Musique, beaux-arts, cinéma ou théâtre, découvrez l’art sans frontières, sans œillères. Savourez quelques notes de musique, laissez-vous guider dans un musée ou une galerie, soyez le spectateur privilégié d’un film ou d’une pièce de théâtre, laissez-vous séduire par un spectacle de rue grâce à la chronique culture de la rédaction de RFI.

Comment attirer dans les musées un public plus jeune ? Guimet, le musée des arts asiatiques à Paris, a trouvé une bonne idée : faire dialoguer ses collections avec un objet de pop culture par excellence. En l'occurrence, les mangas, les bandes dessinées japonaises. L'exposition, qui s'y tient actuellement jusqu'au 9 mars 2026, s'intitule « Manga, tout un art ! ». Le manga « c'est une pop culture qui n'a pas d'équivalent », précise Didier Pasamonik, l'un des commissaires de l'exposition. « Si on prend, en termes de vente, One Piece c'est 550 millions d'exemplaires, Tintin c'est 250 millions et Astérix doit être à 325 millions. On est vraiment sur des chiffres énormes. Et surtout, il s'agit de 1 118 épisodes de One Piece, en face il y a combien d'Astérix ? », ajoute-t-il. Des rouleaux anciens des monastères bouddhiques, préhistoire du geste du dessin japonais, jusqu'au triomphe des séries modernes, le musée Guimet fait dialoguer ses collections avec des centaines de planches d'auteurs majeurs. Le manga, proprement dit, naît à la fin du XIXᵉ siècle, avec l'ouverture du Japon à l'influence occidentale. « Rakuten Kitazawa, qui est en fait le premier mangaka professionnel, est directement influencé par la bande dessinée occidentale. Les mangas n'existent que quand une tradition du dessin et de la narration japonaise rencontre l'Occident. Rakuten Kitazawa va publier notamment une revue qui s'appelle Jiji Manga et qui va faire rentrer le mot manga pour la première fois dans un sens bande dessinée. Manga veut dire dessin libre, croquis », raconte le commissaire d'exposition. À lire aussiLe Japon veut quadrupler les exportations de ses mangas, dessins animés et jeux vidéo Les non-initiés et les amateurs du genre pourront admirer de nombreuses planches originales, dont celles du maître Osamu Tezuka, qui a révolutionné le manga au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. « Tezuka n'est pas nommé le dieu des mangas pour rien. Il est à la fois un dessinateur extrêmement productif, puisqu'il va dessiner 150 000 planches, mais en même temps c'est le premier à faire des dessins animés qui ont une portée internationale, puisque Astro Boy en 1963 va être diffusé aux États-Unis. Et là ça devient le modèle d'une production qui se pense comme un film, un objet de marchandising, d'adaptation au théâtre », explique Didier Pasamonik. Pour l'occasion, le musée expose à titre exceptionnel sa « Joconde »: La grande vague de Kanagawa, une des deux estampes d'Hokusai en sa possession, un chef-d'œuvre présenté en vis-à-vis de planches de bandes dessinées franco-belges qui lui rendent hommage. À lire aussiLe manga sous toutes ses coutures: au Japon comme en France, en livre comme en animé

À Paris, les appartements de Jacques Prévert et de Boris Vian sont sauvés. Les deux logements, laissés à l'identique depuis cinquante ans, risquaient de disparaître, menacés par un projet d'expansion du Moulin Rouge, le propriétaire des lieux. Un accord a finalement été trouvé. Depuis des mois, la petite-fille de Jacques Prévert, Eugénie Bachelot-Prévert, se battait pour sauver ce patrimoine historique. Combien de touristes passent à côté de ce petit bijou sans même le savoir ? Pour accéder aux appartements de Jacques Prévert et de Boris Vian, dans le quartier Pigalle (XVIIIe arrondissement), il faut emprunter une petite ruelle adossée au Moulin Rouge. Tout au fond se trouve une petite bâtisse. Là, derrière une lourde porte du deuxième étage, se cache l'appartement dans lequel Jacques Prévert a vécu de 1954 à 1975, juste avant sa mort en 1977. De la table de travail du poète au fauteuil consacré à sa sieste – et qui porte encore la trace de sa sueur –, tout a été conservé à l'identique. Un petit miracle que l'on doit à Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille et unique ayant droit de l'auteur. Un véritable inventaire à la Prévert Ici, un pape lumineux ; là, une carte postale qui fait du bruit lorsque l'on appuie dessus. « Il y a tout l'univers de Jacques Prévert dans son bureau, comme un cabinet de curiosités », raconte Eugénie Bachelot-Prévert. Un monde fantasque, aux accents malicieux, et surtout plein d'humour. « Les surréalistes adorent les farces et attrapes, il y en a plein ici », explique encore celle qui est aujourd'hui artiste. Mais l'appartement et ses 100 m² sont aussi une véritable capsule temporelle. Il y a d'abord les murs eux-mêmes : l'endroit a été aménagé par Jacques Couëlle, architecte-sculpteur emblématique du milieu du siècle dernier. C'est lui qui a pensé ces murs blanchis à la chaux, grêlés de dizaines de petites niches de rangement, dans une ambiance méditerranéenne. Et puis il y a ces objets, qui témoignent de l'actualité d'une époque : une lampe de mineur, offerte par les grévistes de 1963 – Jacques Prévert avait publiquement soutenu le mouvement – ; des portraits disséminés de Brigitte Bardot, que le poète admirait ; un vieux téléphone à cadran ; et même le lit d'Esmeralda, interprétée par Gina Lollobrigida dans le film Notre-Dame de Paris sorti en 1956. Des souvenirs dans un écrin, un temps menacés Le matériel, c'est une chose ; le vivant en est une autre. De la vie, cet appartement en a connu : « Jean Gabin est venu ici fumer des cigarettes avec mon grand-père ; Arletty y a lu un texte... Sur cette table [dans la pièce à vivre], Serge Gainsbourg est venu, solennellement et timidement, demander l'autorisation à Jacques Prévert d'utiliser son nom pour sa chanson, la chanson de Prévert. Il l'a chantée à mon grand-père qui a dit : "C'est très bien, mon p'tit gars", puis ils ont ouvert une bouteille de champagne à 10 heures. » Une foule de souvenirs qui ont failli disparaître lorsque le Moulin Rouge, propriétaire des lieux, a refusé de renouveler le bail, sans concertation préalable. Il s'agissait, pour le célèbre cabaret, de mener d'importants travaux afin de réhabiliter la salle historique dans laquelle se produisait la chanteuse Mistinguett. « L'appartement de Jacques Prévert représente 0,67 % de la superficie totale du Moulin Rouge, c'est une goutte d'eau. Il n'y a pas un patrimoine qui doit en écrabouiller un autre », se désolait à l'époque Eugénie Bachelot-Prévert. Courriers adressés au ministère de la Culture, pétition en ligne, demandes de conciliation. Rien ne semblait y faire, jusqu'à un rendez-vous fin décembre au cours duquel un accord de principe, formulé oralement, a été trouvé. « Cela nous a donné l'occasion de discuter, ce qui aurait dû être fait dès le début, relate l'unique ayant-droit de Jacques Prévert. En fait, on a eu l'impression d'un grand malentendu. » Les termes de l'accord restent encore à définir mais l'appartement de Jacques Prévert et celui de son voisin, Boris Vian, pourraient être transformés en musée. « Tout est à inventer, pointe Eugénie Bachelot-Prévert. Mais j'ai confiance, cela va être fait en bonne intelligence. » En attendant, pour éviter toute frayeur à l'avenir, elle a pris une décision : les démarches pour que l'appartement soit classé aux monuments historiques ont été lancées. À écouter aussiNotre-Dame de Paris, le miracle touristique

L'Institut Giacometti à Paris aime confronter les œuvres d'artistes contemporains avec celles du sculpteur auquel le musée est dédié. En ce moment, les peintures de l'artiste syrien Marwan, décédé en 1972, dialoguent avec les sculptures du Suisse Alberto Giacometti. Les artistes partagent une même obsession pour la figure humaine qu'on retrouve dans les œuvres. Une exposition qui prend place dans le très bel hôtel particulier où s'est établi le musée entre art nouveau et art déco. L'exposition Giacometti / Marwan Obsessions, c'est au musée Giacometti jusqu'au 25 janvier 2026. Dès l'entrée de l'exposition, on est accueilli par trois peintures grand format de Marwan représentant des figures. Elles font face à des têtes et bustes de Giacometti. « Ce qui a suscité notre envie, c'étaient les grandes têtes de la fin de l'œuvre de Marwan, qui, bien sûr, évoquaient un certain écho avec la façon dont Giacometti, lui aussi, faisait des bustes, des têtes et s'est attaché à la figure humaine pendant une très très grande partie de sa carrière », explique Françoise Cohen, co-commissaire de l'exposition. Marwan met en avant dans sa peinture des humains anti-héros. Des êtres fragiles, silhouettes androgynes, se tenant parfois dans un coin du tableau, délaissant la place centrale. Ils font ainsi naturellement pendant aux sculptures diaphanes toutes en longueur de Giacometti. Les deux artistes sont reliés aussi par leur rapport à la matière. « Giacometti est connu pour utiliser le plâtre de façon complètement personnelle, un peu comme de la terre. C'est-à-dire, qu'il va ajouter des parcelles de plâtre. Quand on est proche, on voit bien la trace de ses doigts. Dans l'oeuvre de Marwan, les tableaux sont souvent des huiles sur toile. Avec une certaine transparence, on a comme ça une construction de touches, les unes au-dessus des autres. Sans que la matière soit très très épaisse, mais qui montre une construction dans le temps », raconte Françoise Cohen. Et si Marwan a fait toute sa carrière à Berlin où il s'est établi, il est toujours en lien avec son pays. Il peint les intellectuels syriens, mais aussi son ami le poète irakien Badr Chaker el Sayyab. Quant à sa ville Damas, c'est une source continuelle d'inspiration, notamment dans les visages-paysages où l'abstraction est un leurre. « Le visage est étalé comme un paysage, dans lequel il incite le spectateur à rentrer. Pour lui, il s'exprime en disant, que toutes les bosses, les volumes qui apparaissent pour rendre les cheveux, le front, etc, sont en fait les reliefs, les collines de la ville de Damas, sa ville d'origine », précise la co-commissaire de l'exposition. Une peinture puissante qui nous happe et qui dialogue avec beaucoup de justesse avec les sculptures de Giacometti. Les deux artistes ayant en partage une quête constante de la condition humaine, vulnérable et fragile.

Au Théâtre du Châtelet, Olivier Py ressuscite la version musicale de Broadway de La Cage aux folles. Celle qu'on ne connaissait pas en France. Avec Laurent Lafitte en travesti, vedette d'un cabaret tropézien. Un spectacle flamboyant qui conjugue paillettes et politique.

Dimanche 14 décembre, à Paris, 50 000 vinyles sont mis en vente à moins de dix euros lors du Paris Vinyl Sale. Après le salon Paris Loves Vinyl qui s'est tenu il y a deux semaines dans la capitale française, ce destockage confirme la passion des audiophiles français pour la musique enregistrée sur les galettes de vinyles. À lire aussiLe Kenya en vinyle : l'emblématique magasin Real Vinyl Guru [1/3]

Son histoire a défrayé la chronique il y a trois siècles : Robinson Crusoé, le célèbre naufragé anglais, renaît au Théâtre des Champs-Élysées à Paris dans un opéra-comique composé par Jacques Offenbach en 1867. Cette œuvre rare et méconnue retrouve aujourd'hui toute son actualité grâce à un duo français bien rodé dans le répertoire du roi de l'opérette. Le metteur en scène Laurent Pelly et le chef d'orchestre Marc Minkowski revisitent ce classique en abordant des questions sensibles liées au passé colonial avec humour et ingéniosité. À lire aussi«Opéra de quat'sous» à la Comédie-Française À lire aussiMarc Minkowski, chef d'orchestre à tout crin

À Paris, le musée Marmottan-Monet présente jusqu'au 1ᵉʳ mars 2026 l'exposition « L'empire du sommeil », qui regroupe 130 œuvres venues de Florence, de Montréal ou de Dublin : dessins, peintures, de l'Antiquité au XXᵉ siècle qui racontent la fascination des artistes pour cet état mystérieux qu'est le sommeil. « On a encore pas vraiment compris pourquoi on dort. Et pourquoi pas seulement les Hommes dorment, mais pourquoi tous les êtres vivants doués d'un cerveau dorment ? », fait remarquer Laura Bossi, commissaire de l'exposition L'empire du sommeil mais aussi neurologue et historienne des sciences. « Même les méduses, les poissons, on pensait qu'ils ne dormaient pas, mais en fait, apparemment, ils dorment aussi. Les oiseaux dorment parfois avec une partie du cerveau. On a beaucoup, beaucoup d'écrits. Mais le sommeil reste un mystère », poursuit-elle. C'est ce mystère que les visiteurs tentent de percer. Un état de conscience modifié dans lequel nous sommes plongés un tiers de notre vie. Un sujet qui a toujours fasciné les artistes, comme le montre la très riche exposition du musée Marmottan-Monet. « On a voulu montrer que c'est compliqué. Le sommeil est souvent aussi ambigu, parce qu'il y a le sommeil qui peut rappeler la mort ou bien l'amour, comme c'est d'ailleurs très bien dit dans les mythes grecs où le dieu du sommeil, Hypnos, est en même temps le plus doux des dieux. Mais en même temps, c'est le frère de la mort, et les deux sont les enfants de la nuit en même temps. L'Empire, c'est aussi l'empire sur nous-même. Nous n'avons pas le pouvoir de nous soustraire au sommeil. Et d'ailleurs, la privation de sommeil est une véritable torture. Il y a des rares maladies génétiques où les personnes qui ne peuvent pas dormir meurent », développe la commissaire de l'exposition. « On peint le lit de mort » Toutes les facettes du sommeil, du doux rêve à l'hallucination cauchemardesque, de l'endormi à l'insomniaque, sont évoquées dans l'exposition. Peindre le sommeil, c'est aussi peindre l'intime. « Dès qu'on sait tenir un crayon, qu'on dessine, on a envie de peindre le sommeil des modèles. On peint ses bébés, on peint ses maîtresses et ses amants. On peint le lit de mort. Il y a eu énormément d'artistes qui ont voulu, pour la mémoire d'abord, souvent pour eux-mêmes, peindre les dernières images de leur amour. Et ici, on montre deux tableaux de Monet, très peu connus et très intimes, qui sont son fils Jean, bébé, avec sa poupée endormie dans le berceau. Et on montre sa femme, Camille, morte sur son lit de mort, qui est un tableau que moi, je trouve parmi les plus émouvants de l'exposition où elle est, comme on faisait à l'époque, habillée avec sa robe de mariée et son voile de mariée », expose Laura Bossi. Victor Hugo, photographié par Nadar sur son lit de mort en 1885, côtoie le masque mortuaire qu'en fit Aimé-Jules Dalou. Dans la section consacrée aux troubles du sommeil, un tableau du Tchécoslovaque Maximilian Pirner, une somnambule en équilibre sur une corniche, nous donne le vertige. Ou un autoportrait plutôt angoissant d'Edvard Munch, les yeux caverneux, intitulé « Le Noctambule ». Et après la mort, le désir, avec beaucoup de belles endormies : l'exposition consacre une belle salle, entièrement couverte de rouge, à l'érotisme que convie parfois le sommeil. Pour aller plus loin : Exposition L'empire du sommeil

Un chanteur principal d'origine haïtienne, des paroles en créole, un saxophoniste japonais, et beaucoup d'énergie : voilà le cocktail surprenant qui compose le groupe Zonbi. Le quintet se produit ce samedi 6 décembre 2025 sur la scène des 47ᵉ Trans'Musicales de Rennes, festival de musiques émergentes dans l'ouest de la France. Avec comme objectifs : rendre hommage à la culture haïtienne, offrir un défouloir, et surtout, rejeter toutes les règles... Zonbi c'est cinq personnes, cinq instruments. Quatre musiciens donc : le saxophoniste japonais Shion Iwata, le bassiste Achille Bof, le guitariste Simon Harel et le batteur Tom Dalib. Tous réunis autour du frontman et chanteur, Dimitri Milbrun. Quant à leurs influences, elles sont aussi nombreuses et diverses que les membres du groupe : au fil des morceaux de Zonbi, on passe par le jazz et le punk, on va de la bossa nova à la no-wave. En entretien, c'est pareil : on passe d'un interlocuteur à l'autre sans distinction ni hiérarchie. Tom Dalib commence : « Dans la partie composition, on passe beaucoup de temps à chercher vraiment un univers sonore, une patte musicale qui nous soit propre...». Puis son camarade Simon Harel prend la suite : « on ne joue ensemble que depuis un an, et on vient tous de projets musicaux totalement distincts.» Avant que le bassiste Achille Bof ne conclue : « c'est toujours un peu comme ça que ça se passe. Si quelqu'un amène une idée, il y a un dialogue qui se crée. » Un exemple ? « Sur la chanson Lanmou Ak Lanmo, on commence par un côté un peu bossa nova... quand on a commencé à travailler dessus, il n'y avait pas du tout toutes les distorsions qu'on entend à la fin. Achille [le bassiste] a entendu ça, et il a tout de suite dit 'ça ne va pas, il faut cradifier tout ça.' » Conclusion : la bossa nova des débuts a été conservée... mais elle laisse progressivement la place à une instrumentation profondément no wave. Confrontés à la possibilité de choisir un registre et de s'y tenir, ils ont donc choisi, précisément, de ne pas le faire. Car s'il y avait un mot pour résumer Zonbi, ce serait celui-ci : « insoumission ». Hors de question de se laisser enfermer dans une case. Le fondateur du groupe, Dimitri Milbrun, y voit une réminiscence de son héritage haïtien. « C'est dû profondément à une forme de fièvre que les Haïtiens peuvent avoir vis-à-vis de toute forme d'autorité malveillante. Il y a un feu intérieur qui ne s'éteint pas.» Des chansons en créole Cette double culture franco-haïtienne est omniprésente chez Zonbi. À commencer par le nom du groupe qui s'écrit « z.o.n.b.i » et pas à l'américaine, et surtout par la langue employée pour les textes, le créole. "A la maison, on a toujours parlé créole. C'est dans cette langue que mes parents me parlaient, quelque part, c'est même ma langue maternelle. Donc il y avait une facilité, pour moi, à parler en créole, certaines choses sonnent mieux ; mais c'est aussi que je voulais sortir du choix binaire, chanter soit en anglais, soit en français... j'avais envie de quelque chose qui me ressemble beaucoup plus,»raconte Dimitri Milbrun. Quant au fait qu'une partie de l'audience ne comprendra pas les paroles, le frontman balaie : « nos amis antillais, qui parlent le créole ou peut-être simplement le comprennent, eux, comprendront nos textes." Et Shion Iwata de compléter : « je suis japonais. Que les chansons soient en français ou en créole, je ne les comprendrai pas. Et alors ? Notre langage commun, c'est la musique, c'est ça qui compte.» Achille Bof : « notre musique transmet une énergie ; il n'y a pas besoin de comprendre les paroles pour saisir qu'on est en colère ou pour entrer dans une forme de transe.» Le folklore haïtien chanté Les histoires racontées font aussi la part belle au folklore haïtien, comme dans leur titre intitulé « Papa Legba ». « Les loas ce sont les esprits vaudou. Et Papa Legba, lui, il est entre guillemets le premier loa qu'on rencontre parce que sans lui, on ne peut pas parler aux autres. C'est lui qui a les clés. On a quand même ce respect par rapport à l'impact culturel et historique qu'il a eu en Haïti. On aime bien se dire que quand on est sur scène, imaginez qu'on est un groupe qui joue pour une cérémonie vaudou », explique Dimitri Milbrun. Le résultat, ce sont des chansons qui transpirent l'énergie, la hargne aussi parfois. Zonbi c'est donc un groupe jeune, révolté, en colère. On n'a pas besoin de parler le créole pour le comprendre. Il n'y a plus qu'une chose à faire : se laisser emporter par la fièvre collective. À lire aussiAsfar Shamsi, la nouvelle voix de la scène post-rap

La Fondation Louis Vuitton consacre une rétrospective monumentale à Gerhard Richter, figure majeure de l'art contemporain. Plus de 270 œuvres retracent six décennies de création d'un artiste qui n'a cessé de brouiller les frontières entre abstraction et figuration. Pour aller plus loin : Exposition du peintre allemand, Gerhard Richter.

Chrystèle Khodr, metteuse-en-scène libanaise, part comme toujours de documents réels pour restituer l'histoire et raviver une mémoire enfouie. Cette fois, elle nous fait remonter dans le temps. Dans la pièce Silence ça tourne, elle plonge dans les archives pour raconter le massacre du camp palestinien de Tall el-Zaatar aux abords de Beyrouth. Nous sommes en 1976, au début de la guerre civile au Liban. La pièce est jouée actuellement à la maison de la culture de Bobigny, en région parisienne. Elle sera en mars 2026 au Théâtre de la Bastille à Paris. À lire aussi«Vers les métamorphoses»: Étienne Saglio jongle avec l'illusion et la poésie

C'est un dialogue entre passé et présent autour d'un mouvement artistique né dans l'effervescence des Années folles. Cent ans après sa consécration, l'art déco revient sous les projecteurs. Le Musée des Arts décoratifs à Paris célèbre ce style audacieux et extravagant à travers plus de 1 200 œuvres : mobilier, bijoux, affiches, mode, objets d'art et du quotidien.

À quoi ressemblait le Dahomey de 1930 ? Une exposition historico-ethnographique se tient actuellement au musée Albert-Kahn de Boulogne-Billancourt, en banlieue de Paris, jusqu'en juin prochain. On y découvre des centaines de clichés et de films pris à l'époque par une expédition financée par l'homme d'affaires Albert Kahn, et organisée par un prêtre missionnaire, le père Aupiais. L'exposition s'intitule « Bénin aller-retour, regards sur le Dahomey de 1930 ». En janvier 1930, un drôle d'équipage quitte Paris pour le Dahomey. L'opérateur Frédéric Gadmer transporte de lourdes caméras et des appareils capables de produire des autochromes en couleurs, ancêtres de la diapositive. À ses côtés, se tient le père missionnaire Francis Aupiais. Un bien curieux missionnaire. Censé évangéliser le Dahomey, il tombe amoureux de sa culture et de sa religion, le vodun. « C'est un personnage très intéressant, parce qu'il est complètement acteur de la colonisation et, à la fois, c'est quelqu'un qui n'a pas du tout les préjugés de son époque », explique Julien Faure-Conorton, l'un des commissaires de l'exposition. Ce dernier a travaillé pendant des années sur les 1 102 clichés et les 140 bobines de films rapportés par l'expédition. Une équipée financée par le mécène Albert Kahn, soucieux de documenter les richesses du monde avant les bouleversements induits par le capitalisme. « Ce père missionnaire va aller voir Albert Kahn avec un projet double, qui est le projet officiel, à savoir documenter les œuvres missionnaires au Dahomey. Et puis de l'autre côté, ce dont on a l'impression qui constitue le vrai projet qui va être de documenter les pratiques cérémonielles, donc liées à la royauté, et les pratiques cultuelles liées en particulier au vodun. », poursuit Nathalie Doury, directrice du musée Albert-Kahn. À lire aussiFrance: des milliers de photos du début du XXe siècle en ligne sur internet Il embarque ainsi sur les routes du Dahomey. Il est un opérateur soucieux d'exactitude documentaire et un missionnaire que sa hiérarchie regarde de biais en raison de sa fascination pour les colonisés. « Il utilise la culture traditionnelle du Dahomey pour démontrer la valeur de cette culture aux Européens. C'est pour cela qu'il se focalise sur les cérémonies vaudoues, les cérémonies royales et funéraires, parce qu'elles sont l'occasion pour lui de montrer la sophistication de la culture traditionnelle du Dahomey. Et donc finalement, par un raisonnement par l'absurde, de dire : "Vu que ces gens-là sont si sophistiqués, et que leurs cérémonies sont si élaborées, on ne peut pas les traiter comme des gens inférieurs" », décrypte Julien Faure-Conorton. Près d'un siècle après, les commissaires ne se sont pas contentés de présenter les films et les autochromes dans une scénographie léchée. Ils ont aussi choisi d'interroger des artistes contemporains. « Il s'agissait déjà d'offrir des contrepoints thématiques, politiques aussi, sur le regard occidental. Et c'est pour cela que des artistes comme Ishola Akpo ou Roméo Mivekannin sont très importants, car ils permettent de contrebalancer ce poids historique qui est assez pesant sur ces images », précise David-Sean Thomas, co-commissaire. Sept artistes béninois et africains proposent donc des tableaux, des photos, des vidéos questionnant le regard ethnographique. L'exposition a aussi donné lieu à une collaboration scientifique avec des chercheurs béninois. Et tous les documents présentés sont d'ailleurs accessibles via internet au public international. À lire aussiIndépendance du Dahomey

La Cité Immersive des Fables, dédiée à l'œuvre de Jean de La Fontaine s'est installée en bordure des Champs Élysées à Paris. La figure controversée de l'un de ses investisseurs, le milliardaire conservateur, Pierre-Édouard Stérin a fait planer une ombre sur le projet, mais fort de son succès à Rouen avec Viking, la société « Cités Immersives », opérateur culturel privé, mise sur ce nouveau concept d'attraction culturelle en ciblant un public éloigné des musées traditionnels.

Dix ans après les attentats terroristes intervenus les 7, 8, 9 janvier et le 13 novembre 2015 à Paris, le musée Carnavalet-Histoire de Paris présente, au sein du parcours permanent de ses collections, une sélection d'hommages anonymes, collectés sur les lieux des attaques, ainsi que des œuvres d'art urbain, créées en relation avec les tragiques événements. L'exposition au musée Carnavalet se poursuit jusqu'au 7 décembre 2025, et une autre exposition, également en hommage aux victimes des attentats, est inaugurée ce 13 novembre 2025 aux Archives de Paris.

Gathering (Rassemblement) de Samar Haddad King, est présenté en France après avoir été créé à New York. L'artiste américano-palestinienne raconte, dans cette performance artistique, l'histoire d'un mariage qui tourne court en raison de la guerre. Si la tragédie est au cœur du spectacle, il est loin d'être morbide. La metteuse-en-scène met en avant la culture palestinienne et sa résilience dans un esprit de fête. Le spectacle a été présenté au Festival des Arts de Bordeaux et est en tournée dans le sud-ouest de la France jusqu'à fin novembre.

La Fondation Cartier s'établit dans un nouveau lieu au cœur de Paris, juste en face du Louvre. Le bâtiment haussmannien du Louvre des Antiquaires a été complètement évidé par l'architecte star Jean Nouvel. Des plateformes modulables peuvent ainsi accueillir les œuvres d'art contemporain en adaptant l'espace intérieur aux besoins de chaque exposition. En ouverture Exposition Générale, un florilège de la collection constituée durant les quarante ans de la Fondation. Les nouvelles espaces de la Fondation Cartier À lire aussiArt contemporain: une nouvelle Fondation Cartier conçue par Jean Nouvel ouvre face au Louvre

Des premières cathédrales à la série à succès Wednesday, le Louvre-Lens explore jusqu'au 26 janvier 2026 plus de mille ans d'histoire et d'esthétiques. L'exposition s'intitule « Gothiques », tant ce mouvement, né au XIIe siècle en France, revêt différents atours. « Cette exposition gothique au Louvre-Lens a la particularité de proposer un voyage à travers 1000 ans d'histoire », précise la directrice du musée, Annabelle Ténèze. Elle nous propose de traverser ce que peut-être la vie gothique, aussi bien au Moyen Âge, jusqu'à la contre-culture goth. Pour résumer, de Notre-Dame de Paris à Gotham City, la ville de Batman. Ce voyage dans le temps et l'espace commence en 1 140 par l'architecture et la sculpture. Parmi les quelque 250 œuvres, dessins, peintures, vitraux ou même musique, on trouve beaucoup de sculptures médiévales extrêmement raffinées. Le conseiller scientifique de l'exposition, Florent Meunier, conservateur en chef du patrimoine au musée du Louvre, nous présente une pièce d'exception.« C'est le moulage du Tentateur de la cathédrale de Bâle, donc un canton Suisse actuel. Derrière le moulage, il y a des animaux venimeux, des serpents, des crapauds. Alors de face, par contre, c'est un homme qui essaie de séduire. Il a enlevé un gant, c'est extrêmement intéressant », raconte-t-il. Le gothique révolutionne l'architecture des églises, et pourtant, le terme « gothique » est, à l'origine, péjoratif. C'est même une insulte lâchée par les artistes de la Renaissance. « Les contemporains du gothique ne lui donnent pas un nom et au XVIe siècle, Raphaël, Castiglione, Vasari, mais aussi Rabelais pour la France, se mettent à appeler l'art du Moyen Âge "gothique", c'est-à-dire aussi barbare que l'art des Goths et des Vandales, qui avaient détruit Rome au Ve siècle », explique Annabelle Ténèze. Le retour en grâce du gothique Au XIXe siècle, avec la rénovation de Notre-Dame ou la mode des romans gothiques anglais, le style revient en grâce et impose une nouvelle esthétique, qui se diffuse jusqu'à nos jours. Le Louvre-Lens expose des œuvres contemporaines, comme une sorte de cathédrale bulldozer de métal conçue par le Belge Wim Delvoye, ou un tryptique, réalisé par la jeune artiste, Agathe Pitié. « Une œuvre qui s'appelle "Le sac de Rome par les Goths". Au lieu que ce soit les Goths, le peuple contre les Romains, ce sont les gothiques de la contre-culture. On retrouve dans mon travail des éléments d'architecture gothique, des stars de la contre-culture, mais aussi une référence au Moyen Âge gothique avec un trait rappelant l'enluminure médiévale », précise Agathe Pitié. Et à l'heure actuelle, entre le succès du concert de Mylène Farmer, Nevermore, et celui de la série Wednesday de Tim Burton sur Netflix, le gothique a encore de beaux jours devant lui. À lire aussiNotre-Dame de Paris: histoire d'une cathédrale hors norme

Et si les couleurs pouvaient danser au rythme des sons ? À la Philharmonie de Paris, l'exposition Kandinsky. La musique des couleurs explore le lien intime entre peinture et musique chez le maître de l'abstraction Vassily Kandinsky (1866-1944). Près de 200 œuvres et objets révèlent comment le peintre russe a fait vibrer ses toiles comme des partitions. Une immersion sensorielle, coorganisée avec le Centre Pompidou, qui détient l'un des fonds les plus importants de l'artiste au monde. ► Kandinsky. La musique des couleurs jusqu'au 1er février 2026 à la Philharmonie de Paris.

AKAA, Also Known As Africa, la grande foire d'art contemporain, fête ses dix ans à Paris, au Carreau du Temple. En une décennie, AKAA a contribué à changer le regard des Français et des Afrodescendants sur l'art africain, mais aussi celui du marché de l'art qui a fait du segment africain un incontournable. D'avoir créé un rendez-vous pour les artistes africains ou issus de la diaspora, c'est intéressant parce que cela permet de voir à quel point cette créativité est riche. AKAA, ce sont encore les artistes qui en parlent le mieux. Kuka Ntadi est artiste visuel franco-congolais : « Maintenant que le marché de l'art commence à s'y intéresser, on voit que les artistes commencent à s'épanouir dans leur créativité, à faire des choses de plus en plus incroyables. On assiste tout simplement au fait que l'on est dans l'art contemporain avant tout. » La foire AKAA a donc libéré les artistes en même temps qu'elle les mettait en lumière. En dix ans, le galeriste Christophe Person a vu la qualité générale augmenter : « C'est qu'il y a dix ans, quand AKAA s'est lancée et quand beaucoup se sont lancés dans l'art africain, il y avait un vrai engouement qu'aujourd'hui, on pourrait qualifier de spéculatif. Tout le monde voulait acheter des artistes africains et donc on achetait juste des images qui étaient séduisantes à l'œil. Aujourd'hui, on est arrivé à une période où il faut quand même fouiller davantage, parce qu'il faut essayer de représenter des artistes qui vont s'inscrire dans l'histoire de l'art. Avec des sources d'inspiration qui soient plus que des images tirées d'Instagram. » À lire aussiAKAA 2025 : Serge Mouangue révolutionne l'esthétique entre l'Afrique et le Japon Le regard occidental, influence ou dialogue ? Si AKAA a fait évoluer les artistes, est-ce que le regard du public occidental a lui aussi pesé sur les processus créatifs ? Le Kényan Evans Mbugua et le Bissau-Guinéen Nu Barreto, tous deux plasticiens, vivent et travaillent en France : « – Le regardeur peut nous renvoyer un ressenti, répond Evans Mbugua, surtout pour moi qui travaille sur les émotions, et cela m'informe, cela m'aide à creuser plus. Je pense que l'art est un dialogue. Et ce dialogue est un aller-retour entre l'atelier et l'œil de celui qui regarde. – Nu Barreto, est-ce que le regard du public européen ou vivant en France a changé votre façon de travailler ? – Forcément, ces regards-là finissent par apporter quelque chose indirectement, mais tout en laissant à l'artiste la liberté dans sa création de pouvoir proposer des choses à la société. » L'écueil auquel la foire AKAA et ses artistes tentent d'échapper, serait donc de succomber au public. Sitor Senghor est le directeur artistique d'AKAA : « Ils font beaucoup moins ce qui est à la mode. Même si, vous avez énormément d'artistes en résidence en Occident et donc ils vont produire ce qui plait en Occident, donc en perdant un peu de leur identité. C'est pour cela que je voudrais vraiment que l'on puisse donner toute leur chance aux artistes du continent qui sont en train de changer. » Qualité, authenticité, deux mots d'ordres indispensables alors que le marché de l'art contemporain africain cherche un nouveau souffle. Heureusement pour lui, s'il souffre d'un problème de demande conjoncturelle, l'offre, elle, est structurellement toujours plus riche. À écouter aussiLa foire d'art contemporain africain parisienne AKAA fête ses 10 ans

Jusqu'au 2 février 2026, le Centre Pompidou-Metz consacre une exposition inédite intitulée Copistes. Cent artistes contemporains ont reçu une invitation ainsi formulée : « À partir de l'œuvre de votre choix conservée parmi les collections du musée du Louvre, imaginez sa copie ». Une carte blanche séduisante, inégale et stimulante. ► Exposition Copistes jusqu'au 2 février 2026 au Centre Pompidou-Metz

L'isolement des jeunes, le harcèlement scolaire et l'impact des réseaux sociaux – ces thèmes sensibles sont les ingrédients principaux d'une comédie musicale récompensée avec six Tony Awards, un Grammy et un Olivier Awards. Créée à Broadway en 2016, Cher Evan Hansen débarque à Paris pour cinquante représentations. Le metteur en scène Olivier Solivérès signe cette adaptation française inédite avec des paroles revisitées par la chanteuse Hoshi, elle-même victime de cyberharcèlement et d'homophobie. Pour aller plus loin : Hoshi ouvre son «Cœur Parapluie»

La 17e édition des Électropicales s'est terminée dans la nuit de samedi à dimanche 12 octobre à Saint-Denis de La Réunion. Considéré comme le plus grand rendez-vous de musiques électroniques et hip-hop de l'océan Indien, le festival a rassemblé plus de quarante artistes locaux, régionaux et internationaux, pour quatre soirées intenses au cœur de la capitale réunionnaise. Entre maloya réactualisé, techno-punk, rap, bouyon, et bien d'autres styles encore, Les Électropicales ont offert un panorama musical riche et métissé, à l'image de l'île intense. Ces derniers jours, le quartier du Barachois, d'ordinaire assez calme, s'est transformé en un véritable théâtre sonore et visuel. Fondateur et directeur des Électropicales, Thomas Bordese vise à créer un espace dans lequel l'on se sent libre, en sécurité et en lien : « Je vais répéter ce qu'un artiste m'a dit quand il était venu : "Ton festival sent l'amour". Peut-être que c'est l'amour d'une équipe qui bosse dessus pendant un an, qui se donne à fond pour faire des choses belles, pour transformer un espace historique : le Barachois, avec la mer à côté, les arbres centenaires... Il le transforme en un endroit qui est méconnaissable pour les Dionysiens et les Réunionnais. C'est un point d'entrée de La Réunion qui est quand même très emblématique. On sublime le Barachois, j'espère en tout cas. » Sur scène, les boucles répétitives des machines électroniques s'entremêlent naturellement aux rythmes de l'océan Indien chez ces artistes de La Réunion, de Maurice ou de Mayotte. Pour le pionnier de l'électro-maloya, Jako Maron, cette fusion n'est pas un simple choix artistique, c'est un acte de mémoire : « Le maloya, c'est une voix qui vient de loin, c'est le seul témoignage qu'on ait musicalement qui nous donne un peu les sentiments qu'ils ont pu ressentir. Je parle de ceux qui étaient avant nous, sur l'île, de l'histoire de l'esclavage. On n'a pas de livre. Ils n'ont pas fait des tableaux. Ils n'ont rien fait. Ce sont des gens qui ont tout donné. Et après, ils n'ont même pas une tombe, pour beaucoup. C'est la seule résonance qui reste de leur voix. Cette résonance, cette voix, moi, je veux la faire résonner dans le monde entier. Je joue du maloya, la musique qui vient de l'esclavage. On entend leurs souffrances, leur fierté dedans, c'est ça le combat pour moi. » Chez les rappeurs, même constat : les racines refont toujours surface. N'Dji, voix montante du rap réunionnais, célèbre sa créolité dans ses clips comme dans ses textes. Il raconte : « C'est très naissant le rap local, le rap créole. On est donc dans un mimétisme du rap français. Moi, j'écoutais beaucoup MC Solaar. Ils chantent en français. Quand tu veux t'approprier un peu plus ta façon de t'exprimer, tu ne mens pas, donc tu t'exprimes avec les codes du milieu dans lequel tu as grandi. Naturellement, tu transfères cela dans le rap créole. Je ne suis pas le plus grand puriste du maloya rap, mais c'est quelque chose qui me parle et dès que j'ai l'occasion d'introduire un peu de maloya dans ma musique, j'en mets. » Cette année encore, Les Électropicales s'affirment comme un festival capable de bâtir des ponts entre les continents, les époques et les identités. Une célébration sonore où le passé et le futur dialoguent sous les palmiers, au rythme des basses. À lire aussiLe maloya, l'esprit créole de La Réunion

Georges de La Tour est en majesté dans le bel hôtel particulier du musée Jacquemart-André à Paris. Peintre du XVIIe siècle à la production rare, on lui connait une quarantaine d'œuvres dont on peut voir plus de la moitié dans l'exposition. Des tableaux où l'artiste se joue avec virtuosité du noir et de la lumière, ce qui lui vaut le surnom de « Caravage français ». L'artiste célèbre de son vivant tombe ensuite dans l'oubli pour être redécouvert au début du XXe siècle. ► Exposition Georges de La Tour, entre ombre et lumière, du 11 septembre 2025 au 25 janvier 2026

Malgré cinq siècles de contact avec l'Amazonie, ce territoire est toujours perçu comme mystérieux, notamment par les Européens. Beaucoup imaginent à tort une immense forêt vierge peuplée d'Amérindiens, isolés du reste du monde. Un décor exotique figé, vision réductrice et même fausse de cette région du monde. Au Quai Branly, l'exposition « Amazônia, Créations et futurs autochtones » rétablit une forme de vérité en donnant à voir un point de vue plus juste : celui des peuples autochtones. Coiffes traditionnelles, masques, poupées en argile, corbeilles à manioc, flèches ou encore urnes funéraires : plus de deux cents œuvres sont rassemblées au Quai Branly, entre objets, peintures, sculptures, photos et vidéos. Denilson Baniwa, artiste et militant brésilien pour les droits des peuples autochtones et co-commissaire de l'exposition « Amazônia » : « Nous avons un grand cliché sur l'Amazonie : c'est juste une vaste zone inhabitable, très inhospitalière à l'humain. Alors qu'il y a plusieurs peuples qui y vivent, et qui s'épanouissent dans leurs territoires. Et un deuxième cliché, c'est qu'il faut préserver cet endroit. Donc, on veut le préserver sans demander aux gens qui sont là-bas ce qu'ils pensent de cette préservation, comment eux, ils veulent se connecter avec le monde, comment eux, ils veulent protéger la forêt ». La pluralité de l'Amazonie L'exposition renverse ainsi le regard, loin de la vision occidentale, plus proche du vécu des autochtones, de leurs désirs et de leur mode de vie. Chaque œuvre, au-delà de son aspect esthétique, porte une signification politique ou chamanique. Les masques font surgir des entités surnaturelles parfois dangereuses, les diadèmes sont à l'image d'un défunt particulier selon leurs couleurs et les plumes utilisées, les peintures corporelles marquent naissances, fêtes ou un deuil. Pour Leandro Varison, anthropologue brésilien et co-commissaire, il faut avant tout saisir la pluralité de l'Amazonie : ses environnements, ses langues, ses futurs. Il explique : « Les peuples autochtones sont très divers, à la fois d'une communauté à l'autre, mais même au sein d'une seule communauté. Nous avons des autochtones qui habitent en ville, qui ont un compte en banque, qui vont faire leurs courses au supermarché. Et nous avons des autochtones isolés, qui ne parlent pas d'autres langues et qui refusent tout contact. Donc entre ces différentes situations et les différentes réponses apportées aux communautés, tout est très varié, c'est presque du sur-mesure. Il y a une résistance formulée – ou en train d'être formulée – par ces communautés pour repenser à comment nous pouvons réfléchir à ces menaces qui pèsent sur nous. À la fois en replongeant dans notre propre histoire, à la fois en récupérant et en rendant plus forte notre culture, mais aussi en récupérant des instruments qui nous sont offerts par le monde global. » Avec « Amazônia », l'art contemporain prend un tout autre sens puisque tout est lié au vivant, aux humains, aux plantes et aux esprits. L'exposition se veut claire : non, l'histoire de l'Amazonie ne commence pas avec la colonisation et non, ce territoire ne se résume pas aux menaces futures. Et si les communautés autochtones paraissent isolées, nous le sommes tout autant d'elles. L'exposition « Amazônia, Créations et futurs autochtones » est à voir au Quai Branly à Paris jusqu'au 18 janvier prochain.

C'est l'une des œuvres les plus engagées de l'art lyrique. À la fois politique et spirituel, Satyagraha de Philip Glass s'inscrit dans un contexte de lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, tout en puisant son inspiration en Inde, à travers la vie de Mahatma Gandhi et sa philosophie de résistance non violente. Composé en 1979 et chanté en sanskrit, cet opéra est présenté pour la première fois en France, à Nice, dans le sud de l'Hexagone. La mise en scène de la chorégraphe Lucinda Childs, compatriote et amie de longue date du compositeur américain, s'accompagne de projections vidéo à 360°, faisant de cette création le premier opéra immersif présenté en France.

Mickey Mouse, Cendrillon, Simba, Mary Poppins, Bambi ou encore les Aristochats… Ces personnages ont marqué des générations de millions d'individus à travers le monde. Coup de projecteur aujourd'hui sur Disney, le mastodonte du divertissement, dont l'exposition du centenaire fait escale à Paris jusqu'au 26 octobre, après avoir déjà tourné à Londres, Munich ou encore Séoul. C'est un contrat de 1923 qui signe les débuts officiels de l'entreprise créée par un jeune américain de 22 ans, Walt Disney et son frère Roy. « Ce qui marque la naissance de la Walt Disney Company, c'est le contrat que Walt et son frère Roy signent avec une distributrice de dessin animé, Margaret J. Winkler, raconte Sébastien Durand, expert français de Disney, Elle commande une première série de dessins animés, à ce jeune homme qui y est allé au culot. Elle lui commande six premiers cartoons. Il signe le contrat et c'est le 16 octobre 1923, et ça marque les débuts de ce qui est aujourd'hui la Walt Disney Company ». Un document que l'on peut voir dans la première salle de l'exposition, non loin des premières esquisses de Mickey Mouse. La célébrissime souris prendra vie cinq ans plus tard, explique Sébastien Durand : « Le cinéma parlant était tout nouveau et venait d'être inventé l'année précédente avec le chanteur de jazz. Walt Disney va tout miser sur cette idée de "on va sonoriser Mickey". Il va mettre sa maison en gage, il va hypothéquer tout ça parce que ça passe ou ça casse. Il a une toute petite équipe pour faire Mickey. Et la question qui va très vite se poser, c'est : qui va faire la voix de Mickey ? » C'est Walt lui-même qui prêtera sa voix à la souris les premières années. Autant de détails que l'on apprend dans cette exposition du centenaire. Et notamment la philosophie du fondateur, et parmi l'un de ses grands principes. La règle d'or, c'est l'art du récit, comme l'explique Becky Kline à la tête des archives Disney : « Dans tout ce que l'on fait, que ce soit une croisière, une attraction d'un des parcs, un film, une série télévisée, tout repose sur l'histoire que l'on raconte. Et cela, quelle que soit la forme choisie, que ce soit l'animation traditionnelle, en 2D, ou par ordinateur ou un livre, puisque l'on édite aussi des livres. On raconte des histoires. » On pourrait citer d'autres règles d'airains, comme l'importance de la musique et des chansons, ou le goût pour l'innovation. On peut voir, parmi les quelque 250 pièces, costumes ou accessoires exposés à Paris, une caméra spécialement conçue pour le premier long métrage d'animation de l'histoire, Blanche neige et les sept nains, en 1937. « Ils créent une caméra que l'on appelle la caméra multiplane, qui permet de mettre les différents plans verticaux. Et la caméra va se rapprocher. Vous savez, dans Blanche Neige, au début, on est dans la forêt, on s'approche du château, les arbres deviennent flous… Donc, il y a toujours eu ce mélange de technologie au service de l'histoire chez Disney, dès les débuts », analyse Sébastien Durand. Casques de Star Wars, robe rouge de Cruella, ou cheval de manège de Mary Poppins, des objets iconiques figurent également en bonne place, participant à la magie Disney jamais démentie depuis un centenaire. À lire aussiDisney, mastodonte du divertissement, célèbre son centenaire actuellement à Paris

Affronter la scène à 81 ans pour incarner la fougueuse Joséphine Baker : c'est le pari audacieux relevé par la chorégraphe franco-sénégalaise Germaine Acogny. Dans un solo saisissant, la star de la danse afro-contemporaine s'empare des planches du Théâtre des Champs-Élysées à Paris, exactement un siècle après que Joséphine Baker y a fait sensation avec sa Revue Nègre. Elle fait ensuite le lien avec Le Sacre du printemps de Stravinsky dans la version de Pina Bausch revisité par des danseurs de quatorze pays africains, tous formés à son École des Sables au Sénégal. Loin des clichés du music-hall, des grimaces et des ceintures de bananes, Germaine Acogny incarne une Joséphine Baker d'une dignité rare, poétique, mais tout aussi puissante. « Aux obsèques de Joséphine Baker, quelqu'un a dit : "Elle est morte, mais elle est immortelle". Donc, j'ai voulu donner vie justement à cette combattante, cette femme qui a lutté contre le racisme, qui a adopté des enfants du monde entier, les a élevés et d'une grande générosité. Même actuellement, des gens très riches ne vont jamais adopter douze enfants ! » Seule en scène, Germaine Acogny retrace en moins de 30 minutes la vie de cette star, mère, espionne et militante afro-américaine. Par touches subtiles, elle évoque un déhanché de charleston, mime le geste de tirer à l'arc et enfile un costume d'Amazone. « Je suis née au Bénin, j'ai grandi au Sénégal. Donc, les Amazones de mon pays, ce sont des guerrières. C'est à travers cette danse des Amazones que je montre la résistante, la combattante, celle qui a libéré les Noirs, les Mexicains, les Indiens et qui a libéré la France aussi ». Animée par l'esprit de Joséphine Baker, qu'elle a rencontrée à l'âge de 29 ans, Germaine Acogny poursuit aujourd'hui son combat pour les droits civiques : « Jusqu'à présent, ce racisme existe. Et dans les matchs de foot, il y a beaucoup d'Africains dans les équipes internationales qui jouent bien et on leur jette des peaux de bananes. Comme à des singes ! Eh ben, la banane, je l'ai jetée aussi. » Pour Germaine Acogny, icône de la danse africaine des temps modernes, amener le « Sacre du Printemps », ce rite païen aux rythmes saccadés, en Afrique était une évidence. À travers son école des Sables, cette chorégraphie sublime et tribale prend racine dans la terre.« Rien que ce nom, ça appelle beaucoup les ancêtres. Je me sens vraiment à la source, être en contact avec la terre, avec la communauté », réagit Aziz Zondi, danseur burkinabé. « C'est à la fois contemporain, à la fois doux – avec la douceur de la femme, l'énergie, la force des hommes », ajoute Manuela Hermine, danseuse ivoirienne. « Nous, on le redécouvre à chaque fois qu'on vient pour ce travail-là », renchérit Aziz Zondi. Déjà salué dans 17 pays, ce Sacre du Printemps plus universel que jamais n'a que rarement été applaudi devant un public aussi divers qu'à Paris. À lire aussiPour Germaine Acogny, «le corps des danseurs sera notre archive» des danses traditionnelles

Raconter l'Afrique et ses diasporas à travers leurs sons et leurs musiques, c'est l'objectif d'une exposition immersive au Musée d'ethnographie de Genève, en Suisse. Avec plus de 200 œuvres – archives, instruments anciens et installations contemporaines –, Afrosonica. Paysages sonores embarque le public dans un voyage multisensoriel qui met en lumière le son comme vecteur de connexion, de résistance et de changement. Des tambours et des luths, des gousses de fruits et des cocons d'insectes, des graines et des coquillages : c'est l'Afrique dans toute sa diversité sonore qui se déploie sur 1 000 mètres carrés au Musée d'ethnographie de Genève. Mo Laudi, artiste multidisciplinaire et DJ sud-africain, est co-commissaire de l'exposition : « "Afrosonica" fait référence à une tradition dans les townships de fusionner des mots pour créer de nouvelles significations. Ici, c'est l'idée que l'Afrique est riche ; les minéraux les plus précieux proviennent du Congo et se retrouvent dans nos téléphones portables ; l'or d'Afrique du Sud orne les Rolex. Et quand vous écoutez du rock and roll, il a ses racines en Afrique, tout comme le hip-hop et le jazz. Aujourd'hui, il y a une fierté à affirmer : "Je suis Africain." Il est essentiel de se souvenir de ces racines pour avancer. » Cet ambassadeur de l'afro-électro présente lui-même une création. Inspirée des peintures murales des maisons d'Afrique du Sud, il y mêle plastique recyclé et chants de travail. Avec l'ethnomusicologue canadienne Madeleine Leclair, conservatrice au MEG, les deux commissaires ont puisé dans les 20 000 heures d'archives du musée et passé commande à sept artistes contemporains pour créer un parcours libre où le son est outil de mémoire, de transmission, de contestation. À écouter aussiAfrosonica, paysages sonores au Musée d'Ethnographie de Genève (MEG) Madeleine Leclair : « Les grands mouvements politiques, les grands chamboulements qui ont marqué l'histoire de l'Afrique – la colonisation, décolonisation, indépendance – étaient accompagnés de musique. C'est vraiment un élément fédérateur. Également en Afrique du Sud, à l'époque de l'apartheid notamment, le gouvernement est même allé jusqu'à censurer des enregistrements, de personnages importants dans la contestation rayés du disque. » Une vingtaine de thèmes rythment le parcours, illustrant le pouvoir du son entre révolte et résilience, rituel et réactivation de la mémoire. Des peintures préhistoriques de harpes du Sahara croisent le chant vaudou du Bénin des années 1960, tandis que la rumba congolaise se frotte aux vinyles d'un jukebox. Le public peut assister à un « bain d'oreilles » au Nigeria et se laisser hypnotiser par le vrombissement d'un rhombe, petit objet en os, en bois ou en ivoire, que l'on fait tournoyer au-dessus de la tête à l'aide d'une ficelle. Madeleine Leclair : « Ces rhombes sont mis en mouvement sur les cinq continents, notamment au Brésil, en Australie également, et en Afrique, ça peut aussi être interprété comme la voix des ancêtres. » Et parfois, il suffit d'un bidon d'huile et d'un câble de frein à vélo pour créer une cithare au Burkina Faso et redonner un sens au son. ► L'exposition Afrosonica. Paysages sonores à voir et à écouter au MEG en Suisse jusqu'au 4 janvier 2026.

La grande chorégraphe brésilienne engagée, Lia Rodrigues, est de retour au Festival d'Automne à Paris. Sa dernière création Borda est présentée ce week-end au Théâtre National de Chaillot dans le cadre d'une grande tournée jusqu'à mi-octobre. Une pièce que l'artiste a créée une fois de plus au cœur de la Favela Mare à Rio de Janeiro où elle a implanté son centre d'art. « Il y a plusieurs sens dans ces mots, et c'est pour cela que j'aime bien, parce que ce n'est pas seulement une frontière aux limites, c'est aussi du verbe broder. C'est aussi quand on fait en sorte qu'une phrase soit plus belle. Au moins, en portugais, on a ce sens-là. Alors, j'aime bien ces sens un peu flottants. » Un univers flottant, mais aussi imaginaire et fantasmagorique. C'est ce monde qui s'ouvre à nous dans le dernier spectacle de Lia Rodrigues. La pièce commence dans le silence. Un tableau vivant. Un amas de tissu qui respire et sous lequel sont enfouis les neuf interprètes. « Tout ce que vous avez vu sur scène, ce sont des matériaux de 35 ans de ma compagnie. De toutes les pièces qu'on a mises sur les plateaux pour créer les costumes et aussi les costumes du May B d'une pièce de Maguy Marin qui a offert cette pièce pour les élèves de notre école. » À lire aussiDanse: «Encantado», la dernière création de Lia Rodrigues Une scénographie conçue de tissus, de voilages blancs et de plastiques Ainsi les tissus composent la scénographie, le décor de la pièce. Les danseurs semblent éclore de cette matière qu'ils déploient sur scène. Voilages blancs et plastiques envahissent l'espace au sein d'interprètes qui se découvrent grimaçants, prenant vie, troquant la torpeur et la lenteur contre une danse énergique. Une pièce conçue dans la favela Maré à Rio de Janeiro où Lia Rodrigues est installée. « Depuis 20 ans, je mène un projet avec une association, et on a créé un centre d'art et une école de danse. Cette école de danse a été créée en 2011 et c'est ça notre projet pédagogique. On a 300 élèves de tous les âges. » Borda une pièce généreuse qui se termine dans une explosion de gestes et de sons et où la vie prend toujours le dessus. À lire aussiDanse Lia Rodrigues Encantado

À Jérusalem, une mélodie médiévale a été jouée pour la première fois sur l'orgue de Bethléem, un orgue vieux de 1000 ans considéré comme le plus ancien de la chrétienté, le 9 septembre dernier. L'histoire raconte qu'après avoir été probablement apporté en Terre Sainte par les croisés français, il a été utilisé pendant près d'un siècle dans l'église de la Nativité, jusqu'à l'une des invasions musulmanes de la fin du XIIe siècle. L'instrument avait alors été retiré afin d'être protégé de la dévastation... et peut-être aussi avec l'espoir qu'on puisse un jour le réutiliser. Avec ses tuyaux bruns, verts et rougeâtres qui se dressent majestueusement dans le monastère de Saint-Sauveur, l'orgue de Bethléem, muet depuis 800 ans, a de nouveau résonner le 9 septembre dernier au cœur de la vieille ville de Jérusalem en jouant un Bénédicamus Domino. « Il s'agit du plus vieil instrument de musique à émettre encore un son, car il n'existe pas de guitare, il n'existe pas de flûte qui soit plus ancienne que cet orgue-là », raconte ainsi le frère Stéphane, le supérieur de la basilique du Saint-Sépulcre, par ailleurs responsable du projet dans lequel l'orgue sera intégré. Découvert au début du XXe siècle lors de fouilles archéologiques à Bethléem, l'instrument date de l'époque médiévale. David Catalunya, spécialiste en musicologie, a mené le projet qui a conduit à sa réhabilitation. « C'est très difficile de trouver les mots pour décrire l'émotion que j'ai ressentie. Lorsque le son s'est révélé après 800 années de silence, c'était… je ne sais pas : comme découvrir une tombe de pharaon ! », raconte-t-il. À lire aussiUne histoire des rythmes de l'époque médiévale à aujourd'hui Les tuyaux de cuivre ont été particulièrement bien préservés, poursuit celui-ci : « Merci à ceux qui ont pris soin de cet instrument depuis sa découverte. L'autre facteur, c'est le climat. Il est très sec ici, et cela a grandement contribué à la très bonne conservation de ses éléments, cela a évité la corrosion. Les tuyaux ont 1 000 ans et ils ont un son très authentique. La sonorité originale a été pleinement préservée ». « Il y a à peu près 200 tuyaux d'orgues qui sont arrivés jusqu'à nous, dont à peu près huit qui émettent encore un son juste [...] », acquiesce le frère Stéphane. L'orgue sera désormais conservé au musée... un petit miracle. À lire aussiLe chant grégorien : une histoire de chœurs, ouverts sur le monde

Artiste montante de la scène états-unienne, Mickalene Thomas s'est fait connaître dès les années 1990 pour le regard nouveau et engagé qu'elle porte sur la place des femmes noires dans l'art. Son travail infuse dans les connaissances précises de l'histoire de l'art dont elle réinvente les codes. Pour clore son itinérance internationale, après Los Angeles, Philadelphie et Londres, celle-ci présente jusqu'au 9 novembre son exposition « All About Love » au musée des Abattoirs de Toulouse, dans le sud de la France. Les œuvres et installations de Mickalene Thomas mêlent peinture, photographies, vidéos, et surtout collage. Ses tableaux très colorés représentent les femmes de sa vie : sa mère, ses amies, ses amantes, ainsi que des artistes qu'elle admire. Elle photographie et peint des corps noirs, gros, queers, au regard assuré et à l'érotisme affirmé, manière pour elle de questionner les notions traditionnelles de beauté, de sexualité et de féminité, simplement en donnant à voir sa réalité. Elle représente notamment des femmes en train de se reposer, pour affirmer que les corps noirs ont, eux aussi, droit au repos, aux loisirs et au luxe. « Les systèmes sociaux cherchent à enfermer les femmes noires dans le rôle de servante, estime Mickalene Thomas. On ne nous perçoit pas souvent comme des personnes ayant droit à la joie ou au loisir. Même si nous possédons tout cela, ce n'est pas ce qu'on choisit de mettre en lumière chez nous. Ce qui est mis en avant, au contraire, ce sont nos traumatismes, les services rendus aux patriarches, à l'idéologie de la société blanche. Mon travail s'adresse avant tout aux femmes noires ordinaires qui possèdent toutes ces choses qu'on leur refuse souvent, parce qu'on leur répète qu'elles ne devraient même pas les désirer. Mais pourtant le désir est bien là, comme la sensualité est là, mais aussi l'excellence, la joie, l'amour. Toutes ces choses sont là, profondément ancrées dans leur identité », poursuit-elle. Le déjeuner sur l'herbe d'Édouard Manet revisité Toute l'œuvre de Mickalene Thomas célèbre les femmes noires et leur lutte pour occuper les espaces sociaux et artistiques. Le seul espace où elles n'ont pas à se battre devient alors leur foyer. L'artiste crée de grandes installations immersives inspirées des pièces de son enfance qui deviennent des lieux de reprise du pouvoir, de liberté et de communauté. L'artiste raconte : « Un foyer est avant tout un lieu de joie, de réconfort et de sécurité. L'importance de ce lieu est au cœur de mon travail. En fait, peu importe le chaos du monde extérieur, les épreuves auxquelles on doit faire face dehors. Que ce soit mon père ou ma mère, lorsqu'ils sortaient de la maison, ils affrontaient toutes sortes de discriminations liées à la couleur de leur peau. Alors quand ils rentraient, le foyer redevenait un espace de beauté, d'amour, de grâce même. Un lieu où on comprend les difficultés vécues au quotidien, dès le moment où l'on en passe la porte ». Mickalene Thomas revisite également des tableaux classiques de l'histoire de l'art européen, comme Le déjeuner sur l'herbe d'Édouard Manet dans lequel les femmes apparaissent passives et façonnées par le regard masculin. Elle se les réapproprie en y intégrant des femmes affirmées, incarnant un érotisme puissant et libre. « All About Love » invite à repenser nos imaginaires et à célébrer l'amour sous toutes ses formes. À lire aussi«The Color Line», une réévaluation des artistes africains-américains

C'est un mouvement underground qui se démocratise depuis une dizaine d'années sur la scène musicale : les algoraves. Contraction des mots algorithme et rave, les algoraves sont des évènements dans lesquels les musiciens pratiquent le live coding, une pratique d'improvisation où les langages de programmation deviennent des instruments de création en temps réel. Les platines et les instruments sont remplacés par des ordinateurs sur lesquels les lignes de codes s'enchaînent pour créer ou modifier un son. Des lignes de codes défilent sur un écran géant, soutenues par des images, elles aussi codées. Une rythmique électronique résonne, elle est composée par un musicien peu commun, un live coder. L'artiste Azertype pianote sur les touches de son clavier d'ordinateur. « Pour moi, le live coding, c'est créer de la musique ou des images en écrivant des lignes de code pour modifier en temps réel. C'est plus de l'ordre de la jam ou d'une improvisation. Et l'algorithme, on va dire, c'est plus un mouvement, une manière dont se passent les soirées », estime-t-il. Car le live coding c'est d'abord une question de transparence envers le public. « Quand on fait du live coding, on aime bien montrer son écran pour que les personnes puissent suivre, regarder ce qu'on est en train de faire, faire le lien entre ce qu'on voit et ce qu'on entend », explique-t-il. Azertype s'amuse à unifier homme et machine, il a créé un exosquelette, un dispositif métallique adoptant la forme de ses épaules avec un ordinateur sur lui et les bras remplis d'autres gadgets : « Cela me permet de me déplacer dans le public, de voir les gens et de sortir du côté où on est sur scène, derrière son ordinateur, au-dessus de tout le monde. Moi, je préfère être au milieu avec les gens. » Lors de ces algoraves, on ne code pas que du son, mais aussi des images. « Je crée des petites boucles animées en temps réel en les programmant pendant des performances. Ce que je fais souvent, c'est que je prépare une petite animation, mais qui va évoluer. C'est-à-dire qu'il n'y a pas plusieurs scénettes, il y en a une majeure avec tous les effets, et je vais en rajouter au fur et à mesure, la rendre plus complexe. L'image qui est projetée, elle est 100 % programmée, c'est un algorithme qui la génère. Et donc du coup, quand on manipule l'algorithme, on n'est plus absolument tous les aspects de l'image » détaille l'artiste Flopine, vidéo-jockey et live-codeuse visuelle. La pratique est née au Royaume-Uni et se diffuse peu à peu en France. À Lyon, chaque année, un évènement réunit la communauté. Remy Georges est membre du Cookie Collective, un rassemblement d'artistes digitaux, qui organise cet évènement. « Chaque année, j'essaye d'organiser une algorave assez massive, sous la forme d'un marathon dans lequel on essaye de faire 12h de musique non-stop avec des lives allant de 20 à 40 minutes selon les années. Tout s'enchaîne toute la nuit, avoir des gens qui, toute la soirée, vont faire de la musique uniquement sur des outils qu'ils ont bidouillés pour l'événement. C'est super impressionnant et agréable. Il y a quelque chose de très performatif et de très vivant, moins opaque que d'autres événements », raconte-t-il. Performance musicale et esthétique, démonstration de virtuosité informatique, le live coding et sa déclinaison festive l'algorave se complètent et continuent de conquérir de nouveaux adeptes. À lire aussiKutu, des transes électro entre la France et l'Éthiopie avec l'album «Marda»

« Je voulais qu'on voit l'humanité qu'on partage » : Serge Aimé Coulibaly, le chorégraphe burkinabè, crée un spectacle de danse participative de grande ampleur avec une cinquantaine d'amateurs accompagnés par des danseurs et musiciens professionnels, dans le cadre du festival MolenFest 2025 à Molenbeek. Cette commune bruxelloise, souvent associée à la violence, veut montrer un autre visage et présente sa candidature comme Capitale européenne de la culture 2030. ► Molenfest 2025 se déroule à Molenbeek jusqu'au 7 septembre. À lire aussiLiban, la culture malgré tout : rendez-vous avec la danse

Le Liban commémore cette année 50 ans du début de la guerre civile. Mais une guerre en chasse une autre dans ce petit pays de 4 millions d'habitants qui compte presque autant de Libanais que de réfugiés syriens et palestiniens. Guerre entre Israël et le Hezbollah qui perdure malgré le cessez-le-feu, les drones israéliens survolent toujours le sud du pays et les bombes pleuvent par intermittence. Et cela sans compter l'effondrement bancaire dans un pays réduit à fonctionner avec du cash et une explosion dans le port de Beyrouth équivalente à une bombe nucléaire qui a laissé la capitale exsangue. Et malgré toutes ces catastrophes la créativité libanaise est à son apogée. Beyrouth fourmille d'expositions, pièces de théâtre, festivals de toutes sortes cinéma, musique et le public est au rendez-vous. On vous propose de vous emmener dans cette vitalité tous les dimanches de ce mois d'août. « Liban : la culture malgré tout », une série proposée par Muriel Maalouf à la réalisation Diego Tenorio. Aujourd'hui rendez-vous avec la danse.

C'est une institution culturelle au coeur d'Abidjan... le village Ki-Yi fête cette année ses 40 ans – avec toujours à sa tête, l'autrice, plasticienne, chorégraphe camerounaise Were-were Liking, 75 ans, six décennies de carrière derrière elle. La communauté des “Ki-Yistes” tente d'explorer de nouvelles formes de création pour parler à la nouvelle génération et assurer sa pérennité. Reportage

On part à Venise, en Italie, où se tient jusqu'à samedi 6 septembre la 82ème Mostra. Le plus ancien festival de cinéma au monde fait la part belle aux productions américaines, notamment en compétition. On se souvient qu'en 2016, La La Land ouvrait le festival vénitien, Emma Stone remportait le prix d'interprétation féminine quelques mois avant la razzia aux Oscars. Les majors et les plateformes de streaming profitent du rendez-vous vénitien pour faire la promotion de leurs productions. De notre envoyée spéciale à Venise, Moins exposée que le festival de Cannes, idéalement programmée pour lancer la campagne des Oscars, la Mostra est devenue ces dernières années l'écrin rêvé pour les productions hollywoodiennes de prestige. Et notamment les films de plateformes qui peuvent ici concourir en compétition. Parmi les blockbusters d'auteurs en lice pour le Lion d'or : Frankenstein. Netflix a accordé un budget faramineux, 120 millions de dollars à Guillermo del Toro, pour revisiter ce classique de Mary Shelley : la création contre-nature d'un être humain à partir de cadavres. « On vit dans une époque de terreur et d'intimidation. Et pour moi la réponse, c'est l'amour et l'art en fait partie. La question que pose le roman, c'est : qu'est-ce qu'un être humain ? Il n'y a pas de tâche plus urgente que de préserver notre humanité. Mon film montre des personnages imparfaits et le droit d'être imparfaits », explique Guillermo del Toro. Ces films hollywoodiens questionnent tous la perte ou la quête de sens. Dans Jay Kelly, le réalisateur Noah Baumbach met en scène George Clooney en mégastar se rendant compte, à 60 ans passés, qu'il est bien seul dans la vie. « Quand vous faites un film sur un acteur, vous faites en réalité un film sur l'identité et la représentation, finalement la quête de soi, raconte le réalisateur. C'est ce que nous éprouvons tous : nous ne sommes pas les mêmes avec notre famille, nos amis ou nos collègues. Nous sommes différents personnages selon les situations. » Plus radical, mêlant science-fiction et satire de l'époque, Bugonia de Yorgos Lanthimos montre une Amérique en perte de sens. Deux Américains complotistes kidnappent une cheffe d'entreprise, campée par Emma Stone, qu'ils prennent pour une extraterrestre. Pour le réalisateur, déjà primé à Venise il y a deux ans, le propos est plus réaliste que dystopique : « Mon film reflète le monde réel. Tout ce que l'on voit dans le monde, l'intelligence artificielle, les guerres, le dérèglement climatique, c'est ce qui se passe en ce moment. » La Mostra doit encore présenter plusieurs gros calibres américains en compétition, comme le nouveau film de Kathryn Bigelow avec notamment Idris Elba, ou The Smashing Machine avec Dwayne Johnson, alias The Rock, dans un rôle à transformation comme les adore l'Académie des Oscars. À lire aussiCinéma: une 82e Mostra de Venise très politique qui déroule aussi le tapis rouge au septième art américain

L'exposition « Niki de Saint-Phalle, Jean Tinguely, Pontus Hulten » est l'histoire de deux artistes soutenus par un grand conservateur. Pontus Hulten est le premier directeur du Centre Pompidou. Le musée, fermé pour travaux jusqu'en 2030, revient ainsi sur une période florissante et utopique de son histoire grâce à l'amitié d'un commissaire et de deux artistes. C'est au Grand Palais jusqu'au 4 janvier. Si le couple d'artistes Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely marquent les premières décennies du Centre Pompidou, c'est aussi grâce à leur amitié avec le directeur atypique de l'époque Pontus Hulten. Il défend une vision anarchiste du musée : un lieu ludique ouvert à tous. L'exposition du Grand Palais revient sur cette époque enjouée et libre. « Pontus Hulten fait intervenir, notamment en 1977, les deux artistes Jean Tinguely, Niki de Saint-Phalle pour occuper le forum du Centre Pompidou avec une installation absolument extraordinaire : le crocodrome de Zig et Puce, raconte la commissaire Sophie Duplaix. Donc tout ça est évoqué dans l'exposition pour parler de cette histoire, histoire d'une institution, histoire aussi des liens entre conservateurs et artistes. On découvre un peu les coulisses de l'art. » Le crocodrome de Zig et Puce, c'est une sorte de fête foraine mêlant train fantôme, flipper géant et distributeurs gratuits de chocolat. Une ambiance joyeuse à l'encontre de l'objet commercialisable. C'est ce qui meut aussi Jean Tinguely aux machines productrices de mouvements gratuits en ces années 1970, synonymes de nouvelles technologies. « Le son se matérialise dans les machines, de façon complétement débridée, qui sont effectivement des machines inutiles et qu'on peut vraiment lire comme une critique, de cette mécanisation dont on nous explique qu'elle vise à améliorer notre quotidien », raconte Sophie Duplaix. Aux côtés des installations légères et poétiques de Tinguely trônent les œuvres gigantesques de Niki de Saint Phalle, dont certaines figurent seulement en image, car trop imposantes pour entrer dans le musée. Celle qui est connue pour ses nanas rondes et colorées a révolutionné l'art avec une puissance toute féminine « Elle va nous montrer effectivement que la femme peut tout à fait s'emparer de ce qui d'habitude est attribué aux hommes, comme par exemple les armes. Quand elle fait sa série des Tirs, tout au début des années 1960, poursuit Sophie Duplaix. Elle fait des reliefs, des panneaux qu'elle met à l'horizontal pour les recouvrir de poches de couleurs. Après, elle déverse du plâtre, pour que ce soit immaculé. Elle tire dessus et les poches de couleurs qu'elle a mises explosent. Elles font donc dégouliner la peinture sur le relief blanc immaculé. Ce qui est à la fois un pied de nez à la peinture traditionnelle, et aussi une affirmation du pouvoir féminin. » Un pied de nez aux conventions que l'exposition met joyeusement en avant. À lire aussiLa Révolte à l'oeuvre de Niki de Saint-Phalle

Le Liban commémore cette année 50 ans du début de la guerre civile. Mais une guerre en chasse une autre dans ce petit pays de 4 millions d'habitants qui compte presque autant de Libanais que de réfugiés syriens et palestiniens. Guerre entre Israël et le Hezbollah qui perdure. Et cela sans compter l'effondrement bancaire dans un pays réduit à fonctionner avec du cash et une explosion dans le port de Beyrouth équivalente à une bombe nucléaire qui a laissé la capitale exsangue. Et malgré toutes ces catastrophes, la créativité libanaise est à son apogée. Beyrouth fourmille d'expositions, pièces de théâtre, festivals de toutes sortes, cinéma, musique et le public est au rendez-vous. On vous propose de vous emmener dans cette vitalité tous les dimanches de ce mois d'août. Liban : la culture malgré tout. Aujourd'hui, visite au théâtre.

Suite de la série qui vous emmène tout au long de l'été dans les lieux où l'art vibre et se crée sur le continent. Pour ce sixième rendez-vous, direction Yaoundé au Cameroun, pour y découvrir le Laboratoire musical de Bastos. Notre correspondant Richard Onanena y a rencontré plusieurs artistes. Patrick, guitariste, a rejoint le Laboratoire musical de Bastos il y a trois ans à son arrivée à Yaoundé. Une salle en brique de terre cuite, insonorisée, qu'il fréquente régulièrement avant chaque séquence. Il n'hésite pas à répéter ses gammes. « Quand j'arrive, je m'installe, je branche mon matériel, je vérifie que tout est ok, et je me mets au boulot », raconte l'artiste. Parmi les artistes que Patrick a accompagnés sur scène, figure Joys Sa'a, une autre pépite du Laboratoire musical de Bastos. Joys s'est fait connaître du grand public grâce à ses talents de comédienne. Quand elle a voulu faire de la musique sa priorité, elle s'est rapprochée du Laboratoire. « Tout ce que j'avais fait avant, c'était d'envoyer une chanson, et je ne savais même pas qu'il avait tenu compte de cette chanson. Un jour, il m'appelle, il me dit, je veux que tu fasses un essai. Pour moi, le Laboratoire musical de Bastos, c'est la maison mère. Parce que, c'est cette maison, qui a bien voulu m'accueillir la première fois, sur scène, en live, ici à Yaoundé. Je ne savais même pas si j'en étais capable. Tout le labo m'a accompagnée, encouragée et soutenue », explique la jeune femme. La chanteuse camerounaise Sandrine Nanga, qui vient de se produire à l'Alambra de Paris, a répété ses gammes ici au Laboratoire musical de Bastos, qu'elle visite toujours régulièrement malgré le succès. « Après mon éducation donnée par mes parents, qui est l'amour du travail bien fait, je suis entrée du bon côté de la musique, et c'est ça qui me permet aujourd'hui d'avoir cette vision de la musique entre deux générations, la génération mature et la génération jeune, on va dire. Parce que ma musique, est écoutée par toutes les générations », confie-t-elle. Serge Maboma, promoteur du laboratoire, ambitionne de créer une génération d'artistes capable de faire voyager les rythmes camerounais, en live. Il retrace l'histoire du laboratoire : « Quand on est un artiste au Cameroun, comment on fait pour pouvoir vendre sa musique, pour s'exporter ? Au départ, cet espace était le lieu de répétition de mon groupe. On a pensé qu'il était bon d'avoir un endroit où travailler sereinement. On occupait les pièces de la maison. Et finalement, on nous a dit, prenez un bout de terrain et construisez quelque chose, qui va appartenir à la musique. Donc cet endroit-ci, est né pour abriter les répétitions des Macase. Il n'y avait pas de lieu de répétition à Yaoundé, alors, on a commencé à accueillir des amis qui venaient travailler. De fil en aiguille, on s'est rendu compte que ce lieu n'appartenait plus qu'au groupe Macase, mais à tous les jeunes aspirants musiciens. Il nous est alors venu à l'idée de dire, ça, ça ressemble à un laboratoire. C'est un laboratoire pour les musiciens ! ». La salle est aussi un lieu de répétition pour les musiciens confirmés. Sur les murs, une photo de Manu Dibango, décédé en 2025, rappelle qu'il est passé par là. À lire aussiAu Cameroun, la colère des artistes monte face aux 850 millions de FCFA de droits d'auteur impayés

Clap de fin ce dimanche 24 août pour Rock en Seine, qui a lieu tous les ans au domaine national de Saint-Cloud, aux portes de Paris. Si l'édition 2025 du festival a fait vibrer les foules avec ses têtes d'affiche, comme Chappell Roan ou Empire of the Sun, et ses jeunes talents, il a aussi dû affronter des défis financiers et politiques. Entre annulations de dernière minute, perte de nombreuses subventions et tensions médiatiques, retour sur une édition riche en rebondissements. À lire aussiSofia Isella: poésie féministe et rock indé, la nouvelle vague venue de Los Angeles

Quatre ans après sa Palme d'or au Festival de Cannes obtenue avec son film Titane, la réalisatrice française Julia Ducournau est de retour sur les écrans avec Alpha. Elle délaisse quelque peu son genre de prédilection « le body horror » pour mettre en scène une histoire de famille sur le deuil dans un monde apocalyptique post pandémie avec Golshifteh Farahani, Tahar Rahim et Mélissa Boros.

Suite de la série qui vous emmène tout au long de l'été dans les lieux où l'art vibre et se crée sur le continent. Pour ce sixième rendez-vous direction le Kenya. Et plus précisément sa capitale, Nairobi. Le collectif Kuona y rassemble une vingtaine d'artistes, dans un groupe de containers. Sculpture, peinture, charpenterie ou encore mode, chaque créateur a son studio sur place, et il y expose. Il est presque caché dans un jardin calme, au fond d'une rue à Nairobi. Lorsque l'on franchit le portail du collectif d'artistes Kuona, l'art envahit le regard. Des sculptures sont éparpillées un peu partout. Dans les conteneurs alignés en rang, les artistes travaillent sur leurs prochaines œuvres. Ils sont plus d'une vingtaine à y avoir aménagé leurs studios et à y exposer leurs créations. Meshack Oiro est le président du collectif. « Nous avons des sculpteurs, des graveurs sur bois, des artistes qui travaillent dans la mode, des peintres qui font de la peinture à l'eau, des encadreurs... Nous avons de tout ici à Kuona », dit-il. Meshack est lui sculpteur. Il crée à partir de métaux récupérés. « Regardez cette œuvre : le client va venir la voir aujourd'hui. On distingue bien le moule en deux parties. Je vais souder les métaux tout autour, puis une fois que je l'aurai retiré, je verrai le résultat. Ensuite, j'assemblerai les deux parties, et ça formera un buffle. Ça se voit, non ? » Un collectif aux multiples talents Dans le conteneur mitoyen, les murs sont recouverts d'œuvres colorées. Représentant des fleurs, des animaux, des portraits... Elnah Akware les peint en utilisant des planches en bois sur lesquelles elle a gravé des motifs. Elle travaille, assise à son bureau. « Une fois que j'ai esquissé l'œuvre que j'ai en tête, je grave le motif dans le bois. Parfois, je fais même le croquis directement sur la planche. Une fois que c'est prêt, j'applique la peinture sur la surface gravée, puis je transfère le tout sur une feuille de papier en utilisant des rouleaux pour bien faire adhérer la peinture. Ensuite, il ne reste plus qu'à laisser sécher », raconte-t-elle. Elnah a 27 ans, elle a rejoint le collectif Kuona en 2019, en lançant sa carrière d'artiste professionnelle. « J'ai étudié les arts à l'université, mais on ne nous a pas vraiment appris cette technique de peinture à partir de gravure sur bois. C'est en arrivant à Kuona que je l'ai découverte. J'aimais déjà beaucoup la gravure à l'école, donc ça m'a tout de suite plu. Ce que j'apprécie particulièrement ici, c'est que je peux aller voir d'autres artistes et leur dire : “Je travaille là-dessus, qu'est-ce que tu en penses ? Comment je peux m'améliorer ? Tu peux m'aider ?” Il y a énormément de solidarité. Par moments, je me demande où j'en serai dans ma vie d'artiste si je n'avais pas rejoint ce collectif. Je pense que ce serait beaucoup plus difficile de vendre mes œuvres, d'être exposée à différentes techniques, ou même de comprendre comment les artistes gèrent l'aspect commercial de ce métier », raconte-t-elle. Une meilleure visibilité Ici, des artistes reconnus côtoient des jeunes pousses émergentes. Et chacun profite de la visibilité des autres. Un des avantages d'être en communauté. Comme le reconnait Wanjohi Maina. Âgé de 39 ans, il a rejoint le collectif en 2017. « Lorsqu'une personne vient ici pour voir un artiste en particulier, les autres artistes, en bénéficient puisque cette personne découvre en même temps notre travail. Et par la suite peut même en devenir collectionneuse ! Être regroupés au même endroit nous donne une meilleure visibilité : cela permet à un plus grand nombre de personnes de découvrir nos œuvres… et parfois d'en tomber amoureuses ». Wanjohi peint sur des plaques en métal. Ces œuvres représentent des scènes de la vie à Nairobi. Des vendeurs à la sauvette notamment que connaissent bien les habitants de la capitale. « J'aime bien dire que je saisis des moments... Des moments que je vois dans la rue. La vie du quotidien avec ses défis... C'est ça que j'essaye de représenter à travers mon travail ». Presque chaque premier samedi du mois, Kuona accueille une journée d'exposition avec des concerts. Certains artistes organisent aussi régulièrement des ateliers pour faire découvrir leur technique. De quoi faire vibrer la culture de la capitale.