Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Economie, votre rendez-vous de l'Economie africaine sur RFI. *** La chronique Afrique Economie diffusée le dimanche est remplacée pa…

Au Kenya, 91 % de l'électricité générée en 2024 provenait du renouvelable : la géothermie en tête (44 %), puis l'hydraulique (28 %) et enfin l'éolien (14 %) et le solaire (3 %). Le pays compte produire 100 % d'électricité renouvelable d'ici 2030. Le secteur attire les investisseurs, notamment la France. L'entreprise française Meridiam, aux côtés de Proparco, institution française de financement du développement, a investi dans le parc éolien de Kipeto, le deuxième plus grand du pays. De notre correspondante à Nairobi, Les turbines éoliennes tournent à plein régime à Kipeto, au milieu des collines de la région de Kajiado, à 70 kilomètres de Nairobi. « La pale de la turbine est le composant principal. C'est elle que nous utilisons pour capter le vent et obtenir un mouvement de rotation qui entraîne la boîte de vitesses, explique Stephen Nyoru, le responsable du site. Cette dernière augmente la vitesse de rotation jusqu'à un niveau élevé, adapté à l'alimentation du générateur, qui convertit cette énergie en énergie électrique. » Le parc éolien compte 60 turbines, pour une capacité totale estimée à 100 mégawatts. De quoi alimenter 250 000 foyers, selon des chiffres de Kipeto. Un projet d'expansion est déjà en discussion selon Simon Wade, PDG de Kipeto Energy : « Il s'agirait d'installer la même capacité mais avec moins de 20 turbines car elles seront bien plus grandes. Le réseau électrique kényan a la capacité de l'absorber et le pays a la demande énergétique, estime-t-il. Le contrat actuel nous oblige à vendre l'électricité produite au distributeur d'électricité kényan, mais le contrat pour l'expansion n'est pas encore signé donc on ne sait pas encore quelles en seront les modalités. » À écouter dans Grand reportageObjectif 100 % d'électricité renouvelable dès 2030 : le modèle kenyan La France face à une concurrence internationale intense Le projet intéresse les investisseurs français. Paris affirme déjà être le premier bailleur bilatéral dans le secteur de l'énergie kenyan. L'Agence française de développement y a investi plus de deux milliards d'euros en 15 ans. Au sommet franco-kényan Africa Forward des 11 et 12 mai prochain, de nouveaux contrats vont être négociés. Mais la compétition est intense. « La stratégie du Kenya est en quelque sorte agnostique : le pays ne fait pas le tri entre ses partenaires et accueille quiconque souhaite s'y installer, analyse Churchill Ogutu, responsable recherche pour la banque d'investissement Capital A, ce qui explique la diversité des nations que l'on voit aujourd'hui affluer vers le Kenya. » Face aux concurrents asiatiques, les Européens peinent parfois à s'imposer : « J'ai eu des échanges avec des acteurs européens qui expriment une préoccupation commune, poursuit Churchill Ogutu, bien qu'ils soient enclins à développer des projets au Kenya, dès qu'un appel d'offres public est lancé, il y a une forte probabilité que les Chinois le remportent en raison de leurs prix. » Un exemple : le projet d'autoroute reliant Nairobi au Mau Summit, dans le centre du pays. D'abord accordé à un consortium français, le contrat a finalement été résilié. Au profit d'entreprises chinoises. À lire aussiKenya: en plein cœur de Nairobi, la forêt de Karura est de nouveau menacée

En Tunisie, le vote parlementaire de plusieurs projets de concessions d'énergies renouvelables pour des centrales solaires photovoltaïques a fait polémique, aussi bien au Parlement que dans la société civile. Le pays est confronté à un déficit énergétique très élevé de 65% de ses besoins et dépend de l'importation de gaz naturel. Pour sortir de cette dépendance, les autorités souhaitent donc développer le renouvelable. Pour inciter les investissements, ils proposent notamment des concessions. Une mesure qui inquiète syndicats et associations, à la fois sur le plan de la souveraineté énergétique du pays et sur le coût pour la Société tunisienne d'électricité et de gaz (Steg). Avec notre correspondante à Tunis, Au Parlement tunisien, le 28 avril 2026, le débat a duré près de huit heures avant le vote final. Certains dénoncent une forme de « colonialisme économique » comme le formule le député Bilel Mechri lors de son intervention en plénière : « Voter en faveur de ce projet signifierait approuver que des compagnies étrangères profitent de la lumière de notre soleil, la vendent en devises avec peu de taxes et aucun engagement douanier, des avantages dont même la société tunisienne d'électricité et de gaz ne bénéficient pas. » La Société tunisienne d'électricité et de gaz - entreprise publique - ne serait pas en mesure à elle seule de construire et d'exploiter les centrales photovoltaïques qui permettraient d'atteindre en 2030 l'objectif des 35% de production d'énergie renouvelables fixés. Ce qui explique ce projet de concession à des entreprises étrangères, défend le ministre de l'Économie Samir Abdelhafidh auprès des députés : « Pour nous, il n'y a rien qui viole la souveraineté nationale. Vous dites qu'une concession de 20 à 30 ans représente une menace, alors que c'est la norme pour n'importe quelle concession. Nous espérons que les investisseurs tunisiens pourront aussi participer à ces projets, les syndicats du patronat nous ont confirmés qu'ils sont en discussion avec les investisseurs pour créer des opportunités. » « Nous n'avons pas accès à suffisamment d'informations » Pour la société civile, le problème reste qu'il n'y a pas eu de consultation globale sur l'impact de ce type de loi dans le pays. « Il y a un problème qui n'a pas été suffisamment discuté, à savoir l'impact sur la société tunisienne d'électricité et de gaz et le coût sur la facture électrique finale. Certaines concessions ont déjà été données en 2019, nous ne savons même pas ce que ça a donné », a déclaré, lors d'une conférence de l'Observatoire de l'économie sur le sujet, l'ingénieur Ilyes Ben Ammar, membre du syndicat de la société de l'électricité et du gaz. Selon Achref Chibani, chercheur et activiste, spécialiste du changement climatique, le manque de transparence sur ces contrats reste un problème. « Ces projets peuvent peut-être aider l'économie et créer de l'emploi mais nous n'avons pas accès à suffisamment d'informations pour le savoir. Il n'y a pas eu de vraies discussions, ni de dialogue sur la question. même pour le débat au Parlement, nous l'avons su en dernière minute », regrette-t-il. Les cinq projets de concession ont été adoptés sans faire l'unanimité. Ils doivent encore passer devant la seconde chambre, le conseil des districts et des régions, avant d'être promulgués.

À Madagascar, le secteur du tourisme se prépare à une saison morose à cause de la crise au Moyen-Orient. L'augmentation du prix des billets d'avion et la réticence des Européens – principaux touristes étrangers à Madagascar – à partir loin de chez eux sont à l'origine d'une forte baisse des réservations sur la Grande-Île. Déjà lourdement affectés par la crise politique de septembre et octobre 2025, les hôteliers comme les tour-opérateurs anticipent une rude concurrence à l'échelle nationale et avec les îles voisines de Maurice et des Seychelles pour capter des touristes moins nombreux qu'à l'accoutumée. Avec notre correspondant à Antananarivo, Les plages aux eaux cristallines des environs de Tuléar sont presque vides, témoigne Odilon Ranaivoson. Il possède deux hôtels et un bar culturel dans cette région du sud-ouest de Madagascar. Habituellement, à cette période de l'année, les premiers touristes sont déjà là et les réservations vont bon train pour juillet-août. « On devrait déjà être à 50% de notre occupation pour la période d'été, donc les vacances en Europe. Mais là, c'est des balbutiements de réservations que nous avons. On en est qu'à 15 ou 20% », explique-t-il. Cette forte baisse fait vaciller certains opérateurs selon cet entrepreneur, jusqu'à récemment président de l'office du tourisme de la région de Tuléar. « Comment arriver à garder la tête hors de l'eau ? Parce que les charges sont énormes en termes d'énergie ou de personnel. Je crains aussi la diminution de la qualité des services. Est-ce qu'on investit pour améliorer le produit en préparation de la saison qui arrive ? Parce qu'on ne sent pas les perspectives positives dans un futur proche », s'inquiète encore Odilon Ranaivoson. Johann Pless, vice-président de la Confédération du tourisme de Madagascar, écarte le risque d'une saison blanche sans aucun touriste. Mais le conflit au Moyen-Orient n'en est pas moins un nouveau coup dur après la crise politique de 2025, à l'origine d'une perte de chiffre d'affaires estimée à 100 millions de dollars pour le secteur. « Il y a un ressenti et une sorte de crainte des marchés émetteurs de voyager loin. On parle principalement des marchés européens. Le prix du billet augmente. Il peut prendre de 30% à plus de 50% actuellement, causés par l'impact de la guerre en Iran sur le prix du carburant aérien », assure l'expert du secteur. En plus, pendant plusieurs semaines, « la compagnie aérienne Émirates a arrêté ses vols sur Madagascar, ça [a] fait des milliers de sièges en moins. ». S'ajoute à cela la baisse du pouvoir d'achat des pays émetteurs de touristes, également touchés par la crise des carburants. « Dans un monde idéal, nous souhaiterions que les risques soient partagés » « Pour les douze prochains mois – on ne parle pas seulement de deux ou trois mois –, il faudra donc s'adapter à notre clientèle qui aura un pouvoir d'achat moindre et adapter nos marges en fonction de l'inflation et du prix du carburant à la pompe », pointe encore Johann Pless. Jusqu'à présent plafonné par les autorités malgaches moyennant un lourd endettement public, ce prix à la pompe demeure la grande inconnue des prochains mois. En cas d'augmentation brutale, l'association des tour-opérateurs de Madagascar, qui réunit 80 membres, espère une juste répartition des surcoûts. « Dans un monde idéal, nous souhaiterions que les risques soient partagés, que les clients ne subissent pas tout à eux seuls, mais que tous ceux qui interviennent dans le voyage prennent une petite marge de participation, pointe Sylvia Rajaonalimanana, la directrice exécutive. Il y a les loueurs de voitures, les distributeurs de carburant, les tour-opérateurs, les partenaires à l'étranger qui prospectent les clients. Nous souhaitons que tous les acteurs du tourisme prennent conscience que le secteur est fragile et que tout le monde se soutienne. » Passée la crise au Moyen-Orient, le secteur touristique malgache s'est fixé pour objectif d'atteindre 1 milliard de dollars de chiffres d'affaires annuel, contre 700 millions de dollars aujourd'hui. La filière attend pour cela une meilleure desserte aérienne, notamment vers les villes de province, et une rénovation des routes nationales.

D'où vient précisément le café qu'on boit ? Comment être sûr qu'il ne pousse pas sur des terrains déboisés ? Pour répondre à ces questions, de grands industriels et négociants internationaux lancent une cartographie mondiale des parcelles de café pour aider les pays producteurs à répondre aux nouvelles normes européennes. En effet, les pays producteurs doivent prouver que le café ne provient pas de zone de déforestation et mettre en place une traçabilité stricte des grains de café. Grâce à des images satellites de très haute résolution, il est maintenant possible d'identifier chaque caféier qui pousse entre les arbres, parcelle par parcelle. Sept des plus grands groupes mondiaux du café se sont associés à Airbus pour cartographier toutes les plantations du monde et s'assurer qu'elles n'entraînent pas de déforestation. Acteur du projet, Laurent Sagarra, directeur « Engagement » de la multinationale du café JDE Peet's, détaille le fonctionnement de l'outil : « Airbus a développé un outil d'intelligence artificielle qui analyse des milliards de photos satellite. Cet outil est entraîné sur la base de toutes les données que tous les acteurs du secteur qui font partie du projet ont récupérées. Et donc, on entraîne, on éduque un outil à analyser ces milliards de photos pour pouvoir ''mapper'' toutes les placettes de café sur la planète. On arrive ainsi à faire un travail qui nous mettrait des années et des années si on devait le faire à la main. » L'enjeu est important surtout en Afrique de l'Est où les exploitations de café sont très morcelées. Rien qu'en Éthiopie, plus de cinq millions d'agriculteurs possèdent en moyenne un demi-hectare de terres. Identifier toutes les parcelles est donc un vrai défi pour ne pas faire d'erreur. « Si on n'a pas les meilleures données, on risque d'exclure une parcelle, exclure dix parcelles, exclure 1 000 parcelles... C'est exclure des agriculteurs. C'est dire à ces agriculteurs : "Vous ne pouvez plus vendre sur le marché européen." Pour eux, en termes d'impact sur leur vie, c'est énorme », souligne Laurent Sagarra. À lire aussiAu Kenya, le secteur du café en pleines réformes mis en difficulté Des millions de petites exploitations à identifier La cartographie, appelée « Projet Canopée », sera mise à jour tous les un ou deux ans, et mise à disposition gratuitement sur une plateforme géospatiale ouverte et transparente, accessible aux producteurs et aux gouvernements, dès maintenant pour l'Afrique de l'Est. Une initiative bien accueillie par les acteurs du secteur en Éthiopie, à l'image d'Abdi Itana, conseiller en développement durable dans le secteur du café : « Aujourd'hui, nous utilisons la carte mondiale Global Forest Watch, mais elle ne montre pas l'évolution dynamique au niveau de chaque exploitation agricole. On ne fait pas bien la différence entre l'exploitation et la forêt. » Selon lui, ces données complèteront le système de traçabilité numérique mis en place par le premier pays producteur de café d'Afrique : « Tout sera enregistré, et un identifiant numérique sera attribué à l'agriculteur, incluant la superficie et le périmètre de sa parcelle. Ainsi, quand les agriculteurs vendront leurs produits à un collecteur ou à un acheteur, la quantité sera enregistrée sur leur carte d'identité, et on saura qui achète quoi et combien. Au final, chaque mouvement de café en Éthiopie sera enregistré dans ce système. » Des outils essentiels à moins d'un an de l'entrée en vigueur des nouvelles règles européennes sur la déforestation, prévue en décembre 2026 pour les gros producteurs et en juin 2027 pour les plus petits. À lire aussiPourquoi l'arabica est le café le plus bu (et pourquoi ça ne durera peut-être pas)

La crise au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz ont de gros impacts sur le commerce mondial. La Sierra Leone ne fait pas exception. Freetown cherche à développer l'agro-industrie afin d'être moins dépendant des importations, mais ce nouveau choc vient affecter ses entreprises et industries. Avec notre envoyée spéciale à Freetown, Mohamed Sowe est à la tête de Jolaks, une entreprise qui raffine l'huile de palme pour la consommation. Elle produit également du savon. Lorsque l'on demande à Mohamed Sowe s'il est touché par la crise au Moyen-Orient, il ne dit pas un mot et se frappe le front. Car ici, le prix de la matière première pour fabriquer les bidons augmente, les coûts de logistique aussi, mais le principal problème vient des générateurs qui font tourner l'usine. « Le coût du diesel a augmenté de près de 70%. Il s'agit d'une très forte hausse, mais nous n'avons pas augmenté nos prix d'autant. Nous devons en absorber la majeure partie. Nous espérons que cela ne va pas durer sur le long terme, que l'incertitude globale va décroître et que les prix se normaliseront très bientôt », explique Mohamed Sowe. Un camion de Global Logistics Services (GLS) est venu faire une livraison de parfum pour la savonnerie de Jolaks ce jour-là. « L'un de nos principaux coûts est celui du carburant pour nos camions », pointe Max Kanu, le patron à la tête de cette entreprise spécialiste de la logistique. De l'importation par cargo à la livraison finale, GLS est très touchée par les retards d'expédition. « Cela échappe à notre contrôle. Nous essayons juste de gérer les effets », reconnaît-il. Des retards à la fois pour la livraison de ses clients, mais qui touchent également ses propres activités. « Personnellement, nous investissons dans un parc logistique. Nous construisons des entrepôts pour nos clients. Nous avons environ 20 conteneurs en provenance d'Inde qui ont déjà été retardés d'environ cinq semaines. Cela a un impact considérable, car ces retards affectent nos engagements envers les clients. Cela impacte le travail de construction que nous faisons avec les entrepreneurs, cela affecte notre planification, etc. », détaille-t-il. Une augmentation des prix que tentent de juguler les autorités. Alpha Ibrahim Sesay, le ministre de l'Industrie de Sierra Leone, cherche des solutions : « Depuis le début de la guerre, l'inflation a augmenté ainsi que les prix de nombreux produits de base. Cela nous affecte fortement. Mais en tant que gouvernement, nous sommes très proactifs. Nous avons commencé à subventionner les produits pétroliers parce que nous ne pouvons pas vendre aux prix actuels à la pompe. Le gouvernement doit subventionner pour réduire les souffrances qui en découlent. » Les autorités réévaluent actuellement leurs budgets et échangent avec leurs partenaires financiers pour financer ces subventions. À lire aussiSierra Leone: quelles attentes économiques avec le «zéro droit de douane» chinois?

De plus en plus d'agriculteurs, sensibilisés par un réseau d'ONG mais aussi désormais par l'État, entament leur transition agroécologique. Objectif : réduire l'utilisation d'intrants chimiques, réduire les frais, mais aussi augmenter la productivité. De notre envoyé spécial à Meknès, Dans les larges allées du salon de l'agriculture, la conférence sur le développement de l'agroécologie au Maroc connaît un franc succès. Sur le stand Icarda, un centre de recherche pour l'innovation en agroécologie, Filippo Bassi, chercheur, rappelle les différences entre conventionnel, agroécologie et biologique : « L'agroécologie pour nous, chercheurs, est l'élément parfait qui se positionne de façon très simple entre l'agriculture conventionnelle, qui essaie de produire plus, et les cultures bio, qui ne produisent pas beaucoup et surtout à des prix un peu élevés. » Et de poursuivre sa présentation : « Donc, l'agroécologie essaie de maximiser la productivité, de maximiser les profits pour les agriculteurs. On parle beaucoup de filière courte, de ce type de choses, mais surtout de respecter l'environnement. » Étudiants comme petits producteurs s'intéressent de plus en plus aux façons de produire mieux, plus et dans le respect de l'environnement. « Le Maroc a pris conscience de l'importance de développer l'agroécologie actuellement. Et ça, on le voit dans la volonté politique, dans les stratégies de l'État. Il y a des orientations maintenant vers l'agroécologie », détaille Rachida Mehdioui, présidente du Réseau des initiatives agroécologiques au Maroc. À écouter dans Un jour au villageMaroc, redonner sa splendeur d'antan à l'élevage « On est en train de nager contre le courant mais on va y arriver » Une transition toutefois complexe, qui demande parfois plus de travail manuel pour éviter l'utilisation des herbicides par exemple. « On ne sait pas comment s'y prendre et l'État devrait soutenir un peu l'agroécologie pour qu'on puisse vraiment la développer, notamment pour la commercialisation des produits agroécologiques », appelle de ses vœux Rachida Mehdioui. Malgré ces efforts auprès des communautés villageoises, les grands groupes de l'agro-industrie, eux, ne suivent pas toujours ces préceptes, sauf quand les réglementations internationales les y obligent. « Le courant conventionnel reste dominant. On est en train de nager contre le courant mais on va y arriver », rassure Ghizlane Echchgadda, enseignante-chercheuse à l'université de Meknès. Tout tend à mener vers l'agroécologie selon elle : les ressources se raréfient et les aspirations des consommateurs. « C'est le consommateur en fait qui décide du développement d'une chaîne de valeur par rapport à une autre. Et donc il a un rôle vraiment de décideur pour cette transition agroécologique », souligne-t-elle. Si les données statistiques officielles sur l'agroécologie manquent au Maroc, le pays s'est fixé comme objectif d'atteindre les 100 000 hectares de bio d'ici 2030 dans le cadre du plan Génération Green, soit moins de 2 % des 8,7 millions d'hectares de terres cultivables. À lire aussiLe Maroc pourrait doubler sa production céréalière par rapport à l'année dernière

Au Maroc, l'hiver 2025-2026 a été l'un des plus pluvieux depuis 40 ans : jusqu'à 1 296 mm de pluies pour la région de Tanger. Et les précipitations n'ont pas cessé au printemps. Le taux de remplissage des barrages a quasiment doublé. Malgré quelques dégâts en raison des inondations, l'agriculture marocaine devrait largement profiter de cette pluviométrie extraordinaire. Ainsi, selon les prévisions du ministère de l'Agriculture, le Maroc pourrait plus que doubler sa production céréalière par rapport à l'année dernière. De notre envoyé spécial à Meknès, Depuis le mois de janvier, la campagne marocaine – au centre et au nord du pays – a changé de visage. Les photos satellitaires sont impressionnantes. Vu du ciel, le Maroc est passé d'une teinte ocre à un vert chatoyant. L'heure est plutôt à la fête au salon de l'agriculture. « La plupart des secteurs vont bénéficier de cette pluie abondante cette année. On a vécu six ans de sécheresse d'affilée qui étaient catastrophiques. Après, beaucoup d'eau ne veut pas dire meilleur rendement », décrit Réda Zniber, directeur général délégué des domaines Zniber, l'un des plus grands exploitants agricoles du pays. Certes, pour ses exploitations – d'huile d'olive notamment –, la récolte a été stoppée plusieurs semaines en raison de la boue, empêchant les tracteurs d'opérer dans les champs, ce qui pourrait affecter les arbres à long terme. Il a néanmoins doublé sa production. « Cette année nous avons fait à peu près 1 500 tonnes d'huile. L'année dernière, qui était, on va dire, très moyenne, nous avons fait la moitié. Donc, oui, la pluie a quand même été très bénéfique », se réjouit-il. Le groupe familial produit également des fruits à coques : pêches, nectarines, prunes… Cette fois victimes des épisodes de grêle, mais là encore, malgré tout, les prévisions sont bonnes. « Le bilan reste très positif malgré tout cette année. Maintenant, les répercussions de ce retard de récolte, c'est plutôt l'année prochaine que l'on verra les conséquences, en tout cas sur l'arboriculture et l'olivier », précise encore l'exploitant. À lire aussiMaroc: les agriculteurs applaudissent le retour de la pluie, malgré les inondations Des cultures vulnérables face au changement climatique Même satisfaction pour Damri Abdelali, exploitant agricole et vice-président de la Chambre d'agriculture région Fès-Meknès. Il salue notamment la reconstitution des nappes phréatiques. Il précise néanmoins que certains agriculteurs qui avaient opté pour des semences spéciales, censées résister à la sécheresse, ont, eux, été impactés négativement par ces pluies abondantes. « Des champs inondés avec trop d'eau n'ont pas pu résister. Mais aussi des variétés de semences qui ont été transformées génétiquement pour résister à la sécheresse et n'ont pas pu résister à l'eau », regrette Damri Abdelali. Au stand du pôle digital du ministère de l'Agriculture marocain, en revanche, le ton est plutôt à la prudence. Devant un graphique qui montre les taux de pluviométrie en berne ces 20 dernières années, le chercheur Rachid Hadria rappelle que l'agriculture marocaine va très probablement continuer à souffrir des conséquences du réchauffement climatique. « On voit qu'on a de plus en plus d'années sèches. Cette année, certes, c'est une très bonne année par rapport aux six dernières années, mais on ne peut pas dire que ça y est c'est gagné », conclut-il. À lire aussiMaroc: les précipitations intenses n'écartent pas la menace de la sécheresse

La hausse des prix ne touche pas seulement le carburant. Elle frappe aussi l'alimentation : céréales, huiles et produits transformés. Particulièrement en Afrique, car le continent est très dépendant des importations alimentaires. En cause : le blocage du détroit d'Ormuz, qui perturbe toute la chaîne agricole. Du prix des engrais pour les agriculteurs au prix du transport : tous explosent et mettent en péril la sécurité alimentaire sur le continent. Chaque année, l'Afrique importe 100 millions de tonnes de céréales, ce qui correspond à plus de 75 milliards d'euros. Le continent importe aussi massivement des huiles végétales et autres produits alimentaires transformés. Ces approvisionnements sont fragilisés par les tensions au Moyen-Orient : la hausse du carburant renchérit le transport maritime, tandis que les perturbations logistiques menacent l'accès aux engrais, indispensables à la production agricole. « L'Afrique de l'Ouest, c'est le premier pôle d'importation de riz au monde avec près de 20 % de l'importation mondiale, explique Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (Farm). Ça veut dire que 4 grains de riz sur 6, donc 2 grains de riz sur 3, en Afrique de l'Ouest viennent de l'étranger. Ils viennent souvent d'Asie du Sud-Est, donc avec ce risque de voir demain l'Inde, la Thaïlande ou le Vietnam limiter leur marché d'export, ce qui aurait des conséquences importantes pour cette région. » Selon le chercheur, il existe des solutions à court terme pour amortir les prix en forte augmentation pour les consommateurs, comme des subventions qui ciblent les produits sensibles. Autre solution à moyen terme, diversifier les approvisionnements, en particulier pour les engrais : « L'Afrique en général est un petit acheteur sur le marché mondial des engrais. Certains acteurs économiques vont aller au plus offrant, analyse Matthieu Brun, donc on peut essayer à la fois de contourner Ormuz, de trouver d'autres routes commerciales, mais aussi peut-être de s'unir à plusieurs pays pour pouvoir avoir des contrats plus importants et négocier des contrats d'approvisionnement entre États, les grands traders, autour de structures, autour de cultures stratégiques. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: l'impact sur l'importation d'engrais et d'aliments en Afrique L'aide humanitaire sous pression Si la crise alimentaire s'aggrave, les besoins d'urgence pourraient augmenter à un moment où l'aide humanitaire est déjà fragilisée par la baisse des aides. Pour continuer à acheminer les denrées essentielles, les agences des Nations unies ont des accords avec les armateurs pour faire passer leurs navires en priorité. Mais les délais, eux, ne sont pas garantis. « Le problème qu'on rencontre actuellement, c'est la congestion dans les différents ports d'entrée autour du Golfe, décrit Jean-Cédric Meeus, responsable transport et logistique à l'Unicef. Les armateurs maritimes doivent changer leur route et doivent déposer des conteneurs ici et là, entre Colombo et le Mozambique, pour ensuite les acheminer par voie terrestre. Dès lors, ça chamboule toute la prédictibilité de nos envois. Nous n'avons pas un problème d'accessibilité, mais nous avons un problème de nous assurer que les marchandises arrivent à bon port, avant que le manque crée une autre urgence sur l'urgence qu'on rencontre pour le moment dans le Moyen-Orient. » Tensions autour du canal de Panama, blocage de la mer Rouge, Covid-19, l'Unicef a déjà fait face à de nombreux défis logistiques et a mis en place au fil du temps une chaîne d'approvisionnement capable de s'adapter aux chocs grâce à des engagements commerciaux réciproques, renouvelés tous les ans : « Nous nous engageons à utiliser nos partenaires, que ce soit pour l'achat de biens ou l'achat de services. Eux, ils s'engagent à nous donner certains privilèges vis-à-vis du secteur commercial, détaille Jean-Cédric Meeus. Si nous devons acheter des marchandises qui sont pour nous des marchandises qui sauvent les enfants, on aura la priorité sur les achats, on aura la priorité sur les envois. » Il n'y a pas encore d'urgence alimentaire, mais les prix augmentent sensiblement sur certaines denrées. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les prix des huiles ont augmenté de 13 % sur les 3 derniers mois, 7 % pour le sucre et 4 % pour le blé. À lire aussiD'Ormuz au Darfour, la guerre au Moyen-Orient complique l'aide humanitaire en Afrique

Le Gabon souhaite diversifier ses revenus tirés du pétrole. Dès 2028, le pays veut devenir exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL). Les expéditions seront assurées depuis le terminal pétrolier du Cap Lopez, situé dans la banlieue de Port-Gentil, la capitale économique du pays. Le projet est conduit et financé par le groupe franco-britannique Perenco, premier producteur de pétrole au Gabon avec 100 barils par jour. Soixante-neuf ans après sa construction par Total Gabon, le terminal pétrolier du cap Lopez, dédié à l'expédition du pétrole brut gabonais sur le marché international, connaît actuellement des grands travaux d'extension pour en faire un hub gazier. Rida Yayaoui, directeur du projet, dépeint : « Vous êtes ici dans la zone qui va accueillir, au Cap Lopez, le projet LNG. On aura la partie process, liquéfaction et stockage ici, et toute la partie traitement de gaz et arrivée gaz sur la droite. » Pour réaliser ce projet, Perenco a prévu une enveloppe très lourde, affirme Nestor Aworet, directeur général adjoint de l'entreprise : « C'est 2 milliards de dollars pour le projet GNL, donc c'est un gros investissement. C'est un projet qui absorbe énormément de fonds. Perenco est heureux de pouvoir porter un tel projet qui va permettre à notre pays de devenir exportateur de gaz naturel. » À lire aussiGabon: discussions autour d'un projet de pipeline pour acheminer du gaz en Afrique centrale « Nous visons les meilleurs marchés » Une partie de la future usine est en cours de montage au Moyen-Orient. Au Gabon, Perenco construit un réseau de 500 kilomètres de pipeline pour collecter le gaz produit à divers endroits du sud du pays. Christophe Blanc, directeur général de Perenco Gabon, est fier d'attaquer le marché international du gaz dès 2028 : « Pour l'export, nous visons les meilleurs marchés, comme pour l'huile. Ce sont des marchés qui sont ouverts aujourd'hui avec un bon nombre de compétiteurs, et nous mettrons en compétition bien évidemment tous ces acheteurs potentiels. Nous vendrons au plus offrant, pour le bien à la fois de Perrenco mais aussi de l'État gabonais, qui a ses revenus associés à ses réserves de gaz. Et pour ça, nous avons développé une usine de liquéfaction adaptée aux réserves de gaz qui sont présentes au Gabon. » Plus d'un siècle après le coup d'envoi de sa production pétrolière, le Gabon n'a jamais valorisé son gaz. Celui-ci a toujours été brûlé par torchage. Le groupe Perenco, souvent accusé d'être un pollueur, est devenu numéro un de la réduction du gaz torché et producteur, depuis 2006, d'un tiers du gaz butane consommé dans le pays. À lire aussiLe Gabon veut troquer le gasoil pour du gaz

Nourrir l'Afrique avec les outils d'hier est devenu impossible. À Nouakchott, la 34e conférence de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du 13 au 17 avril, s'est achevée sur un constat : l'aide internationale se tarit. Le continent doit donc réinventer ses modèles de financement. Entre économie bleue, innovation numérique et coopération régionale, plusieurs pistes émergent déjà. De notre correspondant à Nouakchott, Oumar El-Hadj Thiam. Dans les couloirs du centre de conférence de Nouakchott, théâtre de la 34e conférence de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le constat est lucide. Si le potentiel agricole est immense, l'argent, lui, change de main. Les donateurs traditionnels, bousculés par les crises mondiales, se retirent. Mais pour Beth Bechdol, directrice générale adjointe de la FAO, ce n'est pas une fatalité, mais un appel à l'ingénierie financière : « C'est un moment où certains des financements traditionnels pour l'agriculture ont changé. Certains des donateurs qui ont longtemps soutenu le développement se retirent pour investir dans d'autres priorités. C'est donc un moment où je pense qu'il y a en fait assez de capital dans le monde. Il faut juste que nous l'acheminions aux bons endroits et avec les bons mécanismes. » C'est précisément l'ambition du Sénégal. À Dakar, la transformation des systèmes alimentaires passe par l'Atlantique. Pour Fatou Diouf, ministre sénégalaise des Pêches, la souveraineté alimentaire passe désormais par l'« économie bleue ». Le poisson, consommé à hauteur de 29 kilos par habitant au Sénégal chaque année, est le moteur de la résilience : « Qui parle d'agroalimentaire parle de pêche. Les ressources halieutiques jouent un rôle important dans la fourniture de protéines animales. Nous avons fait aujourd'hui de l'économie bleue le cœur de notre stratégie, en matière de pêche, d'aquaculture et de souveraineté alimentaire. Le Sénégal a déjà montré des gages de transparence avec la publication des listes des navires autorisés. » À lire aussiRapport FAO: l'accès à une alimentation de qualité demeure un défi économique majeur en Afrique Des modèles innovants à l'échelle régionale Au-delà des chiffres, c'est l'innovation sociale qui séduit les bailleurs. Le modèle sénégalais de « cogestion », qui implique directement les pêcheurs artisanaux dans la surveillance des côtes, est cité en exemple. Mais pour que ces efforts locaux portent leurs fruits, ils doivent s'intégrer dans une architecture régionale solide. Une priorité pour Momme Ould Beibat, ministre mauritanien de l'Agriculture : « Le renforcement de la surveillance, des systèmes d'alerte rapide et de la coordination transfrontalière demeure une priorité essentielle. Ces mesures sont non seulement plus efficaces, mais aussi moins coûteuses que la gestion des crises une fois qu'elles se sont déclarées. » Pour la Mauritanie, l'enjeu est désormais de transformer ces plans d'investissement en opportunités concrètes pour les filières prioritaires du pays grâce aux solutions numériques, comme l'analyse connectée des sols ou les plateformes d'accès direct au marché. À lire aussiL'insécurité alimentaire monte en Afrique de l'Ouest et au Sahel, la FAO appelle à l'aide

L'Afrique fait face à un déficit de financement de plus de 400 milliards de dollars par an. Pourtant, le continent dispose de près de 4 000 milliards de dollars d'épargne. Alors, pourquoi cet argent ne circule-t-il pas suffisamment ? À l'initiative de la Banque africaine de développement (BAD), des banquiers, des assureurs et des investisseurs se sont retrouvés début avril à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, pour repenser en profondeur la manière de financer le développement du continent. Routes, énergie, PME… En Afrique, les besoins de financement sont immenses. Mais faute de mécanismes adaptés, des milliards de dollars restent encore sous-utilisés. À l'ouverture des discussions, le président de la BAD, le Mauritanien Sidi Ould Tah, a dressé un constat sans détour : l'architecture financière actuelle du continent est, selon lui, « inadéquate et inadaptée ». Il estime que le problème ne réside pas dans la rareté des ressources, mais bien dans leur mobilisation. Une analyse partagée par le PDG de l'agence de notation Bloomfield. Pour Stanislas Zézé, un changement de paradigme s'impose : « Au niveau de développement où nous sommes, nous avons les ressources qu'il faut pour justement financer nos infrastructures, financer notre développement. Mais comme nous ne sommes pas bien organisés, nous avons l'impression de ne pas avoir l'argent. Le marché des capitaux est fragmenté. Les monnaies ne sont pas convertibles entre elles. Naturellement, ça crée des blocages. Donc aujourd'hui, il s'agit de lever tous ces verrous. » À lire aussiBanque africaine de développement: le nouveau président invite à «changer de paradigme» face aux défis du continent Des verrous qui freinent la circulation des capitaux à l'échelle du continent. Autre enjeu : la confiance. Les investisseurs institutionnels, comme les assurances ou les fonds de pension, qui disposent d'une épargne importante, restent prudents. Ils demandent davantage de garanties avant d'investir. Pourtant, ces mécanismes restent encore très insuffisants, comme l'explique Ngueto Tiraina Yambaye, président du Fonds africain de garantie et de coopération économique : « Tous les fonds de garantie africains ne couvrent que 10% du besoin de garantie en Afrique. Et sans garanties, les banques ne peuvent pas financer par exemple les entrepreneurs ruraux. Donc commençons par l'économie réelle, et l'Afrique se portera mieux. Donc notre rôle, c'est d'accompagner les banques, parce que nous sommes une certification de confiance. » À lire aussiSidi Ould Tah: la BAD veut «d'aller au-delà de l'aide publique au développement, vers l'investissement» Lever les verrous financiers À l'issue de la rencontre, les participants ont adopté un « Consensus d'Abidjan ». Un texte en onze points pour poser les bases d'une nouvelle architecture financière africaine. Le but : « Réorganiser la manière dont le capital et le risque sont mobilisés, structurés et déployés. » Mais concrètement, qu'est-ce qui change ? Selon le professeur Carlos Lopes, économiste bissau-guinéen, il faut « utiliser l'ensemble des institutions financières africaines comme un écosystème. Elles vont travailler ensemble avec le principe de la subsidiarité, ça veut dire qu'on essaie de multiplier les dollars et les engagements à partir de la difficulté qu'on avait d'isolement. » Une logique de coopération renforcée, dans laquelle la Banque africaine de développement joue un rôle de catalyseur du système financier du continent. À la clé, une plus grande autonomie financière pour l'Afrique, assure l'ex-premier ministre béninois, l'économiste Lionnel Zinsou : « Une fois de plus, l'Afrique va être victime de l'inflation et des hausses de taux d'intérêt, alors qu'elle a besoin de taux d'intérêt bas parce qu'elle a des besoins d'investissement très importants. Donc, plus on sera endogène, plus on travaillera avec nos propres ressources, moins on sera dépendants des chocs de l'extérieur. » Reste un défi : le manque de projets réellement viables. Pour y répondre, les acteurs misent sur une meilleure préparation des projets et des outils communs pour connecter investisseurs et opportunités. À lire aussiBAD: ce qui manque le plus: des leaders visionnaires

Depuis le début du conflit en Iran, les hubs aériens de Dubaï, Abou Dhabi ou Doha ont été fortement perturbés. Résultats : des voyages et des correspondances annulés, et des vacances reportées pour les touristes européens qui devaient faire leurs escales dans ces aéroports. Aux Seychelles, les autorités ont réagi très vite pour ne pas perdre leurs touristes qui représentent 70 % de leur PIB. Au début du conflit, les îles des Seychelles et ses plages paradisiaques ont perdu près de 40 % de leurs touristes. L'État et la compagnie Air Seychelles ont donc employé les grands moyens. En deux semaines, ils ont loué un avion de la compagnie émirienne Etihad, alors cloué au sol, pour remettre en place une ligne directe depuis Paris et Rome, qui n'existait plus depuis quatre ans. Pour Aurélie Bonvalet, qui gère l'agence de voyage Seychelles Attitude, cette initiative a permis de sauver les vacances de presque tous ses clients : « Très rapidement, avec les vols qui ont été mis en place avec Air Seychelles, on a pu s'occuper du rapatriement des clients. Et ensuite, de façon progressive, Air Seychelles a décidé d'étendre les rotations et la durée de ces vols-là, détaille-t-elle. Donc, ça nous a permis de faire un gros travail pour basculer toutes les réservations que nous avions déjà des clients, pour qu'ils partent en avril, en mai, en juin sur ces vols Air Seychelles. » Même si le conflit est toujours en cours, les touristes sont prêts à partir, en utilisant cette nouvelle ligne. « Même si ça a impacté le tourisme, dans le sens où les clients se sont inquiétés du bon déroulement des trajets pour aller jusqu'aux Seychelles, poursuit Aurélie Bonvalet, ils ont quand même une certaine confiance en la stabilité de la destination. » À écouter dans Écouter le mondeÉcouter les îles de l'océan Indien: les Seychelles Changement de destination pour les touristes de dernière minute Pour les voyageurs partis au tout début de la crise sans passer par une agence, la situation a été plus compliquée : beaucoup ont dû se débrouiller seuls pour trouver un itinéraire alternatif. Mais ils n'ont pas annulé leurs vacances pour autant, selon Kevin Teerovengadum, administrateur de groupes hôteliers en Afrique : « Les personnes qui partent actuellement en vacances, au mois d'avril, ont généralement réservé leur séjour six mois ou trois mois à l'avance. Parmi eux, très peu ont annulé leur voyage, souligne-t-il. En revanche, celles qui devaient réserver à la dernière minute ou celles qui devaient réserver pour le mois de juin ne le font pas pour l'instant. Elles préfèrent attendre de voir si la situation va évoluer au cours des deux prochains mois. » Autre frein : la flambée des prix. Les compagnies aériennes ont reporté la hausse du prix du carburant sur le prix des billets, parfois jusqu'à 25 % d'augmentation selon les destinations : « C'est le secteur hôtelier milieu de gamme qui va être le plus touché par la hausse du coût de la vie en Europe, analyse Kevin Teerovengadum. Les clients trois étoiles ont un budget plus limité pour voyager, on voit déjà que les hôtels de ce segment seront plus durement touchés que ceux du segment cinq étoiles, le très haut de gamme. » Sur le plan hôtelier, les Seychelles s'en sortent bien car l'archipel propose des établissements de luxe. D'autres destinations de la région peuvent subir une baisse des réservations, comme Madagascar, la Tanzanie ou l'île Maurice. Pour soutenir la demande, les tour-opérateurs multiplient les promotions avec des remises qui peuvent atteindre moins 30 % sur certains hôtels. À lire aussiPerspectives économiques du FMI pour l'Afrique: «C'est une situation difficile, mais il faudra tenir le cap»

Les autorités de Kinshasa veulent muscler les recettes fiscales de la capitale congolaise. En déplacement à Paris et Bruxelles, une délégation officielle a rencontré la diaspora pour l'inciter à mieux s'acquitter de ses impôts. Car malgré des investissements importants, notamment dans l'immobilier, les recettes fiscales restent largement insuffisantes. « Il y a déperdition. Nous l'avons quantifiée à plusieurs milliards de francs congolais. » Le constat est sans détour. Ces milliards manquants pèsent directement sur les finances de la ville-province de Kinshasa, en RDC. Pour tenter d'y remédier, Gérard Kaja Kambowa, chargé de mission à la Direction générale des recettes de Kinshasa, a fait le déplacement en Europe. Objectif : convaincre les Congolais de l'étranger de renforcer leur contribution fiscale. « Nous devons contribuer pour faire évoluer la fiscalité à Kinshasa vers une fiscalité tournée vers le développement. Et pour y parvenir, chacun doit être fier de participer à cet élan en payant impôts et redevances », plaide Gérard Kaja Kambowa. « À quoi bon payer les impôts si on ne sait pas où va l'argent ? » Un message entendu par la diaspora, mais qui se heurte à une défiance persistante. Jean Mulumba Butshie Mutuakashala, président de la plateforme COACOF (associations congolaises de France), reconnaît l'ampleur du problème. « C'est un réflexe naturel. Les gens se demandent pourquoi payer alors qu'on ne sait pas où va l'argent. Entre les affaires, la gabegie, cela alimente la méfiance. Ce sont des pratiques installées depuis longtemps », explique-t-il. Impôt foncier, taxes sur les revenus locatifs ou encore sur les véhicules : autant de prélèvements encore largement contournés, y compris par des propriétaires vivant à l'étranger. Pour simplifier les démarches, les autorités mettent en avant la plateforme numérique IRMS-DGRK. Elle permet de déclarer et payer ses impôts à distance, depuis n'importe quel pays. Selon Gérard Kaja Kambowa, le système est conçu pour lever les obstacles administratifs : « Chaque contribuable peut accéder à son compte fiscal, centraliser ses obligations et payer en toute sécurité. Il n'y a plus de tracasseries et plus d'excuses quand il faut contribuer au développement de notre nation » Au-delà de la modernisation administrative, l'enjeu est crucial : financer le programme « Kin Ezo Bonga », lancé l'an dernier. Ce vaste plan de transformation de la capitale, étalé sur cinq ans, représente plus de 10 milliards de dollars d'investissements. À lire aussiRDC: l'Union sacrée de la nation ouvre le débat sur la révision de la Constitution

En 2020, la Société financière internationale – la branche secteur privé de la Banque mondiale – et Google ont estimé que l'économie numérique africaine pourrait atteindre 712 milliards de dollars, soit 8,5 % du PIB d'ici à 2050. La zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) doit permettre de favoriser ces échanges et de les sécuriser. Avec un protocole signé en 2024, l'organisation panafricaine travaille actuellement à l'accélération de sa mise en œuvre. Dans le domaine de l'économie numérique, le continent africain dispose déjà de ses champions. « Un certain nombre de pays ont déjà harmonisé leurs réglementations. Par exemple, l'Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria, l'Égypte et le Ghana », met en avant Talkmore Chidede, expert du commerce numérique au secrétariat de la Zlecaf. En mission à Bruxelles dans le cadre d'une mission technique conjointe, il concède cependant que les défis ne manquent pas. « En Afrique, nous sommes face à une situation unique. Nous travaillons avec 55 États membres qui ont différents niveaux de développement, de langues, de systèmes juridiques. Et nous avons réussi à les rassembler. Et maintenant, en termes de défis, ce à quoi nous sommes confrontés, nous avons toutes ces disparités en termes d'infrastructures, en termes d'harmonisation réglementaire », détaille-t-il. En déplacement en Belgique, il souligne qu'il a fallu deux décennies à l'Union européenne pour s'acquitter de ces tâches « Mais en Afrique, nous ne comptons pas prendre 25 ans », assure Talkmore Chidede. Nshuti Mbabazi est la directrice de « Better than cash alliance » – une organisation hébergée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Elle promeut la transition vers l'économie numérique. Pour elle, la Zlecaf peut s'inspirer de l'Union européenne dans des secteurs très précis : « Il y a de grands domaines de collaboration, comme la cybersécurité, la gestion de la fraude, les paiements numériques, l'identification numérique, de sorte que nous puissions réaliser en Afrique les mêmes choses. En Belgique, par exemple, vous pouvez acheter un soda au distributeur que vous payez avec votre compte qui est en France. C'est ce que nous pouvons réaliser en Afrique. » Un travail avec la Commission européenne qui vise à échanger dans des domaines techniques tels que la gouvernance numérique, l'interopérabilité ou encore les flux de données transfrontaliers. Les objectifs sont eux très pratiques. « Il s'agit simplement de faire en sorte que lorsque je quitte le Malawi par exemple pour aller au Ghana, je puisse utiliser mon compte du Malawi pour payer au Ghana sans avoir besoin d'y ouvrir un nouveau compte », explique l'experte. Reste également des défis très concrets qui vont du manque d'infrastructures tel que les centres de données par exemple au prix des datas encore très élevé dans certains pays. À lire aussiZlecaf: où en est le pari de l'intégration économique africaine ?

Pour la première fois, le secteur bancaire a franchi un seuil historique de revenus en Afrique : 100 milliards de dollars. C'est le cabinet de conseil McKinsey qui le révèle dans une étude. Au-delà de ce chiffre et de cette bonne performance, se cachent en réalité des disparités et des déséquilibres sur le continent. Avec 107 milliards de dollars l'an dernier, jamais le secteur bancaire n'avait généré autant de revenus sur le continent, d'après le cabinet McKinsey. Il affiche même l'un des niveaux de rentabilité parmi les plus élevés au monde, avec un retour sur fonds propres de 19 % en 2024, contre environ 10 % à l'échelle mondiale. « C'est une combinaison de marges d'intérêt qui sont assez confortables, explique Xavier Jopart, conseiller exécutif chez McKinsey, mais aussi d'un développement de sources de revenus qui viennent beaucoup plus d'activités de paiement, d'activités plutôt transactionnelles ou de services. Et puis, on a un effet de réduction de la base de coûts parce que le secteur grandit et donc capture des économies d'échelle. » « Il est incontestable que le nombre d'acteurs africains a profondément augmenté, estime Benoît Chervalier, ancien haut fonctionnaire à la Banque africaine de développement et directeur exécutif de la chaire Afrique de l'Essec. On parle souvent de la cession d'un certain nombre de filiales de banques internationales. Elles ont toutes été rachetées par des opérateurs africains. » À lire aussiEn Afrique, le secteur financier entre dans l'ère de la rentabilité, de l'IA et de la cybersécurité 5 pays concentrent 70 % des revenus Le secteur bancaire reste pour l'heure très déséquilibré sur le continent. L'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Égypte, le Maroc et le Kenya concentrent à eux seuls près de 70 % des revenus. Pour Xavier Jopart, « cela s'explique par la taille de l'économie dans ces pays, mais aussi par la taille de la population et la maturité du secteur bancaire sur place ». En plus de ce déséquilibre géographique, le marché bancaire africain présente aussi un certain nombre de fragilités. « Il est soumis aux aléas macroéconomiques, à la volatilité des prix des matières premières et à l'inflation, souligne Xavier Jopart. Pour un nombre croissant de pays, l'augmentation de la dette publique pose aussi des limites quant à la possibilité pour l'État d'emprunter, d'initier des développements en infrastructures importants ». D'autant que malgré ces bons résultats, le marché africain reste modeste : il génère par exemple 10 fois moins de revenus que le secteur européen. À lire aussiSidi Ould Tah: la BAD veut «d'aller au-delà de l'aide publique au développement, vers l'investissement»

Après des décennies marquées par des crises politiques et sécuritaires ayant freiné l'essor économique de son pays, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, affiche une ambition claire : faire de l'agriculture le pilier stratégique du développement national. L'objectif est de stimuler la création de richesses, générer des emplois durables, accroître les recettes d'exportation et garantir la sécurité alimentaire. Dans un pays où la majorité de la population vit essentiellement de l'agriculture, la modernisation du secteur apparaît désormais comme une priorité incontournable. Avec notre correspondant à Bangui, Au cœur de ces champs de maïs, d'arachides et de manioc, la saison des récoltes marque, en Centrafrique, l'aboutissement de longs mois de patience et d'efforts, où le travail accompli prend enfin tout son sens. Pour Gustave, propriétaire de la plantation, cette période représente non seulement un moment pour tirer profit de son travail, mais aussi une occasion d'envisager des améliorations concrètes afin d'optimiser les conditions de travail : « Cela fait 20 ans que je suis dans l'agriculture, mais rien ne change vraiment pour nous. Nous avons des terres en abondance, mais nous n'avons pas la capacité d'augmenter les superficies cultivées. Il nous manque des crédits agricoles et du matériel, pour mieux faire. » Sous la surface du sol, l'arachide dissimule sa richesse. Pour la récolter, il faut extraire la plante, la débarrasser de la terre qui l'enveloppe. Ici, les familles travaillent collectivement, avec des méthodes simples et traditionnelles. « Nous vendons nos produits à l'état brut après la récolte. Il n'existe pas de stratégie efficace de transformation locale. Trop souvent, nous les vendons à bas prix, puis ils nous reviennent transformés à un coût plus élevé. Le travail est pénible, car nous travaillons manuellement », regrette Élodie, qui est cultivatrice. « Notre priorité est d'investir dans la mécanisation, l'irrigation et l'accès à des intrants de bonne qualité » Confronté à de multiples défis, le gouvernement affiche de grandes ambitions. Lors de sa première prise de parole après sa réélection pour un nouveau mandat de sept ans, le président Faustin-Archange Touadéra a réaffirmé sa volonté de faire de l'agriculture le pilier stratégique de l'économie nationale : « Notre priorité est d'investir dans la mécanisation, l'irrigation et l'accès à des intrants de bonne qualité. Il s'agit de promouvoir une agriculture moderne afin d'augmenter les rendements. De nombreux agriculteurs ont des projets viables, mais manquent de moyens financiers. Nous allons les former aux bonnes pratiques agricoles et créer un fonds national de crédit agricole. Les banques locales nous aideront à renforcer ce dispositif. » Pour des économistes tels que Lorenzo Ganazoui, une seule solution s'impose : relancer de vastes activités agricoles dans les zones contrôlées par l'État. « Il fut un temps où la croissance du produit intérieur brut était à 55% portée par l'agriculture. Et aujourd'hui, quand vous posez la question aux décideurs, ils disent que c'est l'insécurité répétitive qui fait en sorte qu'il y a eu délaissement de ce secteur », détaille cet expert. Il s'interroge sur la lenteur des investissements malgré l'amélioration sécuritaire dans certaines régions du pays : « Pourquoi est-ce qu'on n'a pas pris le temps de commencer à intensifier l'agriculture dans ces zones-là, en attendant de pacifier les autres zones ? Attendre à ce qu'on puisse pacifier tout le territoire avant de penser à porter l'économie agricole, c'est attendre une éternité qui n'existerait jamais. » Aujourd'hui, la sécurisation des zones agricoles demeure un enjeu majeur. De nombreux villages continuent d'être la cible d'attaques des coupeurs de route. Ces incursions répétées entravent momentanément les activités agricoles des populations du nord-ouest et du sud-est. À lire aussiCentrafrique : les défis du président Faustin-Archange Touadéra, investi pour un nouveau mandat

En Éthiopie, le business du khat, cette plante aux effets proches des amphétamines, est devenu au fil des années un eldorado économique pour la population de l'est du pays. De plus en plus d'agriculteurs de la région délaissent même la culture historique du café pour celle du khat, jugée plus rentable. Reportage au marché de khat d'Aweday, l'un des plus grands au monde. Ce dimanche matin, le marché au khat d'Aweday est en pleine effervescence. Les clients se bousculent sur l'allée principale et se frayent un chemin au milieu des camions venus chercher la marchandise. Dans cette région de l'est de l'Éthiopie, le business du khat est florissant et fait vivre des milliers de producteurs, dont une majorité de femmes, comme Halima. Foulard rouge sur la tête, elle trie les fines branches à même le sol : « Tous les jours, je viens au marché vendre ma marchandise. Je fais ça depuis 20 ans. Ce n'est pas un métier stable. Un jour ça va, le lendemain, ça peut être compliqué, en fonction des cultures, explique-t-elle. On n'a pas d'autre opportunité, c'est le seul travail qu'on peut faire ici. Tout ce que je gagne pour ma famille vient du khat, c'est ma seule ressource financière. » La production du khat génère beaucoup d'emplois dans cette zone où les opportunités économiques sont minces. Après cinq ans d'études à l'université de Jijiga, en région Somali, Hamsa est devenu revendeur de khat : « Quand j'ai obtenu mon diplôme, à l'époque, je n'ai vu aucune opportunité offerte par le gouvernement. Alors, j'ai commencé à travailler dans ce secteur. Mon travail quotidien consiste à acheter le khat, puis à l'envoyer en région Somali. C'est très difficile, car nous travaillons, tous les jours, jour et nuit. » La culture historique du pays, le café, remplacée par celle du khat Ces dernières années, le business du khat, porté par plus de deux millions de producteurs, a explosé en Éthiopie. Dans certaines zones, jusqu'à 64% des agriculteurs ont même remplacé la culture, historique, du café par le khat, bien plus rentable. Seneshaw Tamru, économiste au sein de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, analyse : « Le café n'est récolté qu'une fois par an et son rendement varie d'une année à l'autre en raison notamment de facteurs physiologiques. Le café est également l'une des cultures les plus sensibles au climat, il est donc aussi vulnérable aux maladies et aux ravageurs. Contrairement au café, le khat peut être récolté trois ou quatre fois par an. Il est considéré comme une excellente culture de rente. » À long terme en revanche, la production de khat s'avère moins avantageuse. « La plupart des agriculteurs sont impatients et ils veulent donc des bénéfices immédiats et à court terme, nuance-t-il. Pour cela, le khat est tout à fait approprié. Mais certaines études montrent qu'à long terme, même pour les agriculteurs, le café est plus rentable que le khat, notamment en termes de revenus par hectare. » Au marché d'Aweday, un kilo de khat est vendu entre 1 000 et 15 000 birrs le kilo, soit entre 5 et 80 euros. À lire aussi«Du jamais vu!»: les coffee shops d'Addis-Abeba face à l'explosion des prix du café

En Tunisie, la centrale syndicale de l'UGTT (Union générale tunisienne du travail) est appelée à se repositionner politiquement après le renouvellement de sa direction lors d'un congrès électif anticipé fin mars. Une première grève sectorielle dans l'enseignement secondaire, le 7 avril, a donné le ton. Assiste-t-on au retour de cette organisation historique au premier plan ? « Une grève en présentiel » : les enseignants se sont tout de même retrouvés dans les écoles, l'habituel rassemblement des enseignants devant le ministère de l'Éducation n'a pas eu lieu. Mohamed Essaifi est le secrétaire général de la fédération de l'enseignement secondaire, basé dans la ville de Sfax, à l'est de la Tunisie. Il explique ce changement de stratégie après une année de tensions : « Malgré la campagne de diffamation dont nous sommes souvent victimes, la participation à la grève a atteint entre 60 et 70%, ce qui reste significatif dans un contexte où le gouvernement déduit maintenant les jours de grève des salaires, comme on l'a vu en février dernier lors des mouvements de grève précédents. D'où la décision de rester désormais présent dans les établissements pendant la grève. » Parmi les raisons de la grève, des augmentations salariales promises depuis des accords de 2019 et 2023 de 100 dinars par enseignant soit 30 euros, toujours pas appliquées, ainsi qu'une absence totale de dialogue avec le ministère de tutelle : « Nous avons énormément d'autres problèmes, la violence à l'école, le décrochage scolaire, la surcharge de travail, mais il n'y pas de dialogue social depuis des mois, et donc pas de communication entre le ministère de l'Éducation et le syndicat enseignant. Ce qui témoigne aussi d'un problème plus large à l'échelle nationale, où nous sommes totalement exclus de toutes les réformes. » Le 23 mars 2026, à une semaine du congrès de la Centrale syndicale, le président Kaïs Saïed a réuni ses ministres pour parler des augmentations salariales dans plusieurs secteurs, sans l'UGTT. Aujourd'hui, deux semaines après le congrès électif de la Centrale, et malgré ses appels à la reprise d'un dialogue, les demandes sont restées lettre morte selon le chercheur en sciences politiques Mohamed Dhia Hammami : « Jusqu'à maintenant, il n'y a pas eu d'indicateur d'apaisement entre l'UGTT et la présidence. L'objectif de Kaïs Saïed est d'isoler politiquement l'UGTT, et donc d'affaiblir son levier qui est essentiellement basé sur la représentation de la place des travailleurs. » L'UGTT devait profiter du congrès pour se renforcer après une crise en interne de plusieurs années, mais un repositionnement en force sur la scène politique reste encore incertain. À lire aussiTunisie: Slaheddine Selmi prend la tête de l'UGTT avec la promesse de relancer le dialogue social

Avec des prix de l'électricité parmi les plus bas d'Afrique de l'Est, le marché des véhicules électriques décolle en Tanzanie. Une opportunité saisie par l'entreprise JTP, parmi les premières à proposer des modèles utilitaires 100 % électriques, avec l'ambition de verdir les transports tout en réduisant les coûts. Un tour de clé, quelques bips à peine audibles : le camion de deux tonnes est en marche. Le modèle Sasa EV, entièrement électrique, se distingue par son silence. Mais au-delà de l'argument écologique, c'est surtout son coût d'exploitation qui séduit. « Comparé à un camion traditionnel, avec la crise du pétrole et les prix actuels, on économise jusqu'à 90 % du coût par kilomètre », affirme Amar Shangavi, directeur et fondateur de JTP. Une recharge complète coûte environ 4 euros pour une autonomie de 250 kilomètres. À titre de comparaison, avec un litre d'essence à 1,25 euro à Dar es Salaam, parcourir la même distance reviendrait à plus de 28 euros pour un véhicule thermique. JTP propose une gamme variée, de la voiture compacte au van en passant par les SUV, tous importés de Chine. « Le marché chinois est aujourd'hui saturé. Les constructeurs cherchent donc à exporter, et l'Afrique est bien placée pour bénéficier de ces prix compétitifs », explique Amar Shangavi. Des infrastructures encore limitées Des prix attractifs, mais également une expertise désormais reconnue dans l'électrique : des arguments qui ont convaincu Matthew Haden, fondateur de l'entreprise de recyclage The Recycler, parmi les premiers clients de JTP. Mais des interrogations subsistent : « La Tanzanie n'est pas la Chine. Nous avons des pluies intenses, des routes abîmées… Il faut voir comment les véhicules tiennent ici, et surtout comment accéder aux pièces détachées et assurer les réparations rapidement. » Autre obstacle majeur : le réseau de recharge, encore embryonnaire. Le pays ne compte qu'une quinzaine de bornes, principalement dans les grandes villes, et les coupures de courant restent fréquentes. « Nous développons actuellement des stations de recharge à Dar es Salaam. L'objectif est de permettre des recharges rapides, même en cas de coupure nocturne », assure Amar Shangavi. Le gouvernement tanzanien vise 500 bornes d'ici 2030. Avec plus de 60 % de son électricité issue de sources renouvelables, la Tanzanie dispose d'un atout majeur pour accompagner cette transition. À lire aussiPrix des carburants: la guerre au Moyen-Orient souligne la vulnérabilité de la RDC

Le Maroc importe directement 88 % de ses besoins en hydrocarbures, pétrole ou gaz, pour une facture qui se situe entre 10 et 13 milliards de dollars. Déjà impacté par la montée des prix des carburants de 25 % à 35 %, Rabat craint une nouvelle poussée inflationniste qui pourrait peser fortement sur le porte-monnaie des ménages. De notre correspondant à Casablanca, Le 1er avril, les prix à la pompe ont augmenté pour la deuxième fois en deux semaines au Maroc. Au total, le gasoil a bondi de près de 35 % et l'essence de 25 %. Une situation difficile à gérer pour Yehia. Ce chauffeur de taxi de 68 ans se rend à la station-service tous les jours. Il témoigne : « Chaque jour 15 litres, le prix s'élèvera à 15 dirhams. Ça va mal aller si ça augmente encore, parce que tous les citoyens vont laisser leur voiture. Ils vont circuler en transports [en commun] car ils n'ont pas les moyens de consommer. » Mais Yehia se rassure, l'État a promis une aide directe pour les chauffeurs de taxi dans les semaines à venir. En revanche, pour ce ressortissant ivoirien, à la tête d'une petite entreprise de livraison en scooter, l'augmentation des prix du carburant affecte directement ses marges. « On est obligé de laisser les mêmes prix de livraison parce que les clients sont déjà habitués. Quand tu veux augmenter, ils disent que tu es trop cher, qu'ils vont aller voir ailleurs », confie-t-il. À lire aussiPrix des carburants: la guerre au Moyen-Orient souligne la vulnérabilité de la RDC Un risque inflationniste Si la guerre se poursuit et que le prix des hydrocarbures reste élevé ou, pire, continue d'augmenter, le Maroc pourrait connaître une poussée inflationniste, selon Mohammed Jadri. « Bien évidemment, on va rentrer dans une vague inflationniste. Il ne faut pas oublier qu'en 2022, on a fait l'année avec un taux d'inflation de 6,6 %. Et en 2023 aussi, on a clôturé l'année avec un taux d'inflation de 6,1 %, explique l'économiste marocain. Donc, une nouvelle vague inflationniste n'est pas loin de l'économie marocaine. Surtout que l'impact des produits pétroliers ici, au Maroc, c'est un impact direct sur le coût de production, sur le coût du fret, des transports et de la logistique. Et puis à la fin, c'est le simple citoyen qui va payer les pots cassés. » Selon Mohammed Jadri, cette crise énergétique pourrait en revanche bénéficier à moyen terme au pays : les pays européens importateurs de pétrole choisiraient les ports de Tanger ou de Nador pour constituer leurs réserves stratégiques. En attendant ces hypothétiques investissements, il y a quelques jours, la ministre de l'Énergie, Leïla Benali, a tenu à rassurer en indiquant que le royaume avait constitué des stocks de 47 jours de gasoil et de 52 jours d'essence. Ce qui est insuffisant, cependant, pour réguler les prix. À lire aussiGaza face aux conséquences de l'explosion des prix et de la pénurie de carburant

Du 7 au 9 avril s'est tenue à l'OCDE, à Paris, la réunion annuelle du Réseau de prévention des crises alimentaires (RCPA). Elle a réuni les principaux acteurs gouvernementaux et ONG d'Afrique de l'Ouest et du Sahel dans le domaine. Si le bilan agricole de la dernière campagne a permis de franchir la barre des 80 millions de tonnes de céréales produites, 50 millions de personnes sont néanmoins encore touchées par l'insécurité alimentaire. Le conflit au Moyen-Orient pourrait aggraver la situation. Le conflit au Moyen-Orient – même si un cessez-le-feu a été décrété – risque de faire basculer près de 10,5 millions de personnes en plus dans l'insécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest et au Sahel, selon le PAM. Parmi les pays les plus à risque dans la région, la Gambie. « Si l'on considère la situation, c'est alarmant. D'abord, les prix de l'énergie ont augmenté et, dans le même temps, ce sont aussi les prix des engrais qui ont augmenté. Tout cela va avoir des effets sur la production, surtout sur les petits exploitants. Donc, si la situation ne change pas, cela va avoir de sérieux impacts sur nos moyens de subsistance », s'inquiète Saikou Sanyang, secrétaire général du département gambien de l'Agriculture. Car s'il y a un cessez-le-feu en Iran, la normalisation du trafic maritime est encore loin d'être effective. Le Comité inter-État de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) – une organisation régionale dédiée notamment à la recherche sur les questions alimentaires – guette les possibles difficultés de production liées au contexte international. Sy Martial Traoré, le coordinateur régional d'appui à la sécurité alimentaire du CILSS : « La majorité des importations sont toujours en cours, donc cela risque vraiment d'affecter la disponibilité d'engrais si la situation n'est pas bientôt réglée. La campagne au niveau de la zone humide a déjà commencé. La grande saison a déjà commencé. Pour la zone du Sahel, on a encore un mois. Donc, on se dit qu'à partir de mai, on sera au début de la saison et les engrais doivent être déjà disponibles. Donc, on se dit qu'il y aura vraiment un impact sur la campagne en termes de disponibilité et de coût pour les engrais. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: l'insécurité alimentaire dans le monde pourrait atteindre un nouveau record, avertit l'ONU Anticipation et production locale Un secteur très sensible aux chocs. Le Bénin a lui trouvé la parade. « Actuellement, on parle de la guerre au Moyen-Orient, mais le Bénin n'a pas ce souci-là puisque les intrants, notamment les engrais, sont déjà sécurisés par le Bénin », assure Dominique Dédégbé, en charge des questions de sécurité alimentaire au ministère béninois de l'Agriculture. « Le Bénin a déjà lancé des commandes depuis octobre 2025. On a déjà anticipé sur la commande des engrais qui sont déjà pratiquement là. Depuis des années, le Bénin anticipe sur ces commandes, ce qui fait que même pendant la crise russo-ukrainienne, on n'a pas eu trop de problèmes par rapport à l'approvisionnement en engrais », détaille-t-il. Autre piste de solution : la production d'engrais au niveau local. La disponibilité de l'industrie nigériane de Dangote fait espérer une plus grande indépendance face aux importations extérieures dans la région. À lire aussiNigeria: la raffinerie Dangote répond, en Afrique, aux conséquences pétrolières de la guerre au Moyen-Orient

Le conflit au Moyen-Orient se répercute sur l'économie africaine. C'est particulièrement le cas en ce mois d'avril sur le marché du bétail, durement touché. Les pays de la Corne exportent pratiquement toute leur production vers les pays du Golfe. Malgré le cessez-le-feu, les animaux sont toujours bloqués au port de Berbera, au Somaliland, principal point d'exportation du bétail. Le marché représente de quatre à cinq millions de têtes par an. La période est cruciale. La fin du ramadan, l'Aïd el-Fitr et la fête du sacrifice, le Hadj fin mai, représentent pour beaucoup d'exportateurs de bétail pratiquement l'intégralité de leur chiffre d'affaires sur l'année. Mais au port de Berbera, au Somaliland, de nombreux animaux restent à quai. « Beaucoup de monde parle uniquement du pétrole, explique Ridwan Ibrahim, directeur des opérations chez l'exportateur de bétail Qabyo Tire. Évidemment, le pétrole, c'est ce qui fait tourner le monde. Mais il y a aussi le bétail, l'alimentation qu'on oublie. Depuis le début de la guerre, nous n'avons pas exporté vers les pays du Golfe, à l'exception de l'Arabie saoudite, car nous pouvons passer par Bab-el-Mandeb. Mais pour des pays comme Bahreïn, le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis, nous avons eu beaucoup d'annulations et nous n'avons pas pu y exporter à cause de la fermeture du détroit d'Ormuz. » Les prix des transporteurs ont aussi doublé, passant de 100 euros la tonne exportée à 200. Les éleveurs qui ont acheminé les animaux à pied ou en camion restent coincés au port en attendant que les bateaux repartent. Une situation difficile pour de nombreuses communautés de la région qui en dépendent. « Le bétail converge de très loin vers Berbera, c'est-à-dire de l'intérieur des espaces pastoraux de l'Éthiopie, de Somalie, y compris de Somalie du Sud, parfois même du nord du Kenya. affirme Géraldine Pinauldt, chercheure associée au Centre français des études éthiopiennes. Une partie du bétail va être exportée vers le Kenya, pour approvisionner les commerces et les villes en bétail vivant. Il y a une partie de ce bétail qui va également être exportée depuis le Kenya vers les pays du Golfe. » Selon la spécialiste, le marché représente 85% des exportations dans la région séparatiste de Somalie, le Somaliland. Pour la Somalie, c'est plus de la moitié. Pour l'Éthiopie, les exportations représentent officiellement beaucoup moins, mais une grande partie du marché demeure "informelle".Les infrastructures se développent pour abattre les animaux et exporter leur viande. Il existe une dizaine d'abattoirs modernes en Éthiopie tournés vers l'export. Pour Kelifa Hussein, président de l'Association éthiopienne des exportateurs de viande, il faut diversifier le marché : « Ethiopian Airlines dessert plus de 60 villes dans différents pays d'Afrique. Nous essayons donc d'exporter vers plusieurs pays africains pour moins dépendre des pays du Golfe. On a essayé de diversifier même avant le conflit. Nous avons exporté des échantillons vers certains pays pour tester le marché. Nous essayons de vendre en Guinée et au Sénégal. » Principal obstacle : les protocoles sanitaires. Pour obtenir une certification, il faut un accord bilatéral avec le pays destinataire. Un processus long à mettre en place. L'annonce du cessez-le-feu en Iran est une bonne nouvelle pour les acteurs du secteur, même s'ils restent prudents. Mais il faudra de nombreuses semaines avant un retour à la normale, si le détroit d'Ormuz s'ouvre durablement. À lire aussiCessez-le-feu au Moyen-Orient: «Un rapport de force se joue entre Israël et les États-Unis»

Le gouvernement égyptien a récemment lancé « l'obligation citoyenne ». Il s'agit d'un bon du Trésor à destination des particuliers avec un taux avantageux. Accessible dans tous les bureaux de poste du pays, l'initiative est un succès pour un État qui cherche par tous les moyens à réduire son ratio de dette publique par rapport au PIB. Avec notre correspondant au Caire, Diversifier la dette publique à tout prix : c'est l'objectif affiché par Maï Adel, vice-ministre des Finances. Depuis son bureau au 15e étage du ministère, elle confie : « L'Égypte dispose d'une liquidité importante, mais notre principal obstacle sur le marché domestique est la concentration. Cette culture d'investissement direct dans les bons du Trésor, les obligations ou les titres publics n'est pas encore répandue dans le pays. » Pour y remédier, le gouvernement de Moustafa Madbouli a lancé en février une « obligation citoyenne ». Ce titre, d'une durée de 18 mois, offre un rendement annuel de 17,75% à l'ensemble de la population via les bureaux de poste. Ce grand succès a permis d'atteindre les populations sans comptes bancaires et les personnes en dehors de la capitale. La vice-ministre en fait un bilan positif : « Nous avons constaté un fort engouement de la part des clients, et beaucoup de gens ont même commencé à se demander ce qu'était une obligation lors de cette première opération qui n'a duré que trois semaines. Puis, nous avons ouvert et clôturé à la mi-mars. Le montant total s'est élevé à 5,6 milliards de livres égyptiennes. » Un succès toutefois à relativiser La dette publique égyptienne atteint aujourd'hui 84% du PIB, rappelle Mohammed Ramadan. Selon l'économiste au sein d'une ONG locale, il faut relativiser ce succès : « Beaucoup de personnes ont participé, mais le montant total collecté par le gouvernement reste encore très faible. » Pour lui, cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large, la recherche de financement en dehors du secteur bancaire par le gouvernement. « Les bureaux de poste constituent traditionnellement une épargne pour les Égyptiens les plus modestes. La plupart des comptes ou portefeuilles sont de petits montants, 10 000 ou 50 000 livres. L'objectif est simplement de mobiliser cet argent à moindre coût », souligne-t-il. Malgré ces limites, le ministère des Finances entend poursuivre sur cette lancée. Fort du succès de l'opération, il a déjà annoncé une nouvelle émission d'obligations citoyenne à la mi-avril.

À Baoro, petite ville de l'ouest de la République centrafricaine, située à environ 200 kilomètres de la frontière camerounaise, la vie reprend progressivement son cours après plusieurs années de crise. Grâce au retour progressif de la paix, de nombreux réfugiés centrafricains ont pu regagner leur terre natale. Aujourd'hui, Baoro s'impose comme l'une des principales localités d'accueil des rapatriés. La ville a été désignée, il y a un an, comme pôle de développement, une zone stratégique choisie pour accueillir et stimuler des projets socio-économiques. Avec notre envoyé spécial à Baoro, Alignés le long des enclos ou éparpillés dans les pâturages, les bœufs broutent paisiblement une herbe verte. À leurs côtés, quelques veaux, encore fragiles et hésitants, restent près des vaches. À leur retour au pays, ces réfugiés ont reçu quelques têtes de bétail. Aujourd'hui, leur troupeau compte une centaine d'animaux au sein du groupement « Mo ba tè », ce qui signifie « Mène ta vie ». Le regard attentif, Simplice Ngaya, chef du secteur de l'élevage à Baoro, accompagne ces réfugiés rapatriés depuis six ans : « L'élevage est très bénéfique pour cette communauté retournée. Il leur permet de subvenir à leurs besoins, notamment lors de la rentrée scolaire, en vendant quelques têtes de bétail pour payer la scolarité de leurs enfants, ou encore de faire face aux dépenses en cas de problème de santé. » La vente d'animaux qui peut rapporter de 20 000 à 100 000 francs CFA. L'élevage, mais surtout l'agriculture, est cœur de cette dynamique. À quelques pas de là, sous un soleil brûlant, une centaine d'hommes et de femmes s'activent sans relâche dans une vaste plantation. Leurs vêtements, marqués par la poussière et la sueur, témoignent de l'effort quotidien. Parmi eux, Doui Dieudonné, 43 ans, réfugié rapatrié après dix années d'exil au Cameroun. « Notre groupement est composé de réfugiés retournés. Nous cultivons le haricot rouge, la courge, l'arachide, la patate douce, le maïs, l'igname ainsi que divers légumes, témoigne-t-il. La crise nous a fait tout perdre : nos maisons, nos proches, nos activités économiques et nos moyens de subsistance. L'agriculture représente pour nous une source de reconstruction économique. » 75 000 Centrafricains réfugiés déjà retournés Au marché de Baoro, les étals réapparaissent progressivement, témoignant d'une reprise de la vie économique. Les petits commerces se diversifient à nouveau : produits alimentaires, articles électroniques, biens ménagers, objets artisanaux et vêtements retrouvent leur place dans les allées du marché. « La plupart de ces commerces sont tenus par des rapatriés revenus s'installer. Mais j'avoue que ce pôle de développement met en place des programmes importants. Je constate la création d'emplois, la réhabilitation des habitations et le développement des infrastructures », assure Marcelin, un habitant de la localité. Depuis le début de la crise, environ 75 000 Centrafricains réfugiés ont déjà regagné leur pays. « C'est le début du développement. Dans cette mission, nous cherchons à savoir quels réfugiés souhaitent retourner au pays, à quel moment et vers quelles localités. Nous faisons de notre mieux pour que, lorsqu'ils rentrent, nous soyons bien préparés à les accueillir. C'est pourquoi nous utilisons le rapatriement comme une opportunité pour développer les zones de retour et les transformer en pôles de développement. L'intégration locale s'appuie sur la formation professionnelle, l'éducation et les activités économiques, afin que les personnes retournées deviennent un atout pour le développement », explique Williams Chemaly, représentant du HCR . Un an après son lancement, les premiers résultats sont jugés encourageants par les observateurs. La vision portée par le gouvernement, en collaboration avec ses partenaires, consiste à mettre en place au moins quatorze pôles de développement répartis dans les différentes régions du pays, afin de faciliter la réinstallation des réfugiés dans leur pays d'origine.

La guerre au Moyen-Orient complique les opérations humanitaires en Afrique. La perturbation des routes commerciales retarde l'acheminement des médicaments dans les zones de crise, comme au Soudan ou au Mali. Un véritable défi logistique et financier que doit relever l'ONG Alima, basée à Dakar et spécialisée dans la médecine d'urgence dans 13 pays du continent. De notre correspondante à Dakar, Point de passage essentiel pour acheminer les médicaments en Afrique, le détroit d'Ormuz relie Dubaï à Port-Soudan, à l'est du continent. Mais ces dernières semaines, les marchandises doivent être détournées par le cap de Bonne-Espérance. Une fois arrivées sur les côtes ouest-africaines, elles transitent par la route. « Pour les quelques bateaux qui continuent toujours à naviguer, ce contournement a un coût très élevé, explique le docteur Rodrigue Alitanou, directeur des opérations de l'ONG Alima, basée à Dakar. C'est plus de 2 000 euros d'ajout pour chaque conteneur. Donc ça a un impact sur nos retards de livraisons, mais aussi le nombre de bénéficiaires que l'on peut soigner. » Autre source de pression sur les capacités financières de l'ONG : la hausse du prix du carburant, alimentée par les tensions autour du détroit d'Ormuz. « Aujourd'hui, on est à 40% de hausse du prix du litre d'essence sur nos différents pays d'intervention en moyenne », affirme Rodrigue Alitanou. « L'accessibilité est déjà un défi » Résultat, une inflation du coût global des opérations humanitaires, comme au Soudan par exemple. « Aujourd'hui, le coût a presque triplé pour chaque camion qui arrive jusqu'à nous, regrette le docteur Haruna Tarfa, référent médical de l'ONG à Tawila dans le Nord-Darfour, où vivent plus de 630 000 déplacés. Ces prochains jours, nous risquons de manquer de kits maternels et de médicaments généralistes. Cela concerne aussi les enfants malnutris que nous soignons et qui ont besoin d'un traitement. » Le Soudan fait partie des zones de crise où les difficultés logistiques sont décuplées par le contexte international. « Au Nord-Darfour, l'accessibilité est déjà un défi, poursuit Haruna Tarfa. On a des options très limitées en termes d'acheminement des médicaments. Avec les événements en cours, les impacts seront tels qu'il sera très difficile pour nous de nous adapter. » Même crainte exprimée au Mali, où l'ONG a déjà dû ralentir ses activités. Avec l'embargo sur les importations de carburant décrété par les jihadistes du Jnim, « ce sont des dizaines de villages qui n'ont plus accès aux soins parce qu'on arrive plus à se mouvoir », explique Rodrigue Alitanou. Si d'ici trois mois, le contexte international n'évolue pas favorablement, l'ONG prévoit un important recul forcé de ses activités. À lire aussiSoudan du Sud: des centaines de milliers de déplacés entre janvier et fin mars 2026 selon l'ONU

En Afrique du Sud, la culture du macadamia est une filière agricole de niche, mais très rentable. Le pays est le premier exportateur et producteur au monde de cette noix considérée comme un produit haut de gamme, avec plus de 80 000 tonnes récoltées l'année dernière. Mais si le secteur a connu une belle progression ces dernières années, il doit désormais faire face à plusieurs obstacles. De notre correspondante à Johannesburg, La société Empire, dont les entrepôts sont situés dans une zone industrielle au nord de Johannesburg, commercialise les fruits à coques du pays, dont les macadamias. C'est une culture destinée principalement à l'exportation, puisque plus de 90% de la production du pays part à l'étranger. Les États-Unis sont le plus gros acheteur de macadamias décortiquées. Même si le secteur n'est désormais plus concerné, les barrières tarifaires instaurées par Donald Trump ont perturbé l'industrie. « Presque tout au long de l'année dernière, il y avait une taxe de 30 % appliquée, explique Pieter van der Westhuizen, l'un des propriétaires d'Empire. Heureusement, en décembre, l'administration Trump a réduit ces tarifs sur les macadamias et les agrumes, les remettant à zéro. Mais le problème, c'est que les habitudes d'achat en Amérique du Nord ont beaucoup changé à cause de l'incertitude. » À lire aussiDroits de douane: après la décision de la Cour suprême américaine, l'incertitude prévaut en Afrique du Sud Mieux valoriser la production Autre source d'inquiétude : la Chine, qui importe massivement des noix sud-africaines non décortiquées, a massivement planté des arbres ces dernières années, et voit sa production augmenter. « Les noix sud-africaines y sont achetées pour leur qualité, car traditionnellement, elle est supérieure », raconte Philip Moufarrige, à la tête de AmberMacs, une entreprise qui transforme les noix de macadamia des exploitants agricoles locaux. « Mais ils s'adaptent très rapidement, en plantant des arbres, et ils ont finalement obtenu une qualité compétitive l'année dernière, poursuit-il. Maintenant, les noix en coque sont achetées aux agriculteurs sud-africains pour être transformées en Chine, puis vendues aux clients en Europe et en Amérique, en proposant des prix plus bas. » L'industrie sud-africaine doit donc chercher de nouveaux marchés, et mieux valoriser sa production, à l'image de Philip Moufarrige qui a développé une marque de lait de macadamia. Une autre entreprise a également convaincu la marque Ferrero Rocher d'utiliser ses noix dans des tablettes de chocolat. De quoi réjouir Kerisha Raghunandan, représentante du Samac, le syndicat du secteur. Selon elle, « les partenariats avec des marques internationales haut de gamme sont un indicateur très positif de la réputation de l'Afrique du Sud en tant que fournisseur fiable et de qualité. Cela crée également beaucoup de confiance autour de nos noix de macadamia et c'est très prometteur en termes d'opportunités. » Mais alors que les récoltes pour cette saison se déroulent en ce moment même, la guerre au Moyen-Orient pourrait venir perturber les coûts de production et les exportations. À lire aussiL'Afrique du Sud surveille de près la production de noix de macadamia en Chine

Depuis le début du mois de mars, la RDC s'est lancée dans la transformation de ses minerais avec l'installation de sa toute première raffinerie d'or dans la ville de Kalemie, dans la province du Tanganyika. Elle a une capacité de production mensuelle estimée entre 500 et 600 kg d'or. Autant la création de cette raffinerie suscite de l'espoir au niveau local, autant elle soulève des questions sur la chaîne d'approvisionnement. Avec notre correspondante à Lubumbashi, Objectif annoncé : approvisionner la raffinerie avec l'or des exploitations artisanales ainsi que celui de la petite mine semi-industrielle détenue par la société Mining Mineral Resources (MMR). Et contribuer ainsi à la formalisation du secteur. « Il n'y a pas de gros gisement comme c'est le cas dans la Province Orientale ou en Ituri avec [l'entreprise] Kibali Gold Mine », souligne Jules Mulya, le président du patronat à Kalemie. « Au Tanganyika, il y a de l'or partout mais en très faible quantité. Je ne crois pas beaucoup à la production de 500 à 600 kg par mois. Je m'attends peut-être à 100 kg ou 150 kg, même en éliminant complètement la fraude », suggère-t-il. Malgré tout, son vœu est de voir cette usine proposer aux mineurs de meilleures conditions d'achat d'or qui les détourneraient du marché clandestin. « Les orpailleurs ont maintenant un marché. J'espère que la raffinerie aura des prix intéressants, où l'on pourra vendre en toute sécurité et être payé en toute sécurité. On va voir comment tout cela va se développer parce que le paiement est très important. Il ne faut pas qu'il y ait de retard. Il faut par contre un paiement cash », attend Jules Mulya. À lire aussiLa RDC salue la création d'une raffinerie d'or à Kalemie, la société civile demande de la transparence Assainir les chaînes d'approvisionnement Boniface Mbuyi, membre de la société civile locale, lui, appelle les autres entreprises minières à emboîter le pas pour la transformation locale des minerais : « C'est un pas, car ça va permettre à la province du Tanganyika de booster son développement grâce à l'exploitation de ses ressources naturelles. Que les entreprises qui exploitent du lithium implantent aussi leurs usines de raffinerie dans la province du Tanganyika. Cela va permettre la création d'emplois et la circulation de la monnaie. » Raffiner l'or à 99 %, oui, mais la priorité reste l'assainissement de la chaîne d'approvisionnement dans le secteur artisanal, estime Fabien Mayani, le directeur des programmes au Centre Carter en RDC : « Tout en saluant la création de la raffinerie, nous disons quand même qu'il y a des préoccupations liées à la formalisation, à la création des zones d'exploitation artisanale, à la mise en place de bonnes coopératives, aux questions de sécurité et des conditions de travail, mais aussi aux questions de la protection de l'environnement dans les zones d'exploitation de l'or artisanal. » En 2024, la RDC a exporté plus de 27,9 tonnes d'or, dont 1,08 proviennent du secteur artisanal. La production de la province du Tanganyika était de 49 kg, soit 2,8% de la production nationale artisanale, selon le ministère des Mines. Réécoutez notre édition spécialeContrats miniers signés par la RDC: quelle situation et quelles perspectives pour le pays?

Le minerai de fer guinéen de Simandou déferle sur le marché chinois. Depuis l'entrée en production du gisement en novembre dernier, près de 939 000 tonnes ont déjà été exportées. Conakry mise énormément sur ce projet, notamment en termes de retombées économiques. Avec ces premiers chiffres, une tendance commence à se dessiner. Cinq navires transportant le minerai de fer de Simandou ont déjà déchargé en Chine. En trois mois, 939 000 tonnes ont été livrées. Avec un prix mondial autour de 106 dollars la tonne, cela représente un chiffre d'affaires avoisinant les 100 millions de dollars. Mais quelle part revient réellement à la Guinée ? L'économiste Mohamed Camara détaille les mécanismes en jeu : « Pour ce qui revient à la Guinée, ce sont les impositions, les taxes qui sont imposées à ces entreprises-là. Et comme taxes, il y a d'abord une taxe à l'extraction, la taxe à l'exportation, mais aussi la taxe qui est prélevée par l'utilisation du chemin de fer et des ports. » Vers une montée en puissance des exportations ? Dans le même temps, la dynamique s'accélère : 745 000 tonnes supplémentaires sont en transit vers la Chine et plus d'un million de tonnes sont en route vers le port de Morebaya pour être chargées entre mars et avril. Une montée en puissance progressive, d'autant que le quai portuaire de l'un des opérateurs, l'Australien Rio Tinto, n'est pas encore en service. Malgré cette progression, atteindre l'objectif de 10 millions de tonnes exportées dès la première année semble ambitieux. Oumar Barry Totiya, directeur de l'Observatoire guinéen des mines et métaux, appelle à la prudence : « Après trois mois, on est encore à moins de 1 million de tonnes expédiées sur les ports en Chine. Donc, d'ici la fin de l'année, quand même, on sera relativement en dessous de ces prévisions initiales, ce qui est révélateur de la complexité logistique du projet. Mais également, cela peut avoir des impacts sur les revenus attendus de la Guinée pour cette année. La montée progressive de ce projet en capacité s'étalera sur des années. » À écouter dans Grand reportageSimandou: miracle ou mirage pour l'économie guinéenne? Des recettes attendues inscrites dans la loi de finances Le gouvernement, lui, reste discret sur ces premières livraisons. Mais le projet de loi de finances 2026, présenté récemment, évoque déjà les recettes attendues de Simandou : « On peut y lire un montant à peu près de 1 787 milliards de francs guinéens, environ 202 millions de dollars attendus, détaille Mohamed Camara. Ce sont des premières estimations. On peut dire que les recettes minières de l'État progressent de plus de 25%, Simandou étant le principal moteur de ce programme-là. » Reste une zone d'ombre de taille : les termes des contrats et conventions entre l'État guinéen et les sociétés minières n'ont toujours pas été rendus publics. De quoi compliquer toute évaluation précise des retombées économiques réelles du projet. À écouter dans Le grand invité AfriqueLancement de la mine de Simandou: «Un jour historique pour la Guinée», estime Bouna Sylla

Comment expliquer l'essor de la publicité extérieure en Égypte ? Chaque année, le secteur bat record sur record. Le paysage urbain du Caire et des grandes villes du pays est saturé par les panneaux publicitaires et la soif des annonceurs semble insatiable. De notre correspondant au Caire, On les distingue déjà par le hublot de l'avion, avant même d'atterrir à l'aéroport international du Caire. Ces immenses panneaux publicitaires – souvent plus de six mètres sur trois – envahissent la capitale égyptienne. Et cette expansion ne montre aucun signe de ralentissement. « D'année en année, le nombre de panneaux publicitaires augmente. Chaque année, on construit environ 300 à 400 panneaux supplémentaires. Le gouvernement installe des panneaux un peu partout, développe de nouveaux réseaux routiers. Plus le réseau routier s'étend, plus il y a de panneaux publicitaires », raconte Amr El Messidi, directeur commercial chez ADMazad, une entreprise spécialisée dans l'analyse de l'efficacité des campagnes d'affichage. Une expansion de l'affichage qui se traduit aussi par un essor du secteur publicitaire, selon Amr El Messidi. « Fin 2025, les dépenses annuelles en publicité extérieure s'élevaient à 12,7 milliards de livres. C'est environ quatre fois plus qu'en 2022. Le secteur est en plein essor et connaît une croissance d'année en année. L'immobilier a dominé le marché en termes de dépenses. L'année dernière, sur les 12,7 milliards de livres, l'immobilier représentait à lui seul une part de marché de 65% », détaille-t-il. Une source de revenus pour l'État Par « immobilier », il faut entendre « haut de gamme » : résidence fermée dans les quartiers huppés, appartements avec vue sur mer au bord de la Méditerranée ou villa avec piscine. Voilà le genre de projets qui se succèdent, le long des axes routiers du Caire. « C'est un secteur globalement ancré dans une logique de prestige. Le ciblage concerne les propriétaires de voitures particulières en Égypte, qui constituent le public visé pour ce type d'immobilier. Une bulle immobilière plane actuellement au Caire, mais cela ne pose pas vraiment de problème au gouvernement. D'un côté, l'État cherche à vendre davantage de terrains, à les transformer en marchandises, afin de générer des revenus. De l'autre, les promoteurs privés, en particulier les plus importants, soutiennent l'État dans ce projet », explique Mohamed Ramadan, économiste au sein d'une ONG égyptienne de défense des droits humains. Une source de revenus importante pour l'État, à laquelle s'ajoutent les loyers versés par les entreprises exploitant ces panneaux, rarement laissés inoccupés. Des montants qui, eux, restent confidentiels. À lire aussiÉgypte: dans le quartier populaire de Matareya, des milliers de personnes rompent le jeûne ensemble

L'unique champ pétrolier de la Grande-Île a relancé son activité début mars 2026, après dix ans d'interruption. Selon Madagascar Oil, la société exploitante, le site de Tsimororo pourrait fournir du carburant à la Jirama. La société publique de production et de distribution d'eau et d'électricité de Madagascar en a besoin pour alimenter ses centrales thermiques. Le site de Tsimororo n'est resté actif que quelques mois, en 2016, avant que la production ne soit stoppée, officiellement à cause des faibles prix du pétrole, puis de la pandémie de Covid-19. Mais depuis début mars 2026, les 25 puits existants sont remis en service, et jusqu'à 150 puits supplémentaires seront forés d'ici fin 2027 selon Yanto Sianipar, nouvel administrateur général de Madagascar Oil, société exploitante détenue par le groupe américano-indonésien Benchmark. « Ce gisement présente un fort potentiel, avec environ 1,6 milliard de barils enfouis. Nous espérons qu'il permettra de répondre aux besoins nationaux, notamment ceux de la Jirama pour ses centrales électriques. Nous prévoyons de faire passer notre production d'environ 300 barils par jour aujourd'hui à 3 000 barils par jour d'ici deux ans », détaille-t-il. Une production relancée mais encore limitée Un volume de production assez proche, à terme, des besoins en carburant de la société nationale d'eau et d'électricité, estimés à 3 500 barils par jour. Mais Honoré Andriantaolo, directeur général de l'Office des mines nationales et des industries stratégiques (OMNIS), se montre prudent : « Je pense que la question demande une réflexion très sérieuse et que les trois parties, Madagascar Oil, la Jirama et l'OMNIS, devraient faire des études très pointues sur ce point. Tsimororo pourrait résoudre une partie de notre problème de dépendance extérieure, mais non pas tous les besoins énergétiques de Madagascar. Cela dépend de la compagnie productrice, de sa capacité technique et financière. » Relancer l'exploration pour attirer les investisseurs Pour réduire cette dépendance énergétique, les autorités de transition veulent relancer l'exploration pétrolière. « Le potentiel existe pour les grandes compagnies ici à Madagascar. Pour l'exploitation d'hydrocarbures en amont, nous disposons de 577 blocs offshore et 166 blocs onshore, libres », poursuit Honoré Andriantaolo. Des zones délimitées en mer, dans les eaux territoriales malgaches, et sur terre, où des systèmes pétroliers actifs ont été découverts. Mais la Grande-Île n'est pas encore assez attractive, estime Marcelle Dane, présidente de l'Association professionnelle du secteur pétrolier amont à Madagascar : « L'exploration pétrolière a commencé en 1900. Beaucoup de données existent, on ne part pas de zéro. Le seul problème jusqu'à présent qui a un peu arrêté les investisseurs – c'est pour ça qu'ils sont partis –, c'est la TVA qui est à 20% pour les sous-traitants. » En février, les autorités malgaches ont résilié 21 permis d'exploration. Un assainissement qui doit précéder l'adoption prochaine d'un nouveau code pétrolier. À lire aussiMadagascar: la guerre au Moyen-Orient met l'approvisionnement en carburant sous tension

Chaque année, entre mars et mai, les marchés sénégalais sont envahis de légumes, et les prix s'effondrent. Et les maraîchers se retrouvent contraints de vendre à perte, victimes d'un calendrier de récoltes concentré sur quelques semaines, de l'absence de structures de stockage, et de la concurrence des grands groupes agro-industriels. Dans sa pépinière en banlieue de Dakar, Amy Ka surveille ses plants de légumes. Tout pousse bien… Trop bien, même. Les marchés de la capitale du Sénégal sont saturés, et les prix ont chuté. « Nous avons des soucis pour vendre nos produits à de bons prix. Tout le monde amène les légumes à Dakar. Le marché est inondé, même s'il y a beaucoup de consommateurs. Le cageot de tomates peut coûter jusqu'à 3 000 francs CFA alors que dans les bonnes périodes il peut monter jusqu'à 29 000 francs CFA », explique-t-elle. Le contrecoup touche aussi son activité de pépiniériste : quand les maraîchers vendent à perte, ils n'achètent plus de plants. « Les agriculteurs ont peur d'investir. Les aubergines, la tomate, presque tout a chuté », se désole-t-elle. Une production concentrée et une concurrence accrue La cause est structurelle. Au Sénégal, les semis se font massivement après les pluies, si bien qu'environ 80% des récoltes arrivent sur les marchés en même temps. À cette saturation s'ajoute la concurrence de groupes industriels comme l'indien Swati Agri, aux capacités de stockage et aux rendements bien supérieurs à ceux des petits exploitants. L'Agence de régulation des marchés dit avoir pris des mesures. « Le ministre du Commerce a pris une circulaire pour demander à tous les agro-business de suspendre leur mise en marché, explique son directeur général, Babacar Sembène. Cela a été fait pour éviter la concurrence entre les exploitations familiales et l'agro-business, qui va mettre toute sa production dans des chambres froides jusqu'à l'épuisement des stocks chez les petites exploitations. » Autre mesure : la suspension des importations de certains produits, et un appel à étaler les semis sur l'année pour lisser les arrivages. « La planification nécessite des semences adaptées. Soit des semences qui sont précoces et permettront aux producteurs de récolter tôt, au mois de janvier ou février. Ou bien des semences tardives », détaille Babacar Sembène. Transformer et mieux structurer la filière Pour l'économiste Amath Ndiaye, de l'université Cheikh Anta Diop, il faut aller plus loin afin de mieux connecter la production à la transformation locale. Des agropoles sont ainsi en projet dans plusieurs régions. « Il faut des débouchés industriels d'abord, insiste-t-il. C'est-à-dire qu'il faut que les produits maraîchers puissent être transformés de manière industrielle ou artisanale. Pour les solutions à long terme, il faut mettre en place des infrastructures de stockage intégrées. » Il préconise aussi de structurer la filière en coopératives, et de s'ouvrir davantage à l'export. Le Sénégal produit 450 000 tonnes d'oignons par an, pour des besoins de 350 000 tonnes. L'an dernier, 5 000 tonnes ont été exportées vers l'Espagne. Des discussions sont en cours avec la Côte d'Ivoire et le Cap-Vert. À lire aussiLes rendements du coton sénégalais parmi les meilleurs d'Afrique de l'Ouest

Les éleveurs sud-africains font face, depuis plusieurs mois, à une grande épidémie de fièvre aphteuse. Cette maladie sans traitement spécifique, non transmissible à l'humain, est très contagieuse pour le bétail, qui ne parvient plus à se nourrir à cause de blessures au niveau de la bouche et des sabots – d'où son nom en anglais, « foot and mouth disease ». Elle s'est déjà répandue dans toutes les provinces du pays et Pretoria a même déclaré l'état de catastrophe nationale. Les éleveurs subissent de plein fouet cette épidémie. Avec notre correspondante à Johannesbourg, C'est la deuxième fois en un an que cette ferme laitière, en banlieue de Johannesburg en Afrique du Sud, voit ses animaux contracter la fièvre aphteuse. Elle est désormais placée sous quarantaine. « Voici les vaches dont les pis sont touchés par l'infection. Donc elles sont traitées en dernier, puisqu'ensuite on doit jeter tout leur lait », explique Richard de Bufanos. Car les vaches malades sont sous antibiotiques pour éviter les infections secondaires : impossible donc de consommer leur lait. Le coût de l'épidémie est lourd pour l'exploitant. Entre les vaches qui sont mortes de la maladie et celles qui ont dû être euthanasiées, « nous pensons que nous aurons au total perdu environ 14% de notre troupeau ». Un manque à gagner très important : « Au niveau de notre ferme la moins touchée, la production s'est effondrée de 40%, et dans d'autres, jusqu'à 70%. On estime avoir jeté plus d'un demi-million de litres de lait au plus fort de la crise. » Le gouvernement tentait jusqu'à présent de contrôler les mouvements du bétail. Une stratégie inadaptée pour le pays et désormais une grande campagne de vaccination bat son plein. « Voici le produit, c'est celui importé d'Argentine. Nous allons injecter 2 mL par animal », décrit cette technicienne déployée par l'État. À lire aussiAfrique du Sud: importation massive de vaccins pour lutter contre l'épidémie de fièvre aphteuse « On aurait pu éviter beaucoup de choses » Le ministre de l'Agriculture, John Steenhuisen, supervise les opérations, comme ici dans la région du KwaZulu-Natal : « Nous opérons un changement à 180 degrés : au lieu de chasser la maladie à travers le pays, nous allons vacciner de façon proactive. Nous avons besoin de 28 millions de doses d'ici la fin de l'année. Et c'est pour cela que nous nous sommes organisés afin d'avoir un approvisionnement en dehors de notre fournisseur botswanais habituel. Nous allons avoir assez de vaccins pour traiter 14 millions d'animaux, et il faut ensuite un rappel, donc nous continuerons à en acquérir afin d'atteindre notre objectif d'immuniser 80% des troupeaux du pays et ainsi faire diminuer le nombre de contaminations de 70% ». Mais il doit faire face à une grande colère, et la gestion de la crise l'a, entre autres, poussé à ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de son parti, l'Alliance Démocratique (DA). Beaucoup de fermiers comme Rob Strachan reprochent aux autorités de se réveiller trop tard. « Ma frustration vient du fait qu'on n'a pas arrêté de nous dire qu'il y a un plan, mais il n'a pas été mis en place jusqu'au moment où les fermiers ont été vraiment à bout. On aurait pu éviter beaucoup de choses », regrette-t-il. Certains pays, comme les voisins régionaux ou encore la Chine, ont bloqué les importations de viande bovine sud-africaine, pour empêcher une propagation de la maladie chez eux. À lire aussiFrance: face à la dermatose et l'abattage de bovins, la colère monte chez les agriculteurs

L'onde de choc de la guerre au Moyen-Orient continue de se propager à travers la planète. Partout autour du globe, les économies s'adaptent à la hausse des prix des matières premières. Le secteur de l'aviation fait face à l'augmentation des prix du kérosène, le carburant pour avions. En Afrique, les compagnies aériennes sont particulièrement vulnérables à cette hausse des prix. Résultat : l'addition pourrait être salée pour les voyageurs. En temps normal, 70 % du kérosène importé en Afrique transite par le détroit d'Ormuz selon l'agence S&P. Depuis son blocage, les négociants peinent à s'approvisionner. « Les raffineries saoudiennes ont joué un très grand rôle dans l'approvisionnement, surtout en Afrique australe », explique Verner Ayukegba, vice-président de la Chambre africaine de l'énergie. « On parle là du Kenya, de la Tanzanie ou de l'Ouganda, par exemple. Je discutais avec un collègue au Kenya qui me disait que les prix étaient à la hausse sur place. » L'Afrique australe n'est pas la seule région touchée, les zones enclavées, comme le Sahel, risquent également de voir les prix augmenter, en raison du manque d'infrastructures. « Il n'y a pas de stockage à long terme », souligne Verner Ayukegba. « Et sans stockage, vous êtes très vite affectés par une hausse des prix. La plupart des pays ont entre un et trois mois de réserves stratégiques. Si la situation dure encore quelques semaines, il y aura des pénuries. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: au Nigeria et en Sierra Leone, la hausse du pétrole fait déjà grimper les prix à la pompe Vers une augmentation des prix des billets d'avion ? L'Afrique est donc plus exposée que d'autres régions du monde à la hausse des prix du kérosène. Les compagnies aériennes du continent sont aussi plus touchées, car le carburant représente une grande partie de leur coût d'exploitation. « Entre 40 et 50 % », explique Abderahmane Berthé, secrétaire général de l'African Airlines Association. « Alors que pour les compagnies européennes et américaines, ce taux se situe plutôt autour de 25-30 %. » Un coût d'exploitation plus élevé, mais aussi des finances fragiles, qui vont conduire à une « augmentation du prix des billets d'avion » selon Abderahmane Berthé. « Toute augmentation peut aussi avoir un impact sur le trafic, car par ricochet, les compagnies vont réduire des fréquences, voire supprimer certaines routes, ce qui va accentuer le problème de connectivité que l'on connaît déjà en Afrique. » À ce stade, il est difficile de prédire à quel point les billets d'avion vont augmenter. Les liaisons aériennes à faible trafic, celles où les compagnies ont le moins de marge, risquent d'être les plus touchées. À lire aussiComment rendre le transport aérien africain plus efficient?

La ville minière de Kolwezi en RDC importe chaque année plus de 100 000 tonnes de farine de maïs pour une valeur d'environ 30 millions de dollars. Pour tenter de réduire la dépendance, certaines coopératives minières se tournent désormais vers l'agriculture. Une initiative également motivée par l'inquiétude liée à la rareté des zones d'exploitation artisanale et à l'épuisement des gisements. Avec notre correspondante à Lubumbashi, Nous ne sommes pas sur un site minier mais dans un vaste champ à près de 20 km de la ville de Kolwezi. Les plants de maïs couvrent une superficie de 800 hectares. La culture est mécanisée mais des dizaines de travailleurs, parmi eux d'anciens mineurs, entretiennent ce champ. Manacé Kazadi, âgé de 22 ans, est l'un d'entre eux. « J'ai travaillé dans différentes carrières minières, j'ai bien sûr gagné de l'argent, mais je dépensais tout. Là, j'ai pris l'engagement de me reconvertir car un jour les mines vont s'épuiser », explique-t-il. La coopérative minière veut répondre aux besoins alimentaires À quelques mètres, une jeune dame supervise le travail. C'est Sarah Safi, agronome en charge de la production végétale : « Nous avons plusieurs hectares de maïs. On a aussi des choux pommés. On produit des tomates, des oignons. Tout cela peut contribuer à répondre aux besoins de la population de Kolwezi. » Répondre aux besoins alimentaires de la population de Kolwezi, voilà qui a motivé la coopérative minière du Katanga, Comakat, à monter ce projet. Avec les ressources financières provenant de la mine artisanale de Shabara où elle extrait du cuivre et du cobalt, la Comakat a investi près de deux millions de dollars dans ce projet. « Aujourd'hui, avec tout ce que nous avons comme mines, on n'arrive pas à résoudre le problème alimentaire. C'est paradoxal. Nous ne pouvons pas demeurer dépendants. Nous avons estimé qu'à ce jour, les mines peuvent être un secteur pourvoyeur de moyens et d'emplois pour nous permettre de résoudre les problèmes qui sont les nôtres », détaille Jacques Kaumba, l'initiateur. La production devrait couvrir près de 5 % des besoins Produire du maïs est un choix stratégique pour cette coopérative minière. La farine de maïs est l'aliment de base à Kolwezi et la demande locale est énorme. Selon les chercheurs en économie, la ville de Kolwezi consommerait près de 130 000 tonnes de maïs par an, dont plus de 90 % sont importées. Ce qui représente un marché d'environ 40 millions de dollars. Jeremie Kapend est un chercheur en économie basé à Kolwezi. « Cette initiative est à encourager. La production moyenne de maïs est extrêmement faible par rapport aux besoins. Elle couvre seulement 1 % des besoins, ce qui nécessite des importations massives. Normalement, le gouvernement provincial devrait accompagner ces acteurs qui se sont engagés dans l'agriculture parce que sans agriculture, nous ne pouvons rien faire », décrypte-t-il. Cette saison, la Comakat s'attend à une récolte de plus de 6 000 tonnes de maïs. Une production qui pourrait couvrir près de 5 % des besoins de la ville de Kolwezi.

Les jeux de paris en ligne sont de plus en plus prisés sur le continent africain – notamment le pari sportif. Cette tendance est tirée par le développement de la téléphonie mobile, des populations jeunes et de l'usage très important du mobile money. La valeur de ce marché est évaluée à 1,85 milliard de dollars en 2024, selon une étude du cabinet de conseil dans le secteur des jeux d'argent SCCG. Elle pourrait atteindre 2,36 milliards de dollars d'ici 2028. De nombreux États sujets à des problématiques budgétaires y voient une manne financière et tentent donc de réglementer et mieux taxer ce secteur. « Nous assistons actuellement à une certaine fièvre fiscale. De nombreux pays africains sont agressifs dans leur recherche de revenus pour combler les déficits budgétaires », constate Stephen Crystal, à la tête de SCCG Management, cabinet de conseil qui revendique avoir piloté plus de 3 milliards de dollars de projets dans le domaine des jeux d'argent. Il donne quelques exemples : « À partir du 1ᵉʳ janvier 2026, le Zimbabwe a officiellement augmenté sa taxe d'exploitation sur le revenu brut des jeux de 3% à 20%, tandis que la Gambie a mis en place une taxe stupéfiante de 50% sur les gains, la plus élevée du continent. » Le Gabon a également lancé une réforme du secteur. « La réforme qui a été prise sur les paris sportifs, c'est d'avoir un positionnement plus structurant où nous avons plus de contrôle sur ce qui effectivement transite par ces plateformes-là pour une juste fiscalité », explique Mark-Alexandre Doumba, le ministre de l'Économie numérique. À écouter dans Éco d'ici, éco d'ailleursMark-Alexandre Doumba, ministre gabonais de l'Économie numérique, grand invité de l'économie RFI / JA « Taxer sur une base exhaustive et juste » Pour un meilleur contrôle des États sur ce secteur en ligne, des opérateurs privés proposent des solutions. C'est le cas d'Afitech, déjà présent au Mali, au Sénégal et en Côte d'Ivoire. L'entreprise propose une plateforme qui sert d'intermédiaire entre les autorités et les opérateurs en ligne. « On est vraiment sur des ordres de grandeur de doublement, triplement des commissions et des taxes. Cela s'explique non pas par des actions marketing menées autour de la plateforme [mais par] l'exhaustivité que nous assurons. Nous pouvons permettre aux États de taxer sur une base exhaustive et juste, et permettre également d'appliquer les taux de commissions sur des bases également justes et exhaustives », promeut Abdoulaziz Ndao, le directeur technique d'Afitech. Attention cependant à ne pas asphyxier la poule aux œufs d'or, prévient Stephen Crystal : « Le principal défi ne réside pas seulement dans le taux d'imposition, mais aussi dans la fragmentation réglementaire et les pièges de la double imposition. Une fiscalité élevée, associée à un cadre réglementaire non simplifié, entraîne une fuite vers la clandestinité. Il en résulte un manque à gagner pour l'État et les joueurs se retrouvent privés de toute protection des consommateurs. » Une formalisation d'un secteur qui n'est par ailleurs pas du goût de tous les acteurs. Plusieurs acteurs témoignent des pressions subies. À lire aussiEn marge de la guerre au Moyen-Orient, la dérive des paris en ligne

La Société financière internationale (SFI), filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé dans les pays en développement, a ouvert le 4 mars 2026 son tout premier bureau au Gabon. Auparavant, les dossiers gabonais étaient pilotés depuis le Cameroun. L'augmentation du portefeuille client au Gabon a amené la SFI à se rapprocher du marché en ouvrant sur place son bureau. Une bonne nouvelle pour le Gabon et surtout pour les opérateurs économiques du secteur privé, dont certains peinent à trouver les financements adéquats pour leur développement. Avec notre correspondant à Libreville, Parmi les invités à la cérémonie du 4 mars, il y avait notamment Mohamed Reslan, patron de la CDG, une fonderie d'acier spécialisée dans la fabrication des fers à béton. L'entreprise a rapidement entamé des discussions avec la SFI pour financer un nouveau projet industriel visant le marché international : « On est en train de voir avec eux pour qu'ils puissent intervenir dans le financement d'un projet qui va faire 90% d'export de produit local. C'est un projet d'exportation pour 40-50 millions de dollars par an. » Également présent à la cérémonie, Loys Olympio, homme d'affaires dans le secteur de la santé. Il estime que l'arrivée de la SFI est une réelle opportunité. « On dit très souvent qu'il est difficile de trouver des financements au Gabon. Donc là, on a l'opportunité d'avoir d'autres types de financements, d'autres types d'accompagnements pour nous, les entrepreneurs. Ça nous rassure de voir qu'ils ont choisi de s'implanter au Gabon de manière durable », souligne l'entrepreneur. Libreville fait face à une sévère pénurie d'eau. L'État a confié au groupe français Euranove le pilotage d'un projet de construction d'une nouvelle usine d'eau. Armel Messan Sedji, qui travaille sur le projet, confirme des discussions en cours avec la SFI : « Nous avons entamé les discussions avec eux il y a quelques mois. Nous essayons de voir dans quelle mesure le projet que nous portons pour renforcer la capacité de production d'eau peut être accompagné par ce bailleur de fonds. » Énergie, infrastructures, mines... La SFI finance de nombreux secteurs Dahlia Khalifa, directrice de la SFI pour le Nigeria et l'Afrique centrale, qui a effectué le déplacement à Libreville, a rappelé à l'assistance les secteurs clefs financés par l'institution : « L'un des secteurs prioritaires est l'énergie, parce que l'énergie est la clef de toute chose. Il y a aussi en général les infrastructures, y compris le transport et l'industrialisation. Il y a également le secteur minier. Pas uniquement exporter les minerais bruts mais la transformation locale pour plus de plus-value et de création d'emplois au Gabon. » À lire aussiMakhtar Diop (SFI): «Développer des chaînes de valeur régionales en Afrique» Dans les coulisses, des murmures sur les conditions présumées rigides d'accès aux financements de la SFI ont été entendus. Dahlia Khalifa explique que la SFI n'est pas une « une banque classique ». « En tant que banque de développement, nous ne sommes pas focalisés uniquement sur le prêt d'argent. Nous faisons également de l'investissement actif et du renforcement des capacités. Nous soutenons les entreprises afin qu'elles puissent se développer pour l'avenir. Et nous disons que nous sommes des partenaires pour la vie », a-t-elle expliqué. La SFI finance déjà plusieurs projets au Gabon, notamment la construction d'un barrage hydroélectrique et la rénovation du chemin de fer transgabonais. Ces financements se chiffrent à 117 millions de dollars aujourd'hui. La SFI vise les 400 millions de dollars. À lire aussiCongo-Brazzaville: la SFI et Bank of Africa s'associent pour financer l'essor des PME

Quel est le poids de la diaspora dans le développement local en Afrique ? Un Livre blanc de la diaspora vient d'être publié et donne les clés pour faire monter en compétences les villes africaines en matière de mobilisation des diasporas. Au-delà des transferts d'argent et des investissements directs, la diaspora africaine représente un levier économique majeur. Mais le manque de structure empêche souvent la bonne utilisation de ces fonds. La mobilisation de ces investissements peut passer par les villes. Selon le Livre blanc, c'est l'échelon local qui permettrait de structurer et d'orienter l'engagement des diasporas, souvent très ancrées dans leur territoire d'origine. Transport, tourisme, environnement : les diasporas peuvent jouer un rôle moteur en Afrique, selon les résultats de l'enquête menée par la société Diaspora Impact. Son directeur général, Samir Bouzidi, souligne plusieurs exemples concrets : « Il y a quand même quelques belles réalisations, notamment sur le Maroc. Un touriste sur trois est issu de la diaspora, envoyé dans des villes comme Rabat, Marrakech, etc. Sur Cotonou, il y a une diaspora qui se fixe de plus en plus dans le gouvernement. C'est un gouvernement qui est quand même très issu de la diaspora. Il ne s'agit pas d'appuyer sur un bouton et de dire ''venez développer votre ville''. Ça ne marche pas comme ça avec les diasporas. Vous voyez, il y a tout un travail. On ne peut pas tout faire avec une diaspora. Typiquement, on ne peut pas faire financer des infrastructures par une diaspora. » Un impact encore limité ? Principal regret de la diaspora : le manque de structure et d'accompagnement dans leurs envies de développement. Résultat : entre 3 et 10% seulement de ces transferts sont dédiés à de l'investissement productif. Pour l'essayiste Serge Eric Menye, auteur du livre Le mythe de la diaspora africaine, il ne faut pas compter sur les Africains de l'étranger pour construire les pays : « On présente les choses comme étant un phénomène massif. En réalité, non. Il y a très peu de diasporas concernées par l'avenir de l'Afrique. Parmi les diasporas, très peu sont impliquées. Très peu d'argent va vers l'Afrique et par rapport aux besoins, très peu de projets sont mis en place. » « Le record que l'Afrique a connu, c'était en 2023 pour les envois de fonds : 100 milliards (sic). Ça reste pas grand-chose pour 54 pays quand on veut vraiment se développer », poursuit-il. À lire aussiLa diaspora investit: au Cameroun, comment orienter les investisseurs de la diaspora? Des transferts d'argent qui jouent un rôle économique majeur Samir Bouzidi n'a pas la même analyse. Les transferts d'argent vers l'Afrique stagnent mais restent élevés. Selon lui, les diasporas se sont imposées comme des partenaires loyaux : « Factuellement, aujourd'hui, elles représentent une force collective des diasporas en Afrique. C'est entre 2 et 50% du PIB. Vous voyez, c'est le pétrole des pays qui n'ont pas de pétrole. Ça profite à 80 à 90% aux familles. Mais derrière les familles, c'est le commerce indépendant que font les familles. » Le défi reste de transformer ces transferts en investissements productifs, créateurs d'emplois. Comme au Kenya, où une start-up sur deux est financée par des membres de la diaspora. À lire aussiLa diaspora investit: au Burkina Faso, Raïssa et Stéphane explorent la filière du beurre de karité

Enclavée au cœur de l'Afrique, la République centrafricaine fait face à un défi majeur : son isolement géographique. Sans accès direct à la mer et confronté à la dégradation avancée de ses infrastructures routières, le pays voit son développement économique fortement ralenti. Une situation qui affecte également la compétitivité des entreprises locales, qui peinent à exporter leurs produits vers les marchés sous-régionaux et internationaux. Avec notre correspondant à Bangui, Rolf Steve Domia-Leu Dans la cabine avant du camion, Jean-Jacques échange avec le chauffeur sur un ton amical. Ce commerçant grossiste revient de Yaoundé, au Cameroun, chargé de marchandises. Depuis quatre jours, ils progressent au rythme de la route qui se dégrade et du poids de leur cargaison. « Depuis des décennies, explique le commerçant, l'enclavement de notre pays nous oblige à dépendre des infrastructures et des ports des pays voisins pour importer et exporter. Ce n'est pas profitable pour nous, car il y a toujours des frais de transit supplémentaires. Ce qui fait également en sorte que les délais d'importation sont souvent longs. Cela entraîne parfois des ruptures de stock. » Ces tracasseries font qu'aujourd'hui, une fois arrivés en Centrafrique, les produits sont plus chers que dans d'autres pays. De nombreux opérateurs économiques, comme Oumarou, sont ainsi en difficulté : « Lorsque j'exporte mes produits, notamment l'huile de palme ou le beurre de karité, ils sont moins compétitifs à cause des coûts logistiques élevés. Nous sommes obligés d'augmenter le prix. Mais une fois sur le marché sous-régional, nos produits sont moins compétitifs. » Investir dans les infrastructures Sur les marchés, les effets de cet enclavement sont palpables. Et dans le panier de Magalie, mère de famille, ils se voient, semaine après semaine. « L'année dernière, souffle-t-elle, j'ai passé mes vacances chez ma sœur au Cameroun. Si je fais une étude comparative des prix du sucre, du sel, du savon, et de tout autre produit manufacturé, chez nous, le prix est bien plus élevé. L'argent est devenu dur à gagner et c'est difficile de joindre les deux bouts. » À lire aussiCentrafrique: une opération «Tonnerre» à Bangui contre les mauvaises pratiques des commerçants Comment sortir de cette situation ? Pour Lorenzo Ganazouï, économiste, cela passe par des investissements dans les infrastructures. « Avec les instabilités que nous avons traversées, il n'y a pas eu de plan de maintenance, ni de construction de nouvelles infrastructures. Sur environ 7 000 kilomètres de route, il n'y a eu de travaux que sur 2% ou 3% du réseau. Il faut construire des infrastructures pour le transport aérien, routier, ferroviaire ou encore maritime. » L'intégration régionale doit favoriser le développement du commerce dans la zone CEMAC, et donc la baisse des prix. Une zone de libre-échange encore « théorique », note cependant la Commission dans son dernier rapport. Elle appelle notamment à harmoniser les systèmes douaniers. À lire aussiLa Centrafrique signe plusieurs accords d'infrastructure en marge du Caucus africain

La Banque d'investissement européenne, bras armé financier de la politique de l'UE, a récemment publié ses résultats annuels. En 2025, elle a investi 3,1 milliards d'euros sur le continent africain, soit un tiers de ses investissements dans le monde. Ils sont stables par rapport à l'année passée dans un contexte de restrictions budgétaires. Un signal que l'Union européenne veut conserver une place stratégique sur le continent. L'énergie figure parmi les secteurs prioritaires pour les investissements de l'Union européenne en Afrique. La Banque d'investissement européenne (BEI) vient de signer un nouvel accord d'un milliard d'euros avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. « Une initiative qui vise à financer des projets en Afrique pour amener 300 millions d'Africains à avoir l'électricité », explique Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI. « C'est une priorité européenne. La présidente de la BEI avait annoncé des investissements de l'ordre de 2 milliards d'euros dans les énergies renouvelables quand elle était en Afrique du Sud à la fin de l'année dernière. Ce sont des problématiques extrêmement importantes en Afrique et des investissements souvent coûteux, mais qui sont nécessaires si on veut contribuer au développement et à la prospérité du continent. » Appui au secteur de l'eau potable en Tunisie et au Maroc, soutien à l'économie bleue en Afrique de l'Ouest ou encore financement de programmes de santé et de développement de vaccins… Autant de projets qui répondent à la « priorité stratégique que l'Europe accorde à l'Afrique », souligne Ambroise Fayolle. « Ce qu'on essaye de développer, ce sont des positionnements de la BEI dans des projets qui correspondent à la fois à des priorités européennes, aux intérêts des entreprises européennes, mais aussi à des problématiques et des priorités qui sont des priorités africaines. » À lire aussiComment la Banque européenne d'investissements investit en Afrique avec la réduction de l'aide publique « Des investissements de meilleure qualité » L'Union européenne cherche également des débouchés sur le continent. La bataille commerciale y est importante avec des acteurs tels que les États-Unis, les Émirats arabes unis ou encore la Chine. Pour Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (IFRI), l'UE a un atout face à ses concurrents : « elle met l'accent sur les critères sociaux et environnementaux dans ses projets. Elle a aussi l'avantage d'être un peu plus prudente dans ses analyses de risques. Car on voit souvent des pays du Golfe ou la Chine lancer des projets sans véritable étude de faisabilité. Cette stratégie peut avoir des inconvénients, puisque les conditions sont difficiles et les projets peuvent prendre plus de temps. Mais ce sont quand même des investissements de meilleure qualité. » À lire aussiAfrique-Émirats arabes unis: un boom des relations commerciales émiriennes sur le continent Une bataille commerciale alors que les puissances cherchent en même temps à sécuriser leurs approvisionnements en matières premières et minerais stratégiques.

Ces dernières semaines, les autorités ont lancé une vaste opération de déguerpissement à Conakry pour libérer les routes et trottoirs occupés par les marchés informels. Si beaucoup d'habitants saluent une circulation plus fluide, la question de l'avenir des vendeurs reste entière. Sans nouveaux espaces pour les accueillir, beaucoup craignent un retour progressif des étals sur les voies. De notre correspondant à Conakry, On peut de nouveau circuler sur les routes autour du marché de Madina, le plus grand de Conakry. Les étals détruits sont encore visibles sur les bords des voies. Le mois dernier, la police est intervenue pour libérer la circulation, renversant les installations qui occupaient trottoirs et chaussées. Mariama, vendeuse de chaussures, en a fait les frais. Elle est encore sous le choc. « C'est là que je travaille, que je gagne un peu d'argent. Les policiers sont venus, ils ont cassé tous les étals. Je suis en colère. Je viens ici pour pouvoir payer la nourriture et la scolarité de mes enfants. Maintenant, je dois faire comment ?, s'indigne-t-elle. « Le gouvernement doit nous aider, poursuit la vendeuse. Il n'y a pas assez de place pour tout le monde dans le marché de Madina, donc on est bien obligé de se mettre sur la route. Je comprends que ça gêne la circulation, mais on n'a pas le choix. On n'a nulle part où aller. Si on part d'ici, on va aller où ? » Une réforme urbaine à construire Cette question, beaucoup se la posent à Conakry. Si de nombreux habitants saluent la libération des routes, qui devrait permettre de fluidifier la circulation dans une ville régulièrement paralysée par les embouteillages, certains doutent de la durabilité de l'opération. Tidiane Barry, économiste, estime que la création de nouveaux marchés aurait peut-être dû précéder les déguerpissements : « Moi, je voudrais attendre peut-être 6 mois pour me prononcer et voir si l'opération a été vraiment réfléchie. On verra ce que l'État fera des artères libérées et les alternatives crédibles qu'il proposera aux vendeurs. Quand nous prenons les villes qui ont réussi cela, car Conakry n'est pas la première, elles ont combiné fermeté et organisation. » L'économiste pointe du doigt que, pour l'instant, c'est la police qui est mise en avant : « Une réforme urbaine ne doit pas se faire que par la police. Surtout que cela touche plusieurs dimensions : l'urbanisation, l'emploi et la gouvernance. Ces trois instruments doivent communiquer pour trouver une solution durable. » À lire aussi[Vos réactions] Déguerpissements : après Abidjan, Brazzaville, Libreville, c'est au tour de Conakry Trouver de nouveaux marchés Le Premier ministre Bah Oury reconnaît lui-même la nécessité de trouver rapidement des solutions pour les vendeurs expulsés. Il a demandé aux autorités municipales de chaque commune de Conakry d'identifier des espaces pour accueillir ces commerçants. « Ceux qui n'ont pas pu relocaliser les déguerpis, qu'on le sache, et qu'on cherche une solution alternative le plus rapidement possible dans la commune, ça c'est l'urgence, assure Bah Oury. Ça ne sert à rien de régler les questions comme des sapeurs-pompiers et de ne pas éteindre définitivement le feu. D'où la nécessité absolue pour les collectivités locales d'indiquer les espaces à aménager pour la construction de véritables marchés dignes de ce nom, parce que c'est ça la solution définitive. Il faut trouver l'espace et, à partir de là, on trouvera les financements pour construire des marchés dignes de ce nom. » La balle est désormais dans le camp des autorités municipales. Leur capacité à créer rapidement de nouveaux marchés dira si cette opération peut transformer durablement l'organisation de la capitale. Sans solution concrète, beaucoup redoutent que les vendeurs ne reviennent progressivement s'installer sur les routes, comme lors des précédentes opérations de déguerpissement. À lire aussiGuinée: à Conakry, les déguerpissements se multiplient et la grogne des délogés se fait entendre

Principale voie de communication et d'échanges entre Brazzaville et Pointe-Noire, la capitale économique sur l'Atlantique, et héritage de la colonisation, le chemin de fer Congo-Océan (CFCO) va être réhabilité par les autorités congolaises. Il avait été inauguré en 1934 et doit être remis à niveau. Un préfinancement, estimé à 595 millions de dollars, d'une entreprise chinoise doit permettre ces travaux. De notre correspondant à Brazzaville, Place de la gare centrale de Brazzaville, une foule bigarrée a bravé une fine pluie pour assister au lancement des travaux de réhabilitation et de modernisation du chemin de fer Congo-Océan. Ils vont durer quatre ans et consister notamment en l'élargissement de l'écartement des rails des 510 kilomètres de voie ferrée, nécessaire pour les nouvelles locomotives. Ministre d'État en charge des grands travaux, Jean-Jacques Bouya indique que l'objectif est de lui rendre sa compétitivité et sa robustesse : « Au titre de la voie ferrée, [il s'agira] du remplacement systématique des anciens rails de la voie principale, du remplacement des traverses en bois par des traverses en béton. Bref, la reconstruction complète de la voie, des ouvrages et du tunnel long. » Jadis qualifié d'épine dorsale de l'économie congolaise, le chemin de fer assurait le transit des marchandises des pays de la région qui n'ont pas d'accès à la mer. Il a aujourd'hui presque perdu ce statut. Il a parfois été pris en otage lors des conflits dans le Pool, région voisine de Brazzaville. Et depuis 2016, le trafic est passé à un train par semaine, contre un train quotidiennement auparavant. À écouter dans Grand reportageLe train transgabonais, la difficile modernisation d'une ligne de vie « Le chemin de fer transporte mieux que la route » Par le chemin de fer, de nombreux produits sont acheminés vers le port de Pointe-Noire, où ils sont exportés. Cheminot, la cinquantaine révolue, Bruno mesure son impact. « Le chemin de fer sert à transporter beaucoup de marchandises : il y a des minerais, du bois, du ciment. Aujourd'hui, il y a la route nationale qui a été construite, c'est vrai. Mais elle ne suffit pas. Le chemin de fer transporte mieux que la route. Sa réhabilitation est une action à louer, très importante. Je pense aussi que c'est une action qui relie les peuples », commente-t-il. Depuis une dizaine d'années, le Congo dispose d'une route asphaltée qui relie Brazzaville et Pointe-Noire, également préfinancée par la Chine. Usager du chemin de fer, Julien Nguebo est enchanté de voir sa réhabilitation qui devrait permettre de lui redonner sa compétitivité : « Ça ravitaillait et ça donnait du poids à l'économie congolaise. Je suis très content qu'on puisse le réhabiliter, afin que nous retrouvions la vitalité du passé », se réjouit-il. Construit entre 1921 et 1934, le chantier a vu des milliers d'Africains, Congolais, Centrafricains, Camerounais et Tchadiens, perdre leur vie durant les travaux. À lire aussiCongo-Brazzaville: construction à Loango d'un musée sur la traite négrière et la mémoire de l'esclavage

En Tunisie, les courses du ramadan se font sous le signe de l'inflation. Le prix des bananes a atteint 20 dinars le kilo, soit près de 6 euros, du jamais-vu. Les prix de la viande rouge sont également en hausse : 60 dinars (18 euros) au lieu de 42 dinars, le prix officiellement fixé par l'État. Les tarifs des fruits et légumes ont aussi augmenté de 17,7% par rapport à 2025. Pour les consommateurs, c'est une gymnastique quotidienne pour savoir quoi acheter et rester dans son budget. De notre correspondante à Tunis, Dans un point de vente direct du producteur au consommateur à Tunis, ouvert spécialement pour le ramadan, le calme règne. Les maraîchers n'ont pas besoin d'alpaguer les clients avec des slogans, ils pratiquent déjà des prix plus bas que dans les autres commerces. Jamila est venue avec son mari dans l'espoir de trouver des produits moins chers : « Honnêtement, tout est cher partout. Mais ici, il semble que ce soit un peu mieux, en tout cas pour la viande. Avant, j'achetais une bonne viande comme de l'agneau si jamais on recevait des invités pendant ramadan. Maintenant, je ne me le permets plus. Je n'achète plus de viande à stocker au congélateur non plus, je fais au jour le jour. » Le prix des fruits et légumes a aussi beaucoup augmenté, comme le signale Mourad, qui occupe pourtant un emploi bien rémunéré. « Ici, le kilo de poivrons est à 3,4 dinars. Pour quelqu'un dans le besoin, c'est beaucoup. Les bananes, c'est un scandale. D'ailleurs, je fais comme tout le monde : quand c'est cher, je n'achète plus. Les fruits sont devenus un luxe, donc je me dis que je peux m'en passer, et puis voilà, tant pis », déclare Mourad. « L'inflation alimentaire a historiquement dépassé l'inflation globale, ce qui renforce la sensation d'appauvrissement » Les prix ont atteint un tel seuil que dans la ville de Sfax, à l'est du pays, des citoyens ont mené une vaste campagne de boycott contre le marché aux poissons de la ville. Une initiative encouragée par l'organisation tunisienne pour informer le consommateur (Otic). « Le boycott est devenu la seule arme du consommateur, et au moins, cela a un effet immédiat. À Sfax, les poissonniers ont dû arrêter leur flambée des prix suite à cette campagne. Donc pour moi, il faut encourager le boycott quand l'augmentation des prix est déraisonnable. C'est une culture que nous devons avoir », estime Lotfi Riahi, le président de l'OTIC. Pour l'économiste Ridha Chkoundali, c'est l'accumulation de plusieurs hausses des prix ces dernières années qui renforce le décalage entre une inflation officielle relativement stable à 5%, et l'inflation alimentaire ressentie comme une hausse en continue. « L'inflation alimentaire a historiquement dépassé l'inflation globale, ce qui renforce la sensation d'appauvrissement, particulièrement dans une période où la consommation alimentaire représente une part plus importante du budget des ménages », décrypte l'analyste. En dehors de l'alimentaire, les produits importés ont particulièrement augmenté, alerte Lotfi Riahi. C'est le cas par exemple des vêtements importés à 80% de Turquie et de Chine pour la fête de l'Aïd.

En Afrique du Sud, l'industrie automobile fait les frais de la volatilité de l'économie mondiale. En janvier, le pays a été dépassé par le Maroc comme premier exportateur automobile du continent. En cause notamment : les droits de douane imposés par Donald Trump. Le secteur fait aussi face, depuis plusieurs années, à la concurrence croissante des véhicules chinois importés, qui pèse sur la production nationale. À Rosslyn, près de Pretoria, l'usine BMW illustre le poids de l'automobile dans l'économie sud-africaine. En 2025, environ 80 000 véhicules y ont été produits. Dans l'atelier de ferrage, les robots soudent en continu les structures métalliques des voitures. L'usine fonctionne quasiment sans interruption et produit en moyenne 344 véhicules finis par jour. Après l'assemblage de la structure, viennent la peinture puis le montage final. Implanté depuis 1973, le site emploie près de 3 000 salariés et fait vivre des milliers d'emplois indirects dans la région. Pour Danny Bester, directeur de l'usine, l'automobile reste un pilier industriel du pays : « L'industrie automobile représente environ 17% de la production manufacturière en Afrique du Sud. C'est vraiment un pilier. Et elle contribue à hauteur de 4,5% au PIB annuel. » Concurrence accrue des importations Sept constructeurs sont aujourd'hui implantés en Afrique du Sud, parmi lesquels Ford, Toyota ou Volkswagen. Autour d'eux gravite un vaste réseau de fournisseurs de pièces et de composants. Mais la production locale stagne depuis plusieurs années. Les industriels estiment que le secteur doit être davantage soutenu par les pouvoirs publics. « Le pays a toujours encouragé la production automobile par différents moyens. En ce moment, ce n'est peut-être pas aussi satisfaisant qu'il le faudrait. C'est un sujet sur lequel nous sommes en discussion avec le gouvernement », poursuit Danny Bester. La pression vient aussi de l'extérieur. Les professionnels dénoncent l'augmentation des importations de véhicules, notamment chinois, qui pèse sur les fabricants locaux. Renai Moothilal, directeur général de la NAACAM, l'association des fabricants de composants automobiles, observe une détérioration rapide de la situation industrielle : « Nous avons vu la fermeture d'un nombre important d'usines fabriquant des composants, au moins 13 ces deux dernières années, avec plus de 4 500 emplois perdus. De plus en plus de voitures vendues en Afrique du Sud sont des produits d'importation. » L'impact des droits de douane américains Alors que l'automobile représente plus de 12% des exportations nationales, le secteur a aussi été frappé par les droits de douane imposés par Donald Trump en 2025. Les taxes américaines sont passées de 0% à 25%, voire 30% sur certains produits. Le renouvellement en février de l'AGOA, l'accord commercial préférentiel entre les États-Unis et plusieurs pays africains, et l'invalidation de certains droits de douane par la Cour suprême américaine ont redonné un peu d'espoir. Mais l'incertitude reste forte. « Cela fait déjà un an que nous faisons face aux droits de douane, explique Renai Moothilal, les entreprises ont commencé à explorer d'autres marchés d'exportation. Mais le marché américain reste suffisamment important pour que nous ne l'écartions pas. » Les nouveaux droits de douane américains, désormais autour de 10%, constituent une amélioration pour l'Afrique du Sud. Mais pour les industriels, cela ne suffit pas encore à garantir la stabilité dont le secteur a besoin pour investir et relancer la production.

La République démocratique du Congo lance l'un des plus grands projets urbains de son histoire : l'extension de Kinshasa, avec la construction d'une nouvelle ville, Kinshasa Kia Mona, à 60 kilomètres du centre actuel. Estimé à 46 milliards d'euros, le chantier a débuté en décembre 2025 avec une première phase portée par un consortium chinois. Mais les autorités congolaises cherchent désormais à attirer d'autres investisseurs, notamment en Europe. Rui Mendez Da Silva est impressionné par l'ampleur du projet Kia Mona. L'entrepreneur béninois est le cofondateur de Khemet Automotive, une entreprise qui fabrique des véhicules électriques sur le sol africain. Son ambition : se développer sur le marché d'Afrique centrale. L'extension de Kinshasa représente, pour lui, une véritable opportunité. « Ce projet crée une dynamique. Il vise à attirer des industriels et des investisseurs, explique-t-il. Dans ce cadre, des facilités sont mises en place, avec des mécanismes qui n'existent pas forcément ailleurs. Pour nous, cela facilite les choses. Par exemple, il y a des incitations fiscales qui sont vitales : elles nous permettent de réduire les coûts, notamment pour l'importation des pièces que nous allons assembler. » Une première phase dominée par les entreprises chinoises La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d'entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville. Mais seuls 15 à 20% des espaces seront ouverts à des investisseurs non chinois. « Cela peut sembler peu, estime Rui Mendez Da Silva, mais c'est aussi à nous de venir présenter nos projets et notre ambition de nous installer. Je pense qu'il faut aussi savoir s'imposer. » Selon les plans sino-congolais, près d'un millier d'usines pourraient s'y implanter en cinq ans. Mais les entreprises chinoises ne seront pas les seules impliquées, assure le ministre de l'Urbanisme et de l'Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente que 75 kilomètres carrés sur les 430 kilomètres carrés qu'il reste à développer. Il y a de la place pour la France, et même, je dirais, de la place pour tout le monde. » La RDC multiplie les partenaires internationaux Le projet repose sur des partenariats public-privé. Pour attirer des investisseurs, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, s'est rendu à plusieurs reprises à Paris ces derniers mois, notamment à l'invitation du Medef. Ces démarches ont déjà débouché sur un accord avec Dassault Systèmes. Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n'est absolument pas uniquement chinois. Il y a aujourd'hui une forte diversification. Comme je l'ai dit, il y a un financement français et d'autres arrivent. Nous avons signé avec Dassault, d'autres partenariats se préparent. Des Américains sont présents, des Sud-Africains travaillent sur une cité résidentielle, et il y a bien sûr des Congolais avec de très beaux projets. Il y a aussi des Canadiens. Nous sommes clairement dans une phase de forte diversification, et c'est l'objectif : ne pas avoir d'orientation géographique particulière », explique Thierry Katembwe. Les premières infrastructures devraient être livrées d'ici la fin de l'année. La République démocratique du Congo se donne huit ans pour désengorger sa capitale, qui compte aujourd'hui près de 17 millions d'habitants.

Ebola a désormais son vaccin, mais pas encore la fièvre de Marburg. Cette fièvre hémorragique virale, de la même famille qu'Ebola, circule principalement en Afrique. Son taux de létalité peut atteindre 88%. Un vaccin est actuellement en développement. Basé sur le même principe que celui contre Ebola, il nécessiterait une seule dose. Au Sénégal, l'Institut Pasteur de Dakar travaille à la mise au point de ce candidat vaccin, dans le cadre d'un transfert de technologie avec un laboratoire américain. Un projet stratégique pour la souveraineté sanitaire du continent. Avec notre correspondante à Dakar, Dans les salles immaculées du centre de recherche vaccinale de l'Institut Pasteur de Dakar, au Sénégal, les chercheurs scrutent de nouvelles cultures cellulaires. Le virus de Marburg pourrait bientôt être combattu par un vaccin finalisé sur le continent africain. Les premiers travaux ont débuté dans un laboratoire public américain, le Public Health Vaccines, avant un transfert de compétences vers Dakar. À la tête du centre de recherche vaccinale, il y a le docteur Marie-Angélique Sène : « On nous envoie un procédé au niveau labo à petite échelle et nos équipes font en sorte de le développer à l'échelle industrielle. On a déjà franchi la plupart des étapes plus compliquées et on s'apprête à relancer les runs de bioréacteurs pour boucler ce développement de processus-là et entamer la préparation des phases 1 d'essais cliniques. » À ce stade, il s'agit encore d'un candidat vaccin. Le transfert officiel de technologie est intervenu en décembre 2025, même si la collaboration entre les deux équipes avait commencé bien plus tôt. « On n'a pas eu de chercheurs qui ont été envoyés là-bas. Ils nous ont envoyé tous les protocoles, les processus. On travaille ensemble, on leur partage les éléments qu'on a développés, on valide ensemble », explique le docteur. À lire aussiVirus de Marburg: ce qu'il faut savoir de cet agent pathogène cousin d'Ebola « Nous ne pouvons pas attendre que les outils soient développés par des laboratoires européens » C'est la première collaboration de ce type pour un vaccin viral à l'Institut Pasteur de Dakar. Mais l'établissement bénéficie d'une expertise reconnue. Il est notamment producteur du vaccin contre la rougeole, contre la rubéole, et il est aussi un centre collaborateur de l'OMS. « L'idée, avec cette plateforme-là, c'est vraiment de pouvoir utiliser une même méthode pour produire les vaccins, et en un temps vraiment court. Ça nous permet, une fois qu'on a maîtrisé cette plateforme-là, de pouvoir switcher avec n'importe quel vaccin d'intérêt du moment », détaille Ndeye Marie Mba, responsable de la plateforme vaccinale basée sur les cellules. À lire aussiTanzanie: l'OMS annonce qu'une épidémie du virus de Marburg a tué huit personnes La fièvre de Marburg concerne aujourd'hui une vingtaine de pays africains, notamment l'Éthiopie, la Tanzanie et la Guinée équatoriale. D'où l'importance de développer des solutions locales, comme le souligne l'administrateur général de l'Institut Pasteur de Dakar, le docteur Ibrahima Fall : « Nous ne pouvons pas attendre que des maladies comme ça soient diagnostiquées par des laboratoires européens, ou que les outils soient développés par des laboratoires européens. Produire localement, c'est important en termes de souveraineté sanitaire. Nous l'avons vu durant la pandémie, quand tout le système d'approvisionnement au niveau mondial était complètement à l'arrêt. En l'absence de production locale, il était difficile d'avoir accès à des vaccins. » À terme, le vaccin serait produit au vaccinopôle de Diamniadio, en banlieue de Dakar. L'Institut Pasteur de Dakar promet un coût abordable. À lire aussiEn Guinée équatoriale, de premiers cas mortels de fièvre hémorragique de Marburg

Les pilotes les plus rapides du monde reviennent ce week-end, avec la reprise de la Formule 1 et le Grand Prix d'Australie ce dimanche 8 mars. Pour la 33ᵉ saison consécutive, les monoplaces de la catégorie reine du sport automobile ne rouleront pas sur le continent africain. Une absence qui s'explique par de nombreux facteurs. 14 mars 1993, sur le circuit de Kyalami, en banlieue de Johannesburg : le Français Alain Prost, au volant de sa Williams, devance le Brésilien Ayrton Senna et s'impose au terme des 72 tours du Grand Prix d'Afrique du Sud. Depuis cette date, la Formule 1 ne s'est plus jamais rendue en Afrique, au grand dam de certains pilotes, à commencer par Lewis Hamilton. Ces dernières années, le septuple champion du monde n'a pas caché son envie d'aller en Afrique, multipliant les prises de parole et pressant même les organes de la Formule 1 d'accélérer les discussions. Ce jeudi 5 mars, il s'est à nouveau exprimé, assurant « ne pas vouloir quitter le sport sans avoir eu un Grand Prix » africain. Dans le paddock, ces dernières années, des rumeurs ont d'ailleurs entrouvert la possibilité d'un retour. Plusieurs projets en Afrique du Sud, au Rwanda ou au Maroc Il y a d'abord eu le candidat naturel : l'Afrique du Sud et son circuit de Kyamali. « Ils parlent d'un retour de la F1 depuis 2017 », glisse Gaël Angleviel, journaliste spécialisé en sports mécaniques. « Le circuit n'est pas du tout à l'abandon, il accueille d'ailleurs d'autres compétitions. Warren Scheckter, le neveu du champion du monde sud-africain Jody Scheckter, s'était d'ailleurs positionné pour essayer de faire revenir la F1 à Kyalami. » Après 6 ans de négociations, en 2023, le projet est tombé à l'eau. « Le promoteur a été un petit peu trop gourmand aux yeux de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) », raconte Gaël Angleviel. Fin 2024, le Rwanda avait lui aussi des velléités d'accueillir la Formule 1. Son président Paul Kagame a même officiellement déposé la candidature de son pays, lorsqu'il a reçu le gala de la FIA et sa traditionnelle remise de prix. « Mais on en est vraiment au stade du balbutiement », explique Gaël Angleviel. « Les autorités ont défini l'emplacement, qui devrait être proche du futur aéroport de Bugesera. Mais on attend encore un promoteur et un projet financier solides. » Autre rumeur, celle d'un Grand Prix du Maroc. Le Royaume a déjà accueilli une épreuve du championnat, à Casablanca, en 1958. Cette fois, c'est à Tanger qu'un projet se dessine, porté par le Français Éric Boullier, un temps à la tête de l'écurie Lotus. Mais, là encore, aucune négociation concrète n'a été entamée. À lire aussiLe Rwanda se porte officiellement candidat à l'organisation d'un Grand Prix de Formule 1 sur son sol « Jusqu'à 700 millions de dollars hors circuit. » Si les projets mettent autant de temps à se développer, c'est que les discussions avec la FIA sont très longues. « Il faut d'abord qu'un promoteur privé acquière un terrain », explique Marc Limacher, spécialiste de l'économie de la Formule 1 et auteur chaque année du Business Book GP. « Ensuite, ce promoteur entame des discussions avec les détenteurs de la F1, le groupe Liberty Media, et dépose un dossier, en mettant sur la table un dépôt qui tourne autour des 5 millions de dollars. » Vient ensuite la deuxième phase, celle des travaux, puisque pour accueillir les monoplaces les plus rapides du monde, un circuit doit être homologué « grade 1 » et répondre à des normes de sécurité très strictes. C'est seulement une fois cette homologation acquise que les négociations formelles peuvent débuter entre Liberty Media, la FIA et le promoteur du circuit. « Ça coûte extrêmement cher d'organiser tous les ans un Grand Prix de Formule 1 », explique Marc Limacher. « Ce sont des contrats entre 5 et 7 ans qui peuvent monter jusqu'à 700 millions de dollars hors circuit. » Lors des négociations, de nombreux paramètres entrent en compte : infrastructures, accessibilité, retombées économiques... Ainsi, les instances dirigeantes demandent une garantie de l'État systématique. « Tous les circuits du calendrier ont actuellement une garantie étatique en cas de défaillance », souligne Marc Limacher. L'absence de cette garantie explique, en partie, que la Formule 1 ne se rende pas en Afrique. Mais c'est loin d'être le seul facteur. Il y a aussi la concurrence internationale féroce, avec « énormément de pays qui veulent accueillir la F1 », estime Gaël Angleviel. « Or le calendrier est déjà très chargé, avec déjà 24 dates à l'année. Et si on commence à empiler les courses tous les week-ends, on risque de lasser le public. » Les pays du Golfe et les États-Unis sont très convoités par Liberty Media. Face à eux, le continent africain pâtit d'une « instabilité économique », juge Marc Limacher. « La F1 est une entreprise cotée en Bourse. Et on a vu par exemple que lorsque les projets du continent africain ont été annoncés, ils n'ont pas eu un impact positif sur la Bourse de New York. » Manque d'infrastructures et absence de pilote africain Autre facteur, l'absence d'infrastructures suffisantes pour accueillir les courses. « Il ne faut pas oublier qu'un Grand Prix, ce sont des centaines de milliers de personnes qui se déplacent. Il y a les spectateurs, les sponsors, les invités, sans oublier les équipes de F1 », énumère Marc Limacher. Autant de personnes sur quelques jours, cela implique d'avoir une industrie hôtelière robuste, des infrastructures routières adaptées, des transports en commun ainsi qu'un aéroport qui puisse accueillir un flux important de passagers et de fret. Même si les instances dirigeantes de la Formule 1 ont maintes fois répété leur envie de se rendre en Afrique, et malgré les prises de parole engagées de Lewis Hamilton, depuis 10 ans, les lignes n'ont pas vraiment bougé. D'autant qu'actuellement, il n'y a aucun pilote africain sur la grille. « Cela pourrait accélérer la volonté politique d'accueillir la F1 », assure Gaël Angleviel. « Mais si l'on regarde le cas de la France par exemple, il y a actuellement trois pilotes français sur la ligne de départ. Et aucun Grand Prix de France. » Lewis Hamilton participera-t-il à une course sur le continent africain avant de prendre sa retraite, comme il l'espère ? À 41 ans, le septuple champion du monde, déjà sur la grille depuis 20 ans, risque plutôt d'y assister en tant que spectateur. Car « les contrats actuels sont tous verrouillés », explique Marc Limacher. « Dans tous les cas, on ne verra pas de Grand Prix en Afrique avant au moins 2035. » À écouter dans Mondial sportsF1 : Lewis Hamilton, début de l'an 2 à Ferrari !

La première cargaison d'anodes de cuivre de RDC a été expédiée par le corridor de Lobito. Ces anodes viennent de la plus grande fonderie de cuivre d'Afrique, Kamao-Kakula, qui a démarré sa production fin décembre 2025. Elle est sortie de terre grâce à un investissement d'1,3 milliard de dollars. Avec une capacité de production de 500 000 tonnes d'anodes de cuivre par an et l'embauche de presque 1 000 employés, l'entreprise Kamoa Copper a développé un complexe majeur pour la région de Kolwezi. « Les coûts logistiques sont une partie très importante des coûts opérationnels du projet Kamoa-Kakula », explique Olivier Binyingo, le président du Conseil d'administration de la joint-venture Kamoa Copper S.A. C'est un premier argument qui a motivé la construction de cette fonderie d'ampleur. « En passant du concentré aux anodes, on divise plus ou moins les volumes par deux et donc les coûts en logistique sont également divisés par deux. Deuxièmement, il y a des aspects plus environnementaux. C'est une fonderie avec une technologie de pointe qui fait que les émissions de gaz à effet de serre sont très limitées. Mais en plus de cela, vu que les volumes à exporter sont nettement réduits, le transport par camion est également réduit », détaille le dirigeant. Il souligne également un troisième élément : l'alignement de la construction de la fonderie avec « la politique du gouvernement de la République démocratique du Congo, qui souhaite qu'il y ait plus de valeur ajoutée qui soit créée sur le territoire ». À lire aussiRDC: l'entreprise publique Gécamines va commercialiser une partie du cuivre extrait dans le sud du pays Un projet minier intégrateur Un projet majeur de transformation mené à son terme, grâce à des investissements importants de l'entreprise elle-même, notamment dans le secteur énergétique en coopération avec la société nationale d'électricité, la SNEL. « Nous avons été proactifs. Notre contrat de financement est à hauteur de 450 millions de dollars […], il a permis dans un premier temps de réhabiliter une première centrale hydroélectrique qui s'appelle Mwadingusha. Nous avons finalisé la mise en service de la turbine 5 de la centrale hydroélectrique Inga II. C'est cela qui a permis la mise en service de la fonderie et d'injecter davantage d'électricité sur le réseau national », explique Olivier Binyingo. Un projet salué même par des voix critiques telles que celle de Jean-Pierre Okenda, expert en Gouvernance des Ressources Naturelles. « Pour moi, c'est positif », confirme le directeur de Sentinelle des Ressources Naturelles. Un sujet d'attention pour la société civile demeure néanmoins : la bonne intégration des communautés locales dans le développement de cette industrie. « Il faut qu'on ait aussi une possibilité de trouver des quotas pour les communautés. Il ne faut pas que les mines soient éclairées et que les communautés environnantes soient dans le noir, même si on sait qu'il y a des paiements qui sont faits au niveau local pour aider à développer les communautés », ajoute Jean-Pierre Okenda, prenant l'exemple de Busanga où les riverains sont restés sans courant. Autre aspect de poids pour Kamoa-Kakula : l'exportation d'une part de la production d'anodes de cuivre par le rail, via le corridor de Lobito. Ce dernier est au cœur d'enjeux d'investissements des grandes puissances mondiales pour la sécurisation de leurs approvisionnements. À lire aussiRDC: Kamoa-Kakula, la plus grande fonderie d'Afrique, «est une opportunité et une responsabilité»

L'Afrique du Sud est le seul pays du continent à posséder une centrale nucléaire opérationnelle pour produire de l'électricité. C'est celle de Koeberg, près du Cap. Alors que d'autres nations africaines étudient des projets de développement du nucléaire, et que l'Égypte s'est même lancée dans un projet de construction d'une centrale nucléaire, le gouvernement de Pretoria envisage d'étendre sa production et de développer de nouvelles unités. De notre correspondante à Johannesburg, Selon son dernier plan énergétique national, l'Afrique du Sud voudrait produire 5 200 mégawatts supplémentaires grâce au nucléaire d'ici 2039, et même doubler cette capacité si des modèles viables sont trouvés. Un grand pas en avant par rapport aux 1 860 mégawatts générés actuellement par l'unique centrale de Koeberg. Pour Knox Msebenzi, du syndicat du nucléaire Niasa, c'est nécessaire afin d'offrir un socle stable au pays qui sort d'une longue crise énergétique. « Tout réseau a besoin d'une source d'énergie ajustable, c'est-à-dire une énergie dont on peut contrôler et adapter la production selon la demande. Le nucléaire permet ça, affirme-t-il. Et étant donné qu'environ 80 % de notre énergie dans le pays repose sur le charbon, et au vu des engagements pris par notre gouvernement en matière de réduction d'émissions carbone, cela fait sens de mettre hors service des centrales à charbon tout en développant une autre source d'énergie en continu. » Ainsi, le nucléaire représenterait toujours environ 5 % de la production d'électricité, car le gouvernement entend également développer les énergies renouvelables à beaucoup plus grande échelle. Cependant, s'engager dans la construction d'une nouvelle centrale n'est pas sans risque, notamment sur le plan financier, selon Hartmut Winkler, professeur de physique à l'université de Johannesburg. « On doit attendre longtemps avant la mise en service. Or, les technologies dans le secteur se sont énormément développées en l'espace de dix ans, analyse-t-il. Donc, on a tendance à éviter de prendre une voie dans laquelle on devra ensuite s'engager à rester pour les 50 prochaines années. » À lire aussiEn 10 ans, l'Afrique a doublé ses capacités de production d'énergies renouvelables Inquiétude de la société civile La société civile s'inquiète également des risques de corruption qui planent au-dessus de tout mégaprojet. Elle n'a pas oublié par ailleurs la débâcle du contrat aux coûts exorbitants passé en 2014 avec la Russie pour relancer le nucléaire, finalement annulé par la justice. Pour la militante Makoma Lekalakala, de l'organisation EarthLife Africa, ce n'est donc pas la voie à suivre : « Le nucléaire, c'est dangereux, c'est coûteux, et il y a la question des déchets. Le problème de leur stockage est d'ailleurs loin de concerner uniquement notre pays. » L'Afrique du Sud entend également relancer son programme de petits réacteurs modulaires, mais les développements commerciaux de cette technologie sont pour l'instant encore timides. À écouter dans Le débat du jourFaut-il miser sur le nucléaire ?

Au Burkina, les importations et les exportations de produits céréaliers sont soumises à des autorisations spéciales, ce qui réduit fortement les échanges commerciaux avec les pays voisins. En Côte d'Ivoire ces derniers mois, producteurs et commerçants vivent difficilement le ralentissement de ces échanges commerciaux. Karim, la vingtaine, est agriculteur à Zoumananvogo, village proche de la frontière avec le Burkina. Cette année, ce jeune a produit trois tonnes de maïs. Problème : les prix ne sont pas intéressants. « Cette année, les prix sont trop bas. L'année dernière, un sac de maïs se vendait à 15 000 FCFA (environ 23 euros). Et cette année, c'est passé à 10 000 FCFA. Au final, le kilo de maïs revient quasiment à 100 FCFA. Ça m'a vraiment plombé. Avant la crise au Burkina, les échanges étaient faciles : les clients Burkinabè franchissaient la frontière, juste à côté, et je leur vendais mon maïs. Mais à cause de la crise sécuritaire, ils ne viennent plus. Je vends ma récolte à Ouangolodougou ». Ouangolodougou est un carrefour commercial au nord de la Côte d'Ivoire. C'est une ville tournée à la fois vers le Mali et le Burkina. Issa Coulibaly est commerçant. Une commande vient de tomber : des manœuvres transportent des sacs de céréales dans un camion. Ce commerçant se sent aussi pénalisé par la baisse des prix du maïs. « Quand le prix de ces produits vivriers, qu'ils (les producteurs, ndlr) doivent vendre, est bas, cela nous dérange. Car un prix aussi bas, tu sais que si tu l'achètes au paysan, il ne va pas s'en sortir demain. Ça ne va pas lui donner le courage de produire beaucoup, et nous, ça nous décourage. Donc le prix avec lequel tout le monde doit s'en sortir, c'est ce prix qu'on ne trouve pas ces derniers temps ». Des difficultés de trésorerie à l'origine du ralentissement Les commerçants affirment constater un ralentissement dans le commerce du maïs en direction du Burkina ces derniers mois. Un problème sans doute lié à des difficultés de trésorerie, estime Abdoulaye Ouattara, le vice-président des commerçants de Ouangolodougou. « Quand on commence les récoltes, les produits sont là, mais l'écoulement est difficile. Tant que les pays voisins ne viennent pas faire des achats dans la zone, c'est difficile d'avoir des prix abordables tels que les paysans souhaitent avoir. Ensuite, on a du mal à écouler (le maïs, ndlr) dans notre propre pays. Quand on fait partir quelques camions, on remarque que le marché est lent. Tout est à crédit. Cela fatigue beaucoup les commerçants ». Ce responsable évoque des difficultés similaires pour le commerce de mil et de sorgho. Producteurs et commerçants misent donc sur d'autres produits, comme l'anacarde, dont une partie des ventes est vouée à être transformée localement.

Le gombo, que l'on retrouve d'ordinaire dans l'assiette des Sénégalais en soupe kandia, commence à se faire une place dans leurs salles de bain. Ce légume gluant, riche en antioxydants, possède des vertus hydratantes et anti-âge qui séduisent désormais les marques de cosmétiques locales. Reportage dans une entreprise dakaroise qui mise sur ce nouvel or vert. (Rediffusion) Avec notre correspondante à Dakar, Dans le laboratoire de la marque Trésors d'Afrique, à Dakar, on s'affaire autour des préparations. En blouse blanche, les employées ont des allures de scientifiques. « Ici, c'est pour la recherche et développement. Il nous arrive ici, au laboratoire, de changer un produit, ou bien de créer un nouveau produit », explique Ndeye Thiaba Diouf, la directrice des opérations, qui nous fait la visite guidée. Ici, avec la gamme « Chouette mama », priorité aux produits locaux : aloe vera, bissap, karité, mais aussi le gombo, ce petit légume vert et gluant qu'on connaît surtout en cuisine. Ndeye Ndiapaly Diouf, responsable du laboratoire émulsion, en extrait le jus. « Ici, on fait des crèmes, des laits et des sérums. Le lait de gombo, on le fabrique à base de gombo naturel frais qu'on achète au marché, et toujours avec de l'eau déminéralisée. On met de l'eau et on laisse macérer jusqu'au lendemain », détaille-t-elle. 27 000 produits Trésors d'Afrique vendus Ce mucilage, un jus épais issu du gombo, est intégré à plusieurs produits : shampoings, crèmes pour le visage ou pour le corps... Très hydratant, le légume se révèle aussi un puissant anti-âge. « De la même manière que le baobab traite l'acné et la peau grasse, le gombo, son travail, c'est l'anti-âge. À partir de 25 ans, on commence à ne plus avoir le collagène dont on en a besoin pour avoir une peau lisse et tout ce qui va avec. Donc le gombo est là pour compléter cela », promeut-elle. Ce secret est encore méconnu au Sénégal, où le gombo reste surtout associé à la soupe kandia. Seules quelques femmes l'utilisent déjà pour nourrir leurs cheveux. Chaque année, 27 000 produits Trésors d'Afrique sont vendus dans plusieurs points de vente au Sénégal, mais également en ligne vers l'étranger. « D'après les études qu'on a fait, ce sont les étrangers, les expatriés et même les Sénégalais qui viennent de l'extérieur qui achètent plus nos produits. La marque, malheureusement, est connue plus à l'étranger qu'au Sénégal », note Ndeye Ndiapaly Diouf. À lire aussiPensez à consommer du Gombo ! Le marché global des cosmétiques pour l'Afrique est en plein boom Pour les producteurs, c'est une nouvelle filière pleine de promesses. À Thiès, Mamour Gueye, producteur de gombos qui exporte une partie de sa production vers la France, y voit un débouché local bienvenu. « C'est plus avantageux de vendre sur le marché local que de faire de l'export », assure l'agriculteur. « Sur le marché local, il n'y a pas de contrainte. Par contre, quand tu envoies ton gombo, deux jours après, on te fait des réclamations sur le noircissement du produit. Tout ne peut pas aller à l'exportation. Donc s'il y a de la transformation, c'est vraiment une bonne chose », poursuit Mamour Gueye. Le marché global des cosmétiques pour l'Afrique est en plein boom. Il devrait passer de 3,87 milliards de dollars en 2024 à plus de 7 milliards en 2033. À lire aussiEntre modernité et tradition : les routines beauté qui marchent

Alors que les minerais critiques de la RDC sont l'objet de toutes les convoitises, l'Entreprise générale du Cobalt (EGC) renforce sa mission d'assainir la filière artisanale du minerai bleu. En novembre 2025, elle a exporté 1 000 tonnes de cobalt qualifié de « propre » provenant du secteur artisanal. De l'extraction à la commercialisation, l'entreprise applique un processus de traçabilité et de contrôle, mais se heurte à plusieurs défis. Avec notre envoyée spéciale à Kolwezi, Denise Maheho Il y a sept ans, la République démocratique du Congo lançait l'Entreprise générale du cobalt, l'EGC. L'objectif était clair : remettre de l'ordre dans l'exploitation artisanale de ce minerai stratégique, indispensable aux batteries et à la transition énergétique. Depuis l'an dernier, l'EGC s'approvisionne auprès de deux coopératives minières, installées sur les sites artisanaux agréés de Kamilombe et de « Menuiserie », à Kolwezi. Pour les autres, la porte n'est pas fermée, mais le passage est strictement encadré. « Il faut d'abord qu'on fasse une conformité administrative pour s'assurer que cette coopérative est en règle avec l'État, explique Raphael Mbaya, consultant assistant à la direction de conformité de l'EGC. Il faut aussi que l'on s'assure que la coopérative travaille sur un site protégé, qui lui est octroyé par l'État à travers le service de Saemape (Service d'assistance et d'encadrement des exploitants miniers artisanaux, NDLR) qui lui délivre un avis technique. Et puis, en menant une enquête, on s'assure qu'il n'y a pas de travail des enfants, ni de présence de militaires sur le site. » À lire aussiMinerais stratégiques : l'Afrique face au défi des contrats équitables Absence des zones d'exploitation artisanale L'EGC veut tracer, sécuriser et moraliser toute la chaîne. À Kolwezi, la coopérative Comakat est justement en discussion avec l'entreprise publique. Pour ses responsables, un partenariat avec l'EGC pourrait changer la donne. « Ce que nous avons toujours déploré, regrette Michel Bizimungu, le directeur général adjoint de la Comakat, c'est la minoration de la teneur de nos produits. Nous croyons qu'avec l'EGC, la situation va s'améliorer. » Ces dernières années, les mineurs artisanaux sont souvent accusés de voler des minerais dans les concessions des entreprises minières. « À ce stade, on ne peut pas parler de l'assainissement de l'exploitation tant qu'il n'y a pas de zones octroyées aux mineurs artisanaux », explique Josué Kashal, directeur du centre d'aide juridico-judiciaire à Kolwezi. En 2024, la Gécamines a officiellement cédé cinq carrés miniers à l'EGC. Mais ces sites nécessitent des travaux de sondage et de découverture. À écouter aussiLes quotas congolais maintiennent le marché du cobalt sous tension