Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Economie, votre rendez-vous de l'Economie africaine sur RFI. *** La chronique Afrique Economie diffusée le dimanche est remplacée pa…

L'onde de choc de la guerre au Moyen-Orient continue de se propager à travers la planète. Partout autour du globe, les économies s'adaptent à la hausse des prix des matières premières. Le secteur de l'aviation fait face à l'augmentation des prix du kérosène, le carburant pour avions. En Afrique, les compagnies aériennes sont particulièrement vulnérables à cette hausse des prix. Résultat : l'addition pourrait être salée pour les voyageurs. En temps normal, 70 % du kérosène importé en Afrique transite par le détroit d'Ormuz selon l'agence S&P. Depuis son blocage, les négociants peinent à s'approvisionner. « Les raffineries saoudiennes ont joué un très grand rôle dans l'approvisionnement, surtout en Afrique australe », explique Verner Ayukegba, vice-président de la Chambre africaine de l'énergie. « On parle là du Kenya, de la Tanzanie ou de l'Ouganda, par exemple. Je discutais avec un collègue au Kenya qui me disait que les prix étaient à la hausse sur place. » L'Afrique australe n'est pas la seule région touchée, les zones enclavées, comme le Sahel, risquent également de voir les prix augmenter, en raison du manque d'infrastructures. « Il n'y a pas de stockage à long terme », souligne Verner Ayukegba. « Et sans stockage, vous êtes très vite affectés par une hausse des prix. La plupart des pays ont entre un et trois mois de réserves stratégiques. Si la situation dure encore quelques semaines, il y aura des pénuries. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: au Nigeria et en Sierra Leone, la hausse du pétrole fait déjà grimper les prix à la pompe Vers une augmentation des prix des billets d'avion ? L'Afrique est donc plus exposée que d'autres régions du monde à la hausse des prix du kérosène. Les compagnies aériennes du continent sont aussi plus touchées, car le carburant représente une grande partie de leur coût d'exploitation. « Entre 40 et 50 % », explique Abderahmane Berthé, secrétaire général de l'African Airlines Association. « Alors que pour les compagnies européennes et américaines, ce taux se situe plutôt autour de 25-30 %. » Un coût d'exploitation plus élevé, mais aussi des finances fragiles, qui vont conduire à une « augmentation du prix des billets d'avion » selon Abderahmane Berthé. « Toute augmentation peut aussi avoir un impact sur le trafic, car par ricochet, les compagnies vont réduire des fréquences, voire supprimer certaines routes, ce qui va accentuer le problème de connectivité que l'on connaît déjà en Afrique. » À ce stade, il est difficile de prédire à quel point les billets d'avion vont augmenter. Les liaisons aériennes à faible trafic, celles où les compagnies ont le moins de marge, risquent d'être les plus touchées. À lire aussiComment rendre le transport aérien africain plus efficient?

La ville minière de Kolwezi en RDC importe chaque année plus de 100 000 tonnes de farine de maïs pour une valeur d'environ 30 millions de dollars. Pour tenter de réduire la dépendance, certaines coopératives minières se tournent désormais vers l'agriculture. Une initiative également motivée par l'inquiétude liée à la rareté des zones d'exploitation artisanale et à l'épuisement des gisements. Avec notre correspondante à Lubumbashi, Nous ne sommes pas sur un site minier mais dans un vaste champ à près de 20 km de la ville de Kolwezi. Les plants de maïs couvrent une superficie de 800 hectares. La culture est mécanisée mais des dizaines de travailleurs, parmi eux d'anciens mineurs, entretiennent ce champ. Manacé Kazadi, âgé de 22 ans, est l'un d'entre eux. « J'ai travaillé dans différentes carrières minières, j'ai bien sûr gagné de l'argent, mais je dépensais tout. Là, j'ai pris l'engagement de me reconvertir car un jour les mines vont s'épuiser », explique-t-il. La coopérative minière veut répondre aux besoins alimentaires À quelques mètres, une jeune dame supervise le travail. C'est Sarah Safi, agronome en charge de la production végétale : « Nous avons plusieurs hectares de maïs. On a aussi des choux pommés. On produit des tomates, des oignons. Tout cela peut contribuer à répondre aux besoins de la population de Kolwezi. » Répondre aux besoins alimentaires de la population de Kolwezi, voilà qui a motivé la coopérative minière du Katanga, Comakat, à monter ce projet. Avec les ressources financières provenant de la mine artisanale de Shabara où elle extrait du cuivre et du cobalt, la Comakat a investi près de deux millions de dollars dans ce projet. « Aujourd'hui, avec tout ce que nous avons comme mines, on n'arrive pas à résoudre le problème alimentaire. C'est paradoxal. Nous ne pouvons pas demeurer dépendants. Nous avons estimé qu'à ce jour, les mines peuvent être un secteur pourvoyeur de moyens et d'emplois pour nous permettre de résoudre les problèmes qui sont les nôtres », détaille Jacques Kaumba, l'initiateur. La production devrait couvrir près de 5 % des besoins Produire du maïs est un choix stratégique pour cette coopérative minière. La farine de maïs est l'aliment de base à Kolwezi et la demande locale est énorme. Selon les chercheurs en économie, la ville de Kolwezi consommerait près de 130 000 tonnes de maïs par an, dont plus de 90 % sont importées. Ce qui représente un marché d'environ 40 millions de dollars. Jeremie Kapend est un chercheur en économie basé à Kolwezi. « Cette initiative est à encourager. La production moyenne de maïs est extrêmement faible par rapport aux besoins. Elle couvre seulement 1 % des besoins, ce qui nécessite des importations massives. Normalement, le gouvernement provincial devrait accompagner ces acteurs qui se sont engagés dans l'agriculture parce que sans agriculture, nous ne pouvons rien faire », décrypte-t-il. Cette saison, la Comakat s'attend à une récolte de plus de 6 000 tonnes de maïs. Une production qui pourrait couvrir près de 5 % des besoins de la ville de Kolwezi.

Les jeux de paris en ligne sont de plus en plus prisés sur le continent africain – notamment le pari sportif. Cette tendance est tirée par le développement de la téléphonie mobile, des populations jeunes et de l'usage très important du mobile money. La valeur de ce marché est évaluée à 1,85 milliard de dollars en 2024, selon une étude du cabinet de conseil dans le secteur des jeux d'argent SCCG. Elle pourrait atteindre 2,36 milliards de dollars d'ici 2028. De nombreux États sujets à des problématiques budgétaires y voient une manne financière et tentent donc de réglementer et mieux taxer ce secteur. « Nous assistons actuellement à une certaine fièvre fiscale. De nombreux pays africains sont agressifs dans leur recherche de revenus pour combler les déficits budgétaires », constate Stephen Crystal, à la tête de SCCG Management, cabinet de conseil qui revendique avoir piloté plus de 3 milliards de dollars de projets dans le domaine des jeux d'argent. Il donne quelques exemples : « À partir du 1ᵉʳ janvier 2026, le Zimbabwe a officiellement augmenté sa taxe d'exploitation sur le revenu brut des jeux de 3% à 20%, tandis que la Gambie a mis en place une taxe stupéfiante de 50% sur les gains, la plus élevée du continent. » Le Gabon a également lancé une réforme du secteur. « La réforme qui a été prise sur les paris sportifs, c'est d'avoir un positionnement plus structurant où nous avons plus de contrôle sur ce qui effectivement transite par ces plateformes-là pour une juste fiscalité », explique Mark-Alexandre Doumba, le ministre de l'Économie numérique. À écouter dans Éco d'ici, éco d'ailleursMark-Alexandre Doumba, ministre gabonais de l'Économie numérique, grand invité de l'économie RFI / JA « Taxer sur une base exhaustive et juste » Pour un meilleur contrôle des États sur ce secteur en ligne, des opérateurs privés proposent des solutions. C'est le cas d'Afitech, déjà présent au Mali, au Sénégal et en Côte d'Ivoire. L'entreprise propose une plateforme qui sert d'intermédiaire entre les autorités et les opérateurs en ligne. « On est vraiment sur des ordres de grandeur de doublement, triplement des commissions et des taxes. Cela s'explique non pas par des actions marketing menées autour de la plateforme [mais par] l'exhaustivité que nous assurons. Nous pouvons permettre aux États de taxer sur une base exhaustive et juste, et permettre également d'appliquer les taux de commissions sur des bases également justes et exhaustives », promeut Abdoulaziz Ndao, le directeur technique d'Afitech. Attention cependant à ne pas asphyxier la poule aux œufs d'or, prévient Stephen Crystal : « Le principal défi ne réside pas seulement dans le taux d'imposition, mais aussi dans la fragmentation réglementaire et les pièges de la double imposition. Une fiscalité élevée, associée à un cadre réglementaire non simplifié, entraîne une fuite vers la clandestinité. Il en résulte un manque à gagner pour l'État et les joueurs se retrouvent privés de toute protection des consommateurs. » Une formalisation d'un secteur qui n'est par ailleurs pas du goût de tous les acteurs. Plusieurs acteurs témoignent des pressions subies. À lire aussiEn marge de la guerre au Moyen-Orient, la dérive des paris en ligne

La Société financière internationale (SFI), filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé dans les pays en développement, a ouvert le 4 mars 2026 son tout premier bureau au Gabon. Auparavant, les dossiers gabonais étaient pilotés depuis le Cameroun. L'augmentation du portefeuille client au Gabon a amené la SFI à se rapprocher du marché en ouvrant sur place son bureau. Une bonne nouvelle pour le Gabon et surtout pour les opérateurs économiques du secteur privé, dont certains peinent à trouver les financements adéquats pour leur développement. Avec notre correspondant à Libreville, Parmi les invités à la cérémonie du 4 mars, il y avait notamment Mohamed Reslan, patron de la CDG, une fonderie d'acier spécialisée dans la fabrication des fers à béton. L'entreprise a rapidement entamé des discussions avec la SFI pour financer un nouveau projet industriel visant le marché international : « On est en train de voir avec eux pour qu'ils puissent intervenir dans le financement d'un projet qui va faire 90% d'export de produit local. C'est un projet d'exportation pour 40-50 millions de dollars par an. » Également présent à la cérémonie, Loys Olympio, homme d'affaires dans le secteur de la santé. Il estime que l'arrivée de la SFI est une réelle opportunité. « On dit très souvent qu'il est difficile de trouver des financements au Gabon. Donc là, on a l'opportunité d'avoir d'autres types de financements, d'autres types d'accompagnements pour nous, les entrepreneurs. Ça nous rassure de voir qu'ils ont choisi de s'implanter au Gabon de manière durable », souligne l'entrepreneur. Libreville fait face à une sévère pénurie d'eau. L'État a confié au groupe français Euranove le pilotage d'un projet de construction d'une nouvelle usine d'eau. Armel Messan Sedji, qui travaille sur le projet, confirme des discussions en cours avec la SFI : « Nous avons entamé les discussions avec eux il y a quelques mois. Nous essayons de voir dans quelle mesure le projet que nous portons pour renforcer la capacité de production d'eau peut être accompagné par ce bailleur de fonds. » Énergie, infrastructures, mines... La SFI finance de nombreux secteurs Dahlia Khalifa, directrice de la SFI pour le Nigeria et l'Afrique centrale, qui a effectué le déplacement à Libreville, a rappelé à l'assistance les secteurs clefs financés par l'institution : « L'un des secteurs prioritaires est l'énergie, parce que l'énergie est la clef de toute chose. Il y a aussi en général les infrastructures, y compris le transport et l'industrialisation. Il y a également le secteur minier. Pas uniquement exporter les minerais bruts mais la transformation locale pour plus de plus-value et de création d'emplois au Gabon. » À lire aussiMakhtar Diop (SFI): «Développer des chaînes de valeur régionales en Afrique» Dans les coulisses, des murmures sur les conditions présumées rigides d'accès aux financements de la SFI ont été entendus. Dahlia Khalifa explique que la SFI n'est pas une « une banque classique ». « En tant que banque de développement, nous ne sommes pas focalisés uniquement sur le prêt d'argent. Nous faisons également de l'investissement actif et du renforcement des capacités. Nous soutenons les entreprises afin qu'elles puissent se développer pour l'avenir. Et nous disons que nous sommes des partenaires pour la vie », a-t-elle expliqué. La SFI finance déjà plusieurs projets au Gabon, notamment la construction d'un barrage hydroélectrique et la rénovation du chemin de fer transgabonais. Ces financements se chiffrent à 117 millions de dollars aujourd'hui. La SFI vise les 400 millions de dollars. À lire aussiCongo-Brazzaville: la SFI et Bank of Africa s'associent pour financer l'essor des PME

Quel est le poids de la diaspora dans le développement local en Afrique ? Un Livre blanc de la diaspora vient d'être publié et donne les clés pour faire monter en compétences les villes africaines en matière de mobilisation des diasporas. Au-delà des transferts d'argent et des investissements directs, la diaspora africaine représente un levier économique majeur. Mais le manque de structure empêche souvent la bonne utilisation de ces fonds. La mobilisation de ces investissements peut passer par les villes. Selon le Livre blanc, c'est l'échelon local qui permettrait de structurer et d'orienter l'engagement des diasporas, souvent très ancrées dans leur territoire d'origine. Transport, tourisme, environnement : les diasporas peuvent jouer un rôle moteur en Afrique, selon les résultats de l'enquête menée par la société Diaspora Impact. Son directeur général, Samir Bouzidi, souligne plusieurs exemples concrets : « Il y a quand même quelques belles réalisations, notamment sur le Maroc. Un touriste sur trois est issu de la diaspora, envoyé dans des villes comme Rabat, Marrakech, etc. Sur Cotonou, il y a une diaspora qui se fixe de plus en plus dans le gouvernement. C'est un gouvernement qui est quand même très issu de la diaspora. Il ne s'agit pas d'appuyer sur un bouton et de dire ''venez développer votre ville''. Ça ne marche pas comme ça avec les diasporas. Vous voyez, il y a tout un travail. On ne peut pas tout faire avec une diaspora. Typiquement, on ne peut pas faire financer des infrastructures par une diaspora. » Un impact encore limité ? Principal regret de la diaspora : le manque de structure et d'accompagnement dans leurs envies de développement. Résultat : entre 3 et 10% seulement de ces transferts sont dédiés à de l'investissement productif. Pour l'essayiste Serge Eric Menye, auteur du livre Le mythe de la diaspora africaine, il ne faut pas compter sur les Africains de l'étranger pour construire les pays : « On présente les choses comme étant un phénomène massif. En réalité, non. Il y a très peu de diasporas concernées par l'avenir de l'Afrique. Parmi les diasporas, très peu sont impliquées. Très peu d'argent va vers l'Afrique et par rapport aux besoins, très peu de projets sont mis en place. » « Le record que l'Afrique a connu, c'était en 2023 pour les envois de fonds : 100 milliards (sic). Ça reste pas grand-chose pour 54 pays quand on veut vraiment se développer », poursuit-il. À lire aussiLa diaspora investit: au Cameroun, comment orienter les investisseurs de la diaspora? Des transferts d'argent qui jouent un rôle économique majeur Samir Bouzidi n'a pas la même analyse. Les transferts d'argent vers l'Afrique stagnent mais restent élevés. Selon lui, les diasporas se sont imposées comme des partenaires loyaux : « Factuellement, aujourd'hui, elles représentent une force collective des diasporas en Afrique. C'est entre 2 et 50% du PIB. Vous voyez, c'est le pétrole des pays qui n'ont pas de pétrole. Ça profite à 80 à 90% aux familles. Mais derrière les familles, c'est le commerce indépendant que font les familles. » Le défi reste de transformer ces transferts en investissements productifs, créateurs d'emplois. Comme au Kenya, où une start-up sur deux est financée par des membres de la diaspora. À lire aussiLa diaspora investit: au Burkina Faso, Raïssa et Stéphane explorent la filière du beurre de karité

Enclavée au cœur de l'Afrique, la République centrafricaine fait face à un défi majeur : son isolement géographique. Sans accès direct à la mer et confronté à la dégradation avancée de ses infrastructures routières, le pays voit son développement économique fortement ralenti. Une situation qui affecte également la compétitivité des entreprises locales, qui peinent à exporter leurs produits vers les marchés sous-régionaux et internationaux. Avec notre correspondant à Bangui, Rolf Steve Domia-Leu Dans la cabine avant du camion, Jean-Jacques échange avec le chauffeur sur un ton amical. Ce commerçant grossiste revient de Yaoundé, au Cameroun, chargé de marchandises. Depuis quatre jours, ils progressent au rythme de la route qui se dégrade et du poids de leur cargaison. « Depuis des décennies, explique le commerçant, l'enclavement de notre pays nous oblige à dépendre des infrastructures et des ports des pays voisins pour importer et exporter. Ce n'est pas profitable pour nous, car il y a toujours des frais de transit supplémentaires. Ce qui fait également en sorte que les délais d'importation sont souvent longs. Cela entraîne parfois des ruptures de stock. » Ces tracasseries font qu'aujourd'hui, une fois arrivés en Centrafrique, les produits sont plus chers que dans d'autres pays. De nombreux opérateurs économiques, comme Oumarou, sont ainsi en difficulté : « Lorsque j'exporte mes produits, notamment l'huile de palme ou le beurre de karité, ils sont moins compétitifs à cause des coûts logistiques élevés. Nous sommes obligés d'augmenter le prix. Mais une fois sur le marché sous-régional, nos produits sont moins compétitifs. » Investir dans les infrastructures Sur les marchés, les effets de cet enclavement sont palpables. Et dans le panier de Magalie, mère de famille, ils se voient, semaine après semaine. « L'année dernière, souffle-t-elle, j'ai passé mes vacances chez ma sœur au Cameroun. Si je fais une étude comparative des prix du sucre, du sel, du savon, et de tout autre produit manufacturé, chez nous, le prix est bien plus élevé. L'argent est devenu dur à gagner et c'est difficile de joindre les deux bouts. » À lire aussiCentrafrique: une opération «Tonnerre» à Bangui contre les mauvaises pratiques des commerçants Comment sortir de cette situation ? Pour Lorenzo Ganazouï, économiste, cela passe par des investissements dans les infrastructures. « Avec les instabilités que nous avons traversées, il n'y a pas eu de plan de maintenance, ni de construction de nouvelles infrastructures. Sur environ 7 000 kilomètres de route, il n'y a eu de travaux que sur 2% ou 3% du réseau. Il faut construire des infrastructures pour le transport aérien, routier, ferroviaire ou encore maritime. » L'intégration régionale doit favoriser le développement du commerce dans la zone CEMAC, et donc la baisse des prix. Une zone de libre-échange encore « théorique », note cependant la Commission dans son dernier rapport. Elle appelle notamment à harmoniser les systèmes douaniers. À lire aussiLa Centrafrique signe plusieurs accords d'infrastructure en marge du Caucus africain

La Banque d'investissement européenne, bras armé financier de la politique de l'UE, a récemment publié ses résultats annuels. En 2025, elle a investi 3,1 milliards d'euros sur le continent africain, soit un tiers de ses investissements dans le monde. Ils sont stables par rapport à l'année passée dans un contexte de restrictions budgétaires. Un signal que l'Union européenne veut conserver une place stratégique sur le continent. L'énergie figure parmi les secteurs prioritaires pour les investissements de l'Union européenne en Afrique. La Banque d'investissement européenne (BEI) vient de signer un nouvel accord d'un milliard d'euros avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. « Une initiative qui vise à financer des projets en Afrique pour amener 300 millions d'Africains à avoir l'électricité », explique Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI. « C'est une priorité européenne. La présidente de la BEI avait annoncé des investissements de l'ordre de 2 milliards d'euros dans les énergies renouvelables quand elle était en Afrique du Sud à la fin de l'année dernière. Ce sont des problématiques extrêmement importantes en Afrique et des investissements souvent coûteux, mais qui sont nécessaires si on veut contribuer au développement et à la prospérité du continent. » Appui au secteur de l'eau potable en Tunisie et au Maroc, soutien à l'économie bleue en Afrique de l'Ouest ou encore financement de programmes de santé et de développement de vaccins… Autant de projets qui répondent à la « priorité stratégique que l'Europe accorde à l'Afrique », souligne Ambroise Fayolle. « Ce qu'on essaye de développer, ce sont des positionnements de la BEI dans des projets qui correspondent à la fois à des priorités européennes, aux intérêts des entreprises européennes, mais aussi à des problématiques et des priorités qui sont des priorités africaines. » À lire aussiComment la Banque européenne d'investissements investit en Afrique avec la réduction de l'aide publique « Des investissements de meilleure qualité » L'Union européenne cherche également des débouchés sur le continent. La bataille commerciale y est importante avec des acteurs tels que les États-Unis, les Émirats arabes unis ou encore la Chine. Pour Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (IFRI), l'UE a un atout face à ses concurrents : « elle met l'accent sur les critères sociaux et environnementaux dans ses projets. Elle a aussi l'avantage d'être un peu plus prudente dans ses analyses de risques. Car on voit souvent des pays du Golfe ou la Chine lancer des projets sans véritable étude de faisabilité. Cette stratégie peut avoir des inconvénients, puisque les conditions sont difficiles et les projets peuvent prendre plus de temps. Mais ce sont quand même des investissements de meilleure qualité. » À lire aussiAfrique-Émirats arabes unis: un boom des relations commerciales émiriennes sur le continent Une bataille commerciale alors que les puissances cherchent en même temps à sécuriser leurs approvisionnements en matières premières et minerais stratégiques.

Ces dernières semaines, les autorités ont lancé une vaste opération de déguerpissement à Conakry pour libérer les routes et trottoirs occupés par les marchés informels. Si beaucoup d'habitants saluent une circulation plus fluide, la question de l'avenir des vendeurs reste entière. Sans nouveaux espaces pour les accueillir, beaucoup craignent un retour progressif des étals sur les voies. De notre correspondant à Conakry, On peut de nouveau circuler sur les routes autour du marché de Madina, le plus grand de Conakry. Les étals détruits sont encore visibles sur les bords des voies. Le mois dernier, la police est intervenue pour libérer la circulation, renversant les installations qui occupaient trottoirs et chaussées. Mariama, vendeuse de chaussures, en a fait les frais. Elle est encore sous le choc. « C'est là que je travaille, que je gagne un peu d'argent. Les policiers sont venus, ils ont cassé tous les étals. Je suis en colère. Je viens ici pour pouvoir payer la nourriture et la scolarité de mes enfants. Maintenant, je dois faire comment ?, s'indigne-t-elle. « Le gouvernement doit nous aider, poursuit la vendeuse. Il n'y a pas assez de place pour tout le monde dans le marché de Madina, donc on est bien obligé de se mettre sur la route. Je comprends que ça gêne la circulation, mais on n'a pas le choix. On n'a nulle part où aller. Si on part d'ici, on va aller où ? » Une réforme urbaine à construire Cette question, beaucoup se la posent à Conakry. Si de nombreux habitants saluent la libération des routes, qui devrait permettre de fluidifier la circulation dans une ville régulièrement paralysée par les embouteillages, certains doutent de la durabilité de l'opération. Tidiane Barry, économiste, estime que la création de nouveaux marchés aurait peut-être dû précéder les déguerpissements : « Moi, je voudrais attendre peut-être 6 mois pour me prononcer et voir si l'opération a été vraiment réfléchie. On verra ce que l'État fera des artères libérées et les alternatives crédibles qu'il proposera aux vendeurs. Quand nous prenons les villes qui ont réussi cela, car Conakry n'est pas la première, elles ont combiné fermeté et organisation. » L'économiste pointe du doigt que, pour l'instant, c'est la police qui est mise en avant : « Une réforme urbaine ne doit pas se faire que par la police. Surtout que cela touche plusieurs dimensions : l'urbanisation, l'emploi et la gouvernance. Ces trois instruments doivent communiquer pour trouver une solution durable. » À lire aussi[Vos réactions] Déguerpissements : après Abidjan, Brazzaville, Libreville, c'est au tour de Conakry Trouver de nouveaux marchés Le Premier ministre Bah Oury reconnaît lui-même la nécessité de trouver rapidement des solutions pour les vendeurs expulsés. Il a demandé aux autorités municipales de chaque commune de Conakry d'identifier des espaces pour accueillir ces commerçants. « Ceux qui n'ont pas pu relocaliser les déguerpis, qu'on le sache, et qu'on cherche une solution alternative le plus rapidement possible dans la commune, ça c'est l'urgence, assure Bah Oury. Ça ne sert à rien de régler les questions comme des sapeurs-pompiers et de ne pas éteindre définitivement le feu. D'où la nécessité absolue pour les collectivités locales d'indiquer les espaces à aménager pour la construction de véritables marchés dignes de ce nom, parce que c'est ça la solution définitive. Il faut trouver l'espace et, à partir de là, on trouvera les financements pour construire des marchés dignes de ce nom. » La balle est désormais dans le camp des autorités municipales. Leur capacité à créer rapidement de nouveaux marchés dira si cette opération peut transformer durablement l'organisation de la capitale. Sans solution concrète, beaucoup redoutent que les vendeurs ne reviennent progressivement s'installer sur les routes, comme lors des précédentes opérations de déguerpissement. À lire aussiGuinée: à Conakry, les déguerpissements se multiplient et la grogne des délogés se fait entendre

Principale voie de communication et d'échanges entre Brazzaville et Pointe-Noire, la capitale économique sur l'Atlantique, et héritage de la colonisation, le chemin de fer Congo-Océan (CFCO) va être réhabilité par les autorités congolaises. Il avait été inauguré en 1934 et doit être remis à niveau. Un préfinancement, estimé à 595 millions de dollars, d'une entreprise chinoise doit permettre ces travaux. De notre correspondant à Brazzaville, Place de la gare centrale de Brazzaville, une foule bigarrée a bravé une fine pluie pour assister au lancement des travaux de réhabilitation et de modernisation du chemin de fer Congo-Océan. Ils vont durer quatre ans et consister notamment en l'élargissement de l'écartement des rails des 510 kilomètres de voie ferrée, nécessaire pour les nouvelles locomotives. Ministre d'État en charge des grands travaux, Jean-Jacques Bouya indique que l'objectif est de lui rendre sa compétitivité et sa robustesse : « Au titre de la voie ferrée, [il s'agira] du remplacement systématique des anciens rails de la voie principale, du remplacement des traverses en bois par des traverses en béton. Bref, la reconstruction complète de la voie, des ouvrages et du tunnel long. » Jadis qualifié d'épine dorsale de l'économie congolaise, le chemin de fer assurait le transit des marchandises des pays de la région qui n'ont pas d'accès à la mer. Il a aujourd'hui presque perdu ce statut. Il a parfois été pris en otage lors des conflits dans le Pool, région voisine de Brazzaville. Et depuis 2016, le trafic est passé à un train par semaine, contre un train quotidiennement auparavant. À écouter dans Grand reportageLe train transgabonais, la difficile modernisation d'une ligne de vie « Le chemin de fer transporte mieux que la route » Par le chemin de fer, de nombreux produits sont acheminés vers le port de Pointe-Noire, où ils sont exportés. Cheminot, la cinquantaine révolue, Bruno mesure son impact. « Le chemin de fer sert à transporter beaucoup de marchandises : il y a des minerais, du bois, du ciment. Aujourd'hui, il y a la route nationale qui a été construite, c'est vrai. Mais elle ne suffit pas. Le chemin de fer transporte mieux que la route. Sa réhabilitation est une action à louer, très importante. Je pense aussi que c'est une action qui relie les peuples », commente-t-il. Depuis une dizaine d'années, le Congo dispose d'une route asphaltée qui relie Brazzaville et Pointe-Noire, également préfinancée par la Chine. Usager du chemin de fer, Julien Nguebo est enchanté de voir sa réhabilitation qui devrait permettre de lui redonner sa compétitivité : « Ça ravitaillait et ça donnait du poids à l'économie congolaise. Je suis très content qu'on puisse le réhabiliter, afin que nous retrouvions la vitalité du passé », se réjouit-il. Construit entre 1921 et 1934, le chantier a vu des milliers d'Africains, Congolais, Centrafricains, Camerounais et Tchadiens, perdre leur vie durant les travaux. À lire aussiCongo-Brazzaville: construction à Loango d'un musée sur la traite négrière et la mémoire de l'esclavage

En Tunisie, les courses du ramadan se font sous le signe de l'inflation. Le prix des bananes a atteint 20 dinars le kilo, soit près de 6 euros, du jamais-vu. Les prix de la viande rouge sont également en hausse : 60 dinars (18 euros) au lieu de 42 dinars, le prix officiellement fixé par l'État. Les tarifs des fruits et légumes ont aussi augmenté de 17,7% par rapport à 2025. Pour les consommateurs, c'est une gymnastique quotidienne pour savoir quoi acheter et rester dans son budget. De notre correspondante à Tunis, Dans un point de vente direct du producteur au consommateur à Tunis, ouvert spécialement pour le ramadan, le calme règne. Les maraîchers n'ont pas besoin d'alpaguer les clients avec des slogans, ils pratiquent déjà des prix plus bas que dans les autres commerces. Jamila est venue avec son mari dans l'espoir de trouver des produits moins chers : « Honnêtement, tout est cher partout. Mais ici, il semble que ce soit un peu mieux, en tout cas pour la viande. Avant, j'achetais une bonne viande comme de l'agneau si jamais on recevait des invités pendant ramadan. Maintenant, je ne me le permets plus. Je n'achète plus de viande à stocker au congélateur non plus, je fais au jour le jour. » Le prix des fruits et légumes a aussi beaucoup augmenté, comme le signale Mourad, qui occupe pourtant un emploi bien rémunéré. « Ici, le kilo de poivrons est à 3,4 dinars. Pour quelqu'un dans le besoin, c'est beaucoup. Les bananes, c'est un scandale. D'ailleurs, je fais comme tout le monde : quand c'est cher, je n'achète plus. Les fruits sont devenus un luxe, donc je me dis que je peux m'en passer, et puis voilà, tant pis », déclare Mourad. « L'inflation alimentaire a historiquement dépassé l'inflation globale, ce qui renforce la sensation d'appauvrissement » Les prix ont atteint un tel seuil que dans la ville de Sfax, à l'est du pays, des citoyens ont mené une vaste campagne de boycott contre le marché aux poissons de la ville. Une initiative encouragée par l'organisation tunisienne pour informer le consommateur (Otic). « Le boycott est devenu la seule arme du consommateur, et au moins, cela a un effet immédiat. À Sfax, les poissonniers ont dû arrêter leur flambée des prix suite à cette campagne. Donc pour moi, il faut encourager le boycott quand l'augmentation des prix est déraisonnable. C'est une culture que nous devons avoir », estime Lotfi Riahi, le président de l'OTIC. Pour l'économiste Ridha Chkoundali, c'est l'accumulation de plusieurs hausses des prix ces dernières années qui renforce le décalage entre une inflation officielle relativement stable à 5%, et l'inflation alimentaire ressentie comme une hausse en continue. « L'inflation alimentaire a historiquement dépassé l'inflation globale, ce qui renforce la sensation d'appauvrissement, particulièrement dans une période où la consommation alimentaire représente une part plus importante du budget des ménages », décrypte l'analyste. En dehors de l'alimentaire, les produits importés ont particulièrement augmenté, alerte Lotfi Riahi. C'est le cas par exemple des vêtements importés à 80% de Turquie et de Chine pour la fête de l'Aïd.

En Afrique du Sud, l'industrie automobile fait les frais de la volatilité de l'économie mondiale. En janvier, le pays a été dépassé par le Maroc comme premier exportateur automobile du continent. En cause notamment : les droits de douane imposés par Donald Trump. Le secteur fait aussi face, depuis plusieurs années, à la concurrence croissante des véhicules chinois importés, qui pèse sur la production nationale. À Rosslyn, près de Pretoria, l'usine BMW illustre le poids de l'automobile dans l'économie sud-africaine. En 2025, environ 80 000 véhicules y ont été produits. Dans l'atelier de ferrage, les robots soudent en continu les structures métalliques des voitures. L'usine fonctionne quasiment sans interruption et produit en moyenne 344 véhicules finis par jour. Après l'assemblage de la structure, viennent la peinture puis le montage final. Implanté depuis 1973, le site emploie près de 3 000 salariés et fait vivre des milliers d'emplois indirects dans la région. Pour Danny Bester, directeur de l'usine, l'automobile reste un pilier industriel du pays : « L'industrie automobile représente environ 17% de la production manufacturière en Afrique du Sud. C'est vraiment un pilier. Et elle contribue à hauteur de 4,5% au PIB annuel. » Concurrence accrue des importations Sept constructeurs sont aujourd'hui implantés en Afrique du Sud, parmi lesquels Ford, Toyota ou Volkswagen. Autour d'eux gravite un vaste réseau de fournisseurs de pièces et de composants. Mais la production locale stagne depuis plusieurs années. Les industriels estiment que le secteur doit être davantage soutenu par les pouvoirs publics. « Le pays a toujours encouragé la production automobile par différents moyens. En ce moment, ce n'est peut-être pas aussi satisfaisant qu'il le faudrait. C'est un sujet sur lequel nous sommes en discussion avec le gouvernement », poursuit Danny Bester. La pression vient aussi de l'extérieur. Les professionnels dénoncent l'augmentation des importations de véhicules, notamment chinois, qui pèse sur les fabricants locaux. Renai Moothilal, directeur général de la NAACAM, l'association des fabricants de composants automobiles, observe une détérioration rapide de la situation industrielle : « Nous avons vu la fermeture d'un nombre important d'usines fabriquant des composants, au moins 13 ces deux dernières années, avec plus de 4 500 emplois perdus. De plus en plus de voitures vendues en Afrique du Sud sont des produits d'importation. » L'impact des droits de douane américains Alors que l'automobile représente plus de 12% des exportations nationales, le secteur a aussi été frappé par les droits de douane imposés par Donald Trump en 2025. Les taxes américaines sont passées de 0% à 25%, voire 30% sur certains produits. Le renouvellement en février de l'AGOA, l'accord commercial préférentiel entre les États-Unis et plusieurs pays africains, et l'invalidation de certains droits de douane par la Cour suprême américaine ont redonné un peu d'espoir. Mais l'incertitude reste forte. « Cela fait déjà un an que nous faisons face aux droits de douane, explique Renai Moothilal, les entreprises ont commencé à explorer d'autres marchés d'exportation. Mais le marché américain reste suffisamment important pour que nous ne l'écartions pas. » Les nouveaux droits de douane américains, désormais autour de 10%, constituent une amélioration pour l'Afrique du Sud. Mais pour les industriels, cela ne suffit pas encore à garantir la stabilité dont le secteur a besoin pour investir et relancer la production.

La République démocratique du Congo lance l'un des plus grands projets urbains de son histoire : l'extension de Kinshasa, avec la construction d'une nouvelle ville, Kinshasa Kia Mona, à 60 kilomètres du centre actuel. Estimé à 46 milliards d'euros, le chantier a débuté en décembre 2025 avec une première phase portée par un consortium chinois. Mais les autorités congolaises cherchent désormais à attirer d'autres investisseurs, notamment en Europe. Rui Mendez Da Silva est impressionné par l'ampleur du projet Kia Mona. L'entrepreneur béninois est le cofondateur de Khemet Automotive, une entreprise qui fabrique des véhicules électriques sur le sol africain. Son ambition : se développer sur le marché d'Afrique centrale. L'extension de Kinshasa représente, pour lui, une véritable opportunité. « Ce projet crée une dynamique. Il vise à attirer des industriels et des investisseurs, explique-t-il. Dans ce cadre, des facilités sont mises en place, avec des mécanismes qui n'existent pas forcément ailleurs. Pour nous, cela facilite les choses. Par exemple, il y a des incitations fiscales qui sont vitales : elles nous permettent de réduire les coûts, notamment pour l'importation des pièces que nous allons assembler. » Une première phase dominée par les entreprises chinoises La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d'entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville. Mais seuls 15 à 20% des espaces seront ouverts à des investisseurs non chinois. « Cela peut sembler peu, estime Rui Mendez Da Silva, mais c'est aussi à nous de venir présenter nos projets et notre ambition de nous installer. Je pense qu'il faut aussi savoir s'imposer. » Selon les plans sino-congolais, près d'un millier d'usines pourraient s'y implanter en cinq ans. Mais les entreprises chinoises ne seront pas les seules impliquées, assure le ministre de l'Urbanisme et de l'Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente que 75 kilomètres carrés sur les 430 kilomètres carrés qu'il reste à développer. Il y a de la place pour la France, et même, je dirais, de la place pour tout le monde. » La RDC multiplie les partenaires internationaux Le projet repose sur des partenariats public-privé. Pour attirer des investisseurs, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, s'est rendu à plusieurs reprises à Paris ces derniers mois, notamment à l'invitation du Medef. Ces démarches ont déjà débouché sur un accord avec Dassault Systèmes. Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n'est absolument pas uniquement chinois. Il y a aujourd'hui une forte diversification. Comme je l'ai dit, il y a un financement français et d'autres arrivent. Nous avons signé avec Dassault, d'autres partenariats se préparent. Des Américains sont présents, des Sud-Africains travaillent sur une cité résidentielle, et il y a bien sûr des Congolais avec de très beaux projets. Il y a aussi des Canadiens. Nous sommes clairement dans une phase de forte diversification, et c'est l'objectif : ne pas avoir d'orientation géographique particulière », explique Thierry Katembwe. Les premières infrastructures devraient être livrées d'ici la fin de l'année. La République démocratique du Congo se donne huit ans pour désengorger sa capitale, qui compte aujourd'hui près de 17 millions d'habitants.

Ebola a désormais son vaccin, mais pas encore la fièvre de Marburg. Cette fièvre hémorragique virale, de la même famille qu'Ebola, circule principalement en Afrique. Son taux de létalité peut atteindre 88%. Un vaccin est actuellement en développement. Basé sur le même principe que celui contre Ebola, il nécessiterait une seule dose. Au Sénégal, l'Institut Pasteur de Dakar travaille à la mise au point de ce candidat vaccin, dans le cadre d'un transfert de technologie avec un laboratoire américain. Un projet stratégique pour la souveraineté sanitaire du continent. Avec notre correspondante à Dakar, Dans les salles immaculées du centre de recherche vaccinale de l'Institut Pasteur de Dakar, au Sénégal, les chercheurs scrutent de nouvelles cultures cellulaires. Le virus de Marburg pourrait bientôt être combattu par un vaccin finalisé sur le continent africain. Les premiers travaux ont débuté dans un laboratoire public américain, le Public Health Vaccines, avant un transfert de compétences vers Dakar. À la tête du centre de recherche vaccinale, il y a le docteur Marie-Angélique Sène : « On nous envoie un procédé au niveau labo à petite échelle et nos équipes font en sorte de le développer à l'échelle industrielle. On a déjà franchi la plupart des étapes plus compliquées et on s'apprête à relancer les runs de bioréacteurs pour boucler ce développement de processus-là et entamer la préparation des phases 1 d'essais cliniques. » À ce stade, il s'agit encore d'un candidat vaccin. Le transfert officiel de technologie est intervenu en décembre 2025, même si la collaboration entre les deux équipes avait commencé bien plus tôt. « On n'a pas eu de chercheurs qui ont été envoyés là-bas. Ils nous ont envoyé tous les protocoles, les processus. On travaille ensemble, on leur partage les éléments qu'on a développés, on valide ensemble », explique le docteur. À lire aussiVirus de Marburg: ce qu'il faut savoir de cet agent pathogène cousin d'Ebola « Nous ne pouvons pas attendre que les outils soient développés par des laboratoires européens » C'est la première collaboration de ce type pour un vaccin viral à l'Institut Pasteur de Dakar. Mais l'établissement bénéficie d'une expertise reconnue. Il est notamment producteur du vaccin contre la rougeole, contre la rubéole, et il est aussi un centre collaborateur de l'OMS. « L'idée, avec cette plateforme-là, c'est vraiment de pouvoir utiliser une même méthode pour produire les vaccins, et en un temps vraiment court. Ça nous permet, une fois qu'on a maîtrisé cette plateforme-là, de pouvoir switcher avec n'importe quel vaccin d'intérêt du moment », détaille Ndeye Marie Mba, responsable de la plateforme vaccinale basée sur les cellules. À lire aussiTanzanie: l'OMS annonce qu'une épidémie du virus de Marburg a tué huit personnes La fièvre de Marburg concerne aujourd'hui une vingtaine de pays africains, notamment l'Éthiopie, la Tanzanie et la Guinée équatoriale. D'où l'importance de développer des solutions locales, comme le souligne l'administrateur général de l'Institut Pasteur de Dakar, le docteur Ibrahima Fall : « Nous ne pouvons pas attendre que des maladies comme ça soient diagnostiquées par des laboratoires européens, ou que les outils soient développés par des laboratoires européens. Produire localement, c'est important en termes de souveraineté sanitaire. Nous l'avons vu durant la pandémie, quand tout le système d'approvisionnement au niveau mondial était complètement à l'arrêt. En l'absence de production locale, il était difficile d'avoir accès à des vaccins. » À terme, le vaccin serait produit au vaccinopôle de Diamniadio, en banlieue de Dakar. L'Institut Pasteur de Dakar promet un coût abordable. À lire aussiEn Guinée équatoriale, de premiers cas mortels de fièvre hémorragique de Marburg

Les pilotes les plus rapides du monde reviennent ce week-end, avec la reprise de la Formule 1 et le Grand Prix d'Australie ce dimanche 8 mars. Pour la 33ᵉ saison consécutive, les monoplaces de la catégorie reine du sport automobile ne rouleront pas sur le continent africain. Une absence qui s'explique par de nombreux facteurs. 14 mars 1993, sur le circuit de Kyalami, en banlieue de Johannesburg : le Français Alain Prost, au volant de sa Williams, devance le Brésilien Ayrton Senna et s'impose au terme des 72 tours du Grand Prix d'Afrique du Sud. Depuis cette date, la Formule 1 ne s'est plus jamais rendue en Afrique, au grand dam de certains pilotes, à commencer par Lewis Hamilton. Ces dernières années, le septuple champion du monde n'a pas caché son envie d'aller en Afrique, multipliant les prises de parole et pressant même les organes de la Formule 1 d'accélérer les discussions. Ce jeudi 5 mars, il s'est à nouveau exprimé, assurant « ne pas vouloir quitter le sport sans avoir eu un Grand Prix » africain. Dans le paddock, ces dernières années, des rumeurs ont d'ailleurs entrouvert la possibilité d'un retour. Plusieurs projets en Afrique du Sud, au Rwanda ou au Maroc Il y a d'abord eu le candidat naturel : l'Afrique du Sud et son circuit de Kyamali. « Ils parlent d'un retour de la F1 depuis 2017 », glisse Gaël Angleviel, journaliste spécialisé en sports mécaniques. « Le circuit n'est pas du tout à l'abandon, il accueille d'ailleurs d'autres compétitions. Warren Scheckter, le neveu du champion du monde sud-africain Jody Scheckter, s'était d'ailleurs positionné pour essayer de faire revenir la F1 à Kyalami. » Après 6 ans de négociations, en 2023, le projet est tombé à l'eau. « Le promoteur a été un petit peu trop gourmand aux yeux de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) », raconte Gaël Angleviel. Fin 2024, le Rwanda avait lui aussi des velléités d'accueillir la Formule 1. Son président Paul Kagame a même officiellement déposé la candidature de son pays, lorsqu'il a reçu le gala de la FIA et sa traditionnelle remise de prix. « Mais on en est vraiment au stade du balbutiement », explique Gaël Angleviel. « Les autorités ont défini l'emplacement, qui devrait être proche du futur aéroport de Bugesera. Mais on attend encore un promoteur et un projet financier solides. » Autre rumeur, celle d'un Grand Prix du Maroc. Le Royaume a déjà accueilli une épreuve du championnat, à Casablanca, en 1958. Cette fois, c'est à Tanger qu'un projet se dessine, porté par le Français Éric Boullier, un temps à la tête de l'écurie Lotus. Mais, là encore, aucune négociation concrète n'a été entamée. À lire aussiLe Rwanda se porte officiellement candidat à l'organisation d'un Grand Prix de Formule 1 sur son sol « Jusqu'à 700 millions de dollars hors circuit. » Si les projets mettent autant de temps à se développer, c'est que les discussions avec la FIA sont très longues. « Il faut d'abord qu'un promoteur privé acquière un terrain », explique Marc Limacher, spécialiste de l'économie de la Formule 1 et auteur chaque année du Business Book GP. « Ensuite, ce promoteur entame des discussions avec les détenteurs de la F1, le groupe Liberty Media, et dépose un dossier, en mettant sur la table un dépôt qui tourne autour des 5 millions de dollars. » Vient ensuite la deuxième phase, celle des travaux, puisque pour accueillir les monoplaces les plus rapides du monde, un circuit doit être homologué « grade 1 » et répondre à des normes de sécurité très strictes. C'est seulement une fois cette homologation acquise que les négociations formelles peuvent débuter entre Liberty Media, la FIA et le promoteur du circuit. « Ça coûte extrêmement cher d'organiser tous les ans un Grand Prix de Formule 1 », explique Marc Limacher. « Ce sont des contrats entre 5 et 7 ans qui peuvent monter jusqu'à 700 millions de dollars hors circuit. » Lors des négociations, de nombreux paramètres entrent en compte : infrastructures, accessibilité, retombées économiques... Ainsi, les instances dirigeantes demandent une garantie de l'État systématique. « Tous les circuits du calendrier ont actuellement une garantie étatique en cas de défaillance », souligne Marc Limacher. L'absence de cette garantie explique, en partie, que la Formule 1 ne se rende pas en Afrique. Mais c'est loin d'être le seul facteur. Il y a aussi la concurrence internationale féroce, avec « énormément de pays qui veulent accueillir la F1 », estime Gaël Angleviel. « Or le calendrier est déjà très chargé, avec déjà 24 dates à l'année. Et si on commence à empiler les courses tous les week-ends, on risque de lasser le public. » Les pays du Golfe et les États-Unis sont très convoités par Liberty Media. Face à eux, le continent africain pâtit d'une « instabilité économique », juge Marc Limacher. « La F1 est une entreprise cotée en Bourse. Et on a vu par exemple que lorsque les projets du continent africain ont été annoncés, ils n'ont pas eu un impact positif sur la Bourse de New York. » Manque d'infrastructures et absence de pilote africain Autre facteur, l'absence d'infrastructures suffisantes pour accueillir les courses. « Il ne faut pas oublier qu'un Grand Prix, ce sont des centaines de milliers de personnes qui se déplacent. Il y a les spectateurs, les sponsors, les invités, sans oublier les équipes de F1 », énumère Marc Limacher. Autant de personnes sur quelques jours, cela implique d'avoir une industrie hôtelière robuste, des infrastructures routières adaptées, des transports en commun ainsi qu'un aéroport qui puisse accueillir un flux important de passagers et de fret. Même si les instances dirigeantes de la Formule 1 ont maintes fois répété leur envie de se rendre en Afrique, et malgré les prises de parole engagées de Lewis Hamilton, depuis 10 ans, les lignes n'ont pas vraiment bougé. D'autant qu'actuellement, il n'y a aucun pilote africain sur la grille. « Cela pourrait accélérer la volonté politique d'accueillir la F1 », assure Gaël Angleviel. « Mais si l'on regarde le cas de la France par exemple, il y a actuellement trois pilotes français sur la ligne de départ. Et aucun Grand Prix de France. » Lewis Hamilton participera-t-il à une course sur le continent africain avant de prendre sa retraite, comme il l'espère ? À 41 ans, le septuple champion du monde, déjà sur la grille depuis 20 ans, risque plutôt d'y assister en tant que spectateur. Car « les contrats actuels sont tous verrouillés », explique Marc Limacher. « Dans tous les cas, on ne verra pas de Grand Prix en Afrique avant au moins 2035. » À écouter dans Mondial sportsF1 : Lewis Hamilton, début de l'an 2 à Ferrari !

La première cargaison d'anodes de cuivre de RDC a été expédiée par le corridor de Lobito. Ces anodes viennent de la plus grande fonderie de cuivre d'Afrique, Kamao-Kakula, qui a démarré sa production fin décembre 2025. Elle est sortie de terre grâce à un investissement d'1,3 milliard de dollars. Avec une capacité de production de 500 000 tonnes d'anodes de cuivre par an et l'embauche de presque 1 000 employés, l'entreprise Kamoa Copper a développé un complexe majeur pour la région de Kolwezi. « Les coûts logistiques sont une partie très importante des coûts opérationnels du projet Kamoa-Kakula », explique Olivier Binyingo, le président du Conseil d'administration de la joint-venture Kamoa Copper S.A. C'est un premier argument qui a motivé la construction de cette fonderie d'ampleur. « En passant du concentré aux anodes, on divise plus ou moins les volumes par deux et donc les coûts en logistique sont également divisés par deux. Deuxièmement, il y a des aspects plus environnementaux. C'est une fonderie avec une technologie de pointe qui fait que les émissions de gaz à effet de serre sont très limitées. Mais en plus de cela, vu que les volumes à exporter sont nettement réduits, le transport par camion est également réduit », détaille le dirigeant. Il souligne également un troisième élément : l'alignement de la construction de la fonderie avec « la politique du gouvernement de la République démocratique du Congo, qui souhaite qu'il y ait plus de valeur ajoutée qui soit créée sur le territoire ». À lire aussiRDC: l'entreprise publique Gécamines va commercialiser une partie du cuivre extrait dans le sud du pays Un projet minier intégrateur Un projet majeur de transformation mené à son terme, grâce à des investissements importants de l'entreprise elle-même, notamment dans le secteur énergétique en coopération avec la société nationale d'électricité, la SNEL. « Nous avons été proactifs. Notre contrat de financement est à hauteur de 450 millions de dollars […], il a permis dans un premier temps de réhabiliter une première centrale hydroélectrique qui s'appelle Mwadingusha. Nous avons finalisé la mise en service de la turbine 5 de la centrale hydroélectrique Inga II. C'est cela qui a permis la mise en service de la fonderie et d'injecter davantage d'électricité sur le réseau national », explique Olivier Binyingo. Un projet salué même par des voix critiques telles que celle de Jean-Pierre Okenda, expert en Gouvernance des Ressources Naturelles. « Pour moi, c'est positif », confirme le directeur de Sentinelle des Ressources Naturelles. Un sujet d'attention pour la société civile demeure néanmoins : la bonne intégration des communautés locales dans le développement de cette industrie. « Il faut qu'on ait aussi une possibilité de trouver des quotas pour les communautés. Il ne faut pas que les mines soient éclairées et que les communautés environnantes soient dans le noir, même si on sait qu'il y a des paiements qui sont faits au niveau local pour aider à développer les communautés », ajoute Jean-Pierre Okenda, prenant l'exemple de Busanga où les riverains sont restés sans courant. Autre aspect de poids pour Kamoa-Kakula : l'exportation d'une part de la production d'anodes de cuivre par le rail, via le corridor de Lobito. Ce dernier est au cœur d'enjeux d'investissements des grandes puissances mondiales pour la sécurisation de leurs approvisionnements. À lire aussiRDC: Kamoa-Kakula, la plus grande fonderie d'Afrique, «est une opportunité et une responsabilité»

L'Afrique du Sud est le seul pays du continent à posséder une centrale nucléaire opérationnelle pour produire de l'électricité. C'est celle de Koeberg, près du Cap. Alors que d'autres nations africaines étudient des projets de développement du nucléaire, et que l'Égypte s'est même lancée dans un projet de construction d'une centrale nucléaire, le gouvernement de Pretoria envisage d'étendre sa production et de développer de nouvelles unités. De notre correspondante à Johannesburg, Selon son dernier plan énergétique national, l'Afrique du Sud voudrait produire 5 200 mégawatts supplémentaires grâce au nucléaire d'ici 2039, et même doubler cette capacité si des modèles viables sont trouvés. Un grand pas en avant par rapport aux 1 860 mégawatts générés actuellement par l'unique centrale de Koeberg. Pour Knox Msebenzi, du syndicat du nucléaire Niasa, c'est nécessaire afin d'offrir un socle stable au pays qui sort d'une longue crise énergétique. « Tout réseau a besoin d'une source d'énergie ajustable, c'est-à-dire une énergie dont on peut contrôler et adapter la production selon la demande. Le nucléaire permet ça, affirme-t-il. Et étant donné qu'environ 80 % de notre énergie dans le pays repose sur le charbon, et au vu des engagements pris par notre gouvernement en matière de réduction d'émissions carbone, cela fait sens de mettre hors service des centrales à charbon tout en développant une autre source d'énergie en continu. » Ainsi, le nucléaire représenterait toujours environ 5 % de la production d'électricité, car le gouvernement entend également développer les énergies renouvelables à beaucoup plus grande échelle. Cependant, s'engager dans la construction d'une nouvelle centrale n'est pas sans risque, notamment sur le plan financier, selon Hartmut Winkler, professeur de physique à l'université de Johannesburg. « On doit attendre longtemps avant la mise en service. Or, les technologies dans le secteur se sont énormément développées en l'espace de dix ans, analyse-t-il. Donc, on a tendance à éviter de prendre une voie dans laquelle on devra ensuite s'engager à rester pour les 50 prochaines années. » À lire aussiEn 10 ans, l'Afrique a doublé ses capacités de production d'énergies renouvelables Inquiétude de la société civile La société civile s'inquiète également des risques de corruption qui planent au-dessus de tout mégaprojet. Elle n'a pas oublié par ailleurs la débâcle du contrat aux coûts exorbitants passé en 2014 avec la Russie pour relancer le nucléaire, finalement annulé par la justice. Pour la militante Makoma Lekalakala, de l'organisation EarthLife Africa, ce n'est donc pas la voie à suivre : « Le nucléaire, c'est dangereux, c'est coûteux, et il y a la question des déchets. Le problème de leur stockage est d'ailleurs loin de concerner uniquement notre pays. » L'Afrique du Sud entend également relancer son programme de petits réacteurs modulaires, mais les développements commerciaux de cette technologie sont pour l'instant encore timides. À écouter dans Le débat du jourFaut-il miser sur le nucléaire ?

Au Burkina, les importations et les exportations de produits céréaliers sont soumises à des autorisations spéciales, ce qui réduit fortement les échanges commerciaux avec les pays voisins. En Côte d'Ivoire ces derniers mois, producteurs et commerçants vivent difficilement le ralentissement de ces échanges commerciaux. Karim, la vingtaine, est agriculteur à Zoumananvogo, village proche de la frontière avec le Burkina. Cette année, ce jeune a produit trois tonnes de maïs. Problème : les prix ne sont pas intéressants. « Cette année, les prix sont trop bas. L'année dernière, un sac de maïs se vendait à 15 000 FCFA (environ 23 euros). Et cette année, c'est passé à 10 000 FCFA. Au final, le kilo de maïs revient quasiment à 100 FCFA. Ça m'a vraiment plombé. Avant la crise au Burkina, les échanges étaient faciles : les clients Burkinabè franchissaient la frontière, juste à côté, et je leur vendais mon maïs. Mais à cause de la crise sécuritaire, ils ne viennent plus. Je vends ma récolte à Ouangolodougou ». Ouangolodougou est un carrefour commercial au nord de la Côte d'Ivoire. C'est une ville tournée à la fois vers le Mali et le Burkina. Issa Coulibaly est commerçant. Une commande vient de tomber : des manœuvres transportent des sacs de céréales dans un camion. Ce commerçant se sent aussi pénalisé par la baisse des prix du maïs. « Quand le prix de ces produits vivriers, qu'ils (les producteurs, ndlr) doivent vendre, est bas, cela nous dérange. Car un prix aussi bas, tu sais que si tu l'achètes au paysan, il ne va pas s'en sortir demain. Ça ne va pas lui donner le courage de produire beaucoup, et nous, ça nous décourage. Donc le prix avec lequel tout le monde doit s'en sortir, c'est ce prix qu'on ne trouve pas ces derniers temps ». Des difficultés de trésorerie à l'origine du ralentissement Les commerçants affirment constater un ralentissement dans le commerce du maïs en direction du Burkina ces derniers mois. Un problème sans doute lié à des difficultés de trésorerie, estime Abdoulaye Ouattara, le vice-président des commerçants de Ouangolodougou. « Quand on commence les récoltes, les produits sont là, mais l'écoulement est difficile. Tant que les pays voisins ne viennent pas faire des achats dans la zone, c'est difficile d'avoir des prix abordables tels que les paysans souhaitent avoir. Ensuite, on a du mal à écouler (le maïs, ndlr) dans notre propre pays. Quand on fait partir quelques camions, on remarque que le marché est lent. Tout est à crédit. Cela fatigue beaucoup les commerçants ». Ce responsable évoque des difficultés similaires pour le commerce de mil et de sorgho. Producteurs et commerçants misent donc sur d'autres produits, comme l'anacarde, dont une partie des ventes est vouée à être transformée localement.

Le gombo, que l'on retrouve d'ordinaire dans l'assiette des Sénégalais en soupe kandia, commence à se faire une place dans leurs salles de bain. Ce légume gluant, riche en antioxydants, possède des vertus hydratantes et anti-âge qui séduisent désormais les marques de cosmétiques locales. Reportage dans une entreprise dakaroise qui mise sur ce nouvel or vert. (Rediffusion) Avec notre correspondante à Dakar, Dans le laboratoire de la marque Trésors d'Afrique, à Dakar, on s'affaire autour des préparations. En blouse blanche, les employées ont des allures de scientifiques. « Ici, c'est pour la recherche et développement. Il nous arrive ici, au laboratoire, de changer un produit, ou bien de créer un nouveau produit », explique Ndeye Thiaba Diouf, la directrice des opérations, qui nous fait la visite guidée. Ici, avec la gamme « Chouette mama », priorité aux produits locaux : aloe vera, bissap, karité, mais aussi le gombo, ce petit légume vert et gluant qu'on connaît surtout en cuisine. Ndeye Ndiapaly Diouf, responsable du laboratoire émulsion, en extrait le jus. « Ici, on fait des crèmes, des laits et des sérums. Le lait de gombo, on le fabrique à base de gombo naturel frais qu'on achète au marché, et toujours avec de l'eau déminéralisée. On met de l'eau et on laisse macérer jusqu'au lendemain », détaille-t-elle. 27 000 produits Trésors d'Afrique vendus Ce mucilage, un jus épais issu du gombo, est intégré à plusieurs produits : shampoings, crèmes pour le visage ou pour le corps... Très hydratant, le légume se révèle aussi un puissant anti-âge. « De la même manière que le baobab traite l'acné et la peau grasse, le gombo, son travail, c'est l'anti-âge. À partir de 25 ans, on commence à ne plus avoir le collagène dont on en a besoin pour avoir une peau lisse et tout ce qui va avec. Donc le gombo est là pour compléter cela », promeut-elle. Ce secret est encore méconnu au Sénégal, où le gombo reste surtout associé à la soupe kandia. Seules quelques femmes l'utilisent déjà pour nourrir leurs cheveux. Chaque année, 27 000 produits Trésors d'Afrique sont vendus dans plusieurs points de vente au Sénégal, mais également en ligne vers l'étranger. « D'après les études qu'on a fait, ce sont les étrangers, les expatriés et même les Sénégalais qui viennent de l'extérieur qui achètent plus nos produits. La marque, malheureusement, est connue plus à l'étranger qu'au Sénégal », note Ndeye Ndiapaly Diouf. À lire aussiPensez à consommer du Gombo ! Le marché global des cosmétiques pour l'Afrique est en plein boom Pour les producteurs, c'est une nouvelle filière pleine de promesses. À Thiès, Mamour Gueye, producteur de gombos qui exporte une partie de sa production vers la France, y voit un débouché local bienvenu. « C'est plus avantageux de vendre sur le marché local que de faire de l'export », assure l'agriculteur. « Sur le marché local, il n'y a pas de contrainte. Par contre, quand tu envoies ton gombo, deux jours après, on te fait des réclamations sur le noircissement du produit. Tout ne peut pas aller à l'exportation. Donc s'il y a de la transformation, c'est vraiment une bonne chose », poursuit Mamour Gueye. Le marché global des cosmétiques pour l'Afrique est en plein boom. Il devrait passer de 3,87 milliards de dollars en 2024 à plus de 7 milliards en 2033. À lire aussiEntre modernité et tradition : les routines beauté qui marchent

Alors que les minerais critiques de la RDC sont l'objet de toutes les convoitises, l'Entreprise générale du Cobalt (EGC) renforce sa mission d'assainir la filière artisanale du minerai bleu. En novembre 2025, elle a exporté 1 000 tonnes de cobalt qualifié de « propre » provenant du secteur artisanal. De l'extraction à la commercialisation, l'entreprise applique un processus de traçabilité et de contrôle, mais se heurte à plusieurs défis. Avec notre envoyée spéciale à Kolwezi, Denise Maheho Il y a sept ans, la République démocratique du Congo lançait l'Entreprise générale du cobalt, l'EGC. L'objectif était clair : remettre de l'ordre dans l'exploitation artisanale de ce minerai stratégique, indispensable aux batteries et à la transition énergétique. Depuis l'an dernier, l'EGC s'approvisionne auprès de deux coopératives minières, installées sur les sites artisanaux agréés de Kamilombe et de « Menuiserie », à Kolwezi. Pour les autres, la porte n'est pas fermée, mais le passage est strictement encadré. « Il faut d'abord qu'on fasse une conformité administrative pour s'assurer que cette coopérative est en règle avec l'État, explique Raphael Mbaya, consultant assistant à la direction de conformité de l'EGC. Il faut aussi que l'on s'assure que la coopérative travaille sur un site protégé, qui lui est octroyé par l'État à travers le service de Saemape (Service d'assistance et d'encadrement des exploitants miniers artisanaux, NDLR) qui lui délivre un avis technique. Et puis, en menant une enquête, on s'assure qu'il n'y a pas de travail des enfants, ni de présence de militaires sur le site. » À lire aussiMinerais stratégiques : l'Afrique face au défi des contrats équitables Absence des zones d'exploitation artisanale L'EGC veut tracer, sécuriser et moraliser toute la chaîne. À Kolwezi, la coopérative Comakat est justement en discussion avec l'entreprise publique. Pour ses responsables, un partenariat avec l'EGC pourrait changer la donne. « Ce que nous avons toujours déploré, regrette Michel Bizimungu, le directeur général adjoint de la Comakat, c'est la minoration de la teneur de nos produits. Nous croyons qu'avec l'EGC, la situation va s'améliorer. » Ces dernières années, les mineurs artisanaux sont souvent accusés de voler des minerais dans les concessions des entreprises minières. « À ce stade, on ne peut pas parler de l'assainissement de l'exploitation tant qu'il n'y a pas de zones octroyées aux mineurs artisanaux », explique Josué Kashal, directeur du centre d'aide juridico-judiciaire à Kolwezi. En 2024, la Gécamines a officiellement cédé cinq carrés miniers à l'EGC. Mais ces sites nécessitent des travaux de sondage et de découverture. À écouter aussiLes quotas congolais maintiennent le marché du cobalt sous tension

Une trentaine de pays africains sont à l'orée d'une crise de la dette. Malgré une croissance dynamique, la dette augmente très vite, et même trop vite. Gabon, Sénégal, Ghana… Au total, l'Afrique va devoir payer plus de 11 milliards de dollars de dette qui arrive à échéance cette année. Pour briser le cycle, il faut investir et transformer localement les différentes ressources. Un pays est considéré en crise de la dette lorsque son endettement devient insoutenable. Depuis le choc pétrolier de 1973, ce type de crise semble se répéter environ tous les dix ans. Celle provoquée par la pandémie de Covid-19 a laissé de nombreux pays africains englués dans des niveaux de dette élevés, malgré la bonne croissance et les instruments financiers mis en place pour amortir le choc. « La réalité, c'est une insuffisance de transformation qui nous maintient dans, on va dire, un positionnement très bas dans les chaînes de valeurs internationales, analyse l'économiste Hugues Mbadinga Madiya, ancien ministre gabonais. Donc, il faut aller de l'avant, il faut transformer un peu plus nos matières premières. Dans des pays comme le Botswana, des initiatives très importantes ont été menées en termes de transformation. Vous avez suivi aussi au Gabon, dans le secteur du bois, la valeur ajoutée du secteur bois a été multipliée par trois. » Le Sénégal, lui, doit payer à ses créanciers 485 millions de dollars, qui arrivent à échéance dans les prochaines semaines. Les pays africains paient une prime de risque élevée sur les marchés financiers. Selon l'économiste Abdoulaye Ndiaye, pour espérer s'en sortir, Dakar doit investir massivement dans certains secteurs pour réduire les dépenses : « Il y a des dépenses, qui sont des subventions énergétiques, qui sont des subventions de consommation, qui sont nécessaires. La solution, ce n'est pas uniquement de les couper, mais de voir comment, par exemple, on peut faire des investissements pour être plus productifs, pour faire des investissements pour l'électricité et l'énergie moins chers. » Des ajustements nécessaires pour l'économiste : « Et je pense que sinon, là, on a une crise de la dette au Sénégal. On en aura peut-être une aussi en 2039-2040 ». À lire aussiSénégal: «Restructurer aujourd'hui la dette, ce serait décrédibiliser les efforts fournis» Une diversification limitée mais approfondie Pour briser ces cycles de crise de la dette, la condition nécessaire, selon Hugues Mbadinga Madiya, c'est d'aller au-delà du simple équilibre des comptes publics. « Un budget bien géré, une monnaie crédible, des réserves bien gérées, c'est important, mais ce n'est pas une condition suffisante, estime l'ancien ministre gabonais. L'histoire économique mondiale nous a appris parfois que quelques pays se sont développés avec deux ou trois produits. Il faut aller justement vers une diversification avec quelques produits, mais une transformation poussée. » Le Botswana a réussi sa diversification dite verticale. Plutôt que de multiplier les secteurs, le pays a approfondi la transformation locale du diamant, secteur aujourd'hui en crise mais qui représente encore près de 80 % de ses recettes d'exportation. À lire aussiCrise de la dette: l'Afrique face à un cycle sans fin?

Il y aurait environ 300 start-up actives en Côte d'Ivoire selon les estimations du gouvernement. Pour lancer leur activité, certains entrepreneurs cherchent à suivre des formations jugées prestigieuses. C'est le cas de Challenge + Afrique, un programme de la célèbre école de commerce française HEC Paris. Dans la salle de classe, une vingtaine de participants, hommes et femmes, suivent leur premier cours. L'idée ? Comprendre comment leur petite entreprise peut gagner de la valeur. Mariama Kaba vient du Sénégal. Cette spécialiste de la validation des acquis de l'expérience se lance dans l'entrepreneuriat. Son idée : faire certifier les compétences des travailleurs du secteur informel : « J'ai déjà participé à des projets d'entreprise, mais je restais toujours derrière. Là, c'est l'occasion de me concentrer sur mon propre projet, d'acquérir des compétences… parce que la finance, c'est un "gros mot" [pour moi]. Là, ce matin, on avait un cours sur les fondamentaux de la start-up, j'écoute, je note tous les mots-clefs pour faire une fiche après. Ce que j'attends ? Y a le réseau également, toutes les personnes qui sont là, elles sont inspirantes… Là, ça fait deux jours, quand je rentre chez moi, je parle de tout le monde, je parle de mes collègues à mes amis, à ma famille. Je suis là où je dois être pour sortir de ma zone de confort. » Dans la promotion de Mariama, les projets sont divers : accès au logement, solutions techniques d'économie d'énergie… Prendre du recul pour changer d'échelle Les participants ont payé 5 000 euros (environ 3 millions de francs CFA) pour bénéficier des conseils de formateurs comme Etienne Krieger. Cet expert de la finance entrepreneuriale veut partager ses « bonnes recettes » avec les participants : « Nous on est là pour leur faire prendre conscience des ingrédients qui vont faire qu'ils vont crédibiliser les projets, identifier des besoins réels, pas ou mal satisfaits par les offres existantes, les vendre, être suffisamment crédibles pour attirer des bonnes fées qui vont se pencher sur leurs berceaux pour passer d'une activité artisanale à quelque chose "d'industriel" ». Parmi les réussites du programme, il y a Leya. La start-up abidjanaise aide les guichets de mobile money à ne jamais manquer d'argent liquide. Son cofondateur Thibaut Cathenoz résume l'apport de la formation : « On a pu prendre énormément de recul, affiner notre pitch, affiner notre proposition de valeur, comprendre comment fonctionne une levée de fonds. Ça nous a beaucoup servi pour la suite parce qu'on a levé des fonds. Et, franchement, ça nous a été d'une grande aide. » En cinq ans, Challenge + Afrique a accompagné près de 120 start-up, à Abidjan et Dakar.

Quand des millions de documents se retrouvent au cœur d'un bras de fer entre la RDC, la Belgique et une société américaine. À Tervuren, à quelques kilomètres de Bruxelles, une partie des archives géologiques de la RDC dort dans le sous-sol de l'AfricaMuseum. Kinshasa réclame la numérisation de ces documents, un processus que l'État belge a démarré au début du mois. Mais une société minière américaine souhaite réaliser elle-même ce travail, ce que refuse la Belgique. C'est un voyage dans le temps qui commence d'abord sous terre. Une fois un dédale d'escaliers et de couloirs traversé, il faut franchir une porte, protégée par un code, pour accéder aux archives de l'AfricaMuseum, ancien Musée royal de l'Afrique centrale. Là, un demi-kilomètre de documents, de dossiers et de photos sont méticuleusement rangés dans de grandes armoires en fer gris. « Cinq cents mètres, ça représente entre trois et quatre millions de documents », glisse François Kervyn, géologue et chef du département des Sciences de la Terre du musée. À Tervuren, à plus de 6 000 km de Kinshasa, ces armoires renferment certaines des archives géologiques de la République démocratique du Congo. « Ces documents sont arrivés chez nous suite à la cessation d'activité de compagnies minières, explique François Kervyn. Ce sont aussi des travaux de géologues partis à la retraite et souhaitant laisser leur patrimoine intellectuel à notre institution. Il y a aussi des travaux de recherche réalisés par des géologues du musée après la période coloniale et d'autres réalisés par des chercheurs congolais ou africains. » Des cartes dessinées à la main, des rapports tapés à la machine à écrire et des milliers de photos qui détaillent soigneusement le contenu du sous-sol congolais. 2 millions d'euros d'investissement Une véritable mine d'or qui intéresse les autorités congolaises. Jusqu'à présent, ces archives étaient disponibles sur commande, « sollicitées de manière épisodique par des chercheurs qui souhaitent travailler sur des zones précises », raconte François Kervyn. « Nous avons ressenti les limites de cette approche, se souvient Bart Ouvry, le directeur de l'AfricaMuseum. On s'est rendu compte que la digitalisation est la manière la plus efficace de partager ces archives, afin que n'importe quel chercheur, où qu'il soit, puisse y avoir accès. » Le service géologique de la RDC a d'ailleurs demandé la numérisation de ces archives, mais compte tenu de leur volume, à l'époque, il était impossible pour le musée de s'exécuter immédiatement. « Nous n'avions pas assez de personnel », explique François Kervyn. Tout a changé lorsque l'AfricaMuseum a obtenu des financements de l'Union européenne : au début du mois de février, quatre géologues ont été recrutés et vont être rejoints le 1er mars par quatre archivistes et un informaticien. Un investissement d'environ deux millions d'euros pour mener à bien, en trois ans, la numérisation des archives, en se concentrant sur des zones prioritaires, définies par les autorités congolaises. Une société américaine veut aller plus vite D'ici 2029, le musée devrait avoir mis sur pied une base de données, après l'inventaire et la numérisation de ces centaines de milliers de documents. Un délai trop long, au goût de certains acteurs. Ainsi, en juillet dernier, le directeur général de la société américaine KoBold Metals en RDC, Benjamin Katabuka, a signé un accord avec Kizito Pakabomba, le ministre congolais des Mines, pour « lancer un programme d'exploration minière à grande échelle » en RDC. Parmi les clauses de cet accord de principe, la société, soutenue entre autres par Bill Gates, s'engage à déployer « une équipe aux archives géologiques de la RDC conservées au Musée royal de l'Afrique centrale pour commencer la numérisation des documents avant le 31 juillet 2025 ». Pour Bart Ouvry, le directeur du musée, il est impensable qu'une société étrangère pénètre dans les archives. « Nous sommes une institution publique qui travaille dans un objectif scientifique. Nous reconnaissons l'intérêt économique pour le Congo et notre but, c'est de transférer des données aux autorités congolaises et pas au bénéfice d'une seule société, quelle que soit sa nationalité. » L'AfricaMuseum est d'ailleurs soutenu dans sa démarche par le gouvernement belge. Citée par nos confrères de la RTBF, Vanessa Matz, la ministre en charge du Numérique et de la Politique scientifique, affirme que « la Belgique ne peut accorder un accès privilégié et exclusif à une société privée étrangère avec laquelle elle n'a aucun lien contractuel […]. La mise à disposition des archives doit s'effectuer selon les règles belges et européennes applicables, dans un cadre scientifique, non exclusif et non privatif. »

Pour sa transition énergétique, le monde a besoin de minerais présents en masse dans les sols riches du continent africain. Cette course aux minerais stratégiques s'accélère, notamment avec le rapprochement États-Unis-RDC. Mais comment le continent peut-il vraiment tirer profit de la demande mondiale ? Illustration avec deux initiatives : mieux connaître ses sous-sols et réussir à négocier des contrats équitables. Avec notre envoyé spécial au Cap, On dit souvent que l'Afrique détient 30 % des minerais stratégiques. Mais pour le professeur Glen Nwaila, directeur du Centre africain de recherche sur les systèmes de minerai à l'université de Wits, l'exploration est encore trop peu financée sur le continent pour vraiment avancer des données précises. « Le plan pour l'avenir, afin de mettre à jour ces ressources, consiste donc en premier lieu à consolider les données africaines, souligne-t-il. Si vous recherchez des cartes géologiques et des gisements minéraux en Afrique, vous ne trouverez jamais de carte unique et unifiée. » Pour le chercheur, cette unification est essentielle, « car une fois que l'on dispose de plusieurs couches de preuves géologiques de gisements minéraux, on peut alors utiliser l'intelligence artificielle pour affiner la zone de prospection, puis des algorithmes pour définir les cibles dans différents pays. » D'autant plus qu'un état des lieux plus précis rassure les investisseurs internationaux, rappelle le professeur Nwaila. « Cela leur donne l'assurance que leur achat ou leur investissement générera les rendements escomptés. Et vous, ça vous permet donc de négocier un accord plus avantageux », estime-t-il. À lire aussiMinerais critiques en Afrique: «L'objectif est de devenir un continent où il y a des mines et des raffineries» Mieux négocier les contrats Les négociations représentent une étape cruciale pour que les gouvernements tirent vraiment profit de cette demande presque exponentielle en minéraux stratégiques, estime Olivier Pognon, directeur de l'ALSF – la Facilité africaine de soutien juridique, une organisation hébergée par la Banque africaine de développement et qui conseille les gouvernements du continent. « Ce sont des contrats extrêmement complexes et il y a un principe qui est admis, c'est que la raison pour laquelle un certain nombre de contrats n'ont pas profité aux pays africains, c'est parce que ces contrats étaient déséquilibrés », explique l'avocat. Ainsi, il tente de former les équipes sur le terrain, « de manière à pouvoir gérer les problématiques contractuelles qui se posent à eux. » Mais Olivier Pognon reste pragmatique : la route est encore longue face à des multinationales très expérimentées. Certains accusent par exemple la RDC de brader son potentiel minier aux États-Unis, ce que le pays réfute. « Ce sont des initiatives qui, à l'échelle d'un continent, prennent du temps. La satisfaction qu'on tire de ce que nous faisons, nous, ALSF, c'est que l'organisation a beaucoup gagné en crédibilité, indique l'avocat. Je pense que c'est un indicateur que la question de la bonne gouvernance dans les contrats, de la transparence, est une considération de plus en plus importante pour nos gouvernements. Il y a encore du chemin à faire. » L'organisation se félicite d'avoir permis aux gouvernements africains d'économiser plusieurs milliards de dollars ces dernières années, grâce à des contrats mieux négociés. À lire aussiRDC: La société civile souhaite une nouvelle liste de minerais stratégiques

Soutenir l'aviculture traditionnelle est un enjeu au Bénin, qui dépend toujours des importations malgré la volonté de les interdire. Au Cameroun, qui est au contraire autosuffisant en viande de volaille, l'aviculture traditionnelle est une source de revenus importante. D'où les innovations tentées dans ces deux pays pour améliorer la rentabilité du secteur. Poulets-bicyclette, mais aussi pintades, pigeons et dindons : l'aviculture traditionnelle fournit encore au Bénin les deux tiers de la volaille que produit le pays, toujours dépendant à 40% des importations. Mais un des principaux freins au développement de cette aviculture traditionnelle, c'est le coût de l'alimentation animale, qui est chère et qui entre en compétition avec l'alimentation humaine. « Le Bénin, à l'instar de certains pays de la sous-région, utilise le maïs et le soja, alors qu'au Bénin, le maïs est en concurrence avec l'alimentation humaine, explique Modeste Dayato, président de l'Association nationale des aviculteurs du Bénin. Donc ça crée de la spéculation, et le maïs devient un peu plus cher. C'est pareil pour le soja, qui est une source de protéines pour l'homme, alors que les animaux aussi utilisent le même soja. Donc pour nous, il est important qu'on essaie de trouver quand même des alternatives. » La concurrence de l'alimentation humaine Modeste Dayat s'est donc lancé dans la production d'asticots en installant un élevage de mouches soldat noire. Il espère le soutien des autorités, car il ne compte pas s'arrêter là. « On a commencé avec une petite production, et donc, actuellement, nous sommes en train de mettre en place un bâtiment carrément de 20 mètres sur 10, destiné exclusivement à la production d'asticots. Donc c'est une phase de croissance, une phase d'intensification que nous voulons faire. On a fini le gros œuvre, il ne reste qu'à installer les mouches et à entamer la production d'asticots à l'échelle. » Asticots et pois d'Angole à la place du maïs et du soja Au Cameroun, l'alimentation des volailles est également un défi pour que l'aviculture traditionnelle reste rentable. Car aux côtés de l'aviculture industrielle, ces petits élevages sont un complément de revenu pour les femmes. Hortense Alene coordonne un projet de recherche, Action pour l'élevage agroécologique de poulet local, dans les régions du Centre et de l'Adamaoua : « Pour remplacer par exemple le soja, qui représente pour les femmes une charge de travail supplémentaire, nous avons introduit le pois d'Angole qui, lui, est un arbuste qui donne des produits plusieurs fois avant d'être remplacé, précise-t-elle. Et elles ont apprécié parce que quand tu as mis le pois d'Angole en place, tu peux récolter trois à quatre fois au cours d'une même année. Ça, c'est un exemple de réussite. » Les éleveurs camerounais font aussi baisser le prix des rations pour les volailles en incorporant, aux côtés du maïs très cher, une autre source d'énergie : la peau de manioc – une astuce empruntée cette fois à leurs collègues béninois.

Pendant plus d'un mois, le personnel médical dans le comté de Nairobi a fait grève. Le mouvement a été levé temporairement début février 2026, sur ordre de la justice kényane. Les médecins dénonçaient, entre autres, des retards sur les versements des paies et un manque d'augmentation des salaires. C'est la dernière action en date du secteur, qui s'est souvent mobilisé ces dernières années. De notre correspondante à Nairobi, « Rien qu'en 2025, nous avons compté 23 mouvements de grève à travers le pays », lance Davji Bhimji Atellah. Secrétaire général du KMPDU, le principal syndicat des médecins du Kenya, il est sur le front de toutes les batailles. Il énumère les retards de salaires, une absence de revalorisation des rémunérations ou encore des pénuries de médicaments et d'équipements. Autant de conditions qui encouragent, selon lui, une fuite des médecins vers l'étranger, alors même que le pays fait déjà face à un manque crucial de ressources humaines. « Le ratio médecins-patients au Kenya est d'un pour 17 000, explique-t-il, alors que la recommandation de l'OMS d'un pour 1 000. Le pays fait face à une pénurie de médecins sur l'ensemble du territoire. Pourtant, il y a eu un nombre important de diplômés entre 2017 et aujourd'hui, mais plus de 3 000 sont actuellement au chômage. » À lire aussiKenya: la grève de médecins se poursuit et provoque un pic de mortalité Pour 2025-2026, l'enveloppe santé du gouvernement a été augmentée de plus de 8%. Elle ne représente toutefois qu'à peine plus de 3% du budget total, loin des 15% auxquels se sont engagés les pays africains lors de la déclaration d'Abuja en 2001. D'autant que le secteur a été éclaboussé par plusieurs scandales de corruption. Les hôpitaux manquent de fonds insiste Davji Bhimji Atellah : « Nous avons de nombreux comtés, ainsi que des établissements privés, qui se plaignent d'être créanciers auprès de la sécurité sociale. Ils ont fourni des services aux patients mais n'ont pas été payés. Ces hôpitaux se retrouvent donc dans l'incapacité d'offrir des services. » Il est estimé que près de 60% des revenus du gouvernement au Kenya servent à rembourser la dette. Collecter les impôts nécessaires reste un défi, selon l'économiste XN Iraki : « Tout le monde est censé bénéficier d'une assurance de la part du gouvernement, mais très peu la paient : principalement ceux qui sont employés. Les travailleurs indépendants ne la paient pas toujours, alors qu'environ 80% des travailleurs kényans sont dans le secteur informel et n'ont souvent pas les moyens de payer cette assurance. Il y a donc un manque de fonds pour financer les services médicaux. » Pour favoriser l'embauche des médecins kényans, Nairobi a imposé de nouvelles restrictions visant les praticiens étrangers dans le pays. Le ministre de la Santé a annoncé avoir révoqué plus de 200 licences. Une démarche soutenue par le secteur. À lire aussiAu Kenya, l'État coincé entre sa dette et le rejet des nouvelles taxes

Qu'en est-il de l'accord entre la RDC et les États-Unis sur les minerais stratégiques ? Début février, les deux pays se sont retrouvés pour un premier comité de pilotage. La RDC produit plus de 70% du cobalt mondial, utilisé notamment pour les batteries électriques. Cet accord entre Washington et Kinshasa était évidemment au cœur du Mining Indaba qui a eu lieu la semaine dernière au Cap. De notre envoyé spécial au Cap, Le ministre des Mines congolais, Louis Watum Kabamba, se défend de « brader » le potentiel minier de la RDC en signant cet accord sur les minerais stratégiques avec Washington. Aux dernières nouvelles, la balle est dans le camp américain, qui analyse une liste de projets transmise par Kinshasa : « Il y a toute une panoplie de projets pour lesquels nous avons arrêté une liste convenue avec les États-Unis. Quand je dis projets, il n'y a pas que dans les mines. Dans l'agriculture, dans l'énergie, dans l'assistance technique, etc. Cette liste va être mise au-devant du secteur privé américain pour que les parties intéressées puissent se prononcer dans un bref délai. Peut-être dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Nous nous mettrons ensemble maintenant pour aller dans ces projets et voir comment nous pouvons structurer des partenariats et des financements. » Dans les projets qui paraissent avancés et qui font grand bruit : les 40% d'actifs que Glencore pourrait céder aux Américains. Un plan pour « soutenir les ambitions du gouvernement américain avec l'approvisionnement en deux minerais critiques », selon l'entreprise. On parle ici de cobalt et de cuivre. « Glencore ne se retire pas. Si un accord est conclu, nous avons pleinement l'intention d'être majoritaires et de conserver le contrôle. Il s'agit en réalité d'un signe de confiance de la part des investisseurs américains soutenus par l'État américain concernant les actifs de cuivre en RDC », précise Mark Davis, le PDG de Glencore en Afrique. À lire aussiAccord sur les minerais États-Unis-RDC: de quels projets parle-t-on? Les banques locales, un acteur stratégique Sur le terrain, les acteurs financiers sont en ordre de bataille. Même si ces accords sont encore très opaques, Jean-Eric Matunga, de la Rawbank, précise le rôle des banques locales congolaises. Le directeur en charge des financements structurels était à Washington en octobre dernier. « Le dialogue est permanent entre les investisseurs, les acteurs locaux et les banques. On joue notre rôle d'intermédiaire d'une manière assez poussée. Parce que ces capitaux, qui viennent vers la RDC, il faut pouvoir les orienter, mais il faut pouvoir aussi les structurer en fonction des réalités locales, mais aussi des connaissances de la réglementation. C'est là que les banques locales jouent un rôle clé de catalyseur et de connecteur entre ces capitaux qui doivent venir pour pouvoir les structurer et les rendre potables à la réalité locale », explique Jean-Eric Matunga. « On a des clients du secteur privé avec qui nous connectons les investisseurs américains, surtout pour pouvoir combler la phase de financement pendant la partie d'exploration avant le développement de la mine, qui est une phase critique », précise encore cet acteur bancaire. Si beaucoup d'acteurs du secteur s'enthousiasment de ces discussions avec Washington, dans le cadre du processus de paix entre la RDC et le Rwanda, aucun accord n'a jusqu'ici permis de mettre fin aux combats sur le terrain. À lire aussiSommet sur les minerais critiques à Washington: que faut-il retenir pour la RDC?

Burkina Faso, Gabon, RDC… La liste des États où les Émirats arabes unis investissent s'est allongée ces derniers mois. Les annonces de financements d'infrastructures se multiplient. Abou Dhabi, acteur dont l'implication dans certains conflits régionaux fait polémique, s'est néanmoins imposé comme un partenaire commercial incontournable ces dernières années. Comment analyser cet attrait des gouvernements africains pour ce partenaire ? Travail sur la filière or, construction du port commercial de Banana à l'embouchure du Congo, accords commerciaux sur 6 000 produits… Julien Paluku, ministre congolais du Commerce, rentre d'une visite très fructueuse d'Abou Dhabi : « Nous exploitons une disponibilité qui est à même de devoir nous accompagner aux côtés d'autres partenariats que nous avons tissés avec d'autres pays à travers le monde. » Abou Dhabi s'est imposé comme l'un des principaux partenaires commerciaux de la RDC, car l'un de ses points forts provient de sa capacité à investir dans les projets. « Pour qu'elle se développe après la Deuxième Guerre mondiale, l'Europe a bénéficié d'un plan Marshall. Des milliards de dollars ont été investis pour que l'Europe puisse recouvrer sa santé », rappelle le ministre. « Et donc la RDC aussi, après tous ces moments de turbulences, est à la recherche de capitaux frais et se dirige vers des capitaux frais. Et les Émirats arabes unis constituent une destination importante où les capitaux sont disponibles pour pouvoir échanger avec nous et transformer notre potentiel en richesse. C'est donc dans ce sens que nous nous tournons vers les Émirats arabes unis », explique-t-il. À lire aussiLa RDC et les Émirats arabes unis ont signé un accord économique global à Abou Dhabi Les Émirats adoptent « une approche business to business » De nombreux dirigeants africains se sont succédé à Abou Dhabi ces derniers mois. Pour Oscar Lafay – ex-consultant senior de chez Deloitte, la percée des Émirats arabes unis est nette. « Ce qu'on observe avec cette percée émiratie, c'est la fin d'un monopole des puissances traditionnelles, analyse l'expert. En quatre ans, ils sont devenus le premier investisseur du continent avec plus de 110 milliards d'euros injectés. Et ils sont devenus en effet le grand argentier, là où le FMI ou les banques de développement sont plus lentes. » Autre aspect plus politique, les Émirats ont l'avantage d'avoir la neutralité postcoloniale. « C'est un grand atout puisqu'ils n'ont aucun passif historique sur le continent et ils proposent donc une approche business to business qui est très attrayante pour les différents acteurs africains », poursuit Oscar Lafay. « Et enfin, ils ont un pragmatisme transactionnel, avec une agilité pure qui leur permet d'investir là où les autres ont peur, comme récemment au Burkina, où les questions sécuritaires ou politiques ne leur font pas peur », souligne-t-il. À lire aussiKinshasa mise sur un partenariat avec Abou Dhabi pour reprendre la main sur l'or de l'Est de la RDC Un puissant réseau d'entreprises détenu par l'État Et pour faire avancer cette ambition, les Émirats s'appuient sur leur puissant réseau d'entreprises : « Il faut comprendre que ce réseau d'entreprises est finalement un réseau étatique, puisque l'influence aux Émirats arabes unis d'Abou Dhabi sur le business est très puissante. Et donc ces entreprises sont des leviers pour le pouvoir émirati afin de s'implanter durablement en Afrique. Ce qui est important avec les entreprises émiraties, c'est de comprendre leur capitalisation. Souvent plus de 20 à 30 %, voire plus, du capital est détenu par l'État. Donc, dans ce cas-là, ces entreprises sont des leviers étatiques. » Les Émirats arabes unis semblent bien déterminés à profiter du contexte international de recomposition des partenariats commerciaux et de la baisse drastique de l'aide publique au développement. À lire aussiLe président Randrianirina en visite à Abu Dhabi pour «promouvoir une diplomatie économique offensive»

Au Sénégal, s'il est un secteur qui résiste à la crise, c'est celui du luxe. Confectionnés à Dakar, les vêtements et accessoires haut de gamme créés par les stylistes sénégalais font mouche grâce à une clientèle africaine et internationale. Avec notre correspondante à Dakar, Derrière la porte d'entrée, un appartement aux gigantesques baies vitrées, vue sur la mer et la mosquée de la Divinité. Bienvenue chez Solo Studio, une marque de sac à main de luxe créée par une ex-cadre de l'agro-industrie, Nogaye Diop. Sur une table en verre, quatre sacs à main sont exposés, trois en cuir rose, blanc et rouge, avec une anse en forme de corne d'animal et de coquillage Cauri. « On est une marque artisanale, explique Penda Niang, cheffe des ventes, on produit petit à petit, tout est fait à la main par des artisans ici au Sénégal. » Créée il y a 3 ans avec des sacs entre 775 dollars (430 000 FCFA) et 980 dollars (545 000 FCFA), la marque se fait repérer sur les réseaux sociaux à l'étranger. La clef du succès vient avec « les célébrités qui ont fait connaître la marque : Selena Gomez, Jenna Ortega… Ça a créé un essor sur les réseaux sociaux, poursuit Penda Niang, ça a propulsé notre marché américain, sud-africain, français… » Car si partout au Sénégal la consommation de produits haut de gamme a plutôt baissé depuis deux ans, le carnet de commandes de Solo Studio, lui, continue de grimper. À écouter dans 8 milliards de voisinsComment favoriser l'émergence du luxe en Afrique ? Encore trop de barrières douanières Fatima Zahra Ba, elle, a créé la marque So'Fatoo, en plein cœur de Point E. En 12 ans d'existence, elle est devenue une référence, en confectionnant des vêtements de cérémonie qui associent la tradition du boubou à des coupes occidentales. Mais ici aussi, même constat : si l'activité au Sénégal a baissé depuis deux ans, la recette pour survivre, pour Fatima Zahra Ba, c'est l'exportation. « On a multiplié les partenariats avec les revendeurs, explique-t-elle. On a aussi su s'adapter en créant de nouveaux produits moins chers, des produits d'appel pour toutes les personnes qui aiment la marque mais qui n'avaient pas forcément les moyens de se procurer du So'Fatoo. » Si l'année 2026 commence mieux que l'année 2025 en termes de vente, Fatima Zahra Ba est catégorique : les marques sénégalaises pourraient croître avec beaucoup plus de facilité s'il y avait moins de barrières douanières. « Il y a des frais de douane à l'entrée de l'Union européenne et aux États-Unis, ce qui fait que le produit revient beaucoup trop cher pour les clients étrangers. » D'autant que la matière première qui sert à So'Fatoo à fabriquer ses vêtements doit être importée, en l'absence d'industrie du textile et de transformation, pour l'heure, du coton sénégalais. À lire aussiLe coton invendu s'accumule et impacte tout les maillons de la chaîne

Sur la plaine de Bambou Mingali, agriculteurs, pêcheurs et éleveurs ont exposé leurs produits lors d'une foire dédiée au retour à la terre. Un symbole de diversification économique dans un pays encore dépendant du pétrole, mais où les producteurs dénoncent le manque de soutien de l'État. De notre correspondant à Brazzaville, Ignames, poivrons, concombres, ciboules, pastèques, poissons fumés et bœufs sont alignés sous les hangars dressés sur un parc d'exposition et de vente de 10 000 hectares. Les stands, venus des quinze départements du Congo, témoignent du dynamisme du monde rural. Présent pour annoncer sa candidature à la prochaine élection présidentielle, le chef de l'État, Denis Sassou-Nguesso, a mis en avant la relance de l'agriculture, un axe qu'il défend depuis cinq ans. Il a salué l'engagement des exploitants et assuré vouloir renforcer leur accompagnement. « Aujourd'hui, les résultats sont là. À travers tout le pays, le monde agricole s'est levé. Et nous sommes très émus », a-t-il déclaré. Des producteurs en quête de soutien Sur le terrain, le discours officiel contraste avec le ressenti de certains exposants. Jean-Bosco, à la tête d'une coopérative de développement agricole dans le département du Congo-Oubangui, dans le nord du pays, se dit « délaissé ». « Nous œuvrons avec nos propres forces et nos propres mains. Depuis près d'une décennie, nous travaillons, mais nous n'avons jamais eu l'assistance de l'État. Nous avons des agréments provisoires, les documents nécessaires pour gérer l'agriculture, mais nous n'avons jamais vu la présence de l'État », déplore-t-il. Malgré ces difficultés, certaines initiatives locales portent leurs fruits. Le groupement coopératif « La terre, notre remède », dont fait partie Bertrand Gamin Okana, a réussi à transformer l'igname de Gamboma, autrefois culture saisonnière, en production annuelle. « Avant, on pensait que l'igname ne pouvait être cultivée qu'une ou deux saisons. Nous avons essayé toute l'année, et ça donne. Alors nous avons décidé de continuer ainsi », explique-t-il. La culture se développe sans engrais spécifiques, grâce à la fertilité des sols et au climat favorable. Depuis cinq ans, le Congo expérimente la politique des zones agricoles spéciales. Mais le pays reste fortement dépendant des importations alimentaires, qui lui coûtent près de 700 milliards de FCFA par an, soit plus d'un million d'euros. À lire aussiAu Congo-Brazzaville, début de la récolte de maïs dans la zone agricole protégée de Bouansa

Le Mining Indaba prend fin ce jeudi 12 février 2026. Pendant 4 jours, le secteur minier s'est retrouvé au Cap, en Afrique du Sud. Une grande rencontre annuelle entre les gouvernements africains et les investisseurs du monde entier. La Côte d'Ivoire a profité de l'événement pour mettre en avant ses récentes découvertes de gisements d'or, alors que le métal jaune a récemment franchi le seuil historique des 5 000 dollars. Avec notre envoyé spécial au Cap, Valentin Hugues Au Mining Indaba, la Côte d'Ivoire diffuse un chiffre sur écran géant : « La production d'or brut ivoirien a quadruplé en 10 ans ». Si le secteur est encore dominé par le Ghana, au Cap, le président de la Chambre des mines de Côte d'Ivoire, Yacouba Diarra, affiche de grandes ambitions. « Nous pensons que la Côte d'Ivoire a tout le potentiel pour devenir un leader régional », explique-t-il. Pour lui, « le contexte géologique ouest-africain est favorable aux gisements aurifères et la Côte d'Ivoire détient au moins 35% de cet espace-là ». « Avec tous les efforts en cours, poursuit-il, avec toutes les réformes menées par le ministère pour attirer les investisseurs, nous pensons qu'à moyen terme, la Côte d'Ivoire sera très loin, au niveau régional, et ensuite sur le continent. » La Guinée affiche des ambitions similaires et souhaite ouvrir la plus grosse raffinerie d'or du continent. Une course motivée par un cours de l'or qui atteint des niveaux records. Fin janvier, le métal jaune a passé la barre historique des 5 000 dollars, notamment parce que l'or est une valeur refuge face aux incertitudes suscitées par la politique trumpienne. Vers une augmentation des royalties de l'État ? Des conditions favorables dont la Côte d'Ivoire compte bien tirer profit, notamment avec la découverte en juin dernier d'un nouveau gisement dont les réserves sont évaluées à 100 tonnes d'or. Pour Seydou Coulibaly, le directeur général du ministère des Mines, « la révolution industrielle minière au niveau de la Côte d'Ivoire est une réalité ». Et parce que le secteur se porte bien, certains spéculent sur une possible augmentation des royalties que touche l'État ivoirien, en les élevant de 8 à 12%. Seydou Coulibaly ne confirme pas ce chiffre, « mais vu l'embellie du prix, explique-t-il, il peut arriver que l'État souhaite échanger avec le secteur privé. » Mais « pour l'heure, on n'est pas encore rendus à ce niveau », assure-t-il. La flambée du cours de l'or intéresse aussi la Chine, qui a récemment lancé une offensive majeure sur l'or ouest-africain, avec le rachat de plusieurs mines au Mali, ou encore, en Côte d'Ivoire.

Au Bénin, les femmes et les jeunes ont encore un accès difficile aux terres agricoles. Les Béninoises peuvent théoriquement hériter du foncier comme les hommes, mais dans les faits, c'est très rarement le cas. Quant aux jeunes, ils font face à des obstacles pour prendre la relève et cultiver la terre. Des solutions existent pourtant, et le plaidoyer progresse. Au Bénin le foncier est détenu par l'État mais géré par les chefs de collectivité qui l'attribuent le plus souvent à des présumés propriétaires masculins. Les femmes, privées de titre foncier, sont alors aussi privées de financement. « Pour aller demander un financement, il faut une garantie foncière. Une terre sécurisée avec titre foncier. La femme n'a pas de terre. La terre de qui elle ira prendre et aller donner comme garantie ? », explique Marie Aguewé, présidente de l'Association nationale des femmes agricultrices du Bénin (Anaf-Bénin). Les femmes se voient le plus souvent attribuer les terres les plus pauvres qu'elles mettent en valeur par l'agroécologie, avec le risque d'en être délogées à tout moment, pointe Marie Aguewé, elle-même cultivatrice de maïs et de soja dans la commune de Ouaké, département de Donga. « Quand ils voient que la terre est régénérée, on déplace [la femme exploitante], en prétextant par exemple : "Mon enfant qui était au Nigéria est revenu, il faut que je lui donne une exploitation. Je te prends ça là et je te mets ailleurs" ». L'accès à la terre difficile aussi pour les jeunes À défaut d'être propriétaires, les femmes peuvent pourtant sortir de cette précarité foncière, explique-t-elle, en signant un contrat. « Avec la loi sur le foncier, nous sommes en train de faire des contrats-types que nous déposons au niveau des décideurs pour que, d'un jour à l'autre, le présumé propriétaire terrien ne se lève pas pour déplacer l'agricultrice comme il veut. » L'accès à la terre est également compliqué pour les jeunes. Pourtant, rappelle Modeste Dayato, secrétaire de l'association des jeunes agriculteurs modernes du Bénin, les municipalités ont la possibilité de leur attribuer une partie de leurs réserves foncières. « Au niveau des communes, les municipalités ont donc ce devoir de faire des réserves. Mais, dans la pratique, ça ne se fait pas. Nous devons aller sur ce terrain, sur ce chantier-là, pour ramener les municipalités à prendre la décision d'accompagner la jeunesse à accéder à la terre. » Un tremplin, explique-t-il, pour accéder, plus tard, à la propriété foncière : « Ce sont des réserves municipales et donc les jeunes ne peuvent pas avoir le titre de propriété, mais ça leur permet déjà de commencer, d'avoir des terres déjà, peut-être aménagées. Et ils pourront faire des économies ensuite pour accéder à la terre. » Pour faciliter le financement des jeunes agriculteurs du Bénin, Modeste Ayato plaide pour que le Fonds national de développement agricole (FNDA), garantisse non pas 50%, mais 80%, du montant d'un prêt bonifié, quand il s'agit d'un jeune.

Le 2 février 2026, les autorités malgaches ont annoncé la levée du moratoire sur les permis miniers, sauf l'or. Ils étaient gelés depuis une quinzaine d'années. À Antananarivo, Akora Ressources a, dans la foulée, été la première entreprise à faire connaître sa demande de permis d'exploitation de minerai de fer. Si les autorités espèrent voir les investissements se multiplier – le secteur extractif représente aujourd'hui déjà la moitié des recettes extérieures de Madagascar –, les défis à la concrétisation des projets restent nombreux. « C'est un bon signal. C'est une façon aussi de dire : "Allez-y, allez-y, n'attendez pas les futures élections" », analyse Jean-Jacques Jung. Aujourd'hui consultant minier, il a travaillé plusieurs années sur l'île de Madagascar dans le grand projet de nickel et de cobalt d'Ambatovy. Plusieurs projets majeurs pourraient ainsi aboutir : « Il y a aujourd'hui un gros projet avec un investissement qui se rapproche du milliard de dollars, qui est un projet de l'entreprise américaine Energy Fuel. C'est un projet de sables minéralisés, en exploration depuis très longtemps. C'est aujourd'hui le projet le plus important. Il est dans les cartons depuis longtemps. » D'autres projets prometteurs dans le graphite portés par des Canadiens, des Australiens ou encore des Chinois, sont en attente, explique Jean-Jacques Jung. « Ce ne sont pas des projets extrêmement importants en matière d'investissements. On parle de projets à moins de 100 millions de dollars. Mais ils auront un impact non négligeable sur les rentrées de devises du pays », souligne l'expert. Mais pour ce connaisseur, il ne suffit pas d'envoyer un message politique : les freins sur le terrain restent nombreux. Il y a un sujet culturel et local avec le « souci des communautés de protection de leurs activités ». Autre frein majeur : celui du manque d'infrastructures. « Tout projet, qu'il soit minier ou autre d'ailleurs, a des soucis en matière d'approvisionnement d'électricité. Les routes sont dans un état pitoyable. Donc très souvent, les opérateurs qui construisent, par exemple, une mine hors des sentiers battus, sont obligés aussi de construire des routes, etc. », témoigne Jean-Jacques Jung. À cela s'ajoute la difficulté pour les entreprises internationales de trouver des ressources humaines qualifiées pour ces secteurs techniques. Sur l'île, les acteurs s'interrogent également sur le suivi des projets à venir s'ils venaient à se multiplier. « Nous avons peur parce que nous n'avons que deux bureaux de liaison de l'Office national pour l'environnement (ONE), à Tamatave et à Fort-Dauphin, alors que les mines sont partout à Madagascar. Nous aimerions donc avoir un cadre de collaboration avec l'ONU pour que nous puissions participer activement à l'évaluation environnementale et sociale dans la procédure de délivrance de permis », met en avant Clément Rabenandrasana, coordinateur national de l'organisation de la société civile sur les industries extractives. Environ 3 000 demandes de permis sont en attente de traitement par le Bureau du cadastre minier.

Depuis huit mois, la Guinée fait face à une pénurie persistante de billets de banque. Une situation qui freine l'activité économique et alimente la défiance envers le système bancaire. Malgré un plan de sortie de crise engagé par la Banque centrale et les banques commerciales, la distribution de liquidités reste lente et insuffisante. Les retraits de certains montants sont toujours limités en Guinée. Certes, les files d'attente sont moins longues devant les guichets de banque, mais c'est surtout parce que trouver des billets relève désormais du parcours du combattant. M'Bany Sidibé, habitant de Conakry et président de l'Union pour la défense des consommateurs, confie : « C'est une crise qui affecte non seulement les banques primaires, mais ça affecte aussi aujourd'hui les transactions électroniques, que ce soit au niveau d'Orange Money, que ce soit Mobile Money, que ce soit Kulu ou que ce soit d'autres entreprises qui font des transactions électroniques. Non seulement, ça participe au ralentissement de l'activité économique, mais aussi, ça crée assez de difficultés au niveau du consommateur. » Une crise de confiance durable entre l'État et les acteurs économiques Cette crise des liquidités freine les échanges. La perte de confiance des opérateurs économiques à l'égard du système bancaire guinéen constitue le principal carburant de cette pénurie. Pour l'économiste Mohammed Camara, il est impératif de renouer le dialogue avec les acteurs économiques, dont certains préfèrent désormais placer leur argent dans d'autres places financières comme Dakar, Bissau ou Freetown : « La difficulté aujourd'hui, c'est que ce cash ne passe plus par le système bancaire. Disons que c'est 10% de Guinéens qui ont un compte en banque. Les autres ont des comptes de monnaie électronique. La difficulté, c'est que les agents économiques sont habitués à faire leurs transactions en cash. Et depuis quelque temps, il y a eu une série de mesures entreprises par les autorités qui ont fait un peu peur aux agents économiques. Parce qu'il y a une crise de confiance entre ces opérateurs économiques et le système financier national. C'est qu'il faut voir la Guinée comme une place financière. Et la place financière doit rassurer. » Depuis l'arrivée de la junte militaire au pouvoir, les gels de comptes ciblés se sont multipliés. Les informations bancaires sont plus facilement transmises à la justice et les barrières réglementaires se sont renforcées. Conséquence : de nombreux acteurs économiques ont choisi de se débancariser. M'Bany Sidibé réclame le respect des règles fondamentales du secteur bancaire : « Tout le monde a eu peur des banques et nous nous sommes demandés pourquoi. D'abord, il faut une réforme structurelle au niveau de la banque centrale. D'abord, il faut que la protection, le secret bancaire soient respectés et que les acteurs n'interviennent plus lorsqu'ils doivent bloquer le compte bancaire. Que ça soit une décision de justice. » La Banque centrale avait, dans un premier temps, expliqué cette crise par une « thésaurisation massive » des billets en circulation, les Guinéens conservant leur cash hors du système bancaire. Mais la mise en circulation de nouveaux billets, en fin d'année dernière, n'a pas permis de régler la situation. Pour de nombreux analystes, la crise est désormais considérée comme structurelle, bien plus que passagère. À lire aussiCrise de liquidités en Guinée: «Nous demandons à la Banque centrale que les plafonnements soient levés»

Sur cette dernière décennie, d'après une étude de l'Observatoire de la finance du développement, Pékin a perçu plus d'argent du continent africain qu'il n'en a fourni. Les crédits accordés il y a une dizaine d'années arrivent à échéance, ainsi, la Chine est passée du statut de source de financement pour l'Afrique à celui de créancier. En parallèle, elle continue d'investir sur le continent, mais redessine profondément sa relation financière avec ses partenaires africains. En 2024, la Chine a accordé un peu plus de 2 milliards de dollars de prêts à l'Afrique, loin du pic de près de 30 milliards en 2016. Un changement drastique qui ne traduit pas un désengagement de Pékin à l'égard du continent, mais plutôt une évolution de la relation Chine-Afrique. Pour Philippe Aguignier, chercheur à l'Institut Montaigne et enseignant sur l'économie chinoise à l'Inalco, « la Chine a appris de ses expériences passées. Dans les années 2010, c'est peut-être allé trop vite, il n'y avait pas suffisamment d'examen critique de la qualité des projets ». Aujourd'hui, estime-t-il, « il y a un examen beaucoup plus rigoureux et sélectif des projets financés. » « Certains fondamentaux n'ont pas changé » On constate moins d'investissements dans des mégaprojets d'infrastructures, mais plutôt un resserrement vers des projets plus ciblés, dans le transport ou l'énergie. Pékin est aussi plus regardant sur les pays auxquels les crédits sont accordés. « Les vannes étaient ouvertes à partir des années 2010 jusqu'à la fin de la décennie. Mais avec le Covid, beaucoup de pays africains ont rencontré un ralentissement économique et ainsi des difficultés à rembourser. La Chine fait donc beaucoup moins de nouveaux crédits. » Ainsi, en 2024, d'après le Boston University Global Development Policy Center, seuls cinq États africains (Angola, RDC, Égypte, Kenya et Sénégal) ont obtenu des prêts de Pékin. Malgré cette évolution, « il y a certains fondamentaux qui n'ont pas changé », estime Philippe Aguignier. « La Chine finance principalement des projets qui intéressent la Chine : dans le domaine des ressources naturelles en particulier, mais également des projets d'infrastructures pour exporter les matières premières. » À lire aussiLa Chine continue l'accélération historique de ses exportations vers l'Afrique Une perception qui évolue Le partenariat Chine-Afrique évolue, tout comme sa perception par les gouvernements africains. Pour Magaye Gaye, économiste et ancien cadre de la Banque ouest-africaine de développement, « l'enthousiasme des années 2010 a laissé place à une lucidité croissante ». D'après lui, « les populations voient les infrastructures, mais constatent aussi le faible impact sur l'emploi industriel, la transformation locale et la montée en compétence ». Cette évolution du partenariat serait aussi « renforcée par l'arrivée de nouvelles générations politiques africaines, souvent plus jeunes et souverainistes ». Pour l'économiste, « le sentiment dominant n'est pas celui d'un rejet de la Chine, mais plutôt d'une exigence accrue de transparence, de retombées locales et de partenariats plus équilibrés ». En parallèle de cette reconfiguration de la relation Chine-Afrique, les pays africains diversifient leurs partenariats. « De plus en plus d'industriels se tournent vers des pays comme la Turquie, les Émirats arabes unis ou le Maroc », explique Magaye Gaye. À écouter dans La Chronique transportsLa Chine poursuit sa tournée en Afrique, centrée sur l'infrastructure et les partenariats stratégiques L'Afrique, pilier de la politique étrangère chinoise De son côté en revanche, Pékin continue de revendiquer une activité florissante sur le continent. Pour Selma Mihoubi, docteure en géopolitique de Sorbonne Université et spécialiste de l'influence informationnelle de la Chine en Afrique francophone, ces investissements sont même mis en avant dans les médias internationaux contrôlés par les autorités. « Si une entreprise chinoise construit une route au Sénégal ou au Niger, les reportages sur cette entreprise seront présentés comme une action d'aide au développement », mais à l'inverse, poursuit-elle, « il y a très peu de contenus dans les médias chinois qui traitent de l'exploitation de ressources minières sur le continent par des entreprises chinoises. C'est une manière de véhiculer des représentations favorables à la puissance chinoise ». Les médias chinois internationaux, comme la télévision CGTN, sont également utilisés pour contrer le narratif du « piège de la dette africaine », selon lequel certains pays africains seraient en difficulté après des prêts accordés par la Chine. Selon Selma Mihoubi, « il y a souvent du faux fact-checking, des articles qui expliquent qu'en réalité, les pays africains sont plus endettés à l'égard de leurs partenaires occidentaux que de la Chine ». Avec l'évolution de ses investissements sur le continent, Pékin entend toujours faire de l'Afrique un pilier durable de sa politique étrangère, alors que cette année marque les 70 ans de la relation entre la Chine et l'Afrique. À écouter dans Le livre international«Pour la Chine, l'Afrique est un grand laboratoire»

À Madagascar, plusieurs marques de vêtements haut de gamme ont vu le jour ces dernières années. Un écosystème très dynamique porté par de jeunes créateurs de mode malgaches soucieux de valoriser des matières premières et des savoir-faire locaux. Du design des pièces à leur commercialisation, ces entrepreneurs contrôlent l'essentiel de la chaîne de valeur. Si elles s'adressent dans un premier temps à une clientèle locale, ces marques aspirent à se faire connaître à l'international. Avec notre correspondant à Antananarivo, « Alors, là, je vous présente la chemise Iranja, une chemise en coton local entièrement crochetée à la main », nous présente Alexandra Denage. Elle nous reçoit dans son atelier de confection à Antananarivo. Cette créatrice franco-malgache a lancé il y a deux ans à Madagascar sa marque de prêt-à-porter haut de gamme, Denage, après avoir travaillé pour de grands noms de la mode en Europe. Son modèle économique est basé sur une chaîne de valeur presque 100 % locale, à l'opposé des usines textiles installées en zones franches à Antananarivo, qui produisent pour des enseignes étrangères. « Dans les zones franches, le tissu vient souvent d'Asie et sera déjà coupé ou dessiné, puis l'assemblage se fait ici avant que les pièces ne repartent ailleurs pour être terminées. On se retrouve sur une chaîne de valeur divisée partout dans le monde », explique-t-elle. « À la différence, dans notre atelier pour Denage, le dessin, la découpe, le collage, l'assemblage, tout se fait ici et la pièce est terminée ici », promeut l'entrepreneuse. Elle emploie aujourd'hui six couturières et a aussi lancé un Institut de la Mode et de l'industrie créative (IMIC), pour pallier le manque de formation dans ce secteur à Madagascar. « On confectionne ici pour les plus grandes marques du monde, notamment des grandes marques de luxe, mais on a très peu de marques locales connues », constate-t-elle. L'un des principaux freins, selon elle : les compétences. « Le patronage, par exemple, connaître les proportions, dessiner les pièces, avoir les bonnes mesures par taille... C'est une compétence locale très dure à trouver. On a un besoin de formation professionnelle et de structuration de toute cette chaîne de valeur de la mode », analyse Alexandra Denage. Des volontés de s'exporter Aina Luciana Rasoloarisoa, 31 ans, a créé sa marque Ain'Ampela. Elle produit du coton sauvage dans le sud-est de Madagascar, qui est ensuite travaillé par des tisserandes selon des techniques ancestrales : « On essaye de planter du coton, mais cela prend du temps. Le tissage du coton sauvage, c'est une filière complètement éteinte qu'on tend, en ce moment, à faire renaître. Les femmes tisserandes ont hérité ce savoir-faire de leurs ancêtres, de mère en fille. On va produire peu, mais ça va être de la bonne qualité, ça va durer dans le temps, on ne fait que du sur-mesure. » Pour toucher une clientèle principalement locale pour l'heure, à la fois malgache et expatriée, ces créatrices misent sur les réseaux sociaux et la présentation de leurs collections lors de défilés. Narove Soamamy, fondatrice de la marque Lovatsara.K, voit dans cette dynamique créative et entrepreneuriale une volonté d'affirmation culturelle. « Un créateur, quelle que soit son origine ethnique à Madagascar, peut travailler sur des signes culturels et mettre ça en valeur. Donc, les marques qui se distinguent aujourd'hui, chacune évolue sur son créneau. On arrive à reconnaître les marques par des signes bien distincts », témoigne Narove Soamamy. Une fois qu'elles seront pleinement rentables à Madagascar, ces marques comptent s'exporter sur de grandes places de la mode internationale, en Afrique, au Moyen-Orient ou en Europe. À lire aussiAchète-t-on trop de vêtements?

Une quarantaine de cotonculteurs ouest-africains, venus de six pays du continent, se sont réunis pendant trois jours à Dakar. Objectif : mettre en commun les bonnes pratiques et échanger sur les défis partagés par la filière, entre fluctuation des volumes dans un contexte de changement climatique, lutte contre les ravageurs et difficulté de financer les intrants agricoles. De notre correspondante à Dakar, Autour de la table, des producteurs de coton du Burkina Faso, du Cameroun, du Mali, du Sénégal, du Tchad et du Togo. Du bilan de l'année écoulée ressort un constat commun : entre la pluviométrie erratique liée au changement climatique, l'insécurité dans de nombreuses zones et la pression des parasites, impossible de maintenir un rendement satisfaisant sans appui de l'État. Principal plaidoyer de l'Association des producteurs de coton africains (AProCA) : obtenir davantage de soutien financier des pays producteurs. « Il faut que l'État subventionne les intrants, estime Koussouwè Kouroufei, président de la Fédération des groupements de producteurs de coton du Togo et de l'AProCA, surtout les engrais et les pesticides qui sont tellement chers aujourd'hui, surtout avec l'apparition de ce jasside. C'est une augmentation qui n'était même pas dans notre compte d'exploitation, donc, aujourd'hui, si l'État ne fait pas quelque chose, le producteur ne s'en sortira pas ». À lire aussiFace à un contexte mondial défavorable, le coton africain en lutte pour sa survie Le jasside, un ravageur qui fait exploser les coûts de production Le jasside, du nom de cet insecte ravageur apparu en Afrique de l'Ouest début 2020, provoque des dégâts considérables sur le coton. Comme au Cameroun l'année dernière, seul pays où il n'y a pas de subventions aux engrais ou pour l'achat de pesticides. Résultat : un important manque à gagner, comme en témoigne Gilbert Dousselbe, producteur de coton sur 20 hectares au nord du Cameroun : « C'est vrai, la campagne 2024-2025 a beaucoup joué sur le rendement, car on a eu l'attaque des jassides et le produit qu'on a utilisé pour contrôler ces jassides a eu aussi un autre effet, car ça a tellement coûté cher. En plus, les rendements ont baissé, ça a beaucoup joué sur les recettes ». Des recettes en baisse, avec une production en recul de plus de 20 %. Le Sénégal, une exception grâce à l'appui de l'État Il y a cependant une exception dans ce climat morose : le Sénégal, avec une production qui a presque doublé, elle est passée de 12 000 à 20 000 tonnes cette année. La recette ? « C'est la relation entre les producteurs de coton et la société cotonnière, explique Moussa Sabaly, producteur dans la région de Kolda, nous avons eu beaucoup de difficultés mais le gouvernement nous a soutenu et nous avons pu obtenir des intrants de qualité, à bon prix et à bonne date. L'État nous a soutenu sur le prix ». Dans un manifeste publié à l'issue de la réunion, les 15 pays membres de l'Association des producteurs de coton africains appellent les États à soutenir une filière particulièrement fragilisée, en facilitant l'accès à des intrants agricoles à des prix abordables et à du matériel de qualité, avec un objectif : produire au moins une tonne par hectare d'ici 2030. À lire aussiLes cotonniers africains sur le qui-vive refusent d'être déclassés

Après quatre ans d'arrêt, la seule raffinerie de pétrole publique du Ghana a finalement recommencé ses activités en décembre 2025. Une annonce précédée plus tôt dans l'année par des promesses d'investissements chiffrées à plus de trois milliards de dollars dans l'exploration et le forage. Au cœur de la stratégie de l'administration de John Dramani Mahama : la reconstruction de la confiance avec les géants du secteur, après des années de déclin. De notre notre correspondant à Accra, Un rendement en mesure de couvrir 40% des besoins en carburant du Ghana : voici ce que devrait permettre de produire la raffinerie de pétrole de Tema, selon les estimations de Kodzo Yaotse, responsable pétrole et énergie conventionnelle à l'Africa Centre for Energy Policy. De quoi soulager les finances du pays – le carburant représentant le premier poste d'importation du Ghana –, mais pas seulement. « C'est une très bonne nouvelle pour sa contribution à la sécurité énergétique du pays, spécifiquement en réduisant la dépendance énergétique en importation de produits raffinés. Mais également dans la constitution de réserves stratégiques de carburants essentiels à un niveau national », explique Kodzo Yaotse. D'une production de 28 000 barils raffinés par jour, la raffinerie de Tema espère presque doubler sa production dans un futur proche. Encore faut-il, selon Kodzo Yaotse, que la seule raffinerie administrée par l'État ghanéen ne retombe pas dans les travers qui ont conduit à sa fermeture, quatre ans plus tôt : « Accumulation de dettes chroniques, exposition à la volatilité des prix du pétrole brut, manque de devises étrangères ou encore mauvaise gestion généralisée au sein de l'entreprise... Depuis la reprise en main par le nouveau gouvernement, nous n'avons pas vu de stratégie accessible au public qui montre que ces problèmes ont été résolus de manière durable. » À lire aussiPétrole: au Ghana «l'objectif, c'est de produire jusqu'à la dernière goutte» « La rhétorique doit être suivi d'actes » En plus de l'arrêt de la raffinerie de Tema, le Ghana a par ailleurs connu, ces huit dernières années, une absence d'investissements majeurs dans l'exploration et le forage de pétrole brut. Des erreurs stratégiques auraient été commises par la précédente administration. « Ce qu'ils essayaient de faire, c'était d'optimiser les gisements en déclin, beaucoup moins de mener de nouvelles explorations. Donc d'exploiter la ressource jusqu'à la dernière goutte plutôt que de la faire grandir », avance Bright Simons, analyste au think tank ghanéen Imani. Résultat : la production de pétrole brut n'a fait que décliner depuis cinq ans, passant de 71 millions de barils environ en 2019 à seulement 48 millions en 2024. Une trajectoire que le président actuel du Ghana, John Dramani Mahama, entend bien changer. En septembre 2025, le gouvernement ghanéen a par exemple annoncé la signature d'un mémorandum d'intention de 1,5 milliard de dollars avec la major italienne ENI. Mais, d'après Bright Simons, le chemin est encore long avant de pouvoir en tirer réellement profit : « La rhétorique doit être suivie d'actes. Aujourd'hui, il y a un manque de coordination au niveau gouvernemental qui doit être adressé afin de pouvoir provoquer de réelles débouchées commerciales, et ainsi attirer encore plus d'investissements. » À lire aussiLe Ghana annonce le redémarrage de la raffinerie publique de pétrole de Tema

Le groupe British American Tobacco (BAT) menace de fermer sa seule usine de production sud-africaine. BAT se dit victime du marché illégal de cigarettes dans le pays ; l'entreprise estime qu'il représente environ 75% du marché. Seulement, derrière ce possible retrait du sol sud-africain, certains acteurs du secteur y voient surtout une manœuvre commerciale. Selon British American Tobacco, le marché du tabac sud-africain est aujourd'hui dominé à 75% par le commerce illégal de cigarettes. « On nous a longtemps promis des changements, mais rien n'est fait. Et aujourd'hui, nous avons tout simplement atteint un point où nous ne sommes plus en mesure de desservir un marché qui n'existe pas », se défend Johnny Moloto, en charge de la région Afrique subsaharienne pour l'entreprise. Seulement, dans son communiqué, BAT annonce passer à un modèle d'importation. La multinationale souhaite donc quitter l'industrie sud-africaine, mais pas son marché. Une situation incompréhensible pour Sinen Mnguni, président de FITA, une coopération d'acteurs du tabac créée en 2012 pour faire face aux grandes entreprises du secteur : « Si vous n'êtes pas satisfait des règles, pourquoi produire à l'étranger pour ensuite importer en Afrique du Sud ? En fin de compte, ils licencient des employés en Afrique du Sud et souhaitent désormais avoir le moins de relations possible avec les autorités sud-africaines. Tout en faisant en sorte que la réglementation soit si stricte pour les acteurs locaux et qu'il leur sera impossible de faire des affaires. Ils veulent renforcer leur contrôle à tel point que les acteurs locaux ne puissent plus les concurrencer. » Un coup de bluff de British American Tobacco ? La situation illustre le combat entre petits producteurs et multinationales. Quelques jours après l'annonce par BAT de la fermeture de son usine fin 2026, plusieurs médias sud-africains révèlent qu'en parallèle, l'entreprise a racheté plus de 100 000 de ses propres actions. « Le cœur de cette histoire, c'est surtout l'intérêt des actionnaires, décrypte le professeur Lekan Ayo-Yusuf, directeur du Centre africain pour la surveillance de l'industrie du tabac, mais ils utilisent désormais la question du commerce illicite pour forcer le gouvernement à négocier et à les aider à retrouver une place dominante, puisqu'ils ne sont pas en mesure de battre leurs concurrents sur le marché… Vous savez, BAT est une entreprise très rusée. Par exemple : BAT est désormais le plus grand détenteur de parts de marché dans le domaine des cigarettes électroniques. Ils pourraient alors tenter d'utiliser ce problème de commerce illicite, qui concerne les cigarettes traditionnelles, pour faire pression sur le gouvernement et obtenir une exemption des restrictions publicitaires ou des taxes sur les cigarettes électroniques, tout ça pour compenser leurs pertes liées au tabac. » Le professeur utilise l'expression « faire pression », parce que BAT parle maintenant de continuer sa production locale si la part du commerce illicite chute drastiquement en Afrique du Sud. À lire aussiLe tabac: histoire d'un produit populaire devenu un problème de santé publique

En juillet 2025, le Parlement éthiopien a adopté une importante réforme fiscale. Objectif : moderniser son système de collecte de l'impôt pour augmenter les recettes de l'État. Six mois après son entrée en vigueur, les conséquences de cette révision se font sentir auprès des petits commerçants, auxquels les autorités demandent toujours plus de taxes. Avec notre correspondante à Addis-Abeba, La file de clients ne désemplit pas devant l'épicerie d'Assefa. À l'angle d'un chemin escarpé du quartier de Kotebe, à Addis-Abeba, le commerçant vend depuis quatre ans des produits du quotidien comme l'huile, le sucre ou des légumes. Mais cette année, Assefa est amer : les taxes exigées par les autorités d'Éthiopie ont explosé. « Cette année, j'ai payé entre 25 000 et 30 000 birrs de taxes. L'année dernière, on m'a demandé entre 3 000 et 5 000 birrs. Quand j'ai vu ça, j'étais dévasté. Ca m'a beaucoup stressé. Le gouvernement ne nous aide vraiment pas avec cette politique, ça détruit les petits business. On ne peut pas payer ces sommes et en même temps bien gagner notre vie », confie-t-il. Assefa fait partie des nombreux propriétaires de petites entreprises étranglés par les taxes. Car pour atteindre l'objectif ambitieux de recettes de 1 200 milliards de birrs éthiopiens, fixé pour le dernier exercice fiscal, les autorités ont besoin de collecter toujours plus d'argent. Les PME exerçant dans le système formel sont les premières touchées, explique Hayat Fedlu, économiste et rédactrice pour Business Review Magazine. « La plupart des petites entreprises opèrent dans le secteur informel. À cause de cela, l'État éprouve des difficultés à percevoir des recettes fiscales. Le système s'est donc focalisé à tort sur les cibles faciles, à savoir les petites entreprises déclarées », détaille-t-elle. Encourager la formalisation À l'origine de cette situation, on retrouve la révision du système fiscal éthiopien, en vigueur depuis six mois. « La dernière réforme de l'impôt sur le revenu a introduit un nouveau mécanisme d'imposition des petites entreprises, basé sur le chiffre d'affaires annuel », décrypte Edris Seid, économiste spécialiste de la fiscalité. « Or, j'ai constaté que certaines entreprises sont surtaxées simplement parce qu'elles sont sous la surveillance des agents du fisc. Lorsque ces agents sont chargés de recouvrer des impôts supplémentaires, ils s'en prennent généralement aux entreprises formelles qui paient déjà leur juste part », poursuit-il. Pour l'économiste, des solutions existent pour rendre ce changement moins brutal auprès des petits commerçants : « Le gouvernement doit faciliter quelque peu l'enregistrement ou la formalisation, afin de leur permettre d'intégrer l'économie formelle. Ce qui lui permettra de collecter davantage d'impôts. » Les montants, jugés exorbitants par les commerçants et exigés par les autorités font partie, des raisons qui ont poussé à l'expiration de plus de 80% des licences commerciales en 2025. À lire aussiL'économie informelle en Afrique

Mi-janvier, la Somalie, en conflit diplomatique avec les Émirats arabes unis, a annoncé annuler tous les accords avec Abou Dhabi. Parmi eux, Mogadiscio vise notamment le contrat d'exploitation du port de Berbera, opéré par DP World au Somaliland. Hargeisa et l'opérateur émirien ont réfuté la compétence de Mogadiscio sur ce port. Un port au cœur d'enjeux croisés. Cette sortie de Mogadiscio est la dernière en date d'une longue série. En 2024 déjà, un accord avec l'Éthiopie devant lui permettre un accès à la mer suscitait une levée de boucliers de la part de la Somalie. À lire aussiL'Éthiopie signe un accord avec le Somaliland pour avoir accès à la mer Pour Yann Alix, spécialiste des infrastructures portuaires africaines, ces frictions révèlent l'enjeu stratégique du port de Berbera : « Aujourd'hui, dans la lecture géopolitique que l'on peut faire sur l'exploitation des trafics de conteneurs dans la Corne d'or, c'est cette mise en avant, évidemment, de l'importance géostratégique et géoéconomique des terminaux à conteneurs dans le fonctionnement socio-économique des nations et de toute la Corne d'or. » Le gérant de la fondation Sefacil rappelle : « On l'avait déjà vu avec Djibouti et le litige qu'ils avaient avec DP World. Et donc effectivement, ce sont des assets stratégiques qui sont de plus en plus exposés, finalement, à la turbulence géopolitique du monde que l'on vit aujourd'hui. » Berbera suscite l'intérêt du fait notamment de sa position géographique, aux portes du canal de Suez. « Berbera est comme un balcon sur un énorme corridor maritime, ce balcon sur le Bab el-Mandeb est incontournable », décrit Ali Hojeij, avocat d'affaires, spécialiste des infrastructures portuaires en Afrique. Berbera, en chiffres, c'est aujourd'hui « à peu près 1 050 mètres de quais, dont un nouveau quai conteneur de 400 mètres, un tirant d'eau de 17 mètres, et une capacité annuelle moyenne d'EVP, donc pour les conteneurs, on est aujourd'hui à 500 000 en moyenne ». À lire aussiSomaliland: le port de Berbera au cœur des tensions entre la Somalie et les Émirats arabes unis DP World s'est engagé à investir 440 millions de dollars Depuis sa prise opérationnelle en 2017, DP World revendique avoir fait progresser le volume de cargo de 35 %. Le Somaliland importe l'essentiel de sa consommation par Berbera : principalement des produits alimentaires, des produits pétroliers, des matériaux de construction et tous types de machines et d'équipements. Un accès vital pour son approvisionnement, mais également stratégique pour l'entrée des devises. Spécificité : Berbera s'est imposé dans la région sur le segment de l'exportation de bétail sur pied, c'est-à-dire moutons, chèvres et vaches, mais aussi chameaux. « Il a une capacité de bétail qui est aujourd'hui d'environ 4 millions de têtes par an pour les terminaux spécialisés. Et si on observe au-delà de la question bétail, qui, en effet, est essentielle non seulement pour le Somaliland, mais aussi pour l'hinterland de l'Éthiopie, on voit de manière plus globale en termes de performance que les ports de Berbera et de Djibouti, bien sûr, qui est plus grand que celui de Berbera, sont quand même devant Mombasa », souligne Ali Hojeij. En 2024, l'exportation a rapporté plus d'un demi-milliard de dollars au Somaliland, en augmentation de 20 % sur un an. Pour tenir le rythme, à terme, DP World s'est engagé à investir 440 millions de dollars dans les infrastructures portuaires de Berbera. À lire aussiLe port de Berbera au centre de l'accord entre l'Éthiopie et le Somaliland

Dans la préfecture de Siguiri, dans le nord-est de la Guinée, région riche en or, l'orpaillage artisanal est l'activité économique qui emploie le plus. Selon des estimations, plus de 200 000 personnes en tirent un revenu direct. Mais, cette activité présente des risques. Régulièrement, des puits s'effondrent sur les mineurs. Les sites d'orpaillage bénéficient certes de l'assistance de la Croix-Rouge pour les secours, mais cela ne suffit pas toujours. De notre envoyé spécial à Siguiri, Au fond de son puits d'une dizaine de mètres, Sidiki remplit des seaux de boue et de roches qu'il a extraites avec sa pioche. Quand le seau est plein, il est remonté avec une corde par des personnes restées à la surface. Si les orpailleurs ont de la chance, ils y trouveront de la poussière d'or. Sidiki remonte à la surface, ses vêtements sont recouverts de boue, son visage aussi. Il a une quarantaine d'années, cela fait vingt ans qu'il est mineur, et il a déjà connu un accident. « C'est un travail difficile, témoigne le mineur. J'ai déjà vu un éboulement sur d'autres mineurs. Et moi, ça m'est aussi arrivé une fois : j'étais dans le puits, j'ai cherché à me lever, il y a eu un bruit puis ça s'est effondré. J'ai crié et cinq personnes sont venues m'aider : ils ont creusé pour enlever la terre et j'ai pu sortir. Mon corps était entièrement enseveli, sauf ma tête. J'ai eu de la chance. » Et même s'il a vécu cet épisode traumatisant, il continue à descendre. « Malgré ça, je n'ai pas peur. Je n'ai pas d'autre travail donc je continue de faire ça pour nourrir ma famille », explique-t-il. « Il a eu de la chance, mais il est maintenant handicapé » Mounir, lui, reste à la surface pour remonter les seaux. Il a 18 ans, il était chauffeur, mais un accident lui a causé des problèmes de vue, alors il travaille ici depuis deux ans. Quand il a débuté, il descendait dans les puits, mais il a arrêté à cause du danger que cela représente. « C'est très profond, c'est obscur et on a du mal à respirer quand on est au fond. J'ai déjà vu un éboulement, tout s'est effondré sur le creuseur. Les autres ont pu le sortir, il a eu de la chance, mais il est maintenant handicapé. Ses hanches sont abîmées, il ne peut plus marcher normalement. Depuis, ça me fait peur. Même si on gagne plus d'argent quand on descend, je ne veux plus le faire », détaille Mounir. Souvent, les accidents se produisent à cause de négligences. « Généralement, c'est lorsque les consignes de sécurité ne sont pas appliquées », déplore M'Bemba Bayo, le président de la Croix-Rouge dans la préfecture de Siguiri. « Là où on creuse et qu'il y a faille, les traditionnels sont informés et ils interdisent et balisent la zone pour interdire l'accès au site. Mais si vous ne respectez pas les consignes de sécurité et que vous descendez en l'absence des chefs traditionnels, s'il y a effondrement, c'est que vous n'avez pas respecté », détaille-t-il. En cas d'effondrement, la Croix-Rouge aide les orpailleurs à sortir les victimes, à leur appliquer les premiers soins et à les évacuer vers un centre de santé. Malgré ces risques, le cours élevé de l'or incite toujours plus d'orpailleurs à creuser le sol pour en trouver. À lire aussiRemède à la misère pour certains, l'or transforme en profondeur la société guinéenne

Comment aider les Tunisiennes à devenir propriétaires de leurs terres agricoles ? Elles représentent 80 % de la main-d'œuvre agricole, mais seulement un quart d'entre elles tiennent une exploitation. Pour les aider à se mettre à leur propre compte, ou à acheter leurs terres, ces dernières années, des programmes leur viennent en aide. Grâce à des bailleurs de fonds ou des financements étatiques, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer. Derrière son stand bien achalandé, Dhekra Ben Salah présente fièrement son huile d'olive. Elle a fait le déplacement depuis le Kef, au nord de la Tunisie, pour faire découvrir son travail à l'occasion d'un événement à Tunis. Le résultat d'un labeur acharné pour cette ingénieure agronome reconvertie à l'agriculture. « J'ai planté dix hectares d'olives de la variété Chetoui », explique-t-elle. C'est grâce à un prêt foncier, « une opportunité que donne l'État pour les ingénieurs agronomes », qu'elle a pu se lancer. Un prêt sur 25 ans avec un taux d'intérêt à 3 %, une aubaine pour elle qui a toujours voulu revenir sur sa terre natale après des années passées à l'étranger. Malgré ce coup de pouce, les difficultés restent nombreuses, notamment pour « la vente en ligne, la visibilité ou le financement. Par exemple, pour exporter un produit, il faut avoir certaines certifications, telles que le bio qui coûte au minimum 4 000 dinars par an ». Des collectifs pour s'entraider Cela représente un budget considérable pour ces agricultrices-entrepreneuses qui partent souvent de rien. Comme Meriem Majdi, qui tient un collectif d'agricultrices à Sidi Bouzid, au centre-ouest tunisien. « Au début, on n'avait pas grand-chose, à part le savoir-faire lié au bois d'olivier », raconte-t-elle tout en se prenant en photo avec des représentants étrangers sur son stand. « On s'est organisées à plusieurs pour s'entraider et aussi créer plusieurs produits de la région. On a participé à des formations et on a réussi à se rendre plus visibles. Et après une visite organisée par l'Organisation internationale du travail en Afrique, on a commencé à participer à des foires africaines et maintenant, nous avons un réseau. » Aujourd'hui, avec trente femmes de la région, Meriem Majdi exporte de l'huile d'olive et du bois d'olivier vers la Côte d'Ivoire et le Kenya. Cette constitution en collectif leur permet aussi de sortir du travail informel et de constituer des entreprises durables. Un élan important pour ces femmes qui représentent près de 50 % de la population rurale active. À lire aussiEn Tunisie, les femmes apportent un nouveau souffle au secteur de l'olive

Les rebelles du M23 contrôlent plusieurs gisements stratégiques et font transiter les minerais par le Rwanda, un moyen clé de financement du conflit. C'est notamment le cas des mines de Rubaya, situées à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Goma, qui fourniraient entre 15 et 20 % du coltan mondial et restent toujours sous le contrôle du M23. Chaque jour, des milliers de creuseurs artisanaux gravissent les collines de Rubaya, pelles et pioches en main, dans l'espoir de trouver sous terre de précieux fragments de coltan. Les équipes de jour et de nuit se relaient sans interruption sur ces sites hautement convoités. Le M23 y prélève des taxes importantes : 50 000 francs congolais par jour et par puits. Une spoliation organisée qui se poursuit, selon Jean-Pierre Okenda, directeur de l'ONG congolaise La Sentinelle des ressources naturelles. « La guerre, c'est l'argent, et l'argent, ce sont les mines de Rubaya. En réalité, c'est l'essentiel du budget du M23, compte tenu de l'importance du gisement et de la qualité du coltan. Rubaya reste l'épicentre de cette guerre et permet de ravitailler suffisamment le M23, et bien entendu le Rwanda », explique-t-il. À lire aussiEst de la RDC: les minerais des Kivus entre économie, géopolitique et insécurité (rfi.fr) Une contrebande de minerais avérée Une fois extraits, les minerais sont vendus à des négociants, qui s'acquittent eux aussi d'un agrément annuel auprès du M23. Le coltan est ensuite confié à des transporteurs qui l'acheminent jusqu'à Mubambiro, près de Goma, avant de franchir la frontière rwandaise. À ce stade, les minerais sont mélangés à d'autres productions, ce qui rend leur traçabilité quasi impossible. Des fraudes documentées par le programme ITSCI, chargé de promouvoir des chaînes d'approvisionnement responsables. Son directeur, Mickaël Daudin, pointe des incohérences. « Prenons l'exemple du Rwanda. Nous avons mis en place des contrôles efficaces au niveau local et constatons que, sur l'année 2025, les données de production tracées sont restées stables. En revanche, si l'on observe les statistiques internationales, on note une très forte augmentation des importations, en particulier de tantale, en provenance du Rwanda », souligne-t-il. Des gisements dans l'accord USA-RDC ? Les mines de coltan de Rubaya figurent aujourd'hui sur la liste des projets proposés par la RDC aux États-Unis dans le cadre d'un accord sur les minerais stratégiques. Le pari de Kinshasa : attirer l'intérêt américain pour sécuriser la zone. Un espoir que tempère Jean-Pierre Okenda. « On peut considérer cet accord comme un échange minerais contre sécurité. Kinshasa nourrit beaucoup d'attentes, car les minerais sont la clé de voûte de tout le système. Il y a clairement une volonté des États-Unis de contrer la Chine en RDC. Mais il faut relativiser : une exploitation industrielle n'est pas possible sans une pacification durable de la région », avertit-il. Récemment, le groupe suisse Mercuria et un fonds d'investissement américain ont annoncé des investissements pour moderniser l'extraction à Rubaya. Un effet d'annonce, selon plusieurs experts, qui estiment que le Rwanda ne renoncera pas à l'exploitation de ces ressources sans garanties solides. À lire aussiAccord sur les minerais États-Unis-RDC: de quels projets parle-t-on?

Au Maroc, la CAN s'est achevée dimanche 18 janvier 2025, et a battu tous les records en termes économiques. Une augmentation de plus de 90 % des revenus pour l'organisateur, record de sponsors (23), record de spectateurs en tribune avec plus de 1,3 million. Du côté marocain, c'est un premier bilan très positif qui en est tiré, notamment en termes de développement. « Ce sont des méga-chantiers, dans tout le pays, qui sont accélérés par ces rendez-vous, analyse Ryad Mezzour, le ministre de l'Industrie et du Commerce. Ces rendez-vous viennent avec des exigences, ils nous mobilisent. Pour vous donner une idée, on est sur 40 milliards d'investissements par an. Ces deux dernières années, organiser la CAN nous a fait gagner dix ans de développement en termes d'infrastructures. » Avec un record annuel de 20 millions de visiteurs, le secteur du tourisme est en première ligne. Mais la ministre en charge, Fatim-Zahra Ammor, y voit un catalyseur sur un plan politique plus global : « Ce qu'il faut retenir, c'est que, grâce au leadership de Sa Majesté aujourd'hui, nous avons mis en œuvre une feuille de route pour laquelle le gouvernement a investi, a mobilisé 600 millions d'euros depuis 2023. » Objectif : 26 millions de visiteurs d'ici la fin de la décennie : « Nous avons mis en place des leviers qui ont montré leur efficacité et que nous continuons à déployer. On a renforcé de manière significative la connectivité aérienne et beaucoup investi dans l'hébergement, mais également dans l'offre d'animation pour augmenter les durées moyennes de séjour et pour augmenter les revenus. » De nouveaux marchés Avec six villes d'accueil, la compétition a permis de mettre en valeur des destinations peu touristiques. La CAN a également permis d'attirer de nouveaux publics : du Nigeria, de l'Afrique du Sud, mais également d'Asie. Hamid Bentahar est le président de la Confédération nationale du tourisme. Il a remarqué de nouveaux types de demandes. « Cela a eu un impact sur l'activité des congrès, des séminaires et des demandes qui arrivent, de marchés avec lesquels on faisait peu de business dans le passé et qui s'intéressent de plus en plus au Maroc, témoigne-t-il. Je n'ai jamais reçu autant d'appels que ces derniers temps sur des investisseurs africains qui ont envie d'investir au Maroc et qui voient le Maroc, au-delà d'une terre d'hospitalité, comme une terre d'opportunité, d'investissement. » Le Maroc a été cette année marqué par les manifestations de la GenZ aux revendications sociales. Pour la ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire du Maroc, l'organisation de ces évènements sportifs doit bénéficier aux populations. « Quand on met un TGV entre Casablanca et Marrakech, ce sont d'abord les Marocains qui vont en profiter. Il y a beaucoup de projets dans le secteur de la santé qui sont en cours et qui profiteront aux Marocains. Quand on prévoit de mettre un RER également, ce sont les Marocains qui en profiteront, met en avant Fatim-Zahra Ammor. Tous ces événements, comme la Coupe du monde 2030, par exemple, ainsi que tous les projets qui y sont associés, sont des accélérateurs de développement pour notre pays d'abord et pour sa population. » Selon les autorités, 25 000 emplois sont créés chaque année dans le secteur du tourisme ; elles visent 150 000 emplois d'ici à 2030. À lire aussiCAN 2025: le Maroc, déjà première destination en Afrique, attend des retombées touristiques

Alors que le cours de l'or atteint des sommets, le Cameroun peine à tirer profit de sa production aurifère. Le dernier rapport de l'ITIE révèle un écart spectaculaire entre les exportations officiellement déclarées et les chiffres avancés par les pays importateurs, mettant en lumière une filière minière largement opaque. 22,3 kilos d'or exportés en 2023 : c'est le chiffre communiqué par l'administration camerounaise et repris dans le dernier rapport de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Un volume dérisoire comparé aux données du principal pays importateur, les Émirats arabes unis, qui affirment avoir acheté près de 15 tonnes d'or camerounais sur la même période. Un écart qui soulève de sérieuses interrogations sur la production réelle du pays. Pour Marc Ummel, responsable Matières premières au sein de l'ONG Swissaid, plusieurs explications se superposent. « Il peut y avoir eu une augmentation de la production d'or au Cameroun. Mais on sait aussi, et cela a été documenté, qu'une partie de l'or de Centrafrique transite en contrebande par l'est du Cameroun avant d'être réexportée vers les Émirats arabes unis. » La production officiellement déclarée reste extrêmement faible. « Une grande partie de l'or n'est pas déclarée. Il y a beaucoup de production illégale et un écart très important lié à la contrebande », souligne Marc Ummel. De l'or qui s'échappe très rapidement S'exprimant sur ce décalage, le ministre des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique par intérim, le Pr Fuh Calistus Gentry reconnaît les limites de l'appareil étatique. Il estime que la société nationale des mines, la Sonamines, ne dispose pas des moyens « financiers et technologiques » nécessaires pour assurer un suivi efficace de la production aurifère. Ce manque de structuration de la filière aurifère est dénoncé notamment par le chercheur Bareja Youmssi, expert en mines et pétrole à l'université de Bamenda, qui pointe une filière mal structurée. « Notre compagnie nationale minière intervient uniquement en aval, au niveau de la collecte et de la commercialisation. Mais qui s'occupe de l'exploitation ? C'est là que l'or nous échappe. Avec une réelle volonté politique, le Cameroun pourrait produire jusqu'à 20 tonnes d'or par an. », estime-t-il. Extrait en grande partie dans l'est du pays, l'or camerounais transite de collecteur en collecteur avant d'être acheminé vers Yaoundé ou Douala. Il est ensuite vendu à des bureaux d'achat et à des sociétés de trading souvent opaques, avant d'être exporté, principalement vers les Émirats arabes unis. « L'or est transporté par des personnes, en bagage à main, jusqu'aux Émirats arabes unis. Une partie est aussi passée par l'Ouganda en 2024 avant d'y être exportée, explique Marc Ummel, il y a un phénomène de contrebande extrêmement important. Il y a vraiment un besoin ou une nécessité que les autorités s'engagent pour lutter contre ce fléau de la contrebande et que cet or soit déclaré pour que l'État en profite ». Selon l'ITIE, ces dysfonctionnements auraient entraîné des pertes estimées à 1,8 milliard de francs CFA pour la Sonamines sur la seule année 2023. Face à cette situation, le directeur général de la société d'État a réclamé la fermeture immédiate de tous les sites semi-mécanisés illégaux, jusqu'à leur mise en conformité.

Construire des écosystèmes économiques durables, développer les industries, les transports et les opportunités d'emploi tout en misant sur la collaboration entre les pays : les projets de corridors intégrés fleurissent sur le continent. Bâtis autour d'axes de circulation, ce sont bien plus que de simples infrastructures destinées à exporter des matières premières, mais plutôt la promesse d'un développement économique qui profite au plus grand nombre. De notre envoyée spéciale à Luanda, L'autoroute Abidjan-Lagos, qui doit relier sur plus de 1 000 kilomètres cinq mégapoles d'Afrique de l'Ouest, est un exemple des grands projets de corridors qui se multiplient sur le continent. Ces grands travaux ont pour but de stimuler le développement économique et industriel, ainsi que le commerce entre les pays. Pour Amine Idriss Adoum, directeur en charge des infrastructures à l'agence de développement de l'Union africaine, cela représente un changement de paradigme : « Aujourd'hui, si vous regardez le commerce transfrontalier ou le commerce intra-africain, c'est à peu près 15 %, ce qui est extrêmement bas par rapport au reste du monde. Pendant longtemps, nous avons fait l'erreur de croire que les projets de transport doivent servir uniquement pour exporter. Nous sommes en train de montrer que la mobilité a un véritable impact économique. » La mobilité pour encourager l'intégration nationale, une ambition qui nécessite de la part des pays concernés de gros efforts d'harmonisation des politiques et de gouvernance. C'est même « le principal défi » pour Pedro Pinto, PDG de Dominio Capital, une entreprise liée à la logistique du secteur pétrolier : « La plupart de ces investisseurs craignent que la situation d'un pays donné ne change radicalement d'ici trois, quatre ou cinq ans. » Le corridor de Lobito, un modèle Avec des objectifs économiques et sociaux multiples, les corridors intégrés sont des projets très ambitieux, qui appellent des investissements massifs. Cette dimension supplémentaire demande le soutien des investisseurs et partenaires. « Ce sont des projets d'éducation, de santé, qui sont plus complexes que faire purement des infrastructures, estime Sergio Oliete, en charge des transports à la Commission européenne. Si on veut faire bien les projets, ils sont plus complexes et plus coûteux. » Déjà bien avancé, le corridor de Lobito, qui doit permettre de relier les régions minières de la Zambie et de la RDC à la façade atlantique de l'Angola, est souvent érigé en modèle de ces nouveaux corridors intégrés. Le long de la ligne ferroviaire sont prévus la création de zones économiques spéciales, l'extension de la couverture du réseau mobile ou encore le développement du secteur agricole. À lire aussiAngola: les États-Unis accordent un prêt pour moderniser le tronçon angolais du corridor de Lobito

Ces quinze dernières années, la ville de Baga Sola dans la province tchadienne du Lac a connu un essor économique sans précédent avec l'arrivée massive d'organisations humanitaires déployées en réponse aux exactions de Boko Haram. Mais aujourd'hui, sous l'effet conjugué de la multiplication des crises et des baisses des financements occidentaux, les ONG se retirent de la zone, le Lac sombre dans l'oubli de l'aide internationale et Baga Sola périclite. De notre envoyé spécial de retour de Baga Sola, « Actuellement nous sommes au carrefour, station Cho Cherif », explique Vincent Gouara Lassou, agent de protection pour Handicap International à Baga Sola. Il nous sert de guide aujourd'hui. Ici, c'est le cœur de la ville. Avant « il y avait de l'ambiance. Il y avait des embouteillages tout au long de la route. Les gens mettaient ici des marchandises. Et quand vous regardez avec moi, maintenant tout est quasiment vide, décrit-il. Derrière là, c'était un bureau d'une ONG nationale. Ils ont perdu les financements. C'est pourquoi ils ont quitté ce bâtiment. C'est vraiment la crise. » Après 15 ans de crise humanitaire, l'attention se détourne du Lac. Les efforts sont redirigés vers l'Est du Tchad où affluent les réfugiés soudanais. Puis en janvier, la suspension de l'aide américaine est un nouveau coup dur : « Il y a des pères de familles qui se retrouvent à la maison, sans travail, puisqu'ils sont arrivés au terme de leur contrat et avec la rupture des financements ils sont partis. Donc, je me retrouve presque seul. Et cela m'affecte aussi. » « Ça nous a vraiment impactés » Tous les pans de l'économie sont touchés à Baga Sola. « Même au marché, vous trouvez des commerçants qui se plaignent car ils ne voient plus personne », intervient Vincent Gouara Lassou. Bienvenue Balong est l'un de ces commerçants. Il fournit les ONG en véhicules et carburant. « Auparavant par mois, je vendais au moins 68 000 litres. Mais de nos jours, je n'arrive même pas à vendre 30 000 litres. De 2015-2016 à nos jours, on est descendu à vraiment 35 % du chiffre d'affaires », se plaint-il. La politique de Trump et l'arrêt de nombreux financements ont été un coup dur. « Ça nous a vraiment impactés En janvier, on n'a pas travaillé. En février, on n'a pas travaillé. Jusqu'à mars, il n'y avait rien. Et si ça nous touche, ça touche aussi la population. Elle vit pire que nous », déplore-t-il. La population souffre également de l'arrêt des distributions du Programme alimentaire mondial qui a perdu près de la moitié de ses ressources au Tchad par rapport à l'an dernier. L'organisation humanitaire a également fermé son bureau de Baga Sola et cessé d'opérer les vols humanitaires vers la province, accentuant encore son isolement.

La malnutrition infantile reste très importante sur le continent. Un tiers des enfants de moins de 5 ans souffre de malnutrition chronique, note l'Unicef. Une malnutrition souvent déterminée par la qualité et non la diversité des aliments donnés aux enfants. Ces dernières années, les scandales liés à l'alimentation pour bébé se sont multipliés. Les pratiques de grandes multinationales comme Nestlé sont dénoncées. Dans le même temps, de petites entreprises agro-alimentaires investissent de plus en plus le terrain de l'alimentation pour bébé. « Je suis Marie-Ange Ehounou, nutritionniste, diplômée d'État de la petite enfance et maman d'enfants en bas âge. » En 2018, cette jeune mère ivoirienne nourrit son bébé avec des aliments achetés dans le commerce. Elle pense bien faire, mais fait face à une situation inattendue. « J'ai été frustrée, révoltée par le vécu malheureux avec mon fils Kylian. Il a été atteint de malnutrition infantile et a failli mourir », témoigne-t-elle. Elle décide alors de faire une formation de nutritionniste et alimente un blog dédié. La demande d'informations et de produits de qualité est importante. Marie-Ange Ehounou se lance ainsi dans l'aventure Pouyou, la production de farine locale à base de produits sourcés et contrôlés. Pouyou compte aujourd'hui une dizaine d'employés, travaille avec une centaine d'agricultrices ivoiriennes et produit un peu plus de 40 000 tonnes de farine par an. Malgré la croissance de son activité, les défis ne manquent pas. « Surtout au niveau de la recherche de financements, explique l'entrepreneuse, parce que pour une start-up comme la mienne, où le marché est existant - il est fiable, il est viable et il croît rapidement -, il faut tout de suite avoir de l'argent pour pouvoir booster l'entreprise. Donc le défi est plus à ce niveau-là ». À écouter dans Le Conseil santéL'alimentation idéale pour le nourrisson Alimentation pour bébé : un marché de plus d'un milliard d'euros En septembre dernier à Cotonou, l'Unicef a lancé l'initiative First Foods Africa. Un de ses objectifs : soutenir une agro-industrie dédiée à l'alimentation pour bébé de qualité. « On veut engager des entreprises locales qui cherchent à améliorer la nutrition des jeunes enfants. Quand on a identifié ce type d'entreprise, nous, on facilite l'investissement », détaille Mauro Brero, spécialiste nutrition de l'UNICEF. Il prend l'exemple des entreprises moyennes « qui n'ont pas un accès très facile aux financements parce qu'elles n'ont pas accès au microcrédit, parce qu'elles sont trop grandes pour le microcrédit ». Elles n'ont pas accès également « aux financements traditionnels par des banques, parce qu'elles ne peuvent pas donner de garanties suffisantes ». « C'est ça qu'on cible aussi », pointe Mauro Brero. Un secteur qui ne peut cependant pas avancer sans un appui politique important. « On travaille avec les gouvernements pour améliorer les standards et les politiques régulatrices, parce que c'est important d'avoir un environnement politique qui est favorable à la production locale et au business et en même temps, qui respecte les meilleurs standards », explique encore le spécialiste de l'UNICEF. « Parfois, ce n'est pas facile parce qu'on fait face à un lobbying très fort de certaines entreprises multinationales, mais les gouvernements peuvent aller dans cette direction, concède-t-il. On a la preuve que dans certains pays, c'est en train de marcher. » Pouvoir d'achat et prise de conscience des populations créent une demande de plus en plus importante. L'alimentation pour bébé est un secteur porteur. Ce marché, évalué à 600 millions d'euros en 2022, devrait dépasser le milliard cette année. À écouter dans Priorité santéQuestions de femmes: la diversification alimentaire chez l'enfant

La Côte d'Ivoire est l'un des plus gros producteurs de karité. Selon le Conseil du coton et de l'anacarde désormais en charge de la gestion de la filière karité, plus de 50 000 tonnes ont été produites entre avril et décembre 2025. Mais elle ne transforme localement qu'une part de sa production. À Tafiré, dans le centre-nord du pays, une unité moderne de transformation du karité, installée il y a deux ans par une ONG au profit de deux coopératives féminines, a profondément changé les pratiques. Moins de pénibilité, une production en hausse et des revenus plus réguliers : derrière le beurre de karité, c'est une véritable dynamique d'autonomisation économique qui s'installe. Avec notre envoyée spéciale à Tafiré, À l'entrée de la commune de Tafiré, l'unité de transformation du karité est en pleine activité. Dans la cour, à l'ombre d'un arbre, une trentaine de femmes, pour la plupart d'âge mûr, s'affairent autour des amandes de karité, fraîchement ramassées en forêt. Assises sur des nattes, elles procèdent au tri, une étape essentielle, explique Yah Coulibaly, membre de la coopérative : « Nous trions les noix de karité pour enlever les mauvaises graines. Si le tri n'est pas bien fait, le beurre ne sera pas de bonne qualité. Quand toutes les femmes sont présentes, on peut trier plus de quinze sacs par jour. » Une fois triées, les amandes sont lavées, puis séchées au soleil. Viennent ensuite le concassage, la torréfaction et le broyage, qui permettent d'obtenir une pâte épaisse et rougeâtre. Malgré la présence d'équipements modernes, le moulin reste de capacité limitée. Et lorsque l'électricité fait défaut, les femmes doivent encore battre la pâte à la main. Elles sont aujourd'hui plus d'une centaine, issues de deux coopératives, à travailler dans cette unité. Avant son installation, chacune transformait le karité de façon individuelle. Ami Koné, l'une des responsables, mesure le chemin parcouru. « Avant, il fallait au moins quatre à cinq jours pour produire vingt kilos de beurre. Aujourd'hui, avec les moulins, en deux jours, on dépasse les cinq cents kilos. Et on a surtout appris comment bien traiter les amandes », détaille-t-elle. À lire aussiTransformation du karité, les femmes engagées malgré la pénibilité Des conditions pour développer la production Au-delà de la productivité, c'est le quotidien de ces femmes qui est transformé. Pour certaines, le karité est devenu la principale source de revenus. « J'ai cinq enfants. Quatre vont à l'école. C'est avec la vente du beurre de karité que je paie leur scolarité et les fournitures. Je ne fais aucune autre activité à part ça », assure Yélé Koné. Le beurre de karité produit dans cette unité est vendu sur place entre 2 000 et 3 000 francs CFA le kilogramme. Mais, malgré ces débouchés, un défi majeur persiste : l'approvisionnement en amandes de karité. En cause, la concurrence croissante sur le marché, explique Minafou Koné, présidente de l'ONG Femmes, Agriculture et Actions en Côte d'Ivoire, la FAACI, à l'origine de l'installation de cette unité de transformation : « Aujourd'hui, des industriels entrent dans la filière et parlent en termes de grandes quantités d'amandes. Forcément, sur le marché, la capacité d'achat de ces femmes diminue. C'est la loi de l'offre et de la demande : les prix des amandes augmentent et elles n'ont plus toujours les moyens d'en acheter suffisamment pour transformer. » Aujourd'hui, ces femmes ambitionnent d'exporter le beurre de karité produit à Tafiré. Mais, pour franchir ce cap, plusieurs conditions restent à remplir : sécuriser l'approvisionnement, disposer de davantage de zones de collecte de karité et surtout faire certifier la matière première, un passage obligé pour accéder aux marchés internationaux. À lire aussiKarité, quatre pays producteurs ferment leurs exportations d'amandes brutes

À Madagascar, la saison des pluies est déjà bien engagée et la capitale subit des précipitations particulièrement intenses cette année. Chapeaux de pluie, imperméables et parapluies sont sans nul doute les accessoires incontournables du moment. Des accessoires qui, fait moins connu, sont encore fabriqués sur l'île. Antananarivo abrite encore une demi-douzaine d'ateliers artisanaux de fabrication de parapluies qui font figure de derniers des mohicans, tant la concurrence des produits importés est rude. Avec notre correspondante à Antananarivo, C'est dans le quartier de Besarety, niché au fond de la même ruelle depuis sa création en 1987, que se trouve l'atelier de la Maison Rajoely. Ici, une quinzaine d'employés perpétuent un savoir-faire transmis au milieu des années 1980 par une grande maison française de fabrique de parapluies historiquement installée dans le Jura. Madame Saholy a été recrutée dès l'ouverture de l'entreprise. Cet atelier, c'est toute sa vie : « J'ai connu l'âge d'or des années 1990. On avait énormément de travail : des journées de dix heures, jusqu'à mille parapluies fabriqués par jour. C'était comme une fourmilière. Quand je pense à cette période, je ressens beaucoup de nostalgie ». À l'époque, l'entreprise familiale exporte massivement vers l'ex-URSS et devient un fournisseur important de la maison de haute couture Pierre Cardin. Mais depuis une vingtaine d'années, la production a fortement chuté, passant à environ 70 pièces par jour. En cause : l'arrivée massive de parapluies bon marché confectionnés à l'étranger. « C'est un peu difficile actuellement compte tenu du fait qu'il y a plusieurs sociétés qui font de l'import de parapluies de mauvaise qualité, surtout pour les revendre ici à Madagascar », explique Tsiry Rakotonirina, le neveu du fondateur qui dirige, aujourd'hui, la Maison Rajoely. « Les grandes entreprises existant à Madagascar continuent de nous faire confiance » « Nous, on a des salariés, on paie nos taxes. Donc nos produits sont plus chers, ce qui n'est pas tout le temps compréhensible pour les gens, surtout à cause du fait que le pouvoir d'achat des Malgaches diminue beaucoup. Il y a de moins en moins de personnes qui choisissent d'avoir des produits de qualité », regrette le dirigeant. Des produits de qualité, souvent ornés de broderies cousues main. Des petits bijoux sur lesquels Elphine a dû se résoudre à coudre à la main les aiguillettes, ces pièces métalliques qui maintiennent les baleines du parapluie. « La machine qui faisait ça mécaniquement est cassée depuis des années et on ne trouve plus les pièces pour la réparer. Ça me rend triste de voir toutes ces machines allemandes qui faisaient notre fierté aujourd'hui à l'arrêt », témoigne la couturière. Malgré tout, la petite entreprise refuse de baisser les bras. « Ce que vous voyez ici, ce sont des parapluies publicitaires. Les grandes entreprises existant à Madagascar continuent de nous faire confiance. C'est ça qui nous permet de survivre actuellement au niveau du marché locale », détaille Tsiry Rakotonirina. L'atelier s'est aussi mis à confectionner des parapluies et des ombrelles personnalisés - des pièces uniques exceptionnelles - mais aussi des bleus de travail, des uniformes. Une diversification devenue indispensable pour compenser la baisse des commandes d'un objet du quotidien, robuste et durable, mais de plus en plus délaissé au profit de modèles bien moins chers. À lire aussiMadagascar: les pluies et inondations font une dizaine de morts et un millier de sinistrés à Antananarivo

Entre tueries et enlèvements, les violences s'intensifient dans le nord-ouest du Nigeria. Les États de Zamfara, Niger et Katsina, riches en ressources naturelles, sont eux-aussi le théâtre d'une exploitation minière illégale contrôlée par des groupes armés qui alimente l'insécurité. Dans le district de Shiroro, riche en or, en cuivre et en lithium, voilà des mois que les communautés sont harcelées par des gangs armés qui se livrent à des raids meurtriers contre les artisans locaux extrayant l'or pour gagner leur vie. Dans ces régions du nord ouest du pays, les groupes armés ont peu à peu pris le contrôle des richesses. Un récent rapport estime qu'aujourd'hui, « 60% des camps de bandits sont situés à proximité de sites d'extraction illégale d'or ». « Les groupes armés se sont mis à employer directement des personnes qui travaillent dans ces exploitations informelles, explique Ikemesit Effiong, analyste chez SMB Intelligence, un cabinet de conseil en risques géopolitiques à Lagos. Ils tirent profit du produit de la vente de ces ressources. Les acteurs miniers sont contraints d'abandonner une partie de leurs recettes, ou de céder une fraction des minerais extraits à ces groupes armés. Leur vente sert ensuite à financer l'achat d'armes, de véhicules et d'autres moyens nécessaires à la poursuite de leurs activités. » À lire aussiNigeria: les autorités condamnent l'attaque d'un site minier dans le centre Un manque à gagner énorme pour l'État Le secteur minier ne représente que 5% du PIB nigérian mais il est en forte croissance ces dernières années. L'or vendu en contrebande, notamment dans les pays du Moyen-Orient, représente lui un manque à gagner important pour l'État : il s'agit en effet de revenus qui échappent au Trésor public et qui, en plus, financent l'insécurité explique Abubakar Abdulmumin, directeur Énergie et Mines au sein de Neiti, une initiative nigériane qui veille à la transparence des industries extractives. « L'ampleur des pertes, tant en termes de recettes publiques que d'impact sur l'environnement et les moyens de subsistance, est très, très importante. Par exemple, à cause du banditisme et de l'insécurité, une grande partie de l'agriculture est en souffrance. Et il faut ajouter à cela les pertes en vies humaines et les enlèvements. S'agissant des revenus miniers, concrètement, le manque à gagner peut correspondre à environ 9 milliards de dollars par an. Mais ça peut aussi être plus ! », affirme ainsi ce dernier. Aucun chiffre n'a cependant encore été officiellement établi. Des brigades minières peu efficaces Pour endiguer ce phénomène, l'État cherche des solutions. Par la répression notamment, avec la brigade des Mining Marshall créée il y a un an - leur rapport indique plus de 300 arrestations et une centaine de sites miniers récupérés des mains d'organisations armées. Mais Ikemesit Effiong reste sceptique quant à l'efficacité de ces brigades : « Une stratégie bien plus efficace aurait consisté à mettre en place une force de police plus large, mieux financée et mieux formée, capable de répondre à l'ensemble de ces enjeux sécuritaires, plutôt que de créer une nouvelle agence de sécurité supplémentaire, qui est relativement mal financée », estime-t-il. La suspension temporaire des activités minières dans ces zones est également réclamée, notamment par les gouverneurs du nord du pays. « Ce n'est pas une solution miracle mais elle aura un impact, comme cela a été le cas par le passé. Ça perturbera les activités illégales, il n'y a aucun doute là-dessus, assure Abubakar Abdulmumin. Mais il est nécessaire d'adopter une approche plus globale pour résoudre ce problème. Certaines initiatives vont dans ce sens, mais on peut faire plus, notamment en accélérant la formalisation du secteur ». Son organisation, Neiti, plaide pour un renforcement de la réglementation, mais aussi plus de sécurité sur les sites miniers dans certaines zones où l'État a totalement disparu. À lire aussiAu Nigeria, l'exploitation minière va pouvoir reprendre dans l'État de Zamfara