Musique, beaux-arts, cinéma ou théâtre, découvrez l’art sans frontières, sans œillères. Savourez quelques notes de musique, laissez-vous guider dans un musée ou une galerie, soyez le spectateur privilégié d’un film ou d’une pièce de théâtre, laissez-vous séduire par un spectacle de rue grâce à la ch…

Au festival d'Aix-en-Provence, impossible d'échapper à l'un des opéras les plus célèbres du répertoire : La Flûte enchantée de Mozart. Pour cette nouvelle lecture sous les étoiles du théâtre de l'Archevêché, le festival a réuni le chef argentin Leonardo García Alarcón et le réalisateur et vidéaste français Clément Cogitore, qui signe sa première mise en scène pour le festival d'art lyrique. Ensemble, ils transforment ce conte initiatique en un voyage de l'enfance à l'âge adulte, entre mémoire des guerres, promesses de progrès et quête d'humanité. À lire aussi«Accabadora»: la Sardaigne au cœur d'un opéra sur la fin de vie

À Montréal, le festival international Nuits d'Afrique fête sa 40e édition avec des concerts prévus jusqu'au dimanche 19 juillet au soir. Si ce rendez-vous culturel accueille aujourd'hui un public de plus de 250 000 personnes, il a débuté dans la pénombre d'un petit bar, grâce à la volonté d'un ancien danseur et chorégraphe guinéen nommé Lamine Touré. En 1985, il fonde le désormais mythique Club Balattou, pour « bal à tous, à tout le monde », berceau des musiques du monde à Montréal. De notre envoyée spéciale à Montréal, On le surnomme « le baobab de Montréal ». Après une enfance entre Boké en Guinée et Bouaké en Côte d'Ivoire, Lamine Touré passe une décennie en Europe, puis s'installe dans la plus grande ville du Québec. À son arrivée en 1974, il constate que les Africains ne sont qu'une cinquantaine ici, et qu'ils ne font pas communauté. « Quand je suis arrivé à Montréal, j'ai trouvé que chacun faisait sa culture, mais chacun dans son coin. Alors moi, j'ai dit : "Mais non, ça c'est pas normal." C'est mieux qu'on trouve une façon de rassembler tout le monde, pour que par exemple nous, les immigrants, on puisse profiter. Mais les Québécois de souche aussi vont profiter. Parce qu'à travers la culture, on peut se connaître », explique-t-il. Le premier lieu du genre au Canada Ni une ni deux, Lamine Touré fonde le Club Balattou, boulevard Saint-Laurent. Le lieu rassemble les cultures africaines, antillaises et latino-américaines et devient rapidement une institution. La première discothèque africaine du Canada est tout en longueur, avec une scène très proche du public, des canapés en cuir, des miroirs aux murs et au plafond. La chanteuse sud-africaine Lorraine Klaasen évoque avec émotion ce lieu mythique : « Des fois, je passe là-bas au Balattou, je vois les petites photos là où j'étais jeune avec beaucoup d'autres artistes, je me dis "Oh mon Dieu". Cela existe toujours comme un lieu où tu vas aller vraiment écouter les musiques africaines, si tu veux danser. Et il y a le miroir. Donc quand j'y chante, je me regarde moi-même dans le miroir (rires), il y a mon reflet, je me dis "Oh Lorraine, you are cute'' (''Oh Lorraine, tu es mignonne"). Alors, si tu veux vraiment aller dans une place où tu veux écouter la musique africaine, va au Balattou. » Un refuge où rencontrer sa communauté Papa Wemba, Youssou N'Dour, Boubacar Diabaté, Oumou Sangaré… Tous les désormais grands noms de la sono mondiale sont passés par le Balattou. Au-delà de la musique, le lieu devient un repaire, un refuge où se sentir chez soi, peu importe d'où l'on vient. « L'accueil qu'il y a au Balattou, tu ne trouves ça nulle part ailleurs. Parce que moi, je fais l'accueil à l'africaine. Supposons si je viens chez toi, dans ta maison, dès que je rentre, qu'est-ce que tu fais ? Tu me serres la main, non ? C'est ce que je fais au Balattou jusqu'à maintenant. Depuis que j'ai ouvert, je suis toujours là. » Du Club Balattou au festival Nuits d'Afrique Lamine Touré voulait faire du Balattou un lieu familial, mais il se heurte à une limite légale : l'interdiction du club aux moins de 21 ans à cause de la vente d'alcool. « Il faut faire quelque chose. Parce que si ça reste comme cela, il n'y a pas de relève. C'est à ce moment-là que j'ai pensé à faire Nuits d'Afrique en plein air. C'est pour la famille », se souvient-il. Deux ans plus tard, Lamine Touré sort les cultures afrodescendantes du Balattou et les déploie dans les rues de la ville pour toucher les plus jeunes. Quarante ans plus tard, le festival Nuits d'Afrique prend place dans le quartier des spectacles, en plein cœur de Montréal. Et Lamine Touré, l'homme qui a installé l'Afrique à Montréal, rêve désormais de créer des festivals similaires en Guinée, en Côte d'Ivoire, au Mali ou au Sénégal. À lire aussiLe jeune collectif Zalam Kao au festival Nuits d'Afrique de Montréal À lire aussiTrente ans de Nuits d'Afrique à Montréal

Depuis vendredi soir 10 juillet, la ville de La Rochelle, dans le sud-ouest de la France, accueille la 42ᵉ édition des Francofolies, ce festival dédié aux musiques françaises et francophones. Jusqu'à mardi soir, les têtes d'affiche se succèdent sur scène : Orelsan, Gims, ou Aya Nakamura pour ne citer qu'eux. Mais depuis leur création, les Francofolies ont aussi toujours mis en valeur l'émergence, notamment grâce à un dispositif dédié. Lorsqu'on vient à La Rochelle, impossible de louper ce bâtiment : une grande bâtisse en bois sur le vieux port estampillée « Le Chantier des Francofolies » et qui abrite le programme du même nom. « Très simplement, le Chantier des Francofolies, c'est ce que l'on appelle un dispositif d'accompagnement », explique Marc Mottin. Il est le coordinateur artistique et pédagogique du Chantier des Francofolies. « On est tourné vers l'émergence, donc c'est vrai que ce sont plutôt des jeunes artistes qui sont encore à leurs débuts. Pour l'essentiel d'entre eux, de carrière. Ils ont souvent sorti maximum un projet dans leur histoire. » Accompagnement artistique et technique Tous les automnes, l'équipe du Chantier reçoit des centaines de candidatures, 800 précisément pour l'édition 2026. Seule une quinzaine est ensuite sélectionnée pour participer au dispositif avec un objectif bien précis. « Sa spécificité, c'est qu'on est tourné vers le perfectionnement du live, donc on travaille essentiellement la scène », ajoute Marc Mottin. « Donc, cela va, je dirais, à la fois d'un travail artistique, à un travail aussi technique, parce qu'on fait aussi un travail d'accompagnement là-dessus, notamment aussi avec les ingénieurs du son des artistes. » Travailler l'énergie et ne former qu'une entité sur scène Et c'est bien pour cela que le dispositif se conclut par un passage, aux Francofolies, des artistes épaulés toute l'année. Tout le monde s'appelle. Clara fait partie des 14 groupes de la mouture 2026. Ce samedi, le quintette 100 % féminin et 100 % queer s'est produit en plein cœur de La Rochelle. L'occasion de mettre en pratique tous les enseignements de l'année. « Un exercice qui m'a marqué, c'était l'exercice de prendre l'énergie, de regarder l'énergie qu'on avait chacune sur scène et après de s'en inspirer pour justement ne former qu'une espèce d'entité sur scène et être vraiment ensemble et mieux se comprendre et mieux jouer ensemble, finalement », explique Clara Bureau, la fondatrice du groupe. Zaho de Sagazan, Juliette Armanet, et les autres Des leçons d'autant plus précieuses qu'elles sont prodiguées par d'anciens lauréats du chantier. « C'est un espace où on est avec des professionnels qui n'ont pas d'intérêt auprès de nous, qui ne sont pas là pour nous faire signer, nous faire aller par ci, par là », souligne Malo Texier, la bassiste du groupe. « Et ce sont des espaces rares, c'était exceptionnel pour ça. Ça nous a fait un bien fou. Et l'avant-après était aussi dans l'épanouissement, dans le travail... » Pour ce groupe né il y a tout juste deux ans, le Chantier est tout à la fois une école, une marque de légitimité et un espoir pour la suite, car il faut dire que depuis sa création en 1998, le dispositif a fait ses preuves : Feu! Chatterton, Zaho de Sagazan, Juliette Armanet ou encore Clara Luciani ont tous fait leurs armes à La Rochelle.

Les spectacles sont décidément aussi nombreux que variés au Festival d'Avignon. Dans la programmation off, riche de près de 1 800 spectacles dans 140 lieux, la musique et le théâtre font souvent bon ménage. Thomas Fersen, chanteur confirmé, s'essaye aux planches et livre à la Scala Provence tous les jours à 18h30 un récit personnel rehaussé par la musique live. À lire ou à écouter aussiMusique : « Le choix de la reine », Thomas revisite Fersen

17 jours après le massacre du 7-Octobre perpétré par le Hamas, la cinéaste israélienne Anat Even a filmé la frontière qui sépare son pays du territoire palestinien totalement détruit : la bande de Gaza. Un champ de ruines filmé de loin. C'est la prise de conscience politique de l'horreur que raconte le documentaire Collapse. Il est diffusé en France, mais pas en Israël. « Je dirais que c'est un film anti-guerre et c'était important pour moi de parler de mes amis qui sont morts », confie la réalisatrice Anat Even. Peu après le 7-Octobre, elle retourne dans ce qui était autrefois sa maison, à Nir Oz, un kibboutz martyr. Au-delà de la clôture, après les terres agricoles transformées en zone militaire, on distingue la bande de Gaza. « Ça tambourinait dans ma tête pour essayer de comprendre ce qui se passait là-bas. Ce qui se passait à Gaza. On entendait parler d'anéantissement, de famine, pointe-t-elle. On entendait tous ces mots. Et j'ai compris que l'on parlait d'évènements terribles et incompréhensibles. D'un côté, un massacre et puis l'attaque israélienne. Terrible. Avec l'intention d'anéantir. Je ne pouvais pas comprendre... » Le tournage va durer deux ans. « C'est un film de guerre sans la guerre. On entend la guerre, mais on ne la voit pas », explique la réalisatrice. La bande son est un véritable personnage du film, des tumultes suivis de silences. « Les oiseaux criaient, hurlaient, appelaient, parlaient... C'était très fort, insiste-t-elle. Et puis, il y avait les bombardements. C'était comme une symphonie de guerre avec les oiseaux et les bombardements. » À lire aussiEn deux ans, la bande de Gaza a été transformée en champ de ruines « Comment parler de Gaza quand on est du côté israélien de la frontière ? » Plan fixe sur les plumes majestueuses d'un paon qui se promène dans un kibboutz vide aux maisons incendiées. La réalisatrice s'interroge. Elle appelle son ami Ariel, le film est un dialogue ponctué de points d'interrogation. « Comment parler de Gaza quand on est du côté israélien de la frontière ?, interroge la réalisatrice. Comment parler de la souffrance des gens sans les voir, sans leur parler ? Je dois dire que je n'avais pas les mots. Je ne pouvais pas réfléchir. Je pouvais juste revenir là. » Revenir inlassablement au même endroit comme on laboure un champ, Collapse essaie de répondre à cette question : qu'est-ce qui pousse sur une terre où l'on plante uniquement des drapeaux ? À lire aussiBande de Gaza: Israël cible «délibérément» des enfants, affirme une commission de l'ONU

Lever de rideau au Festival d'Aix-en-Provence, dans le sud de la France, pour l'une des productions lyriques les plus attendues de cette 78ᵉ édition : la création mondiale d'Accabadora. Inspiré du roman de l'autrice sarde Michela Murgia, figure du féminisme italien engagée contre le fascisme et pour les droits des personnes LGBTQ+, cet opéra de l'Italien Francesco Filidei, sacré meilleur compositeur aux Victoires de la musique classique 2026, nous plonge dans la Sardaigne rurale des années 1950. Au cœur du récit, une couturière respectée et redoutée : elle tisse le fil de la vie le jour, mais accompagne aussi les mourants la nuit pour abréger leurs souffrances. Un métier à tisser géant domine la scène du Théâtre du Jeu de Paume d'Aix-en-Provence. Symbole du destin et du fil de la vie que l'on noue, transmet puis finit par rompre, il accompagne tout au long de l'opéra la trajectoire de l'accabadora, personnage central de cette création mondiale présentée au Festival d'Aix. Adapté du roman éponyme de l'autrice sarde Michela Murgia, disparue en 2023, Accabadora nous transporte dans la Sardaigne rurale des années 1950. L'histoire suit Maria, une enfant confiée selon la tradition locale à une mère adoptive, Tzia Bonaria. Couturière respectée du village, celle-ci cache pourtant une autre fonction : celle d'accabadora, appelée au chevet des mourants pour mettre fin à leurs souffrances. Pour la metteuse en scène argentine Valentina Carrasco, cette figure dépasse largement le seul contexte sarde. « L'accabadora est quelqu'un qui peut accoucher deux fois. Elle peut accoucher d'un enfant, mais aussi de la mort. Ce sont des personnes qui aident des personnes en fin de vie qui veulent mourir. C'est une tradition non seulement en Sardaigne, mais aussi dans d'autres territoires du sud de l'Italie, qui existe depuis des siècles. » Quand la Sardaigne devient un personnage L'opéra marque aussi un retour aux sources pour Francesco Filidei. Le compositeur, sacré meilleur compositeur aux Victoires de la musique classique 2026, entretient un lien intime avec l'île méditerranéenne par sa grand-mère. À la lecture du roman de Michela Murgia, il retrouve un univers familier, peu présent dans le répertoire lyrique italien. « En Italie, il n'y a pas eu de grands opéras, ou même de petits opéras, sur la Sardaigne, tandis que pour la Sicile, il y en a beaucoup. Il y a "Cavalleria rusticana" ou "Les Vêpres siciliennes" notamment. Pourtant, en Sardaigne, on a le chant des ténors, ce qui est magnifique. Il y a une tradition folklorique énorme, des couleurs, des sons, les brebis, les cloches, les vents, la mer : la nature qui parle. » Loin d'une reconstitution folklorique, Accabadora cherche plutôt à faire entendre l'âme de l'île. Le chœur chante en sarde, tandis que l'orchestre convoque des paysages sonores inspirés de la nature et des traditions locales. À lire aussiLeur Sardaigne, leurs souvenirs, ce qu'ils veulent encore transmettre Cloches, vent et voix rugueuses Pour la cheffe d'orchestre Lucie Leguay, l'œuvre est avant tout une aventure sonore. « C'est un laboratoire, une exploration sonore incroyable. Il y a des cloches qui viennent spécialement de la Sardaigne, elles ont un son magnifique que je n'ai jamais entendu ailleurs. Et une multitude de percussions, avec des petits sifflets rossignols, le bruit d'un chien qui pleure. Puis, on a cinq générations sur scène : de la petite fille de 7 ans jusqu'aux grand-mères entre 80 et 93 ans. Nous avons aussi travaillé les voix avec les chanteurs lyriques pour leur donner une couleur plus nasillarde, plus rauque, une couleur un peu ocre, comme la Sardaigne. » Entre cordes stridentes, polyphonies envoûtantes et bruitages inspirés du quotidien rural, la partition fait de la Sardaigne un protagoniste à part entière. Une œuvre qui résonne avec les débats contemporains Mais derrière cet ancrage territorial se dessine une question universelle : comment accompagner les derniers instants d'une vie ? Sans jamais prendre la forme d'un manifeste, l'opéra dialogue avec les débats contemporains sur la fin de vie. Francesco Filidei revendique d'ailleurs un engagement qui passe par l'émotion plutôt que par le discours politique. « De toute façon, ça n'existe pas un opéra à notre époque qui n'est pas engagé. On n'a pas besoin de parler de politique d'une manière directe. En plus, l'opéra est dédié à un ami à moi qui est dans cette situation ; il est dans le coma depuis un an. Donc, je dédie cet opéra à lui, c'était la seule chose que je pouvais faire. » À travers cette histoire de transmission entre une mère adoptive et sa fille d'âme, Accabadora aborde la mort sans sensationnalisme, avec délicatesse et humanité. Une œuvre où la vie et la mort semblent parfois se frôler, à peine séparées par un fil. À lire aussiFin de vie: ce que changera la future loi sur le droit à l'aide à mourir

Ils peignent sur les murs de béton de nos villes, voire sur les transports publics. On les aime ou on les déteste. Autrefois appelés juste graffeurs, ils sont aujourd'hui de plus en plus considérés comme de vrais artistes, des artistes de rue. Certains sont devenus des stars, d'autres préfèrent l'anonymat. Les street artists sont à l'honneur dans une exposition à la Grande Halle de la Villette à Paris. Une forme de reconnaissance, peut-être aussi de récupération d'un mouvement culturel né dans la rue. De la rue au musée, comment le street art est-il devenu un art noble ? Un reportage d'Iris Hawker Dans le quartier du Sentier, dans le centre de Paris, deux street artists commentent leur dernière fresque. « C'est une façade qui appartient au bar l'Ivresse, explique Hugo, du tandem Tito/Mulk. Il y a une histoire un peu personnelle pour nous, parce qu'à l'époque où on avait encore peur de mettre de la peinture sur les murs, et qu'on faisait juste des collages, on avait fait ce mur. Et là on a été invités officiellement par une association d'art à Paris. » Mathieu, son acolyte grapheur, a décidé de prendre la ville pour toile. Il raconte la genèse du street art : « Au tout début, quand le tag est arrivé dans les années 1970 à New York, l'acte était politique parce qu'il était revendicatif, mais les thèmes abordés ne l'étaient pas. C'étaient que des gens qui marquaient leur nom. » Avec leur univers coloré, inspiré de la pop culture, ils ont décidé de porter des messages qu'ils qualifient eux-mêmes d'impertinents. « Dans la rue, on veut dire des choses. Effectivement, on fait partie des gens qui pensent que le street art et l'art en général doivent être politiques. Il l'est de toute façon parce que c'est une prise de parole en public », s'exclame Mathieu. Ces dernières années, l'art de rue n'a cessé de gagner en reconnaissance, et même auprès d'un public inattendu, comme Monique, cette riveraine de 78 ans, qui se réjouit de pouvoir admirer l'art de la rue : « J'habite dans le quartier depuis 33 ans, j'aime beaucoup, ça fait partie de l'évolution de l'art. » Et c'est justement cette évolution qui interroge. Comment préserver l'essence d'un art pensé pour être libre et gratuit, quand il s'institutionnalise et se commercialise ? L'exposition, Beyond the streets, présente en ce moment, à Paris, des œuvres de Shepard Fairey ou Invader. Pour son curateur, le grand collectionneur Roger Gastman, le fait que le street art s'académise n'est pas un problème, c'est le signe d'un rêve américain réalisé. « Nous travaillons avec des artistes qui, pour la plupart, ont à la fois de grandes carrières dans les musées, mais aussi des projets institutionnels, explique Roger Gastman. Une grande partie de ce qu'ils font aujourd'hui en intérieur diffère de ce qu'ils faisaient autrefois illégalement dans la rue, mais ils ont su trouver le moyen de canaliser cette énergie et de la transposer dans leur peinture. » Roger Gastman a vu beaucoup d'artistes graffeurs transformer leur travail et se propulser sur la scène urbaine internationale. Il considère que : « tout le monde grandit, et tant de personnes qui étaient autrefois considérées comme des vandales, des ratés ou des voyous sont aujourd'hui des directeurs artistiques, des chefs d'entreprise, des personnalités à part entière de la société ». Être légitime dans la rue, ou reconnu au musée ? La nouvelle génération ne veut plus choisir. Hugo et Mathieu, de Tito/Mulk, n'ont pas peur des paradoxes, ils travaillent avec les marques et dénoncent leurs travers, car selon eux : « Le but d'une publicité, c'est plutôt de ramollir le cerveau, pour pouvoir mieux faire passer son message. Nous, au contraire, on essaye plutôt de faire réfléchir les gens, de les emmener eux-mêmes à certaines conclusions. » Si certains trouvent leurs œuvres préférées dans les musées, d'autres les découvrent dans la rue. Pour Mathieu, « ce qu'on peut souhaiter au street art, c'est que les gens continuent à se promener dans la rue, à ouvrir les yeux et à s'émerveiller ».

En 2006 en France, le ministère de la Culture reconnaissait les jeux vidéo comme la dixième forme d'expression artistique. Vingt ans plus tard, la Philharmonie de Paris leur consacre une exposition, « Video Games & Music », qui retrace l'histoire de la musique de jeux vidéo devenue un phénomène mondial en à peine un demi-siècle. De simples « bips » dans le jeu Pong, de la pop dans Just Dance, de l'opéra dans Final Fantasy, Beethoven dans Resident Evil ou encore les Daft Punk dans Fortnite… La « Video Games & Music », ou VGM pour les connaisseurs, dépasse largement le simple divertissement. Elle incarne une culture du jeu vidéo partagée entre générations et à travers le monde. À la Philharmonie de Paris, l'exposition « Video Games & Music » présente consoles de jeux, dessins de personnages, instruments, portraits de compositeurs, mais aussi vingt-neuf jeux jouables pour le public. La musicologue et archiviste Fanny Rebillard, co-commissaire de l'exposition : « L'objectif, ça a été vraiment de ne laisser personne dehors, d'essayer de parler à la fois aux fans qui ont une connaissance très fine du jeu vidéo, et de la musique, parce qu'on sait que ces gens existent et qu'ils ont très envie de voir leur connaissance reconnue et célébrée. Mais on a aussi voulu s'adresser aux personnes qui accompagnent ces fans ou qui ont un intérêt, une curiosité pour le jeu vidéo, qui se disent : "Tiens, c'est bizarre, pour moi la musique de jeu vidéo, c'est des bips, bips insupportables, qu'est-ce qu'on peut avoir à dire là-dessus ?" » Difficile à définir comme un genre musical tant elle est plurielle. La musique de jeux vidéo va des ambiances contemplatives électro aux mélodies symphoniques, en passant par le rap, le rock ou le « chiptune », ces sons synthétisés en temps réel créés par les puces sonores des consoles. À lire aussi«Video Games & Music», une exposition sur la musique de jeux vidéo L'univers du gaming sans cesse redéfini par le son Dès 1985, le compositeur Koji Kondo introduit une musique interactive dans le jeu Super Mario Bros. Une mélodie principale quand le personnage de Mario court, des arpèges quand il grandit, un glissando ascendant quand il rebondit sur un ennemi et une cadence conclusive pour la ligne d'arrivée. Une prouesse technique à une époque où la technologie restait limitée. « La plus grosse problématique, c'était le fait qu'il y avait très peu d'outils pour visualiser. Par exemple, le fait de prendre un clavier MIDI et de le brancher à un ordinateur, ça n'existait pas. Donc, eux, ils avaient leur piano d'un côté, leur clavier, et ensuite, ils devaient tout programmer. Donc, ils devaient connaître le langage hexadécimal, le basique, tous les langages de programmation qui ont émergé à cette époque. C'était un travail que David Wise, le compositeur de Donkey Kong Country, raconte d'ailleurs dans l'exposition. C'est-à-dire qu'il y a un morceau, « Aquatic Ambience », qui est un de ses tubes, encore aujourd'hui c'est planétaire, et ça lui a pris cinq semaines de saisir les données », explique Fanny Rebillet. Pensée comme un jeu vidéo, la scénographie de l'exposition laisse les visiteurs libres de choisir leur progression d'une salle à l'autre, d'un monde virtuel à l'autre. Une manière de célébrer la « Video Games & Music » comme un patrimoine culturel contemporain, alors que quarante millions de Français se déclaraient joueurs en 2025. À lire aussiMorocco Gaming Expo: l'imaginaire marocain infuse dans les jeux vidéo locaux

Dans la plus petite ville de France, à une centaine de kilomètres au nord de Paris, la musique s'invite le temps d'un week-end. À Gerberoy, commune de 80 habitants surnommée la « Ville des roses », le pianiste et fondateur du festival, Philippe Cassard, reprend les rênes de la 20e édition des Moments musicaux. Concerts dans les jardins et dans l'église médiévale : le festival réunit flûtistes, guitaristes et pianistes, mêle jazz et musique classique, et met à l'affiche aussi bien de jeunes talents qu'une légende vivante, la pianiste Elisabeth Leonskaja, 80 ans, et la comédienne Julie Depardieu. Avec ses maisons de pierre, de briques et de colombages couvertes de roses, Gerberoy semble figé dans une carte postale. Classé parmi les plus beaux villages de France, ce bourg de l'Oise, devenu ville en 1202 sous Philippe Auguste, a vu passer rois et conquérants. Aujourd'hui, il attire aussi les artistes – à commencer par le pianiste Philippe Cassard. Un coup de foudre devenu festival « Le coup de foudre, ça date de presque 30 ans », raconte le musicien. Et pourtant, c'est en novembre, dans un décor gris et dépouillé, qu'il découvre pour la première fois Gerberoy. Mais ce ne sont ni les roses, ni l'été qui le séduisent d'emblée – plutôt l'âme du lieu : ses maisons anciennes et surtout la Collégiale du village. « Dès que je suis entré, j'ai claqué des doigts et j'ai su : l'acoustique est sensationnelle », se souvient-il. De cette rencontre naissent un premier festival, Les Estivales de Gerberoy, où se croisent musique classique et traditions populaires. Aux côtés d'un ami violoniste passionné de musiques yiddish et tzigane, Philippe Cassard imagine un rendez-vous ouvert sur le monde. Au fil des éditions, des artistes venus d'Argentine, de Roumanie, de Catalogne ou du Tyrol s'y produisent, dans des lieux aussi variés que l'église, la halle du marché ou les jardins du village. Un décor inspiré par l'histoire et l'art Gerberoy doit aussi son charme à l'influence du peintre impressionniste Henri Le Sidaner, installé ici au début du XXe siècle. Il y a façonné de somptueux jardins en terrasses, devenus un écrin parfait pour la musique. C'est dans l'un de ces espaces, le jardin blanc, qu'une soirée particulière prendra vie : la comédienne Julie Depardieu, entourée de la flûtiste Juliette Hurel et de la guitariste Gaëlle Solal, y fera dialoguer musique et lecture autour de Schubert. Schubert au cœur du programme Le compositeur autrichien, figure majeure du romantisme, est au centre de la programmation. Notamment à travers ses célèbres lieder – « des chansons pour voix et piano », comme le rappelle Philippe Cassard, qui en souligne la richesse : Schubert en a composé plus de 600 au cours de sa courte vie. Une œuvre foisonnante qui inspire toutes les explorations. Le festival propose ainsi une commande « à la manière de » à un jeune compositeur franco-américain, mais aussi des interprétations contrastées : la dernière sonate de Schubert, portée par la légende du piano Elisabeth Leonskaja, ou encore une relecture jazz signée Paul Lay, qui revendique l'importance de « conserver le thème tout en y apportant du swing et du groove ». Une parenthèse hors du temps À Gerberoy, la musique ne se contente pas d'être jouée : elle se vit dans un paysage et une atmosphère. « On ne peut pas organiser un festival dans un garage ou une salle municipale », insiste Philippe Cassard. Ici, tout participe à l'expérience : « Ces millions de rosiers, ces arbres centenaires. On est plongé dans un autre esprit, une autre idée du temps. » Au cœur de ce village chargé d'histoire, les Moments musicaux de Gerberoy offrent ainsi une parenthèse hors du temps où patrimoine, nature et exigence artistique se répondent en harmonie.

Tous les soirs ou presque, « Paris » rime avec « poésie » ! Dans la capitale française, nichée dans une ruelle proche de l'Assemblée nationale, se cache une institution qui fait vibrer les amateurs de belles lettres. Depuis 1961, le Club des poètes accueille chaque soir des dizaines de personnes, venues déclamer de la poésie, mais surtout profiter d'une bulle hors du temps où la bienveillance est le maître mot. Sa façade blanche, tout juste percée de lucarnes, passe quasi inaperçue dans la paisible rue de Bourgogne, en plein cœur des quartiers cossus de la capitale française. Pourtant, tous les soirs du mardi au vendredi, depuis 1961, ce discret bâtiment abrite une institution parisienne : le Club des poètes. Derrière sa lourde porte en bois, une joyeuse bande plaisante bruyamment autour d'une part de tarte ou d'un verre de vin. L'ambiance tamisée, les poutres apparentes et les piles de livres qui soutiennent des tableaux posés contre les murs invitent à la détente et à la convivialité. D'ici quelques instants, les lumières seront éteintes, des bougies seront allumées, et la véritable attraction de la soirée commencera : ici, depuis plus de 60 ans, on déclame des poèmes. Un lieu chargé d'histoire « Éteignez les lumières ! » : cette voix, c'est Blaise Rosnay – Blaise, comme l'appellent tout simplement les adeptes du lieu. Ce dernier présente le club, « pour ceux qui ne le connaîtraient pas » – et ils sont nombreux ce soir. Car le Club des poètes accueille aussi bien des habitués que des curieux. Le Club des poètes, donc, a été fondé par le père du maître de cérémonie, Jean-Pierre Rosnay, lui-même poète et résistant. « Avec une bande de jeunes gens turbulents, sourit Blaise Rosnay, il a d'abord fondé une maison d'édition [Les Jeunes artistes réunis, NDLR], avant d'animer une émission de radio qui s'appelait le Club des poètes. » D'où vient la désormais célèbre expression : « Amis de la poésie, bonsoir ! » Dans le local sis au 30 rue de Bourgogne, se sont croisés Louis Aragon et Pablo Neruda, Léopold Sédar Senghor et Raymond Queneau. « Nous, on essaie de faire vivre la flamme allumée par nos parents, pointe Blaise Rosnay, et il faut croire qu'on s'en sort pas trop mal ! » Il faut croire, oui : de nos jours, les fantômes des poètes du passé croisent quotidiennement des dizaines de poètes d'aujourd'hui, étudiants, retraités ou jeunes actifs, seuls ou en groupe, venus dire – et non pas lire – des poèmes. La règle cardinale : apprendre les poèmes par cœur Car au Club des Poètes, on dit, on déclame, on chante même, mais surtout, on ne lit pas. « C'est une règle essentielle, estime le maître des lieux. Déjà parce qu'elle fait écho à toute l'histoire de la poésie, qui a existé bien avant l'écriture et le livre. » La récitation de mémoire est aussi une forme de cadeau faite au public : « Lorsqu'on s'apprête à demander un peu de temps d'attention au public, c'est important d'avoir soi-même passé un petit moment avec le texte qu'on s'apprête à partager, et de lui avoir soi-même prêté cette attention. » Il y a une dernière raison, glisse Blaise Rosnay dans un clin d'œil : « Cela évite les poèmes de 150 pages ! » Dans de telles conditions, forcément, le stress monte un peu. Pourtant, les novices sont eux aussi les bienvenus sur le tabouret qui fait face au public – ils y sont même fréquemment encouragés par Blaise Rosnay entre chaque session. « Tout le monde peut dire un poème ! » exhorte-t-il. Et si jamais le poète du moment trébuche, qu'il se rassure : les habitués se feront un plaisir de lui souffler la suite. Une bulle hors du temps Des habitués, justement, il y en a beaucoup ce soir-là. Parmi lesquels Samuel. À 28 ans, le jeune homme fréquente les lieux depuis déjà dix ans : « J'ai découvert le club quand je suis arrivé à Paris. J'avais 17 ans. J'aime la bienveillance qu'il y a ici, le fait que les gens apprennent par cœur, voir leurs yeux quand ils récitent. » Pour lui, cet endroit est une évidence : « Il n'y a pas un seul jour, pour moi, sans poésie. J'en lis souvent, j'en parle avec les gens que j'aime, je me tiens au courant des nouveautés. » Devant un public captivé, le jeune homme s'installe face au public. Sa guitare sur les genoux, il entonne, avec beaucoup de douceur, L'Hirondelle, un poème de la poétesse et révolutionnaire Louise Michel, qu'il a mis lui-même en musique. Pendant quelques minutes, le temps est comme suspendu. « Je dis souvent aux gens qui hésitent à apprendre des poèmes par cœur qu'avoir de la poésie en tête, cela permet d'y avoir autre chose que des soucis », glisse le jeune homme. Apparemment, les écouter aussi. D'ici quelques minutes, il sera 21h30. Les lumières se rallumeront et, le temps d'une courte pause, la réalité viendra toquer à la porte. Mais pour quelques instants encore, on est en pays de poésie. À lire aussiPrintemps des Poètes, la poésie en circulation entre scène, rap et littérature

La 31ᵉ édition du festival Rio Loco se poursuit à Toulouse, dans le sud de la France, avec pour thème les imaginaires insulaires. Une thématique conçue sur mesure pour le projet musical, cinématographique et scénique Small Island Big Song. Une œuvre-fleuve qui réunit des dizaines d'artistes venus des océans Pacifique et Indien, autour de leurs traditions musicales et de leurs préoccupations pour la santé des océans et de la planète. Il y a douze ans, la productrice de théâtre taïwanaise BaoBao Chen et le cinéaste australien Tim Cole se rencontraient. Tous les deux préoccupés par les conséquences du dérèglement climatique sur les océans, ils décident de partir ensemble en terres insulaires. « Pendant trois ans, nous avons rencontré plus d'une centaine d'artistes sur seize îles différentes. Nous sommes partis simplement avec nos micros et quelques caméras. Notre idée était d'enregistrer une chanson sur une île, puis d'emmener cette chanson sur l'île suivante pour qu'un nouvel artiste y ajoute un instrument ou une voix… et ainsi de suite, jusqu'à une autre île pour ajouter encore autre chose. Tellement de collaborations ont vu le jour », se réjouit BaoBao Chen. La nature au centre Nouvelle-Zélande, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, île de Pâques, îles Salomon, Hawaï, Tahiti, Malaisie… Les îles se suivent et ne se ressemblent pas. Chacun des artistes transmet ses traditions musicales lors d'enregistrements en extérieur. « Une des compositrices sur ce projet, c'est la nature. Nous voulions lui donner une voix. Partout où nous allions, nous demandions aux artistes de nous emmener dans un lieu qui leur était cher. Nous avons donc enregistré des volcans, des mangroves, des plages… Une multitude de sons que nous avons intégrés au spectacle », explique BaoBao Chen. Traditions entrecroisées d'île en île Small Island Big Song met en valeur tous les liens linguistiques et culturels qu'il existe entre les îles, notamment grâce aux migrations austronésiennes. Le chanteur et musicien malgache Sammy est l'un des piliers du projet : « Dans ma tribu, il y a une danse qui vient de Taiwan, elle est pratiquée à Madagascar mais avec quelque chose qui change. Cette danse s'appelle la danse des ancêtres. Quand j'ai vu cela à Madagascar, j'ai regardé comment les gens dansaient. Et quand j'étais à Taïwan, j'ai vu qu'il y avait vraiment une connexion entre les pays, une vraie histoire », sourit-il. Comme lui, tous les autres artistes ont fait le choix de préserver l'identité culturelle de leur peuple, en chantant dans leur langue et en jouant des instruments de leur terre. Comme des gardiens de la nature, témoins de leur héritage maritime ancestral.

Dans un pays où la scène urbaine est longtemps restée une affaire d'hommes, elles ont décidé de se faire entendre. Wild Wild Women, les « femmes indomptables », débarquent d'Inde avec cinq voix et cinq langues. Hindi, marathi, tamoul, kannada, anglais, leur rap traverse les frontières autant qu'il bouscule les stéréotypes. De notre envoyé spécial à La Réunion Grande révélation de la 22ᵉ édition du Sakifo, ces artistes de 24 à 32 ans forment le premier collectif féminin de rap indien. À quelques heures de la clôture du festival à La Réunion, ce samedi 7 juin 2026, elles ont transformé le micro en terrain de conquête. Difficile à croire en les voyant retourner le public du festival dans la ville de Saint-Pierre au sud de l'île. Et pourtant, Wild Wild Women n'existe que depuis une poignée d'années. Derrière l'énergie explosive et l'assurance affichées sur scène se cache une histoire de résistance. S'en souvient Pratika. « Quand nous allions dans les battles de rap et les événements hip-hop en Inde, il y avait très peu de femmes sur scène. Et celles qui étaient là n'étaient pas prises au sérieux. Toutes faisaient face à une forme d'exclusion venant des hommes. Alors, au lieu d'attendre qu'on nous fasse une place, nous avons pris d'assaut la nôtre. C'est comme ça qu'est né notre collectif féminin, Wild Wild Women ». « Nos chansons racontent cette réalité » Le groupe est né à Mumbai, capitale économique de l'Inde et mégapole de plus de douze millions d'habitants. Une ville de promesses, mais pas pour tout le monde, explique Hashtag Preeti. « Mumbai est la ville des rêves où cohabitent différentes cultures. Mais pour les jeunes femmes comme nous, la liberté rime souvent avec des emmerdes. Depuis l'enfance, nous devons négocier notre place, notre apparence, notre liberté avec les mecs. Nos chansons racontent cette réalité : la résilience, la pression familiale, le corps féminin, la sécurité, l'identité féminine. Mais en même temps, nous ajoutons de l'humour et de la joie à notre malheur dans nos chansons pour montrer la femme indienne autrement que par le prisme de la victimisation et de la lutte. » Wild Wild Women ouvre la voie pour d'autres femmes Sur scène comme en dehors, les Wild Wild Women bousculent un ordre établi qui les excluait jusque-là. Un sentiment qui en dit long sur les préjugés encore à l'œuvre en Inde, selon MC Mahila. « La réaction des hommes à notre groupe a été mitigée. Mais nous avons aussi rencontré des alliés dans le hip-hop indien. La musique nous a permis de mesurer les défis auxquels les femmes font face dans des milieux très patriarcaux. Comme nous sommes une nouveauté féminine dans l'univers du rap indien, notre sari rose et notre look en baskets attirent parfois plus l'attention que nos chansons. Peu importe. Toutes ces histoires deviennent du pain béni pour nos chansons. Et ça avance. Aujourd'hui, il y a plus de femmes intéressées par le hip-hop qu'avant. Il reste encore du chemin à faire, certes. Mais venir au Sakifo à La Réunion porter la parole des femmes indiennes, c'est déjà un petit signe de changement. » Le Sakifo s'achève le 7 juin 2026. Mais certaines voix continuent de résonner. À lire aussiSakifo: Joe Yorke, blanc comme Manchester, noir comme le reggae

Comment faire exister les lieux dans un monde qui s'écroule, comment traverser ensemble les moments de bascule ? En 1904, l'écrivain et dramaturge russe Anton Tchekhov créait sa toute dernière pièce, La Cerisaie, une comédie en quatre actes sur le retour d'une femme russe dans sa propriété d'enfance mise en vente pour rembourser les dettes de sa famille déshéritée. Aujourd'hui, la metteuse en scène Aurélie Van Den Daele s'empare de ce récit et le réactualise avec brio. À Paris, le Théâtre de la Tempête est niché au cœur du grand bois de Vincennes, lieu idéal pour déployer La Cerisaie d'Anton Tchekhov, entre scènes à l'extérieur dans la lumière de la forêt et d'autres à l'intérieur dans la pénombre de la salle de spectacle. Là où se déroulaient cette semaine les dernières répétitions encadrées par la metteuse en scène Aurélie Van Den Daele et son assistante Charline Curtelin. Un travail de détail pour peaufiner la première représentation prévue ce samedi 6 juin au soir. « Dans la pièce, on suit en quatre actes quatre moments assez précis du retour de Lioubov, explique la metteuse en scène, Aurélie Van Den Daele. D'abord, les retrouvailles. Puis dans un deuxième temps, une longue scène dans un jardin où ils évoquent tout ce qui a changé dans le monde. Ensuite un troisième acte très festif dans lequel on attend la réponse de la vente ou non de ce domaine. Et enfin un quatrième acte qui est vraiment le chant du cygne, un adieu. Donc, c'est l'histoire à la fois d'un lieu qui s'efface, mais aussi d'une famille qui va se désagréger et qui va être extrêmement remise en question aussi dans ses pratiques. » « Travailler Tchekhov, c'est un monde qui s'ouvre » Dans la pièce, la famille russe s'accroche au passé alors que le monde change autour d'elle. À la période où Anton Tchekhov l'écrit, peu après l'abolition du servage, les paysans s'enrichissent et s'élèvent dans la société, et les nobles s'appauvrissent. Des « inserts » écrits par Charline Curtelin aident à relier le 19ᵉ siècle à nos jours, notamment via la langue et les va-et-vient des personnages, pour faire résonner cette période avec le monde actuel. « Quand on commence à travailler Tchekhov, c'est vrai que c'est un monde qui s'ouvre, parce qu'on se rend compte que derrière l'apparente banalité des conversations des personnages, c'est vraiment d'une extrême complexité. C'est-à-dire qu'ils sont toujours tiraillés entre des sentiments, entre des choix, entre des mondes. Et ça, théâtralement, quand on commence à le travailler, c'est merveilleux », sourit Aurélie Van Den Daele. Sur scène, des vidéos tournées en direct donnent à voir toute l'intimité des personnages qui fuient l'action principale et se réfugient parfois hors-champ. Et la pièce laisse en suspens une question irrésolue : quand un lieu disparaît avec toute son histoire, que reste-t-il et comment dire adieu à ses souvenirs ? Une Cerisaie mise en scène par Aurélie Van Den Daele, à voir sur scène du 6 au 21 juin au Théâtre de la Tempête à Paris, puis en tournée partout en France jusqu'en mai 2027. À lire aussiLes femmes et les entrailles de la création: «Je crée et je vous dis pourquoi»

Vous connaissez la salsa, vous connaissez le hip-hop, mais connaissez-vous la « salsa-hip-hop » ? C'est la nouvelle danse fusion à la mode à Paris. Son initiateur s'appelle Rodrigue Lino, ancien vice-champion du monde de break dance. Ce Français d'origine congolaise anime chaque dimanche un atelier de découverte au Centquatre, une scène parisienne de promotion des arts actuels. Jambe souple, hanches de roseaux, pied flottant : Rodrigue Lino s'amuse autant qu'il enseigne, en polo beige, pantalon tabac, chaussures de flamenco aux pieds. Sous la verrière de l'espace du Centquatre, une soixantaine d'élèves boivent ses paroles et suivent ses mouvements. Rodrigue Lino, vice-champion du monde de break dance il y a près de 20 ans, a grandi dans un environnement congolais baigné de danses latines, mais avec des frères influencés par le hip-hop. Alors pourquoi choisir ? Pourquoi ne pas fusionner les deux ? « Ce n'est pas une culture comme le hip-hop ou comme la salsa et les danses latine, c'est vraiment un courant. Deux types de danses qui fusionnent. Et encore, quand on dit "salsa hip-hop", dans le hip-hop, c'est déjà une fusion. La salsa aussi d'ailleurs. En fait, tout est fusion. » Depuis quelques mois, Irina suit assidûment les pas de Rodrigue : « J'avoue, au début j'étais un peu sceptique, en me disant "comment on peut fusionner les deux ?" Et en fait cela fait complètement sens. Avec le rythme, on sent bien que l'on peut faire des pas de mambo, de salsa, et ça s'intègre avec des mouvements de hip-hop. » Maitriser le chaloupé latino et la raideur break dance, facile ? Pas tant que cela, selon Gulnara Bekirova, chorégraphe Azérie, qui assiste Rodrigue Lino : « Oui, ça peut être dur, parce que cela veut dire qu'il faut maitriser deux rythmes. Et ces deux styles sont déjà très riches aussi. Donc oui, c'est dur mais c'est possible. » Rodrigue a redécouvert la salsa hip-hop, mais il ne l'a pas inventée. Cette danse fusion est née à New York dans les années 1970 : « La chose que je dis très souvent, c'est que je n'ai pas inventé l'eau chaude. On me dit souvent que la fusion vient de moi, mais non, pas du tout. En fait, je me suis juste appuyé sur ce que faisaient les gens du South-Bronx. C'est-à-dire que les premiers breakdancers étaient portoricains et afro-descendants. Et cela fait que les Portoricains qui dansaient le break dance avaient la saveur latine dans leurs pas et dans leurs corps. » Avec conviction, le chorégraphe de 44 ans a réussi à placer Paris sur la carte mondiale des danses-fusion. Reste à savoir si la salsa hip-hop connaitra le destin de la plus célèbre d'entre elles, le Street Jazz.

Pour tous ceux qui ont la possibilité d'arpenter le sud de la France et plus précisément la ville de l'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, une exposition gratuite est à ne pas manquer à la fondation Villa Datris. « Méditerranée, odyssées contemporaines », c'est son intitulé. Soixante-quatorze artistes venus de tout le pourtour méditerranéen livrent leur vision de ce que représente pour eux la « mare nostrum » des latins, carrefour de civilisations, lieu de luttes, de métissages et de mémoire. Qu'est-ce que la Méditerranée ? À cette question, l'historien français Fernand Braudel répondait : « Des civilisations entassées les unes sur les autres. » C'est à cet empilement, ce carrefour, que la fondation Datris a voulu rendre hommage en conviant 74 artistes à exprimer leur ressenti sur la Méditerranée. Stéphane Baumet est le directeur de la fondation. « C'est un regard sur la Méditerranée et un constat que l'on peut faire sur l'état de cette mer, constat d'un point de vue écologique, de la beauté, des tensions, mais c'est aussi un constat de toute cette richesse merveilleuse, de tous ces échanges entre les artistes mais également les cultures et aussi l'histoire ». Dans les salles et dans le jardin de cette villa-musée fondée par le couple Danièle Marcovici et Tristan Fourtine, les œuvres expriment des préoccupations différentes en fonction des rives de la Méditerranée. Simohammed Fettaka, plasticien marocain, a recouvert la mer de petits soldats de plastique bleu. Une œuvre baptisée « Camouflage ». « Cette œuvre est née d'une expérience personnelle. En grandissant à Tanger, j'ai vu des amis, des voisins, des gens de la famille qui traversaient la Méditerranée de façon illégale. On les appelle les Harragas. Et ces gens qui partent, soit ils réussissent, soit ils meurent. Et c'est de là que m'est venue l'idée que la Méditerranée est un champ de bataille pour moi. Soit tu reviens en héros, soit tu meurs noyé. » « Qu'est-ce que nous faisons là ? » Vu de France, et par le regard acéré de l'artiste Laurent Perbos, la Méditerranée, c'est un palmier en matière plastique. « Cette œuvre s'appelle Ibiza, elle fait référence à des noms de plages ou de sites balnéaires où les gens ont envie d'aller, qui sont des fantasmes du tourisme. Là, c'est un palmier que j'ai réalisé à partir d'étais de chantier que je superpose. Et le bouquet au sommet est composé de frites de piscine et de bouées de plage. Tous ces objets-là sont des objets issus de la consommation de masse ; et cela nous renvoie tout de suite à cette question : "Qu'est-ce que nous faisons là ? Est-ce que nous ne sommes pas en train de consommer uniquement un miroir aux alouettes ?" » Miroir aux alouettes, miroir de nos rêves et de nos espoirs, cette mer que nous partageons est aussi et avant tout pour les artistes présents à la Villa Datris un espace de liberté. Et parfois, la liberté, c'est celle de dire « non ». Plusieurs artistes maghrébins ont annulé leur présence dans l'exposition pour protester contre celle d'une artiste israélienne, Sigalit Landau, qui, elle-même, a fini par jeter l'éponge. ► À voir jusqu'au 1ᵉʳ novembre à la fondation Villa Datris.

Le « Pavillon breton » est présent pour la première fois à la Biennale de Venise. Aux côtés d'une centaine de pavillons nationaux, la Bretagne, à l'instar des pavillons écossais, gallois ou catalan, entend faire entendre, dans le plus grand rendez-vous d'art contemporain, une appartenance culturelle particulière. Plus poétique que politique, c'est ainsi que se définit le Breizh pavillon.

À Nantes, ville au cœur de l'histoire de la traite atlantique, le musée d'histoire interroge aujourd'hui ses propres collections. À travers la 4ᵉ édition de sa biennale Expression(s) décoloniale(s), il invite à repenser l'héritage colonial et esclavagiste. Deux artistes des deux rives de l'Atlantique, la Brésilienne Rosana Paulino et le Sénégalais Omar Victor Diop, font dialoguer leurs œuvres avec les archives du musée. Ce parcours s'inscrit dans la commémoration des 25 ans de la loi Taubira, lorsque, le 10 mai 2001, la France est devenue le premier pays au monde à reconnaître la traite atlantique et l'esclavage colonial comme crimes contre l'humanité. Une exposition à voir jusqu'au 8 novembre 2026 au musée d'histoire de Nantes. À lire aussiÀ Nantes, un mât pour réconcilier les descendants d'esclaves et d'esclavagistes [3/3]

Que deviennent ceux qui restent lorsqu'un membre de la famille décède ? Cette question est au cœur du travail cinématographique du réalisateur japonais Ryota Nakano. L'auteur de la comédie multiprimée La Famille Asada, sortie en 2020, est de retour avec un nouveau film, Mon grand-frère et moi. Inspiré par l'autobiographie de l'autrice Riko Murai, ce film traite du deuil familial, mais avec une bonne dose d'humour qui transforme des situations tragiques en véritable comédie humaine. À lire aussi«5 centimètres par seconde» de Yoshiyuki Okuyama, un film romantique et japonais

L'artiste afro-américaine, Lorna Simpson est en majesté à Venise. The Third Person (« La troisième personne »), titre de son exposition à la Pointe de la Douane, l'un des musées de la Fondation Pinault, rassemble une cinquantaine d'œuvres : peintures, collages, sculptures, installations. La place du corps noir, et particulièrement de la femme, est au centre de son travail, en lien également avec l'actualité sociale, politique et environnementale.

Tour à tour muse et mannequin, artiste surréaliste et photographe de mode, correspondante de guerre et cheffe cuisinière, l'Américaine Lee Miller (1907-77) s'impose aujourd'hui comme l'une des figures majeures de la photographie du XXᵉ siècle. À travers 250 tirages, dont une trentaine d'inédits, le Musée d'Art moderne de Paris lui consacre la plus grande rétrospective présentée en France depuis vingt ans. De la lumière des studios de mode à l'horreur des camps de concentration, l'exposition « Lee Miller » retrace le parcours d'une femme qui a refusé d'être un simple modèle pour devenir une actrice de l'Histoire. L'exposition « Lee Miller » est à découvrir au musée d'Art moderne de Paris jusqu'au 2 août 2026. À lire aussiMagistrale rétrospective de Nan Goldin, icône de la photographie, au Grand-Palais de Paris

Les produits de beauté sud-coréens cartonnent dans nos salles de bain, mais que sait-on vraiment des rituels de la beauté au pays du Matin calme ? Le musée Guimet, à Paris, décrypte les secrets de la beauté sud-coréenne à travers une exposition inédite K-Beauty, l'histoire d'un phénomène, à retrouver au musée Guimet jusqu'au 6 juillet. À lire aussiLe succès du skincare coréen en France: miracle cosmétique ou mirage marketing?

Nan Goldin, la grande photographe américaine connue pour ses engagements divers, est en majesté au Grand Palais et à la chapelle de la Salpêtrière à Paris. This will not end well (« Ça va mal finir ») est le titre de l'exposition qui propose une vue d'ensemble de l'œuvre de la photographe à travers six diaporamas. Ils témoignent des différents engagements de l'artiste pour la communauté queer, les victimes du sida, sa lutte contre les addictions aux opioïdes et aujourd'hui pour la cause palestinienne. À lire aussiL'exposition «Rêves de Venise» à Bordeaux

Du 15 au 19 avril, la ville de Bourges, dans le centre de la France, a accueilli la 50ᵉ édition du Printemps de Bourges, le premier festival de la saison. Comme tous les ans, l'événement a fait un peu de place aux artistes venus de tous les horizons musicaux, musiciens déjà installés ou jeunes talents. Mais un style musical était, cette fois encore, au centre du jeu : le rap.

Le livre en fête... mais le monde de l'édition sous tension. Pendant trois jours, du 17 au 19 avril, le Festival du Livre de Paris ouvre ses portes sous la verrière du Grand Palais à quelques 450 exposants, plus de 1 200 auteurs et autrices et des dizaines de milliers de passionnés de littérature, mais l'enthousiasme est assombri par une crise sans précédent : l'éviction brutale d'Olivier Nora, patron historique de Grasset, par le propriétaire du groupe Hachette, Vincent Bolloré. Une décision qui a fait l'effet d'un séisme et ravivé une inquiétude profonde sur l'indépendance éditoriale en France. À lire aussiFrance: plus d'une centaine d'écrivains annoncent quitter la maison d'édition Grasset en ciblant Vincent Bolloré

La Casa Musicale de Perpignan fête ses 30 ans. Lieu culturel emblématique du sud de la France, situé au cœur du quartier gitan de Saint-Jacques, la Casa est installée sur un terrain de deux hectares entièrement dédié à la création artistique. Depuis trois décennies, l'association du même nom soutient les pratiques amateures, crée des rencontres entre artistes et les accompagne dans leurs projets. Objectif : valoriser les cultures gitanes, rap, hip-hop et musiques actuelles. La Casa Musicale continuera de célébrer trois décennies d'activisme culturel durant le festival Ida y Vuelta, prévu du 4 au 6 juin prochain.

À Tervuren, petite commune à quelques kilomètres de Bruxelles, en Belgique, les chercheurs du Musée royal de l'Afrique centrale, en collaboration avec leurs homologues congolais, mènent un programme de recherche de provenance depuis 4 ans. Baptisé Proche, il vise à déterminer dans quelles conditions certains objets ont été spoliés et transférés de la RDC vers la Belgique lors de la période coloniale. Une fois les données compilées, d'ici la fin de l'année, les autorités des deux pays décideront d'éventuelles restitutions. De notre envoyé spécial de retour de Tervuren, Derrière une vitrine, deux masques en bois de quelques centimètres de haut trônent au milieu d'une dizaine d'autres œuvres, dans une salle de l'AfricaMuseum. « Ce sont des masques qui sont étudiés par un de nos partenaires congolais, explique Lili Boros, chercheuse de provenance au sein du musée. Ils travaillent sur une société dite secrète et sur comment les objets qui sont aujourd'hui ici au musée, comment ils ont pu sortir. » Des œuvres comme celle-ci, il y en a des dizaines de milliers dans les vitrines et les collections du musée. « La collection ethnographique, elle va regrouper une grande pirogue, ça peut aussi être des nasses, des nattes, des pièges, liste Elisabeth Cornelissen, la coordinatrice générale du programme proche, comme ça peut être des objets d'une énorme valeur spirituelle, rituelle. » Tous ces objets proviennent de la collection ethnographique de l'AfricaMuseum. Depuis quatre ans, les chercheurs et les chercheuses du programme Proche, en collaboration avec l'Institut des musées nationaux du Congo et l'Université de Kinshasa, sont chargés d'enquêter sur leur provenance. « Pour cette collection, il est possible de faire des restitutions, poursuit la coordinatrice générale, à condition qu'il y ait une documentation qui contextualise cette acquisition, est-ce qu'elle peut être considérée dans des conditions de violence ou d'inégalité. » À écouter dans Grand reportageDe l'Africa Museum aux rues de Bruxelles, comment la Belgique tente de décoloniser son patrimoine Une concertation entre la Belgique et la RDC Mais face au nombre considérable d'objets à étudier, il a fallu mettre en place une méthode particulière. C'est notamment le travail de Madelon Dewitte, chercheuse en provenance de l'AfricaMuseum. « On est face à une très grande collection d'objets, il est impossible de faire les recherches un par un. Donc, on a décidé de se pencher sur les personnes liées à l'acquisition de ces objets, explique-t-elle. Car chaque objet est lié à une personne, qu'ils aient été donnés au musée, légués, vendus. En connaître plus sur ces personnes, ça nous éclaire aussi sur le contexte d'acquisition de ces objets, en fonction du rôle qu'avaient ces personnes. Au Congo, par exemple, il y avait des personnes missionnaires, des militaires, des administrateurs territoriaux. » Un véritable travail de détective qui doit aboutir à un rapport. Il sera ensuite remis aux autorités belges et congolaises qui décideront ou non de faire la restitution.« Notre but, c'est vraiment de les informer au maximum, avec des recommandations, mais des recommandations qui reposent aussi sur une concertation, souligne Elisabeth Cornelissen. On offre cet éventail et c'est pour informer les décideurs autant politiques que dans les commissions mixtes. C'est l'option qui a été prise pour l'instant entre la RDC et la Belgique. » Le rapport est en cours de rédaction. Il devrait être publié d'ici la fin de l'année. À écouter dans Le grand invité AfriqueRestitution d'objets culturels: la France veut «un cadre juridique clair et transparent» pour «simplifier les demandes»

C'est une pratique que l'on pensait démodée depuis l'époque des salons littéraires du 19e siècle. Et pourtant, les clubs de lecture, ou « bookclubs », ont de nouveau la cote. De Dua Lipa à Lena Situations, de nombreuses stars à travers le monde s'y sont mises. Mais c'est surtout chez les jeunes adultes que l'on retrouve le phénomène. Déjà avides de communautés littéraires sur les réseaux sociaux – les fameux #BookTok et #BookStagram –, ces lecteurs font désormais basculer leur passion dans le monde réel. Nous sommes dimanche, c'est l'après-midi, et un beau soleil brille dans les rues de Paris. Journée idéale pour s'octroyer une petite promenade. Ou pour se réunir dans une brasserie, et parler lecture. Dans un café du sud de la capitale, Alexandre, 30 ans, lance les hostilités : « Bonjour et merci d'être ici pour cette deuxième édition du bookclub », lance-t-il d'un ton enjoué. Face à lui, une vingtaine de personnes, des hommes et des femmes, tous âgés de 25 à 35 ans, et tous venus avec un même objectif, passer l'après-midi à discuter de leur dernière lecture commune. Le livre décortiqué ce jour-là ? Un polar d'inspiration nordique. À peine les débats lancés, chacun y va de son commentaire. « Moi, j'avoue que le style, ce n'est pas important pour moi. J'ai trouvé que cela se lisait bien », lance l'une. Rebond automatique d'une autre personne installée à la même table : « Il y a beaucoup de rebondissements, c'est vrai qu'on a envie de connaître le dénouement, mais tout allait trop vite, je n'ai pas réussi à me mettre dans l'ambiance. » Du style au scénario en passant par les descriptions. Pendant deux heures, ces lecteurs, qui pour la plupart ne se connaissaient pas au début de la réunion, passent tous les aspects du livre au peigne fin. Faire de la lecture une activité collective Claire, 29 ans, le confesse. Elle voulait intégrer un bookclub « depuis plusieurs mois. J'adore lire, passer deux heures dans un café, chez moi ou au parc, pour bouquiner, explique la jeune femme. Mais c'est une activité solitaire, et j'avais aussi envie de partager et d'échanger autour de livres, d'appréhender des œuvres à travers d'autres points de vue, de découvrir aussi peut-être certains éléments que je n'aurais pas perçus seule. » Alexandre, le fondateur de ce club de lecture, abonde : « La lecture, c'est quelque chose qu'on fait seul. Pourtant, on adore en parler. Les gens adorent parler de ce qu'ils ont lu, donc le fait de savoir qu'on va pouvoir se retrouver dans un mois pour parler d'un même bouquin, se recommander des livres. Cela fait du bien. » Pour ce jeune homme, tout a commencé sur les réseaux sociaux il y a quelques mois : pour son trentième anniversaire, ses proches lui offrent une trentaine de livres, qu'il décide de faire découvrir à d'autres internautes sur les réseaux sociaux. En quelques semaines, plus de 7 000 personnes se sont mises à le suivre. « Dès que j'ai commencé à créer du contenu sur les réseaux, reprend-il, j'ai constaté qu'il y avait une vraie demande de rencontre dans mes commentaires. » Ce phénomène, assez récent, a tout à voir avec les plateformes sociales et l'omniprésence des nouvelles technologies. Anne Cordier est sociologue, spécialiste des usages numériques de la jeunesse. Selon elle, cette tendance « est liée à l'hyperconnexion, rendue nécessaire notamment dans les cadres professionnels. Il y a besoin de s'en libérer. Cela passe par des moyens d'évasion, en l'occurrence ces clubs de lecture in situ, entre individus. » Sortir de la polarisation Les clubs de lecture sont aussi une manière, pour ces jeunes adultes, de « reprendre le pouvoir, estime encore Anne Cordier. Il y a une question de pouvoir d'agir ici. Réorganiser ensemble, mais tel qu'on le souhaite, des échanges, dans un cadre à la fois incarnant et incarné. » Il s'agit aussi de faire renaître la flamme du débat, mais loin de la polarisation qui règne sur les réseaux sociaux. « Le principe de base, c'est de se disputer dans le bon sens du terme : confronter des avis, des opinions et trouver – ou pas – un terrain d'entente, mais toujours dans des espaces d'échange qui reposent sur l'écoute et le respect. » Clémence, venue pour la deuxième fois au bookclub d'Alexandre, ne l'aurait pas dit autrement : « C'est vrai que c'est sympa, de confronter nos points de vue, de se dire qu'on n'est pas d'accord. » Mais l'écoute demeure le maître mot, et là-dessus, le fondateur du bookclub est implacable : « Dans le cadre du club, on a le droit d'avoir des avis tranchés, mais on a surtout le droit de le dire à d'autres gens dans le respect et le calme. L'esprit, ce n'est pas de s'écharper, chacun doit avoir la place d'exposer ses arguments. » En bref : les polars, c'est oui. La polarisation, c'est non. À lire aussiFalmarès, poète guinéen exilé: «Il faut chercher la beauté, même si elle est loin»

Clair-obscur, c'est le titre de la nouvelle exposition de la Bourse de Commerce jusqu'au 24 août. Elle fait référence au clair-obscur du 16e siècle et à Caravage. Mais, cette fois, il s'agit d'art contemporain et moderne, issu de la collection Pinault. Ou comment les artistes recherchent la lumière dans le noir, un espoir en ces temps obscurs. À lire aussiLumière et inventivité: la réjouissante œuvre tardive de Matisse au Grand Palais

C'est la première fois que le peintre égyptien Hamed Abdalla, disparu en 1985, bénéficie d'une rétrospective en France. En ce moment, et jusqu'au 12 juillet 2026, l'Institut du monde arabe-Tourcoing rend hommage au peintre prolifique, inventeur du « mot forme », et dont le parcours nous informe autant sur sa propre trajectoire que sur celle de son pays. C'est la couleur, d'abord, qui saute aux yeux. L'exposition Hamed Abdalla : Signes d'Égypte a recouvert les murs de l'IMA-Tourcoing des teintes chères au peintre : l'ocre, le brun, mais aussi des rouges vifs, des verts profonds et des bleus électriques. Dès les premiers pas, plongée garantie donc dans l'univers du peintre, encore aujourd'hui relativement confidentiel en France. « C'est assez paradoxal, pointe la directrice du musée, Katia Boudoyan. Hamed Abdalla reste assez méconnu du public, alors même qu'il bénéficie d'une reconnaissance internationale dans le monde de l'art et dans les musées. » Et de reconnaissance, on en fait difficilement de plus éclatante : le peintre né en Égypte – pays auquel il est resté profondément attaché malgré ses exils successifs au Danemark et en France – est aujourd'hui exposé aussi bien à la Tate Gallery, à Londres, qu'au Metropolitan Museum of Arts à New York et qu'au Mathaf à Doha. « Il nous semblait donc important, poursuit Katia Boudoyan, de faire connaître au public cet artiste qui se caractérise aussi bien par la diversité de son esthétique que par son regard sur l'histoire égyptienne. » Un touche-à-tout des arts visuels La diversité de l'art selon Abdalla, d'abord. Sur la centaine de pièces récoltées auprès de la famille du peintre, on trouve aussi bien des lithographies que des peintures à l'acrylique ou à la gouache – mais aussi des supports plus surprenants. « Tout au long de sa vie, Hamed Abdalla n'a cessé d'expérimenter, sourit Nada Majdoub, la commissaire en charge de l'exposition. Il a peint à l'encaustique, s'est servi de techniques sur papier froissé, de papier de soie imbibé d'encre et roulé en boule. » Quelques mètres plus loin, elle renchérit : « Il a même peint avec du goudron ! » Ces explorations diverses et variées ont toutefois toutes une même ligne de vie : le mot-forme, une invention d'Hamed Abdalla, à la croisée entre calligraphie et figuration. Un « véritable pied-de-nez », selon Nada Majdoub, « puisque dans l'islam, la figuration est mal vue. » Ici, Hamed Abdalla trouve, dans l'écriture des mots arabes, des formes correspondant au sens du mot. Le mot « la guerre » prend par exemple la forme d'un taureau cornu sur fond noir, tandis que « la capitulation » se confond avec la représentation d'une silhouette prostrée. « Pour comprendre l'œuvre d'Hamed Abdalla, il faut bien distinguer la lisibilité et l'intelligibilité. La lisibilité, c'est, si l'on veut, la première couche, détaille Nada Majdoub. Mais, ce qui l'intéresse vraiment, c'est l'intelligibilité : pouvoir être compris par des personnes qui ne lisent pas l'arabe, ou qui ne savent pas lire, qui ne peuvent lire que les images. » Une œuvre profondément politique Les mots-formes d'Hamed Abdalla ont aussi rythmé – ou en tout cas gardé la mémoire – des soubresauts politiques de l'Égypte, et plus largement du Moyen-Orient. La guerre, la capitulation, ou au contraire la révolte et la liberté : autant de mots qui reflètent l'histoire de l'Égypte, à laquelle le peintre s'intéressait de près. « Son œuvre fait vraiment écho aux grands moments de l'Égypte de la seconde moitié du XXe siècle, appuie la directrice du musée Katia Boudoyan, qu'il s'agisse de moments douloureux ou de construction. » L'artiste a toujours porté un regard profondément engagé sur son pays, mais aussi sur ses voisins, et notamment la Palestine. Ce n'est donc « pas anodin » de lui consacrer une exposition en 2026, pointe l'historienne, « au regard de l'actualité qui frappe l'Orient et le Moyen-Orient. Son engagement est toujours d'actualité. » Et Nada Majdoub de conclure : « Ce que cette exposition essaie de faire, c'est d'expliquer l'histoire telle qu'elle est depuis un siècle, et de faire comprendre aussi que ce à quoi l'on assiste en ce moment n'a pas commencé aujourd'hui. Il s'agit de laisser cette histoire s'installer dans le temps long, et de l'observer à travers l'œil d'un artiste. » Les signes d'Égypte d'Hamed Abdalla n'attendent plus que d'être déchiffrés. À lire aussiAtiq Rahimi: l'écrivain et le dessin

Matisse 1941-1954, c'est le titre de l'exposition qui vient de s'ouvrir au Grand Palais, co-produite par le Centre Pompidou. Elle met en lumière la dernière période du peintre, de ses 70 à 84 ans, alors qu'il était gravement malade. Handicapé et diminué, il produira pourtant comme jamais. Une œuvre lumineuse foisonnante de couleurs, de formes et d'une créativité porteuse d'espoir. L'exposition rassemble 300 œuvres. Si la moitié viennent du Centre Pompidou, plus de 60 prêteurs ont permis de constituer des ensembles rarement montrés. À lire aussiLa joie de vivre de Renoir au musée d'Orsay à Paris

La 4ᵉ édition du festival Babel Music XP se tenait du 19 au 21 mars à Marseille, dans le sud de la France. Pendant trois jours et trois nuits, la ville est devenue l'épicentre méditerranéen des musiques actuelles du monde. Producteurs, managers, directeurs de labels ou de festivals : plus de 2 000 professionnels de l'industrie musicale venus du monde entier s'y sont rencontrés autour de conférences, de tables rondes ou encore de speed-meetings. Deux professionnels de la musique assis face à face autour d'une table avec dix minutes top chrono pour se rencontrer : c'est le principe des speed-meetings du Babel Music XP. L'une des sessions était entièrement dédiée aux musiques du Gabon. Parmi les représentants du pays présents, Jean Remy Ogoula Latif, directeur artistique de CAE Culture prod – La créativité africaine pour l'excellence, a un objectif très clair : « Que le monde sache qu'il y a des choses qui se passent au Gabon. Les rares fois où on entend parler du Gabon, c'est sur des questions politiques, alors que la culture est aussi présente, plein d'artistes viennent chez nous. Au-delà du Cameroun où on sait que ça bouge, de la RDC où on sait que ça bouge, du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du Bénin… le Gabon aussi bouge ! », s'exclame-t-il. Face à lui, plusieurs professionnels venus de différents horizons cherchent à collaborer ou à programmer leurs artistes dans différents évènements culturels du Gabon. D'autres, à l'inverse, cherchent des artistes gabonais à accompagner et à soutenir. À écouter dans Couleurs tropicalesLa sélection musicale de Charlayn, notre correspondante au Gabon La difficile question du financement Mais au-delà des affinités musicales et artistiques, la question du budget est centrale. Jean Remy Ogoula Latif pose constamment la question des subventions possibles via le ministère de la Culture, les collectivités territoriales ou les établissements publics, afin de faciliter le transport des artistes entre l'Afrique et l'Europe. « Un artiste à qui on peut payer un cachet de 1 000 euros ou 2 000 euros vient rarement seul. Ils sont à deux, trois, quatre, voire cinq. Quand chaque billet coûte 1 200 euros, on arrive vite à près de 10 000 euros. Pour 2 000 euros de cachet, c'est lourd. Donc on essaye de voir les mécanismes et les solutions pour pouvoir avancer », explique-t-il. Entretiens express, collaborations durables Bien plus efficaces que des échanges de mails impersonnels, les speed-meetings permettent de nouer un vrai contact et d'aborder sans détour les questions de budget ou bien encore de visas. Et même si les 10 minutes accordées passent souvent trop vite, les rencontres en présentiel fonctionnent mieux, les partenariats se mettent en place, et la magie opère. À lire aussiLa légende de la musique gabonaise Pierre Akendengué donne deux concerts à guichets fermés à Libreville

Beverly Buchanan, l'artiste afro-américaine, est en majesté au Fonds régional d'art contemporain (FRAC), à Metz dans l'est de la France. Née en Caroline du Nord en 1940, elle est d'abord éducatrice et agente de santé avant de se consacrer à l'art. Son inspiration prend sa source dans le monde rural et dans le mode de vie des communautés afro-américaines. Dessins, peintures, sculptures, collages ancrés dans la culture vernaculaire du sud des États-Unis témoignent de la richesse de son art.

« Ils ont voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines. » Inspirée par cette devise de résistance, une soirée musicale, poétique et politique rend hommage aux victimes du régime iranien. Sobrement intitulé Pour l'Iran, cet événement collectif réunit le 15 mars 2026 une vingtaine d'artistes iraniens et internationaux au New Morning. Une manière de faire résonner depuis Paris la détermination d'un peuple qui continue de réclamer démocratie et liberté. La programmation du concert est ici. À lire aussiDIRECT - Guerre au Moyen-Orient: début de la «phase décisive» contre l'Iran, dit Israël

Et si l'échec faisait partie de la réussite ? Jusqu'au 17 mai 2026, le musée des Arts et Métiers, à Paris, propose l'exposition Flops ?! Oser, rater, innover. L'occasion de s'offrir un bon moment de rigolade devant certains objets loufoques dont on comprend l'insuccès. Mais surtout, l'occasion de s'interroger sur la notion d'échec et de la dédramatiser. Les galeries du musée des Arts et Métiers ne désemplissent pas depuis la fin octobre. Petits et grands, de 7 à 77 ans, tous se pressent pour découvrir l'exposition Flops ?! Oser, rater, innover, aussi ludique que complète. On découvre, au fil du parcours, une poupée mangeuse de frites qui risquait de croquer les doigts de son propriétaire au passage ; un jeu de société conçu par Donald Trump et qui n'est pas passé à la postérité, les règles étant incompréhensibles ; une crème de jour au radium promettant une peau lumineuse ; ou encore une poupée Barbie « puberté » dont il fallait tordre le bras pour que sa poitrine pousse… Métaphysique du flop Au-delà de rire, il s'agit aussi d'analyser le flop. Dès l'entrée, le visiteur est plongé dans le bain : « On a voulu montrer les diverses raisons de l'échec, du bide, du flop », sourit Karine Alexandrian, la cheffe de projet de cette exposition. Eh oui ! Car faire un flop, ce n'est pas forcément la faute d'une idée absurde ou d'un problème technique. « On pense "flop" et on imagine une fusée qui explose ou le Titanic qui coule. Mais c'est beaucoup plus compliqué que cela ! », pointe doctement Karine Alexandrian. Le musée a identifié sept façons de « flopper » – mais, « le flop [étant] ancestral », d'autres façons de faire existent probablement ! Il y a donc le fameux problème technique, mais aussi l'idée trop en avance sur son temps – comme le fardier de Cugnot, sorte de voiture à vapeur ; la démesure humaine, qui pousse à sous-estimer la nature – le Titanic ! ; le fait de passer à côté de la bonne idée ; l'impraticité d'un objet ; ou encore le refus de l'usager d'adopter une invention. « L'idée, c'est de montrer que le parcours pour aller d'une invention à une innovation – c'est-à-dire, une invention qui a réussi – est parfois très chaotique », souligne la cheffe de projet du MuAM. Dédramatiser l'échec Au-delà de ça, il s'agit aussi de questionner notre relation à l'échec. « On a souvent l'impression que les objets tombent du ciel, précise Karine Alexandrian, et qu'ils sont déjà réussis. Or, le chemin vers la réussite est souvent jalonné de moult échecs. » Pour preuve : la section de l'exposition dédiée aux technologies récentes. On y retrouve des objets qui ne sont pas passés à la postérité, comme le Bi-bop, premier téléphone portable en France, qui nécessitait, pour communiquer, d'être à proximité d'une borne... et que son interlocuteur le soit, lui aussi, et au même moment ! Figure aussi, dans cette vitrine, la Wii U, échec commercial cuisant pour Nintendo. « Pourtant, sans la Wii U, il n'y aurait probablement pas la Nintendo Switch », pointe Karine Alexandrian. De même que le Bi-bop a probablement pavé la voie pour les communications mobiles telles qu'on les connaît aujourd'hui. L'échec n'est donc pas un drame, simplement une étape du parcours et une donnée à intégrer. « Un échec reste un échec, analyse le designer et architecte Philippe Starck, parrain de l'exposition. Pour ma part, je déteste l'échec et j'essaie de le fuir autant que possible. Mais en même temps, l'échec fait partie du parcours de création. Donc, face à l'échec, si l'on est positif et intelligent, on essaie de l'analyser et de s'en servir. » Flops ?!, un véritable succès ! Ce discours semble résonner pour les centaines de visiteurs qui se pressent chaque jour dans le musée. « On ne s'attendait pas à une telle affluence, souffle Karine Alexandrian. Mais je pense que cela fait du bien aux gens de voir que l'échec n'est pas forcément un drame. » Et peut-être particulièrement aux plus jeunes, dont les rires résonnent dans les allées de l'exposition. Mission accomplie ? « C'est un message qu'il nous semblait important de transmettre au public, et particulièrement au jeune public », se félicite en tout cas la responsable des collections. Un public qui se souviendra sûrement, en quittant le musée, que la maxime « qui ne tente rien n'a rien » est finalement assez juste... et même scientifiquement exacte ! Flops ?! Oser, rater, innover au musée des Arts et Métiers (Paris) jusqu'au 17 mai 2026. À écouter dans L'art de raconter le mondeAux Arts et Métiers, le top des flops !

Leonora Carrington est une figure culte au Mexique, à l'instar de Frida Kahlo. Pourtant, cette artiste reste méconnue en France. Le musée du Luxembourg répare cet oubli en lui consacrant la première grande exposition en Europe. Née en Grande-Bretagne en 1917 et décédée au Mexique en 2011, elle laisse après elle une œuvre foisonnante surréaliste, féministe avant l'heure, et empreinte de magie.

Depuis 1989, Dana Lixenberg sillonne les États-Unis, sa chambre photographique à la main. Peu connue en France, la photographe néerlandaise a pourtant immortalisé les plus grands (Prince, Donald et Ivana Trump, Jay Z) autant que des inconnus croisés au hasard de ses projets personnels. La Maison européenne de la Photographie, à Paris, lui offre sa première rétrospective française, qui dresse un portrait de l'Amérique entre paillettes et précarité, loin des clichés. Ils se font face, dans une même pièce : le rappeur Tupac Shakur, Ivana Trump, une condamnée à mort et plusieurs étudiants à l'université. Dès l'entrée dans l'exposition American Images à la MEP, le décor est posé : ici, il n'y a pas de traitement de faveur ; ici, on photographie tout le monde, avec les mêmes égards. Un procédé à la chambre photographique Car ce qui importe à la photographe néerlandaise Dana Lixenberg, arrivée pour la première fois aux États-Unis en 1989, ce n'est pas l'image publique ni les paillettes : c'est la rencontre. « Ce qui compte chez elle, c'est le regard de l'autre, la rencontre avec l'autre, sa dignité », pointe Laurie Hurwitz, la co-commissaire de l'exposition. Un échange que l'artiste facilite avec un procédé qui lui est cher : celui de la chambre photographique. « C'est un appareil qui est difficile à manier, il faut prendre son temps », explique Laurie Hurwitz. C'est ce temps, pour installer le matériel, le poser, que Dana Lixenberg met à profit pour capter l'intimité de son modèle, et saisir un instant de vulnérabilité – comme dans cette rare image d'une Ivana Trump abandonnée. L'artiste elle-même qualifie son procédé de « danse lente » avec ses sujets. « Ma façon de photographier requiert beaucoup d'attention. Il faut vraiment travailler avec la personne que vous prenez en photo ; et cela a posé les bases de tout mon travail, raconte Dana Lixenberg. Le premier regard, la première impression, ça ne m'intéresse pas. L'objectif, c'est toujours d'aller au-delà. » Une étape cruciale du travail de Dana Lixenberg consiste donc à photographier au Polaroïd ses modèles, avant de passer à la chambre photographique. « Cela me permet d'avoir une idée du résultat, de leur montrer, et de les mettre en confiance », explique la photographe… Avant d'ajouter, espiègle : « Ceci dit, parfois, je choisis de ne pas leur montrer, si ça risque de ne pas leur plaire ! » À lire aussi«Le Paris de tous les jours» du peintre franco-algérien, Bilal Hamdad, au Petit Palais Imperial Courts, un projet sans date de fin Ce procédé, qui a mené Dana Lixenberg sur la trace des plus grands noms des années 1990 – notamment dans la sphère hip-hop –, lui a aussi ouvert les portes d'Imperial Courts, quartier sensible de Los Angeles, où elle pose son appareil pour la première fois en 1993. À l'époque, la ville se remet tout juste des émeutes provoquées par le passage à tabac de Rodney King, un jeune homme noir tabassé par des policiers blancs. Les médias dépeignent les quartiers où ont eu lieu les émeutes sous un jour très négatif : danger, violence, misère. Fidèle à son précepte de ne jamais se fier au premier coup d'œil, Dana Lixenberg décide d'en avoir le cœur net. Ce qu'elle y découvre est très éloigné du portrait présenté à l'époque dans les médias : « En fait, c'est un quartier plein de vie ! », s'exclame-t-elle. Où la violence est présente, certes. Mais où l'on célèbre aussi des mariages et des naissances, où des jeunes filles s'apprêtent, où des morts sont commémorés. Tout cela apparaît au gré des photos prises ces 30 dernières années – car, inlassablement, Dana Lixenberg est revenue dans ce quartier. « Ce projet est devenu tellement personnel, souffle-t-elle. Les habitants du quartier m'ont vu traverser de nombreuses épreuves, vieillir... Et eux aussi sont devenus plus âgés, ils ont perdu des gens parfois ». Au fil de l'exposition, on découvre donc les mêmes personnes photographiées enfants, adolescents, puis pour certains, adultes. On suit, grâce au regard plein d'humanité de la photographe, les joies, les peines, les passages en prison. Comme une cartographie de la vie à Imperial Courts : « Ce travail est important pour eux ; en réalité, c'est leur mémoire ». Des projets de plus en plus intimistes et humanistes Peu à peu, avec le temps, Dana Lixenberg a abandonné les tapis rouges et le charme feutré des hôtels luxueux où elle rencontrait les personnalités les plus en vue de l'époque. Sans doute le début d'Imperial Courts a-t-il été une charnière ? En tout cas, ces vingt dernières années, la désormais sexagénaire a photographié les coins des États-Unis habituellement laissés dans l'ombre. Tel ce foyer d'accueil pour personnes sans abri, à Jeffersonville, dans l'Indiana. Loin des idées reçues sur le sans-abrisme, elle photographie ses sujets dans toute leur diversité : des hommes seuls, des enfants, des jeunes femmes apprêtées. Aucun contexte n'est donné sur ces images, seulement le nom et le prénom de la personne photographiée, comme pour les débarrasser de tous les stéréotypes qui pourraient leur coller à la peau. On sort de cette rétrospective étourdi par la diversité et le nombre des images. On revient sur le titre de l'exposition : American Images. Quelle image de l'Amérique, justement, ces photos donnent-elles ? « Elles apportent un regard nuancé, estime Laurie Hurwitz. Cette exposition montre l'image des États-Unis tels qu'ils voudraient être vus, mais elle montre aussi la grande fragilité de la vie en Amérique. » Dana Lixenberg, elle, se montre plus mystérieuse : « Je ne sais pas quelle image cela donne exactement. Je crois que cela, c'est à vous de me le dire. » Une image sans complaisance, assurément ; sans empathie, certainement pas. 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« Ici c'est Paris, Paris est magique » : tous les amateurs de football, amateurs du Paris Saint-Germain ou non, connaissent ce chant emblématique des supporters du club. Mais le PSG a décidé d'enrichir son paysage sonore, avec une initiative inédite : un laboratoire musical, où des dizaines d'artistes contribuent à renouveler les hymnes, jingles et chants du club. Une fois n'est pas coutume, l'ambiance au Parc des Princes n'est pas en gradins, ce samedi 28 février 2026, mais dans les loges des footballeurs du PSG. Le temps d'un week-end, ces dernières ont été converties en studios d'enregistrement. Et pour cause : 75 artistes planchent sur la nouvelle identité sonore du club. Depuis la veille, de 14 heures à 2 heures du matin, ces musiciens, producteurs et beatmakers réfléchissent aux futurs jingles buts, hymnes et chants de supporters du PSG – une mixtape est même en préparation. Ils viennent de 16 pays différents – France, Angleterre, mais aussi Brésil ou Japon –, et si certains sont déjà confirmés, pour d'autres, c'est la découverte. « Je suis archi-content », jubile ainsi RDN, jeune rappeur de région parisienne qui fait partie des trois profils « rookies » sélectionnés parmi plus de 1 000 dossiers en début d'année. « Je suis passionné de musique, mais aussi du PSG. Je suis un supporter du club depuis tout petit, alors j'ai même du mal à croire que je suis là ! », s'enthousiasme-t-il encore. Pour lui comme pour les dizaines d'autres artistes présents, ce week-end de « laboratoire musical » représente une véritable opportunité. L'occasion de rencontrer des professionnels du secteur, de recueillir leurs conseils, mais aussi d'alimenter leurs réseaux sociaux. Une ambiance studieuse Alors, pas question de s'éparpiller : même si, d'un studio à l'autre, l'ambiance est plus ou moins bruyante, elle est, dans tous les cas, studieuse. Il faut dire que les instructions données par le club sont claires, et pour le moins précises : « Les jingles doivent faire pour certains trois secondes, pour d'autres sept, parfois 30... Et on nous a aussi dit d'intégrer les chants des ultras », énumère ainsi Seysey, producteur et compositeur de 37 ans. À ses côtés, le pianiste Vulax, jeune révélation de 23 ans, souligne : « Dans tous les cas, ce sera épique ! » Une volonté claire : faire du PSG une marque transversale Si le Paris Saint-Germain a été si clair dans ses demandes, c'est aussi parce qu'il n'est pas question que de musique avec ce « Ici C'est Paris Music Lab ». « Ça va bien au-delà », martèle Julia Lenrouilly, la responsable activation de la marque. « C'est vraiment une déclaration d'intention de ce que veut être la marque PSG », poursuit-elle. Car même si le nom du club évoque inévitablement le foot, le Paris Saint-Germain est « bien plus que cela », assure-t-elle : une marque internationale et surtout transversale, qui ambitionne de poursuivre son développement dans des secteurs comme l'art, la gastronomie, la mode, et donc, bien sûr, la musique. Et qu'en est-il, dans tout cela, des supporters ? Le lien du club avec la musique a toujours été particulièrement fort… et les amateurs du PSG, spécialement tatillons. En 2021, le club avait tenté de changer la chanson traditionnelle d'entrée des joueurs sur le terrain – « Who Said I Would » de Phil Collins – pour la remplacer par un titre de DJ Snake. Pilule mal avalée par les supporters, et leçon bien retenue par le club : prudence est mère de sûreté. « On essaie de ne froisser personne, assure Julia Lenrouilly. On discute toujours avec nos supporters. Ils ont des porte-parole, et on discute globalement de nos projets. » Avec une certitude : quelle que soit l'issue de l'ICP Music Lab, le fameux hymne « Et tous ensemble on chantera », systématiquement repris en chœur au Parc des Princes, ne risque pas de disparaître de sitôt.

L'Institut Giacometti à Paris fait dialoguer pour la troisième fois un artiste contemporain avec les œuvres du grand sculpteur. Après Ali Cherri, le photographe et plasticien libanais, puis Marwan, le peintre syrien, c'est Huma Bhabha, l'artiste pakistano-américaine, qui pose ses œuvres hybrides face aux sculptures d'Alberto Giacometti.

Le musée du Jeu de Paume, à Paris, consacre en ce moment une exposition au photographe britannique Martin Parr, disparu en décembre 2025. À travers 180 photos issues de ses 50 ans de carrière, Martin Parr : Global Warning met en lumière les obsessions du photographe – le tourisme, la surconsommation, le réchauffement climatique –, mais aussi son humour, tantôt tendre, tantôt piquant, envers ses congénères. 29 janvier 2026. C'est avec une émotion palpable que Quentin Bajac, directeur du musée du Jeu de Paume et commissaire de l'exposition Global Warning, inaugure l'événement. Il connaissait bien Martin Parr avec qui il avait même publié, en 2010, un livre d'entretiens (Le Mélange des genres, édition Textuel, réédité en 2026). Surtout, les deux hommes avaient préparé ensemble cette exposition : « Martin était très enthousiasmé par ce projet », confie ainsi Quentin Bajac. Hélas, la maladie a emporté Martin Parr le 6 décembre 2025, quelques semaines à peine avant l'ouverture de Global Warning au Jeu de Paume – ultime ironie cruelle de la vie, pour un photographe qui aura manié cette forme si particulière d'humour toute sa carrière durant. À lire aussiLe photographe britannique Martin Parr est mort à l'âge de 73 ans 50 ans de carrière exposés C'est donc sans surprise que l'on retrouve la patte de Martin Parr tout au long de l'exposition, notamment « dans la sélection des photos, raconte Quentin Bajac. Nous l'avons faite ensemble. Il tenait vraiment à ce que chacune des décennies de sa carrière soit représentée. » On retrouvera donc aussi bien les photos désormais très connues de plages bondées et aux couleurs criardes, prises dans les années 1980 et 1990, que des images plus confidentielles, capturées dans les années 1970 (et en noir et blanc !) où l'on pressent déjà son envie de représenter les classes moyennes. En cinq décennies, Martin Parr a accumulé plus de 50 000 prises de vue dans ses archives – aujourd'hui stockées à la Martin Parr Foundation, à Bristol, en Angleterre, où il vivait. Impossible d'être tout à fait exhaustif ; en revanche, on peut clairement identifier certaines des marottes du photographe. « La société de consommation, le tourisme planétaire, le réchauffement climatique », énumère le directeur du Jeu de Paume. Autant d'axes autour desquels l'exposition est donc organisée, sans en oublier deux autres : l'addiction technologique et les rapports entre les humains et les animaux. « Ma ligne de front, c'est le supermarché » Ces thématiques sont loin de celles privilégiées par les confrères de Martin Parr à l'époque, aux premiers rangs desquelles les conflits et la pauvreté. « Il le disait : "Ma ligne de front, c'est le supermarché" », se remémore avec tendresse Quentin Bajac. On ne s'étonnera donc pas de croiser, ici, deux femmes retranchées derrière leurs caddies, semblant prêtes à retourner au combat ; là, un bébé dans un chariot de courses, quasi enseveli sous les couches et les paquets de viande bon marché ; ou, plus loin, des clients semblant sur le point de s'empoigner pour mettre la main sur le dernier pack de bière en promotion. Ces images pourraient sembler cruelles, elles dégagent pourtant une certaine tendresse pour l'espèce humaine. « Martin ne se mettait pas en surplomb, raconte Quentin Bajac. Il avait conscience de faire partie du problème : il voyageait énormément pour ses reportages, appréciait la plage et le shopping... » À lire aussi«Life's a Beach», Martin Parr exposé à Evian Un humour tout british Les constats posés par Martin Parr, une photo à la fois, pourraient aussi être déprimants. C'était sans compter sur sa touche bien à lui : son regard décalé, toujours de biais ; et surtout, « l'humour, fondamental. Parfois cruel, ironique, tendre... En fait, il n'y a pas un humour de Martin Parr mais bien des humours de Martin Parr », insiste le commissaire de l'exposition. Nous voilà donc amenés à sourire en coin tout au long de l'exposition. Le photographe lui-même en jouait d'ailleurs. « Les Français m'adorent parce que je me moque des Anglais : ça leur fait gagner du temps », s'était-il un jour amusé au cours d'une conférence. Le succès de l'exposition Global Warning ne l'a pas démenti : face à l'affluence, le musée du Jeu de Paume a décidé d'étendre ses horaires de visite. Martin Parr : Global Warning, au musée du Jeu de Paume (Paris) jusqu'au 24 mai 2026. À lire aussi«How Do You Feel?» nous demande Joel Quayson à la Maison européenne de la photographie

La nouvelle création du Théâtre des Amandiers à Nanterre nous fait découvrir un grand auteur contemporain suédois d'origine tunisienne. Christophe Rauck met en scène un diptyque de Jonas Hassen Khemiri. Dans Presque égal, presque frère, il est question d'une société régie par l'argent et le racisme. Des pièces menées tambour battant entre sketches, stand-up et performance.

Cap sur Berlin où se tient jusqu'au dimanche 22 février la 76ᵉ édition du festival international de cinéma. Un festival à l'ADN toujours très politique et qui confirme une tendance observée depuis quelques années : une attention particulière portée au cinéma africain. Comme en 2024, l'année qui vit le sacre de Dahomey de Mati Diop, trois films tournés sur le continent africain sont en lice pour le prestigieux Ours d'or. Les trois films sont Dao, d'Alain Gomis ; À voix basse, de Leyla Bouzid ; et SoumSoum, la nuit des astres, de Mahamat-Saleh Haroun. À lire aussiLa 76e Berlinale célèbre les cinémas du monde avec 80 pays représentés

Le reportage culture nous emmène dans les soirées « Open Mic », micro ouvert en français, où se détectent les nouveaux talents de la scène rap et R'n'B française. Bolon Sylla, jeune Sénégalais vivant en France, a lancé l'initiative « Talent Kaché ». Son objectif : mettre en lumière celles et ceux qui débutent. L'ambiance rappelle celle des battles de rap : DJ, lumière minimaliste et capuches de rigueur. À ceci près qu'il ne s'agit pas d'une compétition, mais d'une restitution, celle des huit sélectionnés de la saison 3 de Talent Kaché, ou TLK pour les intimes. Une initiative de détection d'artistes lancée sur les réseaux sociaux. « Notre connexion s'est faite sur Instagram, explique Uzibinski, et on s'est vu et l'alchimie est bien passée. Du coup, on a tourné directement avec TLK. » « En fait, ils présentaient un "open mic" dans un "event", raconte Realness, j'ai été très intéressée et c'est comme ça qu'ils m'ont recrutée, pour me proposer de faire partie de la saison 3. » Ces deux chanteurs ont eu droit, comme les huit autres sélectionnés, à l'enregistrement d'un clip suivi d'une performance scénique au Doc, lieu culturel du 19ᵉ arrondissement de Paris. « On m'a tendu la main et je fais pareil » Talent Kaché en est à sa troisième édition. Son promoteur, le Sénégalais Bolon Sylla, est arrivé en France en 2018. Il a connu les pires galères des jeunes migrants avant de trouver aide et assistance. « Je pense que c'est mon parcours qui m'a permis de faire cela, confie-t-il. Parce que moi aussi, on m'a beaucoup aidé en fait. Et je me suis dit : pourquoi ne pas partager ça avec les gens qui sont courageux et qui ont du talent ? On m'a tendu la main et je fais pareil. » La soirée de restitution se veut un tremplin pour des débutants souvent éloignés des projecteurs et des grands médias. Elise Allasia commence tout juste à percer. « J'ai quelques singles qui sont sortis sur les plateformes et j'ai aussi un EP en préparation. En attendant, je fais pas mal de scènes, j'ai fait beaucoup de premières parties. La première partie de Kimberose, liste la jeune chanteuse, Cerrone, Michel Fugain aussi, c'est assez éclectique... Et là, fin février, je fais la première partie de Ben l'Oncle Soul. » Pour Jiaceka ce type d'évènement sert aussi son réseau. « Si tu fais de la musique dans Paris, tu as toujours l'occasion de rencontrer des gens qui font des évènements, qui te proposent des choses, et puis on échange, on essaie d'apprendre les uns des autres, d'évoluer, de se faire connaître aux yeux des autres, d'un autre public. » Bolon Sylla n'est pas peu fier de ses poulains. Et surtout, de partager avec eux un moment de fraternité. « J'aime bien partager ma joie en fait et c'est ça aussi qui me pousse ». À écouter dans L'Invité cultureDans «DUB», le chorégraphe franco-sénégalais Amala Dianor crée l'union des danses undergound

Plus de cinq ans après sa mort, la figure majeure de la chanson française, Anne Sylvestre, continue d'inspirer les nouvelles générations. La comédienne et metteuse en scène Marie Fortuit et la chanteuse et pianiste Lucie Sansen se sont retrouvées autour de son répertoire, unies par l'envie de reprendre le flambeau de ses textes, sa musique, sa poésie et son engagement politique. Leur spectacle musical s'intitule La vie en vrai. Les dates de la tournée : - 10 février- Val de Reuil (27) Théâtre de l'Arsenal - 13 février - Noyal sur Villaine (35) L'intervalle - 14 février - Saint-Gilles (35) Commune de Saint-Gilles - 6 mars - Montivilliers (76) Service Culturel - 7 mars - Rouen (76) L'étincelle - 8 mars - Loiron-Ruillé (53) Théâtre les 3 chênes - 12 mars - Rumilly (74) Quai des arts - 13 mars - Ricamarie (42) Centre culturel - 16,17 mars - Troyes (10) Théâtre de la Madeleine - 21 mars - Lardy (91) Salle Cassin - 28 mars - Erstein (67) Musée - 7 avril - Loire-Authion (49) - 9 avril - Sené (56) Grain de Sel - 24 avril - Duclair (76) - Théâtre Duclair - 29,30 avril - Colmar (68) La Comédie de Colmar - 9 mai - Brétignolles-sur-Mer (85) Mairie - 15 mai - Crépy en Valois (60) Centre Culturel - 20,22 et 23 mai - Foix (09) - L'Estive

« Voix de Gaza », une soirée musicale et poétique, s'est tenue vendredi soir 6 février à l'Institut du monde arabe pour célébrer la fin de résidence d'artistes gazaouis bénéficiaires du programme Pause. Ce programme lancé par le Collège de France en 2017 a pour but de soutenir des artistes et chercheurs issus de zones en danger et d'être accueillis en France. Depuis l'attaque israélienne à Gaza, nombreux sont les artistes de cette enclave à avoir souscrit à ce programme. La soirée a réuni le groupe musical Radio Gaza entre pop, rock, rap et chansons traditionnelles ainsi que des poètes. Abu Joury fait du rap depuis 2001. Il a souscrit au programme Pause et bénéficie d'une résidence à Angers depuis un an avec sa famille. Il y retrouve d'autres musiciens palestiniens bénéficiaires du même programme. Ils fondent ensemble le groupe musical Radio Gaza, dont Abu Joury écrit les textes. « Le rap que j'écris, c'est mon histoire, celle de ma société. J'écris sur la politique qui interfère tellement dans nos vies. Sur les difficultés qu'on traverse au quotidien à Gaza. Aujourd'hui, je parle aussi de l'exil. Je n'aurais jamais cru que j'écrirais un jour là-dessus. Sur ma mère, restée à Gaza, et combien elle me manque. Sur ma maison où j'ai pu juste vivre deux ans avec ma femme avant de devoir partir. Mais y a-t-il des mots assez forts pour exprimer ce que je ressens ? Telle est la question. » Radio Gaza, c'est « un peu la fusion de tous ces styles » avec des instruments À Angers, c'est l'association Al Kamandjati basée aussi à Jérusalem qui accueille les artistes palestiniens. « Radio Gaza, c'est un collectif de ces musiciens qui sont arrivés en France en janvier 2025 et qui, petit à petit, comme ils avaient déjà joué ensemble, certains dans un groupe de rock, un des premiers groupes de rock de Gaza qui s'appelait Water Band. Il y avait aussi Abu Joury, le rappeur, et puis d'autres qui enseignaient la musique au Conservatoire de Gaza, donc musique traditionnelle... Ils se sont retrouvés tous ensemble ici et ils se sont dit : "On ne va pas faire du pur pop rock arabe. On ne va pas faire que du rap en arabe. On ne va pas faire que de la musique traditionnelle". Donc, c'est un peu la fusion de tous ces styles avec guitare, basse, batterie, saz, oud et des chants », explique Yacine Laghrour, coordinateur de l'orchestre. Une véritable renaissance pour les artistes palestiniens grâce au programme Pause et pourtant celui-ci a été suspendu par le Collège de France depuis le mois de janvier pour les artistes de Gaza. Les raisons officielles invoquées étant la difficulté de sortir de l'enclave. Une raison qui ne convainc pas les nombreuses institutions culturelles en France mobilisées pour accueillir les artistes palestiniens.

Depuis quelques mois, les toiles de Diego Velasquez et de Claude Monet, exposées au Petit Palais à Paris, ont de nouvelles connaissances avec qui échanger : les tableaux du Franco-Algérien Bilal Hamdad. Les toiles hyper réalistes de l'artiste dialoguent avec celles des grands maîtres de la peinture classique et donnent à voir un Paris qui, jusque-là, ne trouvait pas sa place dans les grandes institutions : celui de Barbès Rochechouart, de Châtelet-les-Halles, et des livreurs Deliveroo. Elle trône, imposante, dans la « galerie des grands formats » du Petit Palais : la toile Paname, conçue par le peintre Bilal Hamdad spécialement pour l'exposition qui lui est consacrée. Plus de trois mètres de hauteur et quatre de largeur, qui capturent sur le vif – et dans un style quasi-photographique – la sortie du métro Barbès-Rochechouart, quartier populaire de la capitale française. Avec cette toile, les vendeurs de maïs ambulants, les livreurs Deliveroo et les doudounes multicolores sont immortalisés aux côtés des Parisiennes du XVIIIe siècle et des scènes bibliques plus classiques qui peuplent habituellement les galeries du musée. Des étoiles dans les yeux, la directrice du musée, Annick Lemoine, réfute tout paradoxe : « Bilal Hamdad amène au Petit Palais le Paris d'aujourd'hui, mais en défendant une peinture qui s'inscrit dans l'histoire de l'art. Sa pratique est traditionnelle, académique : de l'huile sur toile, sur grand format. » Rien de plus logique donc que de l'inviter à prendre ses quartiers dans ce célèbre musée du centre parisien, habitué à faire dialoguer, tous les ans, des peintres contemporains avec les artistes historiques qui peuplent la collection. D'autant que, poursuit la directrice, Bilal Hamdad « insère dans ses œuvres, de manière extrêmement discrète, des références à ces peintures de maître qui l'ont nourri ». On pense par exemple à son Angélus, un jeune homme perché sur une rambarde d'escalier dans le métro. Où est la référence au célèbre Angélus de Jean-François Millet (1859) ? Subtilement cachée en arrière-plan. « Très discrètement, Bilal Hamdad a représenté une trace, comme une saleté, sur le mur derrière le jeune homme. Mais en réalité, cela reprend la silhouette du village, en arrière-plan de l'Angélus de Millet, détaille Annick Lemoine. Mais si on ne le sait pas, on ne peut pas le voir. » Une exposition pédagogique et aux accents politiques Pour rester accessible à celles et ceux qui ne seraient pas rodés aux milliers de références dont fourmille l'histoire de la peinture classique, le Petit Palais a truffé le parcours de petites explications. Les toiles de Bilal Hamdad sont donc fréquemment accompagnées de cartels pointant, lorsqu'il y en a, les clins d'œil à des tableaux passés. Car l'idée de cet événement était, précisément, d'ouvrir le champ de la culture à un public plus large que celui qui arpente habituellement les couloirs du Petit Palais. « On a fait le choix de défendre un jeune artiste, martèle Annick Lemoine, mais notre ambition, c'était aussi de faire venir, par cette exposition, des personnes qui n'auraient autrement peut-être pas franchi les portes du Petit Palais. Et c'est un fait, on a eu beaucoup plus de jeunes visiteurs, qui n'avaient jamais mis les pieds dans notre musée et qui ont, par ce biais, découvert le Petit Palais. » Le message politique du travail de Bilal Hamdad, lui, est plus discret – et surtout laissé à l'interprétation des spectateurs. Il se lit surtout dans le fait de « peindre des gens », comme le dit l'artiste, quelle que soit leur origine sociale ou ethnique, et de leur donner, toujours, la même importance. Une série, pourtant, se teinte d'un message plus franchement affirmé : ces tableaux – dont certains figurent au Petit Palais – de jeunes hommes étendus dans l'eau, morts ou endormis, l'histoire ne le dit pas. Sur l'une de ces toiles, au premier plan, un petit bateau en papier rouge fait une référence discrète, pas à l'histoire de l'art cette fois, mais bien à l'actualité. Dans son studio du XIXe arrondissement parisien, le peintre acquiesce : « Je voulais rendre hommage à toutes ces personnes qui traversent la Méditerranée – ou d'autres endroits du monde, d'ailleurs. » On ne se refait pas : l'inspiration lui est en premier lieu venue d'il y a plusieurs siècles, plus précisément du tableau Ophélie de John Everett Millais (1852). Un mélange des époques et des références qui a su séduire le public : pendant les six premières semaines de l'exposition, plus de 239 000 personnes ont franchi les portes du Petit Palais. À lire aussiAu Petit Palais, le street art s'invite aux côtés des œuvres classiques ►Bilal Hamdad, Paname, exposition à découvrir au Petit Palais (Paris) jusqu'au 8 février.

Cendrillon, mais autrement. À l'âge de 83 ans, Pauline Viardot signa un opéra‑comique où l'héroïne échappe au merveilleux pour s'inscrire dans une réalité plus humaine et sociale, loin du conte de Charles Perrault. Créée en 1904, cette œuvre renaît aujourd'hui dans une nouvelle production de la Co[opéra]tive, un collectif de scènes françaises qui va à la rencontre du public en dehors des grandes institutions lyriques. Revisitée par le metteur en scène David Lescot, cet « opéra de salon » miniature d'une durée de 1h10 est actuellement en tournée à travers la France pour plus de 70 représentations. À lire aussi«Anora» de Sean Baker: un Cendrillon moderne et déjanté, Palme d'or 2024 À lire aussiMariame Clément, metteuse en scène pour «Cendrillon» de Massenet à l'Opéra de Paris

Adapté d'un récit autobiographique, La Passagère met en scène, lors d'une croisière, la confrontation entre une ancienne gardienne SS et une survivante du camp d'Auschwitz. Longtemps censuré pour son supposé « humanisme abstrait », cet opéra, composé en 1968 par le musicien polonais juif Mieczysław Weinberg (1919-1996), est présenté pour la première fois en France, à l'Opéra national du Capitole de Toulouse. La Passagère, à voir jusqu'au 29 janvier 2026 à l'Opéra national du Capitole de Toulouse. À écouter aussiJérémie Dres mène l'enquête sur sa famille dans la BD «Les fantômes de la rue Freta» - Invité culture - RFI

Déconstruire les clichés par la danse et le hip-hop : c'est la mission que s'est donnée la chorégraphe marseillaise Marina Gomes. Sa trilogie — Asmanti, La Cuenta, Bach Nord — est affichée au festival Suresnes Cités Danse, en banlieue parisienne. Trois pièces pour raconter la résilience, la jeunesse et la puissance de création des quartiers populaires. Survêts, baskets, casquette… Des jeunes traînent autour d'un banc. Leur démarche nonchalante pleine d'attitude se mue en danse. « C'est une pièce qui se passe dans les quartiers populaires. Elle raconte différents moments du quotidien, différentes trajectoires, avec l'idée d'offrir un espace de représentativité à nos paroles, à nos récits, à nos vécus. Ce sont des fragments de vie, dans différents pays, à différents moments, mais on pourrait être dans un seul et même quartier », explique Marina Gomes. Originaire de Marseille, la danseuse et chorégraphe raconte la vie et son vécu dans les villes touchées par la violence et le narcotrafic. Après avoir composé Asmanti et Bach Nord, c'est en Colombie, à Medellín, qu'elle puise l'idée de la troisième pièce - La Cuenta – qui compose sa trilogie. « Là-bas, j'ai rencontré des collectifs de jeunes qui menaient un travail de mémoire et de résilience avec les familles de victimes. Ce qui m'a frappée, c'est la force de leur parole », raconte-t-elle. « Leur slogan était : “Nos vies comptent”, “chaque être assassiné était un être aimé”. Ils affirmaient que rien ne justifie l'homicide. Quand je suis rentrée à Marseille, cela a fait écho avec ce que nous traversions alors, notamment en 2023, l'une des années les plus sanglantes. Mais ce qui m'a marquée, c'est qu'en France, j'avais parfois l'impression qu'on comptait les morts, poursuit la chorégraphe. On les réduit à des chiffres, surtout lorsqu'on suppose, parfois sans rien savoir, un lien avec le narcotrafic. On ne s'émeut pas, alors qu'il s'agit souvent de mineurs ou de très jeunes personnes », déplore-t-elle. Ces constats soulèvent, selon elle, une question fondamentale : « Les enfants des quartiers populaires sont-ils considérés comme des enfants français ? Et les enfants racisés ? » Rendre des visages et des récits à celles et ceux qu'on réduit au silence Sur scène, des fleurs poussent sur des grillages, déplacés comme des cercueils. Le décor évoque un point de deal : un danseur, assis, encagoulé, attend, guitare à la main, tel un fusil. « Les cagoules renvoient à la déshumanisation. Les victimes sont souvent présentées comme des personnes sans visage, sans histoire, analyse Marina Gomes. Je commence donc par entrer dans le cliché — les “méchants”, les “criminels” — puis j'enlève les masques pour montrer qu'il y a des personnes, des histoires, des émotions, précise-t-elle. Nous dansons avec nos vêtements du quotidien. Ils font partie de la street culture. Ces codes sont immédiatement lisibles pour les jeunes et les publics issus du hip-hop, mais beaucoup moins pour les publics des théâtres. Il y a là un renversement de domination culturelle », souligne la chorégraphe. Une fête, des corps qui s'enlacent… puis des tirs. Lumière rouge sang. Lui veut se battre, elle le retient. « Je ne voulais pas parler seulement de celles et ceux qui meurent, mais de celles qui restent, dont on ne parle jamais, insiste Marina Gomes. On ne parle pas de ces familles meurtries, de ces femmes qui pleurent un enfant, un frère, un amoureux. La danse est un langage sans frontières, ni géographiques ni linguistiques. L'émotion est un terrain commun : face à quelqu'un qui ressent quelque chose, il est difficile de rester indifférent. Mon travail consiste à créer un espace où l'on partage la même émotion. À partir de là, le dialogue devient possible », conclut-elle. La danse comme émotion partagée et geste politique Faire danser les jeunes des quartiers est aussi au cœur de son engagement. Une vingtaine de lycéens de Nanterre participent au spectacle, comme Myriam, élève au lycée Joliot-Curie. « Tout le monde pense que ceux qui viennent de la banlieue font du trafic ou des affaires louches. Alors qu'en vérité, on est sérieux, déterminés, et on a aussi du génie, témoigne-t-elle. Faire ce spectacle de danse nous rend fiers et montre qu'on peut y arriver », ajoute la lycéenne. Du bitume à la scène, le hip-hop est aujourd'hui pratiqué par près de 600 000 personnes en France et s'impose comme l'un des arts vivants les plus populaires et fédérateurs du pays. Depuis plus de 30 ans, le festival Suresnes Cités Danse a contribué à faire entrer les danses urbaines sur les scènes institutionnelles, les reconnaissant comme un art chorégraphique à part entière. « Être ici, à Suresnes, avec ces trois spectacles, est symboliquement très fort pour moi, confie Marina Gomes. Quand un théâtre ouvre ses portes à des récits comme les nôtres, racontés sans compromis, c'est un geste politique. Cela dit que le vivre-ensemble est possible. »

On ne compte plus les œuvres d'art, films, romans ou bandes dessinées, qui parlent des parcours migratoires. Mais peu sont le fait de personnes exilées. Une bande dessinée, publiée par Fremok éditions, en fait partie. ID. Noires, récits d'exils des mains des sans-papiers a été créée par huit auteurs à partir du parcours de certains d'entre eux, membres de Baraka Grafika et d'un collectif de sans-papiers à Bruxelles. À lire aussiJusqu'au bout de la langue : comment traduire les récits des demandeurs d'asile ?

Dans le sud de la France, la ville de Nîmes accueille pour la 36ᵉ année le festival Flamenco, le plus ancien d'Europe en dehors de l'Espagne. Guitaristes virtuoses, artistes dont les voix s'élèvent en autant de chants tragiques, et chorégraphes qui ne cessent de revisiter cet art. Le flamenco prend ses quartiers au sein du public nîmois familier de cet art. L'un des spectacles phares de la programmation, Nocturna de la grande chorégraphe et danseuse Rafaela Carrasco, nous entraîne dans les profondeurs de la nuit. À lire aussi«Les Saisons» de Pomme sublimées par les circassiens Marie et Yoann Bourgeois

C'est une première en France : longtemps négligé par les historiens de l'art, le peintre Maurits Cornelis Escher bénéficie d'une grande rétrospective à la Monnaie de Paris jusqu'au 1er mars 2026. Celui qu'on surnomme le « mathémagicien » ne fascine pas que les scientifiques : ses trompe-l'œil et ses espaces impossibles ont marqué la culture hippie. Nicolas Pichon-Loevenbruck a visité l'exposition en compagnie de Jean-Hubert Martin, son commissaire. Montent-ils… ou descendent-ils ? Sur cette gravure, les personnages semblent prisonniers d'escaliers infinis. Avec cette illusion vertigineuse, Maurits Cornelis Escher, un artiste inclassable né en 1898 aux Pays-Bas et longtemps resté en marge, devient une icône des années 1970, séduisant jusqu'aux plus grandes stars. « Mick Jagger voulait avoir une couverture de lui et il s'est adressé à lui en lui envoyant une lettre. Escher a été très choqué par cette manière de s'adresser à lui, et donc il a refusé de la faire », raconte à ce propos Jean-Hubert Martin, le commissaire de l'exposition. Ce qui fascinait Mick Jagger et fascine encore les visiteurs, c'est le génie d'Escher pour le trompe-l'œil : des escaliers qui descendent quand on les monte, une cascade qui se déverse sur elle-même, des mains qui se dessinent seules... « Cette main se dessine elle-même, se renvoie à elle-même. Et pour bien nous montrer qu'il s'agit là totalement d'illusion, ces deux mains qui sortent de la feuille sont sur une feuille qui est, elle-même, punaisée sur un support », poursuit Jean-Hubert Martin. « Les mathématiciens et les savants ont été fascinés par les gravures d'Escher » Ces illusions n'ont rien de magique. Elles sont le fruit d'un travail minutieux, nourri par les mathématiques. Grâce à son frère physicien, Escher lit les travaux les plus avancés de son temps sur la perspective qu'il transforme en moteur créatif. Et, en retour, son art fascine les savants de son époque. « Les mathématiciens et les savants ont été fascinés par les gravures d'Escher justement parce qu'elles représentaient des figures géométriques dont ils pouvaient donner la formule mais qu'ils ne savaient pas représenter », reprend Jean-Hubert Martin. Mais chez Escher, pas d'aridité mathématique. Ses œuvres sont, avant tout, des jeux pour le spectateur, comme Métamorphose, l'un de ses chefs-d'œuvre. Sur cette gravure longue de quatre mètres, Escher joue avec notre regard : un échiquier se transforme en salamandre, puis en une multitude d'hexagones, puis en une ruche d'où s'échappe une nuée d'abeilles qui, à leur tour, deviennent des cubes. « Et ces cubes donnent naissance à une ville qui elle-même se termine par un échiquier : tout cela est un grand jeu pour lui. » Faire l'expérience de l'infini Comme pour nous inviter à entrer dans le jeu d'Escher, les commissaires de l'exposition ont imaginé des espaces immersifs où l'on se promène au cœur des géographies paradoxales du peintre néerlandais. « On entre dans une sorte de palais des glaces. Sur un certain nombre de surfaces sont représentées des gravures d'Escher, mais qui sont ici animées pour donner le sentiment de l'infini en réalité », explique Jean-Hubert Martin. Faire l'expérience de l'infini : c'est ce que les hippies ont cherché dans l'œuvre d'Escher, qu'ils ont propulsée sous les projecteurs - une influence toujours bien vivante chez les artistes, musiciens et designers d'aujourd'hui auxquels l'exposition consacre sa dernière salle.