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Organisée pour la première fois sur trois pays et avec un format inédit de 48 équipes, la Coupe du monde 2026 marque une rupture économique majeure. Derrière l'augmentation du nombre de matchs, la Fifa fait évoluer son modèle publicitaire en s'appuyant sur les géants de la tech, l'intelligence artificielle et les plateformes numériques pour générer de nouvelles sources de revenus. La Coupe du monde 2026 sera celle de tous les records. Organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, elle réunira 48 équipes et comptera 104 matchs, contre 64 lors des éditions précédentes. Soit près de 65% de contenu supplémentaire à monétiser. Pendant des décennies, le modèle économique de la Fifa reposait sur trois piliers : la vente de billets, les droits télévisés et les revenus issus des sponsors traditionnels grâce aux panneaux publicitaires autour des terrains. Ce modèle reste d'actualité, mais il évolue rapidement pour s'adapter à une compétition devenue plus grande et plus coûteuse. Cette transformation se traduit notamment par l'arrivée de nouveaux partenaires issus de la technologie. Lenovo, Google, TikTok ou encore YouTube ne se contentent plus d'acheter de la visibilité. Ils fournissent également des infrastructures numériques, des services technologiques et des outils d'intelligence artificielle qui participent directement au fonctionnement de la compétition. Des sponsors qui ne vendent plus seulement leur image mais aussi leurs technologies Aujourd'hui, payer plusieurs millions d'euros pour afficher son logo pendant 90 minutes autour d'un terrain ne suffit plus. Les entreprises technologiques cherchent désormais à proposer des services qui améliorent l'expérience des spectateurs et des organisateurs. L'exemple de Lenovo illustre parfaitement cette évolution. Pour la Coupe du monde 2026, le groupe déploie près de 10 000 équipements informatiques et mobilise plusieurs centaines d'ingénieurs afin d'accompagner l'organisation de l'événement. Pour la Fifa, cette stratégie présente un double avantage. D'une part, ces entreprises contribuent au financement de la plus grande compétition de football au monde. D'autre part, elles permettent de créer de nouvelles sources de revenus liées aux usages numériques qui n'existaient pas il y a encore quelques années. Les habitudes de consommation ont profondément changé. Les supporters ne regardent plus seulement un match à la télévision. Ils commentent les actions sur les réseaux sociaux, consultent les statistiques en direct sur leur smartphone ou visionnent les ralentis sur TikTok. Cette multiplication des écrans ouvre de nouvelles opportunités commerciales pour les annonceurs comme pour la Fifa. Le supporter devient une donnée économique et chaque contenu peut être monétisé Cette évolution transforme également le rôle du spectateur. Il n'est plus seulement une audience, mais devient une source de données permettant de personnaliser les campagnes publicitaires. Grâce à l'ultra-personnalisation, les annonceurs peuvent cibler beaucoup plus précisément les consommateurs qui les intéressent. Un jeune supporter sénégalais, par exemple, pourra recevoir sur son téléphone des publicités adaptées à sa région, à ses habitudes de consommation ou à ses centres d'intérêt, alors même qu'il regarde le même match qu'un supporter européen ou américain. Au fond, un match de football de 90 minutes n'est plus le seul produit commercialisé. Il devient le point de départ d'un écosystème beaucoup plus vaste où chaque extrait vidéo, chaque ralenti, chaque publication sur les réseaux sociaux ou chaque contenu diffusé avant et après la rencontre peut générer des revenus. Les recettes de la Fifa ne proviennent donc plus uniquement des chaînes de télévision qui diffusent les matchs, mais également des plateformes numériques qui exploitent les extraits et les contenus associés. L'objectif est clair : augmenter les revenus de la compétition en répondant aux nouveaux usages des consommateurs et en allant chercher la valeur là où se trouve désormais l'attention du public. La Coupe du monde 2026 pourrait ainsi marquer l'entrée définitive du football dans l'économie des plateformes numériques, où la donnée et l'expérience utilisateur deviennent presque aussi importantes que le spectacle sur le terrain.
Longtemps incontesté, le dollar reste aujourd'hui la monnaie dominante de l'économie mondiale. Pourtant, depuis plusieurs mois, le yuan chinois, aussi appelé renminbi, se renforce face au billet vert et progresse dans les échanges internationaux. Une montée en puissance qui s'inscrit dans une stratégie assumée de Pékin et qui pourrait progressivement rebattre les cartes du système monétaire mondial. Le roi du système monétaire mondial, c'est toujours le dollar américain. Près de 90% des transactions sur le marché des changes impliquent encore la monnaie américaine. Plus de la moitié des réserves de change des banques centrales sont détenues en dollars et les matières premières, comme le pétrole, sont majoritairement achetées et vendues dans cette devise. Le billet vert est devenu au fil des décennies la langue commune de la finance mondiale. Mais la finance semble progressivement devenir polyglotte. La raison est relativement simple : de nombreux pays cherchent désormais à réduire leur dépendance aux États-Unis. Les sanctions financières imposées à la Russie après l'invasion de l'Ukraine ont notamment servi d'électrochoc. Plusieurs États ont pris conscience qu'une dépendance trop importante au système financier américain pouvait constituer un risque stratégique. Dans le même temps, les inquiétudes grandissent autour de la dette américaine, qui atteint des niveaux record. Sans entrer dans les détails techniques, les États-Unis empruntent massivement depuis des années pour financer leur économie. Si les investisseurs continuent de leur faire confiance, certains cherchent désormais à diversifier davantage leurs réserves et leurs placements. À lire aussiLa Chine est-elle la grande gagnante de la guerre au Moyen-Orient? Comment la Chine cherche à imposer le yuan sur la scène internationale Cette évolution représente une véritable opportunité pour Pékin. Si la Chine est aujourd'hui la première puissance commerciale mondiale grâce à ses exportations massives, elle ne dispose pas encore d'une monnaie aussi influente que son poids économique pourrait le laisser penser. Pour y remédier, les autorités chinoises s'appuient sur plusieurs leviers. Le premier est le commerce. Pékin encourage ses partenaires à régler leurs échanges directement en yuans plutôt qu'en dollars. L'objectif est clair : plus les entreprises étrangères utilisent la devise chinoise, plus la demande mondiale pour le yuan augmente. Le deuxième levier concerne les infrastructures financières. Depuis plusieurs décennies, le réseau SWIFT constitue le système nerveux des paiements internationaux. La Chine développe désormais sa propre alternative avec le système CIPS, destiné à faciliter les transactions internationales en yuans. Enfin, Pékin mise également sur la technologie. La Chine est devenue le laboratoire mondial des monnaies numériques de banque centrale. Son yuan numérique bénéficie d'une avance sur les grandes puissances occidentales et est déjà utilisé à grande échelle dans plusieurs régions du pays. La combinaison de cette stratégie et du contexte international contribue aujourd'hui au renforcement progressif du yuan. À lire aussiNourriture, énergie, métaux: comment les stocks chinois redessinent l'économie Un yuan plus fort, mais encore loin de détrôner le dollar Cette montée en puissance est pleinement assumée par les autorités chinoises. Pendant longtemps, Pékin a craint qu'un yuan trop fort ne pénalise ses exportateurs. Désormais, les dirigeants chinois cherchent également à envoyer un message de stabilité et de crédibilité aux investisseurs du monde entier. Pour autant, le yuan reste confronté à une limite majeure, la confiance. Une monnaie internationale ne repose pas uniquement sur la puissance économique d'un pays. Elle dépend aussi de la confiance accordée à ses institutions et à ses marchés financiers. Or, les marchés américains demeurent aujourd'hui plus transparents, plus ouverts et plus prévisibles que ceux de la Chine. Surtout, Pékin maintient un contrôle strict sur les mouvements de capitaux. Cette politique constitue le principal frein à l'internationalisation du yuan. Dès lors, le scénario le plus probable n'est pas nécessairement celui d'un remplacement du dollar par la monnaie chinoise. Ce à quoi le monde assiste davantage, c'est à une fragmentation progressive du système financier international. D'un côté, un bloc dominé par le dollar et l'euro. De l'autre, une sphère d'influence de plus en plus structurée autour de la Chine et du yuan. Le roi dollar ne semble donc pas près de disparaître. Mais il pourrait, dans les années à venir, devoir apprendre à partager son royaume. À lire aussiÉconomie mondiale: la Chine n'a jamais autant subventionné ses propres entreprises avec de l'argent public
Pendant quinze jours, les Internationaux de France ne sont pas seulement un événement sportif mondial. Entre les loges VIP, les salons privés et les espaces hospitalités, Roland-Garros est devenu un véritable quartier d'affaires où les entreprises cultivent leurs relations commerciales et leur image. Chaque année, Roland-Garros attire des centaines de milliers de spectateurs Porte d'Auteuil. Mais derrière les matchs et la terre battue, le tournoi parisien reste une gigantesque machine économique. Dans les loges et les salons privés, on négocie, on reçoit des clients, on développe son réseau. Pendant la quinzaine, des milliers de dirigeants, d'hommes et de femmes d'affaires défilent dans les espaces hospitalités du tournoi. Et cette activité est loin d'être secondaire. Les hospitalités représentent aujourd'hui environ 20% du chiffre d'affaires de Roland-Garros. Concrètement, les marques achètent des places, privatisent des salons, louent des loges et invitent partenaires ou prospects autour d'un déjeuner ou d'un cocktail. Au total, le tournoi commercialise près de 125 000 packages hospitalités, quasiment tous vendus chaque année. Roland-Garros, un immense terrain de réseautage Pourquoi les entreprises sont-elles prêtes à dépenser plusieurs milliers d'euros par invité pour une journée de tennis ? Parce qu'elles n'achètent pas uniquement des places pour assister aux matchs. Elles achètent du temps relationnel. Contrairement à un déjeuner d'affaires classique ou à une réunion dans un bureau, une journée à Roland-Garros peut durer six à huit heures. De quoi échanger longuement avec des clients, des partenaires ou des prospects dans un cadre beaucoup plus détendu. « Roland-Garros n'est pas simplement un événement sportif, c'est une plate-forme business extrêmement puissante », résume Benoît Ripault, directeur marketing de Mastercard France. « Dans un monde où les interactions sont de plus en plus numériques, les moments physiques deviennent rares et donc d'autant plus précieux. Ils réhumanisent la relation commerciale. » Le tournoi permet ainsi aux entreprises de renforcer leurs liens commerciaux dans un environnement moins formel. Autour d'un match, d'un déjeuner ou d'un passage dans les espaces VIP, les conversations deviennent plus fluides et les échanges plus naturels. Le tennis, un sport particulièrement adapté au business Ces pratiques existent dans de nombreux grands événements sportifs, mais Roland-Garros possède des caractéristiques très particulières. Le tournoi bénéficie d'un imaginaire très fort : Paris au printemps, la gastronomie, l'élégance, le côté chic mais décontracté. Un cadre qui favorise naturellement les échanges. Le tennis offre aussi un rythme différent d'autres sports comme le football. À Roland-Garros, les invités ne restent pas assis pendant 90 minutes. Ils circulent entre les courts, les restaurants, les salons et les boutiques. Les pauses entre les matchs et les changements de côté créent des moments propices aux discussions. Cette économie VIP possède néanmoins son revers. Pendant certains matchs, des rangées de sièges restent inoccupées, les invités préférant parfois prolonger un déjeuner ou une discussion dans les salons privés. Mais ces revenus générés par les hospitalités sont devenus essentiels pour l'équilibre économique du tournoi. Ils permettent notamment de financer une partie de l'événement et de maintenir des billets relativement accessibles pour le grand public. À Roland-Garros, les échanges ne se jouent donc pas uniquement sur le court. Pendant quinze jours, les relations professionnelles se travaillent parfois avec autant de précision qu'un revers long de ligne.
Ferrari présente ce lundi sa toute première voiture 100% électrique. L'événement est loin d'être anecdotique. Au-delà du simple lancement d'un nouveau modèle, c'est tout le secteur du luxe automobile qui est confronté à une révolution industrielle, technologique et émotionnelle. Entre contraintes réglementaires, enjeux de prestige et défi de l'innovation, les grandes marques doivent réinventer leur modèle. Le monde automobile vit aujourd'hui un moment historique. Le mythique constructeur italien Ferrari présente sa toute première voiture 100% électrique. À première vue, cela pourrait sembler anecdotique. Un constructeur de plus qui se convertit à la batterie. En réalité, l'enjeu dépasse largement le simple lancement d'un nouveau véhicule. Car pour le secteur du luxe automobile, c'est une véritable révolution. Aujourd'hui, l'automobile haut de gamme vit une contradiction majeure. D'un côté, elle doit s'électrifier. Les réglementations environnementales se durcissent partout dans le monde, et l'Europe vise la fin des ventes de voitures thermiques neuves à l'horizon 2035. Mais de l'autre, les marques de prestige vendent bien plus qu'un moyen de transport. Acheter une Ferrari, une Lamborghini ou une Porsche, c'est acheter une histoire, un imaginaire, un prestige, presque une appartenance. C'est intégrer une communauté, un univers, un mythe. C'est justement ce qui rend la transition électrique si complexe. Le défi de l'électrique: préserver l'émotion et l'ADN des marques de luxe Quand on pense voiture de luxe, on pense immédiatement au bruit du moteur, au rugissement d'une Ferrari, à cette signature sonore reconnaissable entre toutes. Plus largement, le luxe automobile repose depuis toujours sur des codes clairs : plus de puissance, plus de cylindres, plus de bruit, plus de sensations, plus de légèreté. On achète la voiture, bien sûr. Mais on achète aussi, et surtout, le son qu'elle produit, les vibrations qu'elle procure, l'émotion mécanique qu'elle transmet. Le problème, c'est que la voiture électrique ne coche pas naturellement toutes ces cases. Elle est plus silencieuse. Et c'est paradoxalement son principal défaut sur le segment du luxe. Une voiture électrique ne « fait pas vroum ». Cela peut faire sourire, mais le sujet est pris très au sérieux par les constructeurs. Des milliards sont investis pour recréer artificiellement ce que le moteur thermique produisait naturellement. Chez Mercedes-Benz, la nouvelle AMG électrique simule les passages de vitesse et reproduit même le son d'un moteur thermique. Chez Porsche, un travail important est mené sur les vibrations et le ressenti de conduite. Chez Ferrari, il est même question de « préserver l'ADN sonore de la marque ». Autrement dit, jouer sur l'émotion jusqu'au bout. Et cette émotion passe aussi par le prix. Ferrari devrait positionner son premier modèle électrique autour de 550 000 euros. Un choix cohérent avec sa stratégie historique, privilégier la valeur au volume. Dans le luxe, le prix n'est pas qu'un tarif. Il crée la rareté, nourrit le désir et filtre les clients. Clientèle, industrie, obsolescence, les trois grands défis du luxe électrique Pour Ferrari, l'équation est délicate. Le constructeur doit réussir un grand écart. Rassurer ses clients historiques, attachés au moteur thermique et à tout ce qu'il représente, tout en séduisant une nouvelle génération d'acheteurs. Une clientèle plus jeune, plus sensible aux enjeux environnementaux, et surtout très présente en Asie, où la voiture électrique est largement plébiscitée et perçue comme un symbole de modernité. Mais au-delà du client, l'enjeu est aussi industriel. Le prestige automobile ne se jouera plus seulement sur la mécanique traditionnelle. Demain, la différence se fera sur la batterie, sur son poids, sur le logiciel embarqué, sur les moteurs électriques et sur la capacité des constructeurs à développer leurs propres technologies. Le moteur V12, symbole d'hier, laisse progressivement place à une nouvelle bataille, celle de l'innovation. Et puis il y a un autre sujet, plus discret, l'obsolescence. Une Ferrari thermique peut devenir un objet de collection. Une Ferrari de 1985 peut encore faire rêver aujourd'hui. Mais une Ferrari électrique de 2025 fera-t-elle encore rêver en 2045 ? La question est loin d'être anodine. Car acheter une voiture de luxe, c'est souvent acheter un patrimoine. Un actif. Un objet de transmission. Reste désormais à savoir si ce prestige-là est pleinement compatible avec l'électrique. C'est tout l'enjeu de cette nouvelle ère pour le luxe automobile. À lire aussiLes exportations de véhicules électriques chinois vers l'Afrique en très forte hausse
Longtemps perçu comme un secteur très national et relativement stable, le marché mondial des armes légères entre dans une nouvelle phase de son histoire. En devenant le principal actionnaire du fabricant américain Ruger, l'italien Beretta ne réalise pas seulement une opération financière. Il illustre la consolidation en cours d'une industrie en pleine mutation. Le marché mondial des armes légères, autrement dit celui des pistolets, revolvers ou encore des fusils de chasse, fait rarement la une de l'actualité économique. Pourtant, il traverse aujourd'hui une transformation majeure, illustrée par le rapprochement entre deux acteurs emblématiques, l'italien Beretta et l'américain Ruger. Beretta n'est pas un industriel comme les autres. Fondé à la Renaissance, le groupe célèbre cette année ses 500 ans d'existence, ce qui en fait le plus ancien fabricant d'armes au monde. L'entreprise familiale italienne est devenue au fil des siècles un véritable mastodonte industriel, présent à l'international et propriétaire d'une vingtaine de marques. Face à lui, Ruger raconte une autre histoire. Né après la Seconde Guerre mondiale, le groupe incarne l'Amérique industrielle. Ses armes, réputées robustes et accessibles, sont particulièrement populaires auprès des chasseurs et des tireurs civils américains. Surtout, Ruger est profondément ancré dans le marché domestique. L'entreprise produit aux États-Unis, vend principalement aux États-Unis et dépend largement de la demande américaine. À première vue, rien ne rapproche donc ces deux entreprises. Tout semble même les opposer. Le retournement du marché américain a fragilisé Ruger C'est précisément ce contraste qui rend leur rapprochement intéressant. Car le point de départ de cette histoire se trouve dans l'évolution récente du marché américain des armes civiles. Entre 2020 et 2022, pendant la pandémie, les ventes d'armes ont explosé aux États-Unis. Dans un contexte de fortes tensions sociales et politiques, la demande a bondi, offrant aux fabricants américains un véritable âge d'or. Ruger, comme d'autres acteurs du secteur, a vu ses bénéfices fortement progresser. Mais à partir de 2023, le marché s'est retourné. Une fois les consommateurs équipés, la demande s'est progressivement normalisée, puis contractée. Résultat : ralentissement des ventes, baisse des marges et chute du cours de Bourse. Ruger, jusque-là très solide, est devenu plus vulnérable. Dans une logique purement économique, lorsqu'une entreprise fragilisée détient une marque forte, elle devient naturellement une cible potentielle pour les grands groupes du secteur. C'est à ce moment précis que Beretta est entré en scène. En septembre dernier, le groupe italien est devenu le premier actionnaire de Ruger avec près de 8 % du capital, prenant de court la direction américaine. Une stratégie de consolidation industrielle assumée Pour Ruger, le signal a été brutal. Le groupe américain a rapidement accusé Beretta de vouloir prendre le contrôle de l'entreprise par étapes. De son côté, l'Italien affirme vouloir apporter de la valeur et un renouveau stratégique à son concurrent américain. Le désaccord a donné lieu à plusieurs mois de tensions et de bataille juridique, avant qu'un accord ne soit finalement trouvé. Beretta a désormais obtenu le droit de monter jusqu'à 25 % du capital de Ruger. Une participation qui ne lui donne pas la majorité, mais qui lui permet de peser fortement sur les décisions stratégiques du groupe, tout en laissant Ruger juridiquement indépendant et américain. Derrière cette opération se dessine une stratégie claire, celle de la consolidation industrielle. Dans de nombreux secteurs, lorsque la croissance ralentit et que les marges se réduisent, les entreprises cherchent à grossir. La taille devient alors un avantage compétitif. Elle permet de mieux négocier avec les fournisseurs, de mutualiser les coûts, de renforcer les investissements et de mieux traverser les cycles économiques. Le marché des armes légères n'échappe pas à cette logique. Ruger en est aujourd'hui une parfaite illustration. Dans cette industrie comme dans beaucoup d'autres, rester seul peut devenir une fragilité. Quand on est isolé, on devient plus vulnérable. Beretta l'a parfaitement compris et entend bien profiter de cette nouvelle donne pour redessiner durablement le paysage mondial des armes légères. À lire aussiL'Ukraine veut réduire sa dépendance à la Chine pour la production de ses propres drones
Téhéran envisage d'imposer des droits de passage aux opérateurs de câbles sous-marins traversant le détroit d'Ormuz. Derrière cette annonce, en apparence technique, se cache un enjeu majeur : la transformation d'infrastructures numériques critiques en nouvel instrument de pression économique et géopolitique. On parle souvent des câbles sous-marins lorsqu'ils sont endommagés ou sabotés, plus rarement lorsqu'ils fonctionnent normalement. Pourtant, ils constituent l'épine dorsale du numérique mondial. Aujourd'hui, 99% du trafic numérique mondial circule grâce à ces câbles de fibre optique posés au fond des mers. D'une épaisseur d'à peine dix centimètres, ils ressemblent à de simples conduits, mais ils sont en réalité les véritables artères de la mondialisation et de la communication. Grâce à eux, en quelques millièmes de secondes, il est possible d'envoyer un ordre de virement de Dakar à Pékin, de réaliser une transaction financière entre Londres et Singapour ou encore de passer un appel vidéo entre Buenos Aires et Athènes avec très peu de latence. C'est précisément cette importance stratégique qui explique l'intérêt soudain de l'Iran pour ces infrastructures présentes dans le détroit d'Ormuz. Téhéran envisage en effet d'imposer des droits de passage aux opérateurs de ces câbles. Une idée portée par les Gardiens de la Révolution et qui n'a rien d'anodin. À lire aussiLes câbles sous-marins, enjeux stratégiques pour les États et les entreprises Pourquoi l'Iran veut taxer les câbles sous-marins du détroit d'Ormuz À première vue, taxer des câbles sous-marins peut sembler abstrait. Pourtant, le principe est loin d'être inédit. L'Égypte prélève déjà d'importants revenus grâce à sa position stratégique sur le canal de Suez, notamment à travers les infrastructures numériques qui y transitent. Une rente qui rapporte plusieurs milliards de dollars par an. C'est ce modèle que semble regarder Téhéran. Mais la comparaison a ses limites. Suez est un canal artificiel administré par un seul État, tandis qu'Ormuz est un détroit naturel régi par le droit maritime international, partagé entre plusieurs souverainetés. Malgré cette différence juridique, le raisonnement iranien est clair. En effet, les câbles passent à proximité de ses eaux, ils créent de la valeur, il serait donc légitime que le pays en capte une partie. Autrement dit, si le monde dépend de cette route numérique, pourquoi l'Iran n'en profiterait-il pas ? Derrière cette logique de souveraineté économique se cache en réalité un message politique: rappeler que le détroit d'Ormuz n'est pas seulement un point de passage pétrolier, mais aussi un levier stratégique sur les flux numériques mondiaux. WebdocUn océan de câbles, dans les profondeurs d'internet Une taxe improbable… mais une menace déjà coûteuse pour l'économie mondiale Évidemment, cela ne signifie pas que demain, Google, Microsoft ou Amazon vont verser un chèque à Téhéran. Les sanctions américaines rendent une telle hypothèse très improbable. Mais ce n'est peut-être pas là le vrai sujet. Le véritable enjeu, c'est l'incertitude créée. Dès qu'un corridor stratégique devient politiquement instable, les opérateurs doivent adapter leur stratégie : investir davantage, sécuriser leurs réseaux, diversifier leurs routes, renforcer leurs assurances. Tout cela a un coût. Autrement dit, sans percevoir un seul dollar de taxe, l'Iran parvient déjà à quelque chose : ajouter une prime de risque au fonctionnement de l'économie numérique mondiale. Et cette incertitude pèse d'autant plus que Téhéran laisse planer la menace d'un sabotage de ces câbles sous-marins. Le scénario d'un black-out mondial reste peu probable, grâce aux mécanismes de redondance des réseaux. Mais une perturbation localisée pourrait ralentir les paiements transfrontaliers, compliquer certaines transactions financières entre l'Europe et l'Asie ou encore affecter l'accès à certains services de stockage en ligne. En clair, le monde entier est devenu dépendant de ces câbles sous-marins. Et qui dit dépendance dit vulnérabilité. C'est précisément ce qu'a compris l'Iran. Dans l'économie numérique, le pouvoir n'appartient pas seulement à ceux qui produisent la donnée, mais aussi à ceux qui contrôlent son passage. Et à Ormuz, Téhéran entend bien le rappeler. À écouter aussiLes géants de la tech investissent dans les câbles sous-marins
À l'heure où le Festival de Cannes bat son plein, le cinéma français semble retrouver des couleurs. Après une année 2025 décevante en matière de fréquentation des salles, le début de l'année 2026 affiche une dynamique spectaculaire. Rebond du nombre de spectateurs, solidité du modèle français, transformation des salles : l'économie du cinéma semble aller mieux. Le cinéma français va mieux, le signal le plus visible étant celui de la fréquentation des salles. Après une année 2025 marquée par une baisse de près de 14 % des entrées par rapport à 2024, le secteur retrouve de l'élan en ce début d'année 2026. Le seul mois d'avril affiche un bond spectaculaire de 35 % du nombre de spectateurs par rapport à l'an dernier. Un chiffre qui confirme d'ailleurs la tendance observée en fin d'année 2025 : non, le public n'a pas déserté les salles de cinéma. Il continue d'y aller, à condition que l'offre soit au rendez-vous. C'est précisément ce qu'on observe aujourd'hui. La programmation a permis de ramener le public dans les salles obscures, portée à la fois par plusieurs films populaires français et par de grands blockbusters internationaux. Dit autrement, en langage économique : la demande est bien là parce que l'offre est forte. À lire aussiSous le soleil de Cannes: le cinéma entre festival et marché du film Le modèle français résiste grâce à son réseau de salles et à son exception culturelle Si le cinéma français résiste mieux que d'autres, c'est aussi parce que la France demeure le premier marché européen du cinéma. Elle bénéficie d'un atout structurel majeur : un réseau dense de salles sur tout le territoire. Bien sûr, il y a les grands multiplexes, mais aussi les cinémas indépendants, les salles d'art et essai et les exploitants locaux. Ce maillage territorial est une force économique considérable. Il protège la fréquentation, entretient le réflexe d'aller au cinéma et garantit une diversité d'offre unique en Europe. Autre singularité française, la fidélité du public à son propre cinéma. En 2025, les films français ont représenté 37 % des entrées, soit plus d'un billet sur trois. À l'échelle européenne, peu de pays dépassent les 20 %. C'est ce qu'on appelle l'exception culturelle française, un modèle dans lequel le public, le marché et la puissance publique travaillent ensemble. Concrètement, le spectateur achète un billet, une partie finance le cinéma ; les chaînes de télévision investissent ; les plateformes contribuent ; l'État soutient ; et l'ensemble produit de la diversité. Ce modèle continue d'attirer, la France reste un territoire où l'on vient coproduire, tourner et financer. Le cinéma français demeure, à ce titre, un véritable label international – ce que confirme, cette année encore, la forte visibilité française à Cannes. À lire aussiOscars: l'impact économique d'une cérémonie qui rapporte des millions de dollars Plateformes, inflation, nouvelles expériences : les salles de cinéma se réinventent Pour autant, tout n'est pas réglé. Si le cinéma français va mieux, plusieurs fragilités demeurent. La première concerne la concentration du marché. Quelques grands films tirent encore l'essentiel des entrées. Si ces locomotives viennent à manquer, c'est toute la filière qui ralentit. Deuxième point de vigilance, le prix des billets. Dans un contexte d'inflation, il reste l'un des principaux freins à la fréquentation. Enfin, la transformation la plus intéressante est peut-être ailleurs, dans les salles elles-mêmes. Face à la concurrence des plateformes comme Netflix, Prime Video ou Disney+, qui représentent désormais 21 % des apports des diffuseurs au cinéma français, les exploitants ont commencé à changer de modèle. Les salles de cinéma ne proposent plus seulement des films. Elles diffusent aussi des concerts, des opéras, des spectacles, des retransmissions sportives ou des événements spéciaux. Autrement dit, elles ne vendent plus seulement un film. Elles vendent un moment collectif, une expérience. Et c'est probablement là que se trouve le nouveau relais de croissance du secteur. À l'heure du streaming, le grand écran ne peut plus seulement promettre un contenu. Il doit offrir ce que le domicile ne reproduira jamais totalement, le partage, l'événement, l'émotion collective. C'est peut-être cela, au fond, la meilleure nouvelle pour le cinéma français. Il ne va pas mieux seulement parce que les spectateurs reviennent. Il va mieux parce qu'il a commencé à se transformer. À lire aussiCannes 2026: au premier jour de la compétition, les émotions sous toutes leurs formes
L'Indonésie a enregistré une croissance économique de 5,6% au premier trimestre 2026, un rythme supérieur aux attentes. Mais derrière cette performance de la première économie d'Asie du Sud-Est se cache une fragilité de plus en plus visible: l'érosion de la classe moyenne. Un phénomène qui menace à terme la consommation, principal moteur de la croissance du pays. Sur le papier, l'économie indonésienne résiste. Avec une croissance de 5,6% au premier trimestre 2026, le pays affiche un début d'année plus dynamique qu'attendu malgré un contexte international tendu. Mais derrière ces bons chiffres, un signal inquiète économistes et autorités: la contraction progressive de la classe moyenne indonésienne. Selon les données gouvernementales, celle-ci représentait environ 60 millions de personnes en 2018 dans un pays de 285 millions d'habitants. Aujourd'hui, elle est estimée à seulement 48 millions. Une baisse d'environ 20% en quelques années. Et cette diminution ne s'explique pas par un enrichissement général de la population. Au contraire, une partie de cette classe moyenne bascule vers des catégories plus fragiles sur le plan économique. Les premiers signes sont déjà visibles dans l'économie du quotidien: ralentissement des dépenses de consommation, baisse de fréquentation des centres commerciaux ou encore recul des ventes de voitures neuves. Emplois précaires et dépendance aux matières premières Pour comprendre cette situation, il faut d'abord regarder l'état du marché du travail indonésien. L'économie crée des emplois, mais souvent dans le secteur informel. Aujourd'hui, près de 6 travailleurs sur 10 occupent des emplois précaires, peu rémunérés et sans véritable protection sociale. Résultat: les revenus progressent peu et les perspectives d'ascension sociale se réduisent. Autre problème structurel, l'organisation même de l'économie du pays. L'Indonésie s'est fortement appuyée ces dernières années sur ses ressources naturelles, notamment le nickel, le charbon ou encore l'huile de palme. Ces secteurs attirent les investissements étrangers et soutiennent les exportations, mais ils génèrent relativement peu d'emplois qualifiés. À l'inverse, le secteur manufacturier, qui pourrait offrir des emplois plus stables et mieux rémunérés, a progressivement perdu du terrain. L'Indonésie accuse d'ailleurs un retard industriel par rapport à certains voisins asiatiques comme le Vietnam, notamment en matière d'attractivité pour les usines et les chaînes de production internationales. Une « croissance appauvrissante » qui inquiète les autorités Cette situation nourrit un paradoxe. La croissance économique se maintient, mais ses bénéfices ne profitent pas à toute la population. Certains économistes parlent même de « croissance appauvrissante ». Dans plusieurs secteurs, les revenus stagnent voire reculent, alors que le coût de la vie continue d'augmenter. En conséquence, de nombreux ménages s'endettent pour maintenir leur niveau de vie. Les comportements de consommation évoluent également. Les Indonésiens épargnent davantage, reportent certains achats et réduisent leurs dépenses non essentielles. Cette prudence pèse directement sur les entreprises tournées vers le marché intérieur et pourrait, à terme, freiner la croissance du pays. Face à cette situation, le gouvernement multiplie les mesures sociales : repas gratuits dans les écoles, aides directes aux ménages modestes ou encore importantes subventions sur les carburants pour limiter la hausse des prix à la pompe. Mais ces politiques ont un coût élevé pour les finances publiques et ne règlent pas le problème de fond. C'est pourquoi les autorités misent désormais sur les investissements étrangers afin d'attirer davantage d'usines, de développer l'industrie locale et de créer des emplois mieux rémunérés. Reste une question centrale pour les années à venir. L'Indonésie peut-elle continuer à afficher une croissance solide si une partie croissante de sa population s'appauvrit ? À lire aussiEn Indonésie, la première année du président Prabowo Subianto sous le feu des critiques
Les annonces de licenciements se multiplient dans les grandes entreprises, notamment dans la tech. Entre pression des marchés financiers, révolution de l'intelligence artificielle et changement de modèle économique, ces suppressions d'emplois traduisent une transformation profonde du marché du travail mondial. Ce vendredi 1er-Mai, c'est la fête du Travail et des travailleurs. L'occasion d'évoquer le travail et l'emploi. Et pour beaucoup de salariés, l'heure n'est pas à la fête, bien au contraire. Meta a annoncé le licenciement de 8 000 personnes en interne. Mais ce n'est pas un cas isolé. Amazon, Microsoft, Snap ou encore Oracle ont également réduit leurs effectifs ces derniers mois. Les chiffres donnent le vertige : Amazon a supprimé 30 000 postes en quelques mois, Microsoft envisage des départs volontaires massifs, et certaines entreprises vont jusqu'à réduire leurs effectifs de 40%. Ces signaux interrogent : faut-il y voir une transformation durable du marché du travail et l'entrée dans une nouvelle ère des licenciements massifs ? À lire aussiL'intelligence artificielle, nouvel atout caché des salariés Car ce qui frappe aujourd'hui, ce n'est pas seulement l'ampleur des suppressions d'emplois, mais leur signification. Pendant longtemps, un plan social massif signifiait qu'une entreprise allait mal et qu'elle devait se restructurer pour survivre. Désormais, licencier n'est plus forcément un aveu de faiblesse. C'est parfois perçu comme un signe de bonne gestion. Cette bascule peut sembler contre-intuitive. En théorie, une entreprise en bonne santé recrute. Mais dans les faits, la logique est différente. Il s'agit de rassurer les investisseurs. Ceux-ci attendent des résultats rapides, et la réduction de la masse salariale reste l'un des leviers les plus efficaces pour améliorer la rentabilité. Intelligence artificielle et transformation du travail Le message envoyé est clair : maîtriser les coûts, discipliner l'organisation, renforcer la confiance des marchés. D'ailleurs, les exemples récents montrent que les cours de Bourse peuvent grimper après l'annonce de licenciements. Un signe fort d'un changement dans les critères de valorisation des entreprises. Il reste néanmoins une question centrale : comment remplacer ces employés licenciés ? L'un des éléments clés de cette transformation est l'essor de l'intelligence artificielle (IA). Sans remplacer massivement les travailleurs à ce stade, l'IA modifie profondément la productivité. Des tâches qui prenaient plusieurs jours peuvent désormais être réalisées en quelques heures. Résultat : les entreprises peuvent fonctionner avec des équipes plus réduites, sans que l'activité ne s'effondre. Pour les dirigeants, l'enjeu est aussi stratégique : ne pas rater le virage de l'IA. Il est plus facile de recruter si nécessaire que de combler un retard technologique. En conséquence, les organisations évoluent vers des équipes plus petites, plus spécialisées et plus flexibles. Un marché du travail en pleine mutation Ces transformations ont des conséquences sociales importantes. Le sentiment de sécurité de l'emploi diminue, y compris pour les profils qualifiés. Le marché du travail reste dynamique, mais devient plus incertain. On observe moins d'embauches, moins de mobilité, et des carrières de plus en plus fragmentées. Pour autant, il ne faut pas généraliser. Tous les secteurs ne sont pas touchés de la même manière. Plutôt qu'une destruction massive d'emplois, c'est une transformation rapide du marché du travail qui est à l'œuvre. Une mutation profonde, qui redéfinit durablement le rapport entre entreprises, technologies et emploi. À lire aussiComment l'IA va modifier le marché du travail
À l'occasion de sa dernière conférence de presse en tant que président de la Réserve fédérale, Jerome Powell a lancé un avertissement clair. Les attaques répétées de Donald Trump contre la Fed pourraient fragiliser un pilier essentiel de l'économie américaine. Au-delà d'un simple affrontement politique, c'est un enjeu économique majeur qui se joue. Ce n'est pas seulement un banquier central qui s'exprime pour la dernière fois. C'est l'un des piliers de l'économie mondiale qui vacille. Lors de sa dernière conférence de presse, Jerome Powell a mis en garde contre les attaques de Donald Trump, rappelant que l'indépendance de la Réserve fédérale est indispensable. Car la Fed n'est pas un instrument politique. Elle dépend du Congrès, et non de la Maison Blanche. Sa mission est double : lutter contre l'inflation et soutenir l'emploi. Pour remplir ce mandat, elle dispose d'un outil puissant : les taux d'intérêt. En les augmentant, elle freine l'économie pour contenir la hausse des prix. En les baissant, elle stimule la croissance, au risque de relancer l'inflation. Il s'agit d'un équilibre permanent, délicat, qui ne peut fonctionner que si une condition est respectée: la neutralité. Sans indépendance, la crédibilité de la Fed serait immédiatement remise en cause. Et sans crédibilité, la confiance des marchés disparaît, rendant la politique monétaire inefficace, avec des conséquences potentielles sur l'ensemble de l'économie mondiale. Le bras de fer entre Donald Trump et Jerome Powell C'est précisément cette indépendance qui est aujourd'hui au cœur des tensions. Depuis plusieurs mois, Donald Trump critique ouvertement les décisions de la Fed et de son président. Il appelle à une baisse des taux d'intérêt pour soutenir la croissance, mais l'institution refuse de céder à ces pressions. Dans ce contexte, Jerome Powell a fait l'objet d'une procédure judiciaire liée à la rénovation du siège de la Fed. Une enquête pénale qualifiée par l'intéressé d'attaque « sans précédent », largement interprétée comme une pression politique. Même si la procédure est désormais close, le message reste clair : la banque centrale est sous pression. Et pour Powell, l'enjeu dépasse largement sa personne. Il s'agit de défendre la capacité de la Fed à prendre ses décisions en fonction de l'intérêt économique, et non d'un agenda politique. Le choix de rester : un signal fort pour l'avenir de la Fed Autre élément marquant : la décision de Jerome Powell de rester au sein de la Fed comme gouverneur après la fin de son mandat de président. Une décision qui rompt avec la tradition, les dirigeants quittant habituellement l'institution à ce stade. Ce choix n'est pas anodin. En restant, Powell conserve une influence dans les débats internes et limite la capacité de l'exécutif à nommer un nouveau gouverneur. Un enjeu stratégique, alors que la composition du conseil pourrait déterminer l'orientation future de la politique monétaire. Car si le pouvoir politique obtenait une majorité au sein de la Fed, il pourrait peser directement sur les décisions économiques, avec un risque majeur : une perte de confiance des investisseurs, une hausse des taux sur les marchés et, à terme, une instabilité financière. Le paradoxe est donc réel. Vouloir influencer la banque centrale pour soutenir l'économie pourrait produire l'effet inverse. Dans ce contexte, le successeur de Jerome Powell, Kevin Warsh, hérite d'une institution fragilisée, à la fois sur le plan institutionnel et économique. L'inflation reste une préoccupation majeure aux États-Unis, notamment en raison de la hausse des prix de l'énergie liée aux tensions géopolitiques. Ses premières décisions seront donc scrutées de très près, alors que l'économie américaine évolue dans un climat d'incertitude et de fortes tensions politiques.
Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, l'énergie nucléaire s'impose à nouveau dans le débat énergétique mondial. Entre relance, enjeux climatiques et rivalités géopolitiques, le secteur connaît une transformation profonde, portée par de nouveaux acteurs et de nouvelles technologies. L'explosion du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl a durablement marqué l'histoire énergétique mondiale. Quatre décennies plus tard, le nucléaire entre dans une nouvelle phase, marquée par un déploiement relancé. Cette dynamique s'explique par deux facteurs majeurs : l'objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050 et la recherche de souveraineté énergétique dans un contexte géopolitique tendu. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, environ 440 réacteurs sont aujourd'hui en fonctionnement dans une trentaine de pays. Un chiffre clé résume son poids: le nucléaire représente près de 9 % de l'électricité mondiale. Derrière ces chiffres généraux, il faut réaliser que le nucléaire est concentré dans un nombre limité de pays. Les États-Unis restent la première puissance nucléaire civile mondiale, suivis par la France. Mais c'est la Chine qui s'impose désormais comme le moteur du secteur. Pékin construit aujourd'hui plus de réacteurs que le reste du monde réuni. Pour les autorités chinoises, le nucléaire répond à plusieurs objectifs : réduire la dépendance au charbon, sécuriser l'approvisionnement énergétique et soutenir la croissance. Cette dynamique se retrouve aussi en Inde ou au Moyen-Orient, notamment aux Émirats arabes unis, qui ont récemment développé leurs capacités nucléaires. En Europe, la situation est plus contrastée. L'Allemagne a fait le choix de sortir du nucléaire, tandis que d'autres pays, comme la France, relancent leurs programmes. Avec 56 réacteurs, elle reste l'un des pays les plus dépendants au nucléaire, mais doit faire face au vieillissement de son parc. Un secteur entre relance industrielle et innovations technologiques L'enjeu est désormais de renouveler les infrastructures, avec notamment la construction de nouveaux réacteurs de type EPR, plus puissants et plus performants. Car le nucléaire est aussi devenu un enjeu de compétitivité industrielle. S'il nécessite des investissements très élevés au départ, il permet ensuite une production d'électricité stable, pilotable et faiblement émettrice de CO₂ sur le long terme. Parallèlement, de nouvelles technologies émergent, comme les SMR (petits réacteurs modulaires). Plus compacts et flexibles, ils suscitent un intérêt croissant, notamment de la part d'acteurs privés. Les grandes entreprises industrielles et du numérique, dont les besoins énergétiques explosent, envisagent désormais de financer leurs propres installations. Une évolution majeure qui marque une ouverture du secteur au-delà des seuls États. Des défis persistants pour l'avenir Malgré cette relance, le nucléaire reste confronté à des défis importants : gestion des déchets radioactifs, coût du démantèlement, acceptabilité sociale. Quarante ans après Tchernobyl, le secteur est à un tournant. Il doit répondre à une équation complexe, à savoir devenir plus sûr, plus rapide à déployer et plus acceptable, tout en restant compétitif. Plus que jamais, la question n'est plus seulement celle du recours au nucléaire, mais bien celle de ses conditions de développement dans un monde en transition énergétique.
Ouverture, fermeture… Depuis le début guerre en Iran, le détroit d'Ormuz en voit de toutes les couleurs. Tantôt accessible, tantôt bouclé, ce bout de mer a, en tout cas, prouvé son importance. Pivots du transport mondial, tous les détroits du monde sont stratégiques. Mais pendant que les esprits restent tournés vers celui d'Ormuz au Moyen-Orient, un autre détroit est un peu oublié : celui de Malacca. Début avril pourtant, les Américains ont passé un accord avec les Indonésiens. Et ce n'est pas un hasard. Vincent Barret, économiste du groupe AGEFI à Paris, est l'auteur d'un article sur la révolution des détroits. Entretien. RFI : Dans votre article, vous soulignez l'importance de regarder la guerre en Iran dans son ensemble, avec les autres événements sur les détroits du monde. Celui de Malacca en particulier. Pourquoi ? Vincent Barret : Oui, parfaitement. Sachez qu'en ce mois d'avril, pendant que tous les yeux se tournaient vers le détroit d'Ormuz au Moyen-Orient, les Américains ont signé un accord diplomatique avec l'Indonésie sur le détroit de Malacca. Le détroit de Malacca étant un passage maritime au large de l'Asie… Oui, c'est un bout de mer frontalier avec Singapour, les Philippines et l'Indonésie. Pourquoi est-il si important aux yeux des Américains ? Pour sa position dans l'économie de la Chine : 80% du pétrole que les Chinois importent passent par ce détroit de Malacca. Pour les exportations, ce sont 60% des marchandises – produits d'usines, textiles, voitures, batteries électriques, semi-conducteurs, jouets, matières premières comme les minerais ou les terres rares. Tout cela transite par ce détroit de Malacca en direction de l'Europe et du Moyen-Orient. À lire aussiLes détroits : nouveaux centres de gravité de la guerre ? Que préconise cet accord entre Américains et Indonésiens ? C'est un accord de défense stratégique qui assure aux Américains certaines priorités sur le transport et les données maritimes (transit par la mer) dans cette région du monde. On peut parler par exemple d'accords sur la cybersécurité des ports et des passages dans le détroit – attaques de pirates ennemis pour bloquer les ports, les routes… Ce détroit n'est pourtant pas la seule route d'exportation. Il y a également les routes terrestres et les chemins de fer qui existent via les corridors entre la Chine et la Turquie et le Moyen-Orient. Pourquoi cette priorité aux bateaux ? Simplement parce que les tankers et les autres navires permettent de transporter des quantités énormes de marchandises. Certes, la Chine exporte également par les routes. Il faut penser à ses investissements colossaux depuis 20 ans dans les routes de la soie, ce maillage planétaire qu'elle continue de construire. Sur chaque continent, de l'Afrique à l'Amérique du Sud, les Chinois financent des rails, des ports, des autoroutes… La stratégie de Donald Trump, le président américain, avec cet accord sur le détroit de Malacca, s'ajoute à ses volontés de contrôler le passage d'Ormuz. On l'a vu proposer aux pays du Moyen-Orient une taxe sur le détroit d'Ormuz qui le transformerait en route payante... Cela répond à sa personnalité et à son pouvoir fondé sur les « deals » (« accords »), les contrats qui peuvent lui rapporter beaucoup d'argent. Mais lors de l'accord de l'Indonésie, il n'a pas parlé de taxes sur le détroit de Malacca. À lire aussiAprès Ormuz, coup de chaud sur le détroit de Malacca, axe stratégique du commerce mondial Le président Trump cherche-t-il, avec son intérêt pour les détroits, à contrer la Chine ? Ou est-ce une volonté de rivaliser avec les Chinois, avec leurs routes de la soie, en bâtissant lui aussi un réseau de routes américaines à travers le monde ? Non, je ne le crois pas. Donald Trump n'est pas dans une logique de faire des États-Unis un pays grand exportateur comme l'est la Chine. Quel est son but ? Son but est d'empêcher les Chinois ou une autre puissance de pouvoir bloquer le trafic de marchandises. Le président Trump veut assurer une économie intérieure américaine sans volonté de conquérir ou de construire un empire. Même si c'est un vrai moyen de freiner la Chine d'une certaine manière ! Notamment en ce qui concerne les minerais importés de Chine vers les USA par la mer ? Oui, Donald Trump ne veut pas être paralysé à un moment ou à un autre par un ennemi qui arriverait à barrer des routes stratégiques. Or, quand on sait que 90% environ des matières premières – utiles à la construction des voitures ou autres produits – sont raffinées et exportées par la Chine en raison de ses usines de raffinage uniques au monde, on comprend l'intérêt américain à vouloir un minimum de contrôle sur les passages maritimes. Il en va de sa souveraineté énergétique, de pouvoir garantir son énergie et les produits de base de ses industries. Un autre accord, là encore un peu oublié par les journalistes occidentaux : en parallèle au détroit de Malacca en Asie, un accord vient d'être signé entre le nord de l'Afrique et l'Europe ! Oui ! Ils ont signé avec le Maroc un accord de défense qui leur permet d'accéder à des données et à un droit de présence en cas de conflit dans le détroit de Gibraltar, frontalier du Maroc et de l'Espagne. Ce détroit est une route vers l'intérieur du continent, donc une assurance sur des routes vers le reste de l'Europe. À lire aussiCes détroits qui conditionnent l'économie mondiale Mais ces contrats diplomatiques avec l'Indonésie ou le Maroc, des pays frontaliers des détroits de Malacca et de Gibraltar, ont aussi un volet militaire ? L'accord de défense des États-Unis avec l'Indonésie ou le Maroc permettrait, en cas de guerre, d'avoir un accès à ces pays proches des détroits. De cette façon, c'est une manière de dire à la Chine ou à d'autres potentiels ennemis que les Américains sont là, prêts à intervenir. À lire aussiLes «nouvelles routes de la soie»: dix ans après, un bilan contrasté
Le Paris Saint-Germain souhaite devenir propriétaire du Parc des Princes, un stade emblématique qui appartient à la Ville de Paris. Relancées avec l'arrivée du maire Emmanuel Grégoire, les discussions mettent en lumière des enjeux économiques, politiques et urbains considérables. « Paris SG ! Tout ensemble on chantera ! Cet amour qu'on a pour toi ! Et qui ne cessera jamais ! ». Le chant des supporters du Paris Saint-Germain résonne dans l'enceinte mythique du Parc des Princes. Mais derrière cette image se cache un important enjeu économique : le club veut devenir propriétaire de son stade, aujourd'hui détenu par la Ville de Paris. Longtemps opposée à une vente, la municipalité a rouvert le dialogue avec l'arrivée du maire Emmanuel Grégoire. Un tournant majeur dans un dossier bloqué depuis plusieurs années. Car pour un club moderne, posséder son stade est devenu stratégique. Le football est désormais une industrie où les clubs fonctionnent comme des entreprises globales. Le stade en est le cœur économique. Aujourd'hui, le PSG reste locataire. Il paie un loyer et ne maîtrise pas totalement l'exploitation du Parc des Princes. Pourtant, les revenus générés les jours de match sont considérables : billetterie, loges VIP, restauration, merchandising ou encore publicité représentent plus de 130 millions d'euros par an, malgré une capacité limitée à moins de 50 000 places. À lire aussiLigue des champions: le Qatar a-t-il atteint ses objectifs avec le Paris Saint-Germain? Un désaccord profond entre logique économique et patrimoine Pour le PSG, l'objectif est clair : agrandir le stade pour accueillir davantage de spectateurs et augmenter ses revenus. Mais sans être propriétaire, le club se heurte à des contraintes importantes. L'argument est simple. Paris est un grand club européen évoluant dans un stade de taille moyenne, quand certains de ses concurrents disposent d'enceintes pouvant accueillir jusqu'à 80 000 personnes. Face à cela, la mairie défend une vision différente. Le Parc des Princes n'est pas seulement un actif économique, c'est aussi un symbole fort de l'histoire parisienne et un élément du patrimoine public. Cette opposition se retrouve dans la question du prix. Le PSG estime la valeur du stade autour de 200 millions d'euros, tandis que la Ville évoque une fourchette entre 350 et 400 millions. Derrière cet écart se dessinent deux visions, celle d'un équipement évalué selon sa rentabilité économique, et celle d'un lieu chargé d'histoire et de valeur symbolique. Un projet urbain et des alternatives à un milliard d'euros Les négociations ne concernent pas uniquement le stade, mais aussi tout le quartier de la porte de Saint-Cloud. L'urbanisme devient un enjeu central, avec des projets de transformation qui ne coïncident pas toujours entre le club et la municipalité. Pour faire pression, le PSG explore des solutions alternatives. Le club envisage notamment la construction d'un nouveau stade en banlieue parisienne, accompagné d'un vaste complexe immobilier. Mais un tel projet représenterait un investissement colossal, de l'ordre d'un milliard d'euros, pour des années de travaux et de procédures. Reste une dimension essentielle, qui dépasse les considérations économiques: l'identité du club. Car pour beaucoup, le PSG sans le Parc des Princes perdrait une part de son âme. Le stade est bien plus qu'une infrastructure. C'est une mémoire, une culture, un symbole. Une preuve, aussi, que dans le football comme ailleurs, l'économie ne peut pas tout. À lire aussiLigue des champions: le Paris Saint-Germain s'offre la demi-finale en éliminant Liverpool
Face à la montée en puissance des constructeurs chinois dans l'électrique, les groupes européens changent de stratégie. En s'alliant avec Leapmotor, Stellantis illustre un basculement majeur : celui d'une industrie automobile où l'innovation vient désormais de Chine. Le secteur automobile est en pleine transformation. Selon plusieurs sources, Stellantis, qui regroupe notamment Peugeot, Citroën, Fiat ou Chrysler, serait en discussions avancées avec le constructeur chinois Leapmotor. Objectif : produire un SUV électrique sous la marque Opel. À première vue, il pourrait s'agir d'un partenariat industriel classique. Mais en réalité, ce projet est le symbole d'un basculement stratégique majeur. Pour la première fois à cette échelle, un constructeur occidental historique pourrait s'appuyer massivement sur une technologie chinoise pour concevoir un modèle destiné au marché européen. Dans l'électrique, les constructeurs chinois ont en effet pris une avance considérable. Des groupes comme BYD maîtrisent aujourd'hui toute la chaîne de valeur, des batteries aux logiciels, en passant par l'architecture et l'assemblage des véhicules. Résultat, ils produisent plus vite, moins cher, et avec des technologies particulièrement compétitives. Des alliances dictées par la pression économique Pourquoi ces rapprochements ? Parce que les constructeurs occidentaux sont sous pression. Développer une voiture électrique coûte extrêmement cher. Plateformes, batteries, électronique, les investissements se chiffrent en milliards de dollars. Dans le même temps, la demande ne progresse pas aussi vite que prévu. Stellantis en a fait l'expérience ces dernières années en révisant à la baisse ses ambitions dans l'électrique. Dans ce contexte, travailler avec Leapmotor permettrait au groupe de réduire ses coûts de développement, d'accélérer sa mise sur le marché et d'utiliser plus efficacement ses usines européennes. Concrètement, il s'agit pour Stellantis de gagner du temps et de préserver ses marges. Le partage des rôles est d'ailleurs révélateur. Leapmotor fournirait les technologies clés, tandis qu'Opel se chargerait du design et de l'identité de marque. Un renversement historique. Autrefois exportateurs de savoir-faire, les constructeurs européens deviennent désormais importateurs de technologies. Une nouvelle dépendance qui interroge l'Europe Cette évolution traduit une forme de spécialisation à l'échelle mondiale. La Chine devient le cœur technologique de l'électrique, tandis que l'Europe conserve le design, la marque et une partie de la production. Pour Stellantis, un point reste essentiel, puisque le véhicule serait assemblé en Europe. Un choix stratégique qui permet de produire localement, d'éviter d'éventuels droits de douane, de maintenir l'emploi industriel et de rassurer les consommateurs. Mais dans le même temps, une partie du développement est pensée et réalisée en Chine. À lire aussiLa Chine et ses voitures électriques sont le futur de l'automobile européenne Et cette stratégie n'est pas sans risques. À terme, les constructeurs européens pourraient devenir dépendants de leurs propres concurrents, les groupes chinois spécialisés dans l'électrique. La question de la souveraineté industrielle se pose clairement. Car si la recherche et développement se déplace vers l'Asie, cela affaiblit mécaniquement les compétences en Europe. Or, ne plus savoir faire — ou ne plus savoir innover — constitue l'un des principaux dangers pour l'industrie du continent.
Après plus de 70 ans de présence, Air France abandonne définitivement l'aéroport de Paris-Orly ce 29 mars 2026. Derrière cette décision historique, un constat économique implacable : le modèle du transport aérien domestique ne fonctionne plus comme avant. C'est une page qui se tourne dans l'histoire du transport aérien français. Après plus de 70 années de présence, Air France va définitivement quitter l'aéroport de Paris-Orly. Désormais, la compagnie concentrera ses opérations parisiennes sur l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. Un choix loin d'être symbolique, qui répond avant tout à des impératifs économiques. Pour bien comprendre, il faut revenir à l'organisation historique. Orly, situé au sud de Paris, accueillait principalement les vols court-courriers. À l'inverse, Roissy, au nord, s'est imposé comme le hub international du groupe, notamment grâce à ses infrastructures plus vastes, avec quatre pistes contre deux à Orly. Pendant longtemps, ce partage fonctionnait. Mais aujourd'hui, l'équilibre est rompu. À lire aussiCentrafrique: la compagnie aérienne Air France cesse les vols directs entre Paris et Bangui Un marché domestique en déclin et des pertes financières massives Depuis plus d'une décennie, le transport aérien domestique français s'essouffle. Et le phénomène s'est accéléré après la crise sanitaire du Covid. Le segment le plus rentable, la clientèle affaires, s'est effondré. En cause : la concurrence du TGV, mais aussi la généralisation du télétravail et des visioconférences. Depuis le Covid, jusqu'à 60% des voyageurs d'affaires ont disparu sur certaines lignes. Or, ce sont ces passagers qui payaient les billets les plus chers. Résultat : des avions moins remplis et des lignes de moins en moins rentables. En 2022, le court-courrier a généré près de 200 millions d'euros de pertes pour Air France. Autrement dit, la compagnie continuait d'opérer à Orly mais en perdant de l'argent. Face à cette situation, le groupe a fait un choix stratégique clair : se recentrer sur Roissy, là où se crée la valeur. Avec environ 72 millions de passagers par an, contre deux fois moins pour Orly, l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle permet d'optimiser les correspondances et de rentabiliser les vols long-courriers. Low cost, concurrence : Orly entre dans une nouvelle ère Le départ d'Air France ne signifie pas pour autant un abandon du marché. C'est sa filiale à bas coût, Transavia, qui récupère l'essentiel des lignes. Un choix logique : le modèle low cost est bien plus adapté à ces liaisons. Grâce à des coûts d'exploitation plus faibles, des avions plus remplis et des services simplifiés, l'objectif est simple : rendre ces lignes enfin rentables. Mais ce repositionnement ouvre aussi la porte à une concurrence accrue. Des acteurs comme easyJet, déjà présents à Orly, comptent bien capter une partie des voyageurs, notamment les professionnels. La bataille ne se jouera plus uniquement sur les prix, mais aussi sur les horaires, la ponctualité et la flexibilité. À plus long terme, la transformation est encore plus profonde. D'ici 2030, les compagnies low cost pourraient représenter plus de la moitié du trafic aérien européen. Le cas d'Air France à Orly s'inscrit donc dans une tendance globale : les grandes compagnies traditionnelles, comme Lufthansa ou British Airways, concentrent leurs efforts sur leurs hubs internationaux et délèguent le court-courrier à leurs filiales à bas coût. Au-delà du symbole, le départ d'Air France d'Orly illustre une mutation profonde du secteur. Le transport aérien domestique, longtemps pilier des compagnies traditionnelles, est aujourd'hui fragilisé. Face à la concurrence du rail, aux nouveaux usages professionnels et à la pression des low cost, les règles du jeu ont changé. Et avec ce départ, c'est toute une époque du transport aérien français qui s'achève. À lire aussiLes compagnies aériennes s'inquiètent de la hausse des incivilités en vol
L'Union européenne est sur le point de conclure un accord de libre-échange avec l'Australie, après plus de huit ans de négociations. Derrière ce traité, qui pourrait être finalisé lors de la visite d'Ursula von der Leyen à Canberra, se jouent des enjeux économiques majeurs mais aussi des tensions politiques, notamment autour de l'agriculture. Le commerce international est aujourd'hui en pleine mutation. Entre les tensions entre grandes puissances, le retour du protectionnisme américain et la rivalité croissante avec la Chine, l'Union européenne cherche à sécuriser ses approvisionnements tout en diversifiant ses partenaires. Dans ce contexte, l'Australie apparaît comme un allié stratégique. Stable, démocratique, le pays dispose surtout de ressources naturelles critiques – lithium, cobalt, terres rares – indispensables aux batteries, à la transition énergétique et aux technologies numériques. Malgré les 17 000 kilomètres qui séparent Bruxelles de Canberra, les relations économiques sont déjà solides. L'Union européenne est le troisième partenaire commercial de l'Australie et sa deuxième source d'investissements étrangers. L'accord de libre-échange pourrait ainsi accroître les échanges d'environ un tiers, grâce à la suppression des droits de douane. Les entreprises européennes bénéficieraient d'un meilleur accès à un marché dynamique, tandis que l'Australie espère générer plusieurs milliards de dollars supplémentaires en commerce. À lire aussiPourquoi la Commission européenne veut absolument signer l'accord de libre-échange UE-Mercosur L'agriculture, principal point de blocage Si les négociations ont duré aussi longtemps, c'est qu'elles se heurtent à des désaccords majeurs. Et le principal tient en un mot : l'agriculture. L'Australie souhaite augmenter ses exportations de bœuf et d'agneau vers l'Europe. Un sujet particulièrement sensible. Les agriculteurs européens, déjà sous pression, redoutent une concurrence accrue de produits étrangers, souvent moins chers et produits selon des normes différentes. Cette inquiétude rappelle fortement les tensions suscitées par l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur. Ce dernier a provoqué une vague de colère agricole en Europe, avec manifestations et critiques politiques. Dans ce contexte, beaucoup craignent que le scénario se répète. Comme avec le Mercosur, les négociations achoppent sur les quotas de viande – un désaccord qui avait déjà entraîné l'échec des discussions en 2023. Si les échanges ont repris depuis, ils s'inscrivent désormais dans un environnement différent, marqué par une pression géopolitique accrue. À lire aussiComment l'UE peut relancer son économie face à la Chine et les États-Unis Un accord au cœur de la stratégie économique européenne Concrètement, l'accord viserait à supprimer la majorité des droits de douane entre les deux zones. Il faciliterait les échanges de biens et de services, mais aussi les investissements. Pour l'Union européenne, l'enjeu est aussi d'obtenir un meilleur accès aux marchés publics australiens, notamment dans des secteurs comme le transport ou l'automobile. En contrepartie, Bruxelles pourrait accepter d'ouvrir davantage son marché agricole. Au-delà des aspects commerciaux, cet accord s'inscrit dans une stratégie plus large. Depuis plusieurs années, la Commission européenne multiplie les partenariats pour faire face aux incertitudes liées aux États-Unis et aux tensions commerciales mondiales. Après le Mercosur, mais aussi les discussions avec l'Inde, l'Indonésie ou encore le Mexique, l'Union européenne cherche à renforcer son influence économique. Car ces accords ne sont plus seulement des outils commerciaux. Ils constituent désormais de véritables leviers géopolitiques, permettant à l'Europe de consolider sa place sur la scène internationale. À lire aussiFace à Donald Trump, l'Union européenne recherche de nouvelles alliances
Chaque année, la cérémonie des Oscars célèbre le cinéma mondial. Mais derrière les statuettes dorées et le glamour hollywoodien se cache surtout une véritable machine économique. Entre droits de diffusion, publicité, tourisme et impact sur les films récompensés, l'événement génère des centaines de millions de dollars et influence toute l'industrie du divertissement. Soirée de fête ce dimanche 15 mars 2026 à Hollywood. Le célèbre quartier de Los Angeles est particulièrement animé, en raison de la tenue de la 98e cérémonie des Oscars. Au-delà d'être un rendez-vous culturel incontournable, l'événement constitue un véritable moteur économique pour l'industrie du divertissement. Chaque année, les Oscars génèrent plus de 200 millions de dollars de revenus. Et il ne s'agit là que des revenus directs : droits de diffusion, publicité, sponsoring et marketing autour de la cérémonie. Aux États-Unis, la retransmission est assurée par la chaîne ABC, qui verse des dizaines de millions de dollars pour obtenir l'exclusivité. Pendant la soirée, les annonceurs se battent pour acheter quelques secondes de publicité à prix d'or. Là encore, les montants se comptent en millions de dollars. Avec des dizaines de millions de téléspectateurs devant leur écran dans le monde, la cérémonie reste l'un des programmes télévisés les plus rentables du calendrier audiovisuel. Mais l'impact économique des Oscars ne se limite pas à la télévision. La cérémonie profite aussi directement à l'économie locale. Selon l'office du tourisme de Los Angeles, environ 134 millions de dollars sont injectés chaque année dans l'économie de la région grâce à l'événement. Hôtels, restaurants, agences événementielles, entreprises de sécurité ou de transport, salles de projection ou centres de congrès : toute l'économie locale bénéficie de l'afflux de célébrités, de journalistes et de professionnels du cinéma qui se rendent à Hollywood pour la cérémonie. La semaine des Oscars s'accompagne en effet de nombreuses soirées, avant-premières et événements professionnels qui dynamisent l'activité touristique et événementielle. L'« Oscar Bump » : quand les nominations font grimper les recettes Mais l'un des effets économiques les plus intéressants concerne les films eux-mêmes. Une nomination aux Oscars peut suffire à relancer la fréquentation en salles, parfois plusieurs semaines après la sortie d'un film. Selon des travaux de l'université de Californie, les recettes peuvent augmenter de 20% à 50% après l'annonce des nominations, et parfois davantage en cas de victoire. Ce phénomène est connu dans l'industrie sous le nom d'« Oscar Bump », littéralement « l'effet Oscar ». Pour les studios et les producteurs, la saison des récompenses est donc un moment stratégique. Cette compétition s'est d'ailleurs intensifiée avec l'arrivée des plates-formes de streaming. Pour Netflix, Amazon, Apple ou HBO, remporter un Oscar est devenu un véritable outil de prestige. Une récompense permet de renforcer l'image de marque des plates-formes et de soutenir leur stratégie d'acquisition d'abonnés. Les Oscars peuvent aussi transformer une carrière. Pour les acteurs, réalisateurs ou scénaristes, obtenir une statuette augmente la visibilité et peut ouvrir la porte à de nouveaux projets, souvent mieux rémunérés. Mode, luxe et réseaux sociaux : les autres gagnants des Oscars Les Oscars ne se résument pas au cinéma. Le glamour de la cérémonie représente également une opportunité économique pour d'autres secteurs. L'industrie de la mode et du luxe se donne rendez-vous sur le tapis rouge, devenu l'une des vitrines médiatiques les plus puissantes au monde. Les tenues des célébrités sont scrutées, analysées et largement relayées sur les réseaux sociaux. La visibilité internationale est maximale. Pour les marques de mode, de bijoux ou de cosmétiques, il s'agit d'une opération marketing particulièrement rentable. Malgré son influence, la cérémonie doit toutefois s'adapter aux évolutions du secteur audiovisuel. La concurrence des plates-formes de streaming, l'évolution des habitudes de consommation et la baisse progressive de l'audience télévisée constituent de nouveaux défis. Une chose reste certaine : derrière le glamour et les discours de remerciement, les Oscars demeurent l'un des événements les plus puissants économiquement pour l'industrie mondiale du cinéma.
Le détroit d'Ormuz est l'une des routes maritimes les plus stratégiques du monde. Entre 20% et 25% du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommés sur la planète y transitent chaque jour. Face aux tensions au Moyen-Orient et au risque de blocage de ce passage clé, les pays du Golfe tentent de trouver des solutions alternatives pour continuer à exporter leurs hydrocarbures. Mais, ces routes de contournement restent limitées. Le détroit d'Ormuz, situé entre le golfe Persique et l'océan Indien, est un passage incontournable pour le commerce mondial des hydrocarbures. En temps normal, entre 20% et 25% du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde y transitent. Mais, lorsque cette route se retrouve menacée ou bloquée, les pays du Golfe cherchent des solutions alternatives. On peut comparer la situation à un embouteillage sur une autoroute. Lorsque l'axe principal est saturé ou fermé, les automobilistes tentent de trouver des routes secondaires. Dans le cas du pétrole, ces routes de contournement prennent la forme de pipelines et d'oléoducs terrestres. Il en existe principalement trois. Le premier part d'Irak et se dirige vers la Turquie, mais il est actuellement fermé. Le deuxième traverse l'Arabie saoudite d'est en ouest. Il permet d'acheminer le pétrole depuis le golfe Persique jusqu'à la mer Rouge, vers le port de Yanbu. Enfin, la troisième route traverse les Émirats arabes unis. Elle relie le golfe Persique au golfe d'Oman, jusqu'au port de Fujairah, qui permet un accès direct à l'océan Indien. Des capacités très inférieures au trafic habituel Reste une question essentielle : ces routes alternatives permettent-elles de remplacer les volumes qui transitent habituellement par le détroit d'Ormuz ? La réponse est non. Si l'on additionne les deux axes actuellement opérationnels – celui vers la mer Rouge et celui vers le golfe d'Oman –, leur capacité atteint environ 9 millions de barils par jour. Or, en temps normal, près de 20 millions de barils transitent quotidiennement par le détroit d'Ormuz. Ces alternatives ne permettent donc pas de compenser totalement une fermeture du détroit. Mais, elles offrent malgré tout une solution partielle. D'ailleurs, les effets commencent déjà à se faire sentir sur le trafic maritime. De nombreux pétroliers quittent désormais le golfe Persique pour rejoindre la mer Rouge et les côtes occidentales de l'Arabie saoudite. Sachant qu'un seul pétrolier peut transporter jusqu'à deux millions de barils, ces routes alternatives représentent tout de même un volume non négligeable pour les pays importateurs. Un risque déplacé vers un autre détroit stratégique Cette redirection du trafic soulève toutefois une autre question stratégique. Pour rejoindre la mer Rouge, les navires doivent passer par un autre passage clé : le détroit de Bab el-Mandeb, situé entre le Yémen et la Corne de l'Afrique. Or, cette zone est, elle aussi, très sensible. Ces derniers mois, les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, y ont multiplié les attaques contre des navires marchands, notamment au plus fort de la guerre à Gaza. Même si les compagnies maritimes restent prudentes, le pari demeure risqué. Autrement dit, le danger ne disparaît pas. Il se déplace simplement. Le détroit d'Ormuz peut être contourné, mais la zone de risque demeure. À lire aussiLes réserves stratégiques de pétrole, l'arme énergétique des États La dépendance structurelle des pays du Golfe Au fond, cette crise révèle une réalité géographique difficile à contourner. Plusieurs États du Golfe restent extrêmement dépendants du détroit d'Ormuz pour exporter leurs hydrocarbures. C'est particulièrement le cas du Koweït, de Bahreïn et surtout du Qatar, dont les exportations de gaz naturel liquéfié reposent largement sur ce passage stratégique. Or, ces exportations constituent le moteur principal de leur richesse et de leur croissance économique. La question de la sécurité des routes maritimes est donc cruciale. Cette situation illustre ce que certains géopolitologues appellent « la revanche de la géographie ». Malgré les infrastructures et les stratégies de contournement, les contraintes géographiques continuent de structurer le commerce mondial de l'énergie. Car sur le papier, il est possible de contourner un détroit. Mais, dans la réalité, il est beaucoup plus difficile de contourner la géographie. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: l'économie iranienne peut-elle survivre au conflit?
Chaque année, environ 12 millions de filles sont mariées avant l'âge de 18 ans dans le monde. Longtemps analysé uniquement sous l'angle des droits humains, ce fléau est désormais étudié sous un angle économique. Et les chiffres sont frappants: selon une étude de l'université américaine Columbia, le mariage d'enfants coûterait jusqu'à 175 milliards de dollars par an à l'économie mondiale. Le mariage précoce concerne encore une part importante de la population mondiale. Des millions de jeunes filles sont mariées chaque année avant leur majorité, souvent dans des contextes de pauvreté ou sous la pression de normes sociales. Si le sujet est généralement abordé sous l'angle des droits des femmes et de la protection de l'enfance, les chercheurs s'intéressent désormais à ses conséquences économiques globales. Selon une étude menée par des chercheurs de l'université Columbia, l'impact financier du phénomène est considérable. Chaque année, le mariage d'enfants représenterait jusqu'à 175 milliards de dollars de pertes pour l'économie mondiale, soit un montant comparable au budget annuel consacré à l'éducation nationale en France. À lire aussiLes inégalités bancaires toujours plus fortes pour les femmes Des conséquences importantes Pour comprendre ce coût économique, il faut d'abord regarder les conséquences très concrètes du mariage précoce dans la vie des jeunes filles. Dans la majorité des cas, ces unions entraînent également une maternité précoce. Or les grossesses adolescentes sont nettement plus risquées. Le corps n'est pas toujours prêt, l'accès aux soins est parfois limité et les complications médicales sont plus fréquentes. Selon les estimations citées dans l'étude, les mariages précoces sont associés chaque année à des dizaines de milliers de décès supplémentaires de jeunes mères, mais aussi à une mortalité infantile plus élevée. Au-delà de la tragédie humaine, ces situations ont aussi un impact économique : systèmes de santé davantage sollicités, familles fragilisées et communautés privées de femmes en âge d'étudier, de travailler et de participer à la vie économique. L'autre conséquence majeure concerne l'éducation. Dans l'immense majorité des cas, les filles mariées très jeunes quittent l'école. Selon les données du rapport, près de neuf adolescentes mariées sur dix ne sont plus scolarisées. Cette interruption de la scolarité limite fortement les perspectives professionnelles. À long terme, cela se traduit par des revenus plus faibles, moins d'opportunités sur le marché du travail et un potentiel d'innovation réduit. À l'échelle mondiale, cette perte de capital humain pèse sur les économies. Dans certaines régions, notamment en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud, le mariage précoce peut même freiner la croissance économique sur le long terme. Un phénomène souvent lié à la pauvreté Si la pratique persiste dans certaines régions, c'est aussi parce qu'elle est étroitement liée à la pauvreté. Dans certaines communautés, marier sa fille tôt est encore perçu comme une forme de protection ou une nécessité économique pour les familles les plus modestes. Les normes sociales, les traditions ou encore l'insécurité économique peuvent contribuer à maintenir ces pratiques. Pour autant, la situation évolue progressivement dans plusieurs pays. De nombreuses législations ont relevé l'âge légal du mariage à 18 ans, tandis que l'accès à l'éducation des filles continue de progresser. Par ailleurs, de nombreuses organisations travaillent avec les communautés locales afin de faire évoluer les pratiques et les mentalités. Les recherches montrent d'ailleurs que plus les filles restent longtemps à l'école, plus l'âge du mariage recule naturellement. L'éducation apparaît ainsi comme l'un des leviers les plus efficaces pour réduire les mariages précoces. Les solutions existent et peuvent produire des effets rapides. Des programmes de bourses scolaires, de soutien aux familles ou encore l'amélioration de l'accès à la santé reproductive contribuent déjà à réduire le phénomène dans plusieurs régions du monde. Selon les chercheurs, les investissements nécessaires pour réduire significativement les mariages d'enfants restent relativement modestes à l'échelle mondiale, surtout lorsqu'on les compare aux pertes économiques générées chaque année. Au-delà de la question des droits humains, le mariage d'enfants représente donc aussi un enjeu économique majeur. Permettre aux filles de poursuivre leur éducation, d'accéder à la santé et de choisir leur avenir ne constitue pas seulement un progrès social. C'est également un investissement dans la croissance, la santé et le développement des sociétés.
À l'occasion du Mobile World Congress à Barcelone, le marché mondial du smartphone confirme son entrée dans une phase de maturité. La croissance ralentit, les positions se stabilisent. Pourtant, un acteur continue de progresser : Xiaomi. Avec environ 13% des ventes mondiales, le groupe chinois s'impose durablement comme le numéro trois mondial, derrière Samsung Electronics et Apple. Analyse d'une stratégie qui bouscule les équilibres du secteur. À Barcelone, le Mobile World Congress reste le plus grand rendez-vous mondial consacré à la téléphonie mobile. Un secteur devenu incontournable : aujourd'hui, presque tout le monde possède un smartphone. Mais le marché est désormais arrivé à maturité. La croissance des ventes ralentit et les cycles de renouvellement s'allongent. Dans ce contexte stabilisé, deux géants dominent toujours : Apple et Samsung, qui contrôlent chacun environ 20% des ventes mondiales. À lire aussiLes opérateurs télécom européens face au défi de la régulation Juste derrière, Xiaomi s'est installé solidement sur la troisième marche du podium avec environ 13% du marché mondial. Et ce positionnement dure depuis plusieurs années. Ce n'est pas la première fois qu'un acteur chinois atteint ce niveau. On se souvient de Huawei, qui avait brièvement dépassé Apple et Samsung début 2020. Mais les sanctions américaines ont privé le groupe d'Android et des services Google, provoquant un recul brutal à l'international. Xiaomi a su, lui, profiter de cette recomposition du marché. Internationalisation et rapport qualité-prix : les clés du succès de Xiaomi Il existe plusieurs pistes pour expliquer comment Xiaomi parvient à talonner Apple et Samsung sur le marché mondial du smartphone. La première, c'est l'internationalisation. Dès le début des années 2010, le groupe part à l'assaut des marchés étrangers. Il s'implante en Asie du Sud-Est, en Inde, en Amérique latine et surtout en Europe, où il occupe la troisième place depuis six ans. Sur certains trimestres, Xiaomi dépasse même Apple en Europe, notamment lorsque la firme américaine se trouve entre deux cycles de lancement d'iPhone. Cela ne signifie pas qu'Apple est en difficulté structurelle, mais cela montre que Xiaomi est devenu un substitut crédible dans un marché où les consommateurs comparent davantage et recherchent le meilleur rapport qualité-prix. À lire aussiComment l'intelligence artificielle menace la production mondiale de smartphones en 2026 Autre élément stratégique, Xiaomi est quasiment absent du marché américain. Contrairement à Apple et Samsung, le groupe ne dépend pas de ce marché, ce qui limite son exposition aux tensions géopolitiques, tout en laissant un potentiel de croissance futur. Historiquement, la force de Xiaomi repose sur des smartphones vendus autour de 200 dollars, soit l'équivalent d'un milieu de gamme chez Samsung. Le groupe mise sur des volumes importants et des prix compétitifs pour séduire les marchés sensibles aux coûts. Montée en gamme, écosystème et ambition mondiale Mais Xiaomi ne veut plus se limiter à l'entrée et au milieu de gamme. Au Mobile World Congress de Barcelone, le constructeur a démontré sa capacité à rivaliser sur le segment premium : technologies de pointe, composants dernière génération et surtout six années promises de mises à jour logicielles, un argument stratégique face à Apple et Samsung. L'objectif est clair, monter en gamme pour améliorer la rentabilité. Car sur le segment haut de gamme, les marges sont nettement plus élevées. Autre atout majeur : l'écosystème. Xiaomi ne vend plus seulement des smartphones. Le groupe propose des montres connectées, des bracelets, des téléviseurs, des trottinettes électriques, de l'électroménager et même des voitures électriques. Cette stratégie rappelle celle de BYD dans l'automobile : combiner innovation technologique, maîtrise des coûts et diversification pour renforcer sa position mondiale. En combinant internationalisation, compétitivité tarifaire, montée en gamme et écosystème élargi, Xiaomi dispose aujourd'hui de solides arguments pour continuer à réduire l'écart avec Apple et Samsung sur le marché mondial du smartphone. La question n'est plus de savoir si le groupe chinois est un acteur majeur du secteur. La véritable interrogation est désormais: jusqu'où peut-il aller ?
La guerre au Moyen-Orient ne provoque pas seulement des frappes militaires et des tensions diplomatiques. Elle déclenche aussi un choc énergétique majeur. Si le pétrole reste sous surveillance, c'est surtout le gaz qui inquiète aujourd'hui les investisseurs. Hausse spectaculaire des prix, risques de perturbations d'approvisionnement, menace sur l'inflation : les marchés financiers redoutent un effet domino sur toute l'économie. Au-delà des affrontements militaires, ce conflit touche un point névralgique de l'économie mondiale: l'énergie. Si le pétrole capte naturellement l'attention, le gaz est devenu un enjeu tout aussi stratégique. Depuis la guerre en Ukraine, l'Europe a profondément modifié ses circuits d'approvisionnement afin de réduire sa dépendance au gaz russe. Une part importante des flux provient désormais du Moyen-Orient et des pays du Golfe. Or, dans ce contexte de guerre régionale, la production de gaz est freinée et son transport ralenti. Les investisseurs redoutent des perturbations plus durables, voire des interruptions temporaires ou totales de livraison. Cette inquiétude s'est immédiatement traduite sur les marchés : le prix du gaz européen a bondi de 40% en une seule séance. Un mouvement brutal qui illustre la nervosité ambiante. Une hausse des prix qui menace toute l'économie Si une telle flambée inquiète autant les marchés financiers, c'est parce que le gaz est devenu un pilier central du fonctionnement économique européen. Chauffage des ménages, production d'électricité, industrie lourde, chimie, sidérurgie, agroalimentaire : pratiquement toute l'activité dépend, directement ou indirectement, du gaz. Quand son prix augmente, l'impact est immédiat. Les coûts de production grimpent, les marges des entreprises se réduisent et les prix à la consommation finissent par augmenter. Autrement dit, le gaz agit comme un puissant accélérateur d'inflation. C'est précisément ce que redoutent les investisseurs. Une nouvelle poussée inflationniste qui pèserait sur le pouvoir d'achat des ménages, la compétitivité des entreprises et, plus largement, sur la stabilité économique européenne. L'effet est mécanique. Une énergie plus chère entraîne un effet cascade sur l'ensemble des chaînes de production. Des marchés volatils face à un modèle énergétique fragile Sur les marchés boursiers, les réactions sont rapides et tranchées. Les entreprises fortement consommatrices de gaz — industrie lourde, chimie, sidérurgie ou agroalimentaire — subissent des baisses marquées. Leur rentabilité est directement menacée par la hausse des coûts énergétiques. À l'inverse, les groupes producteurs ou transporteurs de gaz enregistrent des progressions spectaculaires. Leur matière première se vend plus cher, ce qui améliore leurs perspectives de revenus. Les investisseurs arbitrent rapidement. Ils vendent les secteurs pénalisés par la flambée énergétique et renforcent ceux qui en bénéficient. Cette rotation sectorielle alimente une volatilité accrue sur les marchés financiers. Mais au-delà des mouvements de court terme, cette séquence révèle surtout une réalité plus profonde : la fragilité persistante de la sécurité énergétique mondiale. Malgré les investissements massifs dans la transition écologique, l'économie reste structurellement dépendante de zones géographiques sensibles, notamment le Golfe et, plus largement, le Proche et le Moyen-Orient. Et qui dit dépendance dit vulnérabilité. Si les marchés ne paniquent pas totalement, ils intègrent néanmoins un risque nouveau : celui d'un modèle énergétique plus incertain, plus instable, plus fragmenté, et donc plus imprévisible. La guerre ne bouleverse pas seulement l'équilibre géopolitique régional. Elle rappelle que l'énergie demeure l'un des talons d'Achille de l'économie mondiale.
L'Afrique du Sud est le seul pays du continent à posséder une centrale nucléaire opérationnelle pour produire de l'électricité. C'est celle de Koeberg, près du Cap. Alors que d'autres nations africaines étudient des projets de développement du nucléaire, et que l'Égypte s'est même lancée dans un projet de construction d'une centrale nucléaire, le gouvernement de Pretoria envisage d'étendre sa production et de développer de nouvelles unités. De notre correspondante à Johannesburg, Selon son dernier plan énergétique national, l'Afrique du Sud voudrait produire 5 200 mégawatts supplémentaires grâce au nucléaire d'ici 2039, et même doubler cette capacité si des modèles viables sont trouvés. Un grand pas en avant par rapport aux 1 860 mégawatts générés actuellement par l'unique centrale de Koeberg. Pour Knox Msebenzi, du syndicat du nucléaire Niasa, c'est nécessaire afin d'offrir un socle stable au pays qui sort d'une longue crise énergétique. « Tout réseau a besoin d'une source d'énergie ajustable, c'est-à-dire une énergie dont on peut contrôler et adapter la production selon la demande. Le nucléaire permet ça, affirme-t-il. Et étant donné qu'environ 80 % de notre énergie dans le pays repose sur le charbon, et au vu des engagements pris par notre gouvernement en matière de réduction d'émissions carbone, cela fait sens de mettre hors service des centrales à charbon tout en développant une autre source d'énergie en continu. » Ainsi, le nucléaire représenterait toujours environ 5 % de la production d'électricité, car le gouvernement entend également développer les énergies renouvelables à beaucoup plus grande échelle. Cependant, s'engager dans la construction d'une nouvelle centrale n'est pas sans risque, notamment sur le plan financier, selon Hartmut Winkler, professeur de physique à l'université de Johannesburg. « On doit attendre longtemps avant la mise en service. Or, les technologies dans le secteur se sont énormément développées en l'espace de dix ans, analyse-t-il. Donc, on a tendance à éviter de prendre une voie dans laquelle on devra ensuite s'engager à rester pour les 50 prochaines années. » À lire aussiEn 10 ans, l'Afrique a doublé ses capacités de production d'énergies renouvelables Inquiétude de la société civile La société civile s'inquiète également des risques de corruption qui planent au-dessus de tout mégaprojet. Elle n'a pas oublié par ailleurs la débâcle du contrat aux coûts exorbitants passé en 2014 avec la Russie pour relancer le nucléaire, finalement annulé par la justice. Pour la militante Makoma Lekalakala, de l'organisation EarthLife Africa, ce n'est donc pas la voie à suivre : « Le nucléaire, c'est dangereux, c'est coûteux, et il y a la question des déchets. Le problème de leur stockage est d'ailleurs loin de concerner uniquement notre pays. » L'Afrique du Sud entend également relancer son programme de petits réacteurs modulaires, mais les développements commerciaux de cette technologie sont pour l'instant encore timides. À écouter dans Le débat du jourFaut-il miser sur le nucléaire ?
En représailles aux frappes israéliennes et américaines, Téhéran a interdit dès le samedi 28 février au soir aux navires de commerce et aux pétroliers d'emprunter le détroit d'Ormuz. C'est un passage stratégique parce qu'il voit transiter une grande partie des productions mondiales de pétrole et de gaz. La menace iranienne était claire. En cas d'agression, Téhéran n'hésiterait pas à bloquer l'accès au détroit d'Ormuz. Quelques heures après les premières frappes israéliennes et américaines au matin du 28 février, elle était mise à exécution. Pas d'annonce officielle, mais des messages radio envoyés aux navires. Pour l'industrie du pétrole, c'est une situation sans précédent. Environ 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié doit transiter par cet étroit passage pour sortir du Golfe persique. La région concentre la plus grande réserve d'hydrocarbures au monde. Et c'est une production qui passe majoritairement par la mer car les pipelines qui permettent de contourner le détroit d'Ormuz ont une capacité limitée. Cette passe est très facile à contrôler : ce sont 33 km de large, à l'endroit le plus étroit. Et dans cette zone, les deux voies que les pétroliers utilisent pour entrer et sortir du golfe Persique ne font qu'environ trois kilomètres de large chacune. Dimanche 1er mars, au moins deux navires ont été touchés par des tirs. Les grands armateurs comme Maersk, MSC ou CMA-CGM ont tout de suite demandé à leurs navires de se mettre à l'abri. Un baril en hausse À l'ouverture de la cotation dimanche 1er mars au soir, sans surprise le baril de Brent, qui sert de référence pour la production du Golfe, a bondi et atteint 82 dollars. Vendredi, juste avant l'attaque contre l'Iran, son prix n'était que de 72 dollars. Et c'est bien le but recherché par Téhéran. Le pouvoir iranien veut utiliser ce levier pour mettre la pression sur Donald Trump, qui ne veut pas d'un pétrole cher. En menaçant une partie des revenus pétroliers des pays du Golfe, Téhéran pousse aussi ces États à agir en faveur d'une sortie de crise. L'Asie, région la plus impactée Dans l'immédiat, il n'y a pas de risque réel pour l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié. Tous les pays disposent de stocks stratégiques. D'ailleurs lundi 2 mars, à 1h45 TU, le prix du baril était un peu redescendu. Beaucoup d'analystes pensent qu'il y a peu de chances que les États-Unis laissent l'Iran bloquer longtemps le détroit d'Ormuz compte-tenu de son importance. Et puis, il faut le signaler : le monde profite actuellement d'une surproduction de pétrole. C'est pour cela que les prix étaient bas en début d'année, même s'ils sont peu à peu remontés en raison des tensions géopolitiques. Si on regarde les flux pétroliers, ce ne sont pas les États-Unis, mais les puissances asiatiques qui sont le plus exposées au blocage du détroit d'Ormuz. Le Japon y achète dans le Golfe 90 % de son brut. La Chine, la moitié, notamment à l'Iran qui évidemment laisse passer les pétroliers chargés avec son brut. L'Europe est, elle, beaucoup moins exposée. Pourtant lundi, les prix du gaz aux Pays-Bas et en Angleterre augmentaient de plus de 20%. Environ 10% du GNL acheté en Europe vient de la région du Golfe. Au même moment, on apprenait également l'attaque sur la méga-raffinerie saoudienne de Ras Tanura. Certaines opérations ont été mises à l'arrêt après un début d'incendie sans qu'on puisse en mesurer les conséquences. À lire aussiDétroit d'Ormuz: accès crucial pour les importations de pétrole de la Chine Les secteurs des engrais et du plastique aussi sous pression Le marché pétrolier n'est pas le seul secteur à être impacté. Celui des engrais pourrait pâtir de la situation. Environ un tiers de la production mondiale, y compris le soufre et l'ammoniac, transitent par le détroit d'Ormuz. Par ailleurs, la hausse du prix du pétrole, si elle se confirme, aura aussi un impact sur le prix des engrais. Autre secteur à risque : celui du plastique. La région du Golfe produit 15 % du polyéthylène utilisé dans le monde. Dans ce contexte très volatil, les investisseurs recherchent des placements sûrs. Ils achètent de l'or, dont le cours remonte depuis la semaine dernière. Mais aussi de la dette d'État. Au contraire, certaines valeurs jugées plus à risque pourraient en pâtir. Pour l'heure, après un léger recul samedi 28 février, le cours du bitcoin se maintient. Pour limiter les effets de contagion, les bourses de Dubaï et d'Abou Dhabi ont annoncé ce dimanche qu'elles resteraient fermées jusqu'à nouvel ordre. À lire aussiAvec le blocage du détroit d'Ormuz, les marchés redoutent une flambée des prix du pétrole
Le gombo, que l'on retrouve d'ordinaire dans l'assiette des Sénégalais en soupe kandia, commence à se faire une place dans leurs salles de bain. Ce légume gluant, riche en antioxydants, possède des vertus hydratantes et anti-âge qui séduisent désormais les marques de cosmétiques locales. Reportage dans une entreprise dakaroise qui mise sur ce nouvel or vert. (Rediffusion) Avec notre correspondante à Dakar, Dans le laboratoire de la marque Trésors d'Afrique, à Dakar, on s'affaire autour des préparations. En blouse blanche, les employées ont des allures de scientifiques. « Ici, c'est pour la recherche et développement. Il nous arrive ici, au laboratoire, de changer un produit, ou bien de créer un nouveau produit », explique Ndeye Thiaba Diouf, la directrice des opérations, qui nous fait la visite guidée. Ici, avec la gamme « Chouette mama », priorité aux produits locaux : aloe vera, bissap, karité, mais aussi le gombo, ce petit légume vert et gluant qu'on connaît surtout en cuisine. Ndeye Ndiapaly Diouf, responsable du laboratoire émulsion, en extrait le jus. « Ici, on fait des crèmes, des laits et des sérums. Le lait de gombo, on le fabrique à base de gombo naturel frais qu'on achète au marché, et toujours avec de l'eau déminéralisée. On met de l'eau et on laisse macérer jusqu'au lendemain », détaille-t-elle. 27 000 produits Trésors d'Afrique vendus Ce mucilage, un jus épais issu du gombo, est intégré à plusieurs produits : shampoings, crèmes pour le visage ou pour le corps... Très hydratant, le légume se révèle aussi un puissant anti-âge. « De la même manière que le baobab traite l'acné et la peau grasse, le gombo, son travail, c'est l'anti-âge. À partir de 25 ans, on commence à ne plus avoir le collagène dont on en a besoin pour avoir une peau lisse et tout ce qui va avec. Donc le gombo est là pour compléter cela », promeut-elle. Ce secret est encore méconnu au Sénégal, où le gombo reste surtout associé à la soupe kandia. Seules quelques femmes l'utilisent déjà pour nourrir leurs cheveux. Chaque année, 27 000 produits Trésors d'Afrique sont vendus dans plusieurs points de vente au Sénégal, mais également en ligne vers l'étranger. « D'après les études qu'on a fait, ce sont les étrangers, les expatriés et même les Sénégalais qui viennent de l'extérieur qui achètent plus nos produits. La marque, malheureusement, est connue plus à l'étranger qu'au Sénégal », note Ndeye Ndiapaly Diouf. À lire aussiPensez à consommer du Gombo ! Le marché global des cosmétiques pour l'Afrique est en plein boom Pour les producteurs, c'est une nouvelle filière pleine de promesses. À Thiès, Mamour Gueye, producteur de gombos qui exporte une partie de sa production vers la France, y voit un débouché local bienvenu. « C'est plus avantageux de vendre sur le marché local que de faire de l'export », assure l'agriculteur. « Sur le marché local, il n'y a pas de contrainte. Par contre, quand tu envoies ton gombo, deux jours après, on te fait des réclamations sur le noircissement du produit. Tout ne peut pas aller à l'exportation. Donc s'il y a de la transformation, c'est vraiment une bonne chose », poursuit Mamour Gueye. Le marché global des cosmétiques pour l'Afrique est en plein boom. Il devrait passer de 3,87 milliards de dollars en 2024 à plus de 7 milliards en 2033. À lire aussiEntre modernité et tradition : les routines beauté qui marchent
Jeux vidéo, cartes à collectionner, dessin animé, films et produits dérivés : depuis 1996, Pokémon s'est imposé comme la licence médiatique la plus lucrative de l'histoire. À l'occasion de ses 30 ans, plongée dans les coulisses d'un empire économique qui a généré près de 150 milliards de dollars de chiffre d'affaires et continue de séduire toutes les générations. Un géant économique mondial fête son anniversaire. Pokémon a 30 ans ! Lancé en 1996 sur la mythique Game Boy de Nintendo, le jeu vidéo pose les bases d'un concept simple et redoutablement efficace. Le joueur incarne un dresseur à la recherche de petites créatures inspirées du monde animal et du fantastique. Il doit les capturer, les collectionner, les échanger et les faire combattre. Très vite, Nintendo comprend le potentiel du concept. L'entreprise ne se contente pas de commercialiser un jeu. Elle bâtit un écosystème complet. Dessin animé, cartes à collectionner, films, jouets, vêtements, peluches et innombrables produits dérivés viennent enrichir l'univers Pokémon, qui devient rapidement un phénomène culturel mondial. Trente ans plus tard, les chiffres donnent le tournis. Depuis sa création, la franchise a généré près de 150 milliards de dollars de chiffre d'affaires, devenant tout simplement la licence médiatique la plus rentable de l'histoire, devant Star Wars, Marvel ou encore Harry Potter. Une organisation économique redoutablement efficace La grande force de Pokémon réside dans son organisation économique. La marque appartient à un consortium composé de trois entités : Nintendo, Game Freak et Creatures Inc. Ensemble, elles contrôlent la création, la diffusion et la commercialisation de la licence. Cette organisation garantit une cohérence parfaite et permet de déployer une stratégie globale. Le jeu vidéo lance les nouvelles créatures, le dessin animé raconte leurs aventures, les cartes prolongent l'expérience et les produits dérivés installent Pokémon dans le quotidien. Chaque support nourrit l'autre. Résultat : une mécanique économique fluide, parfaitement huilée et particulièrement efficace. La licence a su évoluer avec son temps tout en conservant ce qui a fait son succès. Le jeu vidéo reste le pilier historique, avec près de 500 millions d'unités vendues dans le monde. Mais l'arrivée des smartphones a bouleversé le secteur, poussant Pokémon à se réinventer. Pokémon Go, cartes rares et nostalgie : les nouveaux moteurs de croissance Avec le lancement de Pokémon Go il y a moins de dix ans, la franchise réussit un virage spectaculaire. Le principe est simple : les Pokémon se trouvent dans la rue, dans l'environnement réel du joueur. Le succès est immédiat. Le jeu devient le principal relais de croissance de la licence. Il permet de toucher un public beaucoup plus large, de maintenir un lien quotidien avec les joueurs et d'attirer aussi bien les plus jeunes que les adultes. Depuis son lancement, Pokémon Go a généré plus de 8 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Autre moteur économique majeur : les célèbres cartes Pokémon. Elles ont donné naissance à un véritable marché, devenu aujourd'hui un phénomène financier mondial. Certaines cartes se vendent des milliers de dollars, voire plusieurs millions. La semaine dernière, la plus célèbre d'entre elles a même atteint 16,5 millions de dollars aux enchères. À chaque nouvelle sortie, la cohue est au rendez-vous dans les boutiques, entraînant rapidement des ruptures de stock. Cette frénésie illustre la grande force de Pokémon : la nostalgie et le passage de flambeau entre générations. Les enfants des années 1990, aujourd'hui âgés de 30 à 40 ans, disposent d'un fort pouvoir d'achat et transmettent leur passion à leurs propres enfants. Trente ans après sa création, Pikachu, Dracaufeu et Carapuce ont ainsi encore de très beaux jours devant eux. À lire aussiLa folie des cartes Pokémon connaît un nouveau souffle
L'industrie automobile mondiale traverse une mutation historique, entre transition électrique, rivalités géopolitiques et pressions réglementaires. Nous vous proposons une plongée au cœur de cette révolution : un reportage exclusif au plus près des lignes de production de l'usine Volvo Cars à Gand (Belgique) et des analyses d'experts pour mieux comprendre les défis et les enjeux d'une filière en pleine recomposition. Reportage à l'usine Volvo Car Gent (Belgique) L'usine en chiffres :
À la veille de la Saint-Valentin, focus sur une industrie criminelle aussi méconnue qu'efficace : l'arnaque aux sentiments. Derrière les promesses d'amour se cache une économie mondialisée, ultra-organisée et désormais dopée à l'intelligence artificielle, qui brasse chaque année des milliards d'euros. L'arnaque aux sentiments repose sur un modèle efficace. Les escrocs créent de faux profils sur des sites de rencontres, des réseaux sociaux ou des applications de messagerie. Ils mettent en scène des identités valorisantes : ingénieurs expatriés, médecins humanitaires, entrepreneurs prospères, voire parfois des personnalités connues. L'objectif est clair, instaurer une relation affective intense en échangeant quotidiennement pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, afin de bâtir un climat de confiance solide. Progressivement, le lien émotionnel s'intensifie, la victime s'attache, se projette, et baisse sa vigilance. Puis vient le moment du piège. Une urgence surgit, un billet d'avion à payer pour une rencontre tant attendue, un problème de santé soudain, un compte bancaire bloqué. La victime, déjà émotionnellement engagée, envoie de l'argent. D'abord de petites sommes, pour se rassurer. Puis, l'engrenage se met en place. Les demandes deviennent plus fréquentes, plus importantes, jusqu'à provoquer parfois un véritable effondrement financier. Des usines à arnaques en Asie et une tradition bien ancrée en Afrique Loin du cliché de l'escroc solitaire derrière son écran, l'arnaque sentimentale est aujourd'hui une industrie mondialisée, structurée et hiérarchisée. Certaines enquêtes récentes ont révélé l'existence de véritables « usines à arnaques » en Asie du Sud-Est. Dans d'immenses complexes, des plateaux entiers d'ordinateurs sont occupés par des équipes qui se relaient 24 heures sur 24 afin de couvrir tous les fuseaux horaires. Selon une étude de l'université du Texas, ces seuls réseaux asiatiques auraient extorqué près de 75 milliards de dollars entre 2020 et 2024. Une somme vertigineuse, qui illustre la dimension industrielle de cette cybercriminalité. L'Afrique de l'Ouest constitue également un foyer historique de ces pratiques, notamment pour les victimes francophones. En Côte d'Ivoire, les « brouteurs », au Nigeria les « yahoo boys », et au Cameroun les « feymen » incarnent ces figures désormais bien connues. La méthode y reste souvent plus artisanale, moins structurée qu'en Asie, mais les gains peuvent être considérables. Certains escrocs expérimentés parviennent à générer plusieurs dizaines de milliers d'euros par an. Intelligence artificielle, banques sous pression et humanité détournée La montée en puissance de l'intelligence artificielle a marqué un tournant. Désormais, les escrocs peuvent produire de faux appels vidéo ultracréditbles, combinant voix, visage et gestuelle réalistes. La fraude devient ainsi industrielle, automatisée et surtout hyper-personnalisée. La frontière entre le vrai et le faux s'efface, renforçant encore la vulnérabilité des victimes. Cette explosion des arnaques pose un défi majeur aux banques. L'enjeu est financier, juridique et réputationnel. Les établissements doivent gérer un afflux croissant de litiges tout en respectant leurs obligations de vigilance sur les mouvements de fonds. Mais comment bloquer un virement lorsque le client est lui-même persuadé d'agir par amour ? Pour répondre à ce défi, des acteurs spécialisés ont émergé, à l'image de Feedzaï, qui développe des solutions capables d'identifier en temps réel les transactions suspectes grâce à l'analyse comportementale et à l'intelligence artificielle. Toutefois, même les technologies les plus avancées ne peuvent tout empêcher. Car la véritable faille reste humaine. L'arnaque aux sentiments exploite ce qu'il y a de plus intime : le besoin d'amour, de reconnaissance et de lien. La manipulation émotionnelle est au cœur du système. Dans cette économie souterraine mondialisée, l'amour devient peu à peu un produit financier comme un autre.
Un an après la bataille de Goma, quelle est la réalité du contrôle exercé sur la ville par l'AFC/M23, soutenu par Kigali ? Comment le groupe AFC/M23 se finance-t-il ? Et quelles perspectives de paix, alors que les initiatives diplomatiques — qui se multiplient — n'ont que peu d'effet sur le terrain ? Zobel Behalal, expert senior à l'Initiative mondiale contre le crime organisé transnational et ancien membre du panel d'experts des Nations unies sur la RDC, répond aux questions de Florence Morice. RFI : Il y a un an, lors de la chute de Goma, beaucoup d'analystes affirmaient que le M23 n'avait pas les moyens de gouverner la ville. Un an plus tard, peut-on dire que l'on s'était trompé ? Zobel Behalal : Oui, évidemment, on s'était trompé il y a un an. Parce qu'aujourd'hui, le mouvement non seulement contrôle la ville, mais il a étendu son pouvoir sur d'autres territoires, et notamment sur la province du Sud-Kivu. De quelle manière est-ce qu'il contrôle la ville, concrètement ? Le M23, toujours soutenu massivement par le Rwanda, a installé une administration parallèle avec des gouverneurs qui ont été nommés dans les provinces du Sud et du Nord-Kivu, des administrateurs du territoire. Il a installé un système de taxation assez bien huilé. Le M23 contrôle également des territoires stratégiques de production minière, qui sont une source d'enrichissement assez considérable pour lui. Et ensuite, ce qu'il faut noter, c'est que le M23 contrôle cinq postes frontaliers stratégiques, notamment avec le Rwanda et l'Ouganda. Comment le M23 finance-t-il cette administration parallèle ? Essentiellement par ces taxes et le contrôle des ressources minières ? On a vu une nomenclature des taxes assez bien élaborée par le mouvement, qui concerne aussi bien le mariage, le transfert d'un corps, que la traversée d'une frontière, l'exploitation d'un site minier. Donc ça couvre vraiment toute l'activité économique et sociale des territoires sous son contrôle et cela rapporte énormément d'argent au mouvement. Il faut aussi comprendre que le M23 ne dépense pas beaucoup d'argent pour ses troupes. Les soldats, pour la plupart, sont très peu payés, ils reçoivent un entretien journalier pour leur nutrition, donc ceux-ci se sucrent sur le dos de la population et l'essentiel de l'argent collecté par le M23 va dans les poches de ses cadres politiques et militaires. Avant la chute de Goma, le M23 contrôlait déjà d'importants sites miniers. C'était le cas, par exemple, de Rubaya. Qu'est-ce qui a changé depuis un an ? Est-ce qu'ils ont mis la main sur de nouveaux sites stratégiques ? Depuis la chute de Goma, le M23 a étendu son contrôle sur des sites miniers, notamment dans la province du Sud-Kivu, des sites miniers de production d'or et de ce qu'on appelle la wolframite, ce qui constitue des sources de revenus importantes pour le mouvement. Il a continué à maintenir son contrôle sur les routes d'exportation des minerais de coltan exploités à Rubaya vers le Rwanda. Donc tout cet argent rentre dans les caisses du mouvement, mais profite surtout aux cadres politiques, aux cadres militaires et évidemment aux pays qui soutiennent le M23. Quels sont les pays qui bénéficient de ces ressources ? On a suffisamment d'informations et de preuves pour attester du soutien massif du Rwanda vis-à-vis du M23 et on sait que ce soutien rapporte énormément d'argent au Rwanda. Les statistiques du Rwanda d'exportation du coltan sur la période de janvier à juin 2025 sont 200 % supérieures à ce que c'était à la même période en 2024. Et on sait aussi qu'il y a des pays qui profitent de manière passive de la présence du M23, notamment les flux commerciaux et économiques entre le M23 et le Congo et l'Ouganda. Il y a également des pays un peu plus lointains, comme le Kenya et la Tanzanie. Prenons un exemple, celui du commerce du carburant. Aujourd'hui, à Goma, le carburant est sous le contrôle des proches du général Makenga, qui est le chef militaire du M23, et ses proches ont un monopole sur l'importation du carburant qui vient de pays comme le Kenya. Donc ça enrichit des réseaux qui, de manière passive ou indirecte, contribuent à financer le mouvement et profitent également de cette économie illicite. Depuis un an, les initiatives diplomatiques se multiplient, mais on a le sentiment qu'elles ont peu d'effet sur le terrain. Pour quelle raison, selon vous ? Il y a eu une forte mobilisation diplomatique qui est appréciable. Mais ce qu'on constate aujourd'hui, c'est qu'il y a un élément qui structure cette guerre, il y a un élément qui constitue son carburant, c'est l'exploitation des ressources naturelles. Donc l'angle mort des principaux processus de paix, c'est qu'ils ne prennent pas suffisamment en compte cet aspect qui pourtant représente un moyen de pression sur les différents acteurs pour les obliger à se mettre autour de la table pour discuter. Mais le processus de Washington et l'accord-cadre qui a été signé en fin d'année dernière aux États-Unis prétend justement placer cette dimension économique et l'organisation économique régionale au cœur des discussions. Autant on se félicite du fait que les Américains aient mis sur la table cette dimension économique, autant on reste encore sur notre faim sur les mesures concrètes qui vont véritablement résoudre le problème dans sa profondeur. On a plutôt l'impression que ce processus pourrait représenter une prime à l'ambition expansionniste de certaines parties. Il pourrait représenter une source d'enrichissement des réseaux criminels préexistants. Donc il faut commencer par créer des conditions pour que ces personnes n'accèdent plus à ces ressources naturelles. Et c'est l'angle mort, comme je le disais, de ces processus de paix. Donc le M23, et ? Le M23, les pays voisins comme le Rwanda… Et il faut reconnaître aussi que, aujourd'hui, dans l'exploitation illicite des ressources naturelles, les réseaux criminels se recrutent au sein de l'élite politique, sécuritaire de tous les pays, y compris du Congo. On n'a pas d'éléments qui nous permettent de dire aujourd'hui que ces élites au Congo, au Rwanda et dans les autres pays, ne continueront pas à tirer les ficelles lorsque ces contrats seront appliqués. Tout récemment, l'Angola, qui semblait sorti des processus de négociation, a relancé des consultations et plaide pour un dialogue national. Est-ce que cette nouvelle initiative de Luanda est porteuse d'espoir selon vous ? L'initiative angolaise est potentiellement une évolution positive, car si la crise du M23 s'inscrit dans une dynamique géo-criminelle, où des États instrumentalisent le crime transnational organisé à des fins économiques et financières, il faut reconnaître que cette crise prospère aussi parce qu'elle s'ancre dans des faiblesses structurelles profondes que seuls les Congolais eux-mêmes ont la capacité et le devoir de traiter. Donc un dialogue intercongolais, qui va discuter du partage des richesses, de la forme de l'État, de comment faire nation, de la lutte contre l'impunité, me semble bienvenu. À lire aussiRDC: à Rubaya, des mines stratégiques au cœur de la guerre, toujours contrôlées par le M23
Les rebelles du M23 contrôlent plusieurs gisements stratégiques et font transiter les minerais par le Rwanda, un moyen clé de financement du conflit. C'est notamment le cas des mines de Rubaya, situées à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Goma, qui fourniraient entre 15 et 20 % du coltan mondial et restent toujours sous le contrôle du M23. Chaque jour, des milliers de creuseurs artisanaux gravissent les collines de Rubaya, pelles et pioches en main, dans l'espoir de trouver sous terre de précieux fragments de coltan. Les équipes de jour et de nuit se relaient sans interruption sur ces sites hautement convoités. Le M23 y prélève des taxes importantes : 50 000 francs congolais par jour et par puits. Une spoliation organisée qui se poursuit, selon Jean-Pierre Okenda, directeur de l'ONG congolaise La Sentinelle des ressources naturelles. « La guerre, c'est l'argent, et l'argent, ce sont les mines de Rubaya. En réalité, c'est l'essentiel du budget du M23, compte tenu de l'importance du gisement et de la qualité du coltan. Rubaya reste l'épicentre de cette guerre et permet de ravitailler suffisamment le M23, et bien entendu le Rwanda », explique-t-il. À lire aussiEst de la RDC: les minerais des Kivus entre économie, géopolitique et insécurité (rfi.fr) Une contrebande de minerais avérée Une fois extraits, les minerais sont vendus à des négociants, qui s'acquittent eux aussi d'un agrément annuel auprès du M23. Le coltan est ensuite confié à des transporteurs qui l'acheminent jusqu'à Mubambiro, près de Goma, avant de franchir la frontière rwandaise. À ce stade, les minerais sont mélangés à d'autres productions, ce qui rend leur traçabilité quasi impossible. Des fraudes documentées par le programme ITSCI, chargé de promouvoir des chaînes d'approvisionnement responsables. Son directeur, Mickaël Daudin, pointe des incohérences. « Prenons l'exemple du Rwanda. Nous avons mis en place des contrôles efficaces au niveau local et constatons que, sur l'année 2025, les données de production tracées sont restées stables. En revanche, si l'on observe les statistiques internationales, on note une très forte augmentation des importations, en particulier de tantale, en provenance du Rwanda », souligne-t-il. Des gisements dans l'accord USA-RDC ? Les mines de coltan de Rubaya figurent aujourd'hui sur la liste des projets proposés par la RDC aux États-Unis dans le cadre d'un accord sur les minerais stratégiques. Le pari de Kinshasa : attirer l'intérêt américain pour sécuriser la zone. Un espoir que tempère Jean-Pierre Okenda. « On peut considérer cet accord comme un échange minerais contre sécurité. Kinshasa nourrit beaucoup d'attentes, car les minerais sont la clé de voûte de tout le système. Il y a clairement une volonté des États-Unis de contrer la Chine en RDC. Mais il faut relativiser : une exploitation industrielle n'est pas possible sans une pacification durable de la région », avertit-il. Récemment, le groupe suisse Mercuria et un fonds d'investissement américain ont annoncé des investissements pour moderniser l'extraction à Rubaya. Un effet d'annonce, selon plusieurs experts, qui estiment que le Rwanda ne renoncera pas à l'exploitation de ces ressources sans garanties solides. À lire aussiAccord sur les minerais États-Unis-RDC: de quels projets parle-t-on?
Au Maroc, la CAN s'est achevée dimanche 18 janvier 2025, et a battu tous les records en termes économiques. Une augmentation de plus de 90 % des revenus pour l'organisateur, record de sponsors (23), record de spectateurs en tribune avec plus de 1,3 million. Du côté marocain, c'est un premier bilan très positif qui en est tiré, notamment en termes de développement. « Ce sont des méga-chantiers, dans tout le pays, qui sont accélérés par ces rendez-vous, analyse Ryad Mezzour, le ministre de l'Industrie et du Commerce. Ces rendez-vous viennent avec des exigences, ils nous mobilisent. Pour vous donner une idée, on est sur 40 milliards d'investissements par an. Ces deux dernières années, organiser la CAN nous a fait gagner dix ans de développement en termes d'infrastructures. » Avec un record annuel de 20 millions de visiteurs, le secteur du tourisme est en première ligne. Mais la ministre en charge, Fatim-Zahra Ammor, y voit un catalyseur sur un plan politique plus global : « Ce qu'il faut retenir, c'est que, grâce au leadership de Sa Majesté aujourd'hui, nous avons mis en œuvre une feuille de route pour laquelle le gouvernement a investi, a mobilisé 600 millions d'euros depuis 2023. » Objectif : 26 millions de visiteurs d'ici la fin de la décennie : « Nous avons mis en place des leviers qui ont montré leur efficacité et que nous continuons à déployer. On a renforcé de manière significative la connectivité aérienne et beaucoup investi dans l'hébergement, mais également dans l'offre d'animation pour augmenter les durées moyennes de séjour et pour augmenter les revenus. » De nouveaux marchés Avec six villes d'accueil, la compétition a permis de mettre en valeur des destinations peu touristiques. La CAN a également permis d'attirer de nouveaux publics : du Nigeria, de l'Afrique du Sud, mais également d'Asie. Hamid Bentahar est le président de la Confédération nationale du tourisme. Il a remarqué de nouveaux types de demandes. « Cela a eu un impact sur l'activité des congrès, des séminaires et des demandes qui arrivent, de marchés avec lesquels on faisait peu de business dans le passé et qui s'intéressent de plus en plus au Maroc, témoigne-t-il. Je n'ai jamais reçu autant d'appels que ces derniers temps sur des investisseurs africains qui ont envie d'investir au Maroc et qui voient le Maroc, au-delà d'une terre d'hospitalité, comme une terre d'opportunité, d'investissement. » Le Maroc a été cette année marqué par les manifestations de la GenZ aux revendications sociales. Pour la ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire du Maroc, l'organisation de ces évènements sportifs doit bénéficier aux populations. « Quand on met un TGV entre Casablanca et Marrakech, ce sont d'abord les Marocains qui vont en profiter. Il y a beaucoup de projets dans le secteur de la santé qui sont en cours et qui profiteront aux Marocains. Quand on prévoit de mettre un RER également, ce sont les Marocains qui en profiteront, met en avant Fatim-Zahra Ammor. Tous ces événements, comme la Coupe du monde 2030, par exemple, ainsi que tous les projets qui y sont associés, sont des accélérateurs de développement pour notre pays d'abord et pour sa population. » Selon les autorités, 25 000 emplois sont créés chaque année dans le secteur du tourisme ; elles visent 150 000 emplois d'ici à 2030. À lire aussiCAN 2025: le Maroc, déjà première destination en Afrique, attend des retombées touristiques
Éco d'ici, Eco d'ailleurs donne la parole à six étudiants de Sup de Co Dakar venus du Sénégal, du Gabon, du Bénin et du Togo pour comprendre comment la jeunesse africaine envisage l'économie de demain. Comment ces futurs décideurs voient-ils leur rapport au monde du travail, au leadership et à l'entrepreneuriat ? Quelles sont leurs idées pour accomplir le développement du continent, via le numérique et la finance, sans épuiser ses ressources ? L'émission est enregistrée dans les locaux de leur école de management (Sup de Co Dakar), tournée vers l'international et qui a l'ambition de former des cadres capables de transformer les économies sans nécessairement s'expatrier. Dior Cécile Rock – Étudiante sénégalaise, Business Administration Spécialité : Management et développement durable. « On ne peut pas parler de croissance sans parler de durabilité. » « En tant que jeune, on entre d'abord dans une entreprise pour apprendre, mais aussi pour innover. » « Les entreprises doivent intégrer la RSE comme une véritable stratégie, surtout les PME. » Seynabou Touré – Étudiante sénégalaise, Relations internationales Spécialité : Diplomatie et coopération internationale. « Qui dit relations internationales dit forcément s'ouvrir au monde. » « L'Afrique est la première victime du réchauffement climatique. » « La diplomatie verte doit devenir centrale dans les politiques africaines. » Diawo Sarr – Étudiante sénégalaise, Business Administration (parcours anglophone) Spécialité : Leadership et entrepreneuriat féminin. « L'entrepreneuriat féminin prend de plus en plus d'ampleur en Afrique. » « Un métier n'est pas destiné à un homme ou à une femme, mais à des compétences. » « Les femmes doivent oser aller jusqu'au bout de leurs ambitions. » Alec Mbou Gandji – Étudiant gabonais, Finance Spécialité : Finance et inclusion financière. « Comprendre les mécanismes de la finance est indispensable au développement de l'Afrique. » « Le numérique a un rôle clé à jouer dans l'inclusion financière, y compris en zone rurale. » « La formation est le point de départ de toute transformation économique durable. » Aurel Kolani – Étudiant togolais, Numérique Spécialité : Technologies digitales et intelligence artificielle. « Le numérique peut apporter une véritable révolution dans tous les secteurs en Afrique. » « L'éducation est la base de toute économie performante. » « La transition écologique passe aussi par une meilleure gestion des déchets et des ressources. » Francis Hounye – Étudiant béninois, Logistique et transport Spécialité : Transport aérien et logistique. « Le transport et la logistique sont des piliers stratégiques du développement africain. » « Les infrastructures modernes sont indispensables à l'intégration économique du continent. » « Il faut fixer des objectifs clairs et progresser étape par étape dans ce secteur. » Abdoul Aziz Sy – Directeur général de Sup de Co Dakar « Sup de Co Dakar est la concrétisation d'un rêve né dans les années 1990 : former des managers africains ici, sans s'expatrier. » « Nous avons convaincu les entreprises par la qualité des diplômés que nous mettons sur le marché. » « La pluralité des écoles et des offres est une chance pour que chaque jeune trouve sa voie. » L'école Sup de Co Dakar a été fondée par Aboubacar Sedikh SY. Décédé le 27 octobre 2025, il fut un précurseur de l'enseignement supérieur privé au Sénégal et a présidé la Fondation du Secteur Privé pour l'Education (FSPE)
Éco d'ici, Eco d'ailleurs donne la parole à six étudiants de Sup de Co Dakar venus du Sénégal, du Gabon, du Bénin et du Togo pour comprendre comment la jeunesse africaine envisage l'économie de demain. Comment ces futurs décideurs voient-ils leur rapport au monde du travail, au leadership et à l'entrepreneuriat ? Quelles sont leurs idées pour accomplir le développement du continent, via le numérique et la finance, sans épuiser ses ressources ? L'émission est enregistrée dans les locaux de leur école de management (Sup de Co Dakar), tournée vers l'international et qui a l'ambition de former des cadres capables de transformer les économies sans nécessairement s'expatrier. Dior Cécile Rock – Étudiante sénégalaise, Business Administration Spécialité : Management et développement durable. « On ne peut pas parler de croissance sans parler de durabilité. » « En tant que jeune, on entre d'abord dans une entreprise pour apprendre, mais aussi pour innover. » « Les entreprises doivent intégrer la RSE comme une véritable stratégie, surtout les PME. » Seynabou Touré – Étudiante sénégalaise, Relations internationales Spécialité : Diplomatie et coopération internationale. « Qui dit relations internationales dit forcément s'ouvrir au monde. » « L'Afrique est la première victime du réchauffement climatique. » « La diplomatie verte doit devenir centrale dans les politiques africaines. » Diawo Sarr – Étudiante sénégalaise, Business Administration (parcours anglophone) Spécialité : Leadership et entrepreneuriat féminin. « L'entrepreneuriat féminin prend de plus en plus d'ampleur en Afrique. » « Un métier n'est pas destiné à un homme ou à une femme, mais à des compétences. » « Les femmes doivent oser aller jusqu'au bout de leurs ambitions. » Alec Mbou Gandji – Étudiant gabonais, Finance Spécialité : Finance et inclusion financière. « Comprendre les mécanismes de la finance est indispensable au développement de l'Afrique. » « Le numérique a un rôle clé à jouer dans l'inclusion financière, y compris en zone rurale. » « La formation est le point de départ de toute transformation économique durable. » Aurel Kolani – Étudiant togolais, Numérique Spécialité : Technologies digitales et intelligence artificielle. « Le numérique peut apporter une véritable révolution dans tous les secteurs en Afrique. » « L'éducation est la base de toute économie performante. » « La transition écologique passe aussi par une meilleure gestion des déchets et des ressources. » Francis Hounye – Étudiant béninois, Logistique et transport Spécialité : Transport aérien et logistique. « Le transport et la logistique sont des piliers stratégiques du développement africain. » « Les infrastructures modernes sont indispensables à l'intégration économique du continent. » « Il faut fixer des objectifs clairs et progresser étape par étape dans ce secteur. » Abdoul Aziz Sy – Directeur général de Sup de Co Dakar « Sup de Co Dakar est la concrétisation d'un rêve né dans les années 1990 : former des managers africains ici, sans s'expatrier. » « Nous avons convaincu les entreprises par la qualité des diplômés que nous mettons sur le marché. » « La pluralité des écoles et des offres est une chance pour que chaque jeune trouve sa voie. » L'école Sup de Co Dakar a été fondée par Aboubacar Sedikh SY. Décédé le 27 octobre 2025, il fut un précurseur de l'enseignement supérieur privé au Sénégal et a présidé la Fondation du Secteur Privé pour l'Education (FSPE)
On s'intéresse à des outils qui ont permis à des millions de Terriens d'envoyer leurs messages de meilleurs voeux cette nuit à l'occasion du passage à la nouvelle année. On parle des câbles sous marins. Et on va comprendre qu'ils sont stratégiques pour les échanges mondiaux ! Aujourd'hui ce sont plus de 500 câbles sous-marins qui sont déployés autour de la planète. Mis bout à bout ça représente environ 1,5 million de kilomètres, soit à peu près 38 fois le tour de la Terre. Et ils transportent absolument tout. Ces câbles font ainsi transiter des télécommunications, des discussions en temps réel, des images, des vidéos… bref, tout ce que nous utilisons sur nos ordinateurs, nos téléphones et nos télévisions. Ils transportent aussi des données essentielles et confidentielles pour les grandes entreprises et les forces militaires. Il faut d'ailleurs savoir que 99% des communications mondiales passent par ces câbles sous-marins, qui ne font pourtant qu'environ 10 centimètres d'épaisseur. Le développement des câbles est désormais porté par les Gafam Historiquement, les câbles sous-marins appartiennent majoritairement à des consortiums, un peu comme des copropriétés. Ce sont des alliances entre États et opérateurs de télécommunications, qui louent ensuite l'accès à ces câbles à des clients. Mais le modèle évolue fortement... aujourd'hui, le développement des câbles est porté en grande partie par les Gafam. Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft sont devenus des acteurs majeurs du secteur. Autre point important : ces câbles sont toujours plus puissants, et les technologies évoluent très vite. Un câble posé il y a cinq ans est déjà dépassé par ceux installés aujourd'hui. C'est donc parce que quasiment toutes nos communications passent par ces autoroutes de l'information qu'ils sont stratégiques. Et vu la quantité de données qu'ils transportent, ce sont devenus des actifs essentiels à protéger. Ils représentent des enjeux majeurs de sécurité, de souveraineté informationnelle et économique. Cela dit, il faut aussi relativiser : chaque année, on recense entre 150 et 200 incidents. 80% des incidents sont liés à un facteur humain non malveillant Certains sont dus à des glissements de terrain sous-marins, mais 80% des incidents sont liés à un facteur humain non malveillant, des filets de pêche ou des ancres qui arrachent les câbles. Pourtant, ce sont souvent ces mêmes types de bateaux qui sont soupçonnés de sabotage. On en a beaucoup parlé en 2025 en raison de câbles endommagés en pleine mer Baltique notamment entre la Suède et la Lettonie. On observe un retour de la piraterie ou d'actes de malveillance, même si cela reste marginal. L'Union européenne et l'Otan ont lancé plusieurs programmes pour surveiller les infrastructures sous-marines. Mais le risque zéro n'existe pas : à 1 000 mètres de profondeur et parfois plus, il est évidemment impossible de surveiller chaque centimètre de câble ! Chronique transportsLes géants de la tech investissent dans les câbles sous-marins
Créer une entreprise au Congo-Brazzaville relevait du parcours du combattant, avec beaucoup de formalités à remplir. Pour faciliter la tâche aux opérateurs économiques, le gouvernement vient de lancer une plateforme pour faciliter la création d'entreprise en ligne. Elle est accompagnée d'un numéro vert fournissant toutes les informations. Avec notre correspondant à Brazzaville, Loïcia Martial Entrepreneurs, membres du gouvernement… En tout, plus d'une centaine de personnes sont venues assister au lancement de la plateforme de création des entreprises en ligne. Emeriand Dieu-Merci Kibangou est le directeur général de l'ACPCE, l'Agence congolaise pour la création des entreprises, qui se charge de la gestion du site : « La plateforme de création d'entreprises en ligne permet en réalité à ce que tous les acteurs du secteur privé, qu'ils soient Congolais, qu'ils habitent au Congo ou pas, puissent être capables d'avoir la vraie information sur que faire et comment faire pour créer leur entreprise. Cette plateforme permet à ce que chacun, de sa maison du Congo ou de l'extérieur du Congo, puisse véritablement créer l'entreprise. » La plateforme est accompagnée d'un numéro vert 1730 fournissant aux demandeurs toutes les informations requises. Désormais une entreprise peut être créée en 24 heures, dans n'importe quel domaine d'activité. Une vraie révolution, estime Emeriand Dieu-Merci Kibangou : « Pour créer une entreprise, il y a quelques années, c'était le parcours du combattant. Il fallait même avoir un avis de la sécurité d'État parce que nous revenons d'un pays avec un passé communiste. Donc, ça faisait que ce n'était pas forcément évident. Ce n'était pas bien vu. » À lire aussiDévelopper les PME en Afrique: le défi de l'investissement Le seuil financier nécessaire pour la création d'une entreprise a baissé, ce qui permettra d'encourager de nombreuses petites sociétés à s'enregistrer, se félicite également la ministre en charge du commerce informel. « Autrefois, pour créer une entreprise, il fallait avoir au moins 500 000 francs CFA (762 euros). Mais, aujourd'hui, avec 25 000 francs CFA (38 euros) on peut créer une entreprise. Cela arrange les acteurs de l'économie informelle », explique Inès Nefer Bertille Voumbo Yalo. Dirigeant d'une entreprise informatique, Max Abraham Charlemagne Lepa juge que cette plateforme encouragera les jeunes à créer leur société. « Aujourd'hui, on a mis un système en place pour pouvoir pousser les jeunes entrepreneurs congolais à créer quelque chose, afin que cette jeunesse puisse vivre de ça et aller de l'avant », analyse-t-il. L'Agence congolaise pour la création des entreprises a été mise en place pour faciliter la tâche aux entreprises. Le nombre d'entreprises au Congo-Brazzaville est passé de 1 800 en 2021 à plus de 5 000 entreprises cette année. À lire aussiCongo-Brazzaville: la SFI et Bank of Africa s'associent pour financer l'essor des PME
C'est le dernier épisode d'un long feuilleton juridico-commercial vieux de plus d'une décennie. Le Parlement européen a adopté de justesse, le 26 novembre, un nouvel accord commercial sur la pêche et l'agriculture entre l'UE et le Maroc. Après l'annulation du précédent texte datant de 2019, les indépendantistes du Front Polisario demandaient que les produits issus du Sahara occidental en soient exclus, mais ce ne sera finalement pas le cas. De notre correspondant à Casablanca, La nouvelle version de l'accord agricole Rabat-Bruxelles comprend bien les produits du Sahara occidental. Des tomates, essentiellement, et des melons qui poussent, hors sol, sous d'immenses serres. Ils continueront de bénéficier d'une réduction des droits de douane. « Au final, le Maroc demeure le principal bénéficiaire puisqu'il obtient une reconnaissance pratique de la continuité des préférences accordées à ses exportations, y compris celles provenant des provinces du Sud », détaille Zaher Badr Al Azrak, professeur de droit des affaires à l'université Hassan II de Casablanca. « Provinces du Sud », c'est l'expression utilisée au Maroc pour désigner ces territoires revendiqués par le Front Polisario. Le nouveau texte amendé par la Commission européenne propose une formulation juridique inédite, pour respecter l'arrêt de la Cour de justice de l'UE. « Le changement ne porte pas sur la substance même de l'accord commercial, mais plutôt sur sa mise en œuvre. Les Européens ont introduit des mécanismes pratiques et techniques », poursuit-il. Une concurrence déloyale ? À l'exigence de traçabilité de la Cour, Bruxelles répond par un étiquetage spécifique, mentionnant simplement les deux régions de production autour des villes de Dakhla et de Laâyoune. Le Front Polisario dénonce une disposition illégale. « En fait, il n'y a pas eu de grands changements. L'Union européenne et le Maroc ont repris pratiquement les mêmes dispositions. Ils les ont reconduites dans ce traité. Je pense que le Maroc a enregistré une victoire par rapport à ses détracteurs », souligne l'analyste économique et politique marocain, Driss Aïssaoui. Les échanges agricoles ne cessent de progresser entre le Maroc et l'UE. L'année dernière, ils ont atteint plus de 7 milliards d'euros. Ainsi, tout en annulant l'accord commercial en 2024, la Cour de justice de l'UE l'avait maintenu pour une durée transitoire de 12 mois. « L'Union européenne est un partenaire fort et indispensable, mais qui fonctionne selon des équilibres internes complexes, analyse Zaher Badr Al Azrak. C'est précisément pour cela que la diversification des partenariats en Afrique, en Asie ou en Amérique latine n'est plus une option secondaire, mais une nécessité stratégique pour le royaume. » Le texte tout juste adopté compte encore des ennemis : des syndicats agricoles français et espagnols qui dénoncent une concurrence déloyale. Le Front Polisario aussi, qui prévoit de saisir à nouveau la Cour de justice de l'Union européenne d'ici la fin du mois de décembre. À lire aussiLes produits du Sahara occidental inclus dans l'accord commercial Maroc-UE
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a entraîné une diminution du nombre de Canadiens se rendant en vacances en Floride. Les raisons sont nombreuses : l'opposition à ses valeurs, l'augmentation des droits de douane, mais également son hostilité manifeste envers le Canada. Donald Trump ayant argué que le Canada devrait devenir un État américain. De quoi toucher la Floride, qui voit d'habitude chaque année des Canadiens affluer à la saison hivernale pour échapper au froid et pour profiter du soleil, surnommés les « snowbirds » (les oiseaux migrateurs, en français). Le long du rivage, dans la ville balnéaire de Fort Lauderdale en Floride, les touristes se promènent et profitent de la plage. De l'autre côté de la rue, les hôtels de luxe sont alignés pour offrir une vue imprenable sur l'océan Atlantique. Des conditions de séjour a priori idéales et prisées par les voyageurs. Pourtant l'hôtel The Atlantic a vu récemment son taux d'occupation baisser de 4,9 %. Une chute directement imputée au marché canadien, selon la directrice des ventes, Amy Faulkner. « Même si une baisse de 4,9 % ne semble pas beaucoup, elle l'est pour notre hôtel. C'est d'autant plus important pour nous car, quand les Canadiens voyagent ici restent pour une longue durée. Ils peuvent rester jusqu'à six mois, donc cela touche réellement notre hôtel », déplore-t-elle. Cette diminution du tourisme s'ajoute à un contexte économique déjà difficile aux États-Unis, explique-t-elle. « Je le ressens un peu comme l'année du Covid. Pas aussi difficile que le covid, mais l'année a été très dure », soupire-t-elle. Les hôteliers font les comptes Son collègue Don Ciarlillo, courtier dans l'immobilier, affirme qu'il est néanmoins trop tôt pour connaître les conséquences dans le secteur immobilier, dans lequel les Canadiens investissaient également. « Je ne l'ai pas vu du côté de l'immobilier. Je préfère regarder comment va la saison. Je regarderai à la fin du mois d'avril, vers début mai. Quand la saison touristique de l'hiver se calmera, on aura les chiffres », temporise-t-il. À l'entrée du Motel de Richard, le néon indique qu'il reste des chambres disponibles, tandis qu'une fleur de lys souhaite la bienvenue aux touristes québécois. Le propriétaire Richard Clavet dit percevoir un changement depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche pour un second mandat. « L'année passée, l'hiver avait bien commencé. Trump est arrivé au pouvoir en janvier et là les politiques se sont mises en place. Ce qui fait qu'en février, on a commencé à noter une baisse pour mars. Puis la baisse, elle était quand même forte pour mars et avril. Je peux pas dire de chiffres exacts, mais ça avait été assez important », détaille-t-il. Certains ont ouvertement justifié ces annulations à cause de la personnalité politique de Donald Trump. Tel ce client prêt à perdre 1 000 dollars déjà payés, se souvient Richard Clavet : « Il a tout simplement traité Trump de dictateur et a choisi de prendre ses vacances à Cuba plutôt qu'ici. Alors, moi je lui ai dit : "Tu salueras de notre part les dictateurs de Cuba." » À lire aussiL'économie mondiale retient son souffle : rétrospective de l'année 2025
Objet du quotidien par excellence, le smartphone pourrait voir son avenir proche sérieusement contrarié. Selon une étude récente du cabinet Counterpoint Research, l'année 2026 pourrait être marquée par une baisse de la production mondiale de téléphones portables. En cause, une pénurie de puces mémoire largement alimentée par l'essor fulgurant de l'intelligence artificielle. Le smartphone est partout. Ou presque. Pourtant, derrière cet objet devenu indispensable se cache un marché qui n'est plus en forte croissance. Après des années d'expansion à grande vitesse, le secteur est entré dans une phase de maturité. Concrètement, les consommateurs renouvellent leurs appareils moins souvent. Les innovations sont jugées moins spectaculaires qu'auparavant, et les marges sont de plus en plus sous pression, en particulier sur les produits d'entrée et de milieu de gamme. Le constat est donc posé : le contexte est déjà tendu pour les fabricants, et les perspectives ne sont pas très rassurantes. Une pénurie de puces mémoire au cœur du problème Les prévisions pour 2026 ont récemment été revues à la baisse. Les livraisons mondiales de smartphones pourraient reculer jusqu'à 2%. La principale raison n'est pas un désintérêt des consommateurs, mais le manque de composants essentiels à la fabrication des appareils. Le secteur devrait en effet être confronté à une pénurie de puces mémoire, celles qui permettent à nos smartphones de disposer de mémoire vive. Ces composants sont indispensables. Ils permettent de lancer les applications rapidement, de passer d'une tâche à l'autre et d'assurer la fluidité globale du système. Depuis plusieurs années, les fabricants mettent en avant cette mémoire pour justifier des appareils toujours plus performants. Mais cette ressource est désormais convoitée par un autre acteur de poids : l'intelligence artificielle. Quand l'IA capte les ressources les plus rentables Le problème pour les géants du smartphone, c'est que l'intelligence artificielle est aujourd'hui bien plus rentable pour les producteurs de puces. Pour entraîner et faire fonctionner les modèles d'IA, il faut des infrastructures gigantesques. Les centres de données reposent sur des processeurs extrêmement gourmands en mémoire. OpenAI, Google, Meta ou encore Microsoft sont prêts à payer très cher pour sécuriser ces composants stratégiques. Face à cette demande explosive, les fabricants de puces mémoire font un choix rationnel d'un point de vue économique : ils réservent leur production aux plus offrants et privilégient les marchés liés à l'IA, bien plus rentables que l'électronique grand public. Produire davantage de puces serait possible, mais pas immédiatement. Trois entreprises seulement produisent plus de 90% des puces mémoire dans le monde. Construire de nouvelles usines ou augmenter les capacités existantes demande du temps, beaucoup d'argent et surtout une visibilité à long terme sur la demande, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. La conséquence est directe pour les fabricants de smartphones. À une demande forte et une offre limitée correspond une situation de rareté, et la rareté fait monter les prix. Résultat : une pénurie, mais aussi une explosion des coûts. Concrètement, les smartphones neufs devraient coûter plus cher, tout comme les ordinateurs. Certains produits pourraient également se révéler moins innovants que prévu. Bref, mieux vaut peut-être prendre soin de son smartphone actuel, avant que les prix ne flambent et que ces appareils ne se fassent plus rares. À lire aussiGoogle prend l'avantage dans la course à l'IA grâce à ses puces maison
Longtemps cantonnée à son rôle d'opérateur ferroviaire national, la compagnie italienne Trenitalia a changé de dimension. Forte d'un plan d'investissement massif et déjà bien implantée en France, elle affiche désormais une ambition claire : devenir un acteur central du rail européen à grande vitesse. Si Trenitalia attire aujourd'hui l'attention, c'est d'abord par l'ampleur de ses moyens. La compagnie ferroviaire italienne prévoit un plan d'investissement de 100 milliards d'euros d'ici à 2030, un montant qui doit même doubler à l'horizon 2040. Une enveloppe spectaculaire, destinée en priorité à la modernisation du réseau italien, mais qui poursuit aussi un objectif plus large : préparer l'expansion européenne du groupe. Les dirigeants de Trenitalia ne s'en cachent d'ailleurs pas. Ils répètent régulièrement qu'ils considèrent désormais l'Europe comme leur marché intérieur. Derrière cette déclaration se dessine un projet ambitieux : la construction d'un « métro européen à grande vitesse », avec des trains rouges vifs ornés du drapeau italien, appelés à circuler à travers tout le continent. Plusieurs liaisons emblématiques ont déjà été annoncées comme Rome–Munich ou Milan–Munich. Mais le projet le plus symbolique reste celui d'un Paris–Londres, en concurrence directe avec Eurostar, envisagé à l'horizon 2030. À lire aussiTrain à grande vitesse: l'Europe met 500 milliards sur la table pour relier toutes ses capitales d'ici 2040 La France, vitrine et terrain d'essai grandeur nature de la stratégie Trenitalia Cette ambition européenne n'est pas théorique. Des trains italiens circulent déjà en France entre Paris, Lyon et Marseille depuis maintenant quatre ans. C'est même dans l'Hexagone que la stratégie européenne de Trenitalia est la plus visible. Son arrivée a eu des effets immédiats sur le marché : baisse des prix pouvant atteindre 30 %, augmentation des fréquences et pour l'opérateur historique SNCF, une obligation de réajuster son modèle, ses services et son offre sur ces axes très fréquentés. Pour autant, cette implantation a un coût. Trenitalia perd de l'argent en France avec près de 150 millions d'euros de pertes cumulées depuis son arrivée. La raison est simple : faire rouler des trains dans l'Hexagone est particulièrement cher, notamment en raison des péages ferroviaires payés à l'opérateur d'infrastructure. La direction assume pleinement cette situation. La rentabilité n'est pas attendue avant plusieurs années. L'objectif est clair : s'installer durablement sur le marché, quitte à accepter des pertes à court terme. La logique est celle d'un investissement de long terme. À lire aussiLa compagnie italienne Trenitalia lance son offre sur la ligne Paris-Marseille pour concurrencer la SNCF Frecciarossa, entre coopération, compétition et pari européen L'image de cet investissement, c'est le Frecciarossa, le TGV italien reconnaissable à sa livrée rouge, dont le nom signifie « flèche rouge ». Ce train de nouvelle génération a été conçu pour circuler sur plusieurs réseaux européens, un avantage stratégique majeur. Car en Europe, chaque pays dispose de ses propres normes techniques et systèmes de signalisation. Pouvoir franchir les frontières sans changer de train ni d'équipage permet de réduire les coûts, de simplifier l'exploitation et d'accélérer l'expansion internationale. Sur le papier, la stratégie est solide. Mais à l'échelle européenne, Trenitalia ne peut pas avancer seule. Faire circuler ses trains dans d'autres pays revient à concurrencer directement les opérateurs nationaux en place. La réponse tient en un mot : la « coopétition ». Ce mot-valise, contraction de coopération et compétition, résume la philosophie du groupe : coopérer avec les autres opérateurs pour harmoniser les normes et partager certaines infrastructures, tout en restant concurrents sur les prix et les services. Cette approche s'inscrit pleinement dans le grand projet de la Commission européenne, qui ambitionne de relier toutes les capitales du continent d'ici à 2040 grâce à un vaste réseau ferroviaire à grande vitesse. Un projet que Trenitalia semble avoir anticipé et sur lequel la compagnie italienne paraît déjà avoir un train d'avance. À lire aussiQuel avenir pour le train à grande vitesse en Afrique?
Alors que la justice française doit se prononcer sur une possible suspension de Shein, le débat sur les marketplaces low-cost s'intensifie en Europe. Pendant ce temps, sur un autre continent, le e-commerce suit une trajectoire bien différente. En Afrique, un acteur s'impose comme le leader du secteur: Jumia, souvent qualifié d'« Amazon africain ». Contrairement aux marchés européens, déjà matures et fortement concurrentiels, le e-commerce africain demeure un secteur en phase de structuration. Dans de nombreux pays, acheter en ligne n'est pas encore un réflexe généralisé. Les obstacles sont concrets : absence d'adresses officielles dans certaines villes, infrastructures logistiques insuffisantes, réseaux de distribution fragmentés. Pourtant, le marché affiche une dynamique impressionnante. Le commerce en ligne en Afrique progresse à un rythme compris entre 12 % et 14 % par an, bien supérieur à celui observé en Europe ou en Amérique du Nord. En 2025, il devrait représenter près de 280 milliards de dollars. Cette croissance est portée par une population jeune, majoritairement urbaine, largement équipée en smartphones et de plus en plus connectée à Internet. Mais sur le terrain, le développement du e-commerce reste prudent, contraint par les réalités économiques et logistiques. Jumia, l'ambition d'un Amazon africain C'est dans ce contexte que Jumia a vu le jour en 2012. La plateforme s'est donné pour mission de révolutionner les habitudes de consommation de plus d'un milliard d'Africains, avec une ambition claire : créer un Amazon ou un Alibaba adapté au continent. Séduits par le slogan « 100 % Afrique, 100 % Internet », les investisseurs internationaux ont injecté près de 800 millions de dollars avant l'entrée en Bourse de l'entreprise à New York, en 2019. Mais l'euphorie est de courte durée. Dès son introduction en Bourse, le cours de l'action chute. Dans le même temps, Jumia poursuit une expansion rapide, s'implantant jusqu'à 14 pays. Une stratégie qui se révèle trop coûteuse. Les pertes s'accumulent, la logistique peine à suivre et le modèle montre ses limites. L'entreprise est alors contrainte de revoir en profondeur sa stratégie et son périmètre d'activité. Recentrage stratégique et concurrence accrue Aujourd'hui, Jumia existe toujours, mais sous une forme plus resserrée. La plateforme a réduit la voilure et concentre désormais ses activités dans neuf pays, qui représentent néanmoins près de 60 % du PIB africain. Pour s'adapter aux spécificités locales, elle a développé des solutions sur mesure : points de retrait dans les villages et les quartiers périphériques, recours au paiement à la livraison pour rassurer des consommateurs encore méfiants à l'égard du paiement en ligne, multiplication des partenariats régionaux et internationaux pour mieux gérer les stocks et limiter les ruptures. Ce repositionnement intervient dans un contexte de concurrence accrue. L'Américain Amazon et les plateformes chinoises Temu ou Shein s'intéressent elles aussi au marché africain. Mais ces acteurs avancent prudemment, confrontés à des réalités qu'ils maîtrisent encore imparfaitement. Amazon, par exemple, s'est implanté en Égypte puis en Afrique du Sud, deux des marchés les plus mûrs du continent. La force de Jumia réside aujourd'hui dans sa connaissance fine du terrain et dans la fidélité d'une clientèle locale. L'entreprise affiche un objectif clair : atteindre la rentabilité d'ici à 2027. Selon plusieurs cabinets spécialisés, ses chances d'y parvenir sont désormais estimées à 70 %, contre une probabilité quasi nulle il y a encore quelques années. D'autres plateformes, comme Konga au Nigeria ou Takealot en Afrique du Sud, tentent elles aussi de tirer leur épingle du jeu à plus petite échelle. En Afrique, le succès du e-commerce ne passe pas par le copier-coller des modèles occidentaux, mais par une adaptation constante aux réalités locales.
Longtemps considérée comme un passage obligé pour les entreprises internationales, la Chine fait aujourd'hui l'objet de nombreuses interrogations. Ralentissement économique, tensions géopolitiques et concurrence locale poussent les groupes occidentaux à repenser leur présence sur place, parfois en s'alliant à des partenaires chinois. On parle souvent de la Chine lorsqu'il s'agit d'économie mondiale. Mais ce qui retient l'attention aujourd'hui, c'est le changement de regard que les entreprises du monde entier portent sur le pays. Le quotidien économique britannique Financial Times pointe ce phénomène : alors qu'il y a encore quinze ans, être présent en Chine relevait presque de l'obligation, les entreprises s'interrogent désormais. Faut-il y rester, et surtout, à quel prix et sous quelle forme ? Cette remise en question s'explique par la situation économique du pays. La croissance chinoise ralentit durablement, le marché de l'immobilier – l'un des piliers historiques de l'économie – traverse une crise profonde et la consommation marque le pas. À cela s'ajoute la géopolitique. Les relations entre Pékin et Washington sont tendues et souvent imprévisibles. Résultat : pour les entreprises occidentales, faire des affaires en Chine devient plus risqué. Selon une enquête de la Chambre de commerce américaine à Shanghai, moins d'une entreprise sur deux se dit aujourd'hui optimiste quant à ses perspectives dans le pays. La concurrence locale bouscule les marques occidentales Même les entreprises qui continuent de faire des affaires en Chine doutent. D'autant plus que la concurrence locale s'est considérablement renforcée. Il y a encore dix ou quinze ans, les marques occidentales bénéficiaient d'un véritable effet prestige. Aujourd'hui, cet avantage a presque disparu. Le Financial Times prend l'exemple des cafés Starbucks. Symbole mondial de la consommation occidentale, l'enseigne est désormais dépassée par Luckin Coffee, une chaîne chinoise très digitale et agressive sur les prix. Luckin compte aujourd'hui trois fois plus de points de vente que Starbucks en Chine. Le phénomène ne se limite pas au secteur du café. Il touche également les supérettes, la restauration rapide ou encore le prêt-à-porter. Dès lors, tout l'enjeu pour les entreprises étrangères est clair : faut-il partir, ou rester au risque de perdre des parts de marché et donc de l'argent ? Partenariats locaux : un ajustement stratégique Pour répondre à cette question, il faut rappeler que la Chine reste, dans de nombreux secteurs, le premier ou le deuxième marché mondial. Le pays compte 1,4 milliard d'habitants et héberge une base industrielle et logistique quasiment irremplaçable. Abandonner la Chine, c'est souvent abandonner l'Asie dans son ensemble. C'est pourquoi de nombreuses entreprises occidentales choisissent une autre voie. Pour continuer d'exister en Chine, elles ont recours à des capitaux et à des investissements locaux. L'idée est de rester dans le pays sans tout piloter depuis Paris, New York ou Londres. Concrètement, ces groupes internationaux vendent une partie de leurs activités chinoises, s'associent à des fonds locaux ou transfèrent la gestion à des partenaires sur place. Cette gouvernance locale permet de prendre des décisions plus rapides et mieux adaptées au marché, sans attendre la validation d'un siège situé à plusieurs milliers de kilomètres et peu familier des habitudes de consommation chinoises. C'est le choix qu'a fait Starbucks. L'enseigne américaine a vendu 60% de ses activités chinoises à un fonds basé à Hong Kong, avec l'ambition d'ouvrir 20 000 magasins en Chine, contre 8 000 aujourd'hui. Au-delà de cet exemple, le signal est fort : les géants mondiaux acceptent désormais de partager le contrôle pour survivre et se développer. Un ajustement stratégique devenu incontournable.
Le déséquilibre commercial entre la Chine et l'Union européenne atteint des niveaux records. Alors que Pékin redirige massivement ses exportations vers le marché européen, Bruxelles durcit le ton et assume un tournant plus protectionniste, au nom de la défense de son industrie et de sa sécurité économique. Le constat est sans appel. Le déficit commercial de l'Union européenne vis-à-vis de la Chine s'est envolé, atteignant près de 300 milliards d'euros cette année. L'Europe importe aujourd'hui deux fois plus de produits chinois qu'elle n'en exporte vers Pékin. Une situation dénoncée ouvertement par Emmanuel Macron. Ces derniers jours, le président français a évoqué un déséquilibre « insupportable », estimant que le continent européen est désormais confronté à une menace directe pour son tissu industriel. Cette dynamique s'est nettement accélérée depuis le durcissement de la politique commerciale américaine. Les droits de douane massifs imposés par les États-Unis ont poussé la Chine à rediriger une partie de ses marchandises vers d'autres régions du monde. Et dans ce contexte, l'Europe se retrouve en première ligne. À Bruxelles, l'inquiétude est palpable. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, parle désormais d'un « point critique » dans la relation commerciale entre l'Union européenne et la Chine. À lire aussiVisite d'Emmanuel Macron à Pékin: pourquoi la France veut désormais apprendre de la Chine Un « nouveau choc chinois » pour l'industrie européenne Les effets de cette montée en puissance des exportations chinoises se font sentir dans presque tous les secteurs. De l'automobile au textile, en passant par les jouets ou l'électronique, toute la chaîne industrielle européenne est sous pression. La guerre commerciale entre Pékin et Washington joue ici un rôle déterminant. Si les États-Unis ont réussi à freiner certaines importations chinoises, l'Europe apparaît comme la victime collatérale de ce bras de fer. Certains observateurs évoquent déjà l'émergence d'un nouveau « choc chinois », rappelant celui des années 2000, mais avec cette fois des secteurs à plus forte valeur ajoutée en première ligne. À cela s'ajoute un phénomène plus récent et particulièrement massif : le commerce en ligne chinois. Les plateformes comme Shein ou Temu expédient chaque jour des millions de petits colis vers l'Union européenne, souvent à très bas prix et en grande partie hors des circuits douaniers classiques. Bruxelles durcit le ton, au risque de représailles Face à cette situation, la Commission européenne a décidé de réagir. Vendredi, l'exécutif européen a annoncé son intention d'imposer une taxe de 3 euros sur les petits colis chinois à partir de juillet 2026. Une mesure d'urgence, destinée à limiter la concurrence jugée déloyale de ces produits et à protéger les commerçants européens. Mais ce n'est qu'un volet d'un changement de philosophie plus large. Après des décennies d'ouverture et de libre-échange, le protectionnisme n'est plus un tabou à Bruxelles. Trois grandes familles de mesures sont actuellement à l'étude. D'abord, la création d'un pôle de sécurité économique, chargé d'identifier les risques et d'anticiper les tensions commerciales. Ensuite, un encadrement plus strict des investissements étrangers, notamment chinois, avec des conditions sur les transferts de technologie et la production sur le sol européen afin d'éviter des investissements jugés prédateurs. Enfin, de nouveaux outils de défense commerciale, comme la taxation de produits fortement subventionnés par Pékin. Un pari risqué. En régulant davantage son marché, l'Europe s'expose à d'éventuelles représailles chinoises. Cela pourrait se traduire par une hausse des prix à l'importation, un impact sur l'inflation, mais aussi par une fragilisation des exportateurs européens si l'accès au marché chinois devenait plus difficile. Bruxelles avance donc sur une ligne de crête : se protéger face à une concurrence jugée déloyale, tout en évitant d'entrer dans une spirale de guerre commerciale incontrôlée.
Le jeu français Clair Obscur: Expedition 33 a été sacré meilleur jeu vidéo de l'année lors des Game Awards à Los Angeles, raflant neuf trophées. Une victoire éclatante qui illustre la place centrale occupée par la France dans l'industrie mondiale du jeu vidéo, première industrie culturelle du pays, portée par des studios dynamiques, une formation d'excellence et un soutien public structurant. Les jeux vidéo ont eu droit cette nuit à leurs Oscars, les Game Awards, qui se déroulaient à Los Angeles. Et pour la France, la soirée s'est achevée en apothéose sur ce dénouement : « The game of the year is… Clair Obscur – Expedition 33 ! » Le jeu français Expedition 33 a ainsi été élu meilleur jeu vidéo de l'année. Il a remporté neuf trophées au total, un véritable triomphe. Une illustration éclatante du fait que la France reste un grand du jeu vidéo mondial. À lire aussiÉtats-Unis: le jeu vidéo français «Clair obscur: Expedition 33» rafle neuf prix aux Game Awards Car le secteur pèse lourd. Le jeu vidéo est la première industrie culturelle en France, devant le cinéma, la musique ou le livre, avec 5,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2022. Près de sept Français sur dix jouent, faisant du jeu vidéo le premier loisir du pays. La demande est là, l'offre aussi. Le pays compte 1 300 studios, 20 000 emplois directs, dont une grande majorité en CDI. Un élément important dans une industrie internationale souvent marquée par la précarité. Résultat, la France se situe dans le top 10 mondial et occupe la troisième place européenne. Une identité forte et des studios qui rayonnent à l'international Dès les années 80 et 90, la France a vu naître des studios devenus aujourd'hui des mastodontes. Et les jeux qui y sont conçus ont une « patte », une identité forte, un soin particulier apporté à l'esthétique et au récit, avec des valeurs souvent européennes ou spécifiquement françaises. C'est ce qui plaît. Les studios tricolores exportent leurs jeux dans le monde entier et rencontrent un franc succès. Autre force majeure : la formation. Les écoles françaises forment certains des meilleurs talents au monde. Elles alimentent un vivier permanent qui irrigue non seulement les studios nationaux, mais aussi les géants internationaux, jusqu'à Nintendo. Ces écoles sont implantées dans toute la France. De véritables pôles d'excellence se sont constitués, notamment à Montpellier – où Clair Obscur a été développé –, mais aussi à Lille ou Lyon. Les régions comprennent que le jeu vidéo représente des emplois qualifiés, capables d'attirer les talents et de dynamiser tout un écosystème. Un soutien public déterminant et un modèle social qui favorise la création Les collectivités et l'État soutiennent également fortement la création. Un crédit d'impôt rembourse jusqu'à 30% des dépenses de production, tandis que le Centre national du cinéma dispose d'un fonds d'aide dédié pour accompagner les studios indépendants. Le plan France 2030 identifie même le jeu vidéo comme une industrie stratégique. Il y a aussi un pilier totalement inattendu mais déterminant : l'assurance chômage. Concevoir et développer un jeu vidéo indépendant demande des mois, voire des années de travail sans revenu avant la sortie. Ni les banques ni les investisseurs ne financent ce type de projet. Pour beaucoup de jeunes studios, s'appuyer sur ces aides sociales est donc la solution pour vivre et travailler. C'est un avantage comparatif très français, qui encourage l'expérimentation et la prise de risque créative. C'est donc la combinaison de tous ces éléments — studios dynamiques, formation de haut niveau, soutien public, modèle social — qui permet à la France de consolider sa place et de jouer pleinement dans la cour des grands.
Alors que la Chine s'impose comme championne mondial de la voiture électrique, un paradoxe bouscule le marché automobile : les véhicules thermiques délaissés par les consommateurs chinois sont massivement exportés vers le reste du monde. Une stratégie agressive qui séduit les pays émergents et inquiète les constructeurs occidentaux. Pékin est aujourd'hui le premier exportateur mondial d'automobiles. Portée par des marques comme BYD ou MG, la Chine inonde le marché international de véhicules électriques. Pourtant, cette ascension fulgurante ne s'accompagne pas d'un recul de la production thermique. Bien au contraire. Comme le révèle une enquête de Reuters, les voitures à essence dont les Chinois ne veulent plus sont envoyées massivement à l'étranger, où elles rencontrent un succès inattendu. Depuis cinq ans, la Chine a vu la voiture électrique exploser grâce à des subventions publiques importantes, une stratégie industrielle volontariste et l'arrivée de jeunes marques très agressives. Résultat : ces modèles représentent désormais la moitié des ventes nationales. Pendant ce temps, les constructeurs traditionnels — chinois comme étrangers — voient leurs voitures thermiques s'accumuler. Leurs usines tournent au ralenti, et les entrepôts débordent de dizaines de milliers de modèles invendus. La parade ? Exporter, et vite. Les marchés émergents, nouveaux terrains de jeu des constructeurs chinois Si l'Occident achète désormais surtout des véhicules électriques chinois, les pays du Sud, eux, restent largement dépendants du thermique. Une aubaine pour Pékin, qui vise clairement les marchés émergents : Amérique latine, Afrique, Moyen-Orient, Asie du Sud-Est, Europe de l'Est. Ces régions disposent de peu de bornes de recharge, de routes parfois difficiles et d'un pouvoir d'achat limité. Autant de raisons qui poussent les consommateurs vers des modèles robustes, en particulier les SUV. Et la stratégie porte ses fruits. En Afrique du Sud, les marques chinoises représentent déjà 16 % du marché. Au Chili, elles comptent pour un tiers des ventes. Les constructeurs chinois ne se contentent pas d'exporter. Ils ouvrent rapidement des réseaux de distribution, s'allient à des partenaires locaux et proposent une gamme complète de véhicules adaptés aux attentes locales. Des prix imbattables et une montée en gamme qui bousculent les Occidentaux Pourquoi ces voitures rencontrent-elles un tel succès ? Le prix, surtout : les modèles chinois sont souvent 20 à 40 % moins chers, parfois deux fois moins, que leurs équivalents occidentaux. Ajoutez à cela une nette montée en gamme : meilleurs systèmes de sécurité, écrans plus modernes, connectivité renforcée, intérieurs soignés. Les véhicules chinois offrent désormais un rapport qualité-prix difficilement égalable. Le tout accompagné d'une stratégie commerciale offensive : implantation rapide, distribution agile, gammes sur mesure pour chaque marché. Résultat : la Chine gagne du terrain partout, ce qui représente une menace frontale pour les constructeurs européens, japonais et américains. Car derrière ces succès se cache une double stratégie : inonder aujourd'hui le monde de véhicules thermiques, et imposer demain les modèles électriques. Les projections confirment cette dynamique. D'ici cinq ans, une voiture sur trois dans le monde pourrait être chinoise. Aujourd'hui l'économiePourquoi les constructeurs automobiles retombent amoureux de l'essence?
Le géant du streaming Netflix multiplie les efforts pour racheter Warner Bros Discovery, studio historique de Hollywood propriétaire de franchises majeures comme Harry Potter, DC Comics ou Game of Thrones. Une opération colossale qui suscite convoitises, inquiétudes réglementaires et interrogations sur l'avenir du divertissement. Vous connaissez forcément ce son : le célèbre « ta-dum » de Netflix. Si le groupe fait la Une de l'actualité, c'est parce que la plate-forme veut s'offrir Warner Bros Discovery, un des plus anciens et prestigieux studios au monde. Warner Bros Discovery, c'est Harry Potter, DC Comics, Game of Thrones, Looney Tunes et la plate-forme de streaming HBO. Mais malgré la puissance de ces franchises, le groupe traverse une période de forte turbulence financière. Au point d'ouvrir la porte à une vente partielle ou totale. Une vente aux enchères a même été lancée, avec l'objectif d'atteindre une valorisation comprise entre 70 et 75 milliards de dollars. Netflix en tête face à Paramount et Comcast Pour racheter le studio, Netflix adopte une stratégie très offensive. Mais deux concurrents solides sont également à l'affût : Paramount Skydance et Comcast, tous deux prêts à multiplier les offres. À ce stade, Netflix semble néanmoins tenir la corde. La raison est simple : la plate-forme possède déjà l'audience mondiale, mais pas autant de grandes franchises culturelles que Disney+ ou Paramount. Avec Warner, Netflix mettrait la main sur le catalogue HBO, l'univers de DC Comics, les classiques Warner, des décennies de séries et de films, et surtout, des studios capables de produire des blockbusters, un domaine où Netflix reste encore limité. Mais l'opération serait colossale. L'action de Warner Bros Discovery se négocie autour de 24 dollars quand le groupe en espère 30. Pour conclure, Netflix devrait s'endetter massivement. Pour le géant du streaming, la véritable valeur se trouve dans la propriété intellectuelle : des contenus exploitables en streaming, mais aussi en produits dérivés, jeux vidéo, spectacles ou parcs à thème. Un deal surveillé par la Maison Blanche Netflix avance un argument en direction du public : un rapprochement avec HBO permettrait de proposer une offre groupée, potentiellement moins chère que deux abonnements distincts. Mais cette promesse théorique ne convainc pas les autorités américaines. À la Maison Blanche, on s'inquiète d'un rachat susceptible de donner à Netflix un pouvoir excessif sur le marché du streaming. L'opération devra donc obtenir le feu vert des régulateurs. Pour Netflix, cela représente un sérieux point faible : ses concurrents Paramount et Comcast suscitent moins de craintes politiques. Rien n'est joué et la bataille reste ouverte. Quoi qu'il en soit, une chose est certaine. Hollywood traverse une phase de concentration sans précédent. Il y a dix ans encore, on évoquait cinq grands studios : Disney, Universal, Warner, Paramount, Sony. Aujourd'hui, les regroupements s'enchaînent, les plates-formes fusionnent et les géants s'affrontent pour dominer le streaming. Quel que soit le vainqueur, un nouveau champion mondial du divertissement s'imposera bientôt – avec les risques que cela implique pour la diversité culturelle et la concurrence.
La Pologne connaît l'une des plus fortes croissances de l'Union européenne, 3,7% du PIB au troisième trimestre. Ces derniers mois, l'économie polonaise s'est montrée résiliente face aux tensions douanières et à la guerre en Ukraine. Mais aujourd'hui, l'intelligence artificielle vient menacer ce miracle économique. L'économie polonaise a été portée ces dernières années par les investissements étrangers. Finance, ressources humaines, marketing et construction. Le pays est aussi devenu le champion de l'externalisation des processus métiers. Cela consiste, par exemple, à confier une partie des opérations commerciales d'une entreprise française à un prestataire de services, basé en Pologne. L'IA pourrait faire disparaître certains emplois Mais aujourd'hui, le coût de la main-d'œuvre a augmenté et un certain nombre de ces emplois dans le secteur des services, qui ont attiré les jeunes Polonais, pourraient disparaître. Ils risquent d'être remplacés par l'intelligence artificielle. Les multinationales implantées en Pologne suppriment des emplois. À lire aussiPologne : la difficile croissance des start-up de l'industrie d'armement C'est le cas à Cracovie qui était devenue une des villes les plus dynamiques du pays. Cela concerne les spécialistes du traitement des données, de l'hébergement web, de la comptabilité et même le conseil fiscal. Le brasseur Heineken, par exemple, transfère progressivement plusieurs centaines de postes en Inde. C'est aussi le cas de la banque HSBC, pour des opérations simples qui seront désormais effectuées en Asie. Effet domino Est-ce un risque pour l'économie du pays ? Pas encore, mais c'est ce que redoutent les Polonais. Le pays est le premier pays européen pour les services aux entreprises internationales, devant l'Inde et les États-Unis. Un secteur qui représente 6% du PIB polonais et qui emploie près d'un demi-million de personnes. Et l'IA dans ces entreprises aussi est en train d'automatiser certains processus. Avec, à la clé, un effet domino. Les suppressions d'emplois dans les entreprises de service et les multinationales fragilisent les autres secteurs. Celui de la restauration qui perd une partie de sa clientèle aisée. On peut aussi citer les sociétés de locations de bureaux dont les tours se vident parce qu'une partie des opérations a été transférée vers des pays à moindres coûts. Vers un nouveau modèle économique Dans ce contexte, la Pologne devra changer son modèle économique pour s'adapter. La mutation est en marche. La Pologne aussi veut prendre le train de l'IA. Une deuxième usine d'intelligence artificielle dotée de supercalculateur devrait bientôt être inaugurée à Cracovie, comme la première. Un projet ambitieux qui vise à faire de la Pologne un leader européen de l'IA. Attirer une nouvelle vague d'investissements et de talents pour in fine créer des emplois plus qualifiés. À lire aussiPologne: manifestation à Varsovie contre le pacte migratoire européen et l'afflux de migrants
Malgré la baisse des cours du brut, les géants du pétrole continuent à enregistrer des bénéfices. La forte augmentation des quotas de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (Opep+) et l'anticipation d'un excédent d'offre ont pesé sur les cours. Et pourtant, TotalEnergies a vu son bénéfice net bondir de plus de 60 % au troisième trimestre, à 3,7 milliards de dollars. Comment le groupe français y est parvenu ? En augmentant les volumes. La production d'hydrocarbures du géant français a augmenté de plus de 4 %. Mais aussi en améliorant les marges grâce au raffinage en Europe. TotalEnergies est présent sur toute la chaîne de valeur du pétrole et du gaz, de l'extraction aux activités de raffinage. Si les cours mondiaux de l'or noir ont reculé entre juillet et septembre, les marges européennes sur le raffinage des carburants, elles, ont bondi de plus de 300 %. Et pour cause : l'embargo de l'Union européenne sur les importations de carburants issus du pétrole russe avait restreint l'offre au moment où la demande de diesel augmentait pendant la saison des départs en vacances. Les raffineries ont tourné à plein régime. Les dividendes distribués aux actionnaires Les marges ainsi engrangées permettent à TotalEnergies de choyer ses actionnaires. Et ce via le rachat d'actions qui permet d'accroître le bénéfice par action et soutenir le cours de l'entreprise en bourse. Après 2,3 milliards de dollars de rachats d'actions réalisés au troisième trimestre, un nouveau programme de rachat de titres jusqu'à 1,5 milliard de dollars a été annoncé par le groupe français fin septembre. Son concurrent britannique Shell a, lui aussi, annoncé de généreuses distributions à ses actionnaires, d'un montant nettement supérieur au français. C'est la production record au large des côtes brésiliennes qui a permis au groupe britannique d'augmenter ses bénéfices à 5,32 milliards de dollars. Bénéfices supérieurs aux attentes Pour ExxonMobil et Chevron, deux géants du secteur pétrolier aux États-Unis, des bénéfices supérieurs aux attentes grâce, une fois de plus, à une production record. Dans ce contexte, les pétroliers mettent un frein à leurs investissements. Selon le cabinet Wood Mackenzie, les investissements globaux des majors devraient reculer de 4 % en 2025, à un peu plus de 340 milliards de dollars. Moins d'investissements dans les énergies vertes Ce qui n'est pas sans conséquence pour la transition énergétique. C'est l'effet pervers de la baisse des cours du pétrole. Les grands groupes cherchent à préserver la rentabilité et la confiance des investisseurs aux dépens de leurs engagements en faveur des énergies renouvelables. Le groupe britannique BP, notamment, confirme avoir réduit de moitié ses financements bas-carbone. Cela inquiète les défenseurs du climat à une semaine de la COP30 qui s'ouvre au Brésil le 10 novembre prochain. 2024 a été une année la plus chaude jamais enregistrée depuis le début de l'ère industrielle.
Le président argentin sort renforcé des élections législatives de mi-mandat. Sa victoire, saluée par les marchés et soutenue par les États-Unis, redonne un souffle à son programme économique ultralibéral. Mais le pays reste plongé dans la récession. Avec plus de 40% des voix aux élections législatives de mi-mandat, le parti de Javier Milei, La Libertad Avanza, consolide sa position au Congrès argentin. Le mouvement présidentiel sécurise désormais environ un tiers des sièges dans les deux chambres, un seuil crucial pour préserver le droit de veto du chef de l'État et protéger ses décrets présidentiels. Concrètement, cette victoire offre à Milei les moyens de poursuivre son agenda : libéraliser le marché du travail, réformer la fiscalité et réduire le rôle de l'État dans l'économie. À lire aussiArgentine: à l'heure où la tronçonneuse de Javier Milei cale, Washington part à la rescousse Pour les investisseurs et les bailleurs internationaux, le message est clair, le risque de paralysie politique s'éloigne. Les marchés ont aussitôt réagi à cette clarification politique. Dès l'ouverture, la Bourse de Buenos Aires a bondi de plus de 20%, une hausse prolongée jusqu'à la clôture. Le peso argentin s'est envolé de près de 10% sur les plateformes d'échange quelques minutes après l'annonce des résultats. Même mouvement du côté des obligations souveraines, dont la valeur a augmenté. Autrement dit, ceux qui achètent la dette argentine ont regagné confiance. Avant le scrutin, la crainte dominante était celle d'une défaite de Milei ou d'un blocage institutionnel qui aurait remis en cause ses réformes. Le vote de dimanche a inversé la tendance. Pour la première fois depuis longtemps, l'Argentine redevient un pari crédible aux yeux des marchés. Le soutien décisif de Washington À cette dynamique interne s'ajoute un soutien international de taille, celui des États-Unis. Le président américain Donald Trump, allié politique et idéologique de Javier Milei, avait conditionné son appui financier à une victoire du camp présidentiel. C'est désormais chose faite. Washington a donc confirmé un plan d'aide exceptionnel de 40 milliards de dollars, dont la moitié prend la forme d'un échange de devises avec la Banque centrale argentine. Cette bouffée d'oxygène vient s'ajouter au programme du Fonds monétaire international (FMI), dont les décaissements dépendent du respect du plan d'austérité engagé par Buenos Aires. Autrement dit, les grands argentiers du monde maintiennent leur confiance. Pour eux, le chef de l'État argentin semble bien parti pour mener à bien sa politique économique tout en garantissant la stabilité budgétaire du pays. À lire aussiArgentine: un an après son arrivée au pouvoir, quel bilan économique pour Javier Milei Une économie encore en souffrance Mais ces soutiens, aussi massifs soient-ils, ne suffiront pas à eux seuls à redresser le pays. Si les comptes publics sont désormais à l'équilibre et l'inflation en net recul, l'Argentine reste plongée dans la récession. Les investissements sont à l'arrêt, la consommation intérieure s'effondre, et de plus en plus d'Argentins peinent à vivre dignement. Une part croissante de la population vit sous le seuil de pauvreté, conséquence directe de la rigueur budgétaire imposée par Milei. Pour le président, ces sacrifices sont nécessaires à la reconstruction du pays. Et les électeurs, en lui offrant une victoire nette à mi-mandat, semblent lui accorder encore du temps et du crédit. Le dilemme désormais est clair. Comment maintenir la discipline budgétaire sans étouffer la reprise économique ? C'est tout l'enjeu des prochains mois pour un président qui a fait de la rigueur son étendard et de la confiance des marchés sa condition de survie politique.
Donald Trump poursuit sa tournée asiatique, se rendant désormais au Japon, après avoir assisté au sommet de l'Association des États d'Asie du Sud-Est (Asean), organisé ce week-end en Malaisie. Le président américain veut imposer son influence dans une région devenue stratégique, alors que la rivalité économique avec la Chine s'intensifie. Depuis son retour à la Maison Blanche, l'Asie du Sud-Est est devenue un terrain clé de la stratégie mondiale de Donald Trump, non sans arrière-pensées. Le président américain fait prouver qu'il en reste le maître du jeu. Depuis plusieurs mois, il a imposé des droits de douane renforcés sur la plupart des produits asiatiques et beaucoup plus encore lorsque Washington soupçonne qu'ils viennent en réalité de Chine. Son objectif est clair : pousser les pays d'Asie du Sud-Est à choisir son camp, le camp américain. Les enjeux sont concrets. La Malaisie, qui a accueilli le sommet de l'Asean, a signé un accord commercial ce week-end. Dans les grandes lignes, on y trouve les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle ou encore l'énergie, autrement dit tous les secteurs. Car Washington veut renforcer son influence industrielle dans la région. Qu'il s'agisse du Vietnam, de l'Indonésie ou du Japon, Donald Trump propose des baisses ciblées de droits de douane, mais en échange, il exige des investissements massifs aux États-Unis ou l'achat de produits américains. C'est la diplomatie du deal, façon Trump. Mais face à cette offensive, la Chine n'est pas en reste. Pendant que Washington brandit la menace des surtaxes, Pékin joue la carte des investissements. Xi Jinping multiplie les visites officielles dans la région — Vietnam, Malaisie, Cambodge, entre autre. Les effets sont d'ores et déjà visible puisque cette année, les exportations chinoises vers l'Asean ont bondi de plus de 20 %. La Chine est désormais le premier partenaire commercial de la région, devant l'Europe et les États-Unis. À lire aussiLes pays d'Asie du Sud-Est en quête d'équilibre entre Donald Trump et la Chine Entre Washington et Pékin, l'Asie du Sud-Est cherche l'équilibre Donald Trump veut avant tout afficher sa fermeté face à la Chine et prouver à ses électeurs qu'il défend les travailleurs américains. Mais dans ce bras de fer entre Washington et Pékin, l'Asie du Sud-Est tente avant tout de préserver son équilibre. Des usines quittent la Chine, des chaînes d'assemblage se déplacent vers le Vietnam, l'Indonésie ou la Malaisie. Cette position, enviable sur le papier, fait aussi de l'Asean un champ de bataille économique. Il y a donc un double enjeu à cette visite du président américain dans la région. Le premier, que Washington y renforce sa place. Le second, que les pays de l'Asean — comme de tout l'Indo-Pacifique — profitent de la rivalité États-Unis-Chine, sans jamais devenir leur champ de bataille.
Les Européens redoutent une nouvelle pénurie alors que Pékin s'apprête à restreindre ses exportations. Retour sur la stratégie méthodique qui a permis à la Chine de dominer un secteur vital pour l'économie mondiale. Les Vingt-Sept s'apprêtent à négocier avec la Chine sur la question des terres rares. L'Union européenne redoute une pénurie de ces métaux critiques, indispensables à la fabrication des smartphones, ordinateurs, voitures électriques ou encore équipements militaires. Et pour cause, Pékin, leader mondial incontesté du secteur, prévoit d'imposer de nouvelles restrictions à leurs exportations dans les prochaines semaines. Pour comprendre cette domination, il faut remonter trente ans en arrière. Au début des années 1990, ce sont les États-Unis qui exploitent la plus grande mine de terres rares du monde, à Mountain Pass, en Californie. La Chine, elle, dispose d'importantes réserves, mais son industrie est encore balbutiante. C'est à cette époque que le dirigeant chinois Deng Xiaoping prononce une phrase restée célèbre, « le Moyen-Orient a du pétrole, la Chine a des terres rares ». Dès lors, ces métaux sont classés parmi les ressources stratégiques du pays. Les entreprises étrangères se voient interdire l'exploitation des mines locales et les exportations sont strictement encadrées. À lire aussiL'industrie européenne bientôt confrontée à une pénurie de métaux stratégiques? Le virage du raffinage et la montée en puissance chinoise Mais Pékin ne s'est pas contentée d'extraire le minerai. Elle a compris très tôt que la clé de la puissance industrielle résidait dans la maîtrise du raffinage et du traitement chimique des terres rares — des étapes à forte valeur ajoutée que les pays occidentaux ont délaissée, jugées trop coûteuses et polluantes. Résultat, plus de trente ans plus tard, 90% du raffinage mondial des terres rares est désormais réalisé en Chine. La domination est quasi totale. Cette réussite ne doit rien au hasard. Le Parti communiste chinois a su utiliser les leviers du capitalisme d'État : soutien massif à la recherche et aux entreprises locales, consolidation du secteur en quelques géants publics et surtout, politique agressive de dumping. Chaque fois qu'un concurrent occidental tente d'ouvrir une mine, la Chine augmente sa production, fait chuter les cours et rend les projets étrangers non rentables. Une stratégie implacable qui a conduit les États-Unis et l'Europe à dépendre durablement de Pékin. Et quand certains pays occidentaux ont besoin de terres rares, la Chine peut littéralement « appuyer sur le frein ». À lire aussiFace à la Chine, les États-Unis à la recherche de métaux rares Une domination forte, mais pas sans limites Les terres rares sont au cœur de la puissance technologique mondiale. Elles entrent dans la composition des batteries, des écrans, des moteurs électriques, mais aussi des systèmes militaires. Un avion de chasse américain F-35, par exemple, nécessite plus de 400 kilos de terres rares pour sa fabrication. Détenir ces métaux est une chose, mais savoir les transformer en est une autre. C'est précisément ce savoir-faire que la Chine maîtrise mieux que quiconque. Mais cette suprématie a ses fragilités. En misant sur des prix très bas pour étouffer la concurrence, Pékin fragilise aussi ses propres entreprises. En parallèle, d'autres pays — l'Australie, le Canada, plusieurs nations africaines — disposent de gisements prometteurs et cherchent à s'organiser. Une coordination internationale, comme celle amorcée entre les États-Unis et l'Australie, pourrait à terme réduire la dépendance mondiale à la Chine. Mais cela prendra du temps. Et Pékin, elle, compte bien préserver sa longueur d'avance, fruit d'un pilotage centralisé, méthodique et calculé sur le long terme.
Face au ralentissement du marché de l'électrique, les grands constructeurs revoient leur stratégie. Aux États-Unis comme en Europe, le moteur thermique retrouve une place de choix. Entre pragmatisme économique et rivalité avec la Chine, l'industrie automobile réajuste ses priorités. L'industrie automobile connaît un tournant inattendu. Aux États-Unis, au Japon comme en Europe, les grands groupes revoient leur stratégie. Après avoir massivement investi dans la voiture électrique, ils redonnent désormais la priorité au moteur thermique. Dernier exemple en date, selon Les Échos, Renault envisage de remettre des motorisations thermiques ou hybrides sur certains de ses modèles aujourd'hui 100% électriques. Une réflexion encore à l'étude, mais qui illustre bien ce changement de cap. La dynamique est encore plus visible outre-Atlantique. Le directeur général de Ford a décidé de relancer la production de pick-up à essence, qu'il qualifie d'« opportunité de plusieurs milliards de dollars ». General Motors investit, lui, 900 millions de dollars dans un nouveau moteur thermique. À lire aussiStellantis, symbole d'une Europe automobile fragilisée par la Chine et la transition énergétique Le marché américain freiné par la politique de Donald Trump Pourquoi ce retour à l'essence ? Parce qu'aux États-Unis, le marché de l'électrique ralentit fortement. Les ventes plafonnent. Selon le cabinet AlixPartners, seules sept voitures sur 100 vendues cette année sont électriques – moins d'une sur dix. Et les prévisions sont décevantes. À l'horizon 2030, les véhicules électriques ne représenteraient qu'environ 18% des ventes américaines. Une situation étroitement liée à la politique menée par Donald Trump. Le président américain a supprimé les aides publiques qui soutenaient le marché de l'électrique. Sans subventions, les constructeurs doivent vendre plus cher, les acheteurs hésitent, et les ventes s'essoufflent. Un cercle vicieux, véritable serpent qui se mord la queue. Résultat : si les voitures électriques ne font plus tourner les chaînes de production, ce sont les modèles à essence – et leurs cousines hybrides – qui reprennent le dessus. À lire aussiPourquoi Donald Trump fait involontairement le jeu de la voiture électrique chinoise L'Europe temporise, la Chine accélère En Europe, la situation est plus nuancée. Le Vieux Continent reste en avance sur l'électrique : deux voitures sur dix vendues cette année sont à batterie. Mais la dynamique ralentit également. Bruxelles, qui a fixé à 2035 l'interdiction de vendre des voitures thermiques, discute désormais d'un possible assouplissement de cette échéance. Si cette mesure est validée, les véhicules à essence et hybrides pourraient voir leurs ventes repartir à la hausse. Autre constat : les voitures électriques vendues en Europe sont rarement européennes. Elles sont américaines, souvent chinoises, et produites en Chine – un pays qui fabrique à grande échelle, à moindre coût, tout en maîtrisant les matériaux critiques nécessaires à la production des batteries. Pour l'heure, le moteur thermique conserve donc la cote, mais à un coût environnemental élevé. Retarder la transition automobile, c'est aussi retarder la transition énergétique dans son ensemble. Les constructeurs occidentaux ne renoncent pas à l'électrique. Ils font preuve de prudence. Par pragmatisme, ils prolongent la vie du moteur à essence – un « mariage de convenance » face à un marché incertain. Sur le long terme, l'électrique reste pourtant la solution la plus prometteuse. Reste à savoir qui, des groupes qui misent sur l'innovation ou de ceux qui se rassurent avec le thermique, gagnera la course du futur automobile.