Musique, beaux-arts, cinéma ou théâtre, découvrez l’art sans frontières, sans œillères. Savourez quelques notes de musique, laissez-vous guider dans un musée ou une galerie, soyez le spectateur privilégié d’un film ou d’une pièce de théâtre, laissez-vous séduire par un spectacle de rue grâce à la chronique culture de la rédaction de RFI.

Des poissons électriques, guitare en bandoulière, montent la garde sous les pins de l'ile de Porquerolles à Hyères dans le Var. Grandeur nature, plantés là par l'artiste kényane Cosima Von Bonin, ils accueillent le visiteur jusqu'à la Villa Carmignac, sorte de comité d'accueil rock'n'roll pour une exposition qui n'a pas franchement l'intention de rester sage. Derrière ces sculptures déjantées, Kévin Le Squer, responsable des expositions, décode : « Cosima Von Bonin détourne l'imagerie publicitaire des poissonneries pour mieux interroger, sous ses airs potaches, notre rapport aux océans ». Le ton est donné. Pas de protocole guindé pour « Sea, Pop & Sun ». À l'entrée de la fondation Carmignac, on retire ses chaussures, on empoche un verre, et on file visiter l'art comme on traînerait chez des amis un dimanche d'été. Charles Carmignac, le directeur des lieux, assume la filiation : « Mon père Édouard Carmignac a fréquenté la Factory de Warhol dans le New York des années 1960-1970. Cette exposition tente de restituer, plus qu'une époque, une sensation, celle d'une liberté qu'on pouvait presque toucher ». Un Summer of Love version Méditerranée Le pop art, ce n'est pas que des produits de consommation de masse et des pin-up. C'est aussi une lumière, une énergie, un souffle contestataire. La fondation a choisi ce versant-là, celui du Summer of Love américain, mais aussi celui de mai 1968, version française sur une île où le soleil tape et où la mer n'est jamais loin, l'équation coule de source : riviera, vacances, insouciance affichée. À l'intérieur de chaque salle, les tubes prennent le relais d'Otis Redding aux Beach Boys. « Surfing in the USA » ouvre sur un espace saturé de couleurs avec un surfeur hyperréaliste de Duane Hanson, une langouste géante de Jeff Koons ou encore les plages kitsch de Martin Parr. L'imagerie populaire dans toute sa splendeur car l'idée n'est pas de faire circuler le visiteur en silence devant des cimaises, mais de lui donner, par moments, l'envie de bouger. Sur les quatre-vingts œuvres réunies, beaucoup sortent rarement des réserves. Roy Lichtenstein propose un lever de soleil version vitrail. Warhol, lui, surprend : pas de boites de conserve ni de Marilyn Monroe ici, mais des couchers de soleil sérigraphiés, quatre pièces extraites d'une série de six cent trente-deux, conçue à l'origine pour un hôtel. Une demi-sphère, des nuances brumeuses, jamais deux fois les mêmes, chaque combinaison de couleurs devait, selon l'artiste, produire une émotion différente chez qui la regardait. Respect, et corps noirs libérés Changement de registre dans une salle rythmée par « Respect » d'Aretha Franklin ou des artistes femmes y reprennent la main sur la représentation du corps noir féminin. Des figures voluptueuses, alanguies, oisives, rêveuses plutôt que la femme qui travaille et souffre, motif rarissime dans l'histoire de l'art occidental. Montrer ces peintures la fondation Carmignac, n'a rien d'anodin, c'est un geste politique autant qu'esthétique. Tout du long de l'exposition, le pop art made in USA discute avec les avant-gardes européennes. Et au milieu de ce joyeux bazar coloré trône le château de sable géant de Théo Mercier, monument éphémère qui rappelle la fragilité écologique de nos décors de carte postale. Kévin Le Squer résume : « c'est une exposition solaire, dansante, pop jusqu'au bout des ongles mais qui, sous ses couleurs franches, laisse filtrer quelques murmures plus sombres sur la liberté et la fragilité de notre monde ».

Près de 30 ans après sa mort, le couturier Gianni Versace est honoré à Paris. Jusqu'au 6 septembre 2026, le musée Maillol abrite une rétrospective consacrée au créateur de la maison Versace – la toute première, en France, depuis 1986 ! L'occasion de redécouvrir le travail de l'enfant terrible de la mode italienne, dont les créations, oscillant toujours entre génie et mauvais goût, ne laissent jamais indifférent. Allergiques au maximalisme, entrez à vos risques et périls ! Dès l'entrée de l'exposition « Gianni Versace : Rétrospective » au musée Maillol, les créations exubérantes du couturier, disparu en 1997, s'imposent. Couleurs vives, motifs kitsch, sequins, drapés, soieries, broderies, le tout concentré parfois sur la même silhouette : à l'heure du « less is more », les vêtements dessinés par Gianni Versace rappellent que, parfois, « more is more », tout simplement. 450 pièces réunies au même endroit Pour mettre en valeur les 450 pièces - vêtements, chaussures, bijoux, accessoires de décoration - réunies par les commissaires auprès de différents collectionneurs, le musée Maillol s'est transformé en véritable catwalk. Le visiteur circule donc d'espace en espace, comme au centre d'un gigantesque défilé de mode. Un dispositif ambitieux et extravagant, conforme, d'une certaine manière, aux goûts de Gianni Versace. « Avec lui, tout devait toujours être fait à 100 %, voire à 1000 % ! » se souvient Doris Brugger. L'ancienne attachée de presse et amie du créateur a prêté une vingtaine de pièces de sa collection pour les besoins de l'exposition. Dans cette profusion de silhouettes - une infime partie des 6 à 8.000 tenues conçues par Gianni Versace -, difficile de choisir. Pourtant, certaines restent emblématiques : « la collection Barocco est l'une des plus importantes exposées ici, estime Doris Brugger. Il y a aussi toutes les pièces avec les épingles à nourrice, la veste en cuir avec les croix et les étoiles brodées dessus... et, bien sûr, la robe avec le visage de Marilyn Monroe ! » Parmi les espaces à ne pas manquer également : la collection de chemises en soie à motifs extravagants. Gianni Versace en a dessiné plusieurs centaines au cours de sa carrière, reconnaissables entre toutes. « Porter une telle chemise, c'était s'affirmer en tant que "Versacista", s'amuse Karl von der Ahé, l'un des deux commissaires de l'exposition. Cette pièce pouvait être un véritable ticket d'entrée dans l'univers de Gianni Versace.» À lire aussiGianni Versace au Musée Maillol: immersion dans l'univers glamour et audacieux du maître du «Made in Italy» Un créateur visionnaire Tape-à-l'oeil et tapageur, le couturier n'en était pas moins un visionnaire. Parmi ses faits d'armes : la création d'un tissu métallique - l'Oroton - donnant l'illusion d'un vêtement coulé dans du métal liquide ; l'introduction du sexe dans la haute couture, avec sa collection « bondage » ; ou l'utilisation de l'épingle à nourrice comme accessoire de mode, devenue un véritable emblème de la marque. Surtout, Gianni Versace fut l'un des premiers à promouvoir le « Made In Italy » « à une époque où, pour la mode, tout se passait à Paris », souligne Karl von der Ahé. « Toutes les matières premières qu'il utilisait étaient italiennes : la laine, le cuir, les bijoux... tout !, poursuit le commissaire, qui consacre sa vie à Gianni Versace depuis dix ans, Il était en mesure de s'approvisionner à Milan, dans le nord de l'Italie, et donc de s'assurer de la qualité de ce qu'il proposait. Cela a fait partie des points forts de sa mode, et c'était important pour lui. » Force est de constater que, malgré leurs 40 ans, certaines pièces exposées n'ont pas pris une ride ni perdu de leur éclat. La mode-spectacle Visionnaire, Gianni Versace l'a été aussi lorsqu'il a compris l'importance de l'image et du divertissement. L'exposition raconte ainsi les premières collections où le couturier a fait défiler les mannequins les plus célèbres de l'époque - Linda Evangelista, Claudia Schiffer, Naomi Campbell... et le virage pris par Gianni Versace lorsqu'il est devenu le visage de sa propre marque. « Gianni ne s'entourait que des meilleurs photographes, et était régulièrement pris en photo pour des séries de portraits, raconte Saskia Lubnow, elle aussi commissaire de l'exposition. Cela lui permettait de maîtriser son image et le récit autour de sa marque. » Et Karl von der Ahé d'abonder : « Gianni Versace a fait de la mode un spectacle, et en faisant cela, il a modernisé la haute couture. Sa tragédie, c'est qu'avec cette stratégie de marketing agressif, il a scié la branche sur laquelle il était assis. Lorsqu'on se concentre sur la célébrité, sur les visages, alors on ne parle plus de mode ». Près de 30 ans après l'assassinat du couturier devant sa maison de Floride, difficile de lui donner tort : Gianni Versace disparu, la marque est progressivement tombée en désuétude. Reste l'exposition « Gianni Versace : Rétrospective » pour offrir un dernier tour de piste à des silhouettes toujours aussi extraordinaires. « Gianni Versace : Rétrospective », au musée Maillol à Paris, du 6 juin au 6 septembre 2026.

Des nuits de Montmartre aux lumières du Moulin Rouge, des cafés-concerts aux maisons closes, Henri de Toulouse-Lautrec a été le grand chroniqueur du Paris de la Belle Époque, au tournant du 20ᵉ siècle. Plus de 100 ans après sa mort, le Caumont-Centre d'Art d'Aix-en-Provence, dans le sud de la France, propose un regard inédit sur son univers. À travers une centaine d'œuvres et une scénographie immersive aux airs de cabaret, l'exposition révèle comment ce peintre et affichiste visionnaire a su transformer les figures de la nuit en icônes intemporelles. À lire aussi«Remettre en perspective» Toulouse-Lautrec, du Moulin Rouge au Grand Palais

Si vous étiez au festival d'Aix-en-Provence cette semaine, vous avez sûrement entendu jouer l'Orchestre des Jeunes de la Méditerranée qui rassemble de jeunes artistes de tout le bassin méditerranéen. Un des morceaux joués était une composition originale d'un groupe de cinq musiciens. C'est au milieu de la palmeraie, face aux pyramides de Dahchour, que les musiciens-compositeurs du quintet se sont rassemblés cette année pour trouver l'inspiration. Leur mentor, le saxophoniste et compositeur Fabrizio Cassol, nous explique le concept : « Le principe est celui de l'oralité, c'est-à-dire de composer à la base sans partitions et de se retrouver avec un orchestre symphonique où la tradition de l'orchestre symphonique, c'est pas du tout ça. C'est justement de travailler avec un chef d'orchestre, des partitions. On est dans une relation de lecture par rapport à la musique. » Deux chanteurs, une pianiste, un tromboniste, un oudiste : aucun ne se connaissait avant et tous viennent d'horizons différents, de Tunisie, de Grèce, de France et d'Égypte. Un véritable défi, comme le raconte la chanteuse égyptienne Amina el Abd : « J'ai fait beaucoup de compositions dans le cadre de mes études, mais j'étais le plus souvent seule, jamais en groupe, donc ce projet est spécial. C'était un véritable casse-tête. J'ai beaucoup apprécié l'expérience, mais c'était un défi. » Un melting-pot qui a engendré de longues discussions et débats. Un partage d'expériences que le tromboniste français Jules Regard, 20 ans à peine, trouve particulièrement fructueux : « Forcément, on n'a pas les mêmes manières d'aborder la musique, parce que certains d'entre nous ont un "background" théorique de conservatoire. Certains moins, qui ont moins la théorie mais qui sont plus dans l'intuition, l'instinct. L'intuition est aussi bonne que la théorie. Les deux mélangés donnent quelque chose de nouveau et de sincère. » La première version de l'œuvre créée à l'issue de cette semaine de résidence artistique avait ensuite vocation, de retour en France, à être adaptée pour un orchestre symphonique, toujours selon le principe de l'oralité. À lire aussiWaed Bouhassoun et le Festival d'Aix, musiques traditionnelles pour voyage en Méditerranée

Le Festival d'Avignon se termine ce samedi 25 juillet, et aura mis en avant la langue coréenne à travers le théâtre. Dans cette veine, la ville d'Avignon accueille au Palais des Papes le grand artiste contemporain coréen Lee Ufan qui vient de fêter ses 90 ans. Mais qu'à cela ne tienne, il fait visiter avec entrain son exposition. Au cœur de l'exposition, une œuvre monumentale, Primitive Room, prend place dans la chapelle du Palais des Papes. Elle a nécessité plus de 60 tonnes d'ardoise que l'artiste a déployées sur 650 m². Une œuvre brute et pleine d'énergie conçue en lien avec le lieu qui la reçoit. Lee Ufan : « Cette installation a déjà été réalisée dans d'autres lieux de culte et des musées. Ici, c'est un lieu religieux, très ancien, où des quantités de personnes sont passées. À travers cette œuvre, je souhaite apaiser leur âme et leur rendre hommage également. Par ailleurs, cette pièce est une salle tout en pierre. Je voulais accentuer ce fait en y mettant une œuvre en pierre également. Je voulais créer un espace qui rappelle l'origine de l'humanité tout en mettant l'accent sur la force de la nature. » Une invitation à ralentir et contempler Le titre de l'exposition Relatum signifie union, mise en relation. Alain Lombard, président du musée consacré à Lee Ufan à Arles : « Ce n'est pas seulement un artiste plasticien, c'est aussi un philosophe, un poète. On sent, dans chacune de ses paroles, une profonde réflexion sur la vie en général, le rapport avec le cosmos. Ce qui fait qu'on apprend avec lui beaucoup à prendre le temps de regarder les œuvres, à prendre le temps de penser à beaucoup de choses, que la vie souvent, à un rythme effréné que nous menons, ne nous conduit pas à prendre en compte. » En plus de cette œuvre majeure, Lee Ufan a conçu d'autres installations toutes en lien avec la nature ainsi que le travail de l'homme. La pierre et des éléments industriels peuvent ainsi entrer en relation. Des peintures terminent l'exposition. Les sculptures et les peintures ayant en commun des motifs épurés géométriques en dialogue avec l'histoire du Palais des Papes : « Ici, au Palais des Papes, beaucoup de touristes viennent visiter ce lieu historique. Je souhaite qu'en sortant de mon exposition, ils ressentent le passage du temps, le passé, mais aussi l'avenir. Si, en sortant d'ici, ils arrivent à regarder vers le futur, j'en serai heureux. » Une exposition qui invite à la méditation. Un temps suspendu dans un monde chaotique.

Au festival d'Aix-en-Provence, impossible d'échapper à l'un des opéras les plus célèbres du répertoire : La Flûte enchantée de Mozart. Pour cette nouvelle lecture sous les étoiles du théâtre de l'Archevêché, le festival a réuni le chef argentin Leonardo García Alarcón et le réalisateur et vidéaste français Clément Cogitore, qui signe sa première mise en scène pour le festival d'art lyrique. Ensemble, ils transforment ce conte initiatique en un voyage de l'enfance à l'âge adulte, entre mémoire des guerres, promesses de progrès et quête d'humanité. À lire aussi«Accabadora»: la Sardaigne au cœur d'un opéra sur la fin de vie

À Montréal, le festival international Nuits d'Afrique fête sa 40e édition avec des concerts prévus jusqu'au dimanche 19 juillet au soir. Si ce rendez-vous culturel accueille aujourd'hui un public de plus de 250 000 personnes, il a débuté dans la pénombre d'un petit bar, grâce à la volonté d'un ancien danseur et chorégraphe guinéen nommé Lamine Touré. En 1985, il fonde le désormais mythique Club Balattou, pour « bal à tous, à tout le monde », berceau des musiques du monde à Montréal. De notre envoyée spéciale à Montréal, On le surnomme « le baobab de Montréal ». Après une enfance entre Boké en Guinée et Bouaké en Côte d'Ivoire, Lamine Touré passe une décennie en Europe, puis s'installe dans la plus grande ville du Québec. À son arrivée en 1974, il constate que les Africains ne sont qu'une cinquantaine ici, et qu'ils ne font pas communauté. « Quand je suis arrivé à Montréal, j'ai trouvé que chacun faisait sa culture, mais chacun dans son coin. Alors moi, j'ai dit : "Mais non, ça c'est pas normal." C'est mieux qu'on trouve une façon de rassembler tout le monde, pour que par exemple nous, les immigrants, on puisse profiter. Mais les Québécois de souche aussi vont profiter. Parce qu'à travers la culture, on peut se connaître », explique-t-il. Le premier lieu du genre au Canada Ni une ni deux, Lamine Touré fonde le Club Balattou, boulevard Saint-Laurent. Le lieu rassemble les cultures africaines, antillaises et latino-américaines et devient rapidement une institution. La première discothèque africaine du Canada est tout en longueur, avec une scène très proche du public, des canapés en cuir, des miroirs aux murs et au plafond. La chanteuse sud-africaine Lorraine Klaasen évoque avec émotion ce lieu mythique : « Des fois, je passe là-bas au Balattou, je vois les petites photos là où j'étais jeune avec beaucoup d'autres artistes, je me dis "Oh mon Dieu". Cela existe toujours comme un lieu où tu vas aller vraiment écouter les musiques africaines, si tu veux danser. Et il y a le miroir. Donc quand j'y chante, je me regarde moi-même dans le miroir (rires), il y a mon reflet, je me dis "Oh Lorraine, you are cute'' (''Oh Lorraine, tu es mignonne"). Alors, si tu veux vraiment aller dans une place où tu veux écouter la musique africaine, va au Balattou. » Un refuge où rencontrer sa communauté Papa Wemba, Youssou N'Dour, Boubacar Diabaté, Oumou Sangaré… Tous les désormais grands noms de la sono mondiale sont passés par le Balattou. Au-delà de la musique, le lieu devient un repaire, un refuge où se sentir chez soi, peu importe d'où l'on vient. « L'accueil qu'il y a au Balattou, tu ne trouves ça nulle part ailleurs. Parce que moi, je fais l'accueil à l'africaine. Supposons si je viens chez toi, dans ta maison, dès que je rentre, qu'est-ce que tu fais ? Tu me serres la main, non ? C'est ce que je fais au Balattou jusqu'à maintenant. Depuis que j'ai ouvert, je suis toujours là. » Du Club Balattou au festival Nuits d'Afrique Lamine Touré voulait faire du Balattou un lieu familial, mais il se heurte à une limite légale : l'interdiction du club aux moins de 21 ans à cause de la vente d'alcool. « Il faut faire quelque chose. Parce que si ça reste comme cela, il n'y a pas de relève. C'est à ce moment-là que j'ai pensé à faire Nuits d'Afrique en plein air. C'est pour la famille », se souvient-il. Deux ans plus tard, Lamine Touré sort les cultures afrodescendantes du Balattou et les déploie dans les rues de la ville pour toucher les plus jeunes. Quarante ans plus tard, le festival Nuits d'Afrique prend place dans le quartier des spectacles, en plein cœur de Montréal. Et Lamine Touré, l'homme qui a installé l'Afrique à Montréal, rêve désormais de créer des festivals similaires en Guinée, en Côte d'Ivoire, au Mali ou au Sénégal. À lire aussiLe jeune collectif Zalam Kao au festival Nuits d'Afrique de Montréal À lire aussiTrente ans de Nuits d'Afrique à Montréal

Depuis vendredi soir 10 juillet, la ville de La Rochelle, dans le sud-ouest de la France, accueille la 42ᵉ édition des Francofolies, ce festival dédié aux musiques françaises et francophones. Jusqu'à mardi soir, les têtes d'affiche se succèdent sur scène : Orelsan, Gims, ou Aya Nakamura pour ne citer qu'eux. Mais depuis leur création, les Francofolies ont aussi toujours mis en valeur l'émergence, notamment grâce à un dispositif dédié. Lorsqu'on vient à La Rochelle, impossible de louper ce bâtiment : une grande bâtisse en bois sur le vieux port estampillée « Le Chantier des Francofolies » et qui abrite le programme du même nom. « Très simplement, le Chantier des Francofolies, c'est ce que l'on appelle un dispositif d'accompagnement », explique Marc Mottin. Il est le coordinateur artistique et pédagogique du Chantier des Francofolies. « On est tourné vers l'émergence, donc c'est vrai que ce sont plutôt des jeunes artistes qui sont encore à leurs débuts. Pour l'essentiel d'entre eux, de carrière. Ils ont souvent sorti maximum un projet dans leur histoire. » Accompagnement artistique et technique Tous les automnes, l'équipe du Chantier reçoit des centaines de candidatures, 800 précisément pour l'édition 2026. Seule une quinzaine est ensuite sélectionnée pour participer au dispositif avec un objectif bien précis. « Sa spécificité, c'est qu'on est tourné vers le perfectionnement du live, donc on travaille essentiellement la scène », ajoute Marc Mottin. « Donc, cela va, je dirais, à la fois d'un travail artistique, à un travail aussi technique, parce qu'on fait aussi un travail d'accompagnement là-dessus, notamment aussi avec les ingénieurs du son des artistes. » Travailler l'énergie et ne former qu'une entité sur scène Et c'est bien pour cela que le dispositif se conclut par un passage, aux Francofolies, des artistes épaulés toute l'année. Tout le monde s'appelle. Clara fait partie des 14 groupes de la mouture 2026. Ce samedi, le quintette 100 % féminin et 100 % queer s'est produit en plein cœur de La Rochelle. L'occasion de mettre en pratique tous les enseignements de l'année. « Un exercice qui m'a marqué, c'était l'exercice de prendre l'énergie, de regarder l'énergie qu'on avait chacune sur scène et après de s'en inspirer pour justement ne former qu'une espèce d'entité sur scène et être vraiment ensemble et mieux se comprendre et mieux jouer ensemble, finalement », explique Clara Bureau, la fondatrice du groupe. Zaho de Sagazan, Juliette Armanet, et les autres Des leçons d'autant plus précieuses qu'elles sont prodiguées par d'anciens lauréats du chantier. « C'est un espace où on est avec des professionnels qui n'ont pas d'intérêt auprès de nous, qui ne sont pas là pour nous faire signer, nous faire aller par ci, par là », souligne Malo Texier, la bassiste du groupe. « Et ce sont des espaces rares, c'était exceptionnel pour ça. Ça nous a fait un bien fou. Et l'avant-après était aussi dans l'épanouissement, dans le travail... » Pour ce groupe né il y a tout juste deux ans, le Chantier est tout à la fois une école, une marque de légitimité et un espoir pour la suite, car il faut dire que depuis sa création en 1998, le dispositif a fait ses preuves : Feu! Chatterton, Zaho de Sagazan, Juliette Armanet ou encore Clara Luciani ont tous fait leurs armes à La Rochelle.

Les spectacles sont décidément aussi nombreux que variés au Festival d'Avignon. Dans la programmation off, riche de près de 1 800 spectacles dans 140 lieux, la musique et le théâtre font souvent bon ménage. Thomas Fersen, chanteur confirmé, s'essaye aux planches et livre à la Scala Provence tous les jours à 18h30 un récit personnel rehaussé par la musique live. À lire ou à écouter aussiMusique : « Le choix de la reine », Thomas revisite Fersen

17 jours après le massacre du 7-Octobre perpétré par le Hamas, la cinéaste israélienne Anat Even a filmé la frontière qui sépare son pays du territoire palestinien totalement détruit : la bande de Gaza. Un champ de ruines filmé de loin. C'est la prise de conscience politique de l'horreur que raconte le documentaire Collapse. Il est diffusé en France, mais pas en Israël. « Je dirais que c'est un film anti-guerre et c'était important pour moi de parler de mes amis qui sont morts », confie la réalisatrice Anat Even. Peu après le 7-Octobre, elle retourne dans ce qui était autrefois sa maison, à Nir Oz, un kibboutz martyr. Au-delà de la clôture, après les terres agricoles transformées en zone militaire, on distingue la bande de Gaza. « Ça tambourinait dans ma tête pour essayer de comprendre ce qui se passait là-bas. Ce qui se passait à Gaza. On entendait parler d'anéantissement, de famine, pointe-t-elle. On entendait tous ces mots. Et j'ai compris que l'on parlait d'évènements terribles et incompréhensibles. D'un côté, un massacre et puis l'attaque israélienne. Terrible. Avec l'intention d'anéantir. Je ne pouvais pas comprendre... » Le tournage va durer deux ans. « C'est un film de guerre sans la guerre. On entend la guerre, mais on ne la voit pas », explique la réalisatrice. La bande son est un véritable personnage du film, des tumultes suivis de silences. « Les oiseaux criaient, hurlaient, appelaient, parlaient... C'était très fort, insiste-t-elle. Et puis, il y avait les bombardements. C'était comme une symphonie de guerre avec les oiseaux et les bombardements. » À lire aussiEn deux ans, la bande de Gaza a été transformée en champ de ruines « Comment parler de Gaza quand on est du côté israélien de la frontière ? » Plan fixe sur les plumes majestueuses d'un paon qui se promène dans un kibboutz vide aux maisons incendiées. La réalisatrice s'interroge. Elle appelle son ami Ariel, le film est un dialogue ponctué de points d'interrogation. « Comment parler de Gaza quand on est du côté israélien de la frontière ?, interroge la réalisatrice. Comment parler de la souffrance des gens sans les voir, sans leur parler ? Je dois dire que je n'avais pas les mots. Je ne pouvais pas réfléchir. Je pouvais juste revenir là. » Revenir inlassablement au même endroit comme on laboure un champ, Collapse essaie de répondre à cette question : qu'est-ce qui pousse sur une terre où l'on plante uniquement des drapeaux ? À lire aussiBande de Gaza: Israël cible «délibérément» des enfants, affirme une commission de l'ONU

Lever de rideau au Festival d'Aix-en-Provence, dans le sud de la France, pour l'une des productions lyriques les plus attendues de cette 78ᵉ édition : la création mondiale d'Accabadora. Inspiré du roman de l'autrice sarde Michela Murgia, figure du féminisme italien engagée contre le fascisme et pour les droits des personnes LGBTQ+, cet opéra de l'Italien Francesco Filidei, sacré meilleur compositeur aux Victoires de la musique classique 2026, nous plonge dans la Sardaigne rurale des années 1950. Au cœur du récit, une couturière respectée et redoutée : elle tisse le fil de la vie le jour, mais accompagne aussi les mourants la nuit pour abréger leurs souffrances. Un métier à tisser géant domine la scène du Théâtre du Jeu de Paume d'Aix-en-Provence. Symbole du destin et du fil de la vie que l'on noue, transmet puis finit par rompre, il accompagne tout au long de l'opéra la trajectoire de l'accabadora, personnage central de cette création mondiale présentée au Festival d'Aix. Adapté du roman éponyme de l'autrice sarde Michela Murgia, disparue en 2023, Accabadora nous transporte dans la Sardaigne rurale des années 1950. L'histoire suit Maria, une enfant confiée selon la tradition locale à une mère adoptive, Tzia Bonaria. Couturière respectée du village, celle-ci cache pourtant une autre fonction : celle d'accabadora, appelée au chevet des mourants pour mettre fin à leurs souffrances. Pour la metteuse en scène argentine Valentina Carrasco, cette figure dépasse largement le seul contexte sarde. « L'accabadora est quelqu'un qui peut accoucher deux fois. Elle peut accoucher d'un enfant, mais aussi de la mort. Ce sont des personnes qui aident des personnes en fin de vie qui veulent mourir. C'est une tradition non seulement en Sardaigne, mais aussi dans d'autres territoires du sud de l'Italie, qui existe depuis des siècles. » Quand la Sardaigne devient un personnage L'opéra marque aussi un retour aux sources pour Francesco Filidei. Le compositeur, sacré meilleur compositeur aux Victoires de la musique classique 2026, entretient un lien intime avec l'île méditerranéenne par sa grand-mère. À la lecture du roman de Michela Murgia, il retrouve un univers familier, peu présent dans le répertoire lyrique italien. « En Italie, il n'y a pas eu de grands opéras, ou même de petits opéras, sur la Sardaigne, tandis que pour la Sicile, il y en a beaucoup. Il y a "Cavalleria rusticana" ou "Les Vêpres siciliennes" notamment. Pourtant, en Sardaigne, on a le chant des ténors, ce qui est magnifique. Il y a une tradition folklorique énorme, des couleurs, des sons, les brebis, les cloches, les vents, la mer : la nature qui parle. » Loin d'une reconstitution folklorique, Accabadora cherche plutôt à faire entendre l'âme de l'île. Le chœur chante en sarde, tandis que l'orchestre convoque des paysages sonores inspirés de la nature et des traditions locales. À lire aussiLeur Sardaigne, leurs souvenirs, ce qu'ils veulent encore transmettre Cloches, vent et voix rugueuses Pour la cheffe d'orchestre Lucie Leguay, l'œuvre est avant tout une aventure sonore. « C'est un laboratoire, une exploration sonore incroyable. Il y a des cloches qui viennent spécialement de la Sardaigne, elles ont un son magnifique que je n'ai jamais entendu ailleurs. Et une multitude de percussions, avec des petits sifflets rossignols, le bruit d'un chien qui pleure. Puis, on a cinq générations sur scène : de la petite fille de 7 ans jusqu'aux grand-mères entre 80 et 93 ans. Nous avons aussi travaillé les voix avec les chanteurs lyriques pour leur donner une couleur plus nasillarde, plus rauque, une couleur un peu ocre, comme la Sardaigne. » Entre cordes stridentes, polyphonies envoûtantes et bruitages inspirés du quotidien rural, la partition fait de la Sardaigne un protagoniste à part entière. Une œuvre qui résonne avec les débats contemporains Mais derrière cet ancrage territorial se dessine une question universelle : comment accompagner les derniers instants d'une vie ? Sans jamais prendre la forme d'un manifeste, l'opéra dialogue avec les débats contemporains sur la fin de vie. Francesco Filidei revendique d'ailleurs un engagement qui passe par l'émotion plutôt que par le discours politique. « De toute façon, ça n'existe pas un opéra à notre époque qui n'est pas engagé. On n'a pas besoin de parler de politique d'une manière directe. En plus, l'opéra est dédié à un ami à moi qui est dans cette situation ; il est dans le coma depuis un an. Donc, je dédie cet opéra à lui, c'était la seule chose que je pouvais faire. » À travers cette histoire de transmission entre une mère adoptive et sa fille d'âme, Accabadora aborde la mort sans sensationnalisme, avec délicatesse et humanité. Une œuvre où la vie et la mort semblent parfois se frôler, à peine séparées par un fil. À lire aussiFin de vie: ce que changera la future loi sur le droit à l'aide à mourir

Ils peignent sur les murs de béton de nos villes, voire sur les transports publics. On les aime ou on les déteste. Autrefois appelés juste graffeurs, ils sont aujourd'hui de plus en plus considérés comme de vrais artistes, des artistes de rue. Certains sont devenus des stars, d'autres préfèrent l'anonymat. Les street artists sont à l'honneur dans une exposition à la Grande Halle de la Villette à Paris. Une forme de reconnaissance, peut-être aussi de récupération d'un mouvement culturel né dans la rue. De la rue au musée, comment le street art est-il devenu un art noble ? Un reportage d'Iris Hawker Dans le quartier du Sentier, dans le centre de Paris, deux street artists commentent leur dernière fresque. « C'est une façade qui appartient au bar l'Ivresse, explique Hugo, du tandem Tito/Mulk. Il y a une histoire un peu personnelle pour nous, parce qu'à l'époque où on avait encore peur de mettre de la peinture sur les murs, et qu'on faisait juste des collages, on avait fait ce mur. Et là on a été invités officiellement par une association d'art à Paris. » Mathieu, son acolyte grapheur, a décidé de prendre la ville pour toile. Il raconte la genèse du street art : « Au tout début, quand le tag est arrivé dans les années 1970 à New York, l'acte était politique parce qu'il était revendicatif, mais les thèmes abordés ne l'étaient pas. C'étaient que des gens qui marquaient leur nom. » Avec leur univers coloré, inspiré de la pop culture, ils ont décidé de porter des messages qu'ils qualifient eux-mêmes d'impertinents. « Dans la rue, on veut dire des choses. Effectivement, on fait partie des gens qui pensent que le street art et l'art en général doivent être politiques. Il l'est de toute façon parce que c'est une prise de parole en public », s'exclame Mathieu. Ces dernières années, l'art de rue n'a cessé de gagner en reconnaissance, et même auprès d'un public inattendu, comme Monique, cette riveraine de 78 ans, qui se réjouit de pouvoir admirer l'art de la rue : « J'habite dans le quartier depuis 33 ans, j'aime beaucoup, ça fait partie de l'évolution de l'art. » Et c'est justement cette évolution qui interroge. Comment préserver l'essence d'un art pensé pour être libre et gratuit, quand il s'institutionnalise et se commercialise ? L'exposition, Beyond the streets, présente en ce moment, à Paris, des œuvres de Shepard Fairey ou Invader. Pour son curateur, le grand collectionneur Roger Gastman, le fait que le street art s'académise n'est pas un problème, c'est le signe d'un rêve américain réalisé. « Nous travaillons avec des artistes qui, pour la plupart, ont à la fois de grandes carrières dans les musées, mais aussi des projets institutionnels, explique Roger Gastman. Une grande partie de ce qu'ils font aujourd'hui en intérieur diffère de ce qu'ils faisaient autrefois illégalement dans la rue, mais ils ont su trouver le moyen de canaliser cette énergie et de la transposer dans leur peinture. » Roger Gastman a vu beaucoup d'artistes graffeurs transformer leur travail et se propulser sur la scène urbaine internationale. Il considère que : « tout le monde grandit, et tant de personnes qui étaient autrefois considérées comme des vandales, des ratés ou des voyous sont aujourd'hui des directeurs artistiques, des chefs d'entreprise, des personnalités à part entière de la société ». Être légitime dans la rue, ou reconnu au musée ? La nouvelle génération ne veut plus choisir. Hugo et Mathieu, de Tito/Mulk, n'ont pas peur des paradoxes, ils travaillent avec les marques et dénoncent leurs travers, car selon eux : « Le but d'une publicité, c'est plutôt de ramollir le cerveau, pour pouvoir mieux faire passer son message. Nous, au contraire, on essaye plutôt de faire réfléchir les gens, de les emmener eux-mêmes à certaines conclusions. » Si certains trouvent leurs œuvres préférées dans les musées, d'autres les découvrent dans la rue. Pour Mathieu, « ce qu'on peut souhaiter au street art, c'est que les gens continuent à se promener dans la rue, à ouvrir les yeux et à s'émerveiller ».

En 2006 en France, le ministère de la Culture reconnaissait les jeux vidéo comme la dixième forme d'expression artistique. Vingt ans plus tard, la Philharmonie de Paris leur consacre une exposition, « Video Games & Music », qui retrace l'histoire de la musique de jeux vidéo devenue un phénomène mondial en à peine un demi-siècle. De simples « bips » dans le jeu Pong, de la pop dans Just Dance, de l'opéra dans Final Fantasy, Beethoven dans Resident Evil ou encore les Daft Punk dans Fortnite… La « Video Games & Music », ou VGM pour les connaisseurs, dépasse largement le simple divertissement. Elle incarne une culture du jeu vidéo partagée entre générations et à travers le monde. À la Philharmonie de Paris, l'exposition « Video Games & Music » présente consoles de jeux, dessins de personnages, instruments, portraits de compositeurs, mais aussi vingt-neuf jeux jouables pour le public. La musicologue et archiviste Fanny Rebillard, co-commissaire de l'exposition : « L'objectif, ça a été vraiment de ne laisser personne dehors, d'essayer de parler à la fois aux fans qui ont une connaissance très fine du jeu vidéo, et de la musique, parce qu'on sait que ces gens existent et qu'ils ont très envie de voir leur connaissance reconnue et célébrée. Mais on a aussi voulu s'adresser aux personnes qui accompagnent ces fans ou qui ont un intérêt, une curiosité pour le jeu vidéo, qui se disent : "Tiens, c'est bizarre, pour moi la musique de jeu vidéo, c'est des bips, bips insupportables, qu'est-ce qu'on peut avoir à dire là-dessus ?" » Difficile à définir comme un genre musical tant elle est plurielle. La musique de jeux vidéo va des ambiances contemplatives électro aux mélodies symphoniques, en passant par le rap, le rock ou le « chiptune », ces sons synthétisés en temps réel créés par les puces sonores des consoles. À lire aussi«Video Games & Music», une exposition sur la musique de jeux vidéo L'univers du gaming sans cesse redéfini par le son Dès 1985, le compositeur Koji Kondo introduit une musique interactive dans le jeu Super Mario Bros. Une mélodie principale quand le personnage de Mario court, des arpèges quand il grandit, un glissando ascendant quand il rebondit sur un ennemi et une cadence conclusive pour la ligne d'arrivée. Une prouesse technique à une époque où la technologie restait limitée. « La plus grosse problématique, c'était le fait qu'il y avait très peu d'outils pour visualiser. Par exemple, le fait de prendre un clavier MIDI et de le brancher à un ordinateur, ça n'existait pas. Donc, eux, ils avaient leur piano d'un côté, leur clavier, et ensuite, ils devaient tout programmer. Donc, ils devaient connaître le langage hexadécimal, le basique, tous les langages de programmation qui ont émergé à cette époque. C'était un travail que David Wise, le compositeur de Donkey Kong Country, raconte d'ailleurs dans l'exposition. C'est-à-dire qu'il y a un morceau, « Aquatic Ambience », qui est un de ses tubes, encore aujourd'hui c'est planétaire, et ça lui a pris cinq semaines de saisir les données », explique Fanny Rebillet. Pensée comme un jeu vidéo, la scénographie de l'exposition laisse les visiteurs libres de choisir leur progression d'une salle à l'autre, d'un monde virtuel à l'autre. Une manière de célébrer la « Video Games & Music » comme un patrimoine culturel contemporain, alors que quarante millions de Français se déclaraient joueurs en 2025. À lire aussiMorocco Gaming Expo: l'imaginaire marocain infuse dans les jeux vidéo locaux

Dans la plus petite ville de France, à une centaine de kilomètres au nord de Paris, la musique s'invite le temps d'un week-end. À Gerberoy, commune de 80 habitants surnommée la « Ville des roses », le pianiste et fondateur du festival, Philippe Cassard, reprend les rênes de la 20e édition des Moments musicaux. Concerts dans les jardins et dans l'église médiévale : le festival réunit flûtistes, guitaristes et pianistes, mêle jazz et musique classique, et met à l'affiche aussi bien de jeunes talents qu'une légende vivante, la pianiste Elisabeth Leonskaja, 80 ans, et la comédienne Julie Depardieu. Avec ses maisons de pierre, de briques et de colombages couvertes de roses, Gerberoy semble figé dans une carte postale. Classé parmi les plus beaux villages de France, ce bourg de l'Oise, devenu ville en 1202 sous Philippe Auguste, a vu passer rois et conquérants. Aujourd'hui, il attire aussi les artistes – à commencer par le pianiste Philippe Cassard. Un coup de foudre devenu festival « Le coup de foudre, ça date de presque 30 ans », raconte le musicien. Et pourtant, c'est en novembre, dans un décor gris et dépouillé, qu'il découvre pour la première fois Gerberoy. Mais ce ne sont ni les roses, ni l'été qui le séduisent d'emblée – plutôt l'âme du lieu : ses maisons anciennes et surtout la Collégiale du village. « Dès que je suis entré, j'ai claqué des doigts et j'ai su : l'acoustique est sensationnelle », se souvient-il. De cette rencontre naissent un premier festival, Les Estivales de Gerberoy, où se croisent musique classique et traditions populaires. Aux côtés d'un ami violoniste passionné de musiques yiddish et tzigane, Philippe Cassard imagine un rendez-vous ouvert sur le monde. Au fil des éditions, des artistes venus d'Argentine, de Roumanie, de Catalogne ou du Tyrol s'y produisent, dans des lieux aussi variés que l'église, la halle du marché ou les jardins du village. Un décor inspiré par l'histoire et l'art Gerberoy doit aussi son charme à l'influence du peintre impressionniste Henri Le Sidaner, installé ici au début du XXe siècle. Il y a façonné de somptueux jardins en terrasses, devenus un écrin parfait pour la musique. C'est dans l'un de ces espaces, le jardin blanc, qu'une soirée particulière prendra vie : la comédienne Julie Depardieu, entourée de la flûtiste Juliette Hurel et de la guitariste Gaëlle Solal, y fera dialoguer musique et lecture autour de Schubert. Schubert au cœur du programme Le compositeur autrichien, figure majeure du romantisme, est au centre de la programmation. Notamment à travers ses célèbres lieder – « des chansons pour voix et piano », comme le rappelle Philippe Cassard, qui en souligne la richesse : Schubert en a composé plus de 600 au cours de sa courte vie. Une œuvre foisonnante qui inspire toutes les explorations. Le festival propose ainsi une commande « à la manière de » à un jeune compositeur franco-américain, mais aussi des interprétations contrastées : la dernière sonate de Schubert, portée par la légende du piano Elisabeth Leonskaja, ou encore une relecture jazz signée Paul Lay, qui revendique l'importance de « conserver le thème tout en y apportant du swing et du groove ». Une parenthèse hors du temps À Gerberoy, la musique ne se contente pas d'être jouée : elle se vit dans un paysage et une atmosphère. « On ne peut pas organiser un festival dans un garage ou une salle municipale », insiste Philippe Cassard. Ici, tout participe à l'expérience : « Ces millions de rosiers, ces arbres centenaires. On est plongé dans un autre esprit, une autre idée du temps. » Au cœur de ce village chargé d'histoire, les Moments musicaux de Gerberoy offrent ainsi une parenthèse hors du temps où patrimoine, nature et exigence artistique se répondent en harmonie.

Tous les soirs ou presque, « Paris » rime avec « poésie » ! Dans la capitale française, nichée dans une ruelle proche de l'Assemblée nationale, se cache une institution qui fait vibrer les amateurs de belles lettres. Depuis 1961, le Club des poètes accueille chaque soir des dizaines de personnes, venues déclamer de la poésie, mais surtout profiter d'une bulle hors du temps où la bienveillance est le maître mot. Sa façade blanche, tout juste percée de lucarnes, passe quasi inaperçue dans la paisible rue de Bourgogne, en plein cœur des quartiers cossus de la capitale française. Pourtant, tous les soirs du mardi au vendredi, depuis 1961, ce discret bâtiment abrite une institution parisienne : le Club des poètes. Derrière sa lourde porte en bois, une joyeuse bande plaisante bruyamment autour d'une part de tarte ou d'un verre de vin. L'ambiance tamisée, les poutres apparentes et les piles de livres qui soutiennent des tableaux posés contre les murs invitent à la détente et à la convivialité. D'ici quelques instants, les lumières seront éteintes, des bougies seront allumées, et la véritable attraction de la soirée commencera : ici, depuis plus de 60 ans, on déclame des poèmes. Un lieu chargé d'histoire « Éteignez les lumières ! » : cette voix, c'est Blaise Rosnay – Blaise, comme l'appellent tout simplement les adeptes du lieu. Ce dernier présente le club, « pour ceux qui ne le connaîtraient pas » – et ils sont nombreux ce soir. Car le Club des poètes accueille aussi bien des habitués que des curieux. Le Club des poètes, donc, a été fondé par le père du maître de cérémonie, Jean-Pierre Rosnay, lui-même poète et résistant. « Avec une bande de jeunes gens turbulents, sourit Blaise Rosnay, il a d'abord fondé une maison d'édition [Les Jeunes artistes réunis, NDLR], avant d'animer une émission de radio qui s'appelait le Club des poètes. » D'où vient la désormais célèbre expression : « Amis de la poésie, bonsoir ! » Dans le local sis au 30 rue de Bourgogne, se sont croisés Louis Aragon et Pablo Neruda, Léopold Sédar Senghor et Raymond Queneau. « Nous, on essaie de faire vivre la flamme allumée par nos parents, pointe Blaise Rosnay, et il faut croire qu'on s'en sort pas trop mal ! » Il faut croire, oui : de nos jours, les fantômes des poètes du passé croisent quotidiennement des dizaines de poètes d'aujourd'hui, étudiants, retraités ou jeunes actifs, seuls ou en groupe, venus dire – et non pas lire – des poèmes. La règle cardinale : apprendre les poèmes par cœur Car au Club des Poètes, on dit, on déclame, on chante même, mais surtout, on ne lit pas. « C'est une règle essentielle, estime le maître des lieux. Déjà parce qu'elle fait écho à toute l'histoire de la poésie, qui a existé bien avant l'écriture et le livre. » La récitation de mémoire est aussi une forme de cadeau faite au public : « Lorsqu'on s'apprête à demander un peu de temps d'attention au public, c'est important d'avoir soi-même passé un petit moment avec le texte qu'on s'apprête à partager, et de lui avoir soi-même prêté cette attention. » Il y a une dernière raison, glisse Blaise Rosnay dans un clin d'œil : « Cela évite les poèmes de 150 pages ! » Dans de telles conditions, forcément, le stress monte un peu. Pourtant, les novices sont eux aussi les bienvenus sur le tabouret qui fait face au public – ils y sont même fréquemment encouragés par Blaise Rosnay entre chaque session. « Tout le monde peut dire un poème ! » exhorte-t-il. Et si jamais le poète du moment trébuche, qu'il se rassure : les habitués se feront un plaisir de lui souffler la suite. Une bulle hors du temps Des habitués, justement, il y en a beaucoup ce soir-là. Parmi lesquels Samuel. À 28 ans, le jeune homme fréquente les lieux depuis déjà dix ans : « J'ai découvert le club quand je suis arrivé à Paris. J'avais 17 ans. J'aime la bienveillance qu'il y a ici, le fait que les gens apprennent par cœur, voir leurs yeux quand ils récitent. » Pour lui, cet endroit est une évidence : « Il n'y a pas un seul jour, pour moi, sans poésie. J'en lis souvent, j'en parle avec les gens que j'aime, je me tiens au courant des nouveautés. » Devant un public captivé, le jeune homme s'installe face au public. Sa guitare sur les genoux, il entonne, avec beaucoup de douceur, L'Hirondelle, un poème de la poétesse et révolutionnaire Louise Michel, qu'il a mis lui-même en musique. Pendant quelques minutes, le temps est comme suspendu. « Je dis souvent aux gens qui hésitent à apprendre des poèmes par cœur qu'avoir de la poésie en tête, cela permet d'y avoir autre chose que des soucis », glisse le jeune homme. Apparemment, les écouter aussi. D'ici quelques minutes, il sera 21h30. Les lumières se rallumeront et, le temps d'une courte pause, la réalité viendra toquer à la porte. Mais pour quelques instants encore, on est en pays de poésie. À lire aussiPrintemps des Poètes, la poésie en circulation entre scène, rap et littérature

La 31ᵉ édition du festival Rio Loco se poursuit à Toulouse, dans le sud de la France, avec pour thème les imaginaires insulaires. Une thématique conçue sur mesure pour le projet musical, cinématographique et scénique Small Island Big Song. Une œuvre-fleuve qui réunit des dizaines d'artistes venus des océans Pacifique et Indien, autour de leurs traditions musicales et de leurs préoccupations pour la santé des océans et de la planète. Il y a douze ans, la productrice de théâtre taïwanaise BaoBao Chen et le cinéaste australien Tim Cole se rencontraient. Tous les deux préoccupés par les conséquences du dérèglement climatique sur les océans, ils décident de partir ensemble en terres insulaires. « Pendant trois ans, nous avons rencontré plus d'une centaine d'artistes sur seize îles différentes. Nous sommes partis simplement avec nos micros et quelques caméras. Notre idée était d'enregistrer une chanson sur une île, puis d'emmener cette chanson sur l'île suivante pour qu'un nouvel artiste y ajoute un instrument ou une voix… et ainsi de suite, jusqu'à une autre île pour ajouter encore autre chose. Tellement de collaborations ont vu le jour », se réjouit BaoBao Chen. La nature au centre Nouvelle-Zélande, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, île de Pâques, îles Salomon, Hawaï, Tahiti, Malaisie… Les îles se suivent et ne se ressemblent pas. Chacun des artistes transmet ses traditions musicales lors d'enregistrements en extérieur. « Une des compositrices sur ce projet, c'est la nature. Nous voulions lui donner une voix. Partout où nous allions, nous demandions aux artistes de nous emmener dans un lieu qui leur était cher. Nous avons donc enregistré des volcans, des mangroves, des plages… Une multitude de sons que nous avons intégrés au spectacle », explique BaoBao Chen. Traditions entrecroisées d'île en île Small Island Big Song met en valeur tous les liens linguistiques et culturels qu'il existe entre les îles, notamment grâce aux migrations austronésiennes. Le chanteur et musicien malgache Sammy est l'un des piliers du projet : « Dans ma tribu, il y a une danse qui vient de Taiwan, elle est pratiquée à Madagascar mais avec quelque chose qui change. Cette danse s'appelle la danse des ancêtres. Quand j'ai vu cela à Madagascar, j'ai regardé comment les gens dansaient. Et quand j'étais à Taïwan, j'ai vu qu'il y avait vraiment une connexion entre les pays, une vraie histoire », sourit-il. Comme lui, tous les autres artistes ont fait le choix de préserver l'identité culturelle de leur peuple, en chantant dans leur langue et en jouant des instruments de leur terre. Comme des gardiens de la nature, témoins de leur héritage maritime ancestral.

Dans un pays où la scène urbaine est longtemps restée une affaire d'hommes, elles ont décidé de se faire entendre. Wild Wild Women, les « femmes indomptables », débarquent d'Inde avec cinq voix et cinq langues. Hindi, marathi, tamoul, kannada, anglais, leur rap traverse les frontières autant qu'il bouscule les stéréotypes. De notre envoyé spécial à La Réunion Grande révélation de la 22ᵉ édition du Sakifo, ces artistes de 24 à 32 ans forment le premier collectif féminin de rap indien. À quelques heures de la clôture du festival à La Réunion, ce samedi 7 juin 2026, elles ont transformé le micro en terrain de conquête. Difficile à croire en les voyant retourner le public du festival dans la ville de Saint-Pierre au sud de l'île. Et pourtant, Wild Wild Women n'existe que depuis une poignée d'années. Derrière l'énergie explosive et l'assurance affichées sur scène se cache une histoire de résistance. S'en souvient Pratika. « Quand nous allions dans les battles de rap et les événements hip-hop en Inde, il y avait très peu de femmes sur scène. Et celles qui étaient là n'étaient pas prises au sérieux. Toutes faisaient face à une forme d'exclusion venant des hommes. Alors, au lieu d'attendre qu'on nous fasse une place, nous avons pris d'assaut la nôtre. C'est comme ça qu'est né notre collectif féminin, Wild Wild Women ». « Nos chansons racontent cette réalité » Le groupe est né à Mumbai, capitale économique de l'Inde et mégapole de plus de douze millions d'habitants. Une ville de promesses, mais pas pour tout le monde, explique Hashtag Preeti. « Mumbai est la ville des rêves où cohabitent différentes cultures. Mais pour les jeunes femmes comme nous, la liberté rime souvent avec des emmerdes. Depuis l'enfance, nous devons négocier notre place, notre apparence, notre liberté avec les mecs. Nos chansons racontent cette réalité : la résilience, la pression familiale, le corps féminin, la sécurité, l'identité féminine. Mais en même temps, nous ajoutons de l'humour et de la joie à notre malheur dans nos chansons pour montrer la femme indienne autrement que par le prisme de la victimisation et de la lutte. » Wild Wild Women ouvre la voie pour d'autres femmes Sur scène comme en dehors, les Wild Wild Women bousculent un ordre établi qui les excluait jusque-là. Un sentiment qui en dit long sur les préjugés encore à l'œuvre en Inde, selon MC Mahila. « La réaction des hommes à notre groupe a été mitigée. Mais nous avons aussi rencontré des alliés dans le hip-hop indien. La musique nous a permis de mesurer les défis auxquels les femmes font face dans des milieux très patriarcaux. Comme nous sommes une nouveauté féminine dans l'univers du rap indien, notre sari rose et notre look en baskets attirent parfois plus l'attention que nos chansons. Peu importe. Toutes ces histoires deviennent du pain béni pour nos chansons. Et ça avance. Aujourd'hui, il y a plus de femmes intéressées par le hip-hop qu'avant. Il reste encore du chemin à faire, certes. Mais venir au Sakifo à La Réunion porter la parole des femmes indiennes, c'est déjà un petit signe de changement. » Le Sakifo s'achève le 7 juin 2026. Mais certaines voix continuent de résonner. À lire aussiSakifo: Joe Yorke, blanc comme Manchester, noir comme le reggae

Comment faire exister les lieux dans un monde qui s'écroule, comment traverser ensemble les moments de bascule ? En 1904, l'écrivain et dramaturge russe Anton Tchekhov créait sa toute dernière pièce, La Cerisaie, une comédie en quatre actes sur le retour d'une femme russe dans sa propriété d'enfance mise en vente pour rembourser les dettes de sa famille déshéritée. Aujourd'hui, la metteuse en scène Aurélie Van Den Daele s'empare de ce récit et le réactualise avec brio. À Paris, le Théâtre de la Tempête est niché au cœur du grand bois de Vincennes, lieu idéal pour déployer La Cerisaie d'Anton Tchekhov, entre scènes à l'extérieur dans la lumière de la forêt et d'autres à l'intérieur dans la pénombre de la salle de spectacle. Là où se déroulaient cette semaine les dernières répétitions encadrées par la metteuse en scène Aurélie Van Den Daele et son assistante Charline Curtelin. Un travail de détail pour peaufiner la première représentation prévue ce samedi 6 juin au soir. « Dans la pièce, on suit en quatre actes quatre moments assez précis du retour de Lioubov, explique la metteuse en scène, Aurélie Van Den Daele. D'abord, les retrouvailles. Puis dans un deuxième temps, une longue scène dans un jardin où ils évoquent tout ce qui a changé dans le monde. Ensuite un troisième acte très festif dans lequel on attend la réponse de la vente ou non de ce domaine. Et enfin un quatrième acte qui est vraiment le chant du cygne, un adieu. Donc, c'est l'histoire à la fois d'un lieu qui s'efface, mais aussi d'une famille qui va se désagréger et qui va être extrêmement remise en question aussi dans ses pratiques. » « Travailler Tchekhov, c'est un monde qui s'ouvre » Dans la pièce, la famille russe s'accroche au passé alors que le monde change autour d'elle. À la période où Anton Tchekhov l'écrit, peu après l'abolition du servage, les paysans s'enrichissent et s'élèvent dans la société, et les nobles s'appauvrissent. Des « inserts » écrits par Charline Curtelin aident à relier le 19ᵉ siècle à nos jours, notamment via la langue et les va-et-vient des personnages, pour faire résonner cette période avec le monde actuel. « Quand on commence à travailler Tchekhov, c'est vrai que c'est un monde qui s'ouvre, parce qu'on se rend compte que derrière l'apparente banalité des conversations des personnages, c'est vraiment d'une extrême complexité. C'est-à-dire qu'ils sont toujours tiraillés entre des sentiments, entre des choix, entre des mondes. Et ça, théâtralement, quand on commence à le travailler, c'est merveilleux », sourit Aurélie Van Den Daele. Sur scène, des vidéos tournées en direct donnent à voir toute l'intimité des personnages qui fuient l'action principale et se réfugient parfois hors-champ. Et la pièce laisse en suspens une question irrésolue : quand un lieu disparaît avec toute son histoire, que reste-t-il et comment dire adieu à ses souvenirs ? Une Cerisaie mise en scène par Aurélie Van Den Daele, à voir sur scène du 6 au 21 juin au Théâtre de la Tempête à Paris, puis en tournée partout en France jusqu'en mai 2027. À lire aussiLes femmes et les entrailles de la création: «Je crée et je vous dis pourquoi»

Vous connaissez la salsa, vous connaissez le hip-hop, mais connaissez-vous la « salsa-hip-hop » ? C'est la nouvelle danse fusion à la mode à Paris. Son initiateur s'appelle Rodrigue Lino, ancien vice-champion du monde de break dance. Ce Français d'origine congolaise anime chaque dimanche un atelier de découverte au Centquatre, une scène parisienne de promotion des arts actuels. Jambe souple, hanches de roseaux, pied flottant : Rodrigue Lino s'amuse autant qu'il enseigne, en polo beige, pantalon tabac, chaussures de flamenco aux pieds. Sous la verrière de l'espace du Centquatre, une soixantaine d'élèves boivent ses paroles et suivent ses mouvements. Rodrigue Lino, vice-champion du monde de break dance il y a près de 20 ans, a grandi dans un environnement congolais baigné de danses latines, mais avec des frères influencés par le hip-hop. Alors pourquoi choisir ? Pourquoi ne pas fusionner les deux ? « Ce n'est pas une culture comme le hip-hop ou comme la salsa et les danses latine, c'est vraiment un courant. Deux types de danses qui fusionnent. Et encore, quand on dit "salsa hip-hop", dans le hip-hop, c'est déjà une fusion. La salsa aussi d'ailleurs. En fait, tout est fusion. » Depuis quelques mois, Irina suit assidûment les pas de Rodrigue : « J'avoue, au début j'étais un peu sceptique, en me disant "comment on peut fusionner les deux ?" Et en fait cela fait complètement sens. Avec le rythme, on sent bien que l'on peut faire des pas de mambo, de salsa, et ça s'intègre avec des mouvements de hip-hop. » Maitriser le chaloupé latino et la raideur break dance, facile ? Pas tant que cela, selon Gulnara Bekirova, chorégraphe Azérie, qui assiste Rodrigue Lino : « Oui, ça peut être dur, parce que cela veut dire qu'il faut maitriser deux rythmes. Et ces deux styles sont déjà très riches aussi. Donc oui, c'est dur mais c'est possible. » Rodrigue a redécouvert la salsa hip-hop, mais il ne l'a pas inventée. Cette danse fusion est née à New York dans les années 1970 : « La chose que je dis très souvent, c'est que je n'ai pas inventé l'eau chaude. On me dit souvent que la fusion vient de moi, mais non, pas du tout. En fait, je me suis juste appuyé sur ce que faisaient les gens du South-Bronx. C'est-à-dire que les premiers breakdancers étaient portoricains et afro-descendants. Et cela fait que les Portoricains qui dansaient le break dance avaient la saveur latine dans leurs pas et dans leurs corps. » Avec conviction, le chorégraphe de 44 ans a réussi à placer Paris sur la carte mondiale des danses-fusion. Reste à savoir si la salsa hip-hop connaitra le destin de la plus célèbre d'entre elles, le Street Jazz.

Pour tous ceux qui ont la possibilité d'arpenter le sud de la France et plus précisément la ville de l'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, une exposition gratuite est à ne pas manquer à la fondation Villa Datris. « Méditerranée, odyssées contemporaines », c'est son intitulé. Soixante-quatorze artistes venus de tout le pourtour méditerranéen livrent leur vision de ce que représente pour eux la « mare nostrum » des latins, carrefour de civilisations, lieu de luttes, de métissages et de mémoire. Qu'est-ce que la Méditerranée ? À cette question, l'historien français Fernand Braudel répondait : « Des civilisations entassées les unes sur les autres. » C'est à cet empilement, ce carrefour, que la fondation Datris a voulu rendre hommage en conviant 74 artistes à exprimer leur ressenti sur la Méditerranée. Stéphane Baumet est le directeur de la fondation. « C'est un regard sur la Méditerranée et un constat que l'on peut faire sur l'état de cette mer, constat d'un point de vue écologique, de la beauté, des tensions, mais c'est aussi un constat de toute cette richesse merveilleuse, de tous ces échanges entre les artistes mais également les cultures et aussi l'histoire ». Dans les salles et dans le jardin de cette villa-musée fondée par le couple Danièle Marcovici et Tristan Fourtine, les œuvres expriment des préoccupations différentes en fonction des rives de la Méditerranée. Simohammed Fettaka, plasticien marocain, a recouvert la mer de petits soldats de plastique bleu. Une œuvre baptisée « Camouflage ». « Cette œuvre est née d'une expérience personnelle. En grandissant à Tanger, j'ai vu des amis, des voisins, des gens de la famille qui traversaient la Méditerranée de façon illégale. On les appelle les Harragas. Et ces gens qui partent, soit ils réussissent, soit ils meurent. Et c'est de là que m'est venue l'idée que la Méditerranée est un champ de bataille pour moi. Soit tu reviens en héros, soit tu meurs noyé. » « Qu'est-ce que nous faisons là ? » Vu de France, et par le regard acéré de l'artiste Laurent Perbos, la Méditerranée, c'est un palmier en matière plastique. « Cette œuvre s'appelle Ibiza, elle fait référence à des noms de plages ou de sites balnéaires où les gens ont envie d'aller, qui sont des fantasmes du tourisme. Là, c'est un palmier que j'ai réalisé à partir d'étais de chantier que je superpose. Et le bouquet au sommet est composé de frites de piscine et de bouées de plage. Tous ces objets-là sont des objets issus de la consommation de masse ; et cela nous renvoie tout de suite à cette question : "Qu'est-ce que nous faisons là ? Est-ce que nous ne sommes pas en train de consommer uniquement un miroir aux alouettes ?" » Miroir aux alouettes, miroir de nos rêves et de nos espoirs, cette mer que nous partageons est aussi et avant tout pour les artistes présents à la Villa Datris un espace de liberté. Et parfois, la liberté, c'est celle de dire « non ». Plusieurs artistes maghrébins ont annulé leur présence dans l'exposition pour protester contre celle d'une artiste israélienne, Sigalit Landau, qui, elle-même, a fini par jeter l'éponge. ► À voir jusqu'au 1ᵉʳ novembre à la fondation Villa Datris.

Le « Pavillon breton » est présent pour la première fois à la Biennale de Venise. Aux côtés d'une centaine de pavillons nationaux, la Bretagne, à l'instar des pavillons écossais, gallois ou catalan, entend faire entendre, dans le plus grand rendez-vous d'art contemporain, une appartenance culturelle particulière. Plus poétique que politique, c'est ainsi que se définit le Breizh pavillon.

À Nantes, ville au cœur de l'histoire de la traite atlantique, le musée d'histoire interroge aujourd'hui ses propres collections. À travers la 4ᵉ édition de sa biennale Expression(s) décoloniale(s), il invite à repenser l'héritage colonial et esclavagiste. Deux artistes des deux rives de l'Atlantique, la Brésilienne Rosana Paulino et le Sénégalais Omar Victor Diop, font dialoguer leurs œuvres avec les archives du musée. Ce parcours s'inscrit dans la commémoration des 25 ans de la loi Taubira, lorsque, le 10 mai 2001, la France est devenue le premier pays au monde à reconnaître la traite atlantique et l'esclavage colonial comme crimes contre l'humanité. Une exposition à voir jusqu'au 8 novembre 2026 au musée d'histoire de Nantes. À lire aussiÀ Nantes, un mât pour réconcilier les descendants d'esclaves et d'esclavagistes [3/3]

Que deviennent ceux qui restent lorsqu'un membre de la famille décède ? Cette question est au cœur du travail cinématographique du réalisateur japonais Ryota Nakano. L'auteur de la comédie multiprimée La Famille Asada, sortie en 2020, est de retour avec un nouveau film, Mon grand-frère et moi. Inspiré par l'autobiographie de l'autrice Riko Murai, ce film traite du deuil familial, mais avec une bonne dose d'humour qui transforme des situations tragiques en véritable comédie humaine. À lire aussi«5 centimètres par seconde» de Yoshiyuki Okuyama, un film romantique et japonais

L'artiste afro-américaine, Lorna Simpson est en majesté à Venise. The Third Person (« La troisième personne »), titre de son exposition à la Pointe de la Douane, l'un des musées de la Fondation Pinault, rassemble une cinquantaine d'œuvres : peintures, collages, sculptures, installations. La place du corps noir, et particulièrement de la femme, est au centre de son travail, en lien également avec l'actualité sociale, politique et environnementale.

Tour à tour muse et mannequin, artiste surréaliste et photographe de mode, correspondante de guerre et cheffe cuisinière, l'Américaine Lee Miller (1907-77) s'impose aujourd'hui comme l'une des figures majeures de la photographie du XXᵉ siècle. À travers 250 tirages, dont une trentaine d'inédits, le Musée d'Art moderne de Paris lui consacre la plus grande rétrospective présentée en France depuis vingt ans. De la lumière des studios de mode à l'horreur des camps de concentration, l'exposition « Lee Miller » retrace le parcours d'une femme qui a refusé d'être un simple modèle pour devenir une actrice de l'Histoire. L'exposition « Lee Miller » est à découvrir au musée d'Art moderne de Paris jusqu'au 2 août 2026. À lire aussiMagistrale rétrospective de Nan Goldin, icône de la photographie, au Grand-Palais de Paris

Les produits de beauté sud-coréens cartonnent dans nos salles de bain, mais que sait-on vraiment des rituels de la beauté au pays du Matin calme ? Le musée Guimet, à Paris, décrypte les secrets de la beauté sud-coréenne à travers une exposition inédite K-Beauty, l'histoire d'un phénomène, à retrouver au musée Guimet jusqu'au 6 juillet. À lire aussiLe succès du skincare coréen en France: miracle cosmétique ou mirage marketing?

Nan Goldin, la grande photographe américaine connue pour ses engagements divers, est en majesté au Grand Palais et à la chapelle de la Salpêtrière à Paris. This will not end well (« Ça va mal finir ») est le titre de l'exposition qui propose une vue d'ensemble de l'œuvre de la photographe à travers six diaporamas. Ils témoignent des différents engagements de l'artiste pour la communauté queer, les victimes du sida, sa lutte contre les addictions aux opioïdes et aujourd'hui pour la cause palestinienne. À lire aussiL'exposition «Rêves de Venise» à Bordeaux

Du 15 au 19 avril, la ville de Bourges, dans le centre de la France, a accueilli la 50ᵉ édition du Printemps de Bourges, le premier festival de la saison. Comme tous les ans, l'événement a fait un peu de place aux artistes venus de tous les horizons musicaux, musiciens déjà installés ou jeunes talents. Mais un style musical était, cette fois encore, au centre du jeu : le rap.

Le livre en fête... mais le monde de l'édition sous tension. Pendant trois jours, du 17 au 19 avril, le Festival du Livre de Paris ouvre ses portes sous la verrière du Grand Palais à quelques 450 exposants, plus de 1 200 auteurs et autrices et des dizaines de milliers de passionnés de littérature, mais l'enthousiasme est assombri par une crise sans précédent : l'éviction brutale d'Olivier Nora, patron historique de Grasset, par le propriétaire du groupe Hachette, Vincent Bolloré. Une décision qui a fait l'effet d'un séisme et ravivé une inquiétude profonde sur l'indépendance éditoriale en France. À lire aussiFrance: plus d'une centaine d'écrivains annoncent quitter la maison d'édition Grasset en ciblant Vincent Bolloré

La Casa Musicale de Perpignan fête ses 30 ans. Lieu culturel emblématique du sud de la France, situé au cœur du quartier gitan de Saint-Jacques, la Casa est installée sur un terrain de deux hectares entièrement dédié à la création artistique. Depuis trois décennies, l'association du même nom soutient les pratiques amateures, crée des rencontres entre artistes et les accompagne dans leurs projets. Objectif : valoriser les cultures gitanes, rap, hip-hop et musiques actuelles. La Casa Musicale continuera de célébrer trois décennies d'activisme culturel durant le festival Ida y Vuelta, prévu du 4 au 6 juin prochain.

À Tervuren, petite commune à quelques kilomètres de Bruxelles, en Belgique, les chercheurs du Musée royal de l'Afrique centrale, en collaboration avec leurs homologues congolais, mènent un programme de recherche de provenance depuis 4 ans. Baptisé Proche, il vise à déterminer dans quelles conditions certains objets ont été spoliés et transférés de la RDC vers la Belgique lors de la période coloniale. Une fois les données compilées, d'ici la fin de l'année, les autorités des deux pays décideront d'éventuelles restitutions. De notre envoyé spécial de retour de Tervuren, Derrière une vitrine, deux masques en bois de quelques centimètres de haut trônent au milieu d'une dizaine d'autres œuvres, dans une salle de l'AfricaMuseum. « Ce sont des masques qui sont étudiés par un de nos partenaires congolais, explique Lili Boros, chercheuse de provenance au sein du musée. Ils travaillent sur une société dite secrète et sur comment les objets qui sont aujourd'hui ici au musée, comment ils ont pu sortir. » Des œuvres comme celle-ci, il y en a des dizaines de milliers dans les vitrines et les collections du musée. « La collection ethnographique, elle va regrouper une grande pirogue, ça peut aussi être des nasses, des nattes, des pièges, liste Elisabeth Cornelissen, la coordinatrice générale du programme proche, comme ça peut être des objets d'une énorme valeur spirituelle, rituelle. » Tous ces objets proviennent de la collection ethnographique de l'AfricaMuseum. Depuis quatre ans, les chercheurs et les chercheuses du programme Proche, en collaboration avec l'Institut des musées nationaux du Congo et l'Université de Kinshasa, sont chargés d'enquêter sur leur provenance. « Pour cette collection, il est possible de faire des restitutions, poursuit la coordinatrice générale, à condition qu'il y ait une documentation qui contextualise cette acquisition, est-ce qu'elle peut être considérée dans des conditions de violence ou d'inégalité. » À écouter dans Grand reportageDe l'Africa Museum aux rues de Bruxelles, comment la Belgique tente de décoloniser son patrimoine Une concertation entre la Belgique et la RDC Mais face au nombre considérable d'objets à étudier, il a fallu mettre en place une méthode particulière. C'est notamment le travail de Madelon Dewitte, chercheuse en provenance de l'AfricaMuseum. « On est face à une très grande collection d'objets, il est impossible de faire les recherches un par un. Donc, on a décidé de se pencher sur les personnes liées à l'acquisition de ces objets, explique-t-elle. Car chaque objet est lié à une personne, qu'ils aient été donnés au musée, légués, vendus. En connaître plus sur ces personnes, ça nous éclaire aussi sur le contexte d'acquisition de ces objets, en fonction du rôle qu'avaient ces personnes. Au Congo, par exemple, il y avait des personnes missionnaires, des militaires, des administrateurs territoriaux. » Un véritable travail de détective qui doit aboutir à un rapport. Il sera ensuite remis aux autorités belges et congolaises qui décideront ou non de faire la restitution.« Notre but, c'est vraiment de les informer au maximum, avec des recommandations, mais des recommandations qui reposent aussi sur une concertation, souligne Elisabeth Cornelissen. On offre cet éventail et c'est pour informer les décideurs autant politiques que dans les commissions mixtes. C'est l'option qui a été prise pour l'instant entre la RDC et la Belgique. » Le rapport est en cours de rédaction. Il devrait être publié d'ici la fin de l'année. À écouter dans Le grand invité AfriqueRestitution d'objets culturels: la France veut «un cadre juridique clair et transparent» pour «simplifier les demandes»

C'est une pratique que l'on pensait démodée depuis l'époque des salons littéraires du 19e siècle. Et pourtant, les clubs de lecture, ou « bookclubs », ont de nouveau la cote. De Dua Lipa à Lena Situations, de nombreuses stars à travers le monde s'y sont mises. Mais c'est surtout chez les jeunes adultes que l'on retrouve le phénomène. Déjà avides de communautés littéraires sur les réseaux sociaux – les fameux #BookTok et #BookStagram –, ces lecteurs font désormais basculer leur passion dans le monde réel. Nous sommes dimanche, c'est l'après-midi, et un beau soleil brille dans les rues de Paris. Journée idéale pour s'octroyer une petite promenade. Ou pour se réunir dans une brasserie, et parler lecture. Dans un café du sud de la capitale, Alexandre, 30 ans, lance les hostilités : « Bonjour et merci d'être ici pour cette deuxième édition du bookclub », lance-t-il d'un ton enjoué. Face à lui, une vingtaine de personnes, des hommes et des femmes, tous âgés de 25 à 35 ans, et tous venus avec un même objectif, passer l'après-midi à discuter de leur dernière lecture commune. Le livre décortiqué ce jour-là ? Un polar d'inspiration nordique. À peine les débats lancés, chacun y va de son commentaire. « Moi, j'avoue que le style, ce n'est pas important pour moi. J'ai trouvé que cela se lisait bien », lance l'une. Rebond automatique d'une autre personne installée à la même table : « Il y a beaucoup de rebondissements, c'est vrai qu'on a envie de connaître le dénouement, mais tout allait trop vite, je n'ai pas réussi à me mettre dans l'ambiance. » Du style au scénario en passant par les descriptions. Pendant deux heures, ces lecteurs, qui pour la plupart ne se connaissaient pas au début de la réunion, passent tous les aspects du livre au peigne fin. Faire de la lecture une activité collective Claire, 29 ans, le confesse. Elle voulait intégrer un bookclub « depuis plusieurs mois. J'adore lire, passer deux heures dans un café, chez moi ou au parc, pour bouquiner, explique la jeune femme. Mais c'est une activité solitaire, et j'avais aussi envie de partager et d'échanger autour de livres, d'appréhender des œuvres à travers d'autres points de vue, de découvrir aussi peut-être certains éléments que je n'aurais pas perçus seule. » Alexandre, le fondateur de ce club de lecture, abonde : « La lecture, c'est quelque chose qu'on fait seul. Pourtant, on adore en parler. Les gens adorent parler de ce qu'ils ont lu, donc le fait de savoir qu'on va pouvoir se retrouver dans un mois pour parler d'un même bouquin, se recommander des livres. Cela fait du bien. » Pour ce jeune homme, tout a commencé sur les réseaux sociaux il y a quelques mois : pour son trentième anniversaire, ses proches lui offrent une trentaine de livres, qu'il décide de faire découvrir à d'autres internautes sur les réseaux sociaux. En quelques semaines, plus de 7 000 personnes se sont mises à le suivre. « Dès que j'ai commencé à créer du contenu sur les réseaux, reprend-il, j'ai constaté qu'il y avait une vraie demande de rencontre dans mes commentaires. » Ce phénomène, assez récent, a tout à voir avec les plateformes sociales et l'omniprésence des nouvelles technologies. Anne Cordier est sociologue, spécialiste des usages numériques de la jeunesse. Selon elle, cette tendance « est liée à l'hyperconnexion, rendue nécessaire notamment dans les cadres professionnels. Il y a besoin de s'en libérer. Cela passe par des moyens d'évasion, en l'occurrence ces clubs de lecture in situ, entre individus. » Sortir de la polarisation Les clubs de lecture sont aussi une manière, pour ces jeunes adultes, de « reprendre le pouvoir, estime encore Anne Cordier. Il y a une question de pouvoir d'agir ici. Réorganiser ensemble, mais tel qu'on le souhaite, des échanges, dans un cadre à la fois incarnant et incarné. » Il s'agit aussi de faire renaître la flamme du débat, mais loin de la polarisation qui règne sur les réseaux sociaux. « Le principe de base, c'est de se disputer dans le bon sens du terme : confronter des avis, des opinions et trouver – ou pas – un terrain d'entente, mais toujours dans des espaces d'échange qui reposent sur l'écoute et le respect. » Clémence, venue pour la deuxième fois au bookclub d'Alexandre, ne l'aurait pas dit autrement : « C'est vrai que c'est sympa, de confronter nos points de vue, de se dire qu'on n'est pas d'accord. » Mais l'écoute demeure le maître mot, et là-dessus, le fondateur du bookclub est implacable : « Dans le cadre du club, on a le droit d'avoir des avis tranchés, mais on a surtout le droit de le dire à d'autres gens dans le respect et le calme. L'esprit, ce n'est pas de s'écharper, chacun doit avoir la place d'exposer ses arguments. » En bref : les polars, c'est oui. La polarisation, c'est non. À lire aussiFalmarès, poète guinéen exilé: «Il faut chercher la beauté, même si elle est loin»

Clair-obscur, c'est le titre de la nouvelle exposition de la Bourse de Commerce jusqu'au 24 août. Elle fait référence au clair-obscur du 16e siècle et à Caravage. Mais, cette fois, il s'agit d'art contemporain et moderne, issu de la collection Pinault. Ou comment les artistes recherchent la lumière dans le noir, un espoir en ces temps obscurs. À lire aussiLumière et inventivité: la réjouissante œuvre tardive de Matisse au Grand Palais

C'est la première fois que le peintre égyptien Hamed Abdalla, disparu en 1985, bénéficie d'une rétrospective en France. En ce moment, et jusqu'au 12 juillet 2026, l'Institut du monde arabe-Tourcoing rend hommage au peintre prolifique, inventeur du « mot forme », et dont le parcours nous informe autant sur sa propre trajectoire que sur celle de son pays. C'est la couleur, d'abord, qui saute aux yeux. L'exposition Hamed Abdalla : Signes d'Égypte a recouvert les murs de l'IMA-Tourcoing des teintes chères au peintre : l'ocre, le brun, mais aussi des rouges vifs, des verts profonds et des bleus électriques. Dès les premiers pas, plongée garantie donc dans l'univers du peintre, encore aujourd'hui relativement confidentiel en France. « C'est assez paradoxal, pointe la directrice du musée, Katia Boudoyan. Hamed Abdalla reste assez méconnu du public, alors même qu'il bénéficie d'une reconnaissance internationale dans le monde de l'art et dans les musées. » Et de reconnaissance, on en fait difficilement de plus éclatante : le peintre né en Égypte – pays auquel il est resté profondément attaché malgré ses exils successifs au Danemark et en France – est aujourd'hui exposé aussi bien à la Tate Gallery, à Londres, qu'au Metropolitan Museum of Arts à New York et qu'au Mathaf à Doha. « Il nous semblait donc important, poursuit Katia Boudoyan, de faire connaître au public cet artiste qui se caractérise aussi bien par la diversité de son esthétique que par son regard sur l'histoire égyptienne. » Un touche-à-tout des arts visuels La diversité de l'art selon Abdalla, d'abord. Sur la centaine de pièces récoltées auprès de la famille du peintre, on trouve aussi bien des lithographies que des peintures à l'acrylique ou à la gouache – mais aussi des supports plus surprenants. « Tout au long de sa vie, Hamed Abdalla n'a cessé d'expérimenter, sourit Nada Majdoub, la commissaire en charge de l'exposition. Il a peint à l'encaustique, s'est servi de techniques sur papier froissé, de papier de soie imbibé d'encre et roulé en boule. » Quelques mètres plus loin, elle renchérit : « Il a même peint avec du goudron ! » Ces explorations diverses et variées ont toutefois toutes une même ligne de vie : le mot-forme, une invention d'Hamed Abdalla, à la croisée entre calligraphie et figuration. Un « véritable pied-de-nez », selon Nada Majdoub, « puisque dans l'islam, la figuration est mal vue. » Ici, Hamed Abdalla trouve, dans l'écriture des mots arabes, des formes correspondant au sens du mot. Le mot « la guerre » prend par exemple la forme d'un taureau cornu sur fond noir, tandis que « la capitulation » se confond avec la représentation d'une silhouette prostrée. « Pour comprendre l'œuvre d'Hamed Abdalla, il faut bien distinguer la lisibilité et l'intelligibilité. La lisibilité, c'est, si l'on veut, la première couche, détaille Nada Majdoub. Mais, ce qui l'intéresse vraiment, c'est l'intelligibilité : pouvoir être compris par des personnes qui ne lisent pas l'arabe, ou qui ne savent pas lire, qui ne peuvent lire que les images. » Une œuvre profondément politique Les mots-formes d'Hamed Abdalla ont aussi rythmé – ou en tout cas gardé la mémoire – des soubresauts politiques de l'Égypte, et plus largement du Moyen-Orient. La guerre, la capitulation, ou au contraire la révolte et la liberté : autant de mots qui reflètent l'histoire de l'Égypte, à laquelle le peintre s'intéressait de près. « Son œuvre fait vraiment écho aux grands moments de l'Égypte de la seconde moitié du XXe siècle, appuie la directrice du musée Katia Boudoyan, qu'il s'agisse de moments douloureux ou de construction. » L'artiste a toujours porté un regard profondément engagé sur son pays, mais aussi sur ses voisins, et notamment la Palestine. Ce n'est donc « pas anodin » de lui consacrer une exposition en 2026, pointe l'historienne, « au regard de l'actualité qui frappe l'Orient et le Moyen-Orient. Son engagement est toujours d'actualité. » Et Nada Majdoub de conclure : « Ce que cette exposition essaie de faire, c'est d'expliquer l'histoire telle qu'elle est depuis un siècle, et de faire comprendre aussi que ce à quoi l'on assiste en ce moment n'a pas commencé aujourd'hui. Il s'agit de laisser cette histoire s'installer dans le temps long, et de l'observer à travers l'œil d'un artiste. » Les signes d'Égypte d'Hamed Abdalla n'attendent plus que d'être déchiffrés. À lire aussiAtiq Rahimi: l'écrivain et le dessin

Matisse 1941-1954, c'est le titre de l'exposition qui vient de s'ouvrir au Grand Palais, co-produite par le Centre Pompidou. Elle met en lumière la dernière période du peintre, de ses 70 à 84 ans, alors qu'il était gravement malade. Handicapé et diminué, il produira pourtant comme jamais. Une œuvre lumineuse foisonnante de couleurs, de formes et d'une créativité porteuse d'espoir. L'exposition rassemble 300 œuvres. Si la moitié viennent du Centre Pompidou, plus de 60 prêteurs ont permis de constituer des ensembles rarement montrés. À lire aussiLa joie de vivre de Renoir au musée d'Orsay à Paris

La 4ᵉ édition du festival Babel Music XP se tenait du 19 au 21 mars à Marseille, dans le sud de la France. Pendant trois jours et trois nuits, la ville est devenue l'épicentre méditerranéen des musiques actuelles du monde. Producteurs, managers, directeurs de labels ou de festivals : plus de 2 000 professionnels de l'industrie musicale venus du monde entier s'y sont rencontrés autour de conférences, de tables rondes ou encore de speed-meetings. Deux professionnels de la musique assis face à face autour d'une table avec dix minutes top chrono pour se rencontrer : c'est le principe des speed-meetings du Babel Music XP. L'une des sessions était entièrement dédiée aux musiques du Gabon. Parmi les représentants du pays présents, Jean Remy Ogoula Latif, directeur artistique de CAE Culture prod – La créativité africaine pour l'excellence, a un objectif très clair : « Que le monde sache qu'il y a des choses qui se passent au Gabon. Les rares fois où on entend parler du Gabon, c'est sur des questions politiques, alors que la culture est aussi présente, plein d'artistes viennent chez nous. Au-delà du Cameroun où on sait que ça bouge, de la RDC où on sait que ça bouge, du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du Bénin… le Gabon aussi bouge ! », s'exclame-t-il. Face à lui, plusieurs professionnels venus de différents horizons cherchent à collaborer ou à programmer leurs artistes dans différents évènements culturels du Gabon. D'autres, à l'inverse, cherchent des artistes gabonais à accompagner et à soutenir. À écouter dans Couleurs tropicalesLa sélection musicale de Charlayn, notre correspondante au Gabon La difficile question du financement Mais au-delà des affinités musicales et artistiques, la question du budget est centrale. Jean Remy Ogoula Latif pose constamment la question des subventions possibles via le ministère de la Culture, les collectivités territoriales ou les établissements publics, afin de faciliter le transport des artistes entre l'Afrique et l'Europe. « Un artiste à qui on peut payer un cachet de 1 000 euros ou 2 000 euros vient rarement seul. Ils sont à deux, trois, quatre, voire cinq. Quand chaque billet coûte 1 200 euros, on arrive vite à près de 10 000 euros. Pour 2 000 euros de cachet, c'est lourd. Donc on essaye de voir les mécanismes et les solutions pour pouvoir avancer », explique-t-il. Entretiens express, collaborations durables Bien plus efficaces que des échanges de mails impersonnels, les speed-meetings permettent de nouer un vrai contact et d'aborder sans détour les questions de budget ou bien encore de visas. Et même si les 10 minutes accordées passent souvent trop vite, les rencontres en présentiel fonctionnent mieux, les partenariats se mettent en place, et la magie opère. À lire aussiLa légende de la musique gabonaise Pierre Akendengué donne deux concerts à guichets fermés à Libreville

Beverly Buchanan, l'artiste afro-américaine, est en majesté au Fonds régional d'art contemporain (FRAC), à Metz dans l'est de la France. Née en Caroline du Nord en 1940, elle est d'abord éducatrice et agente de santé avant de se consacrer à l'art. Son inspiration prend sa source dans le monde rural et dans le mode de vie des communautés afro-américaines. Dessins, peintures, sculptures, collages ancrés dans la culture vernaculaire du sud des États-Unis témoignent de la richesse de son art.

« Ils ont voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines. » Inspirée par cette devise de résistance, une soirée musicale, poétique et politique rend hommage aux victimes du régime iranien. Sobrement intitulé Pour l'Iran, cet événement collectif réunit le 15 mars 2026 une vingtaine d'artistes iraniens et internationaux au New Morning. Une manière de faire résonner depuis Paris la détermination d'un peuple qui continue de réclamer démocratie et liberté. La programmation du concert est ici. À lire aussiDIRECT - Guerre au Moyen-Orient: début de la «phase décisive» contre l'Iran, dit Israël

Et si l'échec faisait partie de la réussite ? Jusqu'au 17 mai 2026, le musée des Arts et Métiers, à Paris, propose l'exposition Flops ?! Oser, rater, innover. L'occasion de s'offrir un bon moment de rigolade devant certains objets loufoques dont on comprend l'insuccès. Mais surtout, l'occasion de s'interroger sur la notion d'échec et de la dédramatiser. Les galeries du musée des Arts et Métiers ne désemplissent pas depuis la fin octobre. Petits et grands, de 7 à 77 ans, tous se pressent pour découvrir l'exposition Flops ?! Oser, rater, innover, aussi ludique que complète. On découvre, au fil du parcours, une poupée mangeuse de frites qui risquait de croquer les doigts de son propriétaire au passage ; un jeu de société conçu par Donald Trump et qui n'est pas passé à la postérité, les règles étant incompréhensibles ; une crème de jour au radium promettant une peau lumineuse ; ou encore une poupée Barbie « puberté » dont il fallait tordre le bras pour que sa poitrine pousse… Métaphysique du flop Au-delà de rire, il s'agit aussi d'analyser le flop. Dès l'entrée, le visiteur est plongé dans le bain : « On a voulu montrer les diverses raisons de l'échec, du bide, du flop », sourit Karine Alexandrian, la cheffe de projet de cette exposition. Eh oui ! Car faire un flop, ce n'est pas forcément la faute d'une idée absurde ou d'un problème technique. « On pense "flop" et on imagine une fusée qui explose ou le Titanic qui coule. Mais c'est beaucoup plus compliqué que cela ! », pointe doctement Karine Alexandrian. Le musée a identifié sept façons de « flopper » – mais, « le flop [étant] ancestral », d'autres façons de faire existent probablement ! Il y a donc le fameux problème technique, mais aussi l'idée trop en avance sur son temps – comme le fardier de Cugnot, sorte de voiture à vapeur ; la démesure humaine, qui pousse à sous-estimer la nature – le Titanic ! ; le fait de passer à côté de la bonne idée ; l'impraticité d'un objet ; ou encore le refus de l'usager d'adopter une invention. « L'idée, c'est de montrer que le parcours pour aller d'une invention à une innovation – c'est-à-dire, une invention qui a réussi – est parfois très chaotique », souligne la cheffe de projet du MuAM. Dédramatiser l'échec Au-delà de ça, il s'agit aussi de questionner notre relation à l'échec. « On a souvent l'impression que les objets tombent du ciel, précise Karine Alexandrian, et qu'ils sont déjà réussis. Or, le chemin vers la réussite est souvent jalonné de moult échecs. » Pour preuve : la section de l'exposition dédiée aux technologies récentes. On y retrouve des objets qui ne sont pas passés à la postérité, comme le Bi-bop, premier téléphone portable en France, qui nécessitait, pour communiquer, d'être à proximité d'une borne... et que son interlocuteur le soit, lui aussi, et au même moment ! Figure aussi, dans cette vitrine, la Wii U, échec commercial cuisant pour Nintendo. « Pourtant, sans la Wii U, il n'y aurait probablement pas la Nintendo Switch », pointe Karine Alexandrian. De même que le Bi-bop a probablement pavé la voie pour les communications mobiles telles qu'on les connaît aujourd'hui. L'échec n'est donc pas un drame, simplement une étape du parcours et une donnée à intégrer. « Un échec reste un échec, analyse le designer et architecte Philippe Starck, parrain de l'exposition. Pour ma part, je déteste l'échec et j'essaie de le fuir autant que possible. Mais en même temps, l'échec fait partie du parcours de création. Donc, face à l'échec, si l'on est positif et intelligent, on essaie de l'analyser et de s'en servir. » Flops ?!, un véritable succès ! Ce discours semble résonner pour les centaines de visiteurs qui se pressent chaque jour dans le musée. « On ne s'attendait pas à une telle affluence, souffle Karine Alexandrian. Mais je pense que cela fait du bien aux gens de voir que l'échec n'est pas forcément un drame. » Et peut-être particulièrement aux plus jeunes, dont les rires résonnent dans les allées de l'exposition. Mission accomplie ? « C'est un message qu'il nous semblait important de transmettre au public, et particulièrement au jeune public », se félicite en tout cas la responsable des collections. Un public qui se souviendra sûrement, en quittant le musée, que la maxime « qui ne tente rien n'a rien » est finalement assez juste... et même scientifiquement exacte ! Flops ?! Oser, rater, innover au musée des Arts et Métiers (Paris) jusqu'au 17 mai 2026. À écouter dans L'art de raconter le mondeAux Arts et Métiers, le top des flops !

Leonora Carrington est une figure culte au Mexique, à l'instar de Frida Kahlo. Pourtant, cette artiste reste méconnue en France. Le musée du Luxembourg répare cet oubli en lui consacrant la première grande exposition en Europe. Née en Grande-Bretagne en 1917 et décédée au Mexique en 2011, elle laisse après elle une œuvre foisonnante surréaliste, féministe avant l'heure, et empreinte de magie.

Depuis 1989, Dana Lixenberg sillonne les États-Unis, sa chambre photographique à la main. Peu connue en France, la photographe néerlandaise a pourtant immortalisé les plus grands (Prince, Donald et Ivana Trump, Jay Z) autant que des inconnus croisés au hasard de ses projets personnels. La Maison européenne de la Photographie, à Paris, lui offre sa première rétrospective française, qui dresse un portrait de l'Amérique entre paillettes et précarité, loin des clichés. Ils se font face, dans une même pièce : le rappeur Tupac Shakur, Ivana Trump, une condamnée à mort et plusieurs étudiants à l'université. Dès l'entrée dans l'exposition American Images à la MEP, le décor est posé : ici, il n'y a pas de traitement de faveur ; ici, on photographie tout le monde, avec les mêmes égards. Un procédé à la chambre photographique Car ce qui importe à la photographe néerlandaise Dana Lixenberg, arrivée pour la première fois aux États-Unis en 1989, ce n'est pas l'image publique ni les paillettes : c'est la rencontre. « Ce qui compte chez elle, c'est le regard de l'autre, la rencontre avec l'autre, sa dignité », pointe Laurie Hurwitz, la co-commissaire de l'exposition. Un échange que l'artiste facilite avec un procédé qui lui est cher : celui de la chambre photographique. « C'est un appareil qui est difficile à manier, il faut prendre son temps », explique Laurie Hurwitz. C'est ce temps, pour installer le matériel, le poser, que Dana Lixenberg met à profit pour capter l'intimité de son modèle, et saisir un instant de vulnérabilité – comme dans cette rare image d'une Ivana Trump abandonnée. L'artiste elle-même qualifie son procédé de « danse lente » avec ses sujets. « Ma façon de photographier requiert beaucoup d'attention. Il faut vraiment travailler avec la personne que vous prenez en photo ; et cela a posé les bases de tout mon travail, raconte Dana Lixenberg. Le premier regard, la première impression, ça ne m'intéresse pas. L'objectif, c'est toujours d'aller au-delà. » Une étape cruciale du travail de Dana Lixenberg consiste donc à photographier au Polaroïd ses modèles, avant de passer à la chambre photographique. « Cela me permet d'avoir une idée du résultat, de leur montrer, et de les mettre en confiance », explique la photographe… Avant d'ajouter, espiègle : « Ceci dit, parfois, je choisis de ne pas leur montrer, si ça risque de ne pas leur plaire ! » À lire aussi«Le Paris de tous les jours» du peintre franco-algérien, Bilal Hamdad, au Petit Palais Imperial Courts, un projet sans date de fin Ce procédé, qui a mené Dana Lixenberg sur la trace des plus grands noms des années 1990 – notamment dans la sphère hip-hop –, lui a aussi ouvert les portes d'Imperial Courts, quartier sensible de Los Angeles, où elle pose son appareil pour la première fois en 1993. À l'époque, la ville se remet tout juste des émeutes provoquées par le passage à tabac de Rodney King, un jeune homme noir tabassé par des policiers blancs. Les médias dépeignent les quartiers où ont eu lieu les émeutes sous un jour très négatif : danger, violence, misère. Fidèle à son précepte de ne jamais se fier au premier coup d'œil, Dana Lixenberg décide d'en avoir le cœur net. Ce qu'elle y découvre est très éloigné du portrait présenté à l'époque dans les médias : « En fait, c'est un quartier plein de vie ! », s'exclame-t-elle. Où la violence est présente, certes. Mais où l'on célèbre aussi des mariages et des naissances, où des jeunes filles s'apprêtent, où des morts sont commémorés. Tout cela apparaît au gré des photos prises ces 30 dernières années – car, inlassablement, Dana Lixenberg est revenue dans ce quartier. « Ce projet est devenu tellement personnel, souffle-t-elle. Les habitants du quartier m'ont vu traverser de nombreuses épreuves, vieillir... Et eux aussi sont devenus plus âgés, ils ont perdu des gens parfois ». Au fil de l'exposition, on découvre donc les mêmes personnes photographiées enfants, adolescents, puis pour certains, adultes. On suit, grâce au regard plein d'humanité de la photographe, les joies, les peines, les passages en prison. Comme une cartographie de la vie à Imperial Courts : « Ce travail est important pour eux ; en réalité, c'est leur mémoire ». Des projets de plus en plus intimistes et humanistes Peu à peu, avec le temps, Dana Lixenberg a abandonné les tapis rouges et le charme feutré des hôtels luxueux où elle rencontrait les personnalités les plus en vue de l'époque. Sans doute le début d'Imperial Courts a-t-il été une charnière ? En tout cas, ces vingt dernières années, la désormais sexagénaire a photographié les coins des États-Unis habituellement laissés dans l'ombre. Tel ce foyer d'accueil pour personnes sans abri, à Jeffersonville, dans l'Indiana. Loin des idées reçues sur le sans-abrisme, elle photographie ses sujets dans toute leur diversité : des hommes seuls, des enfants, des jeunes femmes apprêtées. Aucun contexte n'est donné sur ces images, seulement le nom et le prénom de la personne photographiée, comme pour les débarrasser de tous les stéréotypes qui pourraient leur coller à la peau. On sort de cette rétrospective étourdi par la diversité et le nombre des images. On revient sur le titre de l'exposition : American Images. Quelle image de l'Amérique, justement, ces photos donnent-elles ? « Elles apportent un regard nuancé, estime Laurie Hurwitz. Cette exposition montre l'image des États-Unis tels qu'ils voudraient être vus, mais elle montre aussi la grande fragilité de la vie en Amérique. » Dana Lixenberg, elle, se montre plus mystérieuse : « Je ne sais pas quelle image cela donne exactement. Je crois que cela, c'est à vous de me le dire. » Une image sans complaisance, assurément ; sans empathie, certainement pas. À lire aussiAvec l'exposition «All About Love», Mickalene Thomas célèbre les femmes noires

« Ici c'est Paris, Paris est magique » : tous les amateurs de football, amateurs du Paris Saint-Germain ou non, connaissent ce chant emblématique des supporters du club. Mais le PSG a décidé d'enrichir son paysage sonore, avec une initiative inédite : un laboratoire musical, où des dizaines d'artistes contribuent à renouveler les hymnes, jingles et chants du club. Une fois n'est pas coutume, l'ambiance au Parc des Princes n'est pas en gradins, ce samedi 28 février 2026, mais dans les loges des footballeurs du PSG. Le temps d'un week-end, ces dernières ont été converties en studios d'enregistrement. Et pour cause : 75 artistes planchent sur la nouvelle identité sonore du club. Depuis la veille, de 14 heures à 2 heures du matin, ces musiciens, producteurs et beatmakers réfléchissent aux futurs jingles buts, hymnes et chants de supporters du PSG – une mixtape est même en préparation. Ils viennent de 16 pays différents – France, Angleterre, mais aussi Brésil ou Japon –, et si certains sont déjà confirmés, pour d'autres, c'est la découverte. « Je suis archi-content », jubile ainsi RDN, jeune rappeur de région parisienne qui fait partie des trois profils « rookies » sélectionnés parmi plus de 1 000 dossiers en début d'année. « Je suis passionné de musique, mais aussi du PSG. Je suis un supporter du club depuis tout petit, alors j'ai même du mal à croire que je suis là ! », s'enthousiasme-t-il encore. Pour lui comme pour les dizaines d'autres artistes présents, ce week-end de « laboratoire musical » représente une véritable opportunité. L'occasion de rencontrer des professionnels du secteur, de recueillir leurs conseils, mais aussi d'alimenter leurs réseaux sociaux. Une ambiance studieuse Alors, pas question de s'éparpiller : même si, d'un studio à l'autre, l'ambiance est plus ou moins bruyante, elle est, dans tous les cas, studieuse. Il faut dire que les instructions données par le club sont claires, et pour le moins précises : « Les jingles doivent faire pour certains trois secondes, pour d'autres sept, parfois 30... Et on nous a aussi dit d'intégrer les chants des ultras », énumère ainsi Seysey, producteur et compositeur de 37 ans. À ses côtés, le pianiste Vulax, jeune révélation de 23 ans, souligne : « Dans tous les cas, ce sera épique ! » Une volonté claire : faire du PSG une marque transversale Si le Paris Saint-Germain a été si clair dans ses demandes, c'est aussi parce qu'il n'est pas question que de musique avec ce « Ici C'est Paris Music Lab ». « Ça va bien au-delà », martèle Julia Lenrouilly, la responsable activation de la marque. « C'est vraiment une déclaration d'intention de ce que veut être la marque PSG », poursuit-elle. Car même si le nom du club évoque inévitablement le foot, le Paris Saint-Germain est « bien plus que cela », assure-t-elle : une marque internationale et surtout transversale, qui ambitionne de poursuivre son développement dans des secteurs comme l'art, la gastronomie, la mode, et donc, bien sûr, la musique. Et qu'en est-il, dans tout cela, des supporters ? Le lien du club avec la musique a toujours été particulièrement fort… et les amateurs du PSG, spécialement tatillons. En 2021, le club avait tenté de changer la chanson traditionnelle d'entrée des joueurs sur le terrain – « Who Said I Would » de Phil Collins – pour la remplacer par un titre de DJ Snake. Pilule mal avalée par les supporters, et leçon bien retenue par le club : prudence est mère de sûreté. « On essaie de ne froisser personne, assure Julia Lenrouilly. On discute toujours avec nos supporters. Ils ont des porte-parole, et on discute globalement de nos projets. » Avec une certitude : quelle que soit l'issue de l'ICP Music Lab, le fameux hymne « Et tous ensemble on chantera », systématiquement repris en chœur au Parc des Princes, ne risque pas de disparaître de sitôt.