Chaque semaine, les reporters du service politique de RFI proposent une chronique de la vie politique détachée de l’actualité immédiate. Une chronique de reportage ou bien de décryptage, issue de leurs propres observations sur le terrain des leaders et de l’activité des partis qu’ils couvrent. La p…

Dans un débat politique particulièrement animé entre les élections municipales et la multiplication des candidatures à la présidentielle, dernière en date celle de Bruno Retailleau, Sébastien Lecornu se tient à l'écart de la course pour 2027 et creuse le sillon du moine-soldat au service des Français. Une carte inhabituelle pour un locataire de Matignon. Jouer l'humilité à tout prix, ça n'est pas en effet le premier réflexe pour un Premier ministre. Édouard Philippe, Gabriel Attal et même Michel Barnier ou François Bayrou ont essayé de prendre la lumière, d'utiliser Matignon comme une tribune ou un tremplin. Sébastien Lecornu lui, ne cesse d'affirmer qu'il ne pense à rien d'autre qu'à sa tâche de Premier ministre. Un membre de l'équipe gouvernementale confirme que la consigne sur la présidentielle est claire : « Il nous répète qu'on n'est pas là pour ça ». Et à l'entendre, cette stratégie politique correspond à la personnalité de Sébastien Lecornu : « Il est comme ça, très discret, réservé, gros travailleur, avec son chien et son pull, ça n'est pas joué », mais il ajoute ensuite : « Il se dit peut-être aussi que les Français en ce moment apprécient quelqu'un qui ne la ramène pas trop ». Ce serait ici la stratégie de Sébastien Lecornu, la conjugaison d'un tempérament et d'un calcul politique. Sébastien Lecornu est-il totalement dépourvu d'ambitions présidentielles ? À l'instant T, il ne joue pas cette carte vis-à-vis des Français. Il affirme même ne pas y penser pour se construire l'image d'un serviteur de l'intérêt général, pas de ses intérêts personnels, une manière de se différencier. Son objectif affiché, c'est d'essayer d'assurer la stabilité gouvernementale. Son calendrier est celui de la session parlementaire et de la préparation du prochain budget, qui risque d'être un moment encore difficile à gérer quelques mois avant l'élection présidentielle. Mais quand cette étape sera passée, les choses seront différentes, comme l'explique un ministre selon lequel : « Après, il pourra y aller plus franchement. Il fait partie d'un camp, il serait curieux qu'à un moment il ne s'engage pas ». Reste à savoir comment : pour lui ou pour soutenir le candidat le mieux placé ? À lire aussiLe futur budget Lecornu fragilise Les Républicains et leur ligne pro-business Quelles conséquences à cette incertitude ? Cela met une inconnue de plus dans l'équation pour les candidats du bloc central, Édouard Philippe ou Gabriel Attal, car selon une ministre : « Tant que le Premier ministre existe, ça freine leur campagne. C'est une concurrence d'une façon ou d'une autre. » En essayant de rendre les derniers mois du quinquennat utiles, Sébastien Lecornu ménage donc aussi un débouché, un horizon, pour ses potentielles ambitions de l'après-Matignon. À lire aussiFrance: Gabriel Attal prépare sa candidature à la présidentielle de 2027

Une semaine après l'annonce officielle de sa candidature à la présidentielle de 2027 le 12 février dernier, Bruno Retailleau n'a pas vraiment créé l'effet d'entraînement espéré. Au-delà d'un intérêt plutôt tiède dans l'opinion, son entrée en lice a surtout réveillé les tensions internes chez Les Républicains. Le timing est sans doute ce qui fait le plus débat. Le choix de se déclarer si tôt a surpris beaucoup de monde. « Pourquoi fait-il ça juste avant les municipales ? » : cette question a traversé l'esprit de pas mal d'élus et en premier lieu des maires LR. Au parti, les remontées ont fusé – et pas toujours en sa faveur. Plusieurs édiles reprochent au désormais « patron-candidat » de privilégier son destin personnel plutôt que la bataille locale. Son entourage le reconnaît d'ailleurs à demi-mot : on présente désormais les municipales du 15 et 22 mars 2026 comme « les plus dépolitisées de l'histoire ». Sous-entendu : on n'attend pas de miracle. Bruno Retailleau anticiperait-il des soirées électorales compliquées ? « On sait déjà qu'il n'y aura pas de vague bleue », glisse un cadre LR. Un élu qui planche sur son programme tempère : « Je ne pense pas que ça aurait été mieux après. Il fallait qu'il remonte à cheval. » Une famille politique qui ne se rue pas derrière lui Cette candidature a aussi rappelé à quel point Bruno Retailleau reste fragile dans son propre camp. Dans les jours qui ont suivi l'annonce, les soutiens publics n'ont pas afflué – loin de là. Chez les députés LR, seuls 4 sur 49 ont ouvertement dit « suivre le chef du parti ». Une méthode d'annonce qui a froissé. Le président des Républicains paie-t-il aussi la façon dont il a prévenu les élus ? Un texto envoyé quelques heures avant sa déclaration sur les réseaux sociaux, puis un pot le soir même… mais réservé à sa garde rapprochée. La pilule est passée de travers pour certains. Michel Barnier, l'ancien Premier ministre qui l'avait nommé place Beauvau, l'aurait notamment assez mal pris. Les rivaux demandent une primaire Et puis, il y a ceux qui ont répondu au texto… Laurent Wauquiez, son grand rival, l'a tout de suite renvoyé vers une primaire pour désigner le champion d'une droite allant de Gérald Darmanin à Sarah Knafo. D'autres poids lourds ont suivi dans la presse cette fois. Valérie Pécresse souhaite elle aussi une primaire rapide, allant d'Édouard Philippe aux LR. David Lisnard pousse pour une grande primaire ouverte à tous ceux qui se reconnaissent dans la droite et le centre. Pour le moment, la candidature Retailleau ne s'impose pas d'elle-même. Mais alors qui pour trancher ? Les adhérents LR, qui ont massivement élu le Vendéen à la tête du parti, vont bientôt devoir se prononcer sur le mode de désignation du candidat. Dans l'entourage du principal intéressé, on reste confiant : « Un nouveau plébiscite pour que ce soit lui reste probable ». La réponse définitive arrivera donc après les municipales. D'ici là, la droite reste plus divisée que jamais. À lire aussiBruno Retailleau essaie de rallumer la flamme en vue de la présidentielle de 2027

Les élections municipales approchent à grands pas. Elles auront lieu dans un peu plus d'un mois maintenant. C'est donc le sprint final et pour cette échéance le bloc central est divisé entre des alliances avec Les Républicains dans certaines villes et pas d'alliance dans d'autres, ces choix stratégiques paraissent illisibles et mettent les équipes de campagne dans l'embarras. Alors que certains voient dans ce scrutin une étape vers la présidentielle, Renaissance assume de ne pas afficher d'objectifs ambitieux pour cacher un manque de préparation ou de candidats. On tente donc de donner une forme à ce qui n'en a pas. Le parti martèle sa ligne « humilité » et « pragmatisme » selon les mots des cadres du parti. Une façon de dispenser un storytelling positif sur un scrutin épineux. « Nous sommes humbles et collectifs, ça ne sert à rien de diviser le bloc central » confiait à RFI un cadre du parti. Renaissance engage peu de têtes de liste dans les grandes villes Si l'on prend le casting des candidats, Renaissance ne compte que deux têtes de liste dans les dix premières villes de France. Violette Spillebout à Lille, députée du parti macroniste où elle était déjà candidate il y a cinq ans qui est en position d'outsider. Et Thomas Cazenave à Bordeaux, qui a finalement noué une alliance avec la présidente du parti Radical Nathalie Delattre, à la suite du décès de l'ancien maire LR de la ville. Ailleurs, le parti soutient des personnalités issues du parti Horizons ou sans étiquette. Martine Vassal à Marseille, Jean-Luc Moudenc à Toulouse ou Christian Estrosi à Nice par exemple, Pierre-Yves Bournazel à Paris… Des élus qui ont quitté la droite sans jamais officialiser leur appartenance à la macronie. Le bilan peut sembler modeste, voire inquiétant, pour un parti au pouvoir depuis près de dix ans. Plutôt que la conquête des villes, la direction du parti préfère donc mettre en avant celle des conseillers municipaux. Objectif affiché : s'implanter le plus possible au niveau local en doublant les 2 500 conseillers municipaux revendiqués aujourd'hui. Un parti amorphe qui aura du mal à survivre à Emmanuel Macron ? Ce scrutin révèle en fait un parti amorphe qui aura du mal à survivre à Emmanuel Macron car à l'impréparation s'ajoute le manque d'intérêt de la direction du parti pour ces municipales. Certes Gabriel Attal n'en a pris la direction que récemment mais le scrutin n'a jamais été érigé en priorité car difficile à remporter. La raison ? Un problème d'implantation locale notamment. Chacun le sait, Renaissance est un parti conçu pour exercer le pouvoir national et non pas local. Et alors que la présidentielle de 2027 approche, le macronisme menace de disparaître. À lire aussiMunicipales à Paris: en lâchant Rachida Dati, Renaissance risque la division

Édouard Philippe a lancé il y a quelques jours sa campagne municipale au Havre. L'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron brigue un nouveau mandat de maire avant de se lancer dans l'aventure présidentielle. Il prend donc un risque car un échec remettrait tout en cause. Pour Édouard Philippe, concourir aux élections municipales, c'est jouer son avenir à quitte ou double. S'il échouait à se faire élire pour la troisième fois au Havre, il ne serait pas, comme il l'a dit lui-même, « en bonne position pour convaincre les Français ». En revanche, s'il gagnait une nouvelle fois, il pourrait espérer engager une dynamique qui lui servirait pour la campagne d'après, celle à laquelle il pense depuis son départ de Matignon : la présidentielle. Édouard Philippe prend donc un risque en liant son sort national à sa réussite locale. En 2020, il avait été réélu dans un fauteuil. Mais le contexte était bien différent, en pleine épidémie de Covid-19. Cela avait profité à celui qui était alors Premier ministre d'Emmanuel Macron. Cette année, les choses n'ont rien à voir. Son principal adversaire, le même qu'en 2020, le communiste Jean-Paul Lecoq, a rallié derrière lui les principales forces de gauche, hors LFI, et le candidat UDR-RN, Franck Keller, compte bien bénéficier du souffle électoral du parti de Marine Le Pen. Édouard Philippe va donc devoir mouiller la chemise pour aller chercher la victoire. À lire aussiFrance : l'ex-Premier ministre Édouard Philippe brigue un nouveau mandat au Havre avant la présidentielle Comment va-t-il mener sa campagne ? Il joue la carte du Havre, rien que du Havre. Comme dans une sorte d'amnésie temporaire, Édouard Philippe ne veut pour le moment s'adresser qu'aux Havrais. Il l'a dit et redit en lançant sa campagne, évoquant même les « boules puantes » de ceux qui voudraient l'entrainer sur le terrain glissant de la politique nationale. Ses adversaires ne cessent en effet de rappeler qu'il court « deux lièvres à la fois », la mairie et la présidence, et en font un argument de campagne contre lui. Édouard Philippe a bien senti le danger et ne veut pas être pris en flagrant délit de mélange des genres. Son objectif : valoriser son bilan au Havre, proposer un programme pour les prochaines années et mettre en place une équipe municipale qui prendra le relais s'il part voguer vers l'Élysée. Édouard Philippe est le seul candidat à la présidentielle qui se présente aux municipales ? Il prend un risque, mais calculé, car cela lui permet d'utiliser son action de maire comme un atout face à ses concurrents du bloc central. Notamment Gabriel Attal, l'autre ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron qui se prépare pour 2027 et regarde avec attention la chute du maire du Havre dans les sondages depuis quelques mois. Une chute qu'Édouard Philippe espère certainement endiguer grâce à une victoire à l'élection municipale.

Après une campagne présidentielle 2022 cannibalisée par la guerre en Ukraine, le scrutin de 2027 pourrait de nouveau être percuté par les sujets internationaux. Alors les candidats se préparent déjà, à l'image de Jean-Luc Mélenchon. Même s'il n'a pas encore officiellement annoncé sa candidature, le leader insoumis fait de son programme diplomatique un axe majeur de sa stratégie présidentielle. « Il faut que l'on soit prêts sur les dossiers internationaux, car l'on va être attaqués dessus comme en 2017 et 2022 », avertit Jean-Luc Mélenchon. Mais être prêt pour le leader de la gauche radicale, ça ne veut pas dire faire des concessions ou lisser son discours, loin de là. Mercredi, pendant près de deux heures d'une conférence filmée à l'adresse des militants insoumis, le triple et peut être bientôt quadruple candidat à la présidentielle a, au contraire, présenté à ses supporters une feuille de route idéologique complétée d'arguments prêts à l'emploi. Avec un mot d'ordre que Jean-Luc Mélenchon défend depuis longtemps : la France doit être non alignée dans le concert des nations. Adaptation à la situation du moment La doctrine mélenchoniste consistant à s'éloigner de l'influence américaine pour mieux nouer des relations privilégiées avec l'Inde, le Brésil, la Chine et même la Russie est évidemment plus facile à défendre avec l'effroi que suscite Donald Trump en Europe. Le « néo-suprémacisme » du président américain ne vaut pas mieux que les régimes autoritaires de Moscou ou Pékin pour Jean-Luc Mélenchon. Autant donc travailler avec tout le monde car, selon le leader insoumis, la domination économique des États-Unis touche à sa fin. Un rapprochement avec la Russie ? Une vision qui amène Jean Luc Mélenchon à défendre par exemple le rétablissement du gazoduc NordStream, le principal canal d'approvisionnement depuis la Russie. Et donc « de réintégrer la Russie dans le concert européen », sous la condition d'une fin négociée de la guerre en Ukraine. « Notre vision de l'Europe va de l'Atlantique à l'Oural », défend Jean-Luc Mélenchon en citant le général de Gaulle, pourtant pas vraiment sa tasse de thé politique, mais une référence concernant l'autonomie de la France. « La multiplication actuelle des crises est une opportunité pour changer les règles du jeu », explique Jean-Luc Mélenchon. Selon lui, l'Alliance atlantique a vécu et l'Union européenne telle qu'elle fonctionne « a prouvé ses limites ». « Quand tout le monde a peur de la guerre », poursuit l'ancien ministre, « les gens réfléchissent et se positionnent. Le non-alignement, je pense que ça peut convaincre ». L'international, axe clé de la présidentielle 2027 ? Jean-Luc Mélenchon estime qu'il a des points à prendre face à des adversaires qu'il juge « pas au niveau » sur la diplomatie, la géopolitique. Il pointe les hésitations du Rassemblement national concernant Donald Trump, les postures d'un Gabriel Attal affirmant que seule la force prime. Quant au reste de la gauche, « ça ne les intéresse pas », juge l'Insoumis, sauf bien sûr celui qu'il voit comme un potentiel rival lors de la présidentielle, Raphaël Glucksmann. L'eurodéputé social-démocrate a vertement critiqué jeudi les prises de position de Jean-Luc Mélenchon sur la Russie, rebaptisant son mouvement politique « La France Soumise » à Vladimir Poutine.

Ca commence à devenir une habitude dans le parti. Chaque moment décisif est l'occasion d'afficher division et de troubler l'électorat. Nouvel exemple cette semaine avec le dénouement du budget Lecornu. En cette fin de semaine, au sein du parti Les Républicains, on veut voir un signe positif dans l'actualité parlementaire. Mercredi soir, à la surprise générale, le Sénat a fait capoter la proposition de loi sur la fin de vie. Grâce notamment au vote décisif de plusieurs élus LR, l'article clé créant une « assistance médicale à mourir » a été rejeté (144 voix contre, 123 pour). Au parti, et particulièrement dans l'entourage de Bruno Retailleau, on vit ce revers comme un soulagement majeur. « Cela rend caduques les attaques du début de semaine, quand on nous accusait de n'être ni libéraux ni conservateurs », glisse-t-on en interne. Le versant conservateur de la ligne LR semble ainsi préservé, en revanche, pour le volet libéral et pro-économique, l'équation est beaucoup plus compliquée. À lire aussiBudget 2026: les motions de censure déposées à l'Assemblée nationale repoussées LR ne repondra pas au 49.3 par la censure Le budget Lecornu est qualifié en interne de « mauvais », voire de « très mauvais » – à commencer par Bruno Retailleau lui-même, passablement agacé par les nombreuses concessions accordées aux socialistes.Parmi les points noirs : les hausses d'impôts sur les grandes entreprises inscrites dans le projet de loi de finances, cumulées à la suspension de la réforme des retraites dans le budget de la Sécurité sociale. « Les socialistes ont marqué un point, c'est clair », reconnaît-on à LR, où l'on peine à assumer cette entorse à la ligne historique du parti, traditionnellement favorable aux milieux économiques. Mais en réalité, personne ne veut endosser la responsabilité du chaos qu'aurait provoqué une censure. « Personne ne veut assumer le chaos », souffle un proche de Bruno Retailleau, pour qui le vrai rendez-vous reste la présidentielle de 2027.D'autant que la direction du parti n'a de toute façon pas la main sur les députés LR, dirigés par Laurent Wauquiez. Nouvelle illustration cette semaine : le patron des députés n'a critiqué le budget qu'à moitié, y voyant même certaines « victoires », notamment sur le dossier des retraités. LR prié de censurer Des réseaux proches du RN et de l'UDR (dirigée par l'ancien patron LR Éric Ciotti) ont lancé pétitions et raids en ligne pour pousser les députés de droite à faire tomber le gouvernement – et surtout pour affaiblir LR. Pire encore pour le parti : l'un de ses membres les plus libéraux, David Lisnard (maire de Cannes et prétendant déclaré à l'investiture pour 2027), est allé plaider publiquement pour la censure. Il a même appelé Bruno Retailleau à se montrer un « vrai chef ». « Tout ça n'est pas bon pour nous », concède un cadre LR très au fait de la cuisine interne. Au sein de la formation de droite, on se raccroche toutefois à un contexte où un événement en chasse un autre. Le prochain rendez-vous est déjà là : les élections municipales de mars, où Les Républicains jouent gros. Elles permettront de jauger concrètement les conséquences de ces séquences politiques pas toujours faciles à gérer.

Malgré la colère des agriculteurs et l'opposition de la France, le controversé accord commercial entre l'Union européenne et Mercosur doit être signé ce samedi au Paraguay, en présence de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Pour autant, « la messe n'est pas dite » estime le gouvernement français. Et les regards se tournent vers le Parlement. Les opposants au Mercosur n'ont pas dit leur dernier mot. Certes, le traité de libre-échange doit être signé ce samedi 17 janvier au Paraguay. Mais il peut encore être bloqué par les députés au niveau du Parlement européen. Deux évènements sont à surveiller. La semaine prochaine, d'abord. Le jeudi, les 720 députés européens vont dire s'ils veulent ou non saisir la Cour de justice de l'Union européenne sur le Mercosur, pour qu'elle examine la compatibilité de l'accord avec les traités européens. Si une majorité d'élus dit oui, l'accord devrait être suspendu pendant quelques semaines, voire quelques mois. À lire aussiÀ la veille de sa signature, Lula et von der Leyen célèbrent l'accord UE-Mercosur Autre étape : en avril, mai ou juin, la date n'est pas encore connue, les députés européens seront appelés à voter, cette fois, pour ratifier le traité. En cas de rejet, ce serait terminé pour l'accord avec le Mercosur. Une majorité en faveur du Mercosur loin d'être assurée ? Un scénario incertain, c'est vrai. Mais la classe politique française, et notamment le gouvernement français, pense qu'il y a matière à espérer. Le Premier ministre a appelé cette semaine les responsables politiques « à prendre leur bâton de pèlerin pour convaincre l'ensemble des sensibilités politiques au Parlement européen ». « Ce vote peut se jouer à 15 ou 20 voix », affirme même Sébastien Lecornu. Et du côté des députés européens français, on se montre aussi combatif. Une élue proche du camp d'Emmanuel Macron tient à peu près le même discours que le Premier ministre. « Les jeux ne sont pas faits, explique-t-elle, car il y a des divisions très fortes. » « La majorité en faveur du Mercosur est loin d'être assurée », abonde un autre député de Strasbourg, étiqueté écologiste. Lui compte sur des élus italiens ou espagnols, par exemple, pour voter contre le Mercosur, en contradiction avec leur gouvernement respectif. Enfin, il y a cette eurodéputée française d'extrême droite qui, elle aussi, croit au rejet du traité. Elle espère que certains de ses collègues vont réaliser « la pression que cet accord met sur le monde agricole ». Un monde agricole qui, en retour, joue aussi la carte de la pression. Le syndicat agricole FNSEA appelle à manifester mardi prochain à Strasbourg, où se trouve le siège du Parlement européen. À lire aussiUE-Mercosur : l'Europe a-t-elle dit adieu à la souveraineté agricole ?

De la guerre en Ukraine à l'opération militaire américaine au Venezuela, en passant par les droits de douane, les crises du monde impactent de plus en plus la France et alimentent le débat politique. À tel point qu'en 2027, l'un des enjeux pour les candidats à la présidentielle sera de convaincre les Français qu'ils sont crédibles pour préserver leurs intérêts dans un monde brutal et dangereux. On avait l'habitude de dire que les questions internationales avaient peu d'influence sur le vote des Français à la présidentielle mais ça, c'était avant. En 2022 déjà, l'invasion russe en Ukraine avait cannibalisé la campagne et permis à Emmanuel Macron d'être réélu en se positionnant au-dessus de la mêlée, en chef de guerre. En 2027, Emmanuel Macron ne peut pas se représenter mais ceux qui ambitionnent de lui succéder à l'Élysée vont devoir prouver qu'ils ont la carrure pour jouer dans la cour des grands, entre Donald Trump et Vladimir Poutine, deux ogres aux visées impérialistes qui ne fonctionnent qu'au rapport de force. Les candidats se préparent On l'a encore vu récemment dans l'affaire vénézuélienne, tous ceux qui rêvent de l'Élysée ont très vite pris position. À commencer par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui ont condamné l'intervention militaire américaine, chacun à sa manière bien sûr. Le leader insoumis s'est insurgé contre « l'agression de Trump contre le Venezuela » préemptant le leadership de l'anti-trumpisme. La cheffe des députés RN a, elle, pris ses distances avec le président américain en déclarant que « la souveraineté des États n'est jamais négociable », consciente de l'effet désormais contreproductif de son ancienne proximité avec Donald Trump. François Hollande et Dominique de Villepin, qui ont eux exercé le pouvoir, en ont aussi profité pour se rappeler au souvenir des Français, du haut de leur expérience des affaires internationales. Les « carnivores » et les « herbivores » Dans le camp présidentiel, Gabriel Attal et Édouard Philippe ont choisi le créneau de la realpolitik. Ils ont mis en avant la nécessité de redevenir puissant pour peser, plutôt que la condamnation des méthodes de Donald Trump. C'est Gabriel Attal qui a dégainé le plus vite en affichant son pragmatisme sur la réalité du monde « régi par la force » face à ceux qui se contentent de s'indigner. Avec un temps de retard, Édouard Philippe s'est aussi étonné « des cris d'orfraie sur le droit international » et inquiété de voir l'Europe en être réduite aux « commentaires ». Tous les deux se sont réjouis du départ du président Maduro, qualifié de dictateur. Des positions au final assez proches et dans la ligne d'Emmanuel Macron pour lequel, dans le monde il y a les « carnivores » et les « herbivores ». Attal comme Philippe espèrent être celui qui peut manger les autres.

Après avoir longtemps fait l'impasse sur les élections municipales, La France insoumise (LFI) a décidé de miser davantage sur le scrutin, organisé les 15 et 22 mars prochains. Objectif, faire élire le maximum de conseillers municipaux voire prendre des villes à ses rivaux de gauche. Mais le mouvement reste organisé autour de son scrutin de prédilection, l'élection présidentielle. Sans se déclarer officiellement pour l'instant, Jean-Luc Mélenchon a déjà posé les bases de sa quatrième candidature. Une tournée internationale aux États-Unis, au Canada, en Italie et en Espagne pour présenter son nouveau livre, puis un meeting par mois à l'automne dans des villes moyennes « pour aller à la rencontre de zones moins connues », explique une conseillère, Jean-Luc Mélenchon n'a pas chômé durant son année 2025. Une montée en puissance en douceur pour le leader insoumis, qui fêtera cette année ses 75 ans. Jean-Luc Mélenchon s'est approprié depuis 2022 l'image de la tortue, qui avance à son rythme mais décidée vers l'objectif rêvé, entrer à l'Élysée dans 15 mois. Le retour de la « tortue sagace » C'est sa stratégie habituelle à l'approche du scrutin suprême : jouer l'apaisement après trois années de bruit et de fureur, bref, une mue de la tortue qui agace vers la tortue sagace. Illustration avec son audition devant la commission d'enquête sur l'entrisme islamiste dans les partis politiques le 6 décembre dernier. L'insoumis a habilement évité les emportements face à des députés bien décidés à le faire sortir de ses gonds. Et il a profité de cette tribune pour donner une leçon sur la laïcité, sujet sur lequel son mouvement fait l'objet d'attaques répétées depuis des années. Un leadership renforcé S'il s'est approprié l'expression « Le Vieux » dont l'affuble affectueusement les jeunes troupes de la FI, Jean-Luc Mélenchon veille jalousement à ne pas apparaître obsolète. Il continue d'entretenir son image de politique connecté à grands renforts d'interviews sur les plateformes en ligne, ou en consacrant l'une de ses dernières conférences à la conquête de l'espace. Il a également veillé à ne pas laisser émerger de concurrence en interne, purgeant certains ambitieux comme le député François Ruffin en 2024 et s'entourant de fidèles. Des fidèles en bouclier Jean-Luc Mélenchon s'expose moins, notamment médiatiquement, depuis quelques mois, laissant à ses lieutenants la charge de gérer les polémiques que les Insoumis déclenchent en rafales pour faire émerger dans les débats leurs sujets de prédilection. Telle une légion romaine, en formation tortue bien sûr, les troupes de LFI veillent à épargner leur chef avant la véritable entrée en campagne. Jusqu'à parfois friser l'hypocrisie, à l'image de ce très proche qui affirme que « Jean-Luc Mélenchon a toujours la velléité d'être remplacé et qu'il n'est pas encore notre candidat ». Tout en martelant qu'il est à la fois « excellent et le mieux placé » et qu'évidemment il le soutient « à titre personnel ». À lire aussiPolitique française: Marine Tondelier, Olivier Faure et Raphaël Glucksmann, un trio qui joue gros en 2026

Pour cette dernière chronique de l'année, RFI revient sur trois moments politiques marquants de 2025 : l'adoption en première lecture du texte sur la fin de vie, la condamnation avec exécution provisoire de Marine Le Pen, et le pari raté de François Bayrou. La loi sur la fin de vie : un moment rare de sérénité parlementaire En mai dernier, le texte de la loi sur la fin de vie est adopté en première lecture par l'Assemblée. Une séquence frappante, d'abord par son calme, comme l'ont reconnu tous les bancs de l'hémicycle. Rien à voir avec le climat d'invectives auquel on s'est habitué depuis plusieurs années, et plus encore depuis la dissolution. Ce débat a aussi montré à quel point la fin de vie est un sujet intime, mêlant convictions profondes et histoires personnelles. On était loin du schéma classique : un parti, une ligne, un vote. Au Rassemblement national (RN), par exemple - où l'on est pourtant habitué à voter en rangs serrés - les positions étaient éclatées : certains députés étaient farouchement opposés à l'aide active à mourir, d'autres favorables, allant jusqu'à défendre « un droit à éteindre la lumière ». Après 68 heures de débats, l'artisan du texte, Olivier Falorni, résumait ainsi : « Nous avons réussi à montrer le meilleur de l'Assemblée nationale. » La condamnation de Marine Le Pen et le choc de l'inéligibilité Deuxième événement politique marquant : la condamnation de Marine Le Pen à l'inéligibilité, avec exécution provisoire. Nous sommes le 31 mars 2025. Marine Le Pen prend soudain conscience qu'elle pourrait ne pas être en mesure de se présenter à l'élection présidentielle de 2027. Un coup de tonnerre pour celle qui rêve de l'Élysée depuis une quinzaine d'années, et dont la première candidature remonte à 2012. Ce qui frappe alors, c'est que le Rassemblement national met en place rapidement un discours très offensif contre la justice, accusée d'être manipulée par des « juges rouges ». Cette condamnation relance aussi un débat juridique majeur : l'exécution provisoire, qui permet l'application immédiate d'une peine, même en cas d'appel. C'est cette même disposition qui a valu, sept mois plus tard, à l'ancien président Nicolas Sarkozy un séjour derrière les barreaux. Le pari perdu de François Bayrou à l'été 2025 Troisième fait politique marquant : le coup de poker raté de François Bayrou, à l'été. Que s'est-il passé dans la tête de François Bayrou le lundi 25 août 2025 ? La question agite alors tous les observateurs. Ce jour-là, celui qui est encore Premier ministre convoque un vote de confiance, plaçant son avenir politique entre les mains d'une Assemblée nationale largement hostile. Son projet de budget, dévoilé un mois plus tôt, avait déjà essuyé de vives critiques - notamment une mesure très mal passée - : la suppression de deux jours fériés. L'ancien Premier ministre a-t-il volontairement provoqué sa chute, ne voyant pas comment passer l'automne ? Lui parlera d'une « épreuve de vérité » face à l'ampleur du déficit. Le verdict, en tout cas, est sans appel. François Bayrou est contraint de quitter Matignon le 8 septembre 2025.

Alors que l'ancien président Nicolas Sarkozy a entaillé durablement le cordon sanitaire cher à l'ancien président Jacques Chirac en expliquant dans son livre qu'il ne soutiendrait pas un front républicain contre le RN, ses propos ont relancé le débat sur l'union des droites. Dix-huit mois après le départ fracassant d'Éric Ciotti des Républicains, le parti reste profondément divisé sur le sujet. Les barrières tombent et alors que le parti d'extrême droite Rassemblement national caracole en tête du premier tour de l'élection présidentielle dans tous les sondages, certains ténors de la droite se demandent comment ne pas être engloutis par le RN. Chacun apporte sa réponse, quitte à rompre avec le cordon sanitaire jusque-là largement érigé en rempart. Ces derniers jours, la petite phrase de Nicolas Sarkozy dans son livre Journal d'un prisonnier a jeté un pavé dans la mare. Alors qu'il avait appelé à voter Emmanuel Macron face à Marine Le Pen en 2017 et en 2022, il estime que « la reconstruction de la droite ne pourra passer que par l'esprit de rassemblement le plus large possible, sans exclusive et sans anathème ». Un revirement notable, qui intervient après plusieurs déclarations dans le même sens de la part de hauts responsables LR. À commencer par le patron du parti Bruno Retailleau, qui a appelé à faire voter RN dans une législative partielle contre un candidat de gauche et qui appelle à une union des droites dans les urnes. Une ligne pas totalement suivie à droite Pour le président de la région des Hauts-de-France Xavier Bertrand, cette alliance, si elle avait lieu, se ferait forcément au détriment des Républicains qui pourraient ainsi disparaître, dilués dans le RN. Pour la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, « s'allier au RN, c'est s'effacer, c'est devenir sa caution de respectabilité ». Une position que partage une ministre Renaissance. Pour elle, « si un accord droite et extrême droite se faisait, on pourrait plutôt parler d'une OPA hostile plus que d'une alliance ». En ligne de mire, les élections municipales, un test avant la présidentielle de 2027 Les prises de parole et les stratégies des candidats commencent à se multiplier. C'est le cas par exemple du président du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale, Laurent Wauquiez, qui appelle à tout voter sauf LFI en cas de second tour sans candidat LR. Quant aux maires issus de la droite républicaine, ils sont de plus en plus confrontés à des concurrences de la part du Rassemblement national. C'est le cas par exemple de la candidate LR Martine Vassal à Marseille qui a laissé sous-entendre qu'elle pourrait s'allier avec le candidat RN Franck Allisio. Dans ce cadre, la tentation de faire alliance donnerait raison, avec quelques mois de retard, au pari d'Éric Ciotti à l'occasion des dernières élections législatives. À lire aussiFrance: aucun «front républicain» contre l'extrême droite aux prochaines élections, assume Sarkozy

Édouard Philippe a encore fait entendre une voix dissonante dans le bloc central à l'occasion du vote du budget de la Sécurité sociale. L'ancien Premier ministre avait déjà attaqué le président français Emmanuel Macron, il refuse désormais de soutenir Sébastien Lecornu sur le budget : Édouard Philippe joue une carte risquée. La carte jouée est risquée, mais s'inscrit dans sa stratégie de rupture avec Emmanuel Macron. Cette position a pris une autre dimension en octobre dernier quand il a évoqué la démission du chef de l'État comme une solution à la crise politique actuelle. Une déclaration choc, inattendue et largement critiquée. Pour un sénateur centriste, appeler à la démission du président, c'était mettre en cause les institutions et aller vers « un système révocatoire », rien de moins. Les sondages aussi ont sanctionné Édouard Philippe, sa cote de popularité a chuté à partir de cette déclaration. Personne n'a compris qu'il tienne un discours très proche des extrêmes, RN et LFI qui ne cessent de réclamer le départ du président. Même chez les socialistes, un élu capé a jugé sa sortie « maladroite et inopérante, car c'est un ancien Premier ministre et un candidat à la présidentielle ». À lire aussiÉdouard Philippe - Horizons : friture sur la ligne « Son objectif, c'est d'accélérer le calendrier » Alors pourquoi récidiver sur le budget ? Un député Renaissance a une explication. Édouard Philippe est selon lui dans « une position maximaliste » et va « au bout de la logique qui est d'arriver à une situation pourrie ». Une ancienne juppéiste, pragmatique, analyse la stratégie d'Édouard Philippe : « Son objectif est d'accélérer le calendrier. Un budget de la Sécurité sociale pas voté, c'est un risque de dissolution. » Une manière de dire qu'il faut prendre ses critiques sur un budget qui creuse les déficits, comme un produit d'appel électoral pour d'éventuelles législatives ou surtout la présidentielle. Lors de celles-ci, le maire du Havre pense qu'il pourra défendre une ligne politique claire et cohérente avec ses convictions. Sauf que selon la même source, les Français risquent de ne retenir que son appel à la démission du président, un sparadrap qui va lui coller aux basques. Édouard Philippe a-t-il tout faux ? Un ancien ministre macroniste constate que parmi les candidats potentiels du bloc central pour 2027, Édouard Philippe est « en avance en termes de "présidentialité" » et qu'il est vu comme « plus autonome de Macron » qu'un Gabriel Attal. Ce qui semblerait valider sa stratégie. Mais, un député Renaissance croit au contraire qu'Édouard Philippe doit prendre garde à ne pas multiplier « les sorties mal calibrées » : « Il est dans la même barque que nous. Ceux qui gagnent dans le désordre, c'est Jordan Bardella et Marine Le Pen », dit-il. À lire aussiPrésidentielle 2027 en France: l'ex-Premier ministre Édouard Philippe officialise sa candidature

C'est le dernier grand test politique avant la présidentielle 2027 et à trois mois des élections municipales, l'inquiétude commence à gagner les rangs des socialistes et écologistes, au pouvoir dans la plupart des grandes villes du pays. La décision du parti de la gauche radicale, la France insoumise, de miser pour la première fois sur ce scrutin qu'elle dédaignait jusque-là bouleverse en effet les équilibres et les alliances. Contenir coûte que coûte les listes insoumises en dessous des 10% : voilà l'objectif officieux mais principal de la plupart des municipalités sortantes de gauche. 10% c'est en effet le seuil minimal pour se maintenir au second tour, ouvrant la voie à deux scénarii que les édiles écologistes et socialistes contemplent avec crainte : une concurrence au second tour synonyme de défaite ou une fusion avec les Insoumis ce qui implique de partager le pouvoir avec un parti jugé trop remuant voire carrément infréquentable. « Cette stratégie de cavalier seul de LFI est mortifère », gronde l'eurodéputé écologiste David Cormand. Réponse des Insoumis : « depuis quand est-il interdit de se présenter à des élections ? » Et de pointer l'impasse dans laquelle s'est par exemple mis le Parti socialiste. « À Paris, le candidat du PS Emmanuel Grégoire annonce qu'il ne fera jamais d'alliance avec nous », explique le député Paul Vannier, « si les Socialistes venaient à perdre la ville, ce serait uniquement de leur faute », poursuit celui qui est aussi responsable des élections à LFI. Mais du côté du PS, on accuse les Insoumis de faire en sorte que tout rapprochement soit impossible, rappelant que leur candidate à Paris, la député Sophia Chikirou, a revendiqué ne plus vouloir voir un maire socialiste à la tête de la capitale. Une situation récurrente embarrassante pour les Écologistes Ces dissensions existent aussi à Marseille, que la gauche avait pourtant reprise en 2020 avec l'aide des Insoumis. Mais aussi dans des villes que la gauche souhaiterait conquérir, comme Toulouse, actuellement dirigée par la droite. Dans la Ville Rose, une alliance de l'ensemble des partis de gauche permettrait sans doute la victoire, mais là aussi, l'union semble compliquée. Mais les craintes sont particulièrement fortes dans les municipalités dirigées par les écologistes. Ceux-ci font en effet face à une équation impossible. Leurs grandes villes conquises en 2020, Lyon, Strasbourg ou encore Bordeaux, ne peuvent être conservées sans l'appui des socialistes. Mais il leur serait aussi difficile de les garder si les Insoumis venaient à être présents au second tour. L'état-major écologiste tente donc de ménager tout le monde. Le problème, c'est que leurs partenaires potentiels ne font pas toujours preuve de bonne volonté : « Nous, on soutient les sortants socialistes, mais la réciproque n'est pas encore vraie », s'agace David Cormand, qui dénonce aussi la décision de LFI de présenter une liste à Grenoble où elle était jusque-là alliée des écologistes. Sauf que du côté des Insoumis et des socialistes, la réponse est la même : « les écologistes doivent choisir leur camp ». Campagne très tendue à prévoir Ces municipales pourraient s'apparenter à « une lutte à mort » entre le PS et LFI, selon les mots d'un dirigeant socialiste. Le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon ne cache d'ailleurs que ce scrutin est pour lui un « galop d'essai » de la présidentielle. L'objectif est donc d'affaiblir au maximum son ancienne maison socialiste, tout en écartant au passage les ambitions écologistes. Les Insoumis, qui ne dirigent aucune grande ville, n'ont pas grand-chose à perdre, contrairement à leurs anciens alliés. Et ils ont aussi en tête une autre échéance électorale : les sénatoriales, qui se tiendront à l'automne 2026. Pour espérer entrer dans la Chambre Haute, LFI a besoin d'engranger des grands électeurs, notamment des maires et conseillers municipaux, et donc d'être présente dans le maximum de municipalités. À lire aussiFrance: à quatre mois des élections municipales, les partis commencent à organiser leur stratégie

Le Rassemblement national, toujours en tête des sondages pour les prochaines élections, traverse une période d'incertitudes autour de sa candidature à la présidentielle de 2027. Condamnée à cinq ans d'inéligibilité en mars 2024, Marine Le Pen voit planer le doute sur sa capacité à se présenter. De plus en plus d'indices laissent penser que Jordan Bardella est en train de se mettre en ordre de marche pour prendre le relais. Le signe le plus marquant ? Une série de sondages récents, très favorables au RN dans son ensemble, mais particulièrement flatteurs pour le président du parti. Le trentenaire arriverait en tête du premier tour, quel que soit son adversaire, et remporterait même le second tour dans la plupart des cas si l'élection avait lieu demain. Bien sûr, à deux ans de l'échéance, ces chiffres sont à prendre avec précaution. Ce qui frappe davantage, c'est que désormais dans les instituts de sondage, seul Jordan Bardella est testé comme candidat RN. Marine Le Pen, elle, a quasiment disparu des hypothèses. La principale intéressée a d'ailleurs esquissé ces dernières semaines un calendrier de retrait. Interrogée sur une radio nationale, la cheffe de file des députés RN a déclaré que si sa condamnation était confirmée en appel – décision attendue à l'été 2026 – elle passerait immédiatement le flambeau sans attendre un éventuel pourvoi en cassation qui, même s'il aboutissait avant 2027, interviendrait trop tard pour mener une campagne sereine. Jordan Bardella en campagne... pour son livre Pendant ce temps, Jordan Bardella sillonne la France pour promouvoir son deuxième livre, Ce que veulent les Français (plus de 40 000 exemplaires vendus). L'ouvrage ressemble à s'y méprendre à un programme présidentiel. Il parle beaucoup à la première personne, développe une vision et ne cite Marine Le Pen qu'une seule fois – un hommage court mais chaleureux à son « mentor ». À chaque dédicace, la foule est au rendez-vous : files d'attente interminables, selfies à la chaîne… et même un enfarinage, un rite de passage presque obligé pour tout prétendant sérieux à l'Élysée. À lire aussiFrance: Marine Le Pen a «demandé» à Jordan Bardella «de se préparer» pour la prochaine présidentielle Ne pas enterrer Marine Le Pen Au sein du parti, pourtant, personne n'ose encore briser publiquement le tabou. « La période qui nous sépare de l'été prochain ne pose aucun problème », assure un proche de Marine Le Pen, qui continue d'afficher son « grand espoir » d'être relaxée en appel. Publiquement, la double finaliste de la présidentielle répète qu'elle n'a « absolument pas renoncé ». Le RN prend d'ailleurs soin, dans ses communications sur les bons sondages, d'afficher côte à côte les photos de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. En privé, l'ambiance est différente. Plusieurs cadres et interlocuteurs récents décrivent une forme de résignation chez la présidente d'honneur du parti. « On a parfois l'impression qu'elle fait un peu semblant d'être suspendue au verdict et d'y croire encore », confie l'un d'eux – tout en reconnaissant que sa combativité reste intacte, notamment lors des débats budgétaires à l'Assemblée nationale. Chez les alliés ciottistes de Reconquête comme au Palais-Bourbon, on est plus direct. On se prépare ouvertement à une campagne Bardella. Les adversaires du RN, eux, ont bien compris la séquence. Ils attaquent déjà durement le jeune président du parti sur son manque d'expérience et mettent en doute sa capacité à tenir une campagne présidentielle de longue haleine. Pour le Rassemblement national, l'exercice consiste donc, pour l'instant, à marcher sur un fil : maintenir l'unité derrière Marine Le Pen tant que l'espoir juridique existe, tout en laissant Jordan Bardella monter doucement en première ligne. Un numéro d'équilibriste qui pourrait durer encore de longs mois.

Quel rôle pour Emmanuel Macron ? Depuis la dissolution, Emmanuel Macron est hors-jeu dans le débat politique national, obligé de laisser « carte blanche » à son Premier ministre Sébastien Lecornu pour éviter une censure. Mais il essaie malgré tout de rester présent aux oreilles des Français. Le président de la République ne cesse d'envoyer des messages. Une petite phrase par-ci, une réunion par là. Emmanuel Macron essaie encore et toujours de se créer des occasions de participer au débat national. Récemment, il a lancé un cycle de rencontres publiques avec les lecteurs des titres de la presse quotidienne régionale autour de la question des réseaux sociaux et de la démocratie. Il a organisé une édition française du sommet Choose France, son grand rendez-vous économique, lors de laquelle il a pris soin d'essayer de rassurer les patrons inquiets des conséquences de l'instabilité politique lors d'un diner, mais aussi de s'adresser à ses concitoyens dans une vidéo. Un exercice de communication dont le président est friand, moins solennel qu'une allocution et qui lui a permis de vanter le bilan de sa politique économique de l'offre alors qu'elle est consciencieusement détricotée par les oppositions dans le débat budgétaire. « Est-ce que je suis satisfait tous les jours de ce qui est voté au Parlement ? Non. Mais est-ce que je pense que la recherche d'un compromis est nécessaire ? Oui », a lancé Emmanuel Macron qui a fait valoir ses convictions et en même temps son incapacité à les imposer. « Est-ce que je suis satisfait tous les jours de ce qui est voté au Parlement ? Non. » Le président s'est aussi emparé de la question du narcotrafic. Un peu à la Sarkozy, il a organisé une réunion avec tous les ministres concernés à l'Élysée après un fait divers dramatique, l'assassinat du jeune frère d'un militant engagé dans la lutte contre les trafiquants de drogue à Marseille, Amine Kessaci. Emmanuel Macron a diligenté ses ministres sur place et a promis de s'y rendre en décembre. Et il a stigmatisé dans la foulée les consommateurs de drogue avec une phrase qui a utilement été rapportée et qui met en cause « les bourgeois des centres-villes qui financent le narcotrafic ». Des propos qui ont fait beaucoup parlé. « Il met en scène sa propre impuissance » Mais est-ce que sa voix porte ? C'est toute la question. Un député socialiste est cinglant : « Le problème d'Emmanuel Macron, dit-il, c'est qu'il a du mal à comprendre la situation dans laquelle il est. Il pense sûrement qu'en réapparaissant, il va retrouver un crédit. Mais il met en scène sa propre impuissance ». Une ministre de son camp n'est pas plus positive et déclare : « Les gens ont du mal avec lui. Il a créé un truc de détestation ». Une manière de dire que les efforts d'Emmanuel Macron pour jouer encore un rôle risquent d'être vains. À lire aussiMaurice: Emmanuel Macron confirme «un engagement fort dans l'océan Indien»

En pleine discussion budgétaire en France, un débat inattendu s'est invité dans les couloirs de l'Assemblée : un débat autour de la consommation d'alcool à la buvette de l'Assemblée. Tout est parti d'un rapport de 70 pages écrit par le député écologiste Emmanuel Duplessy, et rendu public début novembre 2025. Dans ce document, le député fait une série de recommandations sur le budget de fonctionnement, entre autres, de l'Assemblée, avec des possibilités d'économies. Et il livre notamment deux recommandations qui ont fait beaucoup parler. Utilisation des frais de mandat possible La première : en finir avec la vente d'alcool à la buvette de l'Assemblée « par mesure d'exemplarité ». La deuxième : ne plus autoriser les députés à utiliser leurs frais de mandat pour régler leurs consommations. Pourquoi une consommation d'alcool pourrait être « prise en charge par les deniers publics ? », s'interroge l'élu écologiste. Certains députés se disent prêts à revoir les règles. « Il faut voir comment faire côté administratif, mais c'est clair que l'achat d'alcool à la buvette pourrait passer sur un crédit personnel », concède un élu Insoumis. Une élue du PS, elle, ne voit pas le problème et relativise : « Ce sont juste des notes de frais de repas, et dans le repas, eh bien, il peut y avoir parfois de l'apéro. Tout ça est très Français, j'imagine comme comportement ». « S'il n'y a plus d'alcool à la buvette, certains iront en boire ailleurs » Sur l'interdiction pure et simple de l'alcool à la buvette, là aussi, il y a de la résistance. Et on n'est pas du tout sur une fracture gauche / droite, puisqu'on trouve des députés sceptiques dans les deux camps. « On n'est pas alcooliques, on n'est pas saouls dans l'hémicycle, donc je ne vois pas où est le problème », explique sourire aux lèvres un député du camp présidentiel. « S'il n'y a pas d'alcool à la buvette, certains iront en chercher ailleurs ou même en boire dans leur bureau » confie de son côté une députée du PS qui assure être plutôt adepte du coca light à la buvette. Autre argument, celui-là, d'un député LFI : « Quand votre boulot commence à 9 heures et se termine à minuit, comme depuis quatre semaines, interdire l'alcool, pour ceux qui aiment prendre un verre, ça revient à dire : aucun moment de détente ». Une potentielle source d'économies limitée Précision importante : le député, Emmanuel Duplessy, assure ne jamais avoir assisté à un débordement lié à un problème d'alcool à l'Assemblée. Il reconnaît aussi que si l'alcool était exclu des notes de frais, la source d'économies serait limitée : l'année dernière, le chiffre d'affaires des ventes d'alcool à la buvette de l'Assemblée s'élevait à moins de 100 000 euros. Et ce montant ne correspond pas forcément à des commandes payées par des députés, car les ministres, collaborateurs et conseillers ministériels ont aussi accès au lieu.

Après un passage remarqué au ministère de l'Intérieur et une percée fulgurante dans les sondages, Bruno Retailleau est brutalement retourné dans l'ombre suite à sa sortie fracassante du gouvernement Lecornu I. Désormais chef à plein temps des Républicains, le Vendéen tente de retrouver la lumière. Il opère un retour cette semaine pour mettre fin à une mauvaise passe en lançant un tour de France pour préparer 2027. Le service politique de RFI a rencontré le patron des Républicains cette semaine, dans son bureau parisien. Ce n'était pas pour parler politique pure, mais pour préparer la commémoration des dix ans des attentats du 13-Novembre. Pourtant, une rencontre reste toujours l'occasion d'un ressenti. Et c'est assez visible, Bruno Retailleau a perdu de sa vigueur. Celle du temps où il était un ministre en vue, au discours ferme et aux petites phrases explosives. Son entourage le confirme : « Il est un peu éteint » « Une chute d'adrénaline », que l'on juge « logique ». Il est passé, c'est vrai, en quelques jours, de réunions de la plus haute importance à des comités stratégiques. « La lumière va se rallumer », veut croire un proche. S'il est fatigué, il n'est pas abattu. Et il s'apprête à retrouver bientôt les bancs du Sénat, où, sans reprendre la direction du groupe, il devrait peser sur les débats budgétaires en cours, qu'il dépeint comme un « hold-up fiscal ». Un chef à l'autorité fragilisée Bruno Retailleau est aussi le patron d'un parti, LR, affaibli. Car la séquence « sortie du gouvernement » a aussi ébranlé en interne. Un certain Laurent Wauquiez, chef des députés LR et adversaire de Bruno Retailleau pour la présidence du parti, ne cache pas en off avoir cherché à le « pousser à la faute ». Plaidant tantôt pour, tantôt contre la participation au gouvernement, puis pour, puis contre la censure. Bref, toujours dans le contre-pied de celui qu'il a pourtant très largement battu, à près de 75%. C'est ainsi que désormais, Laurent Wauquiez se range dans le camp de ceux qui demandent l'organisation d'une grande primaire, allant du centre droit de Gérald Darmanin à l'extrême droite de Sarah Knafo, pour désigner un candidat en 2027. « Ça n'a aucun sens », pour les « rétaillistes », qui, eux, lancent des travaux de consultation des militants pour définir la méthode d'ici janvier, et un candidat LR après les municipales. Une primaire fermée ? Ou une sélection naturelle en fonction des sondages ? Les deux sont sur la table. Retailleau veut jouer un rôle Et Bruno Retailleau, évidemment, jouera un rôle. Il a entamé un tour de France, à raison d'un meeting par semaine. Il compte se poser comme le grand espoir de la droite, avec un « projet de redressement », au cœur duquel il place la valeur travail, l'assimilation des étrangers, ou la remise en cause de l'État de droit, devenu à ses yeux un cadre idéologique. La présidentielle, c'est dans 17 mois. Dix-sept mois pour créer l'événement, car désormais Bruno Retailleau sans l'exposition qu'offrait le ministère de l'Intérieur.

Direction l'Assemblée nationale dans la chronique politique. L'Assemblée, où depuis la semaine dernière, les députés se retrouvent dans une situation inédite. Ils examinent le projet de budget 2026 — jusque-là, rien de bien nouveau ! — Sauf qu'ils ont en tête la promesse du Premier ministre : ne pas recourir à l'article 49.3. L'abandon du 49.3, un engagement pris « pour garantir que le débat vivra et ira jusqu'au vote » avait défendu Sébastien Lecornu lors de son Discours de politique générale. Un engagement pris aussi pour éviter la censure du Parti socialiste. Le pouvoir de retour au Parlement ? Le Premier ministre avait alors utilisé le mot « rupture ». Les débats ont commencé il y a plusieurs jours, est-ce que cela a vraiment transformé les échanges ? Ce qui est sûr, c'est qu'on n'avait pas vu autant de députés dans l'hémicycle pour un débat budgétaire depuis plusieurs années. Et il y a, ici ou là, un certain enthousiasme. Pour une élue du PS, « Cette situation rend les débats plus dynamiques et les masques tombent », chaque parti étant davantage amené à se positionner sur chaque sujet en votant. « L'abandon du 49.3 redonne du pouvoir au Parlement », reconnaît aussi un élu MoDem. On trouve également de l'enthousiasme du côté de l'Élysée. Un proche du président l'affirme : « Après des mois d'invectives, le sérieux est de retour dans l'hémicycle. » À lire aussiFrance: l'Assemblée nationale dit non à la taxe Zucman sur les hauts patrimoines « Des dérapages dans tous les sens » Mais toute la classe politique ne partage pas cette « positive attitude », comme la droite et le centre droit, par exemple. Il faut dire que, ces derniers jours, une taxe sur les multinationales, qui rapporterait 26 milliards d'euros, a été votée : un véritable cauchemar fiscal pour ce côté-là de l'hémicycle. « Les débats sont intéressants, mais il y a des dérapages dans tous les sens », résume un élu Horizons. « Cet abandon du 49.3 ne change pas fondamentalement les choses », m'explique, de son côté, un élu LR, qui voit surtout en ce moment une « mainmise du PS sur le budget ». Avant de conclure : « Si ça continue comme ça, je ne vois pas comment on peut adopter un projet de loi qui tienne la route. » Un propos qui donne du grain à moudre à La France insoumise et au Rassemblement national. Le parti de la gauche radicale et celui d'extrême droite attaquent en effet frontalement cette nouvelle configuration. « Cet examen va finir en budget Frankenstein », tacle LFI. « On assiste à une comédie parlementaire », dixit le Rassemblement national. En fait, les deux partis pensent que le budget ne sera pas voté et que le gouvernement finira par le faire passer par ordonnances. Un député du bloc central analyse : « Les forces politiques modérées débattent en responsabilité… et ça démonétise les extrêmes, qui veulent radicaliser les positions de chacun. » À ce stade des débats, en tout cas, le gouvernement se défend vivement de vouloir utiliser les ordonnances. À lire aussiBudget en France: l'Assemblée nationale approuve un amendement gouvernemental augmentant la surtaxe sur les entreprises

L'ancien Premier ministre Edouard Philippe a les yeux rivés sur la prochaine élection présidentielle et ses proches s'interrogent sur sa stratégie. D'ailleurs ces dernières semaines il y avait comme un parfum de cacophonie au sein du parti Horizons ? Tout d'abord, les faits. Début octobre en pleine crise politique, le fondateur d'Horizons demandait à Emmanuel Macron d'organiser une « élection présidentielle anticipée », seulement après l'adoption d'un budget, car une « démission immédiate et brutale aurait un impact terrible ». La formation des gouvernements Lecornu 1 et 2 arrive et la ligne du parti est la suivante : un soutien, mais sans participation. Mais quelques jours plus tard, le premier gouvernement Lecornu est annoncé et trois ministres Horizons sont nommées. Scénario identique pour Lecornu 2 : Naïma Moutchou, Charlotte Parmentier-Lecoq et Anne le Hénanff sont bien présentes. Au sein du parti, ça commence à tanguer. L'ancien Premier ministre aurait finalement donné son accord pour leur entrée, mais sans en avertir le Bureau politique. Le parti se défend en expliquant que c'est à titre personnel que les trois ministres Horizons ont accepté. Pour un proche d'Edouard Philippe, « le Premier ministre Sébastien Lecornu aurait offert des portefeuilles que les trois concernées ne pouvaient pas refuser avec des sujets qui leur tenaient à cœur ». Puis vient l'étape de la censure et, cette fois, c'est Christelle Morançais vice-présidente du parti et présidente de la région Pays de La Loire qui, dans une initiative personnelle, se prononce en faveur de la censure d'un gouvernement « qui brade l'avenir des français sur l'autel d'intérêts partisans ». Les députés Horizons quant à eux n'ont pas envisagé un seul instant de voter cette censure et ont très mal accueilli l'idée. Quelle est la stratégie d'Edouard Philippe et de son parti ? Pour le moment, elle est assez illisible. Soldat loyal et « droit dans ses bottes » comme il aime le dire, cette crise politique a marqué un tournant pour l'ancien Premier ministre mais aussi pour son parti. Pour la première fois, des désaccords se sont faits jour au sein même du groupe à l'Assemblée. Il faut ajouter à cela la suspension de la réforme des retraites par Sébastien Lecornu qui a encore plus accentué les tensions au sein du parti d'Edouard Philippe. Il y a un an déjà, en septembre 2024, en pleine instabilité politique alors même que la France n'avait pas de Premier ministre, le maire du Havre faisait preuve d'un sens du timing hors du commun en annonçant sa candidature pour la présidentielle 2027. Le Havrais cultive le credo « loyal mais libre » mais cette fois il largue les amarres et se démarque bien de la Macronie et acte la rupture. À lire aussiÀ quoi joue Édouard Philippe? Est-ce que ça porte ses fruits ? Pour le moment pas vraiment. Dans un sondage publié il y a quelques jours, l'ancien Premier ministre est en recul face au Rassemblement national qui s'impose. Il souffre de la fragilisation du bloc central, mais aussi du manque de clarté de la ligne de son parti. Pour les sondeurs, Edouard Philippe paie aussi sans doute sa stratégie d'être parti très tôt dans la course pour 2027.

Sébastien Lecornu a finalement réussi à échapper à la censure au prix d'une concession majeure, la suspension de la réforme des retraites que le Parti socialiste réclamait pour l'épargner. Cette décision fait mal au bloc central et divise les macronistes. Il y a ceux qui comprennent et ceux qui vivent le choix de céder aux exigences du PS comme le renoncement ultime. La réforme des retraites, c'était, en effet, la seule réforme structurelle dont pouvaient se vanter les macronistes, un totem autour duquel ils montaient la garde. Et puis Sébastien Lecornu a utilisé la « carte blanche » qu'Emmanuel Macron lui avait donné, il a abattu son seul atout pour éviter la censure, la dissolution et le retour aux urnes qui promettait un désastre aux députés du bloc central, sacrifiant sur l'autel de la stabilité politique, le réalisme budgétaire jusque-là invoqué pour justifier les efforts demandés aux Français. De quoi hérisser les pourfendeurs des déficits. Un macroniste historique s'étouffe en en parlant : « Cette suspension évite la dissolution, fait gagner trois mois, mais combien on perd à terme en image de la France et vis-à-vis des prêteurs », sous-entendu ça va coûter cher en point d'intérêt sur la dette. À lire aussiFrance: retraites, fiscalité, censure… ce qu'il faut retenir du discours de politique générale de Lecornu « Une grosse bêtise de renvoyer le débat à 2027 » Et il y a aussi une autre crainte qui s'exprime, que le débat sur les retraites vampirise à nouveau l'élection présidentielle de 2027. Car la réforme des retraites est en effet suspendue jusqu'à janvier 2028. Et si aucun accord n'est possible à l'issue de la conférence avec les partenaires sociaux annoncée par le Premier ministre, la question des retraites sera forcément au cœur de la prochaine campagne présidentielle et de la bataille entre les potentiels candidats du bloc central. Notamment entre Edouard Philippe qui veut repousser l'âge de départ et Gabriel Attal qui défend la retraite à points. Attention danger, s'inquiète un observateur syndical : « C'est une grosse bêtise de renvoyer le débat à 2027, ça dira que le pays est embourbé » et poursuit-il, ça profitera au Rassemblement national. « Le président ne veut à aucun prix de la dissolution » Pourquoi, dans ce contexte, Emmanuel Macron a-t-il laissé Sébastien Lecornu sacrifier cette réforme ? Il n'avait plus le choix. « C'est la preuve que le président ne veut à aucun prix de la dissolution », explique un parlementaire Renaissance qui pense qu'Emmanuel Macron a envisagé le scénario catastrophe, celui d'une nouvelle législative où le RN n'aurait pas la majorité absolue et refuserait d'aller à Matignon, ne lui laissant plus d'autre solution que la démission. Une extrémité à laquelle il ne veut pas arriver. Mieux valait alors lâcher sur les retraites, quitte à fâcher son camp et à devoir faire lui-même le service après-vente auprès des députés lors d'une réunion à l'Élysée. À lire aussiFrance : « La dissolution créerait du chaos sur le chaos », avertit François Patriat, sénateur RDPI

Emmanuel Macron a beau faire savoir qu'il n'abandonnera jamais son mandat avant sa fin, le scénario d'un départ anticipé se fait de plus en plus sonore. Limité aux seuls membre de La France insoumise il y a encore quelques mois, l'appel à démission du chef de l'État est désormais de plus en plus repris des deux côtés du spectre politique. Diluée dans les multiples rebondissements politiques des derniers jours, la déclaration n'a sans doute pas eu le retentissement attendu. Mais quand, mardi 7 octobre, Édouard Philippe prend la parole sur RTL au lendemain de la démission surprise de Sébastien Lecornu, c'est pour demander à Emmanuel Macron de partir « de façon ordonnée et digne ». Objectif : mettre fin à la crise politique en cours depuis la dissolution de l'été 2024. « Un choix de convenance » du président, selon le premier des huit premiers ministres de l'ère macroniste. Édouard Philippe préconise au chef de l'État une démission après l'adoption du budget 2026. C'est la première fois qu'un baron du bloc central envisage publiquement une telle issue. Si rapidement, la proposition a été traitée par le mépris du côté des derniers fidèles d'Emmanuel Macron, dénonçant les propres ambitions présidentielles d'Édouard Philippe, le choc n'en reste pas moins immense. Jusque-là, la petite musique du départ anticipé venait surtout de Jean-Luc Mélenchon Depuis plus d'un an maintenant, les insoumis jugent cette issue inévitable. Quelques jours seulement après les législatives anticipées de 2024, un haut dirigeant de LFI estimait que le sujet de la démission ou destitution ne ferait que monter. « On est juste les premiers à le dire », souriait-il. D'où l'accueil très « positif » des déclarations d'Édouard Philippe. Jean-Luc Mélenchon a d'ailleurs repris, vendredi 10 octobre, le terme de « présidentielle anticipée ». Le leader insoumis estime toujours qu'une nouvelle dissolution donnerait la même Assemblée nationale, et que donc seul un départ du chef de l'État peut remettre les compteurs à zéro. Mais il acte aussi l'échec de la voie institutionnelle, les insoumis avaient déposé deux motions de destitution, sans succès. Reste que l'objectif premier est accompli : celui de placer dans l'atmosphère l'idée du départ anticipé du président. D'autres mouvements politiques reprennent désormais l'hypothèse du départ d'Emmanuel Macron Le Rassemblement national, notamment, plaide pour un départ du président de la République, même si l'inéligibilité de Marine Le Pen en fait forcément un plan B. Le RN pousse en priorité pour une dissolution, espérant emporter une majorité en cas de retour aux urnes. Mais l'hypothèse d'un départ anticipé d'Emmanuel Macron fait désormais partie des éléments de langage du mouvement d'extrême droite. À gauche, une trentaine de députés écologistes et communistes a signé la dernière motion de destitution des insoumis. Et les deux partis pourraient basculer définitivement si la crise politique se poursuit. Enfin, des voix s'élèvent aussi à droite et au centre, à l'image du président de la région Normandie Hervé Morin, qui avait rejoint le camp de l'appel à la démission dès le mois de septembre. Toutes et tous se justifient par le blocage des institutions depuis un an, mais aussi par l'impopularité croissante d'Emmanuel Macron. Selon un sondage publié mercredi par RTL, 73% des Français se déclarent plutôt, ou tout à fait favorables, à la démission du président. À lire aussiÀ la Une: Emmanuel Macron, en pleine crise politique

L'avenir du nouveau Premier ministre est toujours aussi incertain et l'instabilité menace de durer jusqu'à la prochaine présidentielle en 2027. C'est la grande échéance électorale à venir et tout le monde s'y prépare déjà, notamment en regardant de très près les sondages qui commencent à fleurir. La course de petits chevaux pour 2027 a commencé et même s'il est de coutume de dire que les sondages ne font pas l'élection, surtout à un an et demi de l'échéance, dans tous les camps, la moindre enquête suscite émoi et commentaires. Dernier en date, un sondage publié par l'Ifop cette semaine qui donne encore une fois le RN en tête du premier tour, que ce soit avec Marine Le Pen, qui n'est pas sûre de pouvoir concourir en raison de sa condamnation à une peine d'inéligibilité, ou avec Jordan Bardella, son dauphin désigné. Et ce qui interpelle, c'est l'écart avec les concurrents suivants, plus de 15 points les séparent. Premier enseignement donc, le RN reste le grand favori de la prochaine présidentielle. À ce stade, les autres candidats en sont réduits à s'affronter pour être celui qui décrochera le deuxième ticket pour le second tour. Les macronistes en difficulté Édouard Philippe chute de plusieurs points. Sa stratégie de se faire — ce sont ses propos - « discret dans un contexte de bordel » n'est pas payante, estime l'un de ses concurrents. Il se retrouve dans un mouchoir de poche avec Raphaël Glucksmann, l'homme qui progresse à gauche. Et Gabriel Attal est à la peine. Le patron de Renaissance, qui ne fait pas mystère de ses ambitions présidentielles, n'est même pas testé dans toutes les configurations, réduit à un rôle de second plan malgré ses efforts pour exister et prendre ses distances avec le chef de l'État. Car c'est l'un des enjeux pour ceux qui ambitionnent de se présenter dans le bloc central, ne pas endosser l'héritage d'Emmanuel Macron qui est devenu presque radioactif depuis la dissolution. À tel point qu'un cadre du parti présidentiel évoque le pouvoir de nuisance du président en déclarant : « Quand il fait quelque chose, ça nous retombe dessus », sous-entendu, ça n'est jamais positif. L'hypothèse d'une candidature LR Et dans l'hypothèse d'une candidature LR, les choses seront encore plus compliquées. Mais chez Renaissance, on n'imagine pas malgré tout avoir un « candidat commun » avec les Républicains. Alors, il faudra au moins essayer de n'avoir qu'un candidat dans le bloc central. Comment le désigner ? L'espoir des protagonistes pour éviter une primaire, c'est de réussir à créer une dynamique, à creuser l'écart et que ce soit les sondages qui arbitrent les ambitions.

Quels députés de quels partis vont réussir à s'emparer des postes clés à l'Assemblée nationale ? L'élection du bureau de l'Assemblée est prévue les 1er et 2 octobre. Et contrairement à l'an dernier, le parti d'extrême droite Rassemblement national (RN) pourrait y faire son apparition. Le RN est en passe de prendre sa revanche. Il y un an, la formation d'extrême droite n'avait obtenu aucun poste au bureau de l'Assemblée nationale, sorte de « conseil d'administration » qui décide de l'organisation interne de la Chambre basse. Le RN n'avait eu aucune vice-présidence, pas non plus de poste de secrétaire ou de questeur. Cette année, c'est un autre scénario vers lequel on se dirige. Exit le front républicain, les macronistes plaident désormais pour laisser de la place au parti de Jordan Bardella. Concrètement, la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet propose un accord pour que chacun des trois blocs politiques ait deux vice-présidences : deux pour le socle commun, deux pour la gauche et deux pour le RN. À lire aussiLe Rassemblement national, de plus en plus populaire chez les femmes, est-il une menace pour leurs droits? Une stratégie sévèrement critiquée à gauche Évidemment, tous les partis ne sont pas d'accord avec ce changement de cap. La gauche sait qu'elle n'a pas intérêt à y adhérer et se montre sévère : « Si ça se concrétise, les députés macronistes devront assumer d'avoir glissé dans l'urne un bulletin RN » peste un cadre Insoumis. Même tonalité au PS : « Si certains macronistes sont tentés par l'idée de faire élire le RN pour les notabiliser, c'est leur responsabilité » assure un député du parti de la rose pour qui « la répartition du bureau doit se faire dans un respect des équilibres de l'Assemblée. Mais en tenant compte du front républicain ». Attention, au sein même des macronistes, quelques voix ne goutent pas beaucoup l'idée de Yaël Braun-Pivet. « Je ne suis pas favorable à ce qu'on laisse rentrer le RN, je n'étais déjà pas très heureuse en 2022 quand Sébastien Chenu est devenu vice-président », soupire une députée Renaissance. « Un élu RN est aussi légitime que moi » Pour faire avaler la pilule, le bloc central essaye de dédramatiser. « Le bureau de l'Assemblée ne prend pas de décision sur l'avenir des Français, se justifie un député Modem. Cet accord permet juste de faire vivre la démocratie dans l'enceinte de notre Assemblée. Je déteste le Rassemblement national, mais un élu RN est aussi légitime que moi ». Le bloc central rappelle que le parti dirigé par Jordan Bardella est le premier parti de l'hémicycle. L'élection des six vice-présidents et des trois questeurs prendra place mercredi et jeudi. Et le plus probable, si les macronistes confirment leur changement de cap, c'est que la gauche va perdre de l'influence sur le bureau de l'Assemblée. Le RN, au contraire, devrait faire son entrée. « On l'espère », écrit un député du Rassemblement national qui estime que « cela reviendrait simplement à respecter le règlement intérieur ». L'élu fait référence à l'article 10 du règlement : « L'élection des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires a lieu en s'efforçant de reproduire au sein du bureau la configuration politique de l'Assemblée ». On sera fixés lundi.

Depuis la chute de François Bayrou, Marine Le Pen, cheffe des députés du Rassemblement National (RN), insiste avec force auprès du président de la République pour obtenir une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale. Pourtant, en cas de nouvelles élections législatives, elle reste inéligible en raison de ses ennuis judiciaires, qui reviendront bientôt sur le devant de la scène. Cette stratégie, loin d'être improvisée, s'inscrit dans une logique bien calculée. Marine Le Pen joue sur tous les tableaux, comme souvent, à la fois en apparence et en stratégie. Il y a deux semaines, lors de sa rentrée politique à Hénin-Beaumont, la triple candidate à la présidentielle a déclaré : « Je suis prête à sacrifier tous les mandats de la Terre » pour défendre les Français. Une manière d'affirmer que l'intérêt du pays prime sur ses ambitions personnelles. Mais en réalité, Marine Le Pen a deux idées en tête. « Tester » un nouveau recours pour contourner son inéligibilité Son entourage affirme que « tout est prêt » en cas de dissolution de l'Assemblée nationale. Le plan est le suivant : Marine Le Pen présenterait sa candidature en préfecture, qui serait refusée. Elle se tournerait alors vers le Conseil d'État, espérant que ce dernier, s'appuyant sur une récente décision du Conseil constitutionnel mettant en avant « la liberté de l'électeur », lui permette de se présenter, non seulement aux législatives, mais aussi à la présidentielle, et ce, avant son jugement en appel prévu avant l'été prochain. Cependant, Marine Le Pen elle-même qualifie cet espoir de « tout petit, petit, petit, petit ». En effet, une telle issue est peu probable, les décisions de ce type intervenant généralement après un jugement définitif. Le Rassemblement national (RN) n'y croit d'ailleurs pas vraiment. Preuve en est : Jordan Bardella envisage déjà de se présenter dans la circonscription de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont. Mais après tout, pourquoi ne pas tenter le coup, même si tous les recours de Marine Le Pen ont jusqu'ici échoué ? Un loi d'amnistie en cas de majorité RN à l'Assemblée ? Avec ou sans Marine Le Pen au Palais Bourbon, les « marinistes » pourraient alors légiférer et voter une loi supprimant l'inéligibilité qui frappe leur leader, assortie d'une exécution provisoire. Marine Le Pen est accusée d'avoir joué un rôle central dans le détournement de plus de 4 millions d'euros d'argent public. Bien qu'elle « écarte totalement cette idée », cette hypothèse est sérieusement envisagée par son camp. Un élu confie : « Si on gagne les législatives, cette question deviendra centrale ». Un texte en ce sens existe d'ailleurs déjà : il avait été proposé en juin dernier lors de la niche parlementaire des Ciottistes, mais rejeté. Ce scénario reste toutefois très hypothétique, tout comme une éventuelle dissolution. Demander cette dernière permet au RN, contraint par l'agenda judiciaire, de capter l'attention médiatique et de s'inscrire dans un narratif anti-système, déployé depuis la condamnation de Marine Le Pen. Cela a commencé dès l'annonce des dates de son procès en appel, prévu entre janvier et février 2026, juste avant les élections municipales. Si le RN réclamait une audience rapide, il dénonce désormais une « ingérence électorale ».

Rentrée politique sur les chapeaux de roue. François Bayrou n'a pas réussi son pari du vote de confiance. Il a dû démissionner. C'est Sébastien Lecornu qui lui a succédé. Les adversaires politiques d'Emmanuel Macron ont dénoncé le choix de ce nouveau Premier ministre encore une fois issu du bloc central, désigné pour mener la même politique et selon eux destinée au même avenir. Sébastien Lecornu peut-il réussir là François Bayrou a échoué ? « C'est comme comparer Mozart et Charles Trénet », s'amuse un parlementaire du bloc central à propos des méthodes de Sébastien Lecornu et de François Bayrou. Une manière de dire qu'ils aiment tous les deux la musique mais qu'ils ne jouent pas la même partition. Déjà parce que trois décennies les séparent mais aussi en raison de leurs personnalités. Le Béarnais est arrivé à Matignon en cador de la politique, trois fois candidat à la présidentielle, sûr de son destin et de ses idées, persuadé que son chemin était le bon et que ce n'était pas négociable, constatent certains dans son camp pour expliquer son incapacité à discuter notamment avec les socialistes et finalement son échec. Rien à voir avec Sébastien Lecornu qui a su attendre son heure dans l'ombre et que tous ceux qui le connaissent décrivent comme « malin », « habile », « créatif », « ouvert au dialogue ». « Il est prêt à composer », veut croire un macroniste. Mais Sébastien Lecornu a-t-il les coudées franches ? C'est toute la question car en l'absence de majorité Sébastien Lecornu est dans la même impasse que François Bayrou. Pour former un gouvernement et faire passer un budget, il va devoir faire des concessions d'abord à la gauche, aux socialistes peu enclins à se laisser amadouer. Le président aurait, rapporte une source, donné une large marge de négociation à son nouveau Premier ministre. Les deux hommes ont une relation fluide, de grande confiance. Cette proximité irrite les oppositions, mais dans le bloc central où on veut voir le verre à moitié plein, on estime que c'est quand même un atout pour le Premier ministre d'avoir l'appui du président pour manœuvrer mais à sa manière. Sébastien Lecornu va d'abord écouter et ne parlera que quand il aura quelque chose à dire, après avoir vu tous ceux avec lesquels il va essayer de bâtir ce fameux compromis, cet accord de non-censure, brevet de survie à Matignon. Discrètement car c'est sa marque de fabrique. Et si jamais Sébastien Lecornu échoue ? Alors ça sera la crise politique, le blocage, la démonstration que Barnier, Bayrou ou Lecornu à Matignon, ça ne change rien, qu'Emmanuel Macron n'a plus de solution. La voie ouverte à une nouvelle dissolution. À lire aussiFrance: la nomination de Sébastien Lecornu ne change pas l'équation politique

Ils sont vus comme étant la formation politique désormais au centre du jeu : les socialistes vont-ils vivre un retour au premier plan à l'issue de la chute du gouvernement Bayrou ? Emmanuel Macron lui-même a envisagé ces derniers jours un rapprochement avec le PS pour créer une nouvelle alliance à l'Assemblée. Mais est-ce vraiment le Grand Soir pour le parti à la rose après huit ans au purgatoire ou tout cela n'est-il qu'illusion ? Au sein de la direction du Parti socialiste, un seul scénario est officiellement envisagé, c'est celui d'un gouvernement formé par la gauche et si possible dirigé par le PS. Dans les rangs du parti, on affirme se préparer à investir les ministères, on plaisante en se disant « et toi, tu vas prendre quel poste ? ». Mais la réalité, c'est que pour l'instant la probabilité de voir cette hypothèse prendre corps est très faible. Pour des raisons mathématiques déjà : le Parti socialiste ne compte que 66 députés sur 577 et même s'il rassemble derrière lui Écologistes, Communistes et indépendants, il devra faire sans les Insoumis, dont le leader, Jean Luc Mélenchon, a affirmé ne pas vouloir participer à une « tambouille » politique qui rassemblerait de la droite aux communistes. Dans le meilleur des cas, le Parti socialiste disposerait d'une base fixe ne dépassant pas le quart des effectifs de l'Assemblée, bien loin d'une majorité donc. À lire aussiFrance: une réunion de la gauche à Matignon, sans LFI, pour préparer l'après-Bayrou Un gouvernement soutenu par le bloc central ? Les socialistes envisagent de négocier un accord de non censure, comme celui conclu entre François Bayrou et le PS justement ce printemps, ce qui avait permis au gouvernement de faire passer son budget. Mais le renvoi d'ascenseur est loin d'être assuré. Déjà parce que les partis actuellement au pouvoir préfèreraient y rester, et donc plutôt trouver un nouveau terrain d'entente avec un PS qui resterait en dehors du gouvernement. Et puis parce que les socialistes et leurs alliés devraient sans doute payer très cher le droit de gouverner. Il leur faudrait renoncer à nombre de leurs revendications, notamment en termes de fiscalité ou de retraites, ce qui voudrait dire commencer par des défaites. « Ça ne marchera pas », cingle une Insoumise, pour qui « Emmanuel Macron cherche seulement un nouveau pantin à manipuler ». Emmanuel Macron dos au mur ? L'échec de François Bayrou met toutefois Emmanuel Macron dans une position inconfortable : soit il accepte de se tourner vers les socialistes, qui appliqueront une politique ne lui convenant pas, soit il persiste à nommer un Premier ministre issu du bloc central avec la menace d'une chute quasi immédiate. Or, un nouveau gouvernement macroniste qui tombe, c'est le risque pour le chef de l'État de voir la question de son maintien au pouvoir s'accentuer. L'appel à sa démission est d'ailleurs devenu un slogan au Rassemblement national et à la France insoumise. Ce qui fait dire ironiquement à un élu LFI qu'en ne soutenant pas les ambitions gouvernementales du PS, les Insoumis lui rendent service : « plutôt de que de les laisser échouer, on leur propose une solution plus efficace : une présidentielle anticipée ». À lire aussiGeoffroy Didier : « L'instabilité politique pourrait durer jusqu'en 2027 »

Ce mardi François Bayrou présentera les orientations choisies par son gouvernement pour le budget 2026. Un moment forcément très attendu car le Premier ministre a d'ores et déjà annoncé que 40 milliards d'euros d'économie devront être trouvés. Pour l'instant, le mystère est total sur les intentions d'arbitrages du chef du gouvernement. Tous les partis ont été reçus ces derniers jours au ministère de l'Économie et tous sont sortis en n'ayant à peu près aucune idée de la teneur des annonces de mardi. « Logique », selon un sénateur centriste, « François Bayrou a travaillé en cercle restreint et les ministres de l'Économie et des Comptes Publics ne sont pas au courant de tout. » Interviewé sur LCI jeudi soir, François Bayrou s'est également bien gardé de toute annonce précise. À lire aussiBudget 2026 en France: la piste d'une «année blanche» sur la table Le Premier ministre compte sur l'effet de surprise : « ce 15 juillet doit être son 18 juin », ironise un élu, référence à l'appel à la résistance lancé aux Français depuis Londres par le Général de Gaulle en 1940. Mais c'est peu dire que le scepticisme règne dans la classe politique. « C'est de la communication, on ne voit pas arriver les choix drastiques nécessaires », grince un député Les Républicains. Un de ses collègues socialistes estime de son côté que François Bayrou n'est pas « structuré » et que les annonces risquent de partir dans tous les sens, si tant est qu'il en ait réellement la primeur. Emmanuel Macron en mouche du coche ? Certains élus du socle commun s'attendent à ce qu'Emmanuel Macron devance son Premier ministre. Le chef de l'État prononce ce dimanche son traditionnel discours aux armées. Et il pourrait être tenté de divulguer certaines décisions. Ce ne serait pas étonnant, juge un dirigeant socialiste, tant le président se démène depuis des mois pour affirmer son influence. Le risque est toutefois que cela affaiblisse encore le gouvernement, déjà très impopulaire. Le cabinet Bayrou est toute façon destiné à tomber lors des discussions budgétaires, estiment la plupart de nos interlocuteurs. Le gouvernement est en effet soumis à des pressions contradictoires. Trop de coupes et c'est la censure assurée venue de la gauche et de l'extrême droite, majoritaires en cas de vote commun à l'Assemblée. Pas assez, ou de nouveaux impôts et c'est l'alliance avec les Républicains qui implose. François Bayrou y croit encore « Gouverner c'est faire des choix », tempête-t-on à LR, « on ne peut pas faire plaisir à tout le monde ». LR où l'on prédit une équation quasi impossible à résoudre. « On a dit à François Bayrou qu'il ne fallait pas trop qu'il compte sur son socle commun », sourit-on à gauche. Un automne funeste donc pour François Bayrou ? À lire aussiBudget: le suspense selon Bayrou Le Premier ministre continue de croire en sa bonne étoile et en sa capacité de négociation : d'abord avec le Parti socialiste, qui lui avait permis au printemps d'éviter la censure ou avec le Rassemblement national qui avait longuement hésité à faire tomber son prédécesseur Michel Barnier l'hiver passé. Le chef du gouvernement a d'ailleurs adressé des clins d'œil appuyés au RN dans sa dernière interview. Il a ainsi relancé l'idée de scrutins législatifs à la proportionnelle, mais aussi d'une banque de la démocratie destinée à financer les partis politiques. Un peu tard toutefois pour le parti d'extrême droite, cerné par des procédures judiciaires liées à des malversations supposées concernant son fonctionnement.

La semaine a été marquée pour François Bayrou par une nouvelle épreuve. Le Premier ministre a affronté sa huitième motion de censure. Le Rassemblement national n'a pas joint ses voix à celles de la gauche et a donc offert un sursis au chef du gouvernement que celui-ci va mettre à profit pour continuer à préparer le prochain budget. Pour le moment, on ne sait pas grand chose sur la méthode de François Bayrou pour économiser 40 milliards d'euros... Le Premier ministre fait tout pour ménager le suspense. Quelques ballons d'essai ont bien été lancés comme l'idée d'une année blanche c'est-à-dire du gel des dépenses pendant un an sans que l'on sache vraiment si elle sera retenue ou pas, et si ceux qui en ont parlé étaient missionnés pour le faire. Une ministre en doute d'ailleurs et explique que le chef du gouvernement a demandé qu'on évite de mettre des sujets dans l'atmosphère car, à chaque fois, « ça part en cacahuète ». D'ailleurs, François Bayrou ne dit pas grand-chose des arbitrages qu'il envisage, même aux membres de son gouvernement. Du côté de Bercy, un ministre explique que peu d'informations circulent avec une formule imagée : « Je ne vois pas grand-chose de la machinerie ». Autrement dit c'est le grand flou du point de vue de ceux qui critiquent le Premier ministre, le grand mystère pour tout le monde. Pourquoi autant de précaution ? Ne pas dire quelles dépenses vont être réduites, quelles catégories vont être touchées, cela évite une levée de bouclier préventive de ceux qui se sentiraient menacés et voudraient faire pression avant que le couperet tombe. François Bayrou veut échapper aux protestations catégorielles anticipées. Il a d'ailleurs fait passer le message que tous les Français participeront à l'effort, toute la question étant dans le comment. François Bayrou joue-t-il sa survie sur le budget ? Lui qui avait présenté les « urgences » qui l'attendaient à son arrivée à Matignon comme « l'Himalaya », va attaquer avec le budget l'ascension de l'Everest, le plus grand sommet de la chaine. Le Premier ministre sait qu'il est attendu au tournant par ses alliés du socle commun, les LR qui refusent toute hausse d'impôts, par le RN qui multiplie les lignes rouges et le menace de censure. Une pression face à laquelle François Bayrou semble serein. Une ministre le compare à « tracteur puissant et lent » qui a « le calme des vieilles troupes ». Calme mais néanmoins prudent. François Bayrou va présenter son plan budgétaire le 15 juillet, après la fin de la session parlementaire, quand la censure n'est plus possible, au moment des vacances, pour laisser aux Français le temps de digérer la potion amère pendant l'été. À lire aussiFrance: François Bayrou évoque la possibilité d'un référendum sur les déficits

Malgré les obstacles majeurs rencontrés par le Rassemblement National (RN) depuis la condamnation de Marine Le Pen, le parti s'efforce de maintenir sa présence sur la scène politique en se positionnant comme le principal opposant au gouvernement. Bien que le RN semble prêt à accorder un répit à François Bayrou cet été en s'abstenant de voter une motion de censure, il n'en demeure pas moins résolument menaçant, continuant d'exercer une pression constante sur l'exécutif. Tous les porte-parole du Rassemblement national (RN) annoncent un rendez-vous à l'automne pour l'examen du projet de loi de finances. Cette semaine, Marine Le Pen a accentué la pression sur le gouvernement dans une interview accordée à Valeurs actuelles. Elle critique les premières pistes budgétaires de François Bayrou, déclarant : « Les orientations de François Bayrou pour le prochain budget montrent qu'il suit la même voie que son prédécesseur, [Michel Barnier] ». Ces propos traduisent une volonté claire de mettre en difficulté le Premier ministre, qui recherche 40 milliards d'euros d'économies et appelle à des efforts de la part de tous les Français. Quel intérêt pour le RN de brandir la menace d'une censure ? La stratégie du RN, qui envisage une motion de censure, peut sembler paradoxale, car une dissolution de l'Assemblée nationale est désormais possible. À partir du 8 juillet, le président de la République recouvrira son pouvoir constitutionnel de dissolution. Cependant, une telle éventualité placerait Marine Le Pen dans une position délicate : bien qu'elle ait fait appel de sa condamnation à une peine d'inéligibilité, elle ne pourrait pas se présenter à d'éventuelles élections législatives anticipées. Malgré cela, les proches de la double finaliste de l'élection présidentielle se montrent confiants. En off, ils affirment : « En cas de législatives anticipées, Marine saisira le Conseil constitutionnel pour défendre son droit à se présenter. Et si cela lui est refusé, cela ne l'empêchera pas de pousser pour une censure, car notre priorité est de protéger les Français ». Le RN croit-il vraiment en une dissolution ? En réalité, le RN ne semble pas convaincu qu'une dissolution soit probable. Selon un proche de la présidente des députés RN, une telle décision serait contre-productive pour le président : « Ce serait se tirer une balle dans le pied. il subirait une lourde défaite et serait contraint à la démission ». Ainsi, le parti à la flamme privilégie la menace d'une censure sans chercher activement une nouvelle dissolution. Cette posture permet au RN de maintenir une opposition crédible tout en tenant compte des déboires judiciaires de sa leader. Cependant, rien n'est certain : le 9 juin 2024, personne, y compris le RN, n'avait anticipé la dissolution de l'Assemblée nationale.

C'est un bloc central qui n'a plus rien d'un bloc. Entre tensions, ambitions divergentes et désaccords stratégiques, l'ambiance est morose ce qui affaiblit l'unité macroniste à l'approche de 2027. Les sujets de friction sont nombreux. Proportionnelle, zones à faibles émissions (ZFE), interdiction du port du voile aux jeunes filles de moins de 15 ans. Entre Horizons avec Édouard Philippe, le Modem de François Bayrou et Renaissance de Gabriel Attal, depuis la dissolution le mariage s'est de plus en plus transformé en « cohabitation ». Dans cette maison commune du macronisme, chacun fait de plus en plus chambre à part. Et plus la présidentielle de 2027 approche plus les ambitions s'aiguisent dans chaque parti créant des fragilités dans la cohérence d'ensemble. Chacun tente de faire cavalier seul Gabriel Attal, Édouard Philippe, Gérald Darmanin. Trois personnalités qui appartiennent au bloc central et dont les envies de se présenter ne trompent personne et agacent au plus haut point aussi bien le président de la République que le Premier ministre. Des divergences idéologiques entre eux exacerbées par une querelle des ego. L'ancien Premier ministre Edouard Philippe s'est affiché il y a quelques semaines en Une de l'hebdomadaire Le Point avec un titre évocateur « Je suis en colère ». Il estime que tout va mal et livre un diagnostic sévère sur le pays, manière de prendre de la distance avec Emmanuel Macron et François Bayrou et alors même qu'il a déjà officialisé sa candidature pour 2027 il y a quelques mois. Gabriel Attal lui a surpris sa famille politique et ses alliés en proposant d'interdire le voile aux jeunes filles de moins de 15 ans. François Bayrou s'est immédiatement désolidarisé. Quant à Gérald Darmanin, il a annoncé il y a quelques semaines sans en informer grand monde de la création d'une prison de haute sécurité en Guyane provoquant la colère présidentielle. Ce bloc central peut-il tenir jusqu'en 2027 ? Prochain crash test, les municipales en 2026 dans moins d'un an et dont les prémices laissent déjà présager un éclatement de cette union dans la plupart des grandes villes. De mauvais augure pour la présidentielle ? En coulisses les politiques qui plaidaient et pensaient possible une candidature commune pour 2027 déchantent. On se dirige donc vers un morcellement et un proche d'Édouard Philippe le confiait, « s'il y a deux ou trois candidats macronistes et LR la droite et le centre mourront ». Un effacement au profit du RN et de la gauche que le Premier ministre tente d'éviter. Afin de recoller les morceaux du socle fissuré il a organisé trois dîners récemment avec les composantes du bloc central. Le Premier ministre a également le projet d'organiser une nouvelle réunion des chefs de parti. Ce serait seulement la seconde depuis sa nomination fin 2024. Reste à savoir si ces « agapes » seraient suffisantes pour sauver le mariage abîmé de la macronie.

Le conclave sur les retraites s'achève ce mardi. Selon la stratégie déterminée par François Bayrou, le dossier reviendra ensuite devant le Parlement, avec potentiellement un nouveau texte à étudier. Si les discussions entre les partenaires sociaux semblent avoir légèrement avancé ces derniers jours, le consensus n'est toujours pas trouvé et les oppositions comptent bien mettre la pression sur le gouvernement. La France Insoumise l'a déjà promis : elle déposera une motion de censure si la réforme Borne, passée en force il y a deux ans, n'est pas abrogée. La France insoumise se sent d'autant moins contrainte que la CGT, syndicat dont elle est le plus proche, a claqué la porte des discussions voilà des mois. À lire aussiRetraites : y a-t-il un problème français ? Mais une nouvelle fois, c'est le Parti socialiste qui pourrait s'ériger en arbitre. Le PS n'écarte pas de censurer le gouvernement Bayrou, mais son Premier secrétaire tout juste réélu, Olivier Faure, n'en fait pas une posture automatique. Il attend surtout l'épilogue des discussions entre partenaires sociaux. Proche du syndicat CFDT, qui négocie toujours avec le patronat, le parti à la rose pourrait s'accommoder de mesures sur la pénibilité, les carrières hachées, voire un changement de l'âge minimal de départ avec une pension complète sans avoir validé tous ses trimestres. La CFDT propose de le ramener à 66 ans au lieu de 67 actuellement. Mais « si c'est le statu quo, je ne vois pas comment on ne censure pas », estime un influent sénateur PS. François Bayrou affiche son optimisme Le Premier ministre l'a répété cette semaine, il croit « qu'il existe un chemin » vers un accord entre syndicats et patronat... et par là-même un moyen pour lui de s'éviter une motion de censure délicate. Le problème, c'est que des messages contradictoires venus de ses propres rangs ont émergé ces derniers jours. Son prédécesseur Edouard Philippe défend toujours l'idée de relever l'âge légal de départ mais aussi introduire une part de capitalisation, c'est-à-dire une épargne individuelle. L'idée fait son chemin dans les rangs macronistes, où le député Pierre Cazeneuve a par ailleurs indiqué vouloir déposer une proposition de loi relevant à 65 ans l'âge légal de départ à la retraite. Des pistes susceptibles d'embarrasser le Premier ministre Le Rassemblement National ne veut absolument pas en entendre parler de ces propositions alors qu'à gauche, le projet même de privatiser les retraites, même en partie, est vu comme un casus belli. Un cadeau empoisonné donc pour François Bayrou, car un changement de système impliquerait de trouver des financements pour organiser la transition. Or le Premier ministre a une mission, celle de faire des économies, 40 milliards sur le budget 2026. Les semaines qui s'annoncent pourraient donc se transformer en pente très glissante pour le gouvernement Bayrou. À lire aussiFrance: l'avenir du «conclave» sur les retraites est-il compromis?

À deux ans de l'élection présidentielle, la course des petits chevaux a commencé dans le socle commun entre Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, mais aussi Gérald Darmanin. Le ministre de la Justice espère faire partie du casting des présidentiables et pour y parvenir applique les bonnes recettes de son mentor en politique Nicolas Sarkozy : être partout, tout le temps. Gérald Darmanin maitrise parfaitement cet exercice. Il l'a encore montré cette semaine après les violences qui ont eu lieu en marge de la victoire du PSG en Ligue des champions. Il a saisi cette occasion pour proposer de changer la loi, de la durcir et ainsi endosser le costume du défenseur de l'ordre en empiétant sur les plates-bandes de Bruno Retailleau. Car le ministre de l'Intérieur est largement critiqué sur sa gestion des événements.Gérald Darmanin a senti qu'il y avait une brèche et dans son entourage, on ne s'est pas privé pour pointer les dysfonctionnements du dispositif de sécurité en déclarant : « Si Darmanin avait été ministre de l'Intérieur, Laurent Wauquiez aurait été le premier à demander une commission d'enquête », et en rappelant que pendant les Jeux olympiques, quand il était encore Place Beauvau, « Il n'y avait pas eu de morts ». Une manière de tacler un concurrent potentiel pour 2027.À lire aussiViolences après la victoire du PSG: «Il faut revoir la doctrine du maintien de l'ordre en France»Gérald Darmanin « ne s'interdit rien »La présidentielle approche, Gérald Darmanin veut donc monter en puissance. Un député macroniste pense que Gérald Darmanin « ne s'interdit rien ». Autrement dit, il s'autorise à croire qu'il a une chance en 2027. L'intéressé a d'ailleurs confirmé qu'il pensait à la présidentielle il y a quelques jours dans l'émission télévisée Ambitions intimes, où l'animatrice Karine Lermarchand recueille les confidences des politiques. Nicolas Sarkozy lui-même voit un destin présidentiel pour Gérald Darmanin. Et une ministre de droite n'en doute pas, le garde des Sceaux « a une ambition ».« Qui est capable de financer une campagne ? »Est-ce que l'ambition suffit pour gagner sa place sur la ligne de départ ? C'est une condition sine qua non mais pas une condition suffisante. Dans l'entourage d'Édouard Philippe, lui-même déjà candidat déclaré à la présidentielle, on relativise d'ailleurs sans magnanimité les chances de Gérald Darmanin de concourir. Un maire Horizons s'interroge : « Qui est capable de financer une campagne ? Gabriel Attal oui, Édouard Philippe oui, pas Gérald Darmanin ».Un ministre proche du maire du Havre pense lui qu'il y a un « cran supérieur » pour être présidentiable que Gérald Darmanin n'a pas atteint. Mais une ministre centriste affirme que Gérald Darmanin a un atout : « Il sait parler aux gens plus populaires ». Un petit plus et quelques moins pour Gérald Darmanin.

Les fissures, déjà apparentes, entre Les Républicains et le reste du « socle commun » semblent se renforcer ces derniers jours, sur fond de critiques de l'action de François Bayrou. Les LR commencent à se poser sérieusement la question de leur participation au gouvernement. La porte a été entrouverte par le nouveau président du parti lui-même. Lors de son premier bureau politique, l'instance réunissant les ténors des Républicains (LR) et convoqué cette semaine, Bruno Retailleau a déclaré : « Notre sortie du gouvernement, comme notre entrée, devra être décidée collégialement ». Rien de très précis, mais le sujet est désormais posé sur la table.Un participant au bureau politique l'a interprété ainsi, et pour lui, ce n'est pas une mauvaise nouvelle : « Ce n'est plus tenable pour LR de soutenir Bayrou ». Déjà peu enthousiastes à l'idée de participer à un gouvernement dirigé par celui qui, par deux fois, a appelé à voter contre Nicolas Sarkozy, les Républicains jugent très sévèrement les six premiers mois de François Bayrou à Matignon. « Il n'y a que des propositions de loi votées, aucun texte du gouvernement », critique un sénateur, un sourire en coin. « Il n'y a aucun cap, il semble tout découvrir ». Une députée, de son côté, déplore : « Son manque de courage me déprime. Il est incapable d'assurer la moindre cohésion ».« Cadenassé »Mais pourtant, cette participation au gouvernement a permis à LR de revenir sur le devant de la scène. Tous au parti en conviennent. Cependant, l'élection du président semble avoir ouvert une nouvelle phase, celle de la préparation à 2027. La liberté de ton accordée aux ministres a surtout permis à Bruno Retailleau de l'emporter triomphalement sur Laurent Wauquiez. « On aurait intérêt à ne pas trop tarder à partir maintenant », souffle un élu à la sortie du Bureau politique de mercredi. « Bruno a crevé l'écran, mais il aura du mal à avoir un bilan à Beauvau. Plus il reste, plus il se fait attaquer par le RN et plus il est cadenassé par Emmanuel Macron, comme sur l'Algérie », assure un LR bien informé.Le parti étudie déjà des motifs de rupture avec le gouvernement Bayrou. Sur la proportionnelle aux législatives, la formation de droite s'oppose fermement. Concernant le futur budget 2026, pour lequel le Premier ministre appelle « tous les Français à faire des efforts », LR refuse toute hausse d'impôts. Certains vont même jusqu'à pronostiquer une censure du gouvernement à l'automne.On perçoit, en tout cas, une forme d'accélération. Une réflexion s'engage sur une raison valable pour rompre avec le macronisme. D'autres questions restent à trancher : faut-il un candidat LR pour 2027 ? Si oui, qui ? Sinon, qui soutenir ?À lire aussiFrance: pour redresser les finances publiques, François Bayrou demande «un effort à tous les Français»

Le torchon continue de brûler entre le camp macroniste et Les Républicains. Dimanche, Bruno Retailleau, actuel ministre de l'Intérieur a été élu président du parti. Et l'agacement n'a pas tardé à poindre du côté des élus macronistes qui estiment que l'intéressé a « l'impression d'avoir déjà gagné la présidentielle ». Autre élément irritant, la sortie de cette ministre LR qui a fait grincer des dents dans le camp présidentiel. Et pas n'importe quelle ministre, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas. Interviewée sur Europe 1, cette proche de Bruno Retailleau estime que « le macronisme trouvera probablement une fin dans les mois qui viennent. La question c'est comment on rebâtit la suite ». Dans la foulée, les messageries des députés Ensemble pour la République ont surchauffé. Députés qui ont immédiatement demandé la démission de Sophie Primas mais aussi de Bruno Retailleau.Car quelques jours plus tôt, le ministre de l'Intérieur avait clamé : « je ne suis toujours pas macroniste ». Pas très sympathique alors que le camp présidentiel et Les Républicains cohabitent dans le socle commun formant le gouvernement. Dans un tir groupé à l'allure d'offensive organisée sur les réseaux sociaux, les cadres de Renaissance se sont plu cette semaine à rappeler les scores modestes de LR lors des derniers scrutins.C'est donc une ambiance compliquée dans le bloc central où ils sont tous alliés malgré euxC'est une ambiance à couteaux tirés. On ne compte plus les sujets de discorde. Du port du voile dans le sport, aux suites de la condamnation de Marine Le Pen et du Rassemblement national, de la fin des Zones à Faible Émissions à la loi Paris-Lyon-Marseille en passant par les deux lois sur la fin de vie qui sont en ce moment débattues dans l'hémicycle, le socle commun s'illustre par des divisions permanentes s'exprimant en continu sur la place publique. Elles opposent les LR aux macronistes, mais aussi au sein même de chaque parti la composant. Les députés des deux blocs ne s'en cachent plus. Pierre Cordier, devant le groupe LR : « À force, on ne sait plus ce qu'il y a de commun dans ce socle ».Le gouvernement peut-il encore tenir longtemps ?Pour le moment, la coalition de François Bayrou est encore protégée par la peur du chaos que pourrait entraîner la chute de son gouvernement. Mais pour combien de temps ? De tous les côtés de ce bloc central les signes d'exaspération se multiplient. En témoignent les dernières déclarations évoquées plus haut.Même s'ils n'aiment pas les personnalités d'Emmanuel Macron et François Bayrou, les électeurs LR aiment encore moins le désordre. Malgré les tensions, aucun député du bloc central n'imagine d'ailleurs son gouvernement être renversé par une motion de censure comme celui de Michel Barnier en décembre 2024. La perspective d'une dissolution, techniquement possible à partir de cet été, effraie jusque dans les rangs du Rassemblement national. De quoi la dissuader d'appuyer sur le bouton rouge de la censure.Mais chacun le sait, le budget qui arrive s'annonce explosif et c'est donc à partir du mois d'octobre que, s'il veut tenir, le socle commun devra se ressouder pour affronter cette dangereuse zone de turbulences.

À partir du 27 mai, les adhérents du parti socialiste sont appelés à choisir leurs nouveaux dirigeants, avec comme point d'orgue le congrès de Nancy mi-juin, quelques jours après la désignation du Premier secrétaire. Et le choix des socialistes pourrait être déterminant dans une éventuelle union pour la présidentielle. Les trois candidats, Olivier Faure, Boris Vallaud et Nicolas Mayer-Rossignol semblent alignés en faveur d'une candidature commune en 2027, mais sur le papier seulement. Tout le monde au PS semble désormais d'accord : il faut une union de la gauche en 2027 sans les Insoumis. Après avoir longtemps défendu le rapprochement avec LFI, Olivier Faure a finalement rendu les armes ces derniers mois, « pour ne pas perdre son poste », persifle une de ses opposantes internes. Le nouveau périmètre va donc de la gauche radicale façon François Ruffin aux sociaux-démocrates de Raphaël Glucksmann, voire à la maigre aile gauche de la Macronie, en passant par les alliés écologistes et communistes. Consensus aussi sur l'espoir que le candidat commun en 2027 soit issu des rangs socialistes, mais la stratégie pour y arriver en revanche diffère.À lire aussiLes militants du Parti socialiste face aux divisions de leur partiDeux salles, deux ambiancesIl y a d'un côté les partisans du jeu ouvert et de l'autre, ceux qui prônent le passage en force. Olivier Faure par exemple reste sur la ligne qu'il tient depuis son arrivée à la tête du PS en 2018 : un candidat socialiste si possible, mais pas d'opposition de principe à céder la place. En revanche, du côté de Nicolas Mayer-Rossignol et ses alliés, François Hollande, Carole Delga ou Anne Hidalgo, la prééminence socialiste est une priorité. Une ligne qualifiée d'« identitaire » par les Fauristes et qui passerait par le rassemblement sous un même drapeau de toute la galaxie socialiste aujourd'hui dispersée : Bernard Cazeneuve, Raphaël Glucksmann ou certains ministres et élus macronistes.À lire aussiFrance: au sein du Parti socialiste, ces voix qui s'élèvent pour rompre avec LFILes alliés moyennement intéressés« Si c'est pour se faire marcher dessus comme avec les Insoumis, non merci », cingle un élu communiste. Pas beaucoup plus d'enthousiasme côté Écologistes, où les multiples alliances passées avec le PS n'ont pas laissé que de bons souvenirs. Beaucoup défendent donc l'idée d'une primaire très large, c'est-à-dire pas seulement avec des candidats désignés par les partis. « Sinon personne ne jouera le jeu », estime une ancienne Insoumise. Les Insoumis justement, qui regardent l'agitation avec amusement : « plus il y a de divisions au PS, mieux je me porte », rigole un député LFI. À moins qu'une position centrale émerge à l'occasion du congrès socialiste : le 3ème homme de l'élection, Boris Vallaud plaide pour « une union à toute force mais pas à tout prix ». Un peu flou pour certains : « tu ne pourras pas être éternellement la Suisse », a lancé cette semaine une haute dirigeante du PS au patron des députés socialistes.

Comment fonctionne le couple exécutif que forment le Premier ministre François Bayrou et le président Emmanuel Macron ? La cote de popularité du Premier ministre est au plus bas alors que celle du président de la République remonte un peu. S'agit-il d'un duo ou d'un duel ? Si l'on regarde les dernières initiatives du Premier ministre et du président, on a un peu l'impression d'une course à l'échalote entre eux pour en appeler aux Français. À peine Emmanuel Macron avait-il évoqué, il y a quelques jours, sa volonté d'organiser une convention citoyenne sur les rythmes scolaires que François Bayrou est sorti du bois pour demander un référendum sur un plan budgétaire lançant une balle dans le jardin du chef de l'État auquel revient la prérogative de convoquer une telle consultation.En guise de réponse, Emmanuel Macron a annoncé qu'il allait s'exprimer la semaine prochaine dans une émission télévisée pour évoquer notamment ses pistes de référendum parmi lesquelles ne figurent pas les questions budgétaires.Comme si les deux jouaient une partition en polyphonie, ni tout à fait duel, ni vraiment duo. Une ministre résume avec délicatesse cette dissonance au sein du couple exécutif : « On a des voix nuancées, est-ce incompatible et contradictoire, je ne sais pas ». Quand une autre estime que cet épisode est révélateur en déclarant : « Jusqu'à présent, on n'avait pas le sentiment de cette compétition ».À lire aussiFrance: François Bayrou évoque la possibilité d'un référendum sur les déficitsChacun poursuit ses objectifs politiques propresQu'est-ce que ça révèle ? D'abord que chacun poursuit ses objectifs politiques propres. François Bayrou a envie de rester Premier ministre le plus longtemps possible. Il a déjà réussi à durer plus que Michel Barnier à Matignon, c'était son premier objectif. Il cherche maintenant comment passer l'écueil du prochain budget en prenant les Français à témoin de ses efforts.Mais sa méthode jugée parfois brouillonne et sa communication à l'instinct lui jouent des tours et le font chuter dans les sondages. Une ministre juge d'ailleurs que cela donne une raison à Emmanuel Macron de se réjouir, puisqu'il a « un Premier ministre grâce auquel il est populaire ». Un jeu de balancierC'est un peu comme un jeu de balancier entre François Bayrou et Emmanuel Macron qui a permis au chef de l'État d'identifier qu'il avait un créneau pour se réinvestir dans le champ national, lui qui avait été mis à la diète de politique intérieure depuis la dissolution.Emmanuel Macron n'a jamais vraiment renoncé à jouer un rôle et veut valoriser son bilan. Alors, il cherche comment continuer à faire bouger les choses en misant sur le référendum. Dans l'espoir de retisser un lien avec les Français, lien que François Bayrou, lui, n'a pas encore réussi à nouer.

Dans deux semaines, la campagne interne des Républicains connaitra son dénouement avec l'organisation du congrès devant élire un chef à cette famille politique orpheline depuis le départ d'Éric Ciotti. La bataille entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez se raidit en cette fin de campagne Dans le camp de Bruno Retailleau, on craint une fin de la campagne« pourrie » par Laurent Wauquiez. Le chef des députés de la droite et challenger dans cette élection, multiplie les coups de pression pour tenter de déstabiliser son rival.Laurent Wauquiez s'empare notamment du débat budgétaire lancé par François Bayrou. Il n'hésite pas à menacer de retirer le soutien des Républicains (LR) au gouvernement si les impôts venaient à augmenter. Il exige également que Bruno Retailleau s'oppose publiquement à l'instauration de la proportionnelle, une position délicate pour le ministre de l'Intérieur, dont la fonction l'empêche de formuler de telles menaces.Comme depuis le début de la campagne, Bruno Retailleau refuse de répondre directement aux attaques, tout en reconnaissant, en privé, être visé « matin, midi et soir ». Hors micro, son entourage réplique :« Laurent est le seul à faire ce genre de menaces, personne ne le suit au parti ».Une anecdote illustre l'ambiance tendue à quinze jours du scrutin. La semaine dernière, les deux rivaux se sont croisés lors d'une séance photo pour un hebdomadaire. L'échange, qui a duré « sept minutes et trente secondes », n'était« ni très froid, ni très cordial », selon un témoin.La course aux cartes terminéeL'autre grande bataille de cette campagne est la mobilisation des adhérents. À ce jeu, les deux candidats ont fait le plein. On connaît désormais le nombre de votants potentiels pour le scrutin en ligne, qui se tiendra du 17 au 18 mai : plus de 121 600 adhérents. Un chiffre impressionnant, qui montre que le parti a quasiment triplé son nombre de membres, passant de 43 000 en février à ce nouveau record.Les détails de cette mobilisation permettent d'évaluer la capacité de chaque candidat à rallier des soutiens. Laurent Wauquiez a consolidé son fief en Auvergne-Rhône-Alpes, région qu'il a présidée, où l'on compte désormais près de 18 000 encartés. Bruno Retailleau, originaire des Pays de la Loire, une région moins peuplée et donc moins décisive, mise sur un autre bastion : l'Île-de-France, avec ses 26 000 adhérents. La fédération de Paris, la plus importante du parti, est considérée par une large majorité de cadres comme le « véritable fief » de Retailleau.Ce n'est pas un hasard si Bruno Retailleau organisera son dernier grand meeting le 11 mai en région parisienne. Ses soutiens affichent une confiance affirmée :« Le match est plié, il ne sera pas élu avec 65 %, mais pas loin », confie un sénateur.De son côté, Laurent Wauquiez maintient un rythme effréné, enchaînant jusqu'à deux meetings par jour, parfois toute la semaine. Malgré des sondages défavorables, son entourage reste convaincu de sa victoire, affirmant que « la campagne des militants, c'est clairement la sienne ».À lire aussiPrésidence LR: la tension monte entre les rivaux Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez

Alors que les écologistes tiennent congrès ce week-end et que les socialistes entrent dans la dernière ligne droite avant la désignation de leur Premier secrétaire, la gauche s'interroge sur la suite et en particulier sur la stratégie à mettre en place en vue de la présidentielle. Faut-il un seul candidat commun, et si oui comment le désigner, avec quelle plateforme programmatique ? L'ancienne candidate commune à la primature du NFP, Lucie Castets, a pris la plume cette semaine pour appeler ses interlocuteurs des partis à se ressaisir du dossier. « La responsabilité est immense » en ces temps de « fascisation rampante », écrit Lucie Castets dans une tribune publiée par le journal Libération. Et elle assume de les prendre ses responsabilités dans ce qu'elle appelle « un droit de suite », après avoir été sollicitée à la surprise générale l'été dernier pour représenter le NFP à Matignon.Depuis l'échec de cette initiative, Lucie Castets échange régulièrement avec les dirigeants de la gauche et des écologistes mais aussi avec des acteurs de la société civile, des syndicats et des chercheurs. Et elle arrive ainsi avec un mode d'emploi de l'union : tout d'abord l'établissement d'un socle programmatique, élaboré au-delà des frontières des seuls partis, et une candidature commune pour 2027.Celle-ci pourrait être décidée à l'issue d'une primaire, d'un conclave inter partis ou d'une convention citoyenne ou un mélange de tout ça. Et Lucie Castets propose un premier rendez-vous le 2 juillet prochain pour lancer la dynamique et constituer une équipe, « plutôt que de chercher le candidat providentiel ».LFI opposée à une primaire« Il fallait tenir compte des échéances des uns et des autres », explique Lucie Castets : les écologistes sont en congrès ce week-end et pour les socialistes ce sera les 14 et 15 juin. « Mais il faut aussi écouter les électeurs de gauche », insiste-t-elle, ayant constaté une forte demande d'union lors de ses divers déplacements. Le problème c'est que la candidature commune, si elle est officiellement souhaitée par tous les partis de l'ex NFP, y aboutir via une primaire par exemple en horripile certains. La présidente du groupe Insoumis à l'Assemblée Mathilde Panot a ainsi fait part de son opposition jeudi, estimant que « l'union se fait dans l'action » et pas par des tractations politiciennes.À écouter aussiPolitique : l'avenir de la gauche s'écrit-il sans LFI ?Une longue route en perspectiveL'appel a quand même reçu un accueil favorable chez les écologistes, et les socialistes, divisés sur à peu près tout, sont en revanche d'accord sur la nécessité d'une candidature commune, mais sans les Insoumis. La proposition Castets pourrait ainsi jeter les bases d'un travail collectif en vue de 2027. Le patron du PS Olivier Faure plaidait d'ailleurs dès 2022 pour l'établissement d'une plateforme commune, préalable à la désignation d'un ou une candidate à la présidentielle. Comme l'avoue Lucie Castets : « la route est longue et le chemin pentu », tout en gardant l'espoir de rallier tout ce beau monde à sa cause. À lire aussiPrésidentielle 2027: le long et difficile chemin de la candidature unique à gauche

Prendre l'opinion à témoin : c'était l'objectif du Premier ministre en réunissant mardi 15 avril le nouveau « comité d'alerte sur le budget ». Une appellation censée incarner l'urgence du moment et la hauteur vertigineuse du mur de la dette : plus de 3 300 milliards d'euros. Le Premier ministre tente donc d'insuffler cette petite musique catastrophiste en amont du budget qui arrivera à la rentrée. François Bayrou a employé un lexique alarmiste : « montagne de difficulté », « situation intenable ». Une chose est sûre : le Premier ministre a voulu capter l'attention d'une opinion publique défiante à son égard. « Rien ne serait possible sans le soutien des Français. Et leur soutien ne viendra que de leur pleine information », explique-t-il. Prendre l'opinion publique à témoin permettra-t-il de trouver un consensus politique pour faire voter le budget ? Rien n'est moins sûr. Si le Premier ministre François Bayrou a rappelé un contexte que les français connaissent déjà, il n'a proposé aucun diagnostic. Et preuve qu'un accord politique sur ce futur budget est encore bien lointain, les oppositions sont restées campées sur leurs positions.Budget base zéro, un concept utilisé aux États-UnisPour plancher sur le budget, François Bayrou et son gouvernement veulent mettre en œuvre une autre méthode, celui du budget base zéro, où toutes les dépenses sont annulées, un concept utilisé notamment aux États-Unis. Après le ministre de l'Économie Eric Lombard, qui a prévenu qu'il fallait faire un effort supplémentaire de 40 milliards d'euros, tous les moyens sont bons pour trouver des solutions.Le budget base zéro est une méthode qui diffère des approches budgétaires traditionnelles. Chaque dépense doit être justifiée. Cette fois-ci, pas d'élaboration du projet de loi de finances en partant de celui de l'année précédente : on part d'une feuille blanche pour chaque ministère. La méthode est utilisée aux États-Unis par Elon Musk, notamment, mais les proches du Premier ministre expliquent que, dans le cas présent, « cela n'a rien à voir ». À lire aussiBudget 2026: «Il va être difficile d'arriver à 40 milliards d'économie»Des menaces de censure pressantesDepuis quelques jours les menaces de censure des oppositions se font de plus en plus pressantes. Comme chaque année les premières discussions sur le budget réveillent les envies de censure. L'épée de Damoclès pourrait donc rester accrochée plusieurs mois au-dessus de la tête du Premier ministre. Car le Rassemblement national, les Insoumis, ainsi que les socialistes ont déclaré cette semaine être prêts à voter une motion de censure sur le budget cet automne. Pas question pour eux de demander aux français de se serrer la ceinture.À noter néanmoins qu'étant donné leurs actualités respectives, la censure peut s'éloigner. Le PS se retrouve avec un congrès pour désigner le successeur d'Olivier Faure. Chez LR, le duel entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau s'impose. Et du côté du RN, il y a la condamnation de Marine Le Pen, pour laquelle désormais toute censure du gouvernement fera automatiquement peser un risque sur la cheffe de file du parti d'extrême-droite. Seule la France insoumise pourrait mettre rapidement sa menace à exécution, mais sans aucun danger pour François Bayrou.

La classe politique française est secouée cette semaine par la déflagration née de la condamnation de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Condamnée à cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate, la double finaliste à la présidentielle entend rester candidate pour 2027, mais sans certitude de l'être. La question d'un plan B se pose inéluctablement. Dès lundi après la condamnation de Marine Le Pen, qui lui laisse désormais très peu de chances d'être dans la course à l'Élysée en 2027, le nom de Jordan Bardella pour la remplacer semblait relever de l'évidence. Une rumeur allait même jusqu'à suggérer un inversement du ticket, avec Marine Le Pen comme présidente et Jordan Bardella comme Premier ministre. Cependant, cette hypothèse a été rapidement écartée par le Rassemblement national (RN).En interne, un député va jusqu'à assurer que le parti n'a « même pas » à réfléchir à un plan de secours, car, selon lui, « Marine Le Pen est innocente ». Pourtant, rien n'indique que la Cour d'appel la relaxera à l'été 2026, ni même qu'elle bénéficiera d'un jugement moins sévère, notamment débarrassé de la fameuse « exécution provisoire ».Si Jordan Bardella lui-même affirme qu'il est de son devoir de se tenir « prêt », d'autres estiment qu'il doit encore « travailler ».Jordan Bardella ne fait pas l'unanimité au sein du partiEn effet, Marine Le Pen bénéficie d'un avantage certain : elle est un leader incontesté dans un parti historiquement contrôlé par sa famille de manière très verticale. Elle décide, et les autres exécutent, comme cela a toujours été le cas. Jordan Bardella l'a bien compris, même s'il est président du RN depuis deux ans et demi. Sa présidence, d'ailleurs, n'est pas de tout repos.Si les sondages montrent que l'eurodéputé de 29 ans est populaire et que sa campagne des européennes l'an dernier a été électoralement convaincante, des tensions avec des membres de la garde rapprochée de Marine Le Pen ont été rapportées dans la presse. Certains, en off, n'hésitent pas à souligner ses maladresses dans les médias ou son manque d'expérience. Ces dissensions se sont notamment révélées en novembre 2024, lorsque Jordan Bardella, lors d'une réunion de groupe, a violemment recadré le député Sébastien Chenu, lui reprochant ses médisances relayées dans la presse.Une guerre interne pourrait-elle donc éclater au RN ?On n'en est pas encore là, mais le parti joue gros avec l'affaire Le Pen. La prochaine étape, à l'été 2026, marquera le début d'une campagne électorale où aucune imprécision ne sera tolérée. Le déroulement du procès et la stratégie de défense choisie par Marine Le Pen pourraient alimenter des spéculations, aiguiser des appétits ou même favoriser la formation de clans. Marion Maréchal, par exemple, apparaît dans les sondages comme une alternative possible à Jordan Bardella. Bref, au-delà de la bataille de l'opinion engagée par le RN autour du cas Le Pen, une autre lutte pourrait rapidement émerger, ce que les adversaires du parti ne manqueront pas de suivre, voire d'attiser.Cela conduit un élu mariniste à résumer la situation ainsi pour l'été 2026 : « C'est soit Marine Le Pen, soit Marine Le Pen ».À lire aussiCondamnation de Marine Le Pen: le RN organise un rassemblement à Paris

Alors que Marine Le Pen connaîtra ce lundi le verdict du procès dit des assistants parlementaires européens du Rassemblement national, dans lequel elle risque une peine d'inéligibilité, Jean-Luc Mélenchon voit ressortir un dossier présentant des similarités avec cette affaire explosive. Le quotidien Libération révèle un rapport de l'Office européen de lutte anti-fraude dont les conclusions notent des « manquements » dans la gestion de ses assistants quand le leader Insoumis était eurodéputé. Le rapport pose en particulier la question du rôle des assistants parlementaires de Jean-Luc Mélenchon alors qu'il siégeait au Parlement européen. Si la réalité de leur travail ne fait pas de doute, contrairement au dossier du Rassemblement national, la traçabilité de leurs activités pose problème selon l'Olaf, en particulier pour deux de ces assistants sur la vingtaine qu'a employé le leader insoumis au fil de ses années bruxelloises et strasbourgeoises. Au total, le coût de ces « manquements » pourrait s'élever à 500 000 euros selon le rapport. Interrogé par l'Olaf en 2020, Jean-Luc Mélenchon a admis qu'il lui était « matériellement impossible » de justifier le travail de ces assistants au quotidien et expliqué qu'il ne gérait de toute façon pas directement son enveloppe de frais de mandat.La France Insoumise affiche son étonnement« Pourquoi ce rapport qui date de 2021 est-il révélé cette semaine à quelques jours du verdict du procès Le Pen ? » fait-on mine de s'interroger dans les rangs Insoumis. Un timing qui pose question, selon une source dans le parti, qui déplore que les personnes mises en cause n'ont pas été contactées par Libération. Le quotidien accusé de « servir l'agenda du Rassemblement national » : l'évocation du dossier Mélenchon pourrait permettre de relativiser le verdict du procès de Marine Le Pen, selon des Insoumis, en noyant les pratiques du mouvement d'extrême droite dans un océan d'actions similaires des autres partis français. LFI qui rappelle que la procédure a été déclenchée à la suite d'un signalement en 2017 de l'eurodéputée RN Sophie Montel.À gauche, un certain malaiseUn eurodéputé socialiste admet ainsi que le rôle des attachés parlementaires, notamment ceux chargés de la presse, est toujours un peu flou. Même si pour lui, le dossier explique peut-être pourquoi Jean-Luc Mélenchon « a toujours été très prudent concernant le procès intenté à Marine Le Pen ». Son collègue écologiste David Cormand estime que les deux cas ne sont pas comparables et que surtout aucune poursuite n'est formellement engagée alors que les faits reprochés sont anciens. « Il faut que la justice fasse son travail » poursuit-il, tout en s'étonnant lui aussi du moment de la révélation de ce rapport.

Dans un peu moins de deux mois aura lieu l'élection pour la présidence du parti Les Républicains, le 17 mai. Une certitude depuis cette semaine, ce sera bien un duel entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau puisqu'aucun autre candidat ne s'est déclaré avant la date butoir du 17 mars. La campagne entre dans le dur et s'est nettement tendue entre les deux hommes. Le challenger, c'est lui. Laurent Wauquiez est contraint à l'attaque. Depuis le début de la campagne, il suit sa ligne : vanter l'indépendance contre la solidarité au fragile gouvernement de François Bayrou et sauter sur toutes les balles.Le week-end dernier, Bruno Retailleau lui en a offert sur un plateau. Ce dernier menace de démissionner si la France cède sur le dossier algérien. Il entend mener un bras de fer dans ce dossier à travers une riposte graduée, allant jusqu'à la dénonciation des accords de 1968, ce à quoi le président Macron n'est pas favorable.Laurent Wauquiez s'en saisit : dans une interview au Parisien, il déclare :« L'exécutif a choisi de capituler avant même de combattre. Si le président de la République refuse de dénoncer les accords, rester au ministère de l'Intérieur, cela n'a aucun sens. » Mardi, nouvelle pique. Lors des questions au gouvernement, le chef des députés LR s'adresse au Premier ministre en déplorant l'absence de grand texte sur l'immigration. Il demande : « Êtes-vous déterminé à donner les moyens à votre gouvernement d'agir ? ».Rebelote jeudi, dans les réseaux sociaux, en réaction au réquisitoire de 10 ans de prison contre l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal. : « La riposte algérienne, elle, n'est pas graduée », réagit Laurent Wauquiez Cette mise sous pression, proche de celle du Rassemblement national, à laquelle le ministre de l'Intérieur ne répond pas, du moins pas directement. La semaine dernière, il s'est risqué à une formule à la radio : « Les chiens aboient, la caravane passe », avait lancé Bruno Retailleau. Son concurrent extrapole, se disant convaincu que Bruno Retailleau regrette cette formule malheureuse.À lire aussiWauquiez vs Retailleau, vers une énième guerre fratricide chez les Républicains?Signes d'agacement chez les Retaillistes Et en coulisses, en revanche, les équipes de Bruno Retailleau parlent. Oui, son entourage le dit avec ironie : « Laurent Wauquiez a cet avantage de ne pas être chef de groupe à l'Assemblée nationale. Son absence aux deux débats sur l'Ukraine est une honte ».Laurent Wauquiez délaisse, il est vrai, ses fonctions de député pour effectuer 120 déplacements de campagne jusqu'à mai. Il faut faire des « cartes », comme on dit dans le jargon. Environ 20 000 nouveaux adhérents ont rejoint les rangs de LR depuis le début de la campagne, soit 60 000 potentiels électeurs à ce jour. Dans cette bataille de l'ombre, les « Retaillistes » montrent quelques signes d'agacement. L'un d'eux avoue en off : « Laurent Wauquiez a la main sur le parti, et on hurle de plus en plus chez nous. »De quoi laisser penser à un autre match dans le match, que les « Wauquiezistes » imposent : le candidat des adhérents contre celui des barons du parti. Une façon pour les partisans de Laurent Wauquiez de minimiser les derniers ralliements de nouveau poids lourds à Bruno Retailleau : Valérie Pécresse et la ministre Sophie Primas, notamment.

François Bayrou fête cette semaine ses trois mois à Matignon. Le Premier ministre trace sa route avec un style déconcertant parfois même pour son propre camp mais, fin politique il échappe pour le moment à la censure et apprend des erreurs de son prédécesseur Michel Barnier. Le chef du gouvernement, fort de plus de quarante ans de vie politique, assure sa survie. Côté positif, le maire de Pau a évité la censure sur le budget, ce qui lui a permis de franchir la barrière sur laquelle son prédécesseur Michel Barnier avait chuté. On pourrait le qualifier de fin stratège, car trois mois après sa nomination, il a échappé à six motions de censure. La situation compliquée ne l'effraie pas, c'est même dans ce genre de situations qu'il excelle, confiait un député de son camp et qui le connaît bien. Ses proches, son parti font d'ailleurs bloc derrière lui. Pour de nombreux parlementaires, le Premier ministre cherche essentiellement à gagner du temps, avec sa survie à Matignon comme seul objectif. « Il veut durer quoiqu'il en coûte », l'accuse un député qui estime que François Bayrou « lâche tout » aux oppositions.L'image du Premier ministre écornée par des polémiques et des cafouillages qui ont semé le troubleSon déplacement pour le conseil municipal de Pau trois jours après sa nomination, l'affaire Betharram avec laquelle il n'en a pas terminé puisque la commission d'enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire, souhaite l'auditionner, sa volonté de dénoncer l'accord de 1968 avec l'Algérie ce qui lui a valu un recadrage d'Emmanuel Macron, ou son idée d'un référendum sur les retraites.À lire aussiFrance: François Bayrou menace de dénoncer les accords de 1968 avec l'AlgérieQuel programme d'action pour François Bayrou dans les prochains mois ?Du côté de Matignon, pour le moment, on ne souhaite pas mettre en œuvre de grands projets de lois. Le Premier ministre préfère parier sur des initiatives parlementaires, comme l'explique son entourage. D'ailleurs, les deux tiers des textes qui seront examinés avant l'été sont des propositions de loi et non des textes du gouvernement. Mais le chef du gouvernement peine à imprimer sa marque et laisse les politiques interrogatifs sur la route qu'il entend suivre. Dans son camp, on s'étonne aussi d'un manque d'arbitrages clairs, et de communication. Une épreuve de taille l'attend, celle des retraites. Dossier censé être sensible pour François Bayrou, mais le contexte géopolitique actuel avec la menace russe qui condamne la France à mettre en œuvre une économie de guerre pourrait lui permettre de reprendre un peu d'air et de souffler un peu sur les sujets de politique intérieure.À lire aussiRetraites, dette, proportionnelle... Ce qu'il faut retenir du discours de politique générale de François Bayrou

Chaque jour ou presque, Emmanuel Macron prend la parole sur la guerre en Ukraine et ses conséquences pour l'avenir de l'Europe et de la France. Longtemps exclu du jeu politique national par une dissolution ratée, le chef de l'État est redevenu omniprésent. Avec cette crise, Emmanuel Macron peut-il trouver un second souffle ? La période d'effacement est finie pour Emmanuel Macron. Avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et ses revirements sur l'aide à l'Ukraine, Emmanuel Macron est remonté au créneau sur la scène diplomatique. On l'a vu partout de Washington à Bruxelles en passant par Lisbonne, essayant de jouer les intermédiaires avec un président américain imprévisible, de se concerter avec les Européens et Volodymyr Zelensky pour engager le réarmement de l'Europe. Son message ? L'heure est grave, la Russie représente « une menace existentielle », Vladimir Poutine est un « impérialiste révisionniste ». Pour le diffuser, le président de la République a multiplié les interventions médiatiques à destination des Français sur tous les supports : presse écrite, réseaux sociaux, et finalement allocution solennelle. La crise géopolitique a permis à Emmanuel Macron de faire de la diplomatie, son domaine réservé, une priorité nationale.Que cherche Emmanuel Macron ?Le chef de l'État veut d'abord peser dans la négociation sur la paix en Ukraine et défendre les intérêts de l'Europe. Mais il essaie aussi de revenir dans le débat politique et de restaurer son image. Dans son camp, une députée pense que « le jeu international est un bon levier pour le président », se réjouit de le voir « remonter sur le ring » et tacle tous ceux qui « s'écharpent sur les retraites alors que la guerre est à nos portes ». Une manière de participer, dans les pas d'Emmanuel Macron, à la dramatisation de la situation qui justifie les efforts qui vont être demandés aux Français pour permettre la montée en puissance des dépenses militaires.Emmanuel Macron peut-il marquer des points dans l'opinion ?Le chef de l'État l'espère certainement. Dans son allocution du mercredi 5 mars, il a en quelque sorte appelé à la mobilisation nationale en expliquant à ses concitoyens : « La patrie a besoin de vous ». Une enquête a indiqué que plus de la moitié des Français l'avait trouvé convaincant. Emmanuel Macron réussit à être crédible sur le registre chef de guerre-père de la Nation. Une ancienne ministre explique aussi qu'il a cette « force » d'avoir une « lecture des défis de demain ». Mais la question est de savoir si ce retour sur le devant de la scène en raison de la crise ukrainienne peut suffire à effacer durablement son image de président à bout de souffle ?À lire aussiFrance: Emmanuel Macron affirme que «la menace russe est là» et «nous touche», sans «connaître de frontières»

Ils paraissaient jusque-là épargnés par les tensions qui agitent leurs partenaires du Nouveau front populaire (NFP). Les Écologistes affichent depuis l'an passé une certaine sérénité et jouent le rôle du point d'équilibre de l'union de la gauche, régulièrement déchirée par les conflits entre socialistes et insoumis. Ces derniers jours toutefois, les crises s'enchaînent et la direction menée par Marine Tondelier vacille. Avec tout d'abord cette séance de mea culpa médiatique que la patronne des Écologistes a dû s'infliger cette semaine. Marine Tondelier a exprimé « ses regrets » sur la manière dont le parti a géré les accusations contre Julien Bayou. La plainte pour harcèlement moral et abus de faiblesse contre l'ancien dirigeant des Verts vient en effet d'être classée sans suite… Mais celui-ci a vu sa carrière politique exploser en vol, après notamment que les Écologistes aient diligenté une enquête interne contre lui. « Il était impossible de bien faire dans ce dossier » a tenté de se défendre Marine Tondelier. Trop peu, trop tard selon son prédécesseur qui regrette qu'elle ne soit pas capable de reconnaître « son innocence ». Julien Bayou dénonce aussi l'acharnement contre lui de la députée Sandrine Rousseau. Or celle-ci devrait garder sa place dans la direction du parti à l'issue du congrès des Écologistes prévu fin avril.Un congrès sous tensionUn congrès qui suscite aussi de vives critiques à l'encontre de la direction actuelle. Notamment en raison des nouveaux statuts votés l'an passé destinés« à supprimer la balkanisation » habituelle des Écologistes, explique l'eurodéputé David Cormand, proche de Marine Tondelier. Désormais il est plus simple pour la motion la plus importante d'obtenir la majorité absolue, ce qui était quasiment impossible auparavant. « Un problème démocratique et une rupture avec l'esprit du parti », clament de leur côté les opposants, qui reconnaissent toutefois « se réveiller un peu tard ». « On va vers une LFIsation des écolos », peste un cadre du parti, y voyant la volonté de Marine Tondelier de s'inspirer des méthodes autoritaires de Jean-Luc Mélenchon pour préparer sa candidature à la présidentielle.Ambitions présidentielles multiplesSauf qu'elle n'est pas la seule chez les Écologistes et que là aussi, ça pose problème. Notamment avec le maire de Grenoble Éric Piolle, qui ne briguera pas un nouveau mandat en 2026, et qui se serait bien vu porte-parole du parti pour gagner en exposition médiatique en vue de 2027. « Ce n'est pas le principe du poste de porte-parole », cingle David Cormand. Un observateur avisé de la vie des Écologistes préfère lui en rire :« Éric Piolle a été bien naïf de croire que son ancienne protégée Marine Tondelier allait lui dérouler le tapis rouge. Maintenant elle veut être la seule sur la photo ». « Jalousies », réplique-t-on dans le camp Tondelier, où l'on persifle : « certains n'acceptent simplement pas qu'elle soit plus populaire qu'eux ». Bref, bonne ambiance à deux mois du Congrès.

Une nomination a beaucoup fait parler en France, celle de Richard Ferrand comme président du Conseil constitutionnel. L'ancien président de l'Assemblée nationale n'a obtenu la validation des parlementaires qu'à une voix près. Emmanuel Macron, qui avait choisi de proposer le nom ce fidèle pour cette fonction, a donc évité le camouflet de justesse. C'était bien Emmanuel Macron la cible. Depuis l'annonce du choix présidentiel, la machine à contestation s'était emballée, car Richard Ferrand est identifié comme un grognard de la Macronie, artisan de la victoire de 2017, fidèle parmi les fidèles, éphémère ministre devenu président de l'Assemblée nationale avant d'être battu aux législatives de 2022, premier dégât collatéral de sa proximité avec Emmanuel Macron. Depuis, Richard Ferrand, reconverti dans le privé, restait l'un des conseillers de l'ombre du président. C'est pour toutes ces raisons que sa nomination à la tête du Conseil constitutionnel a suscité tant de protestations.À lire aussiFrance: le Parlement approuve la nomination de Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel« Une casserole de plus »Faire barrage à Richard Ferrand, c'était envoyer un message de rejet à Emmanuel Macron. Un parlementaire proche d'Edouard Philippe résume la situation dans des termes imagés, c'était selon lui le moyen « de foutre une casserole de plus » au président, avant d'ajouter à propos de la pertinence du choix de Richard Ferrand : « Je n'aurais pas pris cette décision, mais ça n'a rien de scandaleux ». Une ministre très macroniste défend elle avec zèle l'ancien président de l'Assemblée nationale et dénonce un « procès en amitié », quand le député LR Olivier Marleix condamne lui un « copinage malsain » avec le chef de l'État. Car c'est de la gauche mais aussi de la droite républicaine que sont venus les attaques et les votes contre la nomination de Richard Ferrand, alors que le RN s'est abstenu et lui a sauvé la mise.Quelles conséquences ?D'abord, cela montre la fragilité du socle commun, cette alliance de circonstance entre le bloc central et LR sur laquelle repose le gouvernement Bayrou. À la première occasion les Républicains manifestent qu'ils détestent Emmanuel Macron. Un chef de groupe du Sénat estime qu'en voyant que le RN s'abstenait, ils se sont « lâchés » en votant contre le candidat du président. Et puis, chaque décision de Richard Ferrand au Conseil constitutionnel risque d'être passée au crible du soupçon de partialité. A moins que comme Robert Badinter qui fut nommé à la même fonction, il ne démontre qu'il a intégré son « devoir d'ingratitude » par rapport à celui qui l'a nommé, Emmanuel Macron.

Les Républicains vont-ils renouer avec leurs vieux démons ? Une bataille intense pour la présidence du parti se dessine entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, tous deux déclarés candidats cette semaine. L'enjeu est important, car le vainqueur sera bien placé pour la présidentielle de 2027. Le duel devrait être rude. Sans que l'on connaisse encore les modalités et la date du vote, la campagne a commencé dès mercredi et l'annonce de la candidature de Bruno Retailleau avec 24 heures d'avance sur son rival. Dans la foulée, l'entourage de Laurent Wauquiez fait savoir que le ministre de l'Intérieur prend « la lourde responsabilité d'ouvrir une guerre des chefs ». La campagne part sur des bases conflictuelles. Comme si cela était nécessaire, la rupture entre les deux hommes vient d'éclater au grand jour et se mue en une guerre des narratifs. Chez Wauquiez, tous assurent que Bruno Retailleau a rompu un pacte selon lequel le Vendéen devait rester au gouvernement et le Ponot prendre la tête du parti pour préparer 2027. Chez Retailleau, tous démentent l'existence d'un tel accord. Personne ne connaît la vérité, mais tout le monde a compris que le chef des députés LR pensait avoir une route dégagée pour prendre le parti, mais que son concurrent lui a coupé l'herbe sous le pied. À lire aussiFrance: Bruno Retailleau annonce sa candidature à la présidence du parti Les RépublicainsDes tergiversations coupablesDepuis l'été dernier et le psychodrame « Eric Ciotti » parti nouer une alliance avec le Rassemblement national, les Républicains n'ont toujours pas de chef. Maintes fois annoncé comme de retour aux affaires, Laurent Wauquiez n'a cependant jamais pris de décisions franches. Outre le lancement d'une opération « refondation de la droite », presque rien n'a été décidé : pas de dates de congrès, pas de grandes lignes politiques et surtout des refus répétés d'entrer au gouvernement. « Laurent est un cérébral, il réfléchit beaucoup, mais parfois trop », résume un ancien cadre du parti.Et pendant ce temps, même sans direction, LR reprend des couleurs. Et cela tient beaucoup à l'incarnation de Retailleau au ministère de l'Intérieur. « Il laisse une empreinte très forte dans la France de droite » se convainc un ministre. Bien que limité dans ses pouvoirs, le locataire de Beauvau est, en tout cas, le plus populaire du gouvernement et entre même dans la catégorie des personnalités politiques préférées des Français. À ces bons sondages s'ajoutent aussi de bons résultats pour LR dans des élections municipales et législatives partielles. Voyant Laurent Wauquiez tarder, Bruno Retailleau perçoit donc un alignement des planètes pour, à court terme, prendre le parti et à long terme, incarner la droite à la présidentielle 2027. Retailleau favori, mais Wauquiez combatifEn l'état, Bruno Retailleau semble favori. Il domine son principal concurrent et a déjà le soutien de poids lourds comme Xavier Bertrand et Gérard Larcher tandis que, « chez Wauquiez, ça se compte sur les doigts d'une main » estime un proche du Vendéen. Toutefois, plier le match d'emblée, ce serait mal connaître Laurent Wauquiez à la réputation « combative, voire teigneuse ». Se sachant dans un vrai match, il a déjà lancé quelques piques dans sa première interview de candidat au Figaro, dans laquelle il met en avant comme un atout « ne pas être lié à la solidarité gouvernementale » et ne rien devoir à François Bayrou. Une façon de dire que Bruno Retailleau ne pourra pas être un vrai patron dans la droite, tant dans l'action, faute de temps, que dans la parole, car il est redevable au gouvernement. Sans oublier que Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée, peut aussi entraver l'action gouvernementale. Et puis, le Ponot dispose aussi d'un pouvoir dans l'ombre pour influencer le processus électoral. Son clan a déjà obtenu une victoire en imposant un délai de trois mois de campagne, avec des juristes en renfort. Bref, comme souvent lors des élections internes à droite, tout indique que l'on se dirige vers une guerre fratricide. À lire aussiFrance: Les Républicains cherchent à retrouver pied avant la nomination d'un président du parti

Le Premier ministre et son gouvernement ont franchi une première étape en adoptant le budget cette semaine après que deux motions de censure ont été repoussées à l'Assemblée. Le Premier ministre sauve donc sa tête et celle de son gouvernement. L'horizon politique se dégage quelque peu pour François Bayrou, mais la route reste semée d'embûches. Dont certaines vont arriver rapidement. Prochaine étape pour le Premier ministre la motion de censure spontanée que le PS déposera dans les prochains jours. En cause, les propos de François Bayrou sur le « sentiment de submersion migratoire ». Mais là encore peu de chance pour que cette motion soit adoptée, le RN ne devrait pas la voter et LFI qui n'a pas apprécié le non-vote par les socialistes de leurs deux motions ne la soutiendra sans doute pas non plus. Et, après cela, à moyen terme, l'avenir est tout aussi incertain. La réforme des retraites par exemple actuellement en discussion au sein d'un « conclave » entre partenaires sociaux pendant trois mois sera aussi un tournant pour le mandat de François Bayrou.À lire aussiFrance: François Bayrou survit à deux censures, le PS contesté au sein de la coalition de gaucheDans l'entourage du Premier ministre on est confiantOui ses proches estiment qu'il peut désormais tenir jusqu'à l'automne en y allant « étape par étape » disent-ils et ajoutent qu'ils sont « confiants ». Il faut dire que pour le moment la stratégie du Premier ministre fonctionne. Il a réussi à franchir plusieurs haies sans être censuré. Celle de la déclaration de politique générale pour laquelle il n'a pas été censuré et donc maintenant le budget et le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Alors ça ne veut pas dire non plus que tout est rose loin de là. « On marche sur des œufs » confiait un député du camp du Premier ministre mais « on avance ».Même dans le bloc central les alliés ne font pas de cadeau au Premier ministre Oui chez Les Républicains, le Premier ministre reste perçu comme un ancien allié défaillant, voire « un traître ». Alimentée par Nicolas Sarkozy, cette rancœur ne remet pas en cause la participation des LR au bloc central. Mais le patron du groupe LR Laurent Wauquiez entretient des relations compliquées avec le Premier ministre. Dans une interview donnée au JDD, le député expliquait récemment que la droite ne ferait pas de cadeaux au gouvernement. Notamment sur les sujets qui fâchent comme la proportionnelle dont LR ne veut pas entendre parler et cheval de bataille de François Bayrou. L'immigration est également un sujet sensible qui pourrait enflammer le bloc central dans les prochains mois. Alors au-delà de la gauche et du RN, pour le Premier ministre, la méfiance reste de mise même avec son propre camp.À écouter aussiLa «méthode Bayrou» permettra-t-elle au gouvernement de poursuivre les réformes ?

En ce début d'année 2025, Emmanuel Macron est beaucoup plus présent dans le paysage politique français. Depuis la dissolution, le président ne tient plus les manettes de la politique gouvernementale mais il n'a visiblement pas renoncé à se faire entendre. Emmanuel Macron essaie de se refaire une place dans le débat national. Le président cherche comment retrouver un peu d'influence. Après une période durant laquelle il a été forcé de prendre de la distance, son entourage a même théorisé cette posture avec une formule : « le président préside et le gouvernement gouverne », Emmanuel Macron a changé de stratégie. Son objectif est aujourd'hui d'essayer de se rappeler au bon souvenir des Français et il le fait de manière parfois un peu débridée, allant même jusqu'à critiquer la politique gouvernementale. Par exemple quand les sportifs français ont protesté contre les coupes budgétaires dans leur secteur dans une tribune, Emmanuel Macron leur a apporté son soutien. Une première pique contre les choix du Premier ministre suivie quelques jours plus tard par une autre saillie : en déplacement dans le nord de la France, il a défendu sa politique pro-entreprises qui risque d'être mise à mal par l'augmentation de la fiscalité envisagée pour faire rentrer de l'argent dans les caisses et combler les déficits.TikTokOn a aussi vu Emmanuel Macron sur TikTok dans une vidéo publiée pour répondre à un influenceur qui se plaignait d'avoir été verbalisé pour avoir payé au péage avec son téléphone. Une préoccupation pas très jupitérienne portée par un président devenu porte-parole des mécontents, sans filtre, peut-être un peu trop connecté. Cet épisode insolite a étonné, même dans son camp. « Joker » a répondu un macroniste de la première heure sollicité pour réagir sur cette vidéo, qui s'inscrit dans une démarche de rapprochement avec les Français illustrée encore cette semaine par une visite surprise et sans la presse dans une petite ville de l'Aisne pour aller à la rencontre des habitants autour d'un café. Dans l'entourage du président, on emballe tout ça dans un récit : Emmanuel Macron aurait la volonté de s'occuper « de plus en plus du quotidien » de ses compatriotes « loin du protocole ».Comment remonter la pente ?Est-ce que cette stratégie fonctionne ? Pas pour le moment. La cote de popularité d'Emmanuel Macron n'en finit pas de chuter. Mal engagé en 2022, après des législatives qui ne lui avaient permis d'obtenir qu'une majorité relative, son deuxième quinquennat a complètement dérapé avec la dissolution que les Français lui reprochent. Mais Emmanuel Macron cherche encore et toujours comment remonter la pente.

À un peu plus d'un an des élections municipales en France, les appétits s'aiguisent autour de la succession d'Anne Hidalgo à Paris. Si la ministre de la Culture, Rachida Dati, parait en mesure de rassembler la droite et le centre dans la capitale, à gauche, tout est flou. En cause, les rivalités entre les représentants du Nouveau Front Populaire, mais aussi de la concurrence interne chez les écologistes et les socialistes. La mairie de Paris a un nouveau prétendant de poids depuis cette semaine : Yannick Jadot. L'ancien candidat écologiste à l'élection présidentielle a annoncé dans les colonnes du quotidien Le Parisien briguer ce mandat qu'il juge « extraordinaire ». Mais attention, encore faut-il passer l'obstacle de la désignation interne à son parti. Or, quatre autres candidates et candidats se sont déjà déclarés dont deux adjoints à la mairie et la patronne du groupe écologiste au Conseil de Paris. Des personnalités qui ont « des bilans à défendre », juge un haut dirigeant écologiste, contrairement à Yannick Jadot. Celui-ci défend toutefois son initiative en mettant en avant son expérience au sein du Parlement européen ou du Sénat ainsi que ses quarante années de résidence à Paris. « Pas sûr que cela suffise », juge un cadre écologiste parisien, « même avec sa notoriété, le courant que représente Yannick Jadot au sein du parti étant très minoritaire chez les militants » de la capitale.Quels soutiens pour Yannick Jadot ?Mais Yannick Jadot ne s'est sans doute pas lancé dans la bataille sans avoir mesuré l'obstacle. C'est notamment l'analyse qui domine au sein l'équipe d'Emmanuel Grégoire, l'un des deux candidats à l'investiture du parti socialiste. « Il a forcément obtenu des garanties », estime une conseillère, qui hésite toutefois sur la provenance de ce soutien. Yannick Jadot a apposé sa signature parmi la première liste de soutiens à Marine Tondelier qui veut se faire réélire à la tête des écologistes, sans doute un indice. Mais des rumeurs persistantes font état de contacts avancés avec Anne Hidalgo.Une candidature pour l'union de la gauche dès le 1er tourLa maire de Paris a pourtant désigné son dauphin, le sénateur Rémi Féraud. Mais la greffe a du mal à prendre et son rival Emmanuel Grégoire, désormais honni par Anne Hidalgo, s'attend à remporter facilement la primaire interne. Yannick Jadot pourrait donc devenir un recours, avec l'avantage de pouvoir rassembler écologistes et socialistes dès le 1ᵉʳ tour de l'élection. Ce qui éviterait à la gauche de devoir combler au second tour un écart trop important avec la liste d'union de la droite et du centre que devrait mener Rachida Dati. Reste, désormais, à convaincre les écologistes parisiens et tordre le bras aux socialistes pro-Grégoire. Sans compter le fait qu'il faudra aussi surveiller les Insoumis, très ambitieux. Or Yannick Jadot n'a jamais caché son hostilité à tout rapprochement avec le mouvement de la gauche radicale.

Le Premier ministre a enfin donné sa feuille de route cette semaine avec sa déclaration de politique générale présentée mardi 14 janvier dans l'hémicycle. Après un mois à Matignon, son style divise. Ce n'est pas une surprise, mais il n'y a pas eu de grand enthousiasme après sa prise de parole et son style ne fait pas l'unanimité. François Bayrou le sait, la tâche est ardue, il l'a d'ailleurs dit lui-même ce mardi devant les députés : « Par quelle sorte d'optimisme les 16 % de Français qui pensent que le gouvernement ne sera pas censuré avant la fin de l'année peuvent-ils bien être animés ? Quand tout va bien, on s'endort sur ses lauriers, quand tout va mal, on est contraint au courage. » Il a donc tenté de rassurer, mais la boutade en dit long.Et pendant son grand oral devant les députés, il a eu du mal à couvrir les invectives venues la plupart du temps des rangs de La France Insoumise. On avait rarement entendu autant de brouhaha. En tout cas, le Premier ministre en est ressorti écœuré et aurait confié à sa ministre de l'Agriculture Annie Genevard que l'hémicycle était « invivable ». À lire aussiFrance: échec de la première motion de censure contre le gouvernement BayrouMême si sur le fonds les critiques sont moins acerbes, c'est la forme qui a marqué les esprits. Ce mardi, il a multiplié les métaphores et s'est aussi emmêlé dans ses fiches au début du discours. Ce qui a bien fait réagir sur les réseaux sociaux. Un style qu'il cultive même s'il se sait très critiqué François Bayrou, l'agrégé de lettres classiques et amoureux des belles lettres, s'est montré très avare ce mardi en envolées lyriques. Comme me le confiait un député du parti du Premier ministre, « toutes ces phrases, c'est parce qu'il a un côté "bon sens près de chez-vous" revendiqué, avec des expressions un brin désuètes et un vocabulaire simple, c'est le style Bayrou ». « Les poireaux, c'est une métaphore qui se voulait amusante, il n'a pas employé des mots trop complexes, pour rester compréhensible dans une déclaration de politique générale, éclaire le même député. Dans les grands rendez-vous du MoDem, il peut se faire beaucoup plus littéraire, plus complexe. Là, il a voulu rendre l'ensemble plus lisible. »À lire aussiFrance: lancement de la concertation sur la réforme des retraitesPour un député les Républicains, « les parlementaires se moquent, mais cela glisse sur lui. Au moins, il n'a enthousiasmé personne, mais n'a fâché personne non plus ». Et pour un ministre de premier plan, « le style Bayrou est particulier. On s'ennuie, mais je trouve qu'il a du courage ». Il reste que même avec son débit de parole un peu lent et souvent moqué, tout cela est la marque de fabrique du nouveau Premier ministre qui en plus de 40 ans de vie politique n'a jamais changé de style.