La Story Nostalgie

Follow La Story Nostalgie
Share on
Copy link to clipboard

Retrouvez tous les podcasts de "La Story" présentés par Brice Depasse

Nostalgie Belgique


    • Mar 23, 2026 LATEST EPISODE
    • weekdays NEW EPISODES
    • 6m AVG DURATION
    • 1,193 EPISODES


    Search for episodes from La Story Nostalgie with a specific topic:

    Latest episodes from La Story Nostalgie

    Madonna : L'héritage d'une rage de vaincre

    Play Episode Listen Later Mar 23, 2026 3:52


    Qu'est-ce qu'on n'a pas dit, que n'a-t-on pas lu sur Madonna ? D'ailleurs, vous vous êtes fait votre propre idée sur elle depuis longtemps. La preuve : une image est apparue dans votre tête quand j'ai cité son nom, pas vrai. Elle a tout fait pour ça, c'est vrai, depuis un peu plus de quarante ans, c'est une des premières stars de la chanson à avoir compris que l'image comptait autant que la musique. Et je ne parle pas que de son goût prononcé pour la provocation, regardez la qualité artistique de ses clips, qui est souvent passée au bleu à cause du tapage médiatique.Alors se poser la question de savoir qui est vraiment la personne qui se cache derrière tous ces disques d'or et de platine est sans doute vain. Entre les différents témoignages de ses proches et collaborateurs qui ont chacun leurs propres raisons de s'exprimer, il est difficile de s'y retrouver.C'est vrai que depuis ses débuts, tout le monde s'accorde pour dire que Madonna est une énorme bosseuse, très prudente en affaires et dans ses dépenses malgré une immense fortune, contrôlant tout de A à Z. Elle est toujours la première au matin et la dernière à bosser le soir dans les bureaux de l'entreprise Madonna. Et tout ce qu'elle voit et entend peut être une source d'inspiration pour une chanson ou la promo. Tout ce qui lui arrive, tout ce que vous pouvez lui dire est susceptible de s'y retrouver recyclé. Sans doute est-ce là qu'il faut, malgré les échecs, y trouver la clé de sa longévité.Mais sans doute la motivation essentielle de ce cap dont elle n'a jamais changé, est à trouver dans ses racines. On connaît la légende de la jeune Madonna arrivant à New York à la fin des années 70 avec seulement quelques dollars en poche, les mois de misère, de privation et d'acharnement au travail qui ont suivi. Ce qu'on sait moins, c'est que Madonna avait un modèle familial, celui de son grand-père Gaetano qui avait débarqué, comme elle, dans cette ville, à l'âge de 19 ans. Après avoir traversé l'Atlantique en troisième classe, il était descendu du cargo avec les autres immigrés italiens. Nous étions en 1920, il fuyait avec son maigre baluchon, la misère des ouvriers agricoles de son pays, la grippe espagnole et un continent ravagé par la première guerre. Il avait croisé d'autres migrants qui retournaient au pays, n'ayant pas tenu le coup du passage de l'esclavage agricole à industriel. Mais Gaetano, lui, va tenir, une carrière dans la sidérurgie, des pensions où il partage son lit avec un autre qui bosse à un autre horaire, puis rejoint par sa femme, enfin, il aura droit à une modeste maison appartenant à l'usine qui l'emploie. De toute façon, dans ce trou perdu qu'on appelle la petite Sibérie, tout appartient à l'entreprise, même le personnel.Alors il y a sûrement beaucoup de Gaetano dans le regard de Madonna. C'est de lui que vient sûrement la rage de persévérer quand elle squatte dans des colocs et bosse dans un restau le soir pour payer ses cours de danse, le jour. Des mois à manger un yaourt et un fruit par jour, sans que cela la dérange, dit-elle, elle n'est pas à New York pour manger mais pour devenir une star de la danse. Et si la ville qui ne dort jamais a fait d'elle finalement une star de la chanson, Madonna n'a jamais chanté que ce qu'elle pouvait danser, et n'a jamais perdu l'urgence de l'ambition de la réussite.

    Blondie : Le secret de "Heart of Glass" ou quand le Punk défie le Disco

    Play Episode Listen Later Mar 20, 2026 3:31


    A la fin des années 70, le disco est le plus incroyable phénomène musical qu'on n'ait jamais vu et vécu. Il a durant deux bonnes années tellement tout englobé qu'on aurait cru qu'il n'y avait plus de place pour quoi que ce soit d'autre. Même les plus grandes stars du rock comme Rod Stewart ou Kiss s'y sont mis. Et avec quel succès !Et puis un autre aussi. Plus improbable puisqu'il est punk. Et le punk, l'avez-vous remarqué, est cet autre courant musical apparu pile en même temps que le disco. Il est tout aussi phénoménal qu'éphémère et pourtant, de ses racines vont pousser tout ce qui va dominer les années 80.Et autant vous dire une chose, s'il y a un milieu où le disco est détesté à la fin des années 70, c'est bien le milieu punk. C'est clair que ces gens-là sont opposés à tout ce qui est blink blink. Et donc, malheur à celui qui dans ses rangs en jouera, il va se prendre des bouteilles en concert et ne plus vendre un disque.Et pourtant, en pleine fièvre du samedi soir, quand le groupe punk new yorkais Blondie doit enregistrer son troisième album (qui se vendra à 30 millions d'exemplaires, mais ça, ils ne le savent pas encore) ils sortent de leurs cartons parmi les Sunday Girl et autres Hanging on the telephone, un titre qu'ils ont appelé The Disco Song. Oh, il ne l'aurait pas mentionné si le producteur n'avait pas dit “vous n'avez rien d'autre ?” au cours d'une réunion préparatoire où ils lui font entendre les cassettes de leurs nouveaux morceaux.Debbie lui explique qu'ils ne l'ont pas sélectionnée au départ car leur local de répète était tellement pourri par l'humidité qu'ils n'arrivaient pas à accorder leurs instruments. Mais le producteur accroche et le place dans la sélection.Arrivés en studio, ils améliorent le morceau grâce aux synthés et une boîte à rythme genre Kraftwerk, un groupe allemand électro d'avant garde que David Bowie leur a fait découvrir en tournée, quand ils assuraient sa première partie quelques semaines plus tôt. C'est du disco sans en être mais les critiques rock ne vont pas les louper à la sortie de l'album. Heureusement, leur premier single est un succès bien rock qui fait oublier un temps le torrent de boue qui a été déversé sur ce titre incongru, cette concession lâche à la mode, exclusivement motivée par l'argent. Blondie aurait-il vendu son âme au dieu disco? Voilà sur quoi Debbie Harry et son groupe en étaient restés en partant jouer en Europe, quand arrivés à Milan, quelle n'est pas leur surprise de tomber sur le producteur qui les attend au bar lounge de leur hôtel, une bouteille de champagne à la main. Les amis, on est N°1 aux Etats-Unis, à la maison ! Ça se fête ! Cette fois, ça y est, dit Chris Stein, le mari de Debbie et leader de Blondie : nous sommes les punks des punks !

    Nile Rodgers : Comment un camouflet au Studio 54 a donné naissance au tube "Le Freak"

    Play Episode Listen Later Mar 19, 2026 3:46


    Il est aujourd'hui une des grandes stars hsitoriques de la musique, un des rares producteurs à l'être devenu réellement. C'est un type adorable, un des plus doués de sa génération, il se nomme Nile Rodgers. Sûrement la plus brillante des étoiles filantes de l'époque disco. Jugez plutôt, il débarque avec Chic en 1977, multiplie les hits mais aussi les collaborations.Lui qui tirait le diable par la queue avec son complice Bernard Edwards est à présent demandé partout comme cette nuit de la St Sylvestre où Grace Jones les a invités à venir voir son show au Studio 54, LA boîte de nuit new yorkaise du moment. C'est là où il faut être pour rencontrer tout le monde dans une ambiance de folie. Frappant à l'entrée des artistes comme Grace le leur a dit de faire, la porte s'ouvre sur une armoire à glaces qui ne veut rien entendre. Il ne sait pas qui ils sont et n'a rien à faire de leur excuse. C'est raté, les mecs, allez vous faire foutre, crie-t-il en claquant la porte ! Tu vois, tu t'es trompé. Elle a sûrement laissé nos noms à l'entrée. Mais à l'entrée. Rebelotte. Après avoir remonté le long fleuve de la queue, ils ont beau dire qu'ils sont invités par Grace Jones, vous n'êtes pas sur la liste. Après un classique, vous êtes sûr ? Regardez bien, Nile Rodgers, Bernard Edwards, il leur tourne le dos pour reprendre le cours des invités de prestige dans la file. Bernard et Nile savent qu'ils ne rentreront pas dans ce temple du disco qui joue pourtant leurs chansons mais qui a aussi bâti sa notoriété sur la capacité de son personnel à refuser des gens à l'entrée.Alors pour fêter l'année nouvelle, ils s'achètent des bouteilles de Dom Pérignon et rentrent à l'appartement qu'un pote de Nile lui prête tant qu'il est en tournée. Ils trinquent puis comme ils font toujours, l'un à la guitare, l'autre à la basse, ils font les fous en criant leur frustration : Fuck Off Studio 54. Mais après avoir répété ce délire un grand nombre de fois, Bernard dit à Nile : dis, je crois qu'on tient quelque chose, là. Tu rigoles, Fuck Off ? Personne ne passera ça à la radio. Mais non, attend, il suffit de changer. Qu'est-ce qui pourrait bien fonctionner, aaah freak off, Ouais ça marche ! Mais ça ne veut rien dire. Non mais Freak out ! Ah ouais, comme perdre le contrôle sur la piste de danse, pas bête. Puis un verre plus tard, hé The freak, c'est aussi une danse, et le freak avec les filles, c'est chic!Douze millions de singles vendus plus tard, la naissance de ce classique du disco, maintes fois racontée par Nile lui vaudra d'être contacté par un gars sur les réseaux sociaux. Il se présentera comme celui qui l'a jeté ce soir du 31 décembre 1977 et que s'il avait su qui il était … enfin, il est désolé. Mais comment être désolé, se dit Nile, c'est son karma qui a transformé ce qu'il n'a pas pu avoir, lui faisant gagner plus que ce qu'il aurait jamais pu imaginer.

    Bee Gees et Saturday Night Fever : comment un trio folk a déclenché la folie Disco

    Play Episode Listen Later Mar 18, 2026 3:38


    S'il n'y avait eu que Boney M, Village People ou Donna Summer, le disco aurait-il autant marqué l'Histoire ? Je veux dire, sans les Bee Gees et leur fièvre du samedi soir. Car c'est vrai qu'avec ce film et sa musique, une mode devenait un phénomène de société. Tout qui avait plus de seize ans est allé le voir, s'est habillé comme les acteurs du film et a été pris d'une irrésistible fringale de sortir en boîte de nuit le samedi soir pour danser comme Travolta. On ne compte pas chez nous le nombre de discothèques sorties de nulle part, avec leurs installations de projecteurs qui illuminent la piste cernée par une puissante installation sonore qui fait s'entrechoquer les glaçons dans les verres de Cuba Libre. Un double album qui se vend à 40 millions d'exemplaires, une première, un film qui rapporte plus 200 fois la mise de départ, personne n'a vu venir la folie du disco.Pourtant les locomotives de ce succès prodigieux ne sont ni américaines, ni allemandes comme les producteurs de Boney M et Donna Summer, non ils sont Anglais, enfin à l'époque on les croit Australiens. Eux non plus n'ont pas vu venir le truc, ils ont même failli ne pas le faire.Les Bee Gees, c'est en 1977, le trio folk britannique de la génération Beatles & Bob Dylan. Mais les énormes tubes qu'ils ont produits dans les années 60 ont perdu de leur superbe avec l'explosion du rock au cours de la décennie suivante. Il est loin le temps de la guitare acoustique, le trio de frères originaire de Manchester et de l'île de Man, essaie de survivre dans le monde de la pop, avec en 1976, un tube américain, franchement barré. Ah il est gonflé ce titre rock sur un rythme disco, le hit de l'été 1976, leur premier numéro un en dix ans, là-bas.Or, il se fait que leur producteur, qui est aussi celui d'Eric Clapton, est également à ses heures, un solide producteur de cinéma qui adapte des musicals de Londres et Broadway. Ainsi les fameux films Jesus Christ Superstar ou Tommy, des Who, c'est lui.Et justement, son nouveau film, est musical sans l'être. Il parle de ces mecs de la classe ouvrière new yorkaise qui jouent les stars de la piste de danse le samedi soir. Ajouter ce récent tube des Bee Gees, qui de plus lui appartient, est une évidence. Et si le groupe lui faisait en plus quatre ou cinq nouveaux titres ? Ce serait vraiment un atout pour faire parler du film. Et bien, figurez-vous qu'ils vont dire non. C'est vrai, ils sont en France, occupés à enregistrer leur nouvel album. Pas le temps, non, désolé. Mais Robert Stigwood a de la suite dans les idées, il débarque au fameux Château d'Hérouville dans sa grosse voiture, insiste, et à peine est-il parti que Barry Gibb entend quelque chose trotter dans sa tête, une mélodie, un rythme. Il dit à ses frères, je tiens quelque chose, venez. Et semaines plus tard, leur vie ne sera plus jamais plus pareille quand ce 45 Tours sortira …

    Donna Summer : Le secret de "Love to Love You Baby" ou l'invention du format Maxi

    Play Episode Listen Later Mar 17, 2026 3:45


    Clairement, quand en 1969 Serge Gainsbourg explose les séries de slows en boîte sur sonJe t'aime … moi non plus, on pense que jamais personne n'osera aller plus loin. C'est justement le genre de prédiction qu'il ne faut pas faire, surtout dans la pop musique, un domaine où la création et les résultats financiers font bon ménage. En fait, il suffit d'y aller franco, au premier degré.Et justement, une musique alors naissante va s'y prêter particulièrement. Au milieu des années 70, à Munich, deux producteurs d'origine anglo-italienne, Giorgio Moroder et Pete Bellotte, s'intéressent au succès gigantesque de titres comme Rock the Boat et Rock you Baby. Qu'est-ce qui peut bien plaire au public là-dedans ?Ils identifient dans le rythme un quatre temps joué par la grosse caisse et le charleston de la batterie. C'est ça ! Il n'y a plus qu'à faire pareil.Et justement, ils ont sous la main une artiste américaine vivant en Allemagne, une certaine Donna Summer, dont ils viennent de produire un premier album mais qui, mis à part en Belgique et en Hollande, n'a pas trouvé son public. Et comme le Je t'aime moi non plus de Gainsbourg et Birkin vient de ressortir avec succès chez Warner, Moroder dit à Donna Summer pourquoi on ferait pas un truc dans le genre ? Pourquoi pas, répond la chanteuse. Et pour éviter une comparaison en leur défaveur, ils décident de ne pas y aller avec le dos d'une cuillère.Mais voilà, une fois la chanson écrite et qu'il faut l'enregistrer, Donna éprouve beaucoup de mal à se lâcher : elle est horriblement gênée, ça ne donne rien !Alors Moroder et Bellotte virent du studio tout le personnel qui n'est pas nécessaire et font baisser les lumières au maximum. Donna, pour la prochaine prise, tu vas pousser tes gémissements couchée sur le dos, on va t'installer le micro.M'enfin, Giorgio, tu ne veux quand même pas …Mais nooon ! juste que comme ça, personne ne te verra et tu seras seule.L'enregistrement sulfureux terminé, Donna Summer a du mal à croire que c'est elle qu'elle entend en cabine de son. Moroder, par contre, n'a aucun mal à trouver des distributeurs. Aux Etats-Unis, c'est Neil Bogaert, l'éditeur du groupe Kiss qui est à la manœuvre. Comme il organise fréquemment des fêtes démentes dans sa propriété de Los Angeles, il passe le disque pour le tester. Sur la piste, c'est de la folie, les invités viennent sans arrêt lui demander de le rejouer.A 3 heures du matin, un téléphone sonne à Munich : Pete, c'est Neil ! Il faut que tu me fasses une version longue, mon vieux. Les gens adorent, c'est dingue.Avec ses 16 minutes 50, Love to Love You sort en version maxi qui, vendu à des millions d'exemplaires, va populariser définitivement ce format auprès des DJ.Gigantesque succès, Donna Summer arrêtera toutefois de le chanter sur scène, le jour où en Italie, elle devra quitter la scène en courant, poursuivie par des hommes survoltés. Se réfugiant dans la caravane qui lui sert de loge, elle est terrorisée par les coups que ceux-ci donnent dans la porte et les vitres jusqu'à ce que le service d'ordre vienne la libérer. Et oui, c'était une époque de dingues mais c'était tout simplement la nôtre.

    La fièvre du Disco : pourquoi cette époque rutilante nous fait toujours rêver

    Play Episode Listen Later Mar 16, 2026 3:23


    Le Disco ! Quelle histoire, hein ? Je devrais dire : quelles histoires ! Car on en raconte des trucs depuis une vingtaine d'années sur cette musique qui, après avoir été maudite au début des années 80, est devenue grâce à la Pop Culture, un des grands moments du siècle dernier. Carrément ! Y a des gars qui en rêvent aujourd'hui de cette époque où on se promenait sapé comme Starsky et Hutch ou John Travolta, côté mecs, Donna Summer, Cher ou Sheila, côté filles. Non, je n'ai pas dit les Village People, vous voyez le truc dans la rue.Et c'est vrai que, autant on n'a pas eu l'occasion de se demander ce qui nous arrivait tellement la mode a passé vite, autant une époque n'est jamais apparue aussi rutilante que celle du disco. Les projecteurs des boîtes de nuit, les miroirs des boules à facettes, un rythme net, rapide et régulier, des arrangements de violons classe, des cuivres qui claquent, des plateaux d'émissions de télé qui se transforment en piste de danse, qu'est-ce qui nous a pris ? On ne sait pas mais on a dansé. Et on en a acheté, des disques. Un peu n'importe quoi, parfois, juste parce qu'un mec avait imprimé un faux cachet Disco sur la pochette.Alors bien sûr, des types ont essayé de nous donner des cours là-dessus, dans la pose de ceux qui se veulent intéressants : Voici le premier titre de disco, jamais enregistré. Nous vantant des pionniers, des musiciens qui avaient tout compris avant tout le monde ou étaient arrivés trop tôt.Ça n'a pas beaucoup de sens. Tout d'abord parce que quand on invente une mode, généralement, on est le dernier à deviner que ça va partir en vrille. Et puis surtout parce que le disco, c'est beaucoup plus une époque, qu'une musique particulière avec un charleston, une grosse caisse et des violons.Oui, au milieu des années 70, les fringues de couleurs, la piste de danse qui s'éclaire pour que le spectacle y prenne place, les godasses à haut talons, les DJ qui font leur show au lieu de gentiment passer des disques, des Européens blancs qui font de la musique soul, tout ça se met en scène pour rehausser un monde de la nuit qui a pris un coup dans l'aile à cause de la télé.C'est vrai ! Plus besoin de se bouger pour voir des chanteurs, ils arrivent tous les soirs dans notre salon grâce aux émissions de variétés. Evidemment, si le son est poussé à fond de balle, comme c'est le cas à présent en boîte, ça prend une autre dimension, et si en plus vous pouvez devenir une attraction sans avoir à faire la conversation, simplement en dansant, ça vaut peut-être le coup de sortir le samedi soir plutôt que de regarder le Hit Parade de Guy Lux ou les shows des Carpentier.Voilà qui, sans doute, a aidé Harold Melvin à faire de sa chanson, le premier hit disco fin 1973, enfin à ce qu'il paraît.

    Gainsbourg : pourquoi il a refusé d'écrire pour Piaf et offert La Javanaise à Gréco

    Play Episode Listen Later Mar 13, 2026 3:50


    Ça peut paraître incroyable mais cet énorme classique de Juliette Gréco qui incarne tellement le Paris, la France cliché si répandue à l'étranger est signé Serge Gainsbourg. C'est pas possible, vous allez me dire, c'est pas son genre, un truc pareil ? Et pourtant c'est écrit sur le 45 Tours, pas de doute : paroles et musique : Serge Gainsbourg. Il l'a d'ailleurs chanté, déguisé en clodo, en duo avec son pote Philippe Clay, pour la télévision.Mais alors, pourquoi a-t-il refusé d'écrire pour Edith Piaf ? Parce qu'il l'admirait. Bien sûr qu'ils s'étaient rencontrés. Un soir, au théâtre, pour l'anniversaire de Raymond Devos, il jouait de la guitare dans un orchestre improvisé en compagnie de Bourvil, Guy Béart et Claude Nougaro quand Piaf avait demandé, qui est ce guitariste ? Serge Gainsbourg. Ah bon ? Les gens disent qu'il est méchant. Il a l'air plutôt gentil, non ? Faites-le venir. Serge s'est rendu chez elle, boulevard Lannes, à Paris, elle lui a demandé qu'il lui écrive des chansons.Sans doute ne veut-il pas faire partie de sa cour d'auteurs compositeurs avec qui il n'a rien en commun. Ou qu'il n'aurait pas supporté qu'elle lui refuse un titre et le sarcasme des autres prétendants. C'est la raison pour laquelle Serge vient en octobre de la même année pour lui rendre hommage, lors de sa disparition. La jeune fille au pair Jane Birkin qui s'y trouve aussi, elle loge dans le même immeuble, remarque d'ailleurs dans le défilé des visiteurs, cet homme sombre au regard triste, un peu en retrait. Mais voilà, le succès de l'accordéon vaut à Gainsbourg d'entrer en contact avec Brigitte Bardot. Bardot, star mondiale du cinéma, se met à la chanson et voilà que le grand compositeur de musiques de film et de la télé, Claude Bolling lui présente Serge, venu avec sa partition et qui lui chante trois lignes d'un titre qu'il nomme L'appareil à sous. Pourquoi trois lignes seulement ? Parce que c'est un de ses trucs pour éviter de se faire refuser une chanson, ce dont il a horreur. Trois quatre mesures sur le piano, il présente le meilleur moment en prétendant qu'elle n'est pas finie. Ce qui, cela dit, est probablement vrai.La chanson, pour formidable qu'elle soit, ne fait pas un grand succès. Son ami Claude Nougaro décolle avec trois gros succès consécutifs, mais pas Serge. Seule consolation, sa Javanaise par Juliette Gréco qui paraît quelques semaines après la sienne, devient le titre phare de son tour de chant. Serge avait songé la faire chanter par Brigitte Bardot, Gréco l'a sûrement mieux vendue que BB ne l'aurait fait. Il faudra juste 28 ans pour que le grand public ne découvre vraiment sa version sur une compile.Incroyable, hein ? On est d'accord, cette chanson est tellement formidable, tellement française, même si c'est la première d'une immense série que Gainsbourg est allé enregistrer à Londres. On l'entend même, l'avez-vous remarqué, dans la bande originale du film de Ron Howard, Le Da Vinci Code.

    Gainsbourg à Kingston : douze pages blanches et un disque de platine

    Play Episode Listen Later Mar 12, 2026 3:51


    Janvier 1979, le punk est mort. Mais on ne le pleure pas, pas le temps, il y a tellement de nouvelles musiques qui apparaissent qu'il ne se trouve personne pour s'en plaindre. Non, ce que les punks jouent à présent, ce sont des musiques venues d'une île improbable dont on ignorait jusqu'au nom : la Jamaïque. Ça s'appelle le ska et le reggae. Oh le reggae, on connaît, enfin, un peu. Il y a quatre ans, on a été frappé par la foudre en découvrant le I shot the sheriff d'Eric Clapton qui a attiré l'attention sur leur auteur : Bob Marley.Le temps que la pression monte, l'année 78 a été celle du reggae, à coups de Is this love, Jammin', et d'un duo de Mick Jagger et Jimmy Cliff… Mais bon, les musiciens qui font le voyage jusqu'à Kingston pour trouver le vrai son du reggae sont rares. Déjà faut oser, c'est une des villes les plus dangereuses au monde. L'a-t-on dit à Serge Gainsbourg ? En tout cas, il y est. Incroyable que son directeur artistique ait obtenu de Philips, leur maison de disques, le budget pour y aller en avion avec hôtel et tout le toutim. Enfin, le toutim, ça coûte rien une fois qu'on est sur place. Et puis, on enregistre avec l'équipe de Bob Marley, il y a même sa femme, Rita, dans les choristes. Ce soir, c'est le dernier soir, demain on enregistre les paroles, hein Serge, dit Lerichomme à son artiste attablé dans un restaurant. Ouais ouais ouais, je sais, répond-il, en évacuant la fumée. Aïe ! Pour bien connaître Serge, Lerichomme comprend qu'il n'a pas encore écrit grand-chose. Déjà qu'il y aura peu de titres originaux, ce paresseux a prévu plusieurs reprises comme La Marseillaise qui devient Aux armes etc, ou Marilou reggae, un titre du précédent album L'homme à la tête de chou, qui lui a justement donné l'idée de cet album 100% reggae.Mais quand il le raccompagne à sa chambre, ce qu'il voit par la porte entrouverte le terrifie : sur le lit, douze pages blanches avec au-dessus, le titre de chaque chanson. Il n'a encore rien ! Lerichomme n'en dort pas de la nuit. Dans quelle galère s'est-il encore embarqué avec cet artiste qui n'a plus rien vendu depuis dix ans ? L'homme à la tête de chou n'a même pas atteint les 20.000 exemplaires. A quoi cela sert-il que toute la presse ait hurlé au génie si personne n'achète ?Le matin d'une interminable nuit noire, quand il frappe à la porte de Gainsbourg, il le trouve totalement éreinté avec ses douze pages toujours sur le lit mais entièrement noircies de mots et ratures. Alors il descend au petit déj avec les feuilles, qu'il met au propre, en restructurant le tout pendant que Serge fait une sieste, puis se prépare. A onze heures du matin, ils arrivent au Dynamic Sound, là où Marley a enregistré No woman No cry. Serge se plante devant le micro pour le quitter à deux heures du matin. En repartant du studio dans la chaleur et l'humidité de la nuit jamaïcaine, Serge dit à son complice, Qu'est-ce qu'on a fait ? Je ne sais pas, Serge, mais on l'a fait. L'album Aux armes etc qu'ils vont mixer les deux jours suivants sera disque de platine dans l'année et fera de Gainsbourg la superstar qu'il n'espérait plus devenir après 25 ans de métier.

    1962 : la nuit chez Juliette Gréco qui a tout changé pour Gainsbourg

    Play Episode Listen Later Mar 11, 2026 3:47


    Y a-t-il encore quelqu'un pour s'en souvenir, ce 2 février 1962, le cercle des étudiants en droit de l'ULB organise une soirée avec un groupe bien à la mode du twist : les Cousins. Et pour se souvenir du chanteur qui a assuré la première partie : Serge Gainsbourg.On parle un peu de lui depuis quelques années, on connaît sans le savoir deux de ses chansons : L'eau à la bouche, à cause du film et de son rythme exotique, et puis aussi le pas banal Poinçonneur des lilas, auquel même Franquin fait référence dans un gag de Gaston Lagaffe. Mais a-t-on retenu son nom ?, non, pas vraiment. Aucun de ses trois premiers 33 Tours ne s'est vendu. Serge Gainsbourg, c'est le chanteur totalement décalé, coincé dans une grande chanson française qui se réclame du jazz. Il n'a rien du yéyé, comme on va appeler ce mouvement absolument dingue à partir de cette année.J'ai dit dingue ? Mais je n'exagère pas. Demandez à Serge : quand il se rend dans un studio ou à sa maison de disques, combien sont-ils, ces jeunes venus de leur province chaque mercredi ou jeudi pour passer une audition. Cent ? Deux cents ? On les parque comme du bétail, on en sélectionne quelques-uns à qui on fait le plan vie de stars. Ils l'ignorent mais ils n'ont que un ou deux 45 Tours pour faire leurs preuves. Si ça marche, ils deviennent les nouveaux chouchous des copains, si pas, on les renvoie dans leur province.Et donc comment voulez-vous qu'un dandy branché art comme Gainsbourg les respecte ? Il les méprise d'autant que la presse et le public ne semblent vouloir ni de sa musique, le jazz, ni de ses textes, trop osés ! Non vraiment, il va abandonner la chanson et retourner à la peinture, déclare-t-il à la télé, car il y passe souvent, même s'il ne vend rien.Et puis sorti des bureaux de l'ORTF, il se rend chez Juliette Gréco, la première star qui l'a chanté avec succès. Ils vont dîner, en écoutant de bons disques, classiques, bien sûr. La nuit passe au fil de bonnes bouteilles de vin, Juliette se lève pour danser devant lui, Serge revit. Le lendemain, elle reçoit un beau bouquet de fleurs avec un mot de remerciement de Serge qui lui dit avoir écrit une chanson en souvenir de cette soirée. Cette chanson que Juliette va immortaliser va faire prendre à la carrière de Serge un tournant aussi inattendu qu'inespéré. La preuve en est son quatrième album, probablement le meilleur de sa carrière. Et même s'il ne va pas se vendre, lui non plus, il contient des classiques qui ne seront découverts que bien plus tard avec les compiles, comme La Javanaise, Baudelaire, L'appareil à sous, bien sûr, et le fameux Black Trombone, aujourd'hui un de ses titres les plus streamés et que personnellement j'use depuis plus de 40 ans.

    La nuit où Drucker a découvert Bardot chez Gainsbourg

    Play Episode Listen Later Mar 9, 2026 3:24


    Fin 1967, un certain Michel Drucker, alors débutant à la télévision, attend un invité qui ne vient pas. Mais que fait-il ? Une heure plus tard, le voilà avec un assistant de l'émission devant la porte de l'appartement de Serge Gainsbourg. Il tambourine. Pas de réponse. Alors il frappe, toujours pas de réponse. Il refrappe plus fort, insiste, jusqu'à entendre à l'intérieur la voix de l'homme qui faisait celui qui n'est pas là. Ah j'avais oublié, zut, dit-il, innocemment dans l'entrebâillement de la porte. Et le téléphone, alors ? Michel a du mal à croire que cet artiste qui coure tant après le succès puisse oublier une télé. Serge n'est en fait pas seul. Et la personne qui ne se montre pas est la même qui a valu à Serge d'arriver, avec plusieurs jours de retard, à ses séances de travail sur la BO du film Manon 70.J'ai du mal à quitter les bras de Brigitte, a-t-il dit à son partenaire Jean-Claude Vannier, en guise d'excuse. Tu te rends compte, chaque fois que j'enfile ma chemise pour sortir, elle me l'enlève. Brigitte, c'est Brigitte Bardot, bien sûr. Serge a couru annoncer la nouvelle à son père quand ça lui est tombé dessus. Tellement fier il était, tellement il était heureux de cette revanche sur tous ceux qui disent qu'il est laid, se moquent de son nez et de ses oreilles décollées. Maintenant, sourit-il, on m'envie de tous les côtés.Ah c'est vrai que quand elle rentre quelque part, le silence tombe et les regards se tournent. Que ce soit au restaurant, au palais de l'Élysée, et bien sûr dans les studios d'enregistrement et de télé. Ah oui, c'est pareil. Je vous prie de croire que quand on sait que Bardot doit venir, tous les techniciens se bichonnent le matin dans leur salle de bains et mettent leur plus belle tenue. On se croirait un dimanche.Évidemment, une fois que tous les yeux se sont portés sur BB pour la scanner en haute définition, ils se dirigent ensuite vers le gars qui l'accompagne. Gainsbourg ? Noooon ! Ben oui mon vieux, il paraît qu'il lui a sauvé la mise sur le Sacha Show. S'ils savaient que c'est même lui qui l'a contactée pour lui proposer une chanson, Harley Davidson. C'est pas qu'il soit porté sur les motos, non. Ni qu'il soit en mal d'interprètes. Il a refusé d'écrire pour Johnny Hallyday, Sheila et Sylvie Vartan. C'était pourtant du tout cuit. Et ben il a dit non, il ne veut pas rentrer dans le rang, dit-il. Puis on le retrouve avec Mireille Mathieu, vous le croyez, ça ? Si c'est pas de la provoc dirigée vers ce métier qui ne voulait pas de lui. Mais bon, Brigitte Bardot, c'est autre chose, d'autant plus que si c'est lui qui a décroché son téléphone pour lui proposer des chansons, c'est elle qui a pris l'initiative de leur relation. Alors cette Harley Davidson, quel cadeau ! Car non seulement la chanson a tout pour s'inscrire dans le temps mais elle coïncide avec l'arrivée d'une nouvelle mode, les posters grands formats. On va voir BB partout sur les murs.

    Gainsbourg, 1975 : un fusil, une chanson nulle et un chef-d'œuvre dans le tiroir

    Play Episode Listen Later Mar 9, 2026 3:48


    A Paris, rue de Verneuil, à deux pas de la Seine et du boulevard St Germain, il ne se passe pas une heure sans que des personnes ne quittent la maison du 5bis, les larmes aux yeux. Ne vous en faites pas, vous n'êtes pas les seuls, croyez-moi, dit un des gardiens de ce qui était encore, il y a tout juste 35 ans, le domicile de Serge Gainsbourg.Oui, qui aurait pu soupçonner ce 3 mars 1991, alors que des dizaines de fans très émus par la nouvelle, viennent se recueillir devant la déjà célèbre façade, que rien n'y bougerait durant les 30 années à venir et que la maison deviendrait un musée qui ne désemplit pas. Et pour tous ceux qui en font la visite, guidés par la voix de Charlotte, quelle surprise, quel choc, de découvrir non pas le provocateur Gainsbarre superstar des années 80, à l'alcool mauvais, mais le vrai Serge Gainsbourg, celui de La Javanaise, sensible, touchant.Et donc, 35 ans après sa disparition, que peut-on encore raconter sur lui qui n'ait été dit ?, - vous allez me dire. Et ben justement, c'est ce qu'on vous propose cette semaine, comme on a toujours fait.Vous entendez ? A travers le volet baissé, ce piano ? C'est Serge qui compose. Nous sommes en 1975, et mis à part les passages radio de Je suis venu te dire que je m'en vais, Serge est à nouveau en panne de succès. Son Je t'aime moi non plus en 1969 a été sans lendemain. Pire, un chef d'œuvre comme L'histoire de Melody Nelson a été un cinglant échec commercial. Oh il a signé pas mal de hits récemment mais ce sont toujours des chansons écrites pour les autres, des femmes, Jane Birkin, en premier.Seul bémol, l'incroyable titre qu'il vient écrire pour que sa copine Dani le chante à l'Eurovision a été refusé : trop provocateur ! Serge s'est vexé, pas question de changer quoi que ce soit. Alors pour se prouver qu'il peut faire un tube comme il veut, quand il veut, il a enregistré L'ami caouette. Gros succès évidemment, tout le monde le lui demande, même les gosses dans la rue, l'apostrophent en disant : Hé, l'ami Caouette !Le fond du fond est atteint quand, un soir au restaurant, il sympathise avec le maître d'hôtel et sort avec lui après son service boire des coups. Bonne ambiance avec ce partenaire de ribote d'un soir. Et si on allait boire le dernier chez moi ? OK ! Arrivés chez lui, le fameux maître d'hôtel dit alors sur le ton d'un ordre : Et maintenant, tu vas me chanter l'Ami Caouette ! Ah non mon p'tit père, je ne chante que pour du blé et jamais en privé, pas même dans ma salle de bain. Le gars furibard saisit alors un fusil de chasse et crie : Tu vas chanter l'ami Caouette, oui ou merde ! Gainsbourg sans se démonter prend Jane par la main et lui dit : allez, on se casse. Voilà ce qui se passe quand on chante des conneries. Et dire qu'ils n'ont pas voulu de son Boomerang, c'est pourtant pas la chanson de tout le monde. Il a raison Serge, et pourtant, on va mettre des décennies avant de l'entendre.

    Band on the Run : Paul McCartney au bout du monde

    Play Episode Listen Later Mar 6, 2026 4:07


    1er septembre 1973, nous sommes au cœur de l'Afrique, au Nigeria, un pays étonnant dont les incroyables ressources en pétrole, gaz, fer et charbon ont produit une société à deux vitesses. Sa capitale, Lagos, est une ville étonnante, grouillante de population, polluée sous un climat tropical, et ceinturée de forêts luxuriantes.Alors qu'est-ce que vient y faire Paul McCartney, ancien leader des Beatles qui n'ont jamais vendu autant de disques avec les rééditions de tous les 45 Tours et des deux doubles 33 Tours, rouge et bleu ? Pas y fêter son premier succès mondial, Live and Let Die… Un triomphe, comme le film d'ailleurs, qui impose un nouvel acteur dans les habits de James Bond.Et bien figurez-vous que c'est encore une de ses idées à lui pour tirer le meilleur de sa créativité. Maintenant qu'il est bien rôdé avec un nouveau groupe, il compte y retrouver les grandes heures qui lui ont permis d'enregistrer des disques novateurs comme Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band, tellement génial que quelques jours après sa sortie, Jimi Hendrix, en faisait déjà un cover sur scène, Paul avait éprouvé un indicible frisson en assistant au concert.Et donc, il demande à EMI, la multinationale qui le distribue, où ils possédent des studios. Un peu partout dans le Commonwealth. Los Angeles, Paris, Berlin, Tokyo, Athènes. Oui, euh, vous n'avez rien de plus … exotique ? Exotique ? Attendez … Johannesbourg, Bombay, Hong Kong, Lagos … Lagos, c'est où ? Au Nigeria.Paul se voyait en touriste la journée avec son band, au boulot le soir et la nuit, ce n'est pas exactement ça qui se produit. Déjà, juste avant le grand départ, il perd son bassiste et son batteur qui n'ont pas envie de risquer leur vie dans ce coupe-gorge. On leur en a parlé de Lagos !Et donc, les Wings sont réduit à trois quand, sortis de l'aéroport, ils découvrent des rues encombrées et des trottoirs débordant de miséreux, de malades, errant devant des maisons délabrées … et un studio entouré de hauts murs protégés par des bouquets de fils barbelés. Ambiance. Un studio … pas exactement comme celui d'Abbey Road. Un matériel très ancien, des micros qui ont souffert, des pièces mal insonorisées où il règne une chaleur humide insupportable. Et si ce n'était que ça. Rentrant un soir avec Linda, Paul subit un vol à main armée, entendez-moi, les mecs ont des armes de guerre, et perd ainsi les cassettes démos de tous ses titres. Il est aussi dérangé par Ginger Baker, l'ancien batteur du groupe Cream et partenaire d'Eric Clapton, expatrié là-bas, et franchement menacé par Fela, pape du jazz africain, et surtout chef tribal, qui n'entend pas non plus qu'un ex-Beatle enregistre à Lagos sans son autorisation.Mais rien n'y fait, on n'arrête pas un passionné, Paul arrondit les angles, sympathise avec tout le monde et enregistre un album aux sonorités franchement nouvelles, la pochette d'ailleurs, fallait oser. Le disque fait un triomphe montrant que, contre toute attente, non seulement, il peut y avoir un “après Beatles” mais surtout qu'il en était la machine débridée à entraîner la création. Et un musicien de scène qui n'a depuis jamais perdu l'enthousiasme de se retrouver face à un public …

    Paul McCartney : du mini-van au générique de James Bond

    Play Episode Listen Later Mar 5, 2026 3:36


    Alors que John Lennon a quitté Londres pour New York après avoir retrouvé le sommet des classements et que George Harrison est devenu l'improbable N°1 des ex-Beatles toutes catégories de classement, Paul McCartney écume les cercles étudiants des Midlands au sud de l'Angleterre en passant par le Pays de Galles. L'aventure s'est d'ailleurs terminée à Oxford avec le ras-le-bol des musiciens qu'il a recrutés. C‘est vrai, les gars croyaient avoir une vie de palaces, avions et restos 3 étoiles en tournant avec un ex-Beatles, ils n'ont que le droit de s'entasser dans un mini van et partager la recette de concerts improvisés.Alors la suite, c'est-à-dire le continent européen, doit être un peu mieux organisée. Déjà, le bus de la tournée est un vieux double deck britannique repeint aux couleurs des Wings. Ça le fait pour la promo, en arrivant en ville, personne ne peut les louper, et sur la route, on peut profiter du ciel ouvert aménagé pour admirer le paysage pleinement et bronzer avec les enfants.Alors bien sûr, c'est pas top quand on doit annuler, faute de réservations. Oui, ça arrive, comme à Lyon. Les jeunes Français ont la tête ailleurs avec Led Zeppelin et Pink Floyd, la musique a vraiment changé, hein. Mais à l'Olympia, c'est le frisson, huit ans après la fameuse série avec les Beatles. Et que dire de ce vieux cinéma d'Anvers, juste après, le tout premier concert d'un Beatles en Belgique, car ils n'y ont jamais joué ! Vous y étiez peut-être, l'atmosphère est magique, et surtout, la surprise de pouvoir le regarder d'aussi près est totale. Mais bon ! Où est-il, le génie qui nous a donné Sgt Pepper, qui a entraîné tout le mouvement psychédélique, cassé les codes de la chanson, amené la musique baroque dans le rock ? La comparaison que font les journalistes, alors tout puissants sur les ventes de disques, n'est pas à l'avantage de la musique que propose McCartney. Lui, repart de zéro volontairement, à tous les niveaux, eux exigent la suite, un toujours plus haut, toujours plus fort.Et c'est là qu'intervient à nouveau George Martin, l'ancien producteur des Beatles, l'homme qui a composé leurs fabuleux arrangements orchestraux car il lui a été justement proposé de composer la BO du nouveau James Bond. Pourquoi ne demandez-vous pas à Paul McCartney de composer la chanson, dit-il au producteur Harry Saltzman ? OK, mais juste écrire alors, les génériques de James Bond, ce sont des interprètes soul. Après avoir lu le roman, McCartney, très inspiré, écrit le titre d'un trait au piano mais exige que son groupe en soit l'interprète.Quand Saltzman s'apprête à dire non, il resonge à ce moment où dix ans plus tôt, il a refusé de produire le film des Beatles A Hard days Night, n'y croyant pas un instant, et laissant la société de Charlie Chaplin, la United Artists, réaliser une excellente affaire. Alors il se ravise, dit oui, ouvrant, sans le savoir, un boulevard au retour de Paul McCartney sur le devant de la scène mondiale …

    Paul McCartney : recommencer à zéro après les Beatles

    Play Episode Listen Later Mar 4, 2026 3:45


    Février 1971, Paul McCartney enfile le veston qu'il portait deux ans plus tôt sur la pochette de l'album déjà mythique, Abbey Road. Seule différence, il ne se rendra pas pieds nus mais avec de belles chaussures, à son audience devant la Haute Cour de Londres où il va demander la dissolution des Beatles et de son contrat avec leur manager. En effet, le redoutable requin américain leur avait fait accepter de mettre même les revenus de leurs carrières solos dans leur label Apple. Il gardait donc la main sur tout et McCartney pouvait vendre autant de disques qu'il voulait, il allait continuer à gagner peu d'argent.Oh ça ne le dérange pas, vous savez. La preuve : il s'apprête à faire un truc impensable, une fois son procès gagné, un procès qui l'a affecté car il a été obligé de l'intenter contre ses copains d'adolescence. C'est la guerre ! Ainsi, il fait venir de New York les musiciens avec qui il vient d'enregistrer son nouvel album solo, RAM, une merveille entre nous, hein, même si la presse le descend joyeusement. Et quand les gars arrivent dans son repère de la presqu'île de Kintyre, ils découvrent qu'ils ne sont pas là pour des vacances écossaises mais pour créer un vrai groupe qui va enregistrer, là, dans cette ferme spartiate, au milieu des moutons.Le guitariste repart aussitôt pour New York mais les autres restent, alors Paul file au village téléphoner à Londres à son pote Denny Laine, ex-guitariste et chanteur des Moody Blues … ah non, c'est pas lui qui chante ce tube immortel des Moody blues, c'est Justin Hayward, le gars qui l'a remplacé quand il s'est barré en 1966. Qu'est-ce qu'il est devenu depuis, Denny Laine ? Et ben, pas grand chose, la preuve, après le coup de fil, il rapplique aussitôt après avoir accepté un salaire à la semaine.Paul a trouvé un nom pour ce groupe, Wings, les ailes, comme s'il allait s'envoler à nouveau. Et repartir vraiment à zéro, avec un premier album quasiment improvisé à la pochette bucolique, un peu trop d'ailleurs, on le reconnaît à peine. Tout comme la tournée. C'est vrai ! Après quelques coups de fil donnés depuis le village, les voilà partis avec un petit camion de location et un mini van dans lequel ils s'entassent. Oui, alors qu'il aurait été si simple de jouer sur le nom de Paul McCartney, ex-Beatle, toutes les portes se seraient ouvertes, Paul veut rejouer ses débuts. Ainsi en février 1972, une étudiante responsable d'un cercle de l'université de Nottingham se retrouve devant deux jeunes chevelus qui lui demandent s'ils ont une salle. Ben oui ? Vous pourriez venir, on est avec un artiste qui voudrait jouer ici ce soir ? Imaginez sa tête quand arrivée sur le trottoir, elle reconnaît dans le van, Paul McCartney qui lui tend la main, en disant qu'il est d'accord de jouer aux entrées.Le concert aura lieu le lendemain finalement, devant plus de 750 jeunes, imaginez l'ambiance. Et même s'il n'y aura pas une seule chanson des Beatles, le premier concert de Paul depuis ce stade de San Francisco en 1966 est une réussite. Ils ont même gagné 30 livres sterling chacun.

    Kintyre : la renaissance de Paul McCartney

    Play Episode Listen Later Mar 3, 2026 3:41


    Quand Paul McCartney a acheté ce tas de pierre en 1966 pour une croûte de pain, il ne se doutait pas qu'il s'y réfugierait trois ans plus tard. Là-bas, au bout de la presqu'île de Kintyre en Ecosse, dans l'inconfort le plus total, il a entrepris de tout installer ou réparer lui-même, avec Linda, sa femme, leurs deux enfants et bien sûr, Martha, son chien, qu'il a rendu célèbre grâce à une chanson des Beatles.Paul est comme ça depuis l'adolescence. Il gamberge sans cesse, il a besoin d'être occupé sur un projet. Le duo Lennon-McCartney, le premier cahier de chansons composées à l'adolescence, les albums Sgt Pepper, Abbey Road, Let It Be, c'est lui. Faut toujours qu'il ait une idée pour aller plus loin. Mais aujourd'hui, il n'y a plus rien, John Lennon a jeté l'éponge, alors Paul apprend à bricoler dans sa maison, vivant avec la nature, il est sans cesse occupé, ce qui l'empêche de réfléchir et lui permet de sortir de la dépression.Les journalistes qui arrivent à le retrouver malgré son éloignement de tout, l'énervent, surtout quand il les aperçoit au sommet d'une colline avec des jumelles. Alors, à contrecœur, il reçoit la BBC et le magazine Life pour couper l'herbe sous le pied des candidats au scoop.Pour la première fois depuis l'adolescence, Paul affronte le vide vertigineux de ne plus penser à la musique, et cela, durant des semaines, vous pensez ! John et lui écrivaient puis enregistraient avec George et Ringo tout un album, tout en donnant une vingtaine de concerts, en l'espace de cinq-six semaines. Heureusement, il y a la joie des enfants. C'est aussi une première pour lui. Deux filles en plus ! Lui qui, orphelin à l'adolescence, a vécu avec un père et un frère, trois gars à la maison ! Et donc, un soir Heather, la fille de Linda qu'il adoptera bientôt, lui demande de jouer une nouvelle chanson. Paul essaie de refuser gentiment, tente un “pas ce soir”, mais la petite lui tend déjà une guitare en disant : “allez, une chanson qui parle de maman”. Paul saisit l'instrument et se lance dans une improvisation … Est-ce un hasard ? Un besoin de soleil, de mer et de plage se fait alors sentir. Voilà la famille envolée quelques jours plus tard vers une île des Antilles puisretour à Londres où Paul se fait livrer à domicile un enregistreur à quatre pistes. Il pourrait se faire aider par la terre entière, et ben non ! Puisqu'il est désormais seul, il va faire un truc incroyable pour l'époque, fin 1969, il va enregistrer un album tout seul, en jouant de tous les instruments. L'album s'intitulera tout simplement Paul McCartney, il ne lui vaudra aucun hit, c'est vrai, même s'il est N°1 à sa sortie.Mais Paul n'attendra pas longtemps, l'année suivante déjà, ce sera le premier hit, le début d'une domination sur la décennie suivante après avoir été le maître des sixties. Non, qui aurait dit que ce gamin de Liverpool connaîtrait un tel destin.

    1969 : Paul McCartney sans les Beatles

    Play Episode Listen Later Mar 2, 2026 3:50


    Je ne vous apprends rien, on en a raconté de belles histoires, des trucs de fou sur la musique pop et on en raconte encore tous les jours. Et pourtant, la plus incroyable d'entre elles, on ne l'a jamais vraiment racontée. Ou plutôt, on ne l'a pas écoutée. Elle n'avait pourtant aucune chance de passer inaperçue puisque ses protagonistes étaient alors les gens les plus médiatisés au monde. Non vraiment, qui aurait pu se remettre en selle pour courir à la victoire après une chute pareille ? En effet, ce 20 septembre 1969, les Beatles sont réunis dans le quartier général de Apple, la firme de disques qu'ils ont créée il y a même pas deux ans. Et pourtant, il s'y est passé tellement de choses que cela semble déjà une éternité. En janvier dernier, ils jouaient sur le toit devant des caméras et un public médusé, après être passés à deux doigts de la séparation. Et puis Paul McCartney avait réussi à réunir tout le monde durant l'été pour un album qui allait sortir bientôt et qui s'annonçait déjà comme le meilleur qu'ils aient jamais enregistré. Une merveille ! Et justement, Paul, qui depuis deux ans, joue le rôle de locomotive pour que le groupe compose et enregistre, face à un John Lennon complètement démobilisé, est aujourd'hui, gonflé à bloc. Leur nouveau manager, dont il se méfie comme de la peste entre parenthèses, a en effet renégocié le contrat des Beatles avec EMI à un très bon tarif pour les 7 années à venir. Alors ils sont venus tous les quatre pour le signer quand John Lennon annonce à Paul qu'il quitte le groupe. C'est fini, les Beatles ! Mais bon, on n'en dit rien, hein, ce ne serait pas bon pour les affaires et le disque qui va sortir.Paul quitte les bureaux rapidement, en premier, il fait bonne figure devant les fans fidèles qui font le pied de grue, puis monte dans sa mini Morris pour regagner son domicile. Et là, durant tout le trajet, il est en pilote automatique. Mettez vous à sa place. Depuis l'adolescence, il n'a connu que les Beatles, un groupe local d'une ville ouvrière, devenu le plus grand phénomène que la Terre ait jamais porté. Lui, la superstar, est à présent sans-emploi.Alors Paul rentre chez lui et n'en sort plus. Il boit du soir au matin au grand désespoir de sa jeune épouse Linda. La rumeur idiote mais persistante prétendant qu'il est mort et a été remplacé par un sosie n'arrange rien, elle fait les gros titres, et voilà qu'il plonge dans la dépression. Il n'a plus rien dans la vie, même l'argent est bloqué à cause de leurs affaires. Plus rien ? Ah bon.Linda et lui, enfin surtout Linda, décident donc de repartir de rien, c'est-à-dire d'une ferme abandonnée du bout du monde qu'il a achetée trois ans plus tôt, en Ecosse. Aucun équipement, ça tombe bien, personne ne viendra l'ennuyer. Le début de l'histoire d'un improbable retour, celui d'un artiste condamné selon toute probabilité à prendre sa retraite à l'âge de 27 ans car brutalement privé de ses partenaires. Elle va démontrer que Paul avait bien été le moteur de la créativité spectaculaire des Beatles car il a continué à tourner à plein régime chez lui. Cette chanson que vous ne connaissez probablement pas et qui date de 1971, le prouve à l'envi.

    1986 : le jour où Téléphone a cessé d'être un groupe

    Play Episode Listen Later Feb 27, 2026 3:33


    En 1986, la musique est en France, à l'heure des radios libres, du Top 50 et de Champs Elysées. Comme autrefois les yéyés, ces médias ont mis en lumière une nouvelle génération d'artistes de leur temps, de Mylène Farmer à Indochine, en passant par Jean-Jacques Goldman et Niagara.Et les Téléphone dans tout ça ? C'est vrai, ils viennent des années 70, eux ! Mais bon, après cinq albums, ne nous dites pas qu'ils n'ont plus rien à nous dire, comme le groupe anglais The Police !Ben faut croire que si. Quelques mois plus tôt, alors qu'ils sont à la recherche du producteur de leur prochain album, ils envisagent Quincy Jones, Monsieur Thriller, puis rapidement d'autres noms dont celui de Steve Lillywhite, le producteur des premiers U2. Ça vous étonne, hein ? Mais à ce moment, les Téléphone sont les petits chouchous de Richard Branson, le patron de Virgin qui a juré de faire d'eux des stars mondiales. Et on ne dit pas non au boss de Virgin, la boîte de disques la plus branchée de la planète.Alors le fameux Steve Lillywhite débarque à Paris lors d'une répétition de Téléphone puis passe la soirée dans une boîte parisienne avec Corinne, la bassiste. Une soirée où, la nuit aidant, elle déballe tout son mal-être. Oh elle ne fait dire que la vérité : au cours de l'enregistrement de leur dernier album, Dure Limite, ils ont fini chacun dans un hôtel différent tellement c'était la bagarre.Et donc le lendemain, Steve Lillywhite annonce au manager de Téléphone qu'il ne fera pas l'album d'un groupe en train de se séparer. Pour lui, il en est sûr, ce disque ne se fera pas. Le 24 mars 1986, alors que l'unique single qui est finalement sorti de tout ça est un énorme tube qui résonne sur les radios et les télés, le fidèle ami des débuts et manager de Téléphone annonce que le groupe prend une année sabbatique, précisant qu'il ne s'agit nullement d'une séparation déguisée. Mais c'est un album de Jean-Louis Aubert avec Richard, puis de Bertignac et Corinne qui suivront. Deux pour le prix d'un, serait-on tenté de dire quand on voit le verre à moitié plein. Mais force est de constater que pour formidables qu'ils soient, ce n'est plus pareil : il y avait en Téléphone quelque chose de nous. Ces quatre rockers nous renvoyaient et nous renvoient toujours au XXI° siècle, l'image de notre jeunesse et d'une époque. La fin des années 70 et le début des années 80 resteront comme la fin des sixties, ces moments où une génération a fait l'Histoire, rejetant le modèle dépassé des plus âgés. Une expression, une culture dans un temps où tout changeait, tout basculait et où il fallait écouter certains disques ou voir certains films pour comprendre ce qui se passait. Mais voilà, les meilleures choses ont une fin ; il faut qu'elles en aient une pour qu'on puisse refermer le livre et le ranger soigneusement afin qu'il ne s'abîme pas.

    Pourquoi Téléphone et The Police n'ont pas fait comme les Rolling Stones

    Play Episode Listen Later Feb 26, 2026 3:21


    Milieu des années 80, The Police est devenu le plus grand groupe rock au monde, et Téléphone, celui de la francophonie. Pour nous en Belgique, c'est pareil, ça ne fait aucune différence, on les adore. Ça fait sept ans déjà qu'ils sont là, avec nous. Ah, nous ne sommes plus les mêmes qu'à l'époque de Roxanne ou La bombe humaine. On est des grands hommes maintenant. Mais eux, on voudrait qu'ils ne nous quittent jamais. On a un contrat. Ils doivent nous maintenir en vie, en contact avec ce qui nous a éblouis quand on avait 13-15 ans !Mais ce n'est pas à ça que songe Louis Bertignac, l'autre voix de téléphone quand il branche sa guitare, en répète ou récemment, en studio. Ben oui je joue fort, comme toujours. Qu'est-ce qui lui prend, Jean-Louis ? Il a oublié quand on se faisait saigner les doigts sur les cordes ou quoi ?Parfois, quand ça bloque, Jean-Louis pense aux autres. Pas par jalousie, hein, noon, par comparaison. Pour se rappeler pourquoi il fait ça. Et alors qu'ils se prennent la tête avec Jean-Louis et Corinne sur comment doit sonner Téléphone en 1986, une question lui traverse l'esprit : comment font les Rolling Stones ?Ils se supportent à peine depuis des années, on le sait. Ils se sont trahis, engueulés, quittés, retrouvés. Ils ont fait des carrières solo, des procès, des interviews assassines. Et pourtant, à plus de quarante piges, ils montent sur scène, ils jouent, et ça tient. Ne dites pas que c'est parce qu'ils s'aiment. Mais parce qu'ils ont décidé que le groupe passait avant tout.Jean-Louis cherche autre chose. Une musique plus claire, plus pop, plus française. Je le respecte pour ça, c'est pas le problème. Mais moi, je ne veux pas devenir un groupe qui s'explique lors d'interminables soirées qui se terminent la tête à l'envers et le cendrier plein. Je veux un groupe qui déborde, qui dérape, le rock, pour moi, c'est ça.Les Stones ont pigé un truc que nous, on n'a peut-être pas envie d'accepter : tu peux ne plus te comprendre, ne plus te ressembler, ne plus te parler et continuer quand même, parce que le nom du groupe est devenu plus grand que les humeurs et les ambitions de chacun.La différence avec les Stones, c'est peut-être ça. Eux ont accepté de jouer un rôle. Nous, on a toujours voulu être vrais.Louis repose la guitare. Il comprend soudain que la vraie question n'est pas comment ils font. Mais est-ce qu'on a envie de faire pareil ?De l'autre côté de la Manche, c'est pareil pour Sting qui est aux abonnés absents comme ses deux complices de Police. Je devrais dire ses anciens complices de Police. Et si Téléphone va en guise d'adieu, offrir un 45 Tours mélancolique dans lequel les quatre musiciens ne pourront pas tous se reconnaître, Police publiera un cover d'un ancien hit dans lequel nous, on aura de la peine à retrouver leur folle et furieuse folie d'être jeune et leur joie d'être ensemble.

    1986: Téléphone, quand la musique sonnait… mais que le cœur n'y était plus

    Play Episode Listen Later Feb 25, 2026 3:21


    Si 1986 a été une nouvelle année formidable au firmament de la musique pop, c'est aussi celle où on a appris qu'on avait perdu en chemin les groupes Téléphone et The Police. Avouez que, malgré l'incroyable foisonnement créatif de l'époque, ça faisait beaucoup pour leurs fans. Surtout pour ceux qui étaient fans des deux, et croyez-moi, en Belgique, il y en avait.Mais comme je vous l'ai raconté, nous aurions été bien étonnés d'être dans la pièce avec eux, lors des derniers instants. Dans leur tête, même. C'est vrai, imaginez Jean-Louis Aubert, au milieu des années 80… “Je me lève avec une chanson en tête, comme toujours. C'est idiot mais c'est comme ça que je mesure si ça va encore. J'attrape ma guitare, je gratte deux accords, je note une phrase sur un bout de papier. Le problème, ce n'est pas d'écrire. Le problème, c'est de savoir pour qui.Téléphone existe encore officiellement. Officieusement, ça fait un moment que le courant ne passe plus. Les malentendus sont permanents, nos attentes ne se rejoignent plus. J'arrive en studio. Louis est déjà là. Il joue fort, il envoie, il occupe l'espace comme d'hab. Corinne est en retrait, concentrée, trop peut-être, comme toujours. Quant à Richard, il tape, solide et fidèle, mais je crois qu'il en a marre d'être le lien entre nous tous.On parle d'un nouvel album, enfin, on va essayer. Je propose un morceau, pas une idée aboutie, non, juste une direction, Louis joue dessus immédiatement mais il joue contre, pas avec. J'arrête, je dis qu'il faut qu'on respire un coup. Les autres ne disent rien, Richard regarde sa montre. Ce silence-là, je le connais, c'est celui de la dernière tournée dans les loges, quand on arrivait chacun de notre côté. Les concerts étaient bons parce qu'on est devenus des pros mais plus personne n'avait envie de rester après, de prolonger la fête. Avant on parlait de tout, de rien, de conneries et surtout de musique. Aujourd'hui, chacun reste sur son territoire. Moi, je protège le mien, c'est-à-dire l'idée que Téléphone doit encore signifier quelque chose. Et là, je commence à comprendre que je suis peut-être le seul.Alors on réessaie après la pause, ça sonne. Ouais, objectivement, ça sonne. C'est du travail bien fait, mais il y manque l'essentiel : la joie. Je range ma guitare plus tôt que prévu, on va boire un verre pour en parler au bistrot d'à côté. Je sors avec cette sensation étrange que tout fonctionne mais que plus rien ne circule. Mes autres chansons ? Est-ce que je vais oser leur dire ce qui me fait le plus peur ? Que je ne peux pas les amener car le groupe ne saura pas ou ne voudra plus les jouer. Elles ne leur appartiennent plus.”

    The Police : au sommet… et déjà séparés

    Play Episode Listen Later Feb 24, 2026 3:41


    Même si rien n'a pu assombrir cette brillante année 1986, on a quand même morflé une paire de fois avec la disparition des groupes Téléphone et The Police. On leur en a voulu de se séparer. Ils n'avaient pas le droit, pas vrai ? C'était moche de leur part de ne pas penser à nous, de croire qu'on allait dire Ah bon ? Pas grave, on achètera leurs disques solos. Non, nous, ce qu'on aimait c'est ce qu'ils dégageaient ensemble, la musique qui en sortait.On ne pensait pas à eux, évidemment, à ce qu'ils vivaient. Tenez, si on se mettait le temps d'une journée dans la peau de Stewart Copeland, le batteur de Police ? Et le fondateur, le leader du groupe, on l'oublie. Et pas en 86, non, car tout a commencé à se lézarder déjà trois ans auparavant, lors de l'enregistrement de l'album Synchronicity.“Ce matin, je me suis levé tôt, mais pas aussi tôt que Sting. Nous sommes dans les Caraïbes, face à une mer turquoise, sous les palmiers, mais il est déjà au studio quand j'y arrive. On ne se dit plus bonjour, on communique à travers les ingénieurs du son et les assistants. Sting a déjà tout décidé pour ce nouveau morceau. Quant à Andy, il enregistre ses guitares à part.A midi, plus personne ne mange ensemble. Chacun disparaît de son côté. Alors j'essaie d'exister là où il reste de la place, je reste avec les ingénieurs, on parle de micros, de sons, de prises alternatives. C'est plus commode que d'évoquer le reste, on bosse mieux quand on évite les sujets dangereux.L'après-midi, on tente une nouvelle prise, puis Sting demande que je ne joue pas sur cette version, histoire de “voir ce que ça donne”. Je sais très bien ce que ça veut dire. Je sors de la cabine de prise de son, j'écoute derrière la vitre. Le morceau fonctionne sans moi et ça me fait mal. En fin de journée, Andy arrive, on échange trois mots, pas sur la musique, hein, la météo. Il place sa guitare sur la bande et je rentre seul. Et le lendemain ce sera pareil. Et le jour d'après aussi. Le plus terrible dans l'histoire, c'est que l'album sera énorme. Le plus gros succès que nous ayons jamais connu, ce qui n'est pas peu dire. Dans la presse, je lirai que nous sommes au sommet. Mais au sommet de quoi ? Je ne sais qu'une chose : un groupe capable de faire un disque pareil sans se parler n'est plus un groupe de rock. L'histoire est finie mais cela ne s'entendra que sur cette nouvelle version d'un tube du temps où on se marrait vraiment et qu'on a réenregistré juste avant notre rupture, en juillet 86. Ma clavicule me faisait souffrir. Quel idiot de me l'être pétée en jouant au polo. Résultat : je ne joue pas comme je devrais, comme je l'entends dans ma tête. On me parle de boîtes à rythme, de solutions, alors je râle, ce groupe s'est construit sur l'énergie rock et là, on me demande de devenir optionnel. Alors je donne le maximum mais c'est moins fort.

    Téléphone & The Police : la fin trop rapide des années 80

    Play Episode Listen Later Feb 23, 2026 3:27


    On a beau, à raison, encenser les années 80, ceux et celles qui les ont vécues  savent qu'on a aussi paumé pas mal de nos héros en cours de route. Il y a eu des disparitions, on ne va pas les énumérer, on nous les rappelle régulièrement, mais surtout des séparations.Car si on n'y a pas tous fait gaffe sur le coup, se disant comme avec les Beatles qu'on allait y gagner, avec les carrières solos ça ferait plus de disques, force est de constater que ces groupes qui ne durent que le temps d'une jeunesse, d'une adolescence, ont laissé un goût de trop peu. Et dans le registre de ceux dont on apprécierait aujourd'hui avoir deux ou trois albums de plus à écouter et réécouter, il y a Téléphone et The Police. Vous saviez qu'ils se sont formés et séparés à quelques semaines d'intervalle. Avouez que comme coïncidence, c'est quand même troublant, non ?Fin 76, début 1977, ces Français et Brittons sont tout sauf des punks mais ils s'engouffrent joyeusement dans ce mouvement qui traduit alors ce qui colle le plus à leur jeunesse. Et c'est parce qu'ils sont dans les deux cas des musiciens chevronnés, passionnés, qu'ils vont aussi rapidement prendre leurs distances et ouvrir leurs horizons. Un peu trop d'ailleurs et c'est là que des dissensions vont apparaître entre les membres.C'est une époque où on sort un album par an, au moins, alors c'est vrai qu'entre 1977 et 1984, Police et Téléphone vont livrer chacun de leur côté cinq albums de chansons originales qui seront de plus en plus sophistiqués. La seule vraie différence entre les deux groupes, ce sont les racines jazz de Sting et Andy Summers, c'est vrai. Mais quel parallèle entre ces deux monstres, l'un français, l'autre britannique. Leur autre point commun, c'est la Belgique, notre petit pays, surtout si on en retient que sa partie francophone, où ils ont connu un succès phénoménal. C'est vrai, qui n'a pas chanté Roxanne, qui n'a pas eu quelque chose en lui qui ne tourne pas rond ?Alors en cette année 1986, on a pris le dernier single de Téléphone et de Police pour ce qu'ils étaient : leur nouveau disque, aucun des deux groupes n'ayant signifié spécifiquement qu'ils se séparaient, du moins pas tout de suite. Sans doute avaient-ils du mal à se l'avouer eux-mêmes, qu'il était temps de voler de leurs propres ailes, qu'on ne s'amusait plus ensemble, que le groupe n'était désormais plus aussi grand que toutes les individualités réunies ou simplement qu'on ne jouait plus la même musique. On change. Les seuls dindons de la farce, c'était nous, le public. On aurait aimé que la magie du temps passé à attendre leurs nouveaux disques, leur prochain concert, dans notre chambre avec les posters accrochés aux murs soit prolongée encore d'un ou deux tours, que toute cette histoire n'ait pas été juste une illusion.

    Love Story: Bob Dylan & Suze, l'hiver où tout a commencé

    Play Episode Listen Later Feb 20, 2026 3:55


    La pochette de l'album The Freewheelin' Bob Dylan est aujourd'hui une des images les plus iconiques des années 60. On y voit deux jeunes gens qui marchent bras dessus bras dessous dans une rue enneigée de New York, serrés l'un contre l'autre pour résister au froid. Et on grelotte avec eux, c'est vrai, mais ce qu'on ne peut pas louper, c'est la lumière qui se dégage leur sourire. Une lumière dont on devine, bien évidemment, l'origine : l'amour et la jeunesse, le monde est à leurs pieds.Quand il la rencontre, Bob a vingt ans, pas vraiment d'adresse, et est financièrement raide. Il dort chez des gens sur des canapés, parfois par terre, traîne toute la journée à Greenwich Village, joue dans les petites salles pour le chapeau et vit avec une guitare, un harmonica, un carnet et l'idée obstinée que quelque chose va arriver.Suzanne Rotolo, c'est son nom, est plus jeune que lui, mais plus stable. Elle a un toit, un vrai travail, comme disaient les parents à l'époque, mais aussi des idées politiques et une curiosité immense. Quand Dylan arrive chez elle, il a vite fait de poser tout ce qu'il possède. Suze lui fait à manger : une soupe et des pâtes, rien d'extraordinaire, sauf que pour lui, ça compte énormément.Bob reste. Il parle beaucoup, écrit tout le temps, vit comme si chaque jour était décisif. Suze écoute, l'emmène au théâtre, aux manifestations, lui fait écouter autre chose que du folk. Ils marchent beaucoup, surtout le soir, parce que rester dehors ne coûte rien. Ils s'aiment fort, se disputent aussi. Bob peut être dur, absorbé par son art. La photo de cette pochette d'album qui va se vendre par millions, est prise en plein hiver 1963, dans Jones Street, à Manhattan. Il fait très froid et ils n'ont pas vraiment ce qu'il faut pour s'en protéger. Dylan n'est pas encore une voix mythique, c'est un garçon qui tient debout parce qu'une jeune femme marche à son bras. Vous devriez voir cette autre photo prise un instant plus tard, quand il l'embrasse, et elle fermant les yeux, le visage collé à son épaule à en mourir, c'est bouleversant.Quand l'album sort, et qu'on se met à entendre Blowin' in the wind partout, les choses vont changer, c'est vrai. Bob va devenir Dylan. Suze, elle, va s'effacer peu à peu. Mais pour l'éternité, il reste cette image : avant la légende, un hiver, deux manteaux trop fins, et un amour en guise de soleil.Avant d'être une pochette mythique, The Freewheelin' Bob Dylan est le souvenir d'un hiver new-yorkais, d'un artiste en attente de reconnaissance, et d'une jeune femme formidable qui l'a aidé à tenir le temps que sa voix trouve sa place. Alors on reste figé, comme cette photo que des milliers et des milliers de couples sont allés reproduire depuis dans Jones street. La vieille camionnette Volkswagen n'est plus garée sur la gauche de la rue mais le vent d'amour et de cette jeunesse insolente y souffle toujours. Rien ne pourra le faire tomber, pas même le ciel.

    Love Story: Bono & Ali, l'histoire d'amour née le jour où U2 est né

    Play Episode Listen Later Feb 19, 2026 3:46


    Ce 25 septembre 1976, c'est une histoire d'adolescents que je vais vous raconter, une vraie, que l'on pourrait situer quelque part entre La Boum et un film social britannique. Elle se passe à Dublin, à deux rues du port, dans une école secondaire un peu trop grande pour ceux qui la fréquentent. Et rien qu'en citant le nom de la ville, vous avez deviné déjà qui vont en être les héros, pas vrai ?Début d'année scolaire à Mount Temple, nous y retrouvons Paul Hewson, gamin du nord de la ville, orphelin de mère depuis l'enfance, élevé avec son frère par un père débordé. À la maison, ils forment un trio de mecs qui bricolent comme ils peuvent. Mais dans une Irlande ultra catholique des années 70, grandir sans femmes autour de soi ne donne pas le mode d'emploi pour comprendre les filles. Or Paul en a une en tête. Il l'a remarquée trois ans plus tôt, le jour de son arrivée dans l'école. Nouveau, un peu perdu, il avait demandé son chemin dans un couloir à deux filles avaient ri et étaient parties sans répondre. L'une d'elles s'appelait Alison Stewart. Ali. Depuis ce jour-là, Paul est amoureux à distance. Et puis ce 25 septembre, voilà qu'il tombe sur une petite annonce punaisée aux valves de l'établissement : Batteur cherche musiciens pour former un groupe. Le batteur s'appelle Larry Mullen. Paul le connaît de vue. Larry est un gars qui a de l'allure, une réputation, et surtout une copine superbe. L'après-midi même, Paul se retrouve dans la cuisine des parents Mullen, avec une poignée d'autres garçons, serrés les uns contre les autres. Dans la pièce surchauffée, Larry tape comme un forcené. Il a déjà trouvé son style avec la grosse caisse qui cogne dans le ventre et la une caisse claire qui claque. Il y a aussi un certain Adam Clayton à la basse, et surtout les frères Evans, des types un peu étranges, capables de fabriquer leurs propres guitares et, paraît-il, de faire exploser une cabane de jardin avec leurs expériences de chimie amusante.À la fin de la journée, quelque chose est né. Le groupe n'a pas encore de nom, mais il existe déjà. Ce sera bientôt U2. Pour Paul, c'est une révélation. Mais il y a un problème. Le plus jeune des frères Evans, Dave, futur The Edge, tourne lui aussi autour d'Ali. Et Paul le sent : s'il attend, il va perdre la partie. Alors il fait ce qu'il n'a jamais appris à faire. Il se lance et se déclare. Sans savoir comment ça marche, et donc, sans certitude de ne pas se prendre un râteau, le cauchemar des adolescents.Mais Ali dit oui.C'est le début d'une histoire qui commence bien avant la gloire, avant le Bono charismatique, avant les albums, les clips, les tournées, le triomphe. Elle commence avec un adolescent un peu paumé, une fille qu'il observe de loin et une décision prise à temps. Depuis ce jour-là, il y a un demi-siècle à présent, Paul et Ali Hewson ne se sont plus quittés. Et pendant que le monde apprenait à connaître Bono, lui savait déjà exactement qui il était, et avec qui il voulait avancer.

    Love Story: Vanessa Paradis & Johnny Depp, le coup de foudre en deux temps

    Play Episode Listen Later Feb 18, 2026 4:11


    On a lu partout que Vanessa Paradis et Johnny Depp s'étaient rencontrés par hasard. La formule est jolie mais elle n'est pas exacte. L'histoire commence un soir à New York, dans une boîte de nuit où Vanessa accompagne son compagnon de l'époque, Lenny Kravitz. J'emploie le mot « accompagner » à dessein, car ces soirées-là ne sont jamais vraiment les siennes. Où qu'ils aillent, leur arrivée, ou plutôt celle de Lenny, déclenche une foule de regards, de mains tendues, de prénoms répétés à voix haute. Lenny présente, serre des mains, sourit, et puis le même scénario se répète sans cesse. Et là, au milieu de cette mécanique bien huilée, brusquement, une poignée de main différente. Une décharge. Vanessa lève les yeux et reconnaît Johnny Depp, verre dans la main gauche, Kate Moss accrochée à son bras. La foudre lui tombe dessus. Lui, en revanche, ne semble même pas l'avoir vue.Depuis Edward aux mains d'argent, Johnny Depp est devenu, pour beaucoup, l'homme le plus désirable de la planète. Vanessa n'est pas différente des autres. Durant les mois qui suivent, elle reste sur ce moment suspendu, elle en parle à ses amies. Mais rêver ne suffit pas. Vanessa est à nouveau célibataire, Johnny ne l'est pas. Et l'histoire pourrait s'arrêter là.Sauf que deux ans plus tard, elle apprend la séparation de Johnny Depp et Kate Moss. Et là, quelque chose s'enclenche. Vanessa aime les contes de fées, c'est sûr, mais elle sait aussi que les princesses trop passives finissent seules. Si elle ne s'aide pas elle-même, le ciel ne fera rien pour elle. Et le temps presse : un homme comme Johnny Depp ne reste jamais longtemps célibataire.Elle tente donc tout ce qui est possible. Elle se présente au casting du prochain film de Roman Polanski, prête à accepter un rôle secondaire, n'importe lequel, simplement pour être sur le même plateau que lui. Elle n'est pas retenue. Alors elle se fait inviter à une soirée très fermée où Johnny doit être présent. Mais il annule à la dernière minute.Heureusement, le cinéma est un monde en mouvement. Des tournages amènent en effet tout ce petit monde à Paris. Il y aura bien une occasion. Une occasion qui arrive, presque par surprise : Vanessa se retrouve en effet invitée à un dîner donné par Johnny Depp pour quelques amis. Mais qui l'a mise sur la liste ? Mystère. Ils se sont échangé trois mots, deux ans plus tôt, et pourtant elle est là.Quand Johnny entre dans la salle, il ne voit d'abord qu'un dos, à quelques mètres de lui, découvert par un décolleté vertigineux. Puis la femme se retourne, l'aperçoit, c'est Vanessa Paradis qui s'avance vers lui sans hésiter. Ce que Vanessa ignore encore, c'est que Johnny l'avait bien remarquée ce fameux soir à New York. Simplement, il n'avait jamais imaginé qu'elle ait été, elle aussi, frappée par le même coup de foudre. Johnny est un timide maladif, il déteste les mondanités, ne sait jamais où se poser, encore moins comment demander à quelqu'un de s'asseoir près de lui. Heureusement, d'autres ont compris. On les installe côte à côte.Et pour la première fois, Vanessa parle longuement avec un homme qui ne la regarde ni comme une icône, ni comme un trophée, elle est simplement elle-même. Même si l'on connaît la suite, il faut bien l'admettre : cette histoire-là est belle.

    Love Story: 1967, la danse qui a tout changé pour Paul McCartney

    Play Episode Listen Later Feb 17, 2026 4:03


    Au printemps 1967, les Beatles dominent le monde. Leur nouvel album Sgt. Pepper qui va une nouvelle fois le révolutionner est dans les tuyaux, la machine de génies tourne à plein régime. Mais sentimentalement, Paul McCartney est ailleurs, coincé dans un entre-deux inconfortable. Officiellement il est fiancé à l'actrice Jane Asher, la petite fiancée des Britanniques. Officieusement, leur histoire est figée, encombrée de silences et de va-et-vient, et Paul repousse depuis des semaines une conversation qu'il sait inévitable.Il vit depuis quelque temps une liaison secrète avec une jeune femme célibataire, Francie Schwartz, dont personne n'entendra jamais parler : une relation faite de rendez-vous discrets dans la peur permanente des médias. Francie tient à sa liberté, refuse toute idée de mariage, et Paul, pour la première fois, sent qu'il commence à vouloir une vie plus simple, plus stable, au milieu de ce tourbillon de succès.Ce soir-là, il sort seul, dans un club du centre de Londres. Il observe plus qu'il ne participe. Il connaît les lieux, les regards, les façons de s'approcher de lui. Et puis il remarque une jeune femme qui circule librement, un appareil photo en bandoulière. Elle s'appelle Linda Eastman. Américaine. Photographe. Du moins, c'est ce qu'elle dit. Quand elle lui parle, elle ne fait pas semblant de ne pas savoir qui il est, mais elle ne s'en sert pas non plus. Paul hésite une fraction de seconde avant de répondre. Avec elle, il ne sait pas très bien quel rôle jouer. Alors il n'en joue aucun, il est juste Paul.Soudain, le DJ lance un disque que personne ne connaît encore vraiment : A Whiter Shade of Pale. La salle ralentit. Paul tend la main. Ils vont sur la piste. Un slow. Paul sait qu'il est en train de faire quelque chose qu'il ne pourra pas expliquer facilement s'il rentre chez lui très tard. Ils dansent sans parler. Linda ne se colle pas, ne recule pas non plus. Paul sent le regard des autres, sait qu'on peut le reconnaître, qu'un détail peut circuler, qu'une photo peut exister. Mais il reste quand même. À la fin du morceau, il traverse la piste pour demander au DJ ce qu'il vient de passer. Il veut le nom. Lui seul saint pourquoi.Quand il revient, ils parlent encore. Pas des Beatles, ni de sa vie publique. Ils parlent des villes, des avions, de la fatigue, de ce que ça fait de vivre toujours ailleurs. Linda écoute sans relancer, sans orienter. Paul parle plus qu'il ne l'aurait  soupçonné. La soirée se termine. Paul regarde l'heure. Il sait qu'en rentrant, il devra répondre à des questions. Il sait aussi qu'il ne pourra pas raconter cette soirée comme une simple sortie. Il accompagne Linda jusqu'à la porte. Ils échangent peu de mots. Pas de promesse. Pas de rendez-vous fixé. Juste un regard un peu plus long que les autres.Quand Paul se retrouve seul dans la rue, il comprend une chose très précise : s'il n'a encore rien commis d'irréparable, il sait déjà qu'il vient de se compliquer la vie. Mais il ne regrette rien.

    Love Story : Avant «Rumours», l'amour fondateur de Fleetwood Mac

    Play Episode Listen Later Feb 16, 2026 4:46


    On a tant raconté Rumours, l'album de Fleetwood Mac qui figure parmi les plus vendus de tous les temps, comme l'album des problèmes de couple de ses membres, qu'on en finit par oublier que, si certaines histoires d'amour finissent mal, elles n'en sont pas moins toutes belles quand elle commencent, grandes pourvoyeuses de joies, d'espoir et de lendemains qui chantent.Ainsi nous retrouvons la jeune Stevie Nicks, dix-huit ans, dans la Calfornie « peace and love » des années 60, elle se trouve dans une salle fort bruyante, le verre à la main, quand un garçon nommé Lindsey Buckingham monte sur scène avec sa guitare. Il joue sérieusement, très concentré, presque trop pour son âge. Oh, il ne cherche pas à séduire les filles en jouant au surdoué perdu dans un univers magique. Stevie le regarde faire et comprend immédiatement que ce garçon-là ne va pas seulement compter dans sa vie : il va en devenir le centre.Très vite, ils se mettent ensemble. Le couple quitte l'université, enchaîne les petits boulots, rentre le soir dans des appartements trop chers pour lui. Il y a des factures sur la table, un matelas posé à même le sol, peu d'argent, mais une guitare toujours à portée de main. Lindsey travaille les arrangements de ses morceaux avec une précision presque obsessionnelle. Stevie écrit dans des carnets, parle de ce qu'elle ressent, de ce qu'elle vit, de ce qu'elle espère. Ils avancent à deux au jour le jour, convaincus que la musique finira bien par payer.Et de fait 1973, enfin, ils enregistrent un disque à deux, Buckingham Nicks, dans lequel ils mettent tout : leur voix, leur amour, leurs tensions aussi. Mais quand l'album sort, il passe totalement inaperçu et le couple-duo se retrouve avec le sentiment d'avoir tout donné pour rien.Pendant ce temps, un groupe anglais à succès, Fleetwood Mac, est dans le doute alors qu'il doit enregistrer son dixième album. Déjà qu'il avait perdu son fondateur et compositeur, Peter Green, auquel il avait survécu miraculeusement, voilà que son remplaçant se barre aussi. Il reste un nom, c'est vrai, un public fidèle, mais plus vraiment de direction et les deux derniers fondateurs Mick Fleetwood et John Mac Vie se demandent sérieusement si l'aventure va continuer.Et là, alors que Mick Fleetwood est à Los Angeles pour tester le son d'un studio, il reste pétrifié lorsqu'il entend l'enregistrement témoin qu'un technicien a lancé. Cette guitare ! Claire, précise, originale. Mais qui est-ce ? Lindsey Buckingham.Fleetwood pense avoir trouvé le guitariste qui va sauver son groupe. Lindsey écoute sa proposition, puis précise calmement que s'il vient, ce sera avec sa femme Stevie car ils fonctionnent ensemble. Le croirez-vous, Fleetwood Mac accepte. Quand Stevie Nicks et Lindsey Buckingham rejoignent le groupe en 1975, ça s'entend immédiatement sur leur l'album qu'ils vont intituler Fleetwood Mac, tout simplement, comme si l'arrivée de ce jeune couple marquait un nouveau départ. Leurs voix se répondent, se complètent. Sur scène, ils se regardent, se soutiennent. Le succès arrive vite, il est prodigieux, la belle histoire de ces deux jeunes musiciens sans le sou, convaincus que l'amour et la musique suffit à tout faire tenir debout.

    Bruno Mars : pourquoi il n'a jamais été rétro ?

    Play Episode Listen Later Feb 13, 2026 3:59


    Quand vous écoutez sur Spotify l'album Unorthodox Jukebox de Bruno Mars, vous voyez celui avec le gorille qui choisit un morceau sur le clavier d'un vieux Wurlitzer, et ben, vous l'avez vu, l'ancien label de la marque Atlantic tourner en permanence sur l'application, comme si vous écoutiez un vieux 33 Tours. Maintes fois imité depuis quinze ans, Bruno Mars est pour nous le roi du funk et du rock vintage. Oh il n'a pas été le premier sur la balle, Lenny Kravitz a publié son premier album rock rétro que Bruno était encore ce petit prodige qui chantait et jouait sur la scène d'une chaîne d'hôtel à Hawaï avec le groupe de ses parents. Oui, Bruno Mars a suivi la voie de Lenny Kravitz, mais avec une sensibilité soul, alors qu'il est latino, à nul autre pareil. Laissant à Kravitz les six cordes de Jimi Hendrix, il ressort les batteries et percussions des rythmes funk comme sur son incroyable collaboration avec Mark Ronson ... Considéré comme le morceau de la décennie, le moins qu'on puisse dire c'est qu'on y entend la batterie et les cuivres de Earth Wind & Fire et les accents de la voix de James Brown … Il y a dans la musique de Bruno Mars, non pas des airs de marketing vintage qui n'a jamais aussi bien marché mais une allure de destination finale. C'est vrai que la musique pop d'aujourd'hui est sympa mais avouez qu'on n'a jamais rien fait de mieux que dans les années 80, 70, 60. Que la messe est dite ! Quand on le voit aujourd'hui, costume large, micro à l'ancienne, groove impeccable, on parle souvent de nostalgie, de rétro, d'hommage, d'un gars vivant dans un rétroviseur. Mais en réalité, Bruno Mars n'est jamais revenu en arrière. Il n'est jamais parti. Tout commence bien avant les Grammy, bien avant les stades, bien avant Uptown Funk. À Hawaï, quand il était encore enfant, Bruno montait sur scène déguisé en Elvis Presley. La banane, le costume, le déhanchement, ce n'était pas une attraction, pour lui. C'était son quotidien. Alors quand, adulte, on lui demande d'où viennent ces sons, ces grooves, cette façon d'occuper l'espace, il reste interloqué, comme si la question n'avait pas de sens. Ce qu'il fait aujourd'hui, c'est simplement la musique qu'il a toujours entendue à la maison. D'ailleurs, après Uptown Funk, on va lui proposer d'être plus moderne. Plus dans l'air du temps. Mais il refuse. Bruno ne joue pas à l'ancien. Il ne fait pas semblant. Il ne singe personne. Il continue simplement une conversation commencée bien avant lui. Le petit garçon qui imitait Elvis sur une scène de Waikiki n'a jamais changé de langage. Il a seulement appris à parler plus fort, à plus de monde. Et c'est peut-être ça, le secret de sa longévité. Dans un monde qui change de look sans arrêt, Bruno Mars a compris une chose essentielle : on peut évoluer, grandir, conquérir la planète entière sans jamais renier l'enfant qu'on a été. La modernité la plus intègre, c'est simplement de rester soi-même.

    Bruno Mars : Le jour où le vintage a repris le pouvoir

    Play Episode Listen Later Feb 12, 2026 3:25


    Je vais vous parler d'un temps où le rétro était ringard. Dans les années 70 quand les producteurs disco retournent dans les années 20 et 30 chercher des chansons pour les mettre au goût du jour, certaines font des succès, énormes parfois, mais il faut bien en convenir, c'est ringard, à tout le moins qualifié de vintage ou joliment désuet.C'est vrai, sauf s'il s'agit de faire une référence au texte de la chanson, on n'imagine pas un Michael Jackson, même s'il est fan de Fred Astaire, ou Alice Cooper, le voisin de Groucho Marx à Hollywood, chanter du Foxtrot. C'est pourtant ce qu'un certain Bruno Mars va faire dans les années 2010.Car même si les temps ont changé depuis les seventies, que les enfants écoutent les mêmes chansons que leurs parents, leur musique, à eux, est très différente. Que ce soit la pop ou le rap, on est dans le tout électro. Les vedettes mises en avant, ce sont des DJ, des producteurs, plus des musiciens. Et tout est extrêmement calibré, on est obligé de suivre une recette pour passer à la radio. En clair, on ne fait pas de la musique en suivant son inspiration mais en essayant de donner au public ce qu'il a envie d'entendre.Du moins, c'est ce qu'on croit. En tout cas, c'est ce que les gars du métier disent.Alors, après un premier essai d'album solo couronné de succès, dans un style qui est bien dans l'air du temps, pop crooner sucré, Bruno Mars pourrait se contenter de garder le cap puisqu'il vient déjà d'accomplir un miracle : personne ne croyait en lui. Et ben non, lui qui est fan de Prince, Sting, Michael Jackson, Elvis, James Brown va tous les convier dans son deuxième album. C'est vrai, les gars lui ont dit qu'avec ce qu'il venait de vendre, il pouvait faire tout ce qu'il voulait. Alors, allons-y !Et c'est vrai qu'on a tous reconnu la référence à Sting et The Police. Et que ça nous a fait vachement du bien d'entendre ça à la radio. On s'est dit que tout n'était pas perdu, que dans cette mer de produits qui se ressemblent tous, il y a toujours la possibilité d'une île.Une île qui va s'avérer être un continent puisque non seulement Bruno Mars va devenir l'artiste N°1 mondial de la décennie mais il va décomplexer tous ceux qui luttaient contre les esprits formatés de l'argent facile. On n'entendra rien de neuf, c'est vrai, Bruno Mars et ceux de sa génération ne sont pas les nouveaux David Bowie ou Stevie Wonder, mais ils marquent le retour des musiciens qui savent jouer, des surdoués de la chanson qui avaient trop manqués aux Ultratop et autres Billboards.

    Avant la gloire : Bruno Mars en featuring

    Play Episode Listen Later Feb 11, 2026 3:40


    On connaît tous ce morceau, non ? On l'a entendu mille fois et pourtant en 2009, quand il est N°1 dans de très nombreux pays, on ignore tous le nom de ce chanteur featuring un titre de B.O.B. On ignore qu'il s'agit d'un certain Bruno Mars arrivé à Los Angeles six ans plus tôt dans le but de vivre de sa musique.Je devrais dire Peter Hernandez, ou plutôt Bruno Hernandez, ce sera finalement Bruno Mars. Pourquoi ? Parce qu'il lui arrive souvent de répondre aux filles qui lui demandent d'où il vient : de Mars !Six ans, c'est long quand on dort à droite, à gauche, sur un canapé. Los Angeles, c'est pas Honolulu, c'est vrai, les possibilités sont immenses pour un musicien. Mais voilà, Bruno est petit, n'a pas un physique de star pour les maisons de disques et pire que tout : on n'arrive pas à lui coller une étiquette. Mais quel genre de musique faites-vous ? Du rock, de la pop, du reggae, du R'N'B, faut vous choisir un public, mon vieux ! Choisir ? Mais c'est impossible ! J'aime toutes ces musiques.Et le moins qu'on puisse dire, c'est que commercialement, le présent que vit Bruno Mars ne donne pas tort à tous ces gars qui ne veulent pas de lui. C'est vrai, quand il signe avec la Motown, c'est déjà inespéré, incompréhensible. Pour lui, ce devrait être bingo, il devrait crier vous voyez ? Vous avez tous eu tort, bande de nazes !Mais ce n'est pas ce qui se passe. Les années de développement, de tests, de réunions se succèdent sans qu'un disque ne sorte. Un artiste sous contrat qui ne sort pas de disques. Mais quand Bruno finit par se faire remercier par la Motown, tout n'est pas perdu. Il s'y est fait copain avec deux gars qui ont les mêmes intérêts que lui dans cette musique d'hier, qu'on dit vintage, mais, il faut bien le dire, qu'on a jamais vraiment réussi à surpasser.Bruno et eux forment donc un trio de songwriters. Ils vont proposer leurs chansons aux autres, des gars qui ont un physique, une image, et parfois, comme les rappeurs, besoin d'une vraie voix pour chanter les refrains. C'est tout trouvé, ce sera celle de Bruno qui, lui, a appris dès son plus jeune âge à tout donner au public quand il se trouve devant un micro.Et ça se vérifie carrément à chaque fois. Vous voulez un autre exemple ? … (Billionaire) et vous avez remarqué, il assure tellement que c'est lui qui attaque, l'intro de la chanson, c'est dire si on a affaire à une perle rare. Et donc après avoir consécutivement volé deux fois la vedette à l'artiste qui a son nom sur la pochette du single, des producteurs se disent enfin : ce Bruno Mars ? Oui, t'as raison, même quand on le laisse au fond de la pièce, c'est quand même lui qui l'éclaire. Alors si on le mettait sur le devant de la scène pour voir ce que ça donne ?Deux cents millions de disques vendus et des dizaines de milliards de streams plus tard, ils ne l'ont toujours pas regretté.

    Bruno Mars : quitter Hawaï pour survivre à ses rêves

    Play Episode Listen Later Feb 10, 2026 3:29


    1997, c'est la fin d'un monde pour le jeune Peter Hernandez, 12 ans. Nous sommes à Hawaï, et comme l'a montré le très beau film Les descendants, avec George Clooney, ce n'est pas seulement une île idyllique au milieu du Pacifique, mais une terre habitée avec tous ses drames humains. Jusque-là partagé entre l'école et surtout les spectacles dans le groupe de ses parents où il était le petit prodige imitant, entre autres, Elvis Presley, voilà que le groupe éclate avec le divorce de son père et sa mère.Les parents n'ayant plus de revenus, tout disparaît y compris le domicile familial. Avec sa mère, frères et sœurs, Peter vit au rythme du système D, logeant à gauche et à droite, là où on veut bien les héberger, toujours provisoirement.Avec papa, c'est encore pire, on dort dans la voiture, ou n'importe quel squat comme cette fois où un zoo abandonné fait l'affaire. Alors on l'imagine, le jeune Peter, passer son adolescence à essayer de terminer des études secondaires et enchaîner les petits boulots, et les spectacles, bien sûr, pour ce soir, finir avec le paternel sur un toit où ils seront à l'abri, à la fois du regard des gens sur leur misère et de la délinquance. Dans la rue, on vous agresse pour vous voler trois fois rien. Le soleil se couche sur un pays incroyablement beau et pourtant, Bruno, c'est comme ça que son père l'appelle depuis qu'il est tout môme, rêve d'un ailleurs.C'est vrai, c'est beau ici mais tout est vraiment compliqué. Il faut croire que son père a été exaucé quand, devant l'admiration du public pour cet enfant prodige du quartier de Waikiki chantant et dansant comme un adulte, il disait “pourvu qu'il ne grandisse jamais”. A 17 ans, Bruno ne mesure même pas 1m65. Alors il rêve de pousser de manière spectaculaire avant le cap fatal des 18 ans, et puis aussi, surtout, de devenir une star de la musique.C'est tout ce qu'il sait faire et tout ce qu'il a envie de faire. Mais le rêve tant attendu d'avoir un jour un grand producteur américain en vacances dans un resort qui vienne le voir après le spectacle pour lui proposer un contrat, a fait long feu.Non, Hawaï est trop petit pour ses rêves de réussite. D'ailleurs, que répondrait-il à ce producteur ? Quel est son genre de musique ? Le rock, le reggae, la pop, la soul ? Bruno aime tout. C'est à cause de ses parents, ça, ils écoutent de tout, de Police à James Brown. Alors, il ne lui reste qu'une chose à faire : le grand saut. Partir pour Los Angeles, là où sont les grandes firmes de disques, où habite Michael Jackson et puis Metallica et autrefois, Elvis Presley, quand il tournait ses films, dans les années 60.Mais comment vas-tu te débrouiller, là-bas, sans rien ? Et ben ici, alors, comment on fait ? L'errance et l'instabilité à LA vaut bien celle d'Honolulu. Là au moins, il pourra saisir sa chance qui, dit-on, ne sourit qu'aux audacieux.

    Bruno Mars : l'enfant d'Hawaï qui chantait déjà comme Elvis

    Play Episode Listen Later Feb 9, 2026 3:22


    Été 1989, la haute saison bat son plein sur l'île d'Hawaï, il y a des touristes partout. Plage et sports aquatiques pour les jeunes, excursions et soirées spectacles pour les parents. Des spectacles musicaux qui ne manquent pas. On a beau être à la fin d'une décennie marquée par les rythmes synthétiques de Depeche Mode à Technotronic et par les guitares survoltées de Metallica, il faut surtout faire plaisir à la génération précédente.C'est pourquoi sur la scène d'un de ces hôtels, ce soir, comme tous les soirs, le groupe de covers The Love Notes, va faire un carton avec des reprises qui vont rappeler bien des souvenirs aux touristes venus du continent. Les Love Notes, les notes d'amour, tout un programme pour une soirée lounge, c'est un groupe familial, formé par les Hernandez. Peter est New Yorkais d'origine, de Brooklyn, un beau cocktail de sang portoricain et d'Europe centrale, Bernadette, sa femme, elle, est d'origine philippine mais aussi portoricaine, comme lui. C'est ici à Hawaï qu'ils se sont rencontrés et étant musiciens tous les deux, l'idée du groupe familial est venue naturellement.Je dis familial car le clou du spectacle c'est l'arrivée sur scène de leur fils de quatre ans, habillé en Elvis Presley dans la tenue miniature de son légendaire concert à Hawaï en 1973. L'image de ce costume a beau être, pour cause de diffusion en mondovision par satellite, une première à l'époque, tellement ancrée dans la culture populaire, ce n'est pas ce déguisement ni la coiffure en banane qui provoquent l'émerveillement du public. C'est surtout la parfaite imitation du chant et du déhanchement d'Elvis par le petit Peter qui soulève l'enthousiasme. Quel talent !Les gens applaudissent, rappellent, Peter se démène à fond comme un adulte, mieux, comme vingt ans auparavant le petit Michael Jackson car Peter fait aussi bien qu'un adulte. Et c'est ça qui est époustouflant : sa façon d'aller chercher le public, le timing et la justesse absolus dans le chant, tout y est déjà. Et il n'a que quatre ans. A cet âge-là, les enfants commencent à peine à apprendre à lire et compter. Lui, sait déjà comment porter toute une salle.Une salle qui l'acclame debout, la soirée a été excellente. Le public, les patrons, les parents et le petit prodige sont heureux. Il faudrait que Bruno ne grandisse jamais, dit Peter en plaisantant. Ah oui, Bruno est le surnom qu'il lui a donné car, bébé, il était tellement costaud et trapu qu'il lui faisait penser à une star du catch des années 60 et 70, Bruno Sammartino. Un truc idiot dit comme ça mais c'est souvent ainsi que ça se passe dans nos vies, une référence, une identification rassurante à notre jeune temps. Comment pourraient-ils deviner que ce surnom va être celui que portera Peter Junior quand, devenu adulte, il deviendra la plus grande star de la planète sous le nom de Bruno Mars, une star qui revendique toujours le Elvis Presley des années 50 comme influence majeure.

    Chrissie Hynde : au cœur du punk, avant les Pretenders

    Play Episode Listen Later Feb 6, 2026 3:58


    Vous connaissez ce morceau ? C'est un des tubes de Grace Jones et qui est en fait un titre signé Chrissie Hynde, enregistré sur le premier album des Pretenders. Il faut dire qu'à partir du milieu des années 70, Chrissie a fréquenté tout le monde. Tout d'abord elle a travaillé dans le magasin de Vivien Westwood et Malcolm McLaren, l'homme qui va inventer les Sex Pistols. Dans le quartier de sa coloc habite un gars nommé Captain Sensible ; il vit toujours chez ses parents mais son groupe, les Damned, c'est quelque chose. Il y a toute la bande des Sex Pistols, évidemment, et puis bien sûr, les Clash. Seul bémol, aucun de ces groupes ne veut d'une fille comme guitariste. Chrissie en rêve pourtant. Enfin, disons plutôt qu'elle remise à y rêver. C'est vrai, à 23 - 24 ans, on ne démarre plus une carrière dans le rock'n'roll ! La trentaine approche et on ne connaît aucun rocker digne de ce nom qui a la trentaine ? Oui, Elvis mais il est fini, retraité à Vegas !Alors oui, Chrissie arrive à se faire adopter par un groupe ou l'autre mais bon, soit ils n'arrivent pas à trouver le moindre concert, soit ça part en eau de boudin comme ce jour où elle découvre dans une petite annonce que son groupe cherche un nouveau guitariste. Elle téléphone au numéro indiqué et à l'autre bout du fil, un membre du groupe lui dit, merde, il a complètement oublié de lui dire qu'elle était virée. Rock'n'roll, hein ? D'autant plus qu'elle sera la seule à appeler pour l'annonce.Heureusement que les Clash l'invitent à les accompagner sur leur première tournée nationale. C'est un grand moment de joie et de rigolade sur la route, dans les cercles d'étudiants où ils enchaînent les verres après avoir mis le feu à toute une salle. Car il fallait voir ce que c'était la scène punk, ska, reggae dans les années 70 en Grande-Bretagne : les Clash, Jam ou Police faire pogoter un hall entier plein à craquer, comme un seul homme.Car Joe Strummer, le leader charismatique du groupe, n'était pas qu'un gars dont le but était de s'éclater jour et nuit, il avait un véritable message social, une idéologie face à un monde qui exploitait les masses en leur racontant ce qu'elles veulent entendre pour mieux les utiliser. On sortait gonflé à bloc d'un concert des Clash, on le sentait que le monde allait changer parce qu'on le voulait, qu'on était la génération qui un jour serait à la place des vieux.Oh il y a bien ce gars, Tony, un patron de label de disques qui ayant entendu qu'il y avait une guitariste américaine : il voudrait la produire mais elle lui a répondu OK mais le jour où j'aurai un groupe.Quelques semaines plus tard, alors qu'elle est en train de laver les vitres de la personne qui l'héberge, Chrissie voit passer sur Portobello Road un musicien que Lemmy, le leader de Mötörhead, lui a recommandé. Il lui a décrit son look d'enfer avec jean moulant, perfecto et ceinture à clous. Ça ne peut être que lui ! Chrissie se bat avec le bow window pour l'ouvrir, passe la tête par la fenêtre et hurle Hé, c'est toi Gass Wild ? Qui le demande ? Ça te dit de jouer dans un groupe ? Ouais mais j'ai plus de batterie. T'inquiète, j'en trouverai une, monte ! Chrissie lance un trousseau de clés depuis l'étage : ainsi que commence la fabuleuse histoire des Pretenders.

    Chrissie Hynde : serveuse, Américaine… et bientôt punk à Londres

    Play Episode Listen Later Feb 5, 2026 2:46


    Ceux qui ont assisté à la première apparition de Chrissie Hynde à la télé dans le clip de Brass in Pocket fin 1979 - début 80, savent de quoi je parle : on a été charmé, à défaut d'avoir été vachement ému. Mais ce qu'on ignore bien sûr à cette époque, c'est que la serveuse qu'elle incarne pour illustrer cette magnifique chanson qui nous tombe dessus comme une révélation, c'est que ce n'est pas un rôle de composition.Car Chrissie a bien travaillé dans l'horeca. Vous voyez ces rades, restos routiers, genre Breakfast in America, avec ces femmes en tablier blanc sur une robe rouge avec un filet dans les cheveux, donnant du “vous le voulez à la fraise ou à la banane votre milk shake ? Grand, moyen ou petit ?” Oh et bien sûr, au fil des jobs dans la ville universitaire de Kent dans l'Ohio dont elle a aussi fréquenté les bancs, elle a aussi connu la “jupe noire et chemise blanche” où là, c'était : “votre steak, à point ou saignant ?”.Chrissie était étudiante en art, enfin un peu, mais elle rêvait surtout d'une chose : l'Angleterre. Ça peut paraître fou pour une Américaine, la terre d'Elvis Presley et Bill Haley mais depuis les années 60, la capitale du rock, c'est Londres. Et c'est surtout les filles qui en rêvent pour une bonne raison. Chrissie a ainsi au milieu des années 60 possédé tout le brol de produits dérivés que les Amerloques ont créés autour des Beatles. Elle a tout jeté à la poubelle lors de ses 16 ans comme d'autres générations l'ont fait avec les Spice Girls ou les Pokemon. Et même si elle le regrette aujourd'hui, elle n'a par contre pas raté son rendez-vous avec ses rêves d'adolescente. A l'âge de 21 ans, elle est partie.Arriver à Londres en 1973, pour une Américaine, c'est un choc. Premièrement, il faut apprendre à être poli avec les commerçants, on dit d'abord bonjour comment ça va, et puis s'il vous plaît aussi. On ne demande pas la salle de bains pour aller aux toilettes, le métro, c'est un tube. Et puis aussi, les gens sont tous minces, les parents écoutent la même musique pop que les mômes dans les pubs, on n'y vend pas de vin ni de Tequila mais de la bière crèmeuse ou du whisky. Et puis c'est là qu'on va commencer à l'appeler Chrissie au lieu de Christine ou Chris.Par contre, où sont passées toutes les filles en mini jupes couleurs flashy et les mecs en costards hyper chics, les Mods, les psychédéliques ? Chrissie est arrivée trop tard pour voir l'Angleterre qu'elle avait rêvée étant ado en regardant les photos dans les magazines. Les Beatles ne sont plus là, les filles sont amoureuses de chanteurs glam rock comme Gary Glitter et Slade mais attention, pas de garçons dans les colocs après 22 heures ! Mais bon, malgré le décalage avec l'Amérique, Chrissie adore la ville qu'elle découvre. Les gens surtout. On peut devenir ami avec quelqu'un en parlant à un arrêt de bus, comme ça ! Et attention, c'est une vraie conversation, pas un étalage de phrases convenues, comme dans son pays d'origine. Non, vraiment, si un Américain à Paris, c'est fait depuis longtemps, une Américaine à Londres, ça commence aujourd'hui. Chrissie va entrer partout, fréquenter et jouer avec les membres des Kinks, des Clash ou futurs Culture Club, bref, elle va être la petite fiancée des punks, autant dire qu'elle ne verra pas souvent son lit.

    Chrissie Hynde : quand Ziggy Stardust est passé à un mètre

    Play Episode Listen Later Feb 4, 2026 3:03


    Ce 22 septembre 1972 est une date que la jeune Christine Hynde n'oubliera jamais. Cela fait plus un an qu'elle a découvert un type extraordinaire grâce à un album : David Bowie. Un album qui parle d'un tas de choses, de littérature et de contre culture, sur une musique à nulle autre pareille … (Life on Mars ?). Elle en parle à tout le monde, y compris ses collègues serveuses, car elle jobbe pour financer ses activités, les études ne l'intéressent plus du tout.Et bien figurez-vous que c'est dans son trou perdu de l'Ohio que David Bowie alias Ziggy Stardust va donner son tout premier concert aux Etats-Unis. La voilà partie avec sa meilleure copine, Sue, pour Cleveland, c'est pas loin, dans la voiture de sa mère. Chrissie, 21 ans à peine, adore les concerts. Elle aime TOUT dans les concerts, y compris l'ambiance avant et après. Et donc, arrivée très tôt et patientant dans le froid, elle entend le groupe répéter quelques morceaux pour la balance. Et peu de temps après, que voit-elle ? David Bowie en Ziggy, immédiatement reconnaissable avec ses cheveux rouges, sortir à pied avec son entourage pour se rendre àl'hôtel.Vêtu d'un blouson vert et un jean sur ses plateformes, il passe à moins d'un mètre d'elle, comme dans un rêve. Puis, au moment de traverser la rue, il se retourne, la voit, semble hésiter, puis regarde de l'autre côté en disant quelque chose. Un de ses gardes du corps, du moins c'est ce qu'elle croit, le plus beau en plus, propose à sa copine et elle, de les accompagner. Chrissie n'a pas à se retourner, c'est bien à elles qu'il parle, il n'y a qu'elles deux  sur ce trottoir. Pourtant avec leurs fringues en laine torsadée, elles n'ont pas le profil de fans de Ziggy.C'est tremblante d'émotion que Chrissie entre dans la suite du groupe anglais. Elle meurt d'envie d'engager la conversation alors, sans regarder Bowie, enfin Ziggy, dans les yeux, elle lui dit que le public de Cleveland va l'adorer s'il chante le titre de Lou Reed et du Velvet Underground qu'ils ont joué à la répétition. Ah, on va peut-être la faire, alors, répond Bowie en plaisantant. Il joue ce titre chaque soir, mais comment le saurait-elle ?L'histoire devient vertigineuse quand il lui demande si elle connaît un chouette endroit pour aller manger, carrément dingue quand elle abaisse le siège passager de la voiture de sa mère pour qu'il monte à l'arrière. David Bowie dans l'Oldsmobile de sa maman, elle rêve !C'est d'autant plus incroyable que ce à quoi Chrissie va assister ce soir-là est un show comme on n'en a jamais vu et qui va influencer des générations de musiciens. Quinze jours plus tard, Chrissie le rejoint sur un autre concert, à Detroit, même extase, et quand la salle se vide, Chrissie reste comme à son habitude pour prolonger la vibration et s'approche de la scène où s'activent les roadies.Allez Chris, faut y aller, dit Sue. Et là, dans le parterre, au milieu du personnel, un grand blond shote dans des gobelets, désabusé. C'est Iggy Pop ! Chrissie est pétrifiée quand il plante ses yeux verts dans les siens. A-t-il deviné qu'elle est sa plus grande fan ? En tout cas, Chrissie ne sortira pas un mot dans la voiture au cours des 100 miles du chemin de retour.

    Chrissie Hynde : le jour où l'Amérique a tiré sur sa jeunesse

    Play Episode Listen Later Feb 3, 2026 3:36


    L'actualité nous fait sans cesse tourner les yeux vers l'Amérique. Et les images que nous avons reçues de Minneapolis, Los Angeles ou Chicago ne sont pas sans rappeler les mouvements de la jeunesse des années 60 contre la guerre au Vietnam et pour les droits civiques.Ainsi ce jour maudit du 4 mai 1970 est-il entré dans l'Histoire contemporaine américaine. Nous sommes sur le campus de la Kent State University. Kent est une jolie ville de 25.000 habitants au sud de Cleveland dans l'Ohio, à mi-chemin entre Chicago et Washington. C'est sur les bancs de l'Université de Kent, une petite fac pas très regardante sur ses notes moyennes de secondaire, que la jeune Chrissie Hynde a finalement trouvé la voie de l'enseignement supérieur. En clair, elle ne s'est pas encore fait virer de ses cours, ce qui pour elle, qui n'en touche pas une, pas plus que le strict nécessaire, est un exploit.C'est pour ses parents qu'elle fait des études car elle n'a d'intérêt que pour deux choses : la musique rock et la défonce. Et puis son statut de jeune Américaine qui va, avec des centaines de milliers de ses semblables, changer l'horrible monde des adultes. Ces gens qui ne pensent pas à vivre, seulement à gagner de l'argent, d'en amasser, pour ne rien en faire. Et dans les années 60, c'est aussi un monde qui impose le cauchemar au présent de sa génération en l'envoyant se faire tuer dans l'enfer d'une guerre lointaine qui n'est pas la sienne.Alors elle proteste. Sauf que le Give Peace a Chance de John Lennon, c'est bien gentil, mais c'est pas ça qui va faire entendre raison au président Nixon qui envoie tous ces jeunes au Vietnam et à présent, au Cambodge ! C'en est trop, le 2 mai, les étudiants mettent le feu avec des fusées éclairantes au bâtiment en bois des officiers de réserve sur le campus de Kent. La garde nationale intervient, c'est la pagaille, Chrissie s'en sort de justesse, et oui, elle en est. Mais le surlendemain, lors d'une nouvelle manifestation malgré le couvre-feu imposé, les soldats qui gardent les cendres du bâtiment incendié tirent sur la foule.Des gens tombent, des ambulances arrivent, il y a des morts, entend-elle crier. Chrissie est dégrisée. Elle regarde ces militaires qui sont des jeunes gosses de 19-20 ans, comme elle, et qui ont l'air tout aussi surpris par ces coups de feu. Elle s'assied et reste prostrée, figée, en contestation, quand des mains la saisissent. Et pendant qu'on l'emmène de force, Chrissie se dit qu'elle ne reconnaît plus son pays. Le lendemain, le campus est vidé, les étudiants sont renvoyés chez eux, entassés dans des voitures qui alimentent des bouchons vers Chicago, Philadelphie, New York. Le Sex and drugs and rock'n'roll semble être la solution immédiate face à ce monde qu'elle ne peut plus voir, les sixties qui ont vu fleurir son adolescence sont bien terminées. Et pourtant, au bout de cette errance que vont être les années 70, il y aura les Pretenders.

    Chrissie Hynde : la liberté avant la gloire

    Play Episode Listen Later Feb 2, 2026 3:13


    Je n'aurais pas pu raconter tout ça du vivant de mes parents. Ainsi commencent les mémoires de la voix des Pretenders, Chrissie Hynde, une des plus grandes figures féminines du rock'n'roll, cette musique qui fait vibrer le monde depuis 70 ans.Apparue dans un clip à la toute fin des années 70 en serveuse de coffee shop dans cette Angleterre qui s'apprêtait une nouvelle fois à devenir la vitrine du monde avec à présent, la New Wave, on la croyait logiquement Britannique. Chrissie était en fait Américaine, originaire de l'Ohio, elle vivait en Angleterre depuis six ans avec une longue parenthèse parisienne.Comme Debbie Harry et Blondie, Chrissie est un pur produit du mouvement punk américain de la fin des années 60. Il suffit de citer les noms d'Iggy Pop et de Lou Reed, les deux plus célèbres icônes, pour qu'on comprenne à quel point le rock'n'roll était à l'époque un mode de vie destroy.Et Chrissie Hynde en a été. Sauf que son parcours dans l'ombre a été très long, faisant d'elle un témoin rare et privilégié de cette époque où le punk s'est installé à Londres. Un mouvement que les British vont s'approprier pour le mettre à leur sauce, l'histoire se répétait dix ans après les Beatles et les Stones. C'est vrai, c'est tout juste si les gens savent que cette musique est née en Amérique tellement l'empreinte de groupes comme les Clash et les Sex Pistols a définitivement associé le mot punk à l'Angleterre à coups de God Save the Queen et de London Calling.Pas étonnant donc que la voix de Chrissie Hynde ne soit pas sortie d'un squat de New York mais d'un studio londonien. A la Noël 1979, quand Brass in Pocket passe partout à la radio et à la télé en Europe et en Amérique, elle vit toujours sans le moindre penny. Une coloc à Covent Garden avec un matelas par terre, une guitare, quelques vêtements et un radio cassette, le truc le plus cher qu'elle ait possédé jusque-là. Et encore, un cadeau.Ses colocataires et elle ont reçu un avis d'expulsion, les cartons seront vite faits. Dans quinze jours, ce titre dont Chrissie était la seule du groupe à ne pas vouloir le sortir tel quel, sera N°1 mais rien ne changera. Elle ne s'écoutera pas à la radio, ne se regardera pas à la télé et ne jettera jamais un œil sur le montant de son compte en banque. La célébrité, ce n'est pas pour elle, c'est une cage dorée. Elle, la rockeuse, veut être libre de sortir, prendre le métro, faire la fête avec qui elle veut, quand elle le veut, sans être désignée du doigt le lendemain en découvrant une photo ou un article désobligeant dans la presse. Maman, Papa, je suis désolée d'avoir menti sur ce que j'ai fait durant tout ce temps où j'ai été partie. Je sais que vous étiez fiers de moi. Je regrette la moitié de mon histoire, la seconde, c'est la musique que vous avez entendue …

    L'interview du siècle: quand Brel, Brassens et Ferré parlent du monde

    Play Episode Listen Later Jan 30, 2026 3:00


    Il était une fois trois géants de la chanson française. Ce 6 janvier 1969, pourtant, on peut dire que la société dans laquelle ils sont devenus, il y a quinze ans, ces fameux géants n'existe plus.La télévision occupe toutes les soirées de Monsieur et Madame Tout le Monde tandis que leurs enfants écoutent les Beatles et Michel Polnareff sur un tourne-disque dans leur chambre équipée d'un grand miroir en pied. Et oui, la jeunesse de 1969 aime se regarder même si une partie se laisse pousser les cheveux et la barbe dans tous les sens, préférant les peaux de mouton au manteau gris de papa.Franchement, depuis les yéyés au début de la décennie, est-ce qu'on a vu venir ce nouveau courant venu d'Angleterre et d'Amérique ? Les hippies, les rockers, les folkeux, les beatniks qui chantent love, love, love au lieu de trouver du boulot et fonder une famille comme on a toujours fait !Alors, que vont dire Brel, Brassens et Ferré qui se retrouvent pour la première fois ensemble autour d'une table. Le rédacteur en chef du jeune magazine Rock & Folk n'y croyait pas et pourtant, l'interview des trois mythes va bien avoir lieu dans ses colonnes et c'est l'œuvre d'un de ses pigistes. Et d'un photographe, ravi de les avoir pour lui tout seul car pas d'encombrantes caméras de télévision, juste quelques micros. Mais labellisés une grande station périphérique, tiens. Les trois auteurs, compositeurs, interprètes le remarquent en arrivant, adressant à leur hôte un regard en point d'interrogation. Oui, je n'ai pas eu l'occasion de vous le dire mais au départ, comme je viens d'entrer dans la maison comme assistant, je leur avais proposé et ils m'avaient répondu, oui, euh, pourquoi pas, puis plus rien.Et finalement il y a quelques jours ils m'ont dit d'enregistrer, qu'ils comptaient diffuser des extraits dans la semaine. Mais si vous voulez, je les enlève et on en reste au magazine. Brel et Brassens se connaissent depuis leurs débuts mais c'est la première fois qu'ils se trouvent face à Ferré dans de telles circonstances, alors, aucun des trois ne dit quoi que ce soit. On laissera tout comme ça et c'est du bonheur pour la postérité car une telle rencontre, ça n'arrive qu'une fois, comme l'avenir le prouvera. D'ailleurs en s'asseyant, Brassens ne dit-il pas : vous êtes le seul à avoir réalisé ce tour de force.Alors on va parler de tout, on va évoquer la poésie, sont-ils les plus grands poètes de leur temps, ils s'en défendent, ils sont chanteurs, et puis on va parler d'amour, du travail, la solitude, la mort, l'anarchie, la publicité et même, le croirez-vous, des Beatles. Que faites-vous face à un mur ? Jacques Brel répond : je le défonce, Ferré le contourne, Brassens réfléchit. Et Jacques Brel de conclure : en tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'on veut tous savoir ce qu'il y a derrière !

    Brel, Brassens, Ferré : trois hommes autour d'une table

    Play Episode Listen Later Jan 29, 2026 2:52


    On connaît tous cette image de Brel, Brassens et Ferré, ah vous l'avez déjà en tête, vous la voyez. Elle est en noir et blanc. Il en existe beaucoup d'autres, avec des attitudes différentes et puis des films couleurs captés durant les deux heures qu'a duré cette rencontre aujourd'hui historique entre les trois géants de la chanson française.Mais pour autant sont-elles intéressantes et frappantes, surtout les images en couleurs, rien à faire, ce n'est pas la même chose que celle qu'on a en nous. Celle qu'on a vue partout dans la chambre d'une copine, la salle d'un restaurant, d'un bistrot, d'un centre culturel. Car aujourd'hui, une affiche de récital de Jacques Brel, le portrait stylisé de Léo Ferré sur une pochette de 33 Tours, une photo de concert de Brassens, la guitare posée sur la jambe, ça relève du mythe. Alors que la photo des trois parlant autour de verres de bière, de magazines et de cendriers, c'est trois hommes, simplement. Oui, des hommes qui ont vécu un quotidien comme celui qu'on est en train d'observer : même s'il est d'exception, qu'il a marqué une époque, suscité des passions, écrit une légende, c'est un quotidien quand même.Quand Ferré exprime sa joie d'être enfin face à Brel qu'il n'a fait que croiser jusque-là, il y a la sincérité, l'empathie d'un homme comme les autres : son art est resté au vestiaire, son humanité n'en est que plus touchante. Alors quand ils parlent de la société dans laquelle ils vivent avec l'humour, la poésie et la provocation qui les caractérisent, qu'ils se font rire les uns les autres, se vannent aussi et surtout font part d'énormément d'autodérision, on se dit que vraiment, on ne s'est pas trompé sur les artistes dont on a usé les disques. Que les raccourcis bouleversants dont ils ont truffé leurs textes qui nous ont bousculés avaient un véritable accent de sincérité.Et donc, tout dans cette photo, antithèse du show bizness, sans projecteurs de scène, costume de scène ni maquillage, ramène notre chanson française à ce qu'elle est depuis ses débuts. Elle parle de nous, avec des mots qu'on n'a pas, enfin souvent, sur une partition plus ou moins inspirée.Voilà pourquoi plus d'un demi-siècle plus tard, cette photo nous parle toujours, même à ceux qui n'étaient pas nés, ou pas encore en âge, ou qui n'aimaient pas à l'époque, parce qu'ils étaient branchés au 220 volts sur les Rolling Stones et Pink Floyd. Léo Ferré a parlé d'un moule dans un de ses plus grands classiques. Un moule que certains voudraient faire croire qu'on a cassé après lui, après Brassens, après Jacques Brel. Disons au contraire que le moule de ce genre de solitude qui habitait les trois hommes sur la photo, sur ce poster, n'a jamais existé, sinon, il n'y aurait pas eu assez de place autour de la table.

    1969- Brassens, Brel, Ferré : trois copains d'abord

    Play Episode Listen Later Jan 28, 2026 3:18


    La photo est connue, celle des trois hommes autour d'une table, Brel, Brassens et Ferré, héros de la chanson française qui se rencontrent durant deux heures dans un appartement parisien, un 6 janvier 1969. La société de cette fin de décennie est complètement chamboulée. Les jeunes parlent de Mao, de Cuba, de la fin du capitalisme, d'une nouvelle ère de fraternité, d'une société où on ne serait plus obligé de se tuer au travail ni de faire son service militaire. La publicité entre partout dans nos vies, les couleurs explosent en flashy, les jupes sont de plus en plus courtes, les mecs se laissent pousser des barbes à la Jésus Christ superstar, bref, les jeunes n'en ont plus que pour les bonnes vibrations.Pourtant, dans cet appartement du VI° arrondissement, rien n'y paraît. Pour peu, on se croirait encore après-guerre, il y a vingt ans, une éternité, pourtant. Ben justement, c'est l'occasion d'en parler de cette société, et puis de la chanson, non ne sommes pas les plus grands, la question les ennuie, les met mal à l'aise. Brel avait bien raison en s'asseyant de dire : Alors, qu'est-ce qu'on va bien raconter comme conneries ?C'est une conversation comme on en aurait eu une au bistrot. Et c'est sans doute ça qui la rend exceptionnelle car c'est Brel, Brassens et Ferré. Imaginez ça aujourd'hui ! Déjà en 1992, on avait réuni Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman, Yves Simon et Alain Souchon, en écho à cette fameuse table ronde. Mais qui, déjà, pour s'en souvenir ? La preuve que ces trois-là étaient des mythes de leur vivant. Brel n'avait que 39 ans, Brassens 47, Ferré 52. La réunion d'une œuvre monumentale et d'une personnalité exceptionnelle est déjà chose rare mais imaginez-en trois autour de la même table. Et trois artistes qui n'ont que faire à ce moment précis de leur égo, de prouver qu'ils sont meilleurs en ceci ou cela que celui assis à côté de lui. Non, il y a cette absence totale de concurrence qui donne un accent de sincérité comme on n'en a entendu que trop rarement voire jamais. Ferré admire Brel et Brassens, il l'avait déjà dit, mais ça se voit, ça se sent durant ces deux heures de rencontre.Brel et Brassens sont copains de galères, celles des débuts, d'avant la reconnaissance du public. Et puis finalement, aucun n'exerce un métier. Ils revendiquent tous les trois être des hommes qui ont eu la chance de ne pas devoir entrer dans le moule d'une société qui broie les personnalités et les rêves d'enfant. Ce sont des gamins lucides, travailleurs, qui donnent de leur personne, allez chanter 300 galas par an loin de chez vous et puis en plus écrire des chansons, faire des disques et donner des interviews. Ce n'est en clair pas trois interviews parallèles mais une conversation de trois copains d'alors, trois copains d'abord qui ont soulevé plus de passion et d'admiration sincères que l'ensemble de tous les réseaux sociaux réunis.

    Brassens, Brel, Ferré : La conversation que l'on aurait voulu entendre

    Play Episode Listen Later Jan 27, 2026 3:31


    On a tous vu au moins une fois cette photo en noir et blanc dans un magazine, sur un mur : Jacques Brel, Léo Ferré et Georges Brassens engagés dans une discussion qui semble passionnante. Brel et Ferré écoutent, la cigarette à la main, attablés devant des micros, des verres et bouteilles de bière vides, Brassens, tenant son éternelle pipe, raconter quelque chose qu'on voudrait bien partager aussi.La magie d'une photo captant un 60ème de seconde d'une rencontre aujourd'hui historique. Car contrairement à tous ceux qui ont laissé leur nom dans la grande histoire, ceux-là n'ont tué personne, n'ont pas propagé la haine, ni harangué les foules pour le pouvoir. Ils sont tous le contraire. Ils ne sont pas parfaits ni irréprochables, personne ne l'est, mais ce sont des poètes, des musiciens, des chanteurs. Et les plus grands, en ce 6 janvier 1969.Brassens et Brel ont connu leurs premiers succès au milieu des années 50 après avoir écumé, parfois ensemble, les cabarets de Montmartre et de la Rive Gauche pour trois francs et six sous par récital. Et les voilà devenus les idoles d'à présent deux générations. Oh surtout ne leur dites pas ça, ils détestent ce statut qu'ils ont acquis un peu malgré eux.Et Léo Ferré ? Encore moins. Il est de loin le plus libertaire, individualiste et anti-système des trois, ce qui n'est pas peu dire. C'est le plus ancien, aussi. Si Brel aura 40 en avril et Brassens vient de fêter son 48ème anniversaire, Léo Ferré en a 52 ans depuis l'été dernier. Il est né durant la première guerre, lui, et avait déjà 31 ans quand il est monté à Paris, en 1946 pour faire ses débuts dans un cabaret.Alors, même s'ils nourrissent une immense admiration l'un envers l'autre, les voir réunis tous les trois autour d'une même table est de l'ordre de l'impossible. Cela fait des mois qu'un jeune journaliste de 24 ans tente de fixer ce fameux rendez-vous pour un mensuel, tout aussi jeune, Rock & Folk. Le casse-tête ! Brel est sur scène, à Bruxelles, au Théâtre de la Monnaie, rien moins, où il joue sa comédie musicale, L'homme de la Mancha. Mais le voilà à présent à Paris pour y jouer son œuvre qui rencontre un grand succès. L'occasion est trop belle ! Nous sommes fin 1968, il n'y a que des téléphones et des agendas, pas de répondeur, encore moins d'outils électroniques, et le temps passe. Mais ce 6 janvier 1969, ils arrivent, l'un après l'autre, dans l'appartement du journaliste, enfin de sa belle-mère, dans le sixième arrondissement, celui d'un Quartier où le printemps précédent il a régné une atmosphère révolutionnaire. En Angleterre, les Rolling Stones ont été arrêtés par la police, on a vu 2001 Odyssée de l'espace. Dans six mois, des hommes marcheront sur la Lune et 500.000 autres se réuniront à Woodstock, quant aux Beatles, ils joueront fin de ce mois de janvier sur le toit de LEUR propre maison de disques. Les temps changent, cette fois, c'est sûr, que vont en dire ces trois hommes qui n'ont pas la langue de bois, dans l'intimité de cet appartement au cours de ce qu'on pourrait appeler l'interview du siècle ? On aurait voulu y être, pas vrai ?

    Janvier 1969: Brassens, Brel, Ferré : la photo qui a figé la chanson française

    Play Episode Listen Later Jan 26, 2026 7:10


    Je vous ai raconté récemment la photo de Robert Doisneau, et son fameux baiser de l'hôtel de ville, un des posters les plus vendus de l'histoire. Ça vous a fait sourire, vous l'aviez épinglé sur le mur de votre chambre quand vous étiez ado. On pouvait la regarder pendant des heures, hein, cette photo en noir et blanc qui montrait une époque révolue et pourtant, les murs étaient toujours là, intacts, et puis l'amour, surtout.Mais il n'y a pas que le baiser de l'hôtel de ville à avoir fleuri sur nos murs, tenez depuis les années 70, le poster français en noir et blanc le plus vendu, reste cette photo prise en 1969 dans un appartement du VI° arrondissement de Paris. Un appartement qui n'a rien de remarquable, on en est loin, trois hommes qui discutent autour d'une table encombrée, devant une grande fenêtre rideaux et tentures clairs, murs blancs et une porte ouverte sur une pièce plongée dans le noir. C'est le soir, pas de doute, ou alors un mois d'hiver en fin d'après-midi. Et c'est le cas, nous sommes le 6 janvier 1969 dans l'appartement de la belle-maman d'un jeune journaliste de 24 ans nommé François-René Cristiani. Bien sûr qu'elle est d'accord de recevoir chez elle un peu de monde si c'est pour permettre à son beau-fils de publier un article en couverture de magazine.Oh c'est pas Le Figaro, ni Paris Match, non, c'est un mensuel qui n'existe que depuis deux ans à tout casser. C'est pour les jeunes. Mais attention, Rock & Folk, c'est pas Salut les copains, non, ce sont des jeunes de leur temps, mai 68, ça leur parle, ils y étaient. La couverture de leur premier numéro à l'automne 66, c'était d'ailleurs Michel Polnareff, le petit nouveau de la chanson française, un génie. Oui, Rock & Folk c'est la version intello du magazine musical. Quand on y parle des Beatles ou Pink Floyd, c'est pour évoquer leurs textes de dingue et cette musique incroyable qui casse tous les codes. Alors, pourquoi pas une interview commune de Georges Brassens et Jacques Brel ? Brassens va faire sa rentrée à l'automne sur scène et Jacques Brel, qui a abandonné les récitals, fait un malheur dans une comédie musicale, jamais encore ce n'était arrivé à Paris. Génial ! Voilà qui va mettre un peu de beurre dans les épinards, dit François-René, à sa femme en rentrant. Il est seulement pigiste chez Rock & Folk, payé à la ligne, alors être en Une, c'est non seulement incroyable mais surtout, il va toucher plus. Mais enfin, François, tu n'as pas pensé à Léo ?Léo Ferré, le héros des jeunes anarchistes, des mouvements libertaires étudiants, ils sont allés le voir à La Mutualité en mai l'an dernier, l'atmosphère était chauffée à blanc dans la salle. Ils en étaient sortis enthousiastes, le cœur gonflé par la conquête du monde, l'avènement prochain d'une société nouvelle. Comment n'y a-t-il pas pensé ? En plus, il s'entend super bien avec lui, alors oui, ils seront trois. Du moins, on va essayer, ce n'est pas gagné. Mais comment le saurait-il, il n'a pas vu l'émission où Léo Ferré dit récemment que oui, Brel et Brassens, il les a déjà croisés comme ça, mais ce sont les deux seuls chanteurs qu'il aimerait vraiment rencontrer, alors, il regarde la caméra et leur dit, passez à la maison, ça me ferait plaisir de boire un coup avec vous.

    Lenny Kravitz : de New York à Los Angeles, le grand basculement

    Play Episode Listen Later Jan 23, 2026 8:13


    Woody Allen et Martin Scorsese en ont fait des classiques du cinéma, Billy Joël et Frank Sinatra de la chanson, les New Yorkais sont d'autant plus attachés à leur ville qu'elle est follement réjouissante par son architecture mais surtout son immense réservoir de rencontres. A New York, une nouvelle histoire vous attend à chaque coin de rue.Et c'est déjà ce que vit le jeune Lenny Kravitz, onze ans, à la fin de l'année 1974 quand sa maman, comédienne, remporte un gros succès au théâtre sur Broadway, qui lui vaut d'être contactée pour jouer dans une sitcom, à Los Angeles. L'audition se passe on ne peut mieux, on lui propose tout de suite le rôle, mais attention, lui dit-on, elle doit bien comprendre qu'elle va jouer la femme du premier couple interracial de l'histoire de la télé, elle va devoir embrasser un homme blanc. Sans rien dire, Roxie sort de son sac la photo de son mari, Sy Kravitz, d'origine russe, le producteur sourit, tout est dit.De retour à New York, la réaction à l'incroyable nouvelle est mitigée pour Lenny qui craint de devoir vivre seul avec un père beaucoup trop rigide : il craint que sa vie se transforme en cauchemar. Roxie a beau le rassurer en lui disant qu'il faudra d'abord passer le cap du premier tournage et de la diffusion du pilote, la nouvelle ne tarde pas à tomber : immense succès public, la saison est confirmée, le départ est donc inévitable.Si Lenny est rassuré d'apprendre qu'il part avec sa mère, il est dévasté par le fait de quitter ses copains alors qu'il va entrer en dernière année de primaire. Il allait enfin être le grand de l'école et voilà qu'il part vers l'inconnu. L'inconnu est en fait la maison de Joan, une de ses cinq marraines, c'est dans un divan lit qu'il va passer ses nuits avec sa mère. Ça ne le dérange pas, il dort avec sa grand-mère Bessie le week-end, non, le problème, déjà, c'est le silence de la ville. Santa Monica, c'est pas Manhattan. Où sont partis les gens ? Se demande-t-il le premier matin. Ici, rien n'est vertical, tout est horizontal, les gens ne vivent pas les uns sur les autres, tout est loin de tout.Sa mère met d'ailleurs une heure et demie, deux lignes de bus, pour se rendre chaque jour au studio. Et là, quand Lenny s'y rend avec elle le premier jour, grosse surprise et paradoxe : l'histoire se passe à New York. Il vient donc de quitter le vrai pour se retrouver dans un décor de gratte-ciel en carton-pâte. Par contre, les enregistrements sont tops. Les acteurs jouent deux fois le même programme, un l'après-midi, un le soir, devant deux publics différents, on choisit la meilleure prise. Ne t'en fais pas, ça ne durera peut-être pas, tu sais le succès à la télé, ça ne dure pas.Mais Roxie, même si elle est new-yorkaise jusqu'au bout des ongles, va bientôt quitter le plan logement provisoire on ne sait jamais chez son amie, car elle va tourner 200 épisodes des Jefferson. C'est Sy Kravitz qui va devoir franchir l'Amérique pour les rejoindre, pour une vie plus confortable, certes, mais la nécessité pour Lenny de se faire à Los Angeles. C'est là qu'il va découvrir Elton John, le skateboard et les tagueurs des débuts du hip hop mais surtout Led Zeppelin sur la cassette d'un copain. Décharge électrique, dernière révélation, le tableau est désormais complet. On devra juste attendre une quinzaine d'années avant le premier album d'un Lenny Kravitzdans lequel on peut, déjà, entendre toute son histoire.

    Quand James Brown bouleverse Lenny Kravitz

    Play Episode Listen Later Jan 22, 2026 6:38


    L'enfance de Lenny Kravitz a été partagée entre deux mondes, celui de la communauté juive, du côté de son père, et de la communauté noire caribéenne, du côté de sa mère. Fils unique, il aurait dû se sentir seul mais ça n'a jamais été le cas, que du contraire. Principalement grâce aux cinq marraines que sa mère lui a choisies. Cinq marraines, ça n'existe nulle part ! Ben si. Tout d'abord Cicely, qui a joué au théâtre avec sa mère. Tout comme Shauneille, écrivaine et actrice reconnue, dont l'immense salon a été transformé en centre culturel du mouvement Black Arts. Sa fille et Lenny ont été élevés comme frères et sœurs. La troisième marraine, Diahann, la première noire à avoir reçu le prix de la meilleure actrice de théâtre, a joué au cinéma avec sa mère, aux côtés de James Earl Jones, trois ans avant qu'il ne devienne la voix de Dark Vador. Ça s'appelle Claudine, et c'est à voir. Et puis la marraine de Los Angeles, tante Joan et enfin, tante Joy du Queens. Pour Lenny, c'est son étoile à cinq branches, l'impression d'être très entouré et qui l'empêche de pousser de travers car tout n'aura été que bienveillance et joie de vivre, malgré les malheurs, les problèmes, malgré le fait qu'on est noir et que la vie est une lutte.Au centre de l'étoile, la délicieuse Maman. D'autant plus délicieuse que tous les hommes semblent l'admirer. Et à qui Lenny doit la deuxième révélation de sa vie en l'emmenant un jour à l'Apollo Theatre, le temple de la musique soul à New York. Les voilà en train de remonter la 125ème rue à pied avec le son du rythm and blues qui sort par la porte ouverte de magasins de disques et d'instruments. Le monde se presse devant la salle de concert mais l'ambiance est sereine, à la fête, il va se passer quelque chose de pas banal pour tous ces gens, ils le savent, ça se voit, Lenny le sent quand il s'assied à la cinquième rangée avec sa mère, il ne l'oubliera jamais.Comme le soir où il a vu les Jackson Five, deux ans plus tôt, quand la lumière s'éteint, une ferveur indicible saisit la salle. Mais l'atmosphère de ce vieux théâtre alourdie par la fumée et les projecteurs est différente quand James Brown apparaît sur la scène : le public se lève aussitôt et ne va jamais se rasseoir. On croit sans peine en ce souvenir d'un garçon de huit ans au milieu de tous ces adultes qui tapent dans les mains. Comme il le dira : James Brown ne danse pas en rythme, il EST le rythme, chantant, criant, dansant, tournoyant et finissant à genoux en jouant avec son micro comme le magicien Gandalf avec son bâton pour maintenir la salle entière sous le charme.Après le spectacle, Lenny et sa mère arrivent à accéder aux coulisses. Comment a-t-elle fait ? Il ne s'en souvient pas. Mais par contre, l'image de James Brown en sueur, torse nu, dans sa loge lorsqu'ils passent devant, il ne pourra pas l'oublier, dans les coulisses de cette salle qu'il a lui-même rendue mythique en enregistrant un live mémorable l'année de sa naissance. Et puis Maman lui lance un petit bonjour, James lui répond, au milieu de la pièce remplie de gens. Elle s'apprête à entrer, pour lui présenter son fils, puis devant tous ces gens, elle se ravise et ils sortent par la porte des artistes, à l'arrière du théâtre.

    Lenny Kravitz: Stevie Wonder, une guitare et la musique

    Play Episode Listen Later Jan 21, 2026 7:39


    Aimer le même disque que ses parents dans les années 70, ce n'est pas dans toutes les maisons que ça se produit. Le monde entre les deux générations s'est depuis quelques années tellement éloigné que c'en est devenu abyssal, jamais l'expression Le fossé des générations n'a été aussi vraie. Et pourtant, l'album préféré de Lenny Kravitz, 10 ans, est le même que sa mère, il se nomme Innervisions et est signé Stevie Wonder. Comment vous expliquer ? Déjà vous le savez pour l'avoir vécu, à cet âge-là, on est capable d'écouter le même disque cent fois sans s'en lasser. A chaque écoute, on découvre de nouveaux arrangements, de nouveaux instruments. Ce n'est pas un album de chansons, c'est une œuvre d'art. A ce stade, ça devient carrément spirituel, quand Lenny s'assied et regarde le disque tourner, le temps n'existe plus, il est, comme disait Stevie Wonder, dans la paume de Dieu.Et donc, quand au cours de cet été, ses parents l'envoient en colonie de vacances à la campagne, Lenny emporte avec lui la guitare électrique que lui a offert sa grand-mère Bessie. Et comme l'un des jeunes moniteurs en joue, il lui apprend des morceaux et lui fait intégrer la fanfare du camp. Quelle n'est pas la surprise de ses parents de le voir interpréter des morceaux à la guitare avec les autres lors d'une visite organisée. Mais c'est formidable, Lenny, lui disent-ils après, c'est la chose la plus drôle qu'on ait jamais vue.Plus drôle ? Je n'étais pas bon ?Lenny ne leur pose pas la question mais à son retour, une surprise l'attend. Ils l'ont inscrit à des cours de guitare qui se donnent à la Harlem School of Arts. Harlem, c'est pas à côté de Central Park, la maison, alors Maman lui montre comment prendre le bus pour s'y rendre. Vous vous rendez compte ? A dix ans, seul dans les rues de New York, avec sa guitare. Quel sentiment d'être déjà grand. Le rêve de beaucoup d'enfants de l'époque, trop pressés de vieillir pour être indépendants. Celui de Lenny se double du plaisir de jouer de la guitare, correctement, à présent. Bon, c'est vrai que les cours de solfège lui donnent bien du souci, car c'est fastidieux de retenir tous ces signes sur une partition.Mais Lenny a l'oreille. Depuis toujours, il est capable de retenir toutes les notes qu'il entend et désormais, il peut les reproduire sans avoir besoin de les lire. Voilà qui rend plus facile la vie avec un papa, aimant certes, y a pas à redire, mais qui ne supporte pas le désordre et ne comprend pas que son fils ne soit pas comme lui. Son retour du Vietnam après un an de guerre comme journaliste en armes, a été une bénédiction mais à part ça, le Lenny, range ta chambre, bon Dieu !, c'est pénible.Heureusement qu'il y a les sorties entre hommes. Les glaces, les courses, les visites chez les amis, dont le parrain Vinnie n'est pas des moindres. Il aime beaucoup Maman, à qui il fait de splendides cadeaux. Et comment oublier ce soir où, au restaurant, Sammy Davis Jr, le grand crooner, partenaire de Frank Sinatra, entre dans le restaurant où ils dînent et vient directement le saluer en l'embrassant sur les deux joues. Tu vois Lenny, c'est pas juste parce qu'on a fait le Vietnam, tous les deux, non, ton parrain Vinnie sera toujours là pour toi.

    «I want you back» : comment les Jackson Five ont bouleversé la vie de Lenny Kravitz

    Play Episode Listen Later Jan 20, 2026 7:36


    Madame demande ce que tu chantes, Lenny ?Le petit Lenny regarde, étonné, sa grand-mère Bessie tournée vers lui. Puis croisant le regard interrogateur de la caissière du supermarché, il répond que c'est du Tchaïkovski.Tchaïkovski ? Mais où as-tu entendu ça?Lenny explique alors qu'il s'agit d'un air diffusé par un de ses jouets. Comment expliquer à cette dame qu'il a beau être noir, le jouet lui a été offert par son grand-père juif russe, tailleur à Brooklyn. Nous sommes dans les années 60, il y a quelques mois encore, dans une grande partie des Etats-Unis, les noirs n'avaient pas le droit de s'asseoir avec les blancs.Mais c'est une mélodie très compliquée à retenir pour un enfant de son âge. Votre petit a un don, dit la caissière à la grand-mère. Lenny hausse les épaules : mais bien sûr que c'est de son âge, ça lui est très facile de retenir les musicals de Broadway, les symphonies de Beethoven, les Beatles, James Brown, il mémorise toutes les musiques qu'il entend.Tout aurait pu en rester là. Les enfants que nous avons tous été ont un rapport privilégié avec la musique, comme avec le dessin. Mais quelques jours plus tard, la vie de Lenny Kravitz, cinq ans, va basculer. Nous sommes en 1969 quand il entend ceci : I want you back. Avec leurs cinq premiers singles N°1, les Jackson Five sont plus qu'une révélation pour Lenny. Comme il le dit lui-même, c'est une chose de dire que vous aimez un groupe, c'en est une autre d'affirmer qu'il a changé votre vie. Car imaginez le petit Lenny, à présent six ans, devant le poste de télé à regarder les Jackson Five avec leurs tenues psychédéliques hyper colorées jouant et dansant une chorégraphie très élaborée. Avec bien sûr, au centre, un petit bonhomme qui fait beaucoup moins que son âge, onze ans. Et Michael, c'est pas juste un enfant auquel les autres mômes peuvent s‘identifier, c'est un prodige du niveau des adultes. Du jamais vu. Du moins dans le monde de la pop music.Et donc, vous le voyez l'enfant des Kravitz foncer dans leurs affaires pour en tirer des bottes, des écharpes et se planter devant le miroir sapé comme un Jackson ? Pardon, en tenant un grand feutre en main en guise de micro, C'EST un Jackson. Le sixième ! D'ailleurs il l'a écrit dans son cahier d'école, son nom est Lennie Jackson, le frère perdu de Michael.Alors, le jour de son anniversaire, quand son père vient le chercher à l'école, ce qu'il ne fait jamais, c'est pour l'emmener à un concert à Madison Square Garden, la grande salle aux 20.000 sièges. Et pourtant, ils sont assis au premier rang, juste devant la scène. D'ailleurs, quel brouhaha quand vient s'asseoir derrière eux Aretha Franklin, avec tout son entourage. Et puis boum, la lumière s'éteint et Lenny assiste à son premier concert live. Le groupe s'appelle les Commodores, il ne les connaît pas mais c'est formidable de les voir tous jouer. A la fin, croyant le spectacle terminé, son père lui dit que non, c'est juste la première partie. Les gens tapent du pied, une folie débordante saisit toute la salle autour de lui quand les Jackson Five déboulent sur scène. Lenny exulte, c'est mille fois mieux que sur son disque, avec Michael, juste devant lui. Sy Kravitz est venu avec son appareil sachant ce que cela représente pour son fils. Plus d'un demi-siècle plus tard, la photo est toujours là sur son mur. Il est de ces moments où notre avenir s'écrit dans le présent, et ce n'est pas tous les jours.

    Lenny Kravitz: son enfance à New York

    Play Episode Listen Later Jan 19, 2026 7:17


    Nous sommes à Manhattan en 1963. Dans le quartier de l'Upper East Side exactement, un endroit où aujourd'hui le plus petit logement est hors de prix. Mais ce n'est pas le cas à l'époque, c'est là que vit Sy Kravitz, 39 ans, divorcé et deux enfants, journaliste producteur sur NBC, quand il entreprend de plaire à Roxy Roker, cinq ans plus jeune que lui, célibataire et assistante d'un des grands directeurs de la chaîne.Roxy n'est jamais sortie avec un blanc. Mais ce n'est pas cela qui la retient au début, quand elle imagine que ce Juif d'origine russe va avoir bien du mal à faire accepter à sa famille, une Goy chrétienne et noire de peau. Non, ce qui l'inquiète, c'est d'entretenir une relation avec quelqu'un du même bureau. Et puis, il est un peu inquiétant ce type, qui d'après ce qu'elle a compris, n'a plus aucun contact avec ses filles. Mais bon, il lui plaît, il l'emmène à des concerts de jazz mais aussi au théâtre, à Broadway, elle qui est diplômée de l'Université Shakespeare en Angleterre et comédienne à ses heures. Et surtout, il la soutient, enthousiaste, en venant la voir jouer, le soir, quand elle interprète sur une scène du Off Broadway, une pièce d'avant-garde que seule une élite new-yorkaise semble apprécier.Le mariage a lieu dans l'intimité. L'absence des parents de Sy est remarquée, ils ne reviendront qu'avec la naissance de leur enfant, qu'ils ont prénommé Leonard Albert, mais que tout le monde va très vite appeler Lenny.Si New York est déjà la ville rêvée pour le monde entier, le pâté de maisons où il grandit, et qui est longé par Central Park, n'est pas encore le plus glamour de Manhattan, même s'il est déjà chic. Mais les fenêtres du petit appartement loti dans une ancienne maison de quatre étages, j'allais dire seulement, donnent sur un mur. Lenny occupe l'unique chambre, ses parents dorment dans un canapé lit, dans le living, ce qui leur permet de recevoir leurs nombreux amis, sans le réveiller.Car oui, si Lenny vit une enfance très particulière, avec d'une part une famille juive russe et d'autre part, une noire américaine chrétienne, ça ne lui pose aucun problème, c'est une évidence. Le fait que les murs du domicile de ses parents soient recouverts de livres et de disques de jazz doit y être pour beaucoup. On peut vivre dans un petit espace avec l'esprit grand ouvert. Lenny garde d'ailleurs un beau souvenir d'une manifestation pour la paix au Vietnam à laquelle il ne comprend pas grand-chose. Assis sur les épaules d'un membre de sa famille, il éprouve un tel sentiment de sécurité au milieu de tous ces gens, lui qui se trouve au carrefour de deux mondes qui ne communiquent pas entre eux, ou si peu. Entre les squats pourris des frères noirs qui sortent sapés comme des princes avec leurs pantalons pattes d'eph et chaînes en or, et les boucheries casher, synagogues et boutiques de tailleurs, Lenny grandit dans le monde des grands-parents. On devine de quel côté sa musique vient. Mais pourtant, c'est bien le grand-père Kravitz qui lui met son premier micro en main, celui du magnétophone dans lequel il chante, à ses heures perdues.

    2013, David Bowie : le retour inattendu d'un maître du temps

    Play Episode Listen Later Jan 14, 2026 7:54


    En 2013, David Bowie revenait après dix interminables années de silence avec un album tonitruant, probablement le meilleur qu'il ait jamais enregistré. Trente ans tout pile après Let's Dance, il accumulait les N°1 partout autour de la planète avec cet album réalisé dans le plus grand secret et sorti par surprise, comme un diable sortant d'une boîte. La pochette, des gimmicks sonores, des paroles évocatrices, les références à un passé fameux ne manquent pas et pourtant, The Next Day est une totale réussite, à la hauteur d'un artiste qui a toujours refusé de nager là où il avait pied. Sans doute la raison pour laquelle, il n'y avait pas eu de Let's Dance bis ou deux, 30 ans plus tôt, en 1984. C'eût été trop facile. Et puis, son entourage le sait : David Bowie s'ennuie vite en studio. C'est ainsi qu'il refuse en novembre de chanter les deux premières lignes de la chanson Do they know it's Xmas time ? pour, par contre, s'impliquer totalement dans le Live Aid. On l'ignore mais en plus de la magistrale prestation qu'il livre sur scène, juste après Queen, Bowie ayant vu le reportage tourné au Soudan, renonce à interpréter une dernière chanson pour qu'on ait le temps de le diffuser. Son discours et le document sont tellement forts que le montant des dons explose … David doit d'ailleurs interpréter en duo une chanson avec Mick Jagger, lui à Wembley, Mick à Philadelphie. Mais conçu comme l'autre attraction technologique de l'événement avec la prestation de Phil Collins des deux côtés de l'Atlantique grâce au Concorde, il doit y renoncer lors de répétitions : malgré les efforts des techniciens, un décalage entre l'image et le son subsiste, rendant le duo en live impossible.Et donc, ce samedi du mois de juin 1985, alors que Bowie est occupé à enregistrer la chanson d'un film dans lequel il joue, Absolute Beginners, un titre qui, de l'avis de tous, va faire un malheur, il dit : “Est-ce qu'on peut finir à 6 heures, ce soir, j'ai Mick qui doit venir.” Ah ben oui, à défaut de pouvoir la jouer en live, ils vont faire un clip de ce duo phare du Live Aid. Alors, une heure avant l'arrivée de Mick, on sort le 45 Tours dont on va faire un cover et on l'écoute, avant de s'y mettre. Ce sont des pros, et pas des moindres, mais la première tentative est catastrophique, on dirait un orchestre de bal de province. Pas mieux. Qu'est-ce que c'est que ce merdier ? Le producteur n'a pas le temps de finir sa phrase qu'entre Mick Jagger, et qui file directement à la cabine de son d'un air “Mick est là, on y va”. Ça tombe bien, Bowie est en train de chanter, Jagger accroche son wagon et c'est parti, tous les musiciens du band se mettent à jouer comme des dieux comme s'ils n'avaient jamais joué autre chose.Ce fut en 1985 le dernier N°1 britannique de David Bowie, avant ce fameux, inattendu et nostalgique Where are we now ? en 2013, sonnant la fin d'un long entr'acte, c'est vrai, mais débutant un cinquième acte, toujours aussi misérablement court.

    David Bowie : comment “Heroes” est entré dans l'Histoire

    Play Episode Listen Later Jan 13, 2026 8:55


    Il suffit que dans une conversation, je mentionne, pas souvent hein, avoir rencontré David Bowie pour lire dans la réaction des gens à quel point son statut est passé de personnage légendaire à aujourd'hui, historique. La preuve : lors de ce dixième anniversaire de sa disparition, on n'a pas compté le nombre de chroniqueurs qui ont parlé de sa trilogie berlinoise comme d'une évidence. Il n'y en a sûrement pas un pour savoir qu'en réalité, Bowie n'a enregistré qu'un album et demi à Berlin. Mais c'est justement quand les gens évoquent un fait comme certain sans le vérifier qu'on voit qu'il est devenu historique. Ah c'est vrai que le titre Heroes et l'album du même nom, enregistrés intégralement à Berlin, ceux-là, ont marqué les esprits. La pochette déjà, immédiatement identifiable et identifiée, est iconique. Et si l'album est loin d'être le plus vendu de sa carrière, peu d'entre nous le connaissent par cœur, la chanson titre est aujourd'hui la plus streamée de son répertoire.Une réussite que Bowie ne doit qu'à lui et à son producteur et ami Tony Visconti. Le choix du studio Hansa, tout d'abord, avec sa cabine de son immense, et pour cause, une ancienne salle de concert, qui avait d'ailleurs servi de salle de réunion à la Gestapo. Tony a donc prévu de ne pas isoler David dans une cabine son comme on le fait habituellement pour les chanteurs, afin de bénéficier d'une réverbération dans la voix, 100% naturelle. Un enregistrement qui se fait quasiment en même temps que l'écriture. David va plusieurs fois demander une pause pour changer des phrases. Et c'est là que le génie se manifeste. Car arrivés au studio, quel n'est pas l'étonnement des musiciens en ouvrant grand les tentures lourdes de découvrir une baie vitrée donnant sur le Mur de Berlin, avec à 500 mètres, des gardes soviétiques qui les observent à la jumelle depuis un mirador. Berlin est alors une ville sinistre, du moins les quartiers, les rues et les boîtes où Bowie son équipe le soir, après la session. Il ne veut pas qu'elle soit distraite par autre chose que le travail auquel elle est occupée : son disque. Quant à lui, il fait flèche de tout bois. Ainsi, la chanteuse d'un cabaret que Tony a ramenée, participe aux chœurs sur la chanson. Et au cours d'une des pauses demandée par David, Tony sort avec elle pour le laisser écrire et au cours de leur promenade, l'embrasse près du mur. Bowie les voyant depuis la fameuse baie vitrée a alors l'idée d'un fameux couplet. En moins de deux heures, tout est terminé.Oui, David Bowie est entré dans l'Histoire. Non pas parce qu'il nous a quittés il y a dix ans mais parce que plus aucune page de son fabuleux parcours ne sera écrite. Sans doute la raison pour laquelle il a tenu la plume jusqu'au dernier week-end de son existence.

    De New York à Los Angeles: l'histoire américaine intime et musicale de David Bowie

    Play Episode Listen Later Jan 13, 2026 7:15


    On ne peut pas ne pas en parler avec l'image que ses dirigeants nous renvoient de nos jours, David Bowie a vécu une histoire d'amour complexe avec l'Amérique, faite de passion, de fantasmes, de peur et de malentendus. Les Etats-Unis, c'est tout d'abord pour le jeune artiste dans l'âme qu'il est, la terre des libertés et de la musique. Un immense décor fait des grands espaces vus dans les films au cinéma, des longues routes vers l'aventure avec la voiture pleine de copains façon Jack Kerouac, avec la musique d'Elvis Presley, etc Ses premiers séjours à New York ne font que le conforter dans le genre l'Amérique est un pays de liberté avec “s”. Rien à voir avec l'éducation étriquée des Anglais, ses rencontres avec Andy Warhol, Iggy Pop et Lou Reed puis ses premières tournées en Ziggy Stardust le confirment. Évidemment, il s'est fait traiter de femmelette, de gonzesse par des mecs au chapeau de cowboy. Ca aurait dû l'alerter mais bon, il s'installe quand même à Los Angeles où il se fait dévorer par ses excès d'alcool et de drogue. David n'est plus qu'une ombre, un homme encore jeune mais aux yeux creusés quand il rentre en Europe en 1976, on le voit à Paris, à Berlin et à Londres, sa musique est métamorphosée, elle ne se vend plus qu'à certains initiés.Et quand en 1980, alors qu'il triomphe à Broadway dans la pièce Elephant Man, son ami John Lennon est assassiné par un gars venu exprès de Hawaï pour se faire un nom, David Bowie prend brutalement conscience que l'Amérique n'est pas seulement le pays de l'énergie artistique et de l'avant-garde, mais aussi celui où une légende du rock peut finir sur un trottoir. Lui, mieux que tout autre, savait que John Lennon avait quitté l'Angleterre pour vivre libre à New York, il y avait trouvé la mort à tout juste 40 ans. David rentre à nouveau en Europe, en Suisse cette fois, où il trouve refuge près du lac Léman. Il aime toujours New York, certes, mais à distance. Il n'y revient que deux ans plus tard, au sein d'une équipe de cinéma, en compagnie de Catherine Deneuve et Susan Sarandon qui deviendra sa maîtresse, le temps du tournage d'un film où il incarne un vampire lié à la même femme depuis des siècles. Et pourtant c'est à New York que va repartir de plus belle son histoire d'amour avec le public pop, une rencontre avec Nile Rodgers le propulse au sommet des années 80. L'Amérique lui rend la gloire, celle qu'il avait d'ailleurs, ironie du sort, chantée en duo avec John Lennon au milieu des années 70 et lui avait valu son dernier N°1 américain en date. Oui, David Bowie a peur des Américains, c'est certainement un des singles les plus marquants des années 90 et l'un des plus autobiographiques … Et pourtant, Bowie va finalement se fixer à New York, à un moment où il s'est fait beaucoup plus discret sur sa vie privée qui est désormais totalement apaisée. Homme marié assumé, papa gâteau mais avec une âme d'artiste intacte, grand faiseur de chansons et éclaireur de l'avant-garde, pour autant que ce mot signifie encore quelque chose, ici, comme en Amérique. Mais qu'est-ce que l'Amérique si ce n'est un mythe ?

    Pourquoi David Bowie, au sommet avec Scary Monsters, a-t-il fui la scène?

    Play Episode Listen Later Jan 12, 2026 8:56


    Mi-novembre 1981, les fans de David Bowie que nous sommes commencent à trouver le temps long. Cela fait à présent plus d'un an qu'il a fait ce retour incroyable et inattendu au sommet des hits parades avec son fabuleux album Scary Monsters, et son redoutable single Ashes to Ashes. Mais pas de concerts à Bruxelles, ni ailleurs, pas de tournée, ça l'a foutu mal. Il paraît qu'il était pris par une pièce de théâtre à New York. Puis il y a eu le film, Moi Christiane F… On avait couru le voir au cinéma mais il n'y apparaissait que quelques minutes dans son propre rôle. Mais bon, ça nous permettait de voir des images de concert sur grand écran, alors rien que ça, ça valait le déplacement. Un copain avait acheté le 33 Tours pour sa collection, un autre avait le poster épinglé sur un mur de sa chambre. David Bowie était devenu un chanteur culte, un type qui faisait une musique très compliquée, c'est pas un truc pour toi qu'on disait aux potes, et puis aux filles, histoire de se rendre intéressant du haut de notre adolescence.Alors quand paraît le nouveau disque de Bowie en cette mi-novembre où on ne jure plus que par la New Wave, on est déçus car Changes Two, c'est la suite du Changes One, un best of qui n'en est pas un, David ne fait rien comme les autres. Et ce n'est pas prêt de changer. Bien sûr, on ignore que le théâtre où il a joué l'an dernier se trouvait à quelques dizaines de mètres de l'endroit où a été assassiné John Lennon, le 8 décembre. John et lui étaient devenus potes au milieu des années 70 alors qu'ils habitaient tous les deux Los Angeles. Beaucoup de fêtes mais aussi quelques enregistrements mémorables ensemble, leur duo avait donné un N°1 au Billboard américain … et puis David avait aussi repris un titre des Beatles signé John Lennon ... Mais mis à part une formidable soirée passée ensemble lors d'une rencontre inopinée dans un hôtel de Hong Kong en 1977, ils ne s'étaient plus revus. John devait venir le voir sur la scène du Booth Theater, il n'en aurait jamais l'occasion. Si la terrible nouvelle affecte David quand il l'apprend, bien évidemment, il est horrifié d'apprendre dans la presse ce que son meurtrier a avoué aux enquêteurs : Chapman est en effet venu au théâtre voir Elephant Man, quelques jours avant son crime. Et ayant du mal à croiser Lennon au pied de son immeuble, il avait projeté de venir tuer David Bowie en pleine représentation, au cas où il raterait l'ex-Beatle. Vous vous rendez compte que pour ce genre de dingue, un artiste de scène, c'est du tir à pipe ! David avait annulé les prolongations, la tournée de la pièce et les concerts. On l'ignorait quand on a  regardé le clip nouvellement enregistré de cet ancien titre, Bowie ne voulait plus alors apparaître seul, raison pour laquelle il allait se faire diriger dans des films, à l'abri de la foule et aussi, enregistrer quelques B.O.

    David Bowie : le jour où tout a commencé

    Play Episode Listen Later Jan 12, 2026 7:32


    Dix ans déjà que David Bowie nous a quittés. J'ignore si vous vous souvenez de ce que vous faisiez quand vous avez appris la nouvelle, le lundi 11 janvier 2016 au matin. Son dernier album, fascinant en diable comme à sa meilleure époque, était sorti le vendredi précédent, on attendait la suite de l'histoire, on avait eu droit à la fin. David Bowie avait orchestré sa sortie de scène de main de maître, lui qui avait eu tant de mal à y entrer sous les ovations et les projecteurs. J'avais accueilli la nouvelle presque en larmes, il fallait que je rejoigne la radio au plus vite, la nouvelle nous avait tous surpris. Ce n'était pas facile de se dire que désormais l'artiste qui nous accompagnait depuis tant de décennies était parti et que nous allions désormais devoir vivre dans un monde sans David Bowie.Et c'est vrai qu'il s'était donné tant de mal, David, pour être présent dans notre vie. Tenez, au printemps 1969, à Beckenham, dans le sud du Grand Londres, une certaine Mary Finnigan, jeune trentenaire fraîchement divorcée avec deux enfants, entend par la fenêtre ouverte de ses voisins du dessus, une musique magnifique mais très particulière. Elle appelle pour savoir qui peut sortir un son pareil dans son immeuble et voit passer la tête blonde d'un jeune gars. Ne voudrait-il pas descendre boire un thé ? L'homme s'avère de bonne éducation, conversation et surtout, c'est pas le gars genre qui va changer le monde comme on en rencontre à tous les coins de rue en cette époque hippie. Mais bon, il n'est pas très heureux. Sa compagne vient de le quitter et il est retourné vivre chez ses parents, à Bromley, le patelin d'à côté. Il a sorti un album qui n‘a pas marché, aucune promo, et son manager s'entête à vouloir faire de lui un chanteur de variétés qu'il n'est pas.  Et s'il venait sous-louer une chambre chez elle ? La réponse est oui, immédiatement.Et donc quelques jours plus tard, le jeune artiste débarque avec une valise et la guitare à douze cordes qu'elle avait entendue par la fenêtre ouverte. Les deux enfants de Mary étant alors déjà rentrés de l'école, il propose de leur chanter une chanson. Oh ouiiii disent les deux mômes de 8 et 10 ans. Un pied posé sur la chaise, la guitare électrique sur la cuisse, l'auteur-compositeur-interprète, comme il s'est présenté, entame la chanson qu'il doit bientôt enregistrer avec son partenaire puisqu'ils comptent devenir les nouveaux Simon & Garfunkel. Cette chanson est magnifique, dit Mary en applaudissant avec ses enfants, mais ça va faire un hit énorme ! Le cadet des deux garçons revient de sa chambre avec le dessin que lui a inspiré la chanson du nouveau colocataire et bientôt amant de sa maman, on y voit un astronaute sortant d'une fusée dans l'espace avec en fond, la Terre et la Lune … il doit sans doute toujours y être, là où David Bowie l'a abandonné à la fin de sa chanson, le début d'un long chemin qu'il allait parcourir avec nous, le public.

    Claim La Story Nostalgie

    In order to claim this podcast we'll send an email to with a verification link. Simply click the link and you will be able to edit tags, request a refresh, and other features to take control of your podcast page!

    Claim Cancel