Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent chaque jour en deux minutes une photographie sonore d'un événement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jo…

À Soweto, au sud-ouest de Johannesburg, la Ubuntu Farm veut développer l'économie de ce township hérité des politiques ségrégationnistes de l'apartheid à travers l'agriculture. Francis Marsh s'est lancée seule dans cette aventure, sur le terrain de son ancien lycée. Rapidement, elle engage deux de ses voisines, et le trio de la Ferme Ubuntu est créé. Ensemble, elles créent de l'emploi, apprennent l'agriculture aux plus jeunes, avec comme seule boussole la philosophie Ubuntu chère à Nelson Mandela. De notre envoyé spécial à Soweto, En Afrique du Sud, la petite ferme Ubuntu accueille une vingtaine de volontaires, dans la bonne humeur, pour planter de nouveaux arbres : des citronniers ou encore des abricotiers. Cette ferme communautaire ne cesse de s'agrandir : en à peine deux ans, Francis Marsh et sa petite équipe ont déjà planté environ un hectare sur les quatre disponibles. « Nous avons commencé avec de la coriandre, un peu de chou et aussi des épinards. Dans cette serre, il y a aussi des betteraves ou des carottes. Notre rêve, c'est de voir ce champ entièrement planté », explique Francis. Avant les fruits et les légumes, c'est d'abord une idée qui germe dans la tête de Francis. Tous les jours, elle voit ce terrain vague que son ancien lycée n'entretient plus et décide de prendre les choses en main. Elle étudie les sciences de la terre, contacte le principal du lycée et lui propose ce projet agricole. « Nous travaillons au développement économique de nos townships. Nous voulons que les gens travaillent ici et gagnent leur vie ici. Car si nous parvenons à créer davantage d'emplois dans nos quartiers, je suis convaincue que la violence des gangs et tout ce qui va avec, la criminalité, diminueront à coup sûr », souligne-t-elle. Dans ces communautés marginalisées, frappées par le chômage de masse et en proie aux gangs, les habitants font face à un manque cruel d'opportunités. Pour Shaen Smith, aujourd'hui fière secrétaire d'Ubuntu Farm, l'agriculture lui a presque sauvé la vie. « Je traversais des épreuves personnelles et cette expérience, vous savez, mettre les mains dans la terre et manger les légumes que l'on a plantés, de ses propres mains, m'a vraiment transformée. Cela m'a redonné espoir », confie-t-elle. Ce n'est donc pas un hasard si, au moment de lancer le projet, Francis choisit sans aucune hésitation le nom Ubuntu : une philosophie qui prône des valeurs d'humanité, de respect et d'entraide, chères à Nelson Mandela. « Il était passionné par cet Ubuntu. C'est pourquoi je me suis dit : ''Utilisons cela'', parce qu'il y croyait vraiment, et cela faisait aussi partie de son héritage. Nous ne devons pas laisser cet héritage disparaître », rappelle Francis. Avec ses grandes bottes blanches tachées de terre, Francis marche alors dans les pas de l'ancien président, pour changer profondément le quotidien de sa communauté. À lire aussiCameroun: des avancées sur la sécurité alimentaire dans le nord du pays

Chaque jour, des millions de personnes à travers le monde utilisent l'intelligence artificielle (IA) pour rédiger un texte, créer une image, obtenir une réponse en quelques secondes... Mais derrière ces outils se cachent des ingénieurs capables de concevoir les algorithmes qui les font fonctionner. À Yamoussoukro, l'Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny forme justement cette nouvelle génération de spécialistes. Immersion dans une école qui veut faire de la Côte d'Ivoire un acteur à part entière de la révolution de l'IA. De notre envoyé spécial à Yamoussoukro, À l'International Data Science Institute, dans une salle informatique où les étudiants ont les yeux rivés sur leurs écrans, Doma Soro fait partie de ceux qui se forment aux enjeux de demain. Après une licence à l'École nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée, cette étudiante a choisi de poursuivre sa formation ici, en master sécurité, cybersécurité et intelligence artificielle. Une orientation née de sa découverte de la data science. « J'ai opté pour une spécialisation en data science. Là-bas, j'ai eu l'opportunité de voir tout ce qui a trait au métier. Ce qui a débloqué un engouement chez moi. Je ne regrette pas mon choix parce qu'on apprend beaucoup déjà. Nous avons beaucoup d'opportunités de travailler dans beaucoup d'autres domaines », explique-t-elle. Dans cette école, les étudiants apprennent, entre autres, à collecter, traiter et analyser d'immenses volumes de données. « À l'aide du numérique, nous avons beaucoup de données issues des réseaux sociaux, Facebook et autres. Nous avons vu comment regrouper ces données, comment les traiter et pouvoir les utiliser pour prédire éventuellement le comportement des personnes, par exemple sur les achats », précise Doma Soro. Au terme de chaque semestre, les étudiants, réunis en petits groupes, mettent ces connaissances en pratique à travers des projets concrets en intelligence artificielle : détecter des fraudes bancaires, améliorer des diagnostics médicaux ou encore anticiper les comportements des consommateurs. Début juin, deux équipes de l'International Data Science Institute ont d'ailleurs décroché la troisième place mondiale à la Huawei ICT Competition, organisée en Chine. Parmi les participants, on retrouve Bony Chris, étudiant en master. « Le projet que j'ai présenté au concours était un outil de conversation qui va permettre à l'utilisateur de pouvoir être guidé dans son parcours médical. Il arrive sur la plate-forme et l'intelligence artificielle est capable de lui fournir la clinique la plus proche et capable de répondre à son besoin », détaille-t-il. L'accès à l'institut se fait sur concours. Chaque année, 80 étudiants ivoiriens et africains sont sélectionnés. Depuis sa création en 2017, l'école revendique plus de 200 diplômés aujourd'hui insérés dans la vie professionnelle. L'enjeu est de former des experts capables de répondre aux besoins des entreprises. Le docteur Lambert Thanoh, coordonnateur de l'institut, souligne l'ambition de la formation. « C'est une formation complète qui permet à nos étudiants d'être des "data analystes", des "data scientifiques", d'être des "data ingénieurs", des experts dans le domaine du "machine learning" qui leur permet d'occuper des métiers dans tous les secteurs d'activité », indique-t-il. À l'avenir, l'International Data Science Institute souhaite renforcer ses activités dans la robotique appliquée à l'industrie. À lire aussiCentres de données aux États-Unis: «Leur démesure vient impacter beaucoup les habitants»

On prend maintenant la direction de l'Afrique du Sud, à l'université de Witwatersrand, à Johannesburg, sur un campus qui date de 1896, devenue université de Wits en 1992. Cet établissement d'excellence, classé parmi les meilleurs du continent, est aussi connu pour son ancrage libéral et pour son activisme, notamment contre le régime de l'apartheid. Wits occupe aujourd'hui une place centrale dans la décolonisation des savoirs. De notre envoyé spécial à Johannesburg, À l'école d'architecture de l'université Wits, à Johannesburg en Afrique du Sud, le professeur Nnamdi Elleh marque les esprits dès les premiers instants. Dès notre arrivée, il s'arrête devant un grand escalier en colimaçon et présente son dernier projet, réalisé en décembre avant son départ à la retraite. « Ici, on retrouve Léonard de Vinci. Et à côté, une figure namibienne ; et d'autres figures du continent. Nulle part ailleurs dans le monde, on ne trouve l'homme de Vitruve de De Vinci aux côtés de figures africaines. Pourtant, quand on les regarde, on constate qu'elles ont aussi des proportions parfaites. C'est le dernier projet que j'ai réalisé en décembre, avant mon départ », explique-t-il. En sept ans à la tête de cette école, le professeur Elleh a œuvré pour inciter ses étudiants à réfléchir dans leurs langues africaines. Une démarche qu'il juge essentielle pour une véritable décolonisation des savoirs. « On ne peut pas parler de décolonisation si le soi, ou la façon de penser, restent étrangers. Les étudiants connaissent le récit. Ils connaissent l'histoire. Maintenant, on doit réfléchir à comment penser des concepts dans sa langue maternelle », détaille-t-il. C'est dans cet esprit qu'a été créée la plateforme Wits Innovations Vernaculaires (Wits-VITS), visant à élaborer un large lexique de notions complexes en langues locales. Le professeur Elleh partage l'un de ses exemples préférés : « L'un de mes exemples préférés, c'est quand un étudiant a travaillé sur le mot ''paysage''. Dans sa culture zouloue, le paysage englobe le ciel, la terre, le vent, l'air, ainsi que les vivants et les morts. Je n'avais jamais entendu une définition pareille ! » Cette initiative prend tout son sens dans un contexte où, dans la plupart des universités africaines, l'enseignement se fait encore en langues dominantes, principalement l'anglais et le français. Pour Nnamdi Elleh, les mots eux-mêmes sont un enjeu de pouvoir : « Souvent, quand quelque chose est nouveau, on parle d'occidentalisation. Mais le mot "occidentalisation" est déjà une arme. Il signifie : "Je possède. Tu n'es qu'un emprunteur." La plus grande arme, c'est d'abord le mot. Avec mon programme, je veux donc décoloniser les mots et les pensées. » Les résultats de cette approche sont tangibles. En décolonisant les mots dès leur entrée à l'école d'architecture, les étudiants voient leur cursus se transformer. Marie-Justine Mutabazi, 25 ans, étudiante en cinquième année, en témoigne : « Quand on arrive en première année, on pense que l'architecture, il s'agit de quelque chose qui se situe en dehors de l'expérience africaine. Mais M. Elleh nous a recentrés sur l'Afrique et sur les connaissances africaines. Alors, aujourd'hui, maintenant qu'on réalise nos projets de master, on est capables de puiser ce savoir au plus profond de nous-mêmes. Ce n'est plus quelque chose que l'on doit aller chercher à l'extérieur de soi. » À Wits, les langues vernaculaires, souvent reléguées au passé, deviennent ainsi des langues résolument modernes, des moteurs d'innovation au service de la connaissance. À lire aussiLe mouvement rastafarien en Afrique, entre tolérance et marginalisation

Le reportage Afrique de ce jour nous conduit au Cameroun, pays d'une grande diversité culinaire traditionnelle, avec des spécialités tels que le taro à la sauce jaune, communément appelé « achu ». Ce plat a été vulgarisé ces derniers temps via les réseaux sociaux par les influenceurs locaux à travers le concept culinaire du « dimanche taro », sorte de brunch généralement à ciel ouvert et qui permet à la jeunesse camerounaise de redécouvrir la cuisine traditionnelle. À l'origine, ce plat issu des régions du Nord-ouest et de l'Ouest était servi lors des mariages traditionnels, des funérailles, des naissances ou encore certains rituels initiatiques. Grâce aux réseaux sociaux, le taro à la sauce jaune est plus qu'un facteur d'intégration culturelle pour la jeunesse. Reportage à Yaoundé avec notre correspondant Emmanuel Jules Ntap. De notre correspondant à Yaoundé, Emmanuel Jules Ntap Des sonorités musicales distillées par un disc-jockey accueillent, ce dimanche, quelques jeunes venus déguster le taro à la sauce jaune dans un restaurant situé au quartier Bastos, à Yaoundé. L'espace fait environ 100 mètres carrés où sont soigneusement rangées une trentaine de tables rectangulaires et carrées au milieu des chaises et canapés rembourrés. En cet après-midi, la présence de trois jeunes filles, la vingtaine révolue, ne passe pas inaperçue. Elles dansent, chantent et se prennent en selfies en attendant de passer à table. Larissa est l'une d'elles. « Nous sommes venues manger le taro comme d'habitude. Ce n'est pas un plat de mon aire culturelle, mais je trouve ce plat délicieux », confie-t-elle. La commande est prête au bout de dix minutes. C'est le moment de passer à table. Larissa est la première à déguster. « Regardez comment ma sauce déborde, humm c'est bon. Il y a le morceau de poulet, de viande, la peau de bœuf, le pistache, le piment. Je vais les déguster comme il faut », s'enthousiasme-t-elle. À lire aussiLes délices du continent au Cameroun: la sauce jaune du taro que l'on aime manger le dimanche La pâte grise du taro est servie sous forme circulaire dans le plat, de façon à former un creux à l'intérieur duquel est déversée la sauce jaune. Cette spécialité culinaire n'a pas besoin de couverts pour être consommée. Démonstration avec Lucie, une jeune entrepreneure. « Je ne connaissais pas ce plat, mais j'ai appris, à travers les dimanches taro, la façon de manger avec ça : avec deux doigts, on rapproche le plat vers nous, on penche la tête et voilà. C'est un plat qu'on mange seul, en fait, on ne le partage pas », explique-t-elle. C'est le concept du « dimanche taro », via les réseaux sociaux, qui a suscité l'engouement de la jeunesse pour ce mets traditionnel. Moustik le Karismatik, jeune influenceur, en est l'initiateur. « La vérité est que ça permet de reconnecter les uns et les autres à leur culture culinaire. Ça leur permet de redéfinir leur identité », affirme-t-il. Pour les experts de la gastronomie, la sauce jaune a aussi le mérite d'avoir des vertus dont on ne parle pas encore assez. Émile Engoulou, hôtelier-restaurateur et président de l'Association des chefs, cuisiniers et pâtissiers du Cameroun, souligne ses bienfaits. « Les 16 à 14 ingrédients qui constituent le mélange donnant la sauce jaune sont chacun un aliment. Donc, le ''achu'' est vraiment une bombe médicamenteuse, un ''alicament'', comme disent les savants », précise-t-il. Plus de dix caravanes culinaires pour la dégustation du taro à la sauce jaune ont d'ores et déjà été organisées dans trois villes du Cameroun, avec chaque fois une forte affluence de la jeunesse. À lire aussiLe potentiel inexploité de la culture des algues en Afrique

Au Kenya, le kiswahili est désigné par la Constitution comme langue nationale. Il unifie les plus de 40 communautés du pays et il est enseigné à l'école. C'est donc naturellement qu'une littérature en kiswahili s'est constituée et enrichie dans le pays ces dernières décennies, même si les difficultés du secteur de l'édition limitent encore son développement. De notre correspondante à Nairobi, Chez Nuria, librairie du centre-ville de Nairobi, une section est dédiée à la littérature en kiswahili. Viviane Taura, libraire, présente quelques auteurs kényans : « Le premier est Kithaka wa Mberia. Il a écrit plusieurs ouvrages qui sont vraiment très captivants, comme Kifo Kisimani ou encore Doa… On trouve aussi Ken Walibora et son roman Kufa Kuzikana. Nous avons plein de livres ici ! » Malgré la compétition très forte avec les ouvrages en anglais, cette littérature trouve preneur. « Nous voyons principalement des parents qui viennent en acheter pour leurs enfants, poursuit la libraire, parce qu'ils veulent qu'ils se familiarisent avec des nouvelles en kiswahili. » Le genre connaît un essor marqué au Kenya depuis plusieurs décennies. « Il fut un temps, au début des années 1990, où les écrivains tanzaniens dominaient la scène, y compris au Kenya, explique Mwenda Mbatiah, professeur de littérature en kiswahili à l'université de Nairobi. Mais cela a changé. Les Kényans s'imposent désormais sur la scène littéraire kiswahili au Kenya. Cela s'explique en partie par la demande croissante de littérature en kiswahili dans notre système éducatif. » À lire aussiCréer en langues africaines: Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa [1/5] Des publications qui ciblent le marché scolaire Mais ce succès a son revers. « Nous avons des maisons d'édition prêtes à publier des ouvrages en kiswahili. Le seul problème, c'est qu'elles ciblent principalement le marché scolaire, regrette Mwenda Mbatiah. Mon inquiétude est que la lecture en swahili reste confinée au système éducatif. Il serait plus utile que le kiswahili puisse attirer des lecteurs au-delà. C'est ainsi que nous pourrons encourager les écrivains à être créatifs et innovants. » Selon lui, cette dépendance tend à orienter les thèmes abordés afin de répondre aux exigences des programmes scolaires. Pour autant, le professeur, lui-même auteur, ne s'inquiète pas pour l'avenir. « Il n'y a pas de pénurie d'écrivains en kiswahili, rassure-t-il. Des livres en kiswahili continueront à être écrits. D'ailleurs, la tradition orale de la littérature kiswahili est toujours vivante : des récits sont racontés, des poèmes sont déclamés à la radio et à la télévision. Et cela est très important pour le développement de la littérature. » La production en kiswahili se retrouve aussi parfois au théâtre : Kifo Kisimani de Kithaka wa Mberia a ainsi été rejouée en août 2025. Publiée en 2001, à la fin du régime autoritaire de Daniel arap Moi, la pièce met en scène, dans un royaume fictif, un jeune homme arrêté et torturé pour avoir défié un pouvoir oppressif. À lire aussiKenya: la pièce de théâtre «Kifo Kisimani», sur l'autoritarisme, résonne avec l'actualité

À Kinshasa, les petites ruelles résonnent encore des mots du théâtre en lingala. Mais ces représentations se font de plus en plus rares, dans un paysage culturel largement dominé par le français. Malgré cette évolution, des auteurs et metteurs en scène poursuivent leur combat pour faire vivre et renouveler le répertoire théâtral congolais en langue nationale. De notre correspondante à Kinshasa, Dans les ruelles étroites du quartier Riguini, une troupe répète la pièce Juge président. Dans cette scène, un taxi-moto de Kinshasa et un client négocient le prix d'une course. Chris Ngazyeme, comédien : « Je joue le rôle du motard, c'est un motard qui a augmenté son prix alors que normalement il y a un prix fixé par la loi. Je pars en procès. Le juge président me condamne car je n'ai pas respecté le prix légal, donc il me condamne à une peine de prison. » Il nous explique pourquoi la pièce est jouée entièrement en lingala, l'une des langues nationales : « En fait, d'abord, c'est ma langue et je me sens plus à l'aise de jouer en lingala qu'en français. On peut m'expliquer la scène en lingala, je joue directement. » À écouter aussiCréer en langues africaines: les séries télévisées en pulaar [2/5] Et c'est bien la particularité des pièces jouées en lingala : offrir une liberté d'improvisation aux comédiens. Pour Olivier Castro, auteur et metteur en scène, l'objectif est aussi de créer une connexion avec le public : « J'écris souvent des pièces qui essaient d'éveiller les consciences. Donc, l'apport du lingala, c'est vraiment pour être en communion avec le public, qu'il se sente vraiment en communion avec une personne qui lui parle de ses réalités, de ce qu'il vit au jour le jour. Parce que je trouve qu'en français, il y a une distance. » Accompagner les écrivains en lingala Le théâtre en lingala a connu son âge d'or dans les années 1950 avec des œuvres jouées au théâtre national qui ont marqué les esprits comme Muana Nsusu et Diallo sans souci. Mais les œuvres en lingala sont de plus en plus rares, explique Israel Tshipamba, directeur du Tarmac des auteurs : « Il y a eu beaucoup de programmes à l'époque développés par l'Institut français, par l'organisation internationale de l'OIF, pour qu'il y ait des auteurs qui écrivent en français, mais je crois qu'aujourd'hui si l'État met en place un programme pour accompagner les écrivains en lingala, en tshiluba, en français, ça va marcher. » Les auteurs et metteurs en scène d'œuvres se sont adaptés pour continuer à faire vivre leurs pièces en lingala. Elles sont désormais filmées, puis diffusées à la télévision nationale. À écouter aussiCréer en langues africaines: Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa [1/5]

La langue pulaar a désormais ses séries télévisées. Le secteur est même en développement et voit apparaître, en plus de petits producteurs isolés, des sociétés de production, comme la chaîne Marodi. À Dakar, Bokar Tall a assisté au tournage d'un épisode de Kaya, une toute nouvelle série en pulaar. Reportage de notre correspondant à Dakar, Bokar Tall Il a fallu du temps à la production pour trouver la bonne maison, un décor reflétant la culture peule, à une quinzaine de kilomètres du centre-ville de Dakar. L'objectif de cette nouvelle série est de faire la promotion de la culture pulaar tout en reprenant les codes des télénovelas. Adama Oury Diallo, la réalisatrice : « On fait en sorte d'avoir un scénario solide qui reflète les réalités de la culture pulaar. Et aussi d'avoir des acteurs qui peuvent interpréter cela, pour qu'on arrive à emporter tous les téléspectateurs. On crée l'univers pulaar à travers l'image et le son, à travers les mises en scène, les jeux d'acteur. C'est comme auparavant, les gens regardaient les télénovelas alors qu'ils ne parlaient pas français. » Les scénarios des séries de Marodi associent traditions peules et modernité. Cette série en tournage, Kaya, raconte ainsi une histoire de têtes de bétail léguées par un patriarche et qui seront source de problèmes entre les héritiers. Pas besoin d'aller chercher loin : la scénariste, Fatoumata Seydou Mbodj, dit qu'elle écrit en s'inspirant du quotidien de son entourage : « Je m'inspire de tout mon environnement. Par exemple, pour la série L'épouse du Cheikh, je me suis inspirée de mon cousin qui a la trentaine et qui a deux épouses. C'est une série où on montre que les femmes ont le droit de choisir leur vie, de choisir leurs époux, le droit de choisir si elles veulent travailler ou être des femmes au foyer. La plupart des gens s'y retrouvent. » Les comédiens eux-mêmes sont convaincus de participer à la promotion de la culture pulaar. L'une des actrices, Fatou N'Diaye, le confie, à peine sortie d'une séquence de tournage : « C'est des séries qui tournent autour de notre culture. On joue sur beaucoup de thèmes, comme le mariage forcé, la polygamie, beaucoup de thèmes liés à la société. Si tu es haalpulaar et fier de ta culture, ça ne peut qu'être facile pour toi. Si je parle pulaar, je dégage de la fierté. » Depuis 2024, la chaîne Marodi a produit une dizaine de séries en pulaar, après en avoir réalisé beaucoup d'autres en langue wolof. En plus de cette série en tournage, trois autres vont sortir avant la fin de l'année. Les professionnels veulent en faire une industrie cinématographique internationale, portée notamment par les plateformes numériques.

50 millions de personnes parlent yoruba à travers les pays d'Afrique de l'Ouest et leurs diasporas. C'est une langue essentiellement orale mais qui possède tout de même des œuvres littéraires. Daniel Olorunfemi Fagunwa publie le premier roman en langue autochtone en 1938, à une époque où seule la Bible était disponible en langue locale. Aujourd'hui, des acteurs de la culture œuvrent pour entretenir et encourager une production littéraire. De notre correspondante à Lagos, Dans La Forêt aux mille démons, Daniel Olorunfẹmi Fagunwa conte en Yoruba l'épopée d'un héros confronté à des épreuves surnaturelles, entre le monde des vivants et celui des esprits. Un premier roman publié en 1938, dans le but de contribuer à l'alphabétisation de son peuple dans un Nigeria encore sous domination britannique, mais aussi de préserver et partager un patrimoine culturel. Ce n'est que trente ans plus tard que ce roman pionnier sera traduit en anglais par Wole Soyinka, dramaturge et prix Nobel de littérature, considéré comme l'un des héritiers de Fagunwa. Dans sa note de traduction de l'ouvrage, il admet que : « Le plaisir que procure son talent verbal est sans aucun doute largement perdu dans la traduction, mais cela ne justifie pas pour autant de réserver la lecture de Fagunwa aux seuls locuteurs du yoruba ». Cette réflexion résume le paradoxe des auteurs yorubas, tiraillés entre le désir de préserver la pureté de leur langue et la nécessité de traduire pour exister auprès d'autres publics. À lire aussiShoneyin rêve de ramener la littérature en pays yorouba Mettre en avant la littérature yoruba Rasaq Malik Gbolahan, poète et écrivain, a choisi et il a lancé Atelewo, un magazine en ligne en langue autochtone qui décerne chaque année un prix aux œuvres en yoruba : « L'un des principaux projets que nous avons réalisés lorsque nous avons lancé Atelewo, nous avons lancé un appel à soumission d'œuvres littéraires : poèmes, nouvelles, essais écrits en langue yoruba. Nous voulions nous concentrer uniquement sur la langue yoruba. » Au centre J. Randle pour la culture Yoruba, à Lagos, entre tenues et objets traditionnels sont également exposés les auteurs populaires de la littérature yoruba comme Amos Tutuola, Wole Soyinka ou plus récemment Lola Shoneyin. Le directeur du centre, Qudus Onikeku, prépare l'ouverture d'une bibliothèque entièrement dédiée à ce patrimoine : « Ce serait une énorme collection de livres sur la culture yoruba et nigériane principalement, mais aussi sur l'Histoire. » « Je veux redonner vie à la tradition orale, poursuit-il, parce que je pense que la littérature pour nous était surtout puissante lorsqu'elle était lue à haute voix. » Afin d'assurer de nouvelles générations de lecteurs, le centre culturel propose tout au long de l'année des cours de yoruba. À (ré)écouter, notre podcast :Littérature classique africaine

Dans les années 1970, l'université de Dakar vit un paradoxe : l'un des plus grands intellectuels africains travaille dans ses murs, mais n'a pas le droit d'y enseigner. Son nom : Cheikh Anta Diop. Face au président Léopold Sédar Senghor et à sa négritude, il défend une vision radicalement différente de ce que pourrait être une renaissance africaine. Notre série sur les campus africains de légende se rend aujourd'hui à Dakar, au cœur d'un des grands duels intellectuels du XXᵉ siècle. De notre correspondante à Dakar, Dans les années 1970 du Sénégal post-indépendance, la pensée senghorienne domine, mais le campus de l'université de Dakar est déjà un lieu de contestation naissante. « Senghor et les étudiants, ce n'était pas facile, se rappelle Buuba Diop, historien, qui y était étudiant. Ceux qui contestaient Senghor en tant qu'étudiants étaient majoritaires. Les étudiants du Parti socialiste étaient minoritaires. C'est ainsi qu'on a dissous des organisations étudiantes. » Face à Senghor et sa négritude, un homme incarne une autre vision. Cheikh Anta Diop. C'est un intellectuel accompli. Son premier grand livre, Nations nègres et culture, est paru en 1955. Sa thèse : la civilisation égyptienne antique était une civilisation noire africaine, et c'est de cette vérité scientifique que doit partir toute renaissance du continent. « Pour Senghor, "l'émotion est nègre comme la raison est hellène". Alors là, Cheikh Anta Diop ne pouvait pas être d'accord », souligne l'historien. « La question essentielle a également été l'Égypte, l'origine de la civilisation africaine à partir de l'Égypte, etc. Ça, Senghor était tout à fait contre, explique Fatou Sow, sociologue, elle était elle aussi à l'université. Je pense que Senghor avait à la fois un respect pour cet homme intelligent et brillant quand même, et puis en même temps, une aversion pour ce qu'il écrivait. Et ils n'ont pas arrêté de se répondre l'un à l'autre. » À lire aussiCampus de légende: au Ghana, l'Institute of African Studies de Legon, lieu de rayonnement du panafricanisme [1/6] Un défenseur du wolof peu entendu Les deux hommes s'opposent aussi sur les langues : Senghor défend le français, Cheikh Anta Diop milite pour les langues africaines. Jusqu'en 1981, Diop n'aura pas le droit d'enseigner l'histoire à l'université. Relégué à l'Institut fondamental d'Afrique noire, il y crée un laboratoire de datation au carbone 14, mariant physique nucléaire et recherche sur les origines africaines. Sur le campus, dans ces années-là, les occasions de l'entendre sont rarissimes. « L'Association des historiens africains a organisé une conférence sur la haute antiquité et la Méditerranée, Cheikh Anta Diop n'était pas prévu au programme. Quelques amis sont allés voir l'association en leur disant : "Mais vous ne pouvez pas faire ce type de réflexion sans inviter Cheikh Anta Diop." Donc, ils sont allés l'inviter, raconte Fatou Sow. J'étais à cette conférence-là. Personne n'a bougé dans la salle. Il a parlé tout seul. Et ça, je pense que ça a été un moment très important parce que c'est la première fois qu'il parlait sur le campus. » Cheikh Anta meurt en 1986, à 62 ans. Un an plus tard, l'université prend son nom. L'Ifan, l'Institut fondamental d'Afrique noire, aussi. Une reconnaissance trop tardive pour Fatou Sow. Et aujourd'hui, le wolof qu'il défendait comme langue d'enseignement n'a toujours pas intégré l'université qui porte son nom. À écouter dans La marche du mondeÀ l'école de Cheikh Anta Diop

Pendant les trois week-ends à venir, RFI visite des campus de légende en Afrique, qu'ils aient autrefois été témoins de débats intellectuels majeurs ou qu'ils soient les lieux où s'invente aujourd'hui l'Afrique de demain. Au Ghana, le campus de Legon abrite l'Institute of African Studies, créé par le père de l'indépendance, Kwame Nkrumah, pour développer une pensée africaine affranchie des modèles coloniaux. Plus de soixante ans après sa fondation, l'établissement reste très actif et s'implique dans les débats sur la décolonisation des savoirs ou les réparations. De notre envoyée spéciale à Accra, La nuit tombe, au sommet du campus de Legon, l'historien Samuel Ntewusu, professeur à l'Institute of African Studies, montre la colline qui domine la capitale ghanéenne : « D'ici, c'est toute Accra qui s'étend à nos pieds. » Depuis ce promontoire, le regard porte jusqu'à l'aéroport et l'océan Atlantique. Pour Samuel Ntewusu, cette position dominante raconte aussi quelque chose de l'histoire de Legon. Une histoire intimement liée aux aspirations d'émancipation qui traversent alors la Gold Coast britannique. « À cette époque déjà, les habitants de la Gold Coast s'engageaient sur le chemin de l'indépendance, avec l'éducation comme moteur. » Fondée en 1948, l'université accompagne cette marche vers l'indépendance. Quelques années plus tard, Kwame Nkrumah fonde l'Institute of African Studies. Lors de son inauguration en 1962, il prononce un discours fondateur, The African Genius. Samuel Ntewusu : « Dans son discours The African Genius, Kwame Nkrumah explique comment l'institut doit fonctionner : il est créé pour étudier, enseigner et défendre l'Afrique à partir de méthodes de recherche centrées sur les réalités africaines. » Un « carrefour d'échanges intellectuels » Penser l'Afrique à partir de l'Afrique : l'ambition est révolutionnaire. Il a fallu pour cela faire de l'institut un lieu carrefour, comme l'explique Philip Owusu, conservateur du musée de l'Institute of African Studies : « L'Institute of African Studies est rapidement devenu un véritable carrefour d'échanges intellectuels. Grâce à ses publications, ses ateliers d'écriture et ses clubs littéraires, des chercheurs qui ne se seraient jamais rencontrés ont pu échanger leurs idées. L'institut est ainsi devenu un point de rencontre majeur pour les intellectuels du continent et de la diaspora. » Cette circulation des idées continue aujourd'hui d'alimenter les grands débats africains et de former une nouvelle génération de chercheurs. Comme Emmanuel Amoah Darkwah, doctorant en relations internationales : « À l'Institute of African Studies, les chercheurs travaillent sur les réparations, la colonisation ou encore l'esclavage. C'est un véritable centre de production des savoirs sur l'Afrique. » Parmi ces débats, celui des réparations. Emmanuel Amoah Darkwah rêve désormais de porter cette réflexion au sein des grandes institutions internationales : « Le développement de l'Afrique ne doit pas être pensé ailleurs pour les Africains. Les idées et les solutions aux problèmes du continent doivent être imaginées et mises en œuvre par les Africains eux-mêmes. » Plus de soixante ans après The African Genius, Legon continue de penser l'avenir du continent depuis l'Afrique.

Pour jouer au foot, il suffit d'avoir un ballon. Pour le reste, n'importe quelle rue peut se transformer en terrain. On connaît bien, par exemple, le foot des rues dans les favelas brésiliennes. Mais en Afrique du Sud aussi, dans les townships, on joue avec panache. Cela s'appelle le « Kasi Football », le foot des quartiers. De notre envoyé spécial à Soweto, Le soleil s'apprête à se coucher sur Soweto, et dans les rues du quartier de Naledi, des jeunes jouent au football à chaque coin de rue. « Je veux devenir joueur professionnel. Pour rendre fière ma mère, et toute ma famille », confie l'un d'eux. Nous assistons à un entraînement de Kasi football, aux côtés du coach Elvis Radebe. « Le Kasi football, c'est une histoire de panache. Et ça ne veut pas forcément dire des dribbles ; plutôt un talent inné, que Dieu vous a donné. Ce qu'un entraîneur ne peut pas vous apprendre. Danser sur le ballon, embrasser le ballon… Parfois on se dit : “mais d'où il sort ça ?”. Et c'est justement ça, le Kasi football : se faire plaisir ! » Cette pratique est historique dans les townships sud-africains, transmise de génération en génération. Pour Thabang Mosia, 14 ans, sa figure signature consiste à se tenir debout sur le ballon pour provoquer son adversaire. « Ça me rend heureux parce que c'est quelque chose que j'aime faire. Je le fais surtout quand il y a du monde qui regarde, mais je ne joue pas pour les autres, je joue pour moi. » Sur les réseaux sociaux, des vidéos de joueurs qui dansent avec le ballon deviennent virales. Des internautes qualifient certains dribbles de séances d'hypnose pour endormir l'équipe adverse. Un phénomène qui donne des idées à Joseph Khoza, un enfant du quartier, qui a grandi avec un ballon dans le sac à dos. « On ne peut pas juste garder ça pour nous alors qu'il y a les réseaux sociaux maintenant. Il faut qu'on tire profit de tout ça. » Ce touche-à-tout, footballeur, entrepreneur, professionnel du marketing et plus encore, assiste aujourd'hui à l'entraînement pour créer du contenu. « Ici, tout le monde contribue à ce magnifique sport. C'est une plateforme qui nous permet de faire tout ce qu'on veut. Mon objectif ultime, c'est de développer cet écosystème tout entier. » La nuit tombe, les terrains se vident peu à peu. Au prochain match, quand ils entreront sur le terrain, Thabang et ses coéquipiers auront comme l'impression de monter sur scène, tout à fait libres le temps du match, prêts à défier l'équipe adverse en se tenant debout sur le ballon. À lire aussiAfrique du Sud: l'État gèle une dotation de 200 millions de dollars destinée Johannesburg, épinglée pour sa mauvaise gestion

C'est une discipline libre mêlant sport et art. Le football freestyle consiste à réaliser des figures acrobatiques et des enchaînements créatifs à l'aide d'un ballon de foot. Le concept : deux freestylers, une scène, un ballon, une musique et trois rounds de 30 secondes pour le battle. La Côte d'Ivoire est le premier pays à avoir remporté le championnat d'Afrique de la discipline. Lumière sur le football freestyle à travers ses icônes ivoiriennes. De notre correspondant à Abidjan, Devant les yeux ébahis des enfants venus les admirer cet après-midi, des freestylers font virevolter un ballon de football sur une aire de jeu au Dokui, quartier situé à la lisière d'Abobo. Abobo, où la discipline connaît ses premiers adeptes à la fin des années 2000. Stéphane Bogui en est l'un des pionniers. Il est aujourd'hui président de la Fédération ivoirienne de football freestyle et des disciplines associées. « Nous avons débuté par une association, le collectif Donga Freestyle. En 2012, nous avons eu la septième vague de freestylers. À partir de là est né le club de Yopougon ainsi que celui de Marcory. » De ce noyau initial, semé par les précurseurs, naît la jeune fédération qui tente, tant bien que mal, de se faire une place. Objectifs : structurer la discipline et la faire rayonner dans le pays du football roi. « C'est à partir de là que nous avons eu cette stabilité et le tout premier championnat de Côte d'Ivoire, nous avons eu notre premier champion. » Auréolé du tout premier titre ivoirien, Abdoul Titi Koné enchaîne et en décroche deux autres, soit trois au total. Le jeune freestyler part ensuite à la conquête de l'Afrique et réussit à entrer dans l'histoire en remportant, cette fois-ci, le tout premier titre africain en 2018. Il récidive ensuite en 2019. « Remporter le championnat d'Afrique deux fois d'affilée, déjà, ce sont de grandes émotions parce que, quand tu es champion pour la première fois, on t'attend. Donc moi aussi, déjà dans ma tête, je suis préparé parce que le talent seul ne suffit pas. » Avec sa rigueur, Abdoul Titi Koné change peu à peu de dimension et bourlingue grâce à son talent. Il rencontre des personnalités du monde sportif telles que Zinédine Zidane. En février 2026, il est fait chevalier du Mérite sportif ivoirien. En reconversion de carrière, Titi Koné collabore désormais à divers projets internationaux liés au foot. « Quand ils voient qui tu connais, ils pensent directement au freestyle. Et forcément, il y a les gestes techniques, il y a des petits ponts et tout ça, ça fait partie du football, c'est vrai. Je n'ai pas réussi dans le foot à onze, mais je suis toujours dans l'écosystème du football. » « Le foot freestyle était fait pour moi » Sur les traces d'Abdoul Titi Koné, dont il affirme s'être inspiré à ses débuts, Kevin Mobio, dit Arshvane, est le nouveau champion du football freestyle. Sacré trois fois d'affilée, il s'est imposé comme le leader de la nouvelle vague des freestylers ivoiriens. Pour cet ancien footballeur, le freestyle est arrivé dans sa vie comme une évidence. « J'avais comme l'impression que le foot freestyle était fait pour moi, en fait. À peine quelques mois d'entraînement et j'ai assimilé rapidement les figures. J'avais vraiment envie de jouer au foot, mais je vois que là, je fais un truc qui me réussit facilement. Donc j'ai décidé de laisser le foot et de me concentrer sur le freestyle. » Résultat : trois sacres d'affilée. Mais en dehors des compétitions, le football freestyle se vit aussi comme un art de la scène. Arshvane : « On nous appelle souvent pour des prestations, pour freestyle est intacte en Côte d'Ivoire, mais elle jongle à petite échelle, à l'ombre du football roi que le monde puisse savoir que l'on a des freestylers. On a une fédération en Côte d'Ivoire. » Beaucoup ont découvert le football freestyle aux Jeux de la Francophonie d'Abidjan. Ignace Cassio, né avec un handicap moteur, y avait fait sensation. Il a ensuite participé aux Jeux de Kinshasa et s'apprête à disputer ceux d'Erevan : « C'est un grand plaisir de participer pour donner toujours le meilleur de soi en harmonie. J'ai obtenu une médaille de bronze, une médaille d'argent et, cette fois-ci, la médaille d'or. » La passion autour du football freestyle est intacte en Côte d'Ivoire, mais elle jongle à petite échelle, à l'ombre du football roi. À lire aussiFootball, les autres terrains: au Sénégal, le e-sport [1/5] À lire aussiFootball, les autres terrains: en RDC, le baby-foot, terrains en miniature [2/5] À lire aussiFootball, les autres terrains: au Maroc, le pari fou des fans de «Footgolf» [3/5]

C'est un sport tout jeune mais en pleine essor sur le continent africain : le footgolf. C'est le même principe que le golf, mais une jambe et un ballon en lieu et place du club et de la balle. Une discipline qui mêle puissance et précision et où les Marocains excellent. Ils se sont qualifiés pour la Coupe du monde au Mexique. Pourtant l'équipe nationale a une existence légale depuis moins d'un an seulement. De notre correspondant à Mohammedia, Une dernière coupe de cheveux pour un client avant de s'envoler pour la Coupe du monde au Mexique. « Je m'appelle Badre Harmach, je suis vice-président de l'association marocaine de football... (rires) de footgolf ! C'est le lapsus, c'est vrai qu'on est très lié, mais pas du tout par les mêmes règles, au football. » Empruntant un peu du football et beaucoup du golf, c'est un sport très technique. « Un footgolfeur n'est pas forcément un très bon footeux, ça peut être un golfeur parce qu'à ce jour on joue sur un parcours de golfeur, vous avez des dénivelés, des bosses, des trous, des bunkers dans le sable. Comme on n'a pas le droit à l'élan, il y a des endroits où on est dans les roughs… C'est un peu plus compliqué, on joue avec le vent, on joue souvent avec des aléas comme les arbres, j'en ai tapé souvent dans ma carrière. Il y a beaucoup de choses qui rentrent en compte que l'on n'a pas au football. On n'a pas forcément besoin de doser au football comme on dose au footgolf. » L'homme, qui reçoit dans son salon de coiffure, a davantage le physique d'un deuxième ligne au rugby, mais c'est bien un des membres de l'équipe nationale du Maroc de footgolf, qualifié pour le Mondial dans un scénario ubuesque. Invité à un match de barrage au Zimbabwe par l'Afrique du Sud, pourtant déjà qualifié. « On a accepté l'invitation, on est parti avec sept joueurs. Ça s'est joué dans les derniers trous, on s'est qualifié aux dépens de l'Afrique du Sud, déjà qualifiée. Fair play ! On est contents d'y être et on va essayer de représenter le continent africain à Acapulco, au Mexique. » Trois jours avant son départ, Badre Harmach reste détendu, déjà très content de participer à ce rendez-vous mondial. Dans ses valises, le maillot de l'équipe nationale, un tee, des crampons et son ballon dont il ne se sépare pas jamais : « La première chose c'est le ballon, c'est une taille 5. C'est mon compagnon de parcours parce qu'en fait chacun joue avec un ballon personnel. Ça c'est un speedcell, c'est un ballon rare et qui coûte cher. L'équipement est important aussi. » L'objectif de l'association désormais est d'enchaîner les bons résultats sportifs tout autant que de convaincre les 44 clubs de golfs marocains d'ouvrir leur parcours aux footgolfeurs. À lire aussiFootball, les autres terrains: au Sénégal, le e-sport [1/5] À lire aussiFootball, les autres terrains: en RDC, le baby-foot, terrains en miniature [2/5]

En République démocratique du Congo, le football ne se joue pas seulement avec les pieds. Dans les rues et sur les terrasses de Kinshasa, c'est le football de table, autrement dit le baby-foot, qui trône et rassemble aussi les passionnés. Un loisir pour certains, une véritable discipline pour d'autres, avec ses compétitions et ses joueurs professionnels. De notre correspondante à Kinshasa, « Il faut avoir la maîtrise du ballon, il faut avoir la maîtrise du joueur ! » Moment de détente pour ce groupe d'amis. Ils ont pris l'habitude de se retrouver dans ce bar du quartier Kintambo pour quelques parties de baby-foot après le travail. « Baby-foot, en français, c'est la toute première fois que j'ai entendu ça. Ici, on l'appelle tout simplement kicker, c'est tout. » Les deux tables du bar sont prises d'assaut chaque soir. Autour du jeu, les plaisanteries fusent, les joueurs s'affrontent avec sérieux. Dieumerci se souvient encore de sa première partie de football de table : « Tu vas au quartier, il y a souvent le kicker. Mon grand-frère avait une table de baby-foot, il mettait ça dehors, les gens venaient jouer. Je voyais les grands jouer, s'intéresser au baby-foot. Moi, je me disais que je dois apprendre. » Du bar aux compétitions africaines À Kinshasa, la popularité du baby-foot dépasse largement le cadre du loisir. Certains joueurs sont devenus professionnels. Le pays en compte une dizaine. Comme Aaron Kalondji, qui est membre de la Fédération congolaise de kicker depuis cinq ans : « Moi, je suis devenu professionnel, c'est parce que j'ai été amoureux du jeu. Et puis une fois, tellement qu'on venait jouer là, un jour, le professeur de l'espace m'a appelé : “il y a des gens qui viennent chercher des joueurs d'équipes, des bafistes. Ils viennent de la Fédération". On a fait un test et puis on a été retenus. C'est à partir de là qu'on a commencé à jouer, à s'entraîner. Nous aussi, on est des champions. Je suis comme Dieumerci Mbokani, Cédric Bakambu. » Aaron est considéré comme le meilleur joueur congolais de la discipline. Mais faute de moyens, il a suspendu ses participations aux compétitions africaines. Dans les bars, ce sont les paris qui permettent à ses joueurs de vivre de leur passion. À chaque match, des sommes d'argent sont mises en jeu : « Je suis comme un caméléon, comme quelqu'un qui ne connaît pas le jeu, mais je fais le trick, paf ! 2 000, 5 000… C'est comme ça que je vis. Gagner, ça paye mes loyers, ma maison, tout ça… » Aaron s'entraîne énormément. Il joue au football de table au moins deux heures par jour. Pour conserver son niveau de champion congolais. À lire aussiFootball, les autres terrains: au Sénégal, le e-sport [1/5]

Sur l'écran de leur téléphone, ils s'entraînent des heures chaque jour. eFootball, le jeu de football mobile édité par le studio japonais Konami, est devenu un phénomène en Afrique de l'Ouest, et particulièrement au Sénégal, pays où le ballon rond est une passion nationale. Plus accessible que les jeux sur console, il dépasse aujourd'hui leur succès. Ici, des équipes très organisées visent la professionnalisation et les titres de champion. À Dakar, plusieurs joueurs préparent les qualifications pour la Coupe du monde eFootball. De notre correspondante à Dakar, Téléphone à la main, les joueurs sont concentrés. Dans quelques heures, ils disputent les qualifications pour la Coupe du monde eFootball, le jeu de foot mobile le plus joué au monde, prévue en novembre à Riyad. Le sélectionneur de l'équipe nationale, Ibrahima Diop, alias Ibzo, donne ses dernières consignes. Il s'est entouré des meilleurs joueurs du pays : en mars dernier, son équipe s'est hissée pour la première fois à la première place du classement africain. Gratuit, le jeu dépasse aujourd'hui en popularité les productions sur console. « Ça permet de se faire plaisir déjà, confie Mohamed, alias Medzo, 17 ans, qui est venu de Saint-Louis pour disputer ces qualifications. Il y a de la compétition. On se dit : toi, tu vas pas me battre, par exemple. C'est facile à jouer. En plus, il n'y a pas besoin d'avoir des téléphones trop chers. Comme les consoles sont trop chères, il faut juste un petit téléphone RAM 3 Go, et tu peux jouer. Les joueurs sénégalais, ils sont bons, ils sont nombreux et surtout ils sont concentrés dans le jeu. » Le jeune homme rêve d'une carrière professionnelle, tout comme Pape Mouhamed Saloum Sow, étudiant en droit : « J'aimerais franchir un cap et jouer au plus haut niveau. Je pense que le eFootball est devenu plus qu'un jeu. On est là, on ne se connaissait pas, on est maintenant comme une famille. » À écouter dans Mondial sportsEsport au féminin? « Le problème des serveurs » Mais ces joueurs sénégalais doivent composer avec plusieurs handicaps. D'abord sur TikTok : la plateforme, sur laquelle ils publient analyses et conseils, ne permet pas encore de monétiser les contenus en Afrique, contrairement à l'Europe ou aux États-Unis. Et surtout, il y a des problèmes de connexion qui les désavantagent face à certains adversaires. « Nous, au Sénégal, on a le problème des serveurs, explique Ibzo. En Afrique, il n'y a qu'un seul serveur et il se trouve en Afrique du Sud. Et on souffre beaucoup parce qu'il y a trop de latence. Tu fais une passe, ça dure deux minutes pour que la passe s'effectue. » Pour structurer la filière, Ibzo a créé son propre club. Il peut aussi s'appuyer sur une fédération nationale des sports électroniques, la Fesseda, créée il y a deux ans. « Nous avons signé une convention pour mettre en place ce qu'on appelle les navétanes électroniques, les e-navétanes, détaille son président, El Hadji Mansour Jacques Sagna, qui permettra à un très grand nombre de jeunes de participer à des compétitions organisées sur le territoire national. » La fédération annonce par ailleurs le lancement prochain d'un centre d'analyse et de performance e-sport, qui sera installé au stade Léopold-Sédar-Senghor, pour accompagner la professionnalisation de la discipline. À lire aussieFootball: quand une CAN virtuelle révèle des problématiques réelles

Dans le sud-est du Kenya, les animaux sauvages circulent librement d'un parc à un autre, créant parfois des conflits avec les communautés. Dans cet écosystème, les rangers ont un rôle clé pour protéger aussi bien la vie sauvage que les populations. Près du parc d'Amboseli, proche de la frontière avec la Tanzanie, des femmes ont endossé ce rôle. Soutenue financièrement par l'Ifaw, le Fonds international pour la protection des animaux, l'équipe est née en 2019. Les rangers femmes, issues des communautés massaï, défient depuis les normes de genre. De notre envoyée spéciale de retour d'Amboseli, Le jour se lève à peine dans les alentours d'Amboseli, au Kenya, l'équipe de rangers femmes enchaîne déjà les échauffements. La Team Lioness, comme elle se surnomme, s'apprête à partir. Purity Lakara donne les dernières instructions : « Nous allons partir faire nos patrouilles quotidiennes. Une fois sur le terrain, continuons à collaborer comme d'habitude. Le respect est essentiel. D'accord ? » Les rangers patrouillent sur plusieurs kilomètres pour assurer la protection de la faune sauvage. Et recenser les mouvements des animaux. Elles se déplacent aussi dans les communautés pour sensibiliser à la conservation ou régler des conflits. Un travail qui n'est pas sans danger rappelle Purity. « Nous ne sommes pas armées. Or il nous arrive de croiser des animaux dangereux. Par exemple, lorsque les éléphants sont en période de rut, ils sont souvent très agressifs, explique la ranger. Mais nous avons suivi une formation de ranger, et certaines ont également reçu une formation paramilitaire. Nous avons donc appris à nous protéger et à nous défendre. » À lire aussiKenya: un hôtel de luxe dans la réserve Masai Mara continue d'alimenter les polémiques « Briser les stéréotypes n'a pas été facile » À 28 ans, Purity Lakara fait partie des premières femmes de sa communauté à être devenue ranger. « Au début, c'était difficile, parce que c'est une communauté où les hommes occupent traditionnellement la place dominante. Briser les stéréotypes n'a pas été facile, confie-t-elle. Pour eux, accepter qu'une femme quitte la maison, laisse les tâches ménagères et les enfants pour partir trois semaines sans rentrer, alors qu'elle est mariée et a des enfants... c'était inconcevable. Mais nous avons été déployées et avons commencé à travailler. Nos rapports étaient excellents et la communauté a progressivement commencé à nous accepter. » Aujourd'hui, elles sont 17 rangers femmes sur les quelques 90 de cette région. Et Purity s'en félicite : de plus en plus de jeunes filles veulent rejoindre la Team Lioness. Pour ces communautés pastorales massaï, c'est aussi une opportunité d'emploi. « Cela permet à une personne de contribuer aux revenus du foyer. Comme moi, par exemple, ma famille sait qu'elle va recevoir quelque chose à la fin du mois, explique Evelyn Moinan, ranger depuis 2021. Ils sont très fiers de moi. Même les jeunes filles de nos communautés disent désormais : "Nous aimerions être comme Dorcas, comme Evelyne." Elles voient que les choses changent. » À à peine 4 ans, sa fille rêve déjà d'être une future ranger, comme sa maman. À lire aussiKenya: dans le Tsavo, les rangers au cœur de l'équilibre entre vie sauvage et communautés [1/2]

Au Kenya, les régions de Tsavo et de Taita-Taveta hébergent éléphants, lions ou encore hyènes. Une grande partie du territoire leur est réservée, et cette faune sauvage y circule pour aller de parc en parc. Rangers et gardes communautaires jouent un rôle central dans cette bonne cohabitation entre la faune et les communautés locales. Ils font de la prévention et de la médiation, et travaillent aux côtés du Kenya Wildlife Service, l'autorité en charge de la protection de la faune sauvage. De notre envoyée spéciale de retour de Taita-Taveta, La région de Taita-Taveta, dans le sud-est du Kenya, compte 250 rangers répartis sur plusieurs aires de conservation. Ces gardes communautaires patrouillent régulièrement dans les réserves pour notamment lutter contre le braconnage. « C'est un métier difficile, il faut avoir le cœur et la volonté de le faire, témoigne Benson Klalaghe, ranger depuis plusieurs années dans la région. Sans cela, on pourrait abandonner dès le premier jour, rendre son uniforme et rentrer chez soi. » « Un jour, j'ai failli mourir, poursuit-il. Nous sommes tombés sur un groupe de braconniers armés qui avaient tué un animal et transportaient de la viande de brousse. Lorsque nous avons tenté de la confisquer, ils ont résisté. Ça s'est transformé en affrontement. Ils étaient armés de gourdins, mais nous avons finalement réussi. Nous en avons arrêté trois. » La chasse à l'ivoire a fortement diminué, mais la viande de brousse reste encore prisée pour le commerce. À lire aussiAu Kenya, des girafes «émissaires de la paix» rapprochent deux communautés rivales « Les rangers jouent un rôle de sensibilisation » Lors de leurs patrouilles, les rangers notent aussi les animaux observés. Leurs déplacements sont suivis. Il faut anticiper de potentiels conflits avec les populations locales. « Ici, il n'y a pas de clôture entre les aires de conservation et les communautés, explique Omaria Kenneth Anyang, le coordinateur sécurité du poste de Kasigau. Lorsque les pluies arrivent et que les habitants ont semé leurs cultures, les éléphants quittent les zones protégées pour se rendre dans les zones habitées, causant des destructions de cultures et des dégâts matériels, et mettant en danger les populations. L'année dernière, il me semble que nous avons eu trois personnes tuées par des éléphants. Il y a aussi des lions et des hyènes qui attaquent le bétail. » Ces incidents mènent parfois à des mesures de représailles. Omaria Kenneth Anyang explique avoir vu des éléphants blessés par des lances ou des carcasses empoisonnées pour tuer des lions. Les rangers, issus des communautés, ont donc aussi un rôle de médiation. « Il faut des personnes capables d'aller à la rencontre des communautés et de dialoguer avec elles afin d'éviter les représailles contre la faune, souligne le coordinateur sécurité. Les rangers jouent un rôle de sensibilisation : ils participent à des réunions dans les villages pour échanger avec les habitants et faire en sorte que tout le monde avance dans la même direction sur les questions de conservation. » L'association qui regroupe les réserves, la Taita Taveta Wildlife Conservancies Association, se félicite d'avoir vu passer le nombre d'éléphants de moins de 12 000 en 2005 à près de 16 000 aujourd'hui, dans l'écosystème du Grand Tsavo. À écouter dans Grand reportageKenya : les mammifères marins en danger

Dans la préfecture de la Lobaye, à Mbaïki, la danse traditionnelle continue de faire vibrer les communautés. Jadis pratiquées essentiellement par des adultes lors des cérémonies coutumières, des fêtes familiales ou des rassemblements communautaires, ces expressions culturelles connaissent aujourd'hui un nouvel essor. Entre festivals, spectacles publics et diffusion sur les réseaux sociaux, les artistes traditionnels gagnent en visibilité et certains deviennent de véritables références locales. Des danseurs qui réussissent à préserver cet héritage culturel tout en attirant les jeunes générations. De notre envoyé spécial de retour de Mbaïki, Au signal du chef de groupe, la chorégraphie débute. Les danseurs du groupe Molika Ti Beafrika forment un demi-cercle. Leurs pieds frappent le sol en cadence, soulevant par moments de légers nuages de poussière. Progressivement, le rythme s'accélère. Deux danseurs s'avancent au centre du cercle pour exécuter une séquence plus complexe. « C'est une danse traditionnelle et nous chantons en patois », explique Juvenal Bissé, l'un des danseurs. Pour lui, la danse offre des opportunités de rencontres, d'échanges et de promotion culturelle. À Mbaïki, les groupes de danse se professionnalisent, attirent de nouveaux adeptes et deviennent de véritables ambassadeurs de la culture locale. Fabrice Tabaré, un spectateur, salue cet engagement. « En tant que peuple, nous reconnaissons leurs efforts. Ce sont nos vedettes et elles bénéficient de toute notre reconnaissance. Je les considère comme les gardiens de notre culture, souligne-t-il. À travers leurs chants et leurs danses, ils nous transmettent l'histoire, les valeurs et la mémoire collective de toute une communauté. Vive la danse traditionnelle ! » Au-delà de son aspect culturel, la danse traditionnelle génère également des revenus grâce aux prestations lors de cérémonies, de festivals ou d'événements publics. « Au début, les revenus étaient irréguliers et la vie était difficile, témoigne Teddy Pamo, chef du groupe Molika Ti Beafrika. Aujourd'hui, grâce à notre persévérance, je peux vivre de mon métier, soutenir ma famille et transmettre notre patrimoine culturel en sensibilisant la population. » À lire aussiTî-Ï Festival 2026: Bangui célèbre la renaissance culturelle d'un peuple « Chacun doit prendre ses responsabilités pour défendre nos traditions » Mais cette quête de visibilité ne doit pas faire oublier l'essentiel : le respect des traditions. Pendant les répétitions, les anciens veillent à la transmission fidèle des chants, des rythmes et des significations culturelles associés à chaque danse. « Il est important de protéger la biodiversité. Dans nos chansons, nous sensibilisons les populations à la préservation de la nature et les encourageons à ne pas pratiquer la pêche avec des produits chimiques, poursuit le leader du groupe. Aujourd'hui, les gens nous respectent en raison de notre noble engagement. Notre culture est de plus en plus influencée par la mondialisation. Chacun doit prendre ses responsabilités pour défendre et préserver nos traditions. » À travers leurs prestations, ces groupes de danse traditionnelle nourrissent désormais l'ambition de se produire sur la scène internationale afin de valoriser la culture centrafricaine au-delà des frontières. À lire aussiRCA/RDC: Bangui et Zongo, la culture en partage pour ces villes jumelles [2/3]

Le pagne baoulé est l'un des symboles du patrimoine culturel ivoirien. Mais derrière ces étoffes colorées se cache un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération. À Bomizambo, localité située à une trentaine de kilomètres de Yamoussoukro, les métiers à tisser résonnent encore grâce à des artisans qui refusent de laisser disparaître cet héritage, malgré les difficultés qu'ils rencontrent. De notre envoyé spécial à Bomizambo, Victorien Kouamé actionne les pédales pour faire se croiser les fils, puis il fait glisser la navette d'un côté à l'autre avant de resserrer la trame avec le peigne : bande après bande, le pagne baoulé prend forme. À plus de cinquante ans, Victorien pratique cet art depuis l'école primaire. Un savoir-faire transmis par son père : « Au CM2 après l'école, c'est lui qui m'a appris le tissage, raconte-t-il. Et des parents m'ont aussi aidé à apprendre les motifs. Je sais comment tisser le pagne baoulé. Je connais toutes les qualités de pagnes baoulé ». Chaque pagne est entièrement tissé à la main. Un travail minutieux qui constitue aussi la principale source de revenus de nombreux artisans, même si le tissage ne suffit pas toujours à faire vivre une famille, reconnaît cet artisan : « Notre activité principale, c'est le tissage. Après le tissage, on peut ensuite aller au champ. Je peux prendre cinq jours pour tisser parce que c'est ça qui me procure l'argent. Puis, on se débrouille pour aller au champ, y chercher à manger ». Mais les tisserands de Bomizambo font face à de nombreux défis : le coût élevé des matières premières, et surtout la concurrence, qu'ils jugent déloyale, des tissus industriels. « Les gens produisent ces pagnes en masse, sous forme de tissus avec les photos de nos motifs. Lorsque de loin tu aperçois ces tissus portés, tu peux te dire que c'est un pagne baoulé que la personne a. Or, de près tu vois que c'est un tissu simple. Celaa nous fatigue beaucoup », déplore Richard Kouassi, à la tête d'une coopérative qui compte plus de 300 membres. Autre défi : la transmission de ce savoir-faire ancestral. Sur le site, quelques jeunes tentent malgré tout de s'y intéresser. Parmi eux, Martial, qui après un échec au baccalauréat, s'est tourné vers la confection du pagne baoulé. Une aubaine pour lui : « Moi, je m'en sors. Parce que quand tu t'organises bien, dans ce métier, tu peux t'en sortir. Dans le mois, je peux gagner la somme de 150 000 francs CFA », soit environ 228 euros. Le pagne baoulé bénéficie depuis 2023 d'un label Indication géographique protégée, délivré par l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Une reconnaissance qui vise à valoriser le savoir-faire des tisserands ivoiriens et à lutter contre la contrefaçon.

En Tanzanie, le swahili n'est pas seulement une langue, mais aussi une culture. À 70 km au nord de la capitale économique Dar es Salaam, l'école historique TaSuBa à Bagamoyo forme les prochaines générations d'artistes tanzaniens venus de tout le pays. Les élèves et les professeurs de cette école unique en Afrique de l'Est poursuivent la transmission de chansons et danses des communautés locales, tout en les traduisant en kiswahili. De notre envoyée spéciale à Bagamoyo, « Cette chanson s'appelle Lekatulinge ; c'est une danse pour s'amuser, en swahili. Lekatulingue, cela veut dire "amusons-nous" », explique Epimack Luanda. Il est professeur de danse à TaSuBa, l'Institut des Arts et de la culture de Bagamoyo. Le regard concentré, il observe la cinquantaine d'élèves qui s'entraînent à l'ombre de manguiers gigantesques. Pour Epimack, ancien professeur de kiswahili à l'école primaire, la langue commune des Tanzaniens est essentielle dans la propagation des traditions artistiques du pays. « Nous avons plus de 125 tribus différentes mais nous sommes tous connectés grâce au kiswahili », souligne-t-il. « On ne connaît rien de notre culture, de notre langue » Parmi les élèves présents ce jour-là, il y a Fatuma : « Je suis tellement tellement fière d'étudier ici. » La jeune femme de 21 ans vient d'Arusha, au nord de la Tanzanie. Ces danses et chants traditionnels sont sa raison de vivre depuis toute petite. Selon elle, c'est aussi grâce à la langue kiswahili que ces traditions peuvent se transmettre. « La plupart des chansons sont en langue tribale, donc on ajoute un peu de kiswahili pour que tout le monde puisse comprendre », détaille-t-elle. Dans la même classe ce jour-là, Revellian, 29 ans, explique à quel point TaSuBa est un lieu d'apprentissage important. « La plupart d'entre nous est née en ville, on ne connaît rien de notre culture, de notre langue. Ici on apprend tout ça : les traditions, les chants, les rythmes et tout ça. » À lire aussiAu Xème siècle, l'extraordinaire essor de la culture swahilie Le théâtre swahili est historiquement accessible à tous Des arts sous toutes leurs formes que l'on appelle ici le théâtre swahili. Historiquement, il se veut accessible à tous, d'où l'usage de la langue commune des Tanzaniens. Mais si la forme est la même, le fond a changé ces derniers temps. Habituellement utilisés pour parler des problèmes sociétaux, les artistes font désormais profil bas lorsqu'il s'agit de parler politique. Une conséquence des tueries d'octobre 2025 lors de l'élection présidentielle, comme l'explique Shabani Mbatta, professeur et membre de la troupe Bagamoyo Players qui se produit partout dans le monde. « Si tu essaies de parler de choses négatives comme la corruption, alors tu es en danger. On faisait ça avant, mais plus maintenant. » À lire aussiLe swahili, une langue africaine au rayonnement mondial

Chaque année, des milliers de Sénégalais rentrent au pays après une tentative de migration irrégulière. Retourner chez soi ne signifie pas toujours tourner la page. À Vélingara, dans le Sud du Sénégal, certains migrants de retour ont réussi à relancer une activité grâce à l'appui de partenaires comme l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). D'autres, en revanche, continuent de faire face à la précarité et aux jugements de la société. De notre envoyé spécial à Vélingara, Habib Diao Dans son atelier au marché de Vélingara, les clients se succèdent. Derrière sa machine à coudre, Abdourahmane Sow s'est construit un nouveau quotidien. Une activité qui contraste avec son parcours. Pendant trois ans, le vingtenaire a vécu en Libye avant d'être rapatrié au Sénégal. Grâce à un financement de l'OIM, il a pu ouvrir son atelier de couture. « J'ai eu la chance d'obtenir un financement pour mon retour. Ce qui m'a permis de reprendre mon activité. Aujourd'hui, je travaille pour mon propre compte et je m'en sors bien. Je ne pense plus à repartir à défaut d'avoir un visa, bien sûr. » Mais tous les migrants de retour ne dressent pas le même bilan. Pathé Baldé en sait quelque chose : parti en 2016 pour la Libye, il y passera trois ans, dont un an et demi en prison. À son retour, il bénéficie lui aussi d'un financement de l'OIM pour relancer une activité. Une aide saluée, même s'il estime qu'il attendait davantage de l'État sénégalais. « J'ai été rapatrié et je suis arrivé chez moi les mains vides. J'ai reçu un financement de 650 000 francs CFA, une somme que j'ai utilisée pour relancer mes activités dans l'élevage et dans l'agriculture. Comme vous le voyez ici, c'est très compliqué de s'en sortir. J'essaye de survivre avec ma famille avec le peu que me rapporte cette activité, il faut quand même l'avouer, il y a un défaut d'accompagnement de l'État. » À lire aussiSénégal: la difficile réinsertion des migrants de retour d'exil Le retour est difficile : « Toute la famille t'abandonne » Pour d'autres, le retour a été encore plus difficile. Rentré en 2009 sans accompagnement, Filly Baldé peine encore à se relever. À ces difficultés s'ajoutent les regards et préjugés qu'il subit depuis son retour. « Je suis retourné au pays depuis lors, on est là. On se débrouille seul parce que même dans la famille, les gens vraiment te détestent d'abord. Parce que si tu retournes au pays avec zéro franc, rien, là tu es considéré comme un vaurien. Tu es considéré comme quelqu'un qui n'a pas d'ambition. Surtout si tu étais accompagné d'un ami et que lui, il est arrivé en Espagne et toi tu es retourné. Toute la famille t'abandonne. » Selon le bilan du bureau d'accueil, d'orientation et de suivi des Sénégalais de l'extérieur et des migrants, 3 080 Sénégalais en détresse ont été rapatriés au cours de l'année 2025, dont 1 197 ont bénéficié d'un accompagnement à caractère social. À lire aussiSénégal: l'armée intercepte 201 migrants en partance pour l'Espagne dans le delta du Sine Saloum

Partis pour regagner l'Europe dans l'espoir d'une vie meilleure, certains migrants disparaissent sans laisser de traces. Derrière eux, des familles vivent pendant des années dans l'attente et l'incertitude. Dans la commune de Vélingara, au sud du Sénégal, ces absences prolongées sont devenues une réalité qui plonge plusieurs foyers dans une résignation totale. Des familles continuent à chercher des nouvelles de leurs proches disparus sur les routes de la migration. De notre envoyé spécial à Vélingara, Habib Diao À Vélingara, Assane Baldé est sans nouvelles de son frère Ndiaga depuis octobre 2016. Parti pour rejoindre l'Europe, il n'a plus jamais donné signe de vie. « Le dernier message que j'ai reçu de lui, c'était vers le 24 octobre 2016, pour lui demander ce qui se passait, parce que nous étions tous inquiets. On voulait savoir dans quelles conditions il était. Il ne répondait pas. C'est vers le début du mois de novembre 2016 qu'on nous a fait savoir qu'il était porté disparu. Les gens dont on espérait pouvoir avoir des nouvelles de lui ne l'avaient pas vu », raconte-t-il. Comme lui, d'autres continuent de chercher des réponses. Dans le village voisin de Kayel Bessel, Gnada Baldé attend le retour de son fils disparu depuis 2006. Une attente qui l'a même conduite à être victime d'une escroquerie après qu'un inconnu lui a promis des informations sur son enfant. « L'année dernière, quelqu'un m'a appelé pour me dire qu'il savait où se trouvait mon fils disparu. Il m'a demandé le montant de 65 000 francs CFA pour le libérer de la prison dans laquelle il était détenu en Libye. Il disait qu'il était atteint de troubles mentaux. J'ai tout fait pour rassembler la somme et la lui envoyer. Mais depuis, cette personne ne m'a plus jamais donné de nouvelles. C'est comme ça que je me suis fait arnaquer », raconte-t-il. Les épouses des migrants disparus vivent elles aussi avec ce vide. Mariama Sabaly n'a plus reçu de nouvelles de son mari depuis 20 ans. Sans certitude sur son sort, elle poursuit sa vie avec résignation. Elle expose sa situation et son désarroi : « Cela fait maintenant 20 ans qu'il est parti. La dernière fois que j'ai eu de ses nouvelles, il était encore à Dakar. C'était juste avant qu'il ne parte vers l'Europe. Depuis, personne n'a eu de ses nouvelles. J'ai quitté la maison conjugale pour retourner vivre chez mes parents avec nos deux enfants. On en avait quatre, deux sont décédés. Et, aujourd'hui, les deux qui restent sont au courant de la disparition de leur père. C'est très compliqué, là, je suis totalement perdue. Et rien ne me dit qu'il est toujours en vie ». Depuis 2014, la Croix-Rouge sénégalaise et le Comité international de la Croix-Rouge mettent en place un programme d'accompagnement de ces familles affectées par la disparition de proches sur les routes de la migration. Cela inclut, entre autres, un appui psychosocial, économique et un accompagnement juridique.

Au Sénégal, des enregistrements de baleines pour sensibiliser les enfants à la protection de l'environnement. C'est le projet mené par l'association Germes d'Écocitoyens à travers les sciences et les traditions dans les univers d'apprentissage (Gestu). Il y a quelques semaines, l'organisation a programmé trois rencontres dans des écoles primaires de Dakar avec le professeur et spécialiste des cétacés Olivier Adam. Direction l'école primaire Alieu Samb du quartier de Ngor à Dakar pour l'une de ces initiations au langage des baleines. De notre correspondante permanente à Dakar Bouche bée, installés à leur table d'écolier, la trentaine d'élèves de cette classe de CM2 écoute religieusement l'enregistrement d'une baleine à bosse réalisé au large de Ouakam à Dakar (en 2018 et 2022). « Là ces chants, les sons que vous avez entendus, ce sont des baleines à bosse, et les baleines à bosse viennent à Dakar et mettent bas à Dakar. Leurs petits sont des Dakarois », indique Olivier Adam, professeur à la Sorbonne. Pour ce spécialiste des sons émis par les cétacés, il y a un énorme enjeu à démocratiser l'idée que les baleines ont un langage : « Moi, j'étais le premier surpris quand j'ai enregistré des baleines, de voir qu'elles émettaient des sons et que ces sons étaient intentionnels et structurés sous la forme d'un langage, partage ce professeur spécialement venu de Paris pour parler aux enfants. Et donc, à chaque fois que je rencontre des élèves, des enfants, je me dis mais il faut qu'ils sachent absolument ça. Il faut qu'on comprenne actuellement les océans et on va comprendre l'océan en sachant qui sont ces espèces vivantes à l'intérieur de l'océan. » Les petits curieux ne se privent pas pour poser leurs questions : « La baleine a combien d'estomacs ? Y a combien de sortes de baleine ? Comment la baleine met bas ? Que mange-t-elle ? » « Leur chanson et leur façon de parler » est ce qui a le plus impressionné Fanta, 12 ans. Pour Thierry, enseignant dans cette classe de CM2 de l'école Alieu Samb à Ngor, un quartier de Dakar, cet apprentissage du monde vivant est crucial. Il raconte sa découverte : « Sans cette connaissance, tu ne peux pas savoir, par exemple, ce que je viens d'apprendre, que la baleine ne peut avoir qu'un seul enfant par mise bas. Donc ça veut dire que c'est une espèce qui, si on ne la protège pas, peut disparaître ». Babacar Sy, chasseur sous-marin depuis plus de 30 ans, à l'origine des enregistrements de ces baleines à Dakar, venu animer l'atelier, confirme l'urgence de lutter contre l'ignorance, lui qui pêche chaque jour moins de poissons. « Moi j'ai eu la chance de trouver la nature comme elle était et de la voir changer radicalement. L'année dernière, j'ai pêché cinq thiofs de toute l'année. Si on continue sur cette lancée, un jour on parlera de thiof à nos enfants et ils nous demanderont ce que c'est, que ça n'existe plus, s'inquiète le pêcheur. On est en train d'aller au fond du trou. Et pour moi, il est temps que les gens se réveillent ! ». Deux autres écoles de Dakar ont accueilli Olivier Adam et ses enregistrements de baleines. Avec aussi des journées de sensibilisation à la collecte de déchets, l'association Gestu veut contribuer à changer les mentalités. À lire aussiPourquoi les baleines sont-elles des alliées du climat?

Direction à présent le Maroc, pour parler d'un collectif d'artistes issus de différentes disciplines : le Syndicat national marocain du fun (MNSF) s'est donné pour objectif d'ouvrir de nouveaux espaces de fête à Casablanca. Pour répondre à un besoin de désintoxication numérique, de vraies rencontres et de partage, dans un cadre sûr et confortable, le collectif organise tout au long de l'année des sessions d'écoute musicale dans différents lieux de la capitale économique marocaine. Mais pour y participer, il faut adhérer au Syndicat du fun ! De notre correspondant à Casablanca, Malgré trois tampons du bureau de la division technique, dont un horodaté, la carte d'adhérent n'est pas encore tout à fait prête. Il faut encore passer le bureau des signatures, et obtenir l'équivalent du « laissez-passer A-38 » pour s'installer confortablement dans le jardin verdoyant du cinéma Ritz où se tient la session d'écoute du jour. Une lourdeur bureaucratique qui devient source d'amusement et de création, mais aussi une étape vers un monde où le téléphone portable est honni. Nabil Qerjij, l'un des fondateurs du Syndicat marocain national du fun. « Ces sessions, ça nous permet de revenir un peu à l'humain, à celui qui adore la musique. Par exemple, la prochaine session, on va la faire avec un éboueur qui collectionne les disques de Bollywood, parce que chacun de nous a une histoire avec un disque, soit un vinyle, soit quoi que ce soit. » Ce jour-là, c'est Adil Hanine, le batteur du mythique groupe de rock casaoui Hoba Hoba Spirit, qui est invité à faire écouter au public ses inspirations musicales. Un thé ou un café, et c'est parti pour une session qui offre un voyage éclectique entre John Coltrane et Jimi Hendrix en passant par les Beatles. Le tout, agrémenté d'anecdotes personnelles ou historiques. « Aujourd'hui ce qui est un peu dommage dans la scène mondiale, et aussi ici au Maroc, c'est qu'on est dans une monotonie d'événements, c'est-à-dire qu'un événement, c'est un DJ et des enceintes et du boom boom boom, il y a pas de musiques expérimentales, il y a pas des choses qui se passent la journée aussi… Il n'y a pas de lien social. Ici, les gens, ils discutent entre eux, ils se rencontrent. Nous, on prône l'idée de revenir à la base. La musique, c'est social », explique Nabil Qerjij. Objectif du syndicat : offrir la plus grande diversité de profils, d'âge et de goûts musicaux À la base de cette initiative, un collectif d'une dizaine d'artistes qui s'évertuent à proposer des évènements gratuits, organisés bénévolement. Sophia Alami, architecte, reçoit dans les ateliers de la médina, où se discutent et se préparent les évènements. Les changements urbanistiques rapides de la ville les ont poussés à agir. « Quand les espaces publics deviennent de moins en moins accessibles, quand les endroits mythiques de Casa commencent à fermer et qu'il n'y a rien pour les remplacer, et quand les lieux de sorties deviennent de plus en plus inaccessibles, de plus en plus chers, nous on a cherché à faire des événements qui ne nous coûtent pas trop chers pour qu'on puisse avoir un public qui vient gratuitement », développe Sophia Alami. Les sessions précédentes ont aussi bien mis à l'honneur le métal que la House de Détroit. Filmées avec des petites caméras numériques du début des années 2000, elles sont disponibles en ligne sur YouTube. L'objectif du syndicat est de continuer à offrir la plus grande diversité de profils, d'âge et de goûts musicaux possible.

Cette semaine, nous diffusons une série consacrée au cinéma africain. Dans ce premier épisode, portrait non exhaustif de la productrice franco-canado-marocaine Lamia Chraïbi. Dans son travail, elle s'implique dans les questions de l'art, de l'identité, de la femme, de l'équité, de la diversité et de l'inclusion. Après des études en sciences sociales à Paris, et en film documentaire à Montréal, elle est devenue productrice en 2007 en commençant dans le domaine publicitaire. Depuis, elle a produit et coproduit une quinzaine de longs métrages, des documentaires et plusieurs courts. Aujourd'hui, Lamia Chraïbi trouve du sens dans l'accompagnement des réalisatrices qui racontent avec créativité leurs histoires. Il y a trois ans, en plus de son travail de productrice de cinéma, Lamia Chraïbi s'est chargée d'une nouvelle mission afin de transmettre son expérience aux plus jeunes. Avec une équipe de quatre femmes, elles œuvrent à aider leurs consœurs débutantes à trouver leur place dans la réalisation ou dans la production. La Fondation Tamayouz a alors été lancée : « L'idée en fait, c'est de permettre aux femmes de se raconter. C'est de tendre la main et d'accompagner toutes celles qui ne se sentent pas légitimes, pas à leur place. Moi, je me sentais un peu isolée comme productrice créative. Et j'avais très envie de faire partager mon expérience à d'autres femmes en leur donnant un peu les clefs, la définition déjà du travail, et les outils de ce qui me permet aujourd'hui de réaliser des projets. » Tamayouz Atelier Pro, la résidence annuelle qui accompagne les jeunes talents du cinéma marocain, a déjà organisé trois éditions en venant en conseillant des femmes marocaines durant une année entière pour développer leurs idées. Elles viennent avec leurs productrices qui démarrent dans le métier : 60 femmes ont participé à ces ateliers avec une trentaine de projets. Ce soutien aux jeunes productrices et réalisatrices dans son pays, Lamia Chraïbi a voulu l'étendre à d'autres réalisatrices d'Afrique. En partenariat avec l'Unesco et d'autres institutions, elle a lancé l'initiative Jeunes femmes africaines en action, pour accompagner le travail sur un court-métrage de dix femmes africaines venant de différents pays. Elles ont été accueillies pendant six semaines à Rabat afin de faire éclore une écriture personnelle et professionnelle : « On a réalisé un film qui se passe dans un seul lieu mais avec 10 différentes histoires. Et chaque histoire vient compléter l'histoire de l'autre et raconter comment on peut tous être différents et, en même temps, travailler dans un seul espace. Le film s'intitule ''Cool Center'' et je suis très fière de le présenter. On l'a projeté à l'Unesco. » C'est avec son complice de toujours, le réalisateur Hicham Lasri, que le projet a été mené à bien. Cela se passe dans un centre de communication où travaillent des personnes de différentes nationalités. Le projet, dont Lamia et son équipe sont très fiers, permettrait aux réalisatrices de se professionnaliser : « Elles ont appris à avoir confiance. Elles travaillent avec des professionnels, du chef opérateur à la post- production, pour leur transmettre l'idée de s'exprimer. Faire un story-board, posséder tous les outils, pour retranscrire leur projet en image. » Ce projet, Lamia Chraïbi souhaite le reproduire maintenant tous les deux ans. Elle cherche activement des partenaires.

Troisième et dernier épisode de notre série autour du parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Avec cette question : les activités économiques des communautés locales sont-elles assez conséquentes pour leur éviter de basculer dans des activités illicites ? De notre correspondante de retour de Doropo, Ama Ouattara est pêcheur. Depuis la reprise en main du parc de la Comoé, ce vieil homme mène ses activités dans un barrage. Problème : sur ce nouveau site, les frais pour pêcher sont élevés. Et surtout, les ressources halieutiques sont moins abondantes : « Ici, il n'y a pas de poisson. Si ce n'est pas de la carpe, il n'y a aucun autre poisson ici. Alors que dans la zone du parc, il y a beaucoup de poissons dedans. » Selon les données de la Banque mondiale, le Bounkani est l'une des régions les plus vulnérables de la Côte d'Ivoire, avec un taux de chômage qui dépasse les 40% chez les jeunes. Ces derniers délaissent l'agriculture, jugée trop pénible et peu rentable, au profit d'activités plus lucratives à l'image de l'orpaillage. Car dans leur esprit, la réussite sociale suit des critères bien visibles. Comme l'explique Mamadi Sidibé, le président du Conseil national des jeunes de Doropo : « Quand on dit que quelqu'un a réussi, c'est à travers une maison pour lui-même, et ensuite, on voit prospérer ses activités à travers un magasin et à travers le fait d'avoir une moto ou une voiture. » À lire aussiCôte d'Ivoire: le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance [1/3] Les jeunes se tournent vers l'orpaillage Un gisement aurifère de plus de 100 tonnes a récemment été découvert : il sera exploité par une société étrangère. Dans cette zone, l'or suscite à la fois espoir et frustration de la part des jeunes. Pour la plupart, ils se replient sur des entreprises locales, récemment reconnues par l'État. La question de l'orpaillage est un sujet tabou : peu de jeunes osent l'évoquer ouvertement. Mamadi Sidibé, se présente comme un menuisier : « Actuellement dans la région, il y a 15 personnes qui sont légalement constituées en ce qui concerne l'orpaillage. Je suis menuisier de fonction. Quand quelqu'un va sur le site, qu'il gagne de l'argent, c'est moi qui fait la charpenterie, donc de façon indirecte, je participe aussi. » Ces activités suffisent-elles à satisfaire les besoins de ces habitants ? Pour détecter assez tôt de potentiels risques, plusieurs organisations planchent sur un indice pour mesurer le degré de fragilité économique et sociale de ces populations. Le docteur Nourredine Oréyolé, coordinateur technique de la Commission nationale des frontières, explique : « L'indice, c'est surtout la fragilité économique, sociale – les problèmes de cohésion sociales – mais aussi la fragilité sécuritaire. Avec les collectes de données que nous avons, on peut savoir, à un instant T, si cette communauté locale est vraiment résiliente ou pas. C'est un outil de décision, qui permet de lutter contre l'extrémisme. » Parmi les questions les plus sensibles, figurent la gestion des conflits entre éleveurs et agriculteurs, ou encore la criminalité transfrontalière. À lire aussiCôte d'Ivoire: les habitants s'impliquent autour du parc national de la Comoé pour le protéger [2/3]

Pendant la crise politico-militaire qui a bouleversé le pays au milieu des années 2000, le parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire, a été dégradé. Mais depuis sa reprise en main, l'Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR) tente de changer les choses en impliquant les populations autour du parc. Ces habitants trouvent des activités alternatives au braconnage. Reportage de notre envoyée spéciale de retour de Bouna, À Kokpingué, un groupe de paysans entretient plusieurs parcelles de concombre et d'oignons. Parmi eux, Jean-Baptiste Ouattara : « L'oignon, en quatre mois déjà, tu peux commencer à faire la récolte. C'est rentable, mais son travail est un peu compliqué. De la pépinière jusqu'à la récolte, cela ne peut pas se faire seul : il faut engager des contractuels pour t'aider. Donc, ce n'est pas du tout facile. » Ici, l'apiculture et le maraîchage ont été introduits comme des activités de substitution, afin que les habitants aient des revenus, qui les détournent du parc de la Comoé en Côte d'Ivoire. Mais ces activités semblent encore aléatoires, comme l'explique Akoua Ouattara, la présidente du groupement des femmes de Kokpingué : « Ces deux dernières années, ça ne marche pas bien. On a fait une pépinière d'oignons, ça a échoué. Ce qu'on a mis en place après n'a pas marché. Il y a un hippopotame qui a marché dessus (sur les récoltes, ndlr), il a tout gâté. Du coup, on a fait pousser du gombo : on a fait ça pour gagner un peu, ça va rattraper ce qu'on a perdu. » À écouter aussiCôte d'Ivoire : le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance [1/3] Après plusieurs séances d'information, ces personnes sont toutefois convaincues de l'importance de préserver le parc. Kouamé Ouattara, le responsable d'un groupement villageois, déclare : « On dénonce tout ce qui se fait dans le parc qui n'est pas légal : c'est-à-dire, quand il y a des orpailleurs ou des braconniers qui rentrent, on appelle l'OIPR qui envoie des éléments pour vérifier. Nous nous impliquons autant parce que nous connaissons l'importance par rapport aux dérèglements climatiques, et la préservation des animaux, des plantes. » Les groupes armés terroristes, une inquiétude persistante chez les habitants Mais des interrogations reviennent en boucle lorsqu'on évoque ce site : le parc héberge-t-il encore des groupes armés terroristes ? Le risque d'infiltration du parc est-il toujours d'actualité ? Le lieutenant-colonel Kissi, qui survole le parc en ULM, pour assurer la surveillance, tient à démonter ce qu'il estime être des rumeurs : « De 2023 jusqu'à aujourd'hui, 2026, depuis que je survole le parc national de la Comoé, en tant que pilote, jamais je ne suis tombé sur des groupes armés qu'on qualifie de terroristes ou autres. Donc ça reste toujours des rumeurs. Nous faisons le travail qu'il faut pour que les velléités d'installation ou bien d'attaques par des groupes armés terroristes, que cela ne soit pas une réalité. » À ce jour, la principale menace pour le parc reste la pratique de l'orpaillage clandestin, opérée par des jeunes, dans cette zone frontalière avec le Burkina. À écouter aussi« Ralentir » au parc national de la Comoé, le plus grand d'Afrique de l'Ouest

Le parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire, s'étend sur près d'un million d'hectares. C'est une réserve de la biosphère, une des zones protégées les plus vastes d'Afrique de l'Ouest. Ce parc avait un temps été classé patrimoine en péril, en raison des activités illicites qui ont mis en danger sa faune et sa flore. Par ailleurs, l'insécurité à la frontière avec le Burkina Faso et les attaques à caractère terroriste qui ont affecté Kafolo en 2020 et en 2021 ont entaché l'image de la région, classée zone rouge par les chancelleries occidentales. Mais depuis trois ans, les autorités ont sécurisé le nord du pays. La relance de ce parc illustre cette reprise progressive des activités. Cette reprise passe notamment par l'utilisation de méthodes de surveillance modernes. Reportage de notre envoyée spéciale de retour de Bouna, Nous sommes dans la partie sud du parc de la Comoé, en Côte d'Ivoire. Le capitaine Louis Gbaza, en charge du suivi écologique à l'Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), tient entre ses mains les commandes d'un drone sophistiqué : « Il s'agit là d'inventorier les hippopotames sur le fleuve. Aujourd'hui, en termes d'effectifs, on frôle les 200 hippopotames. Avec toutes les photos aériennes qu'on a pu réaliser, on se rend compte qu'il y a beaucoup de juvéniles. Ils se reproduisent. » Le fleuve Comoé traverse le parc sur une grande distance. Le drone apparaît comme un outil indispensable pour mesurer le comportement des animaux. Le capitaine Louis Gbaza y voit un gain de temps pour réaliser ses inventaires. Des recensements qui s'effectuent aussi à l'aide de deux ULM : « Facilement, on fait l'inventaire du parc en moins d'une semaine. Les analyses se font rapidement parce que c'est l'intelligence artificielle qui le fait. On a un taux de confiance autour de 80%. » À écouter aussi« Ralentir » au parc national de la Comoé, le plus grand d'Afrique de l'Ouest Un parc sous haute surveillance Pendant les crises politico-militaires, les populations riveraines pratiquaient le braconnage, menaçant plusieurs espèces... comme les chimpanzés et les éléphants. Aujourd'hui, le principal problème, c'est la pratique de l'orpaillage clandestin. Pas évident de surveiller un parc aussi grand : il y a là plus d'un million d'hectares de savane, de forêts et de collines, avec des zones parfois reculées. Tous les jours, à bord de son ULM, le lieutenant-colonel Kissi Dandouss recherche des indices d'agression du parc : « Il y a de cela quelques années, les braconniers pouvaient faire ici un mois... ou un peu plus longtemps ici. Mais aujourd'hui, avec les opérations aériennes, ils n'ont pas le temps de s'installer comme ils le faisaient avant. C'est pareil pour les orpailleurs : ce ne sont plus des camps avec des fosses de plusieurs mètres. » Les agents de l'OIPR interpellent en moyenne dix personnes chaque mois, pour des faits de braconnage, de pâturage ou d'orpaillage clandestin. Ils procèdent à un premier interrogatoire au sein du parc, puis remettent les prévenus entre les mains du tribunal de Bouna. Le capitaine Alain Lougbouet est chargé des contentieux à l'OIPR : « Concernant l'orpaillage, d'abord, c'est une infraction condamnée par la loi. Les condamnations varient entre six mois et cinq ans de prison ferme en fonction de la gravité. Au niveau des parcs nationaux, la loi est encore plus sévère là-dessus. » Au-delà du volet répressif, les agents de l'OIPR se sont rapprochés des communautés vivant près du parc, pour les impliquer, elles aussi, dans la protection de ce site. À écouter aussiCôte d'Ivoire : la réussite de la relance du parc de la Comoé [1/2]

Vainqueurs de la CAN en 1968 et 1974, ils ont été de véritables stars. Les Léopards du Zaïre (aujourd'hui RDC) furent la première équipe nationale d'Afrique subsaharienne à participer à une Coupe du monde de football. Les anciens Léopards suivent avec attention la Coupe du monde, où cinquante ans après leurs exploits, la nouvelle génération des Léopards s'est qualifiée à cette compétition. Reportage de notre correspondante à Kinshasa, Quartier N'djili à Kinshasa, c'est dans un bar en leur nom, L'espace Léopards, que les anciennes gloires du football ont l'habitude de se retrouver. De vieilles photos en main, ils aiment se remémorer des souvenirs d'il y a plus de 50 ans. « Moi, je suis là, au milieu, entre Kibonge et Ndayae. À cette époque-là, j'étais le plus jeune de tout le monde. » Nous sommes en 1973, les Léopards du Zaïre viennent de se qualifier pour la Coupe du monde en éliminant le Maroc. Malgré ses 77 ans, Ekofa Mbungu, attaquant, se souvient du but de la victoire comme si c'était hier : « Sur le terrain, j'ai vu une ouverture, j'ai appelé Kakoko pour qu'il me fasse la passe, et j'ai fusillé les adversaires avec mon tir. Quand j'ai marqué, le stade s'est soulevé comme un volcan. C'était incroyable ! On a tous versé une larme de joie. » Un exploit historique… Pour la première fois, une équipe d'Afrique subsaharienne participe à un Mondial. Les joueurs sont reçus en grande pompe par le maréchal Mobutu. Mwape Mialo, défenseur, se rappelle : « Le président nous a reçus chez lui, à la maison. C'était un scellé parce qu'il nous considérait. Il avait parlé en lingala, il nous a dit : "Il faut tenir bon, il faut montrer que vous êtes Zaïrois", et on était les vrais Zaïrois à cette époque-là. » La gloire est finalement de courte durée. L'équipe est éliminée dès le premier tour. Le retour au pays est brutal. Personne ne vient les chercher à l'aéroport de Kinshasa. 50 ans après, Lobilo Boba, alors réputé pour la précision de ses passes, garde un souvenir amer de cette période : « J'ai beaucoup de regrets. C'était la première fois que le drapeau du Zaïre rayonnait dans le monde entier. Aujourd'hui, nous avons été abandonnés. L'argent qu'on nous avait promis a été détourné. Certains sont morts dans la précarité et dans l'anonymat. » Des rancœurs qui ne les empêchent pas d'encourager l'actuelle équipe nationale congolaise qui va, l'espèrent-ils, écrire une nouvelle page de l'histoire du football du pays.

Conflits armés, déplacements des populations et manque de financement en RDC, l'assistance humanitaire reste limitée face à l'ampleur des besoins. Dans la province du Tanganyika, sur 391 000 déplacés internes, seuls près de 6 000 du site de Katanika 2 à Kalemie reçoivent une aide. Leur quotidien s'est amélioré, mais l'urgence demeure. Reportage à Kalemie de notre correspondante, Dans le bureau du site de Katanika 2 construit en bâche, les dernières statistiques sont affichées. 6 581 déplacés vivent ici, dont 3 200 arrivés récemment. Ce site est le seul à Kalemie qui reçoit de l'aide humanitaire. Rebecca Masika en est la responsable : « À notre arrivée ici, c'était très dur. Mais au mois d'août, le HCR nous a apporté des bâches. Nous avons quitté les maisons en paille pour occuper des abris en bâches. Cela a apporté un changement dans notre mode de vie. » Des conditions de logement qui vont encore s'améliorer. Deux projets de construction de nouveaux abris sont en cours d'exécution. Celui du HCR et celui du Fonarev, Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits armés. Ce qui réjouit la cheffe de site Rebecca Masika : « Les maisons que tu vois là, ce sont des abris préfabriqués montés par le HCR. Si l'on atteint un nombre suffisant, certains déplacés vont les occuper. Et puis, les maisons que tu vois là sur la colline, c'est un projet de Fonarev. Pour le moment, il est prévu d'y loger 400 ménages. » À lire aussiRDC : la ville de Kalemie continue de recevoir des déplacés de guerre en provenance des Kivu Une aide financière encore insuffisante pour les familles À Katanika 2, ces familles reçoivent aussi du cash pour des besoins alimentaires, comme l'explique Christian Tulinabo, un autre déplacé venu de Bukavu : « Nous vivons avec 42 000 francs que nous recevons du PAM par taille. Si vous avez trois enfants, vous aurez 125 000 francs. Moi, j'ai huit naissances, mais je touche seulement pour trois enfants. » Les autorités locales, quant à elles, œuvrent pour l'amélioration des conditions sécuritaires autour du site. Pierre Kamainza est le bourgmestre de la commune de Kalemie : « À un moment, lorsque la situation s'est dégradée à l'Est, un bataillon de militaires est allé s'installer à proximité du site et les déplacés avaient peur. Nous avons parlé avec les responsables de la brigade, ils nous ont compris, on a même enlevé les barrières. » Pour les déplacés, cette aide représente un soulagement, mais plusieurs défis restent à relever, notamment sur la scolarité des enfants. Selon l'Organisation mondiale des migrations, Kalemie abrite au total six sites avec plus de 30 000 déplacés internes. À lire aussiLa RDC est le 5e pays comptant le plus de déplacés et la situation humanitaire ne cesse de se dégrader, déplore l'ONU

L'Afrique du Sud commémore, ce 16 juin, les 50 ans du soulèvement de Soweto, un point de bascule dans la lutte contre l'apartheid. En ce jour, en 1976, la police a ouvert le feu sur des enfants, des élèves rassemblés dans les rues du township pour protester contre l'imposition de l'afrikaans, la langue du régime, comme langue d'enseignement dans les écoles noires. De quoi mettre encore plus en difficulté les élèves déjà discriminés. Aujourd'hui, même si l'anglais a largement remplacé l'afrikaans dans les établissements scolaires, la question de la langue d'apprentissage reste un casse-tête. Reportage de notre correspondante à Johannesburg, Au sein des écoles publiques sud-africaines, les enfants peuvent apprendre dans leur langue maternelle bien souvent jusqu'en CE2. Mais ensuite, vers l'âge de 9-10 ans, il faut tout étudier en anglais, que ce soient les maths, l'histoire ou la technologie. Naledi, désormais en sixième, n'y voit pas d'inconvénients : « C'est pas dur car j'ai l'habitude de parler anglais, donc ça ne me pose pas de problème. » Mais son enseignant, Kgothatso Madibana, remarque que cela pose des difficultés à d'autres élèves, alors que les familles du quartier de cette école parlent le sotho du Nord, l'une des douze langues officielles du pays. En huit ans de carrière, il constate que cela crée des disparités : « C'est, pour sûr, vraiment très complexe. Par exemple, la première matière scientifique qu'ils apprennent, ce sont les sciences de la vie, et on leur enseigne directement en anglais. Donc, si certains ne le parlent pas quotidiennement au sein de leur communauté, c'est compliqué pour eux ! Parfois, on pense qu'un enfant a des troubles de l'apprentissage, mais en fait le problème vient de la langue. » À lire aussiAfrique du Sud : 16 juin 1976, la révolte de Soweto L'anglais « a créé de grosses inégalités » à l'école L'ONU préconise, pour sa part, que les enfants apprennent dans leur langue maternelle au moins les six premières années de leur scolarité. Mashaba Mashala est maîtresse de conférences à l'Université d'Afrique du Sud (Unisa) : « Les émeutes du 16 juin, c'était contre la langue de l'oppression. Mais ensuite, l'anglais s'est imposé, perçu par beaucoup comme la langue de la libération économique, des opportunités. Cela a créé de grosses inégalités, avec des enfants qui pensent qu'ils ne sont pas intelligents à l'école, alors que bien souvent c'est à cause de la langue utilisée. » Selon les chercheurs, cet apprentissage en anglais peut, en partie, expliquer les mauvais résultats du pays dans les tests scolaires internationaux. Le gouvernement tente ces dernières années de mettre en place un enseignement bilingue basé sur la langue maternelle, pour une transition plus progressive en CM1. Cela demande cependant des manuels et des professeurs formés. Pinky Makoe, chercheuse à l'Université de Johannesburg, fait partie du collectif Bua-Lit, qui propose des outils en ligne pour les enseignants : « C'est quelque chose qui s'apprend, et on a développé des ressources afin d'expliquer ce qu'est l'éducation multilingue, à quoi ça peut ressembler et ce que cela peut apporter. L'idée est de montrer que c'est possible. » Mais preuve que le sujet est encore très délicat : une loi passée en 2024 et visant à donner plus de contrôle aux autorités sur la langue d'enseignement avait fait face à une levée de boucliers de la part d'une partie de la communauté afrikaner qui y voit une menace pour l'autonomie de ses écoles. Vidéo16 juin 1976, le massacre de Soweto

En cette période de vacances, beaucoup de jeunes regagnent leurs villages ou les villes de province. Face à l'influence croissante de la restauration rapide, des produits importés et des modes de consommation urbains, ils sont beaucoup à faire aujourd'hui le choix de renouer avec les traditions culinaires héritées de leurs parents et grands-parents. Une transmission d'un savoir-faire qui contribue à préserver le patrimoine culturel, à renforcer les liens intergénérationnels et à valoriser les produits locaux. De notre envoyé spécial de retour de Mbaïki, Roger est un peintre d'une vingtaine d'années vivant à Bangui. Il a quitté la capitale pour passer quelques jours auprès de ses grands-parents à Mbaïki. Son séjour a un objectif particulier : « J'ai décidé de venir ici pour découvrir les plats traditionnels que mes grands-parents maîtrisent depuis plusieurs décennies. Loin des aliments modernes et des supermarchés, je découvre ici des recettes que je ne connaissais presque pas, témoigne-t-il. J'avoue que c'est important de les connaître car ça fait partie de notre culture. » Sous un soleil déjà chaud, sa grand-mère Salimata, appuyée sur une canne en bois, revient du champ avec des ingrédients nécessaires à la préparation d'une sauce traditionnelle. Elle montre à Roger les meilleures astuces. « C'est une sauce gluante faite à base d'écorce avec des escargots. Je l'assaisonne avec la pâte de sésame mélangée avec le sel traditionnel obtenu à partir de la tige de palmier, explique-t-elle. On la mange avec la boule de maïs comme accompagnement. Tu ne trouveras pas ce plat ailleurs. » À lire aussiLes délices du continent: en Centrafrique, les grillades de Bangui « C'est révoltant de constater que de nos jours, ce savoir-faire tend à disparaître » À quelques kilomètres de là, dans une autre concession au quartier de Bombolet, Grâce, propriétaire d'un restaurant à Bangui, participe elle aussi à cette redécouverte culinaire. Pour elle, les recettes traditionnelles constituent également une opportunité économique. « Nous sommes au 21ᵉ siècle : aujourd'hui, beaucoup de personnes, notamment des étrangers, recherchent des produits naturels et des plats authentiques de notre pays. C'est pourquoi je reviens aux sources dans ma ville natale pour apprendre, souligne-t-elle. À mon tour, je vais valoriser ces recettes dans mon restaurant, qui est un carrefour de richesse et de découverte. C'est révoltant de constater que de nos jours, ce savoir-faire tend à disparaître. » Auprès de ses grands-parents, elle observe attentivement le lavage des feuilles, le pilage dans le mortier, le dosage des ingrédients et la gestion du feu de bois. Des techniques simples en apparence, mais qui demandent patience, expérience et savoir-faire. « À Bangui, les jeunes sont de plus en plus déracinés. Pourtant, dans l'arrière-pays, chaque aliment et chaque produit du terroir joue un rôle important, poursuit Grâce. Il nous appartient de faire en sorte que ces plats deviennent de véritables archives vivantes, car ils racontent l'histoire des familles, des villages et des communautés. Les jeunes d'aujourd'hui seront les adultes de demain. C'est pourquoi il est important que nous restions proches des personnes âgées. » À Mbaïki, les recettes sont partagées entre anciens et jeunes comme un héritage vivant, transmis de main en main, de parole en parole, et désormais de génération en génération. À lire aussiTî-Ï Festival 2026: Bangui célèbre la renaissance culturelle d'un peuple

À Madagascar, sur les rives de l'Ikopa, à Antananarivo, des centaines de femmes lavent chaque jour le linge de la capitale. Dos courbés, mains dans l'eau froide, payées à la pièce, et sans aucune protection sociale. Un travail essentiel. De notre correspondante à Antananarivo, Sur les rives de la rivière Ikopa, à Antananarivo, des dizaines de femmes sont penchées sur le linge. Elles le frottent, le battent, le rincent. Dos courbés, mains dans l'eau froide. Ce sont elles qui effectuent une partie de la lessive de la capitale. Parmi elles, Christine. Le front en sueur, elle est à son quatrième panier de linge à laver. « Je m'appelle Jean-Noël Christine, j'ai 53 ans. Mon métier, c'est lavandière. Je n'ai pas d'autres activités. Ça fait 23 ans que je fais ce métier », raconte-t-elle. La journée commence à 7h30 et finit à 17 heures. Avec une pause à midi, pour nourrir les enfants. Entre-temps, il faut aller chercher le linge dans les foyers, le porter jusqu'à la rivière. La météo rend parfois la tâche encore plus complexe. « On travaille toujours, qu'il vente ou qu'il pleuve. Le plus difficile, c'est de transporter le linge de la ville jusqu'ici quand il pleut, parce que c'est très lourd », explique Christine. Le linge est celui des particuliers ou des commerçants qui n'ont pas les moyens de payer une laverie. Chaque pièce est facturée entre 100 et 6 000 ariary, à peine quelques centimes d'euros. Tsihary, une autre lavandière, le déplore : « Cela ne me permet pas vraiment de vivre. Mais plutôt de survivre. Comme on n'a pas d'autres revenus, on ne fait que ça. Nous ne sommes pas payées, ni protégées. C'est ça le problème. » Pas de couverture maladie. Pas de retraite. Une journée non travaillée, c'est une journée non payée. Sur la berge, le seul vrai filet de sécurité, c'est la solidarité entre voisines de rive. À Madagascar, où plus de 80 % des actifs travaillent dans l'informel, ces « dos courbés » de l'Ikopa restent les invisibles de la capitale. À lire aussiMadagascar: les ateliers artistiques dominicaux de la commune rurale d'Ivelo

À Madagascar, dans une économie largement dominée par l'informel, certaines femmes s'imposent par leur travail et leur constance. À deux pas du campus universitaire d'Antananarivo, Bako tient sa gargote depuis 33 ans. Elle y a nourri, à petits prix, plusieurs générations d'étudiants, dont beaucoup sont devenus aujourd'hui ingénieurs, magistrats ou députés. De notre correspondante à Antananarivo, Midi, à deux pas du campus d'Ankatso, à Antananarivo, la capitale de Madagascar. Ça sent le riz chaud et la sauce aux légumes. Les étudiants font la queue, assiettes à la main. Au centre, Bako virevolte derrière son comptoir, cuisinière, serveuse et caisse enregistreuse à la fois : « Je m'appelle Bako, et je suis gargotière. Cela fait 33 ans aujourd'hui. J'ai commencé car j'ai toujours aimé échanger. Mon père était employé à l'université, donc j'ai sympathisé avec les étudiants. C'est pour cela que j'ai choisi ce métier. » Le tintamarre des couverts couvre presque les conversations. À ses côtés, du kompoze, le fameux plat malgache, qu'elle tient à préparer elle-même. Une journée qui commence à quatre heures du matin. Et que la gargotière assume sans broncher : « La difficulté, c'est de se lever tôt tous les jours. À la longue, cela fatigue. » Mais malgré cette fatigue, l'institution tient bon. Parce que la clientèle, elle, ne faiblit pas. Comme ce contrôleur de l'administration pénitentiaire, qui vient ici depuis sept ans : « Je connais cette dame depuis 2019. À chaque prise de salaire, je viens manger ici. Je préfère ses repas. La pureté, la réception des personnes... » Cette fidélité, la cuisinière la doit à un phénomène rare : ses clients se transmettent l'adresse. De parent à enfant. D'oncle à neveu. Certains anciens étudiants, devenus juges, avocats, médecins ou députés, reviennent retrouver le goût de leurs années d'études. Ses plats sont même connus sur les réseaux sociaux, où les commentaires sont élogieux. C'est aussi comme ça que Fanir, étudiant en sociologie, l'a découverte. « Je connaissais cet endroit par bouche-à-oreille. Mais Bako, c'est aussi une star sur les groupes Facebook. Et puis, mes parents venaient ici quand ils étaient étudiants. C'est comme ça que j'ai connu cet endroit. Pour nous, c'est moins cher, et c'est de bonne qualité », témoigne-t-il. Dans une économie largement dominée par l'informel, où plus de huit Malgaches sur dix vivent en marge des circuits déclarés, des femmes comme Bako jouent un rôle silencieux mais essentiel. Elles nourrissent, elles dépannent, elles tiennent. Demain matin à l'aube, Bako sera encore une fois devant ses fourneaux, pour la 33e année. À lire aussiMadagascar: les ateliers artistiques dominicaux de la commune rurale d'Ivelo

En RDC, certaines boissons énergisantes qualifiées de nocives circulent toujours malgré leur interdiction par l'Autorité congolaise de régulation pharmaceutique. Dans plusieurs boutiques et petits commerces, des consommateurs jeunes et adultes continuent à rechercher ces boissons pour leurs supposés effets positifs. Mais les médecins alertent sur le risque sanitaire élevé, notamment l'augmentation des maladies cardiovasculaires. De notre envoyée spéciale à Lubumbashi, Debout à côté de sa moto, Jean ne commence pas sa journée de travail sans avoir pris une boisson énergisante. « Je consomme cette boisson parce qu'elle combat la fatigue. Dès que j'en prends, ça me donne l'énergie et je reste en forme toute la journée », explique le conducteur de taxi-moto. Si pour certains, ces boissons leur permettent de rester éveillés, d'autres consommateurs en ont fait une expérience douloureuse. Une prise régulière a eu un impact négatif sur la santé. Flora Samba, une femme commerçante, témoigne : « J'étais très dépendante de ces boissons. Au fil du temps, j'ai commencé à avoir des palpitations, de la fatigue. Ma tension artérielle était très élevée, elle variait entre 19 et 21. Alors, j'ai arrêté. » À lire aussiBoissons énergisantes : quels risques pour la santé ? Les médecins, pour leur part, appellent à la prudence. Les boissons énergisantes contiennent des substances qui stimulent l'éveil, dont la caféine, la taurine et le ginseng. Mais une consommation abusive provoque plusieurs effets sur la santé, explique le docteur David Anovel, expert en santé publique : « Des maux de tête, des vertiges, des palpitations, des troubles de vision et, dans certains cas, ça aboutit même à la mort. Dieu seul sait combien sont victimes des accidents vasculaires cérébraux, de tous les troubles de rythme cardiaque... » Ce médecin dénonce aussi des pratiques de fraude de certains fabricants en RDC. Ils y ajoutent des médicaments à des doses très élevées, ce qui augmente le risque sanitaire. « Le comble chez nous, c'est qu'au-delà de la composition classique, des personnes y ajoutent des médicaments aphrodisiaques, notamment le sildénafil. Il a été identifié plus de 200-300 mg de sildénafil dans un seul flacon et, pour la plupart du temps, sans l'indiquer sur l'étiquetage », précise le docteur David Anovel. Pour lutter contre ces pratiques, l'Autorité congolaise de régulation pharmaceutique (ACOREP) renforce les contrôles. Il y a plus de dix jours, elle a procédé à la fermeture à Kinshasa d'une entreprise accusée de produire des boissons énergisantes contenant des produits aphrodisiaques. David Kawel, chef de la division provinciale de l'ACOREP à Lubumbashi, détaille les mesures prises : « Au niveau de la division du Haut-Katanga, nous nous sommes saisis de cette situation pour élargir le contrôle à toutes les autres boissons. Nous allons tout analyser, vérifier effectivement que des substances médicamenteuses ne sont pas introduites de manière frauduleuse dans toutes ces boissons, au péril de la population. » Le personnel sanitaire rappelle que les boissons énergisantes ne suppriment pas la fatigue, mais détruisent progressivement la santé. À lire aussiProduire plus et transformer plus localement, l'ambition «cacao» de la RDC

Au Maroc, les jeunes créateurs de jeux vidéo intègrent de plus en plus une réalité marocaine dans leur production. Casaphonia est un jeu de rôle inspiré des superstitions et rituels du Maghreb, une sorte de Grand Theft Auto (GTA) qui se déroule dans les rues de Casablanca avec un rappeur marocain comme personnage principal, et des projets futuristes. Une créativité largement visible lors de la dernière édition de la Morocco Gaming Expo. De notre envoyé spécial à Rabat, C'est l'un des jeux qui attisent le plus la curiosité des visiteurs du salon : « Casaphonia, c'est notre jeu vidéo. Jusqu'à maintenant, on peut dire que c'est une réussite pour nous. » Sur l'écran, le personnage principal, le rappeur marocain Dizzy Bros, déambule dans les rues de Casablanca. En toile de fond, les fameux taxis rouges de la capitale économique, ou encore des graffitis de supporters de football du Wydad ou du Raja. « Tu peux avancer, tu peux même aller à Twin Center, ou à la mosquée Hassan II. Ce sont des endroits connus. » Les trois membres de l'équipe de ce projet pilote ont tous moins de 25 ans. Ayman Jabbari est le directeur du studio AJB qui a conçu cette démo. « Ce jeu se déroule au Maroc, tout l'environnement est marocain. On essaye de montrer aux gens notre culture, notre pays, nos rues, notre cuisine, notre communauté, tout ce qui compose notre culture. Parce que le jeu vidéo est un langage universel. » Il conçoit des jeux vidéo depuis l'âge de 15 ans. Son rêve est de trouver des investisseurs pour pouvoir développer son projet. « C'est toujours compliqué au Maroc parce que les investisseurs ne font pas confiance aux développeurs de jeux vidéo au Maroc. Mais nous essayons de chercher des opportunités à l'étranger, parce que nous avons des jeux, nous avons le potentiel de créer de meilleurs jeux », affirme-t-il. D'autant qu'Ayman Jabbari a déjà un nouveau projet en tête : un jeu vidéo qui prendrait place au Maroc en 2185. « Je veux voir le Maroc dans le futur. Donc, je vais créer ce Maroc futuriste avec mon imagination. Dans les jeux vidéo, tu peux faire de ton imagination la réalité, comme des voitures volantes, tout ce dont nous rêvions quand nous étions petits, les gens, des cyborgs, des robots, de l'intelligence artificielle, etc. », confie-t-il. Depuis trois ans, le royaume du Maroc affiche sa volonté de soutenir l'industrie du jeu vidéo et de capturer 1% du marché mondial d'ici 2030. Une volonté saluée, même si les difficultés subsistent pour les jeunes créateurs. Othman Elamrami, 24 ans, a créé son studio sur fonds propres. Quatre mois de travail jour et nuit ont été nécessaires pour aboutir à Zouhri, le sang maudit, un jeu d'horreur où l'on croise des danseurs jelilala en transe sur de la musique gnawa, des effluves d'encens dans des tentes berbères… « Pourquoi devons-nous copier les autres studios comme Capcom et Silent Hill pour faire des jeux d'horreur ? Notre culture marocaine et notre folklore sont une mine d'or. Nous devons l'exploiter », estime-t-il. Graphistes, spécialistes 3D, développeurs : le Maroc espère observer la création de 5 000 à 10 000 emplois directs dans le secteur d'ici 2030. À lire aussiMorocco Gaming Expo: un événement incontournable pour le jeu vidéo africain

En Tunisie, les préparatifs du Mondial ne font pas énormément d'émules car les Tunisiens attendent peu de leur équipe nationale, tristement connue pour ne pas dépasser le premier tour en Coupe du monde. Par contre, le maillot des Aigles de Carthage, lui, se vend bien, en particulier celui rose fluo. Ce n'est pas le maillot officiel de l'équipe, mais c'est le plus populaire chez les supporters. De notre correspondante à Tunis, Au souk de l'Ariana, en banlieue de Tunis, une imitation du maillot rose pétant de l'équipe nationale se vend au tarif de 30 dinars, soit 9 euros. Naceur le vend comme des petits pains. « C'est un maillot très populaire chez les jeunes, les filles le portent beaucoup et les garçons aussi. Je le vends aussi beaucoup aux Tunisiens de l'étranger qui sont venus là pendant la fête de l'Aïd ou qui vont venir cet été en vacances. La couleur flashy fait qu'ils l'achètent en souvenir ou même pour l'offrir à des amis », explique-t-il en arabe. L'élimination dès les huitièmes de finale de la dernière Coupe d'Afrique des nations (CAN) en janvier dernier a refroidi les supporters des Aigles. Le maillot rose va-t-il suffire à raviver la flamme ? Au souk, Naceur sent que ça frémit depuis quelques jours. « J'ai ceux qui achètent le vert, d'autres qui achètent le bleu. Du moment que c'est l'équipe nationale, ça marche. On reste une nation de foot même si on vit plus pour les clubs. Mais là, avec le Mondial, il y a un enthousiasme pour la sélection officielle. Ça reste notre équipe », ajoute-t-il. En centre-ville de Tunis, dans une boutique d'articles de sport, le maillot rose, orné d'un motif traditionnel de tapis tunisien, est parmi les plus vendus par rapport aux autres couleurs, selon Riadh Elinkicheri, gérant du magasin. « C'est vraiment le plus vendu en boutique. Il n'en reste que deux, mais il a été fait à la demande de la clientèle et des fans », précise-t-il en arabe. Derrière cette popularité, une demande initialement genrée, venue des supportrices. Mais au final, le maillot remporte aussi un franc succès auprès des hommes, surtout les jeunes. Dans cette boutique officielle, il est proposé à 99 dinars, soit 29 euros. « La demande du rose, c'était les supporters féminines qui voulaient surfer un peu sur la mode du rose et du côté trendy avec le maillot de la Juventus. Mais au final, les garçons l'achètent aussi. D'ailleurs, on fait des grandes tailles pour toutes les morphologies », souligne Riadh. Pourtant, pour les puristes comme le photographe officiel de l'équipe nationale, Hosni Manoubi, les couleurs rouge et blanche restent les favorites, car ce sont celles du drapeau national. « Il est destiné aux fans, c'est du commercial, du marketing. Moi, je ne porte pas le rose, c'est difficile », confie-t-il en français. Interrogé sur sa préférence parmi les maillots de l'équipe nationale, il répond sans hésiter : « Le blanc. C'est notre maillot avec des bandes rouges. Cela reste le plus symbolique. » Le plus symbolique, en effet, sera sans doute celui que porteront les joueurs tunisiens le 15 juin pour leur premier match du Mondial face à la Suède. À lire aussiCalendrier Mondial 2026 : programme complet, dates et horaires des matchs

Les Fennecs, l'équipe d'Algérie de football, s'apprêtent à disputer leur cinquième Coupe du monde. Douze ans après la dernière, le foot, une passion qui fédère tout un pays. Notre correspondant Sofiane Anani est allé à la rencontre des supporters, jeunes et moins jeunes, des anciens joueurs aussi. Tout un pays qui s'apprête à vibrer à distance pour le Mondial. L'Algérie disputera son premier match de cette Coupe du monde le 16 juin face à l'Argentine, championne du monde en titre. À écouter aussiLes qualifiés pour la Coupe du monde 2026 : le Ghana subit la politique anti-immigration de Trump [8/10]

Cette année, le défi d'obtenir un visa pour assister à la Coupe du monde en personne a pris une autre ampleur. L'administration Trump est en chasse contre l'immigration illégale à coup de restrictions de visas abruptes et le Ghana est le parfait exemple en Afrique des dommages collatéraux de cette politique. Un reportage de notre correspondante à Accra, À l'été 2025, les visas étatsuniens avaient d'abord été complètement suspendus pour les Ghanéens, puis de nouveau autorisés en automne après que le Ghana avait accepté d'accueillir des expulsés des États-Unis. Mais les restrictions ont fait leur retour le 21 janvier concernant les visas d'immigration longs. Un groupe de 147 supporters des Black Stars a fait l'actualité mi-mai lorsque leurs visas ont été rejetés. À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du Monde 2026: le Sénégal prêt à vaincre à nouveau la France? [7/10]

Le Sénégal débute son Mondial le 16 juin face à la France, avec qui il partage le groupe I, en compagnie de la Norvège et de l'Irak. À Dakar, les supporters sont excités de voir leur équipe sur les pelouses étasuniennes. Ce match contre la France rappelle des souvenirs, celui de la victoire des Lions lors d'un match contre les Bleus à la Coupe du monde de 2002. Un reportage de notre correspondant à Dakar. À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du Monde 2026: la dernière de Salah avec les Pharaons? [6/10] À lire aussi Victoire des Lions lors d'un match contre les Bleus à la Coupe du monde de 2002

Géant du football africain mais encore un nain au niveau mondial, l'Égypte s'apprête à disputer la quatrième Coupe du monde de son histoire. La qualification des Pharaons pour l'édition 2026 avait donné lieu à des scènes de joie dans les cafés du Caire en octobre dernier. Leur dernier mondial, en 2018, avait pourtant été catastrophique. Trois défaites en trois matchs et un Mohamed Salah presque invisible. Le roi du football égyptien, idole au pays, qui pourrait jouer là sa dernière Coupe du monde. De notre correspondant au Caire, Sur les portants de ce petit magasin d'accessoires de foot, au Caire, le rouge de la sélection nationale est omniprésent, comme le numéro 10 de Mohamed Salah, monstre sacré du ballon rond. « C'est la Coupe du monde, un événement énorme qui n'arrive que tous les quatre ans. Donc forcément, tout le monde veut voir Mohamed Salah, souligne un vendeur de maillots. C'est une icône, il a accompli beaucoup de belles choses. Et c'est quelqu'un qui s'est construit tout seul. Toutes les générations, tous les jeunes rêvent de devenir comme lui. » Jour de match en ce chaud samedi de la fin avril, dans ce café populaire des ruelles de la capitale égyptienne comme dans des centaines d'autres, on regarde jouer le héros national avec son équipe anglaise de Liverpool. À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du monde 2026: l'Afrique du Sud rêve à nouveau avec les Bafana Bafana [4/10] Mohamed Salah au meilleur de sa concentration ? Attablé devant une chicha, Mohamed, la vingtaine, espère un numéro 10 au top de sa forme pour le choc qui attend l'Égypte face à la Belgique en ouverture de son tournoi. « Aujourd'hui, Salah est la base de l'équipe nationale, le visage du groupe. Mais en tant que joueur, il ne joue pas avec l'Égypte comme il joue en Europe, pointe-t-il. Son niveau baisse, il en fait moins. Beaucoup d'Égyptiens pensent qu'avec la sélection, il ne donne pas 90 % de son énergie, mais plutôt 50–60 %. Parce qu'il protège aussi sa carrière et ses réussites ailleurs, là où il évolue au plus haut niveau. » « Il n'est plus aussi efficace, analyse Amr Nageeb Fahmy, journaliste sportif et auteur de plusieurs livres sur le football africain et la sélection égyptienne, mais c'est normal à son âge. Pour la Coupe du monde, il aura 34 ans. Après avoir dit au revoir à Liverpool après 8 ou 9 saisons, peut-être sa concentration sera pleine avec l'Égypte. L'Égypte, qui a gagné la CAN sept fois, mais la Coupe du monde est un petit complexe pour les Égyptiens. Les Marocains et les Algériens disent que l'Égypte n'a jamais gagné un match. Mais cette fois, l'espoir est là, et peut-être même d'arriver en huitièmes de finale. » Quant à Mohamed Salah, il lui suffirait d'une seule réalisation pour égaliser le meilleur buteur de l'histoire égyptienne en Coupe du monde. À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du monde 2026: les Cap-Verdiens fiers de leur équipe [5/10]

Pour la première fois lors d'une Coupe du monde, 48 sélections vont s'affronter, ce qui a offert un boulevard à certaines nations pour rejoindre cet événement majeur du sport. C'est notamment le cas du Cap-Vert. À Praia, les supporters se sentent fiers de leur équipe et attendent impatiemment le début de la compétition. Sur place, notre correspondante Pauline Guillou a recueilli leurs témoignages. Au large des côtes sénégalaises, l'archipel de dix îles est sur le point de disputer sa toute première Coupe du monde, après avoir terminé premier de son groupe, devant les Lions indomptables du Cameroun. Sur place, les Cap-Verdiens trépignent d'impatience de découvrir les joies d'un tournoi pas comme les autres. À partir du 15 juin, le Cap-Vert se lance dans la compétition au sein d'un groupe très relevé : Espagne, Uruguay, Arabie saoudite. À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du monde 2026: l'Afrique du Sud rêve à nouveau avec les Bafana Bafana [4/10]

« Je vous souhaite le meilleur » a déclaré le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, aux Bafana Bafana. L'équipe nationale fait son retour en Coupe du monde après 16 ans d'absence. Les Jaune et Vert seront les premiers à s'élancer dans la compétition face au Mexique, lors du match d'ouverture du Mondial 2026 le 11 juin, jour déclaré férié dans le pays. Le sélectionneur Hugo Broos a annoncé, le 27 mai, les noms des joueurs convoqués pour ce Mondial. Ils viennent presque tous de l'équipe des Mamelodi Sundowns de Pretoria, qui a remporté la Ligue des champions de la CAF, et de l'équipe des Orlando Pirates, qui a gagné le championnat d'Afrique du Sud. De quoi semer confiance et enthousiasme chez les supporters du pays. À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du monde 2026: tout le Maroc y croit [1/10] À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du monde 2026: la Côte d'Ivoire veut «passer la phase de poules et viser loin» [2/10] À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du monde 2026: les Léopards de RDC «doivent tout faire pour gagner» [3/10]

Kinshasa dans la fièvre de la Coupe du monde de football 2026, qui débute jeudi 11 juin. Les supporters des Léopards de RDC, qualifiés 52 ans après leur dernière participation, espèrent une meilleure prestation de leur sélection nationale. Olga Masangu a tendu son micro à quelques supporters trouvés dans les rues de Kinshasa et s'est également rendue à la boutique officielle où se vendent les maillots des Léopards de RDC. Les qualifiés pour la Coupe du monde 2026: tout le Maroc y croit [1/10] Les qualifiés pour la Coupe du monde 2026: la Côte d'Ivoire veut «passer la phase de poules et viser loin» [2/10] Pour en savoir plusCoupe du monde de football 2026

En Côte d'Ivoire, à quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde 2026, l'effervescence dépasse les frontières du football pour contaminer toute la famille sportive ivoirienne. Ravis de voir les Éléphants footballeurs sur la scène internationale, après 12 ans d'absence, des supporters – un peu particuliers – s'apprêtent à revivre les émotions du Mondial. Athlètes professionnels d'autres disciplines, ils partagent leur enthousiasme et leurs attentes de l'équipe menée par le sélectionneur Emerse Faé. Reportage de Moh Lameen Sy Savané, au Palais des Sports d'Abidjan. À lire aussiMondial 2026: Elye Wahi, nouveau renfort de poids pour les Éléphants de Côte d'Ivoire À lire aussiLes qualifiés pour la Coupe du monde 2026: tout le Maroc y croit [1/10]

Durant les dix derniers jours avant le début de la Coupe du monde 2026 de football, RFI vous emmène dans chacune des nations africaines qualifiées. Au Maroc, l'espoir est immense de voir les Lions de l'Atlas rééditer l'exploit du Qatar. En 2022, emmenés notamment par leur capitaine Achraf Hakimi, double champion d'Europe avec son club du PSG, l'équipe nationale marocaine était devenue la première sélection africaine à atteindre les demi-finales d'un Mondial. Un parcours qui continue d'inspirer toute une génération de jeunes footballeurs marocains. De notre correspondant à Casablanca, Sur un terrain de foot coincé entre une voie rapide et la gare routière de Casablanca, Khalil Othmani, entraîneur, s'adresse à ses joueurs. « C'est bon, les gars ? Bravo à vous pour la deuxième mi-temps, mais la première n'était pas au niveau, regrette le coach. Espérons qu'on rectifiera le tir pour les prochains matchs. » Moment solennel : la causerie de fin de match autour du technicien. Les joueurs de l'Olympic Ben Msik ne sont pas encore sortis de l'enfance, mais le foot, pour eux, c'est déjà du sérieux. « Depuis que le Maroc a atteint la demi-finale [de la Coupe du monde en 2O22] et que les autres équipes nationales ont réalisé de magnifiques exploits, on a constaté une montée de l'engouement chez les enfants. C'est comme ça qu'on a décidé de fonder cette association sportive qui a vu le jour juste après l'épopée du Qatar », explique Khalil Othmani. Achraf, 11 ans, a rejoint l'Olympic Ben Msik dès sa création : « Quand tu vois ces grands joueurs arriver en demi-finale de Coupe du monde, toi-même, tu te motives et tu te dis que tu peux faire comme eux ! Mon meilleur souvenir, c'est le match contre l'Espagne. Les Marocains ont fait preuve d'une grande combattivité sur le terrain ! » À quelques jours du coup d'envoi de l'édition 2026, l'excitation monte. « J'attends avec impatience la Coupe du monde, qu'on se retrouve en finale et qu'on la remporte ! », espère Ahmed 13 ans. Il se souvient avec émotion des célébrations de 2022. Il a envie de revivre ça, mais puissance 1000 : « Pourquoi ne pas remporter la coupe ? On va la ramener à Casablanca, on va se filmer avec dans les rues et tout le Maroc sera content ! » Ce n'est pas qu'un rêve d'enfant. Imad, secrétaire général de l'équipe, y croit aussi : « On a une équipe forte, qui a le potentiel pour arriver en finale. » Et puis, cela pourrait faire les affaires de l'Olympic Ben Msik : « Si on gagne la Coupe du monde, cela va créer un engouement encore plus fort. On pourrait avoir dix fois plus de gamins inscrits. Notre objectif, c'est d'offrir un bon encadrement à ces enfants, en leur souhaitant le meilleur, en espérant les voir un jour en sélection. » Le premier match du Maroc au prochain mondial de football, c'est le samedi 13 juin, face au Brésil. À lire aussiNasser Larguet: «Le football marocain après la Coupe du monde va être attendu à un plus haut niveau»

À Madagascar, l'art s'invite à la campagne. À une heure de route de la capitale Antananarivo, une compagnie de théâtre et une association de slam organisent chaque dimanche des ateliers poétiques et musicaux dans la commune rurale d'Ivelo. L'occasion d'organiser une fois par mois, des scènes ouvertes lors desquelles des artistes en herbe partagent leurs créations avec les habitants. Ce projet culturel hors des grands centres urbains rencontre un franc succès. De notre envoyé spécial à Ivelo, Pour arriver à Ivelo, il faut emprunter une piste cahoteuse entourée de rizières et de cultures maraîchères. Devant l'école du village et l'église en briques de terre rouge, typique des hauts plateaux malgaches, deux micros, une enceinte et quelques nattes au sol pour accueillir le public. Cette scène improvisée rivalise ce jour-là avec le match de foot organisé juste à côté. Mitsinjo, membre de l'association Slam Poetry of Tana, introduit la scène ouverte. Chaque dimanche, elle anime les ateliers artistiques avec les jeunes d'Ivelo. « On les incite à créer, à hurler, à parler fort. C'est une occasion pour eux de découvrir et ils sont surpris des gens qui les entourent : "L'enfant de ma cousine fait ça, l'épicier fait ça !" Il y a l'audace de parler, une vraie envie de liberté d'expression, une grande variété de styles de texte. Nous entraînons les enfants dans notre délire et à sortir aussi leur propre délire. » Andry Nirina, 15 ans, se présente au public, une feuille de papier griffonnée entre les mains. Dans son texte engagé et poétique, il encourage ses amis à ne pas devenir parents trop tôt pour se concentrer sur leurs études : « J'ai découvert le slam il y a deux mois et cela m'a tout de suite plu puisque mon grand-père écrivait aussi des poèmes. J'ai préparé mon texte petit à petit lors des ateliers du dimanche, au fil de mon inspiration et de ma motivation. Et le public a bien écouté mon message ! Plus tard, j'aimerais à la fois être soldat dans l'armée et continuer à écrire toutes sortes de textes pour partager mes idées. » Entre deux slams, un concert de tambours puis un morceau de guitare résonnent sur cette place de village en terre battue… Tous les habitants d'Ivelo sont invités à présenter leurs talents au public. Fela Razafiarison est directrice de la compagnie Miangaly Théâtre, co-initiatrice du projet : « Ce n'est pas évident de chercher à faire des activités artistiques et culturelles en milieu rural. C'est déjà compliqué en zone urbaine par rapport à des moyens, aux infrastructures. Les villageois vivent ici principalement de l'agriculture et de l'élevage. On est à une vingtaine de kilomètres de Tana, ce n'est vraiment pas loin. Et pourtant, ce sont deux modes de vie complètement différents. Et l'idée, c'était aussi ça : comment, nous, en tant que compagnie de théâtre, on se met à la rencontre d'autres territoires qui peuvent aussi nourrir notre vision du monde. » Fela Razafiarison se réjouit que ces escapades poétiques dominicales ouvrent pour tous de nouveaux horizons.

En République centrafricaine, le tapioca, appelé « Ngou Ti Gozo » en langue locale sango, fait partie du quotidien de nombreux élèves et étudiants. Fabriqué à base de fécule de manioc soigneusement lavée puis séchée, cet aliment populaire est vendu à bas prix dans les écoles, les lycées et les universités. Beaucoup le surnomment pain de guerre ou encore œuf de Boy-rabe. Simple, nourrissant et accessible, le « Ngou Ti Gozo » est devenu, au fil des années, un véritable aliment de résistance pour de nombreux jeunes confrontés aux difficultés de la vie estudiantine. Faute de moyens pour fréquenter les restaurants ou se procurer des repas plus coûteux, élèves et étudiants s'en contentent pour calmer la faim et poursuivre les cours dans de meilleures conditions. De notre correspondant à Bangui, Dès les premières heures de la journée, les vendeuses prennent place aux abords de l'université de Bangui. Certaines sont assises sous un arbre ou à l'ombre d'un mur, tandis que d'autres sillonnent la concession avec leurs plateaux posés sur la tête. Léa Wédane, vendeuse de tapioca et d'arachides grillées, a parcouru plusieurs kilomètres à pied avant d'arriver sur le campus. « Je me lève toujours très tôt pour préparer ces aliments. Tout doit être prêt avant l'ouverture des écoles. Mon tapioca a toujours la forme d'un œuf. Je grille aussi des arachides salées que je mets ensuite dans de petits sachets. Cette activité représente une importante source de revenus pour moi. » Pendant les pauses, les salles de cours se vident peu à peu. Les parfums du tapioca chaud et des arachides grillées attirent rapidement les étudiants. Fatigué après un cours de mathématiques, Peniel Mbeas sort quelques pièces soigneusement gardées dans sa poche et les tend à la vendeuse. « Le tapioca Ngou Ti Gozo, c'est vraiment bon. Ça a un goût doux et accompagné de l'arachide, c'est vraiment bon. On appelle ça souvent aussi boulangerie Ngaissona. À la fin de chaque course, il y a des temps creux de 10 à 15 minutes. On prend ça très rapidement. » À lire aussiEn Centrafrique, à l'occasion de la fête de Pâques, un repas hors du commun Le «Ngou Ti Gozo» aide les jeunes à tenir la journée Autour des plateaux de « Ngou Ti Gozo », l'ambiance est vivante et chaleureuse. Pour Marcelin Derick, étudiant à l'École normale supérieure, cet aliment représente une solution simple pour affronter de longues journées d'études. « Ça donne le soubassement pour tenir dans la journée. Ça plâtre le ventre comme du béton. Voilà, c'est comme le béton. Si tu prends ça et que tu es rassasié, c'est du béton. Et ça va t'aider dans la journée pour avancer. » Vendu à seulement 25 francs CFA, soit environ quelques centimes d'euros, le « Ngou Ti Gozo » permet à de nombreux jeunes de manger sans trop dépenser. Pour Narcisse Morio, étudiant en licence de sociologie, cet aliment fait partie du quotidien des étudiants. « Je confirme que c'est moins cher. Même le plat présenté au niveau de la restauration, le prix est élevé, plus même que le prix d'un Ngou Ti Gozo. Parce que même à 50 francs, un étudiant peut prendre un Ngou Ti Gozo à 25 francs CFA et puis ajouter des pistaches à 25, ça fait déjà 50 francs. Puis après ça, il prend aussi de l'eau, juste de l'eau glacée. » Aujourd'hui encore, de nombreux fonctionnaires et même certaines autorités du pays gardent un souvenir particulier du tapioca consommé durant leur parcours scolaire et universitaire. Certains continuent d'en acheter, comme pour conserver un lien avec cette période marquante de leur vie. À lire aussiLes délices du continent: en Centrafrique, les grillades de Bangui

En Tunisie, le vieillissement de la population est devenu un enjeu public après la publication des chiffres du dernier recensement. La part des personnes âgées de plus de 60 ans représente 17 % de la population, faisant de la Tunisie le pays d'Afrique où le taux de vieillissement est le plus rapide : en dix ans le nombre a triplé. Le pays tente de s'adapter à cette nouvelle donne démographique sur le plan tant sociétal que sanitaire. De notre correspondante à Tunis, Dans le parc de Sidi Bou Saïd, en banlieue de Tunis, Samir, 54 ans et entrepreneur, vient profiter de la quiétude pour travailler. Il n'habite plus en Tunisie depuis des années, mais revient une fois par mois pour s'occuper de ses parents. Un devoir, selon lui, dans un pays où les personnes âgées restent souvent au sein des familles, jusqu'à la fin de leur vie. « Je dirais que c'est même maintenant un challenge positif, confie le quinquagénaire. Mon père a 97 ans et demi, mon challenge c'est de le faire arriver centenaire. Donc, je le prends vraiment maintenant un peu comme un challenge, je le dorlote. » Samir explique que culturellement, ce sont les enfants qui s'occupent de leurs parents, comme ces derniers se sont occupés d'eux dans leurs premières années de vie. Mais Samir a eu du mal à trouver une auxiliaire de vie pour aider ses parents lorsqu'il est absent, car le métier est encore trop peu répandu. « J'ai eu la chance il y a quelques mois de tomber sur une dame extraordinaire qui est maintenant l'auxiliaire de vie de mes parents, témoigne-t-il. Ça m'a beaucoup soulagé, mais on avait fait beaucoup d'essais avant, des essais pas très fructueux. Le vieillissement de la population se fait de façon assez accélérée en Tunisie, et j'ai le sentiment que le secteur ne s'est pas mis en adéquation. » À écouter dans 8 milliards de voisinsFaut-il lutter contre le déclin démographique ? Garder les personnes âgées à domicile Le cas de Samir est loin d'être isolé, selon Sonia Hammami, présidente de la Société tunisienne de gériatrie. Lors d'un congrès sur la gériatrie mi-mai à Hammamet, le sujet du vieillissement de la population tunisienne était au cœur des débats. « On a essayé un petit peu de discuter lors de notre panel des soins à domicile du sujet âgé, explique-t-elle. L'objectif principal est de garder le patient à domicile, entouré de sa famille. Donc, là, on s'inspire certes de l'expérience européenne, mais c'est un petit peu notre modèle pour protéger la famille tunisienne. » Outre le changement de modèle sociétal, la question des soins est primordiale. Le ministère de la Santé a annoncé en 2025 le lancement d'une spécialité sur 5 ans en gériatrie. Elle devrait débuter à la rentrée prochaine. À lire aussiPourquoi le vieillissement de la population va faire baisser notre niveau de vie

Alors que Madagascar assiste depuis dix jours, impuissante, à la mort de Tsitakakantsa, le plus gros baobab répertorié dans le pays avec ses 29 mètres de circonférence, la Grande Île peut toutefois se réjouir : elle abrite l'une des forêts les mieux préservées du pays et les plus peuplées au monde de ces géants des terres. Une forêt pourtant quasiment inconnue du grand public et qui mériterait de l'être, pour sa survie. De notre envoyée spéciale de retour de Kirindy Mite, sur la côte Ouest, Au pied d'un groupe de touristes belges et espagnols s'étalent à perte de vue 130 000 hectares de forêt sèche. C'est quatorze fois la superficie de la capitale malgache Antananarivo. Et au milieu de cette forêt, tels des rois qui dominent leur cour, les baobabs crèvent la canopée avec leur couronne dentelée. L'un d'entre eux a presque mille ans, ils sont environ 200 000 pieds matures, des Adansonia grandidieri pour la plupart, à avoir été recensés. Une concentration exceptionnelle. Depuis 1997, Kirindy Mite est devenu un parc national. Chercheur au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, Cyrille Cornu est spécialiste et passionné des baobabs. Il a conçu un sentier botanique pour Madagascar National Parks. « L'idée de ce sentier, c'était de pouvoir circuler en immersion complète entre les baobabs à la découverte du milieu qui les abrite », explique-t-il. Car au-delà des baobabs, la forêt abrite aussi des espèces endémiques uniques : le rat sauteur géant, le sifaka ou encore le fosa, le principal carnivore de Madagascar. À lire aussiMadagascar se dote d'un guide pratique pour réussir les initiatives de reforestation Un accès difficile qui protège autant qu'il menace Mais Kirindy Mite reste difficile d'accès. Il faut compter cinq heures de piste depuis Morondava, la plus grosse ville de la région, et uniquement en saison sèche. Sinon, il faut opter pour un trajet par la mer, lui aussi compliqué. Résultat : le parc est l'un des moins fréquentés de l'île. Depuis l'an 2000, il a reçu moins de 7 000 visiteurs. « Ce qui fait que finalement, ce parc, qui est assez délaissé par les touristes parce qu'il demande du temps pour y accéder, rapporte peu d'argent, souligne Cyrille Cornu. Et il faut dire ce qui est : ce système de conservation, il est aussi économique. » Et pendant ce temps, la forêt, elle, dans la région du Menabe, continue de reculer. « Avec le Global Forest Watch, on a des chiffres effrayants. De 2001 à 2023, on est à 38 % de diminution du couvert végétal, ce qui est gigantesque », précise Cyrille Cornu. Dans la partie orientale du parc, plus difficile à surveiller, les infractions sont fréquentes. D'ailleurs, pendant le tournage, il y a un feu au loin, alors que c'est strictement interdit. Sauf que le parc compte seulement 18 garde-forestiers, épaulés par 300 bénévoles. « Et c'est là l'un des enjeux, analyse Cyrille Cornu, faire connaître ce parc, mieux communiquer à son sujet pour que les dizaines de milliers de touristes qui se rendent à l'allée des baobabs puissent, à quatre heures de route, découvrir un univers où les baobabs vivent dans un environnement parfaitement conservé. » Un sanctuaire encore préservé, mais dont l'isolement, aujourd'hui, constitue autant une protection qu'une menace. À lire aussiMadagascar: le plus gros baobab jamais répertorié sur la Grande Île est en train de mourir

Situé au cœur de la ville, le parc zoologique et botanique de Brazzaville a reçu en octobre 2025 un couple de lions venu d'Afrique du Sud. La présence de ces mammifères, que le parc n'a plus abrités depuis 29 ans, attire de plus en plus la curiosité des visiteurs. Le zoo reçoit en moyenne 4 000 visiteurs par semaine. De notre correspondant à Brazzaville, Cet après-midi, le parc est envahi par plusieurs dizaines de jeunes élèves venus de différentes écoles privées de Brazzaville. Au bout d'allées jalonnées par des arbres, des palmiers ou des fleurs se trouve l'enclos du couple de lions. Ils sont assis chacun dans leur coin. Le mâle s'appelle Mufasa, il est âgé de 14 mois, contre 13 mois pour la femelle, nommée Sarabi. Chems Roc, concessionnaire du parc, présente l'endroit : « Ils ont un bel enclos. Ils ont à peu près 2 500 m2 qui ont été protégés par un dispositif normé. Nous avons à peu près 18 000 volts de tension sur le câblage intérieur, pour protéger le grillage, qui lui-même aussi est très robuste, afin de maximiser leur sécurité et la sécurité de visiteurs », explique-t-il. De temps en temps, le couple s'accroupit, marche dans l'enclos sans grogner. Leur consommation est de dix kilos de viande par jour. « Je les vois juste dans les documentaires. C'est la première fois que je les vois face à face », se réjouit Ashley, étudiante. « Ça me fait une sensation. Donc, je suis très contente, heureuse et ravie de les voir », ajoute Manuela, femme au foyer. À écouter dans C'est pas du ventLa face cachée des zoos et des aquariums: non, ils ne protègent pas la biodiversité! Des élèves au zoo À la tête d'un groupe d'élèves, tous sac au dos, la maîtresse Mélanie Malonga est aussi émue : « Les documentaires, les enfants les voient seulement à la télé. Nous avons préféré qu'ils viennent voir en live. Je suis très ravie. Si les gestionnaires pouvaient ajouter d'autres animaux, propose-t-elle, pour que les enfants, au lieu de se limiter seulement aux documentaires à la télé, viennent de temps à autre faire des visites ». Sourire aux lèvres, elle s'est assurée qu'elle est bien protégée. « Parce que je sais que là, il y a une protection. Même si la peur est là, je sais bien que je suis protégée. Ils ne peuvent pas m'attaquer », ajoute-t-elle. « C'est émouvant. Ce qu'on voit à la télé, on le voit en vrai. C'est attirant. Les choses qu'on ne voit jamais, ça attire toujours les gens. Ce sont de beaux souvenirs », affirme Brejnev, 26 ans. Les propriétaires du parc espèrent maintenant la naissance de lionceaux pour permettre à la famille de s'agrandir. À lire aussiLes réseaux sociaux sont-ils les ennemis des animaux mignons?