Yaoundé, Derrière son bureau, dans le quartier Biyem Assi, Paterson relit Anaki, une œuvre de Nathanaël Ejob, pour la énième fois. « C'est surtout l'aventure de la jeune Anaki qui est de la tribu des Balemba, tel qu'il a appelé son univers. Les Balemba sont des humains aux pouvoirs surnaturels qui sont doués par rapport au commun ordinaire et aux autres populations », détaille-t-il. De l'avis de cet amateur de bandes dessinées et directeur du Mboa BD Festival, Nathanaël Ejob est la référence du genre au Cameroun et sur le continent. « Nathanaël Ejob est la meilleure "success story" du milieu de la bande dessinée de la décennie en cours », affirme-t-il. Anaki, publié en 2019, est le best-seller de Nathanaël Ejob. L'œuvre a connu une percée spectaculaire, notamment au Nigeria voisin. « C'est une œuvre qui a eu un impact important et qui a généré 16 millions de nairas. "Anaki" a également mené avec succès quatre campagnes de crowdfunding aux États-Unis. C'est un exemple fort du potentiel commercial de création africaine. Lorsqu'ils sont bien développés et bien distribués », raconte le créateur. Cet univers puise également dans son parcours personnel. Auteur, dessinateur, scénariste, entrepreneur et membre fondateur de Zebra Comics, il est aujourd'hui considéré par beaucoup comme l'un des créateurs de bande dessinée les plus productifs d'Afrique. Nathanaël s'est lancé après un constat : il voyait très peu de héros africains modernes capables de parler à la fois à sa génération et au reste du monde. « L'Afrique est souvent racontée à travers certains clichés comme la guerre, la pauvreté. Je voulais montrer que l'Afrique a une source d'idées, de puissance, de beauté, de conflits, de spiritualités, de technologies et du futur », souligne-t-il. Avec neuf de ses amis, il a lancé en 2016 Zebra Comics, un studio de création, d'édition et de diffusion de « webtoon » basé à Douala, la capitale économique camerounaise. Zebra Comics revendique une centaine d'ouvrages et le plus grand catalogue de titres originaux créés par un même studio sur le continent. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10]

    Science-fiction africaine: la série futuriste kenyane qui aborde les défis sociétaux contemporains [3/5]

    Play Episode Listen Later Aug 25, 2026 2:37


    Cette semaine, RFI vous emmène à la découverte de l'imaginaire de science-fiction africain. Aujourd'hui, rendez-vous au Kenya, avec Subterranea, une série mêlant SF et psychologie, dont les huit épisodes sont sortis en 2024 sur Showmax. Le pitch : huit Kényans coincés dans un bunker qui tentent de survivre, persuadés qu'à l'extérieur, le monde s'effondre. Une série qui explore un genre encore peu exploité au Kenya. De notre correspondante à Nairobi, Une alarme d'autodestruction, des personnages assassinés... Dès les premières secondes, Subterranea plonge dans le feu de l'action. La série suit huit Kényans coincés dans un bunker, persuadés que Nairobi subit une attaque. Très vite, le spectateur apprend qu'ils font en réalité l'objet d'une expérience psychologique. Subterranea assume la science-fiction, un genre encore peu exploré au Kenya, reconnaît Brian Munene, scénariste et producteur. « Notre marché est largement saturé de drames familiaux et de comédies familiales. On se demandait donc si le public allait comprendre ce projet et si nous serions capables de le réaliser comme nous l'avions imaginé, compte tenu des contraintes budgétaires. Mais finalement, nous nous sommes dit : "Faisons-le". Ce que nous avons cherché à faire, c'est ancrer la série dans des personnages auxquels les Kényans peuvent facilement s'identifier, des situations qu'ils peuvent comprendre et envers lesquelles ils peuvent éprouver de l'empathie. » Dérives sectaires, avortement, dépression ou encore problèmes d'addiction... Les personnages soulèvent divers enjeux sociétaux qui permettent aussi de parler, dans la série, du Kenya d'aujourd'hui. « Beaucoup de gens sont confrontés à ces difficultés, mais elles sont rarement mises en avant à la télévision ou au cinéma, en particulier en Afrique de l'Est. Lorsque nous avons choisi les huit personnages que nous voulions placer dans le bunker, nous avons donc été très attentifs à représenter ces Kényans qui ont besoin que leur voix soit entendue », ajoute Brian Munene. Pour survivre dans le bunker, les huit Kényans doivent s'entraider. C'est tout le message de la série selon Likarion Wainaina, réalisateur et producteur. Il s'exprime depuis la terrasse d'un café à Nairobi. « Les Kényans parviennent à se mobiliser lorsqu'ils poursuivent un objectif commun, et cela naît souvent d'une situation de pression. On l'a vu avec le mouvement Gen Z. Nous nous sommes demandé : comment mettre en lumière cette idée de communauté, alors même qu'elle est en train de s'effriter aujourd'hui, notamment à cause de l'urbanisation croissante ? L'idée est venue : et si nous mettions des Kényans dans un bunker et les forcions à former une communauté ? Des personnes issues de différents groupes ethniques, de différents âges et de différentes religions, qui finissent malgré tout par se comprendre les unes les autres. » Ce producteur espère voir de plus en plus de science-fiction naître du continent africain, par exemple en adaptant les contes locaux sur grand écran. À lire aussiLes séries télés qui ont fait le buzz [2/4]: «Country Queen», une production kényane

    Science-fiction africaine: au Rwanda, la bande dessinée rêve d'indépendance énergétique [2/5]

    Play Episode Listen Later Aug 24, 2026 2:26


    Au Rwanda, une maison d'édition fait émerger de nouveaux récits afro-futuristes à travers des bandes dessinées. Parmi celles-ci, l'histoire de Kinyaga, une intrigue reprenant les thèmes de l'indépendance énergétique et des nouvelles technologies. De notre correspondante à Kigali, En 2100, une forêt de gratte-ciels domine l'horizon de Kigali. À l'origine du développement de la capitale du Rwanda, une mystérieuse énergie, explique l'illustrateur de Kinyaga, Tresor Dushime. « Le livre raconte l'histoire d'une jeune femme qui essaie de sauver son pays, avec une énergie qui s'appelle l'impulsion Kinyaga. C'est une énergie qui vient des volcans des Virunga, et dans ce futur, on a découvert que les Virunga abritent cette énergie qui sert à alimenter tout le pays. » détaille-t-il. Des dessins épurés aux couleurs ocre et pourpres illustrent une station futuriste, un laboratoire ultra-technologique où la jeune ingénieure doit se replonger dans un héritage passé pour résoudre des pannes inexpliquées. « C'est là que la majorité de l'action se passe. Vous pouvez voir que c'est une centrale qui est installée directement sur le volcan. J'ai voulu imaginer cette technologie et la centrer sur ce que nous avons ici au Rwanda. » précise Tresor Dushime. Son œuvre lance un avertissement contre la surexploitation, tout en portant le rêve d'un Rwanda autosuffisant, où les ressources naturelles du pays sont protégées et mises à profit. « On est dépendant de différents pays pour le pétrole, par exemple. Alors je voulais imaginer à quoi le Rwanda ressemblerait si on pouvait s'alimenter nous-mêmes en énergie. C'est un livre sur comment investir sur soi-même plutôt que de dépendre des autres. » souligne l'illustrateur. Kinyaga est publié par Imagine We Publishers, une maison d'édition rwandaise créée en 2015 par Dominique Uwase Alonga. Son objectif : proposer une série de bandes dessinées sur le thème de la réimagination, afin de promouvoir de nouveaux récits, plus positifs, dans un pays marqué par un passé douloureux. « À l'époque, il y avait plus de livres ou d'histoires sur le génocide contre les Tutsis de 1994. Notre identité sociale et culturelle était plus basée sur un traumatisme qu'un espoir de joie et de productivité. Je me suis dit que le livre serait une avenue par laquelle on peut partager nos histoires et nos peines, mais aussi nos espoirs et nos joies. » explique Dominique Uwase Alonga. La maison d'édition a pour ambition de porter des univers et des personnages littéraires dans lesquels la jeunesse rwandaise pourra se reconnaître et s'identifier. À lire aussiEn Côte d'Ivoire, la boîte à histoires Akissa puise dans les contes et légendes africains

    Science-fiction africaine: au Nigeria, les séries afro-futuristes de Nollywood [1/5]

    Play Episode Listen Later Aug 23, 2026 2:37


    Lorsqu'on pense au cinéma et au Nigeria, vient tout de suite en tête le célèbre Nollywood et ses films et séries dramatiques au ton théâtral. Mais parmi les 2 500 réalisations produites, aucune œuvre de science-fiction. Le genre est en revanche bien présent en ligne avec des réalisations à l'opposé du blockbuster américain Black Panther et qui revendiquent ces racines africaines. Ce mélange d'influences entre tradition africaine et science-fiction est défini par l'autrice nigériane Nnedi Okorafor comme l'afro-futurisme. L'intelligence artificielle générative a aussi donné « aux créateurs africains des superpouvoirs sans budgets hollywoodiens », selon le fondateur du premier festival du film d'intelligence artificielle africain, Obinna Okerekeocha. De notre correspondante à Lagos, Ola, un jeune homme qui naviguait dans les tumultes de l'adolescence se retrouve également à composer avec les super-pouvoirs d'une divinité Yoruba dont il est la réincarnation. C'est l'intrigue du court métrage Ogun Ola: the war is coming, réalisé par le collectif nigérian The Critics. Victor Josiah, l'un des cinq réalisateurs du groupe, revendique l'appartenance à ce genre où les imaginaires sont inspirés et racontés par des Africains. « Nous avions une passion ou un intérêt similaire pour les films hollywoodiens, ce sont les films de super-héros que nous avons regardés : Spiderman, Superman, et les autres. Et nous voulions cela dans un sens pour Nollywood. Nous voulions ça pour le Nigeria. Et nous voulions aussi avoir nos propres super-héros, nous voulions avoir nos propres films dont nous pourrions nous vanter et en être fiers », explique-t-il. Nollywood, deuxième industrie cinématographique mondiale, n'a vu émerger son premier long métrage de science-fiction qu'en 2020 : Ratnik, du regretté réalisateur Dimeji Ajibola, qui plonge Lagos dans un univers post-apocalyptique. En revanche, la production est bien plus développée en ligne, où de jeunes réalisateurs s'essayent au genre, parfois uniquement munis de leurs téléphones et de logiciels gratuits. C'est le cas de Divine Xaendra Odera, diplômée en art théâtral à l'université de Benin City. Elle écrit, produit et monte ses propres réalisations. « Le genre lui-même est déjà quelque chose qui nécessite généralement un énorme budget juste pour être exécuté. Je réalise que si nous avions plus de gens qui osaient commencer avec ce qu'ils avaient, malgré les détails techniques qu'il faudrait pour le genre, alors cela inspirerait la prochaine génération de cinéastes à faire plus », détaille-t-elle. L'intelligence artificielle, une aide à la création ? À Lagos, l'agence créative Vortex, fondée en 2013, a d'abord été une maison d'édition de bandes dessinées avant de devenir un studio d'animation mettant en avant la science-fiction africaine. Pour Somto Ajuluchukwu, son fondateur, l'intelligence artificielle peut favoriser la création. « Ce que vous imaginez peut prendre vie, vous savez, peu importe à quel point c'est fou, c'est aussi ce qui m'excite dans l'IA. Ce même niveau de flexibilité pour créer. Je pense donc que l'IA fournit en quelque sorte cette solution pour pouvoir imaginer et voir à quoi peut ressembler l'imagination », souligne-t-il. En septembre prochain se tiendra la seconde édition du Naija AI Festival, dédiée aux films africains créés à l'aide de l'intelligence artificielle. L'an dernier, plus de 300 productions y avaient été présentées. À lire aussiÉtats généraux du film documentaire: l'occasion «de raconter l'Afrique sous différents regards»

    Histoire de la nuit africaine: au Sénégal, la montée en puissance des soirée reggae «sound system» [8/10]

    Play Episode Listen Later Aug 22, 2026 2:46


    À Dakar et en région, il ne se passe pas un week-end sans « sound system », du nom de ces soirées reggae de la scène underground. Autrefois marginalisées, elles se font une place dans les nuits sénégalaises et gagnent en reconnaissance. De notre correspondante à Dakar, À Dakar, sur une piste à ciel ouvert, les corps se laissent porter par les vibrations reggae. Aux platines, le DJ enchaîne des titres venus d'Europe, des États-Unis et de Jamaïque, bien sûr. « Ici, on aime le dancehall, on aime le reggae et la culture rasta », confie Omar. Ce dernier appartient à la communauté des Baye Fall, une branche du mouridisme connue au Sénégal pour ses valeurs communes avec le mouvement rasta, comme le sens du service et l'amour de la nature. Chez lui, le reggae a toujours résonné comme une prière. Ces dernières années, il a vu peu à peu les « sound system » s'ouvrir au reste de la société. « Il y a des pères et des mères de famille, il y a des couples mariés. Il y a des responsables et cadres d'entreprise qui viennent ici juste pour profiter de la musique. Plus de personnes sont conscientes du message qu'il y a derrière », explique-t-il. Au Sénégal, les premiers « sound system » datent des années 1990, impulsés par le travail du célèbre animateur radio Cheikh Amala Doucouré. Dès 1985, ce dernier consacre chaque samedi une émission reggae sur les ondes de la radio-télévision nationale (RTS). Mais le mouvement ne prend pas vraiment, associé à une forme de déviance morale et religieuse. Aujourd'hui, les réseaux sociaux changent la donne : la rébellion pacifique de Bob Marley ou la résistance radicale de Peter Tosh trouvent un nouvel écho chez les jeunes. « Moi, ce qui m'intéresse, c'est que les gens puissent voir les messages au lieu de voir la marijuana, la fumette, etc. Tous les rastas revendiquent l'indépendance de l'Afrique en général. Il y a encore le système Babylone qui règne partout dans le monde. Moi, en tant que Sénégalais, je rejoins leur mode de pensée », souligne Omar. Dreadlocks, code vestimentaire vert-or-noir aux couleurs de la Jamaïque… Ici, chacun affiche les symboles du reggae et revendique toute l'histoire qui y est rattachée. Arame Ndiaye est responsable chez Sen Reggae, l'entité qui organise les « sound system ». « Les Jamaïcains se sentent Africains. Ce sont des descendants d'esclaves, ils sont vraiment très attachés à leur terre ici. Je vous donne un exemple : un artiste reggae qui vient au Sénégal. Il veut aller à Gorée et voir la Porte du Chemin sans retour. Pourquoi ? Parce que c'est le sang », explique-t-elle. Les « sound system » veulent désormais sortir de l'ombre du mbalax et de l'afrobeats, plus populaires au Sénégal. Bien plus que de simples fêtes, Arame Ndiaye y voit un espace de cohésion sociale. « C'est un message de paix et d'harmonie. Par exemple, avec la situation politique actuelle du pays, si plus de gens écoutaient du reggae, ils seraient beaucoup plus apaisés, comprendraient mieux les choses et agiraient différemment », estime-t-elle. À Dakar, le « sound system » a rassemblé plus d'un millier de personnes le 11 mai dernier, date anniversaire de la mort de la légende Bob Marley. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: l'Afrika Shrine, la salle mythique de Fela Kuti [7/10]

    Histoire de la nuit africaine: l'Afrika Shrine, la salle mythique de Fela Kuti [7/10]

    Play Episode Listen Later Aug 21, 2026 2:23


    RFI continue d'explorer les histoires de la nuit en Afrique. L'Afrika Shrine est la salle mythique créé par le musicien Fela Kuti en 1974. Lieu incontournable pour écouter de l'Afrobeat à Lagos. Un espace de divertissement mais aussi militant, où celui surnommé « the black president » véhiculait ses messages politiques. Dans ce club qui a plusieurs fois déménagé est entretenue la mémoire de ce passé.  De notre correspondante à Lagos, L'Afrika Shrine est la salle mythique créée par le musicien Fela Kuti en 1974, lieu incontournable pour écouter de l'afro-beat à Lagos. Un espace de divertissement mais aussi militant, où celui surnommé « the Black president » véhiculait ses messages politiques. Dans ce club qui a plusieurs fois déménagé, est entretenue la mémoire de ce passé. Une fois passés les tourniquets en métal de ce hangar en plein air, les volutes de fumée de cannabis envahissent les narines, aussi vite que les notes d'afro-beat, un mélange de highlife, de jazz et de funk mêlé à des rythmes traditionnels yoruba. Dès son ouverture en 1974, le club a mauvaise réputation : mœurs légères, substances illicites. Situé dans un quartier populaire, Mushin, tout près de la résidence de Fela, Kalakuta Republic. L'Afrika Shrine, c'est un lieu qui ne dort jamais, se souvient Kola Onasanya, percussionniste du groupe Egypt 80 : « Toutes les nuits étaient toujours géniales parce que tout le monde vient chez Fela tous les jours et c'est là que la plupart des gens terminent leurs nuits et c'est là que les gens commencent leurs matins. Certains gars viennent du club vers 3 ou 4 heures du matin jusqu'à 5 ou 6 heures et à partir de là commencent leur journée ». À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10] Mais le chanteur n'est pas seulement là pour distraire. Il s'affiche constamment, les deux poings, en l'air, combattant. Inspiré des leaders africains comme le Ghanéen Kwame Nkrumah, il affiche ses ambitions politiques. Fela le raconte dans un documentaire en 1982 : « Je vois un avenir avec mon propre parti politique. Le panafricanisme est dans l'esprit de tout le monde maintenant, inconsciemment. Tout le monde sait qu'il doit être africain maintenant ». En 1979, il crée le Movement of the People (MOP), son propre parti politique. Il tente même de se présenter à l'élection présidentielle. Mais le pouvoir en place l'en empêche. Les militaires au pouvoir n'apprécient guère ses « Yabis », des sessions de moqueries qu'il organise avant ses concerts où il s'en prend à la dictature en place, à la corruption, et aux élites. Son fils Kunle Kuti, directeur du Kalakuta Museum, décrit l'esprit rebelle de son père : « Il a interprété la plupart de ses chansons au Shrine pour sensibiliser à la mauvaise gouvernance et aussi éclairer les gens sur leurs droits. Je n'ai jamais vu un artiste aussi engagé politiquement que Fela avec ses chansons, peut-être qu'ils ont tous peur de défier le gouvernement. » En représailles, le Shrine est fermé à plusieurs reprises. Après la mort de Fela, en 1997, la famille Kuti rouvre le lieu sous un nouveau nom : le New Afrika Shrine. Depuis, ses fils Femi et Seun ont pris la relève et y performent chaque semaine. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Abidjan, la rue Princesse, mythique royaume des fêtes ivoiriennes [5/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: en Tunisie, Halima al-Zaïma, une proche de Bourguiba [10/10]

    Play Episode Listen Later Aug 20, 2026 2:21


    En Tunisie, la figure d'Halima al-Zaïma a été oubliée de l'histoire de l'indépendance du pays. Pourtant cette militante noire originaire de Gabès, au sud de la Tunisie, a joué un rôle important sur le plan politique dans les années 50. Patriote et soutien de l'ancien leader Bourguiba, cette vendeuse de vêtements et d'or, analphabète, transportait des tracts du parti du Néo-Destour, opposant à l'occupation française. Très connue dans sa ville natale, elle manque encore d'une reconnaissance nationale. De notre envoyée spéciale à Gabès, Au café Polygone, en face de la mer à Gabès, Fakhredine et Houda, les deux petits-enfants de Halima al-Zaïma, se remémorent leurs souvenirs d'enfance et l'image de leur grand-mère, morte il y a 25 ans. Fakhreddine se rappelle d'une mamie costaud aux multiples facettes : « Pour moi, ce n'était pas une femme mais plusieurs femmes en une. Elle était très imposante dans sa façon de s'habiller, sa posture, son élocution, se rappelle-t-il, c'était une grande dame ». Houda se souvient d'une femme qui parlait peu de son passé. Mais le souvenir de l'engagement anticolonial d'Halima al-Zaïma s'est transmis dans la famille. « Vu que Halima était une vendeuse de vêtements qui faisait aussi le commerce des bijoux en or entre les familles, elle était très connue et respectée à Gabès. Quand est venu le moment de la lutte pour l'indépendance, elle s'est mise à transporter des tracts du parti de Bourguiba pour les militants, explique Houda. Elle leur ramenait aussi des vêtements pour ceux qui se cachaient des Français. On a toujours entendu parler de son courage et de son amour pour Bourguiba. » Les rares photos d'Halima la montrent en compagnie de l'ancien leader qui l'avait fait monter dans sa décapotable, lors d'un défilé dans la ville. « C'est comme si on l'avait oubliée » Devant l'ancienne maison d'Halima, ses voisins, qui se reposent à l'ombre, se souviennent très bien d'elle. « Ici, on arrive dans son ancien quartier, à El Manara, à Gabès, montre l'un d'eux, ça, c'est ce qui reste de sa maison. » Fakri Chagra, retraité, déplore qu'elle n'ait même pas le nom d'une rue à son nom. « Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais eu quelque chose pour elle dans la ville, interroge-t-il. Que fait la municipalité ? C'est comme si on l'avait oubliée alors que moi, je me souviens encore d'elle à cheval avec Habib Bourguiba. » Et son souvenir s'étend au-delà de son quartier. Dans la foire d'artisanat, les commerçants parlent spontanément d'elle dès que l'on évoque son surnom, al-Zaïma, la leader. « Moi, je me souviens qu'enfant, on prenait le car avec elle pour aller dans la ville natale du leader à l'occasion de son anniversaire, se souvient Amor, artisan et musicien, elle était toujours avec nous. »  Un héritage qui risque de s'étioler sans trace officielle de l'engagement de cette femme, notamment pour les plus jeunes générations.

    Les actrices des luttes anticoloniales: Zèle Rasoanoro, la première femme journaliste de Madagascar [9/10]

    Play Episode Listen Later Aug 19, 2026 2:29


    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'elle est âgée d'à peine 20 ans, Zèle Rasoanoro écrit dans les journaux nationalistes de la Grande Île pour dénoncer l'ordre colonial et imaginer un Madagascar indépendant. Sa lutte prendra aussi la forme du syndicalisme et des actions de solidarité. Mais à l'idéalisme de la jeune militante aux convictions marxistes succéderont, après la décolonisation, la résignation et la solitude face à une indépendance inachevée.  De notre correspondant à Antananarivo, À la fin des années 1940, les journaux nationalistes malgaches fleurissent, une effervescence intellectuelle et militante s'empare d'Antananarivo. Une femme, Zèle Rasoanoro, prend la plume. Elle n'est entourée que de rédacteurs masculins. « Zèle Rasoanoro est la première femme malgache journaliste, explique l'historien Georges Radebason. Elle publiait ses idéaux nationalistes, ses idéaux indépendantistes, à travers ses articles dans les journaux du MDRM, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache. » Après l'insurrection du 29 mars 1947 contre la domination française, des milliers de militants du MDRM sont arrêtés. Zèle Rasoanoro échappe dans un premier temps à la prison avant d'être incarcérée en 1948. « À sa sortie de prison en 1950, elle ne se laisse pas intimider par la répression coloniale, poursuit l'historien. Elle rejoint le comité de solidarité de Madagascar, une organisation qui militait pour l'amnistie des prisonniers politiques, liés à l'événement de 1947. » « Syndicalisme, journalisme, activités politiques nationalistes étaient étroitement mêlés » La journaliste se nourrit de théories marxistes et milite aussi dans une section du syndicat CGT aux côtés de la militante malgache Gisèle Rabesahala et d'un groupe de communistes français. « Syndicalisme, journalisme, activités politiques nationalistes étaient étroitement mêlés à l'époque, souligne l'historienne Lucile Rabearimanana. Zèle Rasoanoro faisait une genèse des structures politiques de Madagascar, avant et pendant la colonisation, et ce qu'elle préconisait pour l'avenir d'un Madagascar indépendant. Des analyses politiques que j'ai vraiment admirées pour l'époque. Elle était hardie et audacieuse. » En 1956, épuisée par le harcèlement des forces coloniales, Zèle Rasoanoro rejoint le Parti social-démocrate du futur président malgache Philibert Tsiranana, un anticommuniste notoire. Une trahison pour ses amis. Lucile Rabearimanana a rencontré Mama Zèle, comme elle était surnommée, dans les années 1980. « Malgré les changements politiques, elle ne trouvait pas qu'il y avait des progrès sur le plan idéologique, politique, social, pointe l'historienne. Ce n'était pas l'indépendance pour laquelle ils avaient milité de manière passionnée. Elle se sentait impuissante et résignée devant l'évolution sociale et politique de l'époque. » Seule et indigente, Zèle Rasoanoro s'éteint en 1987. Son nom, aujourd'hui, reste inconnu de la majorité des Malgaches.

    Les actrices des luttes anticoloniales: au Sénégal, Thioumbé Samb, première détenue politique [8/10]

    Play Episode Listen Later Aug 18, 2026 2:29


    C'est l'une des « mamans de l'indépendance » au Sénégal : Adja Arame Thioumbé Samb, née en 1928 à Dakar, a été tour à tour l'une des militantes anticolonialistes venues réclamer l'indépendance immédiate au général de Gaulle en 1958, mais aussi la première femme détenue politique en 1960, arrêtée après avoir contesté une tentative de fraude électorale dans un bureau de vote de Saint-Louis et membre pendant 25 ans du Parti africain pour l'indépendance. De notre correspondante à Dakar,  « Le nom de Thioumbé Samb résonne. Très jeune, j'ai entendu mon père parler d'elle, se rappelle Penda Mbow, historienne. Il disait qu'elle était une bagarreuse et une femme qui ne se laissait pas faire, forte, battante. C'est le modèle de la femme militante. » L'historienne est trop jeune pour avoir connu Thioumbé Samb. Mais très tôt, la militante féministe s'est intéressée à cette cheville ouvrière de la lutte pour l'indépendance. « Certaines réunions se passaient chez elle, poursuit l'historienne, elle gardait des tracts chez elle, elle organisait des réunions clandestines. Cette femme avait tout donné à son parti. » Engagée en politique dès 1957, membre active du Parti africain de l'indépendance avec son mari, elle a continué même quand le parti a été interdit et contraint à la clandestinité en 1960. « Elle a pris tous les risques. Elle a créé le PAI clandestin qu'elle a abrité, raconte Diabou Bessane, une journaliste qui a réalisé un documentaire sur les mères de l'indépendance. Elle a même fait installer une imprimerie dans son salon pour continuer à imprimer les tracts : “Oui à l'indépendance, oui à l'indépendance immédiate.” » « Elle a eu le courage de continuer à militer » Deux ans plus tôt, en 1958, lors de la visite du général de Gaulle à Dakar, Thioumbé Samb faisait partie des militantes anticolonialistes, qui portaient des pancartes qu'elle avait en partie rédigées. « Et tout ça pour une femme qui n'avait pas été scolarisée, souligne Diabou Bessane. Elle a eu le courage de le faire. Elle a eu le courage de continuer à militer. » Avec les militantes Sellé Gueye et Adja Rose Basse, elle fonde également l'Union des femmes du Sénégal et laboure le terrain. Leur slogan : « L'indépendance avant tout. » « Elles allaient dans les hôpitaux, dans les maternités. Elles aidaient les femmes indigentes en leur expliquant pourquoi il était essentiel que le pays accède à l'indépendance, ajoute Diabou Bessane. Elles organisaient des manifestations dans les cinémas pour éveiller leurs sœurs, pour éveiller leurs frères sur cette question de l'indépendance. Donc je pense qu'elle a joué un rôle essentiel. » Arrêtée à Saint-Louis en 1960, Thioumbé Samb est emprisonnée pendant six mois pour s'être opposée à des tentatives de fraude dans un bureau de vote aux élections municipales. Elle devient la première femme détenue politique au Sénégal après l'indépendance. La militante est régulièrement traitée de communiste, déconsidérée par les hommes politiques. Invisibilisée, Thioumbé Samb meurt en 2001. Aujourd'hui, son nom figure sur une liste de cent femmes proposées à la ville de Dakar pour rebaptiser ses rues.  

    Les actrices des luttes anticoloniales: l'impératrice Taytu d'Éthiopie [7/10]

    Play Episode Listen Later Aug 17, 2026 2:15


    Bien que l'Éthiopie soit toujours restée indépendante, elle a tout de même échappé de peu au joug colonial de l'Italie. À la fin du 19e siècle, Rome, qui a pris le contrôle de l'Érythrée, cherche à étendre son influence dans la Corne de l'Afrique. Mais jamais le pays ne parviendra à s'implanter en Éthiopie – du moins, jusqu'à l'occupation italienne de 1935 à 1941 fomentée par Benito Mussolini. L'empereur éthiopien Ménélik II, au pouvoir à l'époque, devient alors un symbole de la lutte contre la colonisation, éclipsant l'impératrice Taytu Betul, son épouse, dont le rôle a pourtant été déterminant. De notre correspondante à Addis-Abeba, À Addis-Abeba, Bezawit contemple la statue ocre de l'empereur Ménélik II sur l'immense esplanade du musée d'Adwa. À ses côtés, tout aussi imposante, l'impératrice Taytu pointe du doigt la fontaine qui lui fait face, comme un clin d'œil à l'Histoire, explique Tigist Angasu, guide au musée. « Pendant le siège de Mekelle, Taytu a coupé l'approvisionnement en eau de la rivière, rendant l'accès à la ressource extrêmement difficile pour les Italiens, raconte-t-elle. La situation est ensuite devenue extrêmement ardue pour les forces italiennes qui, après six jours de siège, ont capitulé et quitté le champ de bataille. » Bezawit l'avoue : elle ne connaissait pas le rôle décisif de Taytu dans cet épisode clé de l'invasion italienne de janvier 1896. « J'ai entendu dire qu'elle a fait beaucoup de bien aux femmes et que c'était une héroïne. Mais je dois avouer que mes connaissances à ce sujet sont limitées », confie-t-elle. L'impératrice Taytu a pourtant largement contribué à l'échec de l'Italie en Éthiopie, explique l'anthropologue Alula Pankhurst : « Son mari, l'empereur, avait commencé à avoir beaucoup de relations avec les Européens et à passer des accords avec eux parce qu'il voulait importer des armes. Mais elle, elle disait toujours que si les Européens venaient avec des cadeaux, c'était parce qu'ils avaient des intentions ultérieures. Elle se méfiait beaucoup d'eux. » Le rôle de Taytu dans la bataille d'Adwa, qui a chassé les Italiens le 1er mars 1896, a été déterminant. « Premièrement, elle a créé un bataillon, une équipe de soldats de femmes sur des mules, détaille-t-il. Elle était donc aussi dans les stratagèmes, elle a donné beaucoup d'avis et aussi des soins, elle y a même participé activement lorsqu'il y a eu des opérations chirurgicales, après la bataille. C'est quelqu'un qui a, en quelque sorte, permis à l'Éthiopie de garder son indépendance vis-à-vis des pouvoirs européens à la fin du 19e siècle, tandis que les autres pays africains étaient colonisés. » Taytu a aussi marqué de son influence la capitale éthiopienne. C'est elle qui, en 1886, a choisi de la nommer Addis-Abeba, « Nouvelle Fleur » en amharique. À lire aussiÉthiopie: un ouvrage éclaire le rôle majeur des femmes dans l'histoire du pays

    Les actrices des luttes anticoloniales: Élisabeth Domitien en Centrafrique [6/10]

    Play Episode Listen Later Aug 16, 2026 2:14


    Cap sur la Centrafrique pour notre série consacrée aux actrices oubliées des luttes anticoloniales, à la rencontre d'Élisabeth Domitien. Née dans la région de la Lobaye vers 1925, cette militante s'engage très jeune au sein du Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (Mesan) fondé par Barthélemy Boganda. Longtemps restée dans l'ombre des grandes figures masculines de l'histoire centrafricaine, elle fut pourtant l'une des artisanes de l'indépendance. Responsable des femmes au sein du Mesan, elle a contribué à diffuser les idéaux du mouvement indépendantiste auprès des populations. Alors que son nom semble peu à peu s'effacer de la mémoire collective, certains plaident pour une meilleure reconnaissance de son héritage. De notre correspondant à Bangui, Sous les arbres et sur les banquettes aménagées dans l'enceinte de l'Alliance française, quelques visiteurs consultent des ouvrages d'histoire et de vieux albums photographiques consacrés à la République centrafricaine. Sur plusieurs clichés jaunis par le temps apparaît le visage d'Élisabeth Domitien, une femme au regard déterminé souvent entourée de militantes ou de responsables politiques de l'époque. Maurice Guimendego, professeur d'histoire, s'arrête longuement sur une photographie datant des années précédant l'indépendance.  « Élisabeth Domitien fut un véritable leader politique féminin. Elle entre en politique dans le Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (Mesan) créé par Barthélemy Boganda, à la fin des années 1940. Elle était commerçante et femme d'affaires, comme on le dit, même si elle ne parlait pas français. Elle prononçait ses discours en sango. Elle avait quelque chose de l'ordre du charisme naturel », explique-t-il. À quelques mètres de là, Yvon Yangana parcourt un album consacré aux pionniers de la nation. Il vient de découvrir cette histoire d'Élisabeth Domitien. « Lorsque l'on évoque l'indépendance de notre pays, les noms des grands leaders masculins reviennent souvent. Pourtant, derrière cette conquête de la liberté se trouvait aussi cette femme courageuse. Responsable des femmes au sein du Mesan, elle parcourait les villages, mobilisait les mères, les commerçantes et les agricultrices, en expliquant l'importance de l'émancipation du peuple centrafricain », confie-t-il. Dans la médiathèque, un groupe de jeunes observe des photographies montrant Élisabeth Domitien lors de plusieurs cérémonies officielles. Parmi eux se trouve Antoine Gonda, un agriculteur d'une vingtaine d'années. « J'ai compris que c'était une femme de caractère. On raconte qu'elle n'hésitait pas à dire ce qu'elle pensait, même face aux plus hautes autorités. Bien avant que les questions de représentation féminine ne deviennent un enjeu mondial, elle avait déjà tracé la voie. Aujourd'hui, même si un hôpital porte son nom, je trouve qu'elle est tombée dans l'oubli », déplore-t-il. Après l'indépendance de la République centrafricaine, en 1960, Élisabeth Domitien poursuit son engagement politique. Son influence grandit progressivement au sein du Mesan. En 1972, elle devient vice-présidente du parti. Trois ans plus tard, le président Jean-Bedel Bokassa la nomme Première ministre, faisant d'elle la première femme à occuper cette fonction en Afrique subsaharienne. À lire aussiNuits africaines en Centrafrique: le célèbre bar dancing ABC de Bangui[02/10]

    Histoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10]

    Play Episode Listen Later Aug 15, 2026 2:21


    Dans ce nouvel épisode de notre série sur l'histoire de la nuit africaine, direction le Cameroun sur les traces d'un rythme qui a pris d'assaut Yaoundé. Mariages, anniversaires, remises de diplômes : dans la capitale camerounaise, rien ou presque ne se célèbre plus sans le mbolé. Pourtant, il y a une quinzaine d'années, ce genre musical était réservé à une toute autre atmosphère : celle des veillées funéraires. Des nuits du quartier de Mvog-Ada aux célébrations populaires, le mbolé s'est transformé pour devenir, à la tombée du jour, la musique phare de la jeunesse du pays.  De notre correspondant à Yaoundé, Le djembé, un instrument de percussion joué à mains nues, résonne dans le quartier Ekounou. Ce soir-là, il ne s'agit pas d'une veillée mais d'un casting. Une vingtaine de jeunes rivalisent de mélodies devant DJ Lexus, surnommé « Le Monstre », l'un des pionniers du mbolé. « Le plus difficile a été fait : faire connaître le mouvement, nous faire accepter par nos pairs. Maintenant, il faut qu'il perdure. Ça doit passer par les générations futures », affirme celui-ci.  DJ Lexus, l'enfant des veillées des quartiers Mvog-Ada et Anguissa, organise ce type d'événements partout dans la ville. L'idée : dénicher la nouvelle pépite du mbolé et continuer la modernisation d'un genre qui, selon lui, est en pleine mutation : « Chaque jour, un nouveau concept sort, une nouvelle basse, la compétition est rude. Même les arrangeurs doivent être prêts. Aujourd'hui, nous donnons davantage de couleurs à ce rythme. Quand on a commencé, on frappait dans nos mains, c'était juste acoustique, alors que maintenant on ajoute des nappes de synthé, des basses profondes. Mais on garde l'âme, l'énergie du mbolé ». Ce sont de véritables magiciens de la composition qui ont fait le succès de cette musique, comme DJ Lexus et aujourd'hui, Junior Abega, dit « Sa Majesté ». Ce fils de musicien renommé a contribué à la fabrication de plusieurs hits mbolé depuis son studio du quartier Efoulan. En studio, il a fallu trouver à ce genre musical une vraie identité sonore : « Au départ, c'était un mouvement très spontané, très local, porté par les quartiers populaires. Les premières chansons du mbolé étaient faites dans la rue, à l'arrache. Puis, certains artistes ont compris qu'il fallait améliorer la qualité des enregistrements et qu'il fallait une rythmique qui donne immédiatement envie de bouger, parce que c'est ça le mbolé. Et puis le texte doit parler aux gens. On a travaillé les fréquences, la profondeur. Le mbolé, aujourd'hui, ça doit taper dans le cœur et dans les enceintes ».  Malgré le succès, les soirées mbolé continuent Pour garder la flamme allumée, chaque dimanche, musiciens, DJ, artistes mbolemen et simples passionnés se retrouvent à ce carrefour mouvementé du quartier Emombo, dans l'un des lieux de rassemblement les plus emblématiques des amoureux du mbolé. Il s'agit d'une vaste structure en bois à l'entrée de laquelle sont installés de nombreux équipements de musique. Parmi les habitués, Aline, une fan de la première heure qui a vu cette musique prendre de l'ampleur et passer de la rue aux événements les plus importants du pays. « J'ai l'habitude d'aller aux soirées mbolé parce que c'est un mouvement du pays. C'est propre à nous. Le mbolé, c'est une histoire de ghetto. Les artistes portent leur vécu, leur ressenti. J'aime cette musique parce qu'à travers elle, dans les paroles, je me retrouve », raconte-t-elle.  Le mbolé a connu son véritable décollage au début des années 2010, après les premières chansons enregistrées par des artistes comme Petit Malo, surnommé « le pape du mbolé ».    À lire aussiLe difficile export de la musique camerounaise

    Histoire de la nuit africaine: à Abidjan, la rue Princesse, mythique royaume des fêtes ivoiriennes [5/10]

    Play Episode Listen Later Aug 14, 2026 3:28


    RFI continue d'explorer les histoires de la nuit en Afrique. Dans cet épisode, direction la Côte d'Ivoire, à Abidjan, où la capitale de « l'enjaillement » - le fait de s'amuser - doit en bonne partie sa réputation à une artère mythique de la commune de Yopougon, la rue Princesse, rasée il y a 15 ans, le 5 août 2011, au nom de la salubrité urbaine.  De notre correspondant à Abidjan, L'histoire de la rue Princesse, « temple des nuits chaudes de la capitale économique » ivoirienne avec ses « boissons qui coulent à flot, [sa] musique à profusion, et le monde qui bouge », comme le rappelle une archive sonore de l'époque, a duré vingt ans.  Aujourd'hui, les nuits se sont refroidies. Mais si les commerces ont pris la place des maquis dans la célèbre artère, Charlie Beaux-Yeux garde encore en mémoire l'ambiance festive qui l'a longtemps animée. En 1991, cet entrepreneur avait ouvert L'Image, la toute première boîte de la rue Princesse et le début d'un mythe. « On s'est dit qu'il fallait réveiller la commune, et cela en créant une image, l'image de la commune de Yopougon. Comme nous étions dans le milieu du show-biz, on attirait tous les artistes qui passaient en Côte d'Ivoire. Même les footballeurs venaient, c'était le rendez-vous des grands ! », se remémore celui-ci.  Dans la foulée de L'Image, d'autres boîtes comme La Clinique, Le Sérum, La Pharmacie de garde cimentent la réputation de la rue Princesse. L'artère de deux kilomètres de long devient un maquis géant et le passage obligé des fêtards. Le producteur de musique Claude Bassolé était le propriétaire de L'Image. Pour lui, la rue Princesse a même redéfini la culture ivoirienne. « On a inversé la tendance ! Les gens quittaient Cocody, Treichville, Marcory, pour aller danser à Yopougon. Une boîte de nuit qui jouait à l'époque du zouglou était considérée comme une boîte folklorique. On a imposé cette musique qui est devenue notre identité nationale », raconte-il. Les stars du zouglou comme Magic System ou Yodé et Siro ont donné leurs premiers concerts rue Princesse dans les années 1990. Celle-ci a aussi vu l'émergence du coupé-décalé avec son roi, DJ Arafat, qui a fait ses premiers pas au Shangaï.  Preuve de l'importance du lieu, le président Laurent Gbagbo en personne y a passé une soirée en 2008, au Queen's, la discothèque de la star du foot Didier Drogba. La fin d'une rue, la fin d'un mythe  La médaille a son revers : le vacarme et la prostitution. En 2011, la rue Princesse est rasée au nom de la salubrité, quelques mois après l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara. Le mythe tombe, mais son esprit demeure. Il a même infusé dans tout le quartier de Yopougon, selon Léo Montaz, ethnologue spécialiste de la musique ivoirienne : « Je ne pense pas qu'il y ait des lieux qui aient la même image que la rue Princesse, qui soient aussi importants dans l'imaginaire ivoirien d'aujourd'hui. Yopougon reste un quartier central des cultures musicales ivoiriennes et un haut lieu de la fête, notamment pour les classes moyennes et les classes populaires qui n'ont pas les moyens d'aller dans les boîtes branchées de Cocody ».  Yopougon reste habité par la rue Princesse. Aujourd'hui, le biama, la version survoltée du coupé-décalé, ressuscite les nuits de la commune la plus populaire d'Abidjan.

    Les actrices des luttes anticoloniales: en 1960 à Ibadan, «la femme africaine trace son avenir» [5/10]

    Play Episode Listen Later Aug 13, 2026 2:16


    Suite de la série qu'RFI consacre aux actrices oubliées de la décolonisation sur le continent africain. Dans l'ombre des grands leaders masculins, des femmes se sont organisées pour penser la décolonisation au féminin. Il y a 66 ans, en août 1960, à Ibadan, au Nigeria, 55 déléguées de huit pays se réunissaient pour un congrès intitulé « La femme africaine trace son avenir ». S'il ne reste que peu d'archives des 12 jours de débats qui l'animèrent, l'événement est resté comme un moment fondateur de la pensée féministe panafricaine. Avec notre correspondante à Lagos, Elles étaient ghanéennes, maliennes, sénégalaises ou guinéennes issues de tous les milieux socio-professionnels. Parmi elles, des femmes de ménage, des commerçantes, des politiques ou des sages-femmes qui se sont réunies dans le but de réfléchir communément à leur place dans leur pays nouvellement indépendant, mais aussi à leur place sur le continent.  L'historienne Sara Panata s'est penchée sur les rares traces qui subsistent de la conférence d'Ibadan et explique quelles étaient les problématiques évoquées alors par les femmes : « On parlait de questions qui n'étaient pas liées à la politique formelle avec des sujets sur la place des femmes dans la famille, les droits reproductifs, le rôle social des femmes dans les nations indépendantes. Les déléguées se demandaient aussi comment créer des ponts entre femmes d'Afrique de l'Ouest, comment continuer le dialogue, et comment se penser en tant qu'Africaine et sortir des spécificités nationales portées par la colonisation ». Les débats portaient sur la conciliation d'une vie moderne tout en préservant la société traditionnelle africaine et sur la façon dont la liberté de travailler ou d'entreprendre pouvait améliorer le statut de citoyenne. Les femmes africaines, « pierres angulaires » des nations indépendantes Au Nigeria, depuis les années 1940, ces luttes passent souvent par des associations féminines fondées sur des critères religieux ou économiques. C'est l'une d'entre elles, la Women's Improvement Society of Nigeria, qui fut à l'initiative de la conférence d'Ibadan. Sa présidente de l'époque, Felicia Adetowun Ogunsheye, aujourd'hui âgée de 99 ans, se remémore ces combats : « Avant l'indépendance, nous n'étions pas traitées de manière égale, nous étions toujours reléguées au second plan, nous n'étions pas aux avant-postes... Notre préoccupation, c'était l'égalité salariale pour un travail égal. À cette époque, pour faire le même travail, j'étais payée le tiers de moins qu'un homme. Nous avons combattu cela et nous avons gagné ». Les femmes se considéraient alors prêtes à assumer de nouveaux rôles au-delà de leurs foyers, comme l'expliquait dans son discours au congrès une représentante de l'Union des femmes togolaises : « Maintenant que l'indépendance est acquise, les Africaines devraient faire face à de nouvelles tâches pour l'édification de la nation. Le rang de la femme est, dans leur société, la pierre angulaire. L'avancement se basera sur le progrès que fera la femme ». Toutefois l'unité féminine panafricaine née à Ibadan n'a pas survécu aux indépendances. Les logiques nationales ont vite pris le pas sur les discours unitaires. Même si des alliances féminines subsistent, fondées cette fois sur des affinités politiques.

    Les actrices des luttes anticoloniales: Andrée Blouin, influente conseillère et mobilisatrice de réseaux féminins [4/10]

    Play Episode Listen Later Aug 12, 2026 2:32


    La suite de notre série sur les actrices oubliées de la décolonisation. Nous nous penchons aujourd'hui sur le parcours d'Andrée Blouin, enfant métisse née en Centrafrique, qui a fait ses premiers pas en politique en Guinée et est devenue une influente conseillère de Patrice Lumumba au moment de l'indépendance du Congo. Le récit de Laurent Correau. Enfant métisse enlevée à sa mère, Andrée Blouin passe quatorze ans dans un orphelinat de Brazzaville, véritable prison pour « filles de sang mêlé », comme l'explique Subha Xavier, professeure en études françaises et africaines à l'université d'Emory, aux États-Unis : « Elle a vécu des années extrêmement difficiles au couvent. Elle les décrit comme des moments terribles d'oppression, d'aliénation, de malnutrition. On essayait de les assimiler à la culture française en les dénaturalisant de leurs origines africaines. » Au début de l'âge adulte, la mort de son fils René, auquel on refuse la quinine parce qu'il est Noir, la politise définitivement et l'ancre dans la lutte contre le système colonial. Elle suit son mari en Guinée où elle s'engage dans les années 1950 aux côtés du PDG-RDA, le Parti démocratique de Guinée, conduit par Ahmed Sékou Touré. Elle contribue à y mobiliser les femmes, notamment dans la campagne du « non » au référendum de 1958… Les explications de l'historienne Elisabeth Dikizeko : « Sékou Touré fut le catalyseur de son engagement politique. Et en Guinée, elle va adhérer au R.D.A. (Rassemblement démocratique africain), un parti anticolonialiste très important. Et là-bas, à Conakry, elle fera la rencontre de plusieurs grandes figures nationalistes camerounaises ou congolaises qui vont la pousser vers un engagement panafricaniste beaucoup plus important ».  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: au Maroc, les anonymes oubliées [3/10] Elle est appelée au Congo par les leaders nationalistes Pierre Mulele et Antoine Gizenga. Elle y organise une campagne de mobilisation populaire, structure des réseaux féminins, rédige des discours. Et comme en témoigne sa fille, Eve Blouin, elle devient cheffe du protocole du gouvernement de Patrice Lumumba après l'indépendance :  « Elle ouvrait son courrier, elle organisait les priorités des dossiers en cours, elle orchestrait les délégations étrangères et du corps diplomatique parce que c'était un véritable ballet. Mais elle avait fort à faire, car les forces adverses lui sabotaient le travail. Il y avait des dossiers qui disparaissaient, des clés qui disparaissaient. Elle arrivait, la porte de son bureau était grande ouverte. Même chose pour le bureau de Lumumba ». Elle affronte alors la presse coloniale, les diplomates et les puissances occidentales, qui voient en elle une agent du communisme international. Elle est expulsée du Congo et doit connaître l'exil… Andrée Blouin meurt en 1986, après avoir incarné l'une des voix féminines puissantes des décolonisations africaines.  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: au Maroc, les anonymes oubliées [3/10]

    Play Episode Listen Later Aug 11, 2026 2:24


    Nous poursuivons notre série d'été sur les actrices méconnues de la décolonisation. Au Maroc, le roman national met en valeur l'action des hommes : seule une poignée de femmes est mentionnée comme ayant participé à la lutte pour l'indépendance. Tout cela donne l'impression que les Marocaines auraient joué un rôle mineur. La réalité est bien différente et l'étude de leur contribution à la libération du royaume par les historiens n'en est qu'à ses balbutiements. Matthias Raynal a enquêté sur ces figures oubliées. De notre correspondant de retour de Rabat,  Voici ce qu'écrit la sociologue marocaine Fadma Aït Mous dans un article paru en 2021 : « La place des femmes dans l'Histoire marocaine, notamment durant le protectorat, reste très peu visible. Les quelques écrits qui y sont consacrés ont conclu à l'absence de reconnaissance du rôle des femmes dans la lutte anti-coloniale ». Mustapha Qadery, professeur d'histoire à l'université Mohammed V de Rabat, explique : « Si j'ose dire, les hommes s'accaparent le rôle et ce sont les hommes qui parlent d'eux-mêmes. Parce qu'on a énormément de mémoires de résistant ». Mustapha Qadery est l'un des spécialistes de la résistance marocaine au joug colonial. La conquête en elle-même dure plusieurs décennies ; les soldats français font la guerre aux tribus qui se soulèvent contre leur domination. Des conflits auxquels participent les Marocaines. « Elles avaient le henné pour entacher les lâches qui s'échappaient du champ de bataille. Elles s'occupent de la logistique de repli de leurs hommes, quand ils sont en attaque. On en a des témoignages un peu partout. Depuis la fin du XIXᵉ siècle jusqu'en 1934, c'est vraiment très costaud au niveau de la participation. Sans elles, je ne crois pas qu'il y aurait eu cette résistance acharnée », poursuit-il.  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10] Des poétesses marocaines ont aussi contribué à conserver le souvenir de ces guerres, raconte le chercheur : « On a des traces de femmes qui ont laissé curieusement leur nom par des couplets, qui évoquent les malheurs de cette guerre. On a quelques femmes qui émergent, en tout cas sur le plan local, mais on ne les voit pas dans le récit national ». Dans les années 1940-50, la lutte pour l'indépendance s'intensifie dans les villes : « On sait que dans le monde urbain, la lutte était dans le sens politique : la revendication par la presse, par des groupements, y compris la mise en place de partis politiques autorisés après la deuxième Guerre mondiale. C'est là qu'on voit l'apparition de la djellaba féminine pour les femmes urbaines qui n'avaient pas trop le droit – si j'ose dire – de sortir. L'invention de la djellaba féminine est associée, un petit peu, à ce début de sortie des femmes dans l'espace public ». Dans son article Les femmes dans le mouvement nationaliste marocain, l'historienne Assia Benadada écrit en 1999 : « Des femmes de toutes les catégories sociales et de toutes les régions se sont investies dans le mouvement nationaliste. (…) On peut constater que même le discours nationaliste a marginalisé leur rôle ».  À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Play Episode Listen Later Aug 10, 2026 2:44


    Au Kenya, Field Marshall Muthoni wa Kirima est reconnue comme l'une des figures des Mau Mau. Ce mouvement d'insurrection s'est battu pour l'indépendance du Kenya dans les années 1950. Il a été très violemment réprimé par les colons britanniques. Au moins 10 000 Kényans ont été tués, jusqu'à 90 000 selon certains chiffres. Le mouvement a largement contribué à pousser le Kenya vers l'indépendance, déclarée le 12 décembre 1963. Née en 1930, décédée en septembre 2023, Field Marshal Muthoni wa Kirima est l'une des femmes qui ont combattu dans les rangs des Mau Mau. De notre correspondante à Nairobi,  Muthoni wa Kirima avait à peine plus de 20 ans lorsqu'elle a rejoint le mouvement d'insurrection des Mau Mau. Elle raconte son parcours dans un entretien diffusé sur la chaîne YouTube Mau Mau Chronicles : « J'ai pris part à cette guerre pour une bonne raison : mon père travaillait pour un Européen. Vous savez, les Européens disaient que le Kenya leur appartenait. Nous étions en réalité comme des esclaves au service des Blancs. Nous travaillions dans leurs plantations de pyrèthre. » Les Mau Mau se battent alors pour l'indépendance et pour récupérer les terres qui leur ont été volées. Le mouvement multiplie les attaques, notamment contre les fermes des colons. Les Britanniques déclarent l'état d'urgence en 1952. Une répression d'une extrême violence s'ensuit. Les Mau Mau se réfugient en forêt. Muthoni wa Kirima leur passe des informations. Découverte, elle est battue, et rejoint elle aussi la forêt. Elle n'en sortira qu'à l'indépendance, en 1963. Elle sera la seule femme à avoir reçu le haut grade de Field Marshal au sein des Mau Mau, comme le rappelle Margaret Gachihi, historienne et enseignante à l'université de Nairobi : « Field Marshal Muthoni est restée onze ans dans la forêt. Cette longévité témoigne de son engagement envers la cause Mau Mau. Elle se distinguait, non seulement en tant que femme, mais surtout par la force de son caractère. Si l'on regarde ses activités, elle a pris la tête de raids, sortant de la forêt pour mener des attaques contre les fermes des colons. » Les combattants ont dû survivre en pleine forêt, traqués par les Britanniques. Le rôle des femmes a alors été clé, pourtant longtemps sous-estimé, rappelle l'historienne : « Ce sont elles qui ont permis au mouvement de perdurer aussi longtemps. Elles fournissaient de la nourriture, servaient de messagères et transportaient du matériel pour les Mau Mau. Et certaines d'entre elles, comme Field Marshal Muthoni et d'autres, ont même rejoint la forêt et endossé des rôles de combattantes. » De nombreux survivants Mau Mau ont déploré un manque de reconnaissance après l'indépendance du Kenya, et continuent de demander compensation pour la perte de leurs terres. « Nous avons vraiment souffert pour le pays », rappelait Field Marshal Muthoni wa Kirima auprès de la chaîne YouTube Mau Mau Chronicles. Il a fallu attendre 2003 pour que l'interdiction du mouvement soit officiellement levée. À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10]

    Les actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10]

    Play Episode Listen Later Aug 9, 2026 2:24


    En décembre 1949, plusieurs centaines de femmes quittent Abidjan pour marcher jusqu'à Grand-Bassam afin d'exiger la libération des dirigeants emprisonnés du parti de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, mis derrière les barreaux par l'administration coloniale française. Une mobilisation historique, brutalement réprimée, mais qui demeure aujourd'hui un symbole de courage et de résistance. Plus de 75 ans après, que reste-t-il de l'héritage des Dames glorieuses de Grand-Bassam ? Comment leur combat est-il transmis aux nouvelles générations ?  De notre correspondant de retour de Grand-Bassam, À 106 ans, Amlan Dan N'Guessan est l'une des dernières survivantes de la marche des femmes de Grand-Bassam. Ces femmes s'étaient mobilisées pour réclamer la libération de leurs époux, frères ou proches détenus par l'administration coloniale. Dans sa famille, cette histoire est devenue un héritage. « Moi, ma maman préparait à manger, elle apportait de l'eau. Ces femmes ont reçu des coups de fusil, de l'eau sale et des coups de matraque, souligne Leonni, sa fille. Mais ce sont des mamans qui ont été courageuses. Si elles avaient eu peur, nos grands-pères seraient morts en prison. » À l'époque, plusieurs dirigeants du PDCI-RDA sont détenus depuis près d'un an au camp pénal de Grand-Bassam, sans jugement. Parmi eux figure le père d'Aminata Traoré Camara. Sa mère aussi a participé à la marche. Plus de sept décennies plus tard, elle mesure encore l'importance de cet engagement. « C'est une grande fierté de savoir que nous avons eu notre mère qui n'a pas baissé les bras, confie-t-elle, avec les autres femmes qui les ont accompagnées dans ce mouvement. Elle nous a laissé un héritage. » Pour préserver cette mémoire, Aminata a créé avec sa famille une fondation dédiée aux marcheuses de Grand-Bassam. En 2020, l'organisation a recensé une vingtaine de survivantes et œuvre à faire connaître leur histoire. « On a un devoir de mémoire, des obligations vis-à-vis de ces personnes qui, pour la plupart aujourd'hui, sont presque centenaires, insiste Aminata Camara. Celles qui sont parties, comment honorer leur mémoire pour éviter qu'elles ne tombent dans l'oubli ? » À lire aussiCôte d'Ivoire: la marche à reculons vers l'indépendance Un moment décisif Pour l'historien Nandouhard Akueson, auteur du livre La marche des Dames glorieuses sur Bassam, cette mobilisation a constitué un moment décisif dans la lutte pour l'émancipation politique de la Côte d'Ivoire. « Il y a eu une négociation. Le mandat d'arrêt qui pesait notamment sur le député Houphouët-Boigny a été levé, rappelle-t-il. Il a alors pu discuter avec l'administration coloniale. Quelques mois plus tard, il y a eu l'instruction du dossier et la libération partielle des premiers prisonniers. » À l'entrée de Grand-Bassam, le monument des Dames glorieuses, érigé en 1995, veille sur la mémoire de ces femmes qui ont défié le pouvoir colonial. Un peu plus loin, au Musée national du costume, une exposition photographique retrace leur combat et perpétue le souvenir de ces héroïnes longtemps restées dans l'ombre. À écouter dans Archives d'AfriqueFélix Houphouët-Boigny (1/6)

    Histoire de la nuit africaine: à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l'apartheid[4/10]

    Play Episode Listen Later Aug 8, 2026 2:37


    Son nom n'est désormais connu que des plus anciens, mais à Soweto, le Club Pelican était, dans les années 1970, un endroit incontournable pour ceux qui aimaient la musique et la fête. En plein apartheid, ce night-club, l'un des premiers du genre dans le township, offrait un espace afin de décompresser, faisant fi des lois de ségrégation, et permettait à des populations quotidiennement séparées de se croiser, le temps d'une soirée. De notre correspondante à Johannesburg, Il ne reste plus que l'enseigne couverte de rouille sur la façade délabrée pour deviner que c'est ici, derrière les rails de chemin de fer, non loin du stade d'Orlando, que se trouvait l'un des lieux mythiques de Soweto pour faire la fête. Le Club Pelican, premier night-club du township, était une scène incontournable pour tous les musiciens, et c'est là que le saxophoniste Khaya Mahlangu a fait ses premières armes. « Le club était tout petit, se rappelle-t-il, seule la section rythmique pouvait tenir sur scène. Les cuivres étaient dans un coin, mais si on était quatre ou cinq, on se retrouvait à jouer collés aux tables du premier rang. » Lieu de choix, à l'époque, pour écouter de la musique live, du jazz au funk en passant par la soul, le Club Pelican a attiré beaucoup de grands noms mais a aussi permis de former nombre de musiciens en devenir. « C'était une institution, poursuit Khaya Mahlangu. Les plus jeunes venaient jouer lorsque l'orchestre résident faisait une pause. On a appris à la dure là-bas, si on n'arrivait pas à suivre les changements d'accords, on nous criait dessus : "Mec, tu n'entends pas la mélodie ou quoi ?". Et c'est aussi là que tous les musiciens de passage venaient, après avoir joué leur concert, car il y avait une grande culture de faire des bœufs. »  À lire aussiLes archives étonnantes sur les «années cachées» de la musique sud-africaine [2/3] Un endroit unique La boîte de nuit a été ouverte par les frères Michaels : Lucky, et sa personnalité très charismatique, aujourd'hui décédé ; et Leo, qui gérait l'établissement avec lui. « C'était l'un des premiers clubs multiraciaux d'Afrique du Sud, se rappelle Leo. Vous savez que le pays était très ségrégué à l'époque, et nous, nous avions des personnes blanches qui venaient même si c'était interdit pour elles de se rendre à Soweto. Cet endroit était vraiment unique. » C'est après avoir découvert des boîtes du Mozambique, avec des noms comme Flamingo, que les frères Michaels ont opté pour Pelican. L'établissement vendait illégalement de l'alcool et offrait aux habitants un rare espace de liberté. « On pouvait y aller pour échapper un peu à la pression de l'apartheid, pointe l'ancien propriétaire du club. Cela attirait des gens de tous horizons, des docteurs, des avocats, mais aussi de simples passants. La police faisait souvent des descentes, et on se retrouvait derrière les barreaux. Mais on payait une amende, et ensuite on recommençait comme avant. » Le Club Pelican a finalement fermé ses portes dans les années 1980, avec la montée des violences dans le township. Mais sa bande-son peut toujours s'écouter grâce à une compilation éditée par le label Matsuli Music. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: l'African Jazz Village, lieu mythique de l'éthio-jazz

    Histoire de la nuit africaine: l'African Jazz Village, lieu mythique de l'éthio-jazz [3/10]

    Play Episode Listen Later Aug 7, 2026 2:06


    À Addis-Abeba en Éthiopie, un lieu mythique fait renaître depuis une dizaine d'années l'éthio-jazz, genre musical mélange de gamme pentatonique éthiopienne et de jazz nord-américain. L'African Jazz Village, située au sous-sol du Ghion Hotel, accueille quatre soirs par semaine des artistes de l'ancienne et de la nouvelle génération, sous le regard du père du genre, Mulatu Astatke. Immersion dans ce club de musique historique. De notre correspondante à Addis-Abeba, Le nom de l'African Jazz Village clignote sur les néons verts. La musique, de l'extérieur, se fait déjà entendre. Passé l'entrée, le club mythique se découvre : la scène surplombe une salle en rotonde, à la lumière tamisée. Les murs sont tapissés de photos de grands noms de l'éthio-jazz et d'affiches de concert de Mulatu Astatke. Chaque soir de concert, le père de l'éthio-jazz et créateur du lieu, Mulatu Astatke, 82 ans, prend place dans le public. « Quand vous entrez ici, vous êtes dans un autre monde. Vous êtes en Afrique, en Éthiopie, telle qu'elle est aujourd'hui. Vous voyez ce public ? Ici, c'est toujours un lieu où il y a des étincelles, ça a toujours été magnifique, je l'adore. J'essaie de promouvoir et de montrer au monde entier comment les Africains contribuent à la culture mondiale. C'est ce que je m'efforce de faire », confie-t-il. À lire aussiMulatu Astatke, père de l'éthio-jazz, revient avec un album et une tournée d'adieux Ce soir-là, le pianiste Tewodros Aklilu, du groupe mythique Admas, assure le show avec d'autres musiciens. Jouer à l'African Jazz Village est toujours un moment émouvant pour lui. « Ce lieu a près de 60 ans d'histoire. Si vous regardez à votre droite, vous verrez la salle dans laquelle les dirigeants africains se sont réunis pour proclamer l'Union africaine. C'est important pour nous. Chaque fois que nous jouons, je le ressens. Je ressens cette énergie qui animait ceux qui disaient : "Nous devons nous rassembler, former une union." C'est ce que nous incarnons », explique-t-il. Pour le pianiste, la mission de l'African Jazz Village est aussi de transmettre cette musique, créée dans les années 1950 puis interdite sous le régime communiste du Derg, à la jeunesse éthiopienne. « Toutes ces mélodies, ils ont grandi avec, leurs parents aussi. Certains les entendaient déjà bébés, bercés par leur mère, alors cela réveille des souvenirs. Et aujourd'hui, cette génération est folle de l'éthio-jazz », ajoute Tewodros Aklilu. Dans le public, Selam, 23 ans, est venue accompagnée d'une amie. « Nous sommes allés à un autre concert, mais je trouve celui-ci plus sympa, alors nous sommes revenues. L'ambiance est bonne. On adore le jazz, c'est pour cela que nous venons ici », raconte-t-elle. Le club peut accueillir jusqu'à 300 personnes par soir. À lire aussiComment l'éthio-jazz a ressuscité pour se démultiplier à travers le monde

    Congolais de Paris: la deuxième génération et les langues du Congo [5/5]

    Play Episode Listen Later Aug 6, 2026 2:03


    Pour ce cinquième épisode, nous parlons ce matin d'héritage linguistique. En France, de nombreux parents du Congo-Brazzaville ont choisi de ne pas transmettre les langues de leur pays à leurs enfants, ce que ces derniers remettent parfois en question aujourd'hui, souhaitant se connecter à la culture de leur famille. Du lari au kiluba, ces descendants d'immigrés congolais comptent sur la langue pour se rapprocher du pays dont ils sont éloignés. Un reportage de Naïma Dieunou Simo Cathy Bitounti est assise à table, face à ses parents. Entre deux chips avalées sur le pouce, elle les écoute parler lari, la langue congolaise pratiquée chez elle depuis qu'elle est toute petite. Sa mère et son père viennent du Congo-Brazzaville. Ils sont arrivés en France en 1999 et vivent à Melun, au sud de la banlieue parisienne. « Mbote Nzago Cathy », dit son père à son intention, en lari. « Il m'a dit ''bonjour à toi'' », traduit-elle. Cathy Bitounti est la seule des cinq enfants d'Irénée Cyriaque et d'Armelle Bitounti à comprendre cette langue. « Mes parents ne m'ont jamais appris à le parler, mais à la maison, ils ont toujours parlé le lari. Et je pense qu'inconsciemment, il y a des choses que j'ai commencé à décortiquer. C'est ce qui fait que maintenant, je le comprends très bien », explique-t-elle. Mais cette transmission n'a pas été chose facile. Comme dans de nombreuses familles venues du Congo, le français est la seule langue que les parents ont souhaité transmettre à leurs enfants. Armelle Bitounti, la mère, l'explique par l'éducation qu'elle a reçue au pays. « Quand on grandissait, nos parents nous obligeaient à parler français. Même nos grands-parents qui quittaient le village, quand ils venaient en ville et qu'ils nous parlaient en lari, on leur répondait en français », raconte-t-elle. Aujourd'hui, cependant, ces parents réalisent que c'est une part de leur histoire qui risque de se perdre. « C'est quelque chose qu'on a hérité des parents et de nos grands-parents, et qu'on est en train de déconstruire aujourd'hui », regrette Irénée Cyriaque. Toujours en région parisienne, dans un parc, Raphaël Dzouolo, 17 ans, partage ce constat. Comme Cathy, il voit dans l'apprentissage de la langue un moyen d'être en phase avec sa culture congolaise. Il écoute régulièrement sa mère parler kiluba et lui pose des questions. Mais pour l'instant, Raphaël ne peut prononcer que quelques mots. « J'ai ce rapport compliqué parce que ça me coupe d'une partie de mes racines, forcément, de ne pas savoir transmettre ni même penser dans cette langue », confie-t-il. « Ce n'est pas quelque chose qui est dit aussi frontalement, mais ça se ressent par rapport à toutes les actions que notre mère peut mettre en place. Je sais que parfois, elle nous envoie des vidéos, un peu de musique, de chant, pour tenter de réapprendre. Mais ça reste quand même un regret », ajoute-t-il. Pour Raphaël, comme pour de nombreux jeunes, la langue parlée par les parents et les grands-parents est un héritage qu'il souhaite préserver. Et peut-être, le transmettre à son tour aux générations futures. À lire aussiCongolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

    Congolais de Paris: les femmes pasteures des églises évangéliques de réveil [4/5]

    Play Episode Listen Later Aug 5, 2026 2:19


    Dans les Églises de réveil de la région parisienne, les femmes montent de plus en plus en chaire et prennent la parole. Face à des assemblées composées en grande partie de fidèles issus des diasporas africaines, elles prêchent et prophétisent. C'est une évolution qui bouscule les codes d'un monde religieux longtemps dominé par les hommes. Tom Schneider est allé dans ces églises évangéliques animées, où la foi se décline de plus en plus au féminin. Dans un petit local préfabriqué d'une zone industrielle de Bussy-Saint-Georges, commune de Seine-et-Marne en région parisienne, Grace Babela officie le culte au Centre évangélique de Paris. Elle est pasteure et prophétesse depuis 2021 et donne de sa voix pendant plus d'une heure et demie. Robe blanche argentée et micro en main, elle prêche au milieu des chaises dorées et des quelques dizaines de fidèles réunis ce jour-là. Son église est fortement fréquentée par les diasporas africaines. Bien que les églises de réveil permettent aux femmes de devenir pasteures, Grace a tout de même fait face à certains préjugés sexistes. « Je suis un blasphème pour certains chrétiens. Il y a des personnes, même au sein des églises évangéliques, qui estiment que la femme ne devrait pas "prendre autorité sur des hommes". Parce qu'ils estiment qu'une femme qui prêche sur le pupitre et qui enseigne la parole dans une assemblée où il y a des hommes et des femmes, c'est comme si elle prend autorité sur les hommes. Beaucoup ne l'acceptent pas encore, en 2026 », regrette-t-elle. La chercheuse en sociologie Sarah Demart écrivait, dans un article publié en 2017, que les femmes sont de véritables piliers de ces économies religieuses, notamment par leur insistance à convertir les hommes. Fanny fréquente les églises de réveil depuis quatre ans, et depuis quelques mois, elle vient avec son mari : « J'ai réussi à l'emmener. Au début, il ne voulait pas du tout venir justement parce que c'était animé par des femmes. Une fois que je l'ai traîné, ça lui a beaucoup parlé. Maintenant, on y va ensemble et il aime beaucoup. » Ce que Fanny apprécie, c'est la proximité qu'elle ressent avec les femmes qui officient le culte. « Cela me touche plus. Elle parle avec le cœur de ce que tu vis. Elle me parle de mon quotidien. J'ai l'impression qu'elle m'aide aussi à comprendre mes problèmes et comment les résoudre. Pour moi, c'est une autre approche, moins dogmatique », explique-t-elle. Suivies par plusieurs dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux, leur influence dépasse la sphère religieuse. Elles prodiguent conseils patrimonial, professionnel et financier. Naviguant entre les continents, certaines sont ainsi devenues de véritables célébrités. À lire aussiCongolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

    Congolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

    Play Episode Listen Later Aug 4, 2026 2:18


    Feuilles de manioc, arachides et patates douces : tous ces produits frais du Congo-Brazzaville manquent aux Congolais de la diaspora. Dans le quartier de Château Rouge, la boutique Les Terroirs du Congo fait le pari d'importer des produits bio tout droit du pays, du champ à l'étal parisien, sans intermédiaire ou presque. Lydie, la patronne, a créé une filière qui soutient des dizaines de familles au Congo. Reportage de Tom Schneider dans une boutique bio pas comme les autres. Les cartons de produits frais s'empilent à l'entrée des Terroirs du Congo, une petite boutique nichée aux abords de Château Rouge à Paris. « Dans la semaine, on a trois arrivages : deux de Brazzaville et un de Pointe-Noire », explique Lydie, la patronne. Lunettes de soleil et pagne coloré, elle organise la livraison et oriente les clients fidèles, comme Shelly. « Aujourd'hui, je vais acheter le manioc et l'huile de palme. Mon produit préféré, c'est le saka saka », explique cette dernière. Le saka saka, préparé à base de feuilles de manioc pilé, est l'un des plats les plus populaires du Congo-Brazzaville. Il est aussi apprécié par une autre habituée, qui se fait appeler Joy Manioc : « Je fais acheter la nourriture du pays. Il y a tout ici pour le Congo. Raison pour laquelle je viens le jour même de la livraison. » Le succès de sa boutique, Lydie le doit à sa renommée. Sa sœur était l'une des premières Congolaises à vendre des produits africains dans le quartier, au début des années 1990. Bien qu'il n'existe que très peu de labels certifiant de la qualité au Congo, Lydie s'assure elle-même de la fraîcheur de ses produits : « C'est naturel, c'est frais, juste cueilli, emballé dans des cartons la veille et le lendemain matin, c'est arrivé à Roissy. Ce sont des produits bio. L'huile de palme, par exemple, c'est de l'huile bio sans rien d'ajouté, faite artisanalement par des paysans. » Lydie a pu construire un modèle d'approvisionnement durable et circulaire qui profite aux productrices du Congo-Brazzaville. « J'ai recensé quelques mamans qui vendaient au marché et qui font du très bon manioc. Cela leur évite d'aller rester au marché, de ne pas terminer leur quantité de marchandises à vendre. Elles ont des commandes toutes les semaines, cela leur fait un complément de revenus », confie-t-elle. Un kilo de feuilles de manioc acheté environ deux euros à Brazzaville est souvent revendu près de dix fois plus cher à Paris. Le fret aérien constitue souvent plus de la moitié du prix final. Lydie avoue donc se fournir auprès d'autres pays africains, même si c'est une situation qu'elle aimerait voir évoluer ces prochaines années. À lire aussiCongolais de Paris: les jeunes de la diaspora font vivre la rumba congolaise [2/5]

    Congolais de Paris: les jeunes de la diaspora font vivre la rumba congolaise [2/5]

    Play Episode Listen Later Aug 3, 2026 2:29


    La rumba congolaise, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco en 2021, continue de faire vibrer bien au-delà des frontières de la République démocratique du Congo. Dans la diaspora en France et en Belgique, une nouvelle génération d'artistes et de créateurs fait résonner cet héritage musical pour le faire évoluer en y mêlant ses propres influences et son époque. Reportage sur ces jeunes qui font de la rumba un art en mouvement, par Tom Schneider. Dans sa chanson « Ewumela », l'artiste belgo-congolais Adam La Nuit chante l'espoir d'un amour éternel, l'un des thèmes les plus populaires de la rumba congolaise. Mélangeant le français et le lingala, il s'est beaucoup interrogé sur son rapport à la langue dans sa musique. « Maintenant, j'ai commencé à écrire clairement des chansons en lingala parce que j'ai pu faire un travail sur les réseaux sociaux où j'ai montré aux gens tout ce qu'on avait déjà comme héritage avec la poésie de la rumba congolaise. » Adam La Nuit s'est progressivement affranchi d'un besoin de compréhension pour embrasser sa culture et chanter en lingala. Il utilise les réseaux sociaux pour toucher un large public et véhiculer son amour de la musique congolaise. « Je n'ai plus besoin de vouloir être compris. Je pense que les gens ressentent directement les choses, c'est le plus important. Et s'il faut absolument comprendre les choses, je ferai des vidéos avec des traductions. » À lire aussiD'une histoire de la rumba congolaise aux 5 morceaux de rêve d'un p'tit Breton ! Dans sa « rumba moderne », l'artiste Bruzer célèbre un lingala irréprochable Adam La Nuit définit son style comme de la fusion, de par les influences rumba avec lesquelles il a grandi et des styles plus pop qu'il a découverts lorsqu'il est arrivé en France. Bruzer, lui, est un jeune chanteur qui s'est lancé récemment dans ce qu'il nomme la « rumba moderne ». Son titre « Boma Love » est le premier qu'il sort en lingala. Bruzer a beaucoup travaillé sur ses intonations et sa prononciation. « Je travaille sur mes accents, sur ma manière de prononcer les mots, etc. De sorte que le jour où je sortirai un son chanté totalement en lingala, on ne va pas me dire que, comme les Français disent, je suis un "bana poto". » Le « bana poto », c'est l'enfant de l'étranger en lingala. Lui qui a grandi en France, il sait qu'il doit se faire accepter d'un public congolais exigeant. Grâce à sa musique, il espère pouvoir se rendre au Congo pour la première fois de sa vie. « Là-bas, il y a ma tante qui fait une grosse promo. Là-bas, partout où elle va, elle n'hésite pas à dire que "oui, j'ai mon neveu en Europe qui fait de la musique en lingala, qui fait de la rumba", tout ça. Si je peux aller là-bas grâce à ça, ça serait magnifique. » À lire aussi«Borumba», premier album de Balu: une rumba congolaise héritée « C'est vraiment plus une sorte de devoir de mémoire. » Grâce à ses vidéos sur les réseaux sociaux, Nsayie, une créatrice de contenu franco-congolaise, vulgarise l'histoire des grands artistes de la rumba. « C'est vraiment plus une sorte de devoir de mémoire. À la base, ça partait du fait que j'aime la musique et que je voulais partager la musique que j'aime. Mais au fur et à mesure, c'est devenu plus que ça. » La jeunesse de la diaspora s'est ainsi emparée de la rumba pour en faire un art vivant, qui s'enrichit au gré des époques et des continents. À lire aussi«Rumba Africa»: Syran Mbenza plante un drapeau au sommet de la musique congolaise

    Congolais de Paris: les sapeurs de la diaspora congolaise [1/5]

    Play Episode Listen Later Aug 2, 2026 2:23


    Originaire du Congo-Brazzaville, la Sape est un marqueur identitaire puissant pour les Congolais de la diaspora. Plus qu'une passion pour une forme d'élégance, c'est aussi un trait d'union entre les continents. Costumes trois pièces, pantalon zébré et démarche millimétrée, les sapeurs de la diaspora font aussi de ce mouvement un divertissement atypique. Un reportage haut en couleurs signé Tom Schneider.  Au milieu des bars d'immeubles, sur un parking des Mureaux en banlieue parisienne, Maman Clarisse fête son anniversaire. Pour l'occasion, ce groupe d'amis originaire du Congo-Brazzaville fait griller quelques brochettes. Ils ont en commun le plaisir de s'habiller, ce sont des sapeurs qui, eux seuls, ont le secret pour accorder couleurs, coupes et motifs parfois extravagants. Jean-Marie a opté aujourd'hui pour un look monochrome. « Je suis habillé tout en écologie, tout en vert. »  Mais s'habiller avec des habits de marque coûte très cher. Jean-Marie, cariste de profession, en fait pourtant une priorité. « Oui, ça coûte cher, c'est une fortune. Et si tu gagnes 1 200 €, tu feras comment ? Donc, j'ai dit : "Écoute, je fais le sacrifice parce que je veux une paire de chaussures qui coûte 300 €." J'ai dit : "Écoute, je ne mange pas pour acheter le vêtement." » À lire aussiCongo-Brazzaville: à la rencontre de passionnés, durant la 7e édition du Festival de la Sape Dans la sape, chacun a son sobriquet pour affirmer son style Le groupe de sapeurs a recours à des moyens informels de financement, comme la tontine. C'est un système très répandu en Afrique dans lequel des particuliers versent de l'argent dans une caisse commune. Les bénéficiaires en profitent ensuite de manière cyclique. Freddy Nkouka est l'une des grosses têtes du groupe. « C'est compliqué parce qu'il y en a d'autres qui font des tontines. Ils cotisent : le mois là, il peut toucher par exemple 5 000 € ou 10 000 € ; le mois prochain, ça sera toi. Moi, c'est comme ça. » Dans la Sape, acronyme pour Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes, chacun a son sobriquet, c'est-à-dire son surnom. Une manière de se distinguer et d'affirmer son style. « Moi, Freddy Nkouka, le roi des Croco, je suis le premier sapeur congolais qui a commencé à porter du croco. C'est moi qui commande tous les animaux de la forêt. Freddy, le roi des crocos. » C'est que la sape et l'humilité ne sont pas vraiment synonymes. Les sapeurs parlent souvent d'eux à la troisième personne. Ce n'est aussi pas qu'une affaire d'hommes. Les femmes vantent fièrement leur sobriquet, comme Prisca. « La fille qui dérange. J'aime être sexy. Moi, je m'habille comme des Beyoncé, Rihanna. J'aime les habits, donc même si je mets un sac à patates, ça me va. »  Sur les réseaux sociaux, Freddy le roi des crocos et son ami Jerome Loufoua font de courtes vidéos du style de leurs amis. Des vidéos qui atteignent parfois plusieurs centaines de milliers de vues. Ils espèrent ainsi que la Sape soit enfin reconnue comme patrimoine immatériel de l'humanité à l'Unesco. À lire aussiAprès la rumba congolaise, la Sape veut être inscrite au patrimoine de l'humanité

    Nuits africaines en Centrafrique: le célèbre bar dancing ABC de Bangui[02/10]

    Play Episode Listen Later Aug 1, 2026 2:17


    Direction aujourd'hui la Centrafrique, où nous entrons dans le célèbre bar-dancing ABC. C'est dans ce lieu emblématique qu'est née la musique centrafricaine moderne, des années 1960 jusqu'au début des années 2000. Situé au quartier du Km5, dans le troisième arrondissement de Bangui, l'ABC a été l'un des centres névralgiques de l'animation nocturne de la capitale. Chaque soir, durant cette période aujourd'hui empreinte de nostalgie, les habitants venaient assister aux prestations en direct des premiers orchestres de l'histoire de la musique centrafricaine.   De notre correspondant à Bangui, Lorsque le soleil disparaît derrière les collines du Bas-Oubangui, Ahmadou Ahmaxon Djahmey, ancien sportif, apparaît au bord de la route. Il observe les lumières qui s'allument devant ce vaste bâtiment. Tout autour, quelques buvettes et gargotes animent encore les lieux. Les parfums de viande grillée, les sonorités des guitares électriques, le rythme des batteries et les voix amplifiées par les micros semblent encore résonner dans les mémoires. L'endroit conserve une atmosphère particulière, et Ahmadou Ahmaxon Djahmey ressent une profonde nostalgie. « Au Congo-Kinshasa, il y avait un bar qui s'appelle ABC, là où jouaient les grands orchestres de l'époque. C'était comme ça que l'idée de créer ABC est venue à Thierry ABC, comme au Congo-Kinshasa. Parce que là-bas, il y avait l'ambiance », raconte Ahmadou Ahmaxon Djahmey. Le bar-dancing ABC fonctionnait comme un véritable incubateur culturel où se produisaient les anciennes gloires de la musique centrafricaine. Les artistes y trouvaient leur première scène et les orchestres leur premier public. « On dit le grand ABC Terre d'ambiance. C'est ça qui a fait en sorte que l'ambiance était quatre saisons. Les mots me manquent », lâche Ahmadou Ahmaxon Djahmey, le sourire empreint de nostalgie. À lire aussiNuits africaines en RDC: le Kimpwanza Bar, haut lieu de l'Abako et des grandes figures de la musique [1/10] « ABC, c'était le centre de l'ambiance » Chaque week-end, après une semaine de travail, de nombreux Banguissois se rendaient à l'ABC pour écouter de la musique, découvrir les nouveaux orchestres et profiter d'une ambiance unique. Alex Ballu, promoteur culturel, se souvient encore de cette époque. « ABC, c'était un carrefour, c'était le centre de l'ambiance. Il fallait aller danser au son de formidables musiques avec l'icône de la musique centrafricaine, le défunt Thierry Yaso. Et, mangez également les méchouis de ABC.» Des spectateurs venus de tous les quartiers de Bangui s'y retrouvaient pour écouter une rumba centrafricaine enrichie d'éléments folkloriques locaux, portée par des textes évoquant les réalités du quotidien, les amours contrariées, les difficultés sociales ou encore les espoirs de la jeunesse. Aujourd'hui, après les multiples crises qu'a traversées le pays, le bâtiment a été transformé en dépôt de marchandises au cœur du Km5. Chaque jour, de nombreux Centrafricains et ressortissants étrangers viennent découvrir ce lieu emblématique, chargé d'histoire et de souvenirs. À lire aussiCentrafrique: le plus célèbre dancing de Bangui rouvre ses portes malgré le couvre-feu

    Nuits africaines en RDC: le Kimpwanza Bar, haut lieu de l'Abako et des grandes figures de la musique [1/10]

    Play Episode Listen Later Jul 31, 2026 2:27


    En République démocratique du Congo, direction Kinshasa, dans la commune de Kasavubu. C'est là que se trouve un bar emblématique, ouvert au lendemain de l'indépendance. Une adresse chargée d'histoire, c'est l'un des bars les plus anciens de Kinshasa où se sont produits les plus grands noms de la rumba congolaise et où militants politiques et intellectuels avaient leurs habitudes. De notre correspondante à Kinshasa, Sur la scène du Kimpwanza Bar, l'orchestre de Werrason est en pleine répétition. Les portes du Kimpawanza bar ont ouvert dans les années 1950. À cette époque, les plus grands orchestres de rumba congolaise s'y produisent. Werrason est fier de s'inscrire dans cet héritage. « C'est un endroit historique où nos anciens ont commencé avant nous. Ils ont commencé à répéter là-bas. Les Zaïko Nyoka Longo, Viva La Musica aussi de Papa Wemba. Notre musique, là, qu'on fait, il y a des références. » Sur les murs du Kimpwanza Bar, de grands rideaux noirs et argentés créent une ambiance feutrée propice aux discussions politiques. Le bar était aussi un lieu de rendez-vous des intellectuels de l'époque. Explications de Christian Moleka, politologue. « Les bars à Kinshasa ont été l'ancêtre du café politique où les élites se rencontraient autour des mouvements culturels, puisque les partis politiques n'étaient pas autorisés avant 1955. Et donc, ce sont les mouvements culturels qui se réunissaient, où on lit à la fois mondanité, convivialité et jeu politique. » À lire aussiRDC: les autorités mettent un terme aux «folles nuits» de Kinshasa Les militants de l'Abako Kimpwanza bar Parmi les figures intellectuelles qui s'y retrouvaient, les militants de l'Abako, l'Alliance des Bakongo. D'ailleurs, juste en face du bar, trône la statue de l'ancien président Kasa-Vubu. « Il est habillé en uniforme de commandant suprême des armées et il a justement baptisé Kimpwanza. Ce bar, au nom de Kimpwanza, en kikongo signifie "l'indépendance".» Pierre Anatole Matusila avait 13 ans en 1960. Il est depuis devenu le président de l'Abako, un mouvement culturel qui s'est mué en parti politique. « Après les événements du 4 janvier 1959, quand notre parti était dissous et ses dirigeants arrêtés, les manifestations, les revendications contre l'ordre colonial se sont fait sentir plus au Bas-Congo. Donc, il y avait un grand mouvement pour contraindre la colonisation belge à fixer la date de l'indépendance. Donc, dans ces mouvements, en tout cas, les Bakongo avaient porté le flambeau de ces combats. » L'indépendance du pays est fixée au 30 juin 1960. Grand Kallé compose la célèbre chanson « Indépendance Cha Cha ». Et la légende dit qu'elle est jouée pour la première fois à Kinshasa au Kimpwanza Bar. À lire aussiAux origines de Nuits d'Afrique: le Club Balattou, lieu culturel mythique à Montréal

    À midi, on mange quoi: «le Komposé», le plat incontournable à Madagascar[5/5]

    Play Episode Listen Later Jul 30, 2026 2:30


    À Madagascar, en milieu urbain, c'est le plat du midi par excellence. Qu'il se déguste assis à la table d'un restaurant ou avalé debout dans la rue en quelques minutes, le Komposé – avec un K – est un incontournable des grandes villes de l'île. Accessible à presque toutes les bourses, ce mélange de salades accompagne le quotidien des citadins depuis près d'un siècle. Et, malgré ses déclinaisons pour suivre les goûts et les modes de consommation, il reste un plat emblématique de la gastronomie populaire malgache.Reportage à l'heure du déjeuner dans le quartier historique d'Analakely, à Antananarivo. « Ici ! Le Komposé spécial ! 5 000 francs ! Si vous voulez du Komposé, c'est ici ! Komposé au fromage, Komposé aux légumes. » Dans une ruelle bruyante et animée d'Analakely, un adolescent fait office de rabatteur. Montées sur des tréteaux, les mini-gargotes s'alignent et proposent toutes le même incontournable : le Komposé. Une base de macédoine, servie avec une salade de pâtes et une multitude d'accompagnements pour se démarquer de la concurrence. Derrière sa petite vitrine, Émile joint sa voix à celle de l'adolescent. « Approchez, monsieur ! hèle-t-il à un client. Aujourd'hui, j'ai Misao, salade de museau, macaroni, "patates mayo betterave" et tout ça ensemble, ça fait du Komposé. » À lire aussiMadagascar : Le Romazava d'Aïna « C'est le budget qui compte » Toky, 31 ans, avale à toute vitesse le contenu de son assiette. Prix du repas : 1 500 ariary, soit 30 centimes d'euro. Pour cet opérateur de call center, le principal atout du Komposé, c'est son rapport qualité-prix. « Je mange debout. Et ça va. J'ai l'habitude. Pour moi, le lieu importe peu. C'est le budget qui compte. Je choisis en fonction de ce que je vois dans les vitrines. Si le visuel me semble bon et que c'est plutôt propre, alors ça me va. » À une dizaine de mètres de la gargote d'Emile se trouve Sensunik. Une institution du Komposé. Depuis vingt ans, le restaurant revisite chaque jour son plat signature en proposant des variantes, pour tous les goûts. « Quels ingrédients souhaitez-vous, Madame ? », demande le serveur à la cliente. « Mexicain et œufs », répond Adolphine. Assise sur une banquette, tout de blanc vêtue et coiffée d'un chapeau en raphia, Adolphine savoure son Komposé mexicain. Cette commerçante du grand Sud-Est monte régulièrement à la capitale pour ses achats. Pour cette sexagénaire, l'arrêt chez Sensunik est devenu un rituel. « J'adore le Komposé. Ça remplace le repas de midi. Avec le Komposé, je peux ne pas manger de riz, c'est dire ! » À lire aussiPortraits de femmes: Bako, trois décennies aux fourneaux d'une gargote malgache devenue culte [1/2] Le Komposé nourrit aussi bien les employés de mairie que les vendeuses du marché Aussi loin que les anciens s'en souviennent, le Komposé fait partie du paysage culinaire malgache. Il a traversé les décennies sans jamais quitter les habitudes des citadins, quelle que soit leur classe sociale. « Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vus… Où étiez-vous passés ? Toujours dans le coin », demande cette vendeuse à un habitué. Vous voulez du sakay (sauce piment) avec ? » Colette est vendeuse ambulante. Dans la caisse en plastique qu'elle porte sur sa tête, le Komposé préparé à l'aube. Elle sillonne les trottoirs et s'arrête dès qu'on la hèle. Ici, des employés de mairie. « Nous, on a un très petit salaire. C'est le seul plat qu'on puisse se permettre. Je travaille à la commune. C'est rapide à trouver et rapide à manger. C'est notre repas de midi ; le prochain, ça sera le repas du soir à la maison. » Là, des vendeuses du marché. « Coucou toi, tu pars ou tu as le temps pour un Komposé ? », demande une vendeuse de collants. Je vais te prendre un pain garni Komposé ! Merci, commande-t-elle auprès de Colette. Moi, il faut que je puisse manger tout en vendant. J'achète tous les jours mon repas à Colette. J'aime bien parce qu'elle fait un mélange de plusieurs légumes. Franchement, le Komposé c'est parfait, pour un repas complet, ou juste un petit goûter. » Des trottoirs d'Analakely aux restaurants plus branchés de la capitale, le Komposé n'a jamais cessé de se réinventer. Longtemps considéré comme un simple casse-croûte populaire, il s'adapte aujourd'hui aux nouvelles tendances et aux nouveaux goûts. Une recette qui change, mais une place dans le quotidien des Malgaches qui, elle, reste intacte. À lire aussiHenintsoa Moretti, la cheffe qui met en lumière la diversité de Madagascar et de sa cuisine

    À midi, on mange quoi: le sandwich chrikat, icône de la street food marocaine, menacé par l'inflation [4/5]

    Play Episode Listen Later Jul 29, 2026 2:15


    Il y a un sandwich populaire par excellence que l'on consomme aux quatre coins du Maroc. Dans un pain rond, on glisse deux sardines ouvertes, farcies et collées l'une contre l'autre, c'est ce qu'on appelle les sardines « chrikat ». Elles incarnent tout un pan de l'histoire de la street food marocaine, aujourd'hui menacé. De notre correspondant à Casablanca, Il plonge les sardines dans l'huile bouillante. Le son creuse encore un peu plus les estomacs des clients alignés devant le kiosque ambulant de Hicham. « Généralement, les gens, avec les sardines, ils mettent de la coriandre, de la harissa, du citron, du paprika, de l'ail. Le chrikat, c'est typiquement marocain, "made in Morocco" ! Les clients commencent à venir dès le matin. Des fois, j'ai même pas encore commencé qu'ils font déjà la queue. Ils viennent à toute heure de la journée, certains les prennent au petit-déjeuner, d'autres pour le déjeuner, pour le goûter », explique-t-il. Hicham prépare ses sandwichs chrikat dans le quartier commerçant et très animé de Derb Omar. « Il y a des clients qui sortent du travail affamés. Ils viennent me voir pour vider leur sac. Moi, mon travail, c'est de vendre de la nourriture, mais je suis aussi un peu leur psychiatre. J'ai des clients très anciens, de plus de 10 ans. Il y a même une femme qui venait chez moi quand elle était enceinte ; maintenant, son fils est collégien et lui aussi, il vient ici », raconte-t-il. Ahmed se régale. Il est coursier et a très peu de temps pour manger. D'ailleurs, il répond aux questions tout en mâchant ses sardines chrikat. « C'est rapide et ça rappelle les plats de la maison. À chaque fois que le travail me conduit ici, je dois absolument venir chez Hicham. On est habitué à son sandwich, il se mange sans faim », clame-t-il. Il lui a fallu cinq minutes, top chrono, pour engloutir ses sardines, poisson qui occupe une place à part dans le panthéon gastronomique marocain. Hicham explique que « les Marocains entretiennent une relation forte avec les sardines. On a grandi avec, c'est notre culture, c'est notre nourriture, c'est un repas populaire ». Pourtant, quelques rues plus loin, Bouchra vend aussi des sandwichs, mais ici, pas de sardines. « Je les ai remplacées par les anchois. Ça me fait de la peine de ne pas faire les chrikats, parce que c'est ce que les gens préfèrent. Le chrikat, c'est quelque chose ! Ça leur manque. Il y en a moins maintenant parce que c'est de plus en plus cher. Ils ont augmenté les prix des sardines, on ne peut plus les acheter, le kilo coûte entre deux et trois euros, ce n'est pas possible », se désole-t-elle. La réduction du stock de sardines au large du Maroc, couplée à la hausse des prix imposée par les intermédiaires, explique pourquoi le sandwich chrikat se fait plus discret dans les rues marocaines ces derniers temps. À lire aussiÀ midi, on mange quoi: bon et pas cher, le garba est devenu le plat national ivoirien [3/5]

    À midi, on mange quoi: bon et pas cher, le garba est devenu le plat national ivoirien [3/5]

    Play Episode Listen Later Jul 28, 2026 2:20


    Nous continuons ce matin notre série de reportages sur les petits plats stars de la pause déjeuner... Direction la Côte d'Ivoire, où le champion incontesté de la catégorie est le garba – l'attiéké au « faux-thon », des restes de thon récupérés au port d'Abidjan. Très populaire, le garba est quasiment devenu un plat national grâce à un prix imbattable, environ 1 000 francs CFA (environ 1,50 euros) pour un repas. De notre correspondant à Abidjan, À Abidjan, le garbadrome de Cocody, tenu par Issa, ne désemplit pas chaque midi. Situé entre un lycée réputé et une université privée, ce petit restaurant de Côte d'Ivoire attire des dizaines de clients quotidiennement. Le patron, débordé, prépare des sachets à emporter composés de thon frit, de semoule de manioc – l'attiéké – et d'un condiment à base d'oignons, de tomates et de piment. Pour ce client nigérien, la fraîcheur des produits fait toute la différence. « Il y en a beaucoup qui disent que le garba d'ici est bon, parce que l'attiéké, c'est pas la même chose que chez les autres. Le poisson, on va le chercher au port de pêche. Chaque jour, on va le chercher là-bas », explique-t-il. Assises sur un banc devant une marmite d'huile frémissante, Emmanuelle et Alice, deux archivistes, attendent leur garba chaud. Elles sélectionnent avec soin leurs morceaux de thon. « C'est très important d'avoir un gros bout, pour bien manger, à cause de la taille du plat d'attiéké. Et c'est bon pour la popoche, il faut en avoir pour son argent », soulignent-elles. Le garba, un plat économique et nourrissant, doit son nom à Dicoh Garba, ancien ministre ivoirien de la production animale. Dans les années 1970, ce dernier a autorisé la redistribution des restes de thon récupérés au port d'Abidjan, auparavant destinés à la poubelle. Ces déchets sont ainsi devenus la base d'un véritable système antigaspi. Aujourd'hui, les mareyeurs rachètent ce « faux-poisson » pour environ 600 francs CFA le kilo (environ 0,90 euros), soit 30% moins cher que le thon normal. Neka, étudiant en droit, fréquente ce garbadrome quotidiennement, attiré par ses prix imbattables, mais pas seulement. « Il y a l'accessibilité au niveau du prix, mais il y a aussi le fait que tu es satisfait au niveau du ventre quand tu as fini de manger. Au niveau du goût, c'est très bon, ça se mélange avec plein de trucs, tu peux mettre du cube Maggi pour l'assaisonnement... C'est parfait, en fait ! Et c'est aussi un moment de convivialité. C'est ça, le truc », confie-t-il. En 2020, Abidjan comptait au moins 2 000 garbadromes similaires à celui d'Issa, certains servant jusqu'à 500 clients par jour. À lire aussiCôte d'Ivoire: à Abidjan, les livreurs à moto craignent toujours plus pour leur sécurité

    À midi, on mange quoi: à Kinshasa, les malewa, ces restaurants de rue qui nourrissent la ville [2/5]

    Play Episode Listen Later Jul 27, 2026 2:19


    En République démocratique du Congo, les malewa sont des petits restaurants de rue, prisés des Kinois pour la pause déjeuner. On y mange des plats locaux, populaires et surtout bon marché. De notre correspondante à Kinshasa, Bienvenue chez maman Mireille, la gérante d'un malewa, ces petits restaurants à ciel ouvert qui s'installent chaque midi sur les trottoirs de Kinshasa, la capitale de la RDC. Sur une table en bois brinquebalante sont disposées plusieurs casseroles, qui contiennent les plats du jour. « Pour le repas, nous avons aujourd'hui du porc, du gombo, de la courge, du poisson, des haricots et du poulet », explique-t-elle. Cela fait six ans que Mireille gère son malewa. Tous les matins, elle part au marché acheter ses produits et les cuisine directement sur place, avec du simple charbon de bois. « J'ai appris à cuisiner avec ma tante. Je partais avec elle à son malewa et je l'aidais à cuisiner. Je ne gagne pas beaucoup d'argent, mais au moins, j'ai un petit travail, sinon je n'ai rien. Je suis très fière quand les clients disent que c'est bon chez moi. C'est le bouche-à-oreille qui amène les clients », confie-t-elle. À lire aussiLes délices du continent [1/10]: en RDC, le poulet mayo, plat emblématique de Kinshasa Devant elle, les clients font la queue et, chacun leur tour, soulèvent les couvercles des casseroles pour faire leurs choix. Chaque plat a son prix pour s'adapter aux budgets les plus serrés. Pour Alphonse, chauffeur de bus, aller au malewa lui permet de manger un repas complet à moindre coût. « Par manque de moyens, j'ai mangé des boules de foufou et les feuilles de manioc et pour pas cher, avec 5 000 francs CFA [1,90 euros, NDLR]. J'ai bien mangé, c'est bien pour le ventre », témoigne-t-il. À ses côtés, Ange, une fonctionnaire qui travaille dans le quartier, est une habituée des lieux. « Elle prépare vraiment très bien. Elle met des épices comme on prépare à la maison à Kinshasa », assure-t-elle. Dans cette capitale tentaculaire, rares sont ceux qui ont le temps de rentrer chez eux pour le déjeuner. Le malewa est donc une solution pratique pour Christopher. « J'habite loin du centre-ville, et je quitte la maison très tôt le matin sans manger. À midi, j'ai faim, je mange quelque chose chez Mireille, c'est juste à côté du travail et ça me permet d'avoir de l'énergie pour le reste de la journée », explique-t-il. À 16 heures, les casseroles de Mireille sont généralement vides. Elle les range sous sa petite table en bois, prêtes à être utiliser. Chaque jour, Mireille cuisine pour une centaine de clients. À lire aussiÀ midi, on mange quoi: le sandwich dakarois se déguste dans les tanganas [1/5]

    À midi, on mange quoi: le sandwich dakarois se déguste dans les tanganas [1/5]

    Play Episode Listen Later Jul 26, 2026 2:19


    Au Sénégal, on connaît bien sûr les plats emblématiques comme le thiéboudiène. Mais la street food nourrit aussi des millions de personnes au quotidien. En tête : le sandwich dakarois, une demi-baguette farcie de tout ce que le cuisinier peut imaginer, du poisson aux spaghettis. Il se prépare et se déguste dans les tanganas, ces petites cantines de rue qui ouvrent à l'aube dans tous les quartiers de la capitale. De notre correspondante à Dakar, Le tangana d'Omar Diop, alias Omzo, ne désemplit pas. Derrière ses grandes marmites et ses plaques à gaz, il prépare et réchauffe depuis l'aube les garnitures du jour. Travailleurs et étudiants du centre-ville viennent prendre leur petit-déjeuner avant le boulot. Chacun a son préféré. Du plus classique comme le pain thon, une pâte de sardine pimentée, au plus surprenant, comme le sandwich petit pois ou spaghettis... Tout est possible. C'est le fast-food à la sénégalaise, bien mijoté, accompagné d'un café touba aux épices ou d'un thé sucré. Habib, commerçant, fait une petite pause : « C'est propre et c'est bon. Il le prépare comme on l'aime. Et tu es à l'aise, tu t'installes, tu manges vite fait. Après tu vas retourner au travail. » Chacun agrémente le sien de ses condiments : piment, ketchup-mayo, ou la fameuse sauce oignons qu'Omar prépare chaque matin. « Des oignons, du vinaigre avec un peu de sel pour mélanger avec de la moutarde, un peu de piment », énumère-t-il. Les assaisonnements, c'est le secret d'un bon sandwich et c'est ce qui différencie les cuisiniers pour Cheikh, conseiller commercial : « Ici chez Omar, le goût qu'on peut avoir peut être totalement différent du goût que l'on peut avoir chez une dame à côté. Cela a l'air simple, mais ce n'est pas si simple parce que tout dépend aussi du dosage. Si c'était simple, on irait nous-mêmes en préparer tous les jours chez nous. » Emballé dans sa feuille de journal, le sandwich se vend entre 200 et 800 francs CFA [0,30€ et 1,20€, NDLR] selon la garniture et la taille. De quoi expliquer son succès. L'art du chef de tangana, comme Omzo, c'est de plaire à tous les goûts. Ils innovent pour répondre aux différents modes : tacos, burgers... Le chef et consultant Tamsir Ndir, qui a dirigé plusieurs restaurants, observe le phénomène avec attention : « Les gens vont inventer les recettes en fonction du pouvoir d'achat des clients. Il y a quelques années, ils ont sorti le burger local. On va avoir tout ce qu'il y a dans l'hamburger sauf le steak haché. J'ai pour souvenir qu'il le vendait à 500 francs CFA à l'époque. On va faire une omelette, les oignons, les frites, la petite sauce qui va avec... » Omar a commencé par vendre simplement du thé et du café. Il tient aujourd'hui deux tanganas et rêve d'un grand restaurant en dur. À lire aussiAu Sénégal, une première obligation financière pour la transition et l'autosuffisance alimentaire

    Campus de légende: au Nigeria, le hub d'innovation «AI Unipod» de l'université de Lagos [6/6]

    Play Episode Listen Later Jul 25, 2026 2:25


    Et si le futur de l'intelligence artificielle (IA) africaine se préparait à Lagos ? C'est le pari du programme de l'ONU pour le développement (PNUD), du gouvernement fédéral nigérian et du Tetfund, une agence nigériane chargée de promouvoir la recherche et l'innovation dans les établissements publics d'enseignement supérieur, avec le lancement en avril 2026 de l'AI Unipod. Cette première unité servira de modèle pour cinq autres pôles répartis à travers le pays, et notamment spécialisés dans l'agriculture, l'économie bleue ou encore l'industrie des minerais. De notre correspondante à Lagos, Au cœur du campus de l'université de Lagos, au sein de l'AI Unipod, on ne retrouve pas de salles de classes classiques, ni d'amphithéâtres, mais plutôt un univers qui rappelle celui des start-up avec un open space sur deux niveaux et du mobilier coloré, ainsi que plusieurs ateliers pour l'impression 3D, la robotique ou la simulation de réalité virtuelle. Un environnement propice aux échanges et à la création, comme l'explique la professeure Chika Yinka-Bajo, directrice de l'AI Unipod. « Nous voulons créer une infrastructure de recherche sur l'IA pour l'Afrique de l'Ouest. Donc, si vous pensez à "Je veux faire de l'IA, où puis-je aller ?", si vous avez un problème à résoudre "Où puis-je aller ?", c'est la réponse que nous voulons que cet endroit soit », affirme-t-elle. L'espace accueille aussi bien des professionnels que d'anciens ou actuels étudiants pour concrétiser des projets qui nécessitent l'intelligence artificielle (IA). Entre ces murs, Kenneth Silva-Eboagwu, 22 ans, étudiant en physique de l'électronique, a conçu le prototype d'un robot détecteur de mouvement pour la vidéosurveillance. « L'accès à l'équipement, aux espaces de travail, aux personnes partageant les mêmes idées, des personnes avec lesquelles on peut collaborer et construire... Unipod essaie de combler cet écart en fournissant tout cela. Nous ne laissons pas les idées rester des idées, mais nous les transformons en vrais produits », détaille-t-il. À l'étage, dans l'AI Lab, John Hicks, étudiant en science des données, travaille lui aussi sur une technologie de vidéosurveillance capable d'identifier des objets, des comportements spécifiques au Nigeria et plus largement à l'Afrique. « À l'ère de l'IA, les choses évoluent rapidement et l'Afrique est exclue du jeu parce que nous n'avons pas d'ensembles de données qui aideraient à former des modèles. Nous n'avons pas d'ensembles de données qui aideraient à mener des recherches afro-centrées ou des choses qui sont propres à l'Afrique », rappelle-t-il. Solarin Akintunde, en dernière année d'ingénierie électronique, a fondé son agence de formation pour répondre aux besoins des professionnels nigérians qui souhaitent évoluer vers un business intelligent. « Une de mes étudiantes vend des vêtements, des tissus et tout ça. Elle attirait la plupart de son public par le bouche-à-oreille. Elle voulait faire évoluer sa plateforme vers le digital avec un site internet. Je lui ai appris la création de contenu, l'automatisation et même un peu de développement web avec l'IA et elle a été capable d'avoir son propre site internet, son propre chatbot », raconte-t-il. À lire aussiCampus de légende: à Yamoussoukro, les étudiants formés à la création d'outils d'IA [4/6]

    Campus de légende: à Rabat, l'UM6P, pôle de l'IA africaine [5/6]

    Play Episode Listen Later Jul 24, 2026 2:24


    Dans la région de Rabat au Maroc, l'université Mohammed VI Polytechnique s'est dotée depuis 2021 d'un pôle de recherche sur l'intelligence artificielle qui participe à l'effervescence en Afrique autour de cette révolution technologique.  De notre envoyé spécial de retour de Rabat, C'est en voiturette de golf que l'on transporte les visiteurs sur le campus. Au loin apparaît un bâtiment rectangulaire surmonté d'un dôme. Cette architecture de temple futuriste abrite le centre international d'intelligence artificielle du Maroc, Ai Movement. Btissam El Khamlichi est la directrice générale d'Ai Movement : « En fait, ici, on a des espaces, je dirais, d'apprentissage. D'apprentissage et de conférences aussi. On a deux amphis. » Ai Movement se veut comme un hub régional capable de développer des technologies pour le royaume, mais aussi le continent dans son ensemble. « Ce qui va nous permettre, sur le continent africain, d'adopter l'IA, de la développer en local, pour développer des technologies qui vont répondre à des problématiques locales, qui ne portent pas vraiment d'intérêt financier global, mais il faudra que ça soit développé en local. » Des recherches tournées vers l'impact social Sept enseignants-chercheurs et 34 doctorants sont rattachés au centre et planchent sur des solutions à des problématiques très diverses : inégalité, villes durables, préservation du patrimoine : « Par exemple, on a une application qui s'appelle TarjWomen. Ça a été développé justement pour des femmes qui ne peuvent pas lire et écrire et où la dame, par exemple, pourra prendre son téléphone, scanner un document et elle va avoir une interprétation audible du document. Ce n'est vraiment pas une lecture du document, mais une explication du document, c'est-à-dire que si, par exemple, c'était un ticket de train, lui dire "Madame, vous devez par exemple partir du point A au point B pour pouvoir être à temps". » Si les entreprises sollicitent le centre pour co-développer des solutions en intelligence artificielle, elles sont aussi intéressées par son programme de formation. Reda El Marhouch est doctorant. Il explique comment, à l'aide d'un petit robot, les principes de l'IA peuvent être enseignés de manière très ludique, notamment aux enfants. C'est également l'une des cibles du centre à travers son master junior : « Si vous mettez un obstacle ici, voilà, vous changez de direction. En fait, ici, c'est le cerveau et après on a des capteurs de proximité. On apprend un peu avec les enfants, on leur fait comprendre comment ils peuvent personnaliser leur programme. » Ai Movement a bénéficié en 2023 d'un budget de 3,5 millions d'euros, financé pour un tiers environ par le groupe OCP, le géant marocain des engrais. À écouter aussiCampus de légende : à Yamoussoukro, les étudiants formés à la création d'outils d'IA [4/6]

    Femmes de la terre: au Sénégal, Mariama Sonko redonne le pouvoir aux femmes [5/5]

    Play Episode Listen Later Jul 23, 2026 2:36


    À Niaguis, petite localité de la Casamance, Mariama Sonko milite pour l'autonomie financière des femmes via l'agriculture et l'agroécologie depuis plus de 30 ans. Fille de paysanne, elle est la présidente du mouvement panafricain Nous sommes la solution, qui rassemble plus de 800 associations membres à travers huit pays d'Afrique de l'Ouest. De notre correspondante à Dakar,  Mariama Sonko, comme lors de cette interview donnée il y a quelques mois à une chaîne de télévision africaine, n'a de cesse de le répéter : si l'on veut la souveraineté alimentaire, il faut s'appuyer sur les femmes rurales et leur savoir. En jeu : l'accès aux semences de qualité sans dépendance aux multinationales. « Si on ne s'organise pas, si on ne s'engage pas, demain on sera des étrangers, même chez nous, martèle Mariama Sonko. Donc, le travail que nous faisons, c'est comment reconstituer ce capital semencier qui est important pour la vie ou la souveraineté africaine. » En chemise large et pantalon, du haut de ses 59 ans, Mariama met en pratique cet engagement depuis plus de 20 ans. Petite-fille de paysan, elle grandit avec l'obsession de planter, inspirée par cette injustice de départ : la quasi-impossibilité pour les femmes de posséder de la terre, même si la loi leur en donne le droit. « Quand j'ai grandi, j'ai vu beaucoup de pression sur la femme et ça, ça me révoltait », confie-t-elle. À lire aussiFemmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5] Ne pas baisser les bras Vient la deuxième injustice, le décès de son père. Mariama assiste, impuissante, aux difficultés de sa mère pour nourrir ses 10 enfants. « C'est ce qui a fait qu'à un moment, quand j'étais en première, j'ai arrêté mes études. Mes oncles m'ont obligée à me marier pour dire que la place de la femme, c'est au foyer, se rappelle-t-elle. Mais ça ne m'a pas fait baisser les bras. » Du haut de ses 19 ans, Mariama continue de se battre. Elle obtient le droit de cultiver un lopin de terre avec d'autres femmes. Trois ans plus tard, elles sont expulsées. Mariama décide de tout faire pour réussir à devenir propriétaire. Il y a 10 ans, elle y parvient : 3 hectares d'une ferme expérimentale tout près de Ziguinchor. Pas de pesticide et seulement des semences locales. Trente femmes y travaillent. « Aujourd'hui, plus de 100 femmes ont un compte en banque individuel et elles épargnent. À partir de leurs recettes, elles font d'autres activités secondaires pour augmenter leurs revenus, et ça, ça me rend fière », se réjouit-elle. Désormais, Mariama promène son bâton de pèlerin en Afrique de l'Ouest. Huit cents associations sont membres du mouvement Nous sommes la solution, qui prône l'agroécologie et la préservation des semences locales, dans 10 pays. Deux cent mille femmes, analphabètes pour la plupart, en font partie. « Je suis très fière, quand je suis avec les femmes, je suis fière car je vois beaucoup de progrès », sourit la cinquantenaire. À lire aussiFemmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5]

    Femmes de la terre: en Centrafrique, Josiane Tambassoua contribue à la sécurité alimentaire [4/5]

    Play Episode Listen Later Jul 22, 2026 2:17


    En Centrafrique, Josiane Tambassoua incarne une génération de femmes engagées qui, à travers leur travail quotidien, participent activement à la sécurité alimentaire et à la dynamisation de l'économie locale. En valorisant le travail de la terre, elle démontre que l'agriculture peut être une activité rentable et porteuse d'avenir. Pour les jeunes générations, son parcours constitue une véritable source d'inspiration.  De notre correspondant à Bangui, Ce matin, une légère brume flotte au-dessus de la plantation. Les chants d'oiseaux accompagnent les agriculteurs déjà à l'œuvre. Au milieu des rangées verdoyantes de cultures, Josiane Tambassoua supervise les activités agricoles, organise les travaux et veille au bon développement des cultures. Ici, les plants de manioc s'étendent à perte de vue. Plus loin, des parcelles de maïs et d'arachides témoignent de la diversité des productions. Josiane a compris que la terre représente bien plus qu'un simple moyen de subsistance. « Depuis plusieurs années, je travaille la terre avec passion. Je suis convaincue que l'agriculture est l'un des moyens les plus efficaces pour nourrir nos familles et lutter contre l'insécurité alimentaire, souligne Josiane Tambassoua. Après les crises politico-sécuritaires, la RCA fait face à un important défi humanitaire. Nous nous battons pour lutter contre l'insécurité alimentaire qui touche la population de mon pays. » Chaque jour, les tâches sont nombreuses : désherbage, entretien des plantations, surveillance des cultures et préparation des futures semences rythment son quotidien. « Je suis fière de contribuer à la sécurité alimentaire de ma communauté. Lorsque je vois les produits de ma plantation sur les marchés ou dans les assiettes des familles, je ressens une grande satisfaction, se réjouit l'agricultrice. Cela me motive à produire davantage et à encourager d'autres femmes à s'investir dans l'agriculture. Chaque récolte représente une source d'espoir et de stabilité pour les populations. » À lire aussiFemmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5] « C'est une femme inspirante » Sous la chaleur de midi, les ouvriers poursuivent leurs activités entre les rangées de cultures. Le bruit des outils se mêle aux échanges entre les travailleurs. Malgré la fatigue, Romaric Ndotoloum, l'un des ouvriers, garde les yeux tournés vers la prochaine récolte, avec l'espoir d'une production abondante. « C'est une femme inspirante. Depuis des années, elle porte le flambeau de l'agriculture et nourrit un grand nombre de Centrafricains, explique-t-il. Une grande partie de nos productions est vendue sur les marchés locaux. Les revenus tirés de la vente des récoltes permettent de soutenir les dépenses familiales et d'améliorer les conditions de vie des ménages. » Josiane partage régulièrement son expérience avec d'autres femmes centrafricaines et étrangères, les encourageant à investir dans l'agriculture comme moyen d'autonomisation économique. Aujourd'hui, son plus grand projet est d'exporter ses produits dans la sous-région. Elle ambitionne également de créer un centre de formation destiné aux femmes afin de leur apprendre à produire, transformer et commercialiser leurs récoltes. À lire aussiFemmes de la terre: à Soweto, une ferme s'inspire de Nelson Mandela [1/5]

    Femmes de la terre: au Maroc, Wissal Ben Moussa régénère ce qui a été détruit [3/5]

    Play Episode Listen Later Jul 21, 2026 2:20


    Wissal Ben Moussa a cofondé Sand to Green en 2022, une start-up qui s'appuie sur des technologies de pointe et s'inspire de la nature pour proposer aux paysans des solutions plus durables et mieux adaptées au changement climatique. Des pratiques qui permettent de régénérer les sols quand l'agriculture conventionnelle les appauvrit.  De notre envoyé spécial de retour de Guelmim, Une ferme à la végétation luxuriante, c'est l'exploitation familiale de Wissal Ben Moussa à Guelmim, dans le sud du Maroc, à la lisière du désert. « Je suis de formation ingénieure en agroalimentaire. Je bossais dans une multinationale, raconte-t-elle, j'étais responsable R&D, on formulait des cubes de bouillon et on devait utiliser des colorants, etc., que tout le monde jugeait assez toxiques. » Son attirance pour le vivant et la recherche d'un travail qui a du sens vont la conduire à changer de voie. « Donc, grosse prise de conscience écologique personnelle et d'une manière tout à fait automatique, je me suis dit que si j'avais un impact à faire quelque part, c'était vraiment au tout début de la filière, sur la partie agro, précise Wissal Ben Moussa, sauf que j'avais zéro connaissance en agro. » À lire aussiFemmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5] « On a vraiment démarré du terrain » Elle commence par un petit potager de 200 mètres carrés et découvre la permaculture et l'agroécologie. Sa ferme est un véritable jardin d'Éden. Pourtant, Wissal Ben Moussa est partie d'une terre aride, inhospitalière en apparence. Elle est parvenue à y semer de nouveau la vie. C'est ici qu'elle mène des expérimentations pour la start-up Sand to Green. « L'agriculture de régénération est la solution à la crise que l'agriculture est en train de vivre aujourd'hui face au changement climatique. C'est de là que l'idée de créer Sand to Green est née, explique l'ingénieure. L'idée de créer une expertise, une solution qui soit ancrée dans la terre. On n'a pas démarré dans des laboratoires, on a vraiment démarré du terrain. » Toutes les données du sol et des cultures sont collectées pour alimenter une plateforme qui permettra une standardisation des bonnes pratiques. Les agriculteurs du monde entier pourront ensuite les appliquer. « Il y a un mot en anglais que j'adore pour décrire un fermier, ils vont dire "land steward", du mot "stewardship", précise-t-elle. En tant qu'agriculteur, tu es juste là pour prendre soin de ce terrain-là. Tu fais partie de tout cet écosystème. » Aujourd'hui, la start-up Sand to Green accompagne des milliers d'agriculteurs à travers tout le continent, en Côte d'Ivoire, en Tanzanie ou encore en RDC.  À lire aussiFemmes de la terre: à Soweto, une ferme s'inspire de Nelson Mandela [1/5]

    Femmes de la terre: Agathe Vanié, une combattante de l'agriculture biologique en Côte d'Ivoire [2/5]

    Play Episode Listen Later Jul 20, 2026 2:22


    Focus sur les femmes plongées au cœur de l'agriculture. Direction le sud de la Côte d'Ivoire, à Divo, zone de production du cacao, à la rencontre d'Agathe Vanié. Cette femme de 62 ans milite depuis plusieurs années pour une agriculture sans pesticides et préside la société coopérative et l'Association de café-cacao dans sa région.  De notre envoyée spéciale à Divo, À l'origine, Agathe Vanié gère un maquis à Divo, au sud de la Côte d'Ivoire. En 2004, cette restauratrice décide de monter une association pour aider les femmes de sa région à commercialiser le cacao. Mais elle se heurte rapidement à une barrière sociologique : dans sa communauté, les femmes n'ont pas accès à la terre. Agathe Vanié se lance alors dans un premier combat. « J'ai sensibilisé les paysans pour que la femme ait accès à la terre. Cela a été difficile. Ils m'ont refusé, ils ont dit qu'ils ne peuvent pas accepter cette loi. J'ai dit "si, si". J'ai installé une femme présidente [de l'association] dans chaque village. Chaque fois, je discute avec eux. Ma mère est décédée parce qu'elle n'avait pas de revenus. Je me bats pour que la femme soit autonome. Il faut que la femme ait son champ de cacao », explique-t-elle. Depuis, Agathe Vanié cultive le manioc, l'igname, la banane et le cacao, avec un souci constant : éviter l'usage de pesticides. « J'ai dit aux gens de laisser la forêt telle quelle. Il ne faut pas traiter [avec des produits chimiques]. J'ai vu dedans, il y a des vers qui manquent. Là où on traite le sol, et là où on ne traite pas, ce n'est pas le même goût », souligne-t-elle. Les femmes de son organisation travaillent en groupe. Armées d'une petite pioche, elles nettoient les champs de manioc. Madame Gondo, l'une d'entre elles, trouve cette méthode particulièrement avantageuse : « C'est le travail en groupe qui est bien. On doit aller au champ, à 15 ou à 20 [personnes]. Et demain, on va chez l'autre. Il n'y a pas à pomper [des pesticides]. Ça va vite. Et puis, on est content. On est ensemble. Et le champ évolue », témoigne-t-elle. Même enthousiasme chez Florence, une autre productrice : « On travaille avec les dix doigts. On fait ce qu'on peut. Pour le manioc, ça donne bien. » Cependant, tous les producteurs ne suivent pas ces conseils. Agathe Vanié en a bien conscience : les paysans sont souvent réticents à adopter ces pratiques culturales, qui leur demandent plus d'efforts. « Tu leur parles, tu fais les réunions, tu tournes... C'est difficile pour qu'ils écoutent [les conseils]. Eux, ils vont te dire : ''Pourquoi voulez-vous qu'on applique ? Il n'y a plus de travailleurs !'' Comme ils ne veulent pas avoir de mauvaises herbes, ils répandent encore du produit », déplore-t-elle. Pour surmonter ces difficultés logistiques, de plus en plus de producteurs se forment désormais à l'agroécologie. Une démarche qui leur permet de mieux s'organiser et de mieux maîtriser les pratiques culturales. À lire aussiCôte d'Ivoire: à Yamoussoukro, le boom de l'immobilier ravit les investisseurs, inquiète les agriculteurs

    Femmes de la terre: à Soweto, une ferme s'inspire de Nelson Mandela [1/5]

    Play Episode Listen Later Jul 19, 2026 2:16


    À Soweto, au sud-ouest de Johannesburg, la Ubuntu Farm veut développer l'économie de ce township hérité des politiques ségrégationnistes de l'apartheid à travers l'agriculture. Francis Marsh s'est lancée seule dans cette aventure, sur le terrain de son ancien lycée. Rapidement, elle engage deux de ses voisines, et le trio de la Ferme Ubuntu est créé. Ensemble, elles créent de l'emploi, apprennent l'agriculture aux plus jeunes, avec comme seule boussole la philosophie Ubuntu chère à Nelson Mandela. De notre envoyé spécial à Soweto, En Afrique du Sud, la petite ferme Ubuntu accueille une vingtaine de volontaires, dans la bonne humeur, pour planter de nouveaux arbres : des citronniers ou encore des abricotiers. Cette ferme communautaire ne cesse de s'agrandir : en à peine deux ans, Francis Marsh et sa petite équipe ont déjà planté environ un hectare sur les quatre disponibles. « Nous avons commencé avec de la coriandre, un peu de chou et aussi des épinards. Dans cette serre, il y a aussi des betteraves ou des carottes. Notre rêve, c'est de voir ce champ entièrement planté », explique Francis. Avant les fruits et les légumes, c'est d'abord une idée qui germe dans la tête de Francis. Tous les jours, elle voit ce terrain vague que son ancien lycée n'entretient plus et décide de prendre les choses en main. Elle étudie les sciences de la terre, contacte le principal du lycée et lui propose ce projet agricole. « Nous travaillons au développement économique de nos townships. Nous voulons que les gens travaillent ici et gagnent leur vie ici. Car si nous parvenons à créer davantage d'emplois dans nos quartiers, je suis convaincue que la violence des gangs et tout ce qui va avec, la criminalité, diminueront à coup sûr », souligne-t-elle. Dans ces communautés marginalisées, frappées par le chômage de masse et en proie aux gangs, les habitants font face à un manque cruel d'opportunités. Pour Shaen Smith, aujourd'hui fière secrétaire d'Ubuntu Farm, l'agriculture lui a presque sauvé la vie. « Je traversais des épreuves personnelles et cette expérience, vous savez, mettre les mains dans la terre et manger les légumes que l'on a plantés, de ses propres mains, m'a vraiment transformée. Cela m'a redonné espoir », confie-t-elle. Ce n'est donc pas un hasard si, au moment de lancer le projet, Francis choisit sans aucune hésitation le nom Ubuntu : une philosophie qui prône des valeurs d'humanité, de respect et d'entraide, chères à Nelson Mandela. « Il était passionné par cet Ubuntu. C'est pourquoi je me suis dit : ''Utilisons cela'', parce qu'il y croyait vraiment, et cela faisait aussi partie de son héritage. Nous ne devons pas laisser cet héritage disparaître », rappelle Francis. Avec ses grandes bottes blanches tachées de terre, Francis marche alors dans les pas de l'ancien président, pour changer profondément le quotidien de sa communauté. À lire aussiCameroun: des avancées sur la sécurité alimentaire dans le nord du pays

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