Pour mieux comprendre notre environnement, Aujourd'hui l'économie vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique. Un focus quotidien complété par une sélection d'informations économiques. Le vendredi, diffusion d’« Aujourd’hui l’économie, le Portrait…

À l'occasion du Mobile World Congress à Barcelone, le marché mondial du smartphone confirme son entrée dans une phase de maturité. La croissance ralentit, les positions se stabilisent. Pourtant, un acteur continue de progresser : Xiaomi. Avec environ 13% des ventes mondiales, le groupe chinois s'impose durablement comme le numéro trois mondial, derrière Samsung Electronics et Apple. Analyse d'une stratégie qui bouscule les équilibres du secteur. À Barcelone, le Mobile World Congress reste le plus grand rendez-vous mondial consacré à la téléphonie mobile. Un secteur devenu incontournable : aujourd'hui, presque tout le monde possède un smartphone. Mais le marché est désormais arrivé à maturité. La croissance des ventes ralentit et les cycles de renouvellement s'allongent. Dans ce contexte stabilisé, deux géants dominent toujours : Apple et Samsung, qui contrôlent chacun environ 20% des ventes mondiales. À lire aussiLes opérateurs télécom européens face au défi de la régulation Juste derrière, Xiaomi s'est installé solidement sur la troisième marche du podium avec environ 13% du marché mondial. Et ce positionnement dure depuis plusieurs années. Ce n'est pas la première fois qu'un acteur chinois atteint ce niveau. On se souvient de Huawei, qui avait brièvement dépassé Apple et Samsung début 2020. Mais les sanctions américaines ont privé le groupe d'Android et des services Google, provoquant un recul brutal à l'international. Xiaomi a su, lui, profiter de cette recomposition du marché. Internationalisation et rapport qualité-prix : les clés du succès de Xiaomi Il existe plusieurs pistes pour expliquer comment Xiaomi parvient à talonner Apple et Samsung sur le marché mondial du smartphone. La première, c'est l'internationalisation. Dès le début des années 2010, le groupe part à l'assaut des marchés étrangers. Il s'implante en Asie du Sud-Est, en Inde, en Amérique latine et surtout en Europe, où il occupe la troisième place depuis six ans. Sur certains trimestres, Xiaomi dépasse même Apple en Europe, notamment lorsque la firme américaine se trouve entre deux cycles de lancement d'iPhone. Cela ne signifie pas qu'Apple est en difficulté structurelle, mais cela montre que Xiaomi est devenu un substitut crédible dans un marché où les consommateurs comparent davantage et recherchent le meilleur rapport qualité-prix. À lire aussiComment l'intelligence artificielle menace la production mondiale de smartphones en 2026 Autre élément stratégique, Xiaomi est quasiment absent du marché américain. Contrairement à Apple et Samsung, le groupe ne dépend pas de ce marché, ce qui limite son exposition aux tensions géopolitiques, tout en laissant un potentiel de croissance futur. Historiquement, la force de Xiaomi repose sur des smartphones vendus autour de 200 dollars, soit l'équivalent d'un milieu de gamme chez Samsung. Le groupe mise sur des volumes importants et des prix compétitifs pour séduire les marchés sensibles aux coûts. Montée en gamme, écosystème et ambition mondiale Mais Xiaomi ne veut plus se limiter à l'entrée et au milieu de gamme. Au Mobile World Congress de Barcelone, le constructeur a démontré sa capacité à rivaliser sur le segment premium : technologies de pointe, composants dernière génération et surtout six années promises de mises à jour logicielles, un argument stratégique face à Apple et Samsung. L'objectif est clair, monter en gamme pour améliorer la rentabilité. Car sur le segment haut de gamme, les marges sont nettement plus élevées. Autre atout majeur : l'écosystème. Xiaomi ne vend plus seulement des smartphones. Le groupe propose des montres connectées, des bracelets, des téléviseurs, des trottinettes électriques, de l'électroménager et même des voitures électriques. Cette stratégie rappelle celle de BYD dans l'automobile : combiner innovation technologique, maîtrise des coûts et diversification pour renforcer sa position mondiale. En combinant internationalisation, compétitivité tarifaire, montée en gamme et écosystème élargi, Xiaomi dispose aujourd'hui de solides arguments pour continuer à réduire l'écart avec Apple et Samsung sur le marché mondial du smartphone. La question n'est plus de savoir si le groupe chinois est un acteur majeur du secteur. La véritable interrogation est désormais: jusqu'où peut-il aller ?

La guerre au Moyen-Orient ne provoque pas seulement des frappes militaires et des tensions diplomatiques. Elle déclenche aussi un choc énergétique majeur. Si le pétrole reste sous surveillance, c'est surtout le gaz qui inquiète aujourd'hui les investisseurs. Hausse spectaculaire des prix, risques de perturbations d'approvisionnement, menace sur l'inflation : les marchés financiers redoutent un effet domino sur toute l'économie. Au-delà des affrontements militaires, ce conflit touche un point névralgique de l'économie mondiale: l'énergie. Si le pétrole capte naturellement l'attention, le gaz est devenu un enjeu tout aussi stratégique. Depuis la guerre en Ukraine, l'Europe a profondément modifié ses circuits d'approvisionnement afin de réduire sa dépendance au gaz russe. Une part importante des flux provient désormais du Moyen-Orient et des pays du Golfe. Or, dans ce contexte de guerre régionale, la production de gaz est freinée et son transport ralenti. Les investisseurs redoutent des perturbations plus durables, voire des interruptions temporaires ou totales de livraison. Cette inquiétude s'est immédiatement traduite sur les marchés : le prix du gaz européen a bondi de 40% en une seule séance. Un mouvement brutal qui illustre la nervosité ambiante. Une hausse des prix qui menace toute l'économie Si une telle flambée inquiète autant les marchés financiers, c'est parce que le gaz est devenu un pilier central du fonctionnement économique européen. Chauffage des ménages, production d'électricité, industrie lourde, chimie, sidérurgie, agroalimentaire : pratiquement toute l'activité dépend, directement ou indirectement, du gaz. Quand son prix augmente, l'impact est immédiat. Les coûts de production grimpent, les marges des entreprises se réduisent et les prix à la consommation finissent par augmenter. Autrement dit, le gaz agit comme un puissant accélérateur d'inflation. C'est précisément ce que redoutent les investisseurs. Une nouvelle poussée inflationniste qui pèserait sur le pouvoir d'achat des ménages, la compétitivité des entreprises et, plus largement, sur la stabilité économique européenne. L'effet est mécanique. Une énergie plus chère entraîne un effet cascade sur l'ensemble des chaînes de production. Des marchés volatils face à un modèle énergétique fragile Sur les marchés boursiers, les réactions sont rapides et tranchées. Les entreprises fortement consommatrices de gaz — industrie lourde, chimie, sidérurgie ou agroalimentaire — subissent des baisses marquées. Leur rentabilité est directement menacée par la hausse des coûts énergétiques. À l'inverse, les groupes producteurs ou transporteurs de gaz enregistrent des progressions spectaculaires. Leur matière première se vend plus cher, ce qui améliore leurs perspectives de revenus. Les investisseurs arbitrent rapidement. Ils vendent les secteurs pénalisés par la flambée énergétique et renforcent ceux qui en bénéficient. Cette rotation sectorielle alimente une volatilité accrue sur les marchés financiers. Mais au-delà des mouvements de court terme, cette séquence révèle surtout une réalité plus profonde : la fragilité persistante de la sécurité énergétique mondiale. Malgré les investissements massifs dans la transition écologique, l'économie reste structurellement dépendante de zones géographiques sensibles, notamment le Golfe et, plus largement, le Proche et le Moyen-Orient. Et qui dit dépendance dit vulnérabilité. Si les marchés ne paniquent pas totalement, ils intègrent néanmoins un risque nouveau : celui d'un modèle énergétique plus incertain, plus instable, plus fragmenté, et donc plus imprévisible. La guerre ne bouleverse pas seulement l'équilibre géopolitique régional. Elle rappelle que l'énergie demeure l'un des talons d'Achille de l'économie mondiale.

En représailles aux frappes israéliennes et américaines, Téhéran a interdit dès le samedi 28 février au soir aux navires de commerce et aux pétroliers d'emprunter le détroit d'Ormuz. C'est un passage stratégique parce qu'il voit transiter une grande partie des productions mondiales de pétrole et de gaz. La menace iranienne était claire. En cas d'agression, Téhéran n'hésiterait pas à bloquer l'accès au détroit d'Ormuz. Quelques heures après les premières frappes israéliennes et américaines au matin du 28 février, elle était mise à exécution. Pas d'annonce officielle, mais des messages radio envoyés aux navires. Pour l'industrie du pétrole, c'est une situation sans précédent. Environ 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié doit transiter par cet étroit passage pour sortir du Golfe persique. La région concentre la plus grande réserve d'hydrocarbures au monde. Et c'est une production qui passe majoritairement par la mer car les pipelines qui permettent de contourner le détroit d'Ormuz ont une capacité limitée. Cette passe est très facile à contrôler : ce sont 33 km de large, à l'endroit le plus étroit. Et dans cette zone, les deux voies que les pétroliers utilisent pour entrer et sortir du golfe Persique ne font qu'environ trois kilomètres de large chacune. Dimanche 1er mars, au moins deux navires ont été touchés par des tirs. Les grands armateurs comme Maersk, MSC ou CMA-CGM ont tout de suite demandé à leurs navires de se mettre à l'abri. Un baril en hausse À l'ouverture de la cotation dimanche 1er mars au soir, sans surprise le baril de Brent, qui sert de référence pour la production du Golfe, a bondi et atteint 82 dollars. Vendredi, juste avant l'attaque contre l'Iran, son prix n'était que de 72 dollars. Et c'est bien le but recherché par Téhéran. Le pouvoir iranien veut utiliser ce levier pour mettre la pression sur Donald Trump, qui ne veut pas d'un pétrole cher. En menaçant une partie des revenus pétroliers des pays du Golfe, Téhéran pousse aussi ces États à agir en faveur d'une sortie de crise. L'Asie, région la plus impactée Dans l'immédiat, il n'y a pas de risque réel pour l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié. Tous les pays disposent de stocks stratégiques. D'ailleurs lundi 2 mars, à 1h45 TU, le prix du baril était un peu redescendu. Beaucoup d'analystes pensent qu'il y a peu de chances que les États-Unis laissent l'Iran bloquer longtemps le détroit d'Ormuz compte-tenu de son importance. Et puis, il faut le signaler : le monde profite actuellement d'une surproduction de pétrole. C'est pour cela que les prix étaient bas en début d'année, même s'ils sont peu à peu remontés en raison des tensions géopolitiques. Si on regarde les flux pétroliers, ce ne sont pas les États-Unis, mais les puissances asiatiques qui sont le plus exposées au blocage du détroit d'Ormuz. Le Japon y achète dans le Golfe 90 % de son brut. La Chine, la moitié, notamment à l'Iran qui évidemment laisse passer les pétroliers chargés avec son brut. L'Europe est, elle, beaucoup moins exposée. Pourtant lundi, les prix du gaz aux Pays-Bas et en Angleterre augmentaient de plus de 20%. Environ 10% du GNL acheté en Europe vient de la région du Golfe. Au même moment, on apprenait également l'attaque sur la méga-raffinerie saoudienne de Ras Tanura. Certaines opérations ont été mises à l'arrêt après un début d'incendie sans qu'on puisse en mesurer les conséquences. À lire aussiDétroit d'Ormuz: accès crucial pour les importations de pétrole de la Chine Les secteurs des engrais et du plastique aussi sous pression Le marché pétrolier n'est pas le seul secteur à être impacté. Celui des engrais pourrait pâtir de la situation. Environ un tiers de la production mondiale, y compris le soufre et l'ammoniac, transitent par le détroit d'Ormuz. Par ailleurs, la hausse du prix du pétrole, si elle se confirme, aura aussi un impact sur le prix des engrais. Autre secteur à risque : celui du plastique. La région du Golfe produit 15 % du polyéthylène utilisé dans le monde. Dans ce contexte très volatil, les investisseurs recherchent des placements sûrs. Ils achètent de l'or, dont le cours remonte depuis la semaine dernière. Mais aussi de la dette d'État. Au contraire, certaines valeurs jugées plus à risque pourraient en pâtir. Pour l'heure, après un léger recul samedi 28 février, le cours du bitcoin se maintient. Pour limiter les effets de contagion, les bourses de Dubaï et d'Abou Dhabi ont annoncé ce dimanche qu'elles resteraient fermées jusqu'à nouvel ordre. À lire aussiAvec le blocage du détroit d'Ormuz, les marchés redoutent une flambée des prix du pétrole

Jeux vidéo, cartes à collectionner, dessin animé, films et produits dérivés : depuis 1996, Pokémon s'est imposé comme la licence médiatique la plus lucrative de l'histoire. À l'occasion de ses 30 ans, plongée dans les coulisses d'un empire économique qui a généré près de 150 milliards de dollars de chiffre d'affaires et continue de séduire toutes les générations. Un géant économique mondial fête son anniversaire. Pokémon a 30 ans ! Lancé en 1996 sur la mythique Game Boy de Nintendo, le jeu vidéo pose les bases d'un concept simple et redoutablement efficace. Le joueur incarne un dresseur à la recherche de petites créatures inspirées du monde animal et du fantastique. Il doit les capturer, les collectionner, les échanger et les faire combattre. Très vite, Nintendo comprend le potentiel du concept. L'entreprise ne se contente pas de commercialiser un jeu. Elle bâtit un écosystème complet. Dessin animé, cartes à collectionner, films, jouets, vêtements, peluches et innombrables produits dérivés viennent enrichir l'univers Pokémon, qui devient rapidement un phénomène culturel mondial. Trente ans plus tard, les chiffres donnent le tournis. Depuis sa création, la franchise a généré près de 150 milliards de dollars de chiffre d'affaires, devenant tout simplement la licence médiatique la plus rentable de l'histoire, devant Star Wars, Marvel ou encore Harry Potter. Une organisation économique redoutablement efficace La grande force de Pokémon réside dans son organisation économique. La marque appartient à un consortium composé de trois entités : Nintendo, Game Freak et Creatures Inc. Ensemble, elles contrôlent la création, la diffusion et la commercialisation de la licence. Cette organisation garantit une cohérence parfaite et permet de déployer une stratégie globale. Le jeu vidéo lance les nouvelles créatures, le dessin animé raconte leurs aventures, les cartes prolongent l'expérience et les produits dérivés installent Pokémon dans le quotidien. Chaque support nourrit l'autre. Résultat : une mécanique économique fluide, parfaitement huilée et particulièrement efficace. La licence a su évoluer avec son temps tout en conservant ce qui a fait son succès. Le jeu vidéo reste le pilier historique, avec près de 500 millions d'unités vendues dans le monde. Mais l'arrivée des smartphones a bouleversé le secteur, poussant Pokémon à se réinventer. Pokémon Go, cartes rares et nostalgie : les nouveaux moteurs de croissance Avec le lancement de Pokémon Go il y a moins de dix ans, la franchise réussit un virage spectaculaire. Le principe est simple : les Pokémon se trouvent dans la rue, dans l'environnement réel du joueur. Le succès est immédiat. Le jeu devient le principal relais de croissance de la licence. Il permet de toucher un public beaucoup plus large, de maintenir un lien quotidien avec les joueurs et d'attirer aussi bien les plus jeunes que les adultes. Depuis son lancement, Pokémon Go a généré plus de 8 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Autre moteur économique majeur : les célèbres cartes Pokémon. Elles ont donné naissance à un véritable marché, devenu aujourd'hui un phénomène financier mondial. Certaines cartes se vendent des milliers de dollars, voire plusieurs millions. La semaine dernière, la plus célèbre d'entre elles a même atteint 16,5 millions de dollars aux enchères. À chaque nouvelle sortie, la cohue est au rendez-vous dans les boutiques, entraînant rapidement des ruptures de stock. Cette frénésie illustre la grande force de Pokémon : la nostalgie et le passage de flambeau entre générations. Les enfants des années 1990, aujourd'hui âgés de 30 à 40 ans, disposent d'un fort pouvoir d'achat et transmettent leur passion à leurs propres enfants. Trente ans après sa création, Pikachu, Dracaufeu et Carapuce ont ainsi encore de très beaux jours devant eux. À lire aussiLa folie des cartes Pokémon connaît un nouveau souffle

Aux États-Unis, le ministère américain de la Défense a lancé un ultimatum à la start-up d'intelligence artificielle Anthropic, lui demandant de lever toutes les restrictions à l'utilisation de son IA par le Pentagone. Faute de quoi, l'entreprise serait inscrite sur la liste noire du gouvernement. Les tensions datent de septembre dernier quand Pete Hegseth, le secrétaire américain à la Défense, a demandé aux fournisseurs de modèles d'IA de pouvoir les utiliser sans réserve à des fins militaires. Tous les groupes, parmi lesquels OpenAI et Google, donnent leur accord, y compris Anthropic. La start-up oppose toutefois son veto à ce que sa technologie ne serve à l'espionnage massif des citoyens américains et à des opérations militaires mortelles sans intervention humaine. Depuis, les relations entre le Pentagone et l'entreprise n'ont fait que s'envenimer. La menace du Pentagone est réelle Les conséquences d'une inscription sur cette liste noire seraient potentiellement graves pour la start-up californienne. Anthropic y figurerait aux côtés de l'équipementier chinois Huawei ou du spécialiste russe des logiciels antivirus Kaspersky. Des sociétés qui constituent une menace pour la sécurité nationale des États-Unis et qui sont pour la plupart d'entre elles étrangères. Toute entreprise qui voudrait faire affaire avec l'armée américaine devrait alors couper les ponts avec Anthropic. La jeune start-up y risque gros, à commencer par un contrat de 200 millions de dollars signé avec l'armée. Le revirement d'Anthropic Hasard du calendrier ou pas : au moment où le Pentagone hausse le ton, Anthropic annonce qu'il assouplit ses règles de sécurité. Comment comprendre ce revirement ? La start-up californienne l'affirme : cette mesure est nécessaire pour suivre le rythme de l'évolution de l'IA. Cette décision marque en effet un tournant par rapport à la position précédente du patron d'Anthropic, Dario Amodei. Revendiquant une approche éthique de l'intelligence artificielle, celui-ci privilégiait la sécurité. Une vision qui le distinguait de ses concurrents, notamment OpenAI. Ne faut-il pas y voir un gage d'apaisement ? Le contexte politique a changé Peut-être car jusque-là les relations étaient excellentes. Son agent conversationnel Claude est à ce jour le seul à être utilisé dans les opérations classifiées. Selon le quotidien américain The Wall Street Journal, le Pentagone l'aurait utilisé lors de l'exfiltration du président Maduro du Venezuela. Mais l'intransigeance de son patron a valu à la pépite californienne de se retrouver dans le collimateur de l'administration Trump. Il y a évidemment un fonds politique : Dario Amodei n'a jamais caché ses sympathies démocrates, au point de voir sa société être qualifiée de « l'IA woke ». Il y a trois ans, le PDG d'Anthropic se disait encore prêt à retarder le développement d'IA potentiellement dangereuse. La start-up privilégie désormais la compétitivité en matière d'IA et la croissance économique. Ces mêmes arguments qui ont poussé Dario Amodei et certains de ses collègues à quitter OpenAI et à fonder Anthropic en 2021. Mais depuis le contexte politique a changé et l'entreprise en prend acte. L'enjeu est de taille. Le créateur de Claude veut introduire Anthropic en bourse cette année. Elle est actuellement valorisée à hauteur de 380 milliards de dollars.

Après la mort d'El Mencho, chef du cartel Jalisco Nueva Generación, le Mexique a été frappé par une flambée de violence spectaculaire. Routes bloquées, écoles fermées, transports interrompus... Ces événements rappellent que les cartels ne sont pas seulement un problème sécuritaire : ils sont aussi devenus des acteurs économiques majeurs du pays, au point de peser lourdement sur la croissance, l'investissement et la stabilité nationale. Le Mexique vient de connaître une nouvelle flambée de violence spectaculaire, après la mort du chef du cartel Jalisco Nueva Generación, surnommé El Mencho. Routes bloquées, écoles fermées, villes paralysées : les autorités appellent au calme. Mais cet événement rappelle une réalité souvent sous-estimée. Les cartels mexicains ne sont pas seulement un sujet sécuritaire, ils sont aussi des acteurs économiques majeurs dans le pays. Les chiffres sont forcément approximatifs puisqu'il s'agit d'activités illégales. Et ils sont impressionnants. Selon les estimations relayées par plusieurs économistes et analystes du secteur, le seul trafic de drogue au Mexique génère entre 20 et 40 milliards de dollars par an. Mais en réalité, ces cartels contrôlent une vingtaine de secteurs criminels. Parmi eux : les jeux clandestins, la prostitution, la contrefaçon, l'extorsion, le trafic d'armes ou encore la traite des personnes. En cumulant toutes ces activités, le crime organisé devient le premier secteur économique du Mexique, devant le pétrole, le tourisme et même les transferts d'argent envoyés par les expatriés depuis les États-Unis. Autrement dit, sans figurer dans les statistiques officielles, les cartels pèsent plus lourd que les piliers traditionnels de l'économie nationale. Une économie parallèle ancrée dans l'histoire mexicaine Cette tendance est profondément enracinée dans l'histoire économique du pays. Dès le début du XXᵉ siècle, le Mexique exportait déjà de l'opium et du pavot. Pendant des décennies, ces activités ont été tolérées, voire intégrées de manière tacite au fonctionnement économique. Ce système a pris une telle ampleur que, dans certaines régions, les cartels remplacent quasiment l'État. Ils financent, arbitrent, punissent, font travailler et protègent les populations locales. Une forme de gouvernance parallèle, qui s'est imposée là où l'État est absent ou fragilisé. Mais les autorités ont fini par déclarer la guerre à cet écosystème en menant une lutte frontale contre les cartels. Cela a évidemment un coût économique majeur pour le pays. Le « coût cartel » : un frein massif à l'économie légale Les entreprises mexicaines doivent désormais intégrer dans leurs budgets ce que l'on appelle un « coût cartel », quelle que soit leur taille. Selon les estimations, entre 5 et 10% du PIB mexicain serait englouti dans la sécurité, les extorsions et la protection. Autant d'argent qui n'est évidemment pas investi dans l'activité légale. Les petits commerçants sont parmi les premières victimes de ce système. Les grandes entreprises, elles, négocient parfois directement avec les groupes criminels pour sécuriser leurs employés et leurs marchandises. Cette économie sous contrainte freine les investissements étrangers et, en bout de chaîne, renforce la dépendance à cette contre-économie violente. La mort récente d'El Mencho illustre parfaitement ce phénomène. En quelques heures, 20 États mexicains ont été paralysés : routes bloquées, voitures incendiées, transports interrompus, écoles fermées. Le trafic aérien a été perturbé, des dizaines de vols annulés, affectant directement le tourisme et l'image internationale du pays. Un cercle vicieux économique et social Une question majeure se pose alors : le Mexique peut-il réellement se passer de cet argent criminel ? À court terme, frapper les cartels signifie une perte d'emplois illégaux — mais des emplois tout de même —, une baisse de liquidités dans certaines régions et la déstabilisation d'économies locales entières. Mais à long terme, le narcotrafic agit comme un véritable cancer économique et social. La difficulté est là : plus l'État combat les cartels, plus la violence augmente ; plus la violence augmente, plus l'économie légale recule ; et plus l'économie légale recule, plus les populations deviennent dépendantes des cartels. Un cercle vicieux dont il semble aujourd'hui très difficile de sortir, d'autant que la corruption, présente dans pratiquement toutes les strates du pouvoir, complique profondément toute tentative de changement de système. À lire aussiMexique: les risques politiques pour Claudia Sheinbaum après la mort d'El Mencho

Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, le conflit entre Moscou et Kiev continue de façonner en profondeur l'économie mondiale. Au-delà des combats militaires, un autre front stratégique s'est imposé : le front agricole. Blé, maïs, engrais et huile de tournesol sont devenus des armes économiques, diplomatiques et géopolitiques, bouleversant durablement les équilibres alimentaires mondiaux. Avant février 2022, l'Ukraine et la Russie nourrissaient une large partie de la planète. À eux deux, ils représentaient près d'un tiers du commerce mondial de blé, plus de 20% des exportations de maïs, et surtout près de 75% des exportations mondiales d'huile de tournesol. Autrement dit, depuis quatre ans, c'est toute la planète qui mange moins bien, plus cher, ou plus difficilement. Dès les premiers jours du conflit, les frappes russes ont ciblé les ports ukrainiens, les silos agricoles, ainsi que les infrastructures ferroviaires et fluviales. Cette stratégie a directement affecté la production agricole ukrainienne. L'objectif est clair : affaiblir l'économie du pays, réduire ses revenus d'exportation et fragiliser son effort de guerre. Sur les marchés mondiaux, la réaction a été immédiate et brutale. Les prix du blé ont flambé de près de 50%, tandis que ceux du maïs et des huiles végétales se sont envolés, alimentant une crise alimentaire mondiale aux conséquences durables, notamment dans les pays les plus dépendants des importations. La diplomatie céréalière russe et la recomposition géopolitique Face à cette situation, Moscou a transformé le blé en une véritable arme diplomatique. En maintenant des flux élevés vers ses partenaires stratégiques, notamment en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et en Asie centrale, la Russie a renforcé son influence internationale. Cette stratégie porte désormais un nom : la diplomatie céréalière russe. Le blé devient une monnaie d'influence, permettant au Kremlin de consolider ses alliances et d'exercer une pression géopolitique sur de nombreux États dépendants de ses exportations. Dans le même temps, cette guerre a accéléré une recomposition profonde de la géopolitique alimentaire mondiale. Les chaînes d'approvisionnement se sont régionalisées, les politiques de stockage stratégique ont été renforcées et une notion s'est imposée dans le débat public : la souveraineté alimentaire. Cet axe structure désormais les stratégies nationales, notamment européennes. L'Union européenne se retrouve face à un dilemme majeur : soutenir l'Ukraine, tout en protégeant son propre modèle agricole et ses filières de production. En Ukraine, un modèle agricole en pleine transformation Quatre ans après le début du conflit, malgré une relative normalisation des marchés, les effets persistent. Le modèle agricole ukrainien se recompose progressivement, sous l'effet direct de la guerre. Les grands groupes agro-industriels y voient désormais une opportunité d'investissement à moindre coût, avec une capacité d'absorber les chocs économiques et logistiques. Cette dynamique accélère la concentration des exploitations et la transformation structurelle du secteur. Mais la reconstruction s'annonce colossale. Elle nécessitera des investissements massifs dans la dépollution des sols, la remise en état des réseaux d'irrigation, la reconstitution des surfaces agricoles, ainsi que la reconstruction des infrastructures logistiques et portuaires. À long terme, l'agriculture ukrainienne restera un enjeu géostratégique majeur, tant pour l'Europe que pour l'équilibre alimentaire mondial.

À l'ouverture du Salon international de l'agriculture à Paris, un mot revient sans cesse dans les allées : l'inquiétude. Maladies animales, concurrence étrangère, pression sur les prix... Les agriculteurs s'interrogent sur l'avenir de leur profession. Et derrière ces préoccupations, une question centrale : la France est-elle encore une grande puissance agricole ? Dans les allées du Salon international de l'agriculture, l'ambiance est particulière. Un mot revient parmi les participants : l'inquiétude. Inquiétude face aux maladies animales, à la concurrence étrangère, à la pression sur les prix... Et derrière tout cela, une question simple que se posent agriculteurs et exploitants : est-ce que la France est encore une grande puissance agricole ? Lorsque l'on interroge les professionnels présents, la réponse est presque unanime : « oui, mais… ». Si l'on s'en tient au « oui », ils n'ont pas tout à fait tort. En termes de chiffres, la France reste le premier pays producteur agricole de l'Union européenne. L'an passé, la production s'élevait à un peu plus de 88 milliards d'euros, devant l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. La grande force de la France réside dans sa diversité agricole. Une richesse parfaitement mise en valeur dans les pavillons du salon : céréales, élevage, vins, fromages, fruits, légumes, pêche… Toutes ces filières constituent de véritables piliers de l'écosystème agricole français et participent à son rayonnement. Mais derrière ce leadership apparent, les fragilités s'accumulent. Un commerce extérieur en recul et des exportations en chute libre C'est là qu'intervient le « mais » du fameux « oui mais ». Car la production agricole française augmente moins vite que celle de ses voisins européens. Autrement dit, la France ralentit pendant que ses concurrents accélèrent. Mais le véritable sujet, celui qui revient dans toutes les discussions avec les exploitants, c'est le commerce extérieur. La France exporte moins. Beaucoup moins. Le pays est passé de deuxième exportateur agricole européen en 2000 à sixième aujourd'hui. Si les exportations reculent, c'est d'abord parce que les piliers traditionnels de l'excédent commercial vacillent. Le vin et les spiritueux subissent de plein fouet les tensions commerciales avec la Chine et les États-Unis. Les céréales souffrent de la concurrence accrue de la mer Noire et de l'Argentine. Les produits laitiers et la viande sont fragilisés par la hausse des coûts et les maladies animales. Résultat, la France importe de plus en plus ce qu'elle consomme, y compris pour des productions historiquement emblématiques du territoire. Coûts de production, compétitivé et modèle agricole à réinventer Mais le cœur du problème est plus profond. Tous les agriculteurs rencontrés le confient, leur production n'est plus compétitive. La France décroche parce que ses produits sont plus chers que ceux de ses concurrents, notamment espagnols et italiens. En moyenne, 65% du chiffre d'affaires part dans les charges : énergie, engrais, carburants, alimentation animale, normes et fiscalité. En Espagne et en Italie, ce chiffre tombe respectivement à 44% et 45%. La conséquence est immédiate. La valeur ajoutée agricole française par hectare est deux à trois fois plus faible que celle de ses voisins européens. Un écart qui pèse lourdement sur la rentabilité des exploitations et leur capacité à investir. Pendant que la France peine à réinventer son modèle, ses concurrents avancent à marche forcée. L'Espagne combine compétitivité-coût et spécialisation dans les fruits, l'huile d'olive et la viande porcine. La Pologne mise sur des produits exportés massivement. L'Italie, elle, fait le pari de la qualité, des labels et de l'image de marque. Pour autant, il ne s'agit pas encore d'un déclin irréversible. La France conserve de nombreux atouts : diversité des productions, savoir-faire, image gastronomique, potentiel de montée en gamme... Mais les leviers de transformation sont désormais urgents. Et c'est tout l'enjeu de ce Salon de l'agriculture : inventer, voire réinventer, l'agriculture française de demain pour permettre à la France de rester une grande puissance agricole dans un monde de plus en plus concurrentiel.

Massivement adopté pendant et après la crise du Covid-19, le télétravail semblait s'être durablement installé dans l'organisation du travail. Mais depuis deux ans, les entreprises resserrent la vis, durcissent les règles et rappellent leurs salariés au bureau. Contexte économique, enjeux managériaux, immobilier : les raisons de ce grand rééquilibrage. Il faut remonter au printemps 2020 pour comprendre l'essor fulgurant du télétravail. La crise du Covid-19, les confinements successifs et la fermeture massive des bureaux contraignent les entreprises à improviser. En urgence, elles équipent leurs salariés, généralisent les outils numériques et basculent dans le tout à distance. Très vite, un constat s'impose. La productivité ne s'effondre pas. Au contraire, de nombreux salariés gagnent en confort de vie, en temps de transport et en flexibilité. Entre 2021 et 2023, le télétravail s'installe durablement dans le paysage professionnel, sous une forme hybride devenue la norme : deux jours à domicile, trois jours au bureau. Côté entreprises, les bénéfices semblent également évidents. Le télétravail devient un puissant levier d'attractivité et un argument clé pour recruter, notamment dans les secteurs de la tech, de la finance ou du conseil. Il permet aussi de réduire les coûts immobiliers et les dépenses énergétiques. À ce moment-là, tout plaide en faveur du télétravail, perçu comme une avancée sociale majeure. Le grand retour du bureau depuis 2024 Mais cet équilibre ne dure pas. Dès 2024, les lignes commencent à bouger. Aux États-Unis, le retour massif au présentiel s'impose rapidement. Amazon, Google, JPMorgan, Meta, Boeing ou encore UPS rappellent leurs salariés au bureau, parfois jusqu'à cinq jours par semaine. En France, la dynamique est plus progressive, mais elle est bel et bien enclenchée. De nombreuses entreprises durcissent leurs règles et réduisent le nombre de jours dits « télétravaillables ». Ce revirement s'explique en grande partie par la dégradation du contexte économique. La croissance ralentit, le chômage remonte légèrement et le marché du travail devient moins tendu. Le rapport de force se rééquilibre alors en faveur des employeurs. Quand recruter devient plus facile, les entreprises peuvent imposer davantage leurs conditions. À cela s'ajoute la question immobilière. Avant la crise sanitaire, de nombreux groupes avaient investi massivement dans des sièges sociaux flambant neufs, des tours de bureaux ou des campus ultramodernes. Laisser ces espaces largement vides représente un non-sens économique, tant en termes d'investissement que d'image. Un outil de management et de gestion des effectifs Au-delà des considérations économiques, le retour au bureau répond aussi à des enjeux managériaux. Le télétravail à grande échelle bouscule les méthodes traditionnelles de management, fragilise parfois la culture d'entreprise et complexifie la coordination des équipes, en raison de la distance et des échanges dématérialisés. Certains analystes estiment même que le retour contraint au présentiel peut devenir un outil indirect de gestion des effectifs. En durcissant les règles, certaines entreprises savent que des salariés feront le choix de partir d'eux-mêmes. Une manière de réduire la masse salariale sans plan social, ni coût financier ou politique immédiat. Pour autant, le télétravail fait désormais partie intégrante des attentes des salariés. Il s'est imposé comme un élément central du « contrat psychologique » entre l'entreprise et ses collaborateurs. C'est pourquoi la majorité des organisations ne le suppriment pas totalement, mais cherchent à le recalibrer. L'enjeu est désormais de trouver un nouvel équilibre, permettant de concilier performance économique, efficacité collective et qualité de vie au travail. Reportage FranceFrance: le télétravail va-t-il reculer?

Selon le Financial Times, Donald Trump envisagerait de réduire une partie des droits de douane imposés sur l'acier et l'aluminium. Une inflexion surprenante pour un président qui a fait du protectionnisme un marqueur central de sa politique économique. Mais derrière ce possible revirement se cachent des enjeux majeurs : inflation persistante, pression sur le pouvoir d'achat, difficultés croissantes des entreprises américaines et, surtout, échéances électorales cruciales. Depuis l'été dernier, Donald Trump a fortement durci sa politique commerciale. Le président américain a relevé jusqu'à 50% les droits de douane sur les importations d'acier et d'aluminium, avant d'étendre ces surtaxes à des centaines de produits dérivés, comme les pièces automobiles, l'électroménager ou encore certains équipements industriels. L'objectif affiché reste le même : protéger l'industrie américaine et lutter contre la surcapacité chinoise, accusée d'inonder les marchés mondiaux avec des produits à bas prix. Une stratégie assumée, mais dont les effets économiques se révèlent rapidement problématiques. Car l'acier et l'aluminium sont omniprésents dans le quotidien des ménages. Des canettes aux boîtes de conserve, des voitures aux réfrigérateurs, une large partie de l'économie est concernée. Résultat, ces droits de douane ont directement alimenté l'inflation aux États-Unis, renchérissant de nombreux biens de consommation courante. Selon le Bureau du budget du Congrès américain, près de 95% du coût des droits de douane est finalement supporté par les consommateurs et les entreprises du pays. Autrement dit, ce sont les ménages américains qui paient l'essentiel de la facture. Une pression politique croissante à l'approche des élections Cette flambée des prix tombe particulièrement mal sur le plan politique. L'inflation reste la première préoccupation des électeurs américains, dans un contexte où le pouvoir d'achat est devenu un enjeu central du débat public. Or, dans quelques mois se tiendront les élections de mi-mandat, un scrutin crucial pour l'équilibre du Congrès. Le mécontentement croissant des consommateurs face à la cherté de la vie constitue un risque électoral majeur pour Donald Trump et son camp. L'impopularité de certaines mesures économiques pourrait se traduire dans les urnes. Dans ce contexte, l'éventualité d'un assouplissement ciblé des droits de douane apparaît comme une tentative de désamorcer la contestation sociale et de rassurer un électorat inquiet. Un ajustement tactique plus qu'un changement de cap idéologique. Les entreprises américaines en première ligne Mais la pression ne vient pas seulement des ménages. Les entreprises américaines, grandes consommatrices d'acier et d'aluminium, subissent elles aussi de plein fouet les effets de cette politique tarifaire. Les groupes industriels voient leur facture exploser. Le constructeur automobile Ford a par exemple annoncé une charge douanière de 2 milliards de dollars pour l'an passé, soit le double de 2024. Produire aux États-Unis coûte désormais bien plus cher, contraignant les industriels à absorber eux-mêmes les surcoûts liés aux matières premières. À cela s'ajoute la complexité administrative du dispositif. Les droits de douane ne s'appliquent pas uniquement aux métaux bruts, mais aussi à des milliers de produits dérivés, calculés en fonction de leur teneur précise en acier ou en aluminium et de l'origine du métal. Un véritable casse-tête bureaucratique, qui oblige les entreprises à recruter du personnel dédié à la conformité douanière, alourdissant encore leurs coûts. C'est pourquoi le lobbying industriel s'intensifie. De nombreuses entreprises réclament un allègement des surtaxes, soulignant leurs effets contre-productifs sur la compétitivité et l'emploi. Une pression économique qui rejoint désormais les préoccupations politiques. En envisageant un allègement ciblé des droits de douane sur l'acier et l'aluminium, Donald Trump cherche à préserver son image de défenseur de l'industrie nationale tout en allégeant la facture pour les ménages et les entreprises. Sans renier sa doctrine protectionniste, il tente de corriger ses excès les plus coûteux. Plus qu'un virage stratégique, cette inflexion potentielle ressemble à un ajustement pragmatique, dicté par la réalité économique et la contrainte politique, à l'approche d'échéances électorales décisives. À lire aussiDonald Trump signe le décret portant à 50% les surtaxes douanières sur l'aluminium et l'acier

Après plusieurs années de forte croissance et d'innovation, le secteur financier africaine entre dans une nouvelle phase de son développement. Plus mature, plus structuré, il privilégie désormais la rentabilité, la sécurité et l'efficacité opérationnelle, dans un contexte économique marqué par le ralentissement de l'inflation et la solidité de la demande intérieure. Le sujet est vaste, tant le secteur financier africain connaît actuellement une mutation profonde. Selon un récent baromètre publié par Deloitte et l'Africa Financial Summit, le modèle économique évolue en profondeur. Après des années de forte croissance et d'innovation, le secteur entre dans une nouvelle phase : celle de la maturité. Une maturité qui a une conséquence directe, la confiance économique. D'après cette étude, le moral des dirigeants d'institutions financières du continent est bon. Ils se disent confiants dans les perspectives économiques à moyen terme. Cette confiance s'explique notamment par un contexte macroéconomique plus favorable : l'inflation ralentit dans de nombreux pays, la croissance reste solide et la demande intérieure demeure dynamique. Concrètement, la stabilisation des prix permet aux ménages de retrouver du pouvoir d'achat. Ils peuvent ainsi épargner un peu plus, investir davantage et consommer. Résultat : les volumes de crédits augmentent, tout comme la souscription d'assurances et, plus largement, les transactions financières. Autant de signaux positifs pour les banques, les assurances et l'ensemble de l'écosystème financier. Rentabilité, discipline et cybersécurité au cœur des priorités Dans ce climat plus confiant, la priorité stratégique des institutions financières devient clairement la rentabilité. Cette évolution illustre bien la maturité du secteur. À l'image d'un adolescent qui grandit, la maturité implique moins de prise de risque, davantage de discipline et une gestion plus rigoureuse. C'est exactement ce qui se joue aujourd'hui dans la finance africaine. Pendant des années, banques et assurances ont investi massivement pour se développer, étendre leur réseau et toucher le plus grand nombre. Désormais, l'objectif n'est plus de grandir à tout prix, mais de mieux grandir, être rentable pour investir plus intelligemment, de manière ciblée et durable. Cette nouvelle stratégie s'accompagne d'une priorité donnée à la sécurité, dans un contexte où la digitalisation a fortement accru les risques cyber. Paiements mobiles, applications bancaires et plateformes numériques facilitent la vie des clients, mais attirent aussi les cybercriminels. Les banques et les assurances doivent donc investir massivement pour prévenir ces menaces, protéger les comptes de centaines de millions de clients et garantir la fiabilité des systèmes. Pour ce faire, elles s'appuient notamment sur l'intelligence artificielle. Grâce à l'IA, les institutions financières peuvent analyser en quelques secondes le comportement d'un client : habitudes de paiement, revenus, dépenses. Cela permet de détecter rapidement les tentatives de fraude, mais aussi de surveiller les mouvements de comptes et d'intervenir le plus vite possible en cas de soupçon. Intelligence artificielle, intégration financière et inclusion : les nouveaux leviers de croissance L'intelligence artificielle joue également un rôle central dans l'octroi de crédits. Elle permet d'évaluer plus finement la solvabilité des emprunteurs et d'anticiper les risques de défaut. Le secteur passe ainsi progressivement d'une finance réactive à une finance prédictive, capable d'anticiper les comportements et de mieux maîtriser les risques. Une mutation essentielle, à l'échelle du continent comme au niveau mondial. Parallèlement, l'Afrique traverse une transformation majeure avec l'accélération de l'intégration financière. Un système permettant d'effectuer des paiements directs entre pays, sans passer par l'euro ou le dollar, se met progressivement en place. Cette évolution pourrait profondément transformer les échanges commerciaux intra-africains, réduire les coûts de transaction et renforcer la souveraineté financière du continent. Enfin, le prochain grand défi reste l'inclusion financière. Toucher le plus grand nombre, être présent partout sur le continent et intégrer des millions de personnes encore éloignées du système bancaire constituent le principal levier de croissance pour les banques et les assurances. Aujourd'hui, cette inclusion reste incomplète, mais les pistes évoquées — digitalisation, intelligence artificielle, interopérabilité des paiements — sont précisément celles sur lesquelles s'appuient les grands acteurs financiers africains pour y remédier. À lire aussiL'Afrique perd 88 milliards de dollars par an en raison de flux financiers illicites, alerte l'UA

Ce mardi 17 février débute le Nouvel An lunaire en Chine, un événement central du calendrier économique du pays. Bien au-delà de sa portée culturelle et sociale, cette période constitue chaque année un véritable test pour Pékin. En 2026, les autorités chinoises espèrent surtout une chose, que cette fête relance la consommation intérieure, en panne depuis plusieurs mois, dans un contexte économique fragile. Malgré une croissance de 5% en 2025, la situation économique chinoise reste fragile. Le moteur de la consommation intérieure, censé prendre le relais des exportations, tourne au ralenti. Les derniers chiffres publiés par les autorités en sont la preuve : en janvier dernier, l'inflation n'a progressé que de 0,2% sur un an. Or, qui dit stagnation des prix dit demande molle. Face à la crise immobilière et à un marché de l'emploi particulièrement tendu, les ménages chinois restent prudents et préfèrent épargner plutôt que consommer. Dans ce contexte, le Nouvel An lunaire apparaît comme une occasion unique d'inverser la tendance et de tenter de restaurer la confiance. À lire aussiPourquoi l'essor des exportations chinoises est une mauvaise nouvelle pour Pékin Pékin sort l'artillerie lourde pour stimuler les dépenses Pour provoquer ce sursaut, les autorités chinoises ont multiplié les mesures. Les congés du Nouvel An lunaire ont ainsi été étendus à neuf jours afin d'encourager les déplacements, les loisirs, les repas au restaurant, mais surtout les achats. Un vaste plan de soutien à la consommation a également été lancé, avec le déblocage de 2 milliards de yuans, soit environ 300 millions de dollars. Ces aides, sous forme de bons d'achats ou de subventions, ciblent notamment l'électroménager, l'électronique, l'automobile et l'ameublement. Certaines villes vont encore plus loin. À Shanghai, par exemple, les autorités misent sur l'économie nocturne, avec des commerces ouverts tard et de nombreuses animations en soirée. Tout est fait pour faire sortir l'argent des comptes d'épargne et redonner confiance aux ménages. À lire aussiPlénum 2025 du Parti communiste chinois: quels enjeux pour l'économie de la Chine? Une fête aux lourdes conséquences économiques mondiales Car le Nouvel An lunaire pèse historiquement très lourd dans l'économie chinoise. Il provoque la plus grande migration humaine au monde, avec plus de 3 milliards de déplacements sur une période de 40 jours. Cette mobilité massive alimente l'économie des transports, de l'hôtellerie, de la restauration, des loisirs et du commerce de détail dans son ensemble. Mais les modes de consommation évoluent également. Les jeunes Chinois consomment autrement : moins de dépenses ostentatoires, davantage d'achats liés à l'émotion, à l'identité personnelle et au plaisir immédiat, comme les peluches collectors ou les gadgets connectés. Paradoxalement, alors que la consommation explose, la production industrielle marque une pause. Des millions d'ouvriers quittent les grandes zones manufacturières pour rejoindre leurs familles, entraînant la fermeture temporaire de nombreuses usines. Cela conduit à un ralentissement des chaînes d'approvisionnement mondiales. Les entreprises du monde entier anticipent en constituant des stocks ou en diversifiant leur production vers l'Asie du Sud-Est, mais cette période peut aussi être synonyme d'accalmie pour le commerce mondial. C'est précisément pour cette raison que les autorités chinoises misent autant sur le Nouvel An lunaire. L'objectif est clair : rééquilibrer le modèle économique du pays en réduisant sa dépendance aux exportations. En incitant à consommer, Pékin espère que l'effervescence temporaire de cette période festive permettra d'enclencher une dynamique durable et que l'année du Cheval de feu rallumera enfin l'étincelle de la consommation en Chine. À lire aussiDu rouge aux robots: comment la Chine célèbre le Nouvel An 2026

L'Inde accueille à partir d'aujourd'hui le quatrième sommet mondial sur l'intelligence artificielle. Plus de cent pays, une trentaine de chefs d'État et tous les grands patrons de la tech mondiale sont réunis à New Delhi. Un événement d'ampleur qui confirme la montée en puissance spectaculaire de l'Inde dans la course mondiale à l'IA, au croisement des enjeux économiques, technologiques et géopolitiques. À partir d'aujourd'hui, la capitale indienne devient le centre de gravité de la planète tech en accueillant le quatrième sommet mondial sur l'intelligence artificielle. Plus de cent pays sont représentés, une trentaine de chefs d'État et de gouvernement ont fait le déplacement, et surtout, tous les grands dirigeants des géants de la technologie sont présents. Un casting impressionnant qui illustre une réalité : l'Inde s'est imposée comme l'un des épicentres mondiaux de l'IA. Et le pays peut s'appuyer sur des atouts considérables. Le premier est son réservoir de talents, sans équivalent ou presque. Chaque année, des centaines de milliers d'ingénieurs sortent des universités indiennes. Une dynamique nourrie par une tradition ancienne d'excellence mathématique et scientifique, qui alimente directement les performances du pays dans le numérique et les nouvelles technologies. Deuxième force : la démographie. L'Inde est aujourd'hui le pays le plus peuplé du monde. Sa population, jeune, dynamique et massivement connectée, représente à la fois un immense marché, un laboratoire d'innovation à grande échelle et, pour l'IA, une mine de données inestimable. Enfin, troisième pilier de cette ascension : la volonté politique. Depuis 2024, le gouvernement indien a lancé un vaste programme public destiné à bâtir une véritable infrastructure nationale de l'intelligence artificielle. L'IA est clairement identifiée comme un levier stratégique de croissance économique, de compétitivité et de souveraineté technologique. Des investissements massifs et un laboratoire pour le Sud global Cette stratégie ambitieuse attire logiquement les géants mondiaux de la tech. Microsoft a annoncé 17,5 milliards de dollars d'investissements dans le pays, Amazon 35 milliards, Google 15 milliards. Les partenariats se multiplient, les centres de recherche s'installent, et l'écosystème numérique indien se structure à grande vitesse. L'Inde est en passe de devenir le plus grand marché numérique en devenir au monde. Entre des marchés occidentaux arrivés à maturité et une Chine de plus en plus fermée, le pays s'impose comme un relais de croissance indispensable pour les multinationales du numérique. Mais l'Inde est aussi un terrain d'expérimentation unique. Si une solution technologique fonctionne à l'échelle indienne, elle est capable de s'imposer partout dans le Sud global. Le pays devient ainsi un laboratoire grandeur nature pour l'innovation inclusive. C'est précisément ce qui donne au sommet de New Delhi une dimension géopolitique majeure. L'Inde se positionne comme le porte-voix des pays du Sud global: Afrique, Amérique latine, Asie émergente. Ensemble, ces régions entendent peser dans les débats mondiaux sur la gouvernance de l'IA. Le message est clair : l'intelligence artificielle ne doit pas être confisquée par quelques puissances technologiques, mais bénéficier à l'ensemble de la planète. Face aux modèles américain, chinois et européen, l'Inde propose une quatrième voie, fondée sur des cadres adaptés aux besoins des pays en développement. Le sommet s'articule autour de trois thèmes clés : People, Planet, Progress – population, planète, progrès. Un triptyque qui résume l'ambition indienne : faire de l'IA un outil de développement durable, d'inclusion sociale et de croissance partagée. Des défis technologiques encore majeurs à relever Pour autant, l'Inde n'évolue pas encore dans la même catégorie que les États-Unis ou la Chine en matière d'intelligence artificielle de pointe. Ce sommet est à la fois un tremplin et un révélateur des défis auxquels le pays doit faire face. Sur le plan technologique, New Delhi souffre encore d'un certain retard. L'Inde ne dispose pas de grands modèles d'IA comparables à l'américain ChatGPT ou au chinois DeepSeek, ce qui limite pour l'instant son influence dans la course aux modèles fondamentaux. La question de la protection des données personnelles constitue également un enjeu sensible, dans un pays où l'explosion numérique pose des défis considérables en matière de régulation et de sécurité. Mais le principal point noir reste la fuite des cerveaux. Malgré le dynamisme local, de nombreux ingénieurs indiens continuent de partir massivement vers la Silicon Valley et les grands pôles technologiques occidentaux, attirés par de meilleures conditions salariales et des moyens de recherche plus importants. Dans un contexte de compétition mondiale féroce, la stratégie indienne repose sur un pari audacieux : faire mieux avec moins. Là où les grandes puissances occidentales misent sur des investissements colossaux, l'Inde cherche à transformer ses contraintes en avantage comparatif, en combinant talents, innovation frugale et marché intérieur gigantesque. Un pari qui commence à porter ses fruits et qui pourrait bien, à terme, rebattre les cartes de la géopolitique mondiale de l'intelligence artificielle.

À la veille de la Saint-Valentin, focus sur une industrie criminelle aussi méconnue qu'efficace : l'arnaque aux sentiments. Derrière les promesses d'amour se cache une économie mondialisée, ultra-organisée et désormais dopée à l'intelligence artificielle, qui brasse chaque année des milliards d'euros. L'arnaque aux sentiments repose sur un modèle efficace. Les escrocs créent de faux profils sur des sites de rencontres, des réseaux sociaux ou des applications de messagerie. Ils mettent en scène des identités valorisantes : ingénieurs expatriés, médecins humanitaires, entrepreneurs prospères, voire parfois des personnalités connues. L'objectif est clair, instaurer une relation affective intense en échangeant quotidiennement pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, afin de bâtir un climat de confiance solide. Progressivement, le lien émotionnel s'intensifie, la victime s'attache, se projette, et baisse sa vigilance. Puis vient le moment du piège. Une urgence surgit, un billet d'avion à payer pour une rencontre tant attendue, un problème de santé soudain, un compte bancaire bloqué. La victime, déjà émotionnellement engagée, envoie de l'argent. D'abord de petites sommes, pour se rassurer. Puis, l'engrenage se met en place. Les demandes deviennent plus fréquentes, plus importantes, jusqu'à provoquer parfois un véritable effondrement financier. Des usines à arnaques en Asie et une tradition bien ancrée en Afrique Loin du cliché de l'escroc solitaire derrière son écran, l'arnaque sentimentale est aujourd'hui une industrie mondialisée, structurée et hiérarchisée. Certaines enquêtes récentes ont révélé l'existence de véritables « usines à arnaques » en Asie du Sud-Est. Dans d'immenses complexes, des plateaux entiers d'ordinateurs sont occupés par des équipes qui se relaient 24 heures sur 24 afin de couvrir tous les fuseaux horaires. Selon une étude de l'université du Texas, ces seuls réseaux asiatiques auraient extorqué près de 75 milliards de dollars entre 2020 et 2024. Une somme vertigineuse, qui illustre la dimension industrielle de cette cybercriminalité. L'Afrique de l'Ouest constitue également un foyer historique de ces pratiques, notamment pour les victimes francophones. En Côte d'Ivoire, les « brouteurs », au Nigeria les « yahoo boys », et au Cameroun les « feymen » incarnent ces figures désormais bien connues. La méthode y reste souvent plus artisanale, moins structurée qu'en Asie, mais les gains peuvent être considérables. Certains escrocs expérimentés parviennent à générer plusieurs dizaines de milliers d'euros par an. Intelligence artificielle, banques sous pression et humanité détournée La montée en puissance de l'intelligence artificielle a marqué un tournant. Désormais, les escrocs peuvent produire de faux appels vidéo ultracréditbles, combinant voix, visage et gestuelle réalistes. La fraude devient ainsi industrielle, automatisée et surtout hyper-personnalisée. La frontière entre le vrai et le faux s'efface, renforçant encore la vulnérabilité des victimes. Cette explosion des arnaques pose un défi majeur aux banques. L'enjeu est financier, juridique et réputationnel. Les établissements doivent gérer un afflux croissant de litiges tout en respectant leurs obligations de vigilance sur les mouvements de fonds. Mais comment bloquer un virement lorsque le client est lui-même persuadé d'agir par amour ? Pour répondre à ce défi, des acteurs spécialisés ont émergé, à l'image de Feedzaï, qui développe des solutions capables d'identifier en temps réel les transactions suspectes grâce à l'analyse comportementale et à l'intelligence artificielle. Toutefois, même les technologies les plus avancées ne peuvent tout empêcher. Car la véritable faille reste humaine. L'arnaque aux sentiments exploite ce qu'il y a de plus intime : le besoin d'amour, de reconnaissance et de lien. La manipulation émotionnelle est au cœur du système. Dans cette économie souterraine mondialisée, l'amour devient peu à peu un produit financier comme un autre.

Réunis en sommet informel, les dirigeants européens planchent sur la compétitivité du continent. Face à la montée en puissance des États-Unis et de la Chine, Emmanuel Macron remet sur la table une idée longtemps controversée, les eurobonds, ou la dette commune européenne. L'objectif est de financer massivement les investissements stratégiques pour éviter le décrochage économique de l'Europe. Les dirigeants des 27 se retrouvent pour un sommet informel consacré à un sujet on ne peut plus sensible: la compétitivité du continent. Une question revient avec insistance dans les débats européens: comment éviter que l'Europe ne décroche face aux États-Unis et à la Chine ? Dans ce contexte, Emmanuel Macron a relancé une vieille idée, aussi ambitieuse que clivante, emprunter à l'échelle européenne. Car aujourd'hui, chaque pays du continent s'endette de manière autonome. La France émet sa dette, l'Italie ou l'Allemagne la leur, chacun gérant son financement de façon indépendante. Problème : certains États sont déjà très endettés. Résultat, leur capacité d'emprunt est désormais très limitée, ce qui freine leurs possibilités d'investir dans les secteurs d'avenir. C'est là qu'intervient l'idée des eurobonds. Concrètement, il s'agirait de créer des obligations européennes communes, comparables à des bons du Trésor européen afin d'emprunter ensemble pour investir ensemble. Plutôt que de conserver 27 dettes nationales fragmentées, l'Europe émettrait une dette commune, capable d'attirer les investisseurs du monde entier. L'enjeu est double, financer les investissements stratégiques et renforcer le rôle international de l'euro face au dollar. À lire aussiCoercition économique: l'arme de l'Union européenne face aux menaces commerciales de Trump Les eurobonds, un projet ancien remis au cœur du débat Si sur le papier le projet semble solide, dans les faits, il est politiquement très sensible. L'idée d'eurobonds avait déjà été évoquée lors de la crise de la zone euro en 2010-2012, avant d'être rejetée, notamment par l'Allemagne et les pays dits « frugaux » comme les Pays-Bas ou la Finlande. Pour Berlin, longtemps championne de l'orthodoxie budgétaire, la mutualisation de la dette restait un tabou. Aujourd'hui encore, les réticences demeurent fortes. Pourtant, ce mécanisme a déjà été mis en œuvre pendant la crise du Covid. En 2020, l'Union européenne a lancé un vaste plan de relance financé par un emprunt commun de 750 milliards d'euros. Pour la première fois de son histoire, Bruxelles s'est alors endettée au nom des 27 États membres. Un tournant majeur, qui a démontré qu'un endettement européen commun était techniquement possible et financièrement crédible. À lire aussiQu'est-ce que l'euro numérique et pourquoi le projet divise l'Europe? Défense, technologie, climat : pourquoi l'Europe veut changer d'échelle Six ans plus tard, l'idée des eurobonds revient avec force pour trois grandes raisons. D'abord, la défense. Face au retour des tensions géopolitiques, l'Europe doit se réarmer et renforcer son autonomie stratégique. Ensuite, la technologie. Le continent doit investir massivement dans l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs et les technologies de rupture pour rester compétitif face aux géants américains et chinois. Enfin, la transition écologique. La décarbonation de l'économie européenne exige des investissements colossaux dans l'énergie, les infrastructures et l'industrie. Selon le rapport de Mario Draghi, ces besoins représenteraient jusqu'à 1 200 milliards d'euros par an. Sans ces investissements, l'Europe risque d'amplifier sa dépendance technologique, militaire et énergétique à Washington et Pékin. Les eurobonds apparaissent ainsi comme un outil permettant de changer d'échelle, en offrant une capacité d'endettement bien plus importante, et surtout moins coûteuse. En mutualisant la dette, les conditions d'emprunt seraient meilleures que celles dont bénéficient de nombreux États pris individuellement. Cela réduirait aussi le risque de crise financière dans les pays les plus fragiles et permettrait de créer un grand marché des obligations européennes, renforçant le poids géopolitique de l'Union. Mais les opposants restent nombreux. Leur principal argument : la crainte que certains pays relâchent leurs efforts budgétaires en profitant de la mutualisation, s'appuyant sur la solidité financière de leurs partenaires. Derrière ce débat technique se joue en réalité une question fondamentale : la capacité de l'Union européenne à agir comme une puissance collective. Car ce dont il s'agit désormais, ce n'est plus de raisonner État par État, mais bien en termes de force commune, afin de rester un acteur majeur sur la scène économique et géopolitique internationale.

Pour la première fois depuis plus d'un siècle, les États-Unis pourraient voir leur population diminuer dès cette année. En cause, le durcissement extrême de la politique migratoire menée par Donald Trump. Derrière ce basculement démographique historique se cache un choc économique majeur, aux répercussions sur la croissance, le marché du travail, les finances publiques et la compétitivité technologique du pays. Les chiffres sont sans équivoque. Selon le dernier bilan du Census Bureau, entre juillet 2024 et juin 2025, la population américaine n'a progressé que de 0,5%, soit 1,8 million de personnes supplémentaires. Un niveau historiquement faible. Cette dynamique pourrait encore se détériorer. Plusieurs études estiment désormais que la population américaine pourrait reculer dès cette année, un scénario inédit depuis plus d'un siècle. Cette bascule s'explique très simplement. Les États-Unis vivent historiquement sur deux moteurs démographiques, les naissances et l'immigration. Or, aujourd'hui, les deux ralentissent simultanément. Le taux de fécondité est tombé sous le seuil de renouvellement des générations, tandis que le moteur migratoire est en train de s'effondrer. En cause, la multiplication des mesures anti-immigration décidées par Donald Trump : restrictions drastiques des visas étudiants, professionnels et familiaux, refus d'entrée étendus à plus de 70 pays, expulsions accélérées, verrouillage renforcé de la frontière avec le Mexique. Autant de décisions qui ont fait chuter brutalement les flux migratoires. À lire aussiPourquoi l'immigration va déterminer le sort de l'économie américaine sous Donald Trump Un choc majeur sur la croissance et l'emploi Au-delà de ses conséquences sociales, ce tournant migratoire provoque un choc économique majeur. La croissance repose sur trois piliers fondamentaux : la population active, la productivité et l'investissement. Lorsque la baisse démographique touche directement la main-d'œuvre disponible, la croissance potentielle ralentit mécaniquement. Selon le think tank Brookings, la seule baisse de l'immigration retranche déjà 0,3 point de croissance par an à l'économie américaine. Un chiffre qui peut sembler modeste, mais qui est colossal pour une économie habituée à croître autour de 2,5% par an. Ce ralentissement s'explique principalement par un choc sur le marché du travail. Les immigrés représentent environ 19% de la main-d'œuvre américaine, soit près d'un travailleur sur cinq. Dans certains secteurs clés – agriculture, restauration, construction –, leur rôle est absolument indispensable. Résultat : les pénuries de main-d'œuvre explosent, les délais de production s'allongent, les coûts augmentent, les prix suivent, et au bout de la chaîne, la croissance est directement affectée. Une dynamique qui va à l'encontre des promesses économiques affichées par Donald Trump. À lire aussiRoyaume-Uni: le choc démographique qui menace l'économie britannique Finances publiques et leadership technologique fragilisés Les effets du durcissement migratoire se font également sentir sur les finances publiques américaines. Moins de travailleurs immigrés signifie moins de cotisations, moins d'impôts et davantage de dépenses sociales. Selon l'institut Cato, les immigrés ont versé plus d'impôts qu'ils n'ont reçu d'aides sociales chaque année entre 1994 et 2023. Dans ce contexte, la contraction de l'immigration fragilise directement l'équilibre budgétaire du pays et accélère la crise de financement de la Sécurité sociale américaine, déjà menacée à moyen terme. Enfin, l'enjeu dépasse largement la seule sphère budgétaire. L'immigration joue un rôle central dans la recherche, la technologie, l'intelligence artificielle et la finance. Une statistique l'illustre : 40% des chercheurs de la Silicon Valley sont nés à l'étranger. Limiter les visas étudiants et scientifiques affaiblit donc directement l'avantage technologique américain, dans un contexte de concurrence accrue avec la Chine et l'Europe. En définitive, l'arbitrage entre souveraineté politique et rationalité économique apparaît de plus en plus coûteux pour les États-Unis. Les effets du durcissement migratoire pourraient se faire sentir bien au-delà du mandat de Donald Trump, en pesant durablement sur la croissance, l'innovation et le leadership mondial de la première économie de la planète. À lire aussiGel des visas pour les États-Unis: ce qui attend les 26 pays africains concernés

La pose de la première pierre de la gigafactory du groupe taïwanais ProLogium, ce mardi 10 février, à Dunkerque, marque une nouvelle étape dans la stratégie industrielle française. Objectif : faire de la France un leader européen des batteries électriques. Mais derrière l'ambition, la réalité industrielle s'avère plus complexe. Ce mardi midi, c'est un événement symbolique qui se déroule dans le nord de la France : la pose de la première pierre d'une nouvelle gigafactory de batteries électriques à Dunkerque, portée par le groupe taïwanais ProLogium. Un projet emblématique de la stratégie industrielle tricolore, dont l'ambition est claire : faire de la France un leader européen des batteries électriques. Les objectifs affichés sont à la hauteur de l'enjeu. D'ici 2030, la France vise une production annuelle de deux millions de batteries, la création de plus de 13 000 emplois directs, et la constitution d'une véritable « vallée de la batterie » dans les Hauts-de-France. Un projet stratégique, car l'enjeu est majeur, il s'agit réduire la dépendance à la Chine, qui contrôle aujourd'hui près de 70% de la production mondiale de batteries. Or, sans batteries, pas de voitures électriques, et sans voitures électriques, pas de transition énergétique crédible. La souveraineté industrielle devient ainsi un pilier central de la politique économique française. Un déploiement plus lent que prévu : un défi technologique et industriel Trois ans après les grandes annonces, le bilan reste contrasté. Sur le papier, la France compte cinq projets majeurs de gigafactories. Dans les faits, seules deux sont aujourd'hui réellement en activité, tandis que les autres sont encore en phase de montée en puissance ou de préparation. Cette lenteur s'explique d'abord par la complexité extrême de la fabrication des batteries. Produire des cellules à grande échelle exige une maîtrise industrielle et chimique de très haut niveau, dans des environnements ultra-contrôlés. Les industriels européens commencent à peine à acquérir ce savoir-faire, alors que les acteurs asiatiques disposent de plus de quinze ans d'avance. À cela s'ajoute le coût colossal de ces infrastructures. Chaque gigafactory représente entre 2 et 5 milliards d'euros d'investissement. Un pari financier lourd, qui impose des montages complexes et une montée en charge progressive. Mais le principal défi reste l'évolution extrêmement rapide des technologies de batteries. Une batterie développée il y a trois ans est déjà dépassée technologiquement par rapport aux modèles actuels, plus performants, plus durables et plus compétitifs. Cette course à l'innovation impose aux industriels de revoir régulièrement leurs choix technologiques. ProLogium à Dunkerque : un pari industriel et économique à haut risque Le projet ProLogium illustre parfaitement ces difficultés. Si la première pierre n'est posée que ce mardi, trois ans après l'annonce initiale, c'est parce que le groupe taïwanais a décidé de changer de technologie en cours de route, afin de passer à une nouvelle génération de batteries solides plus performantes. Un choix stratégique, mais aussi un pari industriel risqué, qui a repoussé le calendrier du projet. Un pari également assumé par les pouvoirs publics. Pour attirer ces géants industriels, l'État français mobilise massivement l'argent public. Selon les études de la Banque européenne d'investissement et de France stratégie, un euro public investi dans l'industrie verte génère entre 2,5 et 4 euros de valeur ajoutée à moyen terme. Si, pour l'instant, les retombées économiques restent limitées, elles sont appelées à s'amplifier : créations d'emplois directs et indirects, fiscalité locale, sous-traitance, développement de filières industrielles complètes. Au-delà de la préservation de l'industrie automobile française et de la sécurisation de l'approvisionnement européen en batteries, ces projets participent surtout à la relance économique de territoires durement touchés par la désindustrialisation. À lire aussiFrance: le Taïwanais ProLogium débute la construction d'une méga-usine de batteries électriques dans le Nord

Alors que les États-Unis et la Chine accélèrent massivement dans l'intelligence artificielle, l'Europe peine encore à rivaliser à armes égales. Le baromètre européen de l'IA 2026, publié par JFD et EY Fabernovel, dresse un état des lieux : le continent dispose d'atouts solides, mais reste confronté à un défi majeur, celui du passage à l'échelle et de la souveraineté technologique. La bataille mondiale de l'intelligence artificielle est engagée depuis plusieurs années. D'un côté, les États-Unis ont développé un écosystème ultra-intégré. Leurs géants du numérique contrôlent l'ensemble de la chaîne de valeur : des infrastructures aux modèles, en passant par les logiciels et les centres de données. Une stratégie d'hyper-intégration qui leur permet d'innover vite, de déployer massivement et de capter l'essentiel de la valeur créée. La Chine suit une trajectoire similaire, à grand renfort de plans industriels massifs, de commandes publiques et de champions nationaux. Pékin a clairement fait de l'IA un pilier de sa stratégie de puissance économique et technologique. Face à ces deux blocs, l'Europe avance plus prudemment, avec une autre boussole : la régulation, l'éthique et la protection des données. Un choix assumé, mais qui se traduit par un décrochage progressif dans la course mondiale à l'IA. C'est l'un des constats majeurs du baromètre européen de l'IA 2026. Trois freins majeurs qui ralentissent la dynamique européenne Premier frein identifié : le financement. L'investissement européen en intelligence artificielle est sept fois inférieur à celui des États-Unis. En cause notamment, le manque de fonds de pension puissants à l'échelle du continent, capables de soutenir de très importantes levées de fonds. Résultat : lorsqu'une start-up européenne devient prometteuse, elle part souvent se financer outre-Atlantique, emportant avec elle une partie de la valeur et du potentiel industriel. Deuxième frein : la maîtrise de la chaîne de valeur. L'Europe ne détient aujourd'hui que 5% de la puissance de calcul mondiale. Concrètement, cela signifie que les intelligences artificielles européennes tournent très souvent sur des serveurs américains, renforçant une dépendance technologique stratégique. Troisième frein enfin : la complexité réglementaire. Avec 13 000 actes législatifs publiés en cinq ans, contre 3 500 aux États-Unis, l'environnement normatif européen apparaît comme un facteur de ralentissement, poussant certaines entreprises à envisager l'exil pour accélérer leur développement. Le tableau peut sembler sombre, mais l'Europe conserve néanmoins de solides atouts. À lire aussiPourquoi les géants de l'intelligence artificielle s'arrachent les talents à prix d'or ? Le choc de la demande, clé du passage à l'échelle Les choses bougent. En 2025, les levées de fonds ont progressé de 18% sur le sol européen. L'innovation est bien là, l'écosystème gagne en maturité, et les talents ne manquent pas. Mais le problème central demeure : les jeunes entreprises spécialisées dans l'IA peinent à devenir de grands champions industriels durables. En cause, un manque criant de débouchés. La commande publique d'innovation représente en moyenne 9% en Europe, contre 20% aux États-Unis et 25% en Corée du Sud. Mais tout ne peut pas reposer sur l'action publique. Le secteur privé doit également s'aligner, car les commandes restent aujourd'hui insuffisantes. Sans clients, sans contrats, sans carnets de commandes solides, une start-up ne grandit pas et ne devient jamais un leader mondial. La solution avancée est claire : inciter les grandes entreprises européennes à consacrer 9% de leurs achats à des solutions innovantes proposées par ces jeunes structures. Un levier décisif pour favoriser leur développement et créer de véritables partenariats industriels. Derrière cet enjeu économique, ce qui se joue, c'est la souveraineté européenne et son autonomie technologique. Car l'intelligence artificielle entre dans une phase d'industrialisation rapide, et ceux qui structurent aujourd'hui leur chaîne de valeur domineront les marchés de demain.

À la veille de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, l'économie haïtienne reste plongée dans une crise profonde. Croissance négative depuis plusieurs années, inflation élevée, dépendance aux transferts de la diaspora, insécurité chronique et paralysie politique : tous les indicateurs économiques sont au rouge. Le signal le plus révélateur de la crise économique haïtienne reste la croissance. Voilà désormais sept années consécutives que celle-ci est négative. Concrètement, cela signifie qu'année après année, le pays produit de moins en moins de richesses. Cette récession s'accompagne d'un autre fléau majeur : l'inflation. En 2023, la hausse des prix a dépassé les 44%. Si elle a depuis légèrement reflué, elle demeure aujourd'hui à un niveau très élevé, compris entre 25 et 30%. Une situation qui a conduit le quotidien Le Nouvelliste à titrer récemment : « L'économie haïtienne, productrice de pauvreté ». Dans les faits, les prix augmentent en continu, sans que les revenus ne suivent pas la même dynamique. Le pouvoir d'achat des ménages s'effondre, la consommation recule, et les entreprises voient mécaniquement leurs chiffres d'affaires diminuer. Une économie dépendante des transferts et pénalisée par le taux de change À ces difficultés, s'ajoute un mécanisme plus technique mais déterminant : le taux de change. Haïti reçoit des transferts financiers colossaux de sa diaspora, dont dépend environ 80% de la population. Ces fonds, envoyés en dollars, doivent être convertis en gourdes, la monnaie nationale. Or, le taux de change est resté largement figé alors que l'inflation a fortement progressé. Résultat : pour chaque dollar envoyé, les familles reçoivent proportionnellement moins de gourdes, tandis que les prix continuent de grimper. Aujourd'hui, près de six Haïtiens sur dix vivent sous le seuil de pauvreté. Ces transferts servent principalement à la consommation et non à l'investissement. Un modèle économique qui, en l'absence de production suffisante, ne permet pas de préparer le développement futur du pays. Insécurité, crise politique et effondrement de l'investissement Si l'investissement ne repart pas, la cause principale tient en un mot : l'insécurité. Les gangs contrôlent des quartiers entiers et des axes stratégiques, imposent des péages illégaux, pratiquent enlèvements et rackets. Cette violence désorganise les chaînes d'approvisionnement, freine le recrutement et décourage l'investissement. En 2018, les investissements directs étrangers atteignaient encore environ 100 millions de dollars. Depuis, ils sont proches de zéro. Lorsqu'ils existent, il s'agit essentiellement de réinvestissements techniques, notamment pour l'entretien d'infrastructures comme les télécommunications. Investir en Haïti est désormais perçu comme un risque majeur. Cette insécurité s'ajoute à une crise politique et institutionnelle profonde. L'appareil d'État apparaît inefficace, mal organisé et miné par la corruption. La confiance s'est érodée, l'instabilité est devenue chronique, ce qui nuit directement à l'activité économique. La précarisation de l'État entraîne ainsi une précarisation plus large de la société. C'est dans ce contexte que s'achève le mandat du Conseil présidentiel de transition. Les économistes s'accordent sur un point : sans réformes structurelles, profondes et de long terme, l'économie haïtienne continuera de souffrir. Certains scénarios évoquent un possible rebond de la croissance, autour de +2%, mais celui-ci reste conditionné à une amélioration tangible de la sécurité et à une stabilisation politique durable. Un nouveau chapitre que le pays est appelé à ouvrir pour tenter de restaurer un minimum de confiance, auprès des investisseurs, des partenaires internationaux et des ménages.

Après le rachat de la société d'intelligence artificielle xAI par SpaceX, Elon Musk affiche une ambition qui peut sembler futuriste mais qui est prise de plus en plus au sérieux: déployer des centres de données dédiés à l'IA directement en orbite autour de la Terre. Un projet aux promesses énergétiques et financières majeures, mais qui soulève aussi de nombreuses questions. Des centres de données ou « data-centers » à plusieurs milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes, l'idée peut paraître sortie d'un film de science-fiction. Et pourtant, elle s'inscrit aujourd'hui dans des projets très concrets. Avec l'acquisition de xAI, SpaceX cherche à réunir sous une même bannière l'expertise en lancements spatiaux, en réseaux de satellites et en intelligence artificielle. Pour comprendre l'intérêt d'un tel projet, il faut d'abord revenir sur Terre. Les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle existent déjà, et leur nombre ne cesse d'augmenter. Ces immenses installations consomment des quantités colossales d'électricité pour alimenter les processeurs, mais aussi d'eau pour refroidir les machines. Or la demande en puissance de calcul explose. Résultat: des centaines de nouveaux data centers devraient voir le jour dans les prochaines années. À lire aussiElon Musk intègre xAI dans SpaceX pour bâtir des centres de données spatiaux L'espace, une réponse aux contraintes énergétiques Pourquoi ne pas rester uniquement sur Terre ? Parce que l'espace offre plusieurs avantages majeurs. D'abord en matière de place, mais surtout en termes de consommation d'énergie. Les capteurs photovoltaïques spatiaux peuvent recevoir jusqu'à huit fois plus d'énergie solaire que leurs équivalents au sol, grâce à une exposition quasi permanente au soleil. Autre atout déterminant : le refroidissement. Dans l'espace, plus besoin d'eau. L'énergie solaire captée peut être utilisée pour alimenter des systèmes de refroidissement spécifiques, similaires à ceux déjà en fonctionnement sur la Station spatiale internationale. Sur le papier, ces centres de données orbitaux apparaissent ainsi comme une solution aux limites énergétiques rencontrées sur Terre. À lire aussiEn quoi les data centers sont-ils des gouffres écologiques? Un pari financier colossal… Et très risqué Derrière cette mécanique technologique se cache un enjeu primordial : l'argent. Pour les géants de l'intelligence artificielle, l'objectif est clair : faire des économies à long terme. Les montants en jeu sont colossaux, et encore difficiles à estimer tant le modèle reste flou. Une chose est en revanche certaine : les investissements dans les data centers terrestres se chiffrent déjà en centaines de milliards de dollars. Les projets spatiaux apparaissent à la fois comme une extension de cette dynamique, mais aussi comme un moyen d'entretenir l'enthousiasme des marchés et de continuer à attirer des capitaux vers l'IA. Car la question centrale reste celle de la rentabilité. Dans l'espace, l'idée est séduisante : pas de loyer, pas de facture d'électricité, seulement un lancement de fusée et un satellite équipé d'un centre de données. C'est précisément pour cela que SpaceX s'intéresse au sujet. L'entreprise d'Elon Musk dispose déjà des fusées, des satellites et des infrastructures nécessaires pour produire de la puissance de calcul à l'échelle mondiale. Mais les réserves sont nombreuses. Sur le plan technique, un satellite en panne ne peut pas être réparé comme un site terrestre, sans compter les risques de collision avec des débris spatiaux. Il faudrait par ailleurs déployer un nombre immense de satellites, impliquant autant de lancements et donc des coûts vertigineux. Enfin, la question environnementale reste entière, les lancements de fusées générant une pollution significative. Quoi qu'il en soit, ces centres de données spatiaux ne verront pas le jour demain. Selon plusieurs cabinets d'études, leur viabilité commerciale ne pourrait émerger, au mieux, qu'entre 2032 et 2035.

Plus d'un an après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les accords commerciaux se multiplient. Le dernier en date, signé avec l'Inde, prévoit notamment une hausse des achats de pétrole américain. Un exemple de plus d'une stratégie assumée: utiliser l'or noir comme levier de puissance économique, politique et géopolitique. Pendant des décennies, les États-Unis ont été fortement dépendants du pétrole étranger. Il a fallu attendre les années 2010 pour que la situation bascule avec la révolution du pétrole de schiste. Depuis une dizaine d'années, le pays est devenu le premier producteur mondial de pétrole. Avec plus de 20 millions de barils produits par jour, les États-Unis produisent presque deux fois plus que l'Arabie saoudite ou la Russie. Résultat : Washington ne subit plus le marché pétrolier. Bien au contraire, il est désormais en mesure de l'influencer. Une bascule centrale pour comprendre les choix économiques et diplomatiques actuels de l'administration Trump. Le pétrole, un enjeu politique et industriel majeur Cette stratégie énergétique répond aussi à une logique de politique intérieure. Aux États-Unis, le prix de l'énergie est l'un des premiers déterminants du vote. Politiquement, le sujet est donc crucial. L'objectif de l'administration Trump est clairement affiché: produire beaucoup de pétrole et maintenir un baril entre 50 et 60 dollars, afin de garantir un carburant bon marché aux ménages américains. Le raisonnement est simple et mécanique, plus l'offre est abondante, plus les prix baissent. Et qui dit pétrole dit industrie. Pour Donald Trump, l'or noir est le sang de l'industrie américaine, indispensable à la réindustrialisation du pays et à sa compétitivité. À lire aussiComment les géants du pétrole arrivent à tirer leur épingle du jeu, malgré la baisse des prix du brut? Géopolitique de l'or noir: Venezuela, empire pétrolier et rivalité avec la Chine C'est aussi à travers cette grille de lecture qu'il faut analyser l'ambition américaine de reprendre la main sur le pétrole vénézuélien. Un enjeu d'autant plus sensible qu'il intervient dans un contexte de fortes tensions politiques à Caracas. Le Venezuela était devenu un fournisseur stratégique de la Chine, avec du pétrole vendu à prix cassés. En tentant de réaffirmer son influence, Washington envoie un message clair: l'Amérique latine reste un espace stratégique clé pour les États-Unis. Plus largement, les États-Unis sont en train de bâtir ce que certains décrivent comme un empire pétrolier occidental. Si l'on additionne la production des États-Unis, du Canada et de l'Amérique latine, cela représente près de 40% de la production mondiale de pétrole. Conséquence directe, Washington dépend moins de l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole), et l'Arabie saoudite n'est plus l'arbitre incontournable des prix qu'elle a longtemps été. Reste un paradoxe majeur. Tandis que les États-Unis parient sur le pétrole, la Chine accélère sur l'électrique, les énergies renouvelables et le contrôle des minerais critiques. Deux visions du monde s'opposent. Pour Donald Trump, l'énergie doit rester abondante et bon marché. Pour les grandes compagnies pétrolières, l'enjeu est au contraire un baril élevé afin de continuer à investir. Mais pour le président américain, une certitude demeure: ceux qui contrôlent l'énergie contrôlent le monde. Un pari assumé sur l'or noir, alors même que le reste de la planète amorce une transition vers d'autres modèles énergétiques.

L'intelligence artificielle s'impose progressivement dans le processus de recrutement de nombreuses entreprises. Du tri des CV à la préparation des entretiens, elle redéfinit les usages et les critères de sélection. L'exemple du cabinet de conseil McKinsey illustre une transformation plus large, qui bouleverse à la fois les pratiques des recruteurs et les stratégies des candidats. Pendant longtemps, le recrutement a reposé sur une mécanique relativement simple: identifier les meilleurs profils à partir de diplômes et d'expériences passées, puis rencontrer les candidats présélectionnés afin d'évaluer leur potentiel. Aujourd'hui, ce modèle évolue. L'intelligence artificielle s'impose progressivement dans les entreprises comme un outil d'aide à la décision. De plus en plus de recruteurs l'utilisent au quotidien, que ce soit pour rédiger des offres d'emploi plus attractives, analyser et classer des CV, ou encore préparer des entretiens. Cette évolution ne relève plus de l'expérimentation. Elle s'inscrit désormais dans les pratiques courantes des ressources humaines et modifie en profondeur les équilibres traditionnels du recrutement. À lire aussiL'intelligence artificielle, nouvel atout caché des salariés Des candidats contraints de s'adapter Face à cette transformation, les candidats ont très vite ajusté leurs pratiques. Selon la dernière enquête menée par Hellowork, un candidat sur deux utilise aujourd'hui l'intelligence artificielle pour chercher un emploi. L'IA est mobilisée pour retravailler un CV, rédiger ou améliorer une lettre de motivation, ou encore se préparer à un entretien. Dans certaines entreprises, cet usage est même devenu implicite. Un dossier de candidature élaboré sans recours à l'IA peut être perçu comme insuffisant, voire non recevable. Pour ces structures, ne pas utiliser l'intelligence artificielle aujourd'hui revient à envoyer, il y a dix ans, un CV rédigé à la main ou à la machine à écrire. Mais cette généralisation pose une question centrale: si tous les candidats utilisent les mêmes outils, comment les différencier ? La lettre de motivation en est une illustration frappante. Longtemps considérée comme un élément clé, elle perd de sa valeur aux yeux des recruteurs, car générée par l'IA, elle devient souvent standardisée et parfois peu révélatrice de la personnalité réelle du candidat. Ce que recherchent désormais les recruteurs Face à cette uniformisation, le recrutement se déplace vers d'autres critères d'évaluation. L'exemple de McKinsey est particulièrement révélateur. Le cabinet de conseil ne cherche plus à savoir si les candidats utilisent ou non l'intelligence artificielle. Bien au contraire: il s'intéresse désormais à la manière dont ils s'en servent. Ce qui est évalué, ce n'est plus seulement le niveau de connaissance, mais la capacité à penser avec un outil intelligent, sans s'y soumettre. Autrement dit, comprendre les outils, leurs limites et leurs biais, et savoir les intégrer intelligemment dans son raisonnement devient une compétence clé. Plusieurs études récentes montrent d'ailleurs que la maîtrise de l'IA est aujourd'hui l'une des compétences les plus recherchées par les employeurs dans le monde. Cette tendance devrait encore s'amplifier. Les références à l'intelligence artificielle dans les offres d'emploi ont triplé en deux ans, et la dynamique devrait s'accélérer avec l'arrivée massive de la génération Z sur le marché du travail, qui représente près d'un quart de la population active mondiale. L'essor de l'intelligence artificielle dans le recrutement constitue donc un véritable bouleversement, qu'il convient toutefois de relativiser. L'IA ne remplacera ni le recruteur, ni le candidat. En revanche, elle transforme profondément leur relation. Le processus de recrutement n'est plus un simple face-à-face : il devient un triangle, où l'intelligence artificielle s'impose comme une troisième composante. Et dans ce nouveau modèle, ce sont celles et ceux qui sauront le mieux maîtriser et intégrer cette troisième branche qui tireront leur épingle du jeu.

OpenAI, la maison mère de ChatGPT, a annoncé qu'elle financerait elle-même les infrastructures électriques nécessaires à certains de ses centres de données aux États-Unis. Un choix stratégique qui illustre l'explosion des besoins énergétiques liés à l'intelligence artificielle et les tensions croissantes qu'elle exerce sur les réseaux électriques et sur la facture des consommateurs. L'intelligence artificielle repose sur des centres de données gigantesques, devenus au fil des années de véritables monstres énergétiques. Pour prendre la mesure du phénomène, un seul de ces sites peut consommer près d'un gigawatt d'électricité. Cela correspond à l'équivalent de la consommation d'environ 750 000 foyers américains. Or, ces complexes ne sont pas des exceptions. Il en existe désormais des dizaines aux États-Unis, certains s'étendant sur des surfaces comparables à celle de Central Park à New York. À mesure que l'IA se développe, la consommation d'électricité des centres de données ne cesse d'augmenter. Selon les projections, elle devrait même doubler d'ici 2030, renforçant la pression sur des réseaux électriques initialement conçus pour des usages bien plus stables et prévisibles. Réseaux sous tension et facture en hausse pour les consommateurs Cette explosion de la demande pose un problème majeur : les réseaux électriques peinent à suivre. Résultat : dans plusieurs États américains qui accueillent de nombreux centres de données, les prix de l'électricité ont fortement augmenté. Dans certains cas, ils ont bondi de plus de 200% en seulement quelques années. Ce sont alors les consommateurs américains qui en subissent directement les conséquences. C'est précisément pour éviter ce scénario qu'OpenAI a décidé de financer directement les infrastructures énergétiques nécessaires à ses centres de données. L'objectif est clair : empêcher que la facture énergétique de l'intelligence artificielle ne retombe sur les ménages. Pour l'instant, le budget annoncé atteint 500 milliards de dollars. Il doit permettre de produire suffisamment d'électricité pour alimenter ces installations et, à terme, d'atteindre une capacité de 10 gigawatts. Un investissement colossal, à la hauteur de la pression énergétique exercée par l'IA sur l'économie américaine. À lire aussiL'intelligence artificielle fait grimper la facture d'électricité des Américains Un changement de modèle pour les géants de la tech Cette stratégie marque un véritable tournant. Pendant des années, les grandes entreprises du numérique ont profité des infrastructures publiques sans en assumer pleinement les coûts indirects. OpenAI n'est d'ailleurs pas le seul acteur à s'emparer de la question énergétique, même si sa démarche est particulièrement visible. Microsoft, Amazon, Google ou encore Meta investissent eux aussi dans des projets énergétiques pour sécuriser l'alimentation de leurs centres de données. Ces investissements passent par des projets renouvelables ou des technologies de transition, comme le captage de carbone, afin de rendre certaines centrales plus propres. Derrière ces choix se dessine une logique commune : gagner en indépendance. En produisant leur propre électricité, ces groupes réduisent leur exposition aux limites et aux aléas des infrastructures publiques existantes. Car l'intelligence artificielle est devenue la révolution industrielle de notre époque : elle génère croissance et innovation, mais aussi des externalités qu'il faut désormais assumer. En contrôlant progressivement la chaîne d'approvisionnement en électricité, de la production à la consommation, les géants de la tech appliquent finalement un principe simple, mais lourd de conséquences économiques : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. À lire aussi«Le développement de l'IA est incompatible avec la décarbonation de l'énergie», alerte le think tank Shift Project

Comme le souhaitait Donald Trump, aux États-Unis, les activités du réseau social chinois appartiennent désormais à un consortium composé de proches du président américain. Depuis, des utilisateurs se plaignent de ne plus pouvoir aborder certains sujets, illustrant la crainte d'une dérive idéologique du réseau préféré des jeunes américains. « Je n'arrive pas à mettre en ligne quoi que ce soit sur ce qui s'est passé hier à Minneapolis », s'alarme une internaute au lendemain de l'exécution d'Alex Pretti par un agent fédéral de la police de l'immigration et que le mouvement de protestation contre ICE prenait de l'ampleur dans le Minnesota. « Regardez, j'ai posté une vidéo et le compteur de vues reste à zéro, personne n'y a accès », constate un autre. Dans la foulée du rachat des activités de TikTok aux États-Unis par un consortium d'investisseurs, de nombreux internautes s'inquiètent de ce qu'ils considèrent comme une vague de censure. Interrogé, TikTok assure alors qu'il ne s'agit absolument pas de censure mais simplement de problèmes techniques en cascade au niveau de ses serveurs liés au transfert de propriété. Ce sont des propos loin de calmer l'inquiétude des internautes. Pour comprendre, il faut se rappeler l'obsession de Donald Trump pour TikTok. Au cours de son premier mandat, il lance une procédure pour interdire le réseau aux États-Unis « au nom de la sécurité nationale », mesure finalement appliquée par Joe Biden. L'hostilité de Donald Trump s'est mue en convoitise au moment de son retour à la Maison Blanche, convaincu que l'application lui a permis de toucher la jeunesse américaine et de remporter l'élection. Il exige alors le rachat de TikTok USA par des investisseurs américains. Cela fait même partie des conditions posées à la Chine pour parvenir à un accord commercial. Sous le contrôle de Donald Trump et de ses alliés Le sujet fera même l'objet d'entretiens bilatéraux avec Xi Jinping. Les deux chefs d'État parviennent à un accord : en vertu du deal passé entre Washington et Pékin, ByteDance la maison mère chinoise de TikTok accepte de céder le contrôle de ses activités aux États-Unis à un consortium d'investisseurs composé de proches de Donald Trump : on y trouve Oracle l'entreprise dont le patron est l'un des plus proches conseillers du président américain, mais aussi le fonds souverain d'Abou Dhabi MGX considéré comme un puissant vecteur d'influence des Émirats arabes unis aux États-Unis. La Chine à travers ByteDance ne conservant qu'une part minoritaire dans le nouvel organigramme. TikTok n'est donc pas simplement passé sous pavillon américain, l'application est passée sous le contrôle de Donald Trump et de ses alliés. Une situation qui explique la méfiance des internautes américains. D'autant que pour se défendre, le nouveau management de l'entreprise assure n'avoir pas touché à l'algorithme de TikTok depuis le rachat. Il fallait entendre pas encore, puisque l'accord passé avec ByteDance prévoit bien qu'il soit réentraîné. Les nouveaux propriétaires seront-ils tentés de donner au réseau une impulsion plus réactionnaire ? Après tout, il y a un précédent avec Twitter qui, depuis qu'il est devenu X et qu'il appartient à Elon Musk, est devenu la chambre d'écho de toutes les extrêmes droites. À lire aussiTikTok crée une co-entreprise aux États-Unis pour répondre aux exigences de Washington Des soupçons alimentés par le nouveau patron de TikTok : Adam Presser qui avant de devenir le PDG de l'entreprise en était le directeur des opérations, de la confiance et de la sécurité. Depuis sa nomination le 22 janvier une vidéo de lui a refait surface dans laquelle il explique les changements dans la politique de modération de TikTok pour faire en sorte « que le terme "sioniste" soit considéré comme un paravent à des discours de haine. Bien sûr vous pourrez toujours dire "Je suis un fier sioniste", mais si vous utilisez le terme comme une insulte, ou en des termes désobligeants, cela devient un mot à modérer ». Des propos qui datent de mai 2025 tenus devant le Congrès juif mondial à Jérusalem. TikTok était encore sous contrôle chinois, mais déjà en négociation avec Donald Trump. De quoi susciter l'inquiétude des défenseurs de la cause palestinienne sur la manière dont pourraient être modérés à l'avenir les contenus en rapport avec Israël, la Palestine et la situation à Gaza. Chronique des médiasL'application TikTok sous influence du mouvement américain MAGA?

Comme chaque année, l'Agence française de développement publie son livre qui prend le pouls des grands indicateurs macroéconomiques du continent. Une croissance économique qui accélère depuis la pandémie de Covid et une croissance démographique qui reste la plus forte au monde. Des atouts pour l'Afrique qui sont autant de défis. Un habitant sur quatre de la Terre sera africain en 2050. Cette croissance démographique fulgurante c'est une force de travail, une capacité d'innovation et de création immense. À l'opposé, l'Europe entre dans un hiver démographique, et pourrait perdre 20% de sa population active d'ici 25 ans. La Chine a enregistré son plus faible taux de naissance l'année dernière. La carte majeure du continent africain, c'est sa démographie, sa jeunesse à condition qu'elles soit accompagnées des investissements nécessaires. La démographie, une chance sous conditions Certains pays profitent déjà économiquement de cette forte démographie. L'Afrique du Nord et l'Afrique australe sont en train de réussir leur transition démographique. On a vu le taux de natalité se réduire en Afrique du Sud et au Maroc par exemple. Contrairement à l'Afrique de l'Est où il y a encore beaucoup de naissances en Éthiopie, au Kenya, en Ouganda. C'est en Afrique de l'Ouest et notamment au Sahel que se trouvent aujourd'hui les taux de fécondité les plus élevés du monde. Un taux de fécondité trop élevé peut aussi être néfaste à l'économie. Le Rwanda et le Malawi via des programmes de planification familiale, ont réussi à ramener le taux de fécondité à 3,6 enfants par femme, selon les données de L'Économie africaine 2026 publié par l'Agence française de développement. Parmi les défis pour accompagner cette démographie, la question de l'emploi est centrale car le dividende démographique, ce petit bonus de croissance économique grâce à la démographie, intervient quand la fécondité baisse, qu'il y a proportionnellement moins d'enfants à charge et que la génération nombreuse née pendant le boom démographique arrive à l'âge de travailler. Pour en profiter, il faut investir dans l'éducation, créer des emplois décents et sortir d'une économie informelle qui précarise sa jeunesse. Aide au développement : la nécessité d'un nouveau cadre Les pays européens auraient tout intérêt à préserver leurs financements pour une Afrique dynamique. La bonne santé économique de l'Afrique est très importante pour les économies européenne. Or l'aide publique au développement a drastiquement baissé en Europe. C'est encore le cas en France pour le projet de loi de finances 2026 avec de nouvelles coupes. Rémi Rioux directeur de l'AFD appelle à un nouveau cadre de l'aide au développement. « Il faut passer d'une logique d'aide qui est mal comprise, parfois rejetée, à une logique d'investissement, de qualité, d'investissement solidaire et durable, qui crée du lien social, qui intègre le climat et de la croissance économique, évidemment, pour faire face, pour créer des emplois. J'espère que cette année 2026, que la présidence française du G7 contribuera à faire émerger ce nouveau cadre et une architecture puissante de financement du développement ». En attendant cette révolution, l'Afrique devra avant tout compter sur elle-même en 2026. Avec des prévisions de croissances à deux chiffres dans certains pays comme la Guinée et 4,6 % en moyenne, la croissance africaine pourrait même dépasser pour la première fois la croissance asiatique. C'est le FMI qui le dit.

Alors que la police de l'immigration concentre les critiques aux États-Unis après la mort de deux citoyens américains tués par balles à Minneapolis, les grandes entreprises n'hésitent pas à mettre leurs technologies au service de la traque des sans-papiers… avec de juteux contrats à la clé. Face aux rafles de la police anti-immigration dont les agents surarmés n'hésitent pas à utiliser un enfant de 5 ans comme appât pour arrêter son père et les enfermer tous les deux, il y a ceux qui résistent, au risque comme Renée Good ou Alex Pretti de le payer de leur vie, et il y a ceux qui collaborent avec les autorités. Il faut dire qu'il y a de quoi aiguiser les appétits : avant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche le budget de la police anti-immigration était de 10 milliards de dollars. Aujourd'hui, ce budget est passé à 85 milliards de dollars. Pour comparaison, la dotation du ministère de la Justice dans son entièreté, FBI compris, ne dépasse pas 35 milliards de dollars en 2026. Autrement dit : sous Donald Trump, ICE est devenu le corps de police le mieux pourvu des États-Unis, et de loin. Il y a donc à la clé de juteux contrats à remporter. Des données fournies par le ministère de la Santé Les grandes entreprises de la tech américaine mettent leurs solutions au service du Département de la sécurité intérieure depuis longtemps. La plus en vue s'appelle Palantir (une référence à la boule de cristal que Sauron utilise pour corrompre Saroumane dans le Seigneur des anneaux), fondée par le milliardaire libertarien d'extrême-droite Peter Thiel. Une entreprise spécialisée dans l'analyse et le recoupement des données. Les données publiques, celles que vous pouvez laisser sur les réseaux sociaux parfois sans vous en rendre compte, mais aussi celles fournies par les administrations américaines comme le ministère de la Santé. En recoupant toutes ces données avec l'aide de l'intelligence artificielle, l'entreprise identifie et localise pour le compte d'ICE les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile aux États-Unis. En avril, Palantir a signé un contrat de 30 millions de dollars avec ICE pour aider l'agence à cibler « les cas d'expulsion prioritaires ». À lire aussiCes entreprises qui s'enrichissent grâce à la politique migratoire de Trump Les Gafam aussi tirent profit de la lutte contre l'immigration à travers leurs services d'hébergement des données en ligne. Si on épluche les contrats publics au niveau fédéral, on constate que ICE a signé un contrat de 38 millions de dollars avec Microsoft, un autre de 25 millions de dollars avec Amazon, 500 000 euros avec Google... Ce n'est pas sans faire de remous au sein de ces entreprises, plusieurs centaines de salariés ont écrit ces derniers jours à leurs patrons pour exiger l'annulation des contrats signés avec ICE. Cap Gemini embarrassé par le juteux contrat signé par sa filiale américaine Le sujet ne concerne pas seulement les entreprises américaines : la semaine dernière l'Observatoire des multinationales un média d'enquête citoyen révélait le juteux contrat signé par la filiale aux États-Unis d'un fleuron de la tech bien français : Cap Gemini. Un contrat de 4,8 millions de dollars pour fournir à ICE un service de skip tracing : là-aussi il s'agit de faire de l'analyse des données dans le but explicite de traquer une personne, en l'occurrence celles et ceux identifiés par ICE comme des individus « expulsables ». France 2 a poursuivi l'enquête et montré que ce contrat prévoit une clause de résultat : autrement dit, plus Cap Gemini contribuera à faire expulser des migrants, plus elle sera rémunérée, le montant pouvant monter jusqu'à 365 millions de dollars. Embarrassé, le patron de Cap Gemini a déclaré dimanche que le conseil d'administration du groupe allait « examiner » ce contrat. Sur le site web de Cap Gemini la page où l'entreprise mettait fièrement en avant sa collaboration avec ICE depuis 2007 a été supprimée peu de temps auparavant.

La télévision fête, ce lundi 26 janvier 2026, ses 100 ans. Longtemps média dominant, à la fois industriel, publicitaire et culturel, elle a vu son modèle économique profondément bouleversé. Concurrence des plates-formes, fragmentation des audiences, bascule de la publicité vers le numérique : à l'heure de son centenaire, la télévision n'est plus hégémonique. Elle tente désormais de se réinventer pour rester dans la course. Pendant des décennies, l'économie de la télévision a reposé sur une mécanique simple et efficace. D'un côté, des chaînes qui programment des contenus à heure fixe. De l'autre, des millions de téléspectateurs réunis simultanément devant leur écran. Et au milieu : la publicité. Plus l'audience était large, plus les espaces publicitaires pouvaient être vendus cher. C'est ce principe qui a fait la puissance financière des grandes chaînes privées et qui a permis à la télévision de s'imposer comme le média dominant du XXe siècle. Mais ce modèle, qui a longtemps semblé solide, s'est progressivement fissuré. La télévision a perdu ce qui faisait sa force économique : la rareté. La fin de la rareté et la fragmentation des audiences Aujourd'hui, l'offre de formats est devenue infinie. Séries, vidéos, podcasts, réseaux sociaux, le choix est illimité, tandis que le temps d'attention, ressource clé du secteur, se réduit. Résultat, l'offre s'est diversifiée et la demande s'est dispersée. On ne regarde plus la télévision en tant que telle, on regarde des contenus. Les usages ont changé. Le public consulte désormais ce qu'il veut, quand il veut, où il veut, sur son téléphone ou son ordinateur – parfois même, ironie du sort, sur son téléviseur. Cette fragmentation a un impact économique majeur. Une audience éclatée, c'est une publicité moins puissante. Or, la publicité reste le cœur du modèle économique de la télévision. Elle existe toujours, mais elle rapporte moins. Dans le même temps, les investissements publicitaires se sont massivement dirigés vers le numérique et les plates-formes. Pour certaines marques, il est aujourd'hui plus rentable d'acheter un écran publicitaire sur YouTube, Netflix ou Amazon Prime qu'à une heure de grande écoute sur TF1, CBS ou Sky News. Plates-formes, YouTube et adaptation des chaînes Dans ce nouveau paysage, YouTube s'impose comme le principal concurrent de la télévision. La plate-forme est devenue un géant de la consommation audiovisuelle. On y regarde des formats longs, des émissions, des mini-séries, de l'information ou du sport – exactement comme à la télévision. YouTube capte à la fois le temps d'écran et le marché publicitaire. Preuve de son influence grandissante, la prestigieuse cérémonie des Oscars sera, à partir de 2029, exclusivement diffusée sur la plate-forme. Un choix symbolique, révélateur du recul de la télévision classique dans l'économie de l'attention. Face à cette concurrence, la télévision est souvent décrite comme un média qui meurt à petit feu. Média de masse, elle souffre lorsque la masse ne suit plus, notamment sur le terrain publicitaire. Là où la télévision propose une publicité elle aussi de masse, les plates-formes offrent un ciblage précis en fonction des profils des utilisateurs. Pour s'adapter, les chaînes développent leurs propres plates-formes, proposent des contenus inédits en complément de leurs programmes traditionnels et diversifient leurs sources de revenus. Cent ans après la première télévision, le média est devenu hybride. Il se réinvente à travers un mélange de diffusion classique, de streaming, de publicités plus ciblées, d'abonnements et de partenariats. La télévision n'est pas morte, mais son adaptation à son époque est complexe et se fait non sans peine.

Souvent perçu comme un secteur stable et résilient, le marché mondial de l'alcool traverse aujourd'hui une phase de ralentissement inédite. Derrière l'effet saisonnier du dry january se dessine en réalité un changement de cycle plus profond, marqué par une baisse durable de la consommation, des stocks records et une remise en question du modèle économique de toute une filière. On parle rarement de l'alcool comme d'un pilier de l'économie mondiale. Pourtant, le secteur pèse lourd : le marché mondial de l'alcool est aujourd'hui estimé autour de 1 700 milliards de dollars. Un poids économique comparable à celui de grandes industries comme l'automobile ou les télécommunications. Si le sujet revient sur le devant de l'actualité en ce mois de janvier, c'est d'abord en raison du dry january, ce mois sans alcool durant lequel les ventes atteignent traditionnellement leur point bas. Mais cette fois, le creux saisonnier masque une réalité plus préoccupante. Pour la première fois depuis des décennies, l'industrie mondiale de l'alcool montre des signes clairs d'essoufflement sur le long terme. Le ralentissement ne touche plus seulement la consommation ou les ventes : il affecte désormais directement la production. Pendant longtemps, l'alcool a été considéré comme un marché refuge, capable de résister aux crises économiques, porté par la croissance démographique, la mondialisation et la hausse du niveau de vie. Or cette dynamique semble aujourd'hui se gripper, voire toucher à sa fin. À lire aussi«Dry January»: le mois de «janvier sans alcool» peut aussi faire les affaires des producteurs d'alcool Surproduction et stocks records : un déséquilibre croissant Concrètement, les grands groupes mondiaux du secteur font face à une situation délicate. Les volumes stagnent ou reculent, les stocks explosent, et surtout, la demande ne suit plus les capacités de production. Selon des chiffres compilés par le Financial Times, cinq des plus grands producteurs d'alcool cotés en Bourse détiennent à eux seuls près de 22 milliards de dollars de spiritueux en stock. Un niveau inédit depuis plus de dix ans. Autrement dit, l'alcool est devenu trop abondant pour un monde qui boit moins. Et ce déséquilibre a un coût direct pour les entreprises productrices : immobilisation de capital, pression sur les marges et ajustements industriels à venir. Une baisse de la consommation durable et mondiale Le dry january illustre une tendance plus large. L'abstinence temporaire s'inscrit désormais dans des trajectoires de consommation de long terme. En France, par exemple, les ventes d'alcool en restauration chutent de plus de 20% en janvier, et surtout, elles ne retrouvent pas leur niveau antérieur les mois suivants. Année après année, la consommation recule mécaniquement. Et le phénomène dépasse largement le cadre franco-européen. Aux États-Unis, premier marché mondial des spiritueux, les ventes de vin reculent tandis que la bière stagne. En Asie, les jeunes générations consomment moins d'alcool que leurs aînés. Résultat : les prévisions très optimistes formulées il y a une dizaine d'années, qui misaient sur l'essor des classes moyennes consommatrices, ne se réalisent pas. Ce changement de cycle s'explique par plusieurs facteurs. La santé est devenue une variable économique à part entière : les consommateurs intègrent de plus en plus le coût sanitaire dans leurs décisions d'achat. Le pouvoir d'achat joue également un rôle clé : dans un contexte inflationniste, l'alcool — souvent premium — devient une dépense arbitrable. Enfin, le changement générationnel est déterminant : les moins de 35 ans boivent moins que leurs parents et sortent différemment. Vers un « pic » de la consommation mondiale d'alcool ? La question se pose désormais ouvertement : le pic historique de la consommation mondiale d'alcool a-t-il été atteint ? Il ne s'agit pas de la fin de l'alcool, mais, à l'image du pétrole ou du tabac, le marché pourrait entrer dans une phase longue de stagnation, voire de déclin lent. Pour le secteur, le défi est majeur. Dans les années à venir, il devra s'adapter à un monde où l'alcool n'est plus un produit central de la sociabilité, mais une consommation plus occasionnelle. À lire aussi«Dry January» en France: «Il y a une bascule culturelle sur l'alcool, mais le blocage politique reste fort»

Nouveau revirement de Donald Trump sur le Groenland et les relations commerciales avec l'Europe. Alors que le président américain évoque désormais un possible accord avec l'Otan, les Européens maintiennent leur réunion de crise. En toile de fond, un levier discret mais stratégique s'impose dans le débat : les bons du Trésor américains, au cœur de la dette des États-Unis et du rapport de force financier mondial. Le sujet peut sembler obscur, presque réservé aux spécialistes de la finance. Pourtant, le mécanisme est relativement simple à comprendre. Un bon du Trésor américain est tout simplement une dette. Lorsque les États-Unis ont besoin d'argent pour financer leur budget, ils empruntent. Comme tous les États, ils ne passent pas par une banque classique, mais par les marchés financiers. Ils émettent des titres financiers que les investisseurs achètent à l'unité. En achetant un bon du Trésor, un investisseur prête de l'argent à Washington. En échange, l'État américain s'engage à deux choses : rembourser le capital à une date précise et verser des intérêts. Ces titres existent à court, moyen et long terme. Les plus connus sont ceux à 10 ans et à 30 ans. Ces bons du Trésor sont considérés comme les plus sûrs au monde. Une réputation qui s'explique par un fait simple : les États-Unis n'ont jamais fait défaut sur leur dette. Résultat, ces titres sont devenus le pilier du système financier mondial. Si Washington en a autant besoin, c'est parce que le pays vit à crédit. Pour continuer de fonctionner, le Trésor américain emprunte sans cesse, à la fois pour rembourser les anciens bons arrivant à échéance et pour financer de nouvelles dépenses. À lire aussiCoercition économique: l'arme de l'Union européenne face aux menaces commerciales de Trump L'Europe, premier créancier des États-Unis, dispose-t-elle d'un levier de pression ? C'est ici que le sujet devient stratégique. Environ 30% de la dette américaine est détenue par des investisseurs étrangers. Cette dépendance rend l'économie américaine vulnérable à des évolutions de confiance sur les marchés. Et contrairement à une idée reçue, ce n'est pas la Chine mais bien l'Europe qui est aujourd'hui le premier créancier international des États-Unis. Cette dette n'est pas seulement détenue par les États européens, mais aussi par des fonds de pension, des assureurs, des banques et des fonds souverains. Pourquoi est-ce un moyen de pression potentiel sur Washington ? Parce que le fonctionnement des bons du Trésor est mécanique. Lorsque le prix de ces obligations baisse, notamment parce qu'un grand nombre d'entre elles est vendu, les taux d'intérêt augmentent. Concrètement, si les Européens se séparaient massivement de leurs bons du Trésor, les États-Unis devraient emprunter à des taux plus élevés. Le coût de la dette augmenterait, ce qui pèserait sur la santé économique du pays. Crainte d'escalade financière Mais cette option est loin d'être simple à mettre en œuvre. Une grande partie des bons du Trésor est détenue par des acteurs privés, totalement libres de gérer leurs portefeuilles. Les États européens ne peuvent pas les forcer à vendre du jour au lendemain. De plus, une telle stratégie provoquerait une escalade financière : tensions sur les marchés, volatilité accrue, risques d'instabilité du dollar. C'est pourquoi de nombreux observateurs restent prudents. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, adopte, lui aussi, un ton mesuré. Il a même mis en garde l'Europe, l'appelant à éviter, selon ses mots, « un réflexe de colère » sur le dossier du Groenland. Ce qu'il faut retenir, cependant, c'est ailleurs. Même si cette option n'est pas choisie, le simple fait qu'elle soit évoquée marque un tournant. La finance, longtemps cantonnée à un rôle technique, devient progressivement un instrument de rapport de force géopolitique. Et désormais, l'Europe aussi commence à envisager ce levier.

Réunis cette semaine dans la station suisse de Davos, dirigeants politiques et économiques assistent à une édition très particulière du Forum économique mondial. La venue de Donald Trump, attendu, ce mercredi 21 janvier, pour une prise de parole, dépasse largement le cadre protocolaire. Elle illustre un basculement plus profond des équilibres économiques et géopolitiques mondiaux. Comme tous les ans, c'est au cœur des Alpes suisses, dans le petit village de Davos, que se pressent les grands patrons, les banquiers de la planète, mais aussi et surtout de nombreux chefs d'État. L'événement le plus attendu reste la prise de parole de Donald Trump. Le président américain ne vient pas à Davos par hasard. Le Forum n'est pas pour lui un terrain neutre, mais une scène mondiale. Une tribune qui lui permet de s'adresser à trois publics à la fois. D'abord à son électorat. À moins d'un an des élections de mi-mandat, chaque mot est soigneusement calibré. Davos devient ainsi une extension de la campagne, et une démonstration assumée de la domination américaine sur l'économie mondiale. Un message clair aux élites économiques et aux partenaires des États-Unis Le deuxième public visé par Donald Trump, ce sont les élites économiques. Aux dirigeants d'entreprises et aux investisseurs, le président américain parle croissance, investissements, dérégulation, énergie bon marché et fiscalité attractive. Le message est simple : investir aux États-Unis ou perdre l'accès au premier marché mondial. Mais le discours s'adresse aussi aux partenaires, aux alliés comme aux adversaires. Et sur ce terrain, les États-Unis veulent frapper fort. Il suffit d'observer la taille de leur délégation à Davos pour s'en convaincre. C'est la plus importante, la plus visible, la plus structurée. Au cœur de la station, les Américains ont même investi une ancienne église, transformée en pavillon « made in USA », financé par les grandes entreprises du pays. L'objectif est clair : afficher la puissance américaine et montrer que ce sont désormais les États-Unis qui donnent le tempo et dictent les grands thèmes des discussions. Le symbole est fort, et loin d'être anecdotique. Du dialogue au rapport de force : un basculement assumé Car Davos reste avant tout un lieu de rencontres entre financiers et argentiers de la planète, censé permettre de réfléchir collectivement à l'avenir. Or, cette année, les discussions gravitent autour de sujets brûlants : droits de douane, pressions sur l'Otan, tensions commerciales, velléités américaines sur le Groenland et capacité – ou non – des Européens à y répondre. Donald Trump arrive avec un discours parfaitement assumé : l'accès au marché américain a un prix, la sécurité fournie par les États-Unis a un coût, et surtout, les alliances ne sont plus gratuites. Désormais, tout se monnaie. Finis les compromis, place aux transactions. Cette posture inquiète de nombreux participants, alors même que l'ambition historique du Forum économique mondial est de favoriser une gouvernance économique collective. Ce qui se joue à Davos dépasse donc largement une simple séquence diplomatique : il s'agit d'une redéfinition des règles du jeu économique mondial. En laissant une seule puissance occuper pratiquement tout l'espace, le Forum révèle l'affaiblissement des contrepoids européens. On s'éloigne de la construction du consensus pour se rapprocher d'une illustration des déséquilibres mondiaux actuels. Ironie du sort, le thème de cette édition est « l'esprit de dialogue ». Sur le fond, les échanges s'annoncent intenses. Sur la forme, le dialogue sera évidemment en anglais, mais cette année, à Davos, il faudra surtout parler américain, et surtout trumpien. À lire aussiDavos: «L'esprit de dialogue», thème de ce 56e forum sera-t-il au rendez-vous?

Un an après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la politique commerciale américaine continue de bouleverser les équilibres mondiaux. Le Mexique, très dépendant de son voisin du nord et directement visé par les droits de douane américains, semblait particulièrement exposé. Pourtant, douze mois plus tard, le bilan économique est loin d'être aussi sombre qu'anticipé. Pour comprendre la situation actuelle, un chiffre s'impose. Plus de 80% des exportations mexicaines sont destinées aux États-Unis. Automobile, pièces détachées, électronique, électroménager ou encore équipements industriels, le Mexique s'est imposé comme l'atelier industriel de l'Amérique du Nord. Cette intégration est telle que depuis 2023, le pays est devenu le premier partenaire commercial des États-Unis, devant la Chine. Mais cette relation est à double tranchant. La dépendance est aussi forte dans l'autre sens, et elle pèse lourdement sur l'économie mexicaine. La croissance du pays repose en grande partie sur un modèle d'assemblage, avec une faible valeur ajoutée locale. En clair, lorsque l'économie américaine ralentit ou change de cap, le Mexique en ressent immédiatement les effets. Comme le résume une formule souvent reprise: quand Washington tousse, c'est Mexico qui est grippé. À lire aussiComment le Mexique se prépare aux mesures de Donald Trump Droits de douane de Trump : un choc annoncé… mais amorti Dans ce contexte, l'offensive protectionniste de Donald Trump aurait dû provoquer un choc majeur. Le président américain a imposé des droits de douane de 25% sur certaines exportations mexicaines, pouvant atteindre 50% sur l'acier et l'aluminium, tout en menaçant l'ACEUM, l'accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. Au vu du poids des exportations mexicaines vers les entreprises américaines, beaucoup d'économistes s'attendaient à une récession. Pourtant, un an plus tard, la réalité est plus nuancée. Les exportations mexicaines vers les États-Unis ont continué d'augmenter. Ce paradoxe s'explique en grande partie par le contexte mondial. Donald Trump mène une guerre commerciale globale, particulièrement ciblée contre la Chine. En moyenne, les droits de douane américains s'élèvent à environ 5% pour le Mexique, contre près de 40% pour Pékin. Les produits chinois sont donc bien plus lourdement taxés. Résultat : lorsqu'une entreprise américaine cherche un fournisseur alternatif à la Chine, le Mexique apparaît comme une solution évidente. Dans cette guerre commerciale, le pays devient ainsi un « gagnant relatif ». Nearshoring et stratégie mexicaine : une résilience sous conditions Cette dynamique s'inscrit dans une stratégie plus large de nearshoring. Plutôt que de produire à l'autre bout du monde, les entreprises choisissent de s'implanter au plus près du marché américain, dans des pays moins exposés aux droits de douane. Le Mexique attire ainsi des industriels américains, mais aussi asiatiques et européens, soucieux de sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement. Pour autant, cette situation reste fragile. Une décision unilatérale de Donald Trump, comme une hausse brutale des droits de douane, pourrait rapidement rebattre les cartes. Côté mexicain, la stratégie est clairement assumée : éviter l'affrontement direct avec Washington. La présidente Claudia Sheinbaum a multiplié les gestes d'apaisement, renforçant la sécurité à la frontière, intensifiant la lutte contre le trafic de fentanyl et allant jusqu'à imposer des droits de douane sur certains produits chinois. À court terme, cette approche porte ses fruits. Le Mexique résiste et profite du recul chinois sur le marché américain. À moyen terme, la question centrale demeure. Cette stratégie va-t-elle renforcer encore davantage la dépendance du pays aux États-Unis ? Car malgré cette résilience apparente, le Mexique reste, aujourd'hui encore, sous pression. À lire aussiLe Mexique défend sa souveraineté face aux menaces d'intervention des États-Unis

La tension monte entre les États-Unis et l'Union européenne. En cause : des menaces de droits de douane brandies par Donald Trump pour contraindre plusieurs pays européens à accepter l'achat du Groenland par Washington. Face à ce chantage assumé, Bruxelles envisage pour la première fois d'utiliser son arme commerciale la plus puissante : l'instrument anti-coercition. Le point de départ de cette nouvelle crise transatlantique est clair. Donald Trump menace plusieurs pays européens d'imposer des droits de douane afin de les forcer à laisser Washington acheter le Groenland. Pour Bruxelles, c'est la menace de trop. Le président américain évoque des surtaxes précises : 10% de droits de douane dès le 1er février, puis 25% à partir du mois de juin. Ces mesures cibleraient pour l'instant huit pays européens, dont la France, l'Allemagne, la Suède ou encore le Royaume-Uni. Ce qui frappe les Européens, c'est que l'on n'est plus dans une négociation commerciale classique. Le rapport de force est assumé, dans une logique propre à Donald Trump : le tarif douanier utilisé comme levier politique pour peser sur une décision souveraine. À lire aussiAvec des militaires au Groenland, les Européens envoient «un signal» à «tout le monde» Des conséquences économiques immédiates des deux côtés de l'Atlantique Ces menaces ne sont évidemment pas sans conséquences économiques. De nombreux secteurs européens continuent d'exporter massivement vers les États-Unis, notamment l'automobile, l'agroalimentaire ou encore le textile. Pour les entreprises européennes, l'impact serait direct : perte de compétitivité, marges écrasées, et investissements retardés. Dans un contexte déjà incertain, l'instauration de droits de douane supplémentaires freinerait encore davantage les décisions d'investissement. Mais le piège pour Washington, c'est que ces mesures toucheraient aussi l'économie américaine. Les chaînes de valeur sont aujourd'hui fortement imbriquées. En effet, des composants européens sont essentiels à l'industrie américaine. Une guerre commerciale aurait donc des effets négatifs des deux côtés de l'Atlantique. L'instrument anti-coercition, le « bazooka » commercial de Bruxelles Face à cette situation, Bruxelles pourrait répondre par un mot : coercition. Dans les grandes lignes, la coercition économique désigne le fait de menacer ou d'appliquer des mesures commerciales pour forcer un autre État à modifier une décision souveraine. Le message de la Commission européenne aux États-Unis serait alors sans ambiguïté : « Trop, c'est trop. Ne touchez pas au Groenland, sinon vous le paierez économiquement. » Cet instrument existe dans les textes européens, mais il n'a encore jamais été utilisé. Il permet à l'Union européenne de riposter de manière graduée et ciblée. Parmi les mesures envisagées : la restriction de l'accès au marché européen, le blocage de certains investissements étrangers, la limitation de services, y compris numériques. À lire aussiJean-Baptiste Velut : «L'Europe peut utiliser le bazooka commercial, l'instrument anti-coercition» face à D. Trump L'objectif est clair : toucher là où ça fait mal, notamment les grands groupes américains très dépendants du marché européen. D'où les surnoms qui circulent dans la presse : « Bazooka », « arme nucléaire économique ». Mais cet outil reste un instrument de dernier recours, pensé avant tout comme dissuasif. Or, le problème de la dissuasion est bien connu : tant qu'on ne l'a jamais utilisée, son efficacité reste théorique. En parallèle, Bruxelles envisage une riposte plus classique : réactiver des droits de douane sur 93 milliards d'euros de produits américains. Une liste qui existe déjà et qui avait été suspendue après un accord commercial conclu l'été dernier avec Washington. Finalement, l'enjeu est surtout européen. Les Vingt-Sept sont-ils prêts à utiliser la puissance économique du continent pour défendre leur souveraineté ? Une chose est sûre : le compromis, la retenue et le multilatéralisme sont des concepts peu compatibles avec la politique de Donald Trump.

Secoué par des manifestations internes et une répression sanglante, l'Iran est de nouveau au cœur de l'actualité internationale. En cause notamment : la menace brandie par Donald Trump d'imposer des droits de douane de 25% à tous les pays qui continueraient à commercer avec Téhéran. Une annonce qui rappelle une réalité souvent oubliée, malgré les sanctions, l'Iran reste un acteur du commerce mondial. Malgré des décennies de sanctions, des restrictions financières sévères et un isolement politique croissant, l'Iran n'est pas coupé du reste du monde. Les chiffres sont parlants : en 2022, près de 150 pays échangeaient encore des biens avec Téhéran. Autrement dit, les sanctions ne signifient pas zéro commerce. Elles redéfinissent surtout la nature des échanges : avec quels partenaires, selon quelles modalités, et via quels circuits parallèles. Le commerce iranien existe toujours, mais il s'est transformé, fragmenté et parfois déplacé vers des canaux moins visibles, en marge des circuits financiers traditionnels. À lire aussiL'Iran en quête de stabilité entre alliances et sanctions Une économie fondée sur l'échange d'une rente contre des capacités de production Si autant de pays continuent à faire des affaires avec l'Iran, c'est avant tout en raison de la structure même de son économie. Le pays vend principalement des produits à forte valeur naturelle : hydrocarbures, dérivés pétroliers, produits chimiques. En face, Téhéran importe ce dont il a besoin pour faire tourner son économie et répondre aux besoins de sa population. L'Iran échange ainsi une rente contre des capacités de production. Cette logique révèle une dépendance forte vis-à-vis de l'extérieur, notamment pour les machines, les technologies, les intrants agricoles et une partie des biens alimentaires. Une dépendance qui rend le commerce extérieur vital, tant sur le plan économique que social. Chine, Europe: des partenaires clés malgré les contraintes Parmi les pays qui commercent avec l'Iran, un partenaire se détache nettement : la Chine. Environ 80% du pétrole exporté par Téhéran l'an passé a été acheté par Pékin. Un lien qui dépasse largement le simple cadre commercial. Face aux sanctions financières limitant les transactions en dollars ou en euros, la Chine a mis en place des mécanismes de paiement alternatifs, renforçant une relation devenue stratégique. Autour de ce pivot chinois gravitent d'autres économies asiatiques, comme l'Inde ou la Turquie, qui continuent également d'échanger avec l'Iran à des degrés variables. À lire aussiPourquoi la Chine surveille «attentivement» la situation en Iran Contrairement à une idée reçue, les pays qui sanctionnent Téhéran ne sont pas totalement absents du commerce iranien. En Europe, les échanges ont certes fortement reculé depuis la mise en place des sanctions, mais ils n'ont pas disparu. L'Allemagne reste ainsi l'un des partenaires européens les plus actifs, notamment dans les secteurs pharmaceutique, industriel et chimique, même si les volumes restent modestes comparés à ceux de l'Asie. Cette relation euro-iranienne est marquée par une profonde ambiguïté. D'un côté, les entreprises européennes voient dans l'Iran un marché de plus de 85 millions d'habitants, relativement sous-équipé. De l'autre, les risques juridiques et financiers liés aux sanctions freinent toute ambition à grande échelle. C'est précisément parce que de nombreux États continuent à faire des affaires avec l'Iran que Donald Trump agite aujourd'hui la menace de surtaxes douanières. L'objectif affiché est d'isoler économiquement Téhéran. Mais le contrecoup pourrait être lourd : pénaliser l'activité des entreprises étrangères et, in fine, celle des États eux-mêmes. Pour le régime iranien, le commerce extérieur est une condition de survie. Les recettes d'exportation financent le pays, tandis que les importations maintiennent des partenariats qui servent aussi de relais diplomatiques. Une nouvelle illustration d'un commerce international à la fois pragmatique et stratégique – et de la place singulière qu'y occupe encore l'Iran.

Derrière l'accumulation massive de réserves, la Chine déploie une stratégie économique de long terme. Loin d'un simple réflexe de précaution, ses stocks stratégiques jouent un rôle clé dans la stabilisation interne du pays et dans son influence croissante sur les marchés mondiaux, comme le montre une récente note de l'Institut Montaigne. Pendant longtemps, l'économie mondiale a reposé sur un principe simple: ne pas stocker, mais faire circuler. Les chaînes de valeur mondialisées et les flux tendus devaient permettre au marché de s'autoréguler. La Chine, elle, n'a jamais vraiment adhéré à cette logique de flux « sans filet ». Pour Pékin, stocker n'est pas un archaïsme, mais un acte de souveraineté. La note de l'Institut Montaigne le souligne clairement: les stocks sont aujourd'hui au cœur de la stratégie chinoise, au même titre que la technologie ou l'outil militaire. Cette approche se traduit par des volumes impressionnants. À l'échelle mondiale, la Chine détient environ deux tiers des stocks de maïs, la moitié de ceux de blé et un tiers du soja. Des proportions qui donnent immédiatement la mesure de son poids sur les marchés agricoles mondiaux. L'alimentation: un enjeu politique et un levier de marché Pourquoi stocker autant de denrées alimentaires? La réponse est à la fois simple et politique. Pour un pays de 1,4 milliard d'habitants, l'alimentation est un enjeu de stabilité intérieure majeur. Éviter toute pénurie est essentiel pour prévenir des troubles sociaux massifs. Mais la Chine est aussi devenue le premier importateur agricole mondial, ce qui renforce encore sa vulnérabilité. Résultat: son budget consacré aux stocks alimentaires est vingt fois supérieur à celui de l'ensemble des pays de l'OCDE réunis. Officiellement, ces réserves permettraient de nourrir la population pendant plus d'un an en cas de crise grave. Officieusement, ces stocks remplissent une autre fonction. Ils servent à intervenir sur les marchés. Lorsque les prix montent, la Chine relâche des stocks; lorsqu'ils baissent, elle achète massivement. En filigrane, Pékin devient ainsi une sorte de métronome du « grenier du monde », capable de régler le tempo des marchés agricoles. Quand la Chine achète ou cesse d'acheter, la planète entière le ressent. Énergie et métaux : sécuriser l'avenir et peser sur les autres Cette logique ne s'arrête pas à l'agriculture. Depuis 2003, la Chine construit l'une des plus grandes réserves stratégiques de pétrole au monde. L'objectif est clair: se prémunir contre un blocage maritime en cas de crise autour de Taïwan, mais aussi contre d'éventuelles sanctions occidentales. Autre pilier fondamental: les métaux et minéraux critiques, indispensables à la transition énergétique et environnementale. Terres rares, lithium, cobalt, nickel, Pékin cherche à sécuriser son approvisionnement tout en renforçant sa capacité à peser à l'échelle internationale. Stocker à grande échelle n'est cependant pas sans conséquences. Cette stratégie crée des tensions sur l'offre mondiale, alimente des hausses de prix et renforce la dépendance de nombreux pays vis-à-vis de la Chine, en particulier en Occident. Face à cette réalité, l'Europe et les États-Unis commencent à réagir. La France, par exemple, reparle de stocks stratégiques et en reconstitue dans des domaines clés comme l'énergie, les médicaments ou les matières premières critiques. Car au-delà d'une logique économique basique, une chose est désormais claire: les stocks ne servent plus seulement à se protéger. Aujourd'hui, ils sont aussi un outil d'influence, au cœur des nouveaux rapports de force mondiaux.

La Cour suprême américaine pourrait s'exprimer, ce mercredi 14 janvier, sur la légalité d'une partie des droits de douane imposés par Donald Trump. Devenus la pièce maîtresse de la stratégie économique du président depuis le printemps 2025, ces tarifs, à la fois assumés et coûteux, sont aujourd'hui contestés devant la plus haute juridiction du pays, avec des conséquences potentielles majeures pour l'économie américaine et mondiale. L'image a marqué les esprits. Le 2 avril 2025, dans les jardins de la Maison Blanche, Donald Trump présente ce qu'il baptise le « jour de la Libération ». À la tribune, un grand tableau à l'appui, le président américain dévoile une vague de droits de douane quasi généralisés, appliqués à de nombreux pays et à de larges pans des importations. L'objectif officiel est alors clairement affiché : réduire le déficit commercial américain, relancer l'industrie nationale et générer des recettes supplémentaires pour financer les baisses d'impôts et les dépenses publiques. Ces mesures deviennent rapidement le pilier central de la politique économique de Donald Trump. À lire aussiQui paie vraiment les taxes douanières de Donald Trump? Une loi d'urgence au cœur du débat juridique Pour aller aussi loin, le président américain contourne le Congrès et invoque une loi d'urgence économique datant de 1977 : l'International Emergency Economic Powers Act. C'est précisément l'utilisation de ce texte qui a conduit l'affaire devant la Cour suprême. Car cette loi ne mentionne pas explicitement les droits de douane. Or, aux États-Unis, la Constitution est claire : le pouvoir de lever des impôts et des taxes douanières appartient au Congrès, et non au président seul. Toute la question à laquelle devra répondre la Cour suprême est donc de savoir jusqu'où un président peut aller sans l'aval du Congrès, autrement dit du Parlement. En attendant la décision, les mesures tarifaires mises en place par l'administration Trump restent en vigueur et ont déjà rapporté environ 130 milliards de dollars à l'État fédéral, une somme considérable. Un choc économique potentiel aux États-Unis et dans le monde Contrairement à une idée répandue, ces droits de douane ne sont pas principalement payés par les pays étrangers, mais par les importateurs américains. Résultat : une hausse des prix à l'importation, une pression accrue sur les marges des entreprises, des produits plus chers dans les rayons et un secteur manufacturier qui recrute peu. C'est pour cette raison que plus de 1 000 entreprises américaines ont saisi la justice. Parmi elles, de petites et moyennes structures, mais aussi de grands groupes comme la chaîne de distribution Costco, le fabricant de pneumatiques Goodyear ou encore Toyota aux États-Unis. Toutes réclament le remboursement des droits de douane versés aux autorités. À lire aussiÉtats-Unis: comment les droits de douane de Donald Trump peuvent faire baisser l'inflation Si la Cour suprême invalide ces taxes, ce sont des dizaines de milliards de dollars – voire la quasi-totalité des 130 milliards perçus – qui pourraient devoir être remboursés. Donald Trump parle d'ailleurs de « catastrophe », affirmant lundi que le pays serait, « fichu » si une telle décision était prise. Les conséquences se feraient aussi sentir sur les marchés financiers, même s'ils ont en partie anticipé ce scénario. Rembourser ces droits de douane reviendrait à creuser le déficit budgétaire et à augmenter les besoins de financement de l'État, soit exactement l'inverse de l'objectif affiché par le président américain. À l'international enfin, les effets seraient tout aussi sensibles. Des entreprises du monde entier ont investi des milliards pour contourner les règles mises en place depuis le printemps. Certaines verraient dans une invalidation des tarifs un soulagement, quand d'autres subiraient une nouvelle fois un changement brutal des règles du jeu. De quoi provoquer une nouvelle phase d'instabilité pour l'économie mondiale et remettre en question l'architecture commerciale construite depuis maintenant un an. À lire aussiGuerre commerciale: comment la Chine a fait reculer Trump en 2025

Alors que près de 70 économistes européens viennent d'alerter les eurodéputés dans une lettre ouverte, l'euro numérique revient au cœur du débat politique. Derrière ce projet porté par la Banque centrale européenne (BCE) se joue une question clé : qui contrôlera la monnaie et les paiements dans le monde numérique de demain ? L'euro numérique, disons-le d'emblée, n'existe pas encore. Il s'agit pour l'instant d'un projet porté par la Banque centrale européenne (BCE), qui pourrait voir le jour à l'horizon 2029. Un projet qui peut sembler abstrait, mais qui est en réalité très concret. Concrètement, l'euro numérique serait une nouvelle forme d'euro émise directement par la BCE, mais sous forme numérique. Autrement dit, il s'agirait de monnaie de banque centrale, comme les billets et les pièces, à la différence près qu'elle ne serait pas matérielle. Elle serait stockée dans un portefeuille numérique, par exemple sur un smartphone. Beaucoup se demandent alors : mais quand on paie aujourd'hui avec une carte bancaire, ce n'est pas déjà de l'argent numérique ? La réponse est oui et non. Les paiements sont bien dématérialisés, mais la monnaie utilisée n'est pas la même. L'argent présent sur un compte bancaire est créé par les banques commerciales, et chaque paiement passe par une chaîne d'intermédiaires privés : banques, réseaux de cartes, prestataires techniques. Avec l'euro numérique, ce schéma changerait. Le paiement se ferait directement en monnaie de banque centrale, sans intermédiaire, comme si l'on tendait un billet mais de manière digitale. Un projet qui ne remplace pas le cash, mais ajoute une option L'euro numérique n'a pas vocation à faire disparaître l'argent liquide. Il serait complémentaire, offrant simplement une option de paiement supplémentaire aux citoyens et aux entreprises. Mais si le projet est aujourd'hui au centre des discussions, c'est avant tout pour une raison de souveraineté. Car, avec les moyens de paiement actuels, l'Europe a pris conscience de sa forte dépendance à des acteurs non européens, le plus souvent américains. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : sept paiements par carte sur dix en Europe transitent par Visa ou Mastercard. PayPal, Apple Pay ou Google Pay occupent également une place croissante dans les usages du quotidien. Cette dépendance n'a longtemps pas posé de problème majeur. Mais le contexte géopolitique a profondément changé. Si demain ces technologies américaines devenaient inaccessibles ou restreintes, c'est tout le système de paiement européen qui pourrait être affecté, voire bouleversé. Stablecoins, dollar et souveraineté : un débat très politique À cela s'ajoute un autre phénomène : l'explosion des stablecoins, ces monnaies numériques privées, le plus souvent indexées sur le dollar. Les États-Unis soutiennent clairement leur développement, y voyant un moyen de renforcer la domination du billet vert dans la finance numérique mondiale. La conséquence est simple : si demain vous payez avec un stablecoin en dollars, vous ne payez plus vraiment en euros. Face à cette dynamique, l'Europe cherche à proposer sa propre alternative : l'euro numérique. Mais la question demeure : ce projet peut-il réellement fonctionner ? C'est tout l'enjeu du débat actuel. Dans leur tribune récente, 70 économistes européens plaident pour que l'euro numérique reste une monnaie publique, sans passer par les banques classiques. Une position qui se heurte au scepticisme du secteur bancaire, inquiet notamment d'une possible fuite des dépôts. Le sujet est donc particulièrement sensible. Bruxelles doit trouver un équilibre délicat : proposer une monnaie numérique publique crédible à l'échelle mondiale, capable de rivaliser avec les solutions américaines, sans fragiliser le système bancaire européen. Un défi de taille, alors qu'un possible lancement est donc envisagé dans environ trois ans, en 2029. À lire aussiLa Bulgarie passe à l'euro : entre promesses économiques et craintes de hausse des prix

En défaut de paiement depuis 2017, frappé par l'hyperinflation et sous sanctions internationales, le Venezuela semble à première vue infréquentable pour les investisseurs. Pourtant, ces dernières semaines, sa dette suscite un intérêt croissant dans le monde de la finance, en particulier chez les fonds spéculatifs. Plus d'une semaine après l'enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis, l'économie vénézuélienne revient sur le devant de la scène. Le pays est, depuis des années, frappé par une hyperinflation massive, miné par la corruption et soumis à de lourdes sanctions internationales. Une situation qui a conduit Caracas à cesser de rembourser ses dettes dès 2017. Contre toute attente, ces dettes suscitent aujourd'hui un vif intérêt auprès des acteurs de la finance internationale, et notamment des fonds spéculatifs. Pour comprendre cette situation paradoxale, il faut remonter près de vingt ans en arrière. Nationalisations, expropriations et montagne de créances En 2007, le président Hugo Chavez lance une vaste vague de nationalisations. Des champs pétroliers, des mines, ainsi que de nombreuses entreprises pétrolières et énergétiques passent sous contrôle de l'État. Les sociétés étrangères concernées sont expropriées et saisissent alors la justice internationale. Le Venezuela est condamné à verser des indemnisations, mais ne s'exécute pas. Résultat : une accumulation de créances et de dettes colossales. La dette totale du pays est aujourd'hui estimée entre 150 et 170 milliards de dollars. Les entreprises concernées conservent d'abord ces créances en espérant être remboursées un jour. Mais face à l'impasse, beaucoup finissent par les revendre, à prix fortement décoté, à des fonds spéculatifs. Ces derniers acceptent de prendre le risque de ne jamais revoir leur argent, avec l'espoir de réaliser un gain important si la situation évolue favorablement. Un pari sur l'avenir politique et pétrolier du Venezuela Ce pari, longtemps jugé excessivement risqué, semble aujourd'hui changer de nature. Donald Trump affirme vouloir relancer la production pétrolière du Venezuela. Or, pour y parvenir, le pays aura besoin d'investissements étrangers, de technologies occidentales et de partenariats internationaux. Dans ce contexte, régler une partie des anciens litiges financiers devient un outil à la fois politique et économique. Aucun investisseur sérieux ne s'engage durablement dans un pays qui refuse de solder ses dettes passées. Pour les fonds spéculatifs, l'espoir est donc clair : une transition politique, une restructuration de la dette et un retour progressif du Venezuela sur les marchés internationaux. Ces investisseurs n'achètent pas la réalité actuelle du pays, mais la probabilité d'un futur plus stable. Pour l'instant, toutefois, rien n'est acquis et le risque demeure élevé. Reste une question centrale : si le Venezuela se relève, le fera-t-il au bénéfice de sa population, ou de ceux qui ont parié sur sa chute ? À lire aussiPétrole vénézuélien: pourquoi les compagnies américaines ne partagent pas l'enthousiasme de Donald Trump

On s'intéresse à des outils qui ont permis à des millions de Terriens d'envoyer leurs messages de meilleurs voeux cette nuit à l'occasion du passage à la nouvelle année. On parle des câbles sous marins. Et on va comprendre qu'ils sont stratégiques pour les échanges mondiaux ! Aujourd'hui ce sont plus de 500 câbles sous-marins qui sont déployés autour de la planète. Mis bout à bout ça représente environ 1,5 million de kilomètres, soit à peu près 38 fois le tour de la Terre. Et ils transportent absolument tout. Ces câbles font ainsi transiter des télécommunications, des discussions en temps réel, des images, des vidéos… bref, tout ce que nous utilisons sur nos ordinateurs, nos téléphones et nos télévisions. Ils transportent aussi des données essentielles et confidentielles pour les grandes entreprises et les forces militaires. Il faut d'ailleurs savoir que 99% des communications mondiales passent par ces câbles sous-marins, qui ne font pourtant qu'environ 10 centimètres d'épaisseur. Le développement des câbles est désormais porté par les Gafam Historiquement, les câbles sous-marins appartiennent majoritairement à des consortiums, un peu comme des copropriétés. Ce sont des alliances entre États et opérateurs de télécommunications, qui louent ensuite l'accès à ces câbles à des clients. Mais le modèle évolue fortement... aujourd'hui, le développement des câbles est porté en grande partie par les Gafam. Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft sont devenus des acteurs majeurs du secteur. Autre point important : ces câbles sont toujours plus puissants, et les technologies évoluent très vite. Un câble posé il y a cinq ans est déjà dépassé par ceux installés aujourd'hui. C'est donc parce que quasiment toutes nos communications passent par ces autoroutes de l'information qu'ils sont stratégiques. Et vu la quantité de données qu'ils transportent, ce sont devenus des actifs essentiels à protéger. Ils représentent des enjeux majeurs de sécurité, de souveraineté informationnelle et économique. Cela dit, il faut aussi relativiser : chaque année, on recense entre 150 et 200 incidents. 80% des incidents sont liés à un facteur humain non malveillant Certains sont dus à des glissements de terrain sous-marins, mais 80% des incidents sont liés à un facteur humain non malveillant, des filets de pêche ou des ancres qui arrachent les câbles. Pourtant, ce sont souvent ces mêmes types de bateaux qui sont soupçonnés de sabotage. On en a beaucoup parlé en 2025 en raison de câbles endommagés en pleine mer Baltique notamment entre la Suède et la Lettonie. On observe un retour de la piraterie ou d'actes de malveillance, même si cela reste marginal. L'Union européenne et l'Otan ont lancé plusieurs programmes pour surveiller les infrastructures sous-marines. Mais le risque zéro n'existe pas : à 1 000 mètres de profondeur et parfois plus, il est évidemment impossible de surveiller chaque centimètre de câble ! Chronique transportsLes géants de la tech investissent dans les câbles sous-marins

Omniprésente dans le débat public, l'intelligence artificielle (IA) s'est imposée comme la grande révolution technologique de la décennie. Mais après l'euphorie des investissements massifs, l'IA arrive à un moment décisif. À l'horizon 2026, les questions autour de la croissance, de l'emploi et de la solidité de son modèle économique devraient trouver un premier début de réponse. Ces dernières années, l'intelligence artificielle a attiré des investissements colossaux. Des centaines de milliards de dollars ont été injectés dans les puces électroniques, les centres de données, les start-up spécialisées, mais aussi dans les logiciels et les infrastructures nécessaires à son déploiement. Résultat : les valorisations boursières ont atteint des sommets. Nvidia, par exemple, est devenue l'une des entreprises les plus valorisées au monde grâce à ses puces devenues indispensables au développement de l'IA. Mais depuis quelques mois, des signaux d'alerte apparaissent. Certains investisseurs majeurs commencent à revoir leur stratégie et à réduire les sommes injectées dans le secteur. La raison principale est simple : la rentabilité se fait encore attendre. Les bénéfices tardent à arriver et le modèle économique repose largement sur une forme d'économie circulaire. Les géants de la tech financent des start-up spécialisées dans l'IA, lesquelles achètent en retour des puces, des services de stockage et des abonnements auprès de ces mêmes acteurs. Un système qui s'auto-entretient, mais qui pourrait nécessiter un ajustement dans les mois à venir, sans pour autant affirmer qu'il y aura une explosion brutale de la bulle de l'IA. À lire aussiNvidia investit 100 milliards de dollars dans la construction de centres de données pour OpenAI L'IA face au défi de l'emploi et de la productivité L'autre grand enjeu lié à l'intelligence artificielle concerne l'emploi. Ces dernières semaines, les géants de la tech ont licencié des dizaines de milliers de salariés, justifiant ces décisions par des gains de productivité rendus possibles par l'IA. La question est désormais de savoir si ce phénomène va s'amplifier. Deux scénarios se dessinent. Le premier, pessimiste, verrait l'IA remplacer rapidement des millions de travailleurs qualifiés à travers le monde. Le second, plus mesuré, repose sur l'idée que l'IA transformera les métiers sans nécessairement les faire disparaître. Certains experts estiment même que l'intelligence artificielle pourrait créer plus d'emplois qu'elle n'en détruirait d'ici la fin de la décennie. L'enjeu central réside donc dans la capacité des entreprises à accompagner ce bouleversement, et surtout dans le rythme auquel cette transformation s'opérera. Encadrer l'IA : un enjeu économique mais aussi démocratique Au-delà de l'emploi, une question de fond s'impose : celle de notre capacité collective à encadrer l'intelligence artificielle. Si l'on s'éloigne ici de l'enjeu économique strict, le sujet reste étroitement lié, car l'IA pose aussi des questions démocratiques, informationnelles et culturelles. Elle transforme déjà notre manière de travailler, de nous informer et de produire du contenu, parfois sans que nous en ayons pleinement conscience. La véritable question est donc de savoir si nous allons subir cette technologie ou l'organiser. Pour l'heure, c'est clairement la deuxième option qui est privilégiée. Si les pouvoirs publics, les entreprises et la société dans son ensemble parviennent à fixer des règles claires, à investir dans la formation et à protéger la valeur du travail humain, alors l'intelligence artificielle pourra devenir un véritable levier de croissance et d'innovation. À lire aussiLe règlement européen sur l'intelligence artificielle entre partiellement en vigueur

Objet du quotidien par excellence, le smartphone pourrait voir son avenir proche sérieusement contrarié. Selon une étude récente du cabinet Counterpoint Research, l'année 2026 pourrait être marquée par une baisse de la production mondiale de téléphones portables. En cause, une pénurie de puces mémoire largement alimentée par l'essor fulgurant de l'intelligence artificielle. Le smartphone est partout. Ou presque. Pourtant, derrière cet objet devenu indispensable se cache un marché qui n'est plus en forte croissance. Après des années d'expansion à grande vitesse, le secteur est entré dans une phase de maturité. Concrètement, les consommateurs renouvellent leurs appareils moins souvent. Les innovations sont jugées moins spectaculaires qu'auparavant, et les marges sont de plus en plus sous pression, en particulier sur les produits d'entrée et de milieu de gamme. Le constat est donc posé : le contexte est déjà tendu pour les fabricants, et les perspectives ne sont pas très rassurantes. Une pénurie de puces mémoire au cœur du problème Les prévisions pour 2026 ont récemment été revues à la baisse. Les livraisons mondiales de smartphones pourraient reculer jusqu'à 2%. La principale raison n'est pas un désintérêt des consommateurs, mais le manque de composants essentiels à la fabrication des appareils. Le secteur devrait en effet être confronté à une pénurie de puces mémoire, celles qui permettent à nos smartphones de disposer de mémoire vive. Ces composants sont indispensables. Ils permettent de lancer les applications rapidement, de passer d'une tâche à l'autre et d'assurer la fluidité globale du système. Depuis plusieurs années, les fabricants mettent en avant cette mémoire pour justifier des appareils toujours plus performants. Mais cette ressource est désormais convoitée par un autre acteur de poids : l'intelligence artificielle. Quand l'IA capte les ressources les plus rentables Le problème pour les géants du smartphone, c'est que l'intelligence artificielle est aujourd'hui bien plus rentable pour les producteurs de puces. Pour entraîner et faire fonctionner les modèles d'IA, il faut des infrastructures gigantesques. Les centres de données reposent sur des processeurs extrêmement gourmands en mémoire. OpenAI, Google, Meta ou encore Microsoft sont prêts à payer très cher pour sécuriser ces composants stratégiques. Face à cette demande explosive, les fabricants de puces mémoire font un choix rationnel d'un point de vue économique : ils réservent leur production aux plus offrants et privilégient les marchés liés à l'IA, bien plus rentables que l'électronique grand public. Produire davantage de puces serait possible, mais pas immédiatement. Trois entreprises seulement produisent plus de 90% des puces mémoire dans le monde. Construire de nouvelles usines ou augmenter les capacités existantes demande du temps, beaucoup d'argent et surtout une visibilité à long terme sur la demande, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. La conséquence est directe pour les fabricants de smartphones. À une demande forte et une offre limitée correspond une situation de rareté, et la rareté fait monter les prix. Résultat : une pénurie, mais aussi une explosion des coûts. Concrètement, les smartphones neufs devraient coûter plus cher, tout comme les ordinateurs. Certains produits pourraient également se révéler moins innovants que prévu. Bref, mieux vaut peut-être prendre soin de son smartphone actuel, avant que les prix ne flambent et que ces appareils ne se fassent plus rares. À lire aussiGoogle prend l'avantage dans la course à l'IA grâce à ses puces maison

À la veille de Noël, période emblématique de la consommation de masse, les Français se retrouvent face à un paradoxe bien connu : une conscience aiguë des limites environnementales et sociales de leurs achats, mais des pratiques qui peinent à évoluer. Entre contraintes budgétaires, attrait des prix bas et émergence de nouvelles alternatives, décryptage d'un paradoxe économique au cœur de nos habitudes de consommation. Mercredi 24 décembre, veille de Noël pour le monde chrétien. Au-delà de la dimension religieuse, cette période est avant tout un moment de rassemblement, de partage et d'échanges de cadeaux. Disons-le clairement : la fin d'année reste la période de la consommation de masse par excellence. Pourtant, les consommateurs semblent aujourd'hui conscients des limites de ce modèle. En toile de fond de cette période festive se cache un paradoxe économique majeur : le décalage entre les intentions affichées et les pratiques réelles d'achat. Un chiffre l'illustre parfaitement. Selon le baromètre de l'Ademe, l'Agence de la transition écologique, huit Français sur dix estiment qu'il est nécessaire de revoir leurs modes de consommation. Mais dans le même temps, seul un Français sur dix se dit très engagé dans une consommation responsable. Le fossé est là, bien réel, entre la volonté et le passage à l'acte. Fast fashion: quand le prix dicte l'achat C'est précisément dans ce contexte que la fast fashion s'impose comme un modèle économique dominant. Beaucoup considèrent qu'elle parvient à répondre simultanément à de fortes contraintes budgétaires et à un désir permanent de renouvellement. Dans les faits, le prix reste l'élément déclencheur de l'achat, bien avant toute autre considération. Des prix très bas, une vitesse de production et de livraison élevée, et surtout des volumes gigantesques rendent ce modèle particulièrement performant. Les géants chinois comme Shein, Temu ou AliExpress incarnent pleinement cette dynamique. Ces plateformes l'ont parfaitement intégré dans leur logique commerciale, et cela fonctionne. La demande est bien présente. Chez les plus jeunes, ces sites représentent aujourd'hui un achat en ligne sur quatre, un chiffre impressionnant qui illustre l'ancrage profond de ces nouvelles habitudes de consommation. À lire aussiLa seconde vie des objets, pilier essentiel de l'économie circulaire Noël, révélateur d'un basculement progressif Pour autant, cette dynamique n'est pas figée. Il existe bien une prise de conscience des coûts écologiques et sociaux liés à cette manière de consommer. Même si le pouvoir d'achat reste déterminant, une légère bascule commence à s'opérer. La période de Noël agit ainsi comme un révélateur et un amplificateur de ces tensions. D'un côté, elle renforce les logiques promotionnelles, l'achat de cadeaux à bas prix et la surconsommation. De l'autre, elle constitue un moment propice à la réflexion: offrir autrement, acheter moins mais mieux, privilégier la seconde main ou les circuits courts. Le succès du marché de l'occasion en est une illustration concrète. En France, il a progressé de 12% l'an dernier pour atteindre 7 milliards d'euros. Longtemps perçue comme marginale, cette pratique devient désormais un pilier de l'économie, sur lequel misent à la fois les plateformes et les marques traditionnelles. Face à la fast fashion, on peut donc désormais parler de slow fashion. Certes, le prix reste la porte d'entrée de l'achat, mais les lignes bougent. Un sentiment d'écoresponsabilité émerge. Il ne s'agit pas encore d'un réflexe généralisé, mais le consommateur a désormais la maturité nécessaire pour envisager d'autres choix. Dans cette transition progressive, la communication et le marketing jouent un rôle clé. L'enjeu est clair: rendre la sobriété désirable. Faire en sorte qu'un produit reconditionné localement, quasi neuf, soit non seulement plus responsable, mais aussi plus accessible qu'un produit neuf fabriqué à l'autre bout du monde. À lire aussiDans les galeries commerçantes, un Noël plus sobre mais toujours festif

Longtemps cantonnée à son rôle d'opérateur ferroviaire national, la compagnie italienne Trenitalia a changé de dimension. Forte d'un plan d'investissement massif et déjà bien implantée en France, elle affiche désormais une ambition claire : devenir un acteur central du rail européen à grande vitesse. Si Trenitalia attire aujourd'hui l'attention, c'est d'abord par l'ampleur de ses moyens. La compagnie ferroviaire italienne prévoit un plan d'investissement de 100 milliards d'euros d'ici à 2030, un montant qui doit même doubler à l'horizon 2040. Une enveloppe spectaculaire, destinée en priorité à la modernisation du réseau italien, mais qui poursuit aussi un objectif plus large : préparer l'expansion européenne du groupe. Les dirigeants de Trenitalia ne s'en cachent d'ailleurs pas. Ils répètent régulièrement qu'ils considèrent désormais l'Europe comme leur marché intérieur. Derrière cette déclaration se dessine un projet ambitieux : la construction d'un « métro européen à grande vitesse », avec des trains rouges vifs ornés du drapeau italien, appelés à circuler à travers tout le continent. Plusieurs liaisons emblématiques ont déjà été annoncées comme Rome–Munich ou Milan–Munich. Mais le projet le plus symbolique reste celui d'un Paris–Londres, en concurrence directe avec Eurostar, envisagé à l'horizon 2030. À lire aussiTrain à grande vitesse: l'Europe met 500 milliards sur la table pour relier toutes ses capitales d'ici 2040 La France, vitrine et terrain d'essai grandeur nature de la stratégie Trenitalia Cette ambition européenne n'est pas théorique. Des trains italiens circulent déjà en France entre Paris, Lyon et Marseille depuis maintenant quatre ans. C'est même dans l'Hexagone que la stratégie européenne de Trenitalia est la plus visible. Son arrivée a eu des effets immédiats sur le marché : baisse des prix pouvant atteindre 30 %, augmentation des fréquences et pour l'opérateur historique SNCF, une obligation de réajuster son modèle, ses services et son offre sur ces axes très fréquentés. Pour autant, cette implantation a un coût. Trenitalia perd de l'argent en France avec près de 150 millions d'euros de pertes cumulées depuis son arrivée. La raison est simple : faire rouler des trains dans l'Hexagone est particulièrement cher, notamment en raison des péages ferroviaires payés à l'opérateur d'infrastructure. La direction assume pleinement cette situation. La rentabilité n'est pas attendue avant plusieurs années. L'objectif est clair : s'installer durablement sur le marché, quitte à accepter des pertes à court terme. La logique est celle d'un investissement de long terme. À lire aussiLa compagnie italienne Trenitalia lance son offre sur la ligne Paris-Marseille pour concurrencer la SNCF Frecciarossa, entre coopération, compétition et pari européen L'image de cet investissement, c'est le Frecciarossa, le TGV italien reconnaissable à sa livrée rouge, dont le nom signifie « flèche rouge ». Ce train de nouvelle génération a été conçu pour circuler sur plusieurs réseaux européens, un avantage stratégique majeur. Car en Europe, chaque pays dispose de ses propres normes techniques et systèmes de signalisation. Pouvoir franchir les frontières sans changer de train ni d'équipage permet de réduire les coûts, de simplifier l'exploitation et d'accélérer l'expansion internationale. Sur le papier, la stratégie est solide. Mais à l'échelle européenne, Trenitalia ne peut pas avancer seule. Faire circuler ses trains dans d'autres pays revient à concurrencer directement les opérateurs nationaux en place. La réponse tient en un mot : la « coopétition ». Ce mot-valise, contraction de coopération et compétition, résume la philosophie du groupe : coopérer avec les autres opérateurs pour harmoniser les normes et partager certaines infrastructures, tout en restant concurrents sur les prix et les services. Cette approche s'inscrit pleinement dans le grand projet de la Commission européenne, qui ambitionne de relier toutes les capitales du continent d'ici à 2040 grâce à un vaste réseau ferroviaire à grande vitesse. Un projet que Trenitalia semble avoir anticipé et sur lequel la compagnie italienne paraît déjà avoir un train d'avance. À lire aussiQuel avenir pour le train à grande vitesse en Afrique?

Alors que la justice française doit se prononcer sur une possible suspension de Shein, le débat sur les marketplaces low-cost s'intensifie en Europe. Pendant ce temps, sur un autre continent, le e-commerce suit une trajectoire bien différente. En Afrique, un acteur s'impose comme le leader du secteur: Jumia, souvent qualifié d'« Amazon africain ». Contrairement aux marchés européens, déjà matures et fortement concurrentiels, le e-commerce africain demeure un secteur en phase de structuration. Dans de nombreux pays, acheter en ligne n'est pas encore un réflexe généralisé. Les obstacles sont concrets : absence d'adresses officielles dans certaines villes, infrastructures logistiques insuffisantes, réseaux de distribution fragmentés. Pourtant, le marché affiche une dynamique impressionnante. Le commerce en ligne en Afrique progresse à un rythme compris entre 12 % et 14 % par an, bien supérieur à celui observé en Europe ou en Amérique du Nord. En 2025, il devrait représenter près de 280 milliards de dollars. Cette croissance est portée par une population jeune, majoritairement urbaine, largement équipée en smartphones et de plus en plus connectée à Internet. Mais sur le terrain, le développement du e-commerce reste prudent, contraint par les réalités économiques et logistiques. Jumia, l'ambition d'un Amazon africain C'est dans ce contexte que Jumia a vu le jour en 2012. La plateforme s'est donné pour mission de révolutionner les habitudes de consommation de plus d'un milliard d'Africains, avec une ambition claire : créer un Amazon ou un Alibaba adapté au continent. Séduits par le slogan « 100 % Afrique, 100 % Internet », les investisseurs internationaux ont injecté près de 800 millions de dollars avant l'entrée en Bourse de l'entreprise à New York, en 2019. Mais l'euphorie est de courte durée. Dès son introduction en Bourse, le cours de l'action chute. Dans le même temps, Jumia poursuit une expansion rapide, s'implantant jusqu'à 14 pays. Une stratégie qui se révèle trop coûteuse. Les pertes s'accumulent, la logistique peine à suivre et le modèle montre ses limites. L'entreprise est alors contrainte de revoir en profondeur sa stratégie et son périmètre d'activité. Recentrage stratégique et concurrence accrue Aujourd'hui, Jumia existe toujours, mais sous une forme plus resserrée. La plateforme a réduit la voilure et concentre désormais ses activités dans neuf pays, qui représentent néanmoins près de 60 % du PIB africain. Pour s'adapter aux spécificités locales, elle a développé des solutions sur mesure : points de retrait dans les villages et les quartiers périphériques, recours au paiement à la livraison pour rassurer des consommateurs encore méfiants à l'égard du paiement en ligne, multiplication des partenariats régionaux et internationaux pour mieux gérer les stocks et limiter les ruptures. Ce repositionnement intervient dans un contexte de concurrence accrue. L'Américain Amazon et les plateformes chinoises Temu ou Shein s'intéressent elles aussi au marché africain. Mais ces acteurs avancent prudemment, confrontés à des réalités qu'ils maîtrisent encore imparfaitement. Amazon, par exemple, s'est implanté en Égypte puis en Afrique du Sud, deux des marchés les plus mûrs du continent. La force de Jumia réside aujourd'hui dans sa connaissance fine du terrain et dans la fidélité d'une clientèle locale. L'entreprise affiche un objectif clair : atteindre la rentabilité d'ici à 2027. Selon plusieurs cabinets spécialisés, ses chances d'y parvenir sont désormais estimées à 70 %, contre une probabilité quasi nulle il y a encore quelques années. D'autres plateformes, comme Konga au Nigeria ou Takealot en Afrique du Sud, tentent elles aussi de tirer leur épingle du jeu à plus petite échelle. En Afrique, le succès du e-commerce ne passe pas par le copier-coller des modèles occidentaux, mais par une adaptation constante aux réalités locales.

Alors que plusieurs milliers d'agriculteurs manifestent à Bruxelles contre l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, le traité est à l'ordre du jour du Conseil européen ce jeudi et demain. Très critiqué sur le plan agricole, il est pourtant défendu avec insistance par la Commission européenne. Pour quelles raisons Bruxelles tient-elle tant à le signer ? La détermination de la Commission européenne à faire aboutir l'accord UE-Mercosur s'inscrit d'abord dans une lecture globale des rapports de force économiques actuels. Pour Bruxelles, ce traité est conçu pour générer plusieurs milliards d'euros de bénéfices chaque année. L'exécutif européen avance le chiffre de 4 milliards d'euros d'économies annuelles pour les exportateurs européens, grâce à la réduction des droits de douane. Concrètement, l'accord vise à supprimer environ 90 % des droits de douane entre l'Union européenne et les pays du Mercosur. Une mesure qui permettrait à la production européenne de mieux s'exporter et de gagner en compétitivité sur ces marchés. Bruxelles y voit également une diversification stratégique de ses partenaires commerciaux, dans un contexte mondial de plus en plus tendu. Le Mercosur représente en effet un marché de 270 millions de consommateurs, pour un PIB cumulé d'environ 2 700 milliards d'euros. Sur le papier, il s'agit donc d'un marché à fort potentiel pour les entreprises européennes. Une asymétrie assumée, mais encadrée Sur le papier seulement, car l'accord est souvent résumé par une formule devenue célèbre : « Des voitures européennes contre des vaches sud-américaines ». Une image qui illustre l'asymétrie du traité, entre exportations industrielles européennes et importations agricoles sud-américaines. La Commission européenne assume pleinement cette asymétrie. Selon elle, les gains industriels et macroéconomiques pour l'Europe excéderaient largement les pertes sectorielles agricoles, d'autant plus que ces dernières seraient limitées par des quotas, des périodes de transition et des mécanismes de sauvegarde prévus dans le texte. Pour Bruxelles, l'accord ne constitue donc pas une ouverture brutale et incontrôlée des marchés, mais un compromis encadré, pensé pour préserver les secteurs les plus sensibles tout en favorisant la compétitivité globale de l'économie européenne. À lire aussiAccord UE-Mercosur: le ton se durcit entre Paris et Bruxelles, la France demande un report du vote Un enjeu géopolitique et stratégique majeur Au-delà de l'aspect commercial, la Commission européenne insiste surtout sur la dimension géopolitique de l'accord. L'Union cherche à réduire ses dépendances stratégiques, notamment vis-à-vis de la Chine. Les pays du Mercosur disposent de ressources naturelles et minières essentielles à la transition énergétique et numérique, ce qui renforce leur intérêt stratégique pour l'Europe. Le traité est aussi présenté comme une réponse au retour du protectionnisme sur la scène internationale. En scellant une alliance commerciale avec plusieurs États sud-américains, l'Union européenne espère compenser d'éventuelles pertes d'accès aux marchés américain et chinois. Refuser l'accord, selon la Commission, reviendrait à fragiliser volontairement la position de l'Europe dans la mondialisation. Bruxelles s'appuie enfin sur le bilan des accords déjà conclus. L'Union européenne a signé 44 accords de libre-échange avec près de 80 pays, faisant de cette politique un levier central de son influence. En 2024, le commerce entre l'UE et ses partenaires liés par des accords atteignait 2 300 milliards d'euros, pour un excédent commercial global de près de 270 milliards d'euros. Contrairement aux idées reçues, même les secteurs sensibles en ont bénéficié: à l'échelle européenne, l'agroalimentaire dégage aujourd'hui un excédent d'environ 40 milliards d'euros, en hausse continue depuis dix ans. Cette lecture macroéconomique dresse donc un bilan globalement positif. Mais la Commission reconnaît aussi que, en analysant pays par pays et secteur par secteur, la réalité est plus contrastée : ce qui bénéficie à certains peut pénaliser d'autres. Finalement, l'accord UE-Mercosur pose une question plus large que le seul commerce. Quelle place l'Europe veut-elle occuper dans le monde, et quelle vision porte-t-elle pour l'avenir de sa construction politique et économique ? À lire aussiL'Europe toujours aussi divisée face à l'accord commercial avec le Mercosur

Longtemps considérée comme un passage obligé pour les entreprises internationales, la Chine fait aujourd'hui l'objet de nombreuses interrogations. Ralentissement économique, tensions géopolitiques et concurrence locale poussent les groupes occidentaux à repenser leur présence sur place, parfois en s'alliant à des partenaires chinois. On parle souvent de la Chine lorsqu'il s'agit d'économie mondiale. Mais ce qui retient l'attention aujourd'hui, c'est le changement de regard que les entreprises du monde entier portent sur le pays. Le quotidien économique britannique Financial Times pointe ce phénomène : alors qu'il y a encore quinze ans, être présent en Chine relevait presque de l'obligation, les entreprises s'interrogent désormais. Faut-il y rester, et surtout, à quel prix et sous quelle forme ? Cette remise en question s'explique par la situation économique du pays. La croissance chinoise ralentit durablement, le marché de l'immobilier – l'un des piliers historiques de l'économie – traverse une crise profonde et la consommation marque le pas. À cela s'ajoute la géopolitique. Les relations entre Pékin et Washington sont tendues et souvent imprévisibles. Résultat : pour les entreprises occidentales, faire des affaires en Chine devient plus risqué. Selon une enquête de la Chambre de commerce américaine à Shanghai, moins d'une entreprise sur deux se dit aujourd'hui optimiste quant à ses perspectives dans le pays. La concurrence locale bouscule les marques occidentales Même les entreprises qui continuent de faire des affaires en Chine doutent. D'autant plus que la concurrence locale s'est considérablement renforcée. Il y a encore dix ou quinze ans, les marques occidentales bénéficiaient d'un véritable effet prestige. Aujourd'hui, cet avantage a presque disparu. Le Financial Times prend l'exemple des cafés Starbucks. Symbole mondial de la consommation occidentale, l'enseigne est désormais dépassée par Luckin Coffee, une chaîne chinoise très digitale et agressive sur les prix. Luckin compte aujourd'hui trois fois plus de points de vente que Starbucks en Chine. Le phénomène ne se limite pas au secteur du café. Il touche également les supérettes, la restauration rapide ou encore le prêt-à-porter. Dès lors, tout l'enjeu pour les entreprises étrangères est clair : faut-il partir, ou rester au risque de perdre des parts de marché et donc de l'argent ? Partenariats locaux : un ajustement stratégique Pour répondre à cette question, il faut rappeler que la Chine reste, dans de nombreux secteurs, le premier ou le deuxième marché mondial. Le pays compte 1,4 milliard d'habitants et héberge une base industrielle et logistique quasiment irremplaçable. Abandonner la Chine, c'est souvent abandonner l'Asie dans son ensemble. C'est pourquoi de nombreuses entreprises occidentales choisissent une autre voie. Pour continuer d'exister en Chine, elles ont recours à des capitaux et à des investissements locaux. L'idée est de rester dans le pays sans tout piloter depuis Paris, New York ou Londres. Concrètement, ces groupes internationaux vendent une partie de leurs activités chinoises, s'associent à des fonds locaux ou transfèrent la gestion à des partenaires sur place. Cette gouvernance locale permet de prendre des décisions plus rapides et mieux adaptées au marché, sans attendre la validation d'un siège situé à plusieurs milliers de kilomètres et peu familier des habitudes de consommation chinoises. C'est le choix qu'a fait Starbucks. L'enseigne américaine a vendu 60% de ses activités chinoises à un fonds basé à Hong Kong, avec l'ambition d'ouvrir 20 000 magasins en Chine, contre 8 000 aujourd'hui. Au-delà de cet exemple, le signal est fort : les géants mondiaux acceptent désormais de partager le contrôle pour survivre et se développer. Un ajustement stratégique devenu incontournable.

La Commission européenne présente, ce mardi 16 décembre, un plan aussi attendu que redouté sur l'avenir de la voiture thermique en Europe. Officiellement, l'objectif reste l'interdiction de la vente de véhicules thermiques neufs à partir de 2035. Mais le report de cette annonce, initialement prévue la semaine dernière, en dit long sur les tensions politiques, industrielles et économiques qui entourent ce dossier explosif. Tout commence il y a un peu plus de deux ans. En 2023, la Commission européenne décide d'interdire la vente de voitures neuves thermiques à partir de 2035. L'objectif est alors clair : aligner le secteur automobile sur la neutralité carbone visée pour 2050. Bruxelles assume une ligne sans ambiguïté, celle du tout électrique. Mais deux ans plus tard, cette clarté s'est largement dissipée. Le consensus européen, déjà fragile à l'époque, s'est fissuré pour de bon. Pour filer la métaphore, le projet avance désormais dans un épais brouillard. Et si la Commission a choisi de repousser la présentation de son plan, c'est parce que les tensions autour de cette trajectoire sont devenues difficiles à contenir. À lire aussiPourquoi les constructeurs automobiles retombent amoureux de l'essence? Une industrie automobile européenne en pleine tempête L'une des principales raisons de ce flou tient à l'état de l'industrie automobile européenne. Contrairement aux prévisions, la transition vers l'électrique ne s'est pas faite au rythme espéré. Certes, les ventes progressent, mais trop lentement. Les prix des voitures électriques restent élevés, l'autonomie des véhicules demeure un frein pour de nombreux consommateurs et les infrastructures de recharge ne sont pas encore suffisamment déployées sur l'ensemble des territoires. Résultat : le consommateur européen hésite, et ce sont les constructeurs européens qui en paient le prix fort. Pris en étau, ils doivent à la fois respecter des objectifs climatiques contraignants et affronter une concurrence chinoise féroce, avec des véhicules souvent moins chers et parfois plus performants. Pour beaucoup d'industriels, le calendrier de 2035 apparaît désormais comme difficilement tenable, voire comme une menace directe pour le secteur. L'Allemagne au cœur des divisions européennes Le nœud du problème est aussi politique, et il se situe clairement en Allemagne. Cœur automobile de l'Europe, le pays abrite des géants comme Volkswagen, BMW ou Mercedes. De l'ingénierie à la production, l'automobile y représente des centaines de milliers d'emplois et constitue un pilier économique majeur. On comprend dès lors les fortes réticences de Berlin face à la fin programmée du thermique. D'autant que l'Allemagne n'échappe pas, bien au contraire, aux difficultés actuelles du secteur. Dans le même temps, plusieurs pays d'Europe centrale, producteurs de véhicules thermiques, redoutent, eux aussi, une désindustrialisation accélérée. À l'inverse, certains États membres, comme la France ou l'Espagne, souhaitent maintenir le cap de 2035. La raison est simple : ces pays ont massivement investi dans l'électrique, dans les batteries et dans les chaînes de valeur associées. Revenir en arrière marquerait un échec stratégique et, d'un point de vue plus géopolitique, sanctionnerait ceux qui ont joué le jeu européen depuis plusieurs années. À lire aussiStellantis, symbole d'une Europe automobile fragilisée par la Chine et la transition énergétique Un exercice d'équilibriste pour Bruxelles C'est pour toutes ces raisons que la Commission européenne avance avec une extrême prudence. À cela s'ajoute un lobbying intense, aussi bien de la part des constructeurs historiquement tournés vers le thermique que de ceux qui ont misé sur l'électrique. Le cocktail rend la situation particulièrement explosive. Selon plusieurs sources, le plan présenté ce mardi ne sera ni une capitulation totale, ni un maintien pur et simple de l'interdiction du thermique en 2035. Bruxelles devra arbitrer entre coût politique, coût économique et coût environnemental. Avec un risque majeur : à force de retarder, d'assouplir, de négocier et de renégocier, celui de brouiller le message envoyé aux industriels comme aux consommateurs européens.

Le déséquilibre commercial entre la Chine et l'Union européenne atteint des niveaux records. Alors que Pékin redirige massivement ses exportations vers le marché européen, Bruxelles durcit le ton et assume un tournant plus protectionniste, au nom de la défense de son industrie et de sa sécurité économique. Le constat est sans appel. Le déficit commercial de l'Union européenne vis-à-vis de la Chine s'est envolé, atteignant près de 300 milliards d'euros cette année. L'Europe importe aujourd'hui deux fois plus de produits chinois qu'elle n'en exporte vers Pékin. Une situation dénoncée ouvertement par Emmanuel Macron. Ces derniers jours, le président français a évoqué un déséquilibre « insupportable », estimant que le continent européen est désormais confronté à une menace directe pour son tissu industriel. Cette dynamique s'est nettement accélérée depuis le durcissement de la politique commerciale américaine. Les droits de douane massifs imposés par les États-Unis ont poussé la Chine à rediriger une partie de ses marchandises vers d'autres régions du monde. Et dans ce contexte, l'Europe se retrouve en première ligne. À Bruxelles, l'inquiétude est palpable. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, parle désormais d'un « point critique » dans la relation commerciale entre l'Union européenne et la Chine. À lire aussiVisite d'Emmanuel Macron à Pékin: pourquoi la France veut désormais apprendre de la Chine Un « nouveau choc chinois » pour l'industrie européenne Les effets de cette montée en puissance des exportations chinoises se font sentir dans presque tous les secteurs. De l'automobile au textile, en passant par les jouets ou l'électronique, toute la chaîne industrielle européenne est sous pression. La guerre commerciale entre Pékin et Washington joue ici un rôle déterminant. Si les États-Unis ont réussi à freiner certaines importations chinoises, l'Europe apparaît comme la victime collatérale de ce bras de fer. Certains observateurs évoquent déjà l'émergence d'un nouveau « choc chinois », rappelant celui des années 2000, mais avec cette fois des secteurs à plus forte valeur ajoutée en première ligne. À cela s'ajoute un phénomène plus récent et particulièrement massif : le commerce en ligne chinois. Les plateformes comme Shein ou Temu expédient chaque jour des millions de petits colis vers l'Union européenne, souvent à très bas prix et en grande partie hors des circuits douaniers classiques. Bruxelles durcit le ton, au risque de représailles Face à cette situation, la Commission européenne a décidé de réagir. Vendredi, l'exécutif européen a annoncé son intention d'imposer une taxe de 3 euros sur les petits colis chinois à partir de juillet 2026. Une mesure d'urgence, destinée à limiter la concurrence jugée déloyale de ces produits et à protéger les commerçants européens. Mais ce n'est qu'un volet d'un changement de philosophie plus large. Après des décennies d'ouverture et de libre-échange, le protectionnisme n'est plus un tabou à Bruxelles. Trois grandes familles de mesures sont actuellement à l'étude. D'abord, la création d'un pôle de sécurité économique, chargé d'identifier les risques et d'anticiper les tensions commerciales. Ensuite, un encadrement plus strict des investissements étrangers, notamment chinois, avec des conditions sur les transferts de technologie et la production sur le sol européen afin d'éviter des investissements jugés prédateurs. Enfin, de nouveaux outils de défense commerciale, comme la taxation de produits fortement subventionnés par Pékin. Un pari risqué. En régulant davantage son marché, l'Europe s'expose à d'éventuelles représailles chinoises. Cela pourrait se traduire par une hausse des prix à l'importation, un impact sur l'inflation, mais aussi par une fragilisation des exportateurs européens si l'accès au marché chinois devenait plus difficile. Bruxelles avance donc sur une ligne de crête : se protéger face à une concurrence jugée déloyale, tout en évitant d'entrer dans une spirale de guerre commerciale incontrôlée.

Le jeu français Clair Obscur: Expedition 33 a été sacré meilleur jeu vidéo de l'année lors des Game Awards à Los Angeles, raflant neuf trophées. Une victoire éclatante qui illustre la place centrale occupée par la France dans l'industrie mondiale du jeu vidéo, première industrie culturelle du pays, portée par des studios dynamiques, une formation d'excellence et un soutien public structurant. Les jeux vidéo ont eu droit cette nuit à leurs Oscars, les Game Awards, qui se déroulaient à Los Angeles. Et pour la France, la soirée s'est achevée en apothéose sur ce dénouement : « The game of the year is… Clair Obscur – Expedition 33 ! » Le jeu français Expedition 33 a ainsi été élu meilleur jeu vidéo de l'année. Il a remporté neuf trophées au total, un véritable triomphe. Une illustration éclatante du fait que la France reste un grand du jeu vidéo mondial. À lire aussiÉtats-Unis: le jeu vidéo français «Clair obscur: Expedition 33» rafle neuf prix aux Game Awards Car le secteur pèse lourd. Le jeu vidéo est la première industrie culturelle en France, devant le cinéma, la musique ou le livre, avec 5,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2022. Près de sept Français sur dix jouent, faisant du jeu vidéo le premier loisir du pays. La demande est là, l'offre aussi. Le pays compte 1 300 studios, 20 000 emplois directs, dont une grande majorité en CDI. Un élément important dans une industrie internationale souvent marquée par la précarité. Résultat, la France se situe dans le top 10 mondial et occupe la troisième place européenne. Une identité forte et des studios qui rayonnent à l'international Dès les années 80 et 90, la France a vu naître des studios devenus aujourd'hui des mastodontes. Et les jeux qui y sont conçus ont une « patte », une identité forte, un soin particulier apporté à l'esthétique et au récit, avec des valeurs souvent européennes ou spécifiquement françaises. C'est ce qui plaît. Les studios tricolores exportent leurs jeux dans le monde entier et rencontrent un franc succès. Autre force majeure : la formation. Les écoles françaises forment certains des meilleurs talents au monde. Elles alimentent un vivier permanent qui irrigue non seulement les studios nationaux, mais aussi les géants internationaux, jusqu'à Nintendo. Ces écoles sont implantées dans toute la France. De véritables pôles d'excellence se sont constitués, notamment à Montpellier – où Clair Obscur a été développé –, mais aussi à Lille ou Lyon. Les régions comprennent que le jeu vidéo représente des emplois qualifiés, capables d'attirer les talents et de dynamiser tout un écosystème. Un soutien public déterminant et un modèle social qui favorise la création Les collectivités et l'État soutiennent également fortement la création. Un crédit d'impôt rembourse jusqu'à 30% des dépenses de production, tandis que le Centre national du cinéma dispose d'un fonds d'aide dédié pour accompagner les studios indépendants. Le plan France 2030 identifie même le jeu vidéo comme une industrie stratégique. Il y a aussi un pilier totalement inattendu mais déterminant : l'assurance chômage. Concevoir et développer un jeu vidéo indépendant demande des mois, voire des années de travail sans revenu avant la sortie. Ni les banques ni les investisseurs ne financent ce type de projet. Pour beaucoup de jeunes studios, s'appuyer sur ces aides sociales est donc la solution pour vivre et travailler. C'est un avantage comparatif très français, qui encourage l'expérimentation et la prise de risque créative. C'est donc la combinaison de tous ces éléments — studios dynamiques, formation de haut niveau, soutien public, modèle social — qui permet à la France de consolider sa place et de jouer pleinement dans la cour des grands.

La justice a prononcé ce jeudi 11 décembre la liquidation du groupe centenaire d'électroménager Brandt, fleuron industriel français, en grandes difficultés depuis son placement en redressement judiciaire. Au-delà du sort de la marque centenaire, c'est tout le secteur du gros électroménager «made in France» qui se trouve fragilisé, entre marché à deux vitesses, appareils plus durables et concurrence étrangère. Quelque 700 emplois supprimés seront supprimés dans l'entreprise, spécialisée dans l'électroménager, des réfrigérateurs aux fours en passant par les machines à laver. « C'est une terrible nouvelle, un choc et un coup très dur porté à l'industrie française », a réagi son président François Bonneau, après cette décision du tribunal des affaires économiques (TAE) de Nanterre, rapporte l'Agence France presse. Mais au-delà de Brandt, c'est tout un secteur qui est bouleversé et qui se retrouve en difficulté. La marque est connue de toutes les générations, car elle produit des objets que beaucoup de Français ont ou ont eu chez eux. Pourtant, le groupe fait face à une baisse continue des commandes et perd de plus en plus d'argent en produisant en France. Son propriétaire depuis 2014, l'Algérien Cevital, a d'ailleurs cherché des partenaires pour accompagner son développement, en vain. Car derrière ce dossier, c'est bien l'avenir de l'électroménager made in France qui se joue. Et paradoxalement, le marché national ne s'effondre pas. Il reste relativement stable, autour de 9 à 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an. Les ménages continuent donc de s'équiper ou de renouveler leurs appareils, malgré l'inflation et la pression sur le pouvoir d'achat. Mais cette dynamique est à deux vitesses, et c'est là que les difficultés apparaissent. À lire aussiComment expliquer les difficultés de l'industrie européenne? Un marché à deux vitesses pénalisant le gros électroménager Le petit électroménager se porte très bien. Robots culinaires, machines à café, aspirateurs autonomes, ces produits connaissent un vrai succès. En revanche, le gros électroménager est à la peine. Fours, réfrigérateurs, lave-linge, les ventes reculent fortement. Comme c'est le cœur de métier de Brandt, on comprend mieux les difficultés du groupe. Les explications sont multiples. D'abord, l'immobilier. La France traverse une crise immobilière. On achète moins d'appartements et de maisons. Or, un frigo ou un lave-linge s'achète rarement par plaisir, on le fait lors d'un déménagement ou de l'aménagement d'un nouveau logement. Le marché est grippé, et celui de l'électroménager en subit mécaniquement les symptômes. Deuxième facteur: la durabilité des appareils. Ils durent plus longtemps et sont réparables. C'est une bonne nouvelle pour la planète et pour les consommateurs mais pas pour les industriels, qui vendent moins. Enfin, la France est saturée en équipements. La quasi-totalité des foyers sont déjà équipés. Pas besoin de racheter du neuf, sauf panne grave. Il n'y a ainsi presque plus de clients à conquérir. À lire aussiEn France, le mouvement de désindustrialisation s'accélère Concurrence internationale et explosion des marques distributeurs À ces difficultés internes s'ajoute la concurrence internationale. Aujourd'hui, près de la moitié des produits électroménagers vendus en France sont fabriqués en Chine, souvent à très bas prix. L'Europe de l'Est et la Turquie complètent ce paysage compétitif redoutable. S'ajoute à cela l'explosion des marques de distributeurs, qui tirent les prix vers le bas. Résultat: les prix s'effondrent et les marges pour les fabricants français ne suivent plus. C'est l'ensemble de ces mécanismes dont Brandt est victime. Pour autant, il ne faut pas enterrer l'électroménager français. Certaines marques s'en sortent encore, mais principalement sur le haut de gamme. Dans tous les cas, ces modèles ne recréeront pas les milliers d'emplois industriels d'hier, et ne remplaceront pas les grandes usines qui ont fait le renom du secteur au siècle passé.

Réunie à Washington jusqu'à ce mercredi soir, la Réserve fédérale américaine doit rendre une décision très attendue sur sa politique monétaire. Une baisse des taux directeurs apparaît aujourd'hui comme le scénario le plus probable, dans un contexte dans lequel l'inflation recule tandis que le marché du travail montre des signes de fragilité. C'est à Washington que se joue, jusqu'à ce mercredi soir, l'une des décisions économiques les plus importantes du moment. La Réserve fédérale américaine, la Fed, y tient sa réunion de politique monétaire, au terme de deux jours de discussions entre ses membres. À l'issue de cette réunion, la banque centrale la plus puissante au monde pourrait annoncer une nouvelle baisse de ses taux directeurs, un scénario désormais largement anticipé par les acteurs économiques, politiques et financiers américains. La décision est suivie de près, car les taux directeurs de la Fed jouent un rôle central dans l'économie américaine. Ils représentent tout simplement le prix de l'argent. Lorsque ces taux sont élevés, emprunter coûte plus cher: les ménages consomment moins, les entreprises investissent moins et l'activité ralentit. À l'inverse, une baisse des taux rend le crédit plus accessible et soutient la croissance. Inflation maîtrisée, emploi fragilisé : le cœur de l'arbitrage La Fed agit dans le cadre d'un double mandat: contenir l'inflation et garantir le plein emploi. C'est l'équilibre entre ces deux objectifs qui guide ses décisions. Aujourd'hui, l'inflation américaine se situe autour de 3%, un niveau encore supérieur à l'objectif officiel de 2 %. Mais la banque centrale ne se focalise pas uniquement sur le niveau des prix à un instant donné. Elle observe avant tout la tendance et les anticipations. Or, sur ce terrain, les signaux sont jugés rassurants. L'inflation ne semble plus constituer la principale menace pour l'économie américaine, ce qui ouvre la porte à un assouplissement monétaire. En revanche, le marché du travail envoie des signaux beaucoup plus préoccupants. Les créations d'emplois continuent de ralentir, les chiffres ont une nouvelle fois été révisés à la baisse et certaines publications ont été retardées en raison du shutdown. Surtout, les petites et moyennes entreprises, pilier de l'emploi aux États-Unis, sont sous pression. Or, l'économie américaine repose très largement sur la consommation. Lorsque l'emploi se détériore, les ménages consomment moins, la croissance ralentit et le risque de récession augmente. C'est précisément pour éviter ce scénario que la Fed envisage d'agir. Une baisse progressive, sous le regard méfiant des marchés Le scénario le plus probable évoque une baisse des taux directeurs de 0,25 point, ce qui les porterait dans une fourchette comprise de 3,50% à 3,75 %. Une décision qui s'inscrirait dans une stratégie prudente et graduelle. La Fed a déjà entamé ce mouvement lors de sa dernière réunion et avance désormais pas à pas, sans précipitation. Mais cette baisse des taux directeurs intervient dans un contexte paradoxal. Les taux d'intérêt à dix ans, eux, ont fortement augmenté. Cette évolution s'explique par les inquiétudes croissantes des investisseurs concernant la trajectoire de la dette américaine, mais aussi par les interrogations autour de l'indépendance future de la Fed. Avec le départ annoncé de son président Jerome Powell en mai prochain et le retour de Donald Trump sur la scène politique, certains redoutent une Réserve fédérale plus politisée, et donc moins indépendante. Or, le doute n'est jamais bon pour les marchés: lorsqu'il s'installe, les investisseurs exigent des rendements plus élevés pour prêter à long terme. À court terme, une baisse des taux directeurs devrait néanmoins soutenir l'économie américaine. À moyen terme, tout dépendra de la capacité de la Fed à préserver sa crédibilité. Si celle-ci venait à être remise en cause, le risque serait un retour de l'inflation, une fragilisation du dollar et des taux d'intérêt durablement élevés.

En quelques semaines, la marque à la pomme a vu partir plusieurs de ses figures les plus influentes. Si cela peut ressembler à un simple renouvellement interne, la multiplication de ces départs simultanés interroge sur l'état réel d'Apple, son retard en matière d'intelligence artificielle et sa capacité à rester un leader technologique. Apple traverse une zone de turbulence. En très peu de temps, plusieurs cadres historiques ont quitté le groupe, certains officiellement pour prendre leur retraite, d'autres pour rejoindre la concurrence. Une situation surprenante pour une entreprise généralement perçue comme l'un des modèles de stabilité du secteur technologique. Le premier départ marquant est celui du patron de l'intelligence artificielle, qui quitte Apple pour faire valoir ses droits à la retraite. Un timing qui interroge. Il part au moment même où l'entreprise est sous pression pour accélérer dans l'IA générative, un domaine où elle peine à convaincre. Le choc le plus récent concerne le responsable du design des interfaces. Si vous utilisez un iPhone ou un Mac, vous connaissez son travail. Il quitte Apple pour rejoindre Meta, la maison-mère de Facebook. Un transfert particulièrement sensible, puisque Meta est un rival direct d'Apple — un débauchage qui fait donc figure de coup dur. Enfin, une rumeur persistante évoque le possible départ du « père des puces Apple ». Si les produits de la marque sont si performants, c'est en grande partie grâce à son travail. S'il venait à quitter l'entreprise, ce serait un véritable tremblement de terre technologique. Retard en IA, guerre des talents, fin de génération: les causes d'un phénomène global Alors pourquoi ces départs s'enchaînent-ils ? Plusieurs explications se dessinent. D'abord, Apple accuse un retard important dans le développement et le déploiement de l'intelligence artificielle. Apple Intelligence peine à convaincre et Siri reste en difficulté face à ses concurrents. Une situation qui fragilise les équipes internes et pourrait expliquer certains départs. Ensuite, le phénomène dépasse Apple : toute l'industrie est engagée dans une véritable guerre des talents. OpenAI, Meta, Google ou Microsoft s'arrachent les meilleurs ingénieurs à prix d'or, avec des salaires et bonus parfois hors normes. Un débauchage à plusieurs millions de dollars par an peut évidemment peser dans la balance. Enfin, un facteur générationnel joue également. Une partie des cadres arrivés à l'époque de Steve Jobs, ou juste après l'arrivée de Tim Cook, arrive à un tournant de carrière. Leur départ participe à un renouvellement naturel, mais leur concentration dans le temps donne une impression d'hémorragie. Alors, faut-il s'inquiéter pour la santé d'Apple ? Oui et non. Les postes touchés - IA, architecture des puces - sont aujourd'hui parmi les plus stratégiques du secteur technologique. Mais Apple se réorganise rapidement et attire aussi de nouveaux talents venus de la concurrence. Comme souvent dans la Silicon Valley, un talent en chasse un autre. À lire aussiPourquoi les géants de l'intelligence artificielle s'arrachent les talents à prix d'or? Un impact direct sur les produits Apple et une opportunité de transformation Ces départs ne resteront pas sans conséquences pour les produits de la marque. D'abord, en matière d'intelligence artificielle, Apple doit impérativement rattraper son retard. Le groupe, avec ses nouvelles équipes, va devoir accélérer pour regagner du terrain et redéfinir la place de l'IA dans ses logiciels et ses appareils. Ensuite, sur le design : le remplacement du responsable des interfaces se verra inévitablement sur l'expérience utilisateur des futurs iPhone et Mac. La signature visuelle d'Apple pourrait connaître des évolutions plus visibles qu'à l'accoutumée. Enfin, le point de vigilance majeur reste celui des puces. L'avance d'Apple en matière de performance, d'autonomie et d'efficacité énergétique est l'un de ses principaux atouts. Le maintien de cette supériorité dépend directement de la stabilité de ses équipes internes. En réalité, Apple se fait désormais challenger alors que son fonctionnement était jusque-là parfaitement huilé. Mais cette période de turbulence pourrait aussi être l'occasion pour le groupe de se renouveler, de se réinventer et de moderniser sa gouvernance. Une transition délicate, mais peut-être nécessaire pour aborder la prochaine décennie. À lire aussiGoogle prend l'avantage dans la course à l'IA grâce à ses puces maison