Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus. Diffusion : 6h18, 8h52 (sauf Afrique) et 13h24, heure de Paris. Retrouvez les sujets traités par cette émiss…

Le platine est un métal blanc parmi les plus rares au monde. Il sert à faire des bijoux et il est très utilisé dans l'industrie, notamment automobile. La demande de platine diminue en ce début d'année, et pourtant, à 2 000 dollars de l'once, les cours sont proches de leur plus haut historique. Même si la demande en platine a baissé de presque 10 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période l'an dernier, elle reste largement supérieure à l'offre. Les industriels du secteur s'attendent à ce que, pour la quatrième année consécutive, le monde consomme significativement plus de platine qu'il n'en produit. L'Afrique du Sud, qui représente à elle seule près des trois quarts de la production de platine raffiné, a pourtant vu sa production augmenter de 40 % début 2026. Mais c'est une augmentation en trompe-l'œil qui cache mal un simple retour à la normale après les pluies diluviennes et l'effondrement d'un barrage en février 2025 qui avaient fortement perturbé l'activité minière dans la région de Limpopo, au nord du pays. D'autant qu'à l'inverse, la production a fortement baissé au Zimbabwe et en Russie et reste stable aux États-Unis. À lire aussiAnglo American se sépare de ses mines de platine en Afrique du Sud Forte augmentation du recyclage et baisse de la demande de la joaillerie L'offre est soutenue par le recyclage qui représente désormais près d'un quart du platine mis sur le marché chaque année. Les industriels s'attendent à une progression de presque 10 % en 2026. L'industrie automobile est particulièrement consommatrice : le platine est un composant essentiel des catalyseurs qui servent à filtrer les émissions des véhicules diesel et essence. Les véhicules 100 % électriques n'en ont donc pas besoin, mais les véhicules hybrides qui représentent une part croissante du marché. De manière générale, la demande de platine à usage industriel continue d'augmenter fortement. En revanche, la demande pour le platine à destination de la joaillerie recule de 12 %. Une chute significative alors que le secteur représente un quart de la demande mondiale en platine. Le platine, un produit d'investissement moins intéressant La baisse de la demande s'explique aussi par le blocage du détroit d'Ormuz. Le platine est utilisé par l'industrie pétrolière dans le processus de raffinage qui permet de transformer le pétrole brut en essence ou en kérosène. Alors que les infrastructures de la région ont été frappées, la demande en platine venue du Golfe a brutalement chuté. Une baisse à relativiser, l'industrie pétrolière ne représentant que 2 % de la demande en platine. En revanche, le conflit au Moyen-Orient a eu des conséquences plus indirectes sur le cours du platine : en raison de la flambée du pétrole et donc de l'inflation, les investisseurs s'attendent à une augmentation des taux d'intérêt qui rend moins intéressants les placements dans les métaux précieux, comme l'or ou… le platine. Et cela commence déjà à se voir dans les portefeuilles des traders et des fonds d'investissement : la demande pour le platine en tant que produit d'investissement a chuté de moitié début 2026. Toutes ces incertitudes et ces tendances contradictoires expliquent que le platine se négocie aujourd'hui autour de 2 000 dollars de l'once, en recul par rapport au pic historique de janvier, mais encore deux fois plus cher que les cours début 2025. À lire aussiPétrole: pourquoi un baril à 250 dollars devient crédible

L'approche des semis de coton sur le continent africain va de pair avec l'annonce des prix payés au producteur. Dans les pays concernés, les discussions sont dans leur dernière ligne droite, mais l'équation s'annonce particulièrement compliquée cette année. L'enjeu est de trouver le meilleur équilibre pour satisfaire l'attente des cotonculteurs mais aussi celle des sociétés chargées de l'égrenage, qui leur achètent le coton qui sera ensuite exporté, sous forme de fibres, au prix du marché mondial. Dans les pays francophones du continent, les prix payés aux producteurs sont généralement fixés pour toute la saison. Cette année, ils étaient compris entre 300 et 350 FCFA le kilo de coton graine en Afrique de l'Ouest et 280 FCFA au Cameroun. Un prix stable ou en légère hausse selon les pays, par rapport à l'année précédente, mais trop élevé par rapport au cours mondial. Résultat, la campagne a été difficile et le coton africain a eu du mal à se vendre, avec de multiples conséquences pour tous les acteurs de la filière. À lire aussiLe coton retrouve des couleurs sur fond d'incertitudes sur l'offre Coton et engrais, deux prix à équilibrer Un ou deux pays ont déjà fait savoir, sans l'officialiser, qu'ils allaient annoncer un maintien des prix, mais ailleurs il ne faut pas exclure une baisse, explique Youssouf Djimé Sidibé, secrétaire permanent de l'Association des producteurs de coton africain (l'APROCA). L'impact de ce prix pour les producteurs dépendra beaucoup de celui des engrais. Les cotonculteurs seront en effet plus enclins à accepter un prix en baisse s'il s'accompagne d'une diminution des coûts de production, sachant que les engrais sont avancés par les sociétés cotonnières, et ensuite remboursés sur la vente de la récolte. Or le contexte actuel est plutôt à une flambée du prix des intrants, que seule une subvention gouvernementale pourrait atténuer. La prochaine récolte se joue en ce moment, résume un spécialiste de la filière. Un acteur de la filière coton camerounaise confirme : « Si le prix garanti aux producteurs n'est pas au moins équivalent à celui de l'an dernier, ils risquent de se décourager avant même le début des semis car ils ne peuvent pas se permettre de produire à perte. » À lire aussiLes cotonculteurs africains réclament des subventions pour les pesticides Impact de la hausse des cours La hausse des cours mondiaux ces dernières semaines peut-elle avoir un impact sur les prix payés au producteur ? Ces prix élaborés pour l'année sont le résultat d'une formule mathématique qui est à peu près similaire dans tous les pays : elle dépend de la santé financière des sociétés cotonnières, du cours du dollar et de la moyenne des cours mondiaux calculée sur plusieurs mois. Or les cours mondiaux n'ont augmenté de manière significative que depuis peu. Un peu tard, pour avoir une véritable influence sur les prix. L'impact est surtout psychologique : un producteur voyant les cours mondiaux orientés à la hausse depuis plusieurs semaines aura peut-être du mal à accepter qu'on lui propose moins que l'année dernière pour acheter son coton. À lire aussiLes acteurs de la filière coton oscillent entre euphorie et inquiétude

Craignant une prise de contrôle d'actionnaires liés à la Chine dans l'entreprise Northern Minerals, le gouvernement australien est intervenu pour la deuxième fois en un an au nom « de la sécurité nationale ». Sur son site Internet, Northern Minerals affiche l'ambition de devenir « la principale source de terbium et de dysprosium, hors de Chine ». Ces deux métaux appartiennent à la catégorie des terres rares, des minéraux critiques dont les propriétés, notamment magnétiques, en font un vecteur indispensable de la transition verte. Ils entrent tous les deux dans la composition des véhicules électriques, par exemple, il faut du dysprosium pour fabriquer des éoliennes. Mais on les trouve aussi dans les smartphones… et dans bon nombre de technologies militaires. Les terres rares : un puissant levier de négociation pour la Chine Or, la Chine contrôle largement la production et le raffinage de ces terres rares : d'après les experts, 85 % de la production de dysprosium serait sous contrôle chinois. Quant au terbium, il fait partie d'une liste de métaux dont la Chine a fortement restreint les exportations en réponse aux droits de douane américains. Une décision qui a fait monter les prix : ils sont aujourd'hui 4 à 5 fois supérieurs à ce qu'ils étaient en avril 2025. Et Pékin ne s'est pas arrêté là. Consciente qu'elle dispose d'un puissant levier de négociation, la Chine a continué à investir dans les entreprises étrangères qui pourraient menacer son quasi-monopole. Des investisseurs chinois contraints de vendre des actions de Northern Minerals Northern Minerals ne fait pas exception. Ces dernières années, des investisseurs chinois y ont pris des participations importantes. Une influence croissante visible au conseil d'administration de l'entreprise : le directeur exécutif se présente comme ancien président du conseil des entreprises sino-australiennes. On y trouve aussi deux directeurs non exécutifs chinois : le premier travaillait auparavant pour la banque chinoise d'investissement, le second pour un fonds d'investissement privé basé à Pékin. En juin dernier, l'organe chargé d'examiner les investissements étrangers pour le compte du gouvernement australien avait déjà sonné l'alerte, poussant le ministre de l'Économie à intervenir. Plusieurs investisseurs chinois avaient été forcés de vendre une partie de leurs actions, alors qu'ils tentaient de s'imposer au conseil d'administration. C'est donc la deuxième fois en moins d'un an que Canberra intervient pour empêcher une prise de contrôle de l'entreprise par la Chine. Pékin de son côté dénonce « une utilisation abusive du concept de sécurité nationale » et « une entrave aux activités d'investissement normales ». À lire aussiL'Australie renforce sa position de fournisseur de terres rares

Dans le cadre de la présidence du G7, la France cherche à développer des partenariats au sein de l'UE et à l'extérieur afin de faire concurrence au monopole chinois sur les minerais critiques. Le prochain rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) est en cours de préparation. RFI a eu accès aux grandes lignes avant sa publication. Face à une forte croissance de la demande en minerais critiques, deux grands enjeux se dégagent. Le premier concerne les volumes. Y aura-t-il suffisamment de production dans le monde pour faire face à la demande ? À ce sujet, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a constaté des progrès. Nickel, cobalt ou graphite… de nombreux projets ont été annoncés ces dernières années. « L'offre attendue est en bonne voie pour répondre aux besoins d'ici 2035 », rassure un expert de l'agence. Cependant, « des déséquilibres se profilent à l'horizon » pour d'autres minerais comme le cuivre et le lithium. Le deuxième enjeu, c'est la concentration des régions de traitement et de raffinage de ces minerais. Dans ce domaine, pas de progrès. Un seul fournisseur dominant, toujours le même : la Chine. À lire aussiLes prix du cuivre tirés vers le bas par la guerre au Moyen-Orient Une concentration de la capacité de transformation L'AIE réalise le suivi de 20 minerais stratégiques utilisés dans le secteur de l'énergie, des technologies de pointe et de l'aérospatial. Son constat : la Chine domine le raffinage de 19 d'entre eux et représente 70 % des parts de marché. Ce qui est inquiétant, c'est que cette concentration augmente même d'année en année. 2025 a marqué par ailleurs un tournant. Des restrictions sur les exportations ont été annoncées par les fournisseurs dominants, qu'ils soient chinois ou non. Sur les 20 minerais scrutés, 11 font déjà l'objet de limitations. L'exemple des aimants est très parlant. Présents dans certaines technologies de la transition écologique, comme les moteurs des éoliennes, ils sont également indispensables dans des produits du quotidien, comme les véhicules thermiques. Ils servent pour le contrôle de la direction assistée, du freinage, pour les vitres… Indispensables donc, mais tous sont produits en Chine. À écouter dans Accents du mondeL'enjeu des minerais critiques Industrialiser des filières En avril 2025, quand Pékin a annoncé des restrictions aux exportations, les constructeurs européens et américains se sont retrouvés en grande difficulté. Cette restriction a finalement été mise en pause jusqu'à novembre 2026. Mais si la Chine mettait à nouveau ces menaces à exécution, l'AIE a estimé que les conséquences pour les secteurs qui dépendent de ces aimants se chiffreraient de l'ordre de 6,5 trillions de dollars. Pour faire face à cette dépendance, il faut donc identifier des filières et les contrôler de A à Z, de la mine au produit fini. Et ce n'est pas si simple. Il y a des limites à l'accès aux minerais mais aussi aux technologies. Les limites sont aussi financières : impossible même à l'échelle européenne d'industrialiser l'ensemble des filières. Dans un schéma où, quoi qu'il en soit, la Chine vend souvent en dessous du coût de production. Difficile donc de motiver les investissements quand on sait qu'on ne sera pas compétitif. À lire aussiMinerais critiques en Afrique: «L'objectif est de devenir un continent où il y a des mines et des raffineries»

Devenue le plus gros fournisseur de gaz naturel de l'UE depuis l'invasion russe de l'Ukraine, la Norvège propose d'augmenter sa production afin d'assurer la sécurité d'approvisionnement de ses voisins européens. C'est essentiel pour la Norvège et pour l'Europe, a martelé récemment le Premier ministre norvégien. De quoi s'agit-il ? Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont montré la vulnérabilité du continent européen en matière d'approvisionnement énergétique. Actuellement, le gaz fourni par la Norvège à l'Union européenne couvre près d'un tiers de ses besoins. La vulnérabilité énergétique de l'Europe Parmi les autres fournisseurs figurent les États-Unis, l'Algérie, le Royaume-Uni, l'Azerbaïdjan, le Qatar, mais aussi la Russie. Ces dernières années, les États membres ont pourtant réduit leur dépendance à l'égard du gaz russe. Mais se couper du gaz russe prendra du temps. Tirées par la France, l'Espagne et la Belgique, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe par l'Union européenne ont ainsi augmenté de 16% au premier trimestre 2026, pour atteindre presque 7 milliards de m3, un record depuis 2022. L'exploitation des vieux champs gaziers reprend Pour fournir l'Union européenne, la production norvégienne tourne déjà à plein régime. Situés à moins de dix kilomètres à l'ouest du gigantesque gisement Ekofisk, trois champs gaziers fermés en 1998 abritent toujours du gaz. Entre 90 et 120 millions de barils équivalent pétrole pourraient être ainsi fournis. L'exploitation de ce site nécessitera près de 2 milliards d'euros d'investissement et sera conduite par le groupe américain ConocoPhilips. Elle débutera en 2028 et durera jusqu'en 2048. Oslo propose aussi à la prospection 70 nouveaux sites en mer du Nord, mer de Norvège et mer de Barents. Les ONG sont déçues La décision de la Norvège frustre les organisations écologistes norvégiennes. Selon elles, le gouvernement norvégien accentue la dépendance mondiale aux énergies fossiles au lieu d'assurer la transition énergétique de l'économie. À lire aussiLe gaz naturel liquéfié russe importé dans l'Union européenne atteint un niveau record depuis 2022

Les prix du coton poursuivent leur ascension. La tendance qui se dessine depuis début février se confirme et redonne le sourire aux acteurs de la filière. Cette évolution des cours est saluée sur le continent africain. Cette évolution des cours est une bonne nouvelle pour l'Afrique : les cours, qui évoluent en ce moment autour de 85 cents la livre – contre 65 cents la livre début janvier – sont enfin passés au-dessus du coût de revient. Ce qui n'était pas le cas il y a quelques semaines encore. Les volumes d'Afrique de l'Ouest ont eu du mal à se vendre cette année en raison de cours mondiaux écrasés par l'abondance de coton brésilien, qui n'ont pas été suffisamment rémunérateurs pour les pays producteurs, notamment pour ceux du continent africain : partout où les prix garantis aux cotonculteurs étaient fixés pour toute la durée de la campagne, ils ont été trop décalés, trop élevés par rapport au niveau du marché. La remontée des cours redonne l'espoir aux sociétés cotonnières d'équilibrer leurs comptes pour la saison qui se termine, comme le relève Mambo Commodities dans sa dernière lettre de marché. Des acheteurs frileux devant les prix Ce qui assombrit le tableau, c'est que l'industrie de la filature ne se précipite pas pour acheter du coton. On s'approche de plus en plus d'un prix d'un dollar la livre, un seuil psychologique pour les industriels. « Certains acheteurs se renseignent et renoncent finalement », confie un de nos interlocuteurs. Les filatures sont d'autant plus réticentes à acheter qu'elles ont beaucoup souffert économiquement de la baisse de la demande textile ces dernières années, n'arrivant plus à vendre le fil à un prix suffisant pour assurer leur rentabilité. « Le négoce est scotché », résume un négociant en coton. Mais rien n'est figé. Le ministère américain de l'Agriculture (USDA) prévoit pour cette campagne une demande qui devrait rester bonne chez les cinq plus grands importateurs – en tête le Vietnam qui pourrait acheter, selon l'USDA, jusqu'à 8 millions de balles, soit un record si cela se confirme –, ce qui plaide pour des prix qui pourraient se maintenir, au moins à leur niveau actuel. Dans cette équation, il faudra cependant intégrer l'Inde – 6e importateur mondial –, qui pourrait acheter moins, « deux fois moins » selon les prévisions du ministère américain de l'Agriculture. Une production en baisse de 5% L'autre point qui pèsera dans la balance des prix de 2026, c'est la production. Le ministère américain de l'Agriculture a revu ses prévisions à la baisse, selon les derniers chiffres mensuels sortis cette semaine : la récolte mondiale devrait chuter cette année de 5% pour atteindre 116 millions de balles, en raison de productions plus basses en Australie, au Brésil, en Chine, au Pakistan, en Turquie et aux États-Unis. Ces baisses constituent un signal positif pour les prix, tout comme l'est aussi la flambée des prix des fibres synthétiques qui suivent ceux du pétrole, et la perspective du retour du phénomène climatique El Niño. L'équation est comme toujours complexe, d'où les doutes qui demeurent sur la pérennité des niveaux de prix actuels, selon Mambo Commodities.

Le volume total de diamants échangés à Anvers, en Belgique, a augmenté de 20%, au premier trimestre 2026, par rapport à la même période l'année dernière. Ce chiffre est même de 35% pour les importations de pierres brutes, par opposition aux pierres taillées. Cette augmentation de l'activité à Anvers n'est pas directement liée à la guerre au Moyen-Orient : elle a débuté à l'été 2025 et s'est réellement consolidée au mois de décembre. Le Centre mondial du diamant d'Anvers (AWDC) explique cette relance du commerce par une série de mesures prises pour renforcer l'attractivité du secteur belge. Parmi ces mesures, on peut citer l'introduction d'une directive sur les visas plus efficace pour faciliter l'accès des négociants étrangers à un titre de séjour temporaire ou encore des procédures de recrutement de travailleurs étrangers spécialisés, simplifiées depuis le 1er janvier. « Avec ces facilités, les négociants sont moins tentés de délocaliser leur activité », explique un des représentants du secteur. Impact de guerre au Moyen-Orient Le conflit au Moyen-Orient a joué tout de même un rôle. La guerre a affecté de nombreux flux, y compris ceux des pierres précieuses. Ces dernières années, Dubaï est devenu une place importante du négoce de diamants. Mais ce hub a été mis à l'épreuve avec la guerre. L'interruption temporaire des vols et les craintes sécuritaires ont réorienté une partie des flux de pierres vers la ville d'Anvers, la stabilité étant un des critères qui compte pour les négociants. Difficile cependant de chiffrer l'impact précis sur l'activité à Dubaï, la capitale économique des Émirats arabes unis ne publiant pas ses chiffres. Dubaï, un hub du diamant Malgré le contexte actuel, Dubaï est loin d'avoir perdu sa place. L'émirat offre toujours une fiscalité très avantageuse et toutes les facilités administratives nécessaires à l'installation d'une société, et ce en particulier depuis la mise en place d'une zone franche dédiée aux traders en matières premières : le Dubai Multi Commodities Centre (DMCC). La règlementation en terme de transparence financière et de traçabilité des pierres y est également beaucoup moins contraignante qu'en Belgique. Autre avantage : Dubaï est situé au croisement des marchés occidentaux, des producteurs africains et à seulement 3 heures d'avion de l'Inde, le pays où sont taillées la majorité des pierres. « Certains commerçants et négociants ont trop investi pour se retirer définitivement », résume un de nos interlocuteurs, même si la durée du conflit au Moyen-Orient a de quoi les rendre nerveux. À lire aussiLe Canada, un géant mondial du diamant aux mines vieillissantes

Le manque de gaz du Moyen-Orient dope la demande en charbon. C'est ce que montrent les chiffres du commerce mondial : alors qu'à cette période de l'année, les achats de combustible ralentissent généralement, les pays de l'hémisphère Nord sortant de leur période de chauffe, la tendance est différente cette année. Pourtant plus polluant que le gaz ou le pétrole, le charbon thermique a de nouveau la cote, pour assurer une production stable d'électricité. Les importations du mois de mai pourraient atteindre 460 000 tonnes, soit un des trois plus hauts niveaux jamais enregistrés en un mois, selon les données maritimes de Kpler, rapportées par le Financial Times. Sans grande surprise, les achats ont augmenté en Asie, une région du monde particulièrement dépendante en gaz du Moyen-Orient. Des pays qui limitaient l'utilisation de ce combustible, ou avaient mis en pause des centrales à charbon, ont renoncé à leurs bonnes intentions. On peut citer la Thaïlande, la Corée du Sud, le Vietnam ou encore le Japon. Le mois dernier, les exportations de charbon vers l'UE ont aussi augmenté de plus d'un quart. Forte demande chinoise La Chine, plus grand pays consommateur au monde, est aussi responsable de ce boom du commerce du charbon. L'industrie chinoise a notamment augmenté ses importations depuis le début du conflit au Moyen-Orient, pour fabriquer des produits pétrochimiques : il existe en effet une chimie du charbon qui permet d'obtenir des dérivés d'ordinaire issus du gaz et du pétrole. Selon le quotidien britannique, cette demande chinoise a contribué à faire bondir les prix de référence du charbon en Asie à leur plus haut niveau depuis deux ans. Ce n'est pas exclu qu'ils connaissent un nouveau sursaut, à l'approche de l'été : la mise en route des climatiseurs pèse sur la demande en électricité. Prix du charbon et prix du fret en hausse Cette hausse de la consommation se traduit dans les prix. Les cours connaissent leur plus forte hausse depuis la guerre en Ukraine. À cette période, les prix avaient littéralement explosé suite à la volonté des Occidentaux de limiter leur dépendance au gaz et au charbon russes. Cette augmentation intervient dans un marché déjà tendu en raison de restrictions à l'exportation mises en place par l'Indonésie, le plus grand exportateur mondial de charbon thermique. La demande a aussi un impact sur les taux de fret maritime : selon l'agence de tarification Argus Media, le transport de charbon au départ de l'Indonésie a augmenté, entre mai et février, de 60 à 75 %, tandis que celui au départ de l'Australie a grimpé de 40 à 50 %. À lire aussiLe charbon vert, une alternative

Le prochain bras de fer commercial entre l'Europe et les États-Unis pourrait concerner les engrais agricoles. Et plus précisément la potasse, un minerai méconnu du grand public, mais absolument vital pour l'agriculture mondiale et dont les Américains sont très dépendants. Les États-Unis importent plus de 90 % de leur consommation de potasse. Une vulnérabilité majeure pour la première puissance agricole mondiale et un moyen de pression potentiel contre le pays. En novembre dernier, Washington a ajouté la potasse à sa liste des minéraux critiques, aux côtés du lithium ou du nickel. Si cette matière première est désormais considérée comme « essentielle à la sécurité économique et nationale » des États-Unis, c'est parce qu'elle est devenue un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire du pays. La potasse permet d'enrichir les sols et de maintenir les rendements agricoles, notamment pour le maïs, le soja ou le blé. Sans elle, les coûts des engrais explosent et la production peut rapidement chuter. Or les réserves mondiales sont concentrées dans une poignée de pays, au premier rang desquels le Canada, premier producteur mondial. Les États-Unis sont donc extrêmement dépendants : plus de 90 % de leur consommation est importée, principalement depuis l'Ouest canadien, dans la province de Saskatchewan, qui concentre à elle seule une grande partie des réserves mondiales exploitables. Point de vulnérabilité Dans un contexte de tensions commerciales croissantes avec Donald Trump, plusieurs capitales européennes cherchent à identifier les points faibles des chaînes d'approvisionnement américaines. L'idée n'est pas forcément de déclencher une guerre commerciale, mais d'avoir des leviers dans les négociations. Et parmi les vulnérabilités identifiées : la potasse. L'Allemagne estime avoir une carte à jouer via le groupe minier K+S, présent lui aussi en Saskatchewan avec sa propre exploitation. Mais toucher aux exportations de potasse serait politiquement très sensible au Canada. La Saskatchewan, province très conservatrice et fortement dépendante du secteur minier en termes de ressources et d'emplois, refuse toute idée de taxe ou de restriction sur ses exportations. Diversifier les approvisionnements Oui, parce que dans un contexte de hausse des prix des engrais et de tensions sur l'approvisionnement, les Américains cherchent des alternatives. Les États-Unis regardent de nouveau vers la Biélorussie, autre géant mondial de la potasse, longtemps sanctionné par les Occidentaux en raison de sa proximité avec Moscou. Certaines sanctions américaines ont récemment été assouplies envers le pays afin de sécuriser cet approvisionnement stratégique. Washington réfléchit même à investir directement dans une mine biélorusse de potasse, un scénario encore inimaginable il y a deux ans. À lire aussiLe monde peut-il se passer de la potasse biélorusse?

C'est un autre aspect de la mondialisation : une affaire de tromperie sur l'origine de produits agricoles. L'affaire a été dévoilée récemment par The Guardian. D'après le quotidien britannique, Taïwan accuse la Chine de « blanchir » ses légumes en les faisant transiter par le Vietnam. Il n'est pas question d'une recette de cuisine. L'accusation porte sur la provenance de ces produits. C'est le ministre taïwanais de l'Agriculture qui a tiré la sonnette d'alarme. Selon lui, les entreprises chinoises feraient entrer clandestinement à Taïwan des produits agricoles cultivés en Chine en les faisant transiter par le Vietnam voisin. Plusieurs légumes sont concernés, tels que le chou chinois et les champignons shiitake. Ces produits seraient reconditionnés au Vietnam et réexpédiés à Taïwan sous une étiquette vietnamienne. Les produits de la Chine continentale interdits à Taïwan Depuis des années, les relations entre les deux pays sont exécrables. Le secteur agricole est souvent victime de mesures de rétorsion réciproques. En 2021, sous un prétexte sanitaire, Pékin a suspendu l'importation des ananas en provenance de l'île rebelle. En 2024, Taïwan a interdit l'importation de plus de 1 000 produits chinois issus de l'agriculture et de la pêche. Mais les entreprises chinoises auraient trouvé la parade pour contourner cette interdiction en faussant l'origine de leurs produits. À écouter dans Grand reportageTaiwan secoué par les infiltrations chinoises Un certificat d'origine vietnamien Selon une députée taïwanaise du Parti démocrate progressiste, citée par le quotidien britannique, il est très facile de se procurer un certificat d'origine vietnamienne officiel pour environ 410 dollars. Taipei n'hésite pas à comparer ce procédé au blanchiment d'argent. Parmi les moyens de contrôle évoqués par le ministère figure une surveillance aérienne qui devrait permettre de cartographier la quantité de produits en provenance de certaines régions du Vietnam. Si le volume exporté vers Taïwan dépasse un certain seuil, les contrevenants risquent de lourdes sanctions. Des cas de fraude en Europe Ce type de fraude n'est évidemment pas nouveau. En Europe, des cas de fraude à l'origine existent aussi. Exemple, dans le secteur de l'avocat. Des fruits produits au Maroc sont ainsi « hispanisés », c'est-à-dire vendus sous une étiquette espagnole, et parfois même « bio », alors qu'ils ne le sont pas. « Les volumes en jeu ne sont pas neutres, même s'ils sont en régression », précise un expert du secteur. Le plus souvent c'est le consommateur qui trinque. On lui vend plus cher un produit qui est à l'origine moins onéreux et ce sous une étiquette trompeuse. Autre exemple : du vin espagnol étiqueté français, une fraude massive épinglée par Bercy dans le sud de la France, en 2018. Mais aussi des sauces et des concentrés de tomates vendus dans des supermarchés en Europe sous une étiquette italienne, derrière laquelle se cachent des tomates cueillies en Chine par des travailleurs forcés ouïghours. Un procédé toujours en cours, alors qu'à compter du 14 décembre 2027, les produits issus du travail forcé ne pourront plus être mis en circulation sur le marché de l'Union européenne. À lire aussiL'UE veut bannir les produits issus du travail forcé, notamment la production ouïghoure

C'est un petit fruit sec, mais il souffre lui aussi des turbulences engendrées par le conflit du Moyen-Orient : la noix de cajou ou l'anacarde, comme on l'appelle souvent en Afrique. Deux géants du secteur, l'Inde et le Vietnam sont directement touchés par les tensions autour du détroit d'Ormuz. L'inde et le Vietnam sont les deux poids lourds asiatiques, grosso modo les deux principaux importateurs de noix brutes, qu'ils décortiquent dans leurs usines et réexportent en partie ou en quasi-totalité - sous forme d'amandes - sur le marché mondial. C'est là que la conséquence de la guerre se fait sentir car le Vietnam écoule 10% de sa production au Moyen-Orient et l'Inde y exporte la moitié environ de ce qu'elle commercialise. Les statistiques du premier trimestre, depuis peu disponibles, attestent d'un ralentissement brutal des achats des pays du Golfe : en mars, premier mois du conflit, l'Inde n'a expédié que trois conteneurs d'amande de cajou vers les Émirats arabes unis, son plus gros client, aucun vers le Qatar, Bahraïn, l'Irak et l'Iran, qui sont pourtant des clients importants de l'industrie indienne, précise le dernier bulletin du service agricole N'Kalô qui a compilé les données de ces deux pays. Sur l'ensemble du premier trimestre, la baisse des achats est sensible dans tous les pays du Golfe persique, y compris à Oman, en Arabie saoudite, ou encore au Koweït. Hausse de stocks au Vietnam et en Inde. Ces géants de la transformation de l'anacarde n'avaient pas anticipé la quasi fermeture d'un de leur marché, et avaient au contraire acheté beaucoup de noix brutes avant que le conflit n'éclate. Les importations indiennes du premier trimestre ont atteint plus de 255 000 tonnes, - de Tanzanie et du Mozambique pour des raisons de calendrier agricole - c'est beaucoup plus que les années précédentes. Comme l'Inde a vu sur les trois premiers mois ses exportations globales baisser d'environ 20%, son niveau des stocks est élevé, comme au Vietnam qui a été bien approvisionné également au premier trimestre. À lire aussiLa demande états-unienne, la grande inconnue du marché de la noix de cajou en 2026 Demande qui faiblit pour la noix africaine Conséquence de cette situation, la demande pour la noix de cajou ouest-africaine est faiblarde. Les acheteurs indiens et vietnamiens sont moins pressés de souscrire des contrats d'approvisionnement à long terme, et plus durs en affaire. Les industriels occidentaux aussi sont prudents et passent leurs commandes au fur et à mesure, ne sachant pas à quoi va ressembler la demande dans les prochains mois. Difficile de dire précisément quelle va être la production ouest-africaine cette année, à ce stade, mais elle ne sera peut-être pas si mauvaise que certains ne le pensaient : en Côte d'Ivoire près d'un million de tonnes auraient déjà été commercialisées, ce qui correspondrait à peu près au volume de l'année dernière, selon les sources de N'kalô. Si l'offre est bonne et la demande en diminution, les prix devraient baisser. Cette baisse est déjà perceptible chez les pays producteurs et « ce n'est peut-être que le début » prévient Pierre Ricau, analyste senior de N'kalô. À lire aussiAnacarde en Côte d'Ivoire: vers un renforcement de la transformation locale?

Les prix du maïs européen continuent de grimper dans un marché mondial stressé à la fois par le climat, le coût des engrais et la hausse des cours du pétrole. En Europe, certains contrats d'achat de maïs ont atteint leur plus haut niveau depuis deux ans. La hausse des prix est très marquée sur le maïs issu de la dernière récolte, c'est-à-dire pour les grains prêts à être exportés. En moins d'un mois, leur cours a augmenté de plus de 20 euros la tonne à Bordeaux, l'un des points d'entrée et de sortie en Europe, selon les données d'Argus Media France. Cette hausse n'est pas directement liée à la guerre au Moyen-Orient, puisqu'on parle de grains qui ont déjà été récoltés, mais elle reflète une impression de rareté : « L'offre européenne n'est pas fantastique », résume Gautier le Molgat, directeur d'Argus Media France. Plusieurs fournisseurs des 27 sont moins présents. C'est le cas de l'Ukraine, qui accuse des retards logistiques : « Les chiffres d'exportation du printemps sont beaucoup plus faibles qu'attendus. » La tentation de l'éthanol Les Européens espéraient aussi acheter plus aux États-Unis et au Brésil, mais ces deux pays ont alloué une part importante de leur récolte à la transformation en éthanol. La guerre en Iran et la hausse du pétrole ont renforcé l'intérêt pour les carburants alternatifs, ce qui a capté une partie du maïs destiné à l'alimentation animale et humaine. Devant cette moindre disponibilité, les prix à la bourse de Chicago ont atteint leur plus haut niveau depuis un an, alors qu'en Europe, le maïs acheté pour une livraison en juin a retrouvé son niveau de mai 2024. Ce sentiment de manque de grains jaunes pousse d'ailleurs des fabricants européens d'aliment bétail à se reporter en partie sur d'autres céréales, comme le blé. À lire aussiExceptionnellement, le cours du maïs européen plus haut que celui du blé Réduction des surfaces plantées Les prix de la prochaine récolte, qui est en train d'être semée, sont aussi en hausse : il est question là des grains commercialisés aujourd'hui, mais qui seront livrés à partir de novembre. Cette future récolte européenne s'achète à un prix qui reflète la baisse attendue des surfaces. En France, par exemple, elles s'annoncent en chute d'environ 15% par rapport à l'an dernier – qui avait été une très bonne année. Même tendance en Roumanie, l'autre grand producteur européen : les surfaces devraient être au plus bas depuis une dizaine d'années, selon l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM). Cette réduction n'est pas seulement la conséquence de l'explosion du coût des intrants, mais leur hausse – de 50 à 60% selon les catégories – a évidemment conforté les intentions déjà prises par les agriculteurs de planter moins de maïs, au profit du tournesol, par exemple, ou d'une autre culture moins consommatrice d'engrais. Aux États-Unis, les prévisions anticipent également une baisse des assolements en maïs au bénéfice essentiellement du soja. À lire aussiPlus de soja et moins de maïs, le choix des agriculteurs états-uniens

Le compte à rebours du secteur du diamant a commencé au Canada. Le pays est dans le top 5 des producteurs mondiaux, mais plusieurs de ses mines sont en train de livrer leurs derniers carats. Celle de Diavik, dans le nord du pays, a ainsi cessé toute activité. La mine de diamants de Diavik vient de cesser ses activités après avoir produit, en un peu plus de 20 ans, 150 millions de carats, comme le rapporte le Financial Times, soit des milliards de dollars de revenus. Dans ce qu'on appelle les Territoires du Nord-Ouest, où sont extraits l'essentiel des diamants, deux mines sont encore en activité et devraient fermer en 2029 et en 2031. Cela fait plus de dix ans que le Canada fait partie des principaux producteurs mondiaux, avec la Russie et le Botswana. Dans le pays comme ailleurs, l'économie minière a cependant été affectée par l'effondrement des prix mondiaux des pierres précieuses. « Il y a encore du potentiel, mais au prix actuel du diamant, je ne vois pas d'investisseurs risquer les sommes nécessaires », confie un industriel du secteur. Des prix peu incitatifs Les trois mines des Territoires du Nord-Ouest du Canada n'ont guère de raison d'espérer de nouveaux investissements. Pour ne citer qu'un exemple, les projets d'expansion de la mine de Gahcho Kué, exploitée à 51% par De Beers, ont été suspendus en raison des « conditions de marché ». C'est l'argument avancé par le géant minier, qui est en pourparlers pour licencier 5% de ses effectifs du site, selon le quotidien britannique. Le diamant fait partie des produits non essentiels qui ont souffert du ralentissement de l'économie mondiale ces dernières années, et de l'inflation. L'essor du diamant synthétique a participé au bouleversement du secteur. Leur popularité n'a cessé de croître sur le marché des États-Unis, le premier pays consommateur. L'impact du diamant synthétique Ce raz de marée du synthétique a fait baisser les prix, y compris ceux des pierres naturelles. Selon l'analyste Paul Zimnisky, cité par le Financial Times, la production naturelle atteindra bientôt son niveau le plus bas depuis la fin des années 1980. De Beers a perdu environ 1,5 million de dollars par jour en 2025 et a vu sa valeur dépréciée à trois reprises en trois ans. Anglo American, sa maison mère, est toujours décidée à se séparer de sa filiale. La division diamants de Rio Tinto ne va pas beaucoup mieux : elle a enregistré une perte de 200 millions de dollars sur l'ensemble de l'année dernière, relève le Financial Times. La directrice des activités fer, titane et diamants du groupe met aussi en avant un « contexte de marché très difficile ». Au premier trimestre, le prix des diamants bruts a chuté de 27% selon le Centre des diamants d'Anvers en Belgique, l'Antwerp World Diamond Centre, qui précise dans un communiqué que « celui du diamant taillé semble se redresser progressivement, et a augmenté de plus de 11% » par rapport à l'année dernière.

Un excellent premier trimestre 2026 : c'est ce qu'annoncent les grandes maisons de négoce du secteur pétrolier. Les perturbations des flux engendrées par la guerre au Moyen-Orient ont permis à ces acteurs de réaliser des profits exceptionnels. Les résultats de Glencore sont emblématiques de ces records enregistrés. La maison de négoce a annoncé de très bons résultats pour les trois premiers mois de l'année 2026. La branche commerciale du géant suisse, celle qui s'occupe de l'activité de trading, a donc revu en fin de semaine dernière ses prévisions annuelles, et table sur un bénéfice de 3,5 milliards de dollars, ce qui serait un de ses meilleurs résultats. Glencore est loin d'être le seul négociant à avoir profité de la situation compliquée, engendrée par la guerre au Moyen-Orient : Vitol, Gunvor mais aussi Mercuria ont communiqué des résultats exceptionnels, allant jusqu'à dépasser en un trimestre leur bénéfice de 2025. Hausse des prix, volatilité et profits Plusieurs mécanismes expliquent ces gains financiers. La guerre a privé le marché d'une grosse partie du pétrole du Moyen-Orient, ce qui a fait flamber les cours : les cargaisons de brut et de produits raffinés réellement disponibles se sont vendues à des prix exorbitants. « On a vu le pétrole de Dubaï se négocier à 160 dollars le baril et le kérosène à plus de 200 dollars », témoigne le PDG de Gunvor, cité par l'agence Bloomberg. Les prix n'ont pas fait que grimper ; la période s'est caractérisée aussi par une grande volatilité. C'est précisément sur les variations, sur les écarts entre le prix d'achat et le prix de vente, que les traders, s'ils font les bons choix, réalisent des profits. Même sans déplacer physiquement du pétrole, et sans livrer expressément des barils à un acheteur, ils peuvent gagner énormément. En contrepartie, ils prennent aussi de gros risques. Des contentieux qui vont minorer certains bénéfices Ces bénéfices seront peut-être cependant moins élevés qu'ils auraient pu l'être. La guerre n'est pas que synonyme de profit. Elle a entraîné le plus gros choc d'approvisionnement en pétrole de l'histoire, et donc de multiples défauts de livraisons, qui ont engendré des contentieux impliquant PetroChina, TotalEnergies ou encore Shell. À chaque fois, la question centrale est celle de la responsabilité, à savoir : qui est fautif de ne pas avoir effectué des livraisons prévues par des contrats ? Sachant, par ailleurs, que ces cargaisons de pétrole sont généralement achetées et vendues plusieurs fois, même pendant le chargement des pétroliers. Les grandes maisons de trading ont dit s'attendre à un bond des réclamations et des batailles juridiques, tant que la crise sera d'actualité. Selon l'agence Bloomberg, les litiges en cours et à venir pourraient se chiffrer en milliards de dollars. À lire aussiBP, TotalEnergies: la guerre au Proche-Orient dope les bénéfices des majors pétrolières

Le marché du tungstène est de plus en plus serré et les prix battent des records. Ce qui tire les prix vers le haut, c'est une demande militaire de plus en plus forte pour ce métal réputé pour sa dureté et sa résistance à des températures élevées. Le tungstène est prisé par le secteur de la défense en raison de sa dureté et de sa résistance extrême à la chaleur : son point de fusion est le plus élevé de tous les métaux, 3 422 °C, ce qui permet aux composants qui en contiennent d'être ultra-résistants et de supporter des températures élevées sans se déformer. Le tungstène est présent dans les blindages, les superalliages des moteurs des avions et surtout dans la plupart des munitions, explique Raphaël Danino-Perraud, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Avec plusieurs milliers de missiles utilisés, la guerre au Moyen-Orient est devenue un accélérateur des besoins en tungstène, des besoins qui pourraient augmenter cette année d'au moins 10 % pour le seul secteur militaire. L'offre chinoise toujours restreinte Cette demande pèse sur les prix car, du côté de l'offre, la Chine ne suit pas. Dans ce secteur, comme dans beaucoup d'autres, c'est l'empire du Milieu qui donne le ton. Le pays contrôle entre 75 et 80 % de l'approvisionnement, mais a mis en place l'année dernière plusieurs mesures de restriction à l'exportation. Ces limitations s'ajoutent au vieillissement des mines et au manque d'investissement qui a engendré une baisse de la production et « une pénurie structurelle d'approvisionnement en tungstène en Chine », selon Argus Media. Le décalage entre l'offre et la demande se traduit dans les prix : le produit issu du premier raffinage du minerai brut, le paratungstate d'ammonium (APT), s'affiche à 3 000 dollars la tonne, soit une hausse de 200 % depuis janvier et de 500 % en un an, selon Argus Media. À lire aussiLes prix du tungstène encore soutenus par les restrictions chinoises en 2026 Des prix incitatifs pour le secteur minier Les prix actuels pourraient favoriser l'investissement et accélérer le développement ou la relance de plusieurs mines au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada. Les prix faciliteront peut-être également la montée en puissance d'une autre mine de tungstène, en Corée du Sud, qui vient d'être rouverte après une trentaine d'années d'inactivité. À lire aussiLes 12 matières premières essentielles au secteur de la défense selon l'Otan

Les cours du blé ont grimpé à leur plus haut niveau depuis deux ans à la bourse de Chicago. Une hausse guidée par des préoccupations climatiques, sans lien direct avec la guerre au Moyen-Orient. Ce qui inquiète les marchés, c'est la situation aux États-Unis. La première estimation officielle sur les rendements sera communiquée le 12 mai, par le ministère américain de l'Agriculture (USDA), mais il est déjà acquis que les blés semés à l'automne dernier dans les grandes plaines céréalières du centre du pays ont subi plusieurs semaines de sécheresse, que les prochaines pluies ne suffiront pas totalement à gommer. Ces inquiétudes climatiques influencent aujourd'hui directement les prix, beaucoup plus que les soubresauts de la guerre au Moyen-Orient, qui, in fine, ont fait très peu bouger les lignes depuis deux mois. Si les prix réagissent autant, c'est notamment en raison du calendrier : c'est la période de la floraison pour les blés américains et le moindre mauvais signal suffit à faire réagir les cours. Les marchés anticipent par ailleurs une prochaine récolte en baisse de 20 % en Australie – soit 29 millions de tonnes – selon le bureau australien de l'USDA, une réduction liée à la sécheresse croissante dans le pays et à la réduction des apports d'azote en 2026, selon un analyste de la Commonwealth Bank de Sydney. En face, la demande est plutôt bonne : l'Arabie saoudite vient d'acheter près d'un million de tonnes de blé à l'international. Un facteur de plus qui plaide pour des prix soutenus. À lire aussiDonald Trump: un an de politiques anti-climat aux États-Unis Le maïs suit la tendance Cette hausse des cours du blé a déteint sur ceux du maïs. Le cours du grain jaune a atteint son plus haut niveau en un an. Dans les champs, le maïs aussi a subi des conditions extrêmes aux États-Unis, avec beaucoup trop d'humidité. Les opérateurs redoutent aussi un mauvais tour de la météo au Brésil. Les modélisations annoncent un temps beaucoup trop sec dans les régions productrices. Cette hausse des cours du blé et du maïs, dans une moindre mesure, devrait avoir cependant une limite : celle imposée par les stocks mondiaux, constitués par les récoltes de 2025, qui avaient été exceptionnelles un peu partout dans le monde. Un bon niveau de stock est un indice rassurant pour les marchés et a généralement un effet modérateur sur les prix. À lire aussiLes céréales, un marché peu concerné par la situation au Moyen-Orient Le soja soutenu par les cours du brut Les oléagineux évoluent aussi dans une fourchette haute, mais pas pour une raison climatique. Les grains comme le soja répondent à une autre variable : le pétrole. Plus le brut grimpe, plus les biocarburants montent aussi et plus c'est un débouché intéressant pour les agriculteurs, mais en retour, cela crée de la tension sur les cours du soja. À lire aussiAvec la guerre au Moyen-Orient, les biocarburants reviennent en force en Asie du Sud-Est

C'est une saison compliquée pour l'arachide du continent africain : elle est devenue moins compétitive que l'arachide sud-américaine, et donc moins intéressante pour les acheteurs, en particulier pour la Chine, le premier importateur. Le pays s'est intéressé de très près, cette année, aux arachides d'Amérique latine. Le principal enjeu en Chine, c'est le prix, avant même le choix de la variété, car l'essentiel des arachides est transformé en huile. Les importateurs chinois, qui ont globalement peu acheté depuis octobre, se sont concentrés sur les producteurs qui offraient les plus bas prix et où il y avait de la disponibilité, relève le Service agricole N'kalô. La dernière récolte brésilienne a été très bonne et le pays a pu répondre à la demande. Ces derniers mois, le Brésil, comme l'Argentine, a vu exploser ses exportations d'arachides décortiquées et d'huile d'arachide vers l'empire du Milieu. Des fournisseurs africains moins présents Ce qui a défavorisé les arachides d'Afrique, c'est aussi tout simplement qu'elles ont été moins présentes sur le marché. Traditionnellement la Chine s'approvisionnait au Soudan, or la guerre a perturbé les flux. Depuis octobre dernier, pas une arachide n'a quitté le Soudan pour la Chine, selon les données de N'Kalô. La saison dernière – 2024/2025 –, le pays avait pourtant vendu à son partenaire plus de 160 000 tonnes. La Chine est généralement très active aussi au Sénégal, mais les autorités ont mis en place de mi-novembre à mi-janvier des restrictions à l'exportation pour privilégier leur industrie locale, ce qui a fait chuter les volumes sénégalais exportés. À lire aussiLe Sénégal suspend l'exportation d'arachide pour encourager la transformation locale Le Brésil et l'Argentine, des partenaires plus « fiables » ? Il y a aujourd'hui un risque que la Chine se détourne durablement de l'Afrique au profit de l'Amérique du Sud. C'est en tout cas ce qui va se jouer dans les prochaines années selon N'Kalô. Les fournisseurs habituels ont été moins fiables et ont montré qu'ils pouvaient temporairement, pour des raisons différentes, ne plus exporter, alors que les ruptures d'approvisionnement en Argentine et au Brésil sont beaucoup moins probables, relève un des experts agricoles de l'organisation. Ce qui, d'un point de vue commercial, est un atout, surtout pour un gros acheteur comme la Chine. On observe un peu le même scénario dans le secteur du sésame. Le Brésil s'est mis à en produire depuis quelques années et grâce à des chaînes d'approvisionnement efficaces, le pays offre ainsi une forme de garantie aux acheteurs internationaux. Résultat, le géant d'Amérique latine a gagné des parts de marché auprès des importateurs indiens et chinois qui ont pourtant leurs habitudes au Nigeria et au Burkina Faso. L'avantage prix, offert généralement par l'Afrique, dans le sésame, perd même du terrain au profit de la sécurité des flux. À lire aussiLa culture du sésame au Sénégal, une filière en pleine expansion

La Côte d'Ivoire, premier exportateur ouest-africain de mangues vers l'Europe, démarre une campagne de commercialisation assez timide. Entamée le 28 mars, la campagne n'a pas encore trouvé un rythme intense. En cause, une relative baisse de la récolte, alors que le contexte international se complexifie. En cette année 2026, le prix bord champ de la mangue a été fixé à 2 450 FCFA par kilo (3,73€ environ) en Côte d'Ivoire. Les producteurs espéraient un prix plus élevé, mais le contexte international, marqué par la crise dans le Golfe, les pousse à la modération. D'autant que sur le plan intérieur, la campagne commence timidement. Car la production est relativement faible. La cause : en décembre 2025, des pluies précoces ont perturbé le cycle du manguier. La floraison a été tardive. Cela a eu un impact sur le début de la campagne. Les acteurs de la filière misent désormais sur la seconde récolte qui démarre sous peu. De leur côté, les exportateurs constatent une demande plus importante en raison de l'interdiction pour le Mali d'exporter ses mangues en Europe. « Il y a une hausse de 20 à 30%. On a une pression sur la quantité de mangues à livrer, c'est nouveau », affirme l'un d'eux. À lire aussiMangue ivoirienne: une saison en demi-teinte Hausse des coûts du transport Concernant l'exportation de mangues bio, la période de commercialisation a été allongée de dix jours cette année. Problème : le fret coûte plus cher à cause du conflit en Iran. Certains exportateurs évoquent un surplus de près de 1 000 € sur chaque conteneur. Dans un tel contexte, « si le prix de vente de la mangue baisse trop, on ne va pas s'en sortir », affirme un exportateur. L'année dernière, la Côte d'Ivoire a exporté 40 000 tonnes de mangues, principalement vers la France, la Belgique et les Pays-Bas. Sur la mangue conventionnelle, Abidjan ne parvient pas à compétir avec les mangues du Brésil et du Pérou. Les exportateurs ont notamment du mal à avoir des fruits qui ont une maturité optimale à l'arrivée. Autre challenge : respecter les règles sanitaires, alors que la mouche des mangues est toujours présente. Une partie seulement des vergers a été traitée. Une proportion indéterminée de la production semble donc potentiellement exposée. Dans tous les cas, les usines disent appliquer les protocoles sanitaires et refoulent les productions piquées par cette maladie. À lire aussiMangue ivoirienne: le défi de la qualité

La guerre au Moyen-Orient perturbe gravement les chaînes d'approvisionnement mondiales et aucun secteur n'est épargné. Après l'essence, les engrais et les produits alimentaires, le prix des préservatifs devrait à son tour augmenter dans les prochains mois. L'entreprise leader du secteur, Karex, a lancé l'alerte. Dans une interview à Bloomberg, son directeur général, Goh Miah Kiat, estime que le prix des préservatifs pourrait fortement augmenter dans les prochains mois, jusqu'à 30%. Une hausse directement liée à l'augmentation des coûts depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Le groupe malaisien, qui représente environ un cinquième de la production mondiale, évoque des hausses de 25 à 30% de ses coûts de production. Or, la fabrication de ces dispositifs médicaux est encadrée par des normes strictes, ce qui limite la capacité des producteurs à changer de recette du jour au lendemain. Hausse des prix issus de la pétrochimie Dans un contexte où le baril de pétrole oscille autour des 100 dollars, les produits issus de la pétrochimie ont enregistré des hausses de prix ces dernières semaines. L'huile de silicone, utilisée comme lubrifiant, a ainsi bondi de près de 30%, selon Bloomberg. Le prix du nitrile, un caoutchouc de synthèse particulièrement résistant et notamment utilisé pour la fabrication de préservatifs sans latex, a quant à lui doublé ces derniers mois, selon cette même source. Le caoutchouc naturel n'échappe pas non plus à cette tendance haussière. Selon le site Trading Economics, les acheteurs ont tendance à se reporter sur cette matière première lorsque le coût du caoutchouc synthétique augmente, ce qui contribue, à terme, à faire également grimper son prix. Enfin, les emballages sont également touchés. À la mi-avril, le cours de l'aluminium a atteint un pic à 3 672 dollars la tonne, son plus haut niveau depuis mars 2022. À lire aussiEn Asie, le blocage du détroit d'Ormuz fait vaciller l'industrie pétrochimique Vers une pénurie ? Dans ce contexte, les consommateurs doivent s'attendre à une répercussion de ces hausses sur les prix de vente. Mais une autre question se pose : celle d'éventuelles pénuries. Car, en plus des tensions sur les chaînes d'approvisionnement qui ralentissent la production, la demande de préservatifs a augmenté d'environ 30% sur un an. Cette hausse s'explique notamment par la baisse du soutien de l'USAID, décidée par Donald Trump, qui tarit les stocks et contraint les organisations à se fournir directement sur le marché commercial. L'entreprise malaisienne Karex, qui fournit de grandes marques comme Durex, estime toutefois pouvoir maintenir sa production pendant encore deux à trois mois. Mais certains anticipent déjà des pénuries. En Chine, le hashtag « hausse des prix des préservatifs » est récemment devenu viral sur les réseaux sociaux, selon Reuters. De nombreux internautes appellent à faire des stocks, alors que les autorités chinoises ont mis en place une série de mesures pour tenter d'enrayer la baisse de la natalité. À lire aussiLe préservatif : seule solution pour éviter les IST !

En Chine, premier producteur mondial d'ail, le marché traverse une mauvaise passe. Depuis plusieurs mois, les récoltes abondantes s'accumulent dans les entrepôts, les stocks gonflent et les prix chutent. Résultat : toute la filière est sous pression, et certains producteurs comme exportateurs sont contraints de vendre à perte. De notre correspondante à Pékin, L'ail chinois n'a jamais été aussi abondant et paradoxalement, aussi peu rentable. Depuis plusieurs mois, le marché est saturé, conséquence directe de récoltes record et de stocks déjà élevés accumulés l'an dernier. Résultat : les prix s'effondrent. Aujourd'hui, ils dépassent à peine les 2 yuans par demi-kilo – un niveau insuffisant pour couvrir les coûts de production de nombreux acteurs. Produire plus… au risque d'aggraver la crise Dans les grandes régions agricoles comme le Shandong, le Henan ou le Jiangsu, les surfaces cultivées ont encore augmenté. Une stratégie classique : produire plus pour compenser la baisse des prix. Mais cette logique alimente en réalité le cercle vicieux de la surproduction. Même si certaines zones ont été pénalisées par les pluies et des rendements en baisse, la tendance nationale reste à la hausse. Face à cette offre pléthorique, la demande peine à suivre. Les entrepôts sont pleins, les volumes disponibles dès le printemps sont déjà importants, et la nouvelle récolte arrive. À lire aussiChine: les huiles usagées valent désormais plus cher que le kérosène Exporter à tout prix pour écouler les stocks Dans ce contexte, de nombreux exportateurs n'ont d'autre choix que de casser leurs marges, voire de vendre à perte, pour écouler leurs stocks. À l'international, la concurrence s'intensifie. La Chine reste ultra-dominante sur le marché mondial de l'ail, mais elle doit désormais se battre sur les prix. Certains opérateurs cherchent de nouveaux débouchés, notamment en Afrique, tandis que d'autres s'appuient sur des marchés plus stables comme la Russie. Les tensions logistiques en mer Rouge ou autour du canal de Suez compliquent aussi les exportations vers l'Europe, mais leur impact reste limité : l'essentiel des volumes part vers l'Asie. Au final, derrière ce produit du quotidien, c'est toute une filière agricole qui se retrouve fragilisée – prise entre excès de production, pression sur les prix et incertitudes à l'export. À lire aussiNourriture, énergie, métaux: comment les stocks chinois redessinent l'économie

Le Sénégal avait espéré être autosuffisant en bananes en 2024, l'objectif est repoussé à 2029. En septembre dernier, pour soutenir sa filière locale, le pays d'Afrique de l'Ouest a pris une mesure inédite, interdire durant trois mois les importations du fruit jaune. Si ce gel a permis de booster la filière, il a aussi posé des problèmes en termes de respect des accords de libre-échange avec les pays de la région. De notre correspondante à Dakar, Les producteurs de banane sénégalais sont unanimes : pour une fois, presque aucune perte agricole n'a été enregistrée. Geler les importations de septembre à décembre, période correspondant aux mois de pic de production, a permis d'écouler l'ensemble des bananes locales. En trois mois, 25 000 tonnes de fruits jaunes ont été commercialisées à un prix stable, autour de 500 FCFA le kilogramme. Les revenus ont ainsi été conséquents pour les quelque 10 000 producteurs de la filière, atteignant 12 milliards 500 millions de FCFA, selon Babacar Sembène, directeur de l'Agence de régulation des marchés. Un autre chiffre illustre cette dynamique : si le Sénégal importait plus de 55 % de ses besoins en banane en 2021, cette part est tombée à moins de 20 % en 2025. Une évolution soulignée par Yahya Mamadou Sall, président du Collectif des producteurs de banane de Tambacounda, qui promet une autosuffisance d'ici à 2029. Si l'impact de cette mesure est sans conteste positif pour le secteur de la banane au Sénégal, le gel des importations a en revanche tendu les relations économiques avec les pays de la région. La Côte d'Ivoire, qui exporte chaque année environ 50 000 tonnes de bananes vers le Sénégal, a notamment pointé une possible violation des accords de libre-échange de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont Dakar est membre. Pour 2026, il faudra donc trouver une autre approche, assure Babacar Sembène. Le directeur de l'Agence de régulation des marchés promet de « prendre en compte les préoccupations des partenaires commerciaux de la sous-région ». Malgré ces avancées, la filière bananière sénégalaise doit encore relever des défis structurels. Parmi eux, « le manque d'organisation et la faiblesse du circuit de commercialisation », qui entraînent chaque année des pertes en raison d'un déficit de camions frigorifiques et d'espaces de stockage adaptés. Autre difficulté : assurer une présence constante de la banane sur les étals, douze mois sur douze. « Même si le potentiel est là », tempère Cheikh Ahmet Bassirou Sané, directeur de l'horticulture. La production bananière sénégalaise est toutefois en hausse depuis plusieurs années. En 2025, elle a atteint près de 120 000 tonnes, selon les données de l'Agence de régulation des marchés. Une tendance qui confirme la vitalité d'un secteur en pleine mutation, malgré les obstacles persistants. À lire aussiLe Sénégal veut créer et développer sa filière locale du maïs

La flambée des prix du brut due à la guerre au Moyen-Orient a apporté un oxygène budgétaire inattendu à la Russie. Mais le tableau favorable pour Moscou est à nuancer. De notre correspondante à Moscou, La manne fiscale pétrolière pour Moscou est incontestable. Selon les derniers chiffres relayés par l'agence Bloomberg, elle se prolonge même à des niveaux inédits. Lors de la première moitié du mois d'avril, le prix du brut d'Oural à l'exportation s'est vendu en moyenne au-dessus de 106 dollars le baril. Pour donner une idée de l'ampleur de cette hausse vertigineuse, l'hypothèse de prix retenue pour le budget russe 2026 était fixée à 59 dollars, soit presque deux fois moins qu'aujourd'hui. Si le taux de change reste stable, selon Bloomberg, alors d'ici à la fin du mois, le prix du pétrole russe atteindra, en rouble, le niveau de mars 2022, soit le début d'une autre guerre, celle que la Russie mène en Ukraine. Une manne à l'épreuve des frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières Les experts russes pavoisent : « Chaque dollar supplémentaire dans le prix annuel de l'Oural ajoute environ 150 milliards de roubles, soit environ 2 milliards de dollars, aux recettes fiscales du pays », peut-on lire dans la presse. Sauf que dans cette équation, il faut aussi compter les dommages que le pays subit à chaque frappe ukrainienne sur ses dépôts pétroliers et ses ports d'exportation. Mardi dernier, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) notait ainsi dans un rapport : « La Russie pourrait avoir du mal à augmenter sa production au-dessus des niveaux du début du premier trimestre à court terme en raison des dommages causés aux infrastructures portuaires et énergétiques. » Les recettes pétrolières et gazières en recul sur un an d'avril à avril Dans le même rapport, l'agence estimait la production quotidienne de brut du pays en mars à seulement 9 millions de barils, soit 230 000 barils de moins qu'un an plus tôt. Les réparations, elles aussi, coûtent cher, et cette tendance lourde se paie cash. Selon les calculs de Reuters publiés jeudi dernier, sur un an, d'avril 2025 à avril 2026, les recettes pétrolières et gazières de la Russie devraient chuter de 22 %, en cause : la hausse des aides aux raffineries. À lire aussiAndrei Kourkov, écrivain ukrainien: «La situation au Moyen-Orient va prolonger la guerre en Ukraine»

C'est un des effets de la crise logistique liée à la guerre en Iran : les exportations de bananes d'Équateur se font au ralenti. L'Équateur est leader sur le marché de la banane, on parle donc d'énormes quantités qui sont en souffrance. Plus de 2,5 millions de cartons de 18 kg sont affectés par des retards d'expédition, selon l'Association de commercialisation et d'exportation de la banane (Acorbanec), citée par le site Bananaexport. Le conflit au Moyen-Orient a entraîné une baisse du nombre de conteneurs disponibles, sans parler des surtaxes qui sont exigées par les compagnies maritimes pour le carburant et pour le risque encouru. Pour un pays qui a la capacité d'exporter 6 à 7 millions de cartons par semaine, cette situation entraîne la perte d'importants volumes et la baisse des prix sur le marché spot, c'est-à-dire celui des achats de dernière minute. Sachant qu'en Europe, ils ont déjà perdu 3 % au premier trimestre, selon le baromètre établi par le Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. À lire aussiLa banane française veut résister «le plus longtemps possible» Une perte pour l'Équateur ? Est-ce une grosse perte pour l'Équateur ? En théorie oui, car la banane est une des principales recettes d'exportation du pays, mais il faut relativiser : l'Équateur a exporté 5 % de plus en janvier et février par rapport à la même période il y a un an après une année 2025 marquée par une hausse de plus de 3 % des exports. Ce qui peut permettre d'atténuer la baisse qui se dessine pour mars et avril. L'Équateur reste un géant, qui exporte à lui seul autant que ce que consomment tous les Européens réunis, y compris le Royaume-Uni, et qui a réalisé l'année dernière environ 4 milliards de dollars de chiffres d'affaires grâce à la banane. Une année de bonne production Ce qui « tombe mal » cette année, c'est que le pays a vu ses plantations grossir de 20 000 ha, ce qui implique plus de volumes à exporter. Ce sont finalement ces volumes qui n'étaient pas attendus qui vont pâtir de la situation. Le pays ne va donc pas forcément beaucoup perdre, mais ne gagnera pas autant que ce qu'il espérait. Le Moyen-Orient est un marché important, qui absorbe 11 % des volumes commercialisés par l'Équateur, selon Acorbanec, l'Association de commercialisation et d'exportation de la banane. Un marché qui n'a plus reçu de bananes pendant plusieurs semaines, ce qui représente des dizaines de milliers de cartons. Un secteur très lié à celui du pétrole À moyen terme, explique Denis Loeillet, économiste de la filière banane au Cirad, c'est toute la filière qui risque de souffrir de la situation actuelle car l'augmentation du pétrole et du gaz se répercute sur le prix des engrais – les plantations de bananes dollars sont très gourmandes –, sur le prix du carburant, mais aussi sur les coûts de murissage – les bananes sont mûries près des lieux de consommation avant d'être livrées en magasin dans des centres qui sont par nature consommateurs d'énergie. À tout cela il faut ajouter le coût des emballages en plastique. Denis Loeillet résume : « La banane, c'est du pétrole transformé », autrement dit, quand les cours du brut augmentent, elle devient beaucoup plus chère à fabriquer. Le risque, c'est que la hausse des coûts de production entraîne un désinvestissement dans les bananeraies, un peu moins d'engrais, un peu moins de traitement contre la cercosporiose, ce qui se traduira dans six mois ou un an, sur les prochains cycles de production. À écouter dans C'est pas du ventLa banane: le goût de la mondialisation

Matériau traditionnel, le cuir sert à la fabrication des vêtements, des chaussures, des sacs, des meubles, mais aussi des sièges de voitures de luxe. Après le trou d'air provoqué par la pandémie du Covid-19, le marché mondial du cuir a connu une forte croissance. Croissance plombée par la guerre au Moyen-Orient, qui a frappé un secteur en pleine mutation. Matériaux innovants, modes de consommation qui changent, impact environnemental... Les industriels du cuir l'ont bien compris : ils privilégient désormais l'approvisionnement durable et éthique, la transparence des chaînes d'approvisionnement et des réseaux de distribution plus proches du consommateur. Grâce à la demande croissante, le marché mondial des cuirs et peaux brutes pourrait atteindre 178,8 milliards de dollars d'ici 2034. Une demande croissante, une clientèle fidèle dans les pays du Golfe L'essor de ces matières premières est soutenu par la maroquinerie. À lui seul, ce secteur représente plus de 566,23 milliards de dollars aujourd'hui et devrait dépasser 982,42 milliards de dollars en 2034. Si l'Inde et la Chine tirent la production mondiale de cuir brut – l'essor de la classe moyenne stimule la demande dans ces pays –, la France et l'Italie restent les leaders de la maroquinerie haut de gamme. « Les fabricants français travaillent une matière noble, durable et réparable. Et ils le font en France. Nos entreprises ont un savoir-faire nécessaire. C'est la raison pour laquelle les articles français sont extrêmement demandés à l'international. L'image de marque est très forte », affirme Philippe Gilbert, directeur de l'Observatoire économique de l'Alliance France cuir. « La France est le quatrième exportateur mondial pour l'ensemble de la production du cuir brut au produit fini, derrière la Chine, le Vietnam et l'Italie », précise l'expert. Les exportations de la filière française ont dépassé 18 milliards d'euros, en 2025, en légère baisse après des années de fortes hausses. Des chiffres obtenus grâce notamment à la demande des clients et des clientes du Golfe. La filière française reste mobilisée Un commerce important qui subit un coup d'arrêt avec la guerre au Moyen-Orient. En témoignent les chiffres en recul au premier trimestre de cette année du numéro un mondial du luxe, LVMH. Le groupe, qui détient notamment Louis Vuitton, Dior et Sephora, a vu ses ventes plonger de moitié au Moyen-Orient au cours du seul mois de mars. Son concurrent, le groupe Hermès, est lui aussi pénalisé : son activité dans la région a dégringolé de 40%. Mais « le secteur est très résilient », souligne le directeur de l'Observatoire économique. La filière française demeure mobilisée et garde les yeux rivés sur l'Asie et les États-Unis, qui restent les moteurs de croissance de ce marché.

La guerre au Moyen-Orient perturbe depuis plusieurs semaines le transport maritime, et donc le commerce des matières premières. Parmi les pays qui subissent cette crise, il y a le Kenya, dont les exportations d'avocats sont en chute. Les chiffres de la dernière semaine de mars – semaine 13 de l'année 2026 – montrent que les exportations kényanes ont diminué de moitié par rapport à l'année dernière. Or, la période de mars-avril est LE créneau que doit saisir le Kenya, pour trouver une place sur le marché européen car ensuite arrive l'avocat du Pérou, le géant de la saison d'été, et la concurrence devient beaucoup plus rude. Les difficultés logistiques actuelles sont dramatiques pour ce pays d'Afrique de l'Est. Les temps de transport ont explosé. Quand tout va bien, il faut une trentaine de jours pour le trajet de Mombasa à Rotterdam – c'est déjà plus long que le temps que met un avocat du Pérou pour arriver en Europe. Aujourd'hui, les délais de transbordement se sont allongés dans le port de Salalah à Oman, endommagé à plusieurs reprises depuis le début de la guerre. Pour arriver à Fos-sur-Mer, un des points d'entrée de l'avocat kényan dans l'Union européenne, il faut compter entre 50 et 56 jours, relève Eric Imbert, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), un temps de transit devenu rédhibitoire. Coup dur pour une filière « prometteuse » C'est un vrai coup dur pour la filière kényane de l'avocat, une filière qui avait gagné en crédibilité ces dernières années. « Une origine pleine de promesse », explique Eric Imbert, avec des producteurs mieux structurés qui ont mis en place des techniques de production commerciales permettant au fruit kényan de gagner en qualité et d'être plus adapté à l'export. En 2024, le Kenya a exporté environ 130 000 tonnes, ce qui lui a permis de devenir le 3e exportateur, à égalité avec le Chili et la Colombie. L'avocat kényan n'est pas essentiel au marché européen, mais sa présence se justifie par les efforts mis en place par le secteur, relève l'expert du Cirad. La solution : transformer plus en huile ? Pour compenser les volumes qui ne partiront pas en Europe et n'atteindront pas certains pays du Golfe persique, l'alternative pour le Kenya est d'exporter plus en Turquie, un point d'entrée vers le marché russe, et de renforcer aussi ses ventes vers l'Asie. L'autre option pour les producteurs, c'est d'envoyer plus de fruits à la transformation. Déjà l'année dernière, la crise du canal de Suez a fait baisser les exportations et a alimenté les nouvelles huileries du pays. Entre 2024 et 2025, les quantités d'avocats valorisées en huile ont triplé, selon le ministère américain de l'Agriculture (USDA). Elles pourraient encore augmenter cette année, même si ce débouché est moins rémunérateur pour les producteurs, pointe Eric Imbert. La Tanzanie mieux lotie En Afrique de l'Est, un pays producteur d'avocat s'en sort un peu mieux que le Kenya : la Tanzanie. Les volumes en jeu sont plus faibles, mais pas négligeables puisque l'année dernière, la Tanzanie a exporté environ 30 000 tonnes. Le pays bénéficie d'un débouché commercial privilégié en Inde, qui n'applique pas de droits de douane sur l'avocat tanzanien, ce qui lui permet d'être moins pénalisé par la crise actuelle. À lire aussiL'avocat kényan en mauvaise posture face à la vague péruvienne

La fermeture du détroit d'Ormuz pourrait avoir un impact « profond » sur le secteur minier. C'est Robert Friedland, le patron du groupe minier Ivanhoe, présent en Afrique et en Asie, qui le dit. Et pour cause, l'activité minière est très dépendante de l'approvisionnement en soufre, et plus précisément en acide sulfurique, un produit qui est utilisé lors du raffinage du cuivre, du nickel, ou encore du cobalt. L'acide sulfurique est de plus en plus difficile à trouver, en raison d'abord de la guerre au Moyen-Orient qui a bloqué les exportations d'une région qui représente 40% du soufre et des produits sulfurés exportés dans le monde. Depuis mi-mars, plus aucune cargaison n'a pu sortir du Golfe persique, et plus de 510 000 tonnes sont aujourd'hui chargées à bord de navires qui attendent de pouvoir traverser le détroit, selon les données du cabinet Kpler. Une autre mauvaise nouvelle est venue compléter le tableau ces derniers jours : l'acide sulfurique chinois ne sera plus exporté, à compter du mois de mai, selon des sources non officielles rapportées par l'agence Bloomberg. Or, le pays est est le deuxième exportateur mondial La Chine préserve ses stocks La Chine est, comme d'autres pays, pénalisée par le blocage des flux du Moyen-Orient. Le pays a la chance de produire de l'acide sulfurique, non pas à partir du pétrole, mais à partir des opérations de raffinage du zinc et du cuivre. C'est donc cette production nationale que la Chine veut garder sur son sol, pour préserver au maximum ses stocks pendant la période des semis qui nécessite l'utilisation d'engrais fabriqués à base d'acide sulfurique. Cette mesure s'explique aussi par la hausse des prix localement – ils sont passés en moyenne de 161 dollars la tonne à 214 dollars la tonne au mois de mars selon CRU Group. La perte de ces volumes chinois devrait engendrer de fortes perturbations selon les experts de CRU, qui rappellent que les exportations chinoises avaient augmenté en 2025 pour combler un déficit structurel de l'offre. Le Chili, premier producteur mondial de cuivre, qui importe chaque année un million de tonnes d'acide sulfurique chinois, fera partie des pays les plus touchés par la mesure. Peu de fournisseurs alternatifs Les fournisseurs alternatifs à la Chine et au Moyen-Orient sont peu nombreux : selon CRU Group, le Japon et la Corée du Sud pourraient tirer profit de la situation, tout comme quelques autres exportateurs en Europe. Mais dans tous les cas, cela ne compensera pas la baisse des exportations chinoises, si celle-ci dépasse les 2,5 millions de tonne, comme l'évoque le scénario envisagé par CRU Group pour cette année 2026. Les prochains mois s'annoncent donc tendus pour l'industrie minière et en particulier le secteur du cuivre qui est le plus demandeur : 20% de la production de métal rouge repose en effet sur un procédé utilisant la lixiviation acide. Au Chili, les prix ont augmenté de plus de 40% au cours du dernier mois, selon Argus Media. Dans ce contexte tendu, le patron d'Ivanhoe Mines se félicite d'avoir pu produire plus de 110 000 tonnes d'acide sulfurique au premier trimestre en République démocratique du Congo, grâce à la fonderie de cuivre qui traite le minerai de Kamoa-Kakula. Cet acide sulfurique est vendu aux exploitations minières de cuivre oxydé de la Copperbelt en RDC.

La situation dans le golfe Persique alimente la tension sur le marché de la pistache. Le conflit au Moyen-Orient fait grimper des prix déjà en hausse depuis deux ans. Depuis deux ans, les prix sont influencés par la baisse de la production : en 2024 aux États-Unis, puis en 2025 en Turquie et en Iran. Au total, selon le ministère américain de l'Agriculture (USDA), la récolte mondiale a diminué de 8 % en 2025 par rapport à la saison 2024. En parallèle, la consommation ne cesse d'augmenter, avec de plus en plus de recettes à base de pistaches dans l'industrie agro-alimentaire, y compris dans le secteur du chocolat avec les fameuses tablettes fourrées à la mode Dubaï. Entre avril 2024 et mars 2026, le prix des pistaches décortiquées a augmenté de 40 % – soit 11,2 $/livre pour les pistaches américaines, hors coût de transport, en mars 2026 –, selon S&P Global Energy. Le conflit au Moyen-Orient pourrait accélérer cette hausse, en raison de la pénurie iranienne. L'impact du conflit L'Iran est le deuxième producteur – avec 18 % des volumes sur la saison 2025-2026 selon l'USDA, soit environ 200 000 tonnes – et assurait jusque-là environ un tiers des exportations mondiales. Toute perturbation des flux aura donc potentiellement des conséquences à un moment donné. L'Iran exporte des pistaches de haute qualité vers l'Union européenne et le Royaume-Uni par voie maritime, des exportations qui ont été directement affectées par les restrictions autour du détroit d'Ormuz. Les principaux transformateurs et exportateurs iraniens ont cependant des partenaires dans ces deux régions du monde qui disposent de stocks et qui peuvent transformer les pistaches en poudre pour les confiseurs, à la demande depuis leurs sites britanniques ou européens, précise Jose Gutierrez Fernandez, analyste de marché noix, épices et fruits secs chez S&P Global Energy. Le problème se posera si ces stocks ne sont pas réapprovisionnés à court terme. L'Iran a par ailleurs toujours la possibilité d'exporter par la route vers la Turquie, l'Azerbaïdjan ou la Russie ou encore par voie ferroviaire vers la Chine. L'Inde est un des pays les plus touchés : le marché est en pleine croissance et dépend du transport maritime pour importer ses pistaches d'Iran. « Les Émirats arabes unis sont probablement les plus affectés, Dubaï étant une plateforme de réexportation essentielle au Moyen-Orient », ajoute l'expert de S&P Global Energy. Les alternatives La Turquie pourrait être le fournisseur le mieux placé pour développer ses ventes dans le contexte actuel, et jouer un rôle clé dans l'approvisionnement du Moyen-Orient en pistaches iraniennes, selon Jose Gutierrez Fernandez. L'autre pays qui compte sur le marché, ce sont les États-Unis qui ont vu leur production exploser l'année dernière de plus de 40 %. Le pays table sur une croissance plus grande cette année et espère augmenter également ses exportations. À lire aussiMême plus chère, la pistache séduit toujours plus de consommateurs

Six semaines après le début de la guerre en Iran, un marché reste relativement épargné, celui des céréales. Après un rebond, sans commune mesure avec la hausse du pétrole, les prix sont revenus à leur niveau du mois de février. Le cours des céréales est jusque-là peu concerné par ce qui se passe au Moyen-Orient. La région n'est pas une zone d'exportation, comme cela avait été le cas au début de la guerre en Ukraine. Les pays du Moyen-Orient sont à classer dans la catégorie des importateurs de grains. Les prix ont tout de même réagi courant mars mais la hausse n'a pas été spectaculaire. Aujourd'hui, le blé, le maïs et même le soja ont à peu près retrouvé leur niveau d'avant-guerre. Le blé a même enregistré, la semaine dernière, sa plus forte baisse hebdomadaire, depuis le mois de juin dernier. À lire aussiPourquoi les cours du blé n'ont pas plus grimpé depuis la guerre en Iran? Des stocks de maïs et de blé abondants Ce qui empêche les prix de décoller, c'est l'abondance de l'offre, qui vient d'être confirmée par le dernier rapport mensuel du ministère américain de l'Agriculture (USDA). L'USDA a réhaussé la semaine dernière ses prévisions concernant les stocks mondiaux de blé et a aussi relevé le niveau des stocks de maïs, confirmant que ceux des États-Unis étaient à leur plus haut niveau depuis 7 ans. Cette offre pèse d'autant plus sur les prix que la demande n'est pas exceptionnelle. Les pays importateurs du Moyen-Orient étaient approvisionnés déjà avant la guerre et attendront probablement d'évaluer leurs propres récoltes pour passer leurs prochaines commandes. Les prix reflètent donc aujourd'hui ce que les experts appellent « la lourdeur des fondamentaux ». Un niveau de prix tenable ? Certains estiment que les prix bas actuels ne reflètent pas totalement la réalité du marché : c'est le cas des analystes de Commerzbank qui se basent sur des perspectives de récolte en blé morose, notamment aux États-Unis. La banque note aussi que la pénurie d'engrais devrait peser et voit donc les prix du blé se redresser dans les mois qui viennent. Ce qui est à peu près certain, c'est que la flambée du prix des intrants et du gasoil agricole pourrait avoir un effet sur les productions des prochains mois, et même de 2027, et donc, au final, sur les prix. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde

C'est un commerce qui ne passe pas inaperçu en Afrique du Sud : les exportations de charbon vers Israël. Elles sont critiquées depuis plusieurs mois par une coalition d'organisations, la South African BDS Coalition, qui vient de rendre un rapport aux autorités de Pretoria pour les appeler à nouveau à cesser d'alimenter Israël en combustible. Cette organisation qui fédère les soutiens de la cause palestinienne dénonce un double jeu des autorités. L'Afrique du Sud fait partie des pays qui sont les plus virulents contre Israël. Le pays a même porté plainte le 29 décembre 2023 contre l'État hébreu pour génocide à Gaza, devant la Cour internationale de justice. Mais en parallèle, le commerce continue et se renforce même dans le secteur du charbon : les exportations sud-africaines ont bondi en 2025. Dans un rapport remis aux autorités fin mars, la South African BDS Coalition dresse un état des lieux du commerce de charbon entre les deux pays et dénombre 17 navires ayant transporté au moins 2,99 millions de tonnes de charbon sud-africain vers les ports de Hadera et Ashkelon entre octobre 2023 et décembre 2025. L'Afrique du Sud a profité de la place libérée par la Colombie : en rétorsion à la guerre menée à Gaza, le pays d'Amérique latine a ordonné un embargo sur les livraisons de charbon à Israël. De fait, ses exportations de combustible ont cessé depuis août dernier. Pour l'auteur du rapport cité par le média Daily Maverick, ces exportations contredisent directement les engagements de l'Afrique du Sud, mentionnés dans une déclaration commune avec la Colombie. À lire aussiPas de charbon colombien pour Israël: le président Petro revient à la charge Un commerce qui se poursuit en 2026 Même si ce n'est pas à un rythme régulier, au premier trimestre 2026, les exportations se sont poursuivies et trois navires ont fait le trajet entre les deux pays, selon Jasmine Ng, analyste charbon chez Kpler, ce qui fait en moyenne plus de 100 000 t de charbon exporté chaque mois. Entre 2024 et 2025, le pays a triplé sa part sur le marché israélien. En six mois, l'Afrique du Sud est même devenu le fournisseur principal d'Israël, la Colombie, mais aussi la Russie n'ayant plus expédié de cargaisons depuis plusieurs mois. À l'inverse, Israël n'est pas un acheteur clé pour l'Afrique du Sud, précise Jasmine Ng : le pays ne figure pas dans le top 5 de ses clients, qui sont tous asiatiques : l'Inde, le Pakistan, la Corée du Sud, le Japon et le Vietnam. Exportations facilitées par la logistique L'Afrique du Sud est globalement, sans parler d'Israël, de plus en plus présente sur le marché mondial. Ses exportations ont augmenté, jusqu'à atteindre, en 2025, leur plus haut niveau depuis 2017. Cette croissance est principalement due à l'amélioration des capacités ferroviaires de Transnet, l'opérateur public des ports et chemins de fer, pour acheminer le combustible vers le port de Richards Bay Coal (RBCT). Les cours mondiaux sont aussi porteurs, le pays pourrait donc continuer sur sa lancée : Exxaro, un des opérateurs sud-africains, prévoit d'augmenter de plus de 10 % ses exportations cette année, toutes destinations confondues. À lire aussiL'Asie toujours accro au charbon, malgré les tentatives de diversification

Les tensions entre la Chine et le Japon mettent à l'épreuve l'approvisionnement de Tokyo en terres rares. Ces minerais sont essentiels à la production des technologies actuelles. Après une déclaration de la Première ministre nippone sur Taïwan, Pékin a décrété en janvier des restrictions d'exportation sur les terres rares. Le Japon cherche tant bien que mal à s'extraire du monopole chinois dans le raffinage de ces produits essentiels pour son économie comme pour sa défense. « Regardez comme il est puissant, s'amuse Daisuke Nakajima en montrant une règle en fer claquer sur l'aimant qu'il tient dans les mains. Il faut faire attention : une fois qu'ils sont magnétisés, la force est telle que vos doigts pourraient être écrasés ». L'activité de l'usine dont il est le directeur dépend à 70% de ce morceau de minerai. « Nous utilisons des aimants au néodyme, importés de Chine ; s'ils n'arrivent plus au Japon, nous devrons pratiquement arrêter notre production », souffle le superviseur de l'usine Sanyo Dengyo Ltd. Située à Numazu, au pied du mont Fuji, l'usine fournit des composants pour des systèmes de réfrigération et de climatisation à des clients prestigieux, au premier rang desquels figure le Shinkansen, le mythique train à grande vitesse japonais. Pour autant, à l'image du pays, qui dépend à plus de 60% de Pékin pour l'importation de terres rares, l'entreprise n'a pas d'alternative. La Chine possède les plus grandes réserves de terres rares, mais dispose surtout d'un quasi-monopole sur le raffinage de cet or du XXIe siècle. En clair : difficile de se passer de Pékin. « Importer ailleurs, c'est quatre fois plus cher ; nous ne cherchons pas vraiment d'autres options », explique Daisuke Nakajima. Pression chinoise Les tensions sino-nippones ont eu un impact direct sur son activité. Depuis la déclaration de Sanae Takaichi évoquant une potentielle implication de son pays en cas d'invasion chinoise de Taïwan en novembre 2025, les relations ne cessent de se dégrader entre les deux plus grandes économies asiatiques. En plus d'inciter les Chinois à ne pas se rendre au Japon – ce qui a un réel impact sur l'industrie touristique –, Pékin a décidé d'utiliser la dépendance japonaise aux terres rares comme levier. « Nous avons eu deux mois de retard dans les livraisons, ce qui a entraîné un important délai dans la livraison de prototypes à nos clients », explique Daisuke Nakajima. Déjà touché par les conséquences de la guerre commerciale sino-américaine, le Japon s'est vu appliquer des restrictions spécifiques par la Chine en janvier, puis en février. D'abord, les entreprises de l'archipel ont dû se plier à des réglementations supplémentaires de Pékin visant à limiter les exportations de terres rares pour les biens à double usage (civil et militaire), avant l'établissement de listes noires. « Il y a deux catégories, résume Tatsuya Terazawa, PDG de l'Institut de l'économie de l'énergie du Japon. Vingt entreprises japonaises devront subir un examen extrêmement rigoureux avant de pouvoir importer des terres rares, et vingt autres ne pourront plus bénéficier de matériaux à double usage. » Des règles floues Sur ces listes figurent des entreprises du secteur automobile, comme Subaru, de l'énergie, ou encore Mitsubishi et le programme spatial japonais. Des règles qui restent floues et dont l'impact concret demeure encore difficilement mesurable, plusieurs semaines après leur mise en place. En témoignent les chiffres des importations depuis la Chine, toujours relativement stables pour les premiers mois de 2026. « Il y a eu des ralentissements, mais l'impact risque d'être proche de zéro », prédit Hotaka Machida, ancien diplomate nippon en Chine et chercheur à l'Institut de géoéconomie de Tokyo. « Mais à mon sens, cela reste un virage stratégique, car Pékin considère désormais l'industrie de défense japonaise de la même manière que celle des États-Unis ou de Taïwan », poursuit-il. En clair : comme hostile. Mais pourquoi Pékin met-elle en place des mesures dont l'impact reste limité ? « Je pense qu'il y a des efforts intentionnels du côté chinois pour conserver ce levier avec une certaine marge de manœuvre, répond Tatsuya Terazawa. La tactique consiste à effrayer l'industrie japonaise pour pousser le gouvernement à faire des concessions. » Une stratégie pas vraiment payante, alors que la Première ministre reste très populaire tout en maintenant une ligne dure face à Pékin. « La Chine cherche aussi à se présenter comme garante des règles du commerce international, analyse de son côté Yoshikiyuo Shimamine, chercheur au Dai-ichi Life Research Institute. En 2010, lorsque les importations chinoises de terres rares se sont arrêtées net, le Japon a porté l'affaire devant l'Organisation mondiale du commerce, qui a jugé que la mesure n'était pas conforme. C'est pour cela que Pékin se limite aux exportations concernant les biens à double usage. » Une décision également en ligne avec les prises de position fréquentes des officiels du Parti communiste chinois sur la menace que représenterait la militarisation accélérée du Japon. Le précédent Ces restrictions, bien que d'impact limité, exposent à nouveau une dépendance que le Japon a clairement identifiée comme une faiblesse à corriger à tout prix. Car Pékin n'en est pas à son coup d'essai. En 2010, un navire de pêche chinois était entré en collision avec un bâtiment des gardes côtes japonais, et l'une des plus graves crises diplomatiques entre les deux pays conduisit à plusieurs trains de sanctions, dont un embargo sur les terres rares. Aux manettes du dossier à l'époque au sein du ministère de l'Économie : Tatsuya Terazawa. « Ils n'ont fait aucune annonce, rien. Du jour au lendemain, les licences d'exportation se sont arrêtées, se souvient le diplômé d'Harvard. Nous avons été totalement pris par surprise, et l'industrie automobile était hors d'elle. » Un plan d'un milliard de dollars est alors élaboré pour tenter de réduire la dépendance du pays, plus grand importateur de terres rares de la planète. Cinq axes sont mis en place : Augmenter l'efficacité dans l'utilisation des minerais Développer des matériaux alternatifs Généraliser et améliorer le recyclage Trouver des fournisseurs alternatifs (notamment en Australie) Renforcer le stockage pour alimenter les industries stratégiques « Cela a fait baisser notre dépendance aux alentours de 60% », assure Tatsuya Terazawa. Objectif autonomie À ces cinq piliers s'est ajouté un sixième : le rêve nippon d'exploiter ses propres ressources naturelles. La zone économique exclusive de l'archipel offre des possibilités sur lesquelles compte le gouvernement. C'est à 2 000 kilomètres de Tokyo, dans les boues sous-marines autour de l'île de Minamitori-shima, que le Japon cherche son salut. « Nous avons trouvé, à 6 000 mètres de profondeur, des concentrations très riches en terres rares lourdes, comme le dysprosium et le terbium », raconte Shoichi Ishii, directeur du programme SIP qui supervise le projet d'extraction. Dans sa main, il tient un petit tube plastique rempli de cet « or marron ». Mais avant même de pouvoir filtrer, traiter puis raffiner les métaux rares contenus dans cette boue, aller la chercher relève d'une mission quasi spatiale. « Il s'agit de remonter verticalement des sédiments solides, explique Shoichi Ishii. Pour y parvenir, nous adaptons les technologies de l'industrie pétrolière et gazière offshore. » Un défi de taille dont la rentabilité interroge. Première mondiale Le projet, lancé en 2014, s'est accéléré en 2023, avec l'ambition de tester en conditions réelles toutes les étapes permettant de lancer une production. En janvier 2026, le Japon a réussi une première mondiale avec l'extraction de boue à 6 kilomètres de profondeur. Une opération impliquant plus de 150 membres d'équipage, des hélicoptères et des transferts par avion. Des investissements considérables auxquels s'ajoutent les dépenses énergétiques nécessaires pour extraire la boue à l'aide de gigantesques tubes descendant pendant près d'une semaine avant d'atteindre les fonds. Sans compter l'impact environnemental, que le directeur du programme considère comme quasi nul. Mais la série d'essais grandeur nature prévue doit permettre au pays de l'estimer, d'ici 2028. À cette date, le Japon aura aussi une idée précise de ses capacités potentielles de production. « Sur le plan des coûts, nous ne pourrons jamais rivaliser avec la Chine », tempère Yoshikiyuo Shimamine, qui y voit malgré tout un « game changer », une rupture, « car les réserves sont très importantes et elles contiennent des terres rares lourdes que l'on ne trouve presque nulle part ailleurs qu'en Chine ». Difficile d'imaginer malgré tout un réel impact pour l'industrie japonaise. « Le jour où nous utiliserons des terres rares produites au Japon, je serais surement mort », assure un industriel. Mais pour les autorités, la souveraineté n'a pas de prix, résume Tatsuya Terazawa : « Dépenser des milliards pour l'indépendance est un investissement de sécurité nationale, au même titre que l'achat d'équipements de défense. » Et dans le secteur militaire, où les terres rares sont essentielles, les deux ambitions du gouvernement nippon se rejoignent. À lire aussiTerres rares: Tokyo veut exploiter ses fonds marins pour sortir de sa dépendance avec la Chine

Avec la guerre, l'industrie pétrolière américaine tire profit de la vente de naphta, un dérivé, utilisé comme diluant, qui sert de base pour le secteur de la pétrochimie. Le naphta entre dans la composition aussi bien des adhésifs et des mastics, que des emballages. Mis à part ce qui est exporté par l'Iran, plus aucun baril de naphta ne sort du Golfe persique. Les chiffres du mois de mars montrent en parallèle une hausse des exportations des États-Unis. Au mois de mars, les États-Unis ont exporté environ 15 millions de barils de naphta, selon les données du cabinet de suivi maritime Kpler, soit un record absolu en un mois. Après trois semaines de guerre au Moyen-Orient, l'organisation France Chimie dénombrait 107 sites chimiques en Asie qui avaient annoncé que leur production serait perturbée en raison de « difficultés d'approvisionnement en naphta ». Ce chiffre a dû grimper depuis. Parmi les pays directement concernés, il y a le Japon, qui dépend à 60% des importations et qui se fournissait à 70% dans les pays du Golfe, selon l'Association japonaise de l'industrie pétrochimique, citée par l'agence Bloomberg. La tension sur le marché a fait bondir localement les prix de plus de 70% et a obligé les industriels japonais à multiplier les commandes aux États-Unis. Le pays achète désormais plus de 60 000 barils par jour aux producteurs américains, un niveau qui n'avait pas été vu depuis décembre 2021. La Première ministre Sanae Takaichi a cependant assuré, le 5 avril sur X, que le pays disposait de quatre mois de consommation. Le Venezuela, un acheteur qui pèse à nouveau Le Venezuela contribue aussi aux bonnes affaires des exportateurs états-uniens. Le pays a en effet besoin de naphta pour diluer son pétrole lourd et le rendre plus liquide afin de le transporter et l'exporter. Les sanctions américaines interdisaient d'expédier du naphta au Venezuela, mais l'arrestation de Nicolas Maduro, le 3 janvier, a changé la donne. Les traders Vitol et Trafigura ont obtenu le droit de vendre du diluant produit sur le sol américain au géant pétrolier d'Amérique latine. Depuis, 90 000 barils de naphta par jour sont expédiés en moyenne, précise Homayoun Falakshahi, chef analyste pétrole auprès du cabinet Kpler. Des prix incitatifs pour les producteurs américains Les États-Unis ont-ils les moyens de fournir la nouvelle demande des importateurs ? Ils sont devenus exportateurs nets de naphta depuis une dizaine d'années. Leurs exportations ont augmenté grâce au développement de l'exploitation de pétrole de schiste dans l'ouest du Texas et au Nouveau-Mexique. Ces gisements produisent en effet du brut que l'on qualifie de « léger », idéal pour la production de naphta. La hausse des cours du brut est une incitation à produire plus de pétrole, et en particulier de pétrole de schiste selon Mike Sommers, directeur général de l'American Petroleum Institute, un groupe de pression du secteur pétrolier, interviewé par Bloomberg Television. Ce qui entraînera par ricochet une augmentation de naphta. La forte demande mondiale a déjà fait s'envoler les cours. Ils ont progressé de 30% sur un mois et de plus de 80% sur l'année écoulée. Les États-Unis exportent en moyenne 300 000 barils par jour, contre 1,05 millions barils pour le Moyen-Orient avant la guerre, précise Homayoun Falakshahi. De quoi alimenter la concurrence chez les acheteurs. À lire aussiLe naphta russe, victime collatérale des ambitions américaines au Venezuela

Dans le contexte mondial tourmenté, un secteur retrouve des couleurs : celui du coton. Les cours mondiaux ont commencé à remonter avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, sans lien direct donc avec le conflit qui a éclaté le 28 février. Les prix du coton se sont redressés depuis le début du mois de février, sans lien direct avec le conflit au Moyen-Orient. Le premier moteur de cette hausse, c'est l'offre : la dernière récolte chinoise pourrait être, dans les faits, plus basse que ce qui a été officiellement annoncé. Les autorités seraient même prêtes, dit-on, à délivrer de nouvelles autorisation d'importation, à hauteur de 300 000 tonnes. Ce n'est encore qu'une rumeur, mais elle est prise au sérieux par les marchés. L'autre tension sur l'offre concerne la ceinture cotonnière américaine, qui a subi des températures record en mars. Si les sols ne sont pas assez humides, ce n'est pas de bon augure pour les semis. Face à ces craintes sur la production, il y a une demande qui n'est pas mauvaise et qui suffit à dynamiser un marché qui a été atone pendant des mois, pour ne pas dire plus. Hausse des engrais, un impact à retardement À ce stade, le conflit du Moyen-Orient n'a pas eu d'impact sur la filière, mais ce n'est peut-être qu'une question de mois : le blocage du détroit d'Ormuz perturbe fortement le commerce de gaz et la production d'engrais dans les pays du Golfe. Or, le coton est une culture très consommatrice d'intrant. Donc, la hausse des prix aura un impact sur les prochaines commandes des cotonculteurs, en particulier ceux qui ne lésinent pas sur les quantités, à l'instar des Brésiliens. Avec une moyenne d'1,5 tonne d'engrais à l'hectare, ils risquent de voir leur facture bondir et pourraient soit utiliser moins d'engrais, soit limiter leurs surfaces. Pour l'instant, le ministère américain de l'Agriculture annonce des surfaces en hausse pour cette année, mais « les chiffres ont surpris tout le monde », confie un de nos interlocuteurs, et sont pris avec des pincettes, en attendant la réalité des semis. On ne connaît pas les intentions chinoises ni indiennes pour cette année, mais il n'est pas exclu qu'elles soient revues à la baisse. Perspectives africaines En Afrique, les stocks de coton de l'ancienne campagne sont en train d'être vendus, en partie grâce à l'Inde, qui a acheté ces derniers temps des volumes au Togo, au Mali et au Burkina Faso. Donc, le regain de la demande, aussi modéré soit-il, a profité à l'Afrique, même s'il reste du coton à vendre, notamment parce que l'égrenage se poursuit encore dans certains pays comme le Mali. La grande question maintenant, c'est de savoir à quoi ressemblera la suite, car tous les producteurs ne sont pas totalement couverts. Or, l'engrais doit être acheminé au plus tard fin mai, explique un négociant. Le problème, c'est que ce qui n'a pas été acheté à temps coûte aujourd'hui entre 20 et 40% de plus. « Hors subvention, les cotonculteurs maliens, par exemple, ont déjà payé cette année les engrais autour de 25 000 francs CFA le sac de 50 kilos », précise un acteur local, qui se dit très inquiet pour la prochaine campagne. C'est dans ce contexte à risque que la Banque ouest africaine de développement (BOAD) a annoncé, la semaine dernière, avoir approuvé un financement de 50 milliards de francs CFA au profit de la filière coton au Burkina Faso, pour faciliter l'achat de 120 000 tonnes d'engrais, comme le rapporte nos confrères de l'agence Ecofin. À lire aussiLes rendements du coton sénégalais parmi les meilleurs d'Afrique de l'Ouest

En Chine, le porc devient un révélateur de la crise économique. Les prix s'effondrent, au plus bas depuis plus de 15 ans, conséquence directe d'une surproduction massive encouragée ces dernières années. Un déséquilibre qui met les éleveurs sous pression et qui illustre surtout les forces déflationnistes à l'œuvre dans tout le pays. De notre correspondante à Pékin, C'est une chute brutale et spectaculaire. Les prix du porc tombent à 22 yuans le kilo, soit environ 2,75 euros le kilo – leur plus bas niveau depuis 2021. Du côté des éleveurs, c'est pire encore : les porcs vivants se vendent autour de 9,5 yuans le kilo (environ 1,20 euro le kilo), bien en-dessous des coûts de production. Autrement dit : produire du porc, aujourd'hui, fait perdre de l'argent à grande échelle, y compris aux principaux groupes du secteur. Un paradoxe dans un pays où cette viande reste un pilier de l'alimentation et un élément central de l'indice des prix à la consommation. Surproduction organisée Comment en est-on arrivé là ? Après l'épidémie de peste porcine africaine en 2018, Pékin avait fait du rebond de la production une priorité politique nationale. Résultat : des investissements massifs, des élevages industriels géants, parfois sur plusieurs étages, automatisés. Quelques années plus tard, retournement complet : trop de porcs, trop d'offre, et une demande qui ralentit dans une économie moins dynamique. Le gouvernement tente désormais de freiner la machine – en achetant du porc pour ses réserves stratégiques, et en appelant les producteurs à réduire les cheptels, notamment le nombre de truies. Symptôme d'une économie sous tension Cette crise du porc dépasse largement le seul secteur agricole. Elle illustre un phénomène plus large en Chine : la déflation et la spirale de la concurrence par les prix. Du café aux voitures électriques, les industries produisent trop et vendent parfois à perte pour écouler leurs stocks. Les autorités visent environ 39 millions de truies reproductrices, un seuil clé pour réguler l'offre. Mais ce niveau reste dépassé. Même les données deviennent sensibles : les chiffres mensuels sur ces truies ne sont plus publiés, laissant les marchés dans le flou, signe que les autorités avancent à tâtons, dans une économie où produire plus ne garantit plus, aujourd'hui, de gagner plus. À lire aussiEn Asie, le blocage du détroit d'Ormuz fait vaciller l'industrie pétrochimique

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient il y a plus d'un mois, l'or subit une forte baisse. Après une brève remontée, la tendance à la baisse se poursuit. Cette situation peut-elle durer ? Tout dépendra de la volonté réelle du président états-unien de terminer cette guerre. On l'a vu, chacune de ses déclarations a un impact sur les marchés. Les cours de l'or ont ainsi chuté de plus de 4 % le 2 avril pour s'établir autour de 4 600 dollars l'once. Une réaction à la remontée des cours du dollar à la suite de l'allocution de Donald Trump, le 1ᵉʳ avril au soir. Mais sur un an, l'or a tout de même pris plus de 48 %. Cette augmentation prouve que le métal jaune reste une valeur refuge qui s'apprécie en période de fortes turbulences sur les marchés ou de tensions géopolitiques. D'autant que les facteurs qui contribuent à la hausse des cours persistent. Il n'est donc pas exclu que le métal précieux puisse à nouveau titiller ses records historiques. Le retour possible de l'inflation Les marchés restent en effet incertains, car cette guerre a déjà perturbé les flux d'approvisionnement, et notamment ceux des hydrocarbures. Cela suscite des inquiétudes quant à une flambée de l'inflation. Une inflation qui rebondit déjà à 2,5 % en mars dans la zone euro. Et aux États-Unis, elle s'approche dangereusement des 3 %. En tant que valeur refuge, le métal jaune a tendance à augmenter dans un contexte d'inflation croissante, surtout si celle-ci est inattendue et prolongée. Goldman Sachs maintient ainsi ses prévisions. Selon ses experts, le prix de l'or pourrait atteindre 5 400 dollars d'ici fin de l'année 2026. Et ce en raison des anticipations de baisses de taux de la Réserve fédérale américaine et de la poursuite des achats d'or par les banques centrales. À lire aussiGuerre en Iran : Donald Trump pris au piège de l'inflation

Le rapport du ministère américain de l'Agriculture (USDA) sur les prévisions de semis aux États-Unis a été publié cette semaine. Il était très attendu, en raison de la hausse du prix des engrais ces dernières semaines, et confirme que les agriculteurs états-uniens vont réorienter une partie de leurs cultures. Les cultures qui dépendent fortement des engrais azotés sont annoncées en baisse, c'est le cas des surfaces de maïs. Pour le blé d'hiver et le blé de printemps à venir, les surfaces pourraient atteindre leur plus bas niveau depuis 1919. À l'inverse, les intentions de semis pour le soja, qui coûte moins cher en engrais, sont en hausse. Ces prévisions sont issues d'une enquête effectuée dans les premiers jours de mars, quand les perturbations liées à la guerre n'étaient pas encore aussi importantes qu'aujourd'hui. Les chiffres ont donc en quelque sorte été rendus obsolètes par le calendrier militaire. La tendance qui se dessine devrait encore s'accentuer, les opérateurs estiment en particulier que les surfaces de maïs seront plus faibles que ce qui vient d'être annoncé, rapporte Damien Vercambre, analyste chez Inter-Courtage. Il est en effet difficile d'imaginer que les fermiers états-uniens ne réagissent pas plus à l'augmentation du coût des engrais (+40% pour l'urée, et + 20% pour l'ammoniac) et du carburant agricole. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde Du soja pour qui ? Est-ce raisonnable de voir les surfaces de soja augmenter aux États-Unis ? La guerre commerciale, lancée l'année dernière par Donald Trump, a considérablement perturbé les exportations de soja états-unien vers la Chine. Produire plus quand on a des relations compliquées avec le premier acheteur mondial peut paraître donc hasardeux, mais en réalité, les agriculteurs ne prennent pas de grands risques. Ils peuvent vendre une partie de leur production sur les marchés à terme, et « si la Chine achète moins, ils vendront au reste du monde », résume Damien Vercambre. Pour le soja, comme pour le maïs d'ailleurs, la demande est forte, la consommation augmente presque plus vite que la production. Selon l'expert, « les signaux sont donc plutôt au vert » pour les producteurs états-uniens qui veulent davantage miser sur le soja. Quid de l'approvisionnement alimentaire mondial ? Pour 2026, la hausse du prix des engrais devrait avoir une incidence limitée : globalement, les agriculteurs aux États-Unis et ailleurs dans l'hémisphère nord ont fait le plein d'intrants avant la guerre, même s'il ne faut pas exclure une baisse des rendements par endroit ou des récoltes de moins bonne qualité. Si les prix des engrais restent élevés dans les prochains mois, c'est la récolte 2027 qui est considérée comme à risque, puisque les achats n'ont pas encore été effectués. À lire aussiLa Chine limite les exportations d'engrais au profit de ses agriculteurs

Les prix de l'aluminium sont devenus, comme ceux des hydrocarbures, un indicateur de la dégradation de la situation dans le golfe Persique. Ils sont repartis à la hausse après les attaques du week-end du 28 mars qui font craindre des pénuries d'approvisionnement prolongées. Les pays du Golfe produisent plus de 6,5 millions de tonnes d'aluminium chaque année. L'essentiel est exporté, ce qui finalement représente entre 10 et 15% du commerce mondial. La région est aussi leader en matière d'alliage d'aluminium, avec une production de métal de qualité militaire très prisée par l'industrie américaine de la défense. Mais depuis le 28 février, les cartes ont été rebattues et les attaques iraniennes sur deux fonderies majeures, le week-end dernier, sont venues alimenter les inquiétudes. Aluminium Bahrain n'a pas encore communiqué sur l'étendue des dégâts subis, mais avant même les dernières attaques, l'entreprise avait déjà annoncé l'arrêt de 20% de sa capacité de production. Les Émiriens d'EGA (Emirates Global Aluminium) ont confirmé de leur côté que les dommages sur un de leurs sites à Abou Dhabi étaient importants. Les cours ont donc réagi par anticipation, mais aussi sur la base de signaux concrets : les stocks d'aluminium de la bourse aux métaux de Londres ont chuté brutalement, rapporte l'agence Bloomberg, les négociants s'étant précipités pour retirer du métal des entrepôts, afin de pouvoir honorer leur contrat. À lire aussiEN DIRECT - Guerre au Moyen-Orient: Trump exhorte les «autre pays» à prendre le contrôle du détroit d'Ormuz Hausse des prix sur la durée ? Grâce aux stocks offshore importants dont disposerait l'entreprise émirienne EGA, l'impact sur l'approvisionnement en 2026 pourrait être limité, explique Bernard Dahdah, analyste mines et métaux chez Natixis. En revanche, précise l'expert, l'excédent de 200 000 tonnes qui était prévu en 2027 pourrait se transformer en déficit de plus d'un million de tonnes d'aluminium. Ce déséquilibre s'accentuera si l'unité de production d'Alba (Aluminium Bahrain) est durablement endommagée. Le pire des scénarios serait qu'un arrêt complet des opérations soit décidé : il faudrait alors plusieurs mois, jusqu'à un an peut-être, pour redémarrer les installations. Plusieurs secteurs et pays dépendants Les États-Unis mais aussi les pays membres de l'UE qui ont réduit leurs achats d'aluminium russe et augmenté leurs importations du Moyen-Orient sont les premiers concernés par la situation. Pour l'instant, les conséquences sont limitées car certaines cargaisons du Golfe avaient déjà franchi le détroit d'Ormuz quand la guerre a éclaté. Mais à partir du troisième trimestre, le manque pourrait commencer à se faire sentir. L'aluminium est le métal le plus utilisé après l'acier, que ce soit dans le secteur aéronautique, le solaire, ou encore celui du bâtiment. À écouter aussiLes pays du Golfe, futur hub du raffinage de minerais critiques?

Du pétrole au plastique, le choc se propage. La quasi-paralysie du détroit d'Ormuz ne fait pas seulement grimper les prix du brut : elle fragilise toute la chaîne pétrochimique asiatique. En première ligne, la Chine, très dépendante du méthanol iranien, voit ses approvisionnements se tendre et ses coûts exploser. Une crise discrète mais potentiellement structurante pour son industrie. C'est un produit peu connu du grand public, mais central pour l'industrie chimique. Le méthanol, dérivé du gaz, est aujourd'hui le premier point de tension. L'Iran en est le principal fournisseur hors Chine, couvrant jusqu'à 57% des importations chinoises. Avec des usines à l'arrêt et un détroit d'Ormuz quasiment bloqué, les flux se contractent brutalement. Les prix s'envolent déjà de 8% à 10%, et les stocks chinois – environ 1,45 million de tonnes – pourraient fondre rapidement. À court terme, le risque est clair : si les perturbations durent, certaines usines pourraient réduire ou stopper leur production, faute de matière première. Plastiques chinois sous pression En Chine, le méthanol ne sert pas seulement à fabriquer des solvants. Il alimente directement la production de plastiques via le procédé MTO (conversion du méthanol en oléfines). Or, environ 60% de ces usines sont situées sur les côtes et dépendent des importations. Résultat : une double contrainte. D'un côté, des coûts de matières premières en forte hausse. De l'autre, des chaînes logistiques perturbées. Cette tension se répercute sur toute la filière – de la construction à l'automobile –, avec des marges qui se compressent et des risques de ralentissement industriel. Une onde de choc plus large dans la pétrochimie Au-delà du méthanol, c'est toute la chaîne des dérivés pétroliers qui vacille. Le naphta, le propane ou encore l'éthylène sont également touchés, avec une dépendance massive de l'Asie au Moyen-Orient. Les prix de l'éthylène ont déjà bondi de plus de 60% en Chine depuis fin février, tandis que des unités de production réduisent leur cadence au Japon, en Corée ou en Asie du Sud-Est. Si la crise se prolonge, ce choc pourrait accélérer une recomposition industrielle : diversification des sources, relocalisation partielle, ou montée en puissance d'alternatives comme le charbon ou l'éthane. En toile de fond, une réalité transparaît : derrière le baril de pétrole, c'est toute l'économie du plastique mondial qui vacille. À lire aussiLe possible minage du détroit d'Ormuz met le trafic maritime international sous pression

Les exportations de soufre du Moyen-Orient sont directement touchées par le conflit en Iran et pourraient avoir un impact sur un grand nombre de secteurs, des engrais à celui des semi-conducteurs, où il sert à nettoyer et purifier les surfaces. La région représente près d'un quart de la production mondiale, selon les services géologiques américains (USGS), mais 44% des exportations mondiales de soufre et de produits sulfurés, selon le cabinet Argus Media. Historiquement, ce minerai jaune à la couleur très forte était extrait de mines. Mais c'est aujourd'hui principalement un sous-produit du raffinage du pétrole. Depuis le début de la guerre, la production a été perturbée dans plusieurs installations clés, mais tout n'est pas à l'arrêt. Plus de 400 000 tonnes de soufre sont déjà chargées sur des navires transportant des engrais et attendent un feu vert pour passer le détroit, selon le cabinet de suivi maritime Kpler. « Même si les navires ne peuvent quitter le golfe Persique, nous observons que des opérateurs continuent d'y faire entrer des bateaux pour les charger. Actuellement, le Frosso K est en cours de chargement à Ruwais Sulphur, aux Émirats arabes unis », précise Madeleine Overgaard, analyste chez Kpler. Le dernier bateau chargé de soufre non iranien a quitté le golfe Persique le 8 mars, en déclarant un propriétaire et un équipage chinois. Les navires iraniens sont plus difficiles à recenser, car ils désactivent l'émetteur (AIS) qui permet de les identifier, quand ils entrent dans le port. « Ils tentent également de dissimuler leurs opérations en indiquant Oman comme origine, ce qui rend ce flux commercial encore plus difficile à suivre », ajoute l'experte de Kpler. Des prix sous tension depuis trois ans Le début des hostilités a immédiatement fait grimper les prix qui étaient déjà sous tension. Ils ont triplé ces trois dernières années. Soixante-dix pour cent du soufre est utilisé essentiellement sous la forme d'acide sulfurique selon l'Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (Ofremi). C'est un produit qui entre dans la composition des engrais phosphatés, dont l'utilisation ne fait qu'augmenter. La demande est aussi forte pour le raffinage des minerais : il faut utiliser entre deux et quatre tonnes d'acide sulfurique pour produire une tonne de cuivre, et il en faut encore plus pour obtenir une tonne de nickel de qualité batterie nécessaire à la fabrication de véhicules électriques. Le soufre est aussi un intrant essentiel pour le traitement de l'uranium et du cobalt, mais aussi pour la production de dioxyde de titane – un pigment blanc – ou de fluorure d'hydrogène – substance chimique très corrosive utilisée dans de nombreux secteurs industriels – selon Project Blue. Face à une demande de plus en plus grande, l'offre n'a pas suivi et a même été désorganisée, notamment suite à une attaque ukrainienne en septembre 2025 sur l'usine de traitement de gaz d'Astrakhan en Russie, détaille Bernard Dahdah, analyste mines et métaux chez Natixis, dans une note diffusée ce mois de mars. « Le soufre, longtemps considéré comme un sous-produit abondant, est en train de devenir une matière première stratégique », résume l'Ofremi. Les grands consommateurs Parmi ceux qui pâtissent le plus de la situation, il y a la Chine, le premier importateur mondial, qui dépend à près de 40% des exportations des Émirats arabes unis, d'Arabie saoudite, du Koweït, d'Oman et d'Iran, rappelle Argus Media. Le Maroc est presque tout aussi dépendant des pays du Golfe pour la fabrication de ses engrais phosphatés, mais « le pays aurait constitué des stocks suffisants pour ne pas être impacté dans l'immédiat », selon Global Sovereign Advisory. La plupart des consommateurs d'acide sulfurique pourront supporter quelques semaines de pénurie, estime Bernard Dahdah, mais le secteur minier est d'ores et déjà concerné par la hausse des prix. C'est notamment le cas en Afrique, et plus précisément en République démocratique du Congo, où 80% du soufre importé transite par le détroit d'Ormuz, selon Robert Friedland, le patron d'Ivanhoe – entreprise majoritaire de Kamoa Copper. L'Indonésie, premier producteur de nickel au monde, est un pays aussi particulièrement exposé. Tout comme les fabricants de semi-conducteurs, qu'ils soient à Taïwan, en Corée du Sud ou aux États-Unis. À lire aussiDétroit d'Ormuz: le marché de l'assurance maritime s'envole sous le feu de la guerre

La fermeture du détroit d'Ormuz a interrompu la chaîne d'approvisionnement maritime des pays du Golfe. Les importations de céréales et d'oléagineux sont à l'arrêt, sauf en Iran. Un bateau chargé de céréales est passé ces derniers jours par le détroit. Le navire Giacometti est entré dans le détroit le 20 mars, selon les données du cabinet de suivi maritime Kpler. Pour des raisons de sécurité et pour pouvoir être approuvé par les autorités iraniennes, il a pris un itinéraire assez inhabituel, proche de la côte iranienne, alors que ce type de navire passe d'ordinaire plus proche d'Oman, relève Madeleine Overgaard, analyste chez Kpler. Un autre navire, le Levante, qui avait emprunté le détroit d'Ormuz avant le début des hostilités, a pu décharger son maïs dans le port de Bandar Imam Khomeini, aussi appelé BIK, et a franchi le détroit dans l'autre sens, à vide, le 23 mars. Les flux continuent donc, mais de manière plus restreinte, les Iraniens privilégiant une autre porte d'entrée. À lire aussiDétroit d'Ormuz bloqué: peut-on vraiment contourner cette route clé du pétrole mondial? Le port de Chabahar, nouveau hub céréalier Progressivement, selon Kpler, les vraquiers se détournent du hub céréalier de BIK et sont dirigés vers le port de Chabahar, qui a l'avantage d'être à l'extérieur du Golfe, avant le détroit. Le port a été agrandi il y a tout juste un an avec des entrepôts et des silos. Le maïs, l'orge, le blé, tout ou presque transite par ce port aujourd'hui. Un navire décharge actuellement de l'orge et du tourteau de soja en provenance d'Argentine, un autre, qui transporte du maïs du Brésil, a changé de direction et s'apprête à atteindre Chabahar, si ce n'est pas déjà fait. En 2022, 13% du blé importé par l'Iran transitait par ce port. Cette année, depuis janvier, ce chiffre est de 56%, précise Madeleine Overgaard. Une bonne récolte de blé à venir L'autre atout de l'Iran, c'est de produire environ les trois quarts de ses besoins en blé. Cette année, la récolte qui va débuter en avril s'annonce bonne. « Le blé ne sera donc pas un problème pour l'Iran à court terme », résume un expert de Kpler. Pas d'inquiétude non plus pour l'approvisionnement en maïs même si le pays dépend des importations. Le pays achète traditionnellement peu de mars à juillet, car il se cale sur la production brésilienne, mais il a fait le plein fin 2025 en achetant beaucoup plus qu'en fin 2024. La tendance s'est encore poursuivie en janvier et février, avec des achats records. Même si la situation actuelle est grave, le pays n'a pas à s'inquiéter, pour l'instant, concernant son alimentation de base et celle de son bétail. À lire aussiPourquoi les cours du blé n'ont pas plus grimpé depuis la guerre en Iran?

La guerre en Iran a un impact sur les cours de nombreuses ressources naturelles, renversant parfois totalement une tendance de prix bien ancrée depuis des mois. C'est le cas pour le cuivre, un des métaux qui conduit le mieux l'électricité, utilisé aussi bien dans les moteurs, les câbles, les ordinateurs ou encore les batteries. Depuis le début du conflit, le cuivre a baissé d'environ 10 %. Le conflit, et la hausse des cours du pétrole qui va avec, alimentent la crainte d'une baisse de l'activité économique et d'une hausse de l'inflation. C'est précisément ce qu'illustre aujourd'hui le cours de Dr Copper, comme on le surnomme en anglais, car le cuivre est directement touché en cas de ralentissement de l'activité immobilière et manufacturière. Même si la possibilité d'une désescalade a suffi à faire sursauter les cours, en début de semaine, cela n'a pas duré. Ils sont pour l'heure toujours guidés par les risques macroéconomiques. Une baisse du prix du cuivre à 11 000 dollars la tonne est à prévoir dans les trois prochains mois selon les analystes financiers de Citigroup qui tablaient encore, fin février, sur un cuivre à 14 000 dollars la tonne. Les cours reflètent aussi les stocks élevés présents dans les entrepôts de la Bourse des métaux de Londres. Les réserves du London Metal Exchange (LME) sont à leur plus haut niveau depuis près de huit ans. Reprise des achats en Chine Ces facteurs baissiers sont contrebalancés par une force opposée. Les achats ont en effet fortement repris en Chine, le plus gros importateur de cuivre au monde. Or selon une mécanique bien rodée, quand l'économie ralentit, et la demande baisse, les cours se replient, ce qui devient alors plus intéressant pour les acheteurs. La chute des cours du métal rouge sous le seuil symbolique de 100 000 yuans la tonne – environ 14 500 dollars – a stimulé la demande intérieure, et ce d'autant plus qu'après les vacances du Nouvel An lunaire, les transformateurs sont revenus aux achats. Résultat, les stocks de cuivre chinois ont baissé de 78 000 à 79 000 tonnes en une seule semaine selon Raghav Jain, chef analyste du marché du cuivre pour Argus Media Europe, soit la plus forte baisse hebdomadaire en un an. « Les achats chinois soutiennent le marché et devraient limiter la baisse, mais ne l'élimineront pas », souligne cependant l'expert. À lire aussiPar crainte de manquer de cuivre, la Chine relève sa prime à l'achat Demande à moyen terme toujours forte À moyen et long terme, la demande en cuivre reste orientée à la hausse car c'est un métal clé de la transition énergétique. Plus on va vers l'électrification, plus on a besoin de cuivre. On en trouve dans les panneaux solaires, les batteries des voitures électriques ou encore les éoliennes. Le cuivre est aussi stratégique pour la construction des serveurs des centres de données. « Structurellement, les perspectives haussières à long terme restent solides, mais elles sont éclipsées à court terme par les risques macroéconomiques », confirme Argus Media. Métaux industriels en baisse La pression sur le cuivre s'exerce aussi sur d'autres métaux industriels car quand l'activité économique tourne au ralenti, les besoins diminuent. Les investisseurs changent aussi de stratégie et jouent la prudence. Le cuivre, l'étain, l'aluminium ou encore le nickel, liés à la bonne santé du secteur de l'industrie, ont tous vu leur cours baisser depuis le début de la guerre en Iran. Les analystes de la banque ING prévoient que la baisse des prix des métaux industriels se poursuivra tant que le détroit d'Ormuz restera fermé. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: comment la hausse de l'énergie fait craindre un retour de la stagflation

Les cours du sucre blanc atteignent leur plus haut niveau en cinq mois. Comme d'autres matières premières, ils sont entrainés par les bouleversements liés à la guerre en Iran. Le sucre est notamment directement sensible à la hausse des coûts de l'énergie. Le sucre est directement sensible à la hausse des coûts de l'énergie. Un baril qui grimpe fait toujours monter le prix des biocarburants et c'est ce qui s'est passé : la hausse du pétrole ces dernières semaines a fait grimper l'éthanol à 80 centimes le litre, soit 10 de plus qu'avant la guerre. Ce prix est incitatif pour l'industrie sucrière, qui peut être tentée de transformer plus de betteraves en éthanol, au détriment du sucre. Ce qui est valable en Europe l'est aussi au Brésil. Le pays va ouvrir sa nouvelle campagne dans un mois, et pourrait arbitrer en faveur de l'éthanol. « Les marchés financiers anticipent déjà une baisse des volumes de sucre brésilien qui seront mis sur le marché », explique Timothé Masson, secrétaire général de l'Association mondiale des planteurs de betteraves et de cannes à sucre. Le pays est le mastodonte du secteur et ses décisions pèsent forcément sur les cours. Le réal plus fort face au dollar La monnaie brésilienne est aussi un facteur de hausse de prix. Le sucre se vend en dollars, comme de nombreuses matières premières, or le réal s'est renforcé ces derniers mois : pour un dollar, il faut environ 5,3 réal, contre 6 il y a un an. Cette situation impose aux Brésiliens de monter leur prix, en dollar, pour toucher le même montant dans leur monnaie, et un sucre brésilien plus cher fait grimper les cours mondiaux. À lire aussiLes prix du sucre en baisse, aidés par le pétrole et le Brésil Moins de sucre raffiné du Golfe Un autre facteur pèse directement sur les prix, c'est le blocage des exportations de sucre blanc de la région du Golfe. Plusieurs pays de la zone importent du sucre brut, souvent du Brésil, car c'est le moins cher, et le réexportent une fois raffiné. Dubaï a ainsi importé l'année dernière 2,4 millions de tonnes de sucre roux, et réexpédié plus de 2 millions de tonnes de volumes raffinés, en direction notamment de la Chine et de l'Afrique du Sud. Si la crise continue, les acheteurs qui s'approvisionnaient avec ce sucre blanc du Golfe vont devoir trouver d'autres fournisseurs et le Brésil devra chercher d'autres débouchés. Dans l'immédiat, le marché se trouve privé du sucre blanc bloqué dans les raffineries du Moyen-Orient, ce qui joue également sur les prix. À lire aussiLa baisse des prix du sucre pèse sur la production européenne

Le blocage du détroit d'Ormuz bouleverse le secteur des engrais. Les pays producteurs qui le peuvent sécurisent leur approvisionnement en vue des prochains semis. C'est le cas de la Chine, deuxième exportateur d'intrants, derrière la Russie. Pour limiter les risques, la Chine a décidé de limiter un peu plus ses exportations. Cette décision s'ajoute à des restrictions qui étaient déjà entrées en vigueur à l'automne dernier, rappelle Global Sovereign Advisory, dans une de ses dernières notes. Pas un kilo d'urée n'est sorti de Chine depuis octobre 2025, et ça ne va pas changer, résume Michaël Sebag, négociant en engrais pour Orcom à Genève. Pour les engrais phosphatés, seuls deux types très peu utilisés sur le marché local chinois étaient autorisés jusque-là, mais désormais, quelle que soit la formule chimique, la Chine préfère tout garder. Avant de restreindre un peu plus les exportations, les autorités ont déjà demandé, la semaine dernière, aux entreprises qui stockent des engrais pour le compte de l'État de libérer, plus tôt que prévu, les volumes nécessaires aux semis de printemps. « Jusqu'au mois de mai, on est dans le pic de la saison d'utilisation des engrais, en Chine, et en particulier des engrais azotés », explique notre interlocuteur. Le géant asiatique met donc tout en place pour que les intrants soient disponibles et au prix le plus bas possible. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde La Chine inquiète pour son soufre Avec la guerre en Iran, la Chine s'est retrouvée privée du soufre qu'elle importait du Moyen-Orient. Le soufre sert à fabriquer l'acide sulfurique qui entre dans la composition de plusieurs engrais et jusque-là, le Moyen-Orient fournissait plus de 50% des besoins chinois. Le début de la guerre a fait grimper les prix un peu partout. Une très mauvaise nouvelle donc pour l'empire du Milieu qui, depuis 7 à 8 mois, paye déjà son soufre plus cher, en raison de perturbations sur la production russe de soufre. La Russie, qui était un exportateur historique, est devenue un importateur en raison des attaques répétées de Kiev sur ses raffineries de pétrole. À lire aussiRussie: frappe meurtrière de l'Ukraine contre une installation industrielle dans la région de Smolensk L'Inde et le Brésil pénalisés Les restrictions chinoises vont inévitablement accentuer les difficultés pour les importateurs. C'est vrai en particulier pour l'Inde qui achète environ 10 % de ses engrais à la Chine et qui se retrouve directement pénalisée. Un vent de panique touche aussi le Brésil, explique Michaël Sebag, car le pays est un acheteur important d'engrais phosphatés chinois. Selon les chiffres de 2024, la Chine était le troisième fournisseur d'engrais de l'Afrique, derrière la Russie et le Maroc. Selon Global Sovereign Advisory, le continent pourrait donc évidemment aussi souffrir de nouvelles règles mises en place par Pékin. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: l'impact sur l'importation d'engrais et d'aliments en Afrique

La Guinée voudrait peser plus sur le marché mondial de la bauxite, un minerai qui, transformé en alumine, sert ensuite à fabriquer l'aluminium. Le pays en est déjà le premier exportateur, mais il réfléchit maintenant à instaurer un système de contrôle des volumes commercialisés. Cette démarche des autorités guinéennes s'inscrit dans un contexte de baisse des cours. Ils ont été divisés de près de la moitié depuis début 2025, car plus de bauxite a été mise sur le marché qu'en 2024, année où la production avait été perturbée chez plusieurs fournisseurs. La Guinée a elle-même contribué à la baisse des prix enclenchée l'année dernière, puisqu'elle a vu ses exportations grimper de 25% grâce à une demande chinoise plus forte. Cette demande est liée à la fois à l'ouverture de nouvelles raffineries d'alumine et à la décision de l'Indonésie de ne plus exporter de bauxite, pour développer sa propre industrie de transformation. L'exemple de la RDC et du Zimbabwe L'objectif de la Guinée est de faire remonter les prix en 2026, car « la baisse des prix associée à la hausse des coûts de transport a comprimé les marges des producteurs », explique Jethro Wookey, analyste en chef pour le marché de l'aluminium chez Argus Media. Elle a aussi fait baisser les recettes de l'État. Reste à déterminer sous quelle forme cette régulation se fera. Ira-t-on vers des quotas stricts comme c'est le cas en RDC pour le cobalt ? La RDC a prouvé qu'il était possible pour un État africain d'avoir un impact sur les cours mondiaux, tout comme le Zimbabwe plus récemment avec ses restrictions sur les exportations du lithium. Cela a sûrement inspiré la Guinée, qui aurait, selon l'agence Bloomberg, déjà commencé à discuter avec le secteur minier, dans lequel sont impliqués des groupes étrangers. La bauxite guinéenne est en effet exploitée en partenariat avec des actionnaires chinois (Hongqiao), singapouriens (Winning International) ou encore australiens (Rio Tinto). À lire aussiLe Zimbabwe fait trembler les cours du lithium avec ses restrictions à l'export Pression liée à la guerre en Iran D'un point de vue guinéen, le besoin d'agir sur le marché se justifie encore plus depuis le début de la guerre en Iran. Le Golfe est en effet une zone de production d'aluminium. C'est donc une région qui importe de la bauxite et de l'alumine. La guerre fait actuellement baisser les besoins et va créer un excédent sur le marché qui n'était pas prévu. « Il est fort probable qu'on assiste à une baisse des prix due à une diminution de la demande globale », explique Jethro Wookey. Soit l'inverse de ce que cherche la Guinée. Un contrôle sur les volumes exportés permettrait peut-être, dans un premier temps, d'éviter que les prix ne tombent encore plus bas que ce qu'ils sont aujourd'hui. À lire aussiLa Guinée reprend le contrôle du transport de sa bauxite pour maximiser les revenus

L'hélium est peut-être la ressource naturelle la plus touchée par la guerre en Iran. Le Qatar fournit un tiers de la production mondiale de ce gaz indispensable à la fabrication des semi-conducteurs, mais qui sert aussi à l'imagerie médicale ou encore à gonfler les ballons d'anniversaire. Or, depuis les premiers jours de la guerre, le Qatar ne produit et n'exporte plus du tout d'hélium. La production du Qatar a cessé depuis que la plus grande usine de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, située dans le pays, celle de Ras Laffan, s'est arrêtée, suite à une attaque iranienne de drone. L'hélium étant un sous-produit du GNL, il n'est plus fabriqué non plus. Il faudra compter « entre 6 et 8 semaines supplémentaires après la reprise de la production pour retrouver le niveau des exportations d'avant-guerre », explique Nicolas Pelissier, président de la start-up 45-8 Energy. Un délai confirmé au Financial Times par le ministre qatarien de l'Énergie. Ce délai prend en compte la relance de la production de GNL, le redémarrage des opérations de séparation chimique et de liquéfaction de l'hélium, ainsi que la remise en service des conteneurs très spécifiques à ce gaz qui sont restés coincés dans le détroit d'Ormuz – purge et remplissage. L'hélium est en effet acheminé dans ce qu'on appelle des ISO conteneurs qui permettent de maintenir le gaz à -269°C, la température à laquelle il reste liquide et peut être transporté. La production qui était déjà chargée, et qui n'a pas pu quitter la région, est considérée comme perdue, car – c'est encore une spécificité de l'hélium – après une quarantaine de jours, le gaz commence à s'éventer. À lire aussiLe dumping russe joue les trouble-fêtes sur le marché de l'hélium Dépendance européenne Parmi ceux qui ont des raisons de s'inquiéter, il y a les acheteurs européens, car l'Europe est dépendante à hauteur de 40% du Qatar. C'est plus que la moyenne mondiale. À très court terme, les principaux utilisateurs sont cependant à l'abri : il y a des stocks souterrains en Allemagne qui pourront répondre à la demande européenne, ou en tout cas à une partie puisqu'ils appartiennent à Air Liquide qui servira, en priorité, ses clients, mais potentiellement d'autres acheteurs aussi. Plusieurs fabricants de puces en Corée du Sud et à Taïwan ont fait savoir qu'ils n'étaient pas en rupture de stocks dans l'immédiat. Si le blocage ne dure que deux à trois mois, l'impact pourrait donc être « relativement contenu », estime Nicolas Pelissier. Si le conflit s'éternise, l'effet sera plus douloureux car aucun industriel ne peut stocker d'importantes quantités d'hélium, en raison des déperditions constatées après 40 jours. Les mieux lotis seront ceux qui ont diversifié leurs fournisseurs ou ceux qui ont accès à une des rares infrastructures souterraines de stockage qui existent dans le monde, telles que celles présentes en Allemagne ou aux États-Unis. À plus long terme, un certain nombre d'investissements pourraient être remis en cause, craint Nicolas Pelissier : les capacités supplémentaires de production qui devaient être mises en service en 2027 et 2028 au Qatar pourraient être retardées, l'hélium n'étant pas la priorité de Qatar Energy. « La guerre pourrait rebattre les termes de la géopolitique de l'hélium dans les prochains mois », résume le président de 45-8 Energy. Le Qatar incontournable Les industriels peuvent difficilement faire sans les exportations du Qatar. Il n'y a pas de substitut à l'hélium. Ce gaz reste incontournable dans les technologies de pointe. Il n'y a pas non plus de sources alternatives suffisantes : 97 % de la production est concentrée entre quatre fournisseurs que sont le Qatar, les États-Unis, l'Algérie et la Russie. Pour les pays qui n'achètent pas d'hélium russe – c'est le cas des membres de l'Union européenne –, il ne reste que deux fournisseurs, et cela ne suffit pas à compenser les volumes qui ne sortent plus du détroit d'Ormuz. La guerre en Iran confirme l'urgence de diversifier les sources d'approvisionnement. En Europe, le constat a déjà été fait. Les États membres se sont fixé l'objectif de produire 10% des besoins en hélium de l'UE d'ici la fin de la décennie. Un premier projet en Allemagne doit voir le jour fin 2027-début 2028. L'impact du conflit en cours sur les prix est difficile à évaluer puisque la majeure partie de l'offre est négociée de gré à gré et vendue via des contrats à long terme. L'hélium qui reste disponible sur le marché, pour un achat immédiat, a cependant augmenté d'environ 25%. Cette hausse devrait se poursuivre tant que l'approvisionnement ne sera pas rétabli. À lire aussiHélium: un marché de plus en plus stratégique

La viande de chameau est de plus en plus plébiscitée, dans les pays arides et semi-arides, où elle est historiquement consommée. Sa consommation se développe aussi dans d'autres régions, notamment en Afrique de l'Ouest. Actuellement, on ne compte que 42 millions de têtes de chameaux, soit moins de 1% du cheptel de viande rouge mondial. Le marché reste bien plus petit que celui du bœuf ou du poulet, mais il se développe vite. Selon Bernard Faye, chercheur au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), la production de viande de chameau a augmenté de 6 à 7% par an depuis les années 2000, pour atteindre, selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), en 2024, quelques 661 000 tonnes. Ces données sont peu précises, car les chameaux sont surtout vendus vivants, transportés par voie terrestre depuis la corne de l'Afrique ou le Sahel. Une partie n'est donc pas déclarée. Nouveaux débouchés Cette marchandise, transportée par voie terrestre, passe par des zones risquées. Une première route historique part des pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger…) vers l'Algérie et la Libye, tandis qu'une seconde part de la corne de l'Afrique. Les pays qui exportent le plus sont le Soudan, l'Éthiopie et la Somalie, principalement vers l'Égypte et la péninsule arabique. Du fait des risques sécuritaires au Sahel, ces dernières années, les commerçants sahéliens « se tournent vers de nouveaux pays », explique Bernard Faye, comme la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Nigeria, ou encore le Sénégal, qui ne consommaient pas de viande de chameau il y a encore 10 ou 15 ans. Ces pays côtiers font augmenter la demande, attirés par une viande rouge moins chère que le bœuf, et jouissant d'une bonne réputation nutritive, et même selon certains de vertus aphrodisiaques. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient trouble les importations de viande et de bétail des pays du Golfe Un marché d'avenir Le chameau est un animal qui supporte des températures très élevées et qui est facile à nourrir. Il s'agit donc d'une viande intéressante dans un contexte de changement climatique, rappelle Marc Debets, président d'Apexagri. De plus, la filière a une vraie marge de progression pour les prochaines années. Actuellement, les pays où sont élevées les bêtes manquent cruellement d'infrastructures, notamment pour l'abattage. Or, si ces pays parviennent à transformer le bétail en carcasses, ils seront en capacité de dégager plus de valeur. À condition d'investir, la viande de chameau est donc considérée comme un marché d'avenir, en Afrique comme dans le Golfe. À lire aussiMaroc: la filière dromadaire en crise face au changement climatique

Le conflit qui oppose l'armée régulière aux forces paramilitaires soudanaises s'est intensifié ces derniers mois et continue d'avoir un impact sur l'économie du pays, en particulier sur le commerce de la gomme arabique, un ingrédient clé dans les boissons gazeuses et les chewing-gums dont le Soudan est le premier exportateur mondial. Près de trois ans après le début de la guerre, la filière est toujours en pleine recomposition. Tous les acteurs ont dû s'adapter, que ce soit les collecteurs de gomme, les négociants et les importateurs. Trois ans après, il est difficile de savoir comment la filière locale s'est vraiment réorganisée et quel est l'état des stocks dans le pays. Les importateurs et notamment les deux premiers acheteurs mondiaux, les Français Nexira et Alland & Robert, reconnaissent avoir dû faire face à des moments difficiles, mais continuent à travailler avec leurs fournisseurs historiques et à faire sortir l'essentiel de leurs achats de gomme via Port-Soudan. L'éclatement du conflit a fait grimper les prix durablement : en trois ans ils ont augmenté de plus de 50 %, voire 100 % pour certaines qualités, confie un de nos interlocuteurs. Les données douanières rapportées par le service de diffusion d'informations agricoles N'Kalo montrent, pour 2025, une baisse de plus de 20 % des exportations soudanaises – soit 56 000 tonnes. Le chiffre est indicatif, car des quantités de gomme soudanaise transitent de manière informelle via d'autres pays, et changent d'origine. À lire aussiGomme arabique, la résilience soudanaise après un plus d'un an de guerre Consolidation de la filière au Tchad Face aux difficultés du secteur soudanais, une partie de la demande des industriels s'est reportée sur le Tchad. Les exportations ont augmenté de plus de 40 % l'année dernière, soit environ 30 000 tonnes, selon N'Kalo. Elles sont en forte progression aussi bien vers l'Europe que vers l'Inde et les États-Unis, les trois bassins d'importation. Même s'il n'est pas exclu que de la gomme soudanaise traverse la frontière, les chiffres reflètent avant tout une hausse de la production tchadienne selon la direction de Nexira. Le pays a toujours eu un bon potentiel de production, mais la collecte a longtemps souffert du manque d'infrastructures, à commencer par des routes. La guerre au Soudan et la hausse des prix qu'elle a engendrée ont donné un coup d'accélérateur à la structuration de la filière tchadienne. Les prix ont été incitatifs pour ceux qui ramassent la gomme et les acheteurs intermédiaires qui ont investi dans des entrepôts de stockage, mais aussi dans des programmes d'appui aux producteurs. « La hausse des infrastructures est impressionnante », témoigne Charles Alland, PDG d'Alland & Robert, de retour du Tchad et persuadé que le pays peut encore faire plus en termes de production. La direction de Nexira confirme le potentiel important du Tchad, où la société s'est investie depuis plusieurs années dans un projet de plantation d'acacias en partenariat avec l'ONG Sos Sahel. Producteurs de plus en plus nombreux Les acacias poussent dans toute la bande sahélienne. Sans surprise, on assiste donc à une remontée de la production dans les pays qui ont déjà une histoire avec la gomme, c'est le cas de la Mauritanie, du Sénégal et du Mali. Les acheteurs ont un œil aussi sur le Soudan du Sud, le Niger, et sur le Kenya, un nouveau venu dans le secteur. Alland & Robert se fournit désormais au nord du Kenya, où l'industriel explique avoir soutenu l'émergence d'une filière de A à Z. Un investissement qui a permis à la société d'acheter plusieurs centaines de tonnes de gomme en 2025. Depuis le début de la crise au Soudan, les importateurs français ne cachent pas leur volonté d'identifier et d'établir de nouveaux partenariats avec des fournisseurs alternatifs, même si leur politique numéro 1, disent-ils, reste de maintenir la filière soudanaise, qui fait vivre des millions de personnes. À lire aussiAu Kenya, la collecte de la gomme arabique s'organise

Alors que les matières premières énergétiques ont flambé, les cours des céréales ont beaucoup moins réagi au blocage du détroit d'Ormuz. C'est notamment le cas de ceux du blé. Les cours de la céréale du pain s'étaient envolés au début de la guerre en Ukraine. En 2022, la guerre en Iran n'a pas du tout eu le même impact. La perturbation des flux maritimes en mer Noire dans les premiers mois de la guerre en 2022 avait touché un hub céréalier, l'Ukraine et la Russie étant des exportateurs majeurs. La guerre en Iran touche, elle, un hub énergétique et les pays du Golfe sont des importateurs de céréales. Le conflit ne prive pas le marché mondial de matières premières agricoles. L'effet sur les prix ne peut donc pas être le même. C'est d'autant plus vrai que les fondamentaux, c'est-à-dire l'offre et la demande en céréales, ne sont pas tendus en ce moment. Sur un an, les prix du blé ont même baissé dans les principaux pays, sauf aux États-Unis où la demande est assez forte et en Australie, note FranceAgriMer, la cellule de veille du ministère français de l'Agriculture. Un autre facteur contient les prix du blé : les stocks mondiaux sont à leur plus haut niveau en cinq ans. L'influence des prix du pétrole Les prix restent tout de même influencés par la hausse du pétrole, « la corrélation est assez bonne », relève Arthur Portier, consultant chez Argus Media France. Moins fort et moins vite, les prix suivent donc et ont augmenté de 5 à 8 % environ depuis le début de la guerre en Iran. Ils devraient continuer à monter, si le pétrole poursuit sur sa lancée. Pour l'instant, la hausse est en tout cas trop faible pour les agriculteurs qui doivent composer avec une augmentation soudaine très forte du prix du carburant et des engrais. En quelques jours, l'écart s'est creusé entre le prix de vente des céréales et les coûts de production et fragilise la santé financière des exploitations. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde Des importateurs pour l'instant approvisionnés À ce stade, l'arrêt des importations de céréales par le détroit d'Ormuz n'est pas problématique pour les pays du Golfe. Pour l'instant, le gros des achats saisonniers a déjà été réalisé, explique Arthur Portier : sur cette campagne 2025/2026, l'Arabie saoudite, qui est le principal importateur, a acheté un peu plus de quatre millions de tonnes de blé et autant de maïs. « La possibilité de réorienter les flux d'importation vers des ports situés hors du Golfe, en particulier sur la mer Rouge, comme Jeddah ou King Abdullah pour l'Arabie saoudite » pourrait contribuer à éviter une pénurie à court terme, relève FranceAgriMer. Les autres pays sont aussi couverts, d'autant que cette période de l'année ne correspond pas à un pic de la demande : Koweït, Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis, Irak et Iran ont acheté au total environ 20 millions de tonnes de grains – blé, maïs et orge confondus – pour 2025/2026. À court terme, leur approvisionnement est assuré. Tout dépendra ensuite de la durée du conflit. Le Brésil, un des fournisseurs de maïs de ces pays, devrait trouver sans problème d'autres acheteurs, grâce à une demande particulièrement forte au Mexique et au Japon, relève l'expert d'Argus Media. L'Australie, la Russie, ou encore la Turquie, qui exportent dans la zone, devront réorienter certains de leurs volumes, mais cela n'annonce pas pour autant un déséquilibre du marché. À lire aussiDIRECT - Guerre au Moyen-Orient: Israël dit avoir encore «des milliers de cibles» à frapper en Iran

Au Sénégal, le coton a le vent en poupe depuis deux ans avec une production qui a presque doublé et des niveaux de rendements parmi les meilleurs en Afrique de l'Ouest. De notre correspondante à Dakar, Le Sénégal revient de loin. Après des années de baisse de production depuis le record de 52 000 tonnes de coton produit en 2007, le pays remonte enfin la pente, avec des chiffres encourageants depuis deux ans : de 15 000 tonnes pour la saison dernière, la production va passer à 25 000 tonnes cette année, avec des taux de rendement qui s'améliorent eux aussi puisqu'ils devraient passer de 800 kg par hectare pour la saison 2024-2025 à un peu plus de 1,2 tonne cette année. Un rendement équivalent, voire supérieur, à celui des gros producteurs africains de coton que sont le Bénin et la Côte d'Ivoire. La recette de ce succès ? Une bonne pluviométrie ces deux dernières années, mais aussi une plus grande rigueur dans le choix des producteurs et dans l'encadrement de leur travail par la Sodefitex, l'entreprise historique, véritable pilier de la filière cotonnière au Sénégal, qui s'était rendue au Cameroun en 2023 pour s'inspirer de leur méthode de travail avec les cotonculteurs. À lire aussiLes cotonculteurs africains réclament des subventions pour les pesticides Soutien de l'État à la filière cotonnière À ces facteurs, il faut ajouter une politique de soutien à la filière. Une enveloppe de 3 milliards de FCFA a été accordée par l'État à la Sodefitex pour la saison 2025-2026, ce qui a permis de participer à l'achat des intrants, cruciaux mais particulièrement chers, et de subventionner le prix d'achat aux cotonculteurs à hauteur de 80 FCFA par kilo. Au lieu des 270 FCFA payés par la Sodefitex, les producteurs touchent 350 FCFA par kilo vendu. Ces bons résultats devraient se poursuivre l'année prochaine avec l'objectif d'atteindre 35 000 tonnes de production et 70 000 tonnes en 2035. Mais si la filière cotonnière renaît de ses cendres, le problème de sa transformation et de sa vente à l'étranger reste entier. Avec un cours mondial de l'or blanc historiquement bas, l'ensemble de la production sénégalaise est pour l'heure toujours stockée dans des hangars dans l'attente douloureuse que le prix d'achat à l'export remonte. À lire aussiFace à un contexte mondial défavorable, le coton africain en lutte pour sa survie

Parmi les flux commerciaux qui sont affectés par la guerre en Iran, il y a les exportations de bétail vivant et de viande en carcasse. L'Australie, qui exporte aussi bien des ovins que des morceaux de bœuf haut de gamme, fait partie des pays les plus touchés. Même si le marché du bétail vivant est secondaire dans le monde, par rapport à celui de la viande en carcasse, c'est un marché qui compte pour le Moyen-Orient, souligne Jean-Paul Simier, expert de la filière viande. Surtout en cette période de ramadan, où les pays musulmans préparent la fête de l'Aïd. Ce commerce-là concerne essentiellement des moutons d'Australie, avec un acheteur principal : l'Arabie saoudite. Difficile, à ce stade, de savoir si un ou plusieurs navires bétaillers sont en attente dans la région. L'association environnementale Robin des Bois assure qu'il y aurait plus de 70 000 vaches, moutons et chèvres bloqués, à la fois dans le Golfe persique et en mer Rouge. Un chiffre global, que nous n'avons pas réussi à recouper. Exportateurs de carcasses préoccupés Les exportateurs australiens de carcasses sont aussi directement touchés. Plusieurs entreprises du secteur s'inquiètent. C'est le cas de WA Meat Marketing Co-operative (WAMMCO), qui gère des abattoirs en Australie-Occidentale et en Nouvelle-Galles du Sud et qui exporte, quand tout va bien, environ 20% de sa production vers le Moyen-Orient. Cette structure a suspendu ses livraisons face à un risque à l'entrée du détroit d'Ormuz jugé trop important. Les exportateurs de Tasmanie, au sud-est de l'Australie, témoignent de situations similaires. Selon le media ABC, Tasmanian Quality Meats (TQM), qui envoie chaque semaine 4 000 agneaux vers le Moyen-Orient, se voit contraint de rapatrier ses cargaisons envoyées au port de Melbourne pour être exportées. Sa seule issue : transformer les produits frais en produits congelés. Sachant qu'ils seront vendus à un prix bien inférieur. Inquiétude au sein de la filière bœuf Le commerce australien de bœuf certifié halal pour le Moyen-Orient est aussi perturbé. Le principal acheteur est là encore l'Arabie saoudite, avec 13 300 tonnes de bœuf congelé achetées en 2025 selon Argus Media. Dubaï est aussi devenu la principale plateforme régionale pour le bœuf australien haut de gamme, en vertu d'un accord de partenariat économique signé avec les Émirats arabes unis, fin 2024, qui a permis la suppression des droits de douane sur la viande rouge australienne. Les contraintes sur le bœuf sont les mêmes que pour les ovins : le bœuf réfrigéré transporté par avion peut difficilement être conservé plus d'une semaine dans les frigos des centres régionaux de distribution, souligne Argus Media. Le bœuf congelé acheminé en conteneur peut être stocké plus longtemps, mais certains exportateurs préfèrent ne pas prendre le risque en raison du manque total de visibilité sur ce qui se passera dans les prochains jours. Quitte à perdre des parts de marché à moyen terme, au profit d'autres fournisseurs sud-américains, qui sont de plus en plus présents sur les marchés du Golfe, comme le souligne le cabinet de conseil et d'analyse de prix.

Comme le pétrole, le gaz ou les céréales, l'aluminium subit les conséquences de la guerre en Iran. Le prix de ce métal a bondi à son plus haut niveau depuis quatre ans en début de semaine. Le Moyen-Orient représente 9% des échanges mondiaux d'aluminium. Or, le blocage de facto du détroit d'Ormuz perturbe à la fois les importations de bauxite et d'alumine nécessaires aux fonderies, et les exportations d'aluminium. Il resterait environ 30 jours de stocks d'alumine dans les fonderies de la région, et six millions de tonnes d'aluminium seraient actuellement bloquées dans la zone, selon le président de l'Association d'aluminium du Canada. En début de semaine dernière, 474 000 tonnes d'alumine étaient en route vers le Golfe Persique ou devaient être chargées à destination de cette région, selon Ben Ayre, analyste principal du secteur des métaux chez Kpler cabinet de suivi des flux maritimes. « À ce jour, 353 000 tonnes sont soit en attente en mer d'Arabie, soit au mouillage au large des côtes indonésiennes ou sri-lankaises », précise l'expert. Quelque 121 000 tonnes restent en revanche toujours sur leur route. Des chargements de bauxite sont aussi signalés au mouillage au large d'Oman, probablement en attente de la réouverture du détroit. Ces problèmes logistiques ont des conséquences directes : la plus grande fonderie en dehors de Chine, à Bahreïn, a interrompu ses livraisons, en attendant de trouver des solutions alternatives de transport, rapporte l'agence Reuters. Une autre au Qatar a annoncé un arrêt progressif de sa production en raison d'une pénurie de gaz naturel. Crainte d'approvisionnement aux États-Unis La peur de manquer inquiète les industriels, et en particulier ceux qui sont aux États-Unis. Le Moyen-Orient a représenté l'année dernière 1/5ème environ de l'approvisionnement du pays. Sans attendre, donc, les industriels se sont mis en quête de fournisseurs alternatifs. Certains acheteurs prospectent en Inde et en Australie. D'autres regardent du côté de la Corée du Sud ou de l'Europe du Nord. La préoccupation des industriels outre-Atlantique est double car ils ont besoin de métal, et si possible à bon prix, car ils sont déjà pénalisés par des droits de douane de 50% qui ont fait grimper les prix localement. Un marché plus déficitaire que prévu en 2026 ? Dans le contexte actuel, les analystes ne sont pas optimistes. Plusieurs observateurs craignent que le conflit régional aggrave le manque d'aluminium sur le marché. Bank of America, qui estimait que le déficit serait d'un million de tonnes cette année, avance maintenant un chiffre d'1,5 million de tonnes. Même si les flux devaient être rapidement rétablis, une fonderie qui s'est arrêtée a besoin de plusieurs mois pour tourner à nouveau à plein régime. Ce qui pourrait plaider pour un maintien des prix à un niveau élevé. Signe d'un approvisionnement devenu tendu, les primes qui sont payées par les acheteurs en Europe et aux États-Unis, en plus du cours du métal, ont bondi ces derniers jours, à des niveaux qui n'avaient pas été atteints depuis plusieurs années. La prime européenne a dépassé 430 dollars, et la prime américaine dite Midwest a dépassé les 1 000 dollars la livre.

En Chine, l'intelligence artificielle (IA) s'invite désormais dans les plantations de thé. Une entreprise du Sichuan vient d'inaugurer une usine entièrement automatisée, capable de trier et conditionner les feuilles grâce à l'IA. Une évolution qui illustre la volonté des autorités de moderniser un secteur agricole traditionnel et d'en améliorer la productivité. Dans sa nouvelle usine intelligente, la marque Zhuyeqing utilise plusieurs technologies automatisées pour transformer la production de thé. L'un des équipements phares est une machine de tri basée sur l'intelligence artificielle, capable de sélectionner plus de 300 bourgeons de thé par seconde pour sa gamme haut de gamme. Grâce à des algorithmes capables d'analyser la forme et la qualité des feuilles, la machine identifie les bourgeons répondant aux critères les plus stricts. Le processus est également automatisé jusqu'à l'emballage : les portions sont pesées avec précision, les sachets remplis d'azote pour préserver la fraîcheur, puis étiquetés afin d'assurer la traçabilité des produits. L'IA, nouvelle priorité pour la filière du thé Cette transformation s'inscrit dans une stratégie plus large. Dans un document publié en février, les autorités chinoises ont, pour la première fois, mentionné le développement de « l'IA + industrie du thé ». L'objectif est d'introduire davantage de technologies numériques tout au long de la chaîne de production. Dans certaines régions, ces innovations sont déjà utilisées. Dans le comté d'Anxi, dans la province du Fujian, des producteurs ont recours à des satellites, au cloud computing et à des capteurs connectés pour surveiller les plantations et optimiser les récoltes. Moderniser l'agriculture et soutenir les revenus ruraux Pour Pékin, l'enjeu est aussi économique. L'intégration de ces technologies pourrait aider les régions rurales à augmenter leurs revenus tout en répondant à une demande croissante pour des produits standardisés et traçables. Selon certaines estimations, l'utilisation d'outils numériques dans les plantations a déjà permis d'augmenter les revenus des producteurs d'environ 15% dans certaines zones. L'intelligence artificielle pourrait ainsi contribuer à transformer progressivement un secteur agricole emblématique de la Chine.