Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Economie, votre rendez-vous de l'Economie africaine sur RFI. *** La chronique Afrique Economie diffusée le dimanche est remplacée pa…

À Maurice, la filière thé cherche un nouveau modèle pour rester compétitive et répondre aux habitudes de consommation locales. Après des décennies de recul face à la canne à sucre et une diminution du nombre de planteurs, de nouveaux acteurs veulent relancer la production grâce à la mécanisation, de nouvelles techniques de culture et une meilleure valorisation du thé mauricien. Avec notre correspondant à Port-Louis, Patrick Hilbert C'est du jamais vu à Maurice. Le conglomérat ER investit 3 millions d'euros sur six ans dans une nouvelle plantation de thé à Valetta, dans la région de Moka, au centre de l'île. L'objectif est ambitieux : étendre progressivement les plantations sur 500 arpents, soit 210 hectares, au cours des cinq prochaines années. ER veut notamment réduire la dépendance de l'île aux importations. Olivier Baissac, directeur général d'ER Agri Ltd., explique les ambitions du groupe : « Cela fait 40 ans qu'aucun investissement d'envergure n'a été fait dans le thé à Maurice. Si ER relance cette filière, c'est parce qu'elle a du sens au niveau agronomique et économique. Il faut savoir qu'aujourd'hui près de 30 % du thé consommé à Maurice est importé et notre ambition est de réduire cette dépendance et d'apporter de la valeur à nos terres agricoles. À ce jour, nous avons importé plus d'un million de boutures de cultivars kényans. Une trentaine d'hectares ont déjà été plantés. Les premiers théiers montrent une croissance très encourageante et notre première récolteuse arrivera en septembre avec une première récolte attendue début 2027 ». Miser sur les terres moins adaptées à la canne À Valetta, ER mise sur les caractéristiques du terrain. Les sols acides et le climat humide de la région sont moins favorables à la canne à sucre, mais particulièrement adaptés à la culture du thé. Le groupe ne souhaite toutefois pas développer uniquement ses propres plantations. Il prévoit également d'accompagner les petits planteurs : formation aux nouvelles méthodes de culture, fourniture de plants, aménagement des parcelles et accès aux machines de récolte. Cette offensive intervient dans un secteur où les investissements privés d'envergure sont devenus rares. Une situation qui contraste avec l'histoire de Bois Chéri, acteur historique de la filière depuis la fin du XIXᵉ siècle. Pour Charles Guimbeau, directeur général du Groupe Saint-Aubin, propriétaire de Bois Chéri, le potentiel du secteur reste réel. « À Bois Chéri, nous croyons profondément à l'avenir du thé mauricien. C'est une filière qui est historique dans le pays et qui fait partie de notre patrimoine. Mais il est vrai que le secteur aujourd'hui fait face à pas mal de défis, notamment le manque de main-d'œuvre qui devient de plus en plus important dans les champs, avec une population vieillissante notamment au niveau des planteurs », regrette-t-il. Moderniser et monter en gamme Pour Bois Chéri, l'enjeu est donc également de moderniser la production. Mécanisation des plantations et des usines, nouveaux équipements, mais aussi montée en gamme : les acteurs historiques cherchent désormais à mieux valoriser le thé produit à Maurice assure Charles Guimbeau. « Nous souhaitons aussi produire un thé de meilleure qualité, qui valorise notre terroir, et nous souhaitons développer des thés à plus forte valeur ajoutée. D'ailleurs, à Bois Chéri, nous utilisons le thé aussi pour produire du iced tea, des biscuits, du satini », explique-t-il. Pour ER comme pour Bois Chéri, le pari est donc le même : transformer une filière vieillissante en une activité agricole plus moderne, mécanisée et rentable. Reste à savoir si l'arrivée d'un nouvel investisseur de cette envergure permettra de créer un véritable écosystème autour du thé à Maurice, et surtout de relancer durablement une production qui ne couvre plus l'ensemble de la consommation locale. À lire aussiMaurice veut diversifier l'usage de la canne à sucre

Exporter vers l'Europe fait rêver de nombreuses entreprises ivoiriennes. Mais entre les normes, les certifications, les exigences de qualité et les difficultés d'accès au financement, peu parviennent à franchir le pas. Un an après sa création, la Chambre ivoirienne de commerce et d'industrie Côte d'Ivoire-Europe veut faire tomber ces barrières. De notre correspondant à Abidjan, Yelen'Art fait partie des entreprises ivoiriennes qui ont réussi à conquérir le marché européen. Spécialisée dans les bijoux artisanaux haut de gamme, la marque est aujourd'hui présente à Bruxelles et à Paris, près de dix ans après sa création. « Les produits Yelen'Art accèdent au marché européen à travers des représentations via des boutiques ou concept stores qui sont intéressés par promouvoir du made in Africa, explique Stéphanie Nabo-Lehou, sa fondatrice. On exporte une qualité de produit, on exporte un savoir-faire. On souhaite devenir une marque de luxe de référence à travers le monde. » Avec plus de 400 millions de consommateurs, l'Europe représente un marché important pour les entreprises ivoiriennes. Mangues séchées, noix de cajou ou dérivés du cacao y trouvent déjà leur place. Mais exporter suppose aussi de répondre à des normes strictes et de garantir la régularité des approvisionnements. Un défi auquel s'ajoute la question du financement. « Vous n'êtes pas producteur, vous êtes exportateur, vous avez donc besoin d'acheter les produits pour les expédier, souligne Mobio Marc Loba, conseiller technique à Côte d'Ivoire Export. Et quelques fois, il y a un problème de financement à l'exportation. Il y a le problème de régularité pour respecter les commandes : il ne s'agit pas de faire une opération et puis de disparaître. Il y a la nécessité que les entreprises ivoiriennes se mettent à niveau. » À lire aussiCôte d'Ivoire: début de la campagne de cacao, la carte du producteur devient obligatoire Formalités administratives complexes Pour aider les entreprises à braver ces obstacles, la Chambre ivoirienne de commerce et d'industrie Côte d'Ivoire-Europe mise sur l'accompagnement et la mise en relation avec des partenaires. « Certaines entreprises veulent pouvoir participer à des foires, à des salons en Europe, mais elles sont souvent confrontées à des problématiques administratives, souligne son président, Issiaka Abdou. La Chambre de commerce étant basée en Europe, elle a la possibilité de représenter ces structures africaines auprès de leurs partenaires pour pouvoir assurer un continuum d'activité. » Pendant ce temps, le marché ivoirien s'ouvre progressivement aux produits européens. Dans le cadre d'un accord de partenariat économique, certains bénéficient d'une suppression progressive des droits de douane jusqu'en 2029. Pour les entreprises ivoiriennes, l'enjeu est désormais de se mettre à niveau pour tirer, elles aussi, profit de cette ouverture. À écouter dans Éco d'ici, éco d'ailleursEurope - Afrique : vers une nouvelle relation économique ?

L'indice de la place casablancaise a connu un boom ces dernières années. Des performances à peine remises en cause par la crise au Moyen-Orient puisque le MASI (Moroccan All Shares Index) devrait poursuivre sa croissance en 2026. À l'origine de ce climat d'euphorie : le retour des petits porteurs et évidemment la perspective de la Coupe du monde 2030, co-organisée par le Maroc. Avec notre correspondant à Casablanca, Il y a un an, le 18 juillet 2025, le cap des 100 milliards de dollars de capitalisation était franchi. Une première historique pour la Bourse de Casablanca. « Tout cela est dû au chantier de la Coupe du monde de 2030, et aussi parce qu'aujourd'hui, il y a un intérêt particulier d'entreprises qui viennent lever des fonds. La Bourse, aujourd'hui, a aussi un objectif : atteindre une introduction en bourse par mois », détaille Mohammed Jadri, économiste spécialisé en éducation financière. Avec une croissance du PIB de près de 5% attendue pour 2026 au Maroc, les perspectives économiques sont toujours aussi bonnes. « Jusqu'à peu, il n'y avait que des gros investisseurs. Aujourd'hui, on voit des particuliers, des fonctionnaires, des salariés du secteur privé. Donc ça montre qu'il y a un intérêt », poursuit-il. Ce qui a effectivement permis à la Bourse de Casablanca de battre des records, c'est notamment le retour des petits porteurs comme Jalal, un chef de projet snior dans l'informatique. « La Bourse de Casablanca a traversé plusieurs périodes difficiles. Il y a eu d'abord le retrait de la quote de plusieurs grandes sociétés, puis la crise du Covid. Le contexte s'est amélioré petit à petit, surtout après l'annonce de l'organisation de la Coupe du monde 2030. Donc tout cela a renforcé l'optimisme », témoigne-t-il. Les investisseurs particuliers représentent environ 30% des transactions. Casablanca au 2e rang des places financières africaines Investir en bourse n'a jamais été aussi simple et ludique. Les petits porteurs passent désormais par des plateformes de trading. Jalal partage ses espoirs : « Au-delà de la Coupe du monde, j'espère surtout que cette dynamique permettra d'attirer davantage d'entreprises en bourse, de développer le marché d'actions marocain. En tant qu'investisseur, c'est ça qui m'intéresse, c'est avoir plus d'opportunités d'investissement. » Après deux années de forte progression, la place casablancaise est entrée dans une phase de consolidation. Depuis le début de l'année, l'indice MASI affiche ainsi un recul d'environ 5% dû en grande partie à la guerre au Moyen-Orient. « L'année dernière, on a craint qu'à un moment donné, la Bourse rentre dans une bulle spéculative. Mais avec cette guerre, en fin de compte, il y a eu quelques points positifs pour le marché financier et le marché boursier de manière spécifique », analyse encore Mohammed Jadri. Casablanca est désormais au deuxième rang des places financières africaines en valeur, encore loin néanmoins de Johannesburg, à la capitalisation dix fois supérieure. À lire aussiEn Éthiopie, les débuts timides de la nouvelle Ethiopian Securities Exchange [4/5]

L'Ethiopian Securities Exchange (ESX) – la bourse d'Éthiopie – a été lancée en 2025. C'est la plus jeune bourse d'Afrique. Plus qu'une étape, le lancement de l'ESX a marqué « la naissance d'une nouvelle Éthiopie », d'après son directeur, Tilahun Kassahun. Elle concrétise aussi le virage libéral engagé par le Premier ministre Abiy Ahmed depuis son arrivée au pouvoir en 2018. Avec notre correspondante à Addis-Abeba, Le 10 janvier 2025 marque un tournant pour l'Éthiopie. Ce jour-là, l'ESX prend ses quartiers dans un immeuble cossu du quartier d'Arada, au centre d'Addis-Abeba. Le pays retrouve ainsi une bourse de valeurs, supprimée par le régime communiste du Derg en 1974. Pour les entreprises éthiopiennes, c'est une bonne nouvelle, estime Abreham Tesfaye, analyste indépendant spécialiste du secteur bancaire : « La bourse facilite l'accès aux capitaux, notamment à long terme, pour les startups et autres entreprises opérant sur le marché. Ces entreprises étaient auparavant dépendantes des prêts bancaires à court terme. » Pour Berhane Teame, économiste spécialiste des marchés financiers, l'ESX constitue aussi un atout pour le gouvernement. « Dans cette nouvelle bourse, il existe un marché pour les bons du Trésor : les bons du Trésor d'État. Donc n'importe qui, comme moi, peut en acheter et en vendre, ce qui permet ainsi au gouvernement de mobiliser des fonds pour subvenir à ses besoins », explique-t-il. Cinq entreprises cotées La création d'une bourse en Éthiopie illustre la volonté d'Abiy Ahmed de libéraliser l'économie, en rupture avec le modèle de « l'État développementiste », en place de 1991 à 2018. En 2024, le Premier ministre a ainsi ouvert le marché bancaire aux banques étrangères, une première. Le lancement de l'ESX s'inscrit donc dans une réforme en profondeur de l'économie éthiopienne, même si les résultats peinent encore à se concrétiser. « À ce jour, seules cinq entreprises sont entrées en bourse, et huit courtiers. Il y a donc plus de courtiers que de biens à vendre. Mais dans un sens, c'est normal, car cela est tout nouveau. Le nombre d'entreprises inscrites va finir par augmenter », se veut optimiste Berhane Teame. Pour Abreham Tesfaye, le manque d'informations constitue l'un des freins au développement de l'ESX. « Il est nécessaire de mieux informer les investisseurs, et l'ESX et l'Autorité des marchés financiers doivent redoubler d'efforts. Il s'agit notamment de comprendre le fonctionnement de l'ESX, les services proposés par les banques d'investissement, etc. Ces termes des marchés financiers doivent être parfaitement maîtrisés par les investisseurs qui souhaitent utiliser la plateforme », juge cet expert. Le 8 juillet, quatre sociétés éthiopiennes ont obtenu l'approbation de principe pour être cotées à l'ESX, élargissant ainsi le nombre d'émetteurs potentiels. L'objectif est fixé à 90 entreprises cotées d'ici dix ans. À lire aussiBRVM, la bourse solidaire de l'Afrique de l'Ouest [2/5]

La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) est l'institution boursière de l'Afrique de l'Ouest. Une bourse pour huit pays. Voici déjà ce qui en fait sa particularité. Surtout, elle est devenue au fil du temps une source de financement essentielle pour les États de l'UEMOA. Au sein de la BRVM, aujourd'hui, seules une cinquantaine de sociétés sont cotées. En réalité ce sont les États de la région qui utilisent vraiment l'outil que représente cette bourse. Ange Ponou, analyste chez Sika Finance : « J'ai un compartiment obligataire qui permet aux États de lever énormément de ressources puisque les entreprises n'y vont pas très souvent. Donc dans ce compartiment obligataire, il y a le compartiment du marché des titres publics qui est très animé et qui finance aujourd'hui l'essentiel des déficits budgétaires des États ». Aujourd'hui par exemple, le Sénégal peut difficilement se positionner pour emprunter sur les marchés internationaux. Il s'est donc largement tourné vers la BRVM. Au premier trimestre, Dakar a levé plus de 1 000 milliards de francs CFA. Une progression de près de 200 % par rapport à la même période l'année dernière. « C'est important dans un contexte où le Sénégal a des difficultés pour avoir des financements privés ou des financements bilatéraux ou multilatéraux. Dans le contexte de la dette, le Sénégal est aujourd'hui considéré comme un pays surendetté et donc qui doit réduire sa dette. Donc soit en en payant et en évitant d'accumuler de nouvelles dettes ou bien en restructurant. Donc on verra bien ce qui va être fait. Et donc l'État trouve en la BRVM une solution pour sortir des difficultés actuelles », analyse Moubarak Lô, économiste sénégalais. En 2025, 5 milliards d'euros pour l'AES Et malgré les tensions politiques, les financements restent possibles. Les pays de l'AES qui ont quitté la structure politique de la Cédéao continuent de se financer grâce à la BRVM. « En 2025, par exemple, ces trois États ont levé plus de 3 000 milliards de francs CFA. Ça fait environ 5 milliards d'euros. C'est énorme et ce n'est quand même pas une part non négligeable du budget 2025 voté par le Parlement de ces pays », précise Ange Ponou. Et de poursuivre : « C'est l'un des avantages du marché financier régional aujourd'hui. Imaginez un seul instant que le Burkina, le Mali et le Niger ne fassent pas partie de ce marché aujourd'hui. Quelle serait leur situation ? Ça va être beaucoup plus compliqué aujourd'hui de lever du financement. La région, l'UEMOA, c'est véritablement une bouée de sauvetage pour ces trois États ». Une solidarité dans la dette qui inquiète certains pays de la région. Un des défis de la BRVM pour les années à venir : attirer plus d'acteurs privés pour densifier le marché des actions. À lire aussiÀ la Johannesburg Stock Exchange, des innovations financières aux objectifs environnementaux

L'Afrique du Sud possède la plus grande place financière du continent africain avec sa Johannesburg Stock Exchange (JSE). Quelques 400 entreprises cotées, une capitalisation de 1 500 milliards de dollars, et de nouveaux produits qui voient régulièrement le jour. C'est le cas de cette nouvelle obligation verte, indexée sur des résultats environnementaux. Lancée en avril, elle doit lutter contre des plantes invasives qui colonisent les bassins versants autour du Cap. De notre correspondante à Johannesburg, Sur le parvis de la Johannesburg Stock Exchange (JSE), trône une statue contemporaine d'un combat entre un ours et un taureau, des animaux qui représentent, dans le monde financier, les cours à la hausse et à la baisse. « Nous nous trouvons au cœur du quartier d'affaires de Sandton, décrit Maurice Madiba, le directeur des marchés primaires, sur la rue Maude, que j'aime bien surnommer la "Wall Street" d'Afrique. » Dans le hall d'entrée, des écrans affichent les fluctuations des marchés et une corne de koudou repose sur un socle : elle retentit à chaque entrée en Bourse d'une entreprise. Mais Maurice Madiba est là pour présenter une nouvelle sorte de produit, afin d'améliorer les obligations vertes déjà existantes : des obligations liées aux résultats. « Les obligations traditionnelles rapportent un certain taux d'intérêt, d'un montant fixe chaque année. Mais ici, on établit un taux d'intérêt minimal, et si l'initiative financée est une réussite, les investisseurs empochent en plus un coupon de performance », explique-t-il. Et pour ce premier essai, les 2,5 milliards de rands (environ 134 millions d'euros) émis sur 5 ans par l'une des banques du pays auprès d'investisseurs doivent servir à nettoyer les zones de captage d'eau dans la région du Cap de toutes les plantes invasives qui épuisent les ressources. « La ville du Cap a besoin d'eau, et elle est prête à payer. Elle s'engage à rémunérer les gains en eau auprès de l'organisme qui nettoie. Plus le volume d'eau qui s'écoule vers l'aval est important, plus le projet génère de revenus, et plus les intérêts versés peuvent être élevés », détaille Maurice Madiba. À écouter dans Grand reportageFace au changement climatique, Le Cap peut-il montrer la voie? « Veut-on vraiment que le secteur privé fasse des profits sur une crise qu'il a aidé à créer ? » Ces travaux d'élimination des plantes invasives, dont les résultats seront mesurés régulièrement par des experts indépendants, sont menés par l'ONG internationale The Nature Conservancy. « Jusqu'à présent, les investissements étaient insuffisants. Et on parle de financements innovants depuis des années, mais nous n'avions pas encore réussi à quantifier les bénéfices apportés par la nature. Cette approche nous fait passer d'un financement traditionnel, par projet et à court terme, à un modèle de long terme, capable de changer d'échelle », analyse Louise Stafford, la directrice locale de l'ONG. Mais le chercheur en économie politique à l'Université de Johannesburg (UJ) Patrick Bond met en garde, de façon globale, contre cette financiarisation de la protection de l'environnement. « Veut-on vraiment que le secteur privé fasse des profits sur une crise qu'il a aidé à créer ? Laisser des banquiers résoudre cette crise alors qu'ils ne sont même pas capables de maîtriser l'instabilité de leurs propres marchés, c'est de la folie », s'inquiète-t-il. Si ce produit financier est considéré comme une réussite, d'autres obligations de ce type pourraient suivre selon les acteurs du secteur. À lire aussiComment déceler (et contrecarrer) l'écoblanchiment?

L'économie du Cap-Vert est dominée par le tourisme, qui représente près d'un quart de son PIB. Les visiteurs sont attirés par les plages, les randonnées et la faune du pays, mais aussi… par sa musique. S'il s'agit d'un vecteur d'attractivité important pour le pays, le développement de l'industrie musicale n'y est pourtant pas si simple. Les producteurs bataillent pour dépasser l'isolement de l'archipel. Consacrer 5% du PIB au secteur culturel, telle est la volonté des autorités. Un objectif difficile à atteindre avec la crise. Les producteurs de musique, notamment José Da Silva, le manageur de Cesaria Évora, ont de leur côté créé un écosystème particulier car, comme dans le monde entier, l'économie de la musique a été bouleversée. Priorité : faire jouer les artistes en concert. « Les artistes aujourd'hui vivent pratiquement que de la scène. Ce que rapportent les disques, c'est vraiment très peu en musique traditionnelle. Donc, on les fait connaître sur scène et ça permet de voir quels titres bougent le plus. Et à partir de là de produire », explique-t-il. Selon le ministère de l'Économie, un quart des emplois au Cap-Vert découle de l'industrie de la musique, mais peu de travailleurs sont déclarés. Et au pays de Cesaria Évora, les artistes, comme le guitariste et arrangeur Hernani Almeida, 30 ans de carrière internationale, rencontrent toujours des difficultés pour trouver des financements. « C'est plus facile de faire des productions, parce qu'on a déjà des studios. C'est toujours le problème de l'argent. C'est très difficile de trouver des sponsors au Cap-Vert », regrette-t-il. À lire aussiAtlantic Music Expo: la musique comme arme diplomatique au Cap-vert « On ne mixe pas au Cap-Vert la musique urbaine » José Da Silva estime qu'il faut injecter entre 15 000 et 20 000 euros pour produire un disque de musique traditionnelle. Les attentes, les goûts du public ont aussi évolué, la production des styles comme la morna, qui ont fait connaitre l'archipel, est devenue un véritable défi : « Actuellement, en musique traditionnelle, c'est un vrai combat parce qu'on a de moins en moins d'écoute, de moins en moins de gens qui sont emballés, souligne-t-il. Il faut vraiment que le titre de musique traditionnelle soit très très fort pour qu'il intéresse un public plus large. » L'avenir du secteur passera donc par les musiques urbaines, de plus en plus populaires au Cap-Vert. Un marché porteur mais totalement nouveau avec ses propres règles, estime José Da Silva. « On ne mixe pas au Cap-Vert la musique urbaine, parce que je pense qu'on n'a pas la technologie qu'il faut. Donc on l'envoie pour la mixer à Lisbonne ou à Paris. Derrière, on lance la production du clip et voilà, on a un titre prêt à être lancé. C'est quelque chose de beaucoup plus simple et qui prend moins de temps souvent que la musique traditionnelle », poursuit-il. Les autorités gardent en tout cas leur ambition de mettre la musique au cœur du développement. En mai dernier, un accord a été signé avec l'Union africaine pour faire du pays la capitale africaine de la culture en 2028.

Au Maroc, le rap a explosé ces dernières années et réussit désormais à s'exporter. À l'étranger, il a quitté la rubrique « international » pour gagner les médias mainstream dédiés à la musique. En France par exemple, le rap marocain attire un public de plus en plus large, qui ratisse bien au-delà de la diaspora. La preuve : sa tête d'affiche, ElGrande Toto, vient d'annoncer une date dans la deuxième plus grande salle de concert de Paris, l'Accor Arena, pour 2027. De notre correspondant à Casablanca, Pour comprendre comment le rap marocain a franchi les frontières du Maroc, nous nous rendons chez l'un de ceux qui a accompagné ElGrandeToto au moment où l'artiste a commencé à exporter sa musique. Karim Kaissoumi a été son manager : « Le rap, c'est que maintenant que c'est devenu une industrie, il y a de l'argent dans ce milieu. » Il est aujourd'hui le directeur général de Tartar, une entreprise de promotion culturelle et d'événementiel, mais c'est aussi un lieu de création qui accueille des artistes de tous bords. Une maison de quatre étages à Casablanca où l'on peut écrire ses textes, enregistrer sa musique et même tourner un clip. « Moi, je faisais le travail de manager, je faisais le travail de la personne qui ramenait des investissements alors que c'est un travail à part entière. C'est un autre profil qui doit faire ça. Je faisais le travail d'un booker », se rappelle-t-il. Aujourd'hui, les rappeurs ont toute une équipe qui accompagne les rappeurs. Des métiers et circuits structurés L'arrivée des plateformes de streaming dans les années 2010 a changé la donne, permettant au rap marocain d'être facilement écouté à l'étranger et de tirer des revenus via un circuit légal. « Il y a des structures qui accompagnent des artistes et qui sont dans l'ombre, mais qui font du bon travail. Cela permet d'avoir une bonne audience. Ça permet aussi aux artistes d'être payés par rapport au son », précise Karim Kaissoumi. Ce qui a permis aussi au rap marocain de se faire connaître, ce sont les multiples collaborations avec des artistes étrangers, comme lorsqu'en 2021 ElGrandeToto s'invite sur un remix de Love Nwantiti du Nigérian CKay. ElGrandeToto sur TV5 Monde évoquait aussi il y a quelques mois la professionnalisation de l'industrie musicale qui a permis aussi au rap marocain de conquérir d'autres territoires : « On a de quoi faire une musique internationale. On a des beatmakers très forts. Il y a des producteurs aussi qui sont très forts, des ingénieurs du son qui sont très forts. » Signe de l'intérêt international pour le rap marocain, l'année dernière, Warner Music, l'une des plus grandes maisons de disque au monde, a signé trois artistes du royaume : Dizzy Dros, Snor et Kouz1. À écouter aussiLégendes urbaines: ElGrandeToto, un artiste sans frontières

Le « featuring », collaboration musicale entre artistes, s'est imposé sur les deux tiers des 120 000 titres qui sortent quotidiennement dans le monde sur les plateformes. Pour les artistes africains, c'est une stratégie à part entière pour s'implanter dans leur pays et gagner des auditeurs au-delà des frontières. En 2018, la star du coupé-décalé DJ Arafat invite Gims, vedette en France, à poser sa voix sur son titre « Hommage à Jonathan ». Le remix va faire décoller la carrière de l'Ivoirien. Les « featuring » avec les artistes de la diaspora permettent aux artistes africains de gagner en auditoire, et cela a particulièrement réussi au Congolais Fally Ipupa. « Fally Ipupa, qui est un artiste de Bandal, du fin fond de Kinshasa, a mis en place une stratégie d'internationalisation avec Warner, son label, qui était de faire des featurings avec des artistes français comme Booba, comme Naza, rappelle Abel Nazer Ndoua, éditeur musical et directeur artistique chez Orchard Sony France. Aujourd'hui, c'est ce qui lui permet de remplir un Stade de France ! » De Bandal au Stade de France S'étendre à une aire linguistique différente est un autre pari, réussi par la Nigériane Ayra Starr avec un « featuring » sur « Hypé » de la Française Aya Nakamura. « Les répercussions étaient doubles. Aya Nakamura s'est fait connaître un peu plus au Nigeria et dans les pays anglophones, et Ayra Starr a gagné les cœurs des fans d'Aya Nakamura en France. De temps en temps, elle discute en français avec ses fans sur Twitter... » Avant de rapporter, le « featuring » a un coût. Dans les pays anglophones, les artistes invités se font payer un cachet. Le système est un peu différent en France et dans les pays francophones. « Dans les pays francophones, on ne paye pas les "featuring", souligne Abel Nazer Ndoua. En revanche, les artistes très connus comme Gims ou Aya Nakamura ne vont pas demander un cachet, mais vont demander plutôt des pourcentages en plus sur les revenus en royalties ou en droits d'auteur. » Cachets ou royalties Le « featuring » est utilisé tout simplement pour sortir du lot dans son propre pays, avec l'aide des stars locales. Au Gabon, L'Oiseau rare a couvé des nouveaux venus comme Le Petit Mandela ou Démentos en participant à son titre « C pas mm chose ». Au Congo-Brazzaville, Mariusca la slameuse décloisonne slam et non slam avec Nestelia Forest dans No Gwani. « Le but est de pouvoir profiter à la fois de la visibilité de l'autre et de pouvoir gagner aussi un nouveau marché, reconnaît-elle. Qui dit plus de visibilité dit plus de sollicitations et qui dit plus de sollicitations, bien évidemment, dit plus d'entrées financières. » Plus gros « featuring » africain à ce jour : « Calm Down », en 2022. Là, c'est la chanteuse américaine Selena Gomez qui est allée chercher l'artiste nigérian de l'afrobeats Rema. Six fois platine aux États-Unis, le titre cumule 2,16 milliards d'écoutes sur les plateformes. À lire aussiAyra Starr, la voix bénino-nigériane qui bouscule l'afropop avec «Starrgirl»

Un phénomène souvent très critiqué en RDC, celui du libanga (libanga au singulier, mabanga au pluriel). En lingala, le terme signifie « caillou, pierre ». Cette pratique consiste à citer des noms et plus récemment des entreprises dans des chansons et ceci contre une rémunération. Elle ne fait pas l'unanimité mais assure à certains artistes des ressources importantes. Dans l'histoire de la musique, le chef du département de sociologie à l'université de Kinshasa, Léon Tsambu, fait remonter le phénomène aux périodes les plus anciennes de la culture africaine. « C'est l'héritier du griot », estime-t-il. Enregistrés, on les entend pour la première fois dans les années 1940 et les publicités des premiers labels… Puis viennent les louanges des sociétés d'élégance. Dans les années 1970, Mobutu en fait un usage de propagande et d'animation politique… Vient ensuite l'institutionnalisation de l'Atalaku, cet animateur flagorneur, avant de voir le phénomène prendre la forme que l'on connait aujourd'hui. « C'est en 1994 que vraiment on a constaté une espèce de pollution des noms dans des chansons, dans des œuvres musicales congolaises et la goutte qui a fait déborder le vase, c'est la chanson "Magie" de Koffi Olomidé en 1994, détaille Léon Tsambu. Plus tard viendra aussi la chanson à la queue leu leu de Werrason avec "Wenge Musica Maison Mère". » Certains chanteurs comme Werrason poussent le phénomène jusque dans leurs interviews. Contrairement à certains acteurs du secteur qui critiquent cette pratique – artistes vendus, disent certains –, Baya Ciamala, connu pour la création du Deezer africain, veut y voir du positif. « Si un libanga, par exemple, est vendu à 500 dollars et qu'un titre compte une dizaine sur un album de douze titres. Par exemple, un artiste peut se retrouver avec 60 000 dollars. Mais en fait, ces 60 000 dollars, ce n'est pas pour se faire une belle vie. Cela peut être utilisé pour l'enregistrement, pour les clips, pour la promotion. Finalement, le mécanisme permet à l'artiste d'avoir plus d'autonomie et réduit sa dépendance vis-à-vis d'un producteur traditionnel. Donc c'est vraiment un modèle économique purement adapté au marché congolais », explique cet acteur du secteur. Pour lui, le problème vient surtout du manque de structuration de l'industrie musicale. « Je pense que c'est surtout l'absence des producteurs qui a poussé certains artistes à se réfugier derrière la pratique des mabanga. Donc moins il y a de producteurs, plus ces artistes trouvent des solutions alternatives. Et ces solutions alternatives, c'est notamment d'aller vers des mécènes », estime Baya Ciamala. À la question pourquoi il y a peu de producteurs en RDC ? « Parce que l'industrie est encore embryonnaire. Si le secteur des droits d'auteur est plus organisé, plus structuré, cela va permettre aux producteurs de prendre le risque de miser sur les artistes. Si l'industrie est structurée avec la présence des producteurs, des éditeurs, sur toute la chaîne de valeur de l'industrie, tout sera tellement structuré qu'un producteur, lorsqu'il produit un artiste, pourra lui dire: "Écoute, nous, on n'en veut pas des mabanga". C'est l'exemple typique », poursuit-il. Pour ou contre les mabanga, le phénomène n'enraye pas la consommation et l'exportation de la musique congolaise. À lire aussiL'industrie musicale africaine: le boom des labels indépendants en Afrique du Sud [6/10]

Portée par l'explosion de l'amapiano ces dernières années, l'industrie musicale sud-africaine grandit à une vitesse record. On estime que la nation arc-en-ciel représente près de 80 % des revenus musicaux d'Afrique subsaharienne. Alors, dans le pays de Nelson Mandela, tout le monde veut sa part du gâteau, et c'est toute l'industrie qui change, avec de plus en plus de labels indépendants. Avec notre correspondant à Johannesburg, L'Afrique du Sud compte plusieurs milliers de labels indépendants. Mzukisi Ntambo travaille pour l'un d'entre eux, Pika Records, enregistré en 2025 : « Nous souhaitons que les artistes conservent leur indépendance, en les accompagnant de projets en projets. Un artiste va nous demander de l'aide en relations publiques, par exemple. Alors on lui dit : "Voilà comment on va intervenir sur ce projet spécifique." Mais notre label ne possède pas les artistes. L'idée, c'est que nous grandissions ensemble, le label et les artistes. » Cette indépendance permet aux artistes sud-africains de conserver leur identité. Illustration avec le dernier projet du label Pika Records, Imali de Lix Da Lion, qui mélange l'anglais et le Xhosa. Un son produit par Sthembiso Twala. « Je me contente de produire pour les autres. Je suis 100 % indépendant », explique le musicien. « Pika est un label indépendant et ensemble on collabore. Je produis pour eux, et quand le son est commercialisé, nous partageons les bénéfices », précise-t-il. De meilleurs revenus ? Car, face à une industrie musicale à la croissance fulgurante, en plus de performer, les artistes sud-africains veulent aussi porter la casquette de chefs d'entreprise. Une tendance qui a poussé Sony, Warner et Universal à s'adapter. « Je ne pense pas que les majors vont disparaître, parce qu'elles évoluent. Elles cèdent une grande partie du contrôle qu'elles avaient. Et permettent aux artistes d'avoir leur mot à dire », témoigne Gift Mdlalose, directeur de la Music Business Academy. Il nuance cependant la notion d'indépendance : « En réalité ces compagnies finissent par vous signer. Ce qui change, c'est que vous signez avec votre propre société, et qu'elles appellent ça un contrat de distribution. » Car, si les labels indépendants garantissent l'authenticité, sur le plan financier, les multinationales contrôlent encore 70 % des parts de marché en Afrique du Sud. Et empochent souvent la majorité des revenus, surtout quand un hit devient planétaire. À lire aussiL'industrie musicale africaine: au Sénégal, le stream comme moyen de rémunérer des artistes locaux? [5/10]

Dans un monde du streaming qui ne rémunère pas ou peu les artistes du continent, certains pays ouvrent la voie. C'est le cas du Sénégal, seul pays d'Afrique subsaharienne francophone où les chanteurs bénéficient de la monétisation des streams sur YouTube. De notre correspondante à Dakar, Tout commence en 2013. Cette année-là, le Sénégal intègre le « YouTube Partner Program », le programme qui permet à ses artistes de monétiser leurs contenus sur la plateforme. Dakar devient un cas à part dans la région et le doit à l'homme qui pilote les négociations à l'époque : le Sénégalais Tidjane Deme, alors patron de Google pour l'Afrique francophone. Depuis, Merou Dieng, producteur et manager d'artistes à Dakar, a vu l'industrie musicale se transformer : « Une fois que ta chaine est éligible, tu peux capter des publicités et ce sont elles qui rémunèrent les artistes, c'est à travers ces annonces que YouTube va leur donner une part. Ce que les artistes sénégalais ont, le moteur de leur business, c'est YouTube qui l'a trouvé. » À lire aussiL'industrie musicale africaine: en Afrique centrale, vivre des bars-dancings et prestations officielles [3/10] Une monétisation plus faible qu'en Europe Le modèle reste imparfait car au Sénégal, la valeur des streams est 5 à 10 fois plus basse qu'en Europe en raison du marché des annonceurs. L'économie du streaming repose avant tout sur le volume et la masse, explique Merou Dieng qui prend l'exemple de Wally Seck, « une super star sénégalaise qui gagne correctement de l'argent sur YouTube. » Dip Doundou Guiss connaît bien la portée des streams. Le natif de Grand Yoff, en banlieue de Dakar, est le premier rappeur sénégalais à avoir franchi le million de vues en solo sur YouTube. Son titre à succès « Me N You » en cumule 18 millions. Depuis l'ouverture de sa chaîne YouTube en 2019, le rappeur estime avoir tiré environ 40 000 euros de la monétisation de ses streams. « Si je compare ça à ce que je mets dans les clips, ça n'en finance même pas trois, ça ne finance pas une carrière, insiste le rappeur, mais le plus important, c'est que cela nous permet de savoir qui nous écoute, dans quel pays et quel âge a la personne. Ces informations nous permettent de négocier pour des marques, des concerts et de savoir quelle salle on peut remplir ou pas. » À lire aussiL'industrie musicale africaine: Mdundo, une plateforme africaine pour mieux rémunérer les artistes [4/10] YouTube, un tremplin pour gérer sa carrière Les revenus issus des streams ne font pas tout. Pour Dip Doundou Guiss, la révolution est ailleurs. En investissant YouTube, les artistes sénégalais ont pu soigner leurs clips et reprendre la main sur leur carrière. « Avant, entre l'artiste et l'argent, il y avait toujours quelqu'un, que ce soit un label, un producteur ou un distributeur, souligne-t-il. Aujourd'hui, si tu connais ton audience, tu arrives à la table avec tes chiffres, tu n'as plus besoin de quelqu'un derrière pour te financer ou décider à ta place. » De plus en plus de voix interpellent YouTube pour étendre la monétisation au reste de l'Afrique subsaharienne francophone, comme la République démocratique du Congo de Fally Ipupa ou encore la Côte d'Ivoire de Didi B. Récemment, l'influent rappeur français Tiakola a porté le message dans son titre « Mélo Décalé ». À lire aussiL'industrie musicale africaine: les droits d'auteurs restent un mirage économique dans de nombreux pays [2/10]

Comment permettre à la fois aux fans de musique sur le continent africain d'accéder facilement à leurs titres préférés et aux artistes africains de mettre en avant leur musique et d'en tirer des revenus ? C'est le pari que s'est lancé Mdundo. La plateforme kényane permet de streamer mais aussi de télécharger de la musique directement sur son téléphone. Un point clé pour pallier les coûts des données mobiles sur le continent. Née en 2012 au Kenya, Mdundo compte aujourd'hui plusieurs millions d'utilisateurs et est aussi présente au Nigeria, en Tanzanie, en Afrique du Sud ou encore au Ghana. De notre correspondante à Nairobi, Les mots coulent avec aisance pour le roi du rap, comme il est surnommé au Kenya. Collo, diminutif pour Collins Majale, présente un de ses derniers morceaux dans un studio de Nairobi. Il est artiste depuis plus de 20 ans. « Le principal défi auquel la majorité des musiciens sont confrontés est surement celui de la distribution : comment faire parvenir sa musique à ses fans ? Et comment est-ce que les fans récompensent les artistes, montrent leur appréciation ? », souligne-t-il. Collo insiste sur l'importance d'organiser des performances live. Un samedi sur deux, il anime aussi un show en direct pour ses fans sur les réseaux sociaux. Plus de 30 de ses titres sont aussi disponibles sur Mdundo. « Pour être honnête, un de mes derniers plus gros chèques venait de Mdundo, et non des sociétés de gestion collective des droits d'auteur », témoigne l'artiste. Mdundo reverse des redevances aux artistes, en fonction de leur nombre d'écoutes ou de téléchargements. « Au cours de notre dernier exercice financier, nous avons versé environ 750 000 dollars aux artistes. C'est une somme considérable comparée à zéro mais qui reste encore très faible au regard de la valeur réelle de la musique », détaille Martin Nielsen, co-fondateur de la plateforme et PDG. « Nous sommes l'un des principaux services de streaming musical, non seulement au Kenya, mais aussi sur le continent avec des millions d'abonnés payants chaque mois et des millions d'utilisateurs qui accèdent au service gratuitement chaque mois. De ce point de vue, cette somme reste encore très modeste », concède-t-il. À lire aussiL'industrie musicale africaine: en Afrique centrale, vivre des bars-dancings et prestations officielles [3/10] Des besoins, des forfaits musique Mdundo fonctionne en partie avec de la publicité, mais Martin Nielsen déplore des prix encore trop bas pour le marché africain. Un accès payant sans publicité est aussi disponible. Mais les modèles d'abonnements classiques par carte ou prélèvements bancaires sont peu adaptés au contexte du continent, note le PDG. La plateforme s'est donc tournée vers les opérateurs téléphoniques pour offrir des forfaits musicaux comme Safaricom au Kenya, ou Vodacom en Tanzanie. « Les utilisateurs s'abonnent à Mdundo directement avec leur crédit téléphonique sur leur mobile, ce qui leur donne accès à de la musique sans publicité et à des contenus réservés aux abonnés, comme des mixes de DJ », détaille Martin Nielsen, qui assure que ces forfaits musicaux répondent à un besoin des utilisateurs. « Ce qu'ils veulent, c'est pouvoir avoir leur musique sur leur téléphone. S'ils s'abonnent et téléchargent un ou deux mixes aujourd'hui, ils savent qu'ils auront toute la musique dont ils ont besoin sur leur téléphone pour plusieurs jours », assure-t-il. En plus d'encourager les abonnements, ces mixes ont aussi pour but de mettre en avant les artistes du continent, notamment en langues vernaculaires. À lire aussiL'industrie musicale africaine: Trace, le «MTV africain» et plus encore? [1/10]

Dans certains pays d'Afrique centrale, l'industrie musicale peine encore à prendre forme. Les droits d'auteurs se résument à peau de chagrin. Les revenus des artistes passent donc essentiellement par la monétisation de leurs prestations. « C'est à travers les concerts, les invitations officielles et nos partenaires. Mais on ne gagne pas vraiment d'argent via les plateformes de téléchargement », explique Ozaguin. Il est l'un des artistes les plus en vue de Centrafrique. Il vient de sortir un album et fait des scènes à Paris. Malgré tout, comme les autres, il a commencé par les orchestres. « Au début, ce n'était pas facile. Quand tu pars en concert, tu joues de 16 h à 23 h et on te paye 150, parfois 500 francs CFA à la fin du concert, donc moins d'un euro. On a patienté, persévéré », se souvient-il. Wasa, HTK, Facebook… Des endroits où performent les artistes centrafricains. « C'est moribond les droits d'auteur en Centrafrique. Les artistes vivent des programmations, des productions dans les bars-dancings, dans les snack-bars et puis également l'événementiel. C'est des opérations ponctuelles par rapport aussi aux festivités, par rapport aussi à la programmation tels que Tî-Ï Festival qui est initié par Idylle Mamba ou bien Bangui fait son cinéma », poursuit dans le même sens Alex Ballu, promoteur culturel à Bangui. Aujourd'hui, Ozaguin est devenu un artiste convoité, pourtant ce sont toujours les prestations qui le font vivre. « Parfois, il y a des gens qui ont des bars-dancings qui nous sollicitent pour aller jouer, les sociétés privées aussi, et le gouvernement parfois, quand il y a des évènements officiels. Et c'est à travers ça qu'on gagne de l'argent pour financer nos projets », témoigne le chanteur. À lire aussiL'industrie musicale africaine: les droits d'auteurs restent un mirage économique dans de nombreux pays [2/10] « La consommation de la chose artistique est assez faible » Mêmes difficultés de l'autre côté de la frontière au Tchad. « C'est assez difficile globalement pour les artistes de pouvoir subsister à travers leur art », témoigne Manassé Nguinambaye Ndoa, promoteur culturel, directeur du festival NdjamVi. Il relie la situation au contexte économique général dans la région : « La consommation de la chose artistique est assez faible. On voit le côté faible pouvoir d'achat, la faible consommation de la chose culturelle locale. » Il s'agit donc, comme en Centrafrique, de trouver des ressources. « Beaucoup d'artistes essaient de tenir le cap à travers les prestations diverses, que ce soit dans les bars, dans les centres culturels, dans les festivals, les prestations avec les ONG et pour les agences de commerce. Mais du côté des droits d'auteur, il reste beaucoup à faire », souligne Manassé Nguinambaye Ndoa. En dehors de la musique, beaucoup travaillent ou ont un petit business pour pouvoir joindre les deux bouts. À lire aussiL'industrie musicale africaine: Trace, le «MTV africain» et plus encore? [1/10]

Droits d'auteurs pour les compositeurs et les arrangeurs, droits voisins pour les interprètes...: dans beaucoup de pays, leur collecte auprès des diffuseurs de musique et leur redistribution aux artistes est loin d'être une évidence. S'il fallait choisir un mot pour résumer la situation en ce qui concerne les droits d'auteurs sur le continent africain, le plus approprié serait « inégalité ». Par manque d'information, certains artistes ne savent même pas, en effet, où et comment s'enregistrer pour espérer toucher des droits tandis que d'autres, quand ils le font, sont confrontés aux dysfonctionnements des sociétés de gestion. « Le bureau malien des droits d'auteur, le Burida, a du mal à collecter, à faire payer les gens et aussi à répartir. Donc les artistes se plaignent. Par exemple, en RDC, la Socoda, la société congolaise des droits d'auteurs, ne fonctionne pas du tout », prend pour exemple Luc Mayitoukou, expert des questions de propriété intellectuelle. Congo-Brazzaville, Cameroun... : la liste des pays qui peinent à rétribuer leurs artistes est longue. Mauvaise gouvernance, manque de personnel compétent, ou même parfois tout simplement absence d'un logiciel adapté : la liste des obstacles à une bonne répartition des revenus qui accentue les inégalités est longue. « Dans beaucoup de sociétés, vu qu'ils font des calculs à la main, l'argent est souvent donné à des artistes plus connus, beaucoup plus influents, avec qui on fait des répartitions forfaitaires. Les jeunes artistes, eux, ne touchent pas ce qui devrait leur revenir. C'est une réalité dans beaucoup de sociétés de gestion collective en Afrique », décrit Luc Mayitoukou. « Les sommes payées ne correspondaient pas au travail de l'artiste » Pour s'assurer un revenu, Mariusca la Slameuse a décidé d'aller s'inscrire à la Sacem, en France, pendant que d'autres vont s'inscrire à la Sabam, en Belgique. « À l'époque, c'était assez complexe de s'enregistrer et les sommes payées ne correspondaient souvent pas au travail de l'artiste. Donc pour éviter des frustrations, je me suis dit que c'était mieux de m'enregistrer à la Sacem », explique l'artiste congolaise. Aujourd'hui, elle y est enregistrée en tant qu'auteur et au bureau congolais des droits d'auteurs en tant qu'interprète. Le digital a ouvert de nouveaux horizons de rémunération ces dernières années, mais le gain est la plupart du temps minime pour les artistes africains qui n'ont pas encore de renommée internationale. À lire aussiNuits africaines en RDC: le Kimpwanza Bar, haut lieu de l'Abako et des grandes figures de la musique [1/10]

Le groupe Trace s'est imposé dans le paysage comme le diffuseur et le promoteur des musiques afro-urbaines. Éditeur de 30 chaînes de télévision diffusées sur tous les continents, Trace est souvent surnommé le « MTV africain ». Mais ses activités s'étendent au-delà de la sphère des médias : Trace cherche désormais aussi à jouer sa partition dans le développement de l'industrie musicale africaine. Dans les locaux de Trace, à Clichy, en banlieue de Paris, Fabien Pugliese réalise les derniers réglages du nouveau studio radio. « D'ici, on va alimenter notre radio DAB ainsi que nos radios sur la Caraïbe, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane. On va pouvoir programmer et envoyer en live », explique-t-il. L'ambition historique de Trace est d'être une plateforme, une opportunité d'exposition pour les musiques afro-caribéennes. Un pari gagnant pour Olivier Laouchez, qui est à la tête du groupe : « On l'a démontré, et ce qui vient de se passer avec l'explosion de l'afrobeat, de l'amapiano, des musiques caribéennes, du compas, du zouk, montre que l'on ne s'est pas trompé. On avait effectivement fait le bon pari ! ». Première composante de cette réussite, la qualité des artistes et de leur production. Mais Olivier Laouchez est fier, aussi, du rôle que joue Trace dans ce domaine. « On a toujours été la plateforme qui les a accompagnés. Parfois, on a même produit nous-mêmes des titres avec des artistes. Par exemple, on a fait ce titre avec Dadju et Serge Ibaka qui s'appelle "Mafiozzy Style", qui était platinum. On a coproduit énormément de choses. On participe désormais aussi au plus gros événement musical du continent africain que sont les Trace Awards », détaille-t-il. « Amener des solutions » Mais l'entrepreneur ne s'arrête pas là. Depuis 2003, celui-ci développe les activités de son groupe. « En plus de notre activité historique de médias télévisuels et radiophoniques, on a développé des plateformes digitales. On a, d'une part, une plateforme qu'on est en train de lancer qui s'appelle Trace+, qu'on développe en partenariat avec TikTok. C'est une espèce de "social super app" sur laquelle on va retrouver non seulement les formats tiktokiens où on peut poster soi-même du contenu, mais il va y avoir également tous les contenus professionnels du groupe Trace. Et on a une plateforme de formation professionnelle en ligne qui s'appelle Trace Academia », explique Olivier Laouchez. Les collaborations se multiplient, les prix s'amoncellent. L'entreprise prend à bras le corps le tournant des plateformes en ligne et de l'intelligence artificielle. Mais pour Olivier Laouchez, un objectif reste central : « Amener des solutions », notamment sur les droits d'auteur encore peu collectés sur le continent. « On a pris la décision de développer une plateforme digitale qu'on devrait lancer en partenariat avec le gouvernement de la République démocratique du Congo d'ici à la fin de l'année, pour justement amener une solution à ce problème de la collecte. Et l'idée, c'est de pouvoir déployer ensuite cette plateforme dans tous les pays intéressés en Afrique, fait-il savoir. Nous, on veut absolument que les artistes gagnent leur vie grâce à leur talent, grâce à leur musique. Donc on veut être en même temps celui qui va assurer la promotion, mais également la monétisation de leurs offres », conclut-il. Et pour les artistes en quête de notoriété, une nouvelle plateforme de détection de talents, Trace Next, va être prochainement lancée. À lire aussiDan Assayag dresse le portrait de 18 musiciens africains dans la saison 4 de la série Y'Africa

Le dernier épisode de notre série consacrée aux entreprises africaines qui investissent en France braque les projecteurs sur le maroquinier sénégalais Maraz, qui s'apprête à ouvrir sa première boutique à Paris. Pour cette marque haut de gamme déjà implantée en Afrique, il s'agit d'une étape stratégique majeure qui va la conduire à relever les défis du marché européen entre concurrence, droits de douane et adaptation de ses collections. Des sandales, des chaussures, des sacs ou encore des porte-documents en cuir : la marque sénégalaise Maraz s'est imposée en quelques années en Afrique avec des boutiques à Dakar, Abidjan et Kigali. Son fondateur, Moustapha Sy N'Diaye, s'apprête désormais à franchir une nouvelle étape avec l'ouverture d'un magasin à Paris : « Ça fait partie du développement. C'est également un pari parce qu'aujourd'hui, ce qu'on a l'habitude de voir, c'est plutôt l'inverse : des marques qui viennent d'Europe, des États-Unis, qui s'implantent en Afrique. Il est rare de voir des marques africaines qui produisent et conçoivent en Afrique venir s'installer à Paris », affirme-t-il. Cette implantation représente un défi de taille. La marque devra en effet trouver sa place sur un marché du luxe très concurrentiel, adapter ses collections aux quatre saisons européennes et rester compétitive malgré les coûts liés aux importations. « Celui qui produit en Europe et vend en Europe a plus d'avantages que celui qui produit en Afrique, qui doit franchir les barrières douanières et supporter des coûts supplémentaires avant de proposer ses produits ici. C'est un pari qu'il faudra relever. Nous allons y faire face et proposer ce que nous avons de plus beau. La clientèle occidentale recherche de l'authenticité et c'est ce que nous venons lui offrir », poursuit Moustapha Sy N'Diaye. Une présence du luxe africain encore discrète Les maisons de luxe africaines restent encore peu nombreuses à tenter l'aventure parisienne. La marque ivoirienne Aliwax, fondée par la créatrice Alice Gnapa, a récemment ouvert une boutique dans la capitale. Dix ans plus tôt, la Maison Goya, créée par le styliste béninois Rodrigue Vodounou, avait déjà fait ce choix. Pour Moustapha Sy N'Diaye, davantage de marques africaines devraient suivre cette voie : « Aujourd'hui, je pense qu'il faut que d'autres viennent renforcer ce mouvement : l'Afrique a son mot à dire. Et Paris est une belle terre d'accueil pour la mode ». Président Afrique de Business Europe et enseignant à l'Essec, Benoît Chervalier observe lui aussi une évolution, même si elle reste encore modeste : « Ce que l'on voit, c'est que cela n'existait pour ainsi dire pas il y a une dizaine d'années et que cela commence à émerger. Il faut accompagner ce mouvement pour qu'il se transforme en une véritable dynamique et une trajectoire de croissance ». Pour les acteurs du secteur, le développement de ces marques en France passera aussi par le soutien de la diaspora africaine, qu'elle soit entrepreneure, investisseuse ou tout simplement cliente de ces productions. À lire aussiMoustapha Sy Ndiaye, le créateur à l'âme entrepreneuriale de Maraz

Les banques africaines sont de plus en plus nombreuses à s'implanter sur la place financière parisienne. Si le Brexit a accéléré l'arrivée de certains établissements, le retrait progressif de banques françaises du continent africain crée aussi de nouvelles opportunités pour ces acteurs, qui cherchent à faire fructifier les entreprises entre l'Europe et l'Afrique. First Bank of Nigeria, Ecobank, BGFI Bank… Une dizaine de banques africaines sont aujourd'hui présentes à Paris. Parmi les plus récentes, Access Bank, qui a ouvert une succursale il y a quatre ans, via sa filiale britannique. Après le Brexit, disposer d'une présence au sein de l'Union européenne était devenu indispensable, explique Justin Maria, directeur de la succursale parisienne de The Access Bank UK : « Il y a eu un choix politique d'attirer un maximum de banques en France, comparativement à d'autres places importantes en Europe, et notamment celle de Francfort. Paris a quand même un rôle pivot sur ce redéploiement en Europe pour des groupes bancaires installés en Angleterre ». Les clients d'Access Bank en France sont principalement des entreprises qui commercent avec l'Afrique ou y investissent. Pour Justin Maria, l'essor des banques africaines en Europe s'explique également par le retrait progressif de plusieurs banques françaises du continent : « La nature a horreur du vide. Si vous retirez une banque française d'Afrique subsaharienne, vous avez une banque d'Afrique subsaharienne qui va racheter cette filiale. La Société Générale s'est retirée du Cameroun très récemment. La Société Générale, depuis Paris, à travers sa filiale camerounaise, avait une vraie connaissance du marché camerounais. Aujourd'hui, elle se retire. Je ne dis pas qu'elle a perdu sa connaissance du marché en quelques semaines, mais les banques africaines qui sont à Paris ont au moins une meilleure connaissance que Société Générale sur le marché camerounais ». « Pas encore une déferlante » Pour ces établissements, le retrait des banques françaises représente une opportunité de récupérer progressivement une partie de leur clientèle. Mais le phénomène ne doit pas être surestimé, estime Benoît Chervalier, président Afrique de Business Europe : « Ce n'est pas non plus une déferlante dans le sens où toutes les banques africaines ne vont pas être présentes à la fois sur la place européenne et sur la place de Paris. Quand on regarde dans le détail, on voit que la majeure partie de ces banques sont des bureaux de représentation. Elles ne peuvent pas exercer d'activités bancaires en propre et ne sont pas régies sous le statut d'établissement de crédit, même si certaines franchissent ce pas ». United Bank for Africa pourrait prochainement rejoindre ce cercle restreint. Présente à Paris depuis 2009, la banque du milliardaire nigérian Tony Elumelu est en attente de l'agrément des autorités françaises en tant qu'établissement de crédit. Elle deviendrait alors la troisième banque africaine à obtenir ce statut en France. À lire aussiIntelcia: comment le géant marocain des centres d'appels s'est imposé en France [3/5]

De Casablanca aux Ardennes, Intelcia a fait de la France un marché clé de son développement. Le géant marocain de l'externalisation y emploie aujourd'hui près de 3 500 personnes et mise sur l'intelligence artificielle pour accompagner, plutôt que remplacer, ses salariés. Avec 800 millions d'euros de chiffre d'affaires et une présence dans une vingtaine de pays, Intelcia est aujourd'hui l'un des leaders mondiaux de l'outsourcing, l'externalisation de services comme la relation client ou la gestion d'infrastructures informatiques. Après dix ans sous le contrôle du groupe français Altice, l'entreprise est revenue entre les mains de ses dirigeants historiques marocains. « Aujourd'hui, 100 % de l'entreprise est détenue par ses managers », affirme Karim Bernoussi, le directeur général. Créée à Casablanca par des ingénieurs marocains, Intelcia s'adressait d'abord au marché français depuis ses centres d'appels installés au Maroc. Mais pour poursuivre sa croissance, le groupe décide en 2011 de s'implanter directement en France. « On s'est dit qu'il fallait être proche des clients français, explique Karim Bernoussi, on ne pouvait pas faire que de l'offshore, on ne pouvait pas produire pour ses clients qu'au Maroc ou en Afrique subsaharienne, il fallait être présent sur le marché. En 2011, on a eu l'opportunité de faire l'acquisition d'un acteur qui avait à peu près 1 000 collaborateurs sur quatre sites en France. Et ça nous a permis d'un coup, en 2011, d'avoir une vraie présence en France. » Aujourd'hui, Intelcia emploie près de 3 500 personnes dans l'Hexagone. Le groupe travaille aussi bien pour des administrations, comme France Travail, que pour de grandes entreprises privées. Il est notamment le premier employeur du département des Ardennes. « L'avenir se fait avec un combo IA et humain » L'an dernier, Intelcia a toutefois été visée par des accusations sur les conditions de travail de certains salariés. Une question écrite à l'Assemblée nationale évoquait notamment « des humiliations quotidiennes, des convocations publiques » et « une précarité organisée ». Des critiques rejetées par Karim Bernoussi : « On est dans un secteur dans lequel, si vous ne traitez pas vos salariés avec transparence, si vous ne mettez pas en place un climat de confiance, vous ne pouvez pas performer puisque notre première richesse, ce sont nos employés. Nous avons un regard très important sur la manière dont nos salariés sont employés, dont ils sont traités et sur la façon dont on les fait grandir. » L'autre défi du secteur est désormais l'essor de l'intelligence artificielle, qui transforme rapidement le fonctionnement des centres d'appels. Pour Karim Bernoussi, cette évolution ne remet pas en cause les emplois en France. « L'avenir se fait avec un combo IA et humain. Aujourd'hui, l'IA va permettre à nos agents de travailler de manière beaucoup plus efficace. Lorsque vous demandez un nouveau code pour une carte de crédit, vous n'avez pas besoin d'un humain pour vous le donner. En revanche, tout contact avec un client est une opportunité pour les marques de faire passer un message ou de réaliser des ventes. Et ça, le meilleur moyen de le faire, c'est avec l'humain. » Selon une étude du cabinet américain Gartner, près d'un tiers des responsables de services clients ont déjà engagé ou prévoient des réductions d'effectifs liées à l'intelligence artificielle d'ici l'année prochaine. L'Organisation internationale du travail estime toutefois que la transformation des tâches est plus probable que la disparition complète des emplois. À lire aussiCes entreprises africaines qui investissent en France: Creativo El Matador, le pari d'un transformateur nigérian [2/5]

Deuxième épisode de notre série consacrée aux entreprises africaines qui investissent en France avec la nigériane Creativo El Matador, spécialisée dans la transformation de matières premières agricoles et qui voit dans l'Hexagone de nouvelles opportunités de croissance. L'objectif de Creativo El Matador est de raccourcir les circuits commerciaux entre l'Afrique et l'Europe. Pour son directeur général, Adebowale Adeyeye, il est temps de mettre fin à un modèle où les matières premières africaines sont transformées en Asie avant d'être commercialisées sur le marché européen. « Il est nécessaire de renforcer notre relation directe avec la France, de rompre avec ce commerce triangulaire et de réfléchir à la manière dont nous pouvons créer de la valeur à la fois localement et en France, pour des produits consommés en France mais issus d'Afrique. C'est la stratégie que nous mettons en œuvre. Avec le cacao, la noix de cajou, la gomme arabique, ou le gingembre. Notre objectif, c'est de réduire les délais de transport et de transit, de maximiser la création de valeur, et de permettre aux consommateurs d'accéder à des produits de la meilleure qualité, au meilleur prix », explique-t-il. Pour concrétiser cette stratégie, l'entreprise a ouvert un bureau à Paris afin de partir à la conquête du marché européen. Pour Adebowale Adeyeye, la France s'est imposée naturellement. « La France entretient des relations historiques très fortes avec l'Afrique. De nombreux pays africains sont francophones et d'anciennes colonies françaises, ce qui explique la solidité de ces liens. Je suis d'origine nigériane et j'ai grandi entouré de pays francophones. La France dispose d'une politique africaine très affirmée. Son intérêt pour l'Afrique, ainsi que son engagement en matière d'investissement et de développement du continent, sont également des raisons qui ont motivé notre décision. » Un entrepôt puis une usine près de Marseille Le bureau français de Creativo El Matador doit créer 24 emplois en trois ans. L'entreprise est accompagnée par Business France. Pour Nicole Blazik, directrice des projets d'investissements internationaux de l'agence, basée à Johannesburg, cette implantation s'inscrit dans une stratégie de développement classique : « Il veut être entre les deux continents, il veut exporter ses produits, vendre en Europe et également sourcer des produits européens et français pour les faire revenir en Afrique. Souvent, les entreprises commencent avec un bureau commercial et ensuite elles veulent enchaîner avec une unité de production. Exactement ce que Creativo El Matador va faire ». Longtemps considérée comme un frein, la barrière de la langue n'est plus un obstacle, sourit Adebowale Adeyeye. Et l'accent du sud de la France non plus… Creativo El Matador vient d'acquérir un terrain près de Marseille où seront construits un entrepôt et une usine de transformation, dont la mise en service est prévue d'ici la fin de l'année. À lire aussiCes entreprises africaines qui investissent en France: la pharma sud-africaine Aspen [1/5]

Les entreprises africaines sont encore peu nombreuses à investir en France, mais certaines y développent des activités industrielles. Premier volet de notre série consacrée à ces investissements avec le laboratoire sud-africain Aspen, qui a fait de son usine normande l'un de ses principaux sites de production en Europe. Douze ans après le rachat d'une usine à Notre-Dame-de-Bondeville, près de Rouen, le groupe pharmaceutique sud-africain Aspen continue d'investir en France. Le site produit notamment des anticoagulants injectables et des seringues destinés aux marchés français et européen. « Nous avons acquis en France une usine qui fabriquait déjà des médicaments très importants : des anticoagulants injectables, explique Stavros Nicolaou, directeur exécutif d'Aspen, pour qui la France est devenue un marché stratégique. Au total, nos investissements, avant et après le Covid, dépassent largement les 200 millions d'euros. Nous sommes le plus important investisseur africain en France. C'est un marché majeur pour nous. » Avec près de 700 salariés en France, Aspen fait figure d'exception. Les entreprises africaines qui investissent dans l'industrie française restent rares. Mais, selon Stavros Nicolaou, les mentalités évoluent progressivement. « Je pense justement qu'il faut casser cette image. Beaucoup de gens associent encore les entreprises africaines à des demandes d'aide ou de soutien financier, souligne-t-il. Aspen démontre exactement le contraire. Nous avons investi massivement en Europe, non seulement en France, mais aussi en Allemagne et aux Pays-Bas. D'habitude ce sont les présidents africains qui appellent les dirigeants européens pour demander des médicaments essentiels, mais pendant le Covid, c'étaient les Premiers ministres français et italien qui nous téléphonaient pour nous demander de mettre ces médicaments à leur disposition. » À lire aussiLe géant pharmaceutique Aspen reçoit 600 millions d'euros pour aider l'Afrique à se vacciner Une vitrine internationale Pour Stanislas Zézé, économiste ivoirien et président de Bloomfield Investment Corporation, ces implantations répondent moins à une logique commerciale qu'à une stratégie de crédibilité internationale. « Les profits les plus élevés sont en Afrique, les besoins les plus élevés sont en Afrique. Donc, évidemment, c'est dans une logique de croissance, analyse l'économiste. Ça n'a pas beaucoup de sens parce que la croissance dans les pays développés est très faible. Je ne sais pas pourquoi on irait chercher la croissance en Europe pendant qu'on vient d'un continent où il y a le plus de croissance. C'est surtout une logique d'avoir une stature internationale et de dire : "Je suis en France, je suis aux États-Unis." Mais le plus gros de leur chiffre d'affaires se fait en Afrique, et c'est tout à fait normal. » Cette présence africaine en France reste toutefois limitée. En 2024, les investissements en provenance du continent ont représenté 39 projets, à l'origine de 593 créations d'emplois dans l'Hexagone. À lire aussiPharmaceutique: un rapprochement à près de 350 milliards d'euros en réponse à «la falaise des brevets»

En Tunisie, l'été symbolise le retour des Tunisiens résidant à l'étranger qui viennent passer des vacances dans le pays. Leur retour est synonyme d'un apport en devises conséquent pour le pays : près de 7,8 milliards de dinars (environ 2,3 milliards d'euros) selon la Banque centrale tunisienne. Les professionnels travaillant sur la migration et la diaspora aimeraient cependant mieux capitaliser sur les échanges entre les deux pays, afin que la Tunisie soit plus qu'un pays de vacances. De notre correspondante à Tunis, Face à une population européenne vieillissante, la Tunisie est un vivier de compétences pour le travail saisonnier. C'est ce que démontre Hélène Hammouda, chef du projet TAM, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui explique qu'il existe des contrats adaptés. « C'est le cas du contrat saisonnier, qui permet à une même personne de partir six mois par an en France, mais de garder sa résidence et sa vie en Tunisie. C'est le cas aussi du contrat jeune professionnel, qui offre un accès facilité au marché du travail français, ajoute-t-elle. La contrepartie, c'est l'obligation de retour. Les autres contrats existants n'impliquent pas forcément le retour. » Actuellement, environ 10 000 professionnels circulent entre la Tunisie et la France, et l'Office français de l'immigration et de l'intégration a choisi de travailler avec les secteurs dans lesquels la mobilité n'est pas encore installée et pour lesquels il n'y a pas encore de parcours balisé : « Nous avons fait ce choix parce qu'on pense qu'il y a de la demande, d'un côté, et qu'il y a des compétences de l'autre. Donc nous avons dans l'idée de travailler sur le secteur "transport et logistique". Et dans les métiers du soin, nous travaillons avec la partie tunisienne sur la mobilité des aides-soignants. » Face au chômage qui touche près d'un tiers des jeunes diplômés, l'option du travail à l'étranger fait aussi partie des programmes de l'Agence nationale pour l'emploi et le travail indépendant (ANETI). « La Tunisie a mis en place plusieurs accords de partenariat cadre avec plusieurs pays, à savoir l'Italie, la France, l'Allemagne et dernièrement la Libye », précise Hatem Dahmen, directeur général de cette agence, qui s'occupe de plus de 200 000 demandeurs d'emploi. Législation sur le télétravail plus souple De l'autre côté de la rive, en France, les travailleurs tunisiens déjà installés dans l'Hexagone souhaiteraient eux bénéficier de plus de flexibilité, pour garder un pied dans les deux pays et investir en Tunisie. Cela pourrait passer par une législation plus souple sur le télétravail, selon Walid Belhaj Amor, membre du conseil d'administration de l'Association tunisienne des grandes écoles (ATUGE) : « Beaucoup d'entreprises ont adopté le télétravail en Europe, mais il n'y a pas d'accord transfrontalier sur le télétravail. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'aujourd'hui, dans le cadre de la politique de voisinage, il serait utile d'envisager un cadre du télétravail entre la Tunisie et la France, la Tunisie et l'Europe. » Cette mobilité des compétences est encore très entravée par des contraintes administratives et fiscales en Tunisie, malgré l'apport qu'elle représente pour le pays, aussi bien sur le plan financier que professionnel. À lire aussiTunisie: la pollution industrielle endémique à Radès oblige le président à monter au créneau

Le Gabon, qui fait face à une chute de sa production pétrolière, mise désormais sur l'exploitation minière. Les annonces se sont succédé ces derniers mois, avec des engagements financiers de plusieurs centaines de millions de dollars. Des travaux de recherche et d'exploration sont en cours dans plusieurs provinces du pays et d'ici à 2030, le pays pourrait devenir un des leaders mondiaux de la production des minerais. Avec notre correspondant à Libreville, Sept mois après son arrivée à la tête du ministère des Mines du Gabon, Sosthène Nguema Nguema dit sentir un frémissement en passe de faire de l'exploitation minière le nouveau moteur de l'économie gabonaise actuellement dépendante des recettes pétrolières. « Nous avons identifié et fait une programmation par rapport à l'ouverture de plusieurs mines entre 2026 et 2030. Dans cette fourchette, il a été identifié à peu près huit mines qui pourront voir le jour. Donc on aura la mine de Milingui pour le fer, la mine de la potasse, la mine d'Etéké pour l'or, la mine de Baniaka pour le fer. On a la mine de Mébaga, pour le fer également. Et on a la mine de M'Bilan pour le fer », détaille le ministre. L'ouverture des nouvelles exploitations créera naturellement des milliers d'emplois. Le ministre projette surtout une croissance à deux chiffres dans le secteur. « Nous sommes à hauteur de 6% aujourd'hui et nous envisageons de relever ce pourcentage dans les mois et les années qui suivent pour essayer de franchir la barre de 15-20% », précise Sosthène Nguema Nguema. Espoirs de retombées économiques Tout cela est possible, mais l'économiste Orphée Mouelé, formé à l'université Omar Bongo, pose le préalable du développement des infrastructures. « D'un point de vue technique, le succès repose sur plusieurs facteurs essentiels : la construction des infrastructures de transport, des routes, des chemins de fer, des ports, des ponts pour pouvoir acheminer correctement les minerais. Ensuite, le renforcement des capacités de production énergétique. L'énergie est fondamentale », assure l'expert. L'ONG Éthique et bonne gouvernance salue les perspectives économiques du secteur minier. Cependant, le docteur Edmiaune Zouga, sa présidente, espère un réel impact social de ces futures exploitations. « Le plus important pour nous, c'est l'impact social. Il faudrait que cela touche, booste le citoyen lambda. Il faudrait que le Gabonais ressente cet impact économique dans son assiette », espère-t-elle. En parallèle avec sa politique d'exploitation massive de ses minerais, le gouvernement impulse une nouvelle politique de transformation locale de ses matières premières pour créer plus de richesses et d'emplois dans le pays. À lire aussiLe Gabon réussit sa levée de fonds à l'international, mais peine sur le marché régional

Après quatre années florissantes, où ils ont atteint en moyenne trois milliards de dollars par an, les investissements étrangers au Sénégal (IDE) ont chuté à 37 millions de dollars en 2025, comme le pointe le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). S'agit-il de la fin d'un cycle massif d'investissements, ou d'une frilosité vis-à-vis du gouvernement et de sa politique financière ? L'effondrement des investissements est avant tout conjoncturel : les grands projets pétroliers et gaziers de Sangomar et de Grand Tortue ont entraîné un afflux de financements ces dernières années, mais le gros de ces investissements est terminé. L'heure est maintenant à la production. Le Sénégal aurait pu cependant recevoir beaucoup plus que les 37 millions de dollars comptabilisés en 2025, estime Moubarak Lo, ancien conseiller économique de la primature, aujourd'hui consultant : « Le Sénégal peut, de manière structurelle, maintenir trois à cinq milliards de dollars par an [d'investissements], mais cela suppose une promotion active de l'économie. Or, le pays n'a pas de réseau de promotion des investissements à l'étranger, contrairement à d'autres pays. On fait des roadshows mais ça ne suffit pas. On ne peut pas se limiter à attendre, il faut être proactif, on sait le faire pour l'investissement en portefeuille dans les titres d'État ou les bons du Trésor ou les obligations, mais on ne sait pas le faire pour les investissements directs et c'est cet aggiornamento qu'il faut faire. » Manque de visibilité L'endettement colossal du Sénégal – dette évaluée à 132% du PIB fin 2024 par le FMI – pourrait, sur le papier, agir comme un repoussoir. Mais dans les faits, il n'y a pas de raison qu'elle pèse sur les investisseurs privés, selon l'expert sénégalais. Justin Maria, directeur France d'Access Bank, confirme que la dette n'est pas un argument. Il cite à titre d'exemple la France, qui attire des investisseurs privés malgré sa dette publique de 3 500 milliards d'euros. Pour lui, c'est l'absence de visibilité qui peut inquiéter : « Le Sénégal est devenu un pays à risque. Pas tant sur les fondamentaux à long terme, car personne n'a de boule de cristal ; par contre, à court terme, on n'a pas de vision sur l'état des finances publiques, l'état des liquidités, c'est ce qui bloque les investisseurs. » « On peut redresser la barre l'année prochaine » Moubarak Lo réfute le qualificatif de pays à risque et pense que le Sénégal a les moyens de retrouver très vite son attractivité, même si le Fonds monétaire international, qui a suspendu son programme fin 2024, est toujours en discussion avec Dakar. « Aujourd'hui, le pays a une vingtaine ou une trentaine de projets d'envergure. Il faut prendre chaque projet, aller voir les cinq ou six entreprises clés au niveau mondial et convaincre l'une d'elles d'investir dans le pays. On peut redresser la barre dès cette année, ou plus certainement en 2027, le Sénégal », assure l'économiste. Contrairement au Sénégal, d'autres pays ont vu leurs investissements directs augmenter l'année dernière. La Guinée arrive en tête, avec plus de 7 700 millions de dollars reçus en 2025, selon le rapport de la Cnuced. À lire aussiSénégal: pourquoi les investissements directs étrangers s'effondrent-ils?

En RDC, dès le 1ᵉʳ août 2026, les sociétés minières sont censées céder 10 % de leur capital social aux nationaux, selon les révisions du Code minier de 2018. Cette réforme vise à renforcer l'actionnariat congolais dans le secteur minier considéré comme le plus stratégique, car il contribue à près de 50 % aux recettes de l'État. Le moratoire du ministère des Mines a expiré le 31 juillet. Cependant, cette réforme soulève des interrogations. Avec notre correspondante à Lubumbashi, Désormais, 5 % du capital social des sociétés minières doivent revenir à des personnes physiques congolaises et 5 % aux travailleurs des entreprises. Le Code minier impose que les nationaux détiennent au total 10 % du capital social. Et les sociétés avaient jusqu'à la fin du mois de juillet pour se conformer à la loi. « Cette disposition est l'une des mesures phares de la révision du Code minier de 2018. Le problème, c'est son application. Il faut reconnaître que dans le contexte de corruption généralisée comme on le connaît aujourd'hui, comment appliquer une telle mesure ? », s'interroge Léonide Mupepe, chercheur spécialiste du secteur minier. Parmi les bénéficiaires de cette réforme, il y a des employés des sociétés minières. Cependant, les mécanismes d'application ne sont pas encore connus, s'inquiètent les organisations syndicales. « Notre préoccupation, c'est de savoir comment cela pourra être appliqué et quelles sont les dispositions pratiques qui peuvent être prises en cas de rupture de contrat ? Doit-on distribuer à chaque agent une part sociale qui lui reviendra de droit même s'il quitte l'entreprise ? », questionne de son côté Kapenga Kandolo, le secrétaire général adjoint du syndicat Conscience des travailleurs et paysans du Congo (CTC). À lire aussiRDC: révision du code minier en cours Assurer la transparence de la répartition des parts Le coût des actions suscite aussi des inquiétudes. Jean-Pierre Okenda, un acteur de la société civile basé à Kinshasa, craint que l'ouverture du capital ne profite qu'aux personnes politiquement influentes. « Le capital minimum d'une société minière aujourd'hui représente quand même 40 % du coût du projet », rappelle l'expert. 10 % de cette somme représentent donc un montant particulièrement important. « C'est ce qui, pour moi, logiquement va bloquer. Les parts réservées aux Congolais peuvent être accaparées par l'élite politique ou l'élite proche du pouvoir », alerte-t-il. D'autres acteurs de la société civile exigent de l'État congolais plus de transparence en mettant en place un registre des propriétaires effectifs des sociétés minières et en prévenant ainsi le recours aux sociétés écran. « Si 10 % du capital doivent être détenus par des Congolais, le registre permettra justement de vérifier qui en sont les véritables bénéficiaires, d'éviter les prête-noms et de renforcer la transparence », met en avant Murielle Mwambay, membre de l'ONG La sentinelle des ressources naturelles. Au ministère des Mines, un projet de décret portant sur les mécanismes d'application de l'actionnariat congolais est en cours d'élaboration. À lire aussiRDC: le nouveau code minier bouscule le secteur

Une première phase de financement pour les 800 km de route entre Douala, au Cameroun, et Bangui, en République centrafricaine. Elle vient d'être annoncée par la Banque mondiale et se monte à 425 millions de USD. Le début des travaux sur ce tronçon communément appelé corridor économique Douala-Bangui est fixé pour l'an prochain. 80 % des produits vers la RCA, et 70 % vers le Tchad transitent par cet axe aujourd'hui en mauvais état. De notre correspondant à Yaoundé, L'aménagement du corridor économique Douala-Bangui est censé moderniser et automatiser les opérations de pesage et aussi réduire les délais de transport des marchandises entre les deux pays. « Il y aura un dispositif de présélection installé sur la voie et ce sont les véhicules qui sont soupçonnés d'être en surcharge qui vont se faire peser à la station, et de manière automatique. Les amendes, s'il y en a, vont être enregistrées et le reçu directement imprimé », explique Donnat Takueté, directeur général des études au ministère des Travaux publics. À lire aussiLe patronat camerounais s'inquiète de l'impact de l'état des routes sur les entreprises Il faut aujourd'hui compter de 9 à 12 jours pour parcourir 1400 km entre Douala au Cameroun et Bangui en RCA. Le mauvais état de la route y est pour beaucoup. Les tracasseries administratives aussi en raison notamment des 17 postes de contrôle informels, selon la Banque mondiale. L'institution va donc concentrer les premiers financements sur le Cameroun. « Pour la première phase de financement, le Cameroun va bénéficier d'un montant de 425 millions de dollars, il va aussi bénéficier à la Centrafrique pour un montant de 90 millions de dollars et à la Cemac, via un appui régional pour préparer les phases ultérieures de ce projet », détaille Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division région Afrique de l'Ouest et du Centre de la Banque mondiale. À lire aussiCameroun: polémiques autour du chantier de l'autoroute Yaoundé-Douala Un projet de plusieurs années Côté Cameroun, il est question de reconstruire des routes et d'en réhabiliter d'autres pour fluidifier le trafic entre Douala et la RCA. Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux publics, énumère les tronçons concernés : « Reconstruction de la route Yaoundé-Douala de 215 km, réhabilitation de la section Yaoundé-Bonis-Ayos de 332 km et réhabilitation de la section Bonis-Bertoua, soit un programme de mise à niveau de 800 km de routes, un programme conçu pour croiser les attentes de l'économie ». L'aménagement du corridor économique Douala-Bangui s'étendra sur plusieurs années et devrait créer 2 000 à 4 000 emplois directs et indirects. À lire aussiCameroun: fluidifier le trafic des marchandises reste un casse-tête

Après plus de quinze jours de coupures d'électricité liées au délestage pendant la canicule, les pertes s'accumulent en Tunisie. Restaurants, usines et petits entrepreneurs font face à des dégâts matériels et à des arrêts de production, tandis que le coût économique reste encore difficile à chiffrer. Dans un café de Tunis, Nadia Sassi prend une pause après un rendez-vous à la banque. Cette apicultrice a vu son atelier partir en fumée après des coupures d'électricité à répétition. Elle a perdu l'ensemble de son matériel ainsi que ses stocks de cire d'abeille. « Vous avez l'atelier où je fais le miel et la partie où je fabrique des produits à base de cire, des bougies, etc. Tout est en bois. Avec les coupures qui interviennent 10 à 20 fois par jour, cela a créé une surchauffe sur le circuit électrique. Comme il faisait déjà très chaud, tout a pris feu dans la nuit. J'ai tout perdu », raconte-t-elle. Ancienne vitrine du programme public d'aide aux jeunes entrepreneuses Raidat, Nadia Sassi se retrouve désormais à négocier un report de ses échéances de crédit, faute de pouvoir relancer sa production. « J'ai sept familles qui travaillent avec moi. Je viens à Tunis pour connaître les procédures afin d'obtenir une indemnisation de la STEG, la Société tunisienne de l'électricité et du gaz. Mais l'assurance ne couvre pas tout et, de toute façon, cela va prendre beaucoup de temps. C'est pour cela que j'ai demandé un report du paiement de mon crédit », explique-t-elle. Des pertes dans l'agroalimentaire et l'industrie Nadia Sassi est loin d'être un cas isolé. Selon les organisations professionnelles, près de 13 % de la production nationale de volailles ont été perdus. Certaines boulangeries n'ont pas pu cuire leur pain pendant plusieurs jours. D'après l'UTICA, l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, 70 % des restaurants ont été touchés et entre 400 et 500 tonnes de viande ont dû être détruites faute de respect de la chaîne du froid. Dans le textile, les usines ont enregistré jusqu'à 55 heures d'arrêt en une semaine, avec des dommages sur certains équipements. Les autorités n'ont pas encore publié d'estimation globale des pertes économiques. Pour l'expert en énergie Sami Ben Rejeb, les opérations de délestage auraient toutefois pu être mieux anticipées : « La population tunisienne n'est pas habituée à ce genre de coupures. C'est la première fois que cela arrive, donc même les mécanismes de réaction ne sont pas prêts. » En déficit énergétique, la Tunisie importe du gaz algérien pour alimenter une partie de ses centrales électriques. Elle dépend également des importations d'électricité en provenance de l'Algérie, qui couvrent environ 13 % de ses besoins. Une dépendance qui montre aujourd'hui ses limites, selon Sami Ben Rejeb : « S'il n'y avait pas eu cette canicule, nous aurions pu continuer à importer d'Algérie comme d'habitude ou augmenter un peu la production de nos centrales. Mais avec une baisse de 20 % de notre capacité de production, une demande en forte hausse et l'impossibilité d'importer davantage depuis l'Algérie, les coupures étaient inévitables. » L'Algérie a elle aussi été confrontée à une forte vague de chaleur et à un pic historique de consommation électrique. Une importante panne survenue le 12 juillet a affecté une partie de son réseau, également interconnecté avec celui de la Tunisie. À lire aussi«Je m'adapte vu que ça coupe toutes les deux heures»: en Tunisie, des délestages épuisants en pleine canicule

L'essentiel du thé kenyan se vend en vrac, au gouvernement ou à des multinationales, et finit en sachet. Moins de 5% des feuilles cultivées au Kenya sont exportées comme thé haut de gamme. D'où le projet d'Equity Bank, un groupe financier implanté en Afrique centrale et en Afrique de l'Est, de s'associer à la chaîne française Le Palais des thés pour créer de nouvelles opportunités commerciales. « Le Kenya est le premier exportateur au monde, mais nulle part, vous ne voyez du thé "made in Kenya" », explique François-Xavier Delmas, fondateur du Palais des Thés. Son engagement à commercialiser du thé haut de gamme kényan est donc « un double challenge », explique-t-il, car les fermiers sont habitués à privilégier le volume plutôt que le prix. « Il faut que les gens y croient sur place et il faut ici, en Occident, là où on est présent, faire comprendre aux buveurs de thé qu'au Kenya, on peut trouver des très bons thés », ajoute ce passionné. Le Palais des Thés a jeté son dévolu sur la ferme de Gatanga. Située à 1 700m d'altitude, elle produit un thé haut de gamme depuis plusieurs années et cherchait de nouveaux partenaires à l'exportation. « Nous avons tellement d'espace, et nous avons tout ce qu'il faut pour nous agrandir, explique Cathryn Karanja, une des fondatrices de Gatanga Industries. Nous attendons juste d'avoir plus de commandes pour justifier une expansion. Nous espérons donc que le Palais des thés augmentera ses achats. Notre thé violet a un gros succès car il est très parfumé. C'est le seul thé que nous proposons d'ailleurs au marché français. Avec un peu de chance, nous arriverons à augmenter bientôt les volumes de ce thé particulier. » Un thé acheté 30 fois plus cher Ce thé de qualité a un avantage : celui d'être acheté 30 à 40 fois plus cher que le prix moyen du thé kényan. De quoi changer la vie des producteurs. C'est ce qui a séduit James Mwangui, président d'Equity Bank. « On a décidé de s'intéresser au thé du Kenya, car c'est une des plus importantes cultures de rente du pays qui concerne 600 000 producteurs, dont la plupart sont des clients de notre banque », explique James Mwangui, lui-même élevé par une mère cultivatrice de thé. « On s'est dit que pour leur rendre la pareille, il fallait les aider à connecter leur thé au marché international et à faire passer ce thé de simple produit d'exportation à un art de vivre, afin qu'il fasse partie des thés haut de gamme du monde entier », ajoute le président d'Equity Bank. Produire du thé haut de gamme, sous forme de feuilles, entières, récoltées à la main, requiert un savoir-faire particulier : flétrissage, roulage, oxydation, séchage... « Chaque étape doit être surveillée comme le lait sur le feu », précise François-Xavier Delmas. C'est aussi un investissement qui n'est pas à la portée de tous. Il a fallu dix ans à la ferme de Gatanga pour construire son usine et obtenir tous les documents nécessaires à l'activité d'exportateur privé. James Mwangui rêve que l'incitation financière « soit assez forte pour convaincre les fermiers de se concentrer sur la qualité, qu'ils cultivent du simple thé noir ou du thé de qualité supérieure ». Cette initiative pourrait aussi aider à transformer la production de café, de noix de macadamia, ou d'autres produits agricoles pour qu'ils passent de statut de produits de base à celui de matières premières « haut de gamme », espère encore le banquier. À lire aussiC'est pas du vent : Thé, du champ à la tasse

La Cédéao a apporté son soutien au gazoduc Nigeria-Maroc, un projet long de 7 000 kilomètres lancé il y a près de dix ans. Destiné à alimenter 13 pays d'Afrique de l'Ouest en gaz avant d'approvisionner le Maroc et l'Europe, il doit entrer en service à partir de 2031. Reste un défi majeur : réunir les 25 milliards de dollars nécessaires à sa construction. L'une des principales ambitions du gazoduc est de renforcer l'accès à l'énergie en Afrique de l'Ouest. La moitié des volumes transportés, soit environ 15 milliards de m3 de gaz par an, sera destinée aux 13 pays situés sur le tracé. L'autre moitié alimentera le Maroc, avant d'être exportée vers le marché européen. Pour Amina Benkhadra, directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc, cette double vocation est au cœur du projet. « Il longera 13 pays sur la côte africaine, depuis le Nigeria jusqu'au Maroc et sera connecté à l'Europe, à l'Espagne à travers le gazoduc Maghreb-Europe, qui est déjà en production aujourd'hui », explique-t-elle. Une infrastructure pensée d'abord pour les besoins africains Au-delà de l'exportation, les promoteurs présentent le gazoduc comme un levier de développement pour les économies de la région. L'objectif est d'offrir une énergie plus stable aux ménages mais aussi aux secteurs industriels, notamment les activités minières, particulièrement consommatrices d'électricité. Pour Amina Benkhadra, cette disponibilité énergétique est un préalable à la croissance : « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores. Parlons par exemple des industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz. Et donc, c'est d'abord une énergie qui va être mise à leur disposition pour assurer le développement et la croissance dans leur pays. » Le soutien affiché par les 13 États concernés s'explique aussi par leurs intérêts économiques. Les futurs producteurs de gaz, comme le Sénégal ou la Mauritanie, pourraient utiliser cette infrastructure pour exporter une partie de leur production. Pour Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS à Paris et chercheur associé au Policy Center for the New South à Rabat, l'accord politique de la Cédéao constitue une étape importante, sans pour autant garantir le succès du projet : « Quand l'idée de ce projet a été lancée par le Maroc et le Nigeria, qui sont les deux promoteurs principaux en 2016, ça pouvait apparaître comme un très beau rêve. La décision importante de la Cédéao ne veut pas dire que c'est gagné. Mais le projet a quand même avancé. Chacun des pays sur ce tracé a intérêt à ce que ce projet marche. C'est une base, ça permet d'avancer. Ce n'est pas une garantie absolue de succès, bien sûr. » Le défi du financement Le principal obstacle reste désormais financier. Construire près de 7 000 kilomètres de gazoduc représente un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Selon Francis Perrin, le financement devrait associer des institutions internationales, des banques de développement, des agences de crédit à l'exportation et des investisseurs privés. La viabilité économique du projet dépendra avant tout de l'existence d'un marché capable d'absorber le gaz transporté. « Il pourrait y avoir des institutions financières internationales type Banque mondiale qui a déjà commencé à être contacté par le Maroc et le Nigeria, des banques de développement. On peut penser évidemment à la Banque africaine de développement et aux banques européennes. Il y aura aussi des agences de crédit à l'exportation. Des contacts ont commencé avec la US Export Import Bank et évidemment, dernier point, des financeurs privés, c'est vraiment ce couple "marché-financement" qui fonctionne. Il n'y a pas de financement sans marché, et il n'y a pas de marché sans financement. » À ses débuts, le projet avait même suscité l'intérêt du géant russe Gazprom, avant que la guerre en Ukraine ne rebatte les cartes géopolitiques. Les opérateurs nigérians et marocains visent désormais un lancement des travaux d'ici deux ans et les premières livraisons de gaz à partir de 2031. À lire aussiProjet de gazoduc Nigeria-Maroc: «L'accord de la Cédéao marque une étape majeure»

À Madagascar, une enquête de journalistes d'investigation révèle que les revenus des crédits carbone atteignent difficilement les communautés locales censées protéger les forêts. Malgré un premier versement d'environ 9 millions de dollars de la Banque mondiale en 2023, les lourdeurs administratives ralentissent les projets et les transferts de fonds. Transformer la protection des forêts en revenus : c'est l'objectif du mécanisme REDD+, pour « Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts ». À Madagascar, il s'applique à 14 aires protégées appartenant à l'État et gérées par des organisations privées. Lynda Andriatsitonta est journaliste d'investigation au sein du réseau Malina : « Sur le plan de partage des bénéfices du programme, 5% des revenus issus des crédits carbone sont alloués aux communautés locales, en récompense de leurs efforts de protection des forêts. Nous avons constaté que malgré le versement d'une première tranche du financement de la Banque mondiale, de nombreuses communautés locales n'ont toujours pas reçu les bénéfices qui leur sont destinés. Certaines ignoraient même l'existence de ces récompenses. » Des communautés locales tenues à l'écart des retombées La moitié des revenus revient aux gestionnaires d'aires protégées, chargés de les réinvestir dans des projets de reboisement, des activités génératrices de revenus ou de nouveaux services de base, en concertation avec les communautés locales, lesquelles doivent formuler leurs besoins par écrit. « Mais sur le terrain, la consultation semble rester lettre morte », affirment les journalistes de Malina, en pointant « des mécanismes de décision opaques ». Lovakanto Ravelomanana, coordinatrice du système REDD+ au sein du ministère de l'Environnement, avance une explication : « Le souci, c'est l'ampleur géographique. Deux millions d'hectares d'aires protégées sont concernés par ce programme. Au niveau des forêts très denses, des zones ne peuvent être accessibles qu'à moto sur des pistes très mauvaises, d'autres accessibles uniquement à pied. Chaque gestionnaire d'aire protégée doit s'adapter pour voir comment toucher le maximum de communautés locales. » Blocages et lenteurs administratives À cet enclavement s'ajoutent des freins administratifs selon Lovakanto Ravelomanana. Les communes, censées percevoir 13% de l'enveloppe, se plaignent de ne pas toutes avoir reçu l'argent deux ans et demi après le premier décaissement : « La machine administrative est très lourde. Dès qu'il y a des erreurs, on revient toujours à la case départ. Un même dossier peut rester pendant des mois au même endroit, au sein d'un même ministère. C'est vrai qu'on tâtonne, tout le monde apprend sur le tas, mais malheureusement la conséquence, ce sont tous ces retards qui s'accumulent. » L'accord signé entre la Banque mondiale et Madagascar prévoit le versement de deux autres tranches de crédits carbone, représentant ensemble 42 millions de dollars supplémentaires environ. À deux conditions toutefois : la réduction effective des émissions de gaz à effet de serre grâce à la protection des forêts. Et la mise en œuvre du plan de partage des revenus. À lire aussiMadagascar: à Antananarivo, les travailleurs informels très exposés aux pics de pollution

Lobito, Tazara ou encore Beira et Nacala : les corridors ferroviaires se sont multipliés ces dernières années en Afrique australe. Leur objectif principal : permettre l'exportation et l'évacuation des minerais d'Afrique centrale. Ils sont cependant vantés pour leur capacité à apporter du développement dans les régions qu'ils traversent. Pourtant, ce n'est pas si simple : une étude de l'IFRI pointe des problématiques de gestion, des trajets concurrentiels ou encore des difficultés d'intégration. Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri), évoque l'« économie politique complexe » des corridors ferroviaires africains. Ces voies ferrées traversent différents pays et administrations, qui peinent parfois à se coordonner. « Dans la plupart des cas, ces organisations de gestion des corridors sont soit créées très tardivement, soit pas vraiment staffées. Elles ont vraiment des tout petits moyens, et dans certains cas même, elles n'existent pas. Il y a des corridors qui n'ont toujours pas d'organisme de gestion mutuelle », détaille-t-il. Exemple du pont de Kazungula, qui permet le passage du Botswana à la Zambie : c'est l'un des tronçons importants du corridor entre Durban et Lubumbashi. Il a été inauguré en 2021. Les présidents ont créé l'autorité commune de gestion du pont cette année. Ces corridors reçoivent des soutiens financiers de pays en concurrence sur les marchés internationaux des minerais critiques. Et si la multiplication de ces voies de connexion devait être positive pour le commerce africain, l'équation n'est pas si simple, selon l'auteur de l'étude : « Le raisonnement, c'était de dire que le port de Durban était saturé. Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que tous les corridors n'ont pas le même prix. Le coût de transport n'est pas le même. Ce seront les corridors les moins chers qui deviendront les plus rentables et qui capteront évidemment l'essentiel du fret. Ce qui veut dire que pour les autres corridors, ce sera une perte financière et qu'ils deviendront beaucoup moins rentables. » Les politiques vantent l'apport économique, notamment pour les régions agricoles, qu'apporteraient ces voies ferroviaires. C'est ce qui a encore été mis en avant récemment dans le cas du corridor de Lobito. Cependant, au Mozambique, les corridors de Beira et Nacala n'ont pas permis l'explosion agro-industrielle tant vantée. Natacha Ribeiro, professeur à l'université Eduardo Mondlane de Maputo, explique : « Il n'y a aucun investissement de la part du gouvernement pour passer d'un niveau de production de subsistance à des niveaux plus commerciaux. Il y a eu des projets par le passé comme le projet d'irrigation de la Banque mondiale.» « Mais cela a été mis en place sans tenir compte des chaînes de valeur. Les communautés ont produit des denrées, mais comme il n'y avait pas de lien avec le marché, il y a eu un goulot d'étranglement. Je dirais donc que nous pourrions faire mieux », poursuit la chercheuse spécialiste des questions agricoles et des communautés rurales. Ces corridors permettent de gagner en prévisibilité et en temps de transport pour les marchandises. Un travail est cependant encore nécessaire pour assurer l'intégration des économies traversées par le rail. À lire aussiUn pont sur le Zambèze désenclave l'Afrique australe

Au Sénégal, l'entreprise agricole Swami Agri, filiale du groupe indien Senegindia, lance un emprunt obligataire vert de 30 milliards de francs CFA (FCFA) pour financer des chambres froides solaires et une centrale photovoltaïque. La nouveauté : c'est le premier Agri Green Bond émis sur le marché financier régional de l'Uemoa, un marché encore jeune et dominé par la dette publique. Signe que les acteurs privés commencent, eux aussi, à s'en emparer pour financer transition énergétique et autosuffisance alimentaire. De notre correspondante à Dakar, Les obligations vertes, green bonds, servent à financer des projets de développement durable et dans ce cas, il s'agit d'un Agri Green Bond : le groupe agro-industriel indo-sénégalais Swami Agri lève 30 milliards de FCFA pour acquérir cinq chambres froides solaires et une centrale photovoltaïque. Des investissements clés pour le secteur. « Lorsqu'on parle de souveraineté alimentaire, de sécurité alimentaire, le vrai problème qu'on a dans nos régions, c'est l'acheminement des récoltes pour aller faire la transformation, mais aussi le stockage. Et c'est ça qui va permettre de réduire ces flambées de prix, cette inflation », estime Ababacar Diaw, le directeur général d'Impaxis Securities, la banque d'affaires sénégalaise qui arrange l'opération. Swami Agri produit à lui seul 80 % des pommes de terre et 9 % des oignons consommés dans le pays, sur près de 3 700 hectares exploités. L'objectif est de limiter les pertes grâce à ces nouvelles infrastructures, avec un effet direct attendu sur les prix pour les consommateurs. « Ça va permettre de réduire d'au moins 50 % les pertes postrécolte et de réduire à hauteur de 20 à 30 % les émissions de CO2. C'est un investissement qui vient aussi modifier structurellement la chaîne de valeur agricole », se réjouit le directeur général. À lire aussiLe Maroc en route vers l'agroécologie « Le marché [financier] apparaît comme une alternative » Impaxis Securities avait déjà lancé des obligations vertes, avec l'émission de la Banque d'investissement et de développement de la Cédéao (BIDC) en 2024, pour un montant de 400 millions de dollars. Le potentiel est là pour d'autres entreprises agricoles de la région, et pour une diversification des produits financiers disponibles, assure Abdou Diaw, journaliste économique et enseignant au Cesti. « L'une des difficultés majeures évoquées par les acteurs du secteur de l'entrepreneuriat, ce sont les garanties que les banques exigent d'eux. L'accès est très difficile, les taux d'intérêt [très élevés]. Je pense que les marchés [financiers] apparaissent comme une alternative pour pouvoir faire face à ces difficultés liées à l'accès au financement. Ce n'est plus réservé vraiment aux États ou bien aux institutions financières », détaille-t-il. Reste la question du cadre légal qui encadre ces émissions. « Je pense qu'il y a beaucoup d'efforts à faire au plan de la réglementation, au plan de la sensibilisation, de la communication aussi envers les acteurs pour pouvoir comprendre comment fonctionnent ces instruments », poursuit Abdou Diaw. La période de souscription est ouverte du 30 juillet au 5 août. Sur le plan technique, l'opération fonctionne comme une obligation classique, avec un coupon assorti d'un taux d'intérêt. Les investisseurs attendus sont majoritairement régionaux : assureurs, caisses de retraite, institutionnels, entreprises à forte trésorerie, mais aussi particuliers. À lire aussiEn Afrique de l'Ouest, les institutions financières se mobilisent pour développer l'immobilier

Dans le sud-est du Kenya, la culture du sisal séduit de plus en plus de petits agriculteurs. Résistante à la sécheresse, cette fibre naturelle offre une alternative économique, malgré des contraintes d'investissement et de temps. De notre correspondante de retour de Taita-Taveta, Dans la région de Taita-Taveta, les champs de sisal s'étalent à perte de vue. La grande majorité appartient à de grandes exploitations. Mais de petits agriculteurs s'y mettent aussi. Rachel Kilonzo a planté ses premiers pieds il y a 8 ans. Elle récolte deux fois par an : « Je pense que vous pouvez voir le sourire sur mon visage, parce que je me dis que la récolte approche. Et je sais que quand je récolterai, j'aurai de l'argent en poche. » Une réponse aux sécheresses récurrentes Cette région, près de la côte est du Kenya, subit des sécheresses de plus en plus fréquentes qui affectent les cultures traditionnelles de maïs et de légumineuses. Le sisal est perçu comme une alternative. « Le sisal résiste même en cas de sécheresse. Le mien a huit ans. Je ne l'ai jamais arrosé et il n'a jamais séché, témoigne Rachel Kilonzo. Je ne l'ai jamais traité non plus. C'est donc très économique. Il y a même eu une période où il n'a pas plu pendant presque un an. Mais dès que les premières pluies sont arrivées, mon sisal s'est très bien porté. » Rachel vend ses récoltes à une plus grande exploitation voisine. Le Kenya exporte environ 95 % de sa production de sisal. La fibre naturelle connaît un regain d'intérêt à l'échelle mondiale, explique Paul Opee, directeur adjoint des conseils de service technique au sein de l'organisme public en charge de la régulation des cultures à fibres au Kenya : « Le premier producteur de sisal au monde est le Brésil, suivi, de loin, par la Tanzanie, puis par le Kenya. Mais la demande mondiale est bien supérieure à l'offre, donc le secteur a encore un fort potentiel de croissance. » À lire aussiAu Kenya, du miel et de l'agroforesterie pour préserver l'environnement Un potentiel freiné par les contraintes d'investissement L'organisme soutient les petits agriculteurs pour adopter la culture du sisal, tout comme la Taita Taveta Wildlife Association. En plus d'être résiliente, la plante permet de lutter contre l'érosion des sols. Mais l'agriculture à petite échelle représente encore moins de 5 % de la production kényane. « Pour cultiver du sisal, il faut commencer par faire pousser pendant environ 2 ans un jeune plant dans une pépinière, explique Paul Opee. Une fois mis en terre, il faut encore attendre 3 ans avant la première récolte. Ensuite, la récolte est possible pendant une dizaine d'années, avec un pic de production autour de la sixième année. Dans les zones arides et semi-arides, les populations sont relativement pauvres, leur demander de se lancer dans la culture du sisal alors qu'elles devront attendre cinq ans avant d'en tirer des revenus est quasiment impossible. » À cela s'ajoute le coût des outils nécessaires pour extraire les fibres des feuilles de sisal. Si le Kenya exporte ensuite principalement cette fibre, elle peut aussi être transformée en produits à plus forte valeur ajoutée, comme des paniers, un savoir-faire traditionnel dans la région. À lire aussiLe sisal, une fibre dure entrée dans le 21e siècle

Le sud-est du Kenya, la région de Taita-Taveta, abrite éléphants, zèbres, girafes… Une faune sauvage très prisée des touristes, dont la protection nécessite d'importants efforts de conservation. Répartis entre une trentaine de ranchs et de réserves, ces espaces sont fédérés par la Taita Taveta Wildlife Conservancies Association. Soutenue notamment par le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw), l'organisation tente de concilier protection de la nature et développement des communautés locales, en les accompagnant vers des activités à la fois génératrices de revenus et respectueuses de l'environnement. De notre envoyée spéciale à Taita-Taveta, Dans les collines de Taita-Taveta au Kenya, les jeunes plants de macadamia de Josphat Ikamba commencent à pousser. « Ils devraient donner des noix l'année prochaine ! Avant, on plantait surtout du maïs, qu'on ne peut récolter qu'une fois. Alors que les macadamias peuvent produire pendant 10 à 20 ans, voire davantage », explique-t-il. Ici, beaucoup d'habitants vivent d'agriculture ou d'élevage à petite échelle. Mais Josphat déplore les conséquences du dérèglement climatique. « Avant la sécheresse, cette région était très fertile, témoigne-t-il. Maintenant, il arrive que l'on sème du maïs et qu'on ne récolte rien, car il n'y a pas assez de pluies. » Pour les soutenir, la Taita Taveta Wildlife Association leur a fourni plusieurs centaines de jeunes plants. L'agroforesterie est aussi perçue comme un moyen de préserver l'écosystème, dégradé au fil des années, explique Noel Kasololo, gestionnaire de programmes : « La population augmente, il y a donc de plus en plus d'activités qui ne sont pas compatibles avec la protection de l'environnement. Les gens construisent des maisons, d'autres se tournent vers l'exploitation minière. Nous faisons face à du surpâturage ou encore à de l'abattage d'arbres pour produire du charbon. Toutes ces activités contribuent à la dégradation des terres de pâturage. » À lire aussiKenya: dans le Tsavo, les rangers au cœur de l'équilibre entre vie sauvage et communautés [1/2] 60 à 80 dollars par récolte de miel Des terres cruciales pour préserver l'élevage mais aussi tous les animaux sauvages, qui dépendent de ces ressources naturelles. L'organisation encourage donc le développement d'activités compatibles avec la protection de l'environnement. Et qui permettent aux communautés de tirer des bénéfices de la conservation. « Si vous créez une autre source de revenus, vous permettez de réduire la pression exercée sur l'usage des ressources naturelles, assure Noel Kasololo. Les communautés développent ces activités économiques au lieu de se tourner vers des activités illégales qui détruisent l'environnement, essentiel à la conservation de la faune sauvage. » L'agroforesterie est encouragée donc, mais aussi l'apiculture favorable à la pollinisation. Dans une autre localité, ce sont des ruches qui ont été installées près des cultures. Et malgré les quelques piqûres, Johana Kimwaga ne reviendrait pas en arrière. « Nous avons commencé il y a trois ans et aujourd'hui, cela fonctionne bien. C'est facile à entretenir : les abeilles trouvent elles-mêmes leur nourriture. Ce n'est pas comme une vache, pour laquelle il faut sans cesse couper de l'herbe. On peut récolter environ 8 à 10 kilos de miel par ruche, à chaque fois, ce qui rapporte environ 60 ou 80 dollars. Multiplié par trois récoltes par an, cela peut générer beaucoup d'argent ! », se réjouit le nouvel apiculteur. Le groupe a près de trente ruches et vend la totalité de son miel localement. Il espère déjà pouvoir agrandir sa production. À lire aussiDans le sud-est du Kenya, la Team Lioness défie les normes de genre [2/2]

Le Gabon dispose désormais de son tout premier centre de données (data center). Inauguré par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, ce centre de données est un investissement privé du groupe panafricain ST Digital. Déjà présent dans huit pays africains, le groupe exploite également des centres de données en Côte d'Ivoire et au Cameroun. De notre correspondant à Libreville, Situé dans la zone économique spéciale de Nkok, près de Libreville, le nouveau centre de données bénéficie d'un emplacement stratégique grâce à une ligne d'alimentation électrique dédiée, destinée à limiter l'impact des coupures de courant régulières dans le pays. Un site hautement sécurisé Dans ce bâtiment flambant neuf de 3 000m², plusieurs ouvriers apportent les dernières finitions à un chantier réalisé en seulement onze mois. Pour Jean-François Ahanda, directeur technique, la sécurité des installations et des données est la priorité absolue : « On a des contrôles d'accès biométriques qui permettent de sécuriser l'ensemble des portes d'accès à ce centre de données. Si vous devez héberger des clients bancaires, vous devez avoir la sécurité. C'est pour ça que vous avez toutes ces mesures très strictes qui vous permettent de vraiment garantir l'inviolabilité du site. » Le responsable met également en avant le niveau technologique des équipements installés : « Nous sommes dans le sas de la première zone d'hébergement. Vous avez deux zones d'hébergement A et B. Vous pouvez voir. On a vraiment pas lésiné sur l'effort en matière de technologie. » Miser sur une alimentation électrique continue L'autre enjeu majeur du projet est d'assurer une disponibilité permanente de l'énergie. Le centre de données n'utilisera pas d'eau pour refroidir ses équipements et dispose de plusieurs systèmes de secours. « En cas de rupture du fournisseur d'énergie, les groupes électrogènes vont démarrer pour continuer à alimenter les équipements, ce qui se fait sans coupures puisqu'on a des onduleurs et des batteries. Nous avons également fait l'effort avec une alimentation en énergie solaire, puisque nous avons plus de 600 panneaux sur le toit qui permettent de venir en complément de l'alimentation principale que nous avons », reprend Jean-François Ahanda. Les promoteurs restent discrets sur le montant de cet investissement, financé par un fonds d'investissement africain. L'objectif est désormais de séduire une clientèle locale, régionale et internationale, explique Laïka Mba, directrice générale du centre de données : « On parle aux administrations, on parle aux grandes entreprises, aux PME, mais on parle aussi aux particuliers. On s'adresse à la sous-région, à la zone CEMAC, on s'adresse à tout acteur africain, les grands acteurs internationaux, comme une société américaine qui peut avoir besoin d'avoir un site de réplication ou alors d'hébergement de ces données en Afrique. Et le Gabon peut aujourd'hui se positionner dans ce sens. » Si ce centre est le premier du pays, il ne devrait pas rester unique. Il y a un an, le gouvernement gabonais a signé un accord avec le groupe américain Cybastion pour construire un second centre de données dans la capitale. À lire aussiRDC: après Kinshasa, Lubumbashi se dote d'un «data center», le super calculateur Lofoy

L'Agence internationale de l'énergie pointe dans son rapport annuel, publié en fin de semaine dernière, les tensions sur la disponibilité des minéraux critiques et une hausse importante des prix de certains d'entre eux. Le continent africain est évidemment un acteur central dans cette compétition mondiale et tente de tirer son épingle du jeu par différents moyens. Il y a d'abord le levier de l'offre et les répercussions sur les prix. L'année 2025 a été marquée par une hausse des cours d'un grand nombre de ces métaux critiques. « Les prix des métaux de base tels que l'aluminium, le cuivre et l'étain ont augmenté d'un tiers entre janvier 2025 et avril 2026, avec des cours du cuivre qui ont atteint des sommets. Les prix des matériaux destinés aux batteries se sont également redressés après une baisse en 2023 et 2024 », détaille Tim Gould, l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie. Le conflit au Moyen-Orient est en cause, mais pas seulement : « Les prix du lithium ont plus que doublé, tandis que ceux du cobalt ont augmenté d'environ 130%, en grande partie en raison des restrictions à l'exportation imposées par la République démocratique du Congo. » Après avoir suspendu les exportations de cobalt, la RDC a remplacé l'interdiction par un système de quotas. Kinshasa n'est pas le seul producteur africain à jouer sur ce levier. Tim Gould lors d'une présentation du rapport : « Ce que vous voyez actuellement à l'écran, c'est une forte augmentation du nombre de restrictions commerciales. Désormais, il ne s'agit plus seulement de la Chine. D'autres pays ont également mis en place de nouvelles restrictions, notamment le quota d'exportation de cobalt imposé par la RDC, que j'ai déjà mentionné, ainsi que les restrictions commerciales imposées par le Zimbabwe sur le lithium, par le Mozambique sur le graphite. » Madagascar mise sur son graphite Si l'AIE note une baisse des dépenses dans l'exploration minière, certains pays profitent néanmoins de l'engouement pour certains minerais. Au début de l'année, Madagascar a levé son moratoire sur les permis miniers, rouvrant la porte aux investisseurs. Une aubaine, notamment dans le domaine du graphite dominé actuellement par la Chine. « Les pays occidentaux, on va dire, que ce soit des Européens ou des Canadiens, ou des Américains ou des Australiens, sont à la recherche de ressources en graphite. Et il se trouve qu'il y en a à Madagascar. Ce qui permettrait in fine d'acquérir une certaine indépendance vis-à-vis de la Chine », remet en contexte Jean-Jacques Young, consultant minier et fin connaisseur de l'île. Et Madagascar, qui dispose de l'une des trois plus grosses réserves mondiales de graphite, a sa partition à jouer. « Madagascar a une position très privilégiée dans le secteur du graphite, parce que les réserves sont importantes. Elles sont réparties sur plusieurs territoires dans le pays. Donc oui, effectivement, il y a un certain nombre d'investisseurs qui développent aujourd'hui des projets de mine de graphite. C'est tout à fait exact », confirme l'expert. Les États du continent restent cependant largement tributaires d'investissements extérieurs, du manque d'infrastructure énergétiques. Dans un moyen terme beaucoup misent sur la transformation locale pour améliorer encore plus le profit tiré de leur sous-sol. À lire aussiRDC: l'entreprise minière Kamoto Copper company, filiale du groupe Glencore, placée sous scellé

Indispensables à des pans entiers de l'économie mondiale, les cours des minéraux critiques ont bondi en 2025 et en cette première moitié de l'année, met en avant dans son rapport publié ce jeudi l'Agence internationale de l'énergie. Les prix du lithium ont doublé, les prix ont augmenté de +130 % pour le cobalt. Pourtant, le continent africain, qui possède près d'un tiers des réserves mondiales, profite peu de cette manne financière. Pour plus de revenus, les autorités africaines souhaitent plus de transformation locale. De notre correspondant à Abidjan, Le lithium, le cobalt, le cuivre ou encore le graphite sont devenus les matières premières les plus convoitées de la transition énergétique. Le continent africain concentre près de 30% des réserves mondiales de minéraux critiques, pour une valeur estimée à environ 29 500 milliards de dollars. Pourtant, la majeure partie de ces minerais quitte encore l'Afrique sans être transformée. Ce qui représente un manque à gagner pour le continent, explique le docteur Albert Kouadio, spécialiste des mines extractives : « Lorsqu'un pays donne des permis de recherche à des entreprises étrangères à l'extraction, au mieux, il a un retour de 10%. Le cœur des industries, ce sont les minéraux. Si l'Afrique veut être développée, on doit chercher des stratégies pour préserver notre sous-sol. » L'enjeu dépasse le simple raffinage. L'ambition est de fabriquer sur le continent des composants, voire des produits finis. Une manière de créer davantage d'emplois, de développer une industrie locale et de capter une plus grande part de la richesse générée par ces ressources. « Il ne faut pas s'arrêter aux premières transformations. Ce n'est pas qu'une question de raffinage et de process. Il faut aussi aller en aval des chaînes de valeur. Ça veut dire transformer soi-même, capter les primes d'aval. Cela veut dire les primes de marque, les primes de distribution », estime Othman El Ferdaous, l'ambassadeur du Maroc en Côte d'Ivoire. Énergie et coopération Mais cette ambition ne pourra se concrétiser sans une énergie abondante, fiable et à un coût compétitif. Car raffiner les minerais, fabriquer des composants ou assembler des batteries sont des activités très gourmandes en électricité. Pour le diplomate marocain, l'un des préalables à cette industrialisation passe par le renforcement des infrastructures énergétiques à l'échelle du continent. « Il y a un projet continental, le gazoduc africain atlantique qui réunira le Nigeria au Maroc puis vers l'Europe. C'est très important parce qu'il va desservir plus d'une dizaine de pays, souligne encore le diplomate. Et tous ces pays côtiers vont pouvoir avoir du gaz africain pour transformer avec des centrales de cycle combiné et produire de l'électricité industrielle compétitive. » La Côte d'Ivoire, qui a récemment accueilli un forum sur le sujet, entend se positionner sur cette nouvelle chaîne de valeur. Moins en vue sur la question, le pays dispose cependant lui aussi des minéraux critiques dans son sous-sol, principalement dans sa moitié ouest. Mais pour transformer ces ressources et bâtir une véritable industrie africaine, aucun pays ne pourra agir seul, estime le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie. « Pour un minerai critique donné, il y a tel nombre de pays qui pourraient se mettre ensemble pour l'exploitation et il y a d'autres pays qui pourraient venir pour la transformation du semi-fini avant qu'on aborde le marché international », argumente Mamadou Sangafowa Coulibaly. Pour y parvenir, encore faut-il mobiliser les financements. Le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, assure que l'institution accompagnera le développement de chaînes de valeur régionales. À lire aussiEn Zambie, à qui profite la richesse minière?

En Zambie, dans la province de la Copperbelt, se trouvent d'immenses réserves de cuivre et d'autres minerais de la transition, essentiels pour la fabrication des batteries électriques. Une région stratégique pour toutes les grandes puissances mondiales qui souhaitent s'accaparer ces minerais et pour la Zambie qui espère tirer profit de ces ressources pour sortir de son endettement évalué à environ 30 milliards de dollars en 2024. Le président sortant, Hakainde Hichilema, candidat à sa propre succession, a ainsi fait une promesse de campagne : tripler la production de cuivre pour renflouer les caisses d'un État déclaré en faillite en 2021. Mais sur place, le constat est amer. De notre envoyé spécial à Chingola, Pour répondre à la question que vous rapportent les mines de cuivre ? Eugene Mulanga de la fondation Caritas nous emmène au bord de la rivière Kafue : « C'est ici à Chingola que la pollution des mines est la plus importante, dénonce-t-il. Pollution de la rivière et de ses rives mais également pollution du sol. C'est pour ça que la plupart des agriculteurs sont affectés, ainsi que la faune et la vie aquatique. Je crois que c'est le pire endroit de Zambie tant la pollution est répandue. » Depuis des années, des entreprises minières rejettent illégalement leurs résidus dans la rivière. Et le bilan est désastreux. Tout est contaminé aux métaux lourds. La rivière et les poissons bien sûr, mais également les sols, l'air et même l'eau du robinet. Une catastrophe écologique, sanitaire et économique qui fait enrager Felix Chipoya, directeur de l'Alliance territoriale, une ONG locale. « Quand les sols sont contaminés, cela signifie que les agriculteurs doivent utiliser davantage d'engrais. Or ces engrais sont de plus en plus chers et les petits producteurs ne peuvent pas les acheter. Tout ça pourquoi ? Parce que les sols sont pollués. Donc, les agriculteurs s'enfoncent dans la pauvreté. Ce n'est pas ça le développement », s'irrite-t-il. À lire aussiEn Afrique, la course aux minerais stratégiques bat son plein sur la «ceinture de cuivre» Pour une « situation gagnant-gagnant » C'est tout le paradoxe de la Copperbelt. Une région extrêmement riche dont la population reste très pauvre. Car ces immenses réserves de cuivre, exploitées par des multinationales étrangères, n'ont pas permis son développement. « Le premier objectif des investisseurs, c'est de faire des profits. Mais, de la même façon qu'ils font des profits, nous aussi, les Zambiens, nous devons en tirer des bénéfices », insiste Felix Chipoya. En 2022, près de 65 % de la population zambienne vivait avec moins de 2 dollars par jour. Pour redresser la situation, l'actuel président Hakainde Hichilema, candidat à sa propre succession lors de la prochaine élection présidentielle d'août 2026, souhaite tripler la production de cuivre du pays. Encore faut-il que cette future manne financière profite réellement au pays. « Nous pensons qu'il est tout à fait possible d'arriver à une situation gagnant-gagnant, plaide Eugene Mulanga. D'autant plus que le cuivre, le cobalt et tous ces minerais sont très recherchés dans le monde. Nous aimerions que le gouvernement adopte une autre approche, en taxant davantage l'industrie minière ». Pour les habitants de la Copperbelt, il est temps que les mines de cuivre leur apportent autre chose que la pollution. À écouter dans Grand reportageZambie : dans la Copperbelt, des minerais et des larmes

Et si la lutte contre l'insécurité alimentaire en Afrique passait par la culture et la consommation d'algues ? C'est une ressource abondante, facile à cultiver, peu consommatrice d'énergie, riche en protéines et en fibres et pourtant largement sous-exploitée. Certains pays du continent font tout de même office de précurseurs. À lire aussiMadagascar: à la recherche d'une souche 100% malgache pour booster la culture de l'algue

Le Gabon souhaite tirer bénéfice d'un regain d'intérêt international pour l'iboga, dans le cadre de la lutte contre la dépendance aux opiacés, en particulier aux États-Unis. Les autorités ont récemment renforcé le cadre légal de l'exploitation de cet arbuste endémique symbolique du pays, car associé aux rites traditionnels. Ses promoteurs espèrent la formation d'une véritable filière pour contrer le marché noir. De notre envoyé spécial de retour de Libreville, Ulysse Bekale est aménagiste au village Grand Bolokoboué, près du Cap Esterias, un projet de développement agricole de l'ONG gabonaise Initiative-développement-recherche-conseil (IDRC Africa) qui inclut l'iboga en plus du maraîchage et d'un élevage avicole. « C'est notre patrimoine, nous devons le protéger », plaide-t-il. Mais il déplore l'exploitation de l'iboga par des étrangers sans réel profit pour le Gabon. « Pourquoi on ne le transforme pas chez nous ? Nous pouvons dupliquer et faire de ça un médicament national », suggère-t-il. Lui-même a le projet d'étendre les plantations d'iboga sur cinq hectares. La transformation, Yoan Mboussou l'a déjà entamée. « Gélules d'écorce râpée, on fait des chocolats à base d'iboga, on fait des liqueurs à base d'iboga et tout ça, ça s'appelle le Mayay », détaille le médecin qui tente de développer les produits dérivés de l'iboga qu'il conçoit dans son laboratoire. Il loue le potentiel économique des plantes traditionnelles du Gabon. « C'est en faisant d'abord la promotion des méthodes thérapeutiques, en créant des centres justement où les personnes pourront venir expérimenter la prise d'iboga dans un cadre sécurisé. Il faut que le Gabon arrive à unifier autour de lui la recherche médicale autour de l'iboga. Il faudrait que nous puissions disposer d'un plateau technique compétent, qui nous permet d'extraire les principes actifs de nos différentes plantes médicinales afin de s'arrimer aux normes internationales de qualité et de sécurité », détaille-t-il. À lire aussiGabon : le bois d'iboga, convoité par tous les laboratoires du monde Politique de recherche et développement Fin mai, le gouvernement a pris un décret encadrant l'accès, l'utilisation, l'exploitation, la recherche, la transformation et la commercialisation de l'iboga, de ses dérivés et des savoirs traditionnels associés. Yoan Mboussou s'en félicite, il attend désormais davantage. « Maintenant, le deuxième point, c'est d'accompagner les acteurs qui ont déjà commencé à s'intéresser à cette plante, c'est-à-dire les agriculteurs, les transformateurs, et de mettre en place toute une politique de marketing et de diplomatie culturelle autour de la plante de l'iboga », espère-t-il. Aux États-Unis, l'administration Trump pousse pour accélérer les recherches sur les effets de l'iboga dans la prise en charge des dépendances aux opiacés et des syndromes post-traumatiques. Psychotrope puissant, potentiellement dangereux si consommé sans supervision, l'iboga est considéré comme stupéfiant et interdit dans plusieurs pays, dont la France. À écouter aussi« Visions chamaniques » : de l'ayahuasca au Pérou à l'iboga au Gabon

Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Ghana renforcent leur contrôle sur leur secteur aurifère, les compagnies minières internationales réorientent leurs investissements vers des pays jugés plus prévisibles. La Côte d'Ivoire, la Guinée, mais aussi la Mauritanie et le Sénégal espèrent profiter de cette redistribution. La ruée vers l'or se poursuit en Afrique de l'Ouest. Les États multiplient les efforts pour attirer les investissements dans l'exploration et l'exploitation aurifères. Dans ce contexte, la Côte d'Ivoire et la Guinée apparaissent aujourd'hui comme les destinations les plus attractives pour les groupes miniers, profitant notamment des hésitations des investisseurs à développer de nouveaux projets au Mali, au Burkina Faso ou au Ghana. En Côte d'Ivoire, le gigantesque projet Koné entrera en production avant la fin de l'année, avec plusieurs mois d'avance sur le calendrier initial. Située près de la frontière malienne, cette future mine continue de gagner en importance : ses ressources sont désormais estimées à plus de 6,3 millions d'onces d'or. À lire aussiMontage Gold: la success story minière du moment en Côte d'Ivoire La société canadienne Montage Gold poursuit parallèlement ses investissements dans le pays, avec l'acquisition du projet Didievi auprès d'African Gold. « Un projet comme celui de Koné n'est possible aujourd'hui que grâce aux investissements que le pays a réalisés dans les infrastructures et l'énergie. Nous avons acheté un deuxième projet, celui d'African Gold à Didievi. C'est un projet très prometteur. Cela montre notre volonté de continuer à accroître notre présence en Côte d'Ivoire grâce au potentiel géologique et à la stabilité économique du pays », explique Martino De Ciccio, PDG de Montage Gold. Des investisseurs en quête de stabilité La Côte d'Ivoire et la Guinée profitent d'un contexte régional marqué par la prudence des grands groupes miniers. Au Mali, au Burkina Faso et au Ghana, les gouvernements ont engagé une reprise en main de leur secteur aurifère, en renforçant le contrôle public et en augmentant la part des revenus captée par l'État. À lire aussiLe Burkina Faso suspend l'exportation de la production artisanale d'or La Mauritanie entend également tirer parti de cette redistribution des investissements. Le pays met en avant un important potentiel géologique et un cadre réglementaire jugé rassurant. « La Mauritanie dispose d'un bon potentiel parce qu'elle possède encore de vastes zones qui n'ont pas été explorées. Beaucoup de sociétés vont aujourd'hui en Côte d'Ivoire, mais aussi en Mauritanie. Nous avons de nombreux permis qui viennent d'être libérés. Notre force, c'est bien sûr la géologie, mais aussi le cadre légal et réglementaire. Les conditions sont très claires, les accords sont respectés et les investisseurs bénéficient d'une véritable visibilité sur leurs projets miniers », souligne Ahmed Taleb Mohamed, conseiller au ministère mauritanien des Mines. Le Sénégal souhaite lui aussi développer davantage son industrie aurifère. Trois mines industrielles sont déjà en activité dans la région de Kédougou, exploitées notamment par Endeavour Mining et Resolute Mining. Mais les audits lancés par le nouveau gouvernement sur plusieurs contrats miniers suscitent des interrogations chez certains investisseurs. « Les investisseurs aiment la stabilité. Si à chaque changement de gouvernement certaines conventions ou certains contrats sont remis en question, cela peut poser un problème pour les futurs investisseurs. Un projet minier repose sur un modèle économique construit sur plusieurs années. Les investisseurs ont besoin de stabilité. Je pense que les autorités l'ont compris et que c'est ce qui permettra d'attirer d'autres investisseurs. Car le potentiel est là, il est énorme », estime Ousmane Mbaye, président de la Chambre des mines du Sénégal. En 2025, le secteur minier représentait environ 4 % du PIB sénégalais et 31 % des exportations du pays. Avec une production de 10,4 tonnes d'or, le métal jaune constitue désormais la première ressource minière du Sénégal. À lire aussiGhana: l'État accentue sa mainmise sur l'exploitation de l'or dans le pays À lire aussiEn Afrique, la ruée vers l'or motivée par son cours historiquement haut

La ligne ferroviaire du Trans-guinéen, construite dans le cadre du projet minier Simandou, est désormais achevée. Longue de 650 kilomètres, elle relie la Guinée forestière au port de Morebayah, au sud de Conakry. Pour l'heure réservée au transport du minerai de fer, elle devrait accueillir ses premiers voyageurs dès 2027, selon la Compagnie du Trans-guinéen. La Compagnie du Trans-guinéen (CTG), propriétaire et exploitante des infrastructures ferroviaires, monte progressivement en puissance. Au total, 150 locomotives et 7 000 wagons ont été commandés et sont livrés au fur et à mesure. L'objectif est d'atteindre un transport de 10 millions de tonnes de minerai de fer par mois. Mais la ligne ne sera pas exclusivement dédiée à l'activité minière. Les premiers trains de voyageurs devraient circuler dans le courant de l'année 2027, assure Barry Mamoudou Nagnalen, président du conseil d'administration de la CTG. « Nous avons des trains miniers, des trains de marchandises pour les produits miniers, mais aussi pour les produits agricoles. Il faut le savoir, le projet Simandou s'est développé dans l'une des zones agricoles les plus importantes du pays. Et c'est également pour transporter les passagers, parce que les accords prévoient la mise en service de 20 trains par semaine pour transporter les personnes et leurs biens. (...) Nous voulons que la première gare soit construite avant un an. Courant de l'année 2027, il y aura du transport de passagers. » Au total, dix gares sont prévues, de Bella à Forécariah, en passant par Mamou. Certaines accueilleront des voyageurs, tandis que d'autres seront exclusivement consacrées au fret. Le réseau devrait permettre jusqu'à deux allers-retours quotidiens pour les passagers. Des interrogations sur l'accessibilité et le prix des billets Le projet suscite toutefois des interrogations. Pour Amadou Bah, directeur exécutif de l'ONG Action Mines Guinée, la localisation des gares sera déterminante pour garantir le succès du transport ferroviaire de voyageurs. « Le Trans-guinéen est excentré de la plupart des villes. Quel dispositif devra être mis en place pour faciliter l'utilisation du chemin de fer par les voyageurs, mais également par ceux qui ont à convoyer du fret ? La question du prix se pose également, puisque voyager en train devrait normalement être plus abordable que d'autres moyens de transport. Pour le moment, nous n'avons aucun indice permettant de savoir à quel tarif les citoyens pourront voyager. » La CTG promet de son côté des billets à des tarifs « décents et accessibles ». La compagnie assurera elle-même la gestion de la ligne, même si elle n'exclut pas de faire appel à un sous-traitant pour l'exploitation du transport. Barry Mamoudou Nagnalen assure que les recrutements sont déjà bien engagés. « Toutes les infrastructures logistiques sont gérées par la CTG, qui continue à recruter et compte aujourd'hui environ une centaine d'employés. Les sous-traitants emploient déjà près d'un millier de personnes. Nous avons commencé l'exploitation et nous ne faisons que monter en puissance. La Guinée commence déjà à prendre sa place dans le monde en matière d'exploitation du minerai de fer de qualité. »La compagnie affirme enfin que le travail de localisation des futures gares est quasiment achevé

La RDC essuie un lourd bilan de la pandémie d'Ebola à virus Bundibugyo. Le dernier bilan fait état de 506 décès et 1 561 cas confirmés recensés dans le pays. Au-delà de l'aspect sanitaire, cette épidémie impacte également lourdement l'économie du pays et de la région. Depuis la fermeture de la frontière avec l'Ouganda fin mai, Aïsha Kalumba, commercante à Goma, peine à faire vivre son affaire. « C'est compliqué. Il y a tant de pertes. D'abord, on ne vend plus, il n'y a pas d'entrée de marchandises et nous-même, nous sommes bloqués », témoigne-t-elle au micro de RFI. Des conséquences, qui se font ressentir directement dans son porte-monnaie. « Depuis le début de la crise, j'ai perdu beaucoup d'argent. À la fin du mois, je pouvais avoir un bénéfice de 2 500 ou 3 000 dollars, mais aujourd'hui à la fin du mois, on se retrouve avec 400 dollars ». Aïsha n'est pas un cas isolé. Christophe Lonema Mukwa esr le président de la Fédération des entreprises au Congo dans la province de l'Ituri. « Nous avons constaté qu'il y a un impact vraiment négatif de cette épidémie Ebola chez nous. Pourquoi ? Parce qu'il y a des restrictions. Nous n'avons pas de vols, la frontière avec l'Ouganda est fermée. On ne peut pas parler de commerce sans déplacements. Nous avons des difficultés pour nous ravitailler en produits de première nécessité, témoigne-t-il. On constate aussi la rareté de certaines denrées alimentaires ici en Ituri. Donc en général, ça joue négativement sur l'économie et ça pénalise les opérateurs économiques. » Un million de personnes pourraient basculer dans l'extrême pauvreté L'agence de développement des Nations unies alerte sur cette crise qui menace de faire basculer près d'un million de personnes supplémentaires dans l'extrême-pauvreté en RDC. Dans un scénario optimiste, le pays essuierait une perte d'un milliard de dollars de son PIB et la destruction de 55 000 emplois. Le scénario pessimiste estime les pertes à près de 3,6 milliards de dollars à l'échelle du continent. « D'abord, l'épidémie coûte cher et le gouvernement de la RDC a déjà décaissé 50 millions de dollars pour soutenir la riposte plus les contributions des partenaires internationaux », détaille Damien Mama le représentant résident du PNUD en RDC. « Lorsque le PIB se contracte et que les espaces budgétaires sont sous pression, de façon automatique, les conséquences sont telles que le gouvernement est bien obligé de reprioriser les investissements à faire et de mettre plus de ressources dans la riposte, au détriment, d'autres secteurs qui sont très importants, qui sont liés aux services essentiels : l'éducation, l'eau et l'assainissement, la santé et tout le reste », pointe le Damien Mama. Pour limiter les impacts économiques, le PNUD conseille d'ouvrir les frontières sous contrôle sanitaire stricte, de renforcer le soutien aux populations les plus vulnérables et appelle à préserver les dépenses sociales essentielles.

À Yamoussoukro, les terrains prennent de la valeur et les chantiers poussent à vue d'œil. La capitale politique ivoirienne est en train de devenir l'un des nouveaux pôles de l'investissement immobilier du pays. Une ruée vers le foncier qui redessine aussi les villages et soulève la question de l'avenir des terres agricoles. Avec notre correspondant à Yamoussoukro, Muni de son drone, Francis Djaha fait découvrir les parcelles qu'il commercialise à des clients potentiels. D'ici, la vue est imprenable sur la basilique, l'un des monuments les plus emblématiques du pays. Vu du ciel, des dizaines de lots sont déjà délimités. Selon l'emplacement et la superficie, les terrains se négocient entre 15 et 40 millions de FCFA. Agent immobilier depuis cinq ans, Francis Djaha constate un intérêt grandissant pour Yamoussoukro : « On a des particuliers qui veulent construire des logements résidentiels, des industriels. On a des commerciaux qui veulent des lots pour des bureaux, des gens qui veulent des terrains agricoles. On a aussi des gens qui veulent acheter des maisons toutes faites. » Dans plusieurs quartiers, les chantiers se multiplient et les investisseurs affluent. Si la capitale politique attire autant, c'est d'abord parce que le foncier y reste disponible. Mais ce n'est pas le seul argument. « Les routes sont très grandes, au point que l'on circule facilement d'un point à un autre. Et puis la ville est très paisible. Les infrastructures que le président Houphouët-Boigny a construites à Yamoussoukro permettent de se différencier des autres villes. Et puis on est au centre. De Yamoussoukro, on peut aller facilement partout », détaille encore Francis Djaha. Des terres arables grignotées Des atouts qui séduisent de plus en plus d'acquéreurs. Certains viennent d'Abidjan, d'autres de l'intérieur du pays ou encore de la diaspora, attirés par des prix encore jugés accessibles et par les perspectives de développement de la capitale politique. C'est le cas de ce chef d'entreprise, qui préfère garder l'anonymat. Attiré par l'expansion de la capitale, il vient d'acquérir une parcelle et envisage déjà la suite. « L'objectif, c'est un projet de résidence que nous souhaiterions mettre à la disposition de la population », confie-t-il. Mais cette ruée vers le foncier transforme aussi les villages qui entourent Yamoussoukro. Des terres autrefois consacrées aux cultures de cacao, d'igname ou de manioc cèdent progressivement la place aux lotissements. Une mutation qui nourrit des espoirs de développement, mais aussi des inquiétudes sur l'avenir du patrimoine foncier des populations locales. À Séman Sanhourikro, à quelques kilomètres de la capitale politique, Michel N'Goran, conseiller du chef du village, observe ces changements avec préoccupation. « En faisant les lotissements, nous ne pouvons plus cultiver la terre. D'ici 50 ans, 30 ans, je pense que ce qui est arrivé aux Ebriés à Abidjan va arriver aussi aux Akouès et Nanafouès de Yamoussoukro. Nous n'aurons plus de terres cultivables », alerte-t-il. Le Plan national de développement quinquennal prévoit de relier Abidjan à Yamoussoukro en 45 minutes grâce à une ligne de train à grande vitesse. De quoi renforcer l'attractivité de la capitale politique ivoirienne.

L'Afrique de l'Ouest souffre d'un déficit de logements très important, estimé à 3,5 millions d'unités d'habitation par la Banque mondiale. Une partie du problème : l'accès au crédit immobilier des particuliers. Dans la région, les institutions cherchent à créer des opportunités de financements pour les populations qui souhaitent acheter un logement. C'est le cas avec une opération récente de titrisation de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), et le programme Zaka. « C'est une demande très importante des clients », confirme Korédé Odjo-Bella, la directrice de la Banque des particuliers d'Ecobank en Côte d'Ivoire. Le prêt immobilier est au cœur de l'activité d'Ecobank qui, à travers cinq de ses filiales dans la région, a bénéficié de cette levée de financements de 4,5 milliards de francs CFA dédiés au logement. « Le fait de coupler cette opération de titrisation avec cette nouvelle offre de prêts immobiliers pouvant aller jusqu'à 25 ans, ça va nous permettre d'alléger les mensualités. On va permettre à davantage de ménages d'accéder progressivement à la propriété, se réjouit la directrice. Ça permet de toucher plus de monde, des personnes qui gagnent autour de 1 000 $, un peu moins et plus, qui pourront maintenant accéder à des biens immobiliers qui seront autour de 60 millions de francs CFA ». À écouter dans 8 milliards de voisinsPeut-on sortir de la complexité foncière en Afrique? Permettre aux revenus modérés d'accéder à la propriété Car la difficulté pour les banques commerciales est bien d'avoir suffisamment de liquidités disponibles pour proposer ces prêts. À la manœuvre de l'opération financière, la Banque ouest-africaine de développement, mais aussi Afinhab, l'agence financière dédiée à l'habitat. « Notre rôle, c'est de mobiliser des ressources longues sur les marchés financiers. Nous faisons l'intermédiaire entre les marchés financiers, explique Yedau Ogoundele, la directrice générale d'Afinhab, mais également les partenaires au développement et les banques pour pouvoir prêter aux banques à des conditions avantageuses, maturités longues, taux d'intérêt relativement faible, pour que les banques, à leur tour, aient les moyens de prêter à leurs clients qui ont des revenus modérés ». Avec toujours dans le viseur, permettre aux populations à revenus modérés – instituteurs, sage-femmes, artisans – de pouvoir accéder à la propriété. Dans cette opération, Proparco, institution financière française de développement, s'est positionnée comme investisseur de référence. « Ce qui est intéressant avec cette opération, c'est que, en plus de pouvoir vraiment travailler sur le cœur de notre stratégie, on l'a fait avec un instrument qui permettait de mobiliser de l'épargne locale et des investisseurs institutionnels locaux, précise Emmanuelle Riedel Drouin, la directrice des financements de Proparco. Ça, c'est également au cœur de notre stratégie. Aujourd'hui, ce que l'on souhaite faire, ce n'est pas financer tout tout seul, c'est vraiment être un catalyseur pour pouvoir amener avec nous sur nos opérations d'autres investisseurs et de préférence des investisseurs locaux. » Bouclée en seulement une demi-journée, cette opération est considérée comme un succès. À lire aussiCôte d'Ivoire: à Abidjan, la difficile équation du logement

Dans la ville de Kalemie, à l'est de la RDC, de plus en plus de jeunes entrepreneurs émergent avec des projets innovants. Malgré les défis liés à l'accès aux financements et au manque de capitaux, ces jeunes se lancent non seulement dans l'agriculture ou l'élevage, mais aussi dans le secteur industriel et celui de la mode. De son côté, l'Agence nationale de développement de l'entrepreneuriat congolais, Anadec, ambitionne la création en RDC de 150 000 entreprises par an. De notre envoyée spéciale de retour de Kalemie, Des feux de circulation innovants, c'est un nouveau produit lancé à Kalamie par Pontien Katumbwe, le directeur de l'entreprise Construction générale et plomberie, et ses 20 employés. Une innovation qui a un coût, explique-t-il : « Le projet, c'est le système de feu rouge que j'ai créé localement ici à Kalemie. Il fonctionne avec l'énergie solaire. Ça, c'est un prototype pour lequel j'ai dépensé 550 $. Mais pour un grand projet, par rond-point, le budget peut aller jusqu'à 150 000 $. » Alima Maganga est une jeune entrepreneure dans la mode. Il y a 5 ans, elle a créé Centya Mode, une maison de haute couture. Perle après perle, la jeune styliste transforme le tissu en une création unique. « En fait, ces perles, je les pose avec les mains. Mon ambition est d'aller plus loin car nous avons encore de sérieux problèmes. La plupart des futurs mariés sont obligés de passer la commande de leurs tenues, notamment en Turquie, parce qu'elles ne sont pas disponibles sur place, regrette-t-elle. Je voudrais capter tous ces clients, mais les moyens sont limités ». À lire aussiRDC: la Fédération des entreprises réclame la suspension d'un système de facturation unique 1,3 milliard de dollars pour soutenir l'entrepreneuriat des jeunes Des ressources limitées, c'est le défi auquel fait également face Urbain Musema Mulembo, ingénieur chimiste. Directeur de l'Académie Mulembo, il a récemment mis sur le marché un produit innovant au profit des agriculteurs avec une production sur commande. « Nutrisole est un produit local et biologique. Ce n'est pas un fertilisant, je peux dire que c'est un médicament qui vient traiter le sol. Il apporte des nutriments et des minéraux au sol », présente-t-il. Il ne produit actuellement que sur commande faute de moyens. « Nous avons besoin d'équipements et d'un capital pour augmenter notre production », souligne-t-il. Pour faire face à ce défi de financement, l'Agence nationale de développement de l'entrepreneuriat congolais (Anadec) se charge de les accompagner non seulement dans la création d'entreprises, mais aussi pour avoir accès aux financements du gouvernement. « Quand un entrepreneur, qui a été coaché, suivi et encadré par l'Anadec, a son dossier, je rédige une lettre de transmission au Fogec, qui est le fonds de garantie de l'entrepreneuriat au Congo. Fogec regarde le dossier puis le gère avec l'entrepreneur », met en avant Godefroy Kizaba, le directeur général de l'Anadec. En février dernier, le gouvernement congolais a annoncé la mise en place d'un fonds de 1,3 milliard de dollars sur six ans pour soutenir notamment l'entreprenariat des jeunes. À lire aussiRDC: 5,3 milliards de dollars de pertes en dix ans, les entreprises publiques devenues un boulet pour l'économie

La Banque européenne d'investissement soutient le lancement d'un réseau de ferries électriques sur la lagune de Lagos. Objectif : des trajets plus rapides, moins polluants et mieux intégrés aux autres transports. De notre correspondante à Lagos D'ici 2028, c'est en ferries électriques que les habitants de la mégalopole de Lagos pourront traverser la lagune grâce à 75 nouvelles embarcations prévues par le projet Omi Eko (« les eaux de Lagos » en yoruba). Cette démarche s'inscrit dans la stratégie Global Gateway de l'Union européenne, pensée pour soutenir des transports verts sur le continent africain. C'est une aubaine pour la mégalopole nigériane, selon Ambroise Fayolle, vice‑président de la Banque européenne d'investissement, en visite à Lagos : « Ce qu'on voit ici à Lagos, c'est qu'il y a un élément qui manque très fortement. C'est de moderniser toute la flotte de bateaux. On va créer de nouvelles routes dans la lagune, pour pouvoir emmener un certain nombre d'habitants de Lagos pour avoir justement cette capacité à bénéficier de conditions meilleures, meilleures pour l'environnement, meilleures pour l'efficacité économique de l'activité de Lagos. » Des trajets quotidiens plus courts pour des milliers de Lagosiens Relier le quartier d'Ikoyi, sur la presqu'île, à la commune d'Ikorodu, sur la partie continentale de la ville, prend aujourd'hui jusqu'à deux heures par la route aux heures de pointe. Sur l'eau, le trajet dure un peu plus de 30 minutes, mais sur des embarcations de faible capacité et vieillissantes. C'est le quotidien de nombreux Lagosiens, comme en témoigne Oyeyemi : « Je travaille sur les îles comme ingénieur et je viens ici tous les jours, d'Ikorodu jusqu'aux îles. Ça fait gagner du temps pour se déplacer, mais ce serait mieux si on pouvait avoir plus de bateaux, pour réduire les longues files d'attente. Les gens habitent très loin à cause du prix des loyers sur les îles, mais doivent supporter le prix des transports. » Ces nouveaux bateaux, capables d'accueillir jusqu'à 440 passagers, remplaceront les actuels à moteur diesel. L'autorité locale des voies navigables promet ainsi une économie de 41 000 tonnes de CO2 chaque année. Mais l'ambition va plus loin : faire de Lagos un modèle de transport multimodal. Oluwadamilola Emmanuel, conseiller spécial du gouverneur de l'État de Lagos sur l'économie bleue, résume l'ambition : « Comme dans toutes les grandes villes, il y a des embouteillages, mais ce que nous faisons c'est donner aux gens des options de modes de transport. Ce qui signifie connecter le transport routier au transport fluvial, et là où c'est possible, au transport ferroviaire. » Ce projet, encore inédit en Afrique, a vocation à être répliqué sur le reste du continent.

Le Forum tunisien de l'investissement la semaine dernière à Tunis a démontré la volonté du pays d'être un pont entre l'Europe et l'Afrique. Le pays cherche aussi à être un hub commercial entre les pays arabes et l'Afrique, pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire. De notre correspondante à Tunis, Depuis la pandémie, la question de la sécurité alimentaire est devenue un vrai défi pour les pays arabes qui dépendent à près de 50 % des importations. Beaucoup veulent renforcer leurs liens vers l'Afrique pour faire de l'import-export ou développer des projets agricoles. Lassad Ben Hassine, représentant de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel en Tunisie, explique l'importance de rapprocher les industries agroalimentaires des pays arabes et de l'Afrique subsaharienne. « Les pays arabes comptent environ 467 millions d'habitants, tandis que les déficits alimentaires arabes s'élèvent à 47,7 milliards de dollars selon le rapport économique du Fonds monétaire arabe de l'année 2024. Donc, ces enjeux font du développement des systèmes alimentaires, des industries de transformation une priorité stratégique pour assurer le développement économique et renforcer la résilience. Le monde arabe et l'Afrique dispensent de ressources agricoles et alimentaires considérables, mais une part importante de la valeur ajoutée demeure encore insuffisamment exploitée. » À lire aussiDes pistes pour financer et repenser l'agriculture en Afrique de l'Ouest Des industriels saoudiens en quête d'opportunités sur le marché africain Le pays se positionne plus largement comme un hub pour faciliter les échanges entre pays arabes et africains. Rabi Brik, directeur marketing du groupe saoudien agroalimentaire Zamil, fait partie des représentants arabes venus récemment rencontrer d'autres opérateurs commerciaux à Tunis : « Nous ne sommes pas encore en Afrique. C'est notre première visite à Tunis pour prospecter le marché africain. Les gens aiment l'Arabie saoudite à cause de la Mecque et de Médine sur le plan religieux, ce qui est très important pour tous les Arabes qui vivent en Afrique. Donc cela peut jouer en notre faveur pour promouvoir le concept d'un produit halal qui vient de l'Arabie saoudite ». Zoleka Dikana est la créatrice de la ferme Aruzabiz en Afrique du Sud. « Je pense que c'est important pour l'Afrique du Sud et tous les pays africains de traiter les uns avec les autres sur le plan commercial, car cela va aussi renforcer nos monnaies locales. Si nos propres pays peuvent se connaître, commercer et travailler ensemble, alors peut-être que la plupart des problèmes que nous avons en tant que pays seront résolus. » Lors de sa visite en Tunisie, elle s'est vu proposer d'exporter ses produits au Bahreïn, tandis que Rabi Brik, du groupe saoudien Zamil, a décroché une promesse de contrat avec un client libyen. À lire aussiTunisie : succès du Forum tunisien pour l'investissement

La peste des petits ruminants reste l'une des maladies animales les plus dévastatrices en Afrique. Avec un taux de mortalité pouvant atteindre 90 %, elle menace les moyens de subsistance de millions de petits éleveurs. Responsables politiques, organisations internationales et représentants des éleveurs appellent à une accélération des financements pour atteindre l'objectif d'éradication. De notre envoyé spécial à Brazzaville, La peste des petits ruminants, Jalo Buba la vit au quotidien. Le président de l'Association des petits éleveurs du Nigeria s'est rendu à Brazzaville pour porter un message aux bailleurs de fonds et aux décideurs. « Cette maladie a un très fort taux de mortalité. Nous, les éleveurs, perdons parfois tous nos animaux. Le message que je veux adresser aux bailleurs de fonds est simple : ils doivent investir massivement, non pas demain, mais maintenant », plaide-t-il. Le Tchad, l'un des principaux pays d'élevage de moutons en Afrique, subit lui aussi durement les conséquences de cette maladie. Son ministre de l'Élevage Abderahim Awat Atteib, qui préside également le comité consultatif africain pour l'éradication de la peste des petits ruminants, estime que les compétences existent déjà sur le terrain. « Les moyens humains existent. Les techniciens sont là, les cadres sont là, les experts sont là. Mais le seul moyen qui nous manque, c'est le moyen financier. Nous demandons à la Banque mondiale, à l'Union européenne, à la FAO et aux autres partenaires d'investir dans cette lutte contre la peste des petits ruminants », lance le ministre tchadien. À lire aussiCôte d'Ivoire: un plan de vaccination contre la peste des petits ruminants Objectif éradication d'ici à 2030 Après l'éradication de la peste bovine en 2011, la communauté internationale s'est fixé un nouvel objectif : éliminer la peste des petits ruminants d'ici à 2030. Pour y parvenir, la coordination des actions sera déterminante, souligne le Dr Ricarda Mondry, représentante de la FAO à Brazzaville : « Il est très important que les financements soient disponibles au même moment dans tous les pays. Si un pays agit une année et son voisin plusieurs années plus tard, les troupeaux se déplacent et la maladie peut être réintroduite. » Sur la question des financements, la représentante de l'Union européenne assure avoir déjà engagé des moyens importants : « Nous sommes déjà engagés dans un programme qui représente 8 millions d'euros de contribution européenne. Une deuxième phase est en préparation pour un montant de 40 millions d'euros. C'est une contribution significative », indique Anne Marchal. À Brazzaville, tous les participants se sont accordés sur l'urgence d'agir vite et ensemble pour protéger les moyens de subsistance des 1,3 milliard de personnes qui dépendent de l'élevage des petits ruminants dans le monde. À lire aussiElevage au Niger: des campagnes gratuites de vaccination pour mieux exporter

C'est une échéance que redoutent les travailleurs des centres d'appels au Maroc. En août entrera en vigueur en France la loi qui interdit le démarchage téléphonique sans consentement. Un changement majeur sur un marché qui représente 80% du chiffre d'affaires des entreprises marocaines. Selon les autorités du royaume, jusqu'à 50 000 emplois seraient menacés, dont beaucoup de postes occupés par des étrangers venus d'Afrique subsaharienne. De notre correspondant à Casablanca, Lamine est directement concerné par cette réforme. « Je fais du démarchage téléphonique. Je fais l'émission, c'est-à-dire appeler les clients, leur proposer des services, explique-t-il. Aujourd'hui, on se sent menacés. » Ce Sénégalais est au Maroc depuis trois ans. Les centres d'appels constituaient jusqu'ici une opportunité d'emploi intéressante pour les jeunes comme lui. « Quand on arrive au Maroc avec des diplômes, on se rue quand même sur les centres d'appels, parce qu'il y en a plusieurs ici. Et, avec les salaires qu'on nous paie ici, on subvient à plein de besoins, ce qui n'était pas possible au Sénégal », détaille encore Lamine. Mamadou est aussi très inquiet : « Nous, on s'attend au pire. Je travaille dans les centres d'appels. Je ne connais que ce domaine-là pratiquement. Ça me permet de joindre les deux bouts et ça m'a permis de réaliser pas mal de trucs au Sénégal. » Le démarchage téléphonique ne va pas disparaître totalement, selon les explications de la direction à ces employés. « Peut-être que des alternatives suivront, des clients qui seront intéressés pour changer d'offres pourront faire des demandes sur les sites et nous, on pourra rappeler ces clients, espère-t-il. Parce que ce sont eux qui auront demandé à être contactés et pas le contraire en fait. » Alors que le démarchage téléphonique va se compliquer, les employés, qui touchent souvent des primes sur objectif, risquent de perdre une partie de leur rémunération. Quel accompagnement pour les petites structures ? Du côté du patronat, les grands groupes relativisent l'impact de la loi française sur le secteur. Selon la fédération marocaine de l'externalisation des services, le démarchage téléphonique pur ne constitue plus aujourd'hui que 15% à 20% de l'activité totale. C'est la guerre des chiffres avec les syndicats. « Le grand nombre de ces centres d'appels sont des petites structures, voire des moyennes structures », pointe Ayoub Saoud, le secrétaire général de la Fédération nationale des centres d'appels, affiliée à la centrale UMT. Les petites et moyennes entreprises représentent plus de 60% du tissu du secteur. Et pour celles qui sont spécialisées dans le télémarketing, le choc s'annonce frontal. « Comment le gouvernement compte-t-il accompagner ces centres d'appels pour éviter cette crise sociale ? Il faut trouver des solutions, il faut impliquer les acteurs socio-économiques pour parler notamment de gestion prévisionnelle des emplois et des carrières, et de reconversion professionnelle », alerte Ayoub Saoud. Le gouvernement dit travailler sur un plan d'action. Ayoub Saoud dénonce au contraire l'impréparation des autorités, alors que la menace pèse depuis longtemps sur le démarchage téléphonique. Il souhaiterait aussi que les partenaires français soient impliqués dans la recherche de solutions.

En Somalie, la guerre civile et les conflits internes liés à des organisations terroristes ont poussé les femmes à sortir du rôle traditionnel qui leur est attribué pour travailler. Portrait d'une femme entrepreneure de Mogadiscio qui a mené de front famille et business à travers les conflits. De notre correspondante à Mogadiscio, C'est sous les décollages et atterrissages constants de l'aéroport de Mogadiscio qu'Hersio Siad raconte son parcours. La rencontre a lieu dans la zone la plus sécurisée de la ville, aux allures de base militaire, où logent de nombreux employés d'ONG ou d'ambassades. C'est aussi ici que la cheffe d'entreprise fait du commerce avec des hôtels en leur vendant fruits et légumes frais. Il aura fallu de nombreuses années à Hersio pour en arriver là. « J'ai commencé à faire du commerce pendant la guerre civile en 1991, avant ça, j'étais mère au foyer. J'ai commencé par vendre des fruits et ensuite j'ai changé pour vendre des vêtements. » Se sont ensuivis près de 20 ans d'allers et retours entre Mogadiscio, le Somaliland ou l'Éthiopie voisine pour échapper aux conflits. Veuve avec 12 enfants à élever, Hersio a monté plusieurs petits commerces. En 2013, elle décide de rentrer à Mogadiscio et de créer Somfresh, une entreprise de vente de fruits et légumes en gros. Mais être une femme entrepreneure a été un obstacle à ses débuts. « Quand j'ai commencé, certains hommes n'ont pas apprécié et ont essayé de me décourager. Ils me vendaient même leurs produits plus chers parce que j'étais une femme. Mais j'ai persévéré pour leur prouver qu'ils avaient tort et finalement, je les ai convaincus », raconte-t-elle. À lire aussiSomalie: des femmes cassent les clichés et montent leur business au Puntland [4/4] Hersio, un rôle modèle pour les nouvelles générations de femmes somaliennes À Mogadiscio, les femmes représentent aujourd'hui près de la moitié des chefs d'entreprises du secteur formel. Elles sont aussi très nombreuses à créer leur commerce à la maison ou en ligne. Mais l'accès aux financements reste encore difficile en tant que femme. Hersio a donc créé l'association des femmes somaliennes entrepreneures pour aider ses consœurs. Elle représente aujourd'hui près de 500 cheffes d'entreprise. « Tous ces défis que j'ai rencontrés et réussis à surmonter m'ont motivé à créer Somali Women in Business simplement pour encourager d'autres femmes à ne pas laisser tomber et à réussir », précise la cheffe d'entreprise. À ses côtés ce jour-là, Abdulkadir, son assistant et fils de 37 ans. « Je suis très fière d'elle. Ça n'est pas seulement notre mère, on lui est redevable parce qu'elle a passé la majorité de son temps à nous élever et à s'assurer que nous ayons une bonne éducation. » Grâce à son parcours et sa détermination, Hersio est devenue un exemple pour les nouvelles générations de femmes somaliennes. À lire aussiJasmine Samantar, jeune somalienne de 26 ans, à la tête de la startup Samawat Energy