Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Economie, votre rendez-vous de l'Economie africaine sur RFI. *** La chronique Afrique Economie diffusée le dimanche est remplacée pa…

Les créateurs africains s'exposent aux Galeries Lafayette. Dans ce lieu emblématique de la mode, neuf créateurs ont été sélectionnés pour proposer leurs collections aux clients de cette enceinte historique. Une opportunité pour l'industrie de la mode africaine de vendre et de se faire connaître lors de cette 2e édition du pop-up Africa Now. « Être aux Galeries Lafayette, qui est quand même le centre du luxe à Paris... C'est d'abord une chance pour nous d'être ici », se réjouit Eric Resina, qui finalise la préparation de ses portants. Entre fourrures de soie et dentelles de raphia, le créateur propose des collections colorées et très texturées. Ce Malgache d'origine a déjà travaillé avec les maisons Yves Saint Laurent ou Christian Lacroix, pour lui, l'intérêt est vraiment de promouvoir la mode africaine. « Je suis ici pour réellement présenter Madagascar avec toutes ces couleurs, toutes ces matières que j'essaie d'interpréter, pas seulement en utilisant les matières de mon pays, mais aussi parce qu'il y a des résonances qui sont importantes, explique-t-il. Il y a des souvenirs des gens qui sont déjà passés à Madagascar, qui peuvent en fait retrouver dans ma collection ici, et c'était un peu pour les faire rêver. » Une nouvelle clientèle À côté, se tient le présentoir de la Sénégalaise Hélène Diouf. Elle fait un bilan très positif de la première édition : « L'année dernière, on avait fait presque sold out à la première semaine. Et on reprend la même chose cette année aussi. En tout cas, nos boubous, on les vend très bien. Les boubous aux Galeries Lafayette, ça marche très bien. » Être présente aux Galeries Lafayette a permis d'ouvrir les collections de sa marque Sisters of Africa a une nouvelle clientèle venue de Londres, mais aussi du Qatar ou des Émirats. « On a beaucoup de clientes qui reviennent sur le site internet maintenant pour venir acheter. C'est ça qui est bien en fait. Au-delà de la vente, c'est cette connexion entre nos clientes qui sont un peu partout, qui viennent, qui touchent, qui essaient et après reviennent sur le site pour acheter. Donc oui, ça nous a drainé aussi une ouverture qu'on n'espérait pas, mais qui est là », détaille-t-elle. Et si elle n'aime pas parler d'argent, elle reconnaît avoir fait un bon chiffre d'affaires. Soutenir l'industrie africaine Valérie Ka est fondatrice d'Africa Fashion Up, le grand défilé de mode africaine à Paris et partenaire de ce pop-up. « L'année dernière, la vente Africa Now a été la meilleure vente aux Galeries Lafayette. Donc comme quoi, les créateurs africains vendent. C'est plus qu'une fierté. J'en ai rêvé », se réjouit la femme d'affaires. Il est temps donc de « prendre l'industrie de la mode africaine au sérieux », pointe-t-elle. « Il y en a beaucoup qui habillent des célébrités qu'on voit à la télé, mais on ne sait même pas que ce sont des créateurs africains. On a des créateurs qui ont habillé Theresa May, la princesse de Monaco, Fally Ipupa », rappelle-t-elle fièrement. Et de plaider pour plus de soutien pour cette industrie : « La marque africaine, elle marche véritablement. C'est un enjeu économique assez important. Jusqu'à présent, je trouve qu'en Afrique, on n'a pas encore pris sérieusement l'aspect accompagnement sur les industries créatives, notamment la mode. On voit ça un peu comme un deuxième ou troisième métier. Ce n'est pas pris très au sérieux. » Pourtant, rappelle-t-elle, les hommes et les groupes les plus influents « vendent des vêtements, des chaussures, des accessoires. Donc, à un moment donné, il faut qu'ils prennent au sérieux nos créateurs africains ». En plus de ces trois semaines de vente, un grand défilé est prévu fin juin au musée du Quai Branly, où une exposition consacrée à la mode africaine a lieu jusqu'au 12 juillet. À lire aussiAvec l'exposition «Africa Fashion», la mode africaine affiche ses racines et sa diversité à Paris

Au Sénégal, l'activité minière d'Eramet a repris à 30% de son niveau habituel depuis fin avril dans la région de Grande-Côte. Le site où sont produits des sables minéralisés (tels que le zircon ou l'ilménite) avait été touché par un incendie en février. Quelles perspectives pour les employés et pour le budget de l'État sénégalais, qui perçoit une part des revenus d'Eramet ? Eramet a payé 76 millions d'euros sous forme d'impôt et de taxes à l'État sénégalais en 2025 sur une contribution totale estimée à 230 millions d'euros par le groupe français, qui comptabilise aussi notamment les achats locaux, la masse salariale et les investissements communautaires. Cette année, la chute de l'activité se fera inévitablement sentir, confirme Frédéric Zanclan, directeur d'Eramet Grande Côte : « Sachant qu'on sera cette année à un peu plus du tiers de notre production nominale, cela impliquera une baisse de ces contributions. Mais à ce stade, nous n'avons pas encore les chiffres. » Avant l'incendie de février, Eramet était le sixième contributeur minier au budget de l'État du Sénégal. La diversification des revenus miniers et extractifs du pays, avec des volumes exportés de gaz et de pétrole supérieurs aux prévisions et un cours des hydrocarbures favorable, devrait permettre d'atténuer la baisse de la contribution d'Eramet, selon Youga Sow, consultant en stratégie dans le domaine minier et fondateur du cabinet Advise Africa. Mais l'impact ne sera pas neutre ajoute t-il : « L'État devrait retomber sur ses pattes mais il faut relativiser, car c'est un État qui est endetté et qui fait face à beaucoup de problèmes économiques et où l'économie est quasiment stagnante, chaque sous compte, donc ce qui se passe à Eramet ne peut pas être sans impact sur les revenus de l'État, et il n'y a pas que les revenus collectés par l'État, on parle aussi d'emplois. » À lire aussiLe fonds d'investissement Orion CMC aurait des visées sur le groupe français Eramet Un coup social et humain important Seule une partie des employés a en effet été rappelée pour relancer la production en avril. Ceux qui sont au chômage, mais salariés directs d'Eramet, bénéficient en attendant leur retour d'un dispositif de soutien, précise Frédéric Zanclan : « À titre illustratif, pour la tranche ouvrière, on reverse jusqu'à 73% du salaire ; le plancher minimum est d'environ 50% pour l'ensemble des salariés. » Ces mesures concernent une minorité de salariés : sur 3 000 employés d'Eramet, environ 2 500 ne sont pas directement rattachés au groupe français et ne bénéficient donc pas de la même prise en charge : « Nous avons des sous-traitants, des prestataires, des intérimaires, qui eux, en fonction de la stratégie de leur entreprise, sont soit au chômage technique, même parfois en licenciement pour motif économique. » Un aspect social et humain qui est le plus important aux yeux de Youga Sow : « Ces acteurs-là vivaient jusqu'ici de cette activité autour d'Eramet. Si Eramet est contraint, pour des raisons technico-économiques que nous pouvons comprendre, de réajuster son modèle, cela va forcément se faire au détriment des revenus engrangés par les sous-traitants et les employés. » Retour à la normale au 1er trimestre 2027 ? « La question c'est comment cela sera géré, quel est le modèle de transition qui sera mis en place pour atténuer les effets négatifs, quel est l'horizon, qu'est-ce qui est projeté ?, s'interroge le fondateur du cabinet Advise Africa. Est-ce qu'on est parti pour six mois, pour neuf mois et dans combien de temps la situation va être rétablie ? Est-ce qu'il y a un plan de retour à la normale ? Plus, il y a de transparence dans les éléments d'information communiqués et dans le traitement de la situation, plus les parties concernées seront enclines à comprendre la situation. » Eramet confirme que son projet de produire un million de tonnes de sables minéralisés cette année n'est plus d'actualité et que le volume 2026 se situera entre 300 000 et 400 000 tonnes. « Nous sommes dans la phase d'appel d'offres, recrutement de prestataires et l'achat des équipements nécessaires pour redémarrer l'usine mobile flottante – affectée par l'incendie, NDLR – si le projet est bien mené, nous espérons revenir à 100% de notre capacité nominale au premier trimestre 2027 », précise Frédéric Zanclan. À écouter aussiAu Sénégal, la mine mobile d'Eramet accusée de détruire le désert et l'économie locale

De plus en plus de touristes asiatiques et notamment chinois viennent en Tunisie et veulent découvrir le pays autrement, pas seulement via ses stations balnéaires. Des créateurs de contenu chinois ont été invités au printemps pour valoriser la destination. L'objectif du pays est d'attirer 30 000 touristes chinois d'ici la fin de l'année 2026. Leur nombre est en plein essor et a augmenté de 15% entre 2024 et 2025 malgré l'absence de ligne aérienne directe entre Pékin et Tunis. Après une visite du site archéologique de Dougga dans le nord-ouest de la Tunisie, place au repas pour le groupe d'influenceurs et youtubeurs chinois venus visiter la Tunisie. En plus de déguster des spécialités locales, telles que le sanglier, le groupe a pu découvrir plusieurs lieux inédits du pays, hors des sentiers battus. « C'est la diversité culturelle de la Tunisie qui attire énormément de touristes chinois, qui cherchent vraiment des expériences authentiques. On a le Sahara, on a la mer, on a surtout les différentes civilisations, Carthage, romaine, arabe », explique Amandine Wu, chargée de la communication de l'Office national du tourisme tunisien en Chine. Anouar Chetoui, représentant de l'Office national du tourisme tunisien en Chine, explique que ce voyage a été spécialement organisé pour promouvoir le pays auprès du marché chinois : « Ce voyage a également mis en avant les hôtels haut de gamme, le golf, les maisons d'hôtes et les expériences authentiques comme la cueillette des olives afin de montrer que notre destination offre bien plus qu'un tourisme balnéaire classique avec des expériences variées et adaptées au marché chinois. » À lire aussiLa Tunisie et le Maroc connaissent une année touristique 2025 en demi-teinte À la recherche d'un tourisme authentique Le « marché chinois » se divise en plusieurs catégories, explique Anouar Chetoui : « Les groupes organisés, bien sûr, le produit "Miles" pour les événements et le tourisme d'affaires à forte valeur, les familles pour des expériences culturelles ainsi que les "FIT", les individuels pour un tourisme individuel, authentique et sur mesure. » Ce tourisme sur mesure séduit Qong Niha Jam, spécialiste des vidéos de voyage qui compte plusieurs millions d'abonnés sur les réseaux sociaux chinois : « C'est vraiment super, vraiment, j'adore franchement. La jeune génération n'est pas intéressée par des voyages organisés, ils veulent voyager et découvrir par eux-mêmes, donc je pense que ce type de destination peut les séduire. » Ce marché en pleine croissance représente un véritable atout économique pour la Tunisie, car un Chinois dépense quatre fois plus en moyenne en voyage qu'un touriste européen. À lire aussiEn Tunisie, le Dahar, un géoparc classé au patrimoine mondial de l'Unesco

En Côte d'Ivoire, plus d'un millier de véhicules électriques sont en circulation. Silencieuses et sans carburant, ces voitures sont présentes surtout dans le secteur des VTC où elles offrent des coûts d'exploitation réduits. Mais malgré cette montée en puissance, des défis persistent : un prix d'achat encore élevé, des bornes de recharge insuffisantes et une forte dépendance aux importations. Reportage de notre correspondant à Abidjan, À bord d'un véhicule électrique, Mouhamed Kanaté enchaîne les courses dans les rues d'Abidjan. Chauffeur VTC depuis deux ans, il verse une recette journalière de 28 000 FCFA à son employeur. Mouhamed est comptable de formation et passionné par les questions environnementales, il a choisi l'électrique pour alléger ses dépenses quotidiennes et améliorer sa rentabilité : « Contrairement aux véhicules thermiques, quand vous rechargez, le minimum, c'est 20 000 FCFA. Or pour l'électrique, le maximum, c'est 13 000 FCFA. Donc vous pouvez travailler en deçà de 20 000 FCFA et puis avoir un bénéfice sur l'activité qui va vous permettre de prendre soin de votre famille, tout ce qui est charge. C'est vraiment rentable. » Les trois principaux opérateurs de VTC présents sur le marché ivoirien misent désormais sur ce type de véhicule. Selon les acteurs du secteur, près de 300 sont actuellement utilisés pour le transport urbain à Abidjan. Mais le développement de cette mobilité verte se heurte encore à plusieurs obstacles : un coût d'acquisition élevé – pas moins de 14 millions de FCFA par véhicule. À cela s'ajoute un nombre encore limité de bornes de recharge : seulement une centaine à travers le pays. Les réparations sont souvent complexes en cas de panne, explique Mouhamed Kanaté : « Les difficultés sont du point de vue entretien de l'équipement. La rareté des pièces mécaniques. Parce que, vu que ce sont des véhicules importés, pour l'instant, il n'y a pas un grand nombre de revendeurs de pièces détachées. » Mesures incitatives pour les investisseurs Face à cette demande grandissante, plusieurs concessionnaires étoffent leurs offres. C'est le cas de Sinoafrik, représentant des marques chinoises à Abidjan. Dans son showroom, à Cocody, SUV et berlines électriques occupent désormais une place de choix. Mais au départ, il a fallu rassurer et convaincre les clients. « On les a incités à mieux connaître le modèle, à savoir que c'est encore plus économique et avantageux pour eux-mêmes, explique Reine Trésor Gosset, commerciale. Maintenant il y a une réelle demande, il y a plus d'intérêt d'achat que de curiosité. Les modèles les plus prisés actuellement, ce sont les modèles pour le VTC et des petites voitures de 25 places. » Le ministère des Transports affirme vouloir accompagner cette transition vers une mobilité plus verte, notamment à travers des mesures incitatives destinées aux investisseurs. « Aujourd'hui, on a dans le code des investissements beaucoup de facilitations qui existent pour faire la promotion et pour faciliter l'installation des investisseurs, explique Jean-Marc Atché, le directeur de la planification et des projets. Nous accompagnons pas mal de projets en cours, notamment une grande usine qui doit être construite, qui va servir à faire l'assemblage des véhicules électriques sur place en Côte d'Ivoire. » L'État ivoirien souhaite montrer l'exemple : d'ici 2030, 10 % du parc automobile de l'administration devrait être constitué de véhicules électriques. À écouter aussiPourquoi les taxis-motos déferlent sur les villes africaines?

Il y a un an, le Gabon annonçait sa volonté de ne pas renouveler l'accord de pêche signé avec l'Union européenne et qui permettait jusque-là à une trentaine de navires européens de venir pêcher des espèces thonières dans les eaux gabonaises. Le gouvernement gabonais juge « insuffisante » la contribution financière de 2,6 millions d'euros que lui versait l'UE. À quelques jours de la date d'expiration, le 28 juin prochain, les négociations se poursuivent mais s'annoncent difficiles. Le compte à rebours est lancé : sauf surprise, à compter du 29 juin 2026, plus aucun bateau européen ne pourra pêcher dans les eaux gabonaises, une première depuis près de 40 ans. « Les premiers accords de pêche entre l'UE et le Gabon remontent à 1988, rappelle Maciej Berestecki, porte-parole de la Commission européenne et spécialiste des questions liées à la pêche. Cet accord est très important pour l'Union européenne mais, de notre point de vue, il bénéficie aux deux parties. Nous versons au Gabon une première contribution financière de 1,6 million d'euros en échange de l'accès aux eaux gabonaises et une deuxième d'un million d'euros en soutien au secteur de la pêche locale. » Soit un total de 2,6 millions d'euros par an auquel s'ajoute un million d'euros par an versés directement par les armateurs européens. « Nous ne pouvons plus accepter un modèle où nos ressources sont simplement exportées brut » « Ces contributions financières et le soutien à l'économie locale étaient minimes par rapport à la richesse prélevée, balaye Aimé Martial Massamba, ministre de la Mer, des Pêches et de l'Économie bleue du Gabon. L'Union européenne a manifesté la volonté de négocier un nouvel accord "gagnant-gagnant", ce qui sous-entend que le précédent ne l'était pas au profit du Gabon. » À moins de 15 jours de l'échéance, les négociations s'annoncent difficiles, d'autant que les exigences du Gabon ne sont pas seulement financières. « Cet accord ne répondait plus aux ambitions de développement du Gabon. Nous ne pouvons plus accepter un modèle historique où nos ressources sont simplement capturées, exportées brutes sans aucune valeur ajoutée créée sur le sol gabonais », insiste le ministre. À lire aussiLe Gabon annonce rompre son accord de pêche avec l'Union européenne Un modèle de pêche durable ? Les Européens se disent prêts à étudier toutes les propositions du gouvernement gabonais, tout en rappelant qu'à leurs yeux ils ne font pas concurrence aux pêcheurs locaux. « Les bateaux européens ne sont autorisés à pêcher que les espèces de poissons que le Gabon ne cible pas, comme le thon tropical, rappelle Maciej Berestecki. Il n'est pas question de toucher aux ressources côtières exploitées localement par les pêcheurs artisanaux. » De plus, l'UE assure se baser sur un comité scientifique pour n'autoriser à la pêche que les stocks excédentaires. Mais l'engagement affiché des Européens en faveur de la pêche durable ne convainc pas Aliou Ba, responsable de la campagne Océan pour Greenpeace Afrique : « Pour que ces accords puissent être durables, il faudrait que ces navires ne puissent pas utiliser des moyens de pêche destructifs comme le chalut de fond, pointe-t-il. Enfin, même si l'objectif est d'approvisionner le marché européen, il faudrait que la transformation des ressources prélevées puisse être faite localement. » Avant le Gabon, le Sénégal avait déjà rompu l'accord de pêche signé avec l'Union européenne fin 2024.

C'est une des conséquences de la guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix du bitume. Le secteur des travaux publics est directement touché, notamment en Afrique où rares sont les fabricants. À Madagascar, comme dans beaucoup de pays du continent, on ne fabrique pas de bitume. « On importe la matière brute qui nous permet de faire de l'asphalte, sans bitume on ne peut pas faire de goudron », explique Richard Ferrazi, directeur de l'entreprise de BTP Colas sur la Grande Île. Dany Michael Ranivo, administrateur général adjoint d'Inframad, société qui supervise des chantiers à Madagascar, confirme qu'il n'y a pas d'alternative : « Il y a une variante, le béton armé, mais on ne peut pas s'offrir ça, c'est du luxe pour nous. » Pour des raisons de proximité géographique, le bitume est d'ordinaire importé à Madagascar majoritairement du Golfe : « Principalement le bitume venait du port de Jebel Ali, à Dubaï, et passait donc par Ormuz. Le bitume européen n'était qu'un complément. Aujourd'hui, c'est l'origine principale. Forcément c'est beaucoup plus long, il faut compter 45 à 60 jours de plus. » Ce changement de source d'approvisionnement a eu un impact inévitable sur le terrain, explique Richard Ferrazi. « L'arrêt a été brutal, il nous a fallu du temps pour nous retourner, on a perdu plus de deux mois sur certains chantiers, on ne revient que maintenant à la normale ». Deux mois plus tard, le bitume coûte 40 à 50 % de plus à Madagascar. L'impact se fait sentir aussi pour Inframad. « Cela peut retarder notre levée de caution bancaire ou retarder l'octroi de ressources que l'on voulait déployer sur d'autres projets », précise Dany Michael Ranivo. À lire aussiFace au blocage du détroit d'Ormuz, la Chine sécurise ses stocks d'hydrocarbures Renégocier les contrats pour absorber la hausse des prix En Guinée, la tonne de bitume a augmenté d'environ 200 dollars en trois mois, soit une hausse de plus de 20 %. Certains des contrats peuvent heureusement être renégociés, explique Mory Diaka Kaba, directeur adjoint de Guiter, la société guinéenne de terrassement routier : « Il existe des contrats dans lesquels nous avons négocié une actualisation, ce qui nous permet d'ajuster ces coûts, mais dans d'autres contrats, ce n'est pas prévu et nous sommes obligés de grignoter dans notre marge, voire d'aller jusqu'à des pertes financières. » Au Cameroun, le Code des marchés offre la possibilité de réviser les prix. Stéphane Edouma, directeur adjoint de MAG, un des gros acteurs du BTP – qui réalise actuellement l'entrée de la ville de Douala, soit un marché de 30 milliards de FCFA –, envisage de déposer un dossier de révision « pour pouvoir rentrer dans ses frais ». Stéphane Edouma assure avoir réussi à honorer ses engagements et ne déplore pas d'arrêt de chantier. Les prochains appels d'offres seront certainement négociés différemment, explique-t-il, et vont inciter les entrepreneurs à être plus prévoyants : « Au vu des retards d'approvisionnement, on anticipera en mettant en place des stocks tampons afin de garantir nos plannings de chantier. Des leçons seront forcément tirées de cette crise soudaine. » En attendant la normalisation des prix, Mory Diaka Kaba explique acheter le minimum prévu par les contrats mais ajoute « qu'en raison du prix, le stockage est devenu pratiquement impossible. » En plus du prix du bitume, le BTP doit absorber la hausse de celui du carburant, un seul engin de chantier peut en consommer plus d'une centaine de litres par jour. À écouter dans C'est pas du ventCOP 16 : soigner les sols, c'est possible

Le Mondial 2026 de football est aussi une occasion d'investir pour certains opérateurs économiques. C'est le cas d'Orange et New World TV, un groupe togolais, qui ont signé un partenariat renforcé pour la diffusion de l'intégralité des matchs dans plusieurs pays d'Afrique francophone. « Concrètement, nos utilisateurs pourront découvrir via Max It les offres de NWTV, y souscrire, payer directement via l'écosystème Orange et accéder immédiatement au contenu depuis leur smartphone, tablette et bientôt la télévision connectée », détaille Sofia Nadir, directrice partenariat pour Orange Moyen-Orient Afrique (OMEA). Max It, l'application développée par le groupe, est disponible désormais dans neuf pays francophones d'Afrique subsaharienne et permet à Orange et New World TV d'élargir le partenariat qu'ils avaient conclu en 2022 pour proposer les matchs, en streaming, avec « la garantie de ne pas surconsommer de datas et de regarder la compétition en toute légalité », précise Sofia Nadir. La Coupe du monde 2026 est, pour chacune des deux parties, l'opportunité de séduire de nouveaux abonnés et donc un investissement très stratégique, explique Gérard Akindes, économiste du sport : « Orange a déjà une position dominante sur le marché francophone. Le groupe va donc fidéliser sa clientèle et peut-être se positionner de plus en plus sur le sport et la diffusion du sport par téléphonie mobile. C'est un espace qui prend beaucoup d'ampleur sur le continent. » Plus de visibilité pour New World TV Contrairement à Canal+, diffuseur historique des compétitions sportives qui a les droits en Afrique anglophone via SuperSport, New World TV est un opérateur « entrant », c'est-à-dire encore jeune sur le marché, qui a besoin d'élargir son champ d'influence, ajoute Gérard Akindes : « Pour New World TV, l'intérêt, c'est de revendre une partie de leurs licences, de faire du sublicensing, et de récupérer ainsi en partie leur mise, pour arriver sans trop d'effort à atteindre une plus grande audience via la diffusion par téléphone. » Louis Biyao, conseiller juridique de New World TV, confirme l'intérêt du groupe de voir Orange relayer sa chaîne : « Cela nous apporte commercialement et aussi en termes de visibilité. On multiplie les canaux de diffusion par le monde pour avoir accès à nos produits et Max It d'Orange ne sera pas de trop. » En parallèle de son offre dans les pays francophones, Orange a également établi des accords avec d'autres détenteurs de droits audiovisuels que New World TV, avec un objectif affiché : garantir une couverture exhaustive de la compétition dans les 18 pays de la zone Moyen-Orient-Afrique où le groupe est présent. À lire aussiMondial 2026: et maintenant, s'ouvre la Coupe du monde de la démesure

Le salon de l'industrie agroalimentaire africain International Food show for Africa a fermé ses portes mercredi 10 juin en Tunisie. Un grand rendez-vous qui est l'occasion pour les professionnels de l'agroalimentaire – fabricants, détaillants, professionnels de la restauration, importateurs et distributeurs – de réfléchir à des solutions susceptibles d'améliorer leurs échanges. À l'heure où le contexte géopolitique force beaucoup de pays vulnérables à revoir leurs importations et la logistique autour de la sécurité alimentaire, de nombreux acteurs africains plaident pour l'accélération des échanges intra-africains. De notre correspondante à Tunis, Dans le hall des expositions à la foire du Kram à Tunis, les échanges vont bon train pour l'Union des chambres de commerce sénégalaise, venue représenter les 14 chambres que compte le pays. Aliou Ndiaye en est le secrétaire général. Il évoque les nombreux défis au développement du commerce intra-africain : « Le principal défi aujourd'hui est le défi logistique, parce qu'il faut des routes pour que l'on puisse commercer entre les pays africains. » Autre défi de poids, souligne-t-il : celui de la formalisation. « Plus de 80% des entreprises sont informelles, et pour faire du commerce intra-africain, il faut du commerce formel », précise-t-il. Lors d'un panel sur les opportunités avec la Zone de libre-échange intercontinentale (Zlecaf), Aliou Ndiaye a insisté sur la nécessité pour le marché africain d'être plus compétitif. D'autant que les dynamiques d'import-export se redessinent avec la guerre russo-ukrainienne et au Moyen-Orient. « Même si on ouvre le marché de la Zlecaf, si le riz asiatique est moins cher et de meilleure qualité, les pays africains vont continuer d'acheter du riz asiatique », pointe Aliou Ndiaye. À lire aussiZLECAf : où en est le pari de l'intégration économique africaine ? 15 pays dans l'initiative du commerce guidé Tarek Boulmerka est le président de l'Association nationale des exportateurs algériens. Lui aussi insiste sur l'importance de construire de meilleures infrastructures : « La Mauritanie ou bien le Sénégal, la porte est juste à côté de l'Algérie. On est en train de faire une route, il ne nous reste que 600 kilomètres de voie terrestre [à construire]. Vous pouvez atteindre Nouakchott en un délai de 20 jours. » La priorité de la Tunisie est de booster les échanges avec son voisin algérien, son premier partenaire commercial africain. Ce dernier est très remarqué sur le salon avec ses 25 exposants. Mais la Tunisie souhaite également étendre ses échanges à plus de pays sur le continent. Elle est l'un des premiers pays à avoir adhéré à l'initiative du commerce guidé. Une initiative qui simplifie les procédures douanières, qui regroupe désormais 15 pays. « La nouvelle, c'est l'intégration la semaine dernière du Maroc et de l'Afrique du Sud à l'initiative du commerce guidé. C'est un ajout pour la Tunisie et notre économie », estime Oussama Ben Khalifa, de la chambre du commerce et de l'industrie tunisienne. Aujourd'hui, les échanges entre pays du continent ne représentent encore que 16% de l'ensemble de leurs flux commerciaux. À lire aussiL'inflation s'invite dans les préparatifs de l'Aïd en Tunisie

À quelques heures du coup d'envoi de la Coupe du monde de football 2026, direction le Sénégal, où la compétition se vit aussi à travers les paris sportifs. Depuis cinq ans, le secteur s'est digitalisé. Plus besoin de se rendre jusqu'en boutique, quelques clics sur un téléphone suffisent pour miser. Résultat, de plus en plus de parieurs se lancent. Pour eux, le Mondial a déjà commencé. De notre correspondante à Dakar, Dans ce groupe de jeunes footballeurs, tous du même club de quartier, l'issue du match Sénégal-France du 16 juin fait débat. Tout semble possible, rien n'est écrit d'avance. Assane a déjà un plan en tête : « Je vais parier sur deux applications différentes, sur l'une la France et sur l'autre le Sénégal. Comme ça, j'aurai mes chances de gagner. Il y a un de mes potes qui m'a appelé pour me dire : "Assane, j'ai besoin d'argent, viens, on fait des paris." Je lui ai répondu : "Vas-y, on tente notre chance." » De son côté, Mohamed ne cache pas sa passion pour les paris. « Cela m'excite », rigole-t-il. Pour lui aussi, la fièvre des paris sportifs a commencé, avec le Mondial 2026 qui va commencer. Ce jeune Dakarois a déjà engagé des mises sur le match d'entrée des Lions de la Teranga face aux Bleus. « J'ai mis plein de combinaisons possibles. Premier ticket : le Sénégal va gagner. Deuxième ticket : les deux équipes vont marquer. Ensuite, Mbappé va marquer pour la France, Sadio Mané pour le Sénégal, détaille-t-il. J'espère que ça va se passer comme ça car si c'est le cas, je gagne ! » « On perd plus qu'on ne gagne » Le mois passé, Mohamed a parié pour 80 000 francs CFA (soit 122 euros) en tout. Sur cette somme, il cumule 30 000 francs CFA (45 euros) de perte nette. Des petites mises à chaque fois, mais des mises sur tous les championnats de la planète. « Toutes les compétitions, championnats, Ligue des champions, Coupe de France, aux États-Unis et même en Chine (rires). On n'a pas de limite en fait. Mais on perd plus qu'on ne gagne, cela il faut le dire », concède-t-il. Comme beaucoup d'autres Sénégalais, Mohamed a été happé par les paris sportifs juste après le Covid-19. À ce moment-là, les applications de paris fleurissent sur les écrans. Les pratiques changent. Malick Diouf est fondateur du Dakar Sport Summit, salon consacré à l'économie du sport. « On est un pays à majorité musulmane dans lequel les paris ne sont pas bien vus. Le fait que ça soit digitalisé lève le tabou et a permis à toutes les couches sociales de jouer sans être jugées », analyse-t-il. Le secteur est porté par trois poids lourds : l'opérateur russe 1xBet, l'entreprise française Betclic et le groupe sénégalais Sunubet. Depuis novembre 2025, ces sociétés voient leurs revenus taxés à hauteur de 20%. Même chose pour les gains des parieurs. « L'État gagne, mais l'argent que l'État collecte sur les paris sportifs doit servir à financer le sport professionnel mais amateur surtout », estime Malick Diouf. Période très attendue par les parieurs sportifs, le Mondial de football est aussi le moment de tous les excès. Des associations alertent contre des cas croissants de dépendance. À lire aussiBilan carbone désastreux, chaleurs extrêmes: le Mondial de football, symbole puissant du dérèglement climatique

La Côte d'Ivoire compte aujourd'hui plus de 400 000 points de service de mobile money selon l'Agence de promotion de l'inclusion financière – c'est 300 fois plus que le nombre total de distributeurs automatiques de billets. Les Ivoiriens utilisent les cabines au quotidien, pour déposer leur salaire, retirer de l'argent, mais les agents de mobile money sont parfois confrontés à un manque de liquidités qui pénalise leur activité. De notre correspondant à Abidjan, Fin d'après-midi au quartier d'Angré Château. L'heure de faire les courses ou de prendre les transports, mais sur ce carrefour très passant, la cabine de mobile money est à court de cash. Rosette est fataliste, elle est venue retirer 10 000 francs CFA – 15 euros : « Quand tu viens, ils n'ont pas ce dont vous avez besoin, c'est un truc qui arrive, donc on fait avec. » Assise dans la cabine jaune, la guichetière Nema fait patienter les clients : « Il y a des jours où il peut y avoir beaucoup de retraits et il nous arrive de manquer d'espèces. On s'excuse et on dit aux clients que nous sommes en mode dépôt. » Plutôt que de faire la queue, certains clients partent retirer ailleurs. Affoué est la gérante de la cabine. Pour cette ancienne comptable, perdre un client, c'est un manque à gagner : « Tu perds le client, et tu perds la commission du client, donc voilà pourquoi il faut bien s'occuper des clients afin que les commissions puissent augmenter et pouvoir dégager un bénéfice net. » Perte de clientèle, perte de rentabilité Les différents opérateurs de mobile money, comme Orange, Moov, MTN ou Wave, reversent une commission aux gérants de cabines. À titre d'exemple, ces derniers gagnent entre 20 et 60 francs CFA – entre 3 et 9 centimes d'euros – pour une transaction de 10 000 francs CFA – 15 euros. Plus il y a de transactions, et plus elles sont importantes en valeur, plus leurs revenus augmentent. La machine se grippe en cas de manque de cash ou de crédit. Les agents de mobile money sont obligés de fermer boutique pour se réapprovisionner auprès des opérateurs ou des banques. « Ils ont une perte de clientèle, ils n'ont pas assez de commissions, c'est pas rentable pour eux, ils sont obligés de fermer les agences pour aller chez les distributeurs. » À lire aussiGuinée : un manque persistant de liquidités handicape les commerçants La moto pour être plus réactif Gertrude Yapi est directrice des opérations de Leya, une startup abidjanaise qui a mis en place un service de convoyeurs de fonds à moto pour dépanner les points de service de mobile money : « On les approvisionne – en crédit – en moins de quatre minutes, et on envoie le cash en moins de 30 minutes pour satisfaire la clientèle. On permet aux points de vente d'avoir un chiffre d'affaires de 50 % en plus. » Leya revendique aujourd'hui plus de 3 000 clients actifs dans quatre villes de Côte d'Ivoire : Abidjan, Bondoukou, Bouaké et Korhogo. Pour l'économiste ivoirien Kassoum Timité, la continuité de service est essentielle pour soutenir l'activité économique en général : « Le mobile money s'adresse directement à la population dans le secteur informel, qui représente la plus grande part de l'activité économique en Côte d'Ivoire (il pèserait jusqu'à 40% du produit intérieur brut, selon le Fonds monétaire international, ndlr). Donc le manque de liquidités va ralentir les transactions et l'activité économique diminuera aussi. » En 2024, plus de 140 milliards de francs CFA – plus de 210 millions d'euros – étaient échangés via mobile money chaque jour selon l'agence ivoirienne de promotion de l'inclusion financière, près de quatre fois plus qu'en 2020. À écouter aussiLe paiement mobile en Afrique de l'Ouest : validé et adopté

Le poisson est la première source de nutrition pour près d'un Africain sur trois. La pêche pourrait représenter plus de 20 millions d'emplois directs et indirects sur le continent d'ici la fin de la décennie. D'où l'importance de protéger les réserves de poissons, aujourd'hui menacées par la surpêche. En 2022, les membres de l'Organisation mondiale du commerce se sont mis d'accord pour mettre fin aux subventions aux pêches les plus nocives. Mais sa mise en œuvre s'avère compliquée… Il aura fallu près de 25 ans de négociations aux membres de l'Organisation mondiale du commerce pour parvenir, en 2022, à un accord sur la fin des subventions à la pêche. En septembre dernier, deux tiers des membres l'ont officiellement ratifié, ce qui a permis son entrée en vigueur. « Historique, souligne la directrice générale adjointe de l'OMC, Jennifer Nordquist. C'est la première fois que nous avons un accord qui se concentre à la fois sur l'aspect économique ET sur la question de l'environnement. L'idée est de lutter contre les subventions néfastes alors que 35 % des réserves mondiales de poissons sont déjà menacées par la surpêche. » Depuis, 120 des 166 membres de l'OMC l'ont adopté, ce qui veut dire qu'ils se sont mis d'accord sur un premier volet concernant l'interdiction des subventions les plus nocives : celles qui, de fait, encouragent la pêche illégale ou non déclarée. Pour aller plus loin, il faudra parler aussi des subventions au carburant ou sur les bateaux, souligne la numéro 2 de l'organisation : « Le chronomètre est lancé, les membres ont 4 ans pour s'entendre sur le deuxième volet de cet accord. En cas d'échec, même la première partie de l'accord pourrait tout simplement disparaître », avertit-elle. À lire aussiMadagascar: à bord avec les Vezo, pêcheurs itinérants menacés par la surpêche « Les pays qui subventionnent fortement la pêche le font au détriment des petits États insulaires » Les négociations se poursuivent donc en coulisses. En attendant, l'OMC aide ses membres à faire respecter l'accord. « Nous avons mis en place un système d'aide financière à destination des économies les moins développées, explique Jennifer Nordquist à RFI. Cela a par exemple permis au Ghana de travailler avec les organisations de pêche locales pour lutter contre la pêche illégale. » Mais les choses ne vont pas assez vite pour le docteur Arvin Boolell, ministre de la Pêche et de l'Économie bleue de la République de Maurice : « Les pays qui subventionnent fortement la pêche le font au détriment des petits États insulaires en développement : cela met une énorme pression sur nos pêcheurs et entraîne l'épuisement des réserves de poissons. C'est pourquoi nous demandons à l'OMC de mettre en œuvre des mesures de suivi et de surveillance. » « Certains aspects du secteur de la pêche ont besoin d'être soutenus » Son homologue et voisin, Wallace Cosgrow, ministre de la Pêche et de l'Économie bleue des Seychelles, voudrait, lui, qu'on prenne mieux en compte les spécificités des États insulaires. « De mon point de vue, certains aspects du secteur de la pêche ont besoin d'être soutenus, particulièrement dans notre cas : quand on parle d'artisans pêcheurs locaux qui contribuent à la sécurité alimentaire de leur communauté », soutient-il. Une aide publique qui, selon lui, n'a pas forcément besoin d'être financière. Cela peut passer par la mise en place d'infrastructures ou une aide logistique à l'échelle locale. À lire aussiDix choses à savoir sur la surpêche, fléau des océans au fil des siècles

En Côte d'Ivoire, la campagne de commercialisation de l'anacarde bat son plein. Le Conseil Coton Anacarde table cette année sur un peu plus d'un million trois cent mille tonnes de noix, une production soutenue, à l'instar de ces dernières années, mais qui pourrait néanmoins baisser de 200 000 tonnes par rapport à l'année dernière. Certaines zones du pays connaissent des difficultés, notamment en raison du décalage des saisons des pluies, c'est le cas dans le Bounkani, dans le nord-est du pays. De notre envoyée spéciale de retour de Bouna, C'est une plantation d'anacardiers qui s'étend sur 3 ha. Cette saison, Kouamé Ouattara estime être au chômage technique, car son verger n'a quasiment rien produit. « Il y a trois ans, je pouvais gagner 500 kg par hectare. Mais maintenant, je n'arrive même pas à récolter deux sacs (d'anacardes) sur les 3 ha ». Selon ce paysan, la situation serait liée à un bouleversement dans la saison des pluies. « Normalement, on doit avoir de grandes pluies entre novembre et décembre qui permettent à l'anacardier de fleurir. Mais [cette année], la pluie s'est arrêtée en octobre, déplore-t-il. Octobre, novembre, décembre, janvier, février, il n'y a pas eu de pluie. Lorsque la floraison a échoué une fois, il faut attendre l'année suivante. Donc, la campagne a échoué ». Autre conséquence : les apiculteurs, qui entretiennent des ruches dans les plantations d'anacarde, se retrouvent avec des productions de miel quasiment inexistantes. « Nous n'avons pas assez de miel actuellement, souligne Koffi Ouattara, le président de l'association des apiculteurs de Koflangué. L'année passée, nous avons eu 100 litres de miel. Mais cette année, seulement 30 litres. Du coup, chez nous, c'est une perte ». À écouter dans 8 milliards de voisinsAura-t-on encore du miel et des abeilles à l'avenir? Des pratiques culturales à corriger Au-delà des raisons climatiques, cette situation serait liée à de mauvaises pratiques culturales, selon le Dr Sibirina Soro, enseignant-chercheur à l'université de Daloa et coordonnateur du projet national de recherche sur l'anacardier. « Tout cela est lié en grande partie à la densité du verger. Beaucoup de vergers sont sous forme de forêt : la densité de départ n'a pas été respectée, explique-t-il. Aujourd'hui, on est en train de conseiller aux planteurs de réhabiliter ces vergers pour qu'ils aient la densité intéressante. La moyenne préconisée est de 100 pieds/ha ». Sibirina Soro organise par ailleurs chaque année des formations pour lutter contre les insectes ravageurs. Il préconise un meilleur accompagnement des paysans car en Côte d'Ivoire, les producteurs n'utilisent pas de produits chimiques dans leurs champs d'anacarde. Ils sont donc plus exposés aux pertes en cas de mauvaise récolte. À lire aussiAnacarde en Côte d'Ivoire: vers un renforcement de la transformation locale?

Le fabricant panafricain de motos électriques Spiro a annoncé une levée de fonds record de 215 millions de dollars. Déjà implantée dans sept pays africains, l'entreprise veut étendre son réseau de stations d'échange de batteries et renforcer ses capacités de production. Un modèle qui séduit de plus en plus de conducteurs, mais qui exige des investissements considérables. De notre envoyé spécial à Nairobi, « Ici, nous réalisons plusieurs types d'assemblages : les motos, les racks d'échange de batteries, les batteries elles-mêmes ainsi que les chargeurs », explique Japheth Ruttoh, directeur de l'usine Spiro de Nairobi. Sur la ligne de production, les ouvriers fixent les selles, montent les roues et assemblent les porte-bagages. L'objectif est d'augmenter rapidement les capacités industrielles de l'entreprise. « Avec cette ligne d'assemblage, nous pouvons produire 150 motos en un seul poste de travail de huit heures. Cela concerne une seule ligne de production. Si la demande augmente, nous pouvons accroître davantage notre capacité », assure-t-il. Le pari des batteries échangeables Et la demande est bien au rendez-vous. En Ouganda, près de 30 000 motos électriques ont été vendues en 2025. Comme plusieurs de ses concurrents, Spiro a compris qu'en Afrique, les conducteurs cherchent avant tout à maximiser leur temps sur la route. Pour éviter les longues périodes de recharge, l'entreprise a développé un réseau de stations d'échange de batteries. « Nous fonctionnons selon un modèle de location de batteries : nous restons propriétaires des batteries et les conducteurs paient uniquement pour les échanger lorsqu'elles sont déchargées. Dans les stations dédiées, ils remplacent en quelques minutes leur batterie vide par une batterie rechargée. Ce système leur évite d'avoir à financer l'achat ou le remplacement d'une batterie et ils peuvent simplement continuer à travailler et à gagner de l'argent », explique Raymond Kitunga, directeur de Spiro Kenya. Un marché prometteur mais très concurrentiel Présente au Kenya, au Togo, au Bénin, au Rwanda et en Ouganda, Spiro a déjà déployé plus de 2 500 stations d'échange de batteries. Une stratégie qui nécessite d'importants financements. En moins de deux ans, l'entreprise a levé au total 365 millions de dollars. « Au Kenya, nous avons conclu des partenariats avec plusieurs distributeurs de carburant qui disposent d'un réseau couvrant tout le pays. Nous travaillons aussi avec l'Église catholique, qui nous aide à disposer de davantage d'emplacements pour ouvrir nos stations d'échange. Plusieurs grandes compagnies pétrolières nous ont aidés à déployer ce réseau afin que les utilisateurs puissent facilement trouver un point d'échange », détaille Raymond Kitunga. Mais la concurrence s'intensifie. Des acteurs comme Roam, Ampersand ou ARC Ride se disputent désormais le marché kényan de la moto électrique. Ils sont aujourd'hui cinq principaux acteurs sur ce segment. Spiro conserve toutefois sa position dominante et mise sur un argument central : un coût d'utilisation inférieur à celui d'une moto à essence, malgré les ambitions affichées par le Kenya avec son projet de méga-raffinerie annoncé en partenariat avec Aliko Dangote.

Comment favoriser le développement économique des zones côtières africaines sans mettre en péril l'océan et les écosystèmes ? Comment aider les populations à s'adapter aux conséquences du réchauffement climatique qui se font déjà sentir ? La réponse s'appelle l'économie bleue. Face à la baisse sans précédent de l'aide publique au développement, le secteur privé s'empare de plus en plus du sujet. « On cherche à avoir un impact qui est à la fois social et environnemental puisque les communautés côtières sont les premières affectées par la dégradation des océans », explique Yasmine Hamraoui, co-fondatrice de ForSea Invest, un fonds d'investissement basé à Maurice. Un portefeuille de 20 millions de dollars qui cible en priorité les start-ups travaillant à la préservation des océans sur le continent africain : « Cela va de l'énergie à la sécurité alimentaire en passant par le recyclage. Ce sont des activités qui recouvrent une activité très large de l'économie, mais qui trouvent leur source ou dont l'impact porte sur les océans. » Aider les start-ups comme les petits pêcheurs Pour autant, il n'est pas question ici de charité, explique l'entrepreneure : « On peut générer du profit tout en ayant un impact positif sur la planète et les personnes. Les deux ne sont pas incompatibles. En revanche il faut bien avoir conscience qu'on ne cherche pas un profit maximisé mais une durabilité de nos investissements dans le temps. » Alexis Grosskopf est le fondateur d'OceanHub Africa, un organisme basé en Afrique du Sud qui conseille, accompagne et finance les jeunes entreprises africaines. « D'un côté, nous aidons les start-ups dans l'économie bleue en Afrique à lever des fonds, mais nous aidons aussi un autre type d'entrepreneurs bleus : des petits entrepreneurs dans les communautés côtières rurales, comme des petits pêcheurs ou des agriculteurs d'algues, que l'on aide à s'adapter et à accéder aux marchés », détaille-t-il. À écouter aussiLa finance bleue : concilier développement économique et protection de l'océan Choisir de ne pas investir dans certaines activités nocives pour l'océan OceanHub Africa est présent dans 28 pays du continent. « Certains pays sont beaucoup plus difficile d'accès, soit pour des raisons de sécurité, soit par manque d'infrastructures économiques assez solides auxquelles on pourrait s'arrimer. » À l'inverse, certains ont pris de l'avance. « Si on parle technologie et start-ups, c'est le cas du Kenya, de la Tanzanie, de l'Afrique du Sud, de l'Égypte ou de la Tunisie. En Afrique de l'Ouest, on peut évoquer le Sénégal, la Côte d'Ivoire et même le Togo, qui n'a que 80 kilomètres de côtes mais qui, de plus en plus, facilite l'émergence de jeunes pousses dans l'économie bleue. » Pour favoriser l'émergence d'une économie durable de l'océan, il faut aussi faire des choix forts, explique Karen Sack qui dirige l'Ocean Risk and Resilience Action Alliance, une ONG spécialisée dans le financement de l'économie bleue : « On peut avoir un impact très fort en choisissant de ne pas investir dans certains domaines. Ce qu'on appelle les lignes rouges : les investissements dans l'extraction en mer du pétrole ou du gaz, ou les méthodes de pêche destructrices, par exemples. Si la finance et les assurance se retiraient de ces activités, l'impact serait énorme. » À lire aussiForum sur l'économie et la finance bleue : les pays insulaires africains face à l'urgence

Comment concilier développement économique et protection de l'océan dans un monde bouleversé par le réchauffement climatique ? C'est pour tenter de répondre à cette question que scientifiques, politiques, représentants des grandes institutions internationales, de la société civile et des milieux économiques se sont réunis du 27 au 29 mai à Monaco. Objectif : développer la finance bleue, notamment sur le continent africain. Alors que le réchauffement climatique bouleverse les écosystèmes marins, que les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient et que la montée du niveau des eaux menace l'existence même des populations côtières de nombreux pays, il y a urgence à repenser l'économie des océans. Une ambition portée par la Fondation Prince Albert II de Monaco et l'Institut océanographique de Monaco, qui ont réuni fin mai des décideurs, des ONG et des scientifiques au cœur de la Principauté. Les tentatives de mettre la finance au service de la protection de l'environnement ne sont pas nouvelles : les premières obligations vertes, les fameux « green bonds », ont été émises il y a bientôt 20 ans, en 2007. Il faut maintenant passer aux obligation bleues, explique Valerie Hickey, directrice environnement de la Banque mondiale : « Les "blue bonds" ne représentent que 18 milliards de dollars chaque année, contre plus d'un millier de milliards de dollars pour les obligations vertes. Mais la croissance est là. Le principe, c'est qu'un gouvernement, une municipalité ou une entreprise emprunte de l'argent pour investir dans des activités en rapport avec l'océan. » Favoriser la pêche responsable ou financer la protection des côtes Ces « activités en rapport avec l'océan » désignent par exemple le développement de la conversation marine, l'assainissement de l'eau, le renforcement de la protection des côtes ou encore la pêche responsable. « Au Kenya, nous avons aidé le gouvernement à investir dans des zones de débarquement pour que les pêcheurs puissent stocker leurs poissons en respectant la chaîne du froid et ne soient plus obligés de le vendre immédiatement, poursuit Valerie Hickey. Les femmes qui, souvent, vendent le poisson sur les marchés, peuvent ainsi décider quels poissons vendre et quand, pour le vendre au plus offrant. » En 2018, le gouvernement des Seychelles, État insulaire de l'océan Indien, avait émis la toute première obligation souveraine bleue. « Cela nous a permis de financer des petites entreprises mais aussi de favoriser le développement d'activités innovantes, de financer des start-up en lien avec la conservation de l'océan ou le développement économique des côtes, explique Wallace Cosgrow, ministre de la Pêche et de l'économie bleue du plus petit État africain. Des domaines qui jusque-là étaient délaissés. » À lire aussiOCDE: une baisse sans précédent de l'Aide publique au développement Alors que l'aide publique au développement venue d'Europe et surtout des États-Unis s'est effondrée, la tentation de se tourner vers le secteur privé pour financer l'économie bleue est grande. « La finance est un levier important, mais elle ne peut pas se substituer ni aux pouvoirs publics, ni aux scientifiques, ni aux producteurs, prévient l'ancienne ministre française Sylvie Goulard, qui co-préside désormais une initiative franco-britannique visant à financer la conservation et la restauration de la nature. La bonne finance est régulée, encadrée par les pouvoirs publics qui veillent à ce qu'il n'y ait pas de fraude ou ce qu'on appelle le "greenwashing", (''blanchiment écologique''). »

Starlink, Amazon Leo, Eutelsat... Le secteur de l'internet satellitaire dans le monde pourrait atteindre une valeur de 54 milliards de dollars d'ici 2035. Sur le continent africain, c'est le type de connectivité internet qui s'est développé le plus rapidement ces dernières années. Quelles sont les conséquences de l'arrivée de ces nouveaux acteurs sur les opérateurs existants ? Éléments de réponse avec le rapport présenté au Rwanda par l'Africa CEO Forum et Askya Investment Partners. De notre correspondante à Kigali, Premier constat : avec près de 86% de la population du continent couverte par internet, l'enjeu n'est plus d'étendre le réseau, mais de le rendre plus abordable, selon le journaliste scientifique et co-auteur du rapport, publié au mois de mai, Abdullahi Tsanni. Un défi auquel l'arrivée d'opérateurs internet satellitaires ne répond pas encore, explique-t-il : « Les principaux clients de Starlink en Afrique sont des entreprises, ONG, écoles, gouvernements ou foyers aisés, pas la classe rurale populaire. Le discours dominant met l'accent sur la couverture réseau et comment atteindre les zones les plus reculées. Mais le terminal coûte près de 400 dollars, en plus d'un abonnement mensuel entre 30 et 50 dollars. C'est hors de portée pour la majorité. » En trois ans, Starlink et ses satellites LEO, en orbite terrestre basse, ont étendu leurs activités dans plus d'une vingtaine de pays africains avec une présence au sol limitée, très différente des opérateurs télécoms traditionnels, ajoute l'auteur : « Starlink est, par exemple, contrôlé des États-Unis. Il y a peu d'infrastructures, et toute la chaîne de valeur est offshore. Les enjeux économiques sont donc systémiques. La télécommunication africaine aujourd'hui, c'est 220 millions de dollars en valeur économique, soit 7,7% du PIB du continent. C'est un secteur qui crée 8 millions d'emplois formels et 30 milliards de dollars de taxes annuelles. » Risque pour la sécurité des données Ce risque de fuite d'activités économiques est souligné dans le rapport qui pointe aussi le risque de perte en souveraineté numérique des pays africains. « Dans le modèle actuellement déployé sur le continent, il y a très peu de présence d'infrastructures souterraines, explique Babacar Seck, fondateur de la société Askya Investments Partners. Il n'existe pas de passerelles locales, donc les données ne sont pas traitées sur le continent. Cela crée non seulement un risque pour la sécurité des données, mais aussi une forme de dépendance. » Certains pays, comme la Namibie, ont rejeté l'arrivée de Starlink pour non-respect des régulations locales qui s'appliquent aux opérateurs télécoms. Dans le rapport, les auteurs recommandent une évolution vers un système hybride. « C'est la technologie du futur et l'Afrique doit y être intégrée. Concrètement, l'internet satellite fournirait l'infrastructure, tandis que les opérateurs télécoms et les fournisseurs d'accès se chargeraient de distribuer le service aux utilisateurs, préconise Babacar Seck. Ce modèle basé sur le partenariat est probablement celui qui peut le mieux répondre aux problèmes de couverture et de coût que connaît aujourd'hui l'Afrique. » Le continent ne doit pas être qu'un consommateur mais un acteur de son réseau internet, affirment les auteurs du rapport, qui recommandent aussi la mise en place de conditions de concurrence équitables entre l'internet satellite et les opérateurs télécoms traditionnels. À lire aussiStarlink au Sahel: ce «système crypté» a permis de coordonner les dernières offensives au Mali

La fermeture prolongée du détroit d'Ormuz risque de provoquer une grave crise mondiale des prix alimentaires d'ici six à douze mois. C'est l'alerte lancée par la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Parmi les zones à risques figure le continent africain. Plusieurs géants des engrais y sont pourtant installés. La plupart des fabricants d'engrais du continent africain produisent des mélanges, on les appelle des « blendeurs » : ils achètent des matières premières et les assemblent. Ils sont directement exposés à la volatilité des prix. Ces matières premières peuvent être achetées en partie en Afrique. C'est le cas des engrais phosphatés, le continent peut s'enorgueillir d'accueillir le leader mondial, l'OCP, l'Office chérifien des phosphates, une multinationale, basée au Maroc, qui approvisionne de nombreux États africains. « L'OCP a une capacité de production de 15 millions de tonnes par an et la demande totale sur tout le continent en engrais phosphatés est de l'ordre de 8 à 10 millions de tonnes, explique Michaël Sebag, négociant en engrais pour la société Orcom à Genève. L'OCP ne peut pas dédier toute sa production à l'Afrique, mais à plus de 50 % de part de marché, le groupe couvre donc largement la demande de tout le continent ». Les usines de l'Office chérifien des phosphates ont cependant besoin de soufre pour traiter la roche, un produit devenu rare et cher depuis le début de la guerre au Moyen-Orient : la région représentait 40 % du commerce avant le conflit. « On est dans une période conjoncturelle un peu compliquée, confirme Michaël Sebag. L'OCP a annoncé une réduction de 30 % de sa production au deuxième trimestre, on ne sait pas encore ce qui se passera au troisième trimestre. La question est de savoir si l'Office chérifien des phosphates va décider de privilégier l'Afrique en maintenant les volumes exportés sur le continent ou si le géant marocain va les réduire dans la même proportion que sa baisse de production ». Ce qui est certain, c'est que le Sud-Africain Foskor, l'autre producteur d'engrais phosphatés du continent, n'a pas la capacité de combler l'éventuel vide laissé par l'OCP. À lire aussiAu Maroc, le géant des engrais OCP doit faire face aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient Le Nigeria, roi de l'urée Un autre engrais est produit en quantité sur le continent, il s'agit de l'urée. C'est l'affaire essentiellement du milliardaire nigérian Aliko Dangote. Le groupe qu'il dirige a centré ses ventes sur l'international, avec des exportations vers le Brésil, l'Argentine, mais aussi vers l'Inde. Ses derniers investissements témoignent cependant d'une évolution de stratégie, explique Mounir Halim, fondateur d'Afriqom, une agence d'information spécialisée sur le prix des engrais : « Pour Dangote, les choses ont changé, le groupe a mis en place une stratégie éthiopienne, avec un projet de production de 3 millions de tonnes d'urée en Éthiopie, détaille-t-il. En parallèle, Dangote a commencé à fournir l'Éthiopie en urée, et en a déjà envoyé environ 350 000 tonnes ». Quelle que soit la quantité d'engrais que les producteurs africains pourront dédier aux acheteurs du continent, les pays importateurs doivent aujourd'hui composer avec une limite, celle des prix qui ont flambé. « Les États africains peuvent acheter à l'OCP, à Dangote, aux Russes, en Chine, le produit est disponible, ce sont les prix du marché qui conditionneront ce que les acheteurs feront », assure Mounir Halim, qui pointe aussi la difficulté qu'ont de nombreux acheteurs publics à être réactifs pour anticiper leurs achats d'engrais. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde

C'est l'arbre emblématique du littoral de la Côte d'Ivoire, de San Pedro à Assinie. Le cocotier est sous la menace du jaunissement mortel, une maladie qui décime les cocoteraies du pays depuis un peu plus de 30 ans. Aucun remède efficace n'est connu et cette calamité pourrait encore accentuer le déclin de la filière nucicole. De notre envoyé spécial à Addah, près de Jacqueville, capitale ivoirienne de la noix de coco, Les dizaines de troncs de cocotiers dressés vers le ciel ressemblent à des totems perdus dans la brousse. Kouassi est paysan, il s'occupait de la parcelle : « Les premiers signes n'ont pas été vite reconnus, il y a eu plusieurs noix qui sont tombées, les feuilles sont devenues jaunes et ont commencé à tomber. » Les cocoteraies du paysan sont atteintes par le jaunissement mortel – une maladie causée par un phytoplasme. Ce parasite est transmis à la plante par des cicadelles. Le cocotier est alors condamné, explique le botaniste Béranger N'Goran, le spécialiste ivoirien du jaunissement mortel du cocotier. « Les inflorescences, ça commence à noircir et une fois que ça a noirci, le cocotier meurt au bout de cinq à dix mois », explique-t-il. Pour ce chercheur du Centre national de floristique, aucun remède n'existe : « Pour le moment, tout ce qui est proposé, ce sont des mesures prophylactiques, pour limiter la propagation de la maladie, regrette-t-il. Les essais sont toujours en cours pour identifier une molécule qui pourrait permettre de lutter contre la maladie. Mais jusqu'à présent, aucun produit efficace n'a été trouvé. » À lire aussiEn Côte d'Ivoire, les autorités tentent de relancer la filière de la noix de coco Mieux comprendre la propagation La recherche ivoirienne se concentre sur la détection précoce du jaunissement mortel, à l'aide de drones et d'images satellites. Objectif : comprendre la propagation du phytoplasme pour mieux le freiner. Autre espoir : développer un cocotier hybride, capable de résister. Pour le moment, aucune tentative de « replantation » n'a été couronnée de succès, selon Béranger N'Goran. Faute de mieux, le botaniste préconise de défricher entièrement les parcelles infectées, et d'incinérer les cocotiers touchés. En attendant, la maladie progresse inexorablement depuis son apparition au début des années 1990 sur l'île de Grand-Lahou, à 60 kilomètres à l'ouest d'Addah. En trente ans, 5 000 hectares de cocoteraies et au moins 750 000 arbres y ont péri. Production divisée par trois James, un fonctionnaire retraité qui dit s'être endetté pour planter des cocotiers, redoute cette perspective ; il produisait sur ses terres au moins 20 000 noix par an, mais le jaunissement mortel est apparu. « Quand je pratiquais cette affaire de coco, je gagnais au moins 900 000 francs CFA par semestre, témoigne-t-il. Aujourd'hui, c'est rien. 15 à 20 hectares, tout est décimé. Il me reste quoi là-bas ? J'assiste impuissant à ma mort prochaine ». Selon les chefs traditionnels, les cocotiers faisaient autrefois la richesse et la réputation d'Addah. Face à la maladie, les paysans se tournent vers la culture du manioc. La Côte d'Ivoire produit environ 120 000 tonnes de noix de coco par an, trois fois moins qu'il y a 40 ans. À écouter dans 8 milliards de voisinsLe manioc en cuisine : les racines de la modernité

Quatre pays en Afrique monopolisent toujours la majorité des investissements de départ pour les start-up. 80 % des investissements pour l'année 2025 se sont faits en Égypte, en Afrique du Sud, au Kenya et au Nigeria. Des chiffres donnés par un rapport du réseau d'investisseurs African Business Angel Network. Face à ce constat, l'Afrique de l'Ouest francophone cherche à faire émerger ses propres champions de la tech pour attirer davantage de capitaux. Maad est une start-up qui monte. En 2024, elle lève 3 millions d'euros. Elle est aujourd'hui très bien implantée à Dakar. Grâce à son application mobile, la jeune pousse permet aux commerçants de commander et de recevoir leurs produits facilement. Pour Sidy Niang, cofondateur de Maad, même si le marché en Afrique francophone est plus petit et plus fragmenté, il a l'avantage d'être moins concurrentiel : « C'est le pari qu'on est en train de faire, c'est le pari de la saturation d'un marché, explique-t-il. Aujourd'hui, le premier canal qu'on a attaqué, c'est le canal des boutiques de quartier. Donc, aujourd'hui, la moitié des boutiques de Dakar passe commande chez nous. En fait, c'est beaucoup plus facile pour nous d'imaginer avoir une très grosse présence et un très gros chiffre d'affaires à Dakar et au Sénégal. » La start-up prévoit de faire une nouvelle levée de fonds en fin d'année pour pouvoir s'étendre dans d'autres pays de la région. En plus d'être une solution à un besoin bien identifié du marché, ce qui a aidé Maad, c'est la success story de la start-up de paiement mobile Wave, première licorne bien implantée au Sénégal et valorisée à 1,7 milliard de dollars. « À l'époque, quand on faisait notre levée, le fait d'avoir eu Wave qui avait fait sa levée, ça nous avait beaucoup aidés parce que du coup, les gens disaient maintenant que c'était possible, alors qu'avant ce n'était pas possible », souligne Sidy Niang. À lire aussiCôte d'Ivoire: des start-up parient sur le monde de l'éducation Des investisseurs locaux encore trop peu nombreux Le business de la fintech est naissant, une dizaine d'années, et les investisseurs locaux ne sont pas encore assez nombreux. C'est pour cette raison que Marième Diop a fondé le réseau Dakar Network Angels en 2018. Il est présent aujourd'hui dans plusieurs pays pour développer la confiance des investisseurs locaux, ce qui est indispensable pour convaincre aussi les investisseurs étrangers. Ces dernières années, le marché évolue dans le bon sens, selon elle : « On le voit maintenant de plus en plus, des entrepreneurs qui ont l'expérience de la levée, pour beaucoup, ils développent des relations avec d'autres pays ou avec leurs pairs entrepreneurs dans le même écosystème, ils commencent maintenant à comprendre davantage le langage des investisseurs, explique-t-elle. Donc, finalement, petit à petit, on y arrive. » Selon Marième Diop, les États doivent aussi adapter la législation pour permettre une meilleure circulation des capitaux pour rassurer les investisseurs qui veulent rapatrier leurs fonds quand ils le veulent. Mais aussi mettre en place des mesures incitatives : « Il faut pouvoir donner des subventions, il faut pouvoir donner des prêts à taux zéro, du capital de prêts d'amorçage, un spectre plus large d'instruments qui sont adaptés au prêt d'amorçage, analyse-t-elle. Et bien sûr être prêt aussi à perdre le capital pendant un certain temps pour inciter les jeunes à entreprendre et ensuite leur permettre de construire, tester, expérimenter, échouer plusieurs fois avant de faire émerger des grands succès. » La mise en place d'infrastructures, comme des incubateurs et des accélérateurs, est aussi indispensable pour permettre aux jeunes entrepreneurs de réussir, et ne pas passer à côté des pépites de demain. À lire aussiAu salon VivaTech, les start-up africaines se cherchent une place dans la compétition mondiale

Les musulmans du monde entier s'apprêtent à célébrer l'Aïd el-Kebir, mercredi 27 mai, la plus importante fête de leur calendrier. L'heure est aux préparatifs, notamment sur les marchés. Mais cette année, la fête se heurte à l'inflation. C'est le cas par exemple en Tunisie, où le mois dernier le prix de certaines denrées alimentaires a parfois augmenté de 20%. C'est la conséquence de retards d'approvisionnements, ou encore de la baisse de production suite aux aléas climatiques. Avec notre correspondante à Tunis, Au marché de gros de Bir Kassaa à Tunis, les vendeurs évitent de parler de la hausse des prix. Selon Imed, 61 ans, grossiste, « tout est disponible mais les prix varient chaque jour. Par exemple, à un moment, les pommes de terre étaient à 1,6 dinar le kilo, contre 2 dinars aujourd'hui ». Les prix sont fixés chaque matin selon la loi de l'offre et de la demande et selon le barème de référence publié par le ministère du Commerce. Pour Imed, les prix étant relativement encadrés dans le marché, le problème des prix élevés viendrait surtout des revendeurs : « Tous ceux qui vendent sans autorisation des denrées qu'ils n'achètent pas ici, c'est un problème, alors qu'ici au marché de gros, tout est en règle. » Des intermédiaires qui se multiplient Mais si ces revendeurs de fruits et légumes pullulent et s'approvisionnent parfois directement chez l'agriculteur, c'est aussi parce que les petits producteurs peinent à s'insérer dans ce circuit. Derrière cette difficulté se cache en fait un manque de trésorerie, causé par l'augmentation des prix des engrais et une production de plus en plus affectée par le réchauffement climatique. D'après Leith Ben Becheur, agriculteur et l'un des fondateurs du syndicat agricole Synagri, « les agriculteurs et les producteurs maraîchers dont les exploitations sont de petite taille n'ont pas nécessairement les moyens d'emmener leur production jusque là-bas. Il leur faut automatiquement un premier intermédiaire, qui est à la fois un transporteur et un acheteur de premier niveau. En plus de cela, il y a les marges que prennent les répartiteurs au niveau des marchés de gros, ainsi que des taxes. C'est pour ça qu'il y a de la vente un peu sauvage sur les routes et une multitude d'intermédiaires ». À ces problèmes s'ajoutent aussi des dysfonctionnements dans le stockage. Accusé de faire de la rétention de marchandises pour influencer les prix, le secteur fait l'objet de contrôles sévères depuis quatre ans, précise l'économiste Ridha Chkoundali : « Le fait de considérer le stockage des produits frais comme un comportement de spéculation a fortement perturbé ce secteur. Cela a découragé une partie des producteurs, entraînant une baisse importante de l'offre de ces produits, ce qui a contribué à la hausse significative des prix. » Depuis le mois de mai, l'impact du contexte géopolitique mondial se fait aussi ressentir sur les prix, selon le ministère du Commerce. À lire aussiTunisie: pour l'Aïd, les clients renoncent à l'achat d'un mouton entier

Depuis début mars 2026, la crise au Moyen-Orient impacte le secteur économique du monde entier, y compris du continent africain. Hausse des prix du pétrole et des matières premières, hausse du coût des transports... Un contexte qui rappelle l'urgence du développement du commerce intra-africain pour rendre les économies du continent moins dépendantes des marchés extérieurs. C'était une des questions centrales de l'Africa CEO Forum, qui s'est déroulé à Kigali, au Rwanda, les 14 et 15 mai. Avec notre correspondante à Kigali au Rwanda, Le commerce intra-africain devrait atteindre 230 milliards de dollars en 2026, selon l'Afreximbank. Ce chiffre est en augmentation, mais représente toujours moins de 20% des échanges globaux du continent, comme l'explique Ndiamé Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique orientale et australe : « L'intégration régionale permettrait de développer une économie d'échelle, favoriserait les investissements, la production et la création d'emplois. Elle rend aussi l'économie africaine plus résiliente, car elle est davantage capable de résister aux chocs extérieurs. Nous le voyons actuellement avec la crise au Moyen-Orient, entre autres. Nous devons renforcer cette dynamique. » La Zlecaf (Zone de libre-échange continentale) reste entravée par certaines barrières, liées à la logistique, au manque d'infrastructures, ou encore à la différence des régulations selon les États. Pour Éric Akoute, directeur de l'APIex, l'Agence publique de promotion des investissements au Bénin, certaines initiatives locales peuvent aider à surmonter ces obstacles : « Nous avons maintenant une démarche de co-investissement, nous avons signé un protocole d'accords avec le CEPICI de la Côte d'Ivoire, nous signons avec d'autres. L'idée aujourd'hui, c'est de voir qui est fort en quoi, et comment nous pouvons mutualiser pour que ce que les autres ont fait de bien, nous puissions les partager. Il s'agit de renforcer les capacités, de transférer les compétences et l'expérience, pour que les agents de promotion que nous sommes puissent bâtir leurs performances sur les autres. » Valoriser localement les matières premières Face aux chocs extérieurs, notamment au Moyen-Orient, la transformation des matières premières s'impose comme un enjeu stratégique urgent selon Bakary Séga Bathily, directeur de l'Agence sénégalaise de promotion des investissements et des grands travaux : « Il y a la nécessité de transformer localement ces ressources qu'on a l'habitude d'exporter. C'est dans ce cadre-là que nous avons signé un traité avec la Sierra Leone : le Sénégal dispose de gaz, la Sierra Leone dispose de minerais de fer, pourquoi pas ne pas transformer dans un de ces deux pays, ces deux ressources là ? Au lieu d'exporter le gaz, nous voulons avoir du gaz domestique parce que nous avons des ressources à transformer. Il s'agit d'assumer cette politique. » Ces grands travaux sont indispensables au développement du commerce intra-africain, parfois confronté aux difficultés de financements, affirme Thierry Hebraud, PDG de la Banque commerciale de Maurice, l'une des premières banques d'Afrique de l'Est : « Les banques africaines n'ont pas la capacité de prêter sur 10 ou 15 ans en dollars. C'est là que nous avons besoin de la complémentarité des financements internationaux. On ne demande pas la charité. Ce qu'on demande, c'est d'avoir accès à des financements longs, qui sont appelés à être remboursés. Arrêtez de voir l'Afrique comme un haut risque. » L'autre enjeu pour le banquier, c'est la dédollarisation des transferts de monnaie intra-africains, afin de réduire les frais de change et faciliter le commerce sur le continent.

Entre droits de douane américains, attaques en mer Rouge et explosion du coût du fret, la filiale kényane d'Olvea doit composer avec une succession de chocs géopolitiques. Mais ces turbulences créent aussi de nouvelles opportunités pour la transformation locale. À quelques kilomètres de Nairobi, des montagnes d'avocats patientent dans un vaste entrepôt avant d'être transformées en huile. Ici, dans l'usine kenyane du groupe français Olvea, la cadence dépend autant des récoltes que des secousses géopolitiques mondiales. Guerre au Moyen-Orient, attaques des Houthis en mer Rouge, tensions commerciales avec les États-Unis : chaque crise redessine les équilibres économiques de cette filière en pleine expansion. « Ces fruits sont en maturation et seront mis en production dans les jours qui viennent », explique Jean Arnaud Janvier, directeur d'Olvea Kenya. Ces avocats seront transformés en huile, un produit particulièrement recherché sur le marché américain où les prix restent très élevés. Olvea, déjà implanté dans plusieurs pays africains pour la production d'huiles végétales, a choisi de miser sur cette filière en forte croissance. « C'est une huile qui est consommée quotidiennement par les Américains, une huile de table incluse dans la mayonnaise et qui sert à fabriquer les snacks aux États-Unis, détaille Emmanuel Petiot, directeur des huiles végétales chez Olvea. Donc, en tant que société PME-ETI normande déjà impliquée dans la fabrication d'huile en Afrique, puisque notre modèle, c'est de fabriquer en Afrique, de construire des usines, on s'est dit qu'on devait participer à la fête de l'huile d'avocat. » Les droits de douane de Trump rebattent les cartes Mais la guerre commerciale engagée par Washington complique les perspectives du groupe français. L'augmentation des droits de douane américains pénalise directement les exportateurs européens, face à la concurrence mexicaine. « On est désavantagés par rapport à un pays qui est le Mexique. Le Mexique est le plus gros producteur d'huile d'avocat. Eux n'ont pas de droits de douane pour aller aux États-Unis, alors que nous, on subit 10%. Donc on a de facto un désavantage de 10%, étant Européens par rapport aux Mexicains. Donc c'est clairement un problème, mais on ne peut pas y faire grand chose. Donc l'idée, c'est qu'il faut qu'on soit meilleurs ici en Afrique. Il faut qu'on arrive à tirer ce qu'on appelle "les rendements" de notre production, les meilleurs possibles et si possible meilleurs qu'au Mexique », développe Emmanuel Petiot. Autre conséquence des tensions géopolitiques : les perturbations du commerce maritime mondial. Avec la guerre au Moyen-Orient et les difficultés de circulation dans le détroit d'Ormuz, les coûts du transport maritime se sont envolés. Résultat : les avocats frais kenyans s'exportent moins facilement, ce qui augmente les volumes disponibles pour la transformation locale. « Le goulot d'étranglement à l'export pour les fruits frais a un peu augmenté la disponibilité des fruits pour l'huile, explique Jean Arnaud Janvier, et ensuite pour l'aspect négatif comme pour tous ceux qui sont dans la logistique internationale, le coût et les temps de transport entre l'Afrique et l'Europe qui ont été augmentés, le coût du fret, lui, a doublé et parfois triplé. » À lire aussiGuerre commerciale: en Afrique, les effets collatéraux du bras de fer Pékin-Washington Une huile au rendement limité Avant même les tensions autour du détroit d'Ormuz, les attaques houthis en mer Rouge avaient déjà obligé le groupe à modifier ses routes maritimes, en passant par le cap de Bonne-Espérance. Cela ne décourage pas Emmanuel Petiot : « C'est du gâchis, c'est tout. Ça met quelques obstacles sur notre chemin. Il est bien évident qu'investir est plus compliqué, donc on réfléchit plutôt deux fois qu'une avant d'investir dans un projet X ou Y. Mais ça nous aide aussi à prendre des décisions qui sont encore meilleures. Il faut absolument qu'on arrive à passer ces obstacles et à se dire que c'est une situation temporaire et qu'il faut aller de l'avant. » D'autant que la rentabilité de cette activité reste fragile : l'huile d'avocat offre un rendement relativement faible. L'installation kényane peut traiter jusqu'à 160 tonnes de fruits par jour, pour une production de seulement 16 000 litres d'huile. À lire aussiL'avocat kényan en mauvaise posture face à la vague péruvienne

Les impacts du démantèlement de l'USAID, l'agence des États-Unis pour le développement international, ont été beaucoup étudiés, que ce soit sur les systèmes de santé, l'aide alimentaire ou encore les programmes socio-économiques. Mais des chercheurs ont révélé dans la dernière revue Science que la fin de l'USAID a également provoqué une augmentation des épisodes de violence sur le continent africain : de 5 à 10 % de plus que l'année précédente. Après les coupes de l'USAID, la tension est montée dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, l'année dernière. John Thomas Muyumba est l'un des représentants de la jeunesse du camp, il était présent : « La coupe des fonds de l'USAID a eu un impact considérable sur de nombreux services, y compris l'éducation et les distributions alimentaires. Le PAM (le Programme alimentaire mondial) a réduit ses distributions à certaines catégories de réfugiés. Les jeunes ont estimé que la situation n'était pas acceptable et que nous devions faire quelque chose. C'est pour ça que l'année dernière, nous avons manifesté. » Des heurts ont alors éclaté. Cet épisode n'est pas isolé. Les chercheurs ont croisé les données géolocalisées sur les versements historiques de l'USAID avec les évènements violents enregistrés par des organisations spécialisées telles qu'Acled, une organisation qui collecte des données sur les conflits. « Ce qu'on voit, c'est qu'assez vite après l'implémentation de ces coupes brutales, il y a une augmentation d'incidents violents exactement dans les régions qui dépendaient le plus de cette aide américaine », détaille Oliver Vanden Eynde. Il est chercheur en économie, directeur de recherche au CNRS et co-auteur de l'article. « La progression se situe entre 5 et 10 %. Il faut imaginer qu'on a eu quand même des milliers d'incidents violents sur la période qu'on étudie. Donc, même une augmentation de 5 %, ça correspond très vite à des centaines d'incidents supplémentaires qui sont intervenus après ces coupes dans l'aide », poursuit-il. À lire aussiÉthiopie: faute de financements, le PAM doit interrompre son aide à 650 000 femmes et enfants « Les opportunités économiques se contractent très vite » Les chercheurs n'ont pas trouvé de prédominance de violence selon le type de secteur concerné par les coupes – l'aide alimentaire, la santé ou la gouvernance. Mais il est possible de dégager des mécanismes. « Par exemple, au Soudan du Sud, l'USAID finançait un programme d'emploi qui était ciblé sur des jeunes qui étaient à risque d'être recrutés par des groupes armés. Ce type de programme a été fermé du jour au lendemain et on s'imagine que ces jeunes-là, ils voient leurs opportunités économiques se contracter très, très vite, illustre le chercheur. Et donc on a en tête ce type de mécanisme. Les opportunités économiques se contractent très très vite et en même temps, les raisons fondamentales qui sont à la source de conflits ne vont pas disparaître. Et c'est ce mécanisme-là qui peut expliquer une augmentation de violences, même si dans notre étude, on ne peut pas démontrer tous ces mécanismes dans le détail. » Une difficulté due au sujet, mais rendue d'autant plus complexe du fait que les collectes statistiques étaient largement financées par l'USAID. La mise à jour des données avec plus de recul devrait permettre de voir sur le long terme les répercussions conflictuelles des coupes américaines. À lire aussi«Il n'y avait pas besoin d'interrompre l'aide d'urgence pour réformer l'USAID»

Importante infrastructure portuaire du golfe de Guinée sur la côte atlantique, le port de Pointe-Noire va bénéficier à partir de 2028 d'un nouveau terminal, construit par le groupe Abu Dhabi Ports. Les Émiriens comptent investir au moins 200 millions de dollars (plus de 100 milliards de FCFA) dans ce projet destiné à moderniser et à agrandir le port de Pointe-Noire. De notre correspondant à Brazzaville, C'est en 2023 que les responsables d'Abu Dhabi Ports ont bénéficié de l'accord des autorités congolaises, en vue de construire ce terminal dans la partie est du port de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo. Récemment, ces responsables ont signé trois agréments en vue notamment de l'obtention du matériel, pour débuter les travaux de réalisation de cette infrastructure. « Nous avons signé trois accords. Le premier avec ZPMC s'élève à environ 50 millions de dollars. Nous achetons des grues spécialisées afin de pouvoir recevoir les navires Supramax parmi les plus grands du monde. Les deux autres contrats portent sur des travaux maritimes et des travaux de superstructure pour un montant de 150 millions de dollars », a expliqué Mohammed Menhali, le directeur général d'Abu Dhabi Ports. Le groupe ADP souhaite construire ce terminal en respectant les normes environnementales, développer l'économie congolaise et créer un nombre important d'emplois. Le terminal à construire pourrait mesurer jusqu'à 400 mètres de long, pouvant recevoir 250 000 conteneurs par an. Une quantité qui devrait augmenter avec la mise en place, à venir, de la Zone de libre-échange continentale (ZLECAF). À lire aussiPour le port de Pointe-Noire, le défi est de desservir la sous-région [2/2] « Un nouvel acteur dans l'écosystème de Pointe-Noire » ADP est en partenariat avec le groupe CMA-CGM, une alliance qui réjouit Innocent Dimi, secrétaire permanent des partenariats public-privés en République du Congo. « Ce partenariat stratégique avec le groupe CMA-CGM va permettre en effet au port de Pointe-Noire d'entrer dans une nouvelle ère, une nouvelle ère technologique, de capacité de traitements, avec les autres partenaires qui sont déjà présents. En réalité, il s'agit d'un nouvel acteur dans l'écosystème de Pointe-Noire », s'est-il félicité. Le groupe ADP s'engage dans ce projet, alors que le monde vit une crise à travers la fermeture du détroit d'Ormuz, pouvant ralentir le rythme d'importation de certains matériaux. De son côté, Innocent Dimi loue la main tenue par les autorités congolaises aux investisseurs. « Il y a des investissements nombreux qui sont faits au port de Pointe-Noire. C'est la vision de vouloir justement accélérer le développement de notre pays. Plusieurs initiatives ont été amorcées dans ce sens dans la ville de Pointe-Noire. C'est donc un des outils (avec ADP) qui viendra parachever cela », précise-t-il. Outre ADP, le groupe AGL – Bolloré bien avant – participe depuis 2009 à la modernisation du port de Pointe-Noire avec un coût d'investissements estimé à 450 millions d'euros jusqu'en 2025. À lire aussiAfrique-Émirats arabes unis: un boom des relations commerciales émiriennes sur le continent

Dakar, Abidjan ou encore Douala… C'est au tour de la Sierra Leone de se doter d'un grand moulin grâce au groupe guinéen Sonoco. Objectif : devenir autosuffisant ou presque dans la production de farine. Aujourd'hui le pays importe la majorité de sa farine. Son grand moulin en cours de finalisation va entrer en fonction à la fin du mois. Un investissement de 50 millions de dollars en partie financé par un prêt d'aide publique de Proparco. Un investissement concordant avec les ambitions du pays, mais est-ce stratégique économiquement ? De notre envoyée spéciale à Freetown, Halimou Barry est le directeur financier de Sonoco. Aucun doute pour lui, produire de la farine sierra-léonaise est rentable : « Aujourd'hui, produire localement coûte moins cher qu'importer. Au-delà de ça, il y a la création d'emplois. Il y a toutes les taxes et les impôts aussi qui sont payés en toute transparence. » Et cela, même si la Sierra Leone reste dépendante des importations en blé. Jean Charzat, administrateur du groupe Sonoco. « Il y a des périodes où on peut acheter du blé pas très cher et maintenir un prix de farine cohérent pour qu'on ait une marge de production. Il y a des périodes où on n'a pas cette marge, où on est même en perte. Et donc en fait, le principe de cette industrie, c'est toujours d'équilibrer les pertes et les gains pour être toujours présent dans le marché et nourrir la population », détaille-t-il. L'avantage comparé à l'importation de farine, c'est de toujours produire, insiste-t-il. « On fait la moyenne des bonnes années avec la moyenne des mauvaises années. Donc, on va toujours produire. On ne va pas arrêter le moulin », souligne Jean Charzat. « C'est rentable si on l'intègre dans une logique de filière » Abidjan, Dakar, Douala, les projets minotiers se développent. Ali Bouchahda est spécialiste du secteur. S'il y a des critères très précis pour déterminer la rentabilité d'un moulin – les rendements, les coûts de l'énergie, le taux de perte… –, pour lui, l'important est le développement d'un écosystème. « C'est une évolution très positive parce que ça structure la filière céréalière localement. Un moulin aujourd'hui ne fait plus seulement de la mouture de farine, il permet de sécuriser l'approvisionnement pour les boulangers, de produire ou d'avoir une capacité de production régulière, met en avant Ali Bouchahda. Ça peut être mieux adapté pour des usages locaux. Et puis à partir d'un moulin on peut développer tout un écosystème céréalier. » Pour Marc Debets, fondateur d'Apexagri, société de conseil experte dans le développement de filières agricoles en Afrique, l'attention doit être portée sur l'intégration de cet outil industriel. « C'est un maillon essentiel entre la production de céréales et l'utilisation, soit pour l'alimentation de bétail, soit pour l'alimentation humaine. Donc, ce sont des outils nécessaires », pointe cet expert. « L'important, c'est d'intégrer ces outils dans une filière agricole avec un amont de production végétale, de production de céréales et un aval avec des débouchés clairs. Et c'est cette intégration qui permettra de saturer l'outil et donc de le rentabiliser. Donc, oui, c'est rentable si on l'intègre dans une logique de filière », argumente-t-il. Filière d'aliments pour bétail, boulangeries et formations aux métiers de la pâtisserie… Sonoco, acteur déjà majeur en Guinée, compte bien s'imposer dans le paysage en Sierra Leone. À lire aussiGuinée: les meuniers sous la pression des prix mondiaux du blé, conséquence de la guerre en Ukraine

Depuis le 1ᵉ mai, la Chine a supprimé les droits de douane sur les importations venant de 53 pays africains. Une mesure présentée par Pékin comme un moyen de renforcer encore les échanges avec le continent. Et à Yiwu, gigantesque plateforme du commerce mondial dans l'est de la Chine, commerçants chinois et africains voient déjà les affaires s'accélérer. De notre envoyée spéciale à Yiwu, Des kilomètres de couloirs, des milliers de boutiques et des acheteurs venus du monde entier. À Yiwu, dans l'est de la Chine, l'Afrique occupe une place de plus en plus importante. Steve Umba est Congolais. Cela fait près de vingt ans qu'il travaille à Yiwu dans le fret maritime entre la Chine et plusieurs pays africains : « Ça a quand même aidé, zéro taxe, c'est avantageux. Ça a boosté beaucoup de marchés, beaucoup de jeunes entreprises, tout le monde s'y retrouve. Les Chinois, ils sont ouverts. Ils gagnent, vous gagnez aussi. Et vous évoluez ensemble », explique-t-il. Selon les autorités chinoises, les échanges entre la Chine et l'Afrique ont atteint un niveau record sur les quatre premiers mois de l'année. Et à Yiwu, les exportations vers le continent augmentent constamment, selon Zhu Shun, président de la Chambre de commerce Chine-Afrique à Yiwu : « Les exportations de Yiwu vers l'Afrique augmentent chaque année. Les acheteurs africains aiment venir faire leurs achats tout-en-un ici. Un conteneur peut contenir des dizaines, voire des centaines de références différentes », explique-t-il. Yiwu est aujourd'hui le plus grand marché de petits articles au monde : bijoux, jouets, décorations, ustensiles de cuisine ou matériel de construction. Selon Steve Umba, c'est une plaque tournante : « Ici il y a tout. Ce genre de marché, vous ne le trouvez nulle part ailleurs. » À lire aussiLa Chine étend le «tarif douanier zéro» à toute l'Afrique, avec des effets économiques limités « Les importations africaines en Chine devraient augmenter » Dans certains secteurs, les commerçants chinois disent voir la demande africaine progresser rapidement. Sally a 20 ans, elle vend des bijoux : « On voit que l'économie africaine se porte de mieux en mieux. Les consommateurs ont plus de pouvoir d'achat, ils peuvent acheter plus de choses. C'est un peu la Chine des années 1980 : avec l'enrichissement de la population, la demande augmente, analyse-t-elle. Aujourd'hui, la Chine a l'une des chaînes d'approvisionnement les plus performantes au monde et l'Afrique représente un marché immense. Alors pourquoi ne pas coopérer pour répondre ensemble à ces besoins ? » Pour Pékin, cette politique de franchise douanière doit permettre d'augmenter les importations africaines vers la Chine – notamment agricoles – mais aussi de renforcer les investissements chinois sur le continent. Zhu Shun est convaincu du potentiel de cette mesure : « On voit déjà de plus en plus d'entrepreneurs chinois se rendre en Afrique pour acheter des produits agricoles, souligne-t-il. Les importations africaines en Chine devraient fortement augmenter une fois que les procédures seront bien en place. Car la Chine est un immense marché de consommation. » Et dans les allées de Yiwu, beaucoup y voient surtout une opportunité commerciale appelée à grandir encore, y compris Steve Umba : « Foncez avec des ambitions, Yiwu, c'est l'idéal pour le business. » À écouter dans Invité Afrique midi«En supprimant les droits de douane, la Chine ambitionne d'exporter massivement vers l'Afrique»

L'Afrique du Sud veut que ses pistaches sortent de l'ombre. C'est une activité assez marginale dans le pays, plutôt connu mondialement pour ses agrumes, ses oranges ou encore ses citrons. Mais le secteur veut capter 5 à 8% du marché mondial de pistaches d'ici dix ans. Quand les principaux producteurs font face à de nombreux défis, les acteurs sud-africains de la pistache y voient une opportunité. Car la région du Cap-du-Nord offre un climat propice à sa culture. Avec notre correspondant à Johannesburg, Quatre pays dominent la production mondiale de pistaches. Mais à en croire David Muller, PDG de Karoo Pistachios, les principaux producteurs sont confrontés à des défis de taille. « Les principaux producteurs actuels – les États-Unis, l'Iran, la Turquie et la Syrie – subissent tous des pressions sur leur production, qu'il s'agisse de la disponibilité de l'eau, du changement climatique, de l'instabilité politique ou de l'accès aux marchés. Cette situation nous offre une opportunité : la demande est croissante, l'offre ne parvient pas à suivre », explique-t-il. Un événement comme la guerre en Iran permet donc à son entreprise en Afrique du Sud d'afficher de grandes ambitions : multiplier sa production par trois d'ici dix ans. Cela signifie produire 20 000 tonnes annuelles de pistaches aujourd'hui, et 60 000 dans dix ans. « Selon les prévisions, la demande devrait croître d'environ 5 à 6% par an. Notre objectif n'est pas de devenir le premier producteur, ni le deuxième ou le troisième, car personne ne peut vraiment rivaliser avec ces gros producteurs. Nous pouvons néanmoins jouer un rôle significatif sur le marché mondial en produisant des pistaches de qualité supérieure », met en avant David Muller. C'est aussi une revanche sur le passé. Dans les années 1990, un projet gouvernemental était lancé pour développer l'industrie de la pistache en Afrique du Sud, avec de nombreux investissements et la promesse de créations d'emplois. Mais le projet fut un échec, les investissements s'arrêtèrent rapidement, la plupart des arbres furent arrachés. À lire aussiLa pistache, une autre guerre entre les États-Unis et l'Iran « Nous fournissons le capital, sans remboursement pendant ces six années sans production » Aujourd'hui, c'est avec le gestionnaire d'actifs sud-africain Fedgroup que Karoo Pistachios s'associe. Le but : obtenir des financements adaptés, explique Warren Winchester, de Fedgroup. « Il faut environ six à sept ans avant que les arbres ne commencent à produire des noix. Pendant ces six années, il faut également prendre en compte les coûts liés à l'acquisition des arbres, à leur entretien et à leur mise en condition optimale », détaille-t-il. Warren Winchester propose des facilités pour développer ce type de marchés : « Concrètement, nous fournissons le capital, sans remboursement durant ces six années sans production, et nous apportons un soutien aux agriculteurs. Ensuite, lorsque les arbres produisent des noix, le remboursement du capital est directement lié à la performance de ces arbres. En résumé, nous avons modélisé un dispositif permettant de proposer un instrument d'une durée de 10 à 12 ans et de collaborer étroitement avec les agriculteurs afin d'aligner le montant de la dette sur les flux de trésorerie générés par les arbres. » Fedgroup espère s'associer avec de nombreux producteurs locaux et prévoit d'investir 50 millions d'euros d'ici trois ou quatre ans, pour étendre la superficie consacrée à la culture de pistaches en Afrique du Sud.

Avec environ 500 millions d'euros versés en 2025, les investissements européens en Éthiopie sont à leur plus haut niveau depuis 2021, encouragés par la croissance robuste du pays de la Corne. Mais si l'Éthiopie est un marché prometteur, elle reste minée par l'insécurité et les conflits. Dans ce contexte, comment l'Union européenne peut-elle encourager les investissements économiques ? De notre correspondante à Addis-Abeba, L'hymne européen retentit au premier jour du « EU-Ethiopia Business Forum », comme le symbole du retour de l'Union européenne (UE) en Éthiopie. Devant une salle bondée, Jozef Sikela, commissaire européen aux partenariats internationaux, liste les points forts de l'Éthiopie : une croissance robuste, espérée à 9% en 2026, et un marché immense de 120 millions d'habitants. Pour Sofie From-Emmesberger, ambassadrice de l'UE en Éthiopie, les réformes de libéralisation menées par le gouvernement éthiopien ces deux dernières années sont aussi des arguments convaincants. « On constate désormais des opportunités pour le secteur privé, la banque, l'assurance et le commerce de détail », détaille-t-elle. Dynamique sur le plan économique donc, l'Éthiopie reste pourtant l'un des pays les plus instables du continent : des conflits sont toujours en cours en Amhara et en Oromia, ses deux régions les plus peuplées. Les tensions restent très fortes aussi entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes, faisant même craindre ces derniers mois un nouveau conflit. Une situation sécuritaire très dégradée qui ne dissuade pas l'UE. « C'est un sujet que nous abordons de près avec le gouvernement. Mais heureusement, c'est un immense pays, il y a donc des zones de violence, mais également d'immenses opportunités d'investissement », assure la diplomate. « Une stratégie de ''realpolitik'' » Une vision que partage Claudio Pasqualucci, commissaire de l'Agence italienne du commerce à Addis-Abeba. « Certaines régions sont en plein essor, comme Jimma, par exemple, ou encore Dire Dawa, à la frontière de Djibouti. Et je dois dire que le gouvernement déploie des efforts considérables pour pacifier ces zones. Je suis donc très optimiste quant à l'avenir », s'enthousiasme-t-il. D'après Ladji Ouattara, enseignant-chercheur et directeur de l'Institut d'études géopolitiques Cauris, les investissements européens en Éthiopie illustrent bien le récent tournant pris par l'UE en matière de politique économique. « Cela s'inscrit dans une stratégie de ''realpolitik'', analyse-t-il. D'une part, nous avons aujourd'hui en Europe la montée des partis extrêmes, des courants xénophobes, anti-immigration. Donc, il est vraiment important pour les Européens d'agir au plus près du terrain, de limiter au maximum les impacts. Et d'autre part, nous sommes dans un contexte international de compétition stratégique entre les grands acteurs et de bouleversement géopolitique, notamment avec l'imprévisibilité des États-Unis. De fait, l'Europe a besoin d'être là », développe le chercheur. L'Union européenne a récemment annoncé un investissement de 559 millions d'euros pour financer les infrastructures énergétiques éthiopiennes. À lire aussiEn Sierra Leone, des investissements français pour renforcer l'agro-industrie

Fin du pré carré et partenariat renouvelé. La France voulait afficher ses ambitions en Afrique dans le cadre du sommet Africa Forward à Nairobi, qu'elle co-organisait avec le Kenya. Les deux journées du sommet ont été très denses, avec de nombreux chefs d'État africains présents et un important forum d'affaires. Le bilan de ce sommet est avant tout économique. Avec notre envoyé spécial à Nairobi, Pour Paris désormais, la relation avec l'Afrique sera gagnant-gagnant ou ne le sera pas. Emmanuel Macron s'est exprimé, galvanisé, devant un parterre d'entrepreneurs français et africains : « C'est un continent où il y a plus d'un milliard de jeunes de moins de 30 ans. Il faut juste que nous, Français et Européens, on se réveille. Et on s'est réveillé. On veut reconquérir des parts de marché dans l'Afrique francophone, mais on veut aussi en conquérir dans l'Afrique lusophone, anglophone, parce que l'Afrique n'est qu'un continent. » Le logiciel a changé, clament en chœur les chefs d'entreprises présents. William Ruto, le président kényan, s'en est félicité : « Ce que vous avez fait est la bonne chose à faire pour rééquilibrer notre relation. En tant que dirigeants de ce continent, nous ne cherchons plus de l'aide. Nous ne cherchons plus de prêts. Nous voulons avoir une discussion équilibrée. Nous voulons avoir une discussion bénéfique. » De nombreux contrats ont été signés : 23 milliards d'euros ont été annoncés lors d'un forum d'affaires foisonnant et parfois un peu bruyant. Emmanuel Macron est monté sur scène pour rappeler à l'ordre une partie de l'assistance. La séquence est devenue virale sur les réseaux. « C'est la fin du cycle macronien » Mardi 12 mai, il fut question d'économie, toujours d'économie, lors du sommet des chefs d'État. Une coalition de PDG français et africains de grandes entreprises ont été invités à donner des orientations à la trentaine de présidents et Premiers ministres présents. Parmi eux, il y avait Christel Heydemann, PDG d'Orange, qui veut accélérer les investissements et lever les barrières : « On a beaucoup d'échanges avec les décideurs politiques dans les pays où l'on opère, parfois des débats qui ne sont pas simples. Quel doit être le bon niveau de taxation sur des profits générés quand notre enjeu, c'est de gagner, de permettre d'investir dans les infrastructures de demain ? » Il y a eu très peu de voix critiques à Nairobi. Pour beaucoup, ce sommet a marqué le début d'une relation claire et solide. Pour l'économiste togolais Kako Nubupko, c'est aussi la fin d'un cycle. « C'est la fin du cycle macronien. C'est la fin d'une décennie qui est partie avec un postulat : dépasser l'économie d'empire pour aller vers une économie d'entreprise. C'est en même temps le début d'un nouveau cycle qui, de toutes les façons, va engager le prochain ou la prochaine présidente de la République française. En même temps, ça engage tous les chefs d'État africains », décrypte-t-il. Un succès par le nombre d'acteurs présents a fait de ce sommet Africa Forward un succès. Il n'y a pas grand-chose de neuf à en retenir d'un point de vue politique, mais d'un point de vue économique, un nouveau pari a été pris : celui d'un redéploiement vers l'Afrique de l'Est désormais complètement effectif. À lire aussiEmmanuel Macron sur RFI, France 24 et TV5 Monde: «L'Afrique va réussir et on réussira avec»

Portefeuille lié à l'identité numérique, identification biométrique, signature électronique ou encore cartes multifonctions. Les innovations autour des papiers d'identité nouvelle génération évoluent rapidement et plusieurs pays en Afrique sont leaders en la matière. Au Ghana, il sera bientôt possible de payer avec sa carte d'identité. Un outil efficace pour améliorer l'inclusion financière des citoyens et leur accès au service public. Après la carte d'identité biométrique, voici la carte d'identité « portefeuille ». Au Ghana, l'Autorité nationale d'identification (INA) est sur le point de fabriquer une carte d'identité qui permettra aux citoyens d'effectuer des paiements en magasin et en ligne dans plus de 200 pays, ainsi que de retirer de l'argent. Une innovation présentée comme un outil clé pour lutter contre la fraude et formaliser une économie où les transactions se font encore majoritairement en liquide ou via le paiement mobile. Selon Patrick Asuming, économiste et professeur à l'université du Ghana, ce dispositif pourrait transformer le paysage économique du pays. « Ça permettrait de réduire l'argent liquide en circulation. Ça peut aussi aider à mieux piloter la politique monétaire. Moins il y a de cash qui circule en dehors du système, plus l'activité économique devient visible. Et ça permet à l'État de mieux cibler ses politiques et de mieux collecter l'impôt », explique-t-il. Cependant, cette avancée soulève une préoccupation majeure : la protection des données financières et biométriques contre les cyberattaques et les abus. « Les normes de sécurité ne sont pas encore au niveau requis. Des intrusions sont possibles, et les protections restent insuffisantes, notamment face à un usage des données par les autorités », avertit Patrick Asuming. Renforcer le cadre légal apparaît donc indispensable pour obtenir la confiance des usagers. Des négociations sont en cours entre l'INA, les banques et les autorités publiques afin de répondre à ces enjeux. Des retombées économiques majeures Au-delà des défis sécuritaires, les retombées économiques potentielles de cette initiative sont considérables. Selon un récent rapport publié par IN Groupe, le groupe public français spécialiste des solutions d'identité numérique, l'investissement dans ces nouveaux systèmes pourrait générer entre 3 et 13 % de PIB supplémentaire, en permettant aux pays de « sauter des étapes » technologiques. « Il y a une opportunité d'investissement qui est extrêmement forte », souligne Agnès Diallo, présidente-directrice générale d'IN Groupe. Il y a une possibilité de faire un grand bond en avant, un phénomène de "leapfrog" (« saut de grenouille », en anglais) qui permet finalement de se libérer des contingences de ressources contraintes, de capacités techniques contraintes, et d'aller chercher à libérer ce potentiel de croissance économique et d'inclusivité à travers l'identité numérique et, d'une manière générale, les infrastructures numériques qui permettent de porter l'économie », précise-t-elle. IN Groupe collabore déjà avec plusieurs États africains, dont le Kenya, le Maroc, le Rwanda et Madagascar, pour développer leurs systèmes d'identité numérique. Selon le groupe, 35 % des pays du continent en sont déjà équipés, et plus d'un tiers sont en train de les mettre en place. Parmi les pays leaders dans ce domaine figurent l'Afrique du Sud, l'Éthiopie, le Kenya, le Nigeria et l'Égypte, qui ont chacun déployé des solutions d'identité numérique à grande échelle. À lire aussiLa Zlecaf œuvre à la construction d'une économie numérique panafricaine commune

Dans le cadre de l'initiative Food and Agricultural Resilience Mission (FARM), la France développe ses investissements dans les projets agricoles et dans le domaine de l'agro-industrie. À l'occasion du sommet de Nairobi, RFI s'est rendue en Sierra Leone où plus de la moitié de la population souffre encore d'insécurité alimentaire. Là-bas, Proparco, la branche secteur privé de l'Agence française de développement, finance différents projets. C'est le cas de Jolaks, l'industrie qui fabrique l'huile de table sierra-léonaise. De notre envoyée spéciale à Freetown, Des camions-citernes déversent l'huile de palme brute rouge et bouillonnante. « Toute l'huile de palme que nous achetons, nous la testons ici. Elle vient d'ici, de Sierra Leone et nous en importons aussi du Liberia et parfois de Côte d'Ivoire. Nous essayons d'acheter le plus localement possible pour des questions environnementales, pour rapprocher nos chaînes de valeur et cela réduit les coûts », détaille Mohamed Sow, le directeur de Jolaks. L'usine a une capacité de raffinage de 9 000 tonnes d'huile de palme par mois, ceci avant d'être conditionnés dans l'usine de Jolaks qui emploie plus de 400 personnes. Sadio Dicko est le directeur régional de Proparco. En visite, il se félicite de l'investissement français de 20 millions d'euros : « Très clairement, quand on parle d'une huile qui est alimentaire et qui est un élément essentiel pour la population sierra-léonaise, on ne se trompe pas de combat. On sait qu'on accompagne une société qui est dans le panier de la ménagère, ici en Sierra Leone, et donc ça, pour nous, c'est essentiel. Et on a vraiment cette fierté de se dire qu'on est avec la population sierra-léonaise. » « Il ne s'agit pas seulement d'un prêt » Connue sous le nom de PADI (« amis », en créole), cette marque est une véritable institution. Jolaks est une branche du groupe de l'agro-industriel Pee-cee – un poids lourd dans le pays. Le prêt de Proparco doit servir notamment au fonds de roulement de l'entreprise. Mais là n'est pas forcément l'essentiel, pointe Mohamed Sow : « Il ne s'agit pas seulement d'un prêt. Un groupe comme Pee-Cee a besoin de ce regard extérieur et de ces conseils pour atteindre un niveau de gouvernance qui mérite d'être reconnu mondialement. Pee-Cee pourrait fournir ce prêt. Ce sont les structures de gouvernance, environnementales et sociales de Pee-Cee qui vont véritablement en bénéficier. Par exemple sur le droit des travailleurs, la durabilité des fournisseurs, les mécanismes d'approvisionnement, etc. Tout cela va permettre de générer des revenus pour le groupe sur du long terme. » L'usine est aujourd'hui dépendante de deux gros générateurs qui tournent au diesel. Les coûts ont explosé ces derniers mois. Grâce aux 20 millions d'euros de prêts français, Jolaks prévoit l'installation prochaine d'une centrale solaire pour alimenter son usine. À lire aussiL'activité économique sierra-léonaise à l'épreuve du conflit au Moyen-Orient

Au Kenya, 91 % de l'électricité générée en 2024 provenait du renouvelable : la géothermie en tête (44 %), puis l'hydraulique (28 %) et enfin l'éolien (14 %) et le solaire (3 %). Le pays compte produire 100 % d'électricité renouvelable d'ici 2030. Le secteur attire les investisseurs, notamment la France. L'entreprise française Meridiam, aux côtés de Proparco, institution française de financement du développement, a investi dans le parc éolien de Kipeto, le deuxième plus grand du pays. De notre correspondante à Nairobi, Les turbines éoliennes tournent à plein régime à Kipeto, au milieu des collines de la région de Kajiado, à 70 kilomètres de Nairobi. « La pale de la turbine est le composant principal. C'est elle que nous utilisons pour capter le vent et obtenir un mouvement de rotation qui entraîne la boîte de vitesses, explique Stephen Nyoru, le responsable du site. Cette dernière augmente la vitesse de rotation jusqu'à un niveau élevé, adapté à l'alimentation du générateur, qui convertit cette énergie en énergie électrique. » Le parc éolien compte 60 turbines, pour une capacité totale estimée à 100 mégawatts. De quoi alimenter 250 000 foyers, selon des chiffres de Kipeto. Un projet d'expansion est déjà en discussion selon Simon Wade, PDG de Kipeto Energy : « Il s'agirait d'installer la même capacité mais avec moins de 20 turbines car elles seront bien plus grandes. Le réseau électrique kényan a la capacité de l'absorber et le pays a la demande énergétique, estime-t-il. Le contrat actuel nous oblige à vendre l'électricité produite au distributeur d'électricité kényan, mais le contrat pour l'expansion n'est pas encore signé donc on ne sait pas encore quelles en seront les modalités. » À écouter dans Grand reportageObjectif 100 % d'électricité renouvelable dès 2030 : le modèle kenyan La France face à une concurrence internationale intense Le projet intéresse les investisseurs français. Paris affirme déjà être le premier bailleur bilatéral dans le secteur de l'énergie kenyan. L'Agence française de développement y a investi plus de deux milliards d'euros en 15 ans. Au sommet franco-kényan Africa Forward des 11 et 12 mai prochain, de nouveaux contrats vont être négociés. Mais la compétition est intense. « La stratégie du Kenya est en quelque sorte agnostique : le pays ne fait pas le tri entre ses partenaires et accueille quiconque souhaite s'y installer, analyse Churchill Ogutu, responsable recherche pour la banque d'investissement Capital A, ce qui explique la diversité des nations que l'on voit aujourd'hui affluer vers le Kenya. » Face aux concurrents asiatiques, les Européens peinent parfois à s'imposer : « J'ai eu des échanges avec des acteurs européens qui expriment une préoccupation commune, poursuit Churchill Ogutu, bien qu'ils soient enclins à développer des projets au Kenya, dès qu'un appel d'offres public est lancé, il y a une forte probabilité que les Chinois le remportent en raison de leurs prix. » Un exemple : le projet d'autoroute reliant Nairobi au Mau Summit, dans le centre du pays. D'abord accordé à un consortium français, le contrat a finalement été résilié. Au profit d'entreprises chinoises. À lire aussiKenya: en plein cœur de Nairobi, la forêt de Karura est de nouveau menacée

En Tunisie, le vote parlementaire de plusieurs projets de concessions d'énergies renouvelables pour des centrales solaires photovoltaïques a fait polémique, aussi bien au Parlement que dans la société civile. Le pays est confronté à un déficit énergétique très élevé de 65% de ses besoins et dépend de l'importation de gaz naturel. Pour sortir de cette dépendance, les autorités souhaitent donc développer le renouvelable. Pour inciter les investissements, ils proposent notamment des concessions. Une mesure qui inquiète syndicats et associations, à la fois sur le plan de la souveraineté énergétique du pays et sur le coût pour la Société tunisienne d'électricité et de gaz (Steg). Avec notre correspondante à Tunis, Au Parlement tunisien, le 28 avril 2026, le débat a duré près de huit heures avant le vote final. Certains dénoncent une forme de « colonialisme économique » comme le formule le député Bilel Mechri lors de son intervention en plénière : « Voter en faveur de ce projet signifierait approuver que des compagnies étrangères profitent de la lumière de notre soleil, la vendent en devises avec peu de taxes et aucun engagement douanier, des avantages dont même la société tunisienne d'électricité et de gaz ne bénéficient pas. » La Société tunisienne d'électricité et de gaz - entreprise publique - ne serait pas en mesure à elle seule de construire et d'exploiter les centrales photovoltaïques qui permettraient d'atteindre en 2030 l'objectif des 35% de production d'énergie renouvelables fixés. Ce qui explique ce projet de concession à des entreprises étrangères, défend le ministre de l'Économie Samir Abdelhafidh auprès des députés : « Pour nous, il n'y a rien qui viole la souveraineté nationale. Vous dites qu'une concession de 20 à 30 ans représente une menace, alors que c'est la norme pour n'importe quelle concession. Nous espérons que les investisseurs tunisiens pourront aussi participer à ces projets, les syndicats du patronat nous ont confirmés qu'ils sont en discussion avec les investisseurs pour créer des opportunités. » « Nous n'avons pas accès à suffisamment d'informations » Pour la société civile, le problème reste qu'il n'y a pas eu de consultation globale sur l'impact de ce type de loi dans le pays. « Il y a un problème qui n'a pas été suffisamment discuté, à savoir l'impact sur la société tunisienne d'électricité et de gaz et le coût sur la facture électrique finale. Certaines concessions ont déjà été données en 2019, nous ne savons même pas ce que ça a donné », a déclaré, lors d'une conférence de l'Observatoire de l'économie sur le sujet, l'ingénieur Ilyes Ben Ammar, membre du syndicat de la société de l'électricité et du gaz. Selon Achref Chibani, chercheur et activiste, spécialiste du changement climatique, le manque de transparence sur ces contrats reste un problème. « Ces projets peuvent peut-être aider l'économie et créer de l'emploi mais nous n'avons pas accès à suffisamment d'informations pour le savoir. Il n'y a pas eu de vraies discussions, ni de dialogue sur la question. même pour le débat au Parlement, nous l'avons su en dernière minute », regrette-t-il. Les cinq projets de concession ont été adoptés sans faire l'unanimité. Ils doivent encore passer devant la seconde chambre, le conseil des districts et des régions, avant d'être promulgués.

À Madagascar, le secteur du tourisme se prépare à une saison morose à cause de la crise au Moyen-Orient. L'augmentation du prix des billets d'avion et la réticence des Européens – principaux touristes étrangers à Madagascar – à partir loin de chez eux sont à l'origine d'une forte baisse des réservations sur la Grande-Île. Déjà lourdement affectés par la crise politique de septembre et octobre 2025, les hôteliers comme les tour-opérateurs anticipent une rude concurrence à l'échelle nationale et avec les îles voisines de Maurice et des Seychelles pour capter des touristes moins nombreux qu'à l'accoutumée. Avec notre correspondant à Antananarivo, Les plages aux eaux cristallines des environs de Tuléar sont presque vides, témoigne Odilon Ranaivoson. Il possède deux hôtels et un bar culturel dans cette région du sud-ouest de Madagascar. Habituellement, à cette période de l'année, les premiers touristes sont déjà là et les réservations vont bon train pour juillet-août. « On devrait déjà être à 50% de notre occupation pour la période d'été, donc les vacances en Europe. Mais là, c'est des balbutiements de réservations que nous avons. On en est qu'à 15 ou 20% », explique-t-il. Cette forte baisse fait vaciller certains opérateurs selon cet entrepreneur, jusqu'à récemment président de l'office du tourisme de la région de Tuléar. « Comment arriver à garder la tête hors de l'eau ? Parce que les charges sont énormes en termes d'énergie ou de personnel. Je crains aussi la diminution de la qualité des services. Est-ce qu'on investit pour améliorer le produit en préparation de la saison qui arrive ? Parce qu'on ne sent pas les perspectives positives dans un futur proche », s'inquiète encore Odilon Ranaivoson. Johann Pless, vice-président de la Confédération du tourisme de Madagascar, écarte le risque d'une saison blanche sans aucun touriste. Mais le conflit au Moyen-Orient n'en est pas moins un nouveau coup dur après la crise politique de 2025, à l'origine d'une perte de chiffre d'affaires estimée à 100 millions de dollars pour le secteur. « Il y a un ressenti et une sorte de crainte des marchés émetteurs de voyager loin. On parle principalement des marchés européens. Le prix du billet augmente. Il peut prendre de 30% à plus de 50% actuellement, causés par l'impact de la guerre en Iran sur le prix du carburant aérien », assure l'expert du secteur. En plus, pendant plusieurs semaines, « la compagnie aérienne Émirates a arrêté ses vols sur Madagascar, ça [a] fait des milliers de sièges en moins. ». S'ajoute à cela la baisse du pouvoir d'achat des pays émetteurs de touristes, également touchés par la crise des carburants. « Dans un monde idéal, nous souhaiterions que les risques soient partagés » « Pour les douze prochains mois – on ne parle pas seulement de deux ou trois mois –, il faudra donc s'adapter à notre clientèle qui aura un pouvoir d'achat moindre et adapter nos marges en fonction de l'inflation et du prix du carburant à la pompe », pointe encore Johann Pless. Jusqu'à présent plafonné par les autorités malgaches moyennant un lourd endettement public, ce prix à la pompe demeure la grande inconnue des prochains mois. En cas d'augmentation brutale, l'association des tour-opérateurs de Madagascar, qui réunit 80 membres, espère une juste répartition des surcoûts. « Dans un monde idéal, nous souhaiterions que les risques soient partagés, que les clients ne subissent pas tout à eux seuls, mais que tous ceux qui interviennent dans le voyage prennent une petite marge de participation, pointe Sylvia Rajaonalimanana, la directrice exécutive. Il y a les loueurs de voitures, les distributeurs de carburant, les tour-opérateurs, les partenaires à l'étranger qui prospectent les clients. Nous souhaitons que tous les acteurs du tourisme prennent conscience que le secteur est fragile et que tout le monde se soutienne. » Passée la crise au Moyen-Orient, le secteur touristique malgache s'est fixé pour objectif d'atteindre 1 milliard de dollars de chiffres d'affaires annuel, contre 700 millions de dollars aujourd'hui. La filière attend pour cela une meilleure desserte aérienne, notamment vers les villes de province, et une rénovation des routes nationales.

D'où vient précisément le café qu'on boit ? Comment être sûr qu'il ne pousse pas sur des terrains déboisés ? Pour répondre à ces questions, de grands industriels et négociants internationaux lancent une cartographie mondiale des parcelles de café pour aider les pays producteurs à répondre aux nouvelles normes européennes. En effet, les pays producteurs doivent prouver que le café ne provient pas de zone de déforestation et mettre en place une traçabilité stricte des grains de café. Grâce à des images satellites de très haute résolution, il est maintenant possible d'identifier chaque caféier qui pousse entre les arbres, parcelle par parcelle. Sept des plus grands groupes mondiaux du café se sont associés à Airbus pour cartographier toutes les plantations du monde et s'assurer qu'elles n'entraînent pas de déforestation. Acteur du projet, Laurent Sagarra, directeur « Engagement » de la multinationale du café JDE Peet's, détaille le fonctionnement de l'outil : « Airbus a développé un outil d'intelligence artificielle qui analyse des milliards de photos satellite. Cet outil est entraîné sur la base de toutes les données que tous les acteurs du secteur qui font partie du projet ont récupérées. Et donc, on entraîne, on éduque un outil à analyser ces milliards de photos pour pouvoir ''mapper'' toutes les placettes de café sur la planète. On arrive ainsi à faire un travail qui nous mettrait des années et des années si on devait le faire à la main. » L'enjeu est important surtout en Afrique de l'Est où les exploitations de café sont très morcelées. Rien qu'en Éthiopie, plus de cinq millions d'agriculteurs possèdent en moyenne un demi-hectare de terres. Identifier toutes les parcelles est donc un vrai défi pour ne pas faire d'erreur. « Si on n'a pas les meilleures données, on risque d'exclure une parcelle, exclure dix parcelles, exclure 1 000 parcelles... C'est exclure des agriculteurs. C'est dire à ces agriculteurs : "Vous ne pouvez plus vendre sur le marché européen." Pour eux, en termes d'impact sur leur vie, c'est énorme », souligne Laurent Sagarra. À lire aussiAu Kenya, le secteur du café en pleines réformes mis en difficulté Des millions de petites exploitations à identifier La cartographie, appelée « Projet Canopée », sera mise à jour tous les un ou deux ans, et mise à disposition gratuitement sur une plateforme géospatiale ouverte et transparente, accessible aux producteurs et aux gouvernements, dès maintenant pour l'Afrique de l'Est. Une initiative bien accueillie par les acteurs du secteur en Éthiopie, à l'image d'Abdi Itana, conseiller en développement durable dans le secteur du café : « Aujourd'hui, nous utilisons la carte mondiale Global Forest Watch, mais elle ne montre pas l'évolution dynamique au niveau de chaque exploitation agricole. On ne fait pas bien la différence entre l'exploitation et la forêt. » Selon lui, ces données complèteront le système de traçabilité numérique mis en place par le premier pays producteur de café d'Afrique : « Tout sera enregistré, et un identifiant numérique sera attribué à l'agriculteur, incluant la superficie et le périmètre de sa parcelle. Ainsi, quand les agriculteurs vendront leurs produits à un collecteur ou à un acheteur, la quantité sera enregistrée sur leur carte d'identité, et on saura qui achète quoi et combien. Au final, chaque mouvement de café en Éthiopie sera enregistré dans ce système. » Des outils essentiels à moins d'un an de l'entrée en vigueur des nouvelles règles européennes sur la déforestation, prévue en décembre 2026 pour les gros producteurs et en juin 2027 pour les plus petits. À lire aussiPourquoi l'arabica est le café le plus bu (et pourquoi ça ne durera peut-être pas)

La crise au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz ont de gros impacts sur le commerce mondial. La Sierra Leone ne fait pas exception. Freetown cherche à développer l'agro-industrie afin d'être moins dépendant des importations, mais ce nouveau choc vient affecter ses entreprises et industries. Avec notre envoyée spéciale à Freetown, Mohamed Sowe est à la tête de Jolaks, une entreprise qui raffine l'huile de palme pour la consommation. Elle produit également du savon. Lorsque l'on demande à Mohamed Sowe s'il est touché par la crise au Moyen-Orient, il ne dit pas un mot et se frappe le front. Car ici, le prix de la matière première pour fabriquer les bidons augmente, les coûts de logistique aussi, mais le principal problème vient des générateurs qui font tourner l'usine. « Le coût du diesel a augmenté de près de 70%. Il s'agit d'une très forte hausse, mais nous n'avons pas augmenté nos prix d'autant. Nous devons en absorber la majeure partie. Nous espérons que cela ne va pas durer sur le long terme, que l'incertitude globale va décroître et que les prix se normaliseront très bientôt », explique Mohamed Sowe. Un camion de Global Logistics Services (GLS) est venu faire une livraison de parfum pour la savonnerie de Jolaks ce jour-là. « L'un de nos principaux coûts est celui du carburant pour nos camions », pointe Max Kanu, le patron à la tête de cette entreprise spécialiste de la logistique. De l'importation par cargo à la livraison finale, GLS est très touchée par les retards d'expédition. « Cela échappe à notre contrôle. Nous essayons juste de gérer les effets », reconnaît-il. Des retards à la fois pour la livraison de ses clients, mais qui touchent également ses propres activités. « Personnellement, nous investissons dans un parc logistique. Nous construisons des entrepôts pour nos clients. Nous avons environ 20 conteneurs en provenance d'Inde qui ont déjà été retardés d'environ cinq semaines. Cela a un impact considérable, car ces retards affectent nos engagements envers les clients. Cela impacte le travail de construction que nous faisons avec les entrepreneurs, cela affecte notre planification, etc. », détaille-t-il. Une augmentation des prix que tentent de juguler les autorités. Alpha Ibrahim Sesay, le ministre de l'Industrie de Sierra Leone, cherche des solutions : « Depuis le début de la guerre, l'inflation a augmenté ainsi que les prix de nombreux produits de base. Cela nous affecte fortement. Mais en tant que gouvernement, nous sommes très proactifs. Nous avons commencé à subventionner les produits pétroliers parce que nous ne pouvons pas vendre aux prix actuels à la pompe. Le gouvernement doit subventionner pour réduire les souffrances qui en découlent. » Les autorités réévaluent actuellement leurs budgets et échangent avec leurs partenaires financiers pour financer ces subventions. À lire aussiSierra Leone: quelles attentes économiques avec le «zéro droit de douane» chinois?

De plus en plus d'agriculteurs, sensibilisés par un réseau d'ONG mais aussi désormais par l'État, entament leur transition agroécologique. Objectif : réduire l'utilisation d'intrants chimiques, réduire les frais, mais aussi augmenter la productivité. De notre envoyé spécial à Meknès, Dans les larges allées du salon de l'agriculture, la conférence sur le développement de l'agroécologie au Maroc connaît un franc succès. Sur le stand Icarda, un centre de recherche pour l'innovation en agroécologie, Filippo Bassi, chercheur, rappelle les différences entre conventionnel, agroécologie et biologique : « L'agroécologie pour nous, chercheurs, est l'élément parfait qui se positionne de façon très simple entre l'agriculture conventionnelle, qui essaie de produire plus, et les cultures bio, qui ne produisent pas beaucoup et surtout à des prix un peu élevés. » Et de poursuivre sa présentation : « Donc, l'agroécologie essaie de maximiser la productivité, de maximiser les profits pour les agriculteurs. On parle beaucoup de filière courte, de ce type de choses, mais surtout de respecter l'environnement. » Étudiants comme petits producteurs s'intéressent de plus en plus aux façons de produire mieux, plus et dans le respect de l'environnement. « Le Maroc a pris conscience de l'importance de développer l'agroécologie actuellement. Et ça, on le voit dans la volonté politique, dans les stratégies de l'État. Il y a des orientations maintenant vers l'agroécologie », détaille Rachida Mehdioui, présidente du Réseau des initiatives agroécologiques au Maroc. À écouter dans Un jour au villageMaroc, redonner sa splendeur d'antan à l'élevage « On est en train de nager contre le courant mais on va y arriver » Une transition toutefois complexe, qui demande parfois plus de travail manuel pour éviter l'utilisation des herbicides par exemple. « On ne sait pas comment s'y prendre et l'État devrait soutenir un peu l'agroécologie pour qu'on puisse vraiment la développer, notamment pour la commercialisation des produits agroécologiques », appelle de ses vœux Rachida Mehdioui. Malgré ces efforts auprès des communautés villageoises, les grands groupes de l'agro-industrie, eux, ne suivent pas toujours ces préceptes, sauf quand les réglementations internationales les y obligent. « Le courant conventionnel reste dominant. On est en train de nager contre le courant mais on va y arriver », rassure Ghizlane Echchgadda, enseignante-chercheuse à l'université de Meknès. Tout tend à mener vers l'agroécologie selon elle : les ressources se raréfient et les aspirations des consommateurs. « C'est le consommateur en fait qui décide du développement d'une chaîne de valeur par rapport à une autre. Et donc il a un rôle vraiment de décideur pour cette transition agroécologique », souligne-t-elle. Si les données statistiques officielles sur l'agroécologie manquent au Maroc, le pays s'est fixé comme objectif d'atteindre les 100 000 hectares de bio d'ici 2030 dans le cadre du plan Génération Green, soit moins de 2 % des 8,7 millions d'hectares de terres cultivables. À lire aussiLe Maroc pourrait doubler sa production céréalière par rapport à l'année dernière

Au Maroc, l'hiver 2025-2026 a été l'un des plus pluvieux depuis 40 ans : jusqu'à 1 296 mm de pluies pour la région de Tanger. Et les précipitations n'ont pas cessé au printemps. Le taux de remplissage des barrages a quasiment doublé. Malgré quelques dégâts en raison des inondations, l'agriculture marocaine devrait largement profiter de cette pluviométrie extraordinaire. Ainsi, selon les prévisions du ministère de l'Agriculture, le Maroc pourrait plus que doubler sa production céréalière par rapport à l'année dernière. De notre envoyé spécial à Meknès, Depuis le mois de janvier, la campagne marocaine – au centre et au nord du pays – a changé de visage. Les photos satellitaires sont impressionnantes. Vu du ciel, le Maroc est passé d'une teinte ocre à un vert chatoyant. L'heure est plutôt à la fête au salon de l'agriculture. « La plupart des secteurs vont bénéficier de cette pluie abondante cette année. On a vécu six ans de sécheresse d'affilée qui étaient catastrophiques. Après, beaucoup d'eau ne veut pas dire meilleur rendement », décrit Réda Zniber, directeur général délégué des domaines Zniber, l'un des plus grands exploitants agricoles du pays. Certes, pour ses exploitations – d'huile d'olive notamment –, la récolte a été stoppée plusieurs semaines en raison de la boue, empêchant les tracteurs d'opérer dans les champs, ce qui pourrait affecter les arbres à long terme. Il a néanmoins doublé sa production. « Cette année nous avons fait à peu près 1 500 tonnes d'huile. L'année dernière, qui était, on va dire, très moyenne, nous avons fait la moitié. Donc, oui, la pluie a quand même été très bénéfique », se réjouit-il. Le groupe familial produit également des fruits à coques : pêches, nectarines, prunes… Cette fois victimes des épisodes de grêle, mais là encore, malgré tout, les prévisions sont bonnes. « Le bilan reste très positif malgré tout cette année. Maintenant, les répercussions de ce retard de récolte, c'est plutôt l'année prochaine que l'on verra les conséquences, en tout cas sur l'arboriculture et l'olivier », précise encore l'exploitant. À lire aussiMaroc: les agriculteurs applaudissent le retour de la pluie, malgré les inondations Des cultures vulnérables face au changement climatique Même satisfaction pour Damri Abdelali, exploitant agricole et vice-président de la Chambre d'agriculture région Fès-Meknès. Il salue notamment la reconstitution des nappes phréatiques. Il précise néanmoins que certains agriculteurs qui avaient opté pour des semences spéciales, censées résister à la sécheresse, ont, eux, été impactés négativement par ces pluies abondantes. « Des champs inondés avec trop d'eau n'ont pas pu résister. Mais aussi des variétés de semences qui ont été transformées génétiquement pour résister à la sécheresse et n'ont pas pu résister à l'eau », regrette Damri Abdelali. Au stand du pôle digital du ministère de l'Agriculture marocain, en revanche, le ton est plutôt à la prudence. Devant un graphique qui montre les taux de pluviométrie en berne ces 20 dernières années, le chercheur Rachid Hadria rappelle que l'agriculture marocaine va très probablement continuer à souffrir des conséquences du réchauffement climatique. « On voit qu'on a de plus en plus d'années sèches. Cette année, certes, c'est une très bonne année par rapport aux six dernières années, mais on ne peut pas dire que ça y est c'est gagné », conclut-il. À lire aussiMaroc: les précipitations intenses n'écartent pas la menace de la sécheresse

La hausse des prix ne touche pas seulement le carburant. Elle frappe aussi l'alimentation : céréales, huiles et produits transformés. Particulièrement en Afrique, car le continent est très dépendant des importations alimentaires. En cause : le blocage du détroit d'Ormuz, qui perturbe toute la chaîne agricole. Du prix des engrais pour les agriculteurs au prix du transport : tous explosent et mettent en péril la sécurité alimentaire sur le continent. Chaque année, l'Afrique importe 100 millions de tonnes de céréales, ce qui correspond à plus de 75 milliards d'euros. Le continent importe aussi massivement des huiles végétales et autres produits alimentaires transformés. Ces approvisionnements sont fragilisés par les tensions au Moyen-Orient : la hausse du carburant renchérit le transport maritime, tandis que les perturbations logistiques menacent l'accès aux engrais, indispensables à la production agricole. « L'Afrique de l'Ouest, c'est le premier pôle d'importation de riz au monde avec près de 20 % de l'importation mondiale, explique Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (Farm). Ça veut dire que 4 grains de riz sur 6, donc 2 grains de riz sur 3, en Afrique de l'Ouest viennent de l'étranger. Ils viennent souvent d'Asie du Sud-Est, donc avec ce risque de voir demain l'Inde, la Thaïlande ou le Vietnam limiter leur marché d'export, ce qui aurait des conséquences importantes pour cette région. » Selon le chercheur, il existe des solutions à court terme pour amortir les prix en forte augmentation pour les consommateurs, comme des subventions qui ciblent les produits sensibles. Autre solution à moyen terme, diversifier les approvisionnements, en particulier pour les engrais : « L'Afrique en général est un petit acheteur sur le marché mondial des engrais. Certains acteurs économiques vont aller au plus offrant, analyse Matthieu Brun, donc on peut essayer à la fois de contourner Ormuz, de trouver d'autres routes commerciales, mais aussi peut-être de s'unir à plusieurs pays pour pouvoir avoir des contrats plus importants et négocier des contrats d'approvisionnement entre États, les grands traders, autour de structures, autour de cultures stratégiques. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: l'impact sur l'importation d'engrais et d'aliments en Afrique L'aide humanitaire sous pression Si la crise alimentaire s'aggrave, les besoins d'urgence pourraient augmenter à un moment où l'aide humanitaire est déjà fragilisée par la baisse des aides. Pour continuer à acheminer les denrées essentielles, les agences des Nations unies ont des accords avec les armateurs pour faire passer leurs navires en priorité. Mais les délais, eux, ne sont pas garantis. « Le problème qu'on rencontre actuellement, c'est la congestion dans les différents ports d'entrée autour du Golfe, décrit Jean-Cédric Meeus, responsable transport et logistique à l'Unicef. Les armateurs maritimes doivent changer leur route et doivent déposer des conteneurs ici et là, entre Colombo et le Mozambique, pour ensuite les acheminer par voie terrestre. Dès lors, ça chamboule toute la prédictibilité de nos envois. Nous n'avons pas un problème d'accessibilité, mais nous avons un problème de nous assurer que les marchandises arrivent à bon port, avant que le manque crée une autre urgence sur l'urgence qu'on rencontre pour le moment dans le Moyen-Orient. » Tensions autour du canal de Panama, blocage de la mer Rouge, Covid-19, l'Unicef a déjà fait face à de nombreux défis logistiques et a mis en place au fil du temps une chaîne d'approvisionnement capable de s'adapter aux chocs grâce à des engagements commerciaux réciproques, renouvelés tous les ans : « Nous nous engageons à utiliser nos partenaires, que ce soit pour l'achat de biens ou l'achat de services. Eux, ils s'engagent à nous donner certains privilèges vis-à-vis du secteur commercial, détaille Jean-Cédric Meeus. Si nous devons acheter des marchandises qui sont pour nous des marchandises qui sauvent les enfants, on aura la priorité sur les achats, on aura la priorité sur les envois. » Il n'y a pas encore d'urgence alimentaire, mais les prix augmentent sensiblement sur certaines denrées. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les prix des huiles ont augmenté de 13 % sur les 3 derniers mois, 7 % pour le sucre et 4 % pour le blé. À lire aussiD'Ormuz au Darfour, la guerre au Moyen-Orient complique l'aide humanitaire en Afrique

Le Gabon souhaite diversifier ses revenus tirés du pétrole. Dès 2028, le pays veut devenir exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL). Les expéditions seront assurées depuis le terminal pétrolier du Cap Lopez, situé dans la banlieue de Port-Gentil, la capitale économique du pays. Le projet est conduit et financé par le groupe franco-britannique Perenco, premier producteur de pétrole au Gabon avec 100 barils par jour. Soixante-neuf ans après sa construction par Total Gabon, le terminal pétrolier du cap Lopez, dédié à l'expédition du pétrole brut gabonais sur le marché international, connaît actuellement des grands travaux d'extension pour en faire un hub gazier. Rida Yayaoui, directeur du projet, dépeint : « Vous êtes ici dans la zone qui va accueillir, au Cap Lopez, le projet LNG. On aura la partie process, liquéfaction et stockage ici, et toute la partie traitement de gaz et arrivée gaz sur la droite. » Pour réaliser ce projet, Perenco a prévu une enveloppe très lourde, affirme Nestor Aworet, directeur général adjoint de l'entreprise : « C'est 2 milliards de dollars pour le projet GNL, donc c'est un gros investissement. C'est un projet qui absorbe énormément de fonds. Perenco est heureux de pouvoir porter un tel projet qui va permettre à notre pays de devenir exportateur de gaz naturel. » À lire aussiGabon: discussions autour d'un projet de pipeline pour acheminer du gaz en Afrique centrale « Nous visons les meilleurs marchés » Une partie de la future usine est en cours de montage au Moyen-Orient. Au Gabon, Perenco construit un réseau de 500 kilomètres de pipeline pour collecter le gaz produit à divers endroits du sud du pays. Christophe Blanc, directeur général de Perenco Gabon, est fier d'attaquer le marché international du gaz dès 2028 : « Pour l'export, nous visons les meilleurs marchés, comme pour l'huile. Ce sont des marchés qui sont ouverts aujourd'hui avec un bon nombre de compétiteurs, et nous mettrons en compétition bien évidemment tous ces acheteurs potentiels. Nous vendrons au plus offrant, pour le bien à la fois de Perrenco mais aussi de l'État gabonais, qui a ses revenus associés à ses réserves de gaz. Et pour ça, nous avons développé une usine de liquéfaction adaptée aux réserves de gaz qui sont présentes au Gabon. » Plus d'un siècle après le coup d'envoi de sa production pétrolière, le Gabon n'a jamais valorisé son gaz. Celui-ci a toujours été brûlé par torchage. Le groupe Perenco, souvent accusé d'être un pollueur, est devenu numéro un de la réduction du gaz torché et producteur, depuis 2006, d'un tiers du gaz butane consommé dans le pays. À lire aussiLe Gabon veut troquer le gasoil pour du gaz

Nourrir l'Afrique avec les outils d'hier est devenu impossible. À Nouakchott, la 34e conférence de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du 13 au 17 avril, s'est achevée sur un constat : l'aide internationale se tarit. Le continent doit donc réinventer ses modèles de financement. Entre économie bleue, innovation numérique et coopération régionale, plusieurs pistes émergent déjà. De notre correspondant à Nouakchott, Oumar El-Hadj Thiam. Dans les couloirs du centre de conférence de Nouakchott, théâtre de la 34e conférence de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le constat est lucide. Si le potentiel agricole est immense, l'argent, lui, change de main. Les donateurs traditionnels, bousculés par les crises mondiales, se retirent. Mais pour Beth Bechdol, directrice générale adjointe de la FAO, ce n'est pas une fatalité, mais un appel à l'ingénierie financière : « C'est un moment où certains des financements traditionnels pour l'agriculture ont changé. Certains des donateurs qui ont longtemps soutenu le développement se retirent pour investir dans d'autres priorités. C'est donc un moment où je pense qu'il y a en fait assez de capital dans le monde. Il faut juste que nous l'acheminions aux bons endroits et avec les bons mécanismes. » C'est précisément l'ambition du Sénégal. À Dakar, la transformation des systèmes alimentaires passe par l'Atlantique. Pour Fatou Diouf, ministre sénégalaise des Pêches, la souveraineté alimentaire passe désormais par l'« économie bleue ». Le poisson, consommé à hauteur de 29 kilos par habitant au Sénégal chaque année, est le moteur de la résilience : « Qui parle d'agroalimentaire parle de pêche. Les ressources halieutiques jouent un rôle important dans la fourniture de protéines animales. Nous avons fait aujourd'hui de l'économie bleue le cœur de notre stratégie, en matière de pêche, d'aquaculture et de souveraineté alimentaire. Le Sénégal a déjà montré des gages de transparence avec la publication des listes des navires autorisés. » À lire aussiRapport FAO: l'accès à une alimentation de qualité demeure un défi économique majeur en Afrique Des modèles innovants à l'échelle régionale Au-delà des chiffres, c'est l'innovation sociale qui séduit les bailleurs. Le modèle sénégalais de « cogestion », qui implique directement les pêcheurs artisanaux dans la surveillance des côtes, est cité en exemple. Mais pour que ces efforts locaux portent leurs fruits, ils doivent s'intégrer dans une architecture régionale solide. Une priorité pour Momme Ould Beibat, ministre mauritanien de l'Agriculture : « Le renforcement de la surveillance, des systèmes d'alerte rapide et de la coordination transfrontalière demeure une priorité essentielle. Ces mesures sont non seulement plus efficaces, mais aussi moins coûteuses que la gestion des crises une fois qu'elles se sont déclarées. » Pour la Mauritanie, l'enjeu est désormais de transformer ces plans d'investissement en opportunités concrètes pour les filières prioritaires du pays grâce aux solutions numériques, comme l'analyse connectée des sols ou les plateformes d'accès direct au marché. À lire aussiL'insécurité alimentaire monte en Afrique de l'Ouest et au Sahel, la FAO appelle à l'aide

L'Afrique fait face à un déficit de financement de plus de 400 milliards de dollars par an. Pourtant, le continent dispose de près de 4 000 milliards de dollars d'épargne. Alors, pourquoi cet argent ne circule-t-il pas suffisamment ? À l'initiative de la Banque africaine de développement (BAD), des banquiers, des assureurs et des investisseurs se sont retrouvés début avril à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, pour repenser en profondeur la manière de financer le développement du continent. Routes, énergie, PME… En Afrique, les besoins de financement sont immenses. Mais faute de mécanismes adaptés, des milliards de dollars restent encore sous-utilisés. À l'ouverture des discussions, le président de la BAD, le Mauritanien Sidi Ould Tah, a dressé un constat sans détour : l'architecture financière actuelle du continent est, selon lui, « inadéquate et inadaptée ». Il estime que le problème ne réside pas dans la rareté des ressources, mais bien dans leur mobilisation. Une analyse partagée par le PDG de l'agence de notation Bloomfield. Pour Stanislas Zézé, un changement de paradigme s'impose : « Au niveau de développement où nous sommes, nous avons les ressources qu'il faut pour justement financer nos infrastructures, financer notre développement. Mais comme nous ne sommes pas bien organisés, nous avons l'impression de ne pas avoir l'argent. Le marché des capitaux est fragmenté. Les monnaies ne sont pas convertibles entre elles. Naturellement, ça crée des blocages. Donc aujourd'hui, il s'agit de lever tous ces verrous. » À lire aussiBanque africaine de développement: le nouveau président invite à «changer de paradigme» face aux défis du continent Des verrous qui freinent la circulation des capitaux à l'échelle du continent. Autre enjeu : la confiance. Les investisseurs institutionnels, comme les assurances ou les fonds de pension, qui disposent d'une épargne importante, restent prudents. Ils demandent davantage de garanties avant d'investir. Pourtant, ces mécanismes restent encore très insuffisants, comme l'explique Ngueto Tiraina Yambaye, président du Fonds africain de garantie et de coopération économique : « Tous les fonds de garantie africains ne couvrent que 10% du besoin de garantie en Afrique. Et sans garanties, les banques ne peuvent pas financer par exemple les entrepreneurs ruraux. Donc commençons par l'économie réelle, et l'Afrique se portera mieux. Donc notre rôle, c'est d'accompagner les banques, parce que nous sommes une certification de confiance. » À lire aussiSidi Ould Tah: la BAD veut «d'aller au-delà de l'aide publique au développement, vers l'investissement» Lever les verrous financiers À l'issue de la rencontre, les participants ont adopté un « Consensus d'Abidjan ». Un texte en onze points pour poser les bases d'une nouvelle architecture financière africaine. Le but : « Réorganiser la manière dont le capital et le risque sont mobilisés, structurés et déployés. » Mais concrètement, qu'est-ce qui change ? Selon le professeur Carlos Lopes, économiste bissau-guinéen, il faut « utiliser l'ensemble des institutions financières africaines comme un écosystème. Elles vont travailler ensemble avec le principe de la subsidiarité, ça veut dire qu'on essaie de multiplier les dollars et les engagements à partir de la difficulté qu'on avait d'isolement. » Une logique de coopération renforcée, dans laquelle la Banque africaine de développement joue un rôle de catalyseur du système financier du continent. À la clé, une plus grande autonomie financière pour l'Afrique, assure l'ex-premier ministre béninois, l'économiste Lionnel Zinsou : « Une fois de plus, l'Afrique va être victime de l'inflation et des hausses de taux d'intérêt, alors qu'elle a besoin de taux d'intérêt bas parce qu'elle a des besoins d'investissement très importants. Donc, plus on sera endogène, plus on travaillera avec nos propres ressources, moins on sera dépendants des chocs de l'extérieur. » Reste un défi : le manque de projets réellement viables. Pour y répondre, les acteurs misent sur une meilleure préparation des projets et des outils communs pour connecter investisseurs et opportunités. À lire aussiBAD: ce qui manque le plus: des leaders visionnaires

Depuis le début du conflit en Iran, les hubs aériens de Dubaï, Abou Dhabi ou Doha ont été fortement perturbés. Résultats : des voyages et des correspondances annulés, et des vacances reportées pour les touristes européens qui devaient faire leurs escales dans ces aéroports. Aux Seychelles, les autorités ont réagi très vite pour ne pas perdre leurs touristes qui représentent 70 % de leur PIB. Au début du conflit, les îles des Seychelles et ses plages paradisiaques ont perdu près de 40 % de leurs touristes. L'État et la compagnie Air Seychelles ont donc employé les grands moyens. En deux semaines, ils ont loué un avion de la compagnie émirienne Etihad, alors cloué au sol, pour remettre en place une ligne directe depuis Paris et Rome, qui n'existait plus depuis quatre ans. Pour Aurélie Bonvalet, qui gère l'agence de voyage Seychelles Attitude, cette initiative a permis de sauver les vacances de presque tous ses clients : « Très rapidement, avec les vols qui ont été mis en place avec Air Seychelles, on a pu s'occuper du rapatriement des clients. Et ensuite, de façon progressive, Air Seychelles a décidé d'étendre les rotations et la durée de ces vols-là, détaille-t-elle. Donc, ça nous a permis de faire un gros travail pour basculer toutes les réservations que nous avions déjà des clients, pour qu'ils partent en avril, en mai, en juin sur ces vols Air Seychelles. » Même si le conflit est toujours en cours, les touristes sont prêts à partir, en utilisant cette nouvelle ligne. « Même si ça a impacté le tourisme, dans le sens où les clients se sont inquiétés du bon déroulement des trajets pour aller jusqu'aux Seychelles, poursuit Aurélie Bonvalet, ils ont quand même une certaine confiance en la stabilité de la destination. » À écouter dans Écouter le mondeÉcouter les îles de l'océan Indien: les Seychelles Changement de destination pour les touristes de dernière minute Pour les voyageurs partis au tout début de la crise sans passer par une agence, la situation a été plus compliquée : beaucoup ont dû se débrouiller seuls pour trouver un itinéraire alternatif. Mais ils n'ont pas annulé leurs vacances pour autant, selon Kevin Teerovengadum, administrateur de groupes hôteliers en Afrique : « Les personnes qui partent actuellement en vacances, au mois d'avril, ont généralement réservé leur séjour six mois ou trois mois à l'avance. Parmi eux, très peu ont annulé leur voyage, souligne-t-il. En revanche, celles qui devaient réserver à la dernière minute ou celles qui devaient réserver pour le mois de juin ne le font pas pour l'instant. Elles préfèrent attendre de voir si la situation va évoluer au cours des deux prochains mois. » Autre frein : la flambée des prix. Les compagnies aériennes ont reporté la hausse du prix du carburant sur le prix des billets, parfois jusqu'à 25 % d'augmentation selon les destinations : « C'est le secteur hôtelier milieu de gamme qui va être le plus touché par la hausse du coût de la vie en Europe, analyse Kevin Teerovengadum. Les clients trois étoiles ont un budget plus limité pour voyager, on voit déjà que les hôtels de ce segment seront plus durement touchés que ceux du segment cinq étoiles, le très haut de gamme. » Sur le plan hôtelier, les Seychelles s'en sortent bien car l'archipel propose des établissements de luxe. D'autres destinations de la région peuvent subir une baisse des réservations, comme Madagascar, la Tanzanie ou l'île Maurice. Pour soutenir la demande, les tour-opérateurs multiplient les promotions avec des remises qui peuvent atteindre moins 30 % sur certains hôtels. À lire aussiPerspectives économiques du FMI pour l'Afrique: «C'est une situation difficile, mais il faudra tenir le cap»

Les autorités de Kinshasa veulent muscler les recettes fiscales de la capitale congolaise. En déplacement à Paris et Bruxelles, une délégation officielle a rencontré la diaspora pour l'inciter à mieux s'acquitter de ses impôts. Car malgré des investissements importants, notamment dans l'immobilier, les recettes fiscales restent largement insuffisantes. « Il y a déperdition. Nous l'avons quantifiée à plusieurs milliards de francs congolais. » Le constat est sans détour. Ces milliards manquants pèsent directement sur les finances de la ville-province de Kinshasa, en RDC. Pour tenter d'y remédier, Gérard Kaja Kambowa, chargé de mission à la Direction générale des recettes de Kinshasa, a fait le déplacement en Europe. Objectif : convaincre les Congolais de l'étranger de renforcer leur contribution fiscale. « Nous devons contribuer pour faire évoluer la fiscalité à Kinshasa vers une fiscalité tournée vers le développement. Et pour y parvenir, chacun doit être fier de participer à cet élan en payant impôts et redevances », plaide Gérard Kaja Kambowa. « À quoi bon payer les impôts si on ne sait pas où va l'argent ? » Un message entendu par la diaspora, mais qui se heurte à une défiance persistante. Jean Mulumba Butshie Mutuakashala, président de la plateforme COACOF (associations congolaises de France), reconnaît l'ampleur du problème. « C'est un réflexe naturel. Les gens se demandent pourquoi payer alors qu'on ne sait pas où va l'argent. Entre les affaires, la gabegie, cela alimente la méfiance. Ce sont des pratiques installées depuis longtemps », explique-t-il. Impôt foncier, taxes sur les revenus locatifs ou encore sur les véhicules : autant de prélèvements encore largement contournés, y compris par des propriétaires vivant à l'étranger. Pour simplifier les démarches, les autorités mettent en avant la plateforme numérique IRMS-DGRK. Elle permet de déclarer et payer ses impôts à distance, depuis n'importe quel pays. Selon Gérard Kaja Kambowa, le système est conçu pour lever les obstacles administratifs : « Chaque contribuable peut accéder à son compte fiscal, centraliser ses obligations et payer en toute sécurité. Il n'y a plus de tracasseries et plus d'excuses quand il faut contribuer au développement de notre nation » Au-delà de la modernisation administrative, l'enjeu est crucial : financer le programme « Kin Ezo Bonga », lancé l'an dernier. Ce vaste plan de transformation de la capitale, étalé sur cinq ans, représente plus de 10 milliards de dollars d'investissements. À lire aussiRDC: l'Union sacrée de la nation ouvre le débat sur la révision de la Constitution

En 2020, la Société financière internationale – la branche secteur privé de la Banque mondiale – et Google ont estimé que l'économie numérique africaine pourrait atteindre 712 milliards de dollars, soit 8,5 % du PIB d'ici à 2050. La zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) doit permettre de favoriser ces échanges et de les sécuriser. Avec un protocole signé en 2024, l'organisation panafricaine travaille actuellement à l'accélération de sa mise en œuvre. Dans le domaine de l'économie numérique, le continent africain dispose déjà de ses champions. « Un certain nombre de pays ont déjà harmonisé leurs réglementations. Par exemple, l'Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria, l'Égypte et le Ghana », met en avant Talkmore Chidede, expert du commerce numérique au secrétariat de la Zlecaf. En mission à Bruxelles dans le cadre d'une mission technique conjointe, il concède cependant que les défis ne manquent pas. « En Afrique, nous sommes face à une situation unique. Nous travaillons avec 55 États membres qui ont différents niveaux de développement, de langues, de systèmes juridiques. Et nous avons réussi à les rassembler. Et maintenant, en termes de défis, ce à quoi nous sommes confrontés, nous avons toutes ces disparités en termes d'infrastructures, en termes d'harmonisation réglementaire », détaille-t-il. En déplacement en Belgique, il souligne qu'il a fallu deux décennies à l'Union européenne pour s'acquitter de ces tâches « Mais en Afrique, nous ne comptons pas prendre 25 ans », assure Talkmore Chidede. Nshuti Mbabazi est la directrice de « Better than cash alliance » – une organisation hébergée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Elle promeut la transition vers l'économie numérique. Pour elle, la Zlecaf peut s'inspirer de l'Union européenne dans des secteurs très précis : « Il y a de grands domaines de collaboration, comme la cybersécurité, la gestion de la fraude, les paiements numériques, l'identification numérique, de sorte que nous puissions réaliser en Afrique les mêmes choses. En Belgique, par exemple, vous pouvez acheter un soda au distributeur que vous payez avec votre compte qui est en France. C'est ce que nous pouvons réaliser en Afrique. » Un travail avec la Commission européenne qui vise à échanger dans des domaines techniques tels que la gouvernance numérique, l'interopérabilité ou encore les flux de données transfrontaliers. Les objectifs sont eux très pratiques. « Il s'agit simplement de faire en sorte que lorsque je quitte le Malawi par exemple pour aller au Ghana, je puisse utiliser mon compte du Malawi pour payer au Ghana sans avoir besoin d'y ouvrir un nouveau compte », explique l'experte. Reste également des défis très concrets qui vont du manque d'infrastructures tel que les centres de données par exemple au prix des datas encore très élevé dans certains pays. À lire aussiZlecaf: où en est le pari de l'intégration économique africaine ?

Pour la première fois, le secteur bancaire a franchi un seuil historique de revenus en Afrique : 100 milliards de dollars. C'est le cabinet de conseil McKinsey qui le révèle dans une étude. Au-delà de ce chiffre et de cette bonne performance, se cachent en réalité des disparités et des déséquilibres sur le continent. Avec 107 milliards de dollars l'an dernier, jamais le secteur bancaire n'avait généré autant de revenus sur le continent, d'après le cabinet McKinsey. Il affiche même l'un des niveaux de rentabilité parmi les plus élevés au monde, avec un retour sur fonds propres de 19 % en 2024, contre environ 10 % à l'échelle mondiale. « C'est une combinaison de marges d'intérêt qui sont assez confortables, explique Xavier Jopart, conseiller exécutif chez McKinsey, mais aussi d'un développement de sources de revenus qui viennent beaucoup plus d'activités de paiement, d'activités plutôt transactionnelles ou de services. Et puis, on a un effet de réduction de la base de coûts parce que le secteur grandit et donc capture des économies d'échelle. » « Il est incontestable que le nombre d'acteurs africains a profondément augmenté, estime Benoît Chervalier, ancien haut fonctionnaire à la Banque africaine de développement et directeur exécutif de la chaire Afrique de l'Essec. On parle souvent de la cession d'un certain nombre de filiales de banques internationales. Elles ont toutes été rachetées par des opérateurs africains. » À lire aussiEn Afrique, le secteur financier entre dans l'ère de la rentabilité, de l'IA et de la cybersécurité 5 pays concentrent 70 % des revenus Le secteur bancaire reste pour l'heure très déséquilibré sur le continent. L'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Égypte, le Maroc et le Kenya concentrent à eux seuls près de 70 % des revenus. Pour Xavier Jopart, « cela s'explique par la taille de l'économie dans ces pays, mais aussi par la taille de la population et la maturité du secteur bancaire sur place ». En plus de ce déséquilibre géographique, le marché bancaire africain présente aussi un certain nombre de fragilités. « Il est soumis aux aléas macroéconomiques, à la volatilité des prix des matières premières et à l'inflation, souligne Xavier Jopart. Pour un nombre croissant de pays, l'augmentation de la dette publique pose aussi des limites quant à la possibilité pour l'État d'emprunter, d'initier des développements en infrastructures importants ». D'autant que malgré ces bons résultats, le marché africain reste modeste : il génère par exemple 10 fois moins de revenus que le secteur européen. À lire aussiSidi Ould Tah: la BAD veut «d'aller au-delà de l'aide publique au développement, vers l'investissement»

Après des décennies marquées par des crises politiques et sécuritaires ayant freiné l'essor économique de son pays, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, affiche une ambition claire : faire de l'agriculture le pilier stratégique du développement national. L'objectif est de stimuler la création de richesses, générer des emplois durables, accroître les recettes d'exportation et garantir la sécurité alimentaire. Dans un pays où la majorité de la population vit essentiellement de l'agriculture, la modernisation du secteur apparaît désormais comme une priorité incontournable. Avec notre correspondant à Bangui, Au cœur de ces champs de maïs, d'arachides et de manioc, la saison des récoltes marque, en Centrafrique, l'aboutissement de longs mois de patience et d'efforts, où le travail accompli prend enfin tout son sens. Pour Gustave, propriétaire de la plantation, cette période représente non seulement un moment pour tirer profit de son travail, mais aussi une occasion d'envisager des améliorations concrètes afin d'optimiser les conditions de travail : « Cela fait 20 ans que je suis dans l'agriculture, mais rien ne change vraiment pour nous. Nous avons des terres en abondance, mais nous n'avons pas la capacité d'augmenter les superficies cultivées. Il nous manque des crédits agricoles et du matériel, pour mieux faire. » Sous la surface du sol, l'arachide dissimule sa richesse. Pour la récolter, il faut extraire la plante, la débarrasser de la terre qui l'enveloppe. Ici, les familles travaillent collectivement, avec des méthodes simples et traditionnelles. « Nous vendons nos produits à l'état brut après la récolte. Il n'existe pas de stratégie efficace de transformation locale. Trop souvent, nous les vendons à bas prix, puis ils nous reviennent transformés à un coût plus élevé. Le travail est pénible, car nous travaillons manuellement », regrette Élodie, qui est cultivatrice. « Notre priorité est d'investir dans la mécanisation, l'irrigation et l'accès à des intrants de bonne qualité » Confronté à de multiples défis, le gouvernement affiche de grandes ambitions. Lors de sa première prise de parole après sa réélection pour un nouveau mandat de sept ans, le président Faustin-Archange Touadéra a réaffirmé sa volonté de faire de l'agriculture le pilier stratégique de l'économie nationale : « Notre priorité est d'investir dans la mécanisation, l'irrigation et l'accès à des intrants de bonne qualité. Il s'agit de promouvoir une agriculture moderne afin d'augmenter les rendements. De nombreux agriculteurs ont des projets viables, mais manquent de moyens financiers. Nous allons les former aux bonnes pratiques agricoles et créer un fonds national de crédit agricole. Les banques locales nous aideront à renforcer ce dispositif. » Pour des économistes tels que Lorenzo Ganazoui, une seule solution s'impose : relancer de vastes activités agricoles dans les zones contrôlées par l'État. « Il fut un temps où la croissance du produit intérieur brut était à 55% portée par l'agriculture. Et aujourd'hui, quand vous posez la question aux décideurs, ils disent que c'est l'insécurité répétitive qui fait en sorte qu'il y a eu délaissement de ce secteur », détaille cet expert. Il s'interroge sur la lenteur des investissements malgré l'amélioration sécuritaire dans certaines régions du pays : « Pourquoi est-ce qu'on n'a pas pris le temps de commencer à intensifier l'agriculture dans ces zones-là, en attendant de pacifier les autres zones ? Attendre à ce qu'on puisse pacifier tout le territoire avant de penser à porter l'économie agricole, c'est attendre une éternité qui n'existerait jamais. » Aujourd'hui, la sécurisation des zones agricoles demeure un enjeu majeur. De nombreux villages continuent d'être la cible d'attaques des coupeurs de route. Ces incursions répétées entravent momentanément les activités agricoles des populations du nord-ouest et du sud-est. À lire aussiCentrafrique : les défis du président Faustin-Archange Touadéra, investi pour un nouveau mandat

En Éthiopie, le business du khat, cette plante aux effets proches des amphétamines, est devenu au fil des années un eldorado économique pour la population de l'est du pays. De plus en plus d'agriculteurs de la région délaissent même la culture historique du café pour celle du khat, jugée plus rentable. Reportage au marché de khat d'Aweday, l'un des plus grands au monde. Ce dimanche matin, le marché au khat d'Aweday est en pleine effervescence. Les clients se bousculent sur l'allée principale et se frayent un chemin au milieu des camions venus chercher la marchandise. Dans cette région de l'est de l'Éthiopie, le business du khat est florissant et fait vivre des milliers de producteurs, dont une majorité de femmes, comme Halima. Foulard rouge sur la tête, elle trie les fines branches à même le sol : « Tous les jours, je viens au marché vendre ma marchandise. Je fais ça depuis 20 ans. Ce n'est pas un métier stable. Un jour ça va, le lendemain, ça peut être compliqué, en fonction des cultures, explique-t-elle. On n'a pas d'autre opportunité, c'est le seul travail qu'on peut faire ici. Tout ce que je gagne pour ma famille vient du khat, c'est ma seule ressource financière. » La production du khat génère beaucoup d'emplois dans cette zone où les opportunités économiques sont minces. Après cinq ans d'études à l'université de Jijiga, en région Somali, Hamsa est devenu revendeur de khat : « Quand j'ai obtenu mon diplôme, à l'époque, je n'ai vu aucune opportunité offerte par le gouvernement. Alors, j'ai commencé à travailler dans ce secteur. Mon travail quotidien consiste à acheter le khat, puis à l'envoyer en région Somali. C'est très difficile, car nous travaillons, tous les jours, jour et nuit. » La culture historique du pays, le café, remplacée par celle du khat Ces dernières années, le business du khat, porté par plus de deux millions de producteurs, a explosé en Éthiopie. Dans certaines zones, jusqu'à 64% des agriculteurs ont même remplacé la culture, historique, du café par le khat, bien plus rentable. Seneshaw Tamru, économiste au sein de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, analyse : « Le café n'est récolté qu'une fois par an et son rendement varie d'une année à l'autre en raison notamment de facteurs physiologiques. Le café est également l'une des cultures les plus sensibles au climat, il est donc aussi vulnérable aux maladies et aux ravageurs. Contrairement au café, le khat peut être récolté trois ou quatre fois par an. Il est considéré comme une excellente culture de rente. » À long terme en revanche, la production de khat s'avère moins avantageuse. « La plupart des agriculteurs sont impatients et ils veulent donc des bénéfices immédiats et à court terme, nuance-t-il. Pour cela, le khat est tout à fait approprié. Mais certaines études montrent qu'à long terme, même pour les agriculteurs, le café est plus rentable que le khat, notamment en termes de revenus par hectare. » Au marché d'Aweday, un kilo de khat est vendu entre 1 000 et 15 000 birrs le kilo, soit entre 5 et 80 euros. À lire aussi«Du jamais vu!»: les coffee shops d'Addis-Abeba face à l'explosion des prix du café

En Tunisie, la centrale syndicale de l'UGTT (Union générale tunisienne du travail) est appelée à se repositionner politiquement après le renouvellement de sa direction lors d'un congrès électif anticipé fin mars. Une première grève sectorielle dans l'enseignement secondaire, le 7 avril, a donné le ton. Assiste-t-on au retour de cette organisation historique au premier plan ? « Une grève en présentiel » : les enseignants se sont tout de même retrouvés dans les écoles, l'habituel rassemblement des enseignants devant le ministère de l'Éducation n'a pas eu lieu. Mohamed Essaifi est le secrétaire général de la fédération de l'enseignement secondaire, basé dans la ville de Sfax, à l'est de la Tunisie. Il explique ce changement de stratégie après une année de tensions : « Malgré la campagne de diffamation dont nous sommes souvent victimes, la participation à la grève a atteint entre 60 et 70%, ce qui reste significatif dans un contexte où le gouvernement déduit maintenant les jours de grève des salaires, comme on l'a vu en février dernier lors des mouvements de grève précédents. D'où la décision de rester désormais présent dans les établissements pendant la grève. » Parmi les raisons de la grève, des augmentations salariales promises depuis des accords de 2019 et 2023 de 100 dinars par enseignant soit 30 euros, toujours pas appliquées, ainsi qu'une absence totale de dialogue avec le ministère de tutelle : « Nous avons énormément d'autres problèmes, la violence à l'école, le décrochage scolaire, la surcharge de travail, mais il n'y pas de dialogue social depuis des mois, et donc pas de communication entre le ministère de l'Éducation et le syndicat enseignant. Ce qui témoigne aussi d'un problème plus large à l'échelle nationale, où nous sommes totalement exclus de toutes les réformes. » Le 23 mars 2026, à une semaine du congrès de la Centrale syndicale, le président Kaïs Saïed a réuni ses ministres pour parler des augmentations salariales dans plusieurs secteurs, sans l'UGTT. Aujourd'hui, deux semaines après le congrès électif de la Centrale, et malgré ses appels à la reprise d'un dialogue, les demandes sont restées lettre morte selon le chercheur en sciences politiques Mohamed Dhia Hammami : « Jusqu'à maintenant, il n'y a pas eu d'indicateur d'apaisement entre l'UGTT et la présidence. L'objectif de Kaïs Saïed est d'isoler politiquement l'UGTT, et donc d'affaiblir son levier qui est essentiellement basé sur la représentation de la place des travailleurs. » L'UGTT devait profiter du congrès pour se renforcer après une crise en interne de plusieurs années, mais un repositionnement en force sur la scène politique reste encore incertain. À lire aussiTunisie: Slaheddine Selmi prend la tête de l'UGTT avec la promesse de relancer le dialogue social

Avec des prix de l'électricité parmi les plus bas d'Afrique de l'Est, le marché des véhicules électriques décolle en Tanzanie. Une opportunité saisie par l'entreprise JTP, parmi les premières à proposer des modèles utilitaires 100 % électriques, avec l'ambition de verdir les transports tout en réduisant les coûts. Un tour de clé, quelques bips à peine audibles : le camion de deux tonnes est en marche. Le modèle Sasa EV, entièrement électrique, se distingue par son silence. Mais au-delà de l'argument écologique, c'est surtout son coût d'exploitation qui séduit. « Comparé à un camion traditionnel, avec la crise du pétrole et les prix actuels, on économise jusqu'à 90 % du coût par kilomètre », affirme Amar Shangavi, directeur et fondateur de JTP. Une recharge complète coûte environ 4 euros pour une autonomie de 250 kilomètres. À titre de comparaison, avec un litre d'essence à 1,25 euro à Dar es Salaam, parcourir la même distance reviendrait à plus de 28 euros pour un véhicule thermique. JTP propose une gamme variée, de la voiture compacte au van en passant par les SUV, tous importés de Chine. « Le marché chinois est aujourd'hui saturé. Les constructeurs cherchent donc à exporter, et l'Afrique est bien placée pour bénéficier de ces prix compétitifs », explique Amar Shangavi. Des infrastructures encore limitées Des prix attractifs, mais également une expertise désormais reconnue dans l'électrique : des arguments qui ont convaincu Matthew Haden, fondateur de l'entreprise de recyclage The Recycler, parmi les premiers clients de JTP. Mais des interrogations subsistent : « La Tanzanie n'est pas la Chine. Nous avons des pluies intenses, des routes abîmées… Il faut voir comment les véhicules tiennent ici, et surtout comment accéder aux pièces détachées et assurer les réparations rapidement. » Autre obstacle majeur : le réseau de recharge, encore embryonnaire. Le pays ne compte qu'une quinzaine de bornes, principalement dans les grandes villes, et les coupures de courant restent fréquentes. « Nous développons actuellement des stations de recharge à Dar es Salaam. L'objectif est de permettre des recharges rapides, même en cas de coupure nocturne », assure Amar Shangavi. Le gouvernement tanzanien vise 500 bornes d'ici 2030. Avec plus de 60 % de son électricité issue de sources renouvelables, la Tanzanie dispose d'un atout majeur pour accompagner cette transition. À lire aussiPrix des carburants: la guerre au Moyen-Orient souligne la vulnérabilité de la RDC

Le Maroc importe directement 88 % de ses besoins en hydrocarbures, pétrole ou gaz, pour une facture qui se situe entre 10 et 13 milliards de dollars. Déjà impacté par la montée des prix des carburants de 25 % à 35 %, Rabat craint une nouvelle poussée inflationniste qui pourrait peser fortement sur le porte-monnaie des ménages. De notre correspondant à Casablanca, Le 1er avril, les prix à la pompe ont augmenté pour la deuxième fois en deux semaines au Maroc. Au total, le gasoil a bondi de près de 35 % et l'essence de 25 %. Une situation difficile à gérer pour Yehia. Ce chauffeur de taxi de 68 ans se rend à la station-service tous les jours. Il témoigne : « Chaque jour 15 litres, le prix s'élèvera à 15 dirhams. Ça va mal aller si ça augmente encore, parce que tous les citoyens vont laisser leur voiture. Ils vont circuler en transports [en commun] car ils n'ont pas les moyens de consommer. » Mais Yehia se rassure, l'État a promis une aide directe pour les chauffeurs de taxi dans les semaines à venir. En revanche, pour ce ressortissant ivoirien, à la tête d'une petite entreprise de livraison en scooter, l'augmentation des prix du carburant affecte directement ses marges. « On est obligé de laisser les mêmes prix de livraison parce que les clients sont déjà habitués. Quand tu veux augmenter, ils disent que tu es trop cher, qu'ils vont aller voir ailleurs », confie-t-il. À lire aussiPrix des carburants: la guerre au Moyen-Orient souligne la vulnérabilité de la RDC Un risque inflationniste Si la guerre se poursuit et que le prix des hydrocarbures reste élevé ou, pire, continue d'augmenter, le Maroc pourrait connaître une poussée inflationniste, selon Mohammed Jadri. « Bien évidemment, on va rentrer dans une vague inflationniste. Il ne faut pas oublier qu'en 2022, on a fait l'année avec un taux d'inflation de 6,6 %. Et en 2023 aussi, on a clôturé l'année avec un taux d'inflation de 6,1 %, explique l'économiste marocain. Donc, une nouvelle vague inflationniste n'est pas loin de l'économie marocaine. Surtout que l'impact des produits pétroliers ici, au Maroc, c'est un impact direct sur le coût de production, sur le coût du fret, des transports et de la logistique. Et puis à la fin, c'est le simple citoyen qui va payer les pots cassés. » Selon Mohammed Jadri, cette crise énergétique pourrait en revanche bénéficier à moyen terme au pays : les pays européens importateurs de pétrole choisiraient les ports de Tanger ou de Nador pour constituer leurs réserves stratégiques. En attendant ces hypothétiques investissements, il y a quelques jours, la ministre de l'Énergie, Leïla Benali, a tenu à rassurer en indiquant que le royaume avait constitué des stocks de 47 jours de gasoil et de 52 jours d'essence. Ce qui est insuffisant, cependant, pour réguler les prix. À lire aussiGaza face aux conséquences de l'explosion des prix et de la pénurie de carburant