Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Economie, votre rendez-vous de l'Economie africaine sur RFI. *** La chronique Afrique Economie diffusée le dimanche est remplacée pa…

L'Agence internationale de l'énergie pointe dans son rapport annuel, publié en fin de semaine dernière, les tensions sur la disponibilité des minéraux critiques et une hausse importante des prix de certains d'entre eux. Le continent africain est évidemment un acteur central dans cette compétition mondiale et tente de tirer son épingle du jeu par différents moyens. Il y a d'abord le levier de l'offre et les répercussions sur les prix. L'année 2025 a été marquée par une hausse des cours d'un grand nombre de ces métaux critiques. « Les prix des métaux de base tels que l'aluminium, le cuivre et l'étain ont augmenté d'un tiers entre janvier 2025 et avril 2026, avec des cours du cuivre qui ont atteint des sommets. Les prix des matériaux destinés aux batteries se sont également redressés après une baisse en 2023 et 2024 », détaille Tim Gould, l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie. Le conflit au Moyen-Orient est en cause, mais pas seulement : « Les prix du lithium ont plus que doublé, tandis que ceux du cobalt ont augmenté d'environ 130%, en grande partie en raison des restrictions à l'exportation imposées par la République démocratique du Congo. » Après avoir suspendu les exportations de cobalt, la RDC a remplacé l'interdiction par un système de quotas. Kinshasa n'est pas le seul producteur africain à jouer sur ce levier. Tim Gould lors d'une présentation du rapport : « Ce que vous voyez actuellement à l'écran, c'est une forte augmentation du nombre de restrictions commerciales. Désormais, il ne s'agit plus seulement de la Chine. D'autres pays ont également mis en place de nouvelles restrictions, notamment le quota d'exportation de cobalt imposé par la RDC, que j'ai déjà mentionné, ainsi que les restrictions commerciales imposées par le Zimbabwe sur le lithium, par le Mozambique sur le graphite. » Madagascar mise sur son graphite Si l'AIE note une baisse des dépenses dans l'exploration minière, certains pays profitent néanmoins de l'engouement pour certains minerais. Au début de l'année, Madagascar a levé son moratoire sur les permis miniers, rouvrant la porte aux investisseurs. Une aubaine, notamment dans le domaine du graphite dominé actuellement par la Chine. « Les pays occidentaux, on va dire, que ce soit des Européens ou des Canadiens, ou des Américains ou des Australiens, sont à la recherche de ressources en graphite. Et il se trouve qu'il y en a à Madagascar. Ce qui permettrait in fine d'acquérir une certaine indépendance vis-à-vis de la Chine », remet en contexte Jean-Jacques Young, consultant minier et fin connaisseur de l'île. Et Madagascar, qui dispose de l'une des trois plus grosses réserves mondiales de graphite, a sa partition à jouer. « Madagascar a une position très privilégiée dans le secteur du graphite, parce que les réserves sont importantes. Elles sont réparties sur plusieurs territoires dans le pays. Donc oui, effectivement, il y a un certain nombre d'investisseurs qui développent aujourd'hui des projets de mine de graphite. C'est tout à fait exact », confirme l'expert. Les États du continent restent cependant largement tributaires d'investissements extérieurs, du manque d'infrastructure énergétiques. Dans un moyen terme beaucoup misent sur la transformation locale pour améliorer encore plus le profit tiré de leur sous-sol. À lire aussiRDC: l'entreprise minière Kamoto Copper company, filiale du groupe Glencore, placée sous scellé

Indispensables à des pans entiers de l'économie mondiale, les cours des minéraux critiques ont bondi en 2025 et en cette première moitié de l'année, met en avant dans son rapport publié ce jeudi l'Agence internationale de l'énergie. Les prix du lithium ont doublé, les prix ont augmenté de +130 % pour le cobalt. Pourtant, le continent africain, qui possède près d'un tiers des réserves mondiales, profite peu de cette manne financière. Pour plus de revenus, les autorités africaines souhaitent plus de transformation locale. De notre correspondant à Abidjan, Le lithium, le cobalt, le cuivre ou encore le graphite sont devenus les matières premières les plus convoitées de la transition énergétique. Le continent africain concentre près de 30% des réserves mondiales de minéraux critiques, pour une valeur estimée à environ 29 500 milliards de dollars. Pourtant, la majeure partie de ces minerais quitte encore l'Afrique sans être transformée. Ce qui représente un manque à gagner pour le continent, explique le docteur Albert Kouadio, spécialiste des mines extractives : « Lorsqu'un pays donne des permis de recherche à des entreprises étrangères à l'extraction, au mieux, il a un retour de 10%. Le cœur des industries, ce sont les minéraux. Si l'Afrique veut être développée, on doit chercher des stratégies pour préserver notre sous-sol. » L'enjeu dépasse le simple raffinage. L'ambition est de fabriquer sur le continent des composants, voire des produits finis. Une manière de créer davantage d'emplois, de développer une industrie locale et de capter une plus grande part de la richesse générée par ces ressources. « Il ne faut pas s'arrêter aux premières transformations. Ce n'est pas qu'une question de raffinage et de process. Il faut aussi aller en aval des chaînes de valeur. Ça veut dire transformer soi-même, capter les primes d'aval. Cela veut dire les primes de marque, les primes de distribution », estime Othman El Ferdaous, l'ambassadeur du Maroc en Côte d'Ivoire. Énergie et coopération Mais cette ambition ne pourra se concrétiser sans une énergie abondante, fiable et à un coût compétitif. Car raffiner les minerais, fabriquer des composants ou assembler des batteries sont des activités très gourmandes en électricité. Pour le diplomate marocain, l'un des préalables à cette industrialisation passe par le renforcement des infrastructures énergétiques à l'échelle du continent. « Il y a un projet continental, le gazoduc africain atlantique qui réunira le Nigeria au Maroc puis vers l'Europe. C'est très important parce qu'il va desservir plus d'une dizaine de pays, souligne encore le diplomate. Et tous ces pays côtiers vont pouvoir avoir du gaz africain pour transformer avec des centrales de cycle combiné et produire de l'électricité industrielle compétitive. » La Côte d'Ivoire, qui a récemment accueilli un forum sur le sujet, entend se positionner sur cette nouvelle chaîne de valeur. Moins en vue sur la question, le pays dispose cependant lui aussi des minéraux critiques dans son sous-sol, principalement dans sa moitié ouest. Mais pour transformer ces ressources et bâtir une véritable industrie africaine, aucun pays ne pourra agir seul, estime le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie. « Pour un minerai critique donné, il y a tel nombre de pays qui pourraient se mettre ensemble pour l'exploitation et il y a d'autres pays qui pourraient venir pour la transformation du semi-fini avant qu'on aborde le marché international », argumente Mamadou Sangafowa Coulibaly. Pour y parvenir, encore faut-il mobiliser les financements. Le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, assure que l'institution accompagnera le développement de chaînes de valeur régionales. À lire aussiEn Zambie, à qui profite la richesse minière?

En Zambie, dans la province de la Copperbelt, se trouvent d'immenses réserves de cuivre et d'autres minerais de la transition, essentiels pour la fabrication des batteries électriques. Une région stratégique pour toutes les grandes puissances mondiales qui souhaitent s'accaparer ces minerais et pour la Zambie qui espère tirer profit de ces ressources pour sortir de son endettement évalué à environ 30 milliards de dollars en 2024. Le président sortant, Hakainde Hichilema, candidat à sa propre succession, a ainsi fait une promesse de campagne : tripler la production de cuivre pour renflouer les caisses d'un État déclaré en faillite en 2021. Mais sur place, le constat est amer. De notre envoyé spécial à Chingola, Pour répondre à la question que vous rapportent les mines de cuivre ? Eugene Mulanga de la fondation Caritas nous emmène au bord de la rivière Kafue : « C'est ici à Chingola que la pollution des mines est la plus importante, dénonce-t-il. Pollution de la rivière et de ses rives mais également pollution du sol. C'est pour ça que la plupart des agriculteurs sont affectés, ainsi que la faune et la vie aquatique. Je crois que c'est le pire endroit de Zambie tant la pollution est répandue. » Depuis des années, des entreprises minières rejettent illégalement leurs résidus dans la rivière. Et le bilan est désastreux. Tout est contaminé aux métaux lourds. La rivière et les poissons bien sûr, mais également les sols, l'air et même l'eau du robinet. Une catastrophe écologique, sanitaire et économique qui fait enrager Felix Chipoya, directeur de l'Alliance territoriale, une ONG locale. « Quand les sols sont contaminés, cela signifie que les agriculteurs doivent utiliser davantage d'engrais. Or ces engrais sont de plus en plus chers et les petits producteurs ne peuvent pas les acheter. Tout ça pourquoi ? Parce que les sols sont pollués. Donc, les agriculteurs s'enfoncent dans la pauvreté. Ce n'est pas ça le développement », s'irrite-t-il. À lire aussiEn Afrique, la course aux minerais stratégiques bat son plein sur la «ceinture de cuivre» Pour une « situation gagnant-gagnant » C'est tout le paradoxe de la Copperbelt. Une région extrêmement riche dont la population reste très pauvre. Car ces immenses réserves de cuivre, exploitées par des multinationales étrangères, n'ont pas permis son développement. « Le premier objectif des investisseurs, c'est de faire des profits. Mais, de la même façon qu'ils font des profits, nous aussi, les Zambiens, nous devons en tirer des bénéfices », insiste Felix Chipoya. En 2022, près de 65 % de la population zambienne vivait avec moins de 2 dollars par jour. Pour redresser la situation, l'actuel président Hakainde Hichilema, candidat à sa propre succession lors de la prochaine élection présidentielle d'août 2026, souhaite tripler la production de cuivre du pays. Encore faut-il que cette future manne financière profite réellement au pays. « Nous pensons qu'il est tout à fait possible d'arriver à une situation gagnant-gagnant, plaide Eugene Mulanga. D'autant plus que le cuivre, le cobalt et tous ces minerais sont très recherchés dans le monde. Nous aimerions que le gouvernement adopte une autre approche, en taxant davantage l'industrie minière ». Pour les habitants de la Copperbelt, il est temps que les mines de cuivre leur apportent autre chose que la pollution. À écouter dans Grand reportageZambie : dans la Copperbelt, des minerais et des larmes

Et si la lutte contre l'insécurité alimentaire en Afrique passait par la culture et la consommation d'algues ? C'est une ressource abondante, facile à cultiver, peu consommatrice d'énergie, riche en protéines et en fibres et pourtant largement sous-exploitée. Certains pays du continent font tout de même office de précurseurs. À lire aussiMadagascar: à la recherche d'une souche 100% malgache pour booster la culture de l'algue

Le Gabon souhaite tirer bénéfice d'un regain d'intérêt international pour l'iboga, dans le cadre de la lutte contre la dépendance aux opiacés, en particulier aux États-Unis. Les autorités ont récemment renforcé le cadre légal de l'exploitation de cet arbuste endémique symbolique du pays, car associé aux rites traditionnels. Ses promoteurs espèrent la formation d'une véritable filière pour contrer le marché noir. De notre envoyé spécial de retour de Libreville, Ulysse Bekale est aménagiste au village Grand Bolokoboué, près du Cap Esterias, un projet de développement agricole de l'ONG gabonaise Initiative-développement-recherche-conseil (IDRC Africa) qui inclut l'iboga en plus du maraîchage et d'un élevage avicole. « C'est notre patrimoine, nous devons le protéger », plaide-t-il. Mais il déplore l'exploitation de l'iboga par des étrangers sans réel profit pour le Gabon. « Pourquoi on ne le transforme pas chez nous ? Nous pouvons dupliquer et faire de ça un médicament national », suggère-t-il. Lui-même a le projet d'étendre les plantations d'iboga sur cinq hectares. La transformation, Yoan Mboussou l'a déjà entamée. « Gélules d'écorce râpée, on fait des chocolats à base d'iboga, on fait des liqueurs à base d'iboga et tout ça, ça s'appelle le Mayay », détaille le médecin qui tente de développer les produits dérivés de l'iboga qu'il conçoit dans son laboratoire. Il loue le potentiel économique des plantes traditionnelles du Gabon. « C'est en faisant d'abord la promotion des méthodes thérapeutiques, en créant des centres justement où les personnes pourront venir expérimenter la prise d'iboga dans un cadre sécurisé. Il faut que le Gabon arrive à unifier autour de lui la recherche médicale autour de l'iboga. Il faudrait que nous puissions disposer d'un plateau technique compétent, qui nous permet d'extraire les principes actifs de nos différentes plantes médicinales afin de s'arrimer aux normes internationales de qualité et de sécurité », détaille-t-il. À lire aussiGabon : le bois d'iboga, convoité par tous les laboratoires du monde Politique de recherche et développement Fin mai, le gouvernement a pris un décret encadrant l'accès, l'utilisation, l'exploitation, la recherche, la transformation et la commercialisation de l'iboga, de ses dérivés et des savoirs traditionnels associés. Yoan Mboussou s'en félicite, il attend désormais davantage. « Maintenant, le deuxième point, c'est d'accompagner les acteurs qui ont déjà commencé à s'intéresser à cette plante, c'est-à-dire les agriculteurs, les transformateurs, et de mettre en place toute une politique de marketing et de diplomatie culturelle autour de la plante de l'iboga », espère-t-il. Aux États-Unis, l'administration Trump pousse pour accélérer les recherches sur les effets de l'iboga dans la prise en charge des dépendances aux opiacés et des syndromes post-traumatiques. Psychotrope puissant, potentiellement dangereux si consommé sans supervision, l'iboga est considéré comme stupéfiant et interdit dans plusieurs pays, dont la France. À écouter aussi« Visions chamaniques » : de l'ayahuasca au Pérou à l'iboga au Gabon

Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Ghana renforcent leur contrôle sur leur secteur aurifère, les compagnies minières internationales réorientent leurs investissements vers des pays jugés plus prévisibles. La Côte d'Ivoire, la Guinée, mais aussi la Mauritanie et le Sénégal espèrent profiter de cette redistribution. La ruée vers l'or se poursuit en Afrique de l'Ouest. Les États multiplient les efforts pour attirer les investissements dans l'exploration et l'exploitation aurifères. Dans ce contexte, la Côte d'Ivoire et la Guinée apparaissent aujourd'hui comme les destinations les plus attractives pour les groupes miniers, profitant notamment des hésitations des investisseurs à développer de nouveaux projets au Mali, au Burkina Faso ou au Ghana. En Côte d'Ivoire, le gigantesque projet Koné entrera en production avant la fin de l'année, avec plusieurs mois d'avance sur le calendrier initial. Située près de la frontière malienne, cette future mine continue de gagner en importance : ses ressources sont désormais estimées à plus de 6,3 millions d'onces d'or. À lire aussiMontage Gold: la success story minière du moment en Côte d'Ivoire La société canadienne Montage Gold poursuit parallèlement ses investissements dans le pays, avec l'acquisition du projet Didievi auprès d'African Gold. « Un projet comme celui de Koné n'est possible aujourd'hui que grâce aux investissements que le pays a réalisés dans les infrastructures et l'énergie. Nous avons acheté un deuxième projet, celui d'African Gold à Didievi. C'est un projet très prometteur. Cela montre notre volonté de continuer à accroître notre présence en Côte d'Ivoire grâce au potentiel géologique et à la stabilité économique du pays », explique Martino De Ciccio, PDG de Montage Gold. Des investisseurs en quête de stabilité La Côte d'Ivoire et la Guinée profitent d'un contexte régional marqué par la prudence des grands groupes miniers. Au Mali, au Burkina Faso et au Ghana, les gouvernements ont engagé une reprise en main de leur secteur aurifère, en renforçant le contrôle public et en augmentant la part des revenus captée par l'État. À lire aussiLe Burkina Faso suspend l'exportation de la production artisanale d'or La Mauritanie entend également tirer parti de cette redistribution des investissements. Le pays met en avant un important potentiel géologique et un cadre réglementaire jugé rassurant. « La Mauritanie dispose d'un bon potentiel parce qu'elle possède encore de vastes zones qui n'ont pas été explorées. Beaucoup de sociétés vont aujourd'hui en Côte d'Ivoire, mais aussi en Mauritanie. Nous avons de nombreux permis qui viennent d'être libérés. Notre force, c'est bien sûr la géologie, mais aussi le cadre légal et réglementaire. Les conditions sont très claires, les accords sont respectés et les investisseurs bénéficient d'une véritable visibilité sur leurs projets miniers », souligne Ahmed Taleb Mohamed, conseiller au ministère mauritanien des Mines. Le Sénégal souhaite lui aussi développer davantage son industrie aurifère. Trois mines industrielles sont déjà en activité dans la région de Kédougou, exploitées notamment par Endeavour Mining et Resolute Mining. Mais les audits lancés par le nouveau gouvernement sur plusieurs contrats miniers suscitent des interrogations chez certains investisseurs. « Les investisseurs aiment la stabilité. Si à chaque changement de gouvernement certaines conventions ou certains contrats sont remis en question, cela peut poser un problème pour les futurs investisseurs. Un projet minier repose sur un modèle économique construit sur plusieurs années. Les investisseurs ont besoin de stabilité. Je pense que les autorités l'ont compris et que c'est ce qui permettra d'attirer d'autres investisseurs. Car le potentiel est là, il est énorme », estime Ousmane Mbaye, président de la Chambre des mines du Sénégal. En 2025, le secteur minier représentait environ 4 % du PIB sénégalais et 31 % des exportations du pays. Avec une production de 10,4 tonnes d'or, le métal jaune constitue désormais la première ressource minière du Sénégal. À lire aussiGhana: l'État accentue sa mainmise sur l'exploitation de l'or dans le pays À lire aussiEn Afrique, la ruée vers l'or motivée par son cours historiquement haut

La ligne ferroviaire du Trans-guinéen, construite dans le cadre du projet minier Simandou, est désormais achevée. Longue de 650 kilomètres, elle relie la Guinée forestière au port de Morebayah, au sud de Conakry. Pour l'heure réservée au transport du minerai de fer, elle devrait accueillir ses premiers voyageurs dès 2027, selon la Compagnie du Trans-guinéen. La Compagnie du Trans-guinéen (CTG), propriétaire et exploitante des infrastructures ferroviaires, monte progressivement en puissance. Au total, 150 locomotives et 7 000 wagons ont été commandés et sont livrés au fur et à mesure. L'objectif est d'atteindre un transport de 10 millions de tonnes de minerai de fer par mois. Mais la ligne ne sera pas exclusivement dédiée à l'activité minière. Les premiers trains de voyageurs devraient circuler dans le courant de l'année 2027, assure Barry Mamoudou Nagnalen, président du conseil d'administration de la CTG. « Nous avons des trains miniers, des trains de marchandises pour les produits miniers, mais aussi pour les produits agricoles. Il faut le savoir, le projet Simandou s'est développé dans l'une des zones agricoles les plus importantes du pays. Et c'est également pour transporter les passagers, parce que les accords prévoient la mise en service de 20 trains par semaine pour transporter les personnes et leurs biens. (...) Nous voulons que la première gare soit construite avant un an. Courant de l'année 2027, il y aura du transport de passagers. » Au total, dix gares sont prévues, de Bella à Forécariah, en passant par Mamou. Certaines accueilleront des voyageurs, tandis que d'autres seront exclusivement consacrées au fret. Le réseau devrait permettre jusqu'à deux allers-retours quotidiens pour les passagers. Des interrogations sur l'accessibilité et le prix des billets Le projet suscite toutefois des interrogations. Pour Amadou Bah, directeur exécutif de l'ONG Action Mines Guinée, la localisation des gares sera déterminante pour garantir le succès du transport ferroviaire de voyageurs. « Le Trans-guinéen est excentré de la plupart des villes. Quel dispositif devra être mis en place pour faciliter l'utilisation du chemin de fer par les voyageurs, mais également par ceux qui ont à convoyer du fret ? La question du prix se pose également, puisque voyager en train devrait normalement être plus abordable que d'autres moyens de transport. Pour le moment, nous n'avons aucun indice permettant de savoir à quel tarif les citoyens pourront voyager. » La CTG promet de son côté des billets à des tarifs « décents et accessibles ». La compagnie assurera elle-même la gestion de la ligne, même si elle n'exclut pas de faire appel à un sous-traitant pour l'exploitation du transport. Barry Mamoudou Nagnalen assure que les recrutements sont déjà bien engagés. « Toutes les infrastructures logistiques sont gérées par la CTG, qui continue à recruter et compte aujourd'hui environ une centaine d'employés. Les sous-traitants emploient déjà près d'un millier de personnes. Nous avons commencé l'exploitation et nous ne faisons que monter en puissance. La Guinée commence déjà à prendre sa place dans le monde en matière d'exploitation du minerai de fer de qualité. »La compagnie affirme enfin que le travail de localisation des futures gares est quasiment achevé

La RDC essuie un lourd bilan de la pandémie d'Ebola à virus Bundibugyo. Le dernier bilan fait état de 506 décès et 1 561 cas confirmés recensés dans le pays. Au-delà de l'aspect sanitaire, cette épidémie impacte également lourdement l'économie du pays et de la région. Depuis la fermeture de la frontière avec l'Ouganda fin mai, Aïsha Kalumba, commercante à Goma, peine à faire vivre son affaire. « C'est compliqué. Il y a tant de pertes. D'abord, on ne vend plus, il n'y a pas d'entrée de marchandises et nous-même, nous sommes bloqués », témoigne-t-elle au micro de RFI. Des conséquences, qui se font ressentir directement dans son porte-monnaie. « Depuis le début de la crise, j'ai perdu beaucoup d'argent. À la fin du mois, je pouvais avoir un bénéfice de 2 500 ou 3 000 dollars, mais aujourd'hui à la fin du mois, on se retrouve avec 400 dollars ». Aïsha n'est pas un cas isolé. Christophe Lonema Mukwa esr le président de la Fédération des entreprises au Congo dans la province de l'Ituri. « Nous avons constaté qu'il y a un impact vraiment négatif de cette épidémie Ebola chez nous. Pourquoi ? Parce qu'il y a des restrictions. Nous n'avons pas de vols, la frontière avec l'Ouganda est fermée. On ne peut pas parler de commerce sans déplacements. Nous avons des difficultés pour nous ravitailler en produits de première nécessité, témoigne-t-il. On constate aussi la rareté de certaines denrées alimentaires ici en Ituri. Donc en général, ça joue négativement sur l'économie et ça pénalise les opérateurs économiques. » Un million de personnes pourraient basculer dans l'extrême pauvreté L'agence de développement des Nations unies alerte sur cette crise qui menace de faire basculer près d'un million de personnes supplémentaires dans l'extrême-pauvreté en RDC. Dans un scénario optimiste, le pays essuierait une perte d'un milliard de dollars de son PIB et la destruction de 55 000 emplois. Le scénario pessimiste estime les pertes à près de 3,6 milliards de dollars à l'échelle du continent. « D'abord, l'épidémie coûte cher et le gouvernement de la RDC a déjà décaissé 50 millions de dollars pour soutenir la riposte plus les contributions des partenaires internationaux », détaille Damien Mama le représentant résident du PNUD en RDC. « Lorsque le PIB se contracte et que les espaces budgétaires sont sous pression, de façon automatique, les conséquences sont telles que le gouvernement est bien obligé de reprioriser les investissements à faire et de mettre plus de ressources dans la riposte, au détriment, d'autres secteurs qui sont très importants, qui sont liés aux services essentiels : l'éducation, l'eau et l'assainissement, la santé et tout le reste », pointe le Damien Mama. Pour limiter les impacts économiques, le PNUD conseille d'ouvrir les frontières sous contrôle sanitaire stricte, de renforcer le soutien aux populations les plus vulnérables et appelle à préserver les dépenses sociales essentielles.

À Yamoussoukro, les terrains prennent de la valeur et les chantiers poussent à vue d'œil. La capitale politique ivoirienne est en train de devenir l'un des nouveaux pôles de l'investissement immobilier du pays. Une ruée vers le foncier qui redessine aussi les villages et soulève la question de l'avenir des terres agricoles. Avec notre correspondant à Yamoussoukro, Muni de son drone, Francis Djaha fait découvrir les parcelles qu'il commercialise à des clients potentiels. D'ici, la vue est imprenable sur la basilique, l'un des monuments les plus emblématiques du pays. Vu du ciel, des dizaines de lots sont déjà délimités. Selon l'emplacement et la superficie, les terrains se négocient entre 15 et 40 millions de FCFA. Agent immobilier depuis cinq ans, Francis Djaha constate un intérêt grandissant pour Yamoussoukro : « On a des particuliers qui veulent construire des logements résidentiels, des industriels. On a des commerciaux qui veulent des lots pour des bureaux, des gens qui veulent des terrains agricoles. On a aussi des gens qui veulent acheter des maisons toutes faites. » Dans plusieurs quartiers, les chantiers se multiplient et les investisseurs affluent. Si la capitale politique attire autant, c'est d'abord parce que le foncier y reste disponible. Mais ce n'est pas le seul argument. « Les routes sont très grandes, au point que l'on circule facilement d'un point à un autre. Et puis la ville est très paisible. Les infrastructures que le président Houphouët-Boigny a construites à Yamoussoukro permettent de se différencier des autres villes. Et puis on est au centre. De Yamoussoukro, on peut aller facilement partout », détaille encore Francis Djaha. Des terres arables grignotées Des atouts qui séduisent de plus en plus d'acquéreurs. Certains viennent d'Abidjan, d'autres de l'intérieur du pays ou encore de la diaspora, attirés par des prix encore jugés accessibles et par les perspectives de développement de la capitale politique. C'est le cas de ce chef d'entreprise, qui préfère garder l'anonymat. Attiré par l'expansion de la capitale, il vient d'acquérir une parcelle et envisage déjà la suite. « L'objectif, c'est un projet de résidence que nous souhaiterions mettre à la disposition de la population », confie-t-il. Mais cette ruée vers le foncier transforme aussi les villages qui entourent Yamoussoukro. Des terres autrefois consacrées aux cultures de cacao, d'igname ou de manioc cèdent progressivement la place aux lotissements. Une mutation qui nourrit des espoirs de développement, mais aussi des inquiétudes sur l'avenir du patrimoine foncier des populations locales. À Séman Sanhourikro, à quelques kilomètres de la capitale politique, Michel N'Goran, conseiller du chef du village, observe ces changements avec préoccupation. « En faisant les lotissements, nous ne pouvons plus cultiver la terre. D'ici 50 ans, 30 ans, je pense que ce qui est arrivé aux Ebriés à Abidjan va arriver aussi aux Akouès et Nanafouès de Yamoussoukro. Nous n'aurons plus de terres cultivables », alerte-t-il. Le Plan national de développement quinquennal prévoit de relier Abidjan à Yamoussoukro en 45 minutes grâce à une ligne de train à grande vitesse. De quoi renforcer l'attractivité de la capitale politique ivoirienne.

L'Afrique de l'Ouest souffre d'un déficit de logements très important, estimé à 3,5 millions d'unités d'habitation par la Banque mondiale. Une partie du problème : l'accès au crédit immobilier des particuliers. Dans la région, les institutions cherchent à créer des opportunités de financements pour les populations qui souhaitent acheter un logement. C'est le cas avec une opération récente de titrisation de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), et le programme Zaka. « C'est une demande très importante des clients », confirme Korédé Odjo-Bella, la directrice de la Banque des particuliers d'Ecobank en Côte d'Ivoire. Le prêt immobilier est au cœur de l'activité d'Ecobank qui, à travers cinq de ses filiales dans la région, a bénéficié de cette levée de financements de 4,5 milliards de francs CFA dédiés au logement. « Le fait de coupler cette opération de titrisation avec cette nouvelle offre de prêts immobiliers pouvant aller jusqu'à 25 ans, ça va nous permettre d'alléger les mensualités. On va permettre à davantage de ménages d'accéder progressivement à la propriété, se réjouit la directrice. Ça permet de toucher plus de monde, des personnes qui gagnent autour de 1 000 $, un peu moins et plus, qui pourront maintenant accéder à des biens immobiliers qui seront autour de 60 millions de francs CFA ». À écouter dans 8 milliards de voisinsPeut-on sortir de la complexité foncière en Afrique? Permettre aux revenus modérés d'accéder à la propriété Car la difficulté pour les banques commerciales est bien d'avoir suffisamment de liquidités disponibles pour proposer ces prêts. À la manœuvre de l'opération financière, la Banque ouest-africaine de développement, mais aussi Afinhab, l'agence financière dédiée à l'habitat. « Notre rôle, c'est de mobiliser des ressources longues sur les marchés financiers. Nous faisons l'intermédiaire entre les marchés financiers, explique Yedau Ogoundele, la directrice générale d'Afinhab, mais également les partenaires au développement et les banques pour pouvoir prêter aux banques à des conditions avantageuses, maturités longues, taux d'intérêt relativement faible, pour que les banques, à leur tour, aient les moyens de prêter à leurs clients qui ont des revenus modérés ». Avec toujours dans le viseur, permettre aux populations à revenus modérés – instituteurs, sage-femmes, artisans – de pouvoir accéder à la propriété. Dans cette opération, Proparco, institution financière française de développement, s'est positionnée comme investisseur de référence. « Ce qui est intéressant avec cette opération, c'est que, en plus de pouvoir vraiment travailler sur le cœur de notre stratégie, on l'a fait avec un instrument qui permettait de mobiliser de l'épargne locale et des investisseurs institutionnels locaux, précise Emmanuelle Riedel Drouin, la directrice des financements de Proparco. Ça, c'est également au cœur de notre stratégie. Aujourd'hui, ce que l'on souhaite faire, ce n'est pas financer tout tout seul, c'est vraiment être un catalyseur pour pouvoir amener avec nous sur nos opérations d'autres investisseurs et de préférence des investisseurs locaux. » Bouclée en seulement une demi-journée, cette opération est considérée comme un succès. À lire aussiCôte d'Ivoire: à Abidjan, la difficile équation du logement

Dans la ville de Kalemie, à l'est de la RDC, de plus en plus de jeunes entrepreneurs émergent avec des projets innovants. Malgré les défis liés à l'accès aux financements et au manque de capitaux, ces jeunes se lancent non seulement dans l'agriculture ou l'élevage, mais aussi dans le secteur industriel et celui de la mode. De son côté, l'Agence nationale de développement de l'entrepreneuriat congolais, Anadec, ambitionne la création en RDC de 150 000 entreprises par an. De notre envoyée spéciale de retour de Kalemie, Des feux de circulation innovants, c'est un nouveau produit lancé à Kalamie par Pontien Katumbwe, le directeur de l'entreprise Construction générale et plomberie, et ses 20 employés. Une innovation qui a un coût, explique-t-il : « Le projet, c'est le système de feu rouge que j'ai créé localement ici à Kalemie. Il fonctionne avec l'énergie solaire. Ça, c'est un prototype pour lequel j'ai dépensé 550 $. Mais pour un grand projet, par rond-point, le budget peut aller jusqu'à 150 000 $. » Alima Maganga est une jeune entrepreneure dans la mode. Il y a 5 ans, elle a créé Centya Mode, une maison de haute couture. Perle après perle, la jeune styliste transforme le tissu en une création unique. « En fait, ces perles, je les pose avec les mains. Mon ambition est d'aller plus loin car nous avons encore de sérieux problèmes. La plupart des futurs mariés sont obligés de passer la commande de leurs tenues, notamment en Turquie, parce qu'elles ne sont pas disponibles sur place, regrette-t-elle. Je voudrais capter tous ces clients, mais les moyens sont limités ». À lire aussiRDC: la Fédération des entreprises réclame la suspension d'un système de facturation unique 1,3 milliard de dollars pour soutenir l'entrepreneuriat des jeunes Des ressources limitées, c'est le défi auquel fait également face Urbain Musema Mulembo, ingénieur chimiste. Directeur de l'Académie Mulembo, il a récemment mis sur le marché un produit innovant au profit des agriculteurs avec une production sur commande. « Nutrisole est un produit local et biologique. Ce n'est pas un fertilisant, je peux dire que c'est un médicament qui vient traiter le sol. Il apporte des nutriments et des minéraux au sol », présente-t-il. Il ne produit actuellement que sur commande faute de moyens. « Nous avons besoin d'équipements et d'un capital pour augmenter notre production », souligne-t-il. Pour faire face à ce défi de financement, l'Agence nationale de développement de l'entrepreneuriat congolais (Anadec) se charge de les accompagner non seulement dans la création d'entreprises, mais aussi pour avoir accès aux financements du gouvernement. « Quand un entrepreneur, qui a été coaché, suivi et encadré par l'Anadec, a son dossier, je rédige une lettre de transmission au Fogec, qui est le fonds de garantie de l'entrepreneuriat au Congo. Fogec regarde le dossier puis le gère avec l'entrepreneur », met en avant Godefroy Kizaba, le directeur général de l'Anadec. En février dernier, le gouvernement congolais a annoncé la mise en place d'un fonds de 1,3 milliard de dollars sur six ans pour soutenir notamment l'entreprenariat des jeunes. À lire aussiRDC: 5,3 milliards de dollars de pertes en dix ans, les entreprises publiques devenues un boulet pour l'économie

La Banque européenne d'investissement soutient le lancement d'un réseau de ferries électriques sur la lagune de Lagos. Objectif : des trajets plus rapides, moins polluants et mieux intégrés aux autres transports. De notre correspondante à Lagos D'ici 2028, c'est en ferries électriques que les habitants de la mégalopole de Lagos pourront traverser la lagune grâce à 75 nouvelles embarcations prévues par le projet Omi Eko (« les eaux de Lagos » en yoruba). Cette démarche s'inscrit dans la stratégie Global Gateway de l'Union européenne, pensée pour soutenir des transports verts sur le continent africain. C'est une aubaine pour la mégalopole nigériane, selon Ambroise Fayolle, vice‑président de la Banque européenne d'investissement, en visite à Lagos : « Ce qu'on voit ici à Lagos, c'est qu'il y a un élément qui manque très fortement. C'est de moderniser toute la flotte de bateaux. On va créer de nouvelles routes dans la lagune, pour pouvoir emmener un certain nombre d'habitants de Lagos pour avoir justement cette capacité à bénéficier de conditions meilleures, meilleures pour l'environnement, meilleures pour l'efficacité économique de l'activité de Lagos. » Des trajets quotidiens plus courts pour des milliers de Lagosiens Relier le quartier d'Ikoyi, sur la presqu'île, à la commune d'Ikorodu, sur la partie continentale de la ville, prend aujourd'hui jusqu'à deux heures par la route aux heures de pointe. Sur l'eau, le trajet dure un peu plus de 30 minutes, mais sur des embarcations de faible capacité et vieillissantes. C'est le quotidien de nombreux Lagosiens, comme en témoigne Oyeyemi : « Je travaille sur les îles comme ingénieur et je viens ici tous les jours, d'Ikorodu jusqu'aux îles. Ça fait gagner du temps pour se déplacer, mais ce serait mieux si on pouvait avoir plus de bateaux, pour réduire les longues files d'attente. Les gens habitent très loin à cause du prix des loyers sur les îles, mais doivent supporter le prix des transports. » Ces nouveaux bateaux, capables d'accueillir jusqu'à 440 passagers, remplaceront les actuels à moteur diesel. L'autorité locale des voies navigables promet ainsi une économie de 41 000 tonnes de CO2 chaque année. Mais l'ambition va plus loin : faire de Lagos un modèle de transport multimodal. Oluwadamilola Emmanuel, conseiller spécial du gouverneur de l'État de Lagos sur l'économie bleue, résume l'ambition : « Comme dans toutes les grandes villes, il y a des embouteillages, mais ce que nous faisons c'est donner aux gens des options de modes de transport. Ce qui signifie connecter le transport routier au transport fluvial, et là où c'est possible, au transport ferroviaire. » Ce projet, encore inédit en Afrique, a vocation à être répliqué sur le reste du continent.

Le Forum tunisien de l'investissement la semaine dernière à Tunis a démontré la volonté du pays d'être un pont entre l'Europe et l'Afrique. Le pays cherche aussi à être un hub commercial entre les pays arabes et l'Afrique, pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire. De notre correspondante à Tunis, Depuis la pandémie, la question de la sécurité alimentaire est devenue un vrai défi pour les pays arabes qui dépendent à près de 50 % des importations. Beaucoup veulent renforcer leurs liens vers l'Afrique pour faire de l'import-export ou développer des projets agricoles. Lassad Ben Hassine, représentant de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel en Tunisie, explique l'importance de rapprocher les industries agroalimentaires des pays arabes et de l'Afrique subsaharienne. « Les pays arabes comptent environ 467 millions d'habitants, tandis que les déficits alimentaires arabes s'élèvent à 47,7 milliards de dollars selon le rapport économique du Fonds monétaire arabe de l'année 2024. Donc, ces enjeux font du développement des systèmes alimentaires, des industries de transformation une priorité stratégique pour assurer le développement économique et renforcer la résilience. Le monde arabe et l'Afrique dispensent de ressources agricoles et alimentaires considérables, mais une part importante de la valeur ajoutée demeure encore insuffisamment exploitée. » À lire aussiDes pistes pour financer et repenser l'agriculture en Afrique de l'Ouest Des industriels saoudiens en quête d'opportunités sur le marché africain Le pays se positionne plus largement comme un hub pour faciliter les échanges entre pays arabes et africains. Rabi Brik, directeur marketing du groupe saoudien agroalimentaire Zamil, fait partie des représentants arabes venus récemment rencontrer d'autres opérateurs commerciaux à Tunis : « Nous ne sommes pas encore en Afrique. C'est notre première visite à Tunis pour prospecter le marché africain. Les gens aiment l'Arabie saoudite à cause de la Mecque et de Médine sur le plan religieux, ce qui est très important pour tous les Arabes qui vivent en Afrique. Donc cela peut jouer en notre faveur pour promouvoir le concept d'un produit halal qui vient de l'Arabie saoudite ». Zoleka Dikana est la créatrice de la ferme Aruzabiz en Afrique du Sud. « Je pense que c'est important pour l'Afrique du Sud et tous les pays africains de traiter les uns avec les autres sur le plan commercial, car cela va aussi renforcer nos monnaies locales. Si nos propres pays peuvent se connaître, commercer et travailler ensemble, alors peut-être que la plupart des problèmes que nous avons en tant que pays seront résolus. » Lors de sa visite en Tunisie, elle s'est vu proposer d'exporter ses produits au Bahreïn, tandis que Rabi Brik, du groupe saoudien Zamil, a décroché une promesse de contrat avec un client libyen. À lire aussiTunisie : succès du Forum tunisien pour l'investissement

La peste des petits ruminants reste l'une des maladies animales les plus dévastatrices en Afrique. Avec un taux de mortalité pouvant atteindre 90 %, elle menace les moyens de subsistance de millions de petits éleveurs. Responsables politiques, organisations internationales et représentants des éleveurs appellent à une accélération des financements pour atteindre l'objectif d'éradication. De notre envoyé spécial à Brazzaville, La peste des petits ruminants, Jalo Buba la vit au quotidien. Le président de l'Association des petits éleveurs du Nigeria s'est rendu à Brazzaville pour porter un message aux bailleurs de fonds et aux décideurs. « Cette maladie a un très fort taux de mortalité. Nous, les éleveurs, perdons parfois tous nos animaux. Le message que je veux adresser aux bailleurs de fonds est simple : ils doivent investir massivement, non pas demain, mais maintenant », plaide-t-il. Le Tchad, l'un des principaux pays d'élevage de moutons en Afrique, subit lui aussi durement les conséquences de cette maladie. Son ministre de l'Élevage Abderahim Awat Atteib, qui préside également le comité consultatif africain pour l'éradication de la peste des petits ruminants, estime que les compétences existent déjà sur le terrain. « Les moyens humains existent. Les techniciens sont là, les cadres sont là, les experts sont là. Mais le seul moyen qui nous manque, c'est le moyen financier. Nous demandons à la Banque mondiale, à l'Union européenne, à la FAO et aux autres partenaires d'investir dans cette lutte contre la peste des petits ruminants », lance le ministre tchadien. À lire aussiCôte d'Ivoire: un plan de vaccination contre la peste des petits ruminants Objectif éradication d'ici à 2030 Après l'éradication de la peste bovine en 2011, la communauté internationale s'est fixé un nouvel objectif : éliminer la peste des petits ruminants d'ici à 2030. Pour y parvenir, la coordination des actions sera déterminante, souligne le Dr Ricarda Mondry, représentante de la FAO à Brazzaville : « Il est très important que les financements soient disponibles au même moment dans tous les pays. Si un pays agit une année et son voisin plusieurs années plus tard, les troupeaux se déplacent et la maladie peut être réintroduite. » Sur la question des financements, la représentante de l'Union européenne assure avoir déjà engagé des moyens importants : « Nous sommes déjà engagés dans un programme qui représente 8 millions d'euros de contribution européenne. Une deuxième phase est en préparation pour un montant de 40 millions d'euros. C'est une contribution significative », indique Anne Marchal. À Brazzaville, tous les participants se sont accordés sur l'urgence d'agir vite et ensemble pour protéger les moyens de subsistance des 1,3 milliard de personnes qui dépendent de l'élevage des petits ruminants dans le monde. À lire aussiElevage au Niger: des campagnes gratuites de vaccination pour mieux exporter

C'est une échéance que redoutent les travailleurs des centres d'appels au Maroc. En août entrera en vigueur en France la loi qui interdit le démarchage téléphonique sans consentement. Un changement majeur sur un marché qui représente 80% du chiffre d'affaires des entreprises marocaines. Selon les autorités du royaume, jusqu'à 50 000 emplois seraient menacés, dont beaucoup de postes occupés par des étrangers venus d'Afrique subsaharienne. De notre correspondant à Casablanca, Lamine est directement concerné par cette réforme. « Je fais du démarchage téléphonique. Je fais l'émission, c'est-à-dire appeler les clients, leur proposer des services, explique-t-il. Aujourd'hui, on se sent menacés. » Ce Sénégalais est au Maroc depuis trois ans. Les centres d'appels constituaient jusqu'ici une opportunité d'emploi intéressante pour les jeunes comme lui. « Quand on arrive au Maroc avec des diplômes, on se rue quand même sur les centres d'appels, parce qu'il y en a plusieurs ici. Et, avec les salaires qu'on nous paie ici, on subvient à plein de besoins, ce qui n'était pas possible au Sénégal », détaille encore Lamine. Mamadou est aussi très inquiet : « Nous, on s'attend au pire. Je travaille dans les centres d'appels. Je ne connais que ce domaine-là pratiquement. Ça me permet de joindre les deux bouts et ça m'a permis de réaliser pas mal de trucs au Sénégal. » Le démarchage téléphonique ne va pas disparaître totalement, selon les explications de la direction à ces employés. « Peut-être que des alternatives suivront, des clients qui seront intéressés pour changer d'offres pourront faire des demandes sur les sites et nous, on pourra rappeler ces clients, espère-t-il. Parce que ce sont eux qui auront demandé à être contactés et pas le contraire en fait. » Alors que le démarchage téléphonique va se compliquer, les employés, qui touchent souvent des primes sur objectif, risquent de perdre une partie de leur rémunération. Quel accompagnement pour les petites structures ? Du côté du patronat, les grands groupes relativisent l'impact de la loi française sur le secteur. Selon la fédération marocaine de l'externalisation des services, le démarchage téléphonique pur ne constitue plus aujourd'hui que 15% à 20% de l'activité totale. C'est la guerre des chiffres avec les syndicats. « Le grand nombre de ces centres d'appels sont des petites structures, voire des moyennes structures », pointe Ayoub Saoud, le secrétaire général de la Fédération nationale des centres d'appels, affiliée à la centrale UMT. Les petites et moyennes entreprises représentent plus de 60% du tissu du secteur. Et pour celles qui sont spécialisées dans le télémarketing, le choc s'annonce frontal. « Comment le gouvernement compte-t-il accompagner ces centres d'appels pour éviter cette crise sociale ? Il faut trouver des solutions, il faut impliquer les acteurs socio-économiques pour parler notamment de gestion prévisionnelle des emplois et des carrières, et de reconversion professionnelle », alerte Ayoub Saoud. Le gouvernement dit travailler sur un plan d'action. Ayoub Saoud dénonce au contraire l'impréparation des autorités, alors que la menace pèse depuis longtemps sur le démarchage téléphonique. Il souhaiterait aussi que les partenaires français soient impliqués dans la recherche de solutions.

En Somalie, la guerre civile et les conflits internes liés à des organisations terroristes ont poussé les femmes à sortir du rôle traditionnel qui leur est attribué pour travailler. Portrait d'une femme entrepreneure de Mogadiscio qui a mené de front famille et business à travers les conflits. De notre correspondante à Mogadiscio, C'est sous les décollages et atterrissages constants de l'aéroport de Mogadiscio qu'Hersio Siad raconte son parcours. La rencontre a lieu dans la zone la plus sécurisée de la ville, aux allures de base militaire, où logent de nombreux employés d'ONG ou d'ambassades. C'est aussi ici que la cheffe d'entreprise fait du commerce avec des hôtels en leur vendant fruits et légumes frais. Il aura fallu de nombreuses années à Hersio pour en arriver là. « J'ai commencé à faire du commerce pendant la guerre civile en 1991, avant ça, j'étais mère au foyer. J'ai commencé par vendre des fruits et ensuite j'ai changé pour vendre des vêtements. » Se sont ensuivis près de 20 ans d'allers et retours entre Mogadiscio, le Somaliland ou l'Éthiopie voisine pour échapper aux conflits. Veuve avec 12 enfants à élever, Hersio a monté plusieurs petits commerces. En 2013, elle décide de rentrer à Mogadiscio et de créer Somfresh, une entreprise de vente de fruits et légumes en gros. Mais être une femme entrepreneure a été un obstacle à ses débuts. « Quand j'ai commencé, certains hommes n'ont pas apprécié et ont essayé de me décourager. Ils me vendaient même leurs produits plus chers parce que j'étais une femme. Mais j'ai persévéré pour leur prouver qu'ils avaient tort et finalement, je les ai convaincus », raconte-t-elle. À lire aussiSomalie: des femmes cassent les clichés et montent leur business au Puntland [4/4] Hersio, un rôle modèle pour les nouvelles générations de femmes somaliennes À Mogadiscio, les femmes représentent aujourd'hui près de la moitié des chefs d'entreprises du secteur formel. Elles sont aussi très nombreuses à créer leur commerce à la maison ou en ligne. Mais l'accès aux financements reste encore difficile en tant que femme. Hersio a donc créé l'association des femmes somaliennes entrepreneures pour aider ses consœurs. Elle représente aujourd'hui près de 500 cheffes d'entreprise. « Tous ces défis que j'ai rencontrés et réussis à surmonter m'ont motivé à créer Somali Women in Business simplement pour encourager d'autres femmes à ne pas laisser tomber et à réussir », précise la cheffe d'entreprise. À ses côtés ce jour-là, Abdulkadir, son assistant et fils de 37 ans. « Je suis très fière d'elle. Ça n'est pas seulement notre mère, on lui est redevable parce qu'elle a passé la majorité de son temps à nous élever et à s'assurer que nous ayons une bonne éducation. » Grâce à son parcours et sa détermination, Hersio est devenue un exemple pour les nouvelles générations de femmes somaliennes. À lire aussiJasmine Samantar, jeune somalienne de 26 ans, à la tête de la startup Samawat Energy

Bill Gates, Aga Khan ou encore Tony Elumelu… Tous ont des fondations très actives en Afrique et qui prennent de plus en plus de place à l'heure où l'aide publique au développement est en net recul. En 2025, c'est moins 23 %, soit près de 50 milliards de dollars en moins pour les pays en développement. Dans quelle mesure la philanthropie peut-elle et doit-elle remplacer les aides d'État ? Dans le monde de l'entrepreneuriat, beaucoup comptent sur les « business angels ». Ces patrons qui font bénéficier des jeunes pousses de leurs carnets d'adresse et de leurs investissements. Le Sénégalais Malick Diouf, à la tête de la start-up Lafricamobile, est l'un d'entre eux : « Il m'est arrivé de rencontrer des entrepreneurs avec qui j'ai des correspondances, en tout cas des intérêts [communs] par rapport à ce que je fais au niveau de l'AfricaMobile. Ces entrepreneurs-là n'avaient pas besoin de "grand-chose", entre guillemets. Mais ils avaient besoin de ce cash-là, à ce moment-là précis, pour leur permettre de passer à l'échelle supérieure. Je suis très fier aussi de pouvoir donner aux écosystèmes ce qu'ils m'ont donné avant, tout simplement. » L'autonomisation économique par la philanthropie Figure bien connue de la philanthropie sur le continent, le Nigérian Tony Elumelu. Sur les dix dernières années, sa fondation a investi 130 millions de dollars pour aider de jeunes entrepreneurs à se lancer. « Nous sommes convaincus que l'entrepreneuriat est le moyen le plus efficace pour parvenir à l'autonomisation économique, ce dont le continent africain a désespérément besoin. Tel est donc notre rôle au sein de la Fondation Tony Elumelu : donner aux entrepreneurs les moyens de créer des emplois et des opportunités économiques non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour des millions d'autres jeunes à travers l'Afrique », explique Somachi Chris-Asoluka, la directrice de la fondation. Pour la fondation, ce changement structurel doit permettre de repenser la notion de l'aide sur le continent. « Nous pensons qu'il est temps d'aborder et de débattre de la notion de don et de développement au XXIᵉ siècle. C'est un modèle de développement qui est désormais dépassé », assure la directrice de la fondation. « Nos jeunes Africains n'attendent pas l'aumône. Ils sont brillants. Ils sont innovants, dotés d'un esprit d'entreprise. C'est sur cela que nous devrions tous nous concentrer en priorité : leur donner les moyens d'agir et leur offrir le financement, la visibilité et la plateforme qu'ils méritent », poursuit-elle. À lire aussiLa Fondation Tony Elumelu ou la fabrique des futurs champions de l'entrepreneuriat africain Aide au développement : le privé ne peut remplacer l'investissement public Pour les acteurs du développement, la philanthropie ne peut pas venir remplacer l'aide publique au développement, d'abord pour une question d'échelle. Selon les données de l'OCDE, moins de 10 % de l'APD mondiale est constituée de fonds issus de la philanthropie. Mais aussi pour des raisons de rentabilité. « Ça pose la question de sous-traiter parfois l'aide à des acteurs qui ont des intérêts économiques avant des intérêts de solidarité. Donc ça, ça pose une vraie question aussi de la privatisation de l'aide que nous, sur laquelle on s'interroge au CCFD-Terre solidaire », pointe Mathieu Paris du CCFD-Terre solidaire. Ce dernier alerte sur la « privatisation du développement ». Espérer que le privé, qui doit avoir une rentabilité économique, vienne remplacer le public dans les investissements de l'aide est un leurre, estime-t-il. « Investir dans l'éducation, dans la santé, dans certaines infrastructures, ce n'est pas rentable ou au moins pas à court terme et pas en termes financiers. Donc, en effet, là, on risque d'avoir des secteurs de services essentiels aux populations qui sont délaissés », alerte-t-il. Transports, énergie, environnement des affaires, etc. Somachi Chris-Asoluka pointe également le rôle indispensable que doivent jouer les États africains.

La RDC s'apprête à passer à la phase de production du lithium, un des minerais stratégiques pour la fabrication des batteries électriques. La société Manono Lithium du groupe chinois Zijin Mining a annoncé la production de 500 000 tonnes de carbonate de lithium d'ici la fin du mois de juin. Avec ce gisement qui est le plus important au monde, Kinshasa pourrait devenir un acteur clé au moment où la demande mondiale en lithium est en forte croissance. De notre correspondante à Lubumbashi, 500 000 tonnes de carbonate de lithium, c'est la quantité de production attendue au mois de juin, avec l'entrée en activité de la société Manono Lithium, du groupe chinois Zijin. Cette production devrait même doubler d'ici la fin de l'année. Eddas Lwaba Kitwa est le directeur des ressources humaines de la société Manono Lithium : « Le projet produira annuellement environ un million de tonnes de concentrés de lithium, dont environ 500 000 tonnes seront transformées en sulfate de lithium. Nous avons une très grande usine et cette transformation se fera localement. » Une transformation locale qui permettra à la société d'exporter ce minerai stratégique par voie lacustre avec une valeur ajoutée. « Les minerais seront exportés par Kalemie. Manono Lithium est aussi en train de construire un port industriel privé, le port de Mutoa », précise Eddas Lwaba Kitwa. À lire aussiRDC: Lubumbashi se rêve en acteur de la batterie automobile grâce au lithium Une production du lithium source de nombreux espoirs Dans cette course au lithium congolais, les Chinois ne sont plus seuls, même s'ils ont une longueur d'avance. Avec un investissement prévu de 50 millions de dollars d'ici 2027, la société américaine KoBold Metals accélère l'exploration dans la région. « Nous avons commencé par collecter les échantillons du sol. Nous avons huit permis de recherche dans la région de Manono et de Malemba Nkulu et nous espérons avoir encore plus de permis dans cette région. Aussi, nous espérons que sur les huit permis, nous aurons au moins un ou deux qui vont aboutir à des découvertes intéressantes de gisements qui pourront ensuite aller vers la production », détaille Benjamin Katabuka, le directeur général de KoBold Metals. La toute première production du lithium dans la province du Tanganyika suscite beaucoup d'espoir en termes de développement local. Forte des expériences passées, Maître Angèle Kombe, membre de la société civile basée à Kalemie, plaide pour que cette richesse profite au maximum aux communautés locales. « De Manono à Kalemie, où passe la route sur laquelle seront transportées des tonnes de lithium, il y a combien d'hôpitaux de qualité, combien d'écoles, combien de marchés ? Pour qu'il y ait développement, il faut d'abord une bonne gouvernance », alerte-t-elle. Avec une capacité de production de 5 millions de tonnes de lithium par an, la RDC se positionne une nouvelle fois comme un acteur clé dans la chaîne d'approvisionnement mondiale des minerais critiques. À lire aussiRDC: à Manono, l'exploitation prochaine du lithium suscite à la fois espoirs et inquiétudes

C'est une industrie à mi-chemin entre l'agroalimentaire et la pharmacie. À Madagascar, l'usine Tanjaka Food fabrique chaque année 3 000 tonnes de produits nutritionnels pour combattre la malnutrition infantile. Parmi eux, « l'aliment thérapeutique prêt à l'emploi » est destiné aux enfants souffrant d'émaciation sévère, la forme la plus mortelle de malnutrition. Sa production locale a permis aux acheteurs de réduire leurs coûts et d'augmenter le nombre d'enfants traités. Avec notre correspondant à Antanarivo, Guilhem Fabry Des arachides d'Inde et d'Argentine, du lait en poudre importé d'Europe, des huiles, du sucre et surtout une formule de 30 vitamines et micronutriments... Tous ces ingrédients sont assemblés à Antananarivo pour aboutir à « l'aliment thérapeutique prêt à l'emploi » : une pâte épaisse respectant les meilleurs standards sanitaires. « On va passer sur une première phase qui est le pré-mélange. On va intégrer les trois premières matières principales. Ensuite, on va passer par la thermisation. Elle sert à éliminer tous les risques microbiologiques », explique la directrice de division de la marque Tanjaka Food, Randianina Rasoamiaramanana. « L'ensemble de nos matières premières sont importées, parce que nous sommes tenus de respecter un cahier des charges déjà très précis. Malheureusement, actuellement à Madagascar, nous n'avons pas encore de fournisseurs qui arrivent à fournir les matières premières à la hauteur des exigences imposées par ce produit-là », précise-t-elle. Filiale du groupe malgache Basan, Tanjaka Food qui emploie 89 employés est capable de produire jusqu'à 6 000 tonnes d'aliments nutritionnels par an, contre 1 000 tonnes à sa création en 2009. « Sur les deux dernières années, on a beaucoup exporté notamment au Zimbabwe, au Mozambique, un peu au Soudan du Sud. C'est l'Unicef, notre partenaire, qui redirige les besoins en fonction de la situation nutritionnelle dans les différents pays alentours », détaille encore Randianina Rasoamiaramanana. « Couper sur les coûts logistiques pour rendre ce produit beaucoup plus disponible » Mais la majorité de la production est réservée à Madagascar. Mathieu Joyeux est chef de la nutrition pour l'UNICEF dans le pays : « On a, à peu près en moyenne chaque année, entre 100 000 et 120 000 enfants atteints de malnutrition aiguë sévère. La majorité se trouve dans le Grand Sud et le Sud-Est. Mais on a aussi des taux de malnutrition aiguë sévère très élevés en zone urbaine, à Antananarivo. » Le traitement dure quatre à huit semaines, à raison de trois sachets par jour. « Avant ce produit thérapeutique, il y a une trentaine d'années, il fallait renutrir l'enfant huit fois par jour sous supervision médicale continue. La révolution pour nous de ce produit, c'est qu'on a pu faire sortir les enfants des hôpitaux », rappelle Mathieu Joyeux. « Maintenant, ils prennent leur traitement à la maison. Et on a fait réduire les coûts globaux en appuyant la création de nouvelles usines de production, y compris une production locale ici à Madagascar, qui nous permet de couper sur les coûts logistiques pour rendre ce produit beaucoup plus disponible », met-il en avant. La quasi-totalité des enfants souffrant d'émaciation à Madagascar reçoivent l'aliment thérapeutique. Ceux atteints de malnutrition modérée, dont le nombre a augmenté de 46% depuis 2024 dans le Grand Sud, n'ont en revanche pas tous accès à des suppléments nutritionnels adaptés. La faute à des financements internationaux en forte baisse. L'usine de Tanjaka Food ne tourne aujourd'hui qu'à 50% de sa capacité.

Les créateurs africains s'exposent aux Galeries Lafayette. Dans ce lieu emblématique de la mode, neuf créateurs ont été sélectionnés pour proposer leurs collections aux clients de cette enceinte historique. Une opportunité pour l'industrie de la mode africaine de vendre et de se faire connaître lors de cette 2e édition du pop-up Africa Now. « Être aux Galeries Lafayette, qui est quand même le centre du luxe à Paris... C'est d'abord une chance pour nous d'être ici », se réjouit Eric Resina, qui finalise la préparation de ses portants. Entre fourrures de soie et dentelles de raphia, le créateur propose des collections colorées et très texturées. Ce Malgache d'origine a déjà travaillé avec les maisons Yves Saint Laurent ou Christian Lacroix, pour lui, l'intérêt est vraiment de promouvoir la mode africaine. « Je suis ici pour réellement présenter Madagascar avec toutes ces couleurs, toutes ces matières que j'essaie d'interpréter, pas seulement en utilisant les matières de mon pays, mais aussi parce qu'il y a des résonances qui sont importantes, explique-t-il. Il y a des souvenirs des gens qui sont déjà passés à Madagascar, qui peuvent en fait retrouver dans ma collection ici, et c'était un peu pour les faire rêver. » Une nouvelle clientèle À côté, se tient le présentoir de la Sénégalaise Hélène Diouf. Elle fait un bilan très positif de la première édition : « L'année dernière, on avait fait presque sold out à la première semaine. Et on reprend la même chose cette année aussi. En tout cas, nos boubous, on les vend très bien. Les boubous aux Galeries Lafayette, ça marche très bien. » Être présente aux Galeries Lafayette a permis d'ouvrir les collections de sa marque Sisters of Africa a une nouvelle clientèle venue de Londres, mais aussi du Qatar ou des Émirats. « On a beaucoup de clientes qui reviennent sur le site internet maintenant pour venir acheter. C'est ça qui est bien en fait. Au-delà de la vente, c'est cette connexion entre nos clientes qui sont un peu partout, qui viennent, qui touchent, qui essaient et après reviennent sur le site pour acheter. Donc oui, ça nous a drainé aussi une ouverture qu'on n'espérait pas, mais qui est là », détaille-t-elle. Et si elle n'aime pas parler d'argent, elle reconnaît avoir fait un bon chiffre d'affaires. Soutenir l'industrie africaine Valérie Ka est fondatrice d'Africa Fashion Up, le grand défilé de mode africaine à Paris et partenaire de ce pop-up. « L'année dernière, la vente Africa Now a été la meilleure vente aux Galeries Lafayette. Donc comme quoi, les créateurs africains vendent. C'est plus qu'une fierté. J'en ai rêvé », se réjouit la femme d'affaires. Il est temps donc de « prendre l'industrie de la mode africaine au sérieux », pointe-t-elle. « Il y en a beaucoup qui habillent des célébrités qu'on voit à la télé, mais on ne sait même pas que ce sont des créateurs africains. On a des créateurs qui ont habillé Theresa May, la princesse de Monaco, Fally Ipupa », rappelle-t-elle fièrement. Et de plaider pour plus de soutien pour cette industrie : « La marque africaine, elle marche véritablement. C'est un enjeu économique assez important. Jusqu'à présent, je trouve qu'en Afrique, on n'a pas encore pris sérieusement l'aspect accompagnement sur les industries créatives, notamment la mode. On voit ça un peu comme un deuxième ou troisième métier. Ce n'est pas pris très au sérieux. » Pourtant, rappelle-t-elle, les hommes et les groupes les plus influents « vendent des vêtements, des chaussures, des accessoires. Donc, à un moment donné, il faut qu'ils prennent au sérieux nos créateurs africains ». En plus de ces trois semaines de vente, un grand défilé est prévu fin juin au musée du Quai Branly, où une exposition consacrée à la mode africaine a lieu jusqu'au 12 juillet. À lire aussiAvec l'exposition «Africa Fashion», la mode africaine affiche ses racines et sa diversité à Paris

Au Sénégal, l'activité minière d'Eramet a repris à 30% de son niveau habituel depuis fin avril dans la région de Grande-Côte. Le site où sont produits des sables minéralisés (tels que le zircon ou l'ilménite) avait été touché par un incendie en février. Quelles perspectives pour les employés et pour le budget de l'État sénégalais, qui perçoit une part des revenus d'Eramet ? Eramet a payé 76 millions d'euros sous forme d'impôt et de taxes à l'État sénégalais en 2025 sur une contribution totale estimée à 230 millions d'euros par le groupe français, qui comptabilise aussi notamment les achats locaux, la masse salariale et les investissements communautaires. Cette année, la chute de l'activité se fera inévitablement sentir, confirme Frédéric Zanclan, directeur d'Eramet Grande Côte : « Sachant qu'on sera cette année à un peu plus du tiers de notre production nominale, cela impliquera une baisse de ces contributions. Mais à ce stade, nous n'avons pas encore les chiffres. » Avant l'incendie de février, Eramet était le sixième contributeur minier au budget de l'État du Sénégal. La diversification des revenus miniers et extractifs du pays, avec des volumes exportés de gaz et de pétrole supérieurs aux prévisions et un cours des hydrocarbures favorable, devrait permettre d'atténuer la baisse de la contribution d'Eramet, selon Youga Sow, consultant en stratégie dans le domaine minier et fondateur du cabinet Advise Africa. Mais l'impact ne sera pas neutre ajoute t-il : « L'État devrait retomber sur ses pattes mais il faut relativiser, car c'est un État qui est endetté et qui fait face à beaucoup de problèmes économiques et où l'économie est quasiment stagnante, chaque sous compte, donc ce qui se passe à Eramet ne peut pas être sans impact sur les revenus de l'État, et il n'y a pas que les revenus collectés par l'État, on parle aussi d'emplois. » À lire aussiLe fonds d'investissement Orion CMC aurait des visées sur le groupe français Eramet Un coup social et humain important Seule une partie des employés a en effet été rappelée pour relancer la production en avril. Ceux qui sont au chômage, mais salariés directs d'Eramet, bénéficient en attendant leur retour d'un dispositif de soutien, précise Frédéric Zanclan : « À titre illustratif, pour la tranche ouvrière, on reverse jusqu'à 73% du salaire ; le plancher minimum est d'environ 50% pour l'ensemble des salariés. » Ces mesures concernent une minorité de salariés : sur 3 000 employés d'Eramet, environ 2 500 ne sont pas directement rattachés au groupe français et ne bénéficient donc pas de la même prise en charge : « Nous avons des sous-traitants, des prestataires, des intérimaires, qui eux, en fonction de la stratégie de leur entreprise, sont soit au chômage technique, même parfois en licenciement pour motif économique. » Un aspect social et humain qui est le plus important aux yeux de Youga Sow : « Ces acteurs-là vivaient jusqu'ici de cette activité autour d'Eramet. Si Eramet est contraint, pour des raisons technico-économiques que nous pouvons comprendre, de réajuster son modèle, cela va forcément se faire au détriment des revenus engrangés par les sous-traitants et les employés. » Retour à la normale au 1er trimestre 2027 ? « La question c'est comment cela sera géré, quel est le modèle de transition qui sera mis en place pour atténuer les effets négatifs, quel est l'horizon, qu'est-ce qui est projeté ?, s'interroge le fondateur du cabinet Advise Africa. Est-ce qu'on est parti pour six mois, pour neuf mois et dans combien de temps la situation va être rétablie ? Est-ce qu'il y a un plan de retour à la normale ? Plus, il y a de transparence dans les éléments d'information communiqués et dans le traitement de la situation, plus les parties concernées seront enclines à comprendre la situation. » Eramet confirme que son projet de produire un million de tonnes de sables minéralisés cette année n'est plus d'actualité et que le volume 2026 se situera entre 300 000 et 400 000 tonnes. « Nous sommes dans la phase d'appel d'offres, recrutement de prestataires et l'achat des équipements nécessaires pour redémarrer l'usine mobile flottante – affectée par l'incendie, NDLR – si le projet est bien mené, nous espérons revenir à 100% de notre capacité nominale au premier trimestre 2027 », précise Frédéric Zanclan. À écouter aussiAu Sénégal, la mine mobile d'Eramet accusée de détruire le désert et l'économie locale

De plus en plus de touristes asiatiques et notamment chinois viennent en Tunisie et veulent découvrir le pays autrement, pas seulement via ses stations balnéaires. Des créateurs de contenu chinois ont été invités au printemps pour valoriser la destination. L'objectif du pays est d'attirer 30 000 touristes chinois d'ici la fin de l'année 2026. Leur nombre est en plein essor et a augmenté de 15% entre 2024 et 2025 malgré l'absence de ligne aérienne directe entre Pékin et Tunis. Après une visite du site archéologique de Dougga dans le nord-ouest de la Tunisie, place au repas pour le groupe d'influenceurs et youtubeurs chinois venus visiter la Tunisie. En plus de déguster des spécialités locales, telles que le sanglier, le groupe a pu découvrir plusieurs lieux inédits du pays, hors des sentiers battus. « C'est la diversité culturelle de la Tunisie qui attire énormément de touristes chinois, qui cherchent vraiment des expériences authentiques. On a le Sahara, on a la mer, on a surtout les différentes civilisations, Carthage, romaine, arabe », explique Amandine Wu, chargée de la communication de l'Office national du tourisme tunisien en Chine. Anouar Chetoui, représentant de l'Office national du tourisme tunisien en Chine, explique que ce voyage a été spécialement organisé pour promouvoir le pays auprès du marché chinois : « Ce voyage a également mis en avant les hôtels haut de gamme, le golf, les maisons d'hôtes et les expériences authentiques comme la cueillette des olives afin de montrer que notre destination offre bien plus qu'un tourisme balnéaire classique avec des expériences variées et adaptées au marché chinois. » À lire aussiLa Tunisie et le Maroc connaissent une année touristique 2025 en demi-teinte À la recherche d'un tourisme authentique Le « marché chinois » se divise en plusieurs catégories, explique Anouar Chetoui : « Les groupes organisés, bien sûr, le produit "Miles" pour les événements et le tourisme d'affaires à forte valeur, les familles pour des expériences culturelles ainsi que les "FIT", les individuels pour un tourisme individuel, authentique et sur mesure. » Ce tourisme sur mesure séduit Qong Niha Jam, spécialiste des vidéos de voyage qui compte plusieurs millions d'abonnés sur les réseaux sociaux chinois : « C'est vraiment super, vraiment, j'adore franchement. La jeune génération n'est pas intéressée par des voyages organisés, ils veulent voyager et découvrir par eux-mêmes, donc je pense que ce type de destination peut les séduire. » Ce marché en pleine croissance représente un véritable atout économique pour la Tunisie, car un Chinois dépense quatre fois plus en moyenne en voyage qu'un touriste européen. À lire aussiEn Tunisie, le Dahar, un géoparc classé au patrimoine mondial de l'Unesco

En Côte d'Ivoire, plus d'un millier de véhicules électriques sont en circulation. Silencieuses et sans carburant, ces voitures sont présentes surtout dans le secteur des VTC où elles offrent des coûts d'exploitation réduits. Mais malgré cette montée en puissance, des défis persistent : un prix d'achat encore élevé, des bornes de recharge insuffisantes et une forte dépendance aux importations. Reportage de notre correspondant à Abidjan, À bord d'un véhicule électrique, Mouhamed Kanaté enchaîne les courses dans les rues d'Abidjan. Chauffeur VTC depuis deux ans, il verse une recette journalière de 28 000 FCFA à son employeur. Mouhamed est comptable de formation et passionné par les questions environnementales, il a choisi l'électrique pour alléger ses dépenses quotidiennes et améliorer sa rentabilité : « Contrairement aux véhicules thermiques, quand vous rechargez, le minimum, c'est 20 000 FCFA. Or pour l'électrique, le maximum, c'est 13 000 FCFA. Donc vous pouvez travailler en deçà de 20 000 FCFA et puis avoir un bénéfice sur l'activité qui va vous permettre de prendre soin de votre famille, tout ce qui est charge. C'est vraiment rentable. » Les trois principaux opérateurs de VTC présents sur le marché ivoirien misent désormais sur ce type de véhicule. Selon les acteurs du secteur, près de 300 sont actuellement utilisés pour le transport urbain à Abidjan. Mais le développement de cette mobilité verte se heurte encore à plusieurs obstacles : un coût d'acquisition élevé – pas moins de 14 millions de FCFA par véhicule. À cela s'ajoute un nombre encore limité de bornes de recharge : seulement une centaine à travers le pays. Les réparations sont souvent complexes en cas de panne, explique Mouhamed Kanaté : « Les difficultés sont du point de vue entretien de l'équipement. La rareté des pièces mécaniques. Parce que, vu que ce sont des véhicules importés, pour l'instant, il n'y a pas un grand nombre de revendeurs de pièces détachées. » Mesures incitatives pour les investisseurs Face à cette demande grandissante, plusieurs concessionnaires étoffent leurs offres. C'est le cas de Sinoafrik, représentant des marques chinoises à Abidjan. Dans son showroom, à Cocody, SUV et berlines électriques occupent désormais une place de choix. Mais au départ, il a fallu rassurer et convaincre les clients. « On les a incités à mieux connaître le modèle, à savoir que c'est encore plus économique et avantageux pour eux-mêmes, explique Reine Trésor Gosset, commerciale. Maintenant il y a une réelle demande, il y a plus d'intérêt d'achat que de curiosité. Les modèles les plus prisés actuellement, ce sont les modèles pour le VTC et des petites voitures de 25 places. » Le ministère des Transports affirme vouloir accompagner cette transition vers une mobilité plus verte, notamment à travers des mesures incitatives destinées aux investisseurs. « Aujourd'hui, on a dans le code des investissements beaucoup de facilitations qui existent pour faire la promotion et pour faciliter l'installation des investisseurs, explique Jean-Marc Atché, le directeur de la planification et des projets. Nous accompagnons pas mal de projets en cours, notamment une grande usine qui doit être construite, qui va servir à faire l'assemblage des véhicules électriques sur place en Côte d'Ivoire. » L'État ivoirien souhaite montrer l'exemple : d'ici 2030, 10 % du parc automobile de l'administration devrait être constitué de véhicules électriques. À écouter aussiPourquoi les taxis-motos déferlent sur les villes africaines?

Il y a un an, le Gabon annonçait sa volonté de ne pas renouveler l'accord de pêche signé avec l'Union européenne et qui permettait jusque-là à une trentaine de navires européens de venir pêcher des espèces thonières dans les eaux gabonaises. Le gouvernement gabonais juge « insuffisante » la contribution financière de 2,6 millions d'euros que lui versait l'UE. À quelques jours de la date d'expiration, le 28 juin prochain, les négociations se poursuivent mais s'annoncent difficiles. Le compte à rebours est lancé : sauf surprise, à compter du 29 juin 2026, plus aucun bateau européen ne pourra pêcher dans les eaux gabonaises, une première depuis près de 40 ans. « Les premiers accords de pêche entre l'UE et le Gabon remontent à 1988, rappelle Maciej Berestecki, porte-parole de la Commission européenne et spécialiste des questions liées à la pêche. Cet accord est très important pour l'Union européenne mais, de notre point de vue, il bénéficie aux deux parties. Nous versons au Gabon une première contribution financière de 1,6 million d'euros en échange de l'accès aux eaux gabonaises et une deuxième d'un million d'euros en soutien au secteur de la pêche locale. » Soit un total de 2,6 millions d'euros par an auquel s'ajoute un million d'euros par an versés directement par les armateurs européens. « Nous ne pouvons plus accepter un modèle où nos ressources sont simplement exportées brut » « Ces contributions financières et le soutien à l'économie locale étaient minimes par rapport à la richesse prélevée, balaye Aimé Martial Massamba, ministre de la Mer, des Pêches et de l'Économie bleue du Gabon. L'Union européenne a manifesté la volonté de négocier un nouvel accord "gagnant-gagnant", ce qui sous-entend que le précédent ne l'était pas au profit du Gabon. » À moins de 15 jours de l'échéance, les négociations s'annoncent difficiles, d'autant que les exigences du Gabon ne sont pas seulement financières. « Cet accord ne répondait plus aux ambitions de développement du Gabon. Nous ne pouvons plus accepter un modèle historique où nos ressources sont simplement capturées, exportées brutes sans aucune valeur ajoutée créée sur le sol gabonais », insiste le ministre. À lire aussiLe Gabon annonce rompre son accord de pêche avec l'Union européenne Un modèle de pêche durable ? Les Européens se disent prêts à étudier toutes les propositions du gouvernement gabonais, tout en rappelant qu'à leurs yeux ils ne font pas concurrence aux pêcheurs locaux. « Les bateaux européens ne sont autorisés à pêcher que les espèces de poissons que le Gabon ne cible pas, comme le thon tropical, rappelle Maciej Berestecki. Il n'est pas question de toucher aux ressources côtières exploitées localement par les pêcheurs artisanaux. » De plus, l'UE assure se baser sur un comité scientifique pour n'autoriser à la pêche que les stocks excédentaires. Mais l'engagement affiché des Européens en faveur de la pêche durable ne convainc pas Aliou Ba, responsable de la campagne Océan pour Greenpeace Afrique : « Pour que ces accords puissent être durables, il faudrait que ces navires ne puissent pas utiliser des moyens de pêche destructifs comme le chalut de fond, pointe-t-il. Enfin, même si l'objectif est d'approvisionner le marché européen, il faudrait que la transformation des ressources prélevées puisse être faite localement. » Avant le Gabon, le Sénégal avait déjà rompu l'accord de pêche signé avec l'Union européenne fin 2024.

C'est une des conséquences de la guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix du bitume. Le secteur des travaux publics est directement touché, notamment en Afrique où rares sont les fabricants. À Madagascar, comme dans beaucoup de pays du continent, on ne fabrique pas de bitume. « On importe la matière brute qui nous permet de faire de l'asphalte, sans bitume on ne peut pas faire de goudron », explique Richard Ferrazi, directeur de l'entreprise de BTP Colas sur la Grande Île. Dany Michael Ranivo, administrateur général adjoint d'Inframad, société qui supervise des chantiers à Madagascar, confirme qu'il n'y a pas d'alternative : « Il y a une variante, le béton armé, mais on ne peut pas s'offrir ça, c'est du luxe pour nous. » Pour des raisons de proximité géographique, le bitume est d'ordinaire importé à Madagascar majoritairement du Golfe : « Principalement le bitume venait du port de Jebel Ali, à Dubaï, et passait donc par Ormuz. Le bitume européen n'était qu'un complément. Aujourd'hui, c'est l'origine principale. Forcément c'est beaucoup plus long, il faut compter 45 à 60 jours de plus. » Ce changement de source d'approvisionnement a eu un impact inévitable sur le terrain, explique Richard Ferrazi. « L'arrêt a été brutal, il nous a fallu du temps pour nous retourner, on a perdu plus de deux mois sur certains chantiers, on ne revient que maintenant à la normale ». Deux mois plus tard, le bitume coûte 40 à 50 % de plus à Madagascar. L'impact se fait sentir aussi pour Inframad. « Cela peut retarder notre levée de caution bancaire ou retarder l'octroi de ressources que l'on voulait déployer sur d'autres projets », précise Dany Michael Ranivo. À lire aussiFace au blocage du détroit d'Ormuz, la Chine sécurise ses stocks d'hydrocarbures Renégocier les contrats pour absorber la hausse des prix En Guinée, la tonne de bitume a augmenté d'environ 200 dollars en trois mois, soit une hausse de plus de 20 %. Certains des contrats peuvent heureusement être renégociés, explique Mory Diaka Kaba, directeur adjoint de Guiter, la société guinéenne de terrassement routier : « Il existe des contrats dans lesquels nous avons négocié une actualisation, ce qui nous permet d'ajuster ces coûts, mais dans d'autres contrats, ce n'est pas prévu et nous sommes obligés de grignoter dans notre marge, voire d'aller jusqu'à des pertes financières. » Au Cameroun, le Code des marchés offre la possibilité de réviser les prix. Stéphane Edouma, directeur adjoint de MAG, un des gros acteurs du BTP – qui réalise actuellement l'entrée de la ville de Douala, soit un marché de 30 milliards de FCFA –, envisage de déposer un dossier de révision « pour pouvoir rentrer dans ses frais ». Stéphane Edouma assure avoir réussi à honorer ses engagements et ne déplore pas d'arrêt de chantier. Les prochains appels d'offres seront certainement négociés différemment, explique-t-il, et vont inciter les entrepreneurs à être plus prévoyants : « Au vu des retards d'approvisionnement, on anticipera en mettant en place des stocks tampons afin de garantir nos plannings de chantier. Des leçons seront forcément tirées de cette crise soudaine. » En attendant la normalisation des prix, Mory Diaka Kaba explique acheter le minimum prévu par les contrats mais ajoute « qu'en raison du prix, le stockage est devenu pratiquement impossible. » En plus du prix du bitume, le BTP doit absorber la hausse de celui du carburant, un seul engin de chantier peut en consommer plus d'une centaine de litres par jour. À écouter dans C'est pas du ventCOP 16 : soigner les sols, c'est possible

Le Mondial 2026 de football est aussi une occasion d'investir pour certains opérateurs économiques. C'est le cas d'Orange et New World TV, un groupe togolais, qui ont signé un partenariat renforcé pour la diffusion de l'intégralité des matchs dans plusieurs pays d'Afrique francophone. « Concrètement, nos utilisateurs pourront découvrir via Max It les offres de NWTV, y souscrire, payer directement via l'écosystème Orange et accéder immédiatement au contenu depuis leur smartphone, tablette et bientôt la télévision connectée », détaille Sofia Nadir, directrice partenariat pour Orange Moyen-Orient Afrique (OMEA). Max It, l'application développée par le groupe, est disponible désormais dans neuf pays francophones d'Afrique subsaharienne et permet à Orange et New World TV d'élargir le partenariat qu'ils avaient conclu en 2022 pour proposer les matchs, en streaming, avec « la garantie de ne pas surconsommer de datas et de regarder la compétition en toute légalité », précise Sofia Nadir. La Coupe du monde 2026 est, pour chacune des deux parties, l'opportunité de séduire de nouveaux abonnés et donc un investissement très stratégique, explique Gérard Akindes, économiste du sport : « Orange a déjà une position dominante sur le marché francophone. Le groupe va donc fidéliser sa clientèle et peut-être se positionner de plus en plus sur le sport et la diffusion du sport par téléphonie mobile. C'est un espace qui prend beaucoup d'ampleur sur le continent. » Plus de visibilité pour New World TV Contrairement à Canal+, diffuseur historique des compétitions sportives qui a les droits en Afrique anglophone via SuperSport, New World TV est un opérateur « entrant », c'est-à-dire encore jeune sur le marché, qui a besoin d'élargir son champ d'influence, ajoute Gérard Akindes : « Pour New World TV, l'intérêt, c'est de revendre une partie de leurs licences, de faire du sublicensing, et de récupérer ainsi en partie leur mise, pour arriver sans trop d'effort à atteindre une plus grande audience via la diffusion par téléphone. » Louis Biyao, conseiller juridique de New World TV, confirme l'intérêt du groupe de voir Orange relayer sa chaîne : « Cela nous apporte commercialement et aussi en termes de visibilité. On multiplie les canaux de diffusion par le monde pour avoir accès à nos produits et Max It d'Orange ne sera pas de trop. » En parallèle de son offre dans les pays francophones, Orange a également établi des accords avec d'autres détenteurs de droits audiovisuels que New World TV, avec un objectif affiché : garantir une couverture exhaustive de la compétition dans les 18 pays de la zone Moyen-Orient-Afrique où le groupe est présent. À lire aussiMondial 2026: et maintenant, s'ouvre la Coupe du monde de la démesure

Le salon de l'industrie agroalimentaire africain International Food show for Africa a fermé ses portes mercredi 10 juin en Tunisie. Un grand rendez-vous qui est l'occasion pour les professionnels de l'agroalimentaire – fabricants, détaillants, professionnels de la restauration, importateurs et distributeurs – de réfléchir à des solutions susceptibles d'améliorer leurs échanges. À l'heure où le contexte géopolitique force beaucoup de pays vulnérables à revoir leurs importations et la logistique autour de la sécurité alimentaire, de nombreux acteurs africains plaident pour l'accélération des échanges intra-africains. De notre correspondante à Tunis, Dans le hall des expositions à la foire du Kram à Tunis, les échanges vont bon train pour l'Union des chambres de commerce sénégalaise, venue représenter les 14 chambres que compte le pays. Aliou Ndiaye en est le secrétaire général. Il évoque les nombreux défis au développement du commerce intra-africain : « Le principal défi aujourd'hui est le défi logistique, parce qu'il faut des routes pour que l'on puisse commercer entre les pays africains. » Autre défi de poids, souligne-t-il : celui de la formalisation. « Plus de 80% des entreprises sont informelles, et pour faire du commerce intra-africain, il faut du commerce formel », précise-t-il. Lors d'un panel sur les opportunités avec la Zone de libre-échange intercontinentale (Zlecaf), Aliou Ndiaye a insisté sur la nécessité pour le marché africain d'être plus compétitif. D'autant que les dynamiques d'import-export se redessinent avec la guerre russo-ukrainienne et au Moyen-Orient. « Même si on ouvre le marché de la Zlecaf, si le riz asiatique est moins cher et de meilleure qualité, les pays africains vont continuer d'acheter du riz asiatique », pointe Aliou Ndiaye. À lire aussiZLECAf : où en est le pari de l'intégration économique africaine ? 15 pays dans l'initiative du commerce guidé Tarek Boulmerka est le président de l'Association nationale des exportateurs algériens. Lui aussi insiste sur l'importance de construire de meilleures infrastructures : « La Mauritanie ou bien le Sénégal, la porte est juste à côté de l'Algérie. On est en train de faire une route, il ne nous reste que 600 kilomètres de voie terrestre [à construire]. Vous pouvez atteindre Nouakchott en un délai de 20 jours. » La priorité de la Tunisie est de booster les échanges avec son voisin algérien, son premier partenaire commercial africain. Ce dernier est très remarqué sur le salon avec ses 25 exposants. Mais la Tunisie souhaite également étendre ses échanges à plus de pays sur le continent. Elle est l'un des premiers pays à avoir adhéré à l'initiative du commerce guidé. Une initiative qui simplifie les procédures douanières, qui regroupe désormais 15 pays. « La nouvelle, c'est l'intégration la semaine dernière du Maroc et de l'Afrique du Sud à l'initiative du commerce guidé. C'est un ajout pour la Tunisie et notre économie », estime Oussama Ben Khalifa, de la chambre du commerce et de l'industrie tunisienne. Aujourd'hui, les échanges entre pays du continent ne représentent encore que 16% de l'ensemble de leurs flux commerciaux. À lire aussiL'inflation s'invite dans les préparatifs de l'Aïd en Tunisie

À quelques heures du coup d'envoi de la Coupe du monde de football 2026, direction le Sénégal, où la compétition se vit aussi à travers les paris sportifs. Depuis cinq ans, le secteur s'est digitalisé. Plus besoin de se rendre jusqu'en boutique, quelques clics sur un téléphone suffisent pour miser. Résultat, de plus en plus de parieurs se lancent. Pour eux, le Mondial a déjà commencé. De notre correspondante à Dakar, Dans ce groupe de jeunes footballeurs, tous du même club de quartier, l'issue du match Sénégal-France du 16 juin fait débat. Tout semble possible, rien n'est écrit d'avance. Assane a déjà un plan en tête : « Je vais parier sur deux applications différentes, sur l'une la France et sur l'autre le Sénégal. Comme ça, j'aurai mes chances de gagner. Il y a un de mes potes qui m'a appelé pour me dire : "Assane, j'ai besoin d'argent, viens, on fait des paris." Je lui ai répondu : "Vas-y, on tente notre chance." » De son côté, Mohamed ne cache pas sa passion pour les paris. « Cela m'excite », rigole-t-il. Pour lui aussi, la fièvre des paris sportifs a commencé, avec le Mondial 2026 qui va commencer. Ce jeune Dakarois a déjà engagé des mises sur le match d'entrée des Lions de la Teranga face aux Bleus. « J'ai mis plein de combinaisons possibles. Premier ticket : le Sénégal va gagner. Deuxième ticket : les deux équipes vont marquer. Ensuite, Mbappé va marquer pour la France, Sadio Mané pour le Sénégal, détaille-t-il. J'espère que ça va se passer comme ça car si c'est le cas, je gagne ! » « On perd plus qu'on ne gagne » Le mois passé, Mohamed a parié pour 80 000 francs CFA (soit 122 euros) en tout. Sur cette somme, il cumule 30 000 francs CFA (45 euros) de perte nette. Des petites mises à chaque fois, mais des mises sur tous les championnats de la planète. « Toutes les compétitions, championnats, Ligue des champions, Coupe de France, aux États-Unis et même en Chine (rires). On n'a pas de limite en fait. Mais on perd plus qu'on ne gagne, cela il faut le dire », concède-t-il. Comme beaucoup d'autres Sénégalais, Mohamed a été happé par les paris sportifs juste après le Covid-19. À ce moment-là, les applications de paris fleurissent sur les écrans. Les pratiques changent. Malick Diouf est fondateur du Dakar Sport Summit, salon consacré à l'économie du sport. « On est un pays à majorité musulmane dans lequel les paris ne sont pas bien vus. Le fait que ça soit digitalisé lève le tabou et a permis à toutes les couches sociales de jouer sans être jugées », analyse-t-il. Le secteur est porté par trois poids lourds : l'opérateur russe 1xBet, l'entreprise française Betclic et le groupe sénégalais Sunubet. Depuis novembre 2025, ces sociétés voient leurs revenus taxés à hauteur de 20%. Même chose pour les gains des parieurs. « L'État gagne, mais l'argent que l'État collecte sur les paris sportifs doit servir à financer le sport professionnel mais amateur surtout », estime Malick Diouf. Période très attendue par les parieurs sportifs, le Mondial de football est aussi le moment de tous les excès. Des associations alertent contre des cas croissants de dépendance. À lire aussiBilan carbone désastreux, chaleurs extrêmes: le Mondial de football, symbole puissant du dérèglement climatique

La Côte d'Ivoire compte aujourd'hui plus de 400 000 points de service de mobile money selon l'Agence de promotion de l'inclusion financière – c'est 300 fois plus que le nombre total de distributeurs automatiques de billets. Les Ivoiriens utilisent les cabines au quotidien, pour déposer leur salaire, retirer de l'argent, mais les agents de mobile money sont parfois confrontés à un manque de liquidités qui pénalise leur activité. De notre correspondant à Abidjan, Fin d'après-midi au quartier d'Angré Château. L'heure de faire les courses ou de prendre les transports, mais sur ce carrefour très passant, la cabine de mobile money est à court de cash. Rosette est fataliste, elle est venue retirer 10 000 francs CFA – 15 euros : « Quand tu viens, ils n'ont pas ce dont vous avez besoin, c'est un truc qui arrive, donc on fait avec. » Assise dans la cabine jaune, la guichetière Nema fait patienter les clients : « Il y a des jours où il peut y avoir beaucoup de retraits et il nous arrive de manquer d'espèces. On s'excuse et on dit aux clients que nous sommes en mode dépôt. » Plutôt que de faire la queue, certains clients partent retirer ailleurs. Affoué est la gérante de la cabine. Pour cette ancienne comptable, perdre un client, c'est un manque à gagner : « Tu perds le client, et tu perds la commission du client, donc voilà pourquoi il faut bien s'occuper des clients afin que les commissions puissent augmenter et pouvoir dégager un bénéfice net. » Perte de clientèle, perte de rentabilité Les différents opérateurs de mobile money, comme Orange, Moov, MTN ou Wave, reversent une commission aux gérants de cabines. À titre d'exemple, ces derniers gagnent entre 20 et 60 francs CFA – entre 3 et 9 centimes d'euros – pour une transaction de 10 000 francs CFA – 15 euros. Plus il y a de transactions, et plus elles sont importantes en valeur, plus leurs revenus augmentent. La machine se grippe en cas de manque de cash ou de crédit. Les agents de mobile money sont obligés de fermer boutique pour se réapprovisionner auprès des opérateurs ou des banques. « Ils ont une perte de clientèle, ils n'ont pas assez de commissions, c'est pas rentable pour eux, ils sont obligés de fermer les agences pour aller chez les distributeurs. » À lire aussiGuinée : un manque persistant de liquidités handicape les commerçants La moto pour être plus réactif Gertrude Yapi est directrice des opérations de Leya, une startup abidjanaise qui a mis en place un service de convoyeurs de fonds à moto pour dépanner les points de service de mobile money : « On les approvisionne – en crédit – en moins de quatre minutes, et on envoie le cash en moins de 30 minutes pour satisfaire la clientèle. On permet aux points de vente d'avoir un chiffre d'affaires de 50 % en plus. » Leya revendique aujourd'hui plus de 3 000 clients actifs dans quatre villes de Côte d'Ivoire : Abidjan, Bondoukou, Bouaké et Korhogo. Pour l'économiste ivoirien Kassoum Timité, la continuité de service est essentielle pour soutenir l'activité économique en général : « Le mobile money s'adresse directement à la population dans le secteur informel, qui représente la plus grande part de l'activité économique en Côte d'Ivoire (il pèserait jusqu'à 40% du produit intérieur brut, selon le Fonds monétaire international, ndlr). Donc le manque de liquidités va ralentir les transactions et l'activité économique diminuera aussi. » En 2024, plus de 140 milliards de francs CFA – plus de 210 millions d'euros – étaient échangés via mobile money chaque jour selon l'agence ivoirienne de promotion de l'inclusion financière, près de quatre fois plus qu'en 2020. À écouter aussiLe paiement mobile en Afrique de l'Ouest : validé et adopté

Le poisson est la première source de nutrition pour près d'un Africain sur trois. La pêche pourrait représenter plus de 20 millions d'emplois directs et indirects sur le continent d'ici la fin de la décennie. D'où l'importance de protéger les réserves de poissons, aujourd'hui menacées par la surpêche. En 2022, les membres de l'Organisation mondiale du commerce se sont mis d'accord pour mettre fin aux subventions aux pêches les plus nocives. Mais sa mise en œuvre s'avère compliquée… Il aura fallu près de 25 ans de négociations aux membres de l'Organisation mondiale du commerce pour parvenir, en 2022, à un accord sur la fin des subventions à la pêche. En septembre dernier, deux tiers des membres l'ont officiellement ratifié, ce qui a permis son entrée en vigueur. « Historique, souligne la directrice générale adjointe de l'OMC, Jennifer Nordquist. C'est la première fois que nous avons un accord qui se concentre à la fois sur l'aspect économique ET sur la question de l'environnement. L'idée est de lutter contre les subventions néfastes alors que 35 % des réserves mondiales de poissons sont déjà menacées par la surpêche. » Depuis, 120 des 166 membres de l'OMC l'ont adopté, ce qui veut dire qu'ils se sont mis d'accord sur un premier volet concernant l'interdiction des subventions les plus nocives : celles qui, de fait, encouragent la pêche illégale ou non déclarée. Pour aller plus loin, il faudra parler aussi des subventions au carburant ou sur les bateaux, souligne la numéro 2 de l'organisation : « Le chronomètre est lancé, les membres ont 4 ans pour s'entendre sur le deuxième volet de cet accord. En cas d'échec, même la première partie de l'accord pourrait tout simplement disparaître », avertit-elle. À lire aussiMadagascar: à bord avec les Vezo, pêcheurs itinérants menacés par la surpêche « Les pays qui subventionnent fortement la pêche le font au détriment des petits États insulaires » Les négociations se poursuivent donc en coulisses. En attendant, l'OMC aide ses membres à faire respecter l'accord. « Nous avons mis en place un système d'aide financière à destination des économies les moins développées, explique Jennifer Nordquist à RFI. Cela a par exemple permis au Ghana de travailler avec les organisations de pêche locales pour lutter contre la pêche illégale. » Mais les choses ne vont pas assez vite pour le docteur Arvin Boolell, ministre de la Pêche et de l'Économie bleue de la République de Maurice : « Les pays qui subventionnent fortement la pêche le font au détriment des petits États insulaires en développement : cela met une énorme pression sur nos pêcheurs et entraîne l'épuisement des réserves de poissons. C'est pourquoi nous demandons à l'OMC de mettre en œuvre des mesures de suivi et de surveillance. » « Certains aspects du secteur de la pêche ont besoin d'être soutenus » Son homologue et voisin, Wallace Cosgrow, ministre de la Pêche et de l'Économie bleue des Seychelles, voudrait, lui, qu'on prenne mieux en compte les spécificités des États insulaires. « De mon point de vue, certains aspects du secteur de la pêche ont besoin d'être soutenus, particulièrement dans notre cas : quand on parle d'artisans pêcheurs locaux qui contribuent à la sécurité alimentaire de leur communauté », soutient-il. Une aide publique qui, selon lui, n'a pas forcément besoin d'être financière. Cela peut passer par la mise en place d'infrastructures ou une aide logistique à l'échelle locale. À lire aussiDix choses à savoir sur la surpêche, fléau des océans au fil des siècles

En Côte d'Ivoire, la campagne de commercialisation de l'anacarde bat son plein. Le Conseil Coton Anacarde table cette année sur un peu plus d'un million trois cent mille tonnes de noix, une production soutenue, à l'instar de ces dernières années, mais qui pourrait néanmoins baisser de 200 000 tonnes par rapport à l'année dernière. Certaines zones du pays connaissent des difficultés, notamment en raison du décalage des saisons des pluies, c'est le cas dans le Bounkani, dans le nord-est du pays. De notre envoyée spéciale de retour de Bouna, C'est une plantation d'anacardiers qui s'étend sur 3 ha. Cette saison, Kouamé Ouattara estime être au chômage technique, car son verger n'a quasiment rien produit. « Il y a trois ans, je pouvais gagner 500 kg par hectare. Mais maintenant, je n'arrive même pas à récolter deux sacs (d'anacardes) sur les 3 ha ». Selon ce paysan, la situation serait liée à un bouleversement dans la saison des pluies. « Normalement, on doit avoir de grandes pluies entre novembre et décembre qui permettent à l'anacardier de fleurir. Mais [cette année], la pluie s'est arrêtée en octobre, déplore-t-il. Octobre, novembre, décembre, janvier, février, il n'y a pas eu de pluie. Lorsque la floraison a échoué une fois, il faut attendre l'année suivante. Donc, la campagne a échoué ». Autre conséquence : les apiculteurs, qui entretiennent des ruches dans les plantations d'anacarde, se retrouvent avec des productions de miel quasiment inexistantes. « Nous n'avons pas assez de miel actuellement, souligne Koffi Ouattara, le président de l'association des apiculteurs de Koflangué. L'année passée, nous avons eu 100 litres de miel. Mais cette année, seulement 30 litres. Du coup, chez nous, c'est une perte ». À écouter dans 8 milliards de voisinsAura-t-on encore du miel et des abeilles à l'avenir? Des pratiques culturales à corriger Au-delà des raisons climatiques, cette situation serait liée à de mauvaises pratiques culturales, selon le Dr Sibirina Soro, enseignant-chercheur à l'université de Daloa et coordonnateur du projet national de recherche sur l'anacardier. « Tout cela est lié en grande partie à la densité du verger. Beaucoup de vergers sont sous forme de forêt : la densité de départ n'a pas été respectée, explique-t-il. Aujourd'hui, on est en train de conseiller aux planteurs de réhabiliter ces vergers pour qu'ils aient la densité intéressante. La moyenne préconisée est de 100 pieds/ha ». Sibirina Soro organise par ailleurs chaque année des formations pour lutter contre les insectes ravageurs. Il préconise un meilleur accompagnement des paysans car en Côte d'Ivoire, les producteurs n'utilisent pas de produits chimiques dans leurs champs d'anacarde. Ils sont donc plus exposés aux pertes en cas de mauvaise récolte. À lire aussiAnacarde en Côte d'Ivoire: vers un renforcement de la transformation locale?

Le fabricant panafricain de motos électriques Spiro a annoncé une levée de fonds record de 215 millions de dollars. Déjà implantée dans sept pays africains, l'entreprise veut étendre son réseau de stations d'échange de batteries et renforcer ses capacités de production. Un modèle qui séduit de plus en plus de conducteurs, mais qui exige des investissements considérables. De notre envoyé spécial à Nairobi, « Ici, nous réalisons plusieurs types d'assemblages : les motos, les racks d'échange de batteries, les batteries elles-mêmes ainsi que les chargeurs », explique Japheth Ruttoh, directeur de l'usine Spiro de Nairobi. Sur la ligne de production, les ouvriers fixent les selles, montent les roues et assemblent les porte-bagages. L'objectif est d'augmenter rapidement les capacités industrielles de l'entreprise. « Avec cette ligne d'assemblage, nous pouvons produire 150 motos en un seul poste de travail de huit heures. Cela concerne une seule ligne de production. Si la demande augmente, nous pouvons accroître davantage notre capacité », assure-t-il. Le pari des batteries échangeables Et la demande est bien au rendez-vous. En Ouganda, près de 30 000 motos électriques ont été vendues en 2025. Comme plusieurs de ses concurrents, Spiro a compris qu'en Afrique, les conducteurs cherchent avant tout à maximiser leur temps sur la route. Pour éviter les longues périodes de recharge, l'entreprise a développé un réseau de stations d'échange de batteries. « Nous fonctionnons selon un modèle de location de batteries : nous restons propriétaires des batteries et les conducteurs paient uniquement pour les échanger lorsqu'elles sont déchargées. Dans les stations dédiées, ils remplacent en quelques minutes leur batterie vide par une batterie rechargée. Ce système leur évite d'avoir à financer l'achat ou le remplacement d'une batterie et ils peuvent simplement continuer à travailler et à gagner de l'argent », explique Raymond Kitunga, directeur de Spiro Kenya. Un marché prometteur mais très concurrentiel Présente au Kenya, au Togo, au Bénin, au Rwanda et en Ouganda, Spiro a déjà déployé plus de 2 500 stations d'échange de batteries. Une stratégie qui nécessite d'importants financements. En moins de deux ans, l'entreprise a levé au total 365 millions de dollars. « Au Kenya, nous avons conclu des partenariats avec plusieurs distributeurs de carburant qui disposent d'un réseau couvrant tout le pays. Nous travaillons aussi avec l'Église catholique, qui nous aide à disposer de davantage d'emplacements pour ouvrir nos stations d'échange. Plusieurs grandes compagnies pétrolières nous ont aidés à déployer ce réseau afin que les utilisateurs puissent facilement trouver un point d'échange », détaille Raymond Kitunga. Mais la concurrence s'intensifie. Des acteurs comme Roam, Ampersand ou ARC Ride se disputent désormais le marché kényan de la moto électrique. Ils sont aujourd'hui cinq principaux acteurs sur ce segment. Spiro conserve toutefois sa position dominante et mise sur un argument central : un coût d'utilisation inférieur à celui d'une moto à essence, malgré les ambitions affichées par le Kenya avec son projet de méga-raffinerie annoncé en partenariat avec Aliko Dangote.

Comment favoriser le développement économique des zones côtières africaines sans mettre en péril l'océan et les écosystèmes ? Comment aider les populations à s'adapter aux conséquences du réchauffement climatique qui se font déjà sentir ? La réponse s'appelle l'économie bleue. Face à la baisse sans précédent de l'aide publique au développement, le secteur privé s'empare de plus en plus du sujet. « On cherche à avoir un impact qui est à la fois social et environnemental puisque les communautés côtières sont les premières affectées par la dégradation des océans », explique Yasmine Hamraoui, co-fondatrice de ForSea Invest, un fonds d'investissement basé à Maurice. Un portefeuille de 20 millions de dollars qui cible en priorité les start-ups travaillant à la préservation des océans sur le continent africain : « Cela va de l'énergie à la sécurité alimentaire en passant par le recyclage. Ce sont des activités qui recouvrent une activité très large de l'économie, mais qui trouvent leur source ou dont l'impact porte sur les océans. » Aider les start-ups comme les petits pêcheurs Pour autant, il n'est pas question ici de charité, explique l'entrepreneure : « On peut générer du profit tout en ayant un impact positif sur la planète et les personnes. Les deux ne sont pas incompatibles. En revanche il faut bien avoir conscience qu'on ne cherche pas un profit maximisé mais une durabilité de nos investissements dans le temps. » Alexis Grosskopf est le fondateur d'OceanHub Africa, un organisme basé en Afrique du Sud qui conseille, accompagne et finance les jeunes entreprises africaines. « D'un côté, nous aidons les start-ups dans l'économie bleue en Afrique à lever des fonds, mais nous aidons aussi un autre type d'entrepreneurs bleus : des petits entrepreneurs dans les communautés côtières rurales, comme des petits pêcheurs ou des agriculteurs d'algues, que l'on aide à s'adapter et à accéder aux marchés », détaille-t-il. À écouter aussiLa finance bleue : concilier développement économique et protection de l'océan Choisir de ne pas investir dans certaines activités nocives pour l'océan OceanHub Africa est présent dans 28 pays du continent. « Certains pays sont beaucoup plus difficile d'accès, soit pour des raisons de sécurité, soit par manque d'infrastructures économiques assez solides auxquelles on pourrait s'arrimer. » À l'inverse, certains ont pris de l'avance. « Si on parle technologie et start-ups, c'est le cas du Kenya, de la Tanzanie, de l'Afrique du Sud, de l'Égypte ou de la Tunisie. En Afrique de l'Ouest, on peut évoquer le Sénégal, la Côte d'Ivoire et même le Togo, qui n'a que 80 kilomètres de côtes mais qui, de plus en plus, facilite l'émergence de jeunes pousses dans l'économie bleue. » Pour favoriser l'émergence d'une économie durable de l'océan, il faut aussi faire des choix forts, explique Karen Sack qui dirige l'Ocean Risk and Resilience Action Alliance, une ONG spécialisée dans le financement de l'économie bleue : « On peut avoir un impact très fort en choisissant de ne pas investir dans certains domaines. Ce qu'on appelle les lignes rouges : les investissements dans l'extraction en mer du pétrole ou du gaz, ou les méthodes de pêche destructrices, par exemples. Si la finance et les assurance se retiraient de ces activités, l'impact serait énorme. » À lire aussiForum sur l'économie et la finance bleue : les pays insulaires africains face à l'urgence

Comment concilier développement économique et protection de l'océan dans un monde bouleversé par le réchauffement climatique ? C'est pour tenter de répondre à cette question que scientifiques, politiques, représentants des grandes institutions internationales, de la société civile et des milieux économiques se sont réunis du 27 au 29 mai à Monaco. Objectif : développer la finance bleue, notamment sur le continent africain. Alors que le réchauffement climatique bouleverse les écosystèmes marins, que les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient et que la montée du niveau des eaux menace l'existence même des populations côtières de nombreux pays, il y a urgence à repenser l'économie des océans. Une ambition portée par la Fondation Prince Albert II de Monaco et l'Institut océanographique de Monaco, qui ont réuni fin mai des décideurs, des ONG et des scientifiques au cœur de la Principauté. Les tentatives de mettre la finance au service de la protection de l'environnement ne sont pas nouvelles : les premières obligations vertes, les fameux « green bonds », ont été émises il y a bientôt 20 ans, en 2007. Il faut maintenant passer aux obligation bleues, explique Valerie Hickey, directrice environnement de la Banque mondiale : « Les "blue bonds" ne représentent que 18 milliards de dollars chaque année, contre plus d'un millier de milliards de dollars pour les obligations vertes. Mais la croissance est là. Le principe, c'est qu'un gouvernement, une municipalité ou une entreprise emprunte de l'argent pour investir dans des activités en rapport avec l'océan. » Favoriser la pêche responsable ou financer la protection des côtes Ces « activités en rapport avec l'océan » désignent par exemple le développement de la conversation marine, l'assainissement de l'eau, le renforcement de la protection des côtes ou encore la pêche responsable. « Au Kenya, nous avons aidé le gouvernement à investir dans des zones de débarquement pour que les pêcheurs puissent stocker leurs poissons en respectant la chaîne du froid et ne soient plus obligés de le vendre immédiatement, poursuit Valerie Hickey. Les femmes qui, souvent, vendent le poisson sur les marchés, peuvent ainsi décider quels poissons vendre et quand, pour le vendre au plus offrant. » En 2018, le gouvernement des Seychelles, État insulaire de l'océan Indien, avait émis la toute première obligation souveraine bleue. « Cela nous a permis de financer des petites entreprises mais aussi de favoriser le développement d'activités innovantes, de financer des start-up en lien avec la conservation de l'océan ou le développement économique des côtes, explique Wallace Cosgrow, ministre de la Pêche et de l'économie bleue du plus petit État africain. Des domaines qui jusque-là étaient délaissés. » À lire aussiOCDE: une baisse sans précédent de l'Aide publique au développement Alors que l'aide publique au développement venue d'Europe et surtout des États-Unis s'est effondrée, la tentation de se tourner vers le secteur privé pour financer l'économie bleue est grande. « La finance est un levier important, mais elle ne peut pas se substituer ni aux pouvoirs publics, ni aux scientifiques, ni aux producteurs, prévient l'ancienne ministre française Sylvie Goulard, qui co-préside désormais une initiative franco-britannique visant à financer la conservation et la restauration de la nature. La bonne finance est régulée, encadrée par les pouvoirs publics qui veillent à ce qu'il n'y ait pas de fraude ou ce qu'on appelle le "greenwashing", (''blanchiment écologique''). »

Starlink, Amazon Leo, Eutelsat... Le secteur de l'internet satellitaire dans le monde pourrait atteindre une valeur de 54 milliards de dollars d'ici 2035. Sur le continent africain, c'est le type de connectivité internet qui s'est développé le plus rapidement ces dernières années. Quelles sont les conséquences de l'arrivée de ces nouveaux acteurs sur les opérateurs existants ? Éléments de réponse avec le rapport présenté au Rwanda par l'Africa CEO Forum et Askya Investment Partners. De notre correspondante à Kigali, Premier constat : avec près de 86% de la population du continent couverte par internet, l'enjeu n'est plus d'étendre le réseau, mais de le rendre plus abordable, selon le journaliste scientifique et co-auteur du rapport, publié au mois de mai, Abdullahi Tsanni. Un défi auquel l'arrivée d'opérateurs internet satellitaires ne répond pas encore, explique-t-il : « Les principaux clients de Starlink en Afrique sont des entreprises, ONG, écoles, gouvernements ou foyers aisés, pas la classe rurale populaire. Le discours dominant met l'accent sur la couverture réseau et comment atteindre les zones les plus reculées. Mais le terminal coûte près de 400 dollars, en plus d'un abonnement mensuel entre 30 et 50 dollars. C'est hors de portée pour la majorité. » En trois ans, Starlink et ses satellites LEO, en orbite terrestre basse, ont étendu leurs activités dans plus d'une vingtaine de pays africains avec une présence au sol limitée, très différente des opérateurs télécoms traditionnels, ajoute l'auteur : « Starlink est, par exemple, contrôlé des États-Unis. Il y a peu d'infrastructures, et toute la chaîne de valeur est offshore. Les enjeux économiques sont donc systémiques. La télécommunication africaine aujourd'hui, c'est 220 millions de dollars en valeur économique, soit 7,7% du PIB du continent. C'est un secteur qui crée 8 millions d'emplois formels et 30 milliards de dollars de taxes annuelles. » Risque pour la sécurité des données Ce risque de fuite d'activités économiques est souligné dans le rapport qui pointe aussi le risque de perte en souveraineté numérique des pays africains. « Dans le modèle actuellement déployé sur le continent, il y a très peu de présence d'infrastructures souterraines, explique Babacar Seck, fondateur de la société Askya Investments Partners. Il n'existe pas de passerelles locales, donc les données ne sont pas traitées sur le continent. Cela crée non seulement un risque pour la sécurité des données, mais aussi une forme de dépendance. » Certains pays, comme la Namibie, ont rejeté l'arrivée de Starlink pour non-respect des régulations locales qui s'appliquent aux opérateurs télécoms. Dans le rapport, les auteurs recommandent une évolution vers un système hybride. « C'est la technologie du futur et l'Afrique doit y être intégrée. Concrètement, l'internet satellite fournirait l'infrastructure, tandis que les opérateurs télécoms et les fournisseurs d'accès se chargeraient de distribuer le service aux utilisateurs, préconise Babacar Seck. Ce modèle basé sur le partenariat est probablement celui qui peut le mieux répondre aux problèmes de couverture et de coût que connaît aujourd'hui l'Afrique. » Le continent ne doit pas être qu'un consommateur mais un acteur de son réseau internet, affirment les auteurs du rapport, qui recommandent aussi la mise en place de conditions de concurrence équitables entre l'internet satellite et les opérateurs télécoms traditionnels. À lire aussiStarlink au Sahel: ce «système crypté» a permis de coordonner les dernières offensives au Mali

La fermeture prolongée du détroit d'Ormuz risque de provoquer une grave crise mondiale des prix alimentaires d'ici six à douze mois. C'est l'alerte lancée par la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Parmi les zones à risques figure le continent africain. Plusieurs géants des engrais y sont pourtant installés. La plupart des fabricants d'engrais du continent africain produisent des mélanges, on les appelle des « blendeurs » : ils achètent des matières premières et les assemblent. Ils sont directement exposés à la volatilité des prix. Ces matières premières peuvent être achetées en partie en Afrique. C'est le cas des engrais phosphatés, le continent peut s'enorgueillir d'accueillir le leader mondial, l'OCP, l'Office chérifien des phosphates, une multinationale, basée au Maroc, qui approvisionne de nombreux États africains. « L'OCP a une capacité de production de 15 millions de tonnes par an et la demande totale sur tout le continent en engrais phosphatés est de l'ordre de 8 à 10 millions de tonnes, explique Michaël Sebag, négociant en engrais pour la société Orcom à Genève. L'OCP ne peut pas dédier toute sa production à l'Afrique, mais à plus de 50 % de part de marché, le groupe couvre donc largement la demande de tout le continent ». Les usines de l'Office chérifien des phosphates ont cependant besoin de soufre pour traiter la roche, un produit devenu rare et cher depuis le début de la guerre au Moyen-Orient : la région représentait 40 % du commerce avant le conflit. « On est dans une période conjoncturelle un peu compliquée, confirme Michaël Sebag. L'OCP a annoncé une réduction de 30 % de sa production au deuxième trimestre, on ne sait pas encore ce qui se passera au troisième trimestre. La question est de savoir si l'Office chérifien des phosphates va décider de privilégier l'Afrique en maintenant les volumes exportés sur le continent ou si le géant marocain va les réduire dans la même proportion que sa baisse de production ». Ce qui est certain, c'est que le Sud-Africain Foskor, l'autre producteur d'engrais phosphatés du continent, n'a pas la capacité de combler l'éventuel vide laissé par l'OCP. À lire aussiAu Maroc, le géant des engrais OCP doit faire face aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient Le Nigeria, roi de l'urée Un autre engrais est produit en quantité sur le continent, il s'agit de l'urée. C'est l'affaire essentiellement du milliardaire nigérian Aliko Dangote. Le groupe qu'il dirige a centré ses ventes sur l'international, avec des exportations vers le Brésil, l'Argentine, mais aussi vers l'Inde. Ses derniers investissements témoignent cependant d'une évolution de stratégie, explique Mounir Halim, fondateur d'Afriqom, une agence d'information spécialisée sur le prix des engrais : « Pour Dangote, les choses ont changé, le groupe a mis en place une stratégie éthiopienne, avec un projet de production de 3 millions de tonnes d'urée en Éthiopie, détaille-t-il. En parallèle, Dangote a commencé à fournir l'Éthiopie en urée, et en a déjà envoyé environ 350 000 tonnes ». Quelle que soit la quantité d'engrais que les producteurs africains pourront dédier aux acheteurs du continent, les pays importateurs doivent aujourd'hui composer avec une limite, celle des prix qui ont flambé. « Les États africains peuvent acheter à l'OCP, à Dangote, aux Russes, en Chine, le produit est disponible, ce sont les prix du marché qui conditionneront ce que les acheteurs feront », assure Mounir Halim, qui pointe aussi la difficulté qu'ont de nombreux acheteurs publics à être réactifs pour anticiper leurs achats d'engrais. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde

C'est l'arbre emblématique du littoral de la Côte d'Ivoire, de San Pedro à Assinie. Le cocotier est sous la menace du jaunissement mortel, une maladie qui décime les cocoteraies du pays depuis un peu plus de 30 ans. Aucun remède efficace n'est connu et cette calamité pourrait encore accentuer le déclin de la filière nucicole. De notre envoyé spécial à Addah, près de Jacqueville, capitale ivoirienne de la noix de coco, Les dizaines de troncs de cocotiers dressés vers le ciel ressemblent à des totems perdus dans la brousse. Kouassi est paysan, il s'occupait de la parcelle : « Les premiers signes n'ont pas été vite reconnus, il y a eu plusieurs noix qui sont tombées, les feuilles sont devenues jaunes et ont commencé à tomber. » Les cocoteraies du paysan sont atteintes par le jaunissement mortel – une maladie causée par un phytoplasme. Ce parasite est transmis à la plante par des cicadelles. Le cocotier est alors condamné, explique le botaniste Béranger N'Goran, le spécialiste ivoirien du jaunissement mortel du cocotier. « Les inflorescences, ça commence à noircir et une fois que ça a noirci, le cocotier meurt au bout de cinq à dix mois », explique-t-il. Pour ce chercheur du Centre national de floristique, aucun remède n'existe : « Pour le moment, tout ce qui est proposé, ce sont des mesures prophylactiques, pour limiter la propagation de la maladie, regrette-t-il. Les essais sont toujours en cours pour identifier une molécule qui pourrait permettre de lutter contre la maladie. Mais jusqu'à présent, aucun produit efficace n'a été trouvé. » À lire aussiEn Côte d'Ivoire, les autorités tentent de relancer la filière de la noix de coco Mieux comprendre la propagation La recherche ivoirienne se concentre sur la détection précoce du jaunissement mortel, à l'aide de drones et d'images satellites. Objectif : comprendre la propagation du phytoplasme pour mieux le freiner. Autre espoir : développer un cocotier hybride, capable de résister. Pour le moment, aucune tentative de « replantation » n'a été couronnée de succès, selon Béranger N'Goran. Faute de mieux, le botaniste préconise de défricher entièrement les parcelles infectées, et d'incinérer les cocotiers touchés. En attendant, la maladie progresse inexorablement depuis son apparition au début des années 1990 sur l'île de Grand-Lahou, à 60 kilomètres à l'ouest d'Addah. En trente ans, 5 000 hectares de cocoteraies et au moins 750 000 arbres y ont péri. Production divisée par trois James, un fonctionnaire retraité qui dit s'être endetté pour planter des cocotiers, redoute cette perspective ; il produisait sur ses terres au moins 20 000 noix par an, mais le jaunissement mortel est apparu. « Quand je pratiquais cette affaire de coco, je gagnais au moins 900 000 francs CFA par semestre, témoigne-t-il. Aujourd'hui, c'est rien. 15 à 20 hectares, tout est décimé. Il me reste quoi là-bas ? J'assiste impuissant à ma mort prochaine ». Selon les chefs traditionnels, les cocotiers faisaient autrefois la richesse et la réputation d'Addah. Face à la maladie, les paysans se tournent vers la culture du manioc. La Côte d'Ivoire produit environ 120 000 tonnes de noix de coco par an, trois fois moins qu'il y a 40 ans. À écouter dans 8 milliards de voisinsLe manioc en cuisine : les racines de la modernité

Quatre pays en Afrique monopolisent toujours la majorité des investissements de départ pour les start-up. 80 % des investissements pour l'année 2025 se sont faits en Égypte, en Afrique du Sud, au Kenya et au Nigeria. Des chiffres donnés par un rapport du réseau d'investisseurs African Business Angel Network. Face à ce constat, l'Afrique de l'Ouest francophone cherche à faire émerger ses propres champions de la tech pour attirer davantage de capitaux. Maad est une start-up qui monte. En 2024, elle lève 3 millions d'euros. Elle est aujourd'hui très bien implantée à Dakar. Grâce à son application mobile, la jeune pousse permet aux commerçants de commander et de recevoir leurs produits facilement. Pour Sidy Niang, cofondateur de Maad, même si le marché en Afrique francophone est plus petit et plus fragmenté, il a l'avantage d'être moins concurrentiel : « C'est le pari qu'on est en train de faire, c'est le pari de la saturation d'un marché, explique-t-il. Aujourd'hui, le premier canal qu'on a attaqué, c'est le canal des boutiques de quartier. Donc, aujourd'hui, la moitié des boutiques de Dakar passe commande chez nous. En fait, c'est beaucoup plus facile pour nous d'imaginer avoir une très grosse présence et un très gros chiffre d'affaires à Dakar et au Sénégal. » La start-up prévoit de faire une nouvelle levée de fonds en fin d'année pour pouvoir s'étendre dans d'autres pays de la région. En plus d'être une solution à un besoin bien identifié du marché, ce qui a aidé Maad, c'est la success story de la start-up de paiement mobile Wave, première licorne bien implantée au Sénégal et valorisée à 1,7 milliard de dollars. « À l'époque, quand on faisait notre levée, le fait d'avoir eu Wave qui avait fait sa levée, ça nous avait beaucoup aidés parce que du coup, les gens disaient maintenant que c'était possible, alors qu'avant ce n'était pas possible », souligne Sidy Niang. À lire aussiCôte d'Ivoire: des start-up parient sur le monde de l'éducation Des investisseurs locaux encore trop peu nombreux Le business de la fintech est naissant, une dizaine d'années, et les investisseurs locaux ne sont pas encore assez nombreux. C'est pour cette raison que Marième Diop a fondé le réseau Dakar Network Angels en 2018. Il est présent aujourd'hui dans plusieurs pays pour développer la confiance des investisseurs locaux, ce qui est indispensable pour convaincre aussi les investisseurs étrangers. Ces dernières années, le marché évolue dans le bon sens, selon elle : « On le voit maintenant de plus en plus, des entrepreneurs qui ont l'expérience de la levée, pour beaucoup, ils développent des relations avec d'autres pays ou avec leurs pairs entrepreneurs dans le même écosystème, ils commencent maintenant à comprendre davantage le langage des investisseurs, explique-t-elle. Donc, finalement, petit à petit, on y arrive. » Selon Marième Diop, les États doivent aussi adapter la législation pour permettre une meilleure circulation des capitaux pour rassurer les investisseurs qui veulent rapatrier leurs fonds quand ils le veulent. Mais aussi mettre en place des mesures incitatives : « Il faut pouvoir donner des subventions, il faut pouvoir donner des prêts à taux zéro, du capital de prêts d'amorçage, un spectre plus large d'instruments qui sont adaptés au prêt d'amorçage, analyse-t-elle. Et bien sûr être prêt aussi à perdre le capital pendant un certain temps pour inciter les jeunes à entreprendre et ensuite leur permettre de construire, tester, expérimenter, échouer plusieurs fois avant de faire émerger des grands succès. » La mise en place d'infrastructures, comme des incubateurs et des accélérateurs, est aussi indispensable pour permettre aux jeunes entrepreneurs de réussir, et ne pas passer à côté des pépites de demain. À lire aussiAu salon VivaTech, les start-up africaines se cherchent une place dans la compétition mondiale

Les musulmans du monde entier s'apprêtent à célébrer l'Aïd el-Kebir, mercredi 27 mai, la plus importante fête de leur calendrier. L'heure est aux préparatifs, notamment sur les marchés. Mais cette année, la fête se heurte à l'inflation. C'est le cas par exemple en Tunisie, où le mois dernier le prix de certaines denrées alimentaires a parfois augmenté de 20%. C'est la conséquence de retards d'approvisionnements, ou encore de la baisse de production suite aux aléas climatiques. Avec notre correspondante à Tunis, Au marché de gros de Bir Kassaa à Tunis, les vendeurs évitent de parler de la hausse des prix. Selon Imed, 61 ans, grossiste, « tout est disponible mais les prix varient chaque jour. Par exemple, à un moment, les pommes de terre étaient à 1,6 dinar le kilo, contre 2 dinars aujourd'hui ». Les prix sont fixés chaque matin selon la loi de l'offre et de la demande et selon le barème de référence publié par le ministère du Commerce. Pour Imed, les prix étant relativement encadrés dans le marché, le problème des prix élevés viendrait surtout des revendeurs : « Tous ceux qui vendent sans autorisation des denrées qu'ils n'achètent pas ici, c'est un problème, alors qu'ici au marché de gros, tout est en règle. » Des intermédiaires qui se multiplient Mais si ces revendeurs de fruits et légumes pullulent et s'approvisionnent parfois directement chez l'agriculteur, c'est aussi parce que les petits producteurs peinent à s'insérer dans ce circuit. Derrière cette difficulté se cache en fait un manque de trésorerie, causé par l'augmentation des prix des engrais et une production de plus en plus affectée par le réchauffement climatique. D'après Leith Ben Becheur, agriculteur et l'un des fondateurs du syndicat agricole Synagri, « les agriculteurs et les producteurs maraîchers dont les exploitations sont de petite taille n'ont pas nécessairement les moyens d'emmener leur production jusque là-bas. Il leur faut automatiquement un premier intermédiaire, qui est à la fois un transporteur et un acheteur de premier niveau. En plus de cela, il y a les marges que prennent les répartiteurs au niveau des marchés de gros, ainsi que des taxes. C'est pour ça qu'il y a de la vente un peu sauvage sur les routes et une multitude d'intermédiaires ». À ces problèmes s'ajoutent aussi des dysfonctionnements dans le stockage. Accusé de faire de la rétention de marchandises pour influencer les prix, le secteur fait l'objet de contrôles sévères depuis quatre ans, précise l'économiste Ridha Chkoundali : « Le fait de considérer le stockage des produits frais comme un comportement de spéculation a fortement perturbé ce secteur. Cela a découragé une partie des producteurs, entraînant une baisse importante de l'offre de ces produits, ce qui a contribué à la hausse significative des prix. » Depuis le mois de mai, l'impact du contexte géopolitique mondial se fait aussi ressentir sur les prix, selon le ministère du Commerce. À lire aussiTunisie: pour l'Aïd, les clients renoncent à l'achat d'un mouton entier

Depuis début mars 2026, la crise au Moyen-Orient impacte le secteur économique du monde entier, y compris du continent africain. Hausse des prix du pétrole et des matières premières, hausse du coût des transports... Un contexte qui rappelle l'urgence du développement du commerce intra-africain pour rendre les économies du continent moins dépendantes des marchés extérieurs. C'était une des questions centrales de l'Africa CEO Forum, qui s'est déroulé à Kigali, au Rwanda, les 14 et 15 mai. Avec notre correspondante à Kigali au Rwanda, Le commerce intra-africain devrait atteindre 230 milliards de dollars en 2026, selon l'Afreximbank. Ce chiffre est en augmentation, mais représente toujours moins de 20% des échanges globaux du continent, comme l'explique Ndiamé Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique orientale et australe : « L'intégration régionale permettrait de développer une économie d'échelle, favoriserait les investissements, la production et la création d'emplois. Elle rend aussi l'économie africaine plus résiliente, car elle est davantage capable de résister aux chocs extérieurs. Nous le voyons actuellement avec la crise au Moyen-Orient, entre autres. Nous devons renforcer cette dynamique. » La Zlecaf (Zone de libre-échange continentale) reste entravée par certaines barrières, liées à la logistique, au manque d'infrastructures, ou encore à la différence des régulations selon les États. Pour Éric Akoute, directeur de l'APIex, l'Agence publique de promotion des investissements au Bénin, certaines initiatives locales peuvent aider à surmonter ces obstacles : « Nous avons maintenant une démarche de co-investissement, nous avons signé un protocole d'accords avec le CEPICI de la Côte d'Ivoire, nous signons avec d'autres. L'idée aujourd'hui, c'est de voir qui est fort en quoi, et comment nous pouvons mutualiser pour que ce que les autres ont fait de bien, nous puissions les partager. Il s'agit de renforcer les capacités, de transférer les compétences et l'expérience, pour que les agents de promotion que nous sommes puissent bâtir leurs performances sur les autres. » Valoriser localement les matières premières Face aux chocs extérieurs, notamment au Moyen-Orient, la transformation des matières premières s'impose comme un enjeu stratégique urgent selon Bakary Séga Bathily, directeur de l'Agence sénégalaise de promotion des investissements et des grands travaux : « Il y a la nécessité de transformer localement ces ressources qu'on a l'habitude d'exporter. C'est dans ce cadre-là que nous avons signé un traité avec la Sierra Leone : le Sénégal dispose de gaz, la Sierra Leone dispose de minerais de fer, pourquoi pas ne pas transformer dans un de ces deux pays, ces deux ressources là ? Au lieu d'exporter le gaz, nous voulons avoir du gaz domestique parce que nous avons des ressources à transformer. Il s'agit d'assumer cette politique. » Ces grands travaux sont indispensables au développement du commerce intra-africain, parfois confronté aux difficultés de financements, affirme Thierry Hebraud, PDG de la Banque commerciale de Maurice, l'une des premières banques d'Afrique de l'Est : « Les banques africaines n'ont pas la capacité de prêter sur 10 ou 15 ans en dollars. C'est là que nous avons besoin de la complémentarité des financements internationaux. On ne demande pas la charité. Ce qu'on demande, c'est d'avoir accès à des financements longs, qui sont appelés à être remboursés. Arrêtez de voir l'Afrique comme un haut risque. » L'autre enjeu pour le banquier, c'est la dédollarisation des transferts de monnaie intra-africains, afin de réduire les frais de change et faciliter le commerce sur le continent.

Entre droits de douane américains, attaques en mer Rouge et explosion du coût du fret, la filiale kényane d'Olvea doit composer avec une succession de chocs géopolitiques. Mais ces turbulences créent aussi de nouvelles opportunités pour la transformation locale. À quelques kilomètres de Nairobi, des montagnes d'avocats patientent dans un vaste entrepôt avant d'être transformées en huile. Ici, dans l'usine kenyane du groupe français Olvea, la cadence dépend autant des récoltes que des secousses géopolitiques mondiales. Guerre au Moyen-Orient, attaques des Houthis en mer Rouge, tensions commerciales avec les États-Unis : chaque crise redessine les équilibres économiques de cette filière en pleine expansion. « Ces fruits sont en maturation et seront mis en production dans les jours qui viennent », explique Jean Arnaud Janvier, directeur d'Olvea Kenya. Ces avocats seront transformés en huile, un produit particulièrement recherché sur le marché américain où les prix restent très élevés. Olvea, déjà implanté dans plusieurs pays africains pour la production d'huiles végétales, a choisi de miser sur cette filière en forte croissance. « C'est une huile qui est consommée quotidiennement par les Américains, une huile de table incluse dans la mayonnaise et qui sert à fabriquer les snacks aux États-Unis, détaille Emmanuel Petiot, directeur des huiles végétales chez Olvea. Donc, en tant que société PME-ETI normande déjà impliquée dans la fabrication d'huile en Afrique, puisque notre modèle, c'est de fabriquer en Afrique, de construire des usines, on s'est dit qu'on devait participer à la fête de l'huile d'avocat. » Les droits de douane de Trump rebattent les cartes Mais la guerre commerciale engagée par Washington complique les perspectives du groupe français. L'augmentation des droits de douane américains pénalise directement les exportateurs européens, face à la concurrence mexicaine. « On est désavantagés par rapport à un pays qui est le Mexique. Le Mexique est le plus gros producteur d'huile d'avocat. Eux n'ont pas de droits de douane pour aller aux États-Unis, alors que nous, on subit 10%. Donc on a de facto un désavantage de 10%, étant Européens par rapport aux Mexicains. Donc c'est clairement un problème, mais on ne peut pas y faire grand chose. Donc l'idée, c'est qu'il faut qu'on soit meilleurs ici en Afrique. Il faut qu'on arrive à tirer ce qu'on appelle "les rendements" de notre production, les meilleurs possibles et si possible meilleurs qu'au Mexique », développe Emmanuel Petiot. Autre conséquence des tensions géopolitiques : les perturbations du commerce maritime mondial. Avec la guerre au Moyen-Orient et les difficultés de circulation dans le détroit d'Ormuz, les coûts du transport maritime se sont envolés. Résultat : les avocats frais kenyans s'exportent moins facilement, ce qui augmente les volumes disponibles pour la transformation locale. « Le goulot d'étranglement à l'export pour les fruits frais a un peu augmenté la disponibilité des fruits pour l'huile, explique Jean Arnaud Janvier, et ensuite pour l'aspect négatif comme pour tous ceux qui sont dans la logistique internationale, le coût et les temps de transport entre l'Afrique et l'Europe qui ont été augmentés, le coût du fret, lui, a doublé et parfois triplé. » À lire aussiGuerre commerciale: en Afrique, les effets collatéraux du bras de fer Pékin-Washington Une huile au rendement limité Avant même les tensions autour du détroit d'Ormuz, les attaques houthis en mer Rouge avaient déjà obligé le groupe à modifier ses routes maritimes, en passant par le cap de Bonne-Espérance. Cela ne décourage pas Emmanuel Petiot : « C'est du gâchis, c'est tout. Ça met quelques obstacles sur notre chemin. Il est bien évident qu'investir est plus compliqué, donc on réfléchit plutôt deux fois qu'une avant d'investir dans un projet X ou Y. Mais ça nous aide aussi à prendre des décisions qui sont encore meilleures. Il faut absolument qu'on arrive à passer ces obstacles et à se dire que c'est une situation temporaire et qu'il faut aller de l'avant. » D'autant que la rentabilité de cette activité reste fragile : l'huile d'avocat offre un rendement relativement faible. L'installation kényane peut traiter jusqu'à 160 tonnes de fruits par jour, pour une production de seulement 16 000 litres d'huile. À lire aussiL'avocat kényan en mauvaise posture face à la vague péruvienne

Les impacts du démantèlement de l'USAID, l'agence des États-Unis pour le développement international, ont été beaucoup étudiés, que ce soit sur les systèmes de santé, l'aide alimentaire ou encore les programmes socio-économiques. Mais des chercheurs ont révélé dans la dernière revue Science que la fin de l'USAID a également provoqué une augmentation des épisodes de violence sur le continent africain : de 5 à 10 % de plus que l'année précédente. Après les coupes de l'USAID, la tension est montée dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, l'année dernière. John Thomas Muyumba est l'un des représentants de la jeunesse du camp, il était présent : « La coupe des fonds de l'USAID a eu un impact considérable sur de nombreux services, y compris l'éducation et les distributions alimentaires. Le PAM (le Programme alimentaire mondial) a réduit ses distributions à certaines catégories de réfugiés. Les jeunes ont estimé que la situation n'était pas acceptable et que nous devions faire quelque chose. C'est pour ça que l'année dernière, nous avons manifesté. » Des heurts ont alors éclaté. Cet épisode n'est pas isolé. Les chercheurs ont croisé les données géolocalisées sur les versements historiques de l'USAID avec les évènements violents enregistrés par des organisations spécialisées telles qu'Acled, une organisation qui collecte des données sur les conflits. « Ce qu'on voit, c'est qu'assez vite après l'implémentation de ces coupes brutales, il y a une augmentation d'incidents violents exactement dans les régions qui dépendaient le plus de cette aide américaine », détaille Oliver Vanden Eynde. Il est chercheur en économie, directeur de recherche au CNRS et co-auteur de l'article. « La progression se situe entre 5 et 10 %. Il faut imaginer qu'on a eu quand même des milliers d'incidents violents sur la période qu'on étudie. Donc, même une augmentation de 5 %, ça correspond très vite à des centaines d'incidents supplémentaires qui sont intervenus après ces coupes dans l'aide », poursuit-il. À lire aussiÉthiopie: faute de financements, le PAM doit interrompre son aide à 650 000 femmes et enfants « Les opportunités économiques se contractent très vite » Les chercheurs n'ont pas trouvé de prédominance de violence selon le type de secteur concerné par les coupes – l'aide alimentaire, la santé ou la gouvernance. Mais il est possible de dégager des mécanismes. « Par exemple, au Soudan du Sud, l'USAID finançait un programme d'emploi qui était ciblé sur des jeunes qui étaient à risque d'être recrutés par des groupes armés. Ce type de programme a été fermé du jour au lendemain et on s'imagine que ces jeunes-là, ils voient leurs opportunités économiques se contracter très, très vite, illustre le chercheur. Et donc on a en tête ce type de mécanisme. Les opportunités économiques se contractent très très vite et en même temps, les raisons fondamentales qui sont à la source de conflits ne vont pas disparaître. Et c'est ce mécanisme-là qui peut expliquer une augmentation de violences, même si dans notre étude, on ne peut pas démontrer tous ces mécanismes dans le détail. » Une difficulté due au sujet, mais rendue d'autant plus complexe du fait que les collectes statistiques étaient largement financées par l'USAID. La mise à jour des données avec plus de recul devrait permettre de voir sur le long terme les répercussions conflictuelles des coupes américaines. À lire aussi«Il n'y avait pas besoin d'interrompre l'aide d'urgence pour réformer l'USAID»

Importante infrastructure portuaire du golfe de Guinée sur la côte atlantique, le port de Pointe-Noire va bénéficier à partir de 2028 d'un nouveau terminal, construit par le groupe Abu Dhabi Ports. Les Émiriens comptent investir au moins 200 millions de dollars (plus de 100 milliards de FCFA) dans ce projet destiné à moderniser et à agrandir le port de Pointe-Noire. De notre correspondant à Brazzaville, C'est en 2023 que les responsables d'Abu Dhabi Ports ont bénéficié de l'accord des autorités congolaises, en vue de construire ce terminal dans la partie est du port de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo. Récemment, ces responsables ont signé trois agréments en vue notamment de l'obtention du matériel, pour débuter les travaux de réalisation de cette infrastructure. « Nous avons signé trois accords. Le premier avec ZPMC s'élève à environ 50 millions de dollars. Nous achetons des grues spécialisées afin de pouvoir recevoir les navires Supramax parmi les plus grands du monde. Les deux autres contrats portent sur des travaux maritimes et des travaux de superstructure pour un montant de 150 millions de dollars », a expliqué Mohammed Menhali, le directeur général d'Abu Dhabi Ports. Le groupe ADP souhaite construire ce terminal en respectant les normes environnementales, développer l'économie congolaise et créer un nombre important d'emplois. Le terminal à construire pourrait mesurer jusqu'à 400 mètres de long, pouvant recevoir 250 000 conteneurs par an. Une quantité qui devrait augmenter avec la mise en place, à venir, de la Zone de libre-échange continentale (ZLECAF). À lire aussiPour le port de Pointe-Noire, le défi est de desservir la sous-région [2/2] « Un nouvel acteur dans l'écosystème de Pointe-Noire » ADP est en partenariat avec le groupe CMA-CGM, une alliance qui réjouit Innocent Dimi, secrétaire permanent des partenariats public-privés en République du Congo. « Ce partenariat stratégique avec le groupe CMA-CGM va permettre en effet au port de Pointe-Noire d'entrer dans une nouvelle ère, une nouvelle ère technologique, de capacité de traitements, avec les autres partenaires qui sont déjà présents. En réalité, il s'agit d'un nouvel acteur dans l'écosystème de Pointe-Noire », s'est-il félicité. Le groupe ADP s'engage dans ce projet, alors que le monde vit une crise à travers la fermeture du détroit d'Ormuz, pouvant ralentir le rythme d'importation de certains matériaux. De son côté, Innocent Dimi loue la main tenue par les autorités congolaises aux investisseurs. « Il y a des investissements nombreux qui sont faits au port de Pointe-Noire. C'est la vision de vouloir justement accélérer le développement de notre pays. Plusieurs initiatives ont été amorcées dans ce sens dans la ville de Pointe-Noire. C'est donc un des outils (avec ADP) qui viendra parachever cela », précise-t-il. Outre ADP, le groupe AGL – Bolloré bien avant – participe depuis 2009 à la modernisation du port de Pointe-Noire avec un coût d'investissements estimé à 450 millions d'euros jusqu'en 2025. À lire aussiAfrique-Émirats arabes unis: un boom des relations commerciales émiriennes sur le continent

Dakar, Abidjan ou encore Douala… C'est au tour de la Sierra Leone de se doter d'un grand moulin grâce au groupe guinéen Sonoco. Objectif : devenir autosuffisant ou presque dans la production de farine. Aujourd'hui le pays importe la majorité de sa farine. Son grand moulin en cours de finalisation va entrer en fonction à la fin du mois. Un investissement de 50 millions de dollars en partie financé par un prêt d'aide publique de Proparco. Un investissement concordant avec les ambitions du pays, mais est-ce stratégique économiquement ? De notre envoyée spéciale à Freetown, Halimou Barry est le directeur financier de Sonoco. Aucun doute pour lui, produire de la farine sierra-léonaise est rentable : « Aujourd'hui, produire localement coûte moins cher qu'importer. Au-delà de ça, il y a la création d'emplois. Il y a toutes les taxes et les impôts aussi qui sont payés en toute transparence. » Et cela, même si la Sierra Leone reste dépendante des importations en blé. Jean Charzat, administrateur du groupe Sonoco. « Il y a des périodes où on peut acheter du blé pas très cher et maintenir un prix de farine cohérent pour qu'on ait une marge de production. Il y a des périodes où on n'a pas cette marge, où on est même en perte. Et donc en fait, le principe de cette industrie, c'est toujours d'équilibrer les pertes et les gains pour être toujours présent dans le marché et nourrir la population », détaille-t-il. L'avantage comparé à l'importation de farine, c'est de toujours produire, insiste-t-il. « On fait la moyenne des bonnes années avec la moyenne des mauvaises années. Donc, on va toujours produire. On ne va pas arrêter le moulin », souligne Jean Charzat. « C'est rentable si on l'intègre dans une logique de filière » Abidjan, Dakar, Douala, les projets minotiers se développent. Ali Bouchahda est spécialiste du secteur. S'il y a des critères très précis pour déterminer la rentabilité d'un moulin – les rendements, les coûts de l'énergie, le taux de perte… –, pour lui, l'important est le développement d'un écosystème. « C'est une évolution très positive parce que ça structure la filière céréalière localement. Un moulin aujourd'hui ne fait plus seulement de la mouture de farine, il permet de sécuriser l'approvisionnement pour les boulangers, de produire ou d'avoir une capacité de production régulière, met en avant Ali Bouchahda. Ça peut être mieux adapté pour des usages locaux. Et puis à partir d'un moulin on peut développer tout un écosystème céréalier. » Pour Marc Debets, fondateur d'Apexagri, société de conseil experte dans le développement de filières agricoles en Afrique, l'attention doit être portée sur l'intégration de cet outil industriel. « C'est un maillon essentiel entre la production de céréales et l'utilisation, soit pour l'alimentation de bétail, soit pour l'alimentation humaine. Donc, ce sont des outils nécessaires », pointe cet expert. « L'important, c'est d'intégrer ces outils dans une filière agricole avec un amont de production végétale, de production de céréales et un aval avec des débouchés clairs. Et c'est cette intégration qui permettra de saturer l'outil et donc de le rentabiliser. Donc, oui, c'est rentable si on l'intègre dans une logique de filière », argumente-t-il. Filière d'aliments pour bétail, boulangeries et formations aux métiers de la pâtisserie… Sonoco, acteur déjà majeur en Guinée, compte bien s'imposer dans le paysage en Sierra Leone. À lire aussiGuinée: les meuniers sous la pression des prix mondiaux du blé, conséquence de la guerre en Ukraine

Depuis le 1ᵉ mai, la Chine a supprimé les droits de douane sur les importations venant de 53 pays africains. Une mesure présentée par Pékin comme un moyen de renforcer encore les échanges avec le continent. Et à Yiwu, gigantesque plateforme du commerce mondial dans l'est de la Chine, commerçants chinois et africains voient déjà les affaires s'accélérer. De notre envoyée spéciale à Yiwu, Des kilomètres de couloirs, des milliers de boutiques et des acheteurs venus du monde entier. À Yiwu, dans l'est de la Chine, l'Afrique occupe une place de plus en plus importante. Steve Umba est Congolais. Cela fait près de vingt ans qu'il travaille à Yiwu dans le fret maritime entre la Chine et plusieurs pays africains : « Ça a quand même aidé, zéro taxe, c'est avantageux. Ça a boosté beaucoup de marchés, beaucoup de jeunes entreprises, tout le monde s'y retrouve. Les Chinois, ils sont ouverts. Ils gagnent, vous gagnez aussi. Et vous évoluez ensemble », explique-t-il. Selon les autorités chinoises, les échanges entre la Chine et l'Afrique ont atteint un niveau record sur les quatre premiers mois de l'année. Et à Yiwu, les exportations vers le continent augmentent constamment, selon Zhu Shun, président de la Chambre de commerce Chine-Afrique à Yiwu : « Les exportations de Yiwu vers l'Afrique augmentent chaque année. Les acheteurs africains aiment venir faire leurs achats tout-en-un ici. Un conteneur peut contenir des dizaines, voire des centaines de références différentes », explique-t-il. Yiwu est aujourd'hui le plus grand marché de petits articles au monde : bijoux, jouets, décorations, ustensiles de cuisine ou matériel de construction. Selon Steve Umba, c'est une plaque tournante : « Ici il y a tout. Ce genre de marché, vous ne le trouvez nulle part ailleurs. » À lire aussiLa Chine étend le «tarif douanier zéro» à toute l'Afrique, avec des effets économiques limités « Les importations africaines en Chine devraient augmenter » Dans certains secteurs, les commerçants chinois disent voir la demande africaine progresser rapidement. Sally a 20 ans, elle vend des bijoux : « On voit que l'économie africaine se porte de mieux en mieux. Les consommateurs ont plus de pouvoir d'achat, ils peuvent acheter plus de choses. C'est un peu la Chine des années 1980 : avec l'enrichissement de la population, la demande augmente, analyse-t-elle. Aujourd'hui, la Chine a l'une des chaînes d'approvisionnement les plus performantes au monde et l'Afrique représente un marché immense. Alors pourquoi ne pas coopérer pour répondre ensemble à ces besoins ? » Pour Pékin, cette politique de franchise douanière doit permettre d'augmenter les importations africaines vers la Chine – notamment agricoles – mais aussi de renforcer les investissements chinois sur le continent. Zhu Shun est convaincu du potentiel de cette mesure : « On voit déjà de plus en plus d'entrepreneurs chinois se rendre en Afrique pour acheter des produits agricoles, souligne-t-il. Les importations africaines en Chine devraient fortement augmenter une fois que les procédures seront bien en place. Car la Chine est un immense marché de consommation. » Et dans les allées de Yiwu, beaucoup y voient surtout une opportunité commerciale appelée à grandir encore, y compris Steve Umba : « Foncez avec des ambitions, Yiwu, c'est l'idéal pour le business. » À écouter dans Invité Afrique midi«En supprimant les droits de douane, la Chine ambitionne d'exporter massivement vers l'Afrique»

L'Afrique du Sud veut que ses pistaches sortent de l'ombre. C'est une activité assez marginale dans le pays, plutôt connu mondialement pour ses agrumes, ses oranges ou encore ses citrons. Mais le secteur veut capter 5 à 8% du marché mondial de pistaches d'ici dix ans. Quand les principaux producteurs font face à de nombreux défis, les acteurs sud-africains de la pistache y voient une opportunité. Car la région du Cap-du-Nord offre un climat propice à sa culture. Avec notre correspondant à Johannesburg, Quatre pays dominent la production mondiale de pistaches. Mais à en croire David Muller, PDG de Karoo Pistachios, les principaux producteurs sont confrontés à des défis de taille. « Les principaux producteurs actuels – les États-Unis, l'Iran, la Turquie et la Syrie – subissent tous des pressions sur leur production, qu'il s'agisse de la disponibilité de l'eau, du changement climatique, de l'instabilité politique ou de l'accès aux marchés. Cette situation nous offre une opportunité : la demande est croissante, l'offre ne parvient pas à suivre », explique-t-il. Un événement comme la guerre en Iran permet donc à son entreprise en Afrique du Sud d'afficher de grandes ambitions : multiplier sa production par trois d'ici dix ans. Cela signifie produire 20 000 tonnes annuelles de pistaches aujourd'hui, et 60 000 dans dix ans. « Selon les prévisions, la demande devrait croître d'environ 5 à 6% par an. Notre objectif n'est pas de devenir le premier producteur, ni le deuxième ou le troisième, car personne ne peut vraiment rivaliser avec ces gros producteurs. Nous pouvons néanmoins jouer un rôle significatif sur le marché mondial en produisant des pistaches de qualité supérieure », met en avant David Muller. C'est aussi une revanche sur le passé. Dans les années 1990, un projet gouvernemental était lancé pour développer l'industrie de la pistache en Afrique du Sud, avec de nombreux investissements et la promesse de créations d'emplois. Mais le projet fut un échec, les investissements s'arrêtèrent rapidement, la plupart des arbres furent arrachés. À lire aussiLa pistache, une autre guerre entre les États-Unis et l'Iran « Nous fournissons le capital, sans remboursement pendant ces six années sans production » Aujourd'hui, c'est avec le gestionnaire d'actifs sud-africain Fedgroup que Karoo Pistachios s'associe. Le but : obtenir des financements adaptés, explique Warren Winchester, de Fedgroup. « Il faut environ six à sept ans avant que les arbres ne commencent à produire des noix. Pendant ces six années, il faut également prendre en compte les coûts liés à l'acquisition des arbres, à leur entretien et à leur mise en condition optimale », détaille-t-il. Warren Winchester propose des facilités pour développer ce type de marchés : « Concrètement, nous fournissons le capital, sans remboursement durant ces six années sans production, et nous apportons un soutien aux agriculteurs. Ensuite, lorsque les arbres produisent des noix, le remboursement du capital est directement lié à la performance de ces arbres. En résumé, nous avons modélisé un dispositif permettant de proposer un instrument d'une durée de 10 à 12 ans et de collaborer étroitement avec les agriculteurs afin d'aligner le montant de la dette sur les flux de trésorerie générés par les arbres. » Fedgroup espère s'associer avec de nombreux producteurs locaux et prévoit d'investir 50 millions d'euros d'ici trois ou quatre ans, pour étendre la superficie consacrée à la culture de pistaches en Afrique du Sud.

Avec environ 500 millions d'euros versés en 2025, les investissements européens en Éthiopie sont à leur plus haut niveau depuis 2021, encouragés par la croissance robuste du pays de la Corne. Mais si l'Éthiopie est un marché prometteur, elle reste minée par l'insécurité et les conflits. Dans ce contexte, comment l'Union européenne peut-elle encourager les investissements économiques ? De notre correspondante à Addis-Abeba, L'hymne européen retentit au premier jour du « EU-Ethiopia Business Forum », comme le symbole du retour de l'Union européenne (UE) en Éthiopie. Devant une salle bondée, Jozef Sikela, commissaire européen aux partenariats internationaux, liste les points forts de l'Éthiopie : une croissance robuste, espérée à 9% en 2026, et un marché immense de 120 millions d'habitants. Pour Sofie From-Emmesberger, ambassadrice de l'UE en Éthiopie, les réformes de libéralisation menées par le gouvernement éthiopien ces deux dernières années sont aussi des arguments convaincants. « On constate désormais des opportunités pour le secteur privé, la banque, l'assurance et le commerce de détail », détaille-t-elle. Dynamique sur le plan économique donc, l'Éthiopie reste pourtant l'un des pays les plus instables du continent : des conflits sont toujours en cours en Amhara et en Oromia, ses deux régions les plus peuplées. Les tensions restent très fortes aussi entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes, faisant même craindre ces derniers mois un nouveau conflit. Une situation sécuritaire très dégradée qui ne dissuade pas l'UE. « C'est un sujet que nous abordons de près avec le gouvernement. Mais heureusement, c'est un immense pays, il y a donc des zones de violence, mais également d'immenses opportunités d'investissement », assure la diplomate. « Une stratégie de ''realpolitik'' » Une vision que partage Claudio Pasqualucci, commissaire de l'Agence italienne du commerce à Addis-Abeba. « Certaines régions sont en plein essor, comme Jimma, par exemple, ou encore Dire Dawa, à la frontière de Djibouti. Et je dois dire que le gouvernement déploie des efforts considérables pour pacifier ces zones. Je suis donc très optimiste quant à l'avenir », s'enthousiasme-t-il. D'après Ladji Ouattara, enseignant-chercheur et directeur de l'Institut d'études géopolitiques Cauris, les investissements européens en Éthiopie illustrent bien le récent tournant pris par l'UE en matière de politique économique. « Cela s'inscrit dans une stratégie de ''realpolitik'', analyse-t-il. D'une part, nous avons aujourd'hui en Europe la montée des partis extrêmes, des courants xénophobes, anti-immigration. Donc, il est vraiment important pour les Européens d'agir au plus près du terrain, de limiter au maximum les impacts. Et d'autre part, nous sommes dans un contexte international de compétition stratégique entre les grands acteurs et de bouleversement géopolitique, notamment avec l'imprévisibilité des États-Unis. De fait, l'Europe a besoin d'être là », développe le chercheur. L'Union européenne a récemment annoncé un investissement de 559 millions d'euros pour financer les infrastructures énergétiques éthiopiennes. À lire aussiEn Sierra Leone, des investissements français pour renforcer l'agro-industrie

Fin du pré carré et partenariat renouvelé. La France voulait afficher ses ambitions en Afrique dans le cadre du sommet Africa Forward à Nairobi, qu'elle co-organisait avec le Kenya. Les deux journées du sommet ont été très denses, avec de nombreux chefs d'État africains présents et un important forum d'affaires. Le bilan de ce sommet est avant tout économique. Avec notre envoyé spécial à Nairobi, Pour Paris désormais, la relation avec l'Afrique sera gagnant-gagnant ou ne le sera pas. Emmanuel Macron s'est exprimé, galvanisé, devant un parterre d'entrepreneurs français et africains : « C'est un continent où il y a plus d'un milliard de jeunes de moins de 30 ans. Il faut juste que nous, Français et Européens, on se réveille. Et on s'est réveillé. On veut reconquérir des parts de marché dans l'Afrique francophone, mais on veut aussi en conquérir dans l'Afrique lusophone, anglophone, parce que l'Afrique n'est qu'un continent. » Le logiciel a changé, clament en chœur les chefs d'entreprises présents. William Ruto, le président kényan, s'en est félicité : « Ce que vous avez fait est la bonne chose à faire pour rééquilibrer notre relation. En tant que dirigeants de ce continent, nous ne cherchons plus de l'aide. Nous ne cherchons plus de prêts. Nous voulons avoir une discussion équilibrée. Nous voulons avoir une discussion bénéfique. » De nombreux contrats ont été signés : 23 milliards d'euros ont été annoncés lors d'un forum d'affaires foisonnant et parfois un peu bruyant. Emmanuel Macron est monté sur scène pour rappeler à l'ordre une partie de l'assistance. La séquence est devenue virale sur les réseaux. « C'est la fin du cycle macronien » Mardi 12 mai, il fut question d'économie, toujours d'économie, lors du sommet des chefs d'État. Une coalition de PDG français et africains de grandes entreprises ont été invités à donner des orientations à la trentaine de présidents et Premiers ministres présents. Parmi eux, il y avait Christel Heydemann, PDG d'Orange, qui veut accélérer les investissements et lever les barrières : « On a beaucoup d'échanges avec les décideurs politiques dans les pays où l'on opère, parfois des débats qui ne sont pas simples. Quel doit être le bon niveau de taxation sur des profits générés quand notre enjeu, c'est de gagner, de permettre d'investir dans les infrastructures de demain ? » Il y a eu très peu de voix critiques à Nairobi. Pour beaucoup, ce sommet a marqué le début d'une relation claire et solide. Pour l'économiste togolais Kako Nubupko, c'est aussi la fin d'un cycle. « C'est la fin du cycle macronien. C'est la fin d'une décennie qui est partie avec un postulat : dépasser l'économie d'empire pour aller vers une économie d'entreprise. C'est en même temps le début d'un nouveau cycle qui, de toutes les façons, va engager le prochain ou la prochaine présidente de la République française. En même temps, ça engage tous les chefs d'État africains », décrypte-t-il. Un succès par le nombre d'acteurs présents a fait de ce sommet Africa Forward un succès. Il n'y a pas grand-chose de neuf à en retenir d'un point de vue politique, mais d'un point de vue économique, un nouveau pari a été pris : celui d'un redéploiement vers l'Afrique de l'Est désormais complètement effectif. À lire aussiEmmanuel Macron sur RFI, France 24 et TV5 Monde: «L'Afrique va réussir et on réussira avec»

Portefeuille lié à l'identité numérique, identification biométrique, signature électronique ou encore cartes multifonctions. Les innovations autour des papiers d'identité nouvelle génération évoluent rapidement et plusieurs pays en Afrique sont leaders en la matière. Au Ghana, il sera bientôt possible de payer avec sa carte d'identité. Un outil efficace pour améliorer l'inclusion financière des citoyens et leur accès au service public. Après la carte d'identité biométrique, voici la carte d'identité « portefeuille ». Au Ghana, l'Autorité nationale d'identification (INA) est sur le point de fabriquer une carte d'identité qui permettra aux citoyens d'effectuer des paiements en magasin et en ligne dans plus de 200 pays, ainsi que de retirer de l'argent. Une innovation présentée comme un outil clé pour lutter contre la fraude et formaliser une économie où les transactions se font encore majoritairement en liquide ou via le paiement mobile. Selon Patrick Asuming, économiste et professeur à l'université du Ghana, ce dispositif pourrait transformer le paysage économique du pays. « Ça permettrait de réduire l'argent liquide en circulation. Ça peut aussi aider à mieux piloter la politique monétaire. Moins il y a de cash qui circule en dehors du système, plus l'activité économique devient visible. Et ça permet à l'État de mieux cibler ses politiques et de mieux collecter l'impôt », explique-t-il. Cependant, cette avancée soulève une préoccupation majeure : la protection des données financières et biométriques contre les cyberattaques et les abus. « Les normes de sécurité ne sont pas encore au niveau requis. Des intrusions sont possibles, et les protections restent insuffisantes, notamment face à un usage des données par les autorités », avertit Patrick Asuming. Renforcer le cadre légal apparaît donc indispensable pour obtenir la confiance des usagers. Des négociations sont en cours entre l'INA, les banques et les autorités publiques afin de répondre à ces enjeux. Des retombées économiques majeures Au-delà des défis sécuritaires, les retombées économiques potentielles de cette initiative sont considérables. Selon un récent rapport publié par IN Groupe, le groupe public français spécialiste des solutions d'identité numérique, l'investissement dans ces nouveaux systèmes pourrait générer entre 3 et 13 % de PIB supplémentaire, en permettant aux pays de « sauter des étapes » technologiques. « Il y a une opportunité d'investissement qui est extrêmement forte », souligne Agnès Diallo, présidente-directrice générale d'IN Groupe. Il y a une possibilité de faire un grand bond en avant, un phénomène de "leapfrog" (« saut de grenouille », en anglais) qui permet finalement de se libérer des contingences de ressources contraintes, de capacités techniques contraintes, et d'aller chercher à libérer ce potentiel de croissance économique et d'inclusivité à travers l'identité numérique et, d'une manière générale, les infrastructures numériques qui permettent de porter l'économie », précise-t-elle. IN Groupe collabore déjà avec plusieurs États africains, dont le Kenya, le Maroc, le Rwanda et Madagascar, pour développer leurs systèmes d'identité numérique. Selon le groupe, 35 % des pays du continent en sont déjà équipés, et plus d'un tiers sont en train de les mettre en place. Parmi les pays leaders dans ce domaine figurent l'Afrique du Sud, l'Éthiopie, le Kenya, le Nigeria et l'Égypte, qui ont chacun déployé des solutions d'identité numérique à grande échelle. À lire aussiLa Zlecaf œuvre à la construction d'une économie numérique panafricaine commune

Dans le cadre de l'initiative Food and Agricultural Resilience Mission (FARM), la France développe ses investissements dans les projets agricoles et dans le domaine de l'agro-industrie. À l'occasion du sommet de Nairobi, RFI s'est rendue en Sierra Leone où plus de la moitié de la population souffre encore d'insécurité alimentaire. Là-bas, Proparco, la branche secteur privé de l'Agence française de développement, finance différents projets. C'est le cas de Jolaks, l'industrie qui fabrique l'huile de table sierra-léonaise. De notre envoyée spéciale à Freetown, Des camions-citernes déversent l'huile de palme brute rouge et bouillonnante. « Toute l'huile de palme que nous achetons, nous la testons ici. Elle vient d'ici, de Sierra Leone et nous en importons aussi du Liberia et parfois de Côte d'Ivoire. Nous essayons d'acheter le plus localement possible pour des questions environnementales, pour rapprocher nos chaînes de valeur et cela réduit les coûts », détaille Mohamed Sow, le directeur de Jolaks. L'usine a une capacité de raffinage de 9 000 tonnes d'huile de palme par mois, ceci avant d'être conditionnés dans l'usine de Jolaks qui emploie plus de 400 personnes. Sadio Dicko est le directeur régional de Proparco. En visite, il se félicite de l'investissement français de 20 millions d'euros : « Très clairement, quand on parle d'une huile qui est alimentaire et qui est un élément essentiel pour la population sierra-léonaise, on ne se trompe pas de combat. On sait qu'on accompagne une société qui est dans le panier de la ménagère, ici en Sierra Leone, et donc ça, pour nous, c'est essentiel. Et on a vraiment cette fierté de se dire qu'on est avec la population sierra-léonaise. » « Il ne s'agit pas seulement d'un prêt » Connue sous le nom de PADI (« amis », en créole), cette marque est une véritable institution. Jolaks est une branche du groupe de l'agro-industriel Pee-cee – un poids lourd dans le pays. Le prêt de Proparco doit servir notamment au fonds de roulement de l'entreprise. Mais là n'est pas forcément l'essentiel, pointe Mohamed Sow : « Il ne s'agit pas seulement d'un prêt. Un groupe comme Pee-Cee a besoin de ce regard extérieur et de ces conseils pour atteindre un niveau de gouvernance qui mérite d'être reconnu mondialement. Pee-Cee pourrait fournir ce prêt. Ce sont les structures de gouvernance, environnementales et sociales de Pee-Cee qui vont véritablement en bénéficier. Par exemple sur le droit des travailleurs, la durabilité des fournisseurs, les mécanismes d'approvisionnement, etc. Tout cela va permettre de générer des revenus pour le groupe sur du long terme. » L'usine est aujourd'hui dépendante de deux gros générateurs qui tournent au diesel. Les coûts ont explosé ces derniers mois. Grâce aux 20 millions d'euros de prêts français, Jolaks prévoit l'installation prochaine d'une centrale solaire pour alimenter son usine. À lire aussiL'activité économique sierra-léonaise à l'épreuve du conflit au Moyen-Orient

Au Kenya, 91 % de l'électricité générée en 2024 provenait du renouvelable : la géothermie en tête (44 %), puis l'hydraulique (28 %) et enfin l'éolien (14 %) et le solaire (3 %). Le pays compte produire 100 % d'électricité renouvelable d'ici 2030. Le secteur attire les investisseurs, notamment la France. L'entreprise française Meridiam, aux côtés de Proparco, institution française de financement du développement, a investi dans le parc éolien de Kipeto, le deuxième plus grand du pays. De notre correspondante à Nairobi, Les turbines éoliennes tournent à plein régime à Kipeto, au milieu des collines de la région de Kajiado, à 70 kilomètres de Nairobi. « La pale de la turbine est le composant principal. C'est elle que nous utilisons pour capter le vent et obtenir un mouvement de rotation qui entraîne la boîte de vitesses, explique Stephen Nyoru, le responsable du site. Cette dernière augmente la vitesse de rotation jusqu'à un niveau élevé, adapté à l'alimentation du générateur, qui convertit cette énergie en énergie électrique. » Le parc éolien compte 60 turbines, pour une capacité totale estimée à 100 mégawatts. De quoi alimenter 250 000 foyers, selon des chiffres de Kipeto. Un projet d'expansion est déjà en discussion selon Simon Wade, PDG de Kipeto Energy : « Il s'agirait d'installer la même capacité mais avec moins de 20 turbines car elles seront bien plus grandes. Le réseau électrique kényan a la capacité de l'absorber et le pays a la demande énergétique, estime-t-il. Le contrat actuel nous oblige à vendre l'électricité produite au distributeur d'électricité kényan, mais le contrat pour l'expansion n'est pas encore signé donc on ne sait pas encore quelles en seront les modalités. » À écouter dans Grand reportageObjectif 100 % d'électricité renouvelable dès 2030 : le modèle kenyan La France face à une concurrence internationale intense Le projet intéresse les investisseurs français. Paris affirme déjà être le premier bailleur bilatéral dans le secteur de l'énergie kenyan. L'Agence française de développement y a investi plus de deux milliards d'euros en 15 ans. Au sommet franco-kényan Africa Forward des 11 et 12 mai prochain, de nouveaux contrats vont être négociés. Mais la compétition est intense. « La stratégie du Kenya est en quelque sorte agnostique : le pays ne fait pas le tri entre ses partenaires et accueille quiconque souhaite s'y installer, analyse Churchill Ogutu, responsable recherche pour la banque d'investissement Capital A, ce qui explique la diversité des nations que l'on voit aujourd'hui affluer vers le Kenya. » Face aux concurrents asiatiques, les Européens peinent parfois à s'imposer : « J'ai eu des échanges avec des acteurs européens qui expriment une préoccupation commune, poursuit Churchill Ogutu, bien qu'ils soient enclins à développer des projets au Kenya, dès qu'un appel d'offres public est lancé, il y a une forte probabilité que les Chinois le remportent en raison de leurs prix. » Un exemple : le projet d'autoroute reliant Nairobi au Mau Summit, dans le centre du pays. D'abord accordé à un consortium français, le contrat a finalement été résilié. Au profit d'entreprises chinoises. À lire aussiKenya: en plein cœur de Nairobi, la forêt de Karura est de nouveau menacée